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la Gazette des libraires N°3 Édito Forts de retours positifs et d'un intérêt grandissant, c'est avec plaisir que nous voici pour un troisième numéro de la Gazette des libraires. Pour cette fois, nous nous attaquons à quelque chose de particulier, quelque chose qui tant dans nos rayons, que dans nos pratiques de lectures respectives tient une haute place : la revue. Vaste programme pour un concept aux multiples facettes. En effet, le terme de revue regroupe un nombre infini de possibilités, du journal au magazine en passant par le mook ... diverses formes, pour tout autant de périodicités, de contenus et de formats possibles. C'est là tout l'intérêt de ce type de publications : permettre une vision plus large et composer au fil des parutions un panorama diversifié, fait d'une multitude de regards. Fruit d'une longue tradition, la revue a toujours été partie prenante aussi bien du paysage éditorial, que du débat intellectuel et connaît un regain sensible ces dernières années dans le sillage de XXI et Feuilleton entre autres. Le sujet nous a paru d'autant plus intéressant qu'il n'est pas un rayon, pas un secteur de la librairie qui ne prenne pas part à cet engouement. Des plus connues aux plus pointues, nous avons décidé de vous parler de ces revues dont on attend le prochain numéro avec impatience, de the Eyes à Citrus en passant par 180° ou encore le journal Biscoto ; de poésie avec K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. ; mais aussi de celles dont le contenu fait aujourd'hui référence, telles que la Pensée de midi – malgré l'arrêt de sa publication – Paris Review, Esse ou encore le Matricule des Anges. Il existe aujourd'hui de nombreuses revues et de plus en plus de concepts prennent forme, la revue Well, Well, Well par exemple, média lesbien dont le premier numéro est paru il y a quelques mois ou encore La Revue du Crieur, projet né d'une collaboration entre Mediapart et les éditions de la Découverte, dont la librairie accueillera le lancement. Devant la difficulté à vous parler de l'ensemble des publications existantes, nous avons choisi de nous restreindre à trois ou quatre revues par rayon. Charge à vous de venir nous voir à la Librairie pour que l'on vous parle aussi de toutes les autres... Nous profitons de cet édito pour remercier toutes les personnes qui ont accepté avec bienveillance et enthousiasme de répondre à nos questions.

Pas de mots, ou bien dérisoires, pour exprimer la douleur que nous avons ressentie, et que nous ressentons encore face à l’horreur qui a frappé Charlie Hebdo. Une conviction et un espoir auxquels se raccrocher, toujours : le dialogue, la culture et l’intelligence, loin des polémiques médiatiques et stériles de ceux qui attisent haines et méfiance, seront nos seules échappatoires. Après l’émotion, après le rassemblement il faut avec toujours plus de détermination reprendre le combat contre l’ignorance, les amalgames et les rancœurs. Et trouver les mots, les idées, les livres pour penser et lutter, ensemble (en ce sens, nous ne saurions d'ailleurs que vous conseiller de lire : Lettre au escrocs de l'ilsamophobie qui font le jeu des racistes, texte de Charb – cf. voir coup de cœur en dernière page). En écrivant ces quelques premières lignes le 7 janvier, nous ne pouvions imaginer que la violence et la barbarie aveugles frapperaient sans discontinuer depuis. Populations innocentes et lieux de culture, du Kenya, aux sites archéologiques de Mésopotamie en passant par le Musée Bardo à Tunis et tant d'autres qui composent une longue et douloureuse liste....

Après Charlie

Persuadés de l'apport des livres, dans l'apprentissage de la réflexion, du regard sur l'autre et sur le monde qui l'entoure - et ce dès le plus jeune âge - il nous était important de proposer des pistes à hauteur d'enfant grâce au formidable outil pédagogique qu'est le livre. Pour dialoguer, comprendre, penser ensemble et permettre aux plus jeunes l'apprentissage d'une pensée libre. Tout au long des mois de janvier et février nous avons proposé en librairie une sélection (que vous retrouverez facilement sur notre site internet) destinée non seulement à répondre à leurs questions mais aussi à aider les adultes que nous sommes à accompagner les plus jeunes dans leur apprentissage du monde, un accompagnement particulièrement nécessaire. Puisqu'il n'est pas ici question de détailler chacun de ces livres mais plutôt de vous inciter à les découvrir, nous ne parlerons que d'un en particulier, celui dont le message nous semble le plus important : Le monde t'appartient de Ricardo Bozzi, et Olimpia Zagnoli (Grasset jeunesse – 2014). Un livre qui dit à quel point est précieuse la liberté. Combien il faut être conscient d'être libre, et la nécessite de défendre et de revendiquer cette liberté. Simple, épuré, sans détour et touchant. Un livre qui devrait être mis entre toutes les mains, dans toutes les bibliothèques et pas uniquement celles des enfants. Nous avons constaté ces trois derniers mois, et pas seulement en ce qui concerne le rayon jeunesse, un intérêt conséquent autour d'ouvrages ayant trait à la religion, la liberté, la presse, mais aussi la place de l'Islam, l'extrême droite... Nous nous réjouissons que la librairie soit un lieu où venir chercher les réponses aux débats qui animent la société. Tout en espérant que cet intérêt perdure sans qu'il faille pour autant atteindre de tels seuils dans le drame et l'injustice. Plus que jamais, les livres, doivent être les outils d'une compréhension mutuelle et les librairies des lieux d'échanges, de débats et de défense de la liberté d'expression. Ici Maurice et Patapon côtoient Averroès, le Comité Invisible, Césaire, le Coran, la Bible et la Torah, au même titre que des albums de Claude Ponti, des photographies de Koudelka, des monuments de littérature américaine ou des textes venus de toute la Méditerranée. Le monde est fait de sa diversité, l'édition, la librairie et la presse aussi. Jérémie Banel / Anaïs Ballin Lecoq.

Ça s'est passé à la Librairie Les revues, au cœur de notre numéro de ce mois-ci, ne seraient évidemment rien sans les journalistes qui y travaillent. Pour différentes raisons, plusieurs d’entre eux ont été reçus depuis janvier à la librairie : ce sont d’abord Jean-François Poupelin du Ravi et Philippe Pujol, Prix Albert Londres 2014 pour son travail sur l’économie souterraine à Marseille publié dans La Marseillaise, qui sont venus présenter lors d’une rencontre croisée leur vision de Marseille, accompagnés de Yamina Benchenni, militante associative. Deux heures passionnées et documentées pour mieux comprendre le contexte souvent compliqué de Marseille, et surtout dénoncer celles et ceux qui profitent de cette situation, petits et grands caïds ou hommes politiques peu scrupuleux. Cette rencontre était aussi pour nous l’occasion de soutenir, à notre mesure, le travail précieux et nécessaire des journalistes d’investigation, à l’heure où la presse « pas pareille » souffre, particulièrement à Marseille. Et redire, à la suite de nos intervenants, l’importance pour un débat démocratique de qualité, de journaux qui privilégient le travail de fond au sensationnalisme, et le décryptage aux faits divers. Tout aussi exhaustive et précise, la présentation par Pierre Puchot de son livre sur l’Islam politique, Les Frères musulmans et le pouvoir, publié aux éditions Galaade, prolongement de son travail au sein de la rédaction de Mediapart. Compilant le travail de 13 universitaires, un par pays étudié, il nous a présenté une synthèse brillante de la situation des divers mouvements se revendiquant de l’Islam politique, et mis en avant les grandes différences (voire fractures) qui structurent ces groupes et partis, regroupés abusivement sous le terme d’islamistes. Un éclairage bienvenu pour appréhender la situation politique au Maghreb et au Proche-Orient, et un écho à la rencontre du 31 octobre dernier avec Azza Filali et Jocelyne Dakhlia. Deux rencontres qui nous ont menés de Marseille à Bagdad via Le Caire, comme un symbole de l’ancrage à la fois local et résolument méditerranéen de la librairie, appuyée par les auteurs qui nous font l’honneur de venir échanger avec vous. Notons également que nous recevrons de nouveau un journaliste de Mediapart, Joseph Confavreux, le 11 juin pour présenter la revue Le Crieur dont il est co-rédacteur en chef et coéditée par les Éditions la Découverte. Une « revue d’édition engagée » dont nous sommes heureux d’accueillir le lancement du premier numéro. Ce sera sûrement l’occasion d’évoquer François Maspero, libraire puis éditeur militant, fondateur des Éditions la Découverte en 1959 qui portèrent son nom jusqu’en 1982, disparu il y a peu. J.B.

AGENDA: AVRIL-MAI-JUIN Mercredi 29 avril – 17h : Trois nouveaux regards sur Marseille avec Nicolas Maisetti, André Donzel et Jean-Louis Parisis Jeudi 14 mai Timothy Brook présente La carte perdue de John Selden : sur la route des épices en mer de Chine (Payot) Samedi 16 mai – 19h : à l'occasion 80 ans de la FSGT et des Assises nationales et internationales du sport populaire, présentation de l'ouvrage La FSGT : du sport rouge au sport populaire (La ville brûle) de Nicolas Ksiss Samedi 23 mai – 19h : Dans le cadre de la troisième édition du Festival Kadanse Caraïbes, présentation de la revue Les cahiers des anneaux de la mémoire Dimanche 31 mai – 16h : Olivia Burton et Mahi Grand présentent : L'Algérie c'est beau comme l'Amérique (Steinkis) Jeudi 4 juin Pierre Daum présente : Le dernier tabou : les harkis restés en Algérie après l'indépendance (Actes Sud) en partenariat avec Le Monde Diplomatique Lundi 8 juin – 17h : Istanbul à l'honneur avec Timour Muhidine directeur de la collection Lettres de Turquie (Actes Sud) et Yohann Morvan auteur du livre Istanbul 2023 (éditions B2) Jeudi 11 juin – 17h : Lancement de la revue Le Crieur Samedi 13 juin – 17h : Jean-Pierre Luminet présente : Ulugh Beg : l'astronome de Samarcande (Lattès)


Les revues côté … Littérature

Depuis quelques années, la maison d’édition Christian Bourgois entreprend de faire connaître aux lecteurs français une des revues littéraires les plus influentes outre-atlantique : The Paris Review. En 2010, une première anthologie d’entretiens de douze écrivains - dont James Baldwin, William Burroughs, Allen Ginsberg pour n’en citer que quelque uns - est publiée, un second recueil de quinze entretiens - avec Marguerite Yourcenar, William Faulkner, Jorge Luis Borges, Truman Capote...- paraît l’année suivante et un troisième volume, consacré cette fois-ci à l’art de la nouvelle, vient de voir le jour. The Paris Review est une revue littéraire trimestrielle fondée en 1953 par Harold Humes, Peter Matthiessen et George Plimpton. Dès son lancement, la ligne éditoriale se révèle être à la fois exigeante et variée comme en atteste la lettre inaugurale de l’écrivain William Styron : « Cher lecteur, The Paris Review aspire à mettre en valeur le travail créatif – fiction et poésie – sans exclure la critique, mais dans le but de la mettre en retrait par rapport à la place dominante qu’elle occupe dans la plupart des revues littéraires en lui attribuant l’espace qui lui convient, à savoir quelque part en fin d’ouvrage. Je pense que The Paris Review devrait accueillir différents types de personnes entre ses pages : les bons écrivains et les bons poètes, d’autres moins prononcés. Tant qu’ils sont bons ». On comprend dès lors que le travail créatif - au sens le plus large du terme - est le point central de la revue qui se compose comme suit : nouvelles, entretiens, poésie, portfolio et critiques. Son ambition est double : publier à la fois des textes de nouveaux auteurs mais aussi des entretiens d’autres déjà consacrés en vue de croiser les regards et de créer une émulation. Ce sont les deux premières rubriques (nouvelles et entretiens) qui valent au magazine sa notoriété et qui constituent également sa marque de fabrique. Depuis toujours, la revue s’efforce de publier les textes d’écrivains peu ou pas connus, on a pu notamment lire dans ses pages les premiers textes d’auteurs alors inconnus : Jack Kerouac, Naipaul, Philip Roth, Rick Moody, etc… C’est ce qu’explique l’actuel rédacteur en chef, Lorin Stein, quand il dit que « depuis sa fondation, The Paris Review a été un laboratoire de la nouvelle fiction ». Il faut se rappeler qu’aux États-Unis, la nouvelle est un genre à part entière et extrêmement respecté et n’est en aucun cas considéré comme du « sous-roman ». C’est donc tout naturellement que le troisième volume de recueil se consacre cette fois-ci à la nouvelle. Vingt maîtres du genre (Ann Beattie, Amy Hempel, Lorrie Moore ou bien encore David Bezmogis) ont été invités à choisir une nouvelle dans les archives de la revue et à proposer un texte de présentation. On retrouve par exemple - et ce pour notre plus grand bonheur - la nouvelle Accident de voiture en auto-stop issue du recueil de Denis Johnson intitulé Jesus’ Son, titre malheureusement indisponible actuellement. En parallèle de la publication de nouvelles, la revue lance une rubrique intitulée « Writers at work ». De l’anecdote aux techniques de travail, des enjeux de la littérature aux convictions intimes en passant par des réflexions sur la société ou des pensées philosophiques, ces entretiens fleuves (en moyenne une vingtaine de pages) sont l’occasion de découvrir de magnifiques portraits d’auteurs. Les écrivains se livrent, sans barrière ni frein, à une sorte d’introspection et c’est là que réside la plus grande qualité de ces échanges : la sincérité. En effet, les entretiens ne sont pas un outil promotionnel mais bel et bien une véritable réflexion sur le métier d’écrivain en tout point passionnante, ils constituent une mine d’informations intarissable sur la création. The Paris Review reste un de ces rares espaces littéraires épris de liberté et de soif de découverte. Les trois anthologies disponibles en français ne représentent qu’une infime partie de l’ensemble de l’œuvre du magazine et pourtant ces recueils sont dotés d’une exceptionnelle richesse et d’une remarquable intelligence. Car cette revue qui ne répond à aucune école littéraire - dont l’essence est l’exigence et la découverte - se révèle être un outil indispensable pour comprendre comment s’est bâtie l’histoire littéraire contemporaine, d’en saisir la grandeur et la beauté ou comme le résume parfaitement Salman Rushdie : « prises dans leur ensemble, les interviews constituent probablement la meilleure enquête qui soit quant au comment de la littérature, une question bien plus intéressante que le pourquoi ». C’est une publication où les écrivains, leurs textes, leurs réflexions, leurs techniques d’écriture sont mis en valeur, nous ne pouvons donc être que reconnaissants aux éditions Christian Bourgois d’avoir entamé l’entreprise salvatrice d’offrir au lectorat français l’opportunité de lire cette indispensable revue. Floriane Caprioli

Nous avons rencontré Éric Pesty dans son atelier typographique « L'Annexe », situé dans le quartier du Panier à Marseille, pour qu'il nous parle de son travail et plus particulièrement de la revue de poésie qu'il réalise : K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. Le nom de cette revue provient d'un mot indien Winnebago qui signifie « au-delà de toutes polémiques d'hier et d'aujourd'hui » et donne son nom à un lac aux États-Unis dans le Wisconsin. La sortie du numéro 7, au mois de juin 2015, marquera le début de la troisième année de publication. Avec trois numéros par an, cet agrafé quadrimestriel de 20 pages est tiré à 500 exemplaires. Éric Pesty le compose lui-même avec des caractères de plomb qu'il possède dans son atelier. Il lui faut environ un mois pour composer chaque numéro, avec en parallèle le fonctionnement de l'atelier et celui de sa propre maison d'édition (Éric Pesty Éditeur). Vient ensuite l'étape du tirage qui se fait à plat et ce, pendant quatre jours intensifs. Enfin, c'est un imprimeur qui se charge d'agrafer les feuillets. Le nombre d'abonnés s'élève à 80 et la mise en place est d'environ 150 librairies à ce jour.

Le Matricule des Anges est un magazine littéraire dirigé par Thierry Guichard qui paraît tous les mois et est diffusé à 7000 exemplaires dans les pays francophones. Au sommaire : théâtre, édition, poésie, traduction, histoire littéraire : l'actualité littéraire y est analysée dans son ensemble sous forme de chroniques, de notices, par des journalistes passionnés et totalement indépendants. Chaque numéro met en avant un auteur, présent sur la couverture, qui fera l'objet d'un dossier. Cette revue, dans laquelle aucune publicité n’apparaît, fait son possible pour mettre en avant des éditeurs indépendants, écrivains peu médiatisés ou livres laissés en marge des canons de la presse à grand tirage. À l'inverse, les auteurs médiatisés bénéficient d'entretiens de fonds originaux qui viennent approfondir ce qui est diffusé à grande échelle. Il y a, par exemple, un portrait de Jérôme Ferrari dans le numéro 161 du mois de mars 2015. Sachez, par ailleurs, que dans le même numéro Philippe Savary interviewe Éric Pesty à propos de sa maison d’édition dans l'article « La tête et les mains ». Dorénavant, le Matricule sera disponible à la Librairie du MuCEM. Il nous semble important, en effet, de défendre ce magazine littéraire indépendant de qualité, qui résiste, et ce depuis 1992, aux diktats médiatiques et aux pressions commerciales.

La revue est dirigée par Jean Daive, l'actuel président du cipM (Centre international de poésie Marseille). Également poète et traducteur, il a été à la tête de nombreuses revues. Lorsqu'il fait appel à Éric, ils définissent ensemble la maquette de la revue en fonction de leurs envies et des problématiques liées à l'atelier. L'allure définitive ne résulte pas seulement de l'interprétation des textes, il faut également prendre en compte la contrainte matérielle. En effet, les variations de polices et de tailles de caractères sont dues aux caractères mobiles à disposition, la collecte de ce type de matériel se faisant dans le temps, avec patience. Cette fausse contrainte devient une incitation à venir relever un défi et renforce un engagement envers le texte et l'élaboration de l'objet livre. La ligne éditoriale de la revue pourrait se définir ainsi : il y a des des « constantes » et des « variables », le ciment de la revue prend autour d'un socle d'auteurs récurrents qui marquent fortement l'identité de la revue et autour desquels gravitent des auteurs d'une nouvelle génération dont les noms varient à chaque numéro. Ainsi, les textes d'Anne-Marie Albiach, de Claude Royet-Journoud, de Gérard Garouste côtoient ceux de Pauline von Aesch, de Jérémie Bennequin, de Luc Bénazet. La logique et la cohérence de la ligne éditoriale se tient en cette frontière de constantes et variables, les numéros se succèdent et se répondent comme si des lignes invisibles se dessinaient. L'architecture de la revue tient autant de cette équation que d' « une orchestration mystérieuse de Jean Daive ».

À l'heure de la multiplication des écrans et de l'hyper-connectivité cela pourrait paraître risqué de publier une telle revue, mais K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. c'est aussi « une petite résistance » nous dira Éric Pesty. Un pari dans un monde où tout devient immatériel, instantané et où les habitudes en ce qui concerne la culture tendent vers la gratuité de services et le refus de la frustration. « Si on se réfère à Marx, un mois pour faire 20 pages c'est sortir complètement du capital. C'est pareil pour le temps de la lecture et de la relecture. Ce n'est pas le temps du numérique. » Il est important, que la notion de temps, aujourd'hui, puisse encore avoir ce sens et que ce travail de patience et de minutie perdure au sein d'une édition de création de qualité. « Présenter autre chose » c'est alors surtout travailler dans cette perfection du petit détail qui va bâtir l'édifice et creuser un sillon suffisamment aigu pour qu'il reflète une identité propre, forte et durable. Marion Duhoux


Les revues côté … Sciences humaines La revue de la

La pensée de midi ...

Villa Méditerranée Évoquer l'histoire de La Pensée de midi avec Thierry Fabre, son créateur et rédacteur en chef, c'est plonger avec délice, et un peu de nostalgie, dans cette formidable aventure éditoriale. Projet unique dont l'influence continue de se diffuser, en premier lieu au MuCEM, il était évident pour ce numéro consacré aux revues qu'elle en serait au cœur, tant elle est essentielle à notre librairie, à la fois référence, inspiration, et lien entre travaux passés et débats actuels. En 31 numéros publiés de 2000 à 2010, cette revue littéraire et de débat d'idées a durablement marqué le paysage éditorial tant par son contenu que par son positionnement. Deux idées fortes se dégagent quand on écoute Thierry Fabre présenter la création de la Pensée de midi : avant tout un désir, de se donner des armes de l'esprit et de nourrir une pensée critique pour faire apparaître d'autres approches que le discours identitaires, propos qui prennent d'autant plus de sens que les années 2000 sont celles de la puissante montée du Front National dans la région, mais également d'impliquer le monde intellectuel de cette ville et de cette région pour qu'ils participent à une réflexion critique et aient la capacité de produire du sens. On retrouve ainsi cette volonté de partir du local, convaincu que Marseille peut inspirer une grande revue littéraire (surtout pas un régionalisme) sans imiter les Cahiers du Sud, mais conscients qu'une grande revue littéraire a été créée dans les années 20 par Jean Ballard. Pour aller vers l'universel, celui d'Albert Camus à qui la revue doit son titre et de son ami René Char, les deux figures tutélaires. Un fac similé d'un inédit de Camus sur Char est ainsi publié dans le premier numéro, et la citation extraite de « La note sur le maquis » de Char s'y inscrit en exergue :« Faire longuement rêver ceux qui ordinairement n’ont pas de songes et plonger dans l’actualité ceux dans l’esprit desquels prévalent les jeux perdus du sommeil ». Une généalogie qui passe aussi par Gabriel Audisio et Louis Brauquier via Jean Claude Izzo. Là se trouve l'autre élément essentiel ; l'amitié, et avec elle un aspect profondément humain : parler de la Pensée de midi, c'est aussi parler de l'ami Jean Claude Izzo, disparu avant la parution du premier numéro, et de Bernard Millet, lui aussi à l'origine du projet, auxquels s'ajoutent Émile Temime, Michel Guerin, Bruno Étienne et Hubert Nyssen, fondateur des Éditions Actes sud, qui vont éditer la Revue, et Elisabeth Cestor, qui a longtemps été à la fois responsable de la coordination et du développement et en charge du secrétariat de la rédaction. Née de la nécessité d'une époque, d'une volonté de produire du sens, la Pensée de midi va pendant dix ans explorer la Méditerranée, sa culture, sa cuisine, son histoire, sa géographie ses mythologies, mais aussi ses difficultés, avec chaque année un numéro consacré à une ville, conçu pour ouvrir un espace éditorial avec un regard décentré, coaliser des forces de l’intérieur de ces grandes Cités. Pour y parvenir, elle agrégera autour d'elle, dans son comité de rédaction et dans ses contributeurs, le meilleur de la création contemporaine, tant dans le domaine de la fiction que de celui des idées, finement entremêlées, dans un constant jeu d'allers retours. Dix ans à promouvoir une Méditerranée ouverte et fraternelle, aussi occitane qu'arabe ou grecque, et un peu de tout cela et de beaucoup d'autres choses en même temps. La métaphore de Bruno Étienne parlant de la « grenade entrouverte » en est sans doute la plus belle des définitions. À la revue s'ajoutera d'emblée, chez Actes Sud, la création d'une collection, «Bleu » « s'inscrivant dans le travail éditorial de La Pensée de midi » faisant d'elle une tête chercheuse d'auteurs et de textes . Parmi ceux ci, on peut citer Darina Al Joundi et Mohamed Kacimi (Le jour où Nina Simone a cessé de chanter), et Alaa El Aswany et son Immeuble Yacoubian, contribuant ainsi grandement à une plus grande connaissance en France d'auteurs issus de Méditerranée. Si comme le pense Thierry Fabre la revue est le prisme d'une époque, nous ne pouvons que regretter que cette revue, par manque de soutien, ait dû cesser de paraître. C'est pour cette raison qu'il nous est précieux de pouvoir continuer à vous la proposer à la librairie, comme trace de cette belle initiative. Attachés que nous sommes au livre comme porteur d'idées et d'idéaux, et convaincus que « la culture c'est la mémoire de l'intelligence des autres », lire et relire La Pensée de midi s'avère toujours aussi actuel. J.B.

Revue de référence depuis bientôt 40 ans, l’Histoire a été placée en début d’année en redressement judiciaire. Nos lecteurs les plus fidèles auront sûrement remarqué dans nos rayons nombre de titres coédités par celle-ci, au premier rang desquels l’Atlas de la Méditerranée, emblématique du travail de qualité qui y est produit et du positionnement éditorial de celle-ci. À la croisée de la vulgarisation et de l’actualité de la recherche scientifique, elle est un outil indispensable à la vitalité de l’Histoire comme discipline, et un lieu propice à accueillir débats et idées. Elle est également précieuse pour les étudiants et même, pour tout vous avouer, pour les libraires ! Sensible aux évolutions et mutations, partenaire de nombreux événements d’envergure, elle donne la parole à tous les grands spécialistes, français comme internationaux, tels Patrick Boucheron où Pap Ndiaye pour ne citer qu’eux. Il va sans dire qu’à notre modeste niveau nous soutenons l’association des amis de la revue l’Histoire qui vient de se créer pour tenter de la défendre, sous la présidence de Michel Winock. Sa disparition constituerait à coup sûr une grande perte non seulement pour ses lecteurs, mais aussi pour la société toute entière. J.B.

Initiée en 2013 à l'occasion du lancement du bâtiment dont elle est issue, la Revue de la Villa Méditerranée explore sous des formes variées la Méditerranée du XXIème siecle, dans un format élégant, proche du livre. Un numéro par an, mais dense et varié. Pour redonner du sens, prendre le temps de comprendre et analyser les mutations et l'identité méditerranéenne, la revue prolonge le travail de la Villa Méditerranée. Elle profite pour cela du réseau tissé jour après jour et offre à travers ses pages un panorama large et des contributions venues d'horizons divers : Velibor Čolić y côtoie Camille de Toledo et Georges DidiHubermann. Volontairement axée sur la pluralité des points de vue et le croisement des disciplines et champs d'étude, elle s'intéresse tout autant au patrimoine autour de l'eau en Turquie qu'aux combats Oil Soil /PYF, 2012 de l'éco-guerrier Paul ©Sigalit Landau Watson. On retiendra ainsi dans ce deuxième numéro dédié à la jeunesse, le reportage de Camille Hagège sous forme d'abécédaire consacré à l'appropriation de l'espace urbain public en France, ou encore le très bel et original herbier méditerranéen sous marin. À l'instar des mooks actuels elle accorde une grande place aux arts visuels, et l'on retrouve dans ses pages photos et dessins en appui des textes, une volonté graphique servie par une attention particulière pour la présentation, soignée et originale. Ce qui la démarque également, c'est son rayonnement : elle est disponible en version papier en français et en anglais, et est accessible en ligne en langue arabe, et peut être achetée dans différents pays du bassin méditerranéen, comme un pont d'une rive à l'autre. Une publication à suivre, avec un œil et un positionnement neufs ! J.B.

Nous l’avons annoncé dans l’édito, la production de revues est foisonnante dans tous les domaines, et les sciences humaines ne font pas exception ! Parmi les nombreuses publications que vous pouvez découvrir à la librairie, certaines nous tiennent encore plus à cœur que d’autres : ainsi, nous attendons avec impatience chaque nouveau numéro de Gibraltar, qui, sous forme de mook, explore la Méditerranée dans toute sa diversité. Avec ses reportages longs et illustrés empruntant tant à l’histoire qu’à l’actualité « pure », mais aussi aux différentes façons dont on vit d’une rive à l’autre, elle a évidemment toute sa place dans nos rayons, mais aussi dans la bibliothèque de tous les curieux ! Sous une forme plus proche du magazine, Qantara, fondé par Thierry Fabre, explore des domaines proches. Éditée par l’Institut du Monde Arabe, elle développe une thématique par numéro, souvent transversale et globale, accompagnée d’articles variés. Elle propose également, et c’est précieux, une sélection littéraire à chacun de ses numéros. Publication de musée là encore, la revue Hommes et Migrations, est l’œuvre du Musée National de l’Histoire de l’Immigration. Vous pouvez la trouver en ce moment dans notre sélection consacrée aux phénomènes migratoires en Méditerranée, cruellement au cœur de l’actualité avec les fréquents naufrages, qu’elle s’efforce d’illustrer et de documenter pour démontrer un peu plus à chaque numéro, l’importance de ces mouvements dans le fonctionnement et la richesse de nos sociétés, ainsi que la chance qu’ils constituent.

En bref ...

On quitte la Méditerranée pour la dernière présentation : un projet de « critique sociale et d’expérimentation littéraire », avec contrainte : la thématique de chaque numéro est issue de la comptine « Trois p’tits chats ». Le premier numéro était donc intitulé Marabout, et interrogeait les rapports entre croyance et pouvoir, le suivant Bout d’ficelle, s’intéressera aux tissus, et ainsi de suite. Une idée loufoque pour une revue géniale et foutraque qui accueille des contributions variées et bénévoles, pour « Aller chercher du politique là où il se terre, accueillir de nouveaux langages, mélanger les styles, se moquer du vrai pour lui préférer l’intense... », le tout sans publicité. Que demander de plus ? J.B.


Les revues côté … Bande dessinée Avec cette possibilité de laisser une part importante à l'image, la revue s'avère être un format particulièrement intéressant du point de vue de la bande dessinée – et de l'illustration de manière générale. Nous aurions pu vous parler des Cahiers dessinés, de Papier, Mon Lapin, Nicole et Francky, Nyctalope, ou Dérive urbaine, que nous plébiscitons tout autant. Mais puisque nous ne comptons nous même que huit pages, des choix s'imposent. Les nôtres mettrons en lumières trois publications. Trois revues indépendantes, fonctionnant sans publicité aucune et qui ont toutes eu recours au financement participatif pour leur lancement. Trois revues pour lesquelles volonté et indépendance se rejoignent, mais dont les styles diffèrent : Citrus, la Revue Dessinée et Aaarg.

Citrus, une revue qui vitamine l'esprit ! L'Agrume est une maison d'édition tournée vers l'illustration contemporaine : des romans graphiques et des livres jeunesse qui se démarquent par une richesse, une originalité, des partis pris et des illustrations de qualité... Jeune maison, l'Agrume a choisi de proposer depuis bientôt un an à ses illustrateurs et à ses lecteurs un nouveau support : CITRUS, une revue de bandeAfin de vous présenter Citrus nous avons pu poser quelques dessinée. Véritable condensé d'images, d'informations et de réflexions, Citrus rassemble de questions à Chloé Marquaire, directrice artistique, et responsable nombreux dessinateurs, et tout autant de journalistes, de penseurs et spécialistes en tout de relations libraires. genre. Depuis quand ce projet était-il en gestation ? Chaque semestre un nouveau numéro et plus de 200 pages dédiées à un thème unique dans Dès la création de notre maison d'édition, l'Agrume, nous souhaitions lequel les illustrations sont inédites. Croiser les styles graphiques, les écritures, les créer une revue qui serait à la fois une sorte de laboratoire pour éditer approches, les thématiques, les lieux, proposer des sujets dans le monde entier, diversifier des illustrateurs dont nous aimons le travail, mais aussi pour revenir au les points de vue, voici dans l’ensemble les lignes directrices d'une revue de qualité qui sort texte et proposer une forme de publication plus libre, qui nous des sentiers battus. permettrait de croiser les regards et réunir sous une même couverture, des auteurs venus d'horizons différents. Le premier numéro, sorti en mai 2014, faisait la part belle au Football, Coupe du Monde oblige ! Et c'est un premier opus décalé, entier, qui lance l'aventure de la revue. Dès les Pourquoi avoir choisi une périodicité bisannuelle ? premières pages, on entre tout de suite dans l’esprit de Citrus, de ses auteurs et de ses Citrus est une revue de plus de 200 pages, que nous voulons soignée illustrateurs (Antoine Maillard, Tom Haugomat …) et l’on comprend vite l’intérêt et tant sur le fond que sur la forme. Nous faisons un long travail de l’engouement que la revue a suscité dès le tome 1. Parler de football en même temps que recherches pour l'élaboration du sommaire, puis sur chaque texte en tout le monde : soit, mais en parler bien ! Citrus part donc observer la face cachée du foot ou particulier et enfin, nous prenons le temps de choisir chaque celle moins mise en avant : les vestiaires, l’arbitrage, les supporters, l’ambiance. Parce que le illustrateur en fonction du sujet que nous lui proposons. Tout cela foot c’est aussi ça. Un dossier, écrit par What's the foot, offre un retour sur les grands matchs demande du temps d’autant que nous sommes une petite équipe : Une qui ont marqué l'histoire et leur retentissement politique, sociologique et économique. On rédactrice en chef, Chloé Pathé qui nous a rejoints depuis le n°SEXE (à trouvera également des questionnements sur les ultra, des calculs sur la trajectoire du paraître en mai), Guillaume Griffon (directeur de la publication), Léa ballon, des interrogations quant à la coupe du monde au Brésil... Chevrier (graphiste) et moi, Chloé Marquaire (directrice artistique). En octobre « Faits Divers » arrive en librairie et chez les abonnés.Un véritable moment de Le choix du sujet est-il fait en concertation avec les auteurs ? joie ! Le premier numéro aiguisait la curiosité et plaçait la revue dans le top-ten des revues Nous choisissons les thématiques de chaque numéro en fonction de nos de bande-dessinée, impression confirmée avec l’arrivée du second. En choisissant un thème envies, de l'actualité… Football était bien sûr un clin d'œil à la coupe du qui dérange mais qui attire : les faits divers , Citrus réussit monde, les suivantes sont des thèmes omniprésents dans la société et son coup. Les sujets se suivent et l'on trouve à la fois des ils nous semblaient dessiner vraiment bien notre ligne éditoriale : des articles de fond sur la criminalité, un dossier proposant une grandes thématiques de société pour venir proposer des regards illustration par grande affaire, des réflexions sur le rôle des transversaux… Et nous choisissons les auteurs en fonction de notre médias dans la diffusion de ces informations, un topo des thème d'abord, mais surtout en fonction de l'angle et des sujets que morts les plus insolites… Parmi l’ensemble, on peut relever nous voulons traiter. quelques collaborations ou productions qui attirent particulièrement l'attention, du moins la notre : celle de Pouvez-vous détailler les choix plus techniques (nombre de pages, papier, Maria Carolina Pina, journaliste vénézuélienne et de format…) l'illustratrice Amélie Fontaine par exemple. Il est ici question Le nombre de page varie autour de 200/250 pages selon les numéros. de la violence sous-jacente et permanente au Venezuela, que Nous avons choisi d'être sur un sommaire très libre pour ne pas figer le de superbes illustrations rendent plus réelle encore. contenu, ce qui nous permet d'ajouter des sujets et des pages selon les Remarquables aussi la bande-dessinée d'Anthony Pastor, rencontres et les envies. Comme tous les livres que nous éditons avec l'article de Laurence Montel et de Philippe De Kemmeter l'Agrume, nous cherchons toujours à soigner l'objet notamment en analysant la comparaison entre Marseille et le Chicago de la Illustration : ©Lou Rhin choisissant des papiers de création au toucher chaleureux. Enfin, pour prohibition... C'est donc avec une impatience non dissimulée donner une belle place aux illustrations, nous avons choisi un format que nous attendons les prochains numéros. très ouvert et aéré, assez grand mais pas trop, pour que la revue ne soit En mai 2015 sortira le numéro « Sexe ». « Manger » quant à lui paraîtra en octobre 2015. pas trop lourde et qu'on puisse facilement la glisser dans un sac de Des grandes questions aux sujets contemporains à venir, Citrus et son équipe ajouteront voyage :-) leurs touches et leurs visions à la fois décalées et pertinente. Fiona Guillet

La Revue Dessinée : engagement et reportages « La Revue Dessinée est un magazine trimestriel, numérique et papier, de reportages, documentaires et chroniques en bande dessinée. Tous les trois mois, ce sont 228 pages d’informations dessinées qui vous sont proposées, sur tablette ou en librairie. » C’est Franck Bourgeron qui lance avec des amis auteurs ce projet de revue, qu’il voit grand et qui le sera immédiatement. Au milieu d'un foisonnement de nouvelles revues, la Revue Dessinée se caractérise par une parution papier et numérique dès le premier numéro. Souvent en collaboration, un journaliste et un illustrateur proposent une thématique et se lancent dans l’aventure du reportage. Les sujets sont extrêmement variés mais toujours engagés : histoire, écologie, sujets de société, enquêtes politiques, sport, culture... Promouvoir le travail des auteurs de bande-dessinée et leur permettre d’en vivre est l’une des volontés principales de cette revue. Effectivement il n'est pas toujours aisé pour les auteurs de bande-dessinée d'être rémunérés à juste titre pour les planches qu'ils composent. La Revue permet également aux auteurs de profiter de la prépublication : les auteurs peuvent retravailler leurs planches faites pour la Revue Dessinée ou prolonger ce travail et le proposer ensuite aux maisons d'édition. Énergies extrêmes, une enquête du journaliste Sylvain Lapoix et du dessinateur Daniel Blancou sur le gaz de schiste à échelle mondiale, est sortie en trois parties dans la revue avant d’être remontée et publiée entièrement chez Futuropolis en août 2014. Avec ces lignes directrices, des reportages précis et variés, qui vont au bout des sujets et la valorisation des travaux des auteurs et de leur statut, la Revue Dessinée nous offre des numéros et articles de qualité ! Dans le dernier opus, deux reportages se font face : le premier concerne le scandale, qui a mis du temps à être considéré comme tel par la justice des « biens mal acquis ». En parallèle, on trouve un sujet sur les migrants en Europe qui fait s’opposer la croissance des migrations clandestines, leur dangerosité et des morts de plus en plus nombreuses aux changements et adaptations du programme Frontex. Deux sujets qui mettent face à face l'Europe et l'Afrique dans des situations opposées. On retrouve également dans ce septième numéro Étienne Davodeau et Benoît Collombat qui enquêtent sur le SAC (Service d’Action Civique), un reportage qui gagnerait à être connu de tous mais aussi d’autres thématiques et chroniques (informatique, sémantique, sportive)... Les nouvelles chroniques laissent à penser que la Revue Dessinée continue de se chercher, de se perfectionner pour proposer à son lectorat toujours plus grand des sujets plus pointus encore et adaptés à la diversité d’auteurs, de dessinateurs et de thèmes qui la caractérise. Avec plus de 4000 abonnés, la Revue se pérennise financièrement et continue dans la même veine tout en construisant de nouveaux projets dans un esprit d'investigation et d'indépendance. À noter, l’exposition « La bande-dessinée reportage » à la Bibliothèque Gaston Defferre, jusqu’au 18 juillet 2015, en partenariat avec La Revue Dessinée et Arte éditions. F.G.


Le point de vue d'une illustratrice : Amélie Fontaine Née en 1987, Amélie Fontaine travaille à Paris. Après des études de graphisme, elle entre aux arts décoratifs de Paris où elle apprend la gravure et la sérigraphie. Depuis, elle travaille comme illustratrice pour la presse et l'édition. Elle a notamment collaboré à de nombreuses revues : Feuilleton, Desport, Georges, Citrus … Comment cela se passe quand tu travailles avec une revue, un journal, un magazine : quel genre de délai as-tu, et comment travailles-tu à ton/tes dessins ? Cela dépend du type de support. Pour les quotidiens, le délai est en général assez court ; le journal contacte l'illustrateur pour un rendu qui peut être le jour même ou bien jusqu'à trois, quatre jours plus tard. À partir d'un article (parfois seulement des pistes car il n'est pas encore écrit), je propose plusieurs idées ; ensuite on en valide une ensemble et on retravaille l'image s'il y a des modifications à apporter. Toute la phase de recherches reste dans l'ombre mais en fait elle est très importante. Pour les revues type « mook », c'est intéressant car la place consacrée à l'illustration y est assez importante, on est plus sur un travail d'édition, avec du temps pour travailler l'image. Cela permet de prendre le temps de faire des recherches graphiques et donc proposer des choses plus innovantes, de trouver une technique originale et cohérente par rapport au sujet. Qu'est ce que tu aimes dans le fait de collaborer avec ce type de publications ? J'aime bien le côté immédiat des dessins pour la presse quotidienne, la rapidité de ce genre de commande, et parfois l'aspect un peu challenge quand le délai est assez court. Pour les revues comme par exemple Feuilleton, je l'ai déjà évoqué mais c'est la possibilité de sortir des automatismes et de proposer des choses nouvelles, de me renouveler dans mon travail. J'apprécie aussi beaucoup la qualité des articles, qui sont des articles de fond et d'un format plus long que pour la presse classique. Globalement, je trouve intéressant de s'adapter à une contrainte, de la contourner et de trouver un angle intéressant, de synthétiser une idée à la manière d'une affiche. Moi je viens du graphisme à l'origine, c'est une chose à laquelle je suis assez sensible.

Illustration : ©AmélieFontaine pour Citrus n°2

AAARG ! Bande dessinée & culture à la masse Une initiative marseillaise qui fait plaisir à voir : revue bimensuelle de bande-dessinée et de culture populaire. On peut adorer, être complètement inconditionnel, ou ne pas adhérer à l’humour. « Aurez-vous le courage d’en rire ? », tel est le slogan. C’est une question ancienne mais qui revient sur le devant de la scène en ce moment : peut-on rire de tout ? Avec qui ? Quelles en sont les limites ? AAARG ! prend le parti de rire de beaucoup, mais pas que. Quoi qu’il en soit c’est drôle et grinçant et c’est une identité à part entière. Un format large et un papier au toucher agréable dans lequel on trouve pêle-mêle des bandes-dessinées, des nouvelles, des entretiens, des dossiers et des chroniques. Mention spéciale pour l’abécédaire qui permet d’apercevoir le visage de l’auteur qui choisit ce qu’il veut nous dévoiler : livres, bande-dessinée, auteur, passages de sa vie… Le tout avec des auteurs et des illustrateurs d’horizons multiples, montants ou reconnus dans l’univers de la bande-dessinée aux univers graphiques innombrables. Pour n’en nommer que quelques-unes, les figures de AAARG sont Pierre Place, Mezzo, David B, Riff Reb’s, Starsky & Rica, Eldiablo & Julien Loïs, Goupil Acnéique… Ne manque plus que la question des genres : AAARG ! choisit de faire exploser les barrières et entrelace les genres : polar, humour, SF, fantastique, récit intimiste… Les porteurs du projet, qui était en gestation depuis plus de deux ans, ont fait appel au financement participatif qui leur permettait une indépendance totale vis-à-vis de la publicité. Mais c’est une revue qui, parmi d’autres, n’a pas encore pu trouver son équilibre financier… Alors pour ne pas que ce projet s’arrête continuons à l’acheter en librairie ou à s’abonner ! À vous de jouer.

Propos recueillis par A.B.L.

F.G.

Les revues côté … Pratique Provence Durable : de l'info, des valeurs ! Pour une Provence en Transition

180°C des recettes et des hommes. « La revue culinaire en librairie » ! Les articles réguliers L'homme de goût : portrait d'un chef. Super Production : portrait d'un producteur engagé. Raisin et sentiment : découverte d'un domaine viticole. Technique mais pas trop : des conseils sur des technique de cuisine, de cuisson... Divin quotidien : recettes de saisons.

Il manquait à la cuisine sa revue. Avec 180°C, revue jeune et dynamique, c'est réparé ! La cuisine est au centre, dans une revue traitée de manière transversale : articles de fonds, reportages et recettes, ou selon eux : « reportages / réflexion / humeur / recettes ». Le tout s'articule autour de différents points, tous reliés entre eux par un esprit, une humeur et un engagement. 180°C fait aussi le choix de la librairie pour la diffusion et affirme , comme beaucoup de ses condisciples, son indépendance. Une indépendance revendiquée dans sa liberté, ses choix et ses propositions.

Avant même de commencer la lecture on sent l'aspiration de ses créateurs à faire un bel objet : la couverture est mate, le papier doux au toucher, les illustrations parlantes et les photographies savoureuses, la mise en page aérée. On notera aussi le ton, décalé, humoristique et culinaire de l'ensemble des textes et thématiques. L’idée étant de parler de la cuisine et des hommes les auteurs nous emmènent régulièrement dans les cuisines des restaurants, nous font découvrir des initiatives ou des visions novatrices. Les producteurs sont aussi au cœur d’articles et de reportages photographiques. Ce qui est mis en avant, quel que soit le métier, c'est l'humanité et la personnalité des interviewés. Nombreuses aussi sont les chroniques qui nous font revivre des souvenirs de restaurateurs (« Souvenir de banquet » de Monique Perez dans le numéro 3). Dans le numéro de l'automne 2014/hiver 2015 on trouve une enquête sur le sujet toujours tabou du sexisme en cuisine « Arrière-cuisine : droit de cuissage ? » avec de nombreux témoignages, anonymes puisque comme tous les milieux professionnels celui de la cuisine est relativement petit et fermé. Pour ce qui est des recettes elles sont toujours de saison, testées et proposées pour tous les niveaux, avec de nombreux conseils. Dans chaque numéro un panier « printemps-été » ou « automne-hiver » avec les aliments phares de la saison. On ne peut s'empêcher de parler du Traité de Miamologie publié en mars par l’équipe de 180°C qui explore le POURQUOI de la cuisine et de ses fondamentaux : DÉCOUPER, CUIRE, ASSAISONNER. Avec leur sens de l’humour toujours présent, des notions complexes, des dessins et des photos à tomber, des recettes qui font rêver, c’est une ôde à l’art délicat et entier de la cuisine ! F.G

Amis soucieux de votre environnement, de votre qualité de vie et de celle de votre entourage, alters natifs de la Provence, voici une revue qu'il vous faut découvrir ! Provence Durable reprend l'esprit de son homologue, Bretagne Durable magazine, dans lequel déjà, les esprits collaboratifs et alternatifs étaient de mise. Née en octobre 2014, déjà trois numéros parus, la revue témoigne d'une volonté de changement et d'une possible transition vers une Provence « durable » et solidaire. Les journalistes sillonnent la région, allant à la rencontre de personnalités, de commerces, ou d'associations de proximité qui partagent l'envie d'agir autrement et qui proposent des initiatives innovantes. Édito et titres des rubriques sont écrits aussi en provençal, marquant une volonté de s'inscrire dans l'identité du territoire. Les rédacteurs nous font rêver avec des articles tel que « Pour des stations de ski plus écologiques » (Provence Durable n°2, hiver 2015), et nous donnent aussi des conseils pratiques et concrets afin de participer à cette démarche citoyenne du changement : dans «Il est bon mon poisson ?», la rédactrice nous apprend à choisir un poisson ayant pour critères un impact moindre sur l'environnement et un label «pêche responsable». Les rubriques attirent l'attention par leur simplicité, mais aussi par les valeurs défendues : allant de « dossiers d'actualités » (Nucléaire, tous les coûts sont permis !, Provence Durable n°2, hiver 2015), au dossiers de « société » sur le climat (Climat : où sont les citoyens?), en passant par le « carnet de balade» sur les quartiers nord de Marseille. Nous faisant découvrir ces lieux du point de vue de la coopérative d'habitants à partir de balades urbaines et de «recherche de détail inattendu» ; ou encore en listant les «initiatives» locales : un café suspendu, par exemple qui consiste en « un deuxième café payé dans un établissement pour quelqu'un d'autre », ou bien Jazz à manger, un partenariat entre une épicerie Biocoop et l'Altitude Jazz Festival afin de proposer aux festivaliers une cuisine saine, et beaucoup d'autres propositions originales. De quoi nous faire penser autrement notre territoire et nous amener à le préserver et l'apprécier, sans le détruire. Marion De Foresta


Les revues côté … Arts Nous ne pouvions pas parler des revues sans vous présenter celles consacrées à la Photographie avec un grand P. Les must, n'ayons pas peur des mots, pourraient être 6 Mois et The Eyes. Deux approches bien différentes qui abordent ce médium tant du point de vue des contenus que de la présentation. La photographie sous toutes ses formes avec des sujets ludiques, amusants ou réalistes, tendres, rudes, terrifiants, en quelque sorte révélateurs de la palette des comportements et attitudes de la nature humaine.

6 mois : le retour aux sources du photo-journalisme Pour le lecteur impatient et le libraire curieux, la parution de la revue 6 mois est un événement. Plusieurs articles marquants ont permis aux lecteurs de découvrir des reportages photographiques bouleversants loin des standards de l'information trop souvent codifiés et lissés. Pour exemple l'un des derniers en date, un reportage consacré aux ravages écologiques et sanitaires des industries agroalimentaires (le grand M américain en Argentine plus précisément). En filigrane on voit apparaître les manœuvres politico-financières de ces firmes, qui sous couvert d'altruisme tendent à une parfaite hégémonie du système alimentaire mondial sans oublier une irrémédiable contamination des sols, sous le regard mi-complice mi-absent des politiciens locaux ou nationaux. Certains grands articles ont marqué, questionné le lecteur face aux préjugés trop souvent admis. Parmi lesquels le retour d'un soldat après la guerre en Irak et son extrême difficulté de (ré)insertion dans la vie civile. Parlons aussi du travail de Darcy Padilla membre de l'agence VU' qui a suivi durant vingt et un ans Julie Baird, mère de famille atteinte du Sida. Un travail bouleversant, que l'on a pu retrouver dans l'ouvrage Family Love paru aux éditions La Martinière l'année dernière. Une citation d'Henri Cartier-Bresson pourrait parfaitement faire office de devise à la revue : « On est dans un monde de privilégiés. Faut pas gratter très loin, pour voir les différences. […] Il faut mettre ça au service de quelque chose auquel on croit. » (Phrase extraite du documentaire « Just Plain Love ». ) La volonté est de revenir à une vision humaniste du photo-journalisme. Le travail humain réalisé par les journalistes est primordial à la réalisation d'un reportage cohérent et parfaitement documenté. Il s'agit de rendre compte via le prisme de l'appareil photo, des sujets de fond, loin des flux d'actualité toujours plus rapides, et des sujets de reportages trop souvent vite abandonnés. Une démarche en concordance avec les travaux de certaines agences photographiques : VU', Myop, Magnum pour ne citer qu'elles ou l'agence Viva durant les années soixante-dix/quatre-vingt qui a vu de grandes personnalités de la photo faire leurs armes. 6 mois s'avère être un magazine sur lequel on revient avec envie car chaque numéro demeure source de découvertes, d'émerveillements, suscite questionnements et indignations face aux images et reportages publiés. Ici il n'est pas seulement question de photographies mais aussi de musique, de cinéma et d'Art au sens The Eyes : large, le tout en bilingue français/anglais. Les rien que pour vos yeux ! multiples sources d'inspirations des photographes sont ici réunies pour le pur plaisir des yeux. Au menu de ce troisième numéro, la rédaction décolle pour l'Espagne et une interview avec Alex de la Iglesia, le cinéaste madrilène d'adoption. Un guide des lieux (écoles, galeries, ateliers) est proposé pour votre prochain voyage photographique dans la capitale espagnole. Chaque numéro est aussi l'occasion de rencontrer des photographes reconnus et d'aborder leur vision du travail de photographe. Ici, rendez-vous est pris avec Alex Soth. Précédemment nous avions pu lire l'interview de Stanley Greene. L'un des atouts de The Eyes réside dans l'expérience visuelle qui grâce au contenu en réalité augmentée vous entraînera dans les splendeurs du web moderne. Comme dirait mon grand-père : « Ça change du minitel ! » Deux façons différentes de promouvoir les courants photographiques mais le même plaisir de découvrir les travaux des photographes reconnus et des plus jeunes qui feront la photographie de demain par leur volonté de montrer, leur soif de découvertes et leur coup d’œil. Autant de créations et de publications qui combleront les simples amateurs, les éclairés, les érudits curieux de nouvelles découvertes. Vous pouvez retrouver chez Rétine Argentique à Marseille au moment de la parution de 6 Mois, les travaux des photographes. Vous pourrez y admirer des photos sublimes, faire de belles rencontres, deviser de la supériorité technique de tel ou tel appareil photo derrière un bon verre de vin et soutenir les photographes par l'achat de leurs ouvrages. Dans un prochain numéro de la désormais célèbre gazette, on vous présentera les Éditions Contrejour dans un entretien avec son fondateur le photographe Claude Nori. L'occasion de revenir sur son travail d'éditeur et de directeur de publication de la Revue Camera International durant les années quatre vingt. En attendant : faites de belles photos ! Alexandre Biville [Le Libraire-Photograhe]

Une belle revue d'art contemporain, juste et ambitieuse : esse arts + opinions Avec la revue esse (prononcer comme la lettre «s») arts + opinion, nous quittons la Méditerranée et même l’Europe, direction : le Canada. À raison de 3 numéros par an, cette revue bilingue français/anglais donne à voir et à penser. Mais qu’est-ce donc qu’un « esse» ? « esse, c’est la cheville qui empêche une roue de tomber/ esse veut que ça tourne » lisait-on dans le tout premier édito, entre la profession de foi et l’appel à la création comme mode vie. Ce qui fait de cette revue une revue singulière, c’est ce choix de traiter un thème à chaque numéro. Le comité de rédaction, constitué d’historiens, de professeurs, de chercheurs, d’artistes… décide des thèmes qui s’imposent à partir « des enjeux de l’actualité artistique » comme le dit si justement Sylvette Babin, directrice. L’appel de textes rédigé par ce même comité est ensuite diffusé sur le site internet (esse.ca), puis largement relayé sur la scène internationale. Quelques textes, entre 5 et 10 seront retenus pour le dossier. Presque autant hors dossier. Tous font l’objet de discussions et seront retravaillés en vue de la publication. Il est trop tard pour le prochain numéro dont le thème sera « prendre position ». Pour envoyer vos productions, il vous faudra attendre la session de septembre. Les textes proposés sont extrêmement bien écrits, sensibles et jamais présomptueux. Ils réussissent le pari délicat d’être à la fois exigeants tout en étant accessibles, les œuvres reproduites sont scrupuleusement choisies de façon à provoquer les discussions, à offrir des pistes de réflexion. À l’heure pourtant où il serait facile et tentant de penser que l’art est un divertissement comme un autre et qu’il se vide peu à peu de son sens et de sa substance comme devenus solubles, les divers points de vue recentrent le débat sur la fonction de l’art, ce qui en fait sa force et son essence. Ici, la société actuelle est remise en question, tant dans sa forme que dans son fond. C’est tout le travail des artistes. Et c’est le propos qui nous est offert. esse est le partenaire rêvé des libraires qui composent au quotidien des bibliographies thématiques comme c’est particulièrement notre cas, à la Librairie du MuCEM : nous vous avions présenté l’excellent numéro 67, Trouble-fête pour l’exposition « Le monde à l’envers ». Le 50, Nourritures , à l’occasion de « Food ». Nous ne manquerons pas de vous faire découvrir le dernier en date, le 83, Religions , pour accompagner l'exposition « Lieux Saints partagés ». Les deux numéros consacrés à la peur, sont également tristement d’actualité et entrent en résonance avec le cycle de rencontres «Peur : raisons et déraisons» animé par Fethi Benslama. Le début d’une longue et belle amitié. Engagement et humilité. C’est ce que nous retenons de cette revue, comme des quelques membres de l’équipe avec qui nous avons pu être en contact. Engagement et humilité, deux mots qui devraient être nos guides par les temps qui courent. À Marseille, vous trouverez la revue esse arts + opinions à la Librairie du MuCEM et chez nos amis de la librairie Histoire de l’œil, rue Fontange. Laetitia Martel

Lorsque le Maroc est évoqué, on pense à l’image de carte postale des destinations touristiques comme Marrakech ou Fès, les dunes du Sahara, ses chameaux, le thé à la menthe, les acrobates en places publiques, etc. Le Maroc (et les pays du Maghreb en général) proposent encore des mises en scène folklorisées de leurs arts populaires. Cependant, des acteurs locaux tentent de montrer une image autre de leur pays, comme les rédacteurs de la revue Diptyk. Dans le domaine artistique, une conscience nationale s’est réveillée depuis peu grâce à l’intervention de nombreux chercheurs et intellectuels qui souhaitent redonner leurs valeurs aux traditions artistiques, tout en créant de nouvelles esthétiques. Notamment en donnant aux politiques culturelles une dynamique de développement des arts : le Royaume est à la recherche d’une identité face au reste du monde. C’est grâce à une ouverture à l’international et une curiosité sur l’actualité artistique, grâce à des échanges entres créateurs, que le Maroc propose aujourd’hui une diversité de talents dans tous les domaines de l’art. « Vieille nation pétrie par trois mille ans d’histoire, sûre d’elle-même, fière de sa culture arabe, berbère, musulmane, le Maroc, enraciné sur le continent africain, se tourne aujourd’hui résolument vers le Nord » nous disait Mireille Duteil, dans Le Guide Bleu Maroc, 1996. Meryem Sebti et Hicham Daoudi, créateurs de Diptyk, s’inscrivent dans cette dynamique. Depuis sa création en 2009, la revue tient une place importante dans le milieu artistique et la presse : c’est le seul journal marocain reconnu qui recense l’actualité de l’art contemporain du monde arabe et qui donne une visibilité sur la nouvelle scène culturelle, au Sud comme au Nord. Diptyk a pour objectif de promouvoir et d’analyser l’art contemporain d’un point de vue marocain, comme l’indique le sous-titre de la revue « l’art vu du Maroc », et se veut être présent aux événements majeurs du milieu qui font intervenir les artistes du monde arabe. Ainsi, le journal couvre les biennales nationales (Marrakech) et internationales (Venise, Dakar) ; les foires (la FIAC à Paris, Art Dubai, Arco Madrid) ; et l’ouverture de musées (le Mathaf à Doha au Qatar, la saison DABA à Bruxelles, ou le tout récent Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain à Rabat, premier musée national d’art contemporain au Maroc). Les journalistes nous font découvrir des nouveaux talents, des artistes plasticiens, comme Driss Ouadahi (algérien, Diptyk #24, juin-sept. 2014), des photographes comme Mehdy Mariouch (marocain, rencontre à lire sur le site www.diptykblog.com), ou encore des auteurs de bande dessinée comme par exemple Cédric Liano, auteur d' Amazigh (Steinkis, 2014), une BD sur Mohamed Arejdal, artiste performeur marocain. On note chez les rédacteurs une volonté d’accessibilité au plus grand nombre de lecteurs. Avec Diptyk, ils œuvrent pour une vulgarisation de l’art contemporain , voir notamment un article comme « 8 clés pour comprendre l’art contemporain » (Diptyk #24, juinsept. 2014). On y trouve également des conseils pour les professionnels, tel que l’article « question d’expert : le droit d’auteur au Maroc » (ibid). Le Maroc, comme toute société méditerranéenne, fonctionne majoritairement sur l’oralité, et la transmission n’échappe pas à ce mode de fonctionnement. Le coup de force de cette revue est aussi dans le désir de laisser une trace, écrite et visuelle, de la culture arabe. Recenser et transmettre à un public le plus large possible, aussi bien au Sud qu’au Nord, des connaissances sur la création artistique contemporaine. Fabriquer un nouveau patrimoine, tout en donnant des clés de compréhension des traditions anciennes (« Les peintres voyageurs orientalistes qui ont participé à faire naître l'art plastique au Maroc » ibid). Le Maroc du 21e siècle, en route pour un art contemporain du monde arabe. Marion D.F.


Les revues côté … Enfants Une fois n'est pas coutume, en ce qui concerne, les revues et autres journaux et magazines, le secteur jeunesse n'est pas en reste. Loin de là. Dans le domaine de la presse, d’actualité - ou autre - , les enfants ont un véritable choix de publications, de « Sciences et vie Junior » à « Mon petit Quotidien » en passant par « Virgule » ou encore « L'actu ». De la même manière qu'apparaissent en librairie de plus en plus de revues pour adultes, le secteur des enfants donne lieu à des petits bijoux de publications. Nous en avons choisi trois : l'incomparable Georges, le vitaminé Journal Biscoto et enfin le cultivé DADA . Différents formats et différents contenus tout aussi riches les uns que les autres. À l'image d'un secteur jeunesse dont l'originalité, l'audace et la qualité ne sont plus à prouver. Interviews et articles : Anaïs B.L ;

Elsa Gounot est chargée de diffusion des éditions Grains de Sel Qu'est ce qui vous plaît dans le format du journal/magazine? Les éditions Grains de Sel ont été fondées il y a 15 ans autour de la création d'un magazine gratuit à destination des familles lyonnaises, Grains de Sel. Ainsi, quand le projet de Georges est arrivé, il y a 5 ans, il a été tout naturel de choisir également un format magazine pour nous. C'est ce que nous savons faire et ce qui collait avec le concept thématique de Georges. Comment avez vous choisi ce format, ce type de papier, cette périodicité ? Georges a eu 2 formats différents, ayant évolué il y a un an et demi. Au début, l'idée était d'avoir des petits cahiers en papier recyclé (le même papier que pour Grains de Sel). Puis, Georges a évolué vers un format plus grand (laissant plus de place à l'illustration), plus solide (couverture rigide et papier plus épais) et plus visible (tranche pouvant mieux rendre visible le fond en librairie). Georges est un magazine trimestriel ; cette périodicité a été choisie au départ quant à des considérations pratiques, l'idée étant de faire un magazine de qualité avec un contenu réfléchi. Avec cet objectif, notre petite équipe ne peut publier plus souvent ! De plus, Georges a un contenu plutôt dense qui justifie cette parution. Georges c'est pour qui ? Et qu'est ce qu'on trouve dedans ? Georges, c'est un magazine original, exigeant, drôle et beau à la fois, pour les enfants entre 8 et 12, filles et garçons, qui croit en leur curiosité naturelle et les emmène vers de nouveaux horizons graphiques et éditoriaux. Georges n'a pas de N°, mais des pictogrammes qui illustrent à chaque fois le thème choisi. Georges est entièrement illustré par des illustrateurs différents pour chaque N° ; il n'a pas de publicité. Le magazine est articulé en trois parties, le tout autour du thème du N° : des histoires : longues, courtes, vraies, à suivre… Puis des jeux. Et enfin, des rubriques-à-brac : langue, métier, cuisine, bricolage, science, cinéma…

« Georges... drôle de magazine pour enfants » la formule est finalement la meilleure façon de décrire ce magazine haut en couleur. Depuis quelques années, Georges s'impose, et se trouve être de plus en plus visible en librairie, et avouons-le tout de go, ce succès est amplement mérité. Pas de numéros pour cette publication, mais un item, un objet si vous préférez pour chaque numéro, sardine, pomme, grue, chaise... les choix sont à l'image du magazine et des éditions Grains de Sel qui font preuve d'une extraordinaire diversité et d'une imagination débordante. L'une des forces majeures de ce trimestriel : sa qualité tant du point de vue de l'objet que du contenu. Tous les numéros sont pensés de bout en bout, de la moindre virgule au moindre détail d'illustrations. Et le résultat est là, pour le plaisir des petits, et des moins petits. À noter, la parution de compil', une idée toute récente dont le deuxième sort tout juste et qui présente l'intérêt de permettre à ceux qui n'auraient pas encore débuté la collection des précieux Georges, de se rattraper. Enfin, une exclu... le prochain numéro sera estival et parfait pour passer votre été avec comme thème : le palmier...

Suzanne Arhex, est la co-fondatrice de Biscoto avec Julie Staebler

Soyons honnêtes ne serait ce que par son intitulé «Biscoto, le journal plus fort que costaud !» on était déjà convaincus. Mais loin de n'être qu'une chouette formule, Biscoto c'est aussi – et surtout – une belle réussite. Sur un format papier qui rappelle aux plus jeunes le journal dans sa version la plus plébiscitée par les grands, Biscoto c'est tout à la fois, des histoires à épisodes qui se suivent d'un numéro à l'autre, une histoire entière faite pour chaque numéro, des infos par-ci, par-là, mais aussi des jeux, un poster géant, des paroles d'enfants, des tests marrants, beaucoup de dessins, bref un vrai Fanzine comme on les aime et dont on sent qu'il est fait avec beaucoup d'âme, beaucoup d'humour et surtout beaucoup de volonté. Tous les mois, 16 pages pleines de couleurs et de bonne humeur qui ont en plus cette qualité de mettre en avant beaucoup de jeunes talents. Ça fourmille, c'est vivant, décalé, hors cadre, à des lieux de tout carcan, bref ça respire la liberté. Et puis quelque part, apprendre aux enfants à lire le journal de cette manière là, c'est aussi les familiariser avec la presse, les emmener vers autre chose, et il se trouve que dans la conjoncture actuelle, déconnecter les tablettes, la télé et l'ordinateur pour revenir à certains fondamentaux nous semble de bon aloi...

Qu'est ce qui vous plaît dans le format du journal/magazine? Biscoto, c'est un journal format tabloïd, comme les journaux des grands. Ce qui nous plaît, c'est de détourner un objet qui est normalement l'apanage des adultes et un support d'information, pour en faire le terrain de l'image, de l'histoire et de l'enfance. Le papier journal, c'est un peu une blague en soi. C'est du jeu, dont l'enjeu est sérieux ; l'envie est de sensibiliser dès le plus jeune âge pour aider à former de futurs lecteurs curieux. Comment avez vous choisi ce format, ce type de papier, cette périodicité ? Le format journal, c'est aussi pour nous une façon de proposer un projet le moins cher possible, et sans publicité. Si on avait voulu du papier glacé, ça aurait tout de suite été une autre économie. Mais on a envie, tant que possible, que Biscoto s'adresse à tous les enfants. Aussi, le papier journal, c'est vivant, c'est fait pour crisser, pour être froissé, on est invité à y crayonner, et s'il est abîmé, c'est pas grave, ça désacralise l'objet livre. On peut lire Biscoto les doigts pleins de beurre si on veut. La périodicité s'est un peu imposée d'elle-même, puisqu'on publie des feuilletons, qu'on veut une continuité d'un numéro à l'autre, et pour ne pas perdre le lecteur, c'est le minimum. Si on avait pu, on aurait adoré faire un bimensuel ! Et puis c'est drôle de proposer un journal qui arrive chaque mois dans la boîte aux lettres. Biscoto c'est pour qui ? Et qu'est ce qu'on trouve dedans ? Biscoto, c'est accessible à tous les enfants de 7 à 11 ans, sans distinction de sexe ou de milieu socioculturel, parce qu'on est persuadées que le goût à la lecture et à l'image se transmet dès le plus jeune âge. Il s'adresse à tous, parce que nous sommes très attentives à maintenir une ligne éditoriale qui aide à la construction des égalités entre filles et garçons. Biscoto est un journal ébouriffé, alternatif, bourré d'humour et d'impertinence, tant plastique que narrative ; On y trouve tous les mois une grande histoire, un poster à accrocher dans ses cabinets, des feuilletons à suivre, des jeux, des blagues, un reportage, du bricolage, des rubriques variées, des conseils lecture, musique ou vidéo, plein de petites anecdotes pour briller en société, des héros et des strips rigolos.

Antoine Ullman est Directeur de publication chez DADA Qu'est ce qui vous plaît dans le format du journal/magazine? DADA n’est pas un magazine, ni un journal mais une revue. La différence peut paraître minime mais on y tient. Contrairement à un magazine que l’on trouve en kiosques, DADA est diffusé en librairie exclusivement. Et comme un livre, DADA ne contient aucune page de publicité et un nouveau DADA ne chasse pas l’autre : nos dossiers sur l’art et les artistes ne sont pas traités dans une logique d’actualité mais de fond. On trouve dans DADA différentes approches de l’art, qui sont généralement segmentées dans autant de livres différents dans le monde de l’édition : il y a le dossier sur l’artiste ; des ateliers, pour l’aborder par la pratique ; des BD et des jeux, pour découvrir l’actualité culturelle de manière décalée ; et enfin un illustrateur invité par numéro. Ces quatre approches cohabitent facilement dans le format d’une revue, les lecteurs sont habitués à la logique de rubriques, ce qui serait moins le cas pour un livre. Enfin, qui dit revue dit la possibilité de s’y abonner, et d’avoir ainsi des lecteurs fidèles. Comment avez vous choisi ce format, ce type de papier, cette périodicité ? Le format est le même depuis la création de DADA il y a 23 ans ! Ce 21x24 cm nous paraît toujours le meilleur : ni trop petit pour pouvoir bien observer les œuvres reproduites, ni trop grand pour qu’il tienne bien en mains. Ce format proche du carré est également idéal pour reproduire des œuvres qui sont alternativement au format portrait ou paysage. Pour le papier comme pour le reste de la fabrication, nous avons toujours raisonné de la même manière : ce n’est pas parce que l’on s’adresse aux enfants qu’il faut leur proposer moins bien qu’aux adultes. Nous avons donc choisi un beau papier couché, et nous avons mis en place un travail de photogravure poussé afin que les œuvres apparaissent dans DADA aussi proches que possibles des originales. Rien ne remplacera jamais le face-à-face direct avec les œuvres, mais on peut essayer d’en donner un bon avant-goût ! DADA paraît mensuellement, à raison de 9 numéros par an. C’est un bon équilibre entre le tout mensuel (que nous ne pourrions pas assurer, car nous sommes une petite équipe) et le trimestriel, qui est trop épisodique : il y a tant d’artistes à découvrir que nos 9 numéros par an ne sont vraiment pas de trop ! DADA c'est pour qui ? Et qu'est ce qu'on trouve dedans ? DADA est donc une revue pour découvrir l’art et les artistes, toutes époques confondues : de l’art en Égypte antique au graffiti aujourd’hui ! Dans chaque numéro, on trouve un dossier sur le sujet (un artiste, un courant ou un thème) puis un « abcd’art » pour avoir les notions-clés. Suivent deux ateliers, qui permettent de pratiquer à son tour et une rubrique d’actualités culturelles présentées sous forme de BD, de jeux et d'interviews. Chaque numéro a un univers graphique à part entière, puisqu’un illustrateur est invité dans chaque DADA. Au départ, DADA est fait pour que les jeunes aient une revue agréable et accessible pour découvrir l’art, dès 8-10 ans. Mais on constate que le ton que l’on a choisi dans la revue plaît aussi bien à des plus âgés, et des adultes. À l’inverse, que les ateliers fonctionnent très bien avec des enfants plus jeunes, dès 6 ans. Bref, DADA, c’est vraiment une revue familiale.

Impossible de parler revue enfant, sans parler DADA, si le pari de la revue pour un jeune public est déjà un défi en soi, quand il s'agit de parler exclusivement d'art, il s'avère d'autant plus risqué. Et pourtant, il est plus que réussi et DADA fait désormais parti des incontournables du paysage éditorial jeunesse. Avec une parution toute récente sur l'enfance des artistes et une à venir sur l'architecte Le Corbusier, c'est le moment ou jamais de découvrir cet objet génial, si ce n'est pas encore le cas. Vous serez surpris de constater à quel point les enfants aiment qu'on leur parle d'art pour peu qu'on leur en parle intelligemment et de manière ludique. C'est là tout le mérite de DADA. Sans jamais tomber dans l’élitisme ni même dans le scolaire, DADA réussit le mélange de l'apprentissage et de la culture générale, le tout en s'amusant. Et quand un enfant d’à peine 8 ans en voyant le numéro Vasarely dans le rayon, vient fièrement dire à ses parents « Regarde, regarde c'est le livre de l'école, avec Vasarely et les tableaux plein de lignes » nous on dit : chapeau l'artiste.


Nos coups de cœur Ce qu'on a trouvé dans le canapé, puis comment on a sauvé le monde, Henry Clark / Éditions des Grandes Personnes - 16,50 €

Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes, Charb / Les Échappés - 13,90 €

Fiona, Freak et River, sont ce genre de doux losers, éternels souffre-douleurs des sportifs baraqués typiques des collèges et lycées américains ; un peu plus originaux que la moyenne, un peu plus futés aussi et socialement complètement à côté de la plaque. Leur quotidien va se trouver bouleversé par l'arrivée soudaine d'un canapé à leur arrêt de bus, plus encore par la découverte dans ce canapé d'un rarissime crayon, couleur courgette. Drôle d'histoire me direz-vous. Et c'est ce qui fait de ce livre un O.V.N.I. Tout à la fois décapant, loufoque, drôle et amer, où il est question de hâches fantômes, de manipulation de masse, de lavage de cerveau via téléphone portable, de flashmob à but lucratif et d'un voisin un peu taré. Entre autres choses. À partir de 12 ans.

À la lecture de cet ouvrage publié à titre posthume, difficile de ne pas avoir la gorge nouée par moments. Difficile parce qu'assez révoltant de constater combien le point de vue de Charb dans cette lettre constitue probablement la plus intelligente et la plus réaliste des réponses face aux débats stériles que sa mort, et celles de toutes les récentes victimes de l'intégrisme religieux ont exacerbés. Difficile parce qu'une fois tourné la dernière page, on se demande comment le terme d'islamophobie peut être à ce point utilisé, réutilisé, et instrumentalisé au point d'être devenu banal alors qu'il ne fait qu'une chose : stigmatiser un peu plus, et surtout placer la religion au-dessus de l'être humain. Difficile parce que force est de constater que l'on confond tout, que l'on mélange tout et que le débat n'a pas fini de s'enliser à coup de phrases chocs, d'accusations grotesques et de « sorties » opportunistes et insensées de pseudo intellectuels et journalistes en quête de reconnaissance. Pour toutes ces raisons et parce qu'après tout il semblerait que tout le monde ait un avis sur Charlie Hebdo, cette lecture s'avère tout aussi nécessaire et indispensable que salutaire.

A.B.L.

A.B.L.

Tout peut changer, capitalisme et changement climatique, Naomi Klein / Actes Sud – 24,80€ Elle l'avoue elle-même en préambule de son livre, bien que très impliquée socialement et politiquement, Naomi Klein a longtemps laissé la question climatique de côté, persuadée qu'elle n'était pas prioritaire dans les luttes à mener. Ce nouveau livre est donc à la fois une enquête détaillée et documentée, et l'occasion de réfléchir aux freins qui limitent la prise de conscience, y compris dans les cercles les plus militants. Car la question centrale du livre est bien là, dans la prise de conscience de cette menace globale. Toutes les informations sont disponibles, connues, argumentées, et pourtant… Naomi Klein prend donc le temps d'énoncer des faits, tous plus inquiétants les uns que les autres, avant de passer au cœur de son travail, qui consiste à démontrer les stratégies de communication et de lobbying à l’œuvre dans toutes les négociations autour du climat. Elle dévoile le double jeu du green washing, les trahisons de grandes fédérations environnementalistes, ainsi que les fausses promesses, entre autres, du gaz de schiste. Et, plus important, elle lie problématiques sociales et environnementales. Les dérèglements climatiques frappent plus durement les pauvres, que ce soit à une échelle nationale ou internationale, et éclaire donc la nécessité d'une riposte globale. Elle consacre également une longue partie aux mirages de la géo-ingénierie, remède d'apprenti-sorciers qui risque d’être bien pire que le mal. Passé ces sombres constats, la militante combative et déterminée reprend le dessus et propose des solutions. Cette crise est une opportunité unique de réorienter notre économie sur d'autres bases, plus écologiques et solidaires. Mais il faut pour cela travailler à favoriser l'émergence d'un mouvement puissant, uni et intransigeant. Pour ne pas se limiter à des formules incantatoires, elle cite des exemples de combats réussis, comme les « Blocadies », joli nom québécois de nos ZAD, ou encore ces administrations locales qui reprennent le contrôle des biens communs. Elle livre un réquisitoire fort et argumenté contre cette fuite en avant qui semble irrésistible, doublé d' un message d'espoir revigorant. Il n'est pas trop tard pour s'atteler à la tâche. Loin de nous promettre le retour à la bougie, elle prouve que nous avons un défi immense à relever, celui de réinventer un monde où la puissance publique au service des citoyens et de leurs intérêts collectifs imposerait ses règles aux grandes entreprises. Chronique réalisée pour la Revue Page des Libraires / J. B.

Garde-Fou, Franck Déglise ; Texte de Rafael Garido / Éditions Filigranes – 25 € "Hanté par cette vision, leur chute, (...). J'ai commencé à collecter des radiographies, à m'intéresser aux matières et à faire des croquis d'après modèles vivants. Question de survie : de nouvelles images, pour en chasser d'autres, qui revenaient de jour comme du nuit." Une série de photographies autour de la fêlure, du vertige, des obstacles, des barrières et du temps qui passe. M.D.

Mon cher fils, Leïla Sebbar / Éditions Elyzad – 6,90€ Un vieil homme se rend quotidiennement à la grande poste d’Alger pour y rencontrer l'écrivain public. Avec l'aide de cette dernière, le vieil homme analphabète tente d'écrire une lettre à son fils dont il n'a plus de nouvelles depuis des années. Mais chaque jour, les mots semblent lui échapper et il ne parvient pas à aller au delà de « Mon cher fils ». À défaut de trouver les mots justes pour son fils, il fait le récit de sa vie à l'écrivaine : les longues années de labeur comme ouvrier chez Renault, les joies fugaces, l'éloignement de ses enfants ou bien encore sa solitude grandissante. La rencontre du vieil homme mélancolique et de la jeune écrivaine pleine de bienveillance est l'occasion pour Leïla Sebbar d'offrir un texte tout en sensibilité et retenue. F.C.

Un livre, une rose – Samedi 25 avril 2015 Le 25 avril aura lieu la 17ème édition de la Fête de la librairie indépendante par les libraires indépendants. C'est avec joie que nous feront partie des 450 librairies participantes en France, et en Belgique francophone. Venez partager avec nous votre amour des livres et de la librairie et recevoir une rose ainsi qu'un livre édité particulièrement pour l'occasion. Un ouvrage réalisé cette année par les Cahiers dessinés et les Éditions association verbe intitulé Une année dessinée, faits et gestes de la librairie, un voyage en mots et en images dans l'intimité des librairies.

À vous de jouer … Histoire de changer un peu, pas de mots croisés pour cette fois, mais plutôt une devinette-photographico-littéraire. Le but du jeu ? Trouver le titre du roman suivant....

Proposez nous votre réponse, par mail, sur facebook, twitter ou à la librairie, les bonnes réponses auront le droit à un petit cadeau, made in Librairie du MuCEM .

la Gazette des libraires n°3  

Pour ce numéro 3 : un spécial " revues ". De Citrus à 180°C, en passant par The Eyes, Paris Review, Georges, Esse, Biscoto, Diptyk ou encore...

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