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LIFESTYLE STRASBOURG

MUSÉE ZOOLOGIQUE VISITE AVANT TRAVAUX

PIO MARMAÏ À L'UGC MAIS TU ES FOU ?

LE CAFÉ DE LA BIENNALE JOUE LES PROLONGATIONS

M A G A Z I N E

MAGAZINEMIX.FR

#236 MAI 2019

STRASBOURG

LE CAFE DES SPORTS BISTROT SANS CHICHIS


ÉDITO

Le nouveau projet d’Apollonia © Cabinet d’Architecture et d’Urbanisme Georges Heintz et Associés

APOLLONIA EN DANGER « C’est paradoxal de demander à une équipe très attachée à la notion de mobilité – artistique, des idées… – de se sédentariser, mais pour mieux renforcer son action, il faut un port d’attache ! » Dimitri Konstantinidis, directeur de l’espace d’Art contemporain Apollonia, se sent bien à l’entrée du quartier « encore trop hermétique » de la Robertsau, une « zone tampon » à quelques encablures des Institutions européennes, du Lieu d’Europe et de l’École européenne. Depuis sa création il y a un peu plus de vingt ans, Apollonia incarne une certaine vision de notre continent, portant un regard culturel sur lui et construisant des ponts avec Ljubljana, Bucarest ou Budapest tout en interrogeant de manière pertinente la relation de l’individu à la cité et la place de l’artiste dans la ville. Pour pérenniser ses activités et dépenser moins de fonds publics, Dimitri Konstantinidis et son équipe ont inventé un modèle économique inédit, pour un projet « d’intérêt général » : construire un équipement de loisir innovant et faire un lieu transgenre de quatre étages en terrasse, intégrant un hôtel d’une centaine de chambres (pratique, près du Parlement et compagnie), un restaurant, un espace de coworking, quinze logements sociaux d’artistes et douze logements “libres” (à la vente). L’exploitant de cet endroit garantit

16 rue Teutsch - 67000 Strasbourg - magazinemix.fr &

la mise à disposition d’un white cube de 770 m2 pour les expositions d’Apollonia, ainsi que le maintien du jardin participatif à l’avant de la bâtisse (véritable poumon vert à l’entrée du quartier) et le développement d’un parcours artistique dans la Robertsau. Le tout serait financé par KS Groupe porteur du projet. « C’est une autre manière de considérer le fonctionnement associatif », affirme Dimitri Konstantinidis… désabusé lorsqu’une lettre de la Mairie lui demande de modifier son projet pour pouvoir construire l’extension de l’École européenne. « Nous voudrions acquérir un terrain de 1 700 m2 mitoyen à notre espace actuel, mais on nous le refuse alors qu’il y a encore plusieurs milliers de m2 disponibles, jouxtant l’école. Nous avons répondu que nous ne souhaitons pas nous résoudre à abandonner le jardin et qu’il n’était pas question de trahir la confiance des habitants. Nous avons exprimé clairement notre conviction : les deux projets – l’extension de l’École européenne et le réaménagement d’Apollonia – sont tout à fait conciliables ! » Le compromis est-il à ce point impossible ?

# Emmanuel Dosda

facebook.com/mgzmix

mix.strasbourg

Directeur de la publication julien.schick@bkn.fr | Service commercial +33 (0)3 90 22 93 36 | Contact France linda.m@bkn.fr | Contact Allemagne sarah.krein@bkn.fr Contact rédaction emmanuel.dosda@bkn.fr | Développement web Cécile Bourret | Graphisme anais.guillon@bkn.fr, alicia.roussel@bkn.fr, Anaïs Holtzer (stagiaire du studio graphique) | Éditeur BKN ÉDITEUR Sarl au capital de 100 000 € RCS : 402 074 678 | +33 (0)3 90 22 93 30 — bkn.fr | Photo de couverture Xavier et Geoffroy du Café des Sports © Sophie Dupressoir | Imprimé chez Ott Imprimeurs à Wasselonne | Dépôt légal Avril 2019

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ART IN PUBLIC Le collectif d’artistes Les Individus participe à Europe en fête cette année, avec l’exposition Europes (06-20/05) : Pascal Bastien, Véronique Buri, Valérie Etterlen, Eve Guerrier, Christian Rémy et Yun-Jung Song exposent 19 œuvres, affichées place Jeanne Hebling. Allégories de la paix sexy, photographies d’Européens à travers le continent et identités multiples sont au programme. # S.M.K.

CHEZ LES ARTISTES

© Jessy Nottola

© Domaine de l’Abbaye Atelier Beranek - Photo Alex Flores

© Charbon et acier - Christian Remy

BRÈVES

FESTIVITHÉS L’entreprise écolo Les Jardins de Gaïa travaille des thés bio et équitables, « de la feuille à la tasse », depuis 25 ans, à Wittisheim. Pour fêter son anniversaire, la société organise le concert de Tiken Jah Fakoly vendredi 24/05 (20h) et une belle visite festive durant la journée du 25/05 (10h-19h). Portes ouvertes en présence des producteurs de thé & épices, avec dégustations de thés de printemps, conférences, bars à thé & cocktails, spectacles et foodtrucks. # E.D.

En mai, Accélérateur de particules organise la 20e édition de ses désormais traditionnelles Ateliers Ouverts (18 & 19/05, 25 & 26/05) avec 400 artistes participants en Alsace. Le Vernissage aura lieu le 17/05 au Bastion 14 et une Nuit blanche sera l’occasion d’admirer des œuvres éphémères (18/05, La Drêche). Toutes les approches artistiques imaginables sont représentées, de A comme aquarelle à V comme vidéo. # S.M.K.

jardinsdegaia.com

ateliers-ouverts.net accelerateurdeparticules.net

C CHINA

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© Wiktoria Wojciechowska

lesindividus.com

STRAS’URBAN

Découverte d’une Chine intime via le regard d’une jeune femme, Cong Yàn, que la ¯ photographe polonaise Wiktoria Wojciechowska (Prix Madame Figaro) a suivi dans les bambouseraies, parmi les feuilles de lotus et sur les chemins bitumés de villages, loin des mégalopoles. Notes sur la Chine : un carnet personnel grand ouvert, un documentaire sur une anonyme, un travail au long cours produit par Stimultania (jusqu’au 28/07). Sublime avec sa centaine de photos tirées sur du papier calligraphique traditionnel (où étincellent des particules de minéraux) et encadrées par l’artiste entre deux plaques de verre. Brillant. # E.D.

Le NL Contest, festival international des cultures urbaines fête sa 14 e édition au Skate Park de la Rotonde (24-26/05). Il fait la part belle aux compétitions de sport urbain (roller, BMX, skateboard & co.), au street art et bien sûr à la musique : hiphop avec les historiques Neg’ Marrons Live Band (24/05, avec le strasbourgeois A-Rob en première partie, gros coup de cœur) ou electro avec les quatre beatmakers de La Fine Équipe (en photo, 25/05). # S.M.K.

stimultania.org

nlcontest.com

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© Jean-Pierre Collin

BRÈVES

CARNIVORE

Pendant la première quinzaine de mai, Natacha Bieber ouvrira sa Boucherie en plein centre-ville de Strasbourg (17 rue de la Croix). Cette jeune passionnée par ce qui est « beau et bon » veut faire partager son amour pour un métier artisanal, mais surtout redorer le blason d‘une filière : l’essentiel est de restaurer la confiance entre les professionnels de la viande et les clients. # S.M.K.

Nadia Diz Grana nous invite à explorer ses Paysages Intérieurs dans l’intimité d’une chambre d’hôtel, au Graffalgar (jusqu’au 15/06). Appuyer sur “deuxième étage” dans l’ascenseur, parcourir le couloir labyrinthique de l’établissement, pousser doucement la porte 201 et se trouver en immersion totale dans les arcanes de l’univers créatif de l’illustratrice strasbourgeoise (Inrocks, Télérama, Libé…). Dans ses collages, visages, nuages et feuillages se rencontrent en des images / mirages hors d’âge. # E.D. gallerylac.eu graffalgar-hotel-strasbourg.fr /chambrenumero

the cracked cookies

SHINING

LA CHUTE

/natachabieber.fr

Tous les orphelins du Bureau des légendes vont être ravis ! La littérature vole à leur secours ! Frédéric Paulin, avec Prémices de la chute, édité chez Agullo, deuxième volet de ce projet fou, plonge dans les souterrains et les méandres de l’histoire secrète pour explorer la construction du terrorisme et souligner l’extrême difficulté à le circonscrire. Rencontre le 15/05 (19h) à la Librairie Quai des Brumes. # Juliette Pelletier quaidesbrumes.com

VIVE LE VILLAGE ! Le festival Les Éphémères (29/05-10/06, Parvis du Diapason Vendenheim) revient fêter la créativité avec spectacles, animations, expositions, ateliers et rencontres pour toute la famille. Le thème de cette 7e édition est “Le village” pour remettre en valeur un vivre ensemble rural, convivial et solidaire. À côté des spectacles comme La Beauté du monde (09/06, Magic Mirror) qui interroge notre relation au monde de manière hilarante, de nombreux ateliers en lien avec l’écologie sont proposés : recup’, produits nettoyants et cosmétiques faits maison ou conférence sur la vie des abeilles. # S.M.K. vendenheim.fr

L’Estampe, la plus ancienne galerie de Strasbourg fête son anniversaire avec 40 ans, 40 artistes (jusqu’au 25/05). Spécialisée dans l’édition de gravures, cette institution a su faire connaître ses artistes, dont Tomi Ungerer ou encore Raymond Waydelich, dans le monde entier. Cette exposition collective reviendra sur quelques‑uns des artistes qui ont contribué à l’aventure. # S.M.K. estampe.fr 6—

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La Salamandre d’Hervé Di Rosa

JOYEUX ANNIVERSAIRE !


LA VILLE DE DEMAIN

UNE NOUVELLE VILLE POSSIBLE ? Longtemps on a pu douter des futurs gains en matière de trafic routier autour et dans Strasbourg qu’apporterait le Contournement Ouest de Strasbourg. La publication des récents travaux de l’ADEUS autour de la requalification de l’A35 dévoilent de nombreuses pistes de travail ouvertes dans le cadre du Grenelle des mobilités : environnement, sécurité, qualité de vie, etc. Avec les perspectives de transfert de trafic opérables avec le COS dès la fin 2021, l’Eurométropole a confié une réflexion à l’urbaniste strasbourgeois Alfred Peter pour modifier l’actuelle autoroute traversant la ville. Les recherches menées proposent de la transformer en boulevard urbain en reconstituant des zones humides et en plantant de nombreux arbres. Réaménager un tissu urbain vert, propice aux déplacements doux et entraînant une baisse de pollution significative, le projet a de l’allure. Robert Herrmann, Président de l’Eurométropole, imagine même d’un déploiement de la Place de Haguenau à la Vigie. Tout dépendra des moyens dégagés, le chiffrage allant de 30 à 70 millions par kilomètre requalifié ! Le Temps des possibles Alfred Peter propose de démonter les viaducs pour retrouver de l’emprise au sol, destinée pour partie à l’urbanisation. Les craintes de la création d’avenues aussi denses que celle de la Route du Rhin ont aussi été prises en compte. Avec une vitesse de 50 km/h et un nombre de voies réduites (dont une réservée aux transports en commun), l’urbaniste projette de reconquérir l’infrastructure existante, notamment en supprimant les bretelles d’échangeurs. Les fortifications de Strasbourg seront elles aussi revalorisées. Bien entendu, quelques constructions seront destinées à contribuer, à l’instar de l’extension du Tram vers Kœnigshoffen, à réduire l’écart séparant les quartiers Ouest et Nord du centre-ville, tout en permettant une part significative du financement de l’ensemble du projet. 8—

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DR

La mise en service du Contournement Ouest de Strasbourg en 2021 pourrait permettre le déclassement et la requalification de l’A35 en ceinture verte. Les récents travaux de l’Agence de développement et d’urbanisme de la région de Strasbourg (ADEUS) dévoilent cet ambitieux projet. # J.J.

Volontarisme politique Après un an de consultation massive des élus, représentants de la société civile et de techniciens de 80 organismes, le Grenelle des mobilités piloté par l’ADEUS livrait fin 2018 ses premières orientations. Cette démarche initiée par l’État, la Région Grand Est, le Conseil départemental 67 et l’Eurométropole vise à redessiner le maillage du système actuel de mobilité, de Haguenau à Sélestat et de Molsheim à Offenbourg. Sur le territoire eurométropolitain, un déplacement sur deux s’effectue actuellement en voiture individuelle, avec 1,04 personnes par véhicule. Pour faire sensiblement baisser cette part modale dans la décennie à venir, plusieurs pistes sont à l’étude. Un réseau maillé, ferré et routier – baptisé REM (Réseau Express Métropolitain) – en constitue le cœur. Le ferroviaire pourrait voir de nouvelles lignes rouvrir avec des liaisons Haguenau-Rastatt-Karlsruhe et Colmar-Fribourg. La création de pôles d’échanges multimodaux, comme des parkings-relais résidents en première couronne et la relocalisation d’une gare routière de Strasbourg totalement interconnectée, complèteraient une offre alternative à la voiture. Un plan co-voiturage est d’ores et déjà à l’étude, ainsi qu’une dynamisation du réseau de

bus et de tram : extensions des lignes C, E et F, développement des Bus à Haut Niveau de Service (liaison Ostwald-Illkirch, extension de la ligne G…). Le tout visant à assurer des déplacements très performants, basés sur un cadencement élevé des transports, une amplitude horaire large et des vitesses de circulation compétitives faisant gagner du temps aux usagers tout en leur permettant d’être en cohérence avec leur souci de minimisation d’impact écologique. Rien moins qu'un réseau plus rapide que la voiture aux heures de pointe (ce qui est déjà le cas à l’heure actuelle) sur un territoire élargi. Autre idée en vogue, étoffer la place du vélo en matérialisant une voie express entre Strasbourg et Offenbourg, comme en étendant géographiquement le service Velhop. L’heure est à la finalisation des choix stratégiques pour réinventer les mobilités de demain. Après une phase d’étude de faisabilité technique et financière, une feuille de route commune devrait voir le jour ce printemps. adeus.org


Y’A D’LA RUMBA DANS L’AIR STRASBOURGEOIS Baloji par Kristin Lee Moolman

« C’est pas un coup de foudre, c’est une déflagration » chante Baloji sur L’Art de la fugue. C’est exactement l’impression que nous fait 137 Avenue Kaniama, dernier album d’un sorcier du son Bipolaire conciliant NTM et RDC. Kongaulois mêlant rythmes de la brousse, nightclubing de Kinshasa et rap francophone dans des titres enjoués aux textes ciselés, il cite Danny Lafferière (Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer ?) ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Gondry. Autofiction, poésie du quotidien et chronique sociale acerbe, le rappeur décrit des « gilets jaunes fluorescents » sur un morceau (Hiver indien) datant de l’an passé. Une intuition ? « Mon texte se réfère aux “porteurs”, personnes qui remplacent les ascenseurs dans les tours et revêtent une tenue voyante, reconnaissable de tous. » Si l’ambiance est chaloupée, le propos est cru et le constat grave. Baloji évoque l’exil, la technologie mobile rendant accroc, les familles éclatées, les cultures qui se heurtent et les illusions perdues. « Je partage beaucoup de moi-même », confie un artiste qui joue avec les temporalités, les formes et l’espace, avec la liberté de ceux qui peuvent s’affranchir des règles… car éloignés des radars. « Ma musique, hors

format, ne répond à aucune attente : je n’ai pas de caisse de résonnance, pas de fanbase et aucun soutien chez les influenceurs ou dans l’industrie musicale. Game over ! » lâche-t-il, désabusé. La plupart de ses morceaux sont pourtant des tubes en puissance, servis par de beaux clips qu’il a lui-même réalisés. « Comme Gainsbourg reprenant une sonate de Beethoven ou Gonzales se réappropriant Satie », Baloji pioche (en citant ses sources) dans le patrimoine musical africain pour Soleil de Volt (reprise de Dooyo de Dur-Dur Band) ou Le Jour d’Après (Indépendance Cha-Cha de Grand Kallé). « Je viens du hip-hop, culture du sample et de la relecture », affirme un esthète perfectionniste parvenant à joindre « le futile à l’agréable. C’est l’histoire de ma vie ! » Pour sa vidéo de Zombies, il a fait construire un ananas géant, resté coincé à l’aéroport en Éthiopie (les douaniers pensaient qu’il y avait planqué de la drogue) et lui a valu bien des complications… « pour de simples plans de quelques secondes ! » Au Jardin des deux Rives (Strasbourg), jeudi 16 mai, dans le cadre du festival Pelpass (16-18 mai)

Rubin Steiner © Madame Douze

Belge d’origine congolaise, Baloji puise dans l’héritage africain pour composer une musique sans frontières, entre afro-beat, rumba congolaise et hip-hop marabouté. Une des têtes d’affiche du festival Pelpass. # Emmanuel Dosda

Pelpass (16-18/05) ? L’un des plus coolos festivals du coin, au Jardin des deux Rives (Strasbourg), dans une ambiance bon enfant, des produits locaux, une organisation canon et une prog’ aux petits oignons : le génial Rubin Steiner, artiste qui a plusieurs cordes à son arc et curseurs à son sampler (en DJ set), Cyril Cyril, Drame (projet kraut de Steiner) ou encore Cadillac (Stupeflip). pelpass.net

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MUSIQUE

SOÛL MUSIC Chant slave, lamentations pieuses, mantras soniques, drinking songs amères… Matt Elliott, artiste anglais installé à Nancy, produit une musique sacrée tout en considérant la religion comme « une connerie ». Entretien cash avant son passage à Vendenheim. # Emmanuel Dosda Pourquoi Nancy plutôt que Bristol ?
 C’est ma vie privée. Peu importe où j’habite : Nancy me va très bien et je passe mon temps à voyager, alors… Vous travaillez avec d’autres musiciens, mais la solitude semble être la condition idéale pour la création ? J’aime être seul, mais je me suis rendu compte que je ne suis tout simplement pas doué pour certaines choses. J’ai donc lentement constitué une petite équipe de personnes en laquelle j’ai confiance. Je suis très chanceux de travailler avec David Chalmin, mon ingénieur du son, Raph Seguinier à la batterie, Jeff Hallam à la contrebasse (et accompagnateur de Dominique A), Maxime Tisserand et sa clarinette et Gaspar Claus et son incroyable violoncelle. Vous avez principalement deux projets – Matt Elliott et Third Eye Foundation (né à l’époque des débuts de Massive Attack ou de vos amis Portishead) – qui parfois se mêlent, notamment sur The Mess We made, mélangeant folk et spirales electro… En fait, ce sont deux façons de travailler très différentes. Je n’aime pas trop la dernière fondation Third Eye, elle est trop sombre, mais compte-tenu de certains événements de ma vie, je comprends pourquoi… Ceci dit, les deux projets émergent du plus profond de mon âme. La pochette de Failing songs montre une sorte de pietà… Êtes-vous croyant ? Ma mère l’a toujours été, mais je me méfie de la religion. Enfant, j’étais traumatisé 10 —

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par la notion d’enfer ! La musique est très mystérieuse : nous ne savons pas pourquoi nous la créons ni comment elle transmet de l’émotion, parfois aux larmes, à travers le temps et les cultures. En réalité, l’image ornant Failing songs a été inspirée à l’artiste, Vania Zouravliov, par le sort des communards…  La musique peut-elle politiquement faire bouger l’ordre des choses ? La musique a sans aucun doute changé la société, elle l’a façonnée. Mais je suis partagé : est-il plus que nécessaire d’être politique ou faut-il utiliser la musique comme mode d’évasion dans ce monde en profonde crise ? Regrettez-vous le « Sarko enculé » sur La Mort de la France ?
 Non, c’était ce que je ressentais à l’époque. Il s’agissait de rompre la tension, mais les choses ne vont pas beaucoup mieux aujourd’hui… Vous sentez-vous parfois comme un Broken man ? 
 Je fais un travail que j’aime de tout mon cœur et parcourt le monde en jouant ma musique, mais même une vie comme cellelà est remplie de chagrins, de rêves brisés et d’espoirs inassouvis. 10/05 Médiathèque de Vendenheim (première partie : Merve Salgar & Ross Heselton) ➜ Gratuit sur réservation mediatheque.vendenheim.fr

DISCO SÉLECTIVE

Semtex (The Third Eye Foundation, 1996, réédité en 2016) Little Lost Soul (The Third Eye Foundation, 2000) The Mess We Made (2003) Drinking Songs (2005) Compilation This Immortal Coil : The Dark Age Of Love (avec Yann Tiersen, Yaël Naïm, Sylvain Chauveau, Will Oldham, le messin Chapelier Fou ou la strasbourgeoise Christine Ott, 2009) The Broken Man (2011) Only Myocardial Infarction Can Break Your Heart (2013) The Calm Before (2016) icidailleurs.com


© Léa Jiqqir

BRÈVES

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CINÉMA

© Bodega Films

LIAISON DANGEREUSE Avec The Reports on Sarah & Saleem de Muayad Alayan, une aventure extraconjugale à Jérusalem devient un thriller implacable et humaniste. # Manon Charbonnier Le soir, Saleem et Sarah se retrouvent sur un parking pour faire l’amour. Saleem, Palestinien, vit à Jérusalem-Est avec sa femme Bisan, dans une situation économique précaire. Sarah gère un café de l’Ouest de la ville. Son mari, David, est colonel de l’armée. Dans ce deuxième film du palestinien Muayad Alayan, l’adultère sert de prétexte pour construire un thriller nerveux au cœur d’un territoire fragmenté et sous haute surveillance. L’idée vient de la propre adolescence du réalisateur, lorsqu’il vit de petits boulots à Jérusalem-Ouest. Les couples clandestins pensaient, raconte-t-il, « que parce que la ville est ségréguée, l’autre partie du couple n’en saura jamais rien. » Le jeune Muayad se dit déjà qu’ils jouent avec le feu. Lors de la deuxième intifada (2000-2005), l’armée israélienne met la main sur des documents de l’Autorité palestinienne, consignant dans ses rapports toutes les relations intercommunautaires et procédant ensuite à des arrestations massives. Dans le film, afin 12 —

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d’échapper à la surveillance constante qui sévit dans la capitale, Saleem emmène sa maîtresse, en Cisjordanie, sous administration palestinienne. Tapie à l’arrière de la fourgonnette, Sarah écarte un peu les rideaux de la vitre : on est aveuglé par les projecteurs le long du mur. La caméra sort peu des voitures et appartements, soulignant l’enfermement des personnages. À Bethleem, la tentative de lâcher prise vire au fiasco. Sarah est trahie par son nom, gravé en hébreu sur sa gourmette. Dès le début du film, la question de l’identité est omniprésente : sur une scène de crime, lorsqu’un militaire demande si le mort est juif ou arabe, son collègue lui répond : « On ne sait pas encore, il n’a pas de papiers sur lui. » Tout est dans le “encore” en ce territoire où on étiquette les gens pour mieux les séparer. Des deux côtés de la ville, le montage en miroir fait penser à un match de tennis où chaque coup est renvoyé avec plus de violence. Deux communautés, deux familles

socialement opposées, mais un seul et même engrenage vers une emprise totale sur l’individu. Qu’est-ce qui est le plus grave : que Sarah ait pu transmettre des informations à un potentiel terroriste palestinien ou qu’elle ait “trahit” son peuple en couchant avec un Arabe ? Le film repose aussi sur l’interprétation de ces deux comédiennes : Sivane Kretchner (Sarah) et Maisa Abd Elhadi (Bisan), magistrales. Muayad Alayan rend ainsi hommage aux femmes en qui il place tous ses espoirs pour s’opposer à une société patriarcale ultra-verrouillée. Aux cinémas Star (sortie le 08/05) cinema-star.com


CINÉMA

Pio Marmaï et Céline Sallette © 2018 Wild Bunch / Manuel Moutier

DANS LA PEAU Pour sa première réalisation, la journaliste Audrey Diwan* fait de Pio Marmaï (né à Strasbourg) un dentiste cocaïnomane qui intoxique involontairement sa famille. Mais vous êtes fous ? # Manon Charbonnier Votre film s’ouvre comme une comédie puis vrille vers le drame. Est-ce une volonté de prendre le spectateur au dépourvu ?
 Audrey Diwan : Mon désir était d’hybrider les genres, que la tension pénètre l’intimité de ce couple. Avec mon producteur, Edouard Weil, nous avons beaucoup discuté de cette notion de thriller conjugal. Il me parlait de César et Rosalie ou de Kramer contre Kramer, mais je cherchais plutôt du côté de Take Shelter de Jeff Nichols ou de Safe de Todd Haynes. Je voulais diffuser une forme d’inquiétante étrangeté. Vous évoquez très vite l’addiction de Roman (Pio Marmaï), sans expliquer comment il en est arrivé là. Pourquoi ? Audrey Diwan : L’addiction n’est pas le sujet du film. Ici, la drogue est une maitresse : elle fait perdre confiance, instille un doute qui risque de planer pour toujours. Je voulais qu’on passe du point de vue de

Roman et de son secret à celui de Camille (Céline Sallette), dans le déni. Une scène montre Roman rejouant les gestes de son quotidien devant un expert pour comprendre comment la contamination a pu être possible… Audrey Diwan : C’est un moment très dur pour le personnage qui est sur la défensive. Dans la réalité – car il s’agit d’une histoire vraie – l’enquête a pris la forme d’interrogatoires, mais là il fallait une mise en scène cinématographique : reconstituer un crime invisible. Votre rôle est très en retenue, à l’opposé de votre personnage de doux dingue d’En liberté de Pierre Salvadori… Pio Marmaï : Je sortais du burlesque qui me convient parfaitement étant d’un naturel plutôt agité. Nous avons dû explorer les silences, les regards. Il y a peu de dialo-

gues, mais beaucoup de choses passent par le corps : les courses, le moment où ils refont l’amour, la danse finale… Dans En liberté vous vous retrouvez en prison à tort et ici, vous intoxiquez votre famille malgré vous. Pourriez jouer un vrai méchant ?
 Pio Marmaï : Je veux être un salaud : le Joker détruisant le monde et torturant des enfants ! J’ai envie d’un truc vraiment diabolique, mais on ne me l’a jamais proposé, sans doute à cause de ma gueule de mec sympa… * Elle a notamment travaillé sur la série Mafiosa en 2010 et coécrit La French en 2012 avec Cédric Jimenez

À l’UGC Ciné-Cité (film actuellement en salle ugc.fr 236 l 

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FESTIVAL

Arts et Spectacles Production de Paule Thomas

LA VILLE EST UNE FÊTE Défier la grisaille ambiante, se retrouver, rire ensemble. Déambuler, flâner, découvrir. Autant de possibilités offertes par l’Humour des notes qui décline sous forme de spectacles vivants à Haguenau. # Valérie Dietrich Depuis vingt-huit ans le festival offre chaque année à ses habitants, et à des dizaines de milliers de festivaliers, neuf jours d’une belle et grande fête populaire. Une véritable cure de jovialité qui cette année encore propose une centaine de représentations gratuites dans les rues de la cité. Parmi les spectacles joués, le farfelu robot / machine à défis musicaux qui invite les badauds à participer façon Shi Fu Mi (compagnie Système Paprika) à l’élaboration d’une symphonie parfaite ! Les curieux sont conviés à écouter les Bruits de coulisses (compagnie les P’tis Bras) en devenant complices de petites mains qui mettent en scène les préparatifs – et l’exécution – d’un show d’acrobaties aériennes. Ou encore, pour ne citer que ces trois-là, faire la connaissance de Steeve, une odyssée de la gloire (com14 —

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pagnie Les Barjes), audacieuse star de music-hall rock & circus qui défie le public pour mieux imposer son génie artistique. Toujours côté rue, mention spéciale à la soirée du samedi 1er juin qui débute avec un apéro tarte flambée en fanfare mené par les neuf musiciens de la compagnie Bandakadabra, au swing et à l’humour imparables, et qui se clôture par le spectaculaire Concert du Feu où des percussionnistes engage un dialogue… explosif. Du côté du Théâtre de Haguenau cinq spectacles viendront tour à tour émailler cette grande fête dont Oh la belle vie ! de la compagnie Cinq de cœur, porté par un quintet vocal déjanté qui, à défaut de vivre d’amour et d’eau fraîche, décide de se nourrir d’humour et de musique. Dans un registre plus clownesque, citons Popbins

des Jashgawronsky Brothers qui mêle habilement musique, comédie et jongleries. Afin que cette fête soit aussi celle des familles, le Village des enfants propose trois shows sous chapiteau, accessibles aux bambins de trois ans et plus ou encore de nombreuses animations parmi lesquelles une pêche aux disques, un concours de chant ou une tyrolienne permettant à chacun de prendre un peu de hauteur… et peut-être de repérer l’emplacement du cinéma en plein air et du QG où se produiront les talents musicaux de la scène locale. 25/05-02/06 Au Théâtre et dans les rues de Haguenau humour-des-notes.com


© TAG by Teona

THÉÂTRE

MYTHE(S) PERSISTANT(S) À L’UNISTRA Portée par l’Artus (le Théâtre universitaire de Strasbourg), la seconde édition de DémoStraTif se déploie du 14 au 17 mai prochain sur le thème du Mythe(s) persistant(s). # Thomas Flagel Avec le soutien de l’Ososphère, des conteneurs et un Magic Mirror forment un “village éphémère” convivial, point de ralliement idéal pour ce festival universitaire des Arts de la scène installé au cœur des jardins du campus de l’Esplanade. Sacha Vilmar signe une programmation faisant la part belle aux créations de compagnies émergentes. Vous pourrez y découvrir Erreur 404 (cie La Sticomiss) nous plonge dans trois parcours-fictions tirées d’un même navigateur internet autour des stéréotypes de genre. La strasbourgeoise Juliette Steiner dirige quant à elle les élèves du Conservatoire de Colmar dans L’Histoire de la Princesse ou le procès de la Belle au Bois dormant qui la voit inculpée de terrorisme. Parmi le florilège de propositions, de petites formes dansées et impromptues (Les Flashs) et des lectures participatives d’écrits de Sandrine Roche, autrice associée à l’événement qui produira un nouveau texte mis en voix et en espace lors de la soirée de clôture (vendredi 17 mai à

22h au Magic Mirror). Ne manquez pas la déambulation nocturne de Mirage Ardent, créée par des étudiants en Danse, l’Orchestre universitaire de Strasbourg et le Collectif Bis (14/05 à 22h30 devant Le Portique) ni la conférence aussi folledingue qu’invraissemblablement réaliste de l’inclassable David Séchaud, accompagné de Clémentine Cluzeaud : Jackerie ou le mythe du ministre en col Mao (17/05 à 19h, au Magic Mirror). Les amateurs de lectures éclairées comme les curieux se jetteront en tout état de cause sur le second numéro de Dare-Dare, revue annuelle du festival regroupant écrits universitaires, dessins, photos et autres échanges autour de la thématique de DémoStraTif. demostratif.fr

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THÉÂTRE

© Baptiste Cogitore

JE HURLE MAIS TU NE RÉPONDS PAS Il y a quelques années paraissait dans Courrier International un article titré “Je hurle mais tu ne réponds pas”, racontant l’histoire de femmes qui résistaient à la domination masculine et politique en écrivant et en déclamant de la poésie. Éric Domenicone a décidé de leur rendre hommage avec Je hurle ! # Valérie Dietrich Nous sommes en 2012, Courrier International publie le récit de Zarmina, afghane de 17 ans qui vit dans une campagne éloignée de la capitale. Comme une centaine d’autres, elle fait partie du Mirman Baheer, cercle littéraire féminin basé à Kaboul se réunissant chaque samedi pour recueillir par téléphone la parole de celles qui ne sont pas en mesure de se déplacer jusqu’à la ville. À l’autre bout du fil, Zarmina partage avec le cercle ses landays (poèmes de deux vers) en cachette de sa famille : en province la poésie est clandestine parce que considérée comme instrument de rébellion des femmes, un “petit serpent venimeux” qui questionne l’ordre établi. Le jour où Rhaila Muska (son nom de plume) est démasquée, elle est battue par ses frères et ses carnets sont détruits. Deux semaines plus tard, la jeune femme met fin à ses jours en s’immolant par le feu. Troublé par la puissance de cet acte de résistance, Éric Domenicone, metteur en scène, décide d’en faire un spectacle basé sur la vie de Zarmina. Avec Yseult Welschinger, marionnettiste et co-fondatrice de SoupeCie, il ambitionne de faire raisonner en Occident le sourd et courageux combat des Afghanes, et plus largement de rendre hommage à toutes celles dont la parole est muselée, dont le corps est censuré. Le travail de création fut rythmé 16 —

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par des rencontres marquantes. D’abord avec Najiba Sharif, exvice-ministre de la condition féminine en Afghanistan, ex-députée et ancienne journaliste aujourd’hui réfugiée politique en France, dont le témoignage filmé traverse le spectacle. Puis les membres du Mirman Baheer avec lesquels la compagnie va tisser des liens forts en recueillant leurs textes. Dépositaire des landays du cercle, Domenicone a construit le spectacle comme une mosaïque composée de leurs poésies, de paroles documentaires, de tableaux marionnettiques, de musiques et de sons, le tout porté sur scène par deux comédiennes marionnettistes et un musicien contrebassiste. Le temps du spectacle la scène devient un champ de bataille et délivre un message de lutte, de non résignation que le metteur en scène souhaite adresser aux adolescent(e)s d’aujourd’hui afin de les appeler à prendre le plein contrôle de leur existence. 21-25/05 (dès 14 ans) Taps Laiterie (Strasbourg) taps.strasbourg.eu


LE DON DE SOI Don Nino (du groupe de rock hypno-afro-beat NLF3) sera en concert solo au Café de la Biennale pour présenter son dernier album, généreux et spleenique, un orage pop au milieu des bois, loin des habitations modernes. # Emmanuel Dosda En quoi vos projets personnels (NLF3, Prohibition) et multiples collaborations (Married Monk, Françoiz Breut…) nourrissent-ils Don Nino ? Toutes les expériences que vous citez sont des moments de partage, de création, dans une dynamique que l’on pourrait rapprocher de l’idée de creuset. Pour Don Nino, j’ai tendance à réellement créer en autarcie, puis dans la dernière ligne droite, je fais intervenir d’autres savoir-faire pour finaliser les morceaux. Mes activités en groupe, en tant que réalisateur ou musicien additionnel, ont une influence sur mon parcours personnel car ils constituent des phases d’échange, des pauses et incitent à des gestes créatifs différents. Cela me ressource et me permet de retrouver l’énergie de m’y remettre en solo. Cet album a été écrit dans la quiétude de la campagne normande, mais il semble plus “nerveux” que tous vos disques précédents. La nature a-t-elle éveillée des sensations auxquelles vous ne vous attendiez pas ?  Oui, c’est exactement ça. Il y a de l’électricité dans ce disque de campagne ! Non seulement parce que j’avais le désir de rendre la guitare électrique centrale, mais aussi parce que j’ai été animé par une recherche de sons et de thèmes, isolé dans une maison au milieu d’une forêt. Finalement, l’album parle de l’impact de l’humanité sur l’environnement naturel. Il y a des textes plus oniriques aussi qui font écho à cette thématique. Vous citez l’influence de Cure, mais la silhouette brumeuse de Smog semble planer plus que jamais sur ce disque. Bill Callahan est un magnifique songwriter. Alors je le prends pour un beau compliment ! S’il y a un point commun avec Seventeen

© Celine Guillerm

Seconds de Cure et le travail de Smog, c’est effectivement cette recherche sur les sons, les reverbs des guitares et les claviers, et puis les rythmes, très cadencés et secs. 24/05 Le Café de la Biennale (ancienne Poste, avenue de la Marseillaise) ➜ Le Café de la Biennale est prolongé jusqu’au 31/05, avec Winter Family (02/05), Bad Juice + Dom Ferrer (03/05), Votour + Goomar (04/05, Les Chapeaux noirs (10/05, lire Mix n°235), Blind Butcher (11/05), World Brain (16/05) , Snowgoons + Reef The Lost Cause (17/05), Kurtis Blow (25/05) Rhapsody For The Dead Butterflies (édité par Prohibited Records) prohibitedrecords.com

TOP 5 DON NINO 1. Miles Davis, Bitches Brew 2. Baden Powell, A Vontade 3. Syd Barrett, Barrett 4. Leonard Cohen, New Skin For The Old Ceremony 5. Fugazi, Steady Diet Of Nothing 236 l 

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MUSIQUE & PATRIMOINE

© Kenevra

JULIE DOIRON À LA RESCOUSSE Véritable curiosité architecturale, la tarabiscotée église gothique Saint-Guillaume est « menacée, rongée par une humidité sournoise qui la fragilise » selon le pasteur Christophe Kocher. La chanteuse canadienne Julie Doiron s’y produit en faveur de sa restauration. # Emmanuel Dosda J’adore Julie Doiron. Sa voix, sa gentillesse, ses mélodies et ses anecdotes sans queue ni tête ponctuées par des « J’sais pas pourquoi j’raconte ça » et des morceaux plus vigoureux qu’à l’accoutumée qu’elle conclut par un « Ça allait ce côté rock, ça vous a plu quand même ? ». La douce chanteuse canadienne qui aime se produire à Strasbourg (on ne s’en lasse pas) est de retour du côté de chez nous pour un concert tout en délicatesse. Ex-bassiste du groupe Eric’s Trip au début des nineties, chanteuse en solo depuis 1996, Doiron se fait connaître du grand public grâce à sa participation aux albums et aux tournées d’Herman Dune, groupe rencontré à Chicago en 1999. Elle interprétera ses ballades folk dépouillées, dans un lieu insolite : l’église Saint-Guillaume. Ses chansonnettes intimistes – en français, anglais ou même en espagnol – prendront des airs de cantiques en ce lieu 18 —

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sacrément « ouvert et humaniste », d’après le pasteur Christophe Kocher. L’originalité de cette église de l’ordre des Guillemites (qui deviendra protestante au XVIe siècle) consacrée au début du XIVe siècle ? Un drôle de clocher asymétrique du XVIIe qui donna lieu à de mémorables querelles entre charpentiers et ouvriers. Sur plombant le narthex au plan irrégulier – d’où la déformation en question –, celui-ci donne une étrange allure à cet édifice bien connu des Strasbourgeois qui annonce l’entrée du quartier de la Krutenau. La façade biscornue vaut le détour, certes, mais n’hésitez pas à pénétrer dans cette église, ne serait-ce que pour son jubé flamboyant, son orgue construit par le célèbre André Silbermann en 1728 ou ses vitraux du XIVe (on y découvre notamment une belle illustration de la vie du Christ) et XVe siècles

qui ont résisté en grande partie aux bombardements de 1870. Cerise sur ce gâteau biscornu : le tombeau des gisants réalisé par le sculpteur Woelflin de Rouffach au XIV e. L’église Saint-Guillaume : entre simplicité des formes et étrangeté de conception. 19/05 (18h30, 30% des recettes est reversée au projet #SauvonsGuilaume en faveur de la réfection de l’église) Église Saint-Guillaume /rosemacadamprod julie-doiron.com saint-guillaume.org


© unsplash.com

ÉCOLOGIE

SORTEZ PELLES ET RÂTEAUX ! Plus le temps de lambiner, munissez-vous de vos plus beaux plants et sortez ! Les 48h de l’agriculture urbaine débarquent à nouveau à Strasbourg et le programme promet d’être riche. # Julia Vesque Réchauffement climatique et baisse de la biodiversité, pollution et bétonisation sont bien là. Mais deux jours durant, la cité se transformera en une véritable bulle de verdure grâce à chacun d’entre nous. Les 48h de l’agriculture urbaine promeut le bio, le durable, le proche de chez nous. En bas de nos immeubles et dans nos rues seront proposés ateliers jardinage, bourses aux plantes, visites des jardins partagés, constructions de jardinières en palettes ou de nichoirs à insectes, compostages, expositions, conférences… De façon ludique, il sera possible de découvrir le potager sous un jour nouveau notamment avec à la présence d’Éric Van Osselaer le luthier / musicien sur fruits et légumes frais. Grâce aux associations et collectifs partenaires, ainsi qu’à la Ville de Strasbourg, les 48h sont bien plus que deux jours de shoot de verdure intense : c’est l’occasion d’y prendre goût et de 20 —

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proposer des projets, de devenir soi-même acteur au quotidien de la réapparition de la nature en ville et de réfléchir durablement à l’avenir possible de notre belle capitale alsacienne. Saviez-vous par exemple qu’il est permis de planter des fleurs ou des légumes aux pieds des arbres sur les trottoirs ? Les composteurs, les nichoirs, les zones de plantations sont autant de projets faciles à mettre en place : il suffit de faire germer ses idées et de les récolter pour construire ensemble la ville de demain. 04/05 (10h-22h) & 05/05 (9h-20h) les48h.fr


ARCHÉOLOGIE

Estampilles sur tuiles © Schneikert/Inrap

Fibule romaine (site 4 rue Brûlée) © F. Schneikert/Inrap

Vue de Strasbourg avec le camp de la VIIe légion © SIG-CUS, 2010

VOYAGE À ARGENTORATE Archéologue allemande, Gertrud Kuhnle vient de faire paraître une imposante monographie en deux volumes sur la présence romaine à Strasbourg. # Hervé Lévy Ouvrage érudit qui s’adresse aux chercheurs, mais avant tout aux amoureux de l’Antiquité, Argentorate, Le camp de la VIIIe légion et la présence militaire romaine à Strasbourg est un état complet de nos connaissances sur le sujet, une œuvre de synthèse de 500 pages (riches de dessins, graphiques, plans, photos, etc.) qui actualise le célèbre livre de Robert Forrer Strasbourg Argentorate préhistorique, gallo-romain et mérovingien paru en… 1927. Depuis, de nombreuses fouilles ont été menées, dont celles du Grenier d’abondance (place du petit Broglie) et de l’École Régionale des Avocats du Grand Est (4 rue Brûlée) auxquelles Gertrud Kuhnle – membre de l’Institut national de recherches archéologiques préventives de 1991 à 2018 – a participé et sur lesquelles elle s’est appuyée. Tout débute avec la présence des soldats de la IIe Légion (de 15 à 43) dont le camp n’a pas été découvert, la VIIIe Légion lui succédant dans les années 90 et établissant ses

quartiers dans une zone correspondant à un quart de l’ellipse insulaire. Autour de cet établissement s’agrègent des populations civiles. On estime le ratio à trois habitants pour un légionnaire qui étaient entre 5 000 et 6 000 : on donc peut imaginer que la ville rassemblait près de 20 000 personnes. Contrairement à l’idée reçu, elle « n’était pas sur le Limes », mais plus en arrière étant bien entendu que la notion de frontière était bien plus floue à l’époque de l’Empire qu’aujourd’hui. Le livre explore cette présence jusqu’au début du Ve siècle avec des études portant sur les monnaies, la céramique, le métal, le verre, les ossements animaux, les enduits peints, les pierres et la terre de construction… permettant de mieux connaître la vie à cette époque. Le lecteur curieux découvrira que l’espace urbain contemporain s’est développé avec pour matrice le camp militaire romain : « Les légionnaires

ont commencé par édifier un rempart de terre et de bois, auquel a été adossé un mur d’enceinte en pierre au IIe siècle puis l’enceinte a survécu », explique Gertrud Kuhnle… S’en trouve encore une trace bien cachée à quelques pas de l’Opéra… dans un local poubelle. On attend quoi pour mettre ce patrimoine en valeur ? Les deux volumes d’Argentorate. Le camp de la VIIIe légion et la présence militaire romaine à Strasbourg sont parus chez RGZM / RömischGermanisches Zentralmuseum (120 €) rgzm.de

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L. et R. Blaschka, 1890, Verre © Mathieu Bertola / Musées de Strasbourg 22 —

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PATRIMOINE

UN ANIMAL, DES ANIMAUX

© Mathieu Bertola / Musées de Strasbourg

Dépêchons-nous de (re)visiter les fascinantes collections du Musée zoologique qui fermera ses portes fin septembre pour ré-ouvrir en 2022 après des travaux de restructuration. Va-t-il perdre de son charme suranné ? Enquête du rez-dechaussée aux combles de l’institution. # Emmanuel Dosda La nouvelle nous fait d’abord l’effet de l’inhalation d’une forte dose de vapeur de formol et nous renverse l’estomac : le Musée zoologique va être totalement remodelé ! Fini les sols qui couinent dans un séduisant grincement, les vitrines tremblant lorsque les pas des enfants sont trop marqués, les décors en polystyrène s’effritant et les parcours de visites complexes à s’y perdre… Nous ne cachons pas notre tendresse pour cet endroit chargé d’histoires (naturelles), hors du temps, qui semble être resté dans son jus depuis 1893, en cette bâtisse de la Neustadt appartenant à l’Université de Strasbourg. L’esprit de Jean Hermann (1738-1800), botaniste dont le cabinet a servi de socle à la collection, va-t-il s’arrêter de souffler dans ses sombres couloirs ? Marie-Dominique Wand-

hammer, conservatrice en chef, n’y va pas par quatre chemins forestiers, balayant tout élan nostalgique par cette évidence pragmatique : « Le bâtiment est en train de crever et la scénographie, faite de bric et de broc décennie après décennie, n’est plus du tout adaptée aux exigences actuelles. Poussiéreux et peu interactif, il mérite une nécessaire rénovation ! » L’enjeu ? Préserver son âme – notamment en conservant le parquet, le mobilier et bien sûr le majestueux escalier – tout en restructurant son espace et en accroissant sa surface d’exposition. La rénovation de ce lieu atypique à double tutelle – car faisant partie de l’Unistra et du réseau des Musées strasbourgeois – s’inscrit dans la création d’un Pôle Science, Culture et Société rassemblant le Planétarium, les

musées de géologie, de minéralogie et de paléontologie ainsi que le jardin de l’Université, la gypsothèque ou encore la station de sismologie. Pour gagner en surface, le parcours sera totalement revu, notamment en occupant le rez-de-chaussée aujourd’hui sous-exploité, qui accueillera la bibliothèque. Les mètres carrés gagnés permettront de rendre la visite plus cohérente, avec des “manques” qui seront comblés : « Les trois quarts des familles animales ne sont hélas pas représentées dans la configuration d’aujourd’hui », regrette MarieDominique Wandhammer. Une incursion dans les combles du musée révèle bien des surprises : 90% des objets conservés dorment dans l’obscurité des réserves. Oiseaux de toutes sortes, squelettes d’éléphant ou de rhinocéros jonchant le sol, trophées de 236 l 

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PATRIMOINE

© Mathieu Bertola / Musées de Strasbourg

chasse d’un autre temps, renards “humanisés” portant des lampes, trésors d’entomologie confinés, spécimens rares de faune naturalisée…  Le clou de ce spectacle visuel ? Une fantastique série d’invertébrés marins en verre translucide créée par Léopold (1822-1895) et son fils Rudolf (1857-1939) Blashka. Des modèles d’une infinie finesse relevant autant de l’ouvrage d’Art que du document scientifique illustrant les stades de développement des mollusques. La scénographie « actuellement trop figée » permettra de mettre toutes ces pièces en pleine lumière, aux côtés des carnivores, insectes ou rapaces (la salle qui leur est dédiée est depuis trop longtemps fermée au public) et les « totems » du musée : le cœlacanthe, poisson d’1,20 mètres de longueur, le morse du Groenland, le lion de l’Atlas (ayant la particularité 24 —

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de loucher) ou encore le grand pingouin des Mers du Nord collecté en 1760 ! Les quelque 2 000 m2 d’espaces d’exposition, sur deux étages, feront le focus sur différentes thématiques pouvant changer tous les trois ans : la diversité animale (expo permanente), l’écosystème du Rhin, la science en laboratoire (avec l’études des fourmis et abeilles) ou l’Océan pacifique. Enfin, le musée strasbourgeois va pouvoir sortir de sa bulle zoo-scientifique et nostalgique. Musée Zoologique de Strasbourg (fermeture du 23 septembre 2019 à fin 2022), 29 boulevard de la Victoire musees.strasbourg.eu

LES CHIFFRES 5 750 m2 sont concernés par ces grands travaux : 2 600 m² dédiés au musée, dont 2 000 m² d’expositions et  600 m² d’espaces connexes 500 m² de bureaux 1 700 m² utiles de réserves et d’espaces logistico-techniques 550 m² de locaux d’enseignement 400 m² de locaux techniques Coût global du projet se monte à 13 000 000 Part de l’Université 10 000 000 Part de la Ville de Strasbourg 3 000 000


PATRIMOINE

FAIS COMME L’OISEAU Notre collaboratrice Julia Vesque et la photographe Victorine Artault sont fascinées par les vertébrés et plus précisément Les Oiseaux du Musée zoologique de Strasbourg qui a une impressionnante collection ornithologique avec quelque 18 000 espèces naturalisées. À l’occasion de la sortie d’un ouvrage qui leur est dédié, focus de Julia sur cinq volatiles.

AVOCETTE

QUETZAL

LORIQUET À TÊTE BLEUE

« L’avocette est l’un des échassiers les plus caractéristiques de nos régions humides. Sa coloration et surtout la forme de son bec ne permettent aucune confusion avec un autre oiseau. Il existe plusieurs espèces différentes d’avocettes réparties dans le monde entier mais toutes se ressemblent quant à la taille et à la forme si particulière de leur bec. On s’est longtemps demandé le pourquoi de ce bec si bizarre, avec sa courbure vers le haut. »

« Le quetzal est souvent considéré comme l’un des plus resplendissants de tous les oiseaux d’Amérique centrale. Sa coloration aux reflets verts métalliques est incroyable. Tout en cet oiseau justifie que les anciennes populations précolombiennes l’aient choisi comme divinité. Il incarnait le serpent à plumes des anciens Aztèques. »

« Il existe plusieurs espèces de loriquets, qui sont de petits perroquets souvent confondus avec les perruches. Ils se nourrissent de nectar et de fleurs, ne mangeant pas de graines comme les autres perroquets. Une des caractéristiques des loriquets est la vivacité des couleurs qui parent leur plumage. »

COTINGA

TOURACO GÉANT

« La famille des Cotingidés est particulière à l’Amérique tropicale. La grande majorité des espèces qui la constituent sont parées de plumages aux coloris vifs et voyants. D’autres cotingas se singularisent par les ornements extravagants qu’ils portent sur leur tête et qui peuvent affecter la forme d’une ombrelle, d’une huppe, ou même de “cornes”, comme c’est le cas chez l’oiseaucloche. »

« En vol, cet oiseau parait souvent d’une coloration grisâtre et fade, si la lumière est faible. Mais les trois rectrices externes situées de chaque côté de la queue tranchent par leur coloration jaune et leurs bandes noires. Il porte bien son nom, dépassant toutes les autres espèces de touracos d’au moins 15 centimètres. »

Les Oiseaux du Musée zoologique de Strasbourg, édité par Jérôme Do Bentzinger editeur-livres.com 236 l 

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JEUNE PUBLIC

© Une Heure au Ciel de Tartine Reverdy, samedi 25/05 à 17h à l’Espace Rohan de Saverne

LA PART DU LION Mon Mouton est un lion est un festival rassembleur. Une manifestation qui touche tous les âges, se déploie sur douze communes, invitant à rencontrer comédiens, conteurs, acrobates, danseurs ou marionnettistes. # Valérie Dietrich Pour sa vingtième édition, le festival se taille la part du lion avec une cinquantaine de représentations ponctuées par deux temps forts : le 12/05 à Bouxwiller et le 17/05 à Saverne. Au programme : spectacles de cirque, exposition et goûter festif pour le premier. Concert rock Écoute ta mère et mange ton short, déambulation et apéro musical pour le second. À noter également, le 19/05 à Saverne et 09/06 à Hochfelden placés sous le sceau de la fête avec des spectacles et animations proposées par compagnies professionnelles et troupes amateurs, dans une cour d’école, un théâtre ou la place d’un château. Avec plus spécifiquement en juin, un moment à partager en famille 26 —

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autour de spectacles accessibles aux tout petits, dont notamment Slash in the air et ses bulles de savon géantes. Enfin, parce que rassembler c’est aussi partager, le festival propose, entre autres, un atelier d’initiation à la danse animé en marge du spectacle Jusqu’à l’os qui questionne notre corps, os par os, et plus largement notre liberté d’expression. 09/05-09/06 Dans le Pays de Saverne et alentours mouton-lion.org


LE BEL HELLÈNE

© Sylvain Monjanel

GASTRONOMIE

La prestigieuse Maison Mavrommatis vient d’ouvrir un établissement à Strasbourg : restaurant, cave à vins et espace traiteur proposent une excitante escapade grecque. # Raphaël Zimmermann Les frères Mavrommatis sont une légende de la gastronomie hellène : le restaurant à leur enseigne du cinquième arrondissement de Paris a été récompensé par une Étoile au Guide Michelin. Autour de ce vaisseau amiral a été développée une petite galaxie d’enseignes (une dizaine en tout) permettant de découvrir ce que l’Égée produit de mieux… à des années lumière du cliché de la feta made in Danemark ! Dans le magasin strasbourgeois, un espace traiteur propose des moussakas raffinées, des

feuilletés au fromage d’anthologie, du top tarama ou encore un tzatziki d’une fraîcheur inégalée. L’endroit inclut également une cave à vin proposant plus de 80 références de cépages de Grèce et de Chypre : blancs du Péloponnèse, de Macédoine ou de Santorin, rosés des Cyclades, rouges de Goumenissa, de Naoussa, mais aussi ouzos et eaux de vie… Histoire de constater que le Retsina c’est bien, mais qu’il y a bien mieux. À cela se rajoute un restaurant où son servis des mézédès associant la tra-

dition à la modernité, des salades (crétoise, chypriote, aux légumes grillés ou encore à la volaille)… sans oublier les célèbres fromages grecs au lait de brebis ou de chèvre, et les desserts gourmands au parfum de miel : καλή όρεξη ! Mavrommatis 8 rue d’Austerlitz mavrommatis.com 236 l 

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BAR BRÈVES

Xavier et Geoffroy du Café des sports © Sophie Dupressoir 28 —

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BAR

Photos de Sophie Dupressoir pour Mix

ON SE CALME ET ON BOIT FRAIS Les deux disciplines nationales où excellent les Français – foot et lever de coude – se trouvent conciliées dans un écrin boisé aux allures de bistrot old school accueillant, qui ne sent ni la sueur ni le soufre : Le Café des Sports. # Emmanuel Dosda En sirotant notre Amor Fati, bière suisse à la fraîche amertume, nous contemplons l’étroit escalier métallique en colimaçon situé au centre du bar et traversant les trois étages de l’établissement. « C’était une véritable verrue » se souvient Geoffroy, codirigeant du lieu, « mais nous en avons fait un atout, la pièce maîtresse du café, un élément “théâtral” » s’élevant gracieusement après avoir été raboté de quelques mètres et repeint couleur cuivre. Xavier, son collègue, n’en revient toujours pas : « Hormis l’électricité et la ventilation, mon associé a réalisé tous les travaux » afin de réhabiliter de ses propres mains un restaurant idéalement situé, à l’arrière des Galeries Lafayette, entre le Trolley et Les Savons d’Hélène. Banquettes émeraude, tables en marbre,

murs recouverts de bois ou de tableaux en ardoise, tabourets au look industriel et chaises façon Thonet : seul un vieux biclou décoratif, un baby-foot opérationnel et un écran géant servant à mater des matchs rappellent le thème – qui n’en est pas vraiment un. Xavier et Geoffroy, anciennement du restau À bout de soufre : « Nous avions simplement voulu ouvrir un lieu permettant de regarder du football tout en buvant de la bonne came, bières artisanales ou vins naturels, ce qui semblait antinomique à Strasbourg ! » Ne restait qu’à trouver un nom, le moins prétentieux possible, un soir de brainstorming animé. Ni bar à concept foireux ni bistrot copiant / collant les rades de campagne des sixties et seventies, Le Café des Sports « reprend certains codes

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

des bistrots d’antan tels qu’ils sont inscrits dans l’inconscient collectif ». Ouvert sur l’extérieur grâce à des grandes baies vitrées, il attire une faune bigarrée, charmée par la déco épurée, l’ambrée Orange mécanique (6,50 € la pinte en happy hours, de 17 à 20h) ou une des cent références de vins naturels (à partir de 4 € le verre). La cuvée du patron ? Y’a plus qu’à, « assemblage d’Auxerrois et de Sylvaner de chez Kumpf & Meyer à Rosheim. Gourmand et très frais. » À vos marques, sprintez ! Le Café des Sports 16 rue Sainte-Hélène

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MÉGA

Un max de décibels, de croches, de blanches et de noires. Un mix d'images, de cases, de bulles et de pages : sélection mensuelle sous forme de grand mezze par Emmanuel Dosda

GANGNAM STYLE

Chanteurs de karaoké et danseurs de kpop dans une composition géométrique, gros plans sur des mains travaillant la terre, textotant et manipulant d’étranges outils, bâtiments hétéroclites – bâtisses anciennes en bois ou immeubles ultra-contemporains –, pots à Kimchi (chou fermenté) omniprésents, quartiers labyrinthiques, lieux énigmatiques (Hongdae, Gwanghwamun, Gangnam…) et rue zigzagantes. Raphaël Urville et Mayumi Otero – du duo Icinori –, qui se sont plusieurs fois rendus à Séoul ces dernières années (notamment pour y réaliser des workshops), ont été missionnés par Louis Vuitton pour compléter sa collection de Travel Books de luxe monogrammés. Fascinés par une cité où « des ateliers d’artisans moyenâgeux jouxtent d’immenses tours Samsung », nous confient les deux ex-HEAR, Raphaël et Mayumi ont documenté leur voyage, travaillant dans un « ping pong à quatre mains » avec un dessin « très haché, rapide » pour l’un et « extrêmement appliqué, davantage figé » pour l’autre. Ils ne sont pas auteurs d’un guide touristique haut de gamme, mais d’une œuvre graphique dense donnant le goût de la capitale coréenne du Sud, forte d’une identité asiatique à part (« nous ne sommes pas à Pékin, ni Tokyo ou Hong-Kong ») et où plane « une incroyable vibration qu’il a fallu retranscrire dans le livre ». Cérémonies du thé, cortèges traditionnels et hauteurs montagneuses situées au cœur de la cité prennent des allures d’estampes colorées, d’illustrations ultra-contemporaines, d’imageries populaires, de peintures classiques ou de planches didactiques détaillées. C’est où Séoul ? Séoul, Travel Book, édité par Louis Vuitton louisvuitton.com 30 —

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Le magazine culture/lifestyle de Strasbourg

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