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L’information économique en Pays de la Loire et Bretagne supplément spécial N° 1000 - 13/02/14 atlantique presse information

Nous restons bien placés pour les 20 ans à venir

SOMMAIRE Bruno Pitard In-Cell-Art

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Sophie Deniel

Créée en 1991, La Lettre API publie son millième numéro. Vingt-trois ans d’informations sur l’économie de l’Ouest français, ses entreprises, collectivités et organismes donnent un recul utile. La transformation du paysage sur cette période est saisissante, mais les réalités de fond demeurent. La Bretagne et les Pays de la Loire sont deux régions championnes du développement portées par leur démographie et l’énergie singulière de leurs entrepreneurs, privés et publics. On vient y vivre mieux qu’ailleurs, à proximité de la mer, dans des villes à taille humaine. Chacun sait ici deux choses : il faut d’abord compter sur soi et la solidarité n’est pas pas un mot creux. Figure du développement contemporain, le réseau y est à la fois une donnée géographique et une réalité sociale. Celles des villes et territoires incarnant chacun une communauté, d’entreprises bien ancrées là où elles sont nées et ne craignant pas de prendre le large ni de chasser en meute. Bien sûr, la crise n’épargne pas l’Ouest armoricain de la vieille Europe, les tempêtes n’y sont pas seulement météorologiques. Mais nos atouts demeurent intacts parce qu’ils sont culturels. De nouvelles générations prennent les commandes d’entreprises et de collectivités locales. Au programme des vingt ans à venir : la transition énergétique, la révolution numérique et sa parente biologique, la nouvelle agriculture, la réindustrialisation nécessaire, le développement durable, les connexions aux territoires et métropoles du monde. Excusez du peu ! Dans cette époque où la connaissance devient la nouvelle monnaie mondiale disent certains, la communauté d’universités et d’établissements d’enseignement supérieur qui émerge sur l’axe Nantes-Rennes, les pôles de compétitivité et clusters qui se développent dans les deux régions donnent le bon cap. Les entreprises prometteuses qui apparaissent et la façon dont les groupes emblématiques se régénèrent, également. Nous restons bien placés. Rendez-vous au numéro 2 000 de La Lettre API pour le vérifier. DOMINIQUE LUNEAU

Bookbéo

Franck Dupin Innes

SUPPLÉMENT à La Lettre API n°1000

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18 dirigeants de l’Ouest partagent leur vision du territoire pour les 20 ans à venir

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Mickaël Froger Lengow

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Christophe Milon

Groupe Eolane

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les Pays de la Loire et la Bretagne dans les 20 ans qui viennent 22 • Christophe 44 • Bruno Pitard In Cell-Art « Passer de l’usine à projet à l’usine à produits » « Il y a eu beaucoup de projets dans les biotechnologies à Nantes. Certaines entreprises ont été rachetées, leur siège s’est déplacé, ne laissant parfois ici qu’un centre de recherche. Dans les années à venir, il faudrait créer un écosystème pour que ce tissu soit plus qu’une usine à projets mais aussi une usine à produits… dans les acides ribonucléiques messagers, les anticorps ou d’autres domaines. Il s’agit de transformer les projets en produits fabriqués localement et non plus être uniquement dans la concession de licences à des industriels pharmaceutiques. »

29 • Sophie Déniel Bookbéo « Comme dans Monority Report » « En R&D, nous nous projetons déjà dans 10 ans ou 15 ans : nous commençons à développer des applications de réalité augmentée sur des lunettes, et l’on s’intéresse aux textiles intelligents, aux impressions 3D et à la pico-projection comme dans Minority Report. Quel objet sera en connexion ou prendra le pas sur le mobile ? La montre, les textiles, les lunettes, on ne le sait pas encore. Mais il y aura une convergence entre les objets comme la TV, le mobile, la voiture, la maison ou les vêtements. Interconnectés, ils fonctionneront en relais pour faciliter la vie quotidienne. »

35 • Franck Dupin Innes « Il est très compliqué de faire grossir une start-up en France » « Nous avons des compétences, des gens bien formés, mais il est très compliqué de faire grossir une start-up en France, car on doit faire face a une instabilité législative constante. Nous avons aussi un vrai problème concurrentiel avec les 35 heures. Et lever des fonds nécessite beaucoup trop d’énergie. Ailleurs, la recherche de fonds est vraiment plus simple pour des montants plus conséquents. Alors dans 10 ou 20 ans Innes aura probablement été rachetée par un groupe. Nous sommes des cibles idéales pour nos concurrents étrangers. C’est dommage. » 2

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Milon Ecocompteur

Technologie et outdoor lifestyle, le cocktail magique du futur ! « Pour monter une start-up, Lannion est un des endroits les plus attractifs de France. C’est un territoire qui a de nombreux points communs avec l’Amerique du Nord-Ouest comme l’Oregon ou Vancouver. Ils partagent un même climat, un même dynamisme économique et un même style de vie tourné vers les sports outdoor. À Lannion, on retrouve le premier centre de recherche d’Orange, un ensemble de start-up dynamiques et de vraies forces en matière d’innovation et de technologies. Et à côté de cela, on y vit bien. En une journée, on peut se balader en vélo sur les bords du Léguer, aller pêcher et faire du kite-surf. Et encore ce ne sont que 10 % des loisirs facilement accessibles. Il y a une appétence, notamment des Parisiens pour ce style de vie. Je le vois dans les derniers recrutements effectués. Ce territoire a énormément d’atouts, mais on ne le fait pas assez savoir. Nous devons mieux vendre notre territoire, et l’on ne mesure pas la chance que l’on a. Et ce message, je sens aujourd’hui qu’il est prêt à être entendu. Il faut y aller ! »

85 • Paul-Henri

Dubreuil Groupe Dubreuil

Les industriels auront besoin d’entreprises comme les nôtres « Nous sommes dans un territoire favorable à l’entreprise. Désormais désenclavée, la Vendée dispose de tous les facteurs pour s’assurer un avenir positif, si elle garde cet esprit d’initiative et d’entreprise. Hormis les règles fiscales et le manque de flexibilité sur le marché du travail, celui qui a envie de réussir ici le peut. Reste le problème du financement. C’est là que les politiques doivent agir. On pourrait ainsi sauver davantage d’emplois, créer plus d’entreprises. En ce qui concerne notre métier de distributeur, entre l’industriel et le client final, les marges s’avèrent de plus en plus étroites. On vit un changement d’époque, avec une croissance faible qui s’installe. Ce qui implique de la vigilance sur les coûts d’exploitation et les charges de personnel. Il nous faut donc trouver de l’espace de respiration de liberté, d’autonomie. Car les industriels ont toujours besoin d’entreprises comme les nôtres sachant livrer un client, facturer, prendre des risques… Il faut être curieux et à l’écoute des opportunités. »

13 février 2014 - N°1000 supplément


44 • Hubert

Garraud Terrena

Inventer l’alimentation du troisième millénaire « Pour l’agroalimentaire de l’Ouest, les années 80 et 90 ont constitué un âge d’or. Protégée par une politique agricole puissante et tirée par le développement de la grande distribution, la croissance a été sans précédent. Construite pour le marché français et pour des marchés export subventionnés, cet appareil industriel n’a pas anticipé deux évolutions majeures : l’arrêt brutal de la croissance des volumes depuis 2000 ; et la prise en compte des externalités négatives en particulier environnementale. Depuis lors, la croissance des charges n’est plus absorbée par les volumes, conduisant à une restructuration des acteurs. L’industrie agro-alimentaire doit reconstruire son modèle économique et retrouver une croissance. Il ne s’agit plus de se positionner sur un marché de “commodities” mais d’innover fortement pour apporter des produits différenciés, basé sur des modes de production écologiquement intensif et apportant au consommateur des bénéfices pour leur capital santé. Il s’agit aujourd’hui, ici, d’inventer l’alimentation du troisième millénaire. »

29 • Loïc

Hénaff Hénaff

Un territoire en capacité à rebondir

72 • Sophie

© Emmanuel Pain

« En 2013, la Bretagne a pris conscience que les grands piliers économiques qui avaient assuré la prospérité du territoire jusque là, comme l’électronique, l’automobile et l’agroalimentaire, étaient fragiles car bousculés par la concurrence mondiale. Et qu’il était sans doute temps de leur trouver des remplaçants. Mais il est évident que nous allons passer par une période intermédiaire, qui va être compliqué. Nous n’allons pas recréer de suite des emplois pour compenser ceux perdus sur certains bassins. Mais je suis confiant sur la capacité du territoire à rebondir. Nous avons tout pour recréer de la richesse avec notamment un corpus social très fort. Il faut simplement libérer les énergies et lever toutes les barrières administratives et réglementaires qui rendent les démarches plus compliquées chez nous. Simplifier ! Quant à l’entreprise Hénaff, elle sera évidemment là dans 20 ans. Mais, si nous avons construit notre histoire sur la conserve et le pâté, notre gamme se sera étoffée et nous serons sans doute plus multi-technologies. »

Casenave-Peré Posson Packaging

2030 ou la revanche des petits

« En 2030, Sablé-sur-Sarthe qui a misé sur son tissu industriel, a multiplié par dix sa population, attirant de nouveaux arrivants soucieux de leur sécurité, du plein emploi, de la qualité de l’habitat, des infrastructures scolaires et médicales, du réseau de voitures électriques et de la grande facilité des connexions ferroviaires aux villes limitrophes. PME de l’industrie automobile, agroalimentaire, emballage, bâtiment, regroupées dans un Club d’entrepreneurs ont pris en 2015 le leadership économique du territoire, avec le plein appui du Président du District du Sud Sarthe. La révolution Internet du début du 21 e siècle a profité à l’industrie sabolienne, qui, équipée du très haut débit, a retrouvé de la profitabilité grâce à la mise en place de managements innovants : la formation et le transfert des savoirs, l’innovation, le financement participatif, le reclassement garanti des salariés. Sablé, reconnue au plan international pour la qualité de sa main d’œuvre, vient de recevoir le label Haute Qualité sociale, économique et environnementale. Le chômage n’y existe plus depuis plus de 10 ans. Preuve que bâtir sur la confiance participe de l’intérêt général. » 13 février 2014 - N°1000 supplément

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les Pays de la Loire et la Bretagne dans les 20 ans qui viennent 35 • Christian 44 • Mickaël Froger Lengow « La 3 révolution industrielle » e

« Nous sommes dans un secteur, le numérique, qui évolue très vite. Nous n’existions pas il y a 5 ans. Difficile donc pour nous d’avoir une vision à très long terme, de prédire ce que seront les nouveaux services, les nouveaux usages dans 10 ou 20 ans. Mais ce dont je suis certain, c’est que le numérique va prendre une place de plus en plus prépondérante dans nos vies, qu’il va continuer à se diffuser à tous les niveaux, dans la sphère privée et dans les entreprises. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de troisième révolution industrielle. »

85 • Philippe Audureau VM Matériaux « Construire l’avenir avec discernement et détermination » « Rarement le monde du bâtiment aura connu un si fort fléchissement et autant de mutations. Dans ce contexte, VM matériaux ne cesse de se réinventer, fort d’un savoir-faire d’industriel et de distributeur. Riche de son expérience en Outremer et à l’international et s’appuyant sur ses racines, le groupe relève les défis de l’innovation, des économies d’énergie, des nouvelles normes au service de ses clients. Porté par l’implication de ses équipes et le soutien de son actionnariat familial, VM s’inscrit dans le futur, et restera fondamentalement attaché à son indépendance. »

29 • Charles Cabillic aC3 Groupe « L’informatique et l’agroalimentaire » « D’ici 5 ans, avec les objets connectés et les biotechnologies, l’informatique aura évolué. En associant ses savoir-faire en agroalimentaire et en informatique, la Bretagne a tout à gagner. Cette interconnexion est clairement le gisement d’emplois de demain. Même si l’aéroport de Brest est bien desservi, le transport reste une contrainte. Il faudra donc se recentrer sur des activités à dominante locale ou dématérialisée. Avec la West Web Valley, nous voulons accompagner les entreprises bretonnes qui veulent muter avec le numérique. Et grâce à ces nouvelles technologies, on peut créer de la valeur ajoutée que l’on saura exporter. » 4

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Queffelec Astellia

Nous avons matière à construire un futur rayonnant « La force de l’Ouest tient avant tout dans ses hommes et ses femmes. Ce sont eux qui ont assuré son développement et vont nous permettre de rebondir demain. Car, nous avons matière à construire un futur rayonnant. Simplement, il ne faut pas trop s’accrocher au passé, il faut savoir tourner la page sur des industries et des activités en déclin tout en soutenant la transition. Il faut savoir ainsi passer d’une industrie des télécommunications basée sur le hardware, sur le matériel, à l’industrie du numérique basée sur les usages. Et nous avons dans l’Ouest les compétences pour nous aider à changer de modèle. Mais pour avancer, il faut savoir s’unir. Il faut arrêter de se battre pour sa paroisse. Cela me désole de constater, par exemple, que les universités du grand Ouest n’arrivent pas à se mettre d’accord pour mieux collaborer. Quant à Astellia, j’ai du mal à me projeter à 10 ou 20 ans. Car tout évolue vraiment très vite. Je sais simplement qu’il y a plein d’opportunités. Mais je ne sais pas dire quelle place peut avoir un nain comme Astellia dans un monde qui est constitué de géants. »

53 • Bruno

Bouygues Gys

Ne pas séparer l’innovation de la production « En dix ans, la machine-outil est passé d’un marché relativement régional à un marché mondial. L’amélioration des moyens de transport et de communication, a aussi amené de nouvelles formes de concurrence. Le savoir s’est disséminé avec l’ouverture, par les écoles d’ingénieurs, d’antennes sur tous les continents, avec les Mooc… Il n’y a pas de marche arrière possible. D’une cinquantaine de concurrents en Chine nous sommes passés à près de 1 500. L’autre tendance est le rapprochement des lieux de recherche et de production. La croyance que l’on pouvait les dissocier disparaît. Mes souhaits pour l’avenir ? Il faudrait construire un marketing territorial “sortant” sur l’industrie française ; ne pas séparer, par une fiscalité défavorable, la production de l’innovation ; réinsuffler la technique à tous les niveaux ; réhabiliter l’apprentissage ; favoriser l’intégration verticale, c’est-à-dire maintenir le maximum d’étapes de transformation au sein des entreprises, car quand on est trop spécialisé, il est difficile de s’adapter aux changements. »

13 février 2014 - N°1000 supplément


interview 35 • Valérie

Cottereau Artefacto

« Les tendances de demain ? Les objets connectés et la réalité augmentée » Pour Valérie Cottereau, PDG de l’agence rennaise spécialisée dans la réalité augmentée, cette technologie et les objets connectés feront demain partie de nos usages quotidiens. L’aventure Artefacto a débuté en 1998. Qu’est ce qui a changé depuis sur le secteur du numérique ? Entre 1998 et aujourd’hui, le monde du numérique mais aussi notre quotidien est devenu hyper-connecté. C’est vraiment le bouleversement de ces quinze dernières années. Internet et le mobile ont impacté notre façon de travailler. Aujourd’hui, le temps du travail et le temps personnel ne sont plus différenciés et cela génère au quotidien des comportements différents. Par exemple, les collaborateurs passent leurs conversations personnelles depuis l’open-space, alors qu’il y a 10 ans ils auraient été gênés de recevoir un appel au bureau. Et l’on apprend à travailler mais aussi à manager autrement. La mobilité est une véritable révolution et l’on oublie vite que l’on a fait sans. Les smartphones et les tablettes datent de 2009-2010, c’est extrêmement récent. Pour les premières démonstrations de nos applications, nous avions dû concevoir notre

propre tablette, un produit très peu nomade. Pour Artefacto, l’arrivée des tablettes sur le marché a vraiment été une aubaine car nous n’avions pas vocation à développer du hardware.

Quelles évolutions voyez-vous se profiler sur les prochaines années? Quand nous avons démarré en 1998, nous étions persuadés que la 3D en temps réel allait prendre deux ou trois ans pour rentrer dans les usages : cela a pris près de 10 ans. C’est donc difficile de dire précisément de quoi sera fait demain. Mais deux grandes tendances se profilent. Les objets connectés d’abord : dans le prolongement des mobiles, il y aura une multitude de services et d’usages autour des objets intelligents. Et la réalité augmentée. Cette thématique est perçue comme un axe de développement économique fort par le gouvernement qui en a fait un des 34 plans de reconquête de la France industrielle.

Rennes a t-elle les atouts pour devenir une grande métropole du numérique ? Par rapport à d’autres régions, nous avons un écosystème dynamique autour des pôles de compétitivité, des projets collaboratifs et surtout un fort sentiment d’appartenance. Quand nous sommes invités à Paris ou ailleurs, nous ne représentons pas nos entreprises mais l’ensemble de l’écosystème breton, avec un petit côté chauvin. Si nous sommes bien identifiés à l’échelle nationale, Rennes renvoie encore trop souvent à son passé sur le numérique, avec le minitel. Il faut absolument lui donner un second souffle. On a de nombreux atouts avec l’IRT B-Com, les actions autour de la French Tech et l’internationalisation. Certes, c’est un pari ambitieux, mais j’y crois.

«L’innovation, c’est une invention technologique mais couplée à un usage et à un support adapté.»

Comment cela se concrétisera t-il? On utilisera la réalité augmentée pour essayer depuis son mobile des vêtements ou des lunettes, pour obtenir des informations enrichies lors d’une visite de musée ou reconstituer, in situ la tour détruite d’un château. En matière de concertation urbaine, elle permettra aussi de capter de nouveaux publics comme les 15 35 ans. Ils pourront visualiser et donner leur avis sur des projets urbains. Des démonstrateurs de ce type d’usage existent déjà, mais le temps du déploiement n’est pas forcément celui que l’on croit. L’innovation, c’est d’abord une invention technologique mais elle doit être couplée à un usage et à un support adapté. Et ça c’est une alchimie plus que complexe.

Propos recueillis par MAUREEN LE MAO

13 février 2014 - N°1000 supplément

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les Pays de la Loire et la Bretagne dans les 20 ans qui viennent 35 • Hugues

Meili Niji

Il faut mettre les deux métropoles plus à l’unisson « Notre territoire a de nombreux atouts : un bon niveau d’éducation, des filières d’enseignement supérieur de qualité, un engagement au travail qui est fort, une proximité avec Paris qui s’accentue, et une qualité de vie. Mais il manque d’unité au sens identitaire et d’infrastructures d’aménagement communes. Il manque une vraie Capitale reconnue et plébiscitée. La question n’est pas de savoir si ce doit être Nantes ou Rennes, mais de mettre les deux métropoles plus à l’unisson dans une logique de Capitale coopérative. On manque aussi d’une marque pour identifier le grand Ouest. Et on manque de locomotives, il n’y a pas assez de grandes entreprises multinationales porteuses. Enfin, notre territoire est fragile car il est construit autour de secteurs historiques tels que les télécommunications, la construction navale et le nautisme, l’agriculture et l’agroalimentaire et une emprise forte de la commande publique. Cette architecture économique est en pleine mutation, le numérique est clé dans la servicialisation d’un paysage historiquement très ancré dans le produit matériel. »

29 • Emmanuelle

Legault Cadiou Industrie

Etre plus que jamais agile

« Je suis fière d’être bretonne et j’ai envie de me battre pour défendre mon territoire car ses atouts sont nombreux : une main d’œuvre de grande qualité, peu volatile et impliquée, et une qualité de vie incomparable avec une authenticité dans les rapports humains. Je suis convaincue ainsi que la croissance démographique va se poursuivre, que le territoire va continuer à séduire. Et c’est une chance. Mais il va falloir bien organiser les flux, faciliter les liaisons. Et il y a encore du travail à ce niveau. Pour nous Finistériens qui intervenons sur toute la France la question du transport est cruciale. Je comprends ainsi la mobilisation contre l’écotaxe. Sur nos produits, elle aurait généré un surcoût de 100 000 € minimum. Quant à l’entreprise Cadiou, à 10-20 ans, elle sera toujours là, bien ancrée en Bretagne, mais plus que jamais agile. Car aujourd’hui il faut sans cesse se réinventer, savoir faire bouger les lignes pour faire face à la concurrence et répondre au mieux aux attentes de nos clients, et ne pas oublier d’innover. »

49 • Paul

Raguin Groupe Eolane

20 ans de construction, 10 années de perspective ! « Au cours des 20 dernières années, Eolane s’est construit une identité sur trois axes. Le premier est la création d’une grappe d’entreprises interne à Eolane constituée de 25 PME autonomes, financièrement intégrées, solidaires entre elles, au plus près des clients. Le deuxième est une offre en R&D orientée “produits et solutions” destinée au monde de l’industrie. 250 collaborateurs y déploient exclusivement leurs savoir-faire. Le troisième est l’international en proposant ainsi à nos clients des facilités de conquête de nouveaux territoires. Pour les dix années qui viennent, Eolane consolidera en priorité ses positions sur ces trois axes. Nous allons accentuer nos investissements sur l’innovation technologique en vue d’offrir à nos clients des solutions de référence sur catalogue. Notre relation clients va changer : nous allons passer de la position de sous-traitant à celle de “sur-traitance”. Nous serons moins “aux ordres” et davantage “aux manettes”, moteur et force de proposition. Nous gagnerons en excellence ensemble, en faisant converger nos atouts respectifs. » 6

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interview 44 • Bruno

Hug de Larauze Idéa Groupe - président de la CCI des Pays de la Loire

« Il faut se préparer à la troisième révolution industrielle » Entrepreneur, à la tête d’un groupe de 830 salariés, et président de la CCI régionale, Bruno Hug de Larauze nous livre son analyse des forces et des faiblesses du territoire.

Certains grands groupes ayant profité du territoire dans les années 80, il a du se réorganiser autour de ses PME. Et, pour qu’elles se développent il leur fallait un écosystème performant, des outils de formation et qu’elles deviennent acteur de leur développement. Objectif : avoir des collaborateurs de qualité, une région attractive et une vie épanouissante, de la formation scolaire à la retraite. Cette réflexion a orienté le développement du territoire autour d’un modèle plus collectif. Une dynamique territoriale s’est amorcée mêlant public, privé, grands groupes et PME.

de chômage il y a 20 ans (à SaintNazaire) on est passé à 9,5 % en 2014, en dessous de la moyenne nationale ! Et la région des Pays de la Loire est considérée comme l’une des plus dynamiques de France.

Quels progrès reste-t-il à accomplir ? Reste encore à améliorer les aspects liés à l’internationalisation de nos process et à l’innovation pour gagner en compétitivité. Et pour cela il faut lever les freins réglementaires, ce système de défiance entre public et privé et entre les entreprises elles-mêmes et de contrôles à priori. Autoriser les essais, les projets, consolider les initiatives et sanctionner les fautes à postériori permettrait d’être plus réactifs.

Concrètement, qu’est ce qui a changé ?

Comment voyez-vous l’avenir ?

Les centres de compétitivité comme Neopolia se sont créés. Un coup de collier a été donné sur la formation supérieure et universitaire, point noir de la région. On a dopé les dispositifs de recherche notamment autour des centres de transfert de technologies, des pôles de compétitivité et aujourd’hui de l’IRT Jules Verne. Résultats : de 23 %

Je milite en faveur de notre préparation à une troisième révolution industrielle et agricole. Nous ne sommes pas en crise mais assistons à une profonde mutation de la société. Évolution du numérique, transition énergétique, changement des fonctionnements des populations, mondialisation de la concurrence..., l’entreprise

Les atouts de notre territoire pour l’avenir C’est finalement une chance de ne pas avoir de position de prédominance de grandes entreprises. Et dans les centres de recherche et développement comme le Technocampus ou l’IRT Jules Verne, ce sont plus des directeurs industriels qui sont moteurs des projets collaboratifs que des technocrates. De ces centres de recherche vont naître des technologies, de nouveaux process. Ce sont des pépinières pour PME innovantes et de nouveaux relais de croissance.

© YMLA44

Comment le territoire a-t-il évolué ces 20 dernières années ?

«Il faut que les jeunes participent à la création de la société dont ils vont hériter.»

doit s’adapter. Elle doit travailler en mode collaboratif, tester de nouveaux marchés moins concurrencés, moins réglementés, créer de nouvelles activités, faire évoluer son business modèle et ne pas tout attendre des finances publiques, à bout de souffle. Au titre de dirigeant d’une entreprise de logistique industrielle, je m’interroge sur le retour sur investissement de mes activités portuaires. Comment investir sans avoir de visibilité réglementaire et sociale ? Peut-on encore maintenir une situation corporatiste au lieu de créer de nouvelles activités ? Il serait préférable de revoir le niveau de rémunération du chômage et de redistribuer ces fonds à la formation des chômeurs et des jeunes. Nous sommes en train de construire le monde dont ils vont hériter. Il faut qu’ils y participent !

Propos recueillis par OLIVIA BASSI

13 février 2014 - N°1000 supplément

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les Unes de la Lettre de 1991 à 2014

la lettre

L’information économique en Pays de la Loire et Bretagne atlantique presse information

Supplément à La Lettre API n° 1000.

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la lettre api

Éditée par la SARL Publications API 5, passage Douard, BP 10 323 44003 Nantes CEDEX 1, Tél. 02 40 35 65 37 Fax. 02 40 48 65 61 Directeur de la publication : Dominique Luneau

13 février 2014 - N°1000 supplément

Rédaction : Olivia Bassi, Emmanuel Guimard, Florence Le Nevé, Maureen Le Mao e-mail de la rédaction : redaction@agence-api.fr Maquette et mise en page : Cécile You

Documentation : Hélène Botté Diffusion : Delphine Trioux, Lucie Salmon Gestion : Catherine Lacascade Publicité : Pierre-Yves Beaugeard R.C.S. Nantes B381 802 982 Impression : Imprimerie Allais

Z.A Pôle Sud 44115 Basse-Goulaine ISSN : 1626-584X N° de CPPAP : 1018 I 80943 Dépôt légal : à parution SARL au capital de 56 000 € Reproduction interdite

Les Pays de la Loire et la Bretagne dans les 20 ans qui viennent. - Supplément n° 1000 - Lettre API  

Supplément spécial pour le 1000 ème numéro de La Lettre API. La Lettre API est un média hebdomadaire papier couvrant l'actualité économiqu...

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