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CHANOUGA

NARCISSE III - Vents contraires


Du même auteur :

SOMERSET, EXTRÊME NORD DU CONTINENT AUSTRALIEN, 5 MAI 1875.

Aux éditions Paquet

·  De Profundis

One-shot. Crayon d’or — festival de Brignais 2014 Prix du public France 3 et Prix espoir — festival de Chambéry 2012

· Narcisse

Histoire complète en 3 volumes. Prix Bulles de Mer — salon du livre de mer de Noirmoutier 2017 Prix des lecteurs — festival de Massillargues 2016

À Corinne, à Delphine et Matthieu, à mes parents. Merci à tous ceux qui m’ont accompagné dans cette aventure au long cours : —  Cristina Baron, administratrice et conservatrice-adjointe du musée national de la Marine à Toulon qui m’a accordé toute sa confiance et qui m’a grand ouvert les portes de ce musée exceptionnel ; —  Vincent Campredon, commissaire général des Armées, directeur du musée national de la Marine ; —  Charlotte Drahé, cheffe du service culturel du musée national de la Marine ; —  Corinne Pignon, cheffe du service exposition du musée national de la Marine ; —  l’équipe efficace et sympathique du musée national de la Marine à Toulon ainsi que MarieChristine Célérier ; —  Patrice Triboux, conservateur du Patrimoine, chef du Service historique de la Défense à Toulon et son équipe de chercheurs de trésors ; —  les Amis du musée national de la Marine à Toulon ; —  Pierre Paquet et Pol Beauté pour leur soutien indéfectible quel que soit le temps ; — mes amis de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, l’association des Amis de Narcisse Pelletier, Serge Aillery, Paul Gauvrit, Marlène Wiart pour ses superbes cartes postales ; —  Stéphanie Anderson, auteur de Pelletier — The Forgotten Castaway of Cape York ; —  Noël Casanova, compagnon de route tout au long de cette enquête passionnante et minutieuse ; —  mes fidèles amis Hélène et Didier. Ce travail autour de Narcisse Pelletier a donné lieu à une exposition au musée national de la Marine de Toulon sous le titre Chanouga et l’aborigène blanc de juillet à août 2017 ; puis s’est poursuivi en présentant une exposition du contexte de la création jusqu’en juin 2018.

www.collection-cabestan.com

© Éditions Paquet 2018

Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

www.editionspaquet.com 1re édition · Réalisation PAO : StoneBundle.ch ISBN : 978-2-88890-807-4­­· Dépôt légal : mars 2018 Print arranged by WeBundle Group in EU

VINGT- CINQ JOURS APRÈS MA CAPTURE, JOSEPH FRAZ ER, CAPITAINE DU LOUGRE “JOHN BELL”, LIVRAIT AUX AUTORIT ÉS DE SOMERSET UN ÉTRANGE BLANC CONVERTI À LA VIE SAUVAGE, SANS AUCUN SOUVENIR DE SON PASSÉ D ’HOMME CIVILISÉ. PROBABLEMENT PENSAIT-IL M’AVOIR RENDU MA LIBERTÉ, DÉLIVRÉ DE L’EMPRISE DES NATURELS DU CAP DIRE CTION.

www.groupepaquet.net

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Salut à vous, lecteurs et lectrices d’Issuu.com. Tout d’abord, n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site  Sambabd.be​. J’y publie régulièrement des chroniques sous le  pseudonyme “Mister Med”.   Ensuite, à l’heure où j’écris ceci, mes publications ont été lues  8594 fois alors que cela ne fait même pas un an que je suis  inscrit sur Issuu.com (ce sera le cas le 23 avril) !   Tout ça, bien évidemment, c’est grâce à vous et je ne peux que  vous en remercier ! Cependant, il existe des ouvrages  particulièrement intéressants,​ mais assez coûteux, que  j’aimerais publier.  Donc, pour celles et ceux qui le désirent, ces personnes ont  l’entière liberté de me soutenir en faisant un don (quel que  soit le montant) via ​Paypal.me/Med01​. Sachez aussi que  mes publications peuvent être obtenues au format audio.   C’est possible en m’envoyant un mail à l’adresse  mab.login01@gmail.com​.   Je compte, d’ailleurs, en publier des extraits sur ma chaîne  Dailymotion (​Dailymotion.com/abidmehdi01​).  Une dernière chose : si vous voulez me suivre sur Twitter,  cliquez sur ​Twitter.com/med00001​.  Pour Facebook, cliquez sur  facebook.com/profile.php?id=100011720380344​.  Sur ce, je vous souhaite, bien sûr, d’excellentes lectures, tout  le bonheur du monde et encore merci !    Méhdi.   


FOUTU FRAZER OUI !!

SANS LUI VOUS AURIE Z ÉT É OUBLIÉ À JAMAIS… IL VOUS A SAUVÉ.

COMMENT DIRE À MES PARENTS QUE NARCISSE N’EXISTE PLUS, QUE LA FEMME QUE J ’AIME N’EST PAS E XA CT EMENT CELLE DONT ILS AURAIENT RÊVÉ ?

SAUVÉ !?

DE QUOI M’A T-IL SAUVÉ, GRAND DIEU ?

JE DOIS LA DERNIÈRE AU CAPITAINE FRAZER… CROIS-TU QUE CE SOIT LA PLUS ENVIABLE ?

ILS VOUS ONT T OUT DE MÊME RAMENÉ CHEZ VOUS ?

CHEZ MOI ! ?

MON ÂME EST REST ÉE LÀ-BAS FISTON !

MOUSSE, HOMME LIBRE ET PRISONNIER D ’UNE TOUR HUMIDE, J’AI EU TROIS VIES…

COMMENT EXPLIQUER À SAINT- GILLES QUE L’ENFANT DU PAYS AVAIT LAISSÉ PLA CE AU SAUVAGE AMGLO ?

ELLE EST LÀ, ELLE EST PARTOUT… QU’EST-ELLE DEVENUE ?


À PEINE LE PIED POSÉ À T ERRE, LES ANGLAIS SE SONT EMPLOYÉS À ME TRANSF ORMER AFIN QUE JE RETROUVE MA DIGNITÉ “D ’HOMME CIVILISÉ”.

SI TU CHERCHES BIEN, M’A DIT L’HOMME QUI CONNAISSAIT MA LANGUE MAT ERNELLE, TU TROUVERAS LES TRA C ES DE TA PREMIÈRE VIE… À FORCE, LES DIX-SEPT ANNÉES D’ÉPAIS BROUILLARD SE DISSIPERONT.

IL N’EST PAS VRAIMENT RE CONNAISSANT LE BOUGRE.

BIEN, VOUS VOILÀ REDEVENU UN HOMME !

N’AIE PAS PEUR, C’EST POUR TON BIEN.

AU COMBLE DE L’INCOMPRÉHENSION, J’ÉTAIS EFFRAYÉ PAR CES BLANCS CURIEUSEMENT A CCOUTRÉS, DANS LESQUELS JE NE ME RE CONNAISSAIS PAS. ON EST HEUREUX, ON L’EXPRIME !

OPEN YOUR EYES ! TÊTE HAUTE, BON SANG ! PARFAIT ! C’EST DANS LA BOÎT E.

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SOMERSET, PAVILLON DU G OUVERNEUR…

IL PASSE SON TEMPS À REGARDER PAR LA F ENÊTRE. IL AURAIT RÉAGI LORSQUE CONNOR LUI A PARLÉ EN FRANÇAIS.

TOI FRANÇAIS ? NAPOLÉON ?… CHAMPS ÉLYSÉES ? BON SANG, IL EST BLANC, C’EST UN FAIT !

POURQUOI ME DÉRANGER POUR DE T ELLES FOUTAISES ? UN SAUVA G E EST UN SAUVAGE, SI NOUS DEVIONS NOUS SOUCIER DU SORT DE TOUS CES NATURELS…

MIST ER APPLIN, UN SAUVA G E A ÉT É PRIS EN CHARGE PAR L’ADMINISTRAT ION DU PORT.

VOILÀ PLUSIEURS JOURS QU’ILS L’ONT PLA CÉ EN QUARANTAINE. D’APRÈS LE CAPITAINE FRAZER, QUI NOUS L’A AMENÉ, IL POURRAIT ÊTRE VIOLENT… IL ÉTAIT PARMI LES NÈGRES DE NIGHT ISLAND.

MAIS MR, IL EST BLANC COMME VOUS ET MOI.

SA CHEZ QU’ILS L’ONT RENDU PRÉSENTABLE. LORS DE SA CAPTURE, IL ÉTAIT GRIMÉ À LA MODE INDIGÈNE : UN OS DANS LE NEZ, TORSE SCARIFIÉ…

FOUTAISE ! S ’IL EST BLANC, C E N’EST PAS UN SAUVA G E !

PAUVRE DIABLE, S’IL S’AVÈRE QU’IL EST FRANÇAIS, IL Y A BIEN CE LIEUT ENANT, IL A ÉTUDIÉ À PARIS…

JOHN OTTLEY ?

MAIS QU’EST- CE QUE C’EST QUE CETT E HIST O IRE DE FOU, UN SAUVAG E BLANC, C’EST LE MONDE À L’ENVERS !

VOUS DEVRIEZ VENIR, ILS NE SAVENT QU’EN FAIRE, ILS VOUS ATT ENDENT.

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BON, BON ! ALLONS VOIR ÇA, CHARLOTT E.

OTTLEY, C ’EST ÇA ! IL EMBARQUE SUR LE BRISBANE EN FIN DE SEMAINE, IL POURRA L’A C COMPAGNER JUSQU’AU CONSULAT DE FRANCE À SYDNEY.

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LA ROUT E EST LONGUE JUSQU’À SYDNEY, NOUS AURONS LE T EMPS D’APPRENDRE À NOUS CONNAÎTRE.

VOILÀ VOTRE SAUVAGE !

MON CHER, VOICI VOTRE COMPAGNON DE VOYAGE.

J’IGNORE CE QUE VOUS AVEZ VÉ CU… MAIS VOUS M’AVEZ L’AIR BIEN PERDU MON AMI. JOHN OTTLEY, LIEUT ENANT DES ROYAL ENGINEERS, HEUREUX DE VOUS ÊTRE UTILE. PEUT- ÊTRE AVEZ-VOUS UN NOM ?

AMGLO…

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J ’IGNORAIS ALORS QUE JOHN WALT ER OTTLEY SERAIT LE SEUL À M ’A C C EPT ER T EL QUE J’ÉTAIS, SANS AUCUNE FORM E DE JUG EMENT. DÈS LE PREMIER RE GARD, JE COMPRIS QU’IL NE VOYAIT EN MOI RIEN D’AUT RE QU’UN ÊTRE MEURTRI, PERDU DANS UN O C ÉAN DE QUESTIONS.

CAP SUD-SUD EST, MA CHINES AVANT TOUT ES ! IL EST À VOUS POUR 10 JOURS, À VOTRE ARRIVÉE À SYDNEY, IL SERA PRIS EN CHARGE PAR LE CONSULAT DE FRANC E.

JE SUIS HONORÉ DE VOTRE CONFIANCE MR APPLIN, GAGEONS QUE LE VENT DU LARG E LUI RAMÈNERA LA MÉMOIRE… SI TEL EST LE CAS, JE SERAI LÀ.

JE SUIS DÉSOLÉ, ILS N’ONT AUCUNE IDÉE DU MAL QU’ILS VOUS ONT FAIT EN VOUS CAPTURANT. ILS PENSENT VOUS AVOIR ARRA CHÉ AUX T ÉNÈBRES, POUR EUX LA MORALE EST SAUVE MAIS POUR QUELLE LIBERT É ?… ME COMPRENEZVOUS ?

SOYE Z PRUDENT, C’EST UN SAUVAG E, ICI, NOUS N’AVONS RIEN PU TIRER DE LUI.

MAADEMANN… OBAIYA.

ALLE Z, MON AMI, AVANC E Z ! LE BRISBANE EST PRÊT À LE VER L’ANCRE.

IL FAUDRA VOUS FORG ER UNE ARMURE BIEN ÉPAISSE POUR AFFRONT ER VOTRE NOUVELLE VIE… CROYEZ-MOI, VOUS ALLEZ DEVOIR SUBIR LE REGARD INQUISIT EUR DE VOS FRÈRES BLANCS. POUR EUX, VOUS RESTEREZ À JAMAIS CELUI QUI A PA CTISÉ AVE C LE DIABLE.

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VOUS TROUVEZ LES VOYAGES EN VAPEUR LONGS ET ENNUYEUX MA CHÈRE ?

SAVE Z-VOUS QUE NOUS AVONS À BORD UN NÈ GRE BLANC TOUT DROIT VENU DU FIN FOND DU CAP YORK ?

D ’ABORD PAR BRIBES, LES SOUVENIRS DE MON LOINTAIN PASSÉ SURGISSAIENT D ’UN ÉPAIS BROUILLARD COMME LES IMAGES D’UN RÊVE OUBLIÉ. PETIT À PETIT, LES IMPRESSIONS DEVINRENT CERTITUDES ET J’A C CUEILLIS AVE C UN CERTAIN PLAISIR L’IDÉE DE RENOUER AVE C MON PASSÉ… J’IGNORAIS ALORS, QU’À NOUVEAU, UNE VIE EN CHASSERAIT UNE AUTRE ET QU’EN RETROUVANT MA CULTURE PREMIÈRE, JE DE VRAIS RENIER LES ÊTRES QUE J’AIMAIS EN T ERRE AUSTRALIENNE.

QUEL ÉTRANGE MÉ CANISME QUE LA MÉMOIRE, EN QUELQUES JOURS SEULEMENT, TOUT CE QUE J’AVAIS SI PROFONDÉMENT ENFOUI EN MOI REFIT SURFA CE.

JE… RAPPELLE BEAUCOUP DE CHOSES… MAIS C’EST BROUILLÉ.

SA CHEZ, NARCISSE, QUE VOUS ÊTES UNE VÉRITABLE CÉLÉBRIT É. IL DEVIENT URGENT QUE JE VOUS É CLAIRE SUR CERTAINES CHOSES… NOTRE MONDE BIEN PENSANT A AUSSI SES TRAVERS. AU REGARD DES TUMULTES QUE LA FRANCE A CONNUS DURANT VOTRE ABSENCE, VOS SAUVAGES VOUS PARAÎTRONT BIEN SAGES.

DE QUOI ALIMENT ER NOS CONVERSATIONS JUSQU’À SYDNEY, N’EST- CE PAS ?

DIEU TOUT PUISSANT, QUELLE HORREUR !! C’EST FOLLEMENT EXCITANT, RA CONT EZMOI !

ILS NOUS L’ONT CA CHÉ JUSQU’À PRÉSENT, VOUS EN AVE Z PROBABLEMENT ENT ENDU PARLER, IL VIVAIT T OTALEMENT NU PARMI LES NATURELS.

COMMENT EST-IL POSSIBLE ?…

JE ME SOUVIENS DE LA VIE… C’EST LA RIVIÈRE QUI COULE CHEZ MOI À SAINTGILLES…

SACHE Z QUE LE PAUVRE HOMME N’EST AUTRE QU’UN NAUFRAGÉ FRANÇAIS CAPTURÉ PAR LES SAUVAGES. RÉ JOUISSE Z-VOUS, J’AI CONVAINCU SON PROTECTEUR, VOUS AUREZ BIENTÔT LE PRIVILÈGE DE LE RENCONTRER EN PERSONNE.

C’EST D’UNE GUERRE CONTRE LES PRUSSIENS À LAQUELLE VOUS AVEZ É CHAPPÉ, SANS COMPT ER QUE PARIS A EU SA GUERRE CIVILE… MAIS SURT OUT, LA RÉPUBLIQUE ! DÉSORMAIS PLUS DE TÊT E COURONNÉE, VOUS AVEZ UN PRÉSIDENT… C’EST LE CHAOS QUI RÈGNE CHEZ VOUS !

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APRÈS IL Y A L’O CÉAN… PARIS EST LOIN, TRÈS LOIN.

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D ’APRÈS LE COURRIER DE BRISBANE, CE SERAIT UN NAUFRAG É OUBLIÉ. LE SAINT-PAUL, SOUVENEZ-VOUS, LES 30 0 CHINOIS DÉ VORÉS PAR LES CANNIBALES IL Y A PLUS DE 15 ANS.

ILS L’ONT CAPTURÉ MON AMI, PIÉ G É COMME UNE BÊT E SAUVA G E !

15 ANS, À CROIRE QU’IL SE PLAISAIT BIEN CHEZ LES NÈGRES.

DIABLE, COMMENT A-T-ON PU L’OUBLIER DANS UN PAREIL ENDROIT ?

NOUS POURRIONS FAIRE QUELQUE CHOSE POUR LUI, POURQUOI PAS UNE COLLECT E ? QU’EN PENSEZ-VOUS ?

JE VOUS EN PRIE LIEUT ENANT, JE BRÛLE D’ENVIE QUE VOUS ME LE PRÉSENTIEZ !

OH OUI !! LIEUTENANT, S’IL VOUS PLAÎT !

HI HI HI ! CE CHER LIEUTENANT N’EN A PAS FINI AVE C SA “CURIOSITÉ”.

IL N’EST PAS HABITUÉ À TOUT CELA, MAIS SOIT, JE M’EFFORCERAI DE TRADUIRE VOS PROPOS, MESDEMOISELLES…

ILS SONT À L’AFFÛT DU SAUVAGE QUI SE CA CHERAIT EN VOUS.

COMPRENEZ-MOI, LE CŒUR ET LA RAISON N’ONT JAMAIS FAIT BON MÉNAGE, EN RESTANT VOUSMÊME, VOUS RÉPONDEZ À LEUR AT T ENTE.

CELA N’EST QU’UN DÉBUT, ILS NE PEUVENT COMPRENDRE, VOUS DE VRE Z VOUS Y FAIRE.

PEUT-ÊTRE N’EN AVEZVOUS PAS CONSCIENCE, VOUS ÊT ES MALGRÉ VOUS, L’AMBASSADEUR D’UN PEUPLE DONT MON PAYS A PLANIFIÉ L’ÉLIMINATION.

JE CROIS COMPRENDRE… POUR MON BIEN, VOUS M’ENGAGEZ À RENIER LES MIENS ?

DEVRAIS- JE LES MORDRE POUR LES SATISFAIRE !!?

SI JE RENDS GRÂCE À JOHN OTTLEY DE M’AVOIR AIDÉ À RE CONSTRUIRE CETTE PART DE MOI DEPUIS SI LONGT EMPS OUBLIÉE, IL A AUSSI COMPRIS L’ABSOLUE NÉ CESSITÉ DE ME PROT ÉGER D’UN MONDE PLEIN DE PRÉ JUGÉS. POUR MA SURVIE, JE DEVRAIS DÉSORMAIS DONNER DE MOI L’IMAGE D’UNE VICTIME ET NON D’UN CURIEUX SAUVAGE BLANC PERDU POUR LA CIVILISATION.

VOUS AVE Z SÛREMENT RAISON…

UN DRÔLE DE SAUVA GE À LA PEAU BLANCHE, VOUS VOULEZ DIRE ! JE N’AI RIEN DEMANDÉ, ILS M’ONT ARRA CHÉ À LA T ERRE À LAQUELLE J’APPARTIENS… À CEUX QUE J’AIME.

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IL VA FALLOIR VOUS Y FAIRE, MON AMI, ILS VOUS ONT RENDU À LA CIVILISATION, VOUS N’Y RETOURNEREZ PAS. ESPÉRONS QUE LA FRANCE SAURA PRENDRE SOIN DE VOUS.

MA GNIFIQUE ! VOUS RENDEZ-VOUS COMPTE DES PROGRÈS RÉALISÉS EN QUELQUES JOURS ! IL EST ESSENTIEL DE RENOUER LES LIENS, NARCISSE.

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JAMAIS MA MÈRE NE PORTA LE DEUIL. CHAQUE ANNÉE, DURANT DIX-SEPT ANS, ELLE É CRIVIT AU CONSUL DE FRANCE À SYDNEY, L’INT ERROGEANT SUR MON SORT AVE C LA MÊME OBSTINATION.

ELLE L’A LAISSÉ PARTIR, À QUOI S’ATT ENDAITELLE ?

PAUVRE FOLLE, QUAND VA-T- ELLE ENFIN L’A CCEPT ER ! IL EST MORT SON GAMIN, C’EST DU NOIR QU’ELLE DEVRAIT PORT ER !

MALGRÉ LES RÉPONSES SANS ESPOIR DU CONSUL EUGÈNE SIMON, ELLE RESTAIT CONVAINCUE QUE JE LUI REVIENDRAIS UN JOUR. EN MAI 1875, LORSQUE LE CONSUL APPRIT LA D É COUVERT E D’UN NAUFRAGÉ FRANÇAIS NOMMÉ NARCISSE, GRÂ CE AU FOL ENTÊTEMENT MATERNEL, IL N’EUT AUCUN DOUT E SUR MON IDENTITÉ…

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LE 25 MAI 1875, COMME LES PREMIERS BLANCS UN SIÈ CLE PLUS TÔT, LE ROYAL MAIL STEAMER ENTRAIT DANS LA BOTANY BAY; AU FOND, LA VILLE DE SYDNEY APPARAISSAIT COMME UNE ÉVIDENCE, ORGUEILLEUX SYMBOLE D’UN T ERRITOIRE COLONISÉ.

SAVEZ-VOUS QUE VOTRE PORTRAIT FAIT LA UNE DE TOUS LES JOURNAUX ?… MONSIEUR SIMON EST IMPATIENT DE VOUS RENCONTRER. VOUS N’AVE Z PAS L’INTENTION DE LE DÉVORER N’EST-CE PAS ?!

NE PERDE Z PAS VOTRE ÂME DANS CE NOUVEAU MONDE, QUE DIEU, QUEL QU’IL SOIT, VOUS PROT ÈGE !

NE DIT ES RIEN NARCISSE, ADIEU MON AMI, PRENEZ SOIN DE VOUS !

DU CALME MA BELLE, TU N’A S PLUS RIEN À CRAINDRE, IL S’EN VA.

ADIEU, CHER MONSIEUR, JE NE SAIS COMMENT VOUS DIRE…

MONSIEUR OTTLEY!?…

MIST ER ? “LE SAUVAG E BLANC” ? DIEU SOIT LOUÉ, JE VOUS AI TROUVÉ ! SUIVEZ-MOI JE VOUS PRIE, JE DOIS VOUS CONDUIRE AU CONSULAT DE FRANCE.

ENTREZ, MONSIEUR LE CONSUL VOUS ATTEND.

AH AH AH ! NE FAIT ES PAS CETTE TÊTE, JE PLAISANT E.

BIEN, MONSIEUR, SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE… APPELE Z…

HA! VOILÀ DONC NOTRE CANNIBALE NATIONAL, C’EST BON NESTOR, VOUS POUVEZ NOUS LAISSER !

LA FRANCE EST HEUREUSE D’AVOIR RETROUVÉ SON FILS É GARÉ… N’AYEZ CRAINTE, APPRO CHEZ, MONTREZ-VOUS !

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MES CHERS AMIS, J’AI LE PLAISIR ET L’HONNEUR DE VOUS PRÉSENT ER LE SAUVAGE BLANC, L’HOMME QUI A VÉCU 17 ANNÉES PARMI LES DANGEREUX NATURELS DU NORD.

APPRO CHE, MON AMI, SI CES CURIEUX T ’IMPORTUNENT TROP, DÉ VORE-LES SUR LE CHAMP ! HA HA HA !

DES QUATRE SEMAINES QUE JE PASSAI AU CONSULAT, IL NE ME REST E QUE LE SOUVENIR DES SALONS… MON IDENTIT É CONFIRMÉE, JE DEVINS LA CURIOSIT É À EXHIBER. LE TOUT SYDNEY SE PRESSAIT CHE Z EUG ÈNE SIMON. CEPENDANT, JE MESURAI RAPIDEMENT LES LIMIT ES DE LA C ONFIANCE QUE M’A C CORDAIT MON HÔTE.

NON, PAS CANNIBALE, PAS CANNIBALE…

TAIS-T OI ! RE GARDE-LES PLUT ÔT, ILS JUBILENT !

NESTOR ? MONSIEUR SIMON ?!

DÉSOLÉ MONSIEUR NARCISSE… LE C ONSUL CRAINT QUE VOUS NE CÉDIEZ À VOS INSTINCT S SAUVA G ES.

BON SANG, OUVRE Z -MOI !! QU’EST- CE QUE ÇA VEUT DIRE ?

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IL A VÉ CU TOUT CE TEMPS CHEZ LES HORRIBLES SAUVAGES DU CAP YORK !

REGARDE Z CES CICATRICES, LE BOUGRE A DÛ SOUFFRIR LE MART YR.

IL EST PARAÎTIL DEVENU AUSSI PRIMITIF QU’EUX… PROBABLEMENT L’ESTIL REST É ?

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ALORS, MON CHER SIMON, OÙ EN ÊT ES-VOUS AVE C VOTRE SAUVAGE ?

NOUS LE MONTRONS, LES SALONS DU CONSULAT N’ONT JAMAIS ÉTÉ AUSSI FRÉQUENTÉS.

DE VOUS À MOI, CE N’EST QU’UN ABRUTI, IL NE S’EXPRIME QUE POUR RÉ CLAMER SA PITANCE.

C’EST UN ÊTRE STUPIDE, POURQUOI CROYEZ-VOUS QU’IL SE SOIT ACOQUINÉ AVEC CES DEMISINGES ? DU REST E, J’AI TRANSMIS MON AVIS À LA SO CIÉTÉ D’ANTHROPOLOGIE DE PARIS.

PEUT- ÊTRE N’A VE Z -VOUS PAS MESURÉ L’AMPLEUR DU TRAUMATISME QU’A SUBI CE PAUVRE HOMME ?

IL EST BIEN LOIN DE L’ÊTRE E XCEPT IONNEL QUE M’A VAIT ANNONCÉ OTTLEY…

NE PENSEZ-VOUS PAS QU’IL PUISSE VOUS EN APPRENDRE SUR LA VIE DES NATURELS DANS CES TERRITOIRES INEXPLORÉS ?

CURIEUSE IMPRESSION QUE DE SE SENTIR ÉTRANGER À SOI-MÊME… L’HOMME QUE JE DEVENAIS REGARDAIT SON PASSÉ COMME UN FARDEAU INSUPPORTABLE : UNE VIE VERS LAQUELLE, À MON GRAND DÉSESPOIR, JE NE REVIENDRAI JAMAIS. DÉSORMAIS, MES DÉSIRS, MES AMOURS, MES DÉMONS DEVRAIENT FAIRE BON MÉNAG E.

LA SCIENCE N’A RIEN À GAGNER DANS L’ÉTUDE D’UN CONVERTI À LA VIE SAUVAG E. NOUS AVONS SUFFISAMMENT DE SINGES AU JARDIN D’A CCLIMATATION !

MONSIEUR ? T OUT VA BIEN ?

PROBABLEMENT LE RÉSULTAT DE CETT E VIE AVE C LES SAUVAGES, TRISTE RÉGRESSION N’ESTCE PAS ?

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VOTRE MÈRE DOIT ÊTRE DU GENRE “OBSTINÉE”, MAIS ELLE AVAIT RAISON SUR UN POINT : VOUS ÊT ES T OUJOURS VIVANT… 17 ANS QU’ELLE ME L’É CRIT !

N’A YEZ CRAINT E, JE VAIS ME DÉBARRASSER DE VOUS… AVANT LA FIN DE LA SEMAINE, UN VAPEUR VOUS TRANSFÉRERA À NOUMÉA. VOUS SEREZ REMIS AUX AUT ORIT ÉS MILITAIRES QUI SE CHARGERONT DE VOTRE RAPATRIEMENT…

JE VOUS ASSURE QU’ALORS VOUS RE JOINDREZ LA FOULE DES ANONYMES… REGAGNE Z VOTRE CHAMBRE IMMÉDIAT EMENT !

QUOI ?!

VOICI ! T OUT ES SES LETTRES VOUS RE VIENNENT.

C’EST SEULEMENT MAINTENANT QUE VOUS M’EN PARLEZ ? POURQUOI ME LES AVOIR CA CHÉES ? POURQUOI NE SUIS- JE PAS LIBRE DE SORTIR DU CONSULAT ?

ASSEZ !!

JE NE DEVAIS PLUS REVOIR LE CONSUL SIMON… AU DÉBUT DU MOIS DE JUILLET 1875, JE QUIT TAI CIRCULAR QUAY, EMPORTÉ PAR UN COURRIER VERS LA NOUVELLE- CALÉDONIE, JEUNE T ERRITOIRE FRANÇAIS D’O CÉANIE.

NE VOUS PLAIGNEZ PAS DE VOTRE SORT, CROYEZVOUS QUE LE VOYAGE POUR LA FRANCE SOIT GRATUIT ? KOF, KOF !

T ERMINÉ DE JOUER AU SINGE SAVANT ! VOUS ALLEZ VOIR CE QUE LE SAUVA G E VA VOUS FAIRE !

…J ’ABANDONNAI À JAMAIS MA T ERRE AUSTRALIENNE.

…PEUT-ÊTRE PRÉFÉREZ-VOUS QUE JE VOUS RENVOIE CHEZ VOS AMIS LES SAUVAGES ?! AVEZ-VOUS SEULEMENT IDÉE DU GENRE DE CRÉATURE QUE VOUS ÊT ES DEVENU ?

AAARRGH !!

CALME Z-VOUS, NOUS ALLONS ARRANGER ÇA…

LÂCHEZ-MOI, BON SANG !! JE POURRAIS VOUS ENVOYER RE JOINDRE LES CONVICTS D E SA MAJESTÉ !

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APRÈS 3 JOURS DE NAVIGATION, LAISSANT LE PHARE AMÉDÉE DERRIÈRE NOUS, NOTRE NAVIRE ENTRAIT DANS LES EAUX TURQUOISE DU LAGON CALÉDONIEN PAR LA PASSE DE BOULARI.

TON GRAND CHEF THIERS LEUR A FAIT PAYER TRÈS CHER… CEUX QU’IL N’A PAS TUÉS, IL LES T RANSPORTE ICI… SUIS-MOI !

? ?!

LES COMMUNARDS SONT T ES FRÈRES BLANCS DE PARIS… ILS VOULAIENT PLUS DE LIBERT É…

QUI E S-TU POUR PARLER LA LANGUE DES AUSTRALIENS ?

JE DÉBARQUAI À NOUMÉA, CENTRE ADMINISTRATIF DE LA COLONIE … ET BA GNE DEPUIS ONZE ANS.

C’EST UNE TRÈS LONGUE HISTOIRE, SI TU M’OFFRES UN VERRE, JE TE RA CONT ERAI… MAIS QUE VIENT FAIRE UN MAORI EN PAYS KANAK ?

S’IL VOUS PLAÎT , JE CHERCHE LE JURA… D E LA MARINE IMPÉRIALE, IL DOIT ME RAPATRIER EN FRANC E.

HÉ HÉ HÉ ! T U VAS DE VOIR NA G ER JUSQU’À T OULON, MON GAILLARD !

TON NAVIRE N’EST ANNONCÉ QUE DANS 3 SEMAINES, IL NOUS AMÈNE SON CHARGEMENT DE DÉPORTÉS COMMUNARDS.

UN BLANC QUI PARLE L’AUST RALIEN, ÇA S’ARROSE NON ?! DEUX RHUMS MA JOLIE !

VA FALLOIR T E DÉBROUILLER FISTON, D ’APRÈS TON PAPIER, IL N’EST PAS PRÉVU DE RÉSERVATION DANS UN PALAIS !!

UN PETIT PÉ CULE…

MAIS D’OÙ EST- CE QU’IL DÉBARQUE CELUI-LÀ !?

LE GÎT E ET LE COUVERT, ET DE QUOI ÉTANCHER TA SOIF, IL N’Y A PAS MIEUX QUE LE KAILLAFOU ! TU AS DE QUOI PAYER ?

COMMUNARDS ? QU’EST- CE QUE… ? MAIS, EN ATT ENDANT, OÙ DOIS- JE ALLER ?

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POUR LA MINE ! LES FRANÇAIS N’ONT PAS ASSEZ D’ANCIENS BAGNARDS POUR EXTRAIRE LEUR NICKEL, ÇA EMBAUCHE À TOUR DE BRAS… TU N’ES DÉ CIDÉMENT AU COURANT DE RIEN !

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SI TU AS QUELQUES SOUS, J’AI BIEN UNE CHAMBRE POUR T OI MON BEAU, MAIS SA CHE QU’ICI, IL N’Y A QUE DES CLIENTS À LA PEAU SOMBRE, TU DEVRAIS PEUT- ÊTRE ALLER VOIR AILLEURS ?

C’EST UN PAYS NEUF ICI, SI TU ENVISAG ES D’EFFA CER L’ARDOISE, REPRENDRE T OUT À ZÉRO, IL N’Y A PAS DE MEILLEUR ENDROIT.

C’EST BON AMAÏS, TU PEUX LUI FAIRE CONFIANCE.

MER CI, VOUS ÊT ES ?

SI TU DÉ CIDES DE RE ST ER, IL Y A LA MINE…

DU RHUM, DU SOLEIL, DES FILLES, VA PAS CHERCHER PLUS LOIN, CHEZ MOI C’EST LE PARADIS !

LOUISE, LOUISE MICHEL, MATRICULE 2182, LE JOUR JE FAIS LA CLASSE AUX KANAKS, LE SOIR JE D ORS AU BAGNE DE DUCOS. “LE SAUVAGE BLANC”, C’EST COMME ÇA QU’ILS L’APPELLENT, À LONDRES, DANS LE “T IMES”.

QU’AS-TU À GAGNER À RET OURNER LÀ-BAS ? TU REST ERAS TOUJOURS UN SAUVAGE POUR TES FRÈRES BLANCS.

LA LOUISE MICHEL, BON SANG ! LA COMMUNARDE !! ELLE EN A FAIT TREMBLER PLUS D ’UN À PARIS SUR LES BARRICADES.

TU AS SANS DOUTE RAISON… DIX-SEPT ANS ! QUEL SOUVENIR ONT-ILS GARDÉ DE MOI À SAINT- GILLES… UN GAMIN ?

…C’EST DONC TOI LE BLANC QU’ILS ONT CAPTURÉ EN AUSTRALIE ?

…NOUS SOMMES UN PEU FRÈRES ALORS ?

POSSIBLE…

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VOILÀ MON NAVIRE… CELUI QUI NE ME RAMÈNERA PAS EN FRANCE !

RAPIDEMENT, LE SENTIMENT D’ÊTRE DE NULLE PART S’ÉTAIT INSTALLÉ EN MOI, DANS CES CONDITIONS, POURQUOI RENTRER EN FRANCE ? MA PUNITION POUR AVOIR ABANDONNÉ LES MIENS N’ÉTAIT- ELLE PAS D ’ERRER À JAMAIS DANS CETTE ÎLE PERDUE, LOIN DE TOUT CE QUI AVAIT EU UN SENS ? GUIDÉ PAR MON FRÈRE DE MISÈRE, J’O C CUPAIS MES JOURNÉES À FUIR UNE RÉALITÉ BIEN TROP LOURDE À ASSUMER.

L’AVE YRON, LA MARNE, LA SOMME, LE CALVADOS… RÉGULIÈREMENT, LES NAVIRES TRANSPORT DE LA MARINE NATIONALE DÉBARQUAIENT LEUR CHARGEMENT DE “TRANSPORT ÉS”. AU MATIN DU 8 JUILLET 1875, CE FUT LE TOUR DU JURA.

À LA SANT É DES F ÉDÉRÉS ! VI VE LA LIBERT É !

À LA VÔTRE ! À LA SANT É DE LA MÈRE PATRIE ! BIENVENUE AU PARADIS, LES AMIS !

PRENDS…IL N’Y A RIEN DE MIEUX POUR EFFACER LA DOULEUR.

DEMAIN, JE VIENDRAI AVE C TOI À LA MINE, IL EST T EMPS…

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BOUCLE-LA, BON SANG ! TU VAS NOUS ATTIRER DES ENNUIS.

VIVE LA COMMUNE…

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C ONTINUE COMME ÇA, ABRUTI, ET TU IRAS GOÛT ER AUX JOIES DU BAGNE ! CROIS-MOI, IL Y A ENC ORE DE LA PLA CE POUR LES BLASPHÉMAT EURS À L’ÎLE DES PINS !

HÉ ! PELLETIER ?! TU NE ME RE C ONNAIS PAS ?

SERGENT ! JE CONNAIS CET HOMME ! C ’EST UN GARS DE CHEZ MOI !

T ES PARENT S SONT VIVANTS, NARCISSE, T OUT LE MONDE T ’AT T END CHEZ NOUS. TA TROMBINE EST DANS T OUS LES JOURNAUX DU MONDE !

IL FAUT Y ALLER MON AMI…

PENSE À TA MÈRE, DIX-SEPT ANS QU’ELLE ESPÈRE ALORS QUE TOUS T ’AVAIENT ENT ERRÉ. SI TU NE REVIENS PAS, ÇA LA TUERA.

NARCISSE, MON VIEUX, C’EST BIEN T OI ?!!

C ’EST MOI, JEAN ! ON A USÉ NOS FONDS DE CULOT TES SUR LES MÊMES BANCS ! BON SANG, L’É COLE DE SAINT- GILLES !

SAIS-TU QUE TU AS DES FRÈRES ? ILS SONT IMPATIENTS DE T E CONNAÎTRE…

JE NE SUIS PLUS LE MÊME… JE NE SAIS PAS SI JE VAIS RENTRER…

JEAN ?! EUH… OUI…

RENDS GRÂC E AU SEIGNEUR, IL T ’A SAUVÉ DES T ÉNÈBRES.

LE SAUVAGE BLANC ! EN CHAIR ET EN OS ! QUAND JE VAIS RA CONT ER ÇA !

AU PAYS MON GARS, ON NE PARLE QUE DE TOI… UN VRAI MIRA CLE !! LA RENCONTRE AVE C JEAN, TÉMOIN DE MON PASSÉ OUBLIÉ, ME RAPPELA PEU À PEU QU’UN JOUR, J’AVAIS ÉT É UN ENFANT. DU PLUS PROFOND DE MA MÉMOIRE, DE S VISAGES SANS NOM, D ’ÉTRANGES PAYSAGES RESSURGIRENT…

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LE NARCISSE QU’ELLE A C ONNU EST MORT… IL Y A DES ANNÉES.


OÙ EN ÊTES-VOUS, LIEUTENANT ?

LE 7 AOÛT 1875, PÉTRI DE REMORDS, J’ENTAMAIS SANS CONVICTION LE VOYAGE VERS LA T ERRE QUI M’A VAIT VU NAÎTRE. C ’EST EN SIMPLE PASSAGER, DÉSABUSÉ, QUE J’ALLAIS RÉALISER LE RÊVE FOU DE MA PREMIÈRE VIE : TRAVERSER LES MYTHIQUES QUARANTIÈMES RUGISSANTS À LA PIRE SAISON.

LE PILOT E EST À BORD, NOUS AT T ENDONS VOS ORDRES.

JE NE COMPRENDS PAS, JE PENSAIS L’AVOIR CONVAINCU.

T U ES NAÏF, LOUIS, IL EST DEVENU SAUVAGE ET IL LE REST ERA.

S’IL NE VIENT PAS AVE C NOUS, IL EST PERDU.

ALLONS-Y, IL EST T EMPS DE LEVER L’ANCRE !

AT T ENDEZ !!

DIEU SOIT LOUÉ, TU AS PRIS LA BONNE DÉ CISION MON AMI !

TU N’AS RIEN À FAIRE DANS CE PAYS DE SAUVAGES, TA PLA C E EST AVE C LES TIENS.

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DURANT PLUS DE TRENT E JOURS, POUSSÉE PAR SES QUATRE CHAUDIÈRES T UBULAIRES, LA LOURDE C O QUE DU JURA TRA ÇA SON SILLON DANS UN O CÉAN SANS OBSTA CLE. AU SOIR DU 11 SEPT EMBRE 1875, NOUS DOUBLÂMES L’ARCHIPEL JUAN F ERNÁNDE Z PUIS LONG EÂMES, CAP AU SUD, LA CÔT E CHILIENNE. PEU À PEU, LES EAUX, JUSQU’ALORS TURQUOISE, S’ASSOMBRIRENT, LE BAROMÈTRE CHUTA… NOUS APPRO CHIONS DES CINQUANT IÈMES HURLANTS DU CAP OUBLIÉ DE DIEU, OÙ S’AFFRONT ENT SANS RELÂ CHE LES DEUX O C ÉANS.

RAPIDEMENT, LE VENT FORÇA, LE NAVIRE S’INCLINA, COMME POUR SALUER SON ENTRÉE EN ATLANTIQUE. J’OBSERVAIS, IMPUISSANT, LA DANSE DES GABIERS, CHAPERONNÉ PAR MON BIENVEILLANT COMPATRIOT E, FIER DE M’AVOIR RAMENÉ À LA RAISON. F ERMEZ LES SABORDS !

FINIE LA BELLE VIE, NARCISSE, LA GRANDE DANSE VA COMMENCER !

TU VOULAIS VOIR LA BÊT E… TU VAS ÊTRE SERVI !

MAIS QU’ESTCE QU’IL FOUT LÀ ?! LES PASSAGERS À L’ENTRE-PONT, PAS D ’EXCEPTION !

DÉFERLANT ES !! A C CRO CHEZ VOUS !

TOUT LE MONDE EN HAUT À PRENDRE DES RIS !

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AUCUN RISQUE QUE NOUS FASSIONS TERRE…

…LA PUISSANCE DE LA VAPEUR PEUT VAINCRE TOUS LES COURANTS DU PASSAGE DE DRAK E.

ENFIN L’O CÉAN S’APAISA, COMME POUR NOUS LAISSER VOIR LE MAÎTRE DES LIEUX… UN COURT INSTANT, LE CAP HORN DÉ VOILA SON VISAGE, NOIR, ABRUPT.

UN RÊVE DE MÔME QUI SE RÉALISE…

LE VENT A SAUT É À L’OUEST, C OMMANDANT, IL EST À CRAINDRE POUR LA MÂTURE.

DIMINUEZ DE TOILE AU PLUS JUST E, FAIT ES DESCENDRE LE MONDE SUR LE PONT ET DÉFIE Z LA T ERRE, PARBLEU !

T E VOILÀ CAP-HORNIER, NARCISSE !

SUIS-MOI, GRIMPE !

C’EST LE MOMENT D ’ALLER SE DÉ GOURDIR LES JAMBES.

LES SOMMETS DU MONT OLIVIA, LA MONTAGNE DES 5 FRÈRES ; MON CHER NARCISSE, ON S’APPRO CHE DU MONSTRE.

JE NE SAVAIS QUE DIRE À CET HOMME, QUI EMPLOYAIT SON TEMPS À DONNER DU SENS À MON NOUVEAU QUOTIDIEN…

UNE PLUIE GLA CÉE LANÇAIT SES AIGUILLONS SUR NOS VISAG ES CRISPÉS. C E CAP QUI AUTREFOIS M ’AVAIT TANT FAIT RÊVER, N’ÉTAIT À CE JOUR QU’UN SINISTRE AMAS DE SOMBRES CAILLOUX PLONG ÉS DANS UN CHAUDRON BOUILLONNANT.

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DURANT LES QUATRE MOIS ET SEPT JOURS QUE DURA LE VOYAG E, L’UNIQUE OFFICIER QUI SE SOUCIA DE MON SORT FUT LE MÉDE CIN AUGUSTIN RICARD. JE LE SOLLICITAI AFIN QU’IL SOULAGE LA DOULEUR D’UNE VIEILLE BLESSURE, STIGMATE D’UNE ERREUR DE JEUNESSE*…

LE 14 O CT OBRE 1875, APRÈS UNE BRÈ VE ESCALE À PORT STANLEY DES MALOUINES, LE JURA ENTRAIT EN BAIE DE RIO DE JANEIRO.

 epelletier s’était tell

ement identifié a vec cette vie étr avait perdu com ange qu’il plètement la mém oire de la langu quand il fut recu e française eilli par le John B el l, b ri ck presque de forc anglais, qui l’arr e, le 11 avril , à ce acha, t exil. ’est par u plusieurs mois, n e éducation de & grâce aux so ins du onsul d qu’il est parvenu e rance à Syd à recouvrer la p ney, o ss es si on de sa langue epelletier est d maternelle. oué d’une intellig ence au-dessus il écrit bien, fait de la moyenne : quelques dessin s g ro ssiers appris pa sauvages & se li r ses amis les vre à des calculs arithmétiques a ssez compliqués . ugustin ica rd

JE PENSE, MON CHER, QUE LA BLESSURE DONT VOUS SOUFFREZ EST BIEN PLUS PROFONDE QUE CETT E PETIT E ENTAILLE… NOUS Y FÎMES RELÂ CHE LE T EMPS DE RE CHARGER LA SOUT E DE SES 240 TONNES DE CHARBON QUE LES BRUYANTES ET VORA C ES CHAUDIÈRES AVAIENT QUASIMENT ÉPUISÉES.

QUE VOULEZVOUS DIRE ? IL N’EXISTE AUCUN REMÈDE CONTRE LE MAL QUI VOUS RONGE, ABORDEZ VOTRE RETOUR EN FRANCE COMME UNE NOUVELLE VIE. OUBLIEZ TOUT LE REST E, IL N’Y A RIEN DE MIEUX À FAIRE.

DÈS LORS ET JUSQU’À NOTRE DESTINATION FINALE, JE PASSAI LE PLUS CLAIR DE MON TEMPS DANS LA PÉNOMBRE DE L’ENTRE-PONT, NOYÉ DANS LA FOULE DES ANONYMES. €* VOIR TOME 2

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LE 2 0 DÉ CEMBRE 1875, APRÈS SIX JOURS DE QUARANTAINE EN RADE DE TOULON, J ’ALLAIS FOULER POUR LA PREMIÈRE FOIS, DEPUIS DIX-SEPT ANNÉ ES, LE SOL DE LA T ERRE QUI M’AVAIT VU NAÎTRE. J’ÉTAIS À DES LIEUES D ’IMA GINER QUE MA T RIST E RÉPUTATION M ’A VAIT PRÉ CÉDÉ…

PELLETIER ? LAZARUS SHOW, POUR VOUS SERVIR. SUIVEZ-MOI L’AMI, JE VAIS FAIRE DE VOUS LE CANNIBALE LE PLUS RICHE AU MONDE !!

MON AMI, C’EST BIEN TOI… QUEL BONHEUR LORSQUE J’AI APPRIS LA NOUVELLE !

LE SAUVAGE BLANC !! RE GARDE QUI EST IMPATIENT DE FAIRE LA C ONNAISSANC E DU HÉROS ! VOICI ÉLIE, TON FRÈRE.

CHAROGNARD !!

JE VAIS TE COUPER L’ENVIE D’EN FAIRE UNE BÊT E DE FOIRE !

HERMAN ! LAISSE Z-LE, BON SANG. HERMAN ?

MAIS !! ?

NARCISSE ! DIXSEPT ANS QUE JE VIS RONGÉ PAR LA HONT E DE T ’A VOIR LAISSÉ T OMBER…

COMMENT VONT LE PÈRE ET LA MÈRE ? MON CHER AMI, LE SEUL À BLÂMER EST NOTRE CAPITAINE.

PITIÉ… LÂ CHEZ-MOI.

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PAR LÀBAS…LA RUE D’ALGER.

QUEL HÉROS ?! T OUT AU PLUS UN ÉGARÉ QUI A RETROUVÉ SON CHEMIN…

LA MÈRE, ELLE EST À PEINE SURPRISE, ELLE SAVAIT QUE TU RE VIENDRAIS. QUANT AU PATERNEL, IL N’Y CROIT PAS ET AT T END DE VOIR.

À SAINT- GILLES, TOUT LE MONDE JUBILE À L’IDÉE DE TE REVOIR… MON FRÈRE.

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ALLEZ ! VITE ! LA DILIGENCE N’ATT END PAS !

AUJOURD ’HUI JE SUIS ENFIN EN PAIX, HEUREUX D ’A C COMPLIR C E QUE J’AURAIS DÛ FAIRE IL Y A DIX-SEPT ANS, T E RAMENER CHE Z T OI !

DEPUIS 1858, JE N’AI PLUS REMIS LES PIEDS SUR UN NAVIRE… JE SUIS DEVENU UN FOUTU T ERRIEN !

TOUT LE MONDE EST À BORD ? FOUETT E C O CHER ! CAP SUR MARSEILLE !

ET LE CAPITAINE PINARD ?

QU’IL AILLE AU DIABLE ! IL S’EN EST BIEN TIRÉ, IL A DIT QUE TU T ’ÉTAIS É GARÉ… ENFIN L’IMPORTANT, C’EST QUE TU SOIS SAIN ET SAUF, LIBRE, LOIN DE CES SAUVAGES…

…QUE LA PERT E DU SAINT-PAUL, C ’ÉTAIT LA FAUT E AU MAUVAIS T EMPS ET QUE POUR LES CHINOIS, S’IL N’Y AVAIT EU LES CANNIBALES, IL LES AURAIT T OUS SAUVÉS…

QUI A VU LE CAP HORN, PEUT BIEN AFFRONT ER LES GORGES D’OLLIOULES,

AH AH AH !

LIBRE ? CROIS-TU… C EUXLÀ, LÀ-HAUT, LE SONT CERTAINEMENT.

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C’EST À MARSEILLE QUE J’A I RENCONTRÉ CE FRÊLE GAMIN QUI CHERCHAIT DÉSESPÉRÉMENT UN T U DOIS HAÏR EMBARQUEMENT… CE JOUR MAUDIT QUI A SCELLÉ TON SINISTRE DEST IN ?!

NOT EZ, MA SŒUR : “AU T ERME DE NOTRE EXAMEN, L’INDIVIDU PELLETI ER NARCISSE NOUS A LAISSÉ UNE TRISTE IMPRESSION : IL EST DÉFIANT, SOURNOIS ET PROBABLEMENT MENTEUR ; PEU INTELLIG ENT D ’AILLEURS, MAIS PARLE PARFAIT EMENT LE FRANÇAIS”…

TOUT ÉTAIT BON PLUTÔT QUE DE RENTRER CHEZ MOI ET PASSER POUR UN COUARD !… RENONCER À LA PREMIÈRE DIFFICULT É, C’EST BIEN MAL ME CONNAÎTRE.

MON RETOUR EN T ERRE NATALE FUT INT ERROMPU À PARIS. LES MÉDE CINS DE L’HÔPITAL BEAUJON JUGÈRENT IMPORTANT D’ÉTUDIER “LE SAUVAGE BLANC”. MON “ÉDUCATION” AUSTRALIENNE LES INT ÉRESSA BIEN MOINS QUE LE FAIT D ’A VOIR PU PERDRE, DIX-SEPT ANNÉES DURANT, LES BONNES MANIÈRES DE NOTRE MONDE “CIVILISÉ”. QUELQUES JOURS SUFFIRENT POUR QUE LEUR OPINION SOIT FAIT E… NOUS PÛMES REPRENDRE NOTRE VOYAGE VERS SAINT- GILLES.

IL DÉMARRE, GRIMPE, VIT E !

…OUI, FATIGUÉ DE TOUT ÇA…FATIGUÉ DE DE VOIR TOUT RE COMMENCER, À NOUVEAU !

UNE PART DE MOI EST REST ÉE AVE C CES “SAUVAGES” COMME TU LES APPELLES… MAIS ICI, QUI LE COMPRENDRAIT ?

RASSURE-TOI, HERMAN, MA VIE N’A PAS ÉTÉ AUSSI SOMBRE QUE TU L’IMAGINES, J’AI EU MA PART DE BONHEUR…

TU ES FAT IGUÉ, MON AMI, REPOSETOI, PARIS EST EN C ORE LOIN.

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LE 2 JANVIER 1876, JE RETROUVAI LE THÉÂTRE DE MON ENFANCE, CETT E T ERRE QUE J’AVAIS PRIS SOIN D’OUBLIER DURANT DIX-SEPT ANNÉES.

BON SANG, RIEN N’A CHANGÉ…

HOURRA !

HOURRA !

VIVE NARCISSE ! VIVE NARCISSE !

J’AI REMPLI MON CONTRAT, NARCISSE, CE MOMENT T ’APPART IENT… ADIEU, MON AMI, PRENDS SOIN DE T OI.

JE VEUX TOUT SAVOIR, MON ENFANT, TOUT CE QUE CES AFFREUX SAUVAGES T ’ONT FAIT SUBIR.

IL ARRIVE ! C’EST LUI !

TU ES DE RETOUR, C’EST T OUT CE QUI M’IMPORT E.

IL N’Y A RIEN À DIRE… CE N’ÉTAIT PLUS MOI.

JE VAIS ESSAYER. MERCI, HERMAN…

MERCI, SEIGNEUR, MERCI ! TU ME RENDS MON FILS, TU ME RENDS LA VIE !

BIENVENUE, NARCISSE !

NARCISSE !

PART OUT AUTOUR DE MOI, LE BONHEUR ÉTAIT PALPABLE. HÉBÉTÉ PAR TANT DE FERVEUR, J’OBSERVAIS LA JOIE DE MES PARENTS ET CE MONDE QUE JE DEVAIS RÉAPPRENDRE. UNE NOUVELLE VIE COMMENÇAIT…

LE TOUCHE PAS !

…DIEU SOIT LOUÉ !

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LÂCHE-LE DONC, TU VAS L’ÉTOUFFER ! VIENS DONC SALUER T ON PÈRE.

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LES CENDRES DU FOYER ALLUMÉ EN MON HONNEUR À PEINE REFROIDIES, LE REGARD DE CEUX QUI M ’AVAIENT A C CUEILLI DANS LA LIESSE CHANGEA…

BIEN MALGRÉ MOI, JE DUS ME PLIER À L’EXERCICE DE LA MESSE SOLENNELLE EN A CTION DE GRÂ CE, REMERCIER DIEU DE M’AVOIR ABANDONNÉ, IMPLORER SON PARDON POUR ME S PÉCHÉS… MAIS QUELS PÉ CHÉS ? SINON CELUI D ’A VOIR SURVÉ CU LOIN DE SON INFLUENC E ?

BON JOUR. JEUNE FILLE, TU NE L’APPRO CHES PAS. ON IGNORE T OUT DES MONST RUOSIT ÉS QU’IL A PU FAIRE AVE C LES SAUVAG ES.

N’EN VEUX PAS À T ON PÈRE, IL FAIT ÇA POUR TON BIEN.

BAISSE LES YEUX, AVANCE !

MAIS MAMAN, C’EST NAR CISSE…

NARCISSE !!

…IL RESTE MURÉ DANS LE SILENCE À LONGUEUR DE JOURNÉE, CE N’EST PLUS LE MÊME, MON PÈRE.

VOICI DIX-SEPT ANS, MON CHER NARCISSE, TU NOUS ÉTAIS ENLEVÉ PAR DES CRÉATURES DIABOLIQUES. NOS PRIÈRES ONT ÉT É ENT ENDUES, AUJOURD ’HUI, T E VOILÀ REVENU PARMI NOUS. OOOH… SEIGNEUR MISÉRICORDIEUX ! A C C ORDE DE NOUVEAU, À C E PAUVRE PÉ CHEUR, CETTE BREBIS ÉGARÉE, UNE PLACE PARMI LES TIENS…

IL EST À PEINE RENTRÉ, LAISSEZLUI LE T EMPS.

VOTRE FILS A COTOYÉ SATAN DIX-SEPT ANS DURANT, PEUT- ÊTRE EST-IL ENC ORE EN LUI ? D EMAIN, EN NOTRE SAINT E É GLISE, NOUS L’AIDERONS À RETROUVER LE DROIT CHEMIN…

LAVE-LE DE SES FAUTES, CHASSE LES GRAINES DÉMONIAQUES SEMÉES EN LUI PAR LES NÈ GRES DE CES TERRES OBSCURES. OH SEIGNEUR, RENDS-NOUS LE NARCISSE D ’AUTREFOIS…

MONSIEUR LE CURÉ A RAISON, IL DOIT ÊTRE LAVÉ DE SES PÉ CHÉS ! QUE DIABLE A-T-IL FABRIQUÉ AVE C SES CANNIBALES !?

T ON AMOUR T ’A VEUGLE, MA PAUVRE, TU AS VU SON CORPS ? IL A LES MARQUES DU DÉMON !

TON PÈRE A DÉ CIDÉ, NARCISSE…

COMMENT PEUXTU PARLER AINSI DE TON FILS ? C ’EST UN MIRA CLE QU’IL SOIT À NOUVEAU AVE C NOUS !

TOUT ÇA EST INUTILE, JE VAIS BIEN, JE T ’A SSURE.

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LES JOURS PASSÈRENT, SUIVANT LES CONSEILS DE MA MÈRE, JE SORTAIS, RENCONTRAIS CEUX QUI, EN D ’AUTRES T EMPS, M’AURAIENT EMPLOYÉ, AFFRONTAIS LEUR RE GARD FUYANT… ESSUYANT REFUS SUR REFUS… PERSONNE NE VOULAIT PRENDRE DE RISQUE AVEC LE “SAUVAGE BLANC”.

TOC ! TOC !

ENFIN, NARCISSE ! VA DONC OUVRIR AVANT QU’IL NE BRISE LE CARREAU.

BONJOUR CHER MONSIEUR. CONSTANT MERLAND, DO CT EUR EN MÉDE CINE, JE VIENS DE NANT ES POUR VOUS RENCONTRER.

…JUSQU’À MON PÈRE, É VITANT MA PRÉSENCE DANS SON AT ELIER, DE PEUR DE FAIRE FUIR LA CLIENT ÈLE.

ALORS VOUS AUSSI ?! JE SUIS AUSSI É CRIVAIN, C’EST À C E T ITRE QUE JE SUIS LÀ… ME F ERIE Z-VOUS L’HONNEUR DE ME CONFIER VOS EXTRAORDINAIRES AVENTURES ? CE POURRAITÊTRE UN GRAND ROMAN.

QUE VOULEZVOUS ?

MAIS PAS DU TOUT ! JE… JE SOUHAIT E É CRIRE VOTRE HISTOIRE, C’EST T OUT, ET CELA POURRAIT VOUS RAPPORT ER UN PEU D’ARGENT…

…QUE JE DANSE NU AUTOUR D’UNE MARMITTE ? LE NUMÉRO DU CANNIBALE BLANC ? FICHEZMOI LA PAIX !!

TU AS TORT, C’EST UN DO CT EUR, SES INTENTIONS SONT LOUABLES. UN LIVRE… C’EST PEUT- ÊTRE LE MEILLEUR MOYEN DE FAIRE TAIRE LES RAGOTS ? …EUX AUSSI ONT REFUSÉ, MÊME LES SARDINIERS, PERSONNE NE TE VEUT À BORD… TON FILS PORT E LA POISSE, QU’ILS DISENT… JE SAIS CE QU’ILS ATTENDENT TOUS DE MOI, JE NE SUIS PAS DUPE.

IL FAUT QUE TU SORT ES, QUE TU AILLES VERS LES G ENS, QUE TU TRAVAILLES, MONTRE LEUR QUE TU ES COMME EUX…

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DEMAIN, J ’IRAI À NANTES VOIR CE MERLAND ; S’IL VEUT TOUJOURS DU SAUVAGE, IL AURA DU SAUVAGE.

QU’IMPORTE, LA MER N’APPORTE QUE DU MALHEUR.

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NANT ES, 1876.

PARFAIT ! C’EST COMME ÇA QUE VOUS ALLE Z PLAIRE.

PELLET IER, EN VOILÀ UNE SURPRISE !

PARLE Z, MON JEUNE AMI, À MOI DE METTRE DE L’ORDRE DANS VOS IDÉES… LES RENDRE A C C EPTABLES AUX YEUX DE VOS FUTURS LE CT EURS.

QUE VOULEZ-VOUS QUE JE RA CONT E, SI VOUS NE ME DIT ES RIEN DE VOUS ? AU DIABLE LES SAUVAG ES, ILS N’INT ÉRESSERONT PERSONNE ! IL FAUT ME PARLER DE VOUS, DU SAUVA G E BLANC…

NE SOURIEZ PAS, L’AIR F ÉRO C E, C’EST ÇA… C ESSE Z D’É VOQUER VOS NÈ GRES. AVEZ-VOUS MANGÉ DE LA CHAIR HUMAINE COMME IL SE DIT ? VOUS REST EREZ CHEZ MOI AUSSI LONGTEMPS QU’IL FAUDRA POUR T OUT ME RA CONT ER… ET JE NE PARLE PAS DE CE QUE VOUS AVEZ PU DIRE AUX JOURNALISTES.

VOUS VOILÀ DEVENU RAISONNABLE. ENTREZ, JE VOUS EN PRIE.

COMBIEN VAISJE GAGNER AVE C MON HISTOIRE ? LE REST E M’IMPORT E PEU…

“VOS DIX-SEPT ANS DE VIE MAT ÉRIELLE ET ANIMALE N’ONT PAS ÉT EINT VOTRE ÂME, ILS N’ONT PAS EU RAISON DE VOS BONS SENTIMENTS”. AUJOURD ’HUI, VOUS ENTRE Z DANS L’HISTOIRE !

HA, HA, HA ! NE VOUS EN FAIT ES PAS POUR ÇA…

VOTRE T ÉMOIGNA G E VA SE VENDRE COMME DES PET ITS PAINS. J’IMA GINE DÉ JÀ : “LES AVENTURES E XTRAORDINAIRES DU ROBINSON CRUSOË FRANÇAIS”… LA CÉLÉBRIT É VOUS AT T END, LA FRANCE ENT IÈRE VA CONNAÎTRE VOS EXPLOITS.

VOUS N ’AVE Z PAS COMPRIS… JE N’AI QUE FAIRE DE VOTRE CÉLÉBRIT É.

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DES DÉTAILS NARCISSE, PLUS DE DÉTAILS… ET VOUS DANS T OUT ÇA ?


UNE FOIS PUBLIÉ, LE LIVRE N’A PAS EU LE SUC CÈS ATTENDU, MAIS PEUT- ÊTRE M’A T-IL AIDÉ À OBT ENIR CET EMPLOI DE GARDIEN DU F EU… CE QUE FUT MA VIE APRÈS N’A PAS GRAND INTÉRÊT. JE ME SUIS EFFORCÉ DE FAIRE CE QUE L’ON ATT ENDAIT DE MOI. SUR LES CONSEILS DU CURÉ, SOUCIEUX DU SALUT DE MON ÂME, JE ME SUIS MARIÉ À LOUISE QUI M ’A A C CEPT É T EL QUE J’ÉTAIS… AUJOURD ’HUI, DANS CE MONDE QUI NE PEUT ME COMPRENDRE, JE N ’ASPIRE QU’À ÊTRE OUBLIÉ. TU ES JEUNE, INNO CENT ET PUR, C OMME J’AI DÛ L’ÊTRE À TON ÂGE : TU PEUX DONC RE CEVOIR LA VÉRIT É SANS PORT ER DE JUGEMENT, COMPRENDRE CETTE VIE QUE J’AI TANT AIMÉ E ET QUI S’EST ARRÊTÉE LE JOUR OÙ ILS M’ONT ARRA CHÉ À LA T ERRE DE CES RIVES LOINTAINES, À LAQUELLE J’APPARTIENDRAI À JAMAIS.


TU CONNAIS MON HISTOIRE, TU ES LE SEUL À SAVOIR QUI SE CA CHE DERRIÈRE LE PATHÉTIQUE SAUVAGE BLANC, T OUT JUST E BON À EFFRAYER LES ENFANTS. TOI SEUL SAIS QUE J’AI ABANDONNÉ CEUX QUE J’AIMAIS.

LOUISE, VIENS DONC VOIR, J’AI PRIS UNE GRANDE DÉ CISION.

J’A VAIS T ON ÂGE QUAND ON ME L’A OFFERTE, PEUT-ÊTRE QU’ELLE M’A SAUVÉ DU PIRE DURANT T OUTES CES ANNÉES.

GAMIN, J’ÉTAIS COMME T OI… TU POURRAIS ÊTRE MON FILS.

PRENDS, C’EST TOUT CE QUE JE POSSÈDE, MON SEUL HÉRITAGE, QU’ELLE T E PROT È G E AUTANT QU’ELLE M’A PROT ÉGÉ.

SI, COMME MOI, TU RESSENS L’APPEL DU GRAND LARGE, JE SERAI LÀ POUR T ’AIDER À RÉALISER TON RÊ VE… HÉ BIEN, QU’AS-TU DE SI IMPORTANT À ME DIRE ?

MERCI MONSIEUR.

JE VOUDRAIS QUE NOUS NOUS O C CUPIONS DE LUI…

IL N’Y A JAMAIS EU D’ENFANT MON AMOUR, TU AS PASSÉ TA JOURNÉE À PARLER SEUL. JE T ’ASSURE, IL ÉTAIT LÀ, AVE C MOI ! HÉÉÉÉ, GAMIN !! OÙ ES-TU ?

MAIS NARCISSE… DE QUI PARLESTU !?

LOUISE !

BON SANG, LOUISE, T U SAIS BIEN ! L’ORAGE… L’ENFANT QUI M’A C COMPAGNAIT.

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T ES VIEUX DÉMONS… ILS SONT DE RET OUR ?

MON AMULET T E, JE LUI AI DONNÉ MON AMULETT E…

MAIS ENFIN, DE QUOI PARLES-TU, NARCISSE ?

SAINT-NA ZAIRE, PHARE DE L’AIGUILLON, LE 7 O CT OBRE 1880… RENTRONS, TU VAS ATTRAPER LA MORT.

Aborigènes australiens photographiés au début du XX e siècle. Carte postale photographique © Collection particulière.

VOICI ARRIVÉ LE T EMPS OÙ JE DOIS LAISSER PARTIR NARCISSE, MON CHER C OMPAGNON DE VOYAGE… BIEN QUE FRUSTRÉ DE NE PAS AVOIR T OTALEMENT PERCÉ LE MYST ÈRE DE CET ÊTRE PLURIEL ET COMPLEXE, JE ME RÉ JOUIS À L’IDÉE QU’IL N’EN A PAS FINI AVE C NOUS… HOMME D ’HIER ET D ’AUJOURD ’HUI, PORT EUR MALGRÉ LUI DE L’ESPOIR D ’UN MONDE MEILLEUR, J’AIME À PENSER QU’IL VIT ENCORE, QUELQUE PART, AU CŒUR DE SA T ERRE AUSTRALIENNE… MARSEILLE, LE 8 DÉ CEMBRE 2017

FIN 62


Narcisse ou le vécu comme source d’imaginaire C’est l’histoire d’une rencontre avec une histoire vraie comme source d’imaginaire. Ou plutôt la rencontre de deux destins qui s’entrecroisent et vont se mêler quatre années durant : l’auteur et un jeune « sauvage blanc » redécouvert par hasard dans les pages d’une revue d’histoire. Ce « sauvage blanc », c’est Narcisse Pelletier qui un jour a troqué sa condition de terrien contre l’aventure de la mer. Celui qui, comme tant d’anonymes, a franchi l’horizon au lieu de rester à terre auprès d’un père cordonnier. Rêvait-il de gloire et de fortune ? À 12 ans, a-t-on conscience de la condition des hommes de mer, de l’extrême austérité des navigations au long cours, de l’odeur nauséabonde des entreponts, de la promiscuité et de l’espace régi par des règles viriles ? On imagine sûrement affronter les tempêtes, rencontrer ses peurs sous forme de monstres marins ou pire encore, les populations d’un autre monde. Mais devenir mousse à 12 ans, c’est dire adieu à son enfance en quelques mois, dans ce passage de la terre à la mer. Narcisse y gagne sa première cicatrice, indélébile (tome 1, p. 23). Et pourtant, c’est suite à son abandon sur de longues bandes de terres inexplorées du continent australien que le gamin, recueilli pas des aborigènes d’Australie, devient l’homme d’un peuple dont la vie spirituelle se confond avec la vie temporelle. Narcisse appartiendra de nouveau à la Terre-mère, et vivra, comme les autres formes de vie, en osmose avec celle-ci. Si le monde est né d’un rêve dans la culture aborigène, ce monde prendra fin avec l’arrivée d’un équipage anglais qui l’arrache aux siens à tout juste 30 ans, 17 ans plus tard (tome 2, p. 53). Avec son retour dans la mère patrie, arrive le temps des compromis, d’un secret partagé, d’un long réveil vers un monde en mutation, qui a découvert « l’autre », cartographié la planète, mais qui est encore ancré dans ses certitudes à l’échelle de son terroir. Narcisse sera confronté à des « savants » ethnocentriques persuadés d’être les seuls à se comporter de façon civilisée, voyant dans le comportement de l’étranger quelque chose d’incompréhensible voire de scandaleux (tome 3, p. 49). L’auteur, c’est Hubert Campigli, alias Chanouga, dont le dessin ressuscite cette histoire vraie, oubliée, cette vie brisée teintée de romantisme et d’onirisme. L’aventure documentaire a toutefois précédé l’aventure

Le navire transport Jura, de la Marine Nationale française qui rapatriera Narcisse Pelletier de Nouméa à Toulon en 1875. © Collection Musée National de la Marine.


humaine : une enquête de terrain, des recherches scrupuleuses dans les fonds documentaires et les archives, l’exploration d’ouvrages contemporains de l’événement, de la presse quotidienne internationale, les échanges épistolaires avec des chercheurs, nourrissent progressivement l’univers de l’auteur. On est proche dans la démarche de la peinture de marine et de ses artistes dont le talent se met au service de l’histoire. Dans cet aller-retour perpétuel entre le dessin et l’histoire, s’élabore progressivement une machine à remonter le temps. Chanouga nous plonge dans l’univers de Narcisse et de la marine de la seconde moitié du XIXe siècle. On fait avec lui le tour du monde, à bord de navires très différents, du brick goélette au transport de troupe, scrupuleusement étudiés et détaillés. On traverse des paysages époustouflants, des étendues fluides et menaçantes où la moindre fausse manœuvre nous rappelle la fragilité des coques et les tragiques naufrages. Ces océans que l’on sillonne tour à tour — l’océan Indien (tome 1, p. 29), l’océan Atlantique (tome 3, p. 39) — envahissent une pleine page en éclatant de toute leur force, de toute leur rudesse, au moyen de couleurs froides et inquiétantes. L’océan n’est plus qu’un espace métaphysique qui nivelle les hommes et les traite sur un même pied d’égalité. Exception faite de la planche unique, l’auteur s’exprime plus généralement par double page dans une composition maîtrisée, synthétisant des unités de temps. Les espaces d’un monde encore trop grand sont redimensionnés en cases où se déploie l’esthétique chanougienne : les couleurs — travaillées après coup, par filtres successifs, sur ordinateur — sont métissées de bleus et de verts, de variations infinies allant du bleu profond de la mer par temps clair jusqu’au bleu-gris par temps nuageux en passant par le roseorangé au coucher du soleil. L’auteur déploie une « poétique de sites » inspirée par l’universalité de la mer. « Passeur d’histoire », Chanouga prête à son héros malgré lui toutes les fêlures, les nostalgies d’un paradis perdu mais aussi l’envie de transmettre. Avec une infinie douceur, Narcisse remet au petit garçon du début de l’histoire du tome 1 et des dernières pages du tome 3 une amulette en pierre matérialisant un destin que l’on se doit d’écrire soi-même. Comme un miroir, ce petit garçon est le reflet de lui-même (Narcisse/ Chanouga), jeune, avant de partir sur les mers. En refermant le tome 3* de l’épopée de Narcisse, on prend conscience que cette histoire ne sera jamais terminée. Qu’il y aura toujours un historien, un dessinateur, un écrivain qui poursuivra cette aventure issue d’une rencontre, d’une chimère, d’un rêve et qui transmettra aux nouvelles générations sa compréhension d’un fait divers devenu légende. La « vérité » restant complexe, partielle et plurielle, elle ouvre des espaces permettant aux lecteurs de conclure à leur manière. À celui qui reçoit, à celui qui lit, à celui qui regarde, au lecteur de transformer cet héritage.

Les trois lettres écrites par Narcisse Pelletier à ses parents lors de son voyage de retour, reproduites dans la notice que Constant Merland consacre à Narcisse Pelletier en 1876. © Collection particulière.

Cristina Baron * Quatre planches de cet album ont été proposées au Comité d’acquisition des musées de la Défense. Elles entrent aujourd’hui dans les collections du musée national de la Marine.

< Tentative d’écriture de Narcisse Pelletier à Somerset, après sa capture. Texte reproduit avec sa traduction dans le journal anglais, “The Graphic” du 23 août 1875. © Collection particulière.


NARCISSE PELLETIER ET SON TEMPS NARCISSE PELLETIER ÉCOLIER

AMGLO

MOUSSE

1852�55 1856 8�11 ans

12 ans

1857

1858

• 2 janvier SAINT-GILLESSUR-VIE (Saint-Gilles-

• Du 3 juillet au 26 octobre 1852

• 12 mai LES SABLES

• 24 mai BORDEAUX

• 23 mai - HONG KONG

Croix-de-Vie, Vendée)

Alphonse Narcisse Pierre Pelletier, né d’Alphonsine Hippolyte Babin et de Martin Hélier Pelletier, cordonnier

Mousse sur Le jeune Narcisse, bateau de pêche de son grand-père maternel, Pierre Babin • 10 octobre 1854 Exclusion définitive de l’école de SaintGilles-sur-vie pour “insubordination et insolence” • Du 15 mai au

17 septembre 1855

Mousse sur la chaloupe Le Furet. Le second est son grand-père, Pierre Babin

Mousse sur la bisquine Eugénie (capitaine Brémaud)

• 15 octobre LUÇON

Narcisse quitte L’Eugénie

• 24 octobre BORDEAUX

Mousse sur La Reine des Mers

13 ans

Le Phare de l’Aiguillon à Pointe de l’Ève tel que l’a connu Narcisse Pelletier.

Narcisse embarque comme mousse sur le Saint-Paul, trois mâts de 620 tonneaux (Armateurs Victor Marziou et Cie au Havre) commandé par le capitaine Emmanuel Pinard. Départ pour un voyage au long cours à destination de Sydney Escale du Saint-Paul. Déchargement de sa cargaison de vin

• 1er janvier - SYDNEY

La presse australienne annonce le naufrage du Saint-Paul (Article dans The Sydney Morning Herald Tribune)

(Chine - Colonie britannique)

Escale du Saint-Paul

• 11 septembre ÎLE ROSSEL (Mélanésie)

• 6 août

Saint-Paul pour Sydney avec 317 coolies

• 5 janvier - ÎLE ROSSEL

Arrivée du Styx sur les lieux du naufrage et découverte du massacre des Chinois

Naufrage du Saint-Paul

• 12 septembre

Après une attaque des Rosseliens, le capitaine Pinard, 9 marins et le mousse partent à la recherche de secours à bord d’une chaloupe de 6m, laissant les Chinois sur l’île

• 26 mars - LE HAVRE

La presse française annonce le naufrage du Saint-Paul (Article dans Le Courrier du Havre) • Mai - Retour en France du capitaine Pinard

• 25 septembre CAP DIRECTION (Australie)

Les naufragés touchent la côte Nord-Est de la Péninsule du Cap York

1860

1861 • Parution de l’article :

Naufrage et scènes d’anthropophagie à l’île Rossell, dans l’archipel de La Louisiade (Mélanésie) par Victor de Rochas dans Le Tour du Monde, Nouveau journal des voyages, deuxième semestre 1861, Paris

1875

1876

1880

1894

• 11 avril NIGHT ISLAND

• 2 janvier SAINT-GILLES-SUR-VIE

• 18 octobre SAINT-NAZAIRE

• 28 septembre SAINT-NAZAIRE

13 miles au NW du Cap Sidmouth : découverte et capture du “Sauvage blanc” par le John Bell (capitaine John Frazer)

• 5 mai - SOMERSET

Amglo est remis au Gouverneur Oyly Aplin. Il est photographié

• Évocation du naufrage du Saint-Paul dans les notes de l’Éloge historique de CharlesFrançois BeautempsBeaupré par Léonce Elie de Beaumont. Tome 30 des Mémoires de l’Académie des Sciences de l’Institut impérial de France, 1860, Paris

• 13 mai

Narcisse écrit à ses parents

• 14 mai

Départ pour Sydney sur le vapeur R.M.S. Brisbane. Rencontre avec John Ottley, Lieutenant des Royal Engineers

• 25 mai - SYDNEY

• 30 septembre

• 3 octobre - Narcisse est recueilli

36 ans

Retour de Narcisse Pelletier

Narcisse Pelletier épouse Louise Désirée Mabileau, âgée de 22 ans, couturière • Parution de l’article : Sur un Français nommé Narcisse Pelletier qui oublia sa langue chez les Australiens par Charles Letourneau dans les Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, volume 3, 1880

• NANTES

Le Docteur Constant Merland recueille son témoignage • Parution de Dix sept ans chez les sauvages - Aventures de Narcisse Pelletier, Notice de Constant Merland, éditée chez E. Dentu à Paris - avec portrait photographique de Narcisse en sauvage

Décès de Narcisse Pelletier 20, Grand Rue. Inhumé au cimetière de La Briandais

• SAINT-NAZAIRE

Gardien du phare de l’Aiguillon (Pointe de l’Ève), puis gardien des signaux au port de Saint-Nazaire

• 11 octobre - CAP GRENVILLE

Le capitaine Pinard et ses hommes sont secourus par le Prince of Denmark, goëlette commandée par le capitaine Mac-Farlane

Séjour à bord d’un navire de guerre. Il écrit à ses parents • 21 juillet - Narcisse est embarqué à bord du navire transport Jura (entré en rade le 8 juillet), commandé par le capitaine de frégate Eugène Crespin

• 25 décembre - PORT-DE-FRANCE (Nouvelle Calédonie)

• 7 août - Départ du Jura pour Toulon. Il est examiné

• 27 décembre

• 14 �21 octobre - RIO DE JANEIRO

par Augustin Ricard, le médecin de 1re classe du Jura

Les naufragés sont remis aux autorités françaises Envoi du Styx (aviso à vapeur de la Marine Impériale commandé par le Lieutenant de vaisseau Grimoult) sur les lieux du naufrage, avec à son bord le capitaine Pinard. Le chirurgien de la Marine Victor de Rochas fait partie de la mission de secours

Escale - Troisième lettre à ses parents

Illustration de l’article : “Narcisse Pelletier the White Savage” The Graphic, 25 décembre 1875. © Collection particulière.

1859 Queensland > Colonie

1854 Victoria - Premier chemin de fer à vapeur

50 ans

• 11 juillet - NOUMÉA (Port-de-France)

par des Aborigènes Uutaalnganu

1851 Victoria > Colonie - Ruée vers l’or (Nouvelle Galles du Sud)

• 14 décembre - TOULON - Entrée en rade du Jura. Narcisse débarque le 20 décembre, il est accueilli par son frère Élie. Départ pour Paris • 22 � 28 décembre - PARIS - En observation à l’Hôpital Beaujon

1863 Territoire du Nord > Colonie

1901 Indépendance Victoria Ière Reine du Royaume-Uni

Victoria Ière Reine du Royaume-Uni

1837

32 ans

Gabriel-Eugène Simon, Consul de France, prend en charge Narcisse Pelletier • Début juillet - Départ de Narcisse pour Nouméa

Abandon de Narcisse dans le voisinage du Cap Direction (région littorale face à Night Island)

COLONISATION BRITANNIQUE DE L’AUSTRALIE DÉCLARÉE “TERRA NULLIUS”

1770 James Cook : prise de possession de la Nouvelle-Hollande 1788 > 1868 Nouvelle Galles du Sud - Colonie pénitentiaire

Aborigène Uutaalnganu

EMPLOYÉ DES PHARES ET BALISES AU PORT DE ST-NAZAIRE

31 ans

• 29 juillet MARSEILLE

Maltraité par le second, Narcisse quitte La Reine des Mers

NARCISSE PELLETIER

14 ans

• 23 juin - Départ du

Cartes postales, début XXe siècle. © Collection particulière.

Guillaume IV

1859

La Reine des Mers appareille pour Trieste et la côte d’Illyrie

• Décembre BOMBAY

ROYAUME-UNI

Aborigène Uutaalnganu

1844

Naissance

AMGLO

1901

FRANCE COLONISATION FRANÇAISE EN OCÉANIE 1788 Expédition de Lapérouse - Escale à Botany Bay (janvier > mars) Naufrage à Vanikoro de la Boussole et de l’Astrolabe (juin) Louis Philippe 1er Roi des Français

ZOOS HUMAINS

1848 Louis Napoléon Bonaparte Seconde République

1853 Nouvelle Calédonie > Colonie 1852

1863 Décret instituant le bagne de Nouvelle-Calédonie 1869 Inauguration du Canal de Suez

Napoléon III Second Empire

1855 Paris 1862 Londres

1873 Vienne

Troisième République

1877 Isidore Geoffroy Saint-Hilaire - Spectacles ethnologiques (Paris - Jardin d’acclimatation) 1885 Trois aborigènes exhibés aux Folies Bergères (Paris)

1867 Paris

1851 Londres

1887 Wallis-et-Futuna > Colonie

1870 Guerre franco-prussienne Défaite de Sedan, capitulation de Napoléon III 1871 Commune de Paris

1874 Karl Hagenbeck - Exhibitions anthropozoologiques (Liepzig - Berlin)

1841 Phineas Taylor Barnum Ethnics et freaks Shows (New York, Manhattan - American Museum)

EXPOSITIONS UNIVERSELLES ET INTERNATIONALES

1880 Polynésie française > Colonie

1876 Philadelphie

1900 Paris 1897 Bruxelles

1878 Paris 1889 Paris 1880 Melbourne 1888 Barcelone

1893 Chicago 1836 Charles Darwin Escale du Beagle à Sydney 1838 Dumont d’Urville L’Astrolabe croise en Océanie

1842 Herman Melville Iles Marquises : déserte le baleinier l’Acushnet, séjourne 4 mois chez les Taïpis de l’île Nuku-Hiva 1846 James Morrill - Marin anglais de l’Essex séjourne 17 ans chez les Aborigènes du Queensland après le naufrage du Peruvian

1859 Charles Darwin Parution de l’ouvrage L’Origine des espèces

1860 Edouard Charton Le Tour du Monde Journal des voyages

1873 1880 Jules Verne Jules Verne Parution du roman Histoire générale des grands voyages et Le Tour du monde en quatre-vingts jours des grands voyageurs - Les voyageurs du XIX e siècle 1863 1863 1873 Gaston Tissandier Louise Michel, Henri Rochefort Jules Garnier découvre le nickel La Nature déportés de la Commune au bagne de Revue des Sciences Nouvelle-Calédonie (presqu’île Ducos) en Nouvelle-Calédonie

1890 Robert Louis Stevenson s’installe à Vailima aux Samoa avec sa femme Fanny 1897 Paul Gauguin à Tahiti, peint : D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

1902 Jules Verne Parution du roman Les Frères Kip


L’Arsenal de Toulon à l’époque du retour de Narcisse Pelletier. La France en miniature, 1870, Louis Lebreton Lithographie © Collection particulière.

Rapport d’inspection médicale de Narcisse Pelletier par le médecin de 1re classe Augustin Ricard faisant la synthèse des observations relevées à bord du Jura lors de son voyage vers Toulon en 1875. Collection des rapports médicaux annuels ou de fin de campagne des médecins et chirurgiens de la marine d’État, volume XIII, 1875-1876, n°9 (Le Jura), SSA, © Service historique de la Défense, Toulon.

Courrier du Préfet maritime Penhoat au Commissaire général de la Marine en date du 18 décembre 1875 relatif à l’enquête sur l’abandon de Narcisse Pelletier après le naufrage du Saint-Paul en 1858. Le Préfet demande au Commissaire de rapprocher le témoignage de Narcisse de l’enquête faite sur le naufrage. Au-dessous, apparaissent des notes manuscrites relatives au naufrage du Saint-Paul. 13 P1 43, 3 feuillets, © Service historique de la Défense, Toulon.


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Narcisse t. 3 - Vents contraires.  

Narcisse t. 3 - Vents contraires.  

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