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V

Vin

Par Marc André Gagnon ı vinquebec.com

La biodiversité

dans les vignes

Vous avez sûrement déjà vu ces champs de vignes à perte de vue. Ces immenses vignobles aux dizaines de milliers de plants de vigne; ces mers, ces océans de vignes. Ça semble beau, mais c’est ce qu’on appelle de la monoculture.

Ces immenses vignobles sans arbres ont des défauts. Il n’y a pas de biodiversité. Il n’y a pas d’arbres ni d’arbustes où les oiseaux peuvent nicher, se reproduire, se protéger et se nourrir. Il n’y a pas non plus une grande diversité d’insectes. Ces immenses champs sont donc à risque; à risque d’être attaqués; à risque d’être envahis par certains insectes ravageurs.

En effet, s’il n’y a pas de prédateurs dans un secteur, certaines colonies d’insectes peuvent proliférer, se répandre et causer de grands dégâts à la vigne, à ses feuilles et à ses fruits : les raisins.

La nature a horreur du vide. Ce secteur tend alors à se remplir, mais l’espèce envahissante n’est pas toujours désirable. Les producteurs, les vignerons doivent alors combattre ces envahisseurs. Les moyens utilisés sont souvent chimiques. Ce sont des pesticides, insecticides, acaricides et herbicides. Ils sont employés après le fait, pendant l’infestation ou encore par mesure préventive. Ce sont des traitements que l’on doit répéter à la suite des épisodes de vents ou de pluies.

« Après la spécialisation et l’intensification de ses pratiques de production dans les années 1970 à 1990, la viticulture est de nos jours considérée comme une culture intensive à fort impact sur l’environnement », écrit Guillaume Pain, enseignant-chercheur en écologie du paysage, dans un document sur la biodiversité agricole.

Des producteurs d’une région de France ont choisi de briser ce rythme d’utilisations répétitives de produits chimiques. La solution envisagée est le rétablissement de la biodiversité dans leurs vignes. Des vignerons de la région de Saumur-Champigny dans la Loire ont entrepris un vaste plan de rétablissement de l’équilibre et de la biodiversité depuis 2004. Ils ont commencé par refaire des haies ou établir des haies basses buissonnantes autour de leurs parcelles. Ils plantent des arbustes, des plantes florales et autres page 44 • mai 2017 • Le monde au naturel

plantes déjà présentes sur le territoire de l’appellation. Avec l’aide de chercheurs, ils ont créé ce qu’ils appellent des « zones écologiques réservoirs ». Le but « est d’optimiser les équilibres biologiques naturels au sein du vignoble en exploitant le potentiel des auxiliaires de culture pour gérer les ravageurs de la vigne », dit un communiqué de presse de ce projet.

On décide aussi de replanter des arbres, des amandiers entre autres; de faire pousser des grimpants sur les murets et les clôtures; de rétablir des bosquets et de laisser certaines zones non productives à l’état semi-naturel. Les chercheurs se sont aperçus que des papillons eudémis (Lobesia botrana) – dont les larves (vers ou tordeuse de la grappe) s’attaquent aux baies des raisins et les font pourrir – prolifèrent surtout dans les vastes vignobles (les mers de vignes) et moins dans les parcelles séparées de végétation. « Une zone écologique réservoir (ZER) est une zone “non cultivée” qui ne reçoit ni engrais ni pesticides et dont l’entretien est strictement mécanique. Ces boisements, bosquets, talus, murets ou haies contribuent au développement de la biodiversité fonctionnelle (flore et faune), tout en stimulant les ennemis naturels des ravageurs. » On forme donc ce que l’on peut appeler des auxiliaires de culture. Ainsi, 78 des 130 vignerons de l’appellation Saumur-Champigny ont créé 20 kilomètres de zone naturelle. Ils ont planté des troènes, églantiers, prunelliers, sureaux noirs, noisetiers et autres « connus pour abriter des insectes auxiliaires parasites ou prédateurs des bio-agresseurs de la vigne. » On dit que les plantes locales banales hébergent le plus de biodiversité.

Le monde au naturel - Mai 2017  
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