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Illustrations extraites de "Que justice soit (mal) faite!" "Maitre Corbaque, n°1", par E411 et Zidrou © Editions Sandawe, 2011

Toute ressemblance avec des faits s’étant réellement produits n’est absolument pas fortuite. Rendons à Randy Cassingham ce qui lui appartient, plusieurs récits sont librement inspirés de ses «Stella Awards» (www.stellaawards.com) qui, chaque année, compilent les procès les plus outranciers tentant d’abuser (parfois avec succès) du système judiciaire américain. D’autres sont des légendes urbaines ou ont été inventés. Ce livre est donc un jeu. A vous de détecter le vrai du faux. Faites jouer votre esprit critique. Et méfiez-vous : les procès les plus absurdes ne sont pas forcément les cas imaginaires !


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Ce livre est un supplément au premier album de "Maître Corbaque", un recueil de gags et de récits d’humour paru aux éditions Sandawe.

Vous pouvez participer à l’aventure des autres titres de Maître Corbaque et gagner des bonus et collectors gratuits. Voyez page 40.


Les textes de ce livre sont mis à disposition selon les termes de la licence Creative : Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification

Pour toute utilisation, mentionner «Extrait de «Quand la Justice perd la boule…», par Patrick Pinchart, E411 et Zidrou, éditions Sandawe.com» La reproduction des illustrations est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur : sandawe@sandawe.com http://www.sandawe.com http://www.facebook.com/sandawe http://www.facebook.com/MaitreCorbaque http://www.twitter.com/sandawe Nos vidéos : http://www.youtube.com/user/LesEditionsSandawe Téléchargez d’autres livres gratuits : http://www.issuu.com/sandawe


Introduction Les juges, on les imagine bien sérieux, à force de traiter des cas de cambriolages, de chiens ayant ignoré le caniveau, de meurtres, de chèques en blanc, de viols, de parcmètres non-payés, etc. Et pourtant, ils savent rire, les juges ! C’est qu’après tous ces drames, ils ont besoin de se défouler. Alors, ils se lancent des vannes. «Vous savez quoi, les gars ?», ont tenté de faire croire les juges américains à leurs confrères français, «nous, on a condamné Mac Do à près de 3 000 000 $ pour une tasse de café trop chaude». Ça a bien fait rigoler tout le monde tellement l’idée était abracadabrantesque. Les juges français ont répondu du tac au tac, avec un sens de la répartie qui les honore, en imaginant une histoire encore plus farfelue : «Ouais, eh bien nous, lors de la crise financière, plutôt que de condamner une banque dont les garde-fous n’avaient pas protégé leurs milliers d’épargnants, eh bien nous, on a condamné un trader à près de 5 000 000 €, ah ! ah ! ah !» Mais ils ont été les seuls à rire, car c’était vraiment trop invraisemblable et personne n’y a cru. Pour se rattraper, ils ont sorti leur botte secrète : ils leur ont offert le premier album de «Maître Corbaque», cette avocate véreuse qui dégaine l’arsenal judiciaire pour des pécadilles, avec la seule ambition de toucher 50% des sommes que gagneraient ses clients (il faut bien vivre…). Et tous ont été d’accord sur ce point : ce n’est que de la fiction. Dans la réalité, ce genre de chose n’est pas près d’arriver !

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Stella L., l’initiatrice Il y a à la fois du culot et du génie dans l’histoire de Stella L., devenue une icône américaine, celle de la machine judiciaire en train de s’emballer. Nous sommes en 1992. Cette femme déjà âgée accompagne son petit-fils à l’aéroport. C’est lui qui conduit la voiture. Pour se désaltérer durant le trajet, elle a acheté un gobelet de café au Mac Do. Comme elle souhaite y ajouter du lait et du sucre, le jeune homme arrête le véhicule. La vieille dame tente d’ouvrir le couvercle, mais on fait bien les choses dans les drive-in de la firme : il est très bien fermé. Elle bloque alors le récipient entre ses cuisses et tire à deux mains. Une technique qui réussit trop bien car, au moment où, brusquement, le couvercle saute, le mouvement déséquilibre le gobelet, qui renverse le café brûlant sur elle. Diagnostic : brûlures aux deuxième et troisième degré. Hospitalisée durant une semaine, elle est ensuite complètement immobilisée chez elle pendant plusieurs mois puis doit subir des soins et des greffes de peau durant deux années. Bref, une revalidation et des traitements extrêmement coûteux. Avec, à la clé, une facture globale de plusieurs milliers de dollars. Contactée, la multinationale de la malbouffe lui propose à peine quelques centaines de dollars de dédommagement. L’affaire, en toute logique, se retrouve au tribunal. Le jury rend, deux années plus tard, le fameux verdict qui transforme la victime en star mondiale : Mac Do est condamnée à payer 160 000 $ pour les frais, et… 2 700 000 $ de dommages punitifs ! Pour être complets, ajoutons que le juge ramena cette somme abyssale à une valeur plus «raisonnable» (sic), 640 000 $ ! Depuis, figure sur les tasses en carton une mention prévenant qu’elles peuvent contenir des liquides brûlants. Au cas où personne n’aurait deviné que le café, c’est chaud !

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Bush…erie Les guerres ont toujours des effets collatéraux. Entre autres, les conséquences psychologiques sur les soldats qui ont dû y participer. La guerre en Irak n’échappe pas à la règle. Robert H., ancien volontaire en Irak, s’était mis à boire lors de son retour au pays. Pour effacer les images sanglantes qui peuplaient ses cauchemars, depuis ? Pour oublier qu’il avait risqué sa vie et perdu des amis dans une guerre déclenchée sur base de mensonges de l’administration américaine et qui avait principalement servi les intérêts financiers des amis du Président ? On ne le saura jamais, car il est mort. Pas au combat, non. Pas d’un coma éthylique, non plus. De manière, disons... moins classique. Ce jour-là, il avait bu plus que de raison, ne s’arrêtant que lorsque le patron du bar local lui avait signifié qu’il avait complètement épuisé ses réserves de bourbon. En sortant, il avait titubé lentement vers sa maison, s’arrêtant de temps en temps contre une façade pour tenter de retrouver un équilibre que le taux élevé d’alcool dans son sang ne lui permettait plus de retrouver par la seule action de son cerveau. Sur l’une de ces façades, une pancarte attira son attention : «Danger !». «Curieux, ce panneau, à la porte d’un hôtel», se dit-il avec un dernier éclair de lucidité. Enfin, on peut le supposer car, comme on vous l’a dit, il est mort. Il va même mourir bientôt en pénétrant dans le bâtiment. Ou plutôt, en s’y glissant. Car ce panneau n’était pas placé devant la porte de l’hôtel, mais devant la sortie du système de climatisation, où l’attendaient les pales métalliques, bien tranchantes, de l’aérateur. Gravement blessé, il tenta de se faire un garrot pour arrêter le sang qui giclait de sa blessure. Mais son esprit embrumé ne lui permit pas de terminer l’opération. On retrouva son cadavre, le lendemain matin, exsangue. La famille du défunt attaqua l’hôtel, exigeant 10 000 000 $ pour les dommages causés. On peut la comprendre ! Il aurait quand même pu prévoir que des signaux de dangers n’étaient pas une protection suffisante contre les méfaits de l’alcool ! 7


Gaz a tous les etages C’est un drame de la misère. Richard L. n’avait pas vraiment les moyens de se payer une alimentation saine. Il se débrouillait donc avec une nourriture peu coûteuse. Le lundi, haricots sauce tomate. Le mardi, chou en boîte. Le mercredi, mélange de choux et de haricots. Avant de reprendre le cycle le jeudi. Le dimanche, il passait aux flageolets, pour changer un peu. D’accord, le portrait est un peu exagéré. À peine... Des comportements qui allaient lui coûter la vie. Mais pas de la manière dont on aurait pu s’y attendre, ces maladies de la malbouffe telles que cancer, infarctus, etc. Des maladies prévisibles, quoi. On le retrouva un matin, mort sur son lit. L’odeur pestilentielle de la chambre provoqua un malaise chez les personnes qui découvrirent le corps. La putréfaction ? Euh... presque. L’autopsie révéla que son sang contenait une quantité énorme de méthane. Les médecins ne purent conclure qu’une chose : l’homme s’était asphyxié avec ses propres flatulences, provoquées par ses habitudes alimentaires. Dans une pièce complètement fermée, les gaz avaient atteint une concentration tellement forte qu’elle avait provoqué une intoxication mortelle. Les juges qui durent instruire la plainte déposée par la famille contre le fabricant de conserves qui avait eu le tort de ne pas indiquer sur ses boîtes qu’il était conseillé de les consommer avec modération et dans une pièce bien aérée eurent beaucoup de mal à garder leur sérieux avant de débouter les plaignants.

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Un pantalon hors de prix Le Juge administratif Roy L. P. Jr. est un homme pur, droit, intègre, comme tous les juges. Dans la vie «civile», c’est un râleur invétéré, insatisfait par un travail administratif qui l’ennuie, et qui le fait payer à tout son entourage. Avec une réserve inépuisable de mauvaise fois. Le couple de vieux gérants d’une boutique de nettoyage à sec de sa rue va l’apprendre à ses dépens. Ils sont presque à la retraite, ces braves gens. Bientôt, ils pourront arrêter ce magasin où ils ont passé toute leur vie et se retirer dans un bungalow que leurs économies leur ont permis de s’offrir. C’est compter sans Roy L. P. Jr, qui va leur prouver que les choses ne sont jamais acquises et que tout peut basculer. Pour un rien. Le juge est un de leurs clients. Jusqu’à ce jour qu’ils ne sont pas près d’oublier, il ne s’était distingué des autres que par son incapacité à sourire. Mais bon, les clients, on les prend comme ils sont. Bougon ou pas. À part qu’il y a des limites à la bougonnerie. Ce jour-là, donc, on lui rendit dans un paquet soigneusement emballé les vêtements qu’il avait remis deux jours plus tôt pour nettoyage. C’est lorsqu’il l’ouvrit pour en vérifier le contenu que le ciel tomba sur la tête du vieux couple. Un pantalon manquait ! Certes, ce sont des choses qui arrivent et, en général, on parvient à s’arranger avec le client. Pas quand il s’agit de Roy L. P. Jr. On ne rigole pas avec la perte d’un pantalon lorsqu’on fait partie des gens de robe. Il fit ce que tout juge bougon et râleur invétéré aurait fait à sa place — selon lui. Il attaqua les gérants. En exigeant 65.462.500 dollars de dommages et intérêts. Le juge ne fit heureusement pas preuve d’un esprit de caste. Non seulement le plaignant fut sermonné pour sa plainte abusive, mais il fut en plus condamné à payer des dommages et intérêts aux petits vieux. Qui purent prendre tranquillement leur retraite dans leur bungalow. 9


Entretien avec un vampire De cette prison de l’Utah, Robert Paul R. savait qu’il ne sortirait pas de sitôt. Et pour cause ! Après une série de délits répétés, il avait été condamné à une quinzaine d’années d’enfermement. Mais se trouver en prison ne vous ôte pas tous vos droits. Par exemple, on doit vous donner les moyens de pratiquer les rituels de la religion de votre choix. Au moins, cela permet de passer un peu de temps. Robert Paul R. avait fait sa demande, en bonne et due forme, détaillant ce qui lui était nécessaire pour l’exercice de son culte. La Direction de la prison, cependant, refusait obstinément de le lui fournir. Alors, il l’attaqua pour faire valoir ses droits. Un juge eut donc la stupéfaction de découvrir la liste remise par le détenu. Celui-ci souhaitait pratiquer les rituels druidiques des vampires. On devait donc lui fournir une femme vampire afin qu’il puisse avoir des rapports sexuels en bonne et due forme, préliminaires indispensables au culte. La prison devait également le nourrir selon le régime alimentaire auquel a droit tout vampire qui se respecte : avec du sang de jeune vierge. L’avocat de la prison n’eut aucune peine à démontrer que l’individu n’avait pas droit à tous ces services. Au moment de son incarcération, il avait mentionné sur sa fiche d’entrée, à la case «religion» : catholicisme. Et le Pape n’étant pas vraiment connu pour sa tolérance en ce qui concerne les rapports sexuels avec une vampire, il n’y avait pas de raison de répondre à sa demande. C.Q.F.D.


Pilotage automatique de connerie C’était un beau motor-home. De ceux dans lesquels on aimerait circuler toute l’année, au gré de ses envies, tellement confortable qu’il aurait presque pu servir de résidence secondaire. Mervin G. venait de l’acheter. Tout fier de ce véhicule où il pouvait à la fois manger, recevoir des copains, jouer aux cartes, dormir… et même plus si affinités, il l’avait arboré devant ses potes du club de football local. Puis il était parti sur l’autoroute pour essayer toutes les fonctionnalités de son nouveau joujou. Parmi celles-ci, le contrôle automatique de vitesse. Un bonheur, sur ces autoroutes rectilignes où l’on est obligé de conduire à vitesse réduite sur des centaines de kilomètres. Derrière l’habitacle conducteur, la kitchenette avec le frigo plein à craquer de canettes de bière et le percolateur. Une vision qui lui donna envie d’une tasse de café. Devant lui, rien, sinon une longue bande de bitume aussi rase qu’un gazon anglais. Il régla donc le contrôleur sur la vitesse autorisée, et il se leva pour se préparer une bonne petite tasse de «noir intense arômes corsés». Le résultat attendu (pas par lui) ne tarda pas. Le véhicule dévia progressivement de sa course et, arrivé sur le bas-côté, bascula et partit en tonneaux. On imagine dans quel état on retrouva le conducteur. De son lit d’hôpital, entre deux râles, il eut quand même la force d’attaquer le fabricant, pour une raison évidente : rien, dans le manuel d’utilisation, n’indiquait qu’il était dangereux de quitter le volant. La compagnie comprit la leçon et mentionna désormais cet avertissement, non seulement en première page du manuel, mais également sur le volant du véhicule. Il faut dire que le jury l’avait condamnée à payer 1 500 000 $ au conducteur. Et à lui fournir un motor-home flambant neuf en remplacement de l’épave. 12


Spip, dangereux predateur On n’imagine pas les dangers que l’on court lorsque l’on fait ses courses dans un centre commercial ! Il y a les feuilles de salade tombées du rayon «fruits et légumes» qui rendent le sol plus glissant que du verglas, les caddies des autres clients prêts à vous emboutir, tous les pièges inventés par les spécialistes du marketing pour vous vider votre portefeuille/chéquier/compte en banque/carte de crédit (rayez les mentions inutiles),… bref, mieux vaut prendre une assurance «tout risque» avant d’y pénétrer. Mais s’il n’y avait que ça ! C’est qu’à un moment, il faut bien en sortir, du centre commercial, et affronter là la violence du parking, des conducteurs distraits qui quittent leur emplacement sans regarder, des flaques de cambouis glissantes… et des animaux sauvages. Des animaux sauvages ? Oui. Vous ne le savez peut-être pas, mais il y a autour des centres commerciaux des hardes de dangereux prédateurs. Ils ont de grandes dents, de grandes oreilles, une grande queue et ils sont redoutables, comme a pu l’apprendre à ses dépens Mme. M. Ce jour-là, elle se trouvait dans un centre commercial comme tous les autres. Grand. Envahi par une foule étouffante. A tel point qu’elle ressentit le besoin de prendre l’air. Elle franchit la double porte vitrée automatique qui se referma derrière elle. Elle fit quelques pas sur le gazon. C’est alors que se produisit le drame. Un petit écureuil, pour une raison inconnue s’aggripa à sa jambe. Prise de panique, comme si elle s’attendait à ce qu’il la culbutât sur le gazon pour abuser d’elle, elle s’agita pour chasser le sciuridé, tomba à la renverse et se blessa... «Sévèrement», plaida-t-elle lorsqu’elle attaqua, non pas l’animal qui était insolvable, non pas la SPA locale, mais... le centre commercial, qui n’avait pas pris la précaution élémentaire de prévenir que des écureuils vivaient à l’extérieur. En conséquence de quoi, elle exigea 50 000 $ de dommages et intérêts.


Un excellent conducteur Dans un couple, il vaut mieux ne pas trop s’énerver, garder son calme, car les disputes peuvent mal se terminer. Un exemple pris au hasard. Henry T. était furieux. Il s’était disputé avec sa petite amie et marchait dans la campagne pour tenter de se calmer. Il avait emporté avec lui quelques canettes de bière, qu’il éclusait l’une après l’autre, en maugréant entre deux rots contre la jeune femme, l’accusant de tous les maux. Il râlait tellement qu’il décida d’escalader un pylône électrique pour y crier sa rage à tout le voisinage. Arrivé en haut, à une vingtaine de mètres du sol, il sentit les premiers effets de la bière. Des effets pressants. Très pressants. Plutôt que redescendre, il préféra se soulager de l’endroit où il se trouvait. En veillant, bien sûr, à ne pas toucher les câbles. Pas fou ! Ce qu’il ne savait pas, c’est que le courant électrique circulant dans une ligne à haute tension n’a pas besoin d’un contact physique pour passer dans un conducteur à proximité. La décharge de 100 000 volts remonta, via le jet de liquide, jusqu’à son émetteur. Plus précisément à une partie extrêmement sensible de son anatomie. On peut supposer que cela ne lui fit pas que du bien... La petite amie exigea bien évidemment des dommages et intérêts de la part de la compagnie d’électricité qui n’avait pas placé des protections suffisantes autour de ses câbles. Les inconscients...

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Saut a l’elastoc Ceux qui ont déjà pratiqué le saut à l’élastique vous le confirmeront. Cela procure des sensations dééééémentes ! C’est ce qu’avait expliqué Kerry B. à ses compagnons de beuverie. Lui, il n’avait jamais sauté, mais il connaissait quelqu’un qui lui avait dit qu’il connaissait quelqu’un qui lui avait dit qu’il connaissait quelqu’un qui avait sauté du très haut pont local et qui lui avait dit que c’était déééééément. Jusqu’alors, Kerry n’avait jamais osé, mais l’alcool aidant, la peur et les inhibitions disparaissaient et il se sentait capable de le faire, enfin ! Là, tout de suite. «Chiche !», répondirent les autres. Il était quatre heures du matin, pas vraiment l’heure pour trouver un élastique de dix mètres de long. «Oh !» s’exclama Kerry, «je vois un câble là». «Tiens oui», répondirent les autres, oubliant un détail, l’élasticité nécessaire pour absorber le choc. Ils attachèrent un bout de câble en haut du pont, l’autre aux pieds de Kerry. Celui-ci compta jusqu’à trois, puis se précipita dans le vide. Ses deux pieds furent arrachés à la fin d’une chute de dix mètres. Le reste du corps plongea dans la rivière. Par miracle, des pêcheurs matinaux avaient été témoins de la scène et se précipitèrent pour le secourir. Il ne porta pas plainte contre eux, non, il ne faut pas exagérer. Mais contre la firme qui avait laissé traîner le câble. Ce n’était pas de la négligence, mais de la pure provocation !

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Changement de cible Veuillez vous recueillir quelques instants sur la triste histoire de la famille S. Ce qui leur est arrivé est bien triste et, pour une fois, nous vous demandons de ne pas en rire. Le couple avait un petit garçon, Justin. A quatre ans, ce petit bout plein de vie jouait sous la garde d’une institutrice dans la cour de récréation d’une école maternelle. Avec ses amis, il passait de la plaine de jeux à la pelouse tondue bien ras. Pour être plus précis, il faudrait écrire «en train d’être tondue bien ras» par une tondeuse à gazon conduite par un employé distrait. Ce qui, lorsque des enfants en bas âge jouent pas loin de là, n’est pas forcément une bonne idée… La preuve ! Le petit garçon fut happé par la machine. Les secours arrivèrent trop tard pour le sauver. Les parents firent ce que tout parent normal aurait fait, ils attaquèrent les responsables de la garderie qui, incontestablement, avaient commis une grave faute professionnelle en ne surveillant pas convenablement les enfants. Le «hic», c’est que la couverture de l’assurance «responsabilité civile» de l’établissement avait un plafond de 100 000 $, une somme largement inférieure à celle qu’ils espéraient pouvoir toucher en réparation de la perte de leur enfant. Ils eurent donc l’idée d’attaquer… le fabricant de la tondeuse. L’engin ne disposait d’aucun système de sécurité dont est pourtant pourvu la moindre tondeuse bas de gamme pour limiter les risques d’accident. Et pour cause, il avait été acheté plus de quinze ans plus tôt, à une époque où cela n’équipait que les modèles haut de gamme. L’âge vétuste de la machine ne fit pas reculer les parents. Le jury les suivit dans leur argumentation. La vieille machine fut considérée comme coupable du meurtre sans préméditation d’un enfant en bas âge, et son fabricant, seize années après sa fabrication, fut condamné à payer... 2 000 000 $. 16


Un sosie couteux C’est risqué, la célébrité. Certains, comme John Lennon ou George Harrison, victimes d’illuminés, l’ont appris à leurs dépens et ne sont malheureusement plus là pour en témoigner. Les stars le savent, les tarés de tout poil rôdent, prêts à frapper, les condamnant à payer de coûteux services de gardes du corps pour s’en protéger. Mais les coups viennent toujours d’une manière inattendue. Et ils ne menacent pas forcément l’intégrité physique. Parfois, ils visent le compte en banque. Prenez R.A.. Il y a en lui un petit quelque chose de Michael Jordan. Pourtant, il est plus petit que l’ancien basketteur, il est bien plus maigre et bien plus âgé que lui, mais allez savoir pourquoi, on le confond avec lui. Imaginez le terrible enfer qu’il vit au quotidien. Ou presque. On l’arrête dans la rue pour lui parler, pour lui demander un autographe, pour lui dire l’admiration qu’on lui porte… et lui, il est obligé de répondre «Non, non, ce n’est pas moi, je vous assure, c’est l’autre». Nous sommes aux Etats-Unis et qu’est-ce qu’on fait donc dans ce cas-là ? Bingo ! On attaque ! Première cible, Michael himself. Montant de l’ardoise exigée : 52 millions de dollars pour «dommages permanents». Mais cette aumône ne lui semble pas suffisante. Il ajoute donc 364 millions de dollars pour «la douleur émotionnelle et la souffrance» ressenties. Pour être juste, il exigea le même montant du co-fondateur de Nike, sponsor de Michael Jordan, soit un total de 832 millions de dollars. Il laissa finalement tout tomber lorsqu’on lui expliqua qu’il risquait d’être attaqué lui-même pour procédure abusive, et s’est, depuis, laissé pousser la barbe et la moustache pour échapper aux fans de Michael Jordan.

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Tous responsables ! L’homme était sorti de la soirée dansante ivre-mort. Des amis avaient bien tenté de l’empêcher de prendre le véhicule, lui avaient suggéré de commander un taxi, voire de simplement laisser sa petite amie, à qui appartenait l’auto et qui refusait de partir avec lui dans cet état, prendre le volant, mais il n’avait rien voulu entendre.

Il avait tant bien que mal réussi à mettre la clé de contact, il avait appuyé sur l’accélérateur et zigzagué quelques kilomètres avant d’écraser sa voiture sur un obstacle. Se tuant sur le coup. Ses parents, l’enterrement à peine terminé, se précipitèrent vers leur avocat avec une longue liste. Celle des personnes responsables qu’il était prié d’attaquer. D’abord, la petite amie qui n’avait pas réussi à le convaincre de ne pas prendre le volant. Ensuite, la mère de la jeune fille, qui avait offert à celle-ci la voiture. Plus encore les propriétaires de la maison où avait eu lieu la soirée dansante (même s’ils n’étaient pas présents puisqu’ils la louaient). Et la locataire qui l’avait organisée. Enfin, la brasserie qui avait fabriqué la bière qui l’avait mis dans cet état... Ils laissèrent cependant tranquille le pompiste qui avait rempli le réservoir d’essence. Faut pas exagérer, quand même... 18


La bonne farce ! Il y a des blagues qui rebondissent toutes seules. Et qui parfois finissent mal. Celle-ci cumule les deux. L’histoire se passe dans les toilettes d’un centre commercial. Rassurez-vous, rien de scabreux là-dedans. Avec un peu d’imagination et un minimum de matériel, ce lieu un peu glauque peut se transformer en source de gags et en objet de franche rigolade. Pas forcément pour tout le monde. La franche rigolade, ce fut pour ce plaisantin qui enduisit de colle transparente la lunette d’un des WC du magasin. Celui que cela ne fit pas rire, c’est B.D., l’homme qui eut le malheur de s’asseoir dessus et qui se retrouva donc soudé au siège, dans une situation pour le moins délicate. On ignore comment on l’en retira, mais la victime prit bien la chose. Conscient que les gérants du magasin n’étaient pas responsables, l’homme décida de laisser tomber toute cette histoire. Cela faillit en rester là. Tout rebondit lorsque les gérants décidèrent quand même de le dédommager en lui envoyant un chèque de 2 000 $. Une somme qui vexa très fort B.D., qui la considéra comme une véritable insulte. Parce qu’elle était trop basse ou parce qu’il se rendit compte que l’histoire était arrivée jusqu’à la banque et qu’elle avait dû faire mourir de rire tous les employés ? Toujours est-il qu’il déposa plainte contre le magasin pour qui la blague tourna mal puisqu’il exigea... trois millions de dollars !

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Des photos qui derangent Les Français ont la réputation non-usurpée d’être un tantinet coquins. Et internet facilite bien la vie aux adeptes de rencontres chaudes, de parties fines, d’échangisme ou d’amusements divers. Mais avant la naissance du réseau, comment faisait-on ? Il y avait des revues spécialisées. M. était abonné à l’une d’entre elles. On y publiait des petites annonces aux formulations bien explicites afin de convaincre l’un ou l’autre membre de l’un ou l’autre sexe de pratiquer une forme de gymnastique que nous ne détaillerons pas ici. Et l’on accompagnait les textes croustillants de photos plus ou moins suggestives. Plutôt plus que moins. M. avait tenté sa chance. Et, outre un joli portrait datant de dix ans le montrant sous ses plus beaux atours, il avait ajouté une photo prise sous la ceinture, détaillant d’autres atours qu’il considérait comme convaincants. Mais M. n’était pas assez discret. La revue tomba entre les mains de sa cousine. Qui, offusquée, photocopia l’annonce et en envoya une copie à sa petite amie et à sa famille afin de dénoncer ces mœurs qu’elle considérait comme immorales. L’homme rétorqua en attaquant sa cousine et celle qui était devenue, depuis, son ex-petite amie, pour violation de son droit au respect de sa vie privée. Une chose avec laquelle on ne plaisante pas en France. Les deux jeunes femmes furent condamnées. 20


Urgences traumatisantes Les trois sœurs Bird avaient accompagné leur mère à la clinique pour une série de contrôles relativement bénins. Mais alors que tout aurait dû se dérouler sans problèmes, dans la routine des examens auxquels elle était habituée, quelque chose se passa mal. Les médecins et les infirmières se précipitèrent sur la vieille dame, lui placèrent un masque à oxygène sur la bouche, raccordèrent un goutte-à-goutte à son bras, et l’emmenèrent d’urgence en salle d’opération. Tout cela s’était déroulé en quelques minutes, devant les trois sœurs affolées qui se retrouvaient ainsi plongées dans une sorte d’épisode en télé-réalité du feuilleton «Urgences». Conséquence immédiate, elles portèrent plainte contre l’hôpital. Pas du tout pour les dommages que leur mère avait subis, mais pour la détresse qu’ELLES avaient ressentie en voyant ainsi le personnel médical se précipiter sur elle pour la sauver. Dommage pour elles, le juge ne partagea pas cette vision des choses. Elles perdirent le procès.

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Vive le camping ! Ah, le camping ! La vie au grand air, le retour aux valeurs simples et à la nature ! Depuis des années, M. et Mme. R passaient d’excellentes vacances sous la tente. Inévitablement, ils se faisaient de nouveaux amis, certes oubliés à la seconde même où ils étaient repris par la vie active, mais avec qui ils pouvaient au moins prendre l’apéro, jouer aux cartes, passer de bons moments. Passer un bon moment, c’est ce que fit une fois de trop Mme. M. Etait-ce un coup de soleil sur son crâne qu’elle avait joli, ou l’abus de rosé premier prix qu’elle avait consommé lors de l’apéro avec le bellâtre de l’emplacement voisin, ou peut-être l’addition des deux, qui ne font jamais bon ménage ? Seul compte le résultat : elle céda aux avances de celui-ci et se retrouva, sous la protection toute relative de sa tente, à faire de bien agréables galipettes. Pas assez discrètement, car les gloussements parvinrent aux oreilles de son mari, qui reconnut ceux de sa chère et tendre. Furieux, il l’en extirpa dans le plus simple appareil, et lui fit comprendre sa mauvaise humeur par une gifle qu’il pensait amplement justifiée. Son épouse ne fut pas d’accord avec lui sur ce point. Elle l’attaqua pour violences conjugales, exigeant en réparation 100 000 FF (pour les plus jeunes, expliquons qu’avant l’euro, on parlait en «francs français», et même, pour les centenaires, en «anciens francs») de dommages et intérêts.

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On ne fume pas au volant On peut être agent du FBI et con. On peut aussi être agent du FBI et alcoolique. R.C. avait la malchance de cumuler les deux caractéristiques. En mission à Las Vegas, il avait un peu trop profité des nombreux bars offerts par le temple du divertissement culturel, de bon goût et à la portée de toutes les bourses. Lorsqu’on le retrouva hébété au bord de la route, il avait dans son sang trois fois plus d’alcool que la limite autorisée. Il venait de provoquer un accident après avoir quitté la voie avec son pauvre véhicule, qui avait pris feu et qui avait rendu définitivement l’âme à la lisière du désert. Au tribunal, il plaida coupable pour sa conduite en état d’ébriété, arguant qu’en tant qu’agent des services publics, il se devait de reconnaître ses erreurs et de les corriger. Un sursaut de sens moral sans doute imposé par sa hiérarchie, mais qui émut quand même le jury. Mais une fois extirpé de ce procès rapidement mené, il en entama un autre. Il attaqua le fabricant du véhicule défunt et le concessionnaire qui le lui avait vendu. Pour quelle raison ? Parce qu’il avait perdu conscience en conduisant et qu’il s’était réveillé «dans un véhicule envahi par une épaisse fumée qui avait envahi l’habitacle et qui aurait pu le tuer». Le fait qu’il ait lui-même provoqué l’accident vu son état imbibé ne lui sembla pas un argument suffisant pour ne pas poursuivre le procès. On vous l’avait dit : on peut être agent du FBI et con.


Des medecins pas assez convaincants Kathleen Ann M. avait fait exactement le contraire de ce que lui conseillaient ses médecins. Depuis des années, elle s’empiffrait de nourriture bien grasse et de sucreries, elle fumait comme une cheminée, et elle passait ses jours de congé et ses soirées affalée dans le divan à regarder la télévision. Les seuls exercices physiques qu’elle s’autorisait étaient cliquer sur les boutons de la télécommande et tendre le bras vers le saladier débordant de chips, de cacahuètes salées ou de popcorns, selon les heures. Au fil des ans, sa santé s’était dégradée. Elle souffrait désormais d’obésité, d’hypertension et son taux de cholestérol la classait dans la catégorie des personnes à haut risque. Ce qui, dans une famille génétiquement menacée par les problèmes cardiovasculaires, ne lui promettait pas vraiment de finir centenaire.

Une crise cardiaque faillit avoir raison d’elle. Elle prit alors conscience de la situation dans laquelle elle se trouvait. Elle attaqua donc les huit médecins qui l’avaient suivie et dont elle n’avait pas écouté les conseils, en les accusant de n’en avoir pas fait assez pour la convaincre. Et elle attaqua également son employeur, l’Etat fédéral américain, en exigeant au total un million de dollars. Une somme bien ronde. Comme elle. 25


Ca presse ! Le stade de San Diego a une caractéristique assez étonnante dans un pays que l’on peut raisonnablement qualifier de puritain, largement gangréné par les groupes de pression moralisateurs. Ses toilettes sont unisexes. Hommes et femmes s’y croisent donc pour satisfaire certains besoins naturels. Ce qui peut provoquer des situations cocasses. En 1995, la foule s’y pressait pour assister au gigantesque concert de deux stars planétaires, Billy Joel et Elton John. Parmi les milliers de fans, Robert G. Robert avait abusé de la bière que l’on servait en abondance pour vaincre la chaleur ambiante. Une bière heureusement légère, mais aux effets diurétiques indéniables. Sa vessie lui fit comprendre, par une pression accentuée, qu’il était temps pour lui de trouver un endroit pour la vider. Il se précipita vers les toilettes les plus proches. Ce qu’il vit lui causa un choc terrible : devant ses copines hilares, une femme, avec une agilité évidente, était en train d’utiliser un urinoir. Pour lui, impossible de faire de même là, la situation était trop embarrassante. Il se précipita donc vers les toilettes suivantes. Mais, à chaque fois, la vue de femmes présentes lui rappella la vision d’horreur précédente, et il sortit, de plus en plus embarrassé et de plus en plus pressé. Après six autres tentatives, il décida de se retenir. Un choix douloureux, au sens propre comme au figuré. Quelques jours plus tard, les responsables du stade eurent la surprise de se voir exiger la somme de 5 400 000 $. Il avait dû se retenir quatre heures. 1 350 000 $ de l’heure, ce n’est pas exagéré pour ce qu’il qualifia de «détresse émotionnelle». De quoi payer, quelques années durant, le psychothérapeute qui devrait le soigner de ce traumatisme.

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Oh ! La belle rouge ! L’interne du service des urgences de l’hôpital de Sunderland, en Angleterre, a encore du mal à y croire. Le responsable local de l’association des artificiers aussi. Car, si les manuels de premiers secours prévoient bien de nombreuses situations, ils sont incapables de tout référencer. Et le cas qui leur fut présenté dépassait de loin ce que leurs auteurs, pourtant expérimentés, auraient pu prévoir. C’est donc un soir de novembre qu’on amena dans cette clinique un homme dans un état sérieux, atteint, disons-le pudiquement, «au plus profond de son être». En effet, l’examen révéla de très graves brûlures… du côlon. Comment peut-on se brûler le côlon ? Simple, vous prenez une dose de festivités bien arrosées, une autre d’état d’ébriété avancé, vous mixez le tout avec une grande quantité de bêtise, et vous servez sur… une grosse fusée de feu d’artifice. Le scénario, on vous le disait, les responsables ont encore du mal à y croire. Le voici. Pour faire partir la fusée, normalement, on la dispose dans un récipient tourné vers le ciel, par exemple une bouteille vide. L’individu en question avait trouvé très drôle de se la planter… entre les fesses. Comme si le degré ultime de stupidité n’avait pas déjà été atteint, il ne lut pas correctement les consignes. Il planta donc la fusée à l’envers. Dirigée, non pas vers le firmament où elle devait exploser en une belle fleur lumineuse rouge, mais vers… Nous préférons vous laisser deviner la suite. La famille décida de porter plainte contre le fabricant et contre le vendeur qui lui avait fourni ce matériel sans en expliquer le bon fonctionnement. 27


Liposuccion financiere Michelle K. se trouvait trop grosse. Elle détestait les bourrelets qui défiguraient son anatomie. Elle avait déjà essayé tous les régimes possibles, qu’elle avait au moins suivis chacun durant trois ou quatre jours avant de recraquer. L’exercice physique, ça ne lui disait pas grand chose. Elle désespérait. Jusqu’au jour où elle tomba sur une émission de télévision consacrée à la liposuccion. A l’idée qu’un médecin pouvait aspirer de son corps toute la graisse qui s’y trouvait et redonner à sa peau le tonus de ses vingt ans, son moral fit un bond. Elle saisit l’annuaire téléphonique, nota le numéro du premier médecin de la liste, et lui demanda d’effectuer l’opération. Le docteur, un peu étonné qu’on s’adresse pour cela à un dermatologue et non à un chirurgien esthétique, s’exécuta, ses scrupules s’étant vite évanouis une fois qu’il eût compris que Michelle était prête à payer très cher pour être allégée de ses cellules adipeuses. Malheureusement, l’opération provoqua des complications. Elle se rendit compte que cela ne serait pas arrivé si elle ne s’était pas adressée au premier médecin venu, mais à un vrai spécialiste. Bien sûr, elle aurait pu préalablement s’informer sur les diplômes du médecin et ses compétences en la matière. Et si elle s’était fiée à l’annuaire, c’était en toute confiance, convaincue qu’il allait bien l’orienter. Donc, elle attaqua... la compagnie téléphonique qui le lui avait fourni. Au terme du procès, elle se retrouva avec un dédommagement de 1 200 000 $, et son mari eut droit à 375 000 $ en compensation des rapports intimes qui lui furent interdits durant plusieurs mois à cause de l’état de son épouse.

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Mac Do, encore ! Ah, Mac Do, source éternelle de divertissement pour les juges ! Le cas Stella amena beaucoup d’adeptes à la grande secte des adorateurs de procès abusifs. En variant les ingrédients. Stella, c’était le café qui causa bien des sueurs froides aux avocats de la multinationale. Dans le New Jersey, c’est du lait pourtant froid qui leur donna bien du fil à retordre. L’homme conduisait sa voiture, le plus naturellement du monde possible : un gobelet de milk-shake entre les genoux et un paquet de nourriture sur le siège du passager. Le tout acheté dans un drive-in local. C’est idéal pour la conduite sans stress, on prend une lampée de lait, on se penche vers la droite pour empoigner un hamburger ou quelques frites, on les engouffre en bouche, on reprend quelques gorgées de lait pour faire descendre le tout, on regarde ensuite la route car avec tous ces conducteurs distraits on ne sait jamais, puis on recommence l’opération. Un petit grain de sable empêcha cette mécanique bien huilée de fonctionner. À un moment donné, en se penchant, l’homme renversa le milk-shake. Il lâcha les frites, tenta de remettre le récipient droit… oubliant par la même occasion le dernier point de l’opération, regarder la route. Route où, en sens inverse, venait un autre conducteur. Crash. Mac Do fut à nouveau attaqué en justice. Pas par le responsable de l’accident, non. Par la victime. Qui considérait que le drive-in aurait dû prévenir le premier conducteur des risques de la consommation de nourriture au volant. Logique, non ? Il fut pourtant débouté. Les juges américains ne sont décidément pas constants dans leurs décisions...

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Un homme qui a du chien Il y a des gens qui aiment VRAIMENT leur animal. C’était le cas de Doug B. Prévenons, pour être honnêtes, que Doug n’était pas un homme comme les autres. On pourrait le qualifier d’«illuminé», sans trop exagérer. Seule explication plausible à son comportement. Tout commence lorsqu’il recueillit un chien blessé. Allez comprendre pourquoi, il fut convaincu que c’était Dieu en personne qui le lui avait envoyé. Raison pour laquelle il dépensa des centaines de dollars en notes de vétérinaire pour le remettre en état. Quand on a la chance de croiser un envoyé du Seigneur, on ne va quand même pas faire preuve d’avarice, ce péché capital ! Et un chien sacré, on en prend soin. Par exemple, lorsqu’il devait l’abandonner pour passer une soirée avec sa petite amie, il payait une doggy-sitter pour s’en occuper. Malheureusement, un jour, l’animal échappa à sa surveillance et s’enfuit. Doug fit tout ce qui était en son pouvoir pour éviter les foudres de Dieu qui, inévitablement, allait lui faire payer cher, peut-être pour l’éternité, la disparition de son envoyé canin. Il plaça des annonces dans les journaux, abandonna son boulot afin qu’il puisse consacrer tout son temps aux recherches, utilisa les services de mediums spécialisés et alla même jusqu’à répandre sa propre urine un peu partout pour marquer son territoire comme la brave bête et ainsi la ramener à la maison. Un illuminé, on vous disait... Capable, cependant, d’éclairs de lucidité. Après deux mois, il eut enfin l’idée de retourner à l’endroit où le chien s’était enfui... et l’y trouva rapidement. Soulagé, il put enfin se rendre chez son avocat pour attaquer la doggy-sitter. Avec une note salée. 20 000 $ pour couvrir tous les frais de recherche, 30 000 $ pour les pertes générées par son absence de deux mois au boulot, 10 000 $ pour la perte temporaire d’un animal de grande valeur, et bien sûr, le petit supplément pour dommage moral, estimé selon lui à 100 000 $.

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Une arme efficace Dans cette camionnette de la police américaine, un homme attendait d’être conduit en cellule après avoir causé quelques désagréments mineurs sur la voie publique. La perspective d’avoir à passer une nuit derrière les barreaux ne l’avait pas calmé, bien au contraire. La présence à ses côtés d’un policier armé du fameux pistolet électrique Taser non plus. Il aurait dû. De plus en plus excité, l’homme se mit à cogner les carreaux du véhicule avec ses menottes. Le policier tenta de l’en empêcher puis, comme ce n’était pas très efficace, il décida d’utiliser le Taser. Mais il se trompa. Il empoigna à la place son arme de service, qu’il pointa sur la poitrine du perturbateur. L’effet fut immédiat et efficace, l’homme se tut. Définitivement. Atteint en plein cœur par une balle. Les autorités de la ville refusèrent de reconnaître la responsabilité du policier. Selon elles, ce sont des choses qui, malheureusement, peuvent arriver dans le feu de l’action. D’autres que lui auraient pu confondre leur arme de service avec le redoutable engin. Elles se retournèrent donc contre la compagnie Taser, afin qu’elle soit reconnue comme seule responsable du décès et doive payer les dommages exigés par la famille. Comment on appelle cela, encore ? Ah oui, du cynisme...

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Cambrioleur pas fute Tout s’était magnifiquement déroulé comme prévu. Terrence D., cambrioleur débutant, avait soigneusement préparé son coup. Il savait que les propriétaires de la maison seraient absents plusieurs jours. Elle était complètement isolée, sans système d’alarme, il pouvait donc prendre son temps pour fouiller les lieux et y ramasser les objets de valeur. Personne ne le remarquerait. Fracturer la porte d’entrée avait été un jeu d’enfant. Il avait fait son choix et entreposé les divers objets dans le garage. Il lui suffirait de tout transvaser dans sa voiture et, ni vu ni connu, de repartir avec son butin. Sa mission terminée, il fit un dernier tour de la maison, pénétra dans le garage et referma le sas de communication avant de se diriger vers la porte métallique derrière laquelle l’attendait son véhicule, prêt à être chargé. Malheureusement, le système de commande automatique était défectueux. Et le portail était trop lourd pour être ouvert à la main. Zut ! Il allait devoir trimbaler son butin à travers la maison. Il prit quelques objets dans les bras, revint au sas… dont le loquet mécanique s’était malheureusement coincé. Re-zut ! Cela faisait déjà quelque temps que Madame l’avait signalé à Monsieur, et celui-ci n’avait jamais trouvé le temps d’appeler le réparateur. Une négligence qui n’arrangeait pas vraiment le cambrioleur. Il tenta de forcer le loquet, mais rien à faire, il était définitivement bloqué. Huit jours plus tard, en rentrant de vacances et en ouvrant la porte de leur garage, les propriétaires eurent la surprise d’y trouver un homme étendu au milieu de nombreux objets leur appartenant. Il avait survécu grâce à la réserve familiale de sodas et à un gros sac de croquettes pour chiens stocké dans le lieu. Il porta plainte contre les propriétaires à cause de l’état de détresse morale dans lequel il s’était trouvé. Le jury lui attribua 500 000 $. Un métier lucratif, le cambriolage ! 32


A la fin du proces, je touche... Les Etats-Unis n’ont pas échappé à la vague de dénonciations des nombreux abus sexuels commis par des prêtres catholiques sur des enfants. David H. fut l’un des premiers à être dénoncés. Au terme du procès, le plaignant avait pu obtenir, à la fois 65 000 $ de dommages et l’assurance que le prêtre abuseur ne travaillerait plus jamais avec des enfants. Mais il ne tint pas sa promesse. La victime en appela donc aux autorités ecclésiastiques afin qu’elles interviennent et le forcent à respecter ses engagements. Vous connaissez l’Eglise, elle n’aime pas qu’on se mêle de ses affaires intérieures et a plutôt la mauvaise habitude de couvrir les scandales. La réponse que reçut l’homme était très polie, mais pouvait se résumer à «on s’en lave les mains». Il s’adressa donc à la presse afin de mettre en garde les parents de la localité contre les risques de laisser un pédophile s’occuper d’enfants. La réaction de David H. fut immédiate. Il arrêta de s’approcher des enfants ? Il entra dans un monastère jusqu’à la fin de sa vie ? Il changea de profession pour ne plus être tenté ? Non. Il attaqua la victime, exigeant ses 65 000 $ en retour parce qu’elle n’avait pas respecté son engagement de tenir secrète la décision du tribunal.

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Ca glisse ! Être restaurateur, ce n’est pas un métier de tout repos. Il y a les clients désagréables, d’autres qui chicanent sur ce qui leur est présenté, il y a aussi ceux qui partent sans payer, plus encore les contrôles de qualité, de conformité, de salubrité… sans compter les risques incontrôlables, comme les accidents qui peuvent avoir lieu à tout moment. Mme. A. avait été victime d’un de ceuxci. Un accident tout bête. Une flaque de soda sur le sol, un pied qui glisse, et bardaf ! C’est l’embardée ! Et toutes les conséquences malheureuses, ambulance, hôpital, examens médicaux — diagnostic : fracture du coccyx —, longue et coûteuse revalidation… Et bien sûr, cerise sur le gâteau, l’inévitable procès contre le restaurateur. Ce dernier fut condamné à lui payer plusieurs dizaines de milliers de dollars de dommages et intérêts. Un restaurateur est responsable des accidents survenus dans ses locaux, un point c’est tout ! L’un des arguments de la défense aurait pourtant dû jouer en faveur de celui-ci, mais le juge n’en tint pas compte. La boisson gazeuse, c’est Mme. A. qui l’avait renversée elle-même quelques secondes auparavant. En la jetant à la figure de son mari avec qui elle venait de se disputer avant de se lever de colère dans l’intention de quitter les lieux, lui laissant l’addition.

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Internee malgre elle La crise du logement aux Etats-Unis a provoqué bien des drames humains. Wanda H. s’était endettée jusqu’au cou pour payer sa maison, mais ça n’avait pas suffi. Elle ne pouvait plus rembourser ses traites. La banque avait sauté sur l’occasion pour confisquer l’immeuble, l’en expulser et le revendre. Une excellente affaire immobilière ! Et un banquier content. On ne pouvait pas vraiment en dire de même pour Wanda, qui s’était retrouvée à la rue avec ses meubles et ses quelques biens. Elle les avait placés dans un local de gardiennage. Une nuit, le gardien en trouva la porte entrebaîllée et la ferma de l’extérieur. Il ignorait que Wanda s’y trouvait. Lorsqu’on s’aperçut de sa présence, deux mois plus tard, elle avait perdu la moitié de son poids. Elle avait survécu grâce aux réserves de nourriture qu’elle y avait placées. Car, sans domicile, c’est là qu’elle avait été obligée de s’installer, clandestinement. Ce qu’elle n’osa pas avouer, expliquant qu’elle était simplement venue chercher quelques papiers lorsqu’elle s’était par hasard retrouvée enfermée. Elle attaqua néanmoins l’entreprise de stockage, l’accusant de négligence et exigeant 10 000 000 $ de dédommagements. Le jury la considéra comme responsable de la situation, mais lui accorda malgré tout 100 000 $ !

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Je seche... Dorothy J. ne cessait pas de s’émerveiller devant les qualités de son microondes et sur toutes les possibilités qu’il lui offrait. Il y avait tous ces merveilleux plats préparés qu’elle pouvait acheter au super-marché et que l’appareil réchauffait en trois minutes, les mets congelés qu’il dégelait rapidement... et lorsque les petits-enfants venaient, elle pouvait même leur servir un plat de popcorns «spécial micro-ondes». Justement, cet après-midi là, ils étaient venus lui montrer leur nouvel animal de compagnie, un chiot caniche qu’ils avaient acheté dans un chenil voisin. Dont les propriétaires, apparemment, n’avaient pas le même sens de l’hygiène qu’elle : l’animal puait littéralement. Elle lui donna un bain et sortit de la baignoire une petite boule de poils tout bouclés. Elle prit le sèche-cheveux et s’apprêta à l’utiliser pour le sécher. Quand elle eut une idée. A ce stade du récit, nous conseillons aux âmes sensibles, aux membres de la SPA et aux amis des animaux de passer au cas suivant. Car, ce qu’aucune personne au cerveau normalement constitué n’aurait fait, elle le fit. Elle plaça le caniche dans le micro-ondes. Régla sur «puissance minimum». Programma cinq minutes. Et appuya sur le bouton «on». Nous ne détaillerons pas les souffrance abominables qu’elle infligea à l’animal par sa bêtise ni l’état dans lequel elle le trouva lorsqu’elle ouvrit. Nous nous bornerons à mentionner que c’est cette même bêtise qui la poussa a porter plainte contre le fabricant qui n’avait pas prévenu qu’on ne pouvait absolument pas sécher de chiot caniche dans l’appareil. La firme ne fut pas condamée. Mais l’histoire ne dit pas si Dorothy J. ne fut pas attaquée par l’une des nombreuses associations de défense des animaux, pour acte de cruauté. On parie que oui ? 36


Super Size Him Caesar B. fait partie de cette majorité d’Américains dont le poids pose de sérieux problèmes. Certes, lorsqu’il prend l’avion, il est obligé de payer deux sièges, mais ce n’est qu’accessoire par rapport aux nombreux tracas de la vie quotidienne lorsqu’on a dépassé de plusieurs dizaines de kilos la norme maximale autorisée pour sa taille. Entre autres, les soucis de santé. Pour résumer, il est non seulement obèse, mais en plus diabétique à cause de son surpoids, et son cœur est prêt à craquer à tout moment tant le pauvre s’est usé à force de devoir travailler au rythme double de la normale pour déplacer cette énorme masse de graisse. Caesar B. sait qu’il n’aurait pas dû s’empiffrer cinq fois par semaine dans les diverses chaînes de fast-food que compte New York. On avait beau y afficher hypocritement «mangez sainement, variez vos repas», le choix proposé était systématiquement à l’opposé de cet avertissement. Des hamburgers épais, constitués d’un pain de mauvaise qualité et d’une viande dégoulinante de graisse. Ce qui avait constitué sa nourriture de base durant des années. On pourrait raisonnablement considérer que Caesar est un peu responsable de la situation puisqu’il a choisi ce mode de nutrition, rapide, mais dont tout le monde sait qu’il est délétère. Pour Caesar, non. On l’a forcé à manger gras. C’est pas lui, c’est l’autre. Ou plutôt, LES autres. Car il attaqua collégialement McDonald’s, Burger King, Wendy’s et d’autres chaînes, qui avaient profité de sa méconnaissance en ne l’avertissant pas explicitement que leurs préparations n’étaient pas bonnes pour sa santé. Il fut débouté une première fois, mais réattaqua. Il fut débouté une seconde fois et le juge le prévint qu’il n’accepterait pas une troisième plainte. Les avocats des firmes de fast-food peuvent témoigner que d’autres prirent la relève. Stella L. est morte depuis longtemps. Mais ses disciples poursuivent son œuvre. Ils ne sont pas près d’arrêter de nous faire rire. 37


Table des matieres Stella L., l’initiatrice Bush…erie Gaz à tous les étages Un pantalon hors de prix Entretien avec un vampire Pilotage automatique de connerie Spip, dangereux prédateur Un excellent conducteur Saut à l’élastoc Changement de cible Un sosie coûteux Tous responsables ! La bonne farce ! Des photos qui dérangent Urgences traumatisantes Vive le camping ! On ne fume pas au volant Des médecins pas assez convaincants Ça presse ! Oh ! La belle rouge ! Liposuccion financière Mac Do, encore ! Un homme qui a du chien Une arme efficace Cambrioleur pas fûté À la fin du procès, je touche... Ça glisse ! Internée malgré elle Je sèche... Super Size Him

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arrivé Vous n’êtes pas nancer à temps pour fi le tome 1 ?

Vous pouvez encore participer au financement du tome 2 : «Maître Corbaque is back»

crayonné de recherche pour le tome 2 de Maître Corbaque.


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DÉJÀ JUGÉ

le Sortie er vri 16 fé 2011 Ce livre est le premier album de bande dessinée édité à avoir été financé par des lecteurs sur le site

EN DÉLIBÉRÉ CORBAQUE IS BACK ! Vous pouvez d’ores et déjà investir dans le deuxième tome de cette série à succès sur le site

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Maître Corbaque t. 1 et 1 bis.  

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