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V Les pesticides dans le vin Vin

Le magazine français Que Choisir, l’équivalent de notre Protégez-vous, a publié un dossier choc dans son édition d’octobre. Son dossier intitulé «Des pesticides dans les vins - Nos analyses» a fait réagir fortement le monde du vin. Le magazine a fait faire des tests sur 92 vins achetés dans des magasins en France. Ces tests réalisés par le laboratoire Excell de Bordeaux révèlent que tous les vins contiennent des résidus ou des traces de pesticides. Les quantités varient beaucoup selon les vins et les régions. Il y a plus de pesticides dans les vins de Bordeaux que dans ceux du Languedoc. Les quantités trouvées vont de 10 à 1600 millionièmes de gramme. Ce serait en général 300 fois plus que les limites permises pour l’eau, selon Que Choisir. Ce qui est le plus étonnant, c’est le nombre de résidus différents retrouvés dans ces vins; jusqu’à 14 pour le Mouton Cadet. Malgré toutes les bonnes intentions, l’utilisation des pesticides dans les campagnes européennes a encore augmenté de 2,7% entre 2010 et 2012. La communauté européenne prévoyait pourtant une réduction de 50% d’ici 2018 ! Ce qui est rassurant dans ces chiffres publiés par le magazine français, c’est que les vins bio contiennent très peu de pesticides, que des traces souvent non quantifiables probablement dues à la contamination des voisins. Les producteurs non bio ont réagi en disant que ces pesticides sont nécessaires. Le fabricant du populaire Mouton Cadet nous a dit que «l’utilisation de manière raisonnée de produits phytosanitaires est indispensable à la pérennité du vignoble.» Le porte-parole de Mouton Cadet, Adrien Laurent, soutient que «les quantités de résidus détectées dans son vin ne présentent aucun risque pour le consommateur». C’est son opinion. Le problème c’est que nous n’en sommes pas certains, ni convaincus. page 24 • novembre 2013 • Le monde au naturel

Les producteurs bio réclament maintenant que les viticulteurs non bio réduisent leur utilisation de pesticides et maintiennent les produits utilisés dans leur parcelle, comme la loi les y oblige. Mais ces pesticides, même à faible quantité sont-ils dangereux pour notre santé? La question est pertinente, mais nous n’avons pas la réponse et nous ne l’aurons peut-être pas bientôt. La vraie question est : voulez-vous consommer des résidus de pesticides? La réponse est évidente: non, ou le moins possible. Il faut donc essayer de consommer les vins qui contiennent le moins possible de ces pesticides. Et ceux-ci se trouvent parmi les vins bio. «Arriver à zéro pesticide dans un vin n’est pas difficile, cela nécessite juste un peu de volonté et de conscience, dit le vigneron de la Loire, Nicolas Joly. La publication de ces données qui semblent pessimistes n’est pas négative. Loin de là. Elle a fait réagir et incitera de plus en plus de vignerons a quitter la production chimique. Le mouvement est bien lancé. Selon les chiffres publiés en septembre par France Vin Bio, la superficie de la viticulture bio est passée de 28 000 hectares en 2011 à 40 000 en 2012. Et l’organisme prévoit que ce sera 51 000 en 2013. De leur côté, les ventes de vins bio ont progressé de 15 % en 2012. En cinq ans, les conversions au bio ont triplé dans le vignoble français. On est passé de la pénurie à presque l’abondance. Toutefois, ce n’est pas encore tout à fait le cas au Québec, où l’offre de vins bio est encore relativement faible. Cependant, il y a du progrès. Il est plus facile d’en trouver. Le nombre de vins officiellement bio est de 209 sur les rayons de la Société des alcools du Québec.

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Le monde au naturel - Novembre 2013  

Le monde au naturel - Novembre 2013  

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