Page 1


Madame, Monsieur,

je vous souhaite la bienvenue. Vous prendrez une table à l'intérieur ou en terrasse ? En ce moment, l'air est doux et suffisamment chaud, pour qu'à cette heure, l'extérieur soit encore accueillant. Et les moustiques ne sont pas de la partie, bien sûr, puisque nous avons fait poser une grande moustiquaire ultra-fine par-dessus notre terrasse ! Si vous voulez bien me suivre, je vous y conduirai. Nous y voilà ! Je vous conseille cette table, la vue y est absolument imprenable sur notre belle ville ! Asseyez-vous, je vous en prie. Désirerez-vous un apéritif ? Ce vin réveillera vos sens avec délicatesse avant Le Repas. Car vous êtes bien là pour Le Repas, n'est-ce pas ? Ah, je l'ai vu dans vos yeux dès votre arrivée. Vous avez bien raison d'être venu ! Cela promet d'être fantastique, oui oui. Du jamais vu dans notre établissement, c'est sûr. Cela faisait fort longtemps que le patron est en lien avec le collectif du Néant Progressif, qui vous régale ce soir ; il est ami avec eux et prépare leur intervention depuis déjà plusieurs mois. Et laissez-moi vous dire que lorsque le patron s'y met, les choses ne sont pas faites à moitié ! Attendez donc un instant, je vais vous chercher votre vin. Me revoilà ! Tenez, goûtez donc ceci. Délicieux, n'est-ce pas ? Ah ! Le buffet est apporté. D'ici quelques instants, le patron viendra et prononcera son discours d'inauguration du Repas. Après quoi, vous pourrez aller vous servir ; j'ai entendu en cuisines que le menu de ce soir allait être plutôt varié... Je ne peux rien vous dire naturellement, mais à n'en point douter, vos papilles - vos pupilles, pardon – en seront ravies. Nos chefs invités ont tout donné ! Voici donc le patron ! Taisez-vous donc, écoutez-le ! « - Hem... Bonsoir ? Avant de commencer Le Repas, je tenais à vous remercier d'être venus si nombreux, et de si loin. Nos invités ce soir vous ont concocté des plats littéraires et graphiques de leur spécialité, c'est un véritable festival pour les yeux et l'esprit. Bandes dessinées juteuses, textes croustillants ou encore illustrations à l'aigre-douce, il y en a pour tous les goûts ! Vous en serez conquis, je ne peux que vous l'assurer. Sur ces mots, il me reste à vous souhaiter un bon appétit, et une délicieuse soirée ! »


~ Menu ~ 02 – Intro – Par HeskHwis 03 – Vous y êtes ! 04 - L'étiquette et le savoir-vivre à la table des mages – Par Mousqueton 08 - Les recettes pour Halloween 1 – Par Ayaluna 10 - Et l'aubergine fut – Par Nine 12 - Illustration – Par Mr Seta 13 - Mugcakes – Par Misté 14 - La Pizza – Par Siegfried 19 - Les recettes pour Halloween 2 – Par Ayaluna 21 - Le Musée – Par Misté 24 - Les Contes du Néant – Par Mr Seta 27 - Les recettes pour Halloween 3 – Par Ayaluna 29 - Outro – Par HeskHwis

À la carte : ~ La couverture a été illustrée par Mistéxpi ~ Le terme Néant Progressif a été trouvé par Mat-el-tea ~ Le logo original a été créé par LightChaol Toutes les recettes précédentes concoctées par notre équipe sont archivées sur notre site !


Salutations les amis ! Vous savez, la magie, ce n'est pas seulement balancer des boules de feu partout en hurlant, relever des morts ou psalmodier des trucs bizarres en latin, non non non... Être magicien, c'est aussi savoir se comporter respectablement en société, et cela passe évidement par le sujet d'aujourd'hui :

L'étiquette et le savoir-vivre à la table des mages Bon, je vous vois déjà venir, néophytes que vous êtes, avec vos gros sabots, en vous frappant la bedaine de manière peu gracieuse, affublés de bavettes ingénieusement composées de serviettes aux motifs ridicules... Puis, vos couverts dans les mains, je vous vois jouer un rythme barbare en frappant ces derniers sur la table, scandant tels des communards de la boustifaille un refrain composé de "On a faim ! On a faim !". ... ... Hum. Je vous arrête tout de suite, bande de mécréants. Allez zou, filez vous changer ! Et parce que votre comportement me répugne, je passe directement à la suite de mon exposé sans attendre que vous ayez fini de vous rhabiller, philistins ! Évidemment, "les bonnes manières à table" sont un sujet plus ou moins universel, mais si jamais je ne vous initie pas à celles-ci portées dans la subtile sphère de la magie, vous risquez alors de vous attirer les foudres de vos collègues sorciers, et ces "foudres" ne sont pas toujours métaphoriques, croyez-moi ! Je vous vois déjà paniquer...mais non ! N'ayez pas peur, venez avec moi, respirez un bon coup et passez la porte du petit restaurant, là, celui-là. Oui. C'est bon ? Et bien bravo les amis, vous avez passé avec brio l'introduction, vous pouvez vous applaudir. Bon, passons maintenant dans le vif du sujet ! 1) Ponctualité et espace-temps. Très bien, commençons par le commencement. Alors qu'il suffit pour le commun des mortels de mettre une alarme, un réveil, ou tout autre gadget apte à hurler à la mort pour espérer arriver à l'heure à un rendez-vous, le magicien, lui, doit prendre en compte l'intégralité du facteur espace-temps. En effet, il est de bon ton chez les arcanistes de s'inviter n'importe où, n'importe quand, au sens propre du terme, tant que c'est chic et à la mode. Ne vous étonnez pas de vous retrouver dans une villa romaine ou dans un palais du XVIème siècle. Mon conseil est de partir en reconnaissance avant l'heure de rendez-vous, pour savoir "où est le lieu de la réception" et surtout "quand est le lieu de la réception". Oui c'est une vraie question. Pour cela rien de plus facile, il suffit d'utiliser la mesure de temps en tant que mesure de distance classique dans votre raisonnement ! Ça donnera quelque chose du genre "Ce soir à 23 h à la Taverne du Blaireau Jovial, 35 rue des Fougères, fin du XIIIème siècle". De quoi ? Ça fait pas classe comme nom de taverne ? Pas grave, c'était juste un exemple.


Pour le reste, eh bien force est de constater que si vous êtes invités à ce genre de mondanités, c'est qu'on pense plus ou moins que vous maîtrisez correctement la chronomancie basique. Si ce n'est pas le cas, je ne comprends même pas pourquoi vous lisez ce guide. Tss. 2) Apéritif ou Duel Bon, vous êtes entré, vous êtes à l'heure et le majordome/Igor/aubergiste/[équivalence] vous a introduit auprès de l'hôte et de l'assemblée des invités. C'est très bien, mais ce n'est que le commencement. Naturellement, vous êtes dans une réception de qualité, la table est bien mise et tout le monde est bien installé dans un divan (ou équivalent) pour se délecter de l'apéritif. Attention, c'est là que vous devez faire un sans-faute ! L'apéritif est un grand moment de discussions et de présentations. Mais n'oubliez jamais que vous êtes entourés de magiciens (en théorie, vous en êtes aussi) ! Et, fait bien connu, les magicien(ne)s (surtout en présence d'alcool et de petits fours) ont tendance à avoir un ego démesuré, et de ce fait, à être extrêmement susceptibles. Le moindre faux pas de votre part dans la conversation peut donc avoir des effets funestes sur la suite des festivités, ou de votre existence. Si tout va bien, l'apéritif va se dérouler dans le meilleur des mondes, et vous passerez ensuite à table, ce que nous verrons dans le prochain point. Si ce n'est pas le cas, pas de panique, j'y viens. Donc : si vous avez offensé un convive par vos paroles, celui-ci est hélas en droit de vous provoquer en duel si il considère que son honneur à été bafoué. Dans le cas de ces réceptions, le facteur espace-temps un peu chamboulé ne permet pas de fixer une date et une heure pour le face à face, et c'est donc la plupart du temps immédiatement sur le lieu même de la réception que celui-ci prend effet. Rassurez-vous ! La législation de 1856 sur les duels magiques interdit les duels à mort ! Par contre vous vous exposez par votre maladresse à des souffrances terribles qui peuvent comprendre de l'humiliation, des convulsions, des brûlures ou des malédictions en grandes quantités. Moi-même, je suis resté dans le coma pendant 3 mois pour avoir dit que le pourpoint rouge du baron Vladistock était démodé. Mais je suis toujours là, hein ? Alors cessez d'avoir peur, lancez un regard hautain à votre adversaire, adressez donc un clin d’œil aux jeunes sorcières de l'assemblée (ou aux jeunes sorciers de l'assemblée, si vous êtes une magicienne) et dégainez votre bâton/baguette/[accessoire] magique d'un geste théâtral. A partir de là, on entre dans le duel en lui-même, à priori c'est une bataille de sorts classique, je n'ai rien à vous apprendre. Un conseil tout de même, évitez le "Crachat de nitescence caligineuse de O. Warberson", celui-ci peut laisser des taches indélébiles votre beau costume/votre belle robe. Ce serait fâcheux si vous veniez à gagner le duel. Bon, la suite de l'exposé ne prend lieu que si vous avez gagné le duel, dans le cas contraire, il ne vous reste plus qu'à rentrer chez vous la queue entre les jambes (si vous en êtes physiquement capable, bien évidement), à ruminer votre défaite qui a sali pendant quelques siècles votre réputation dans le monde d'honneur qu'est celui des mages... ...autrement dit, faites très TRÈS attention à ce que vous dites aux autres invités. Bien, nous pouvons passer à table. NdA : Dans certains cas très particuliers, l'apéritif peut se voir remplacé par une séance de spiritisme ou de tables tournantes. Ici, rien d'autre à faire que de respecter le protocole précis de ces pratiques. Néanmoins, tout comme avec l'apéritif classique, évitez de commettre un faux pas dans une quelconque conversation mystique, car un aïeul décédé d'un convive (ou l'un des vôtres) peut très bien vous défier en duel lui aussi...là aussi, attention, car l'esprit du mort, si il est ancien, peut ignorer l’existence de la législation de 1856 sur les duels magiques. Vous voilà prévenus.


3) Manières de table Nous voici dans le cœur de notre sujet. Bien. D'abord regardez devant vous, inutile d'être surpris, il y a effectivement une ribambelle de couverts et d'ustensiles. Commençons par les formalités, il est utile de savoir que les couverts sont placés dans l'ordre de leur utilisation : les premiers couverts utilisés sont les plus éloignés de l'assiette. Les couverts à dessert sont placés au dessus de l'assiette. Enfin les verres au dessus des couverts à dessert, de gauche à droite : (eau, rouge, blanc et éventuellement sang), la flûte à champagne se trouve derrière le verre à eau. C'est bon, vous me suivez ? Fort bien. Maintenant que vous savez comment se tiennent les couverts sur la table, voyons comment vous tenir vous-même ! Je ne vais pas revenir sur les sempiternelles règles de bases, je considère que vous n'avez pas été élevés chez des tourteaux barbares associés au lumpenprolétariat ! Alors si il y en a encore parmi vous qui, les coudes sur la table, mâchent bruyamment la bouche ouverte, les doigts plein de sauce au madère, je vais leur demander de passer leur chemin rapidement. Bon. A la table des mages, il ne faut surtout pas utiliser la magie. Oui, c'est comme ça, même si ça paraît plus facile pour aller chercher le plateau de viande qui est à l'autre bout de la table. En fait, pour être plus exact, seul le maître/la maîtresse de réception peut utiliser la magie, notamment pour éviter les paradoxes temporels et de trop violer les principes physiques, ce qui en soi, est compréhensible et nécessaire au bon déroulement du repas. Aussi, ce dernier point me permet de faire la transition pour la suite : Si par maladresse vous cassez un verre, vous éclaboussez votre voisin(e) de sauce ou si vous rompez brutalement la causalité et brisez la bulle temporelle de votre hôte, exposant de ce fait l'assemblée à de nombreux paradoxes temporels et métapsychologiques, ne vous inquiétez pas ! Il suffit de s'excuser poliment de sa bourde et de passer à autre chose, le fait de se rabaisser et de marteler sa faute toutes les minutes nuira à l'ambiance de la réception et créera un malaise dont tout le monde se passerait, croyez-moi ! En ce qui concerne le vin, rien de plus simple. Si vous ne voulez pas qu'on vous resserve, assurez-vous de toujours garder un fond de verre. Réciproquement, vider votre verre indiquera que vous souhaitez être resservi. Pour le sang (si vous êtes des maîtres(ses) de la nuit), le procédé est le même, mais il faudra, à mon avis, vous armer de patience, car si l'hôte n'est pas versé dans le vampirisme, trouver de l'hémoglobine ne sera pas toujours facile ! Une dernière chose sur le sang, ça tache énormément ! Soyez donc prudent et soigneux lorsque vous dégustez votre sérum. A la fin du repas, n'oubliez surtout pas de poser vos couverts ensemble et parallèlement sur votre assiette ! Plus qu'une règle de bienséance chez les mages, le non-respect de cette règle peut faire former par malchance à vos couverts un quelconque symbole cabalistique sur votre assiette, et vous risquez dans ce cas d'invoquer une armée de démons-kangourous, ou de détruire plusieurs univers parallèles, pour ne citer que des exemples connus et malheureusement avérés.


4) Conclusion Voilà ! Vous y êtes arrivé ! J'attends maintenant que vous me dites qu'après un repas de ce type, vous avez plu aux hôtes et aux convives, vous n'avez rien fait ou dit de déplacé, et surtout que vous êtes encore en vie et valide ! A ce moment, je serai terriblement fier de vous. Manger à la table de mages est un honneur, être invité à ce genre de réceptions est synonyme de réussite magique et vous permettra de rencontrer la crème de la profession, et pourra vous ouvrir bien des portes ! Vous pourrez dire à vos collègues, la tête haute, que vous étiez à la dernière réception de l'Archidruide Brieuc de LLyodallewech (hier soir, Palais du Luxembourg, 1638) ! Maintenant grâce à mes précieux conseils, vous savez que bien se tenir à la table des mages, ce n'est pas sorcier ! Si, un peu quand même.

--- Mousqueton ---


Et l'aubergine fut L'été approche et la question qui vous taraude, outre les farces et attrapes de l'UMP et la prochaine coupe du monde, c'est le degré de convenance avec lequel s'affichera votre gras lorsque vous étrennerez sous la canicule sudiste votre bikini annuel. Petit, on vous encourage à manger, pour grandir, devenir fort, avoir de l'énergie... votre lot quotidien de protéines et de verdure est votre meilleur allié pour réussir dans la vie – c'est pas vous qui l'inventez, c'est votre parentèle qui vous le certifie. Vous avancez donc serein, fort de cette conviction, jusqu'à ce jour tragique où vous commencez à prêter attention à ce que montrent la télé et les magazines. Dans ce microcosme les gens sont beaux, lisses comme neufs à 85 ans et surtout, surtout, ils sont maigres – parce que les caméras, ça grossit, c'est connu. Ces gens sont à la télé, dans les magazines ? Quelle que soit la raison de leur présence en ces lieux, fût-elle hautement discutable, il est indéniable que ces gens ont réussi. Votre esprit se livre alors à un raccourci inconscient et plutôt bête, il faut bien l'avouer : minceur = réussite. C'en est fini de vous : dès cet instant précis, la nourriture est devenue votre pire ennemie, votre bête noire, et manger est une torture pire que le supplice de la goutte. Bien entendu, vous n'admettrez jamais qu'un tel lien existe dans votre cerveau, d'abord parce que celui-ci est passé maître dans l'art de vous feinter, ensuite parce que la presse et la télé nous submergent d'images et que, depuis longtemps, notre société s'est enchaînée à leur idéal. Cet idéal, justement... parlons-en. Il existe, le saviez-vous ?, un autre monde que le vôtre. C'est un monde qui, il y a de cela... un bon paquet de siècles, a pris un autre embranchement dimensionnel, un chemin de traverse peut-être... Imaginez. En ces temps fort lointains, Charles Magne bêchait en son champ de blé. Il ne pensait à rien d'autre qu'au soleil qui rôtissait sa nuque en sueur, et en était à se dire qu'il serait bientôt cuit à point, fin prêt à être dégusté, lorsqu'il entendit un bruit émanant d'un peu plus loin – plus précisément, de sa parcelle de légumes. De surprise, il lâcha la bêche et leva brusquement la tête. Un individu d'une notable discrétion se trouvait au milieu des raies d'aubergines, géantes et à quelques jours de la récolte, et s'apprêtait à faire sien l'un de ces volumineux légumes. Charles, soudain saisi de colère, franchit en quelques enjambées décidées le lopin de terre qui le séparait de l'intrus, décrocha une de ces énormes protubérances violettes et l'abattit sur le crâne du visiteur. Ça ! Il n'était pas homme à se laisser ravir le fruit de son labeur. Du reste, c'était la première fois que cette idée incongrue germait dans l'esprit d'un quidam, et sans doute aussi la dernière. Le malappris restait béant, le croupion planté dans la terre, l'aubergine craquée en deux sur le sommet de son crâne, et fixait sur Charles son regard rendu vitreux par la commotion. Le père Magne, quant à lui, se demandait quelle punition infliger à l'importun... il prit alors une décision simple, mais qui changerait le cours de l'histoire : il ne le fournirait plus en vivres, et s'arrangerait pour que ses confrères travailleurs de jardin en fassent autant. Certains s'offusquèrent et voulurent en découdre avec Charles... mais la monumentale bosse qui déformait le crâne de son visiteur, d'ailleurs fort semblable à l'instrument contondant qui l'avait causée, suffit à calmer les plus vives ardeurs.


Et Charles, peu à peu, se vit offrir un pouvoir grandissant – celui de vie et de famine sur ses voisins de palier. On commença à vénérer la nourriture et, partant, celui qui la produisait – surtout ceux qui cultivaient des aubergines... d'ailleurs, on érigea des cathédrales garnies d'icônes à l'effigie de ces sympathiques solanacées, ainsi que des... mais, je m'égare ! Il y a plus important. Au-delà du règne de Charles, c'est celui de l'Homo Edax* qui commença... Ceux qui cultivaient avaient tout loisir de le faire, déléguant aux infortunés qui n'avaient pas la main verte et qui, sans eux, seraient morts de faim, toutes les basses tâches – le ménage, la lessive, et plus tard, bien après l'avant-gardiste Charles, le commerce de ces fameux légumes ! Imaginons l'Homo Edax en l'an 2014... Abercrombie & Fitch proposent des tailles du 48 au 54. Le mot anorexie n'existe pas, la maladie non plus, d'ailleurs. L'expression « obésité morbide » a des allures d'oxymore – le corps est habitué à recevoir beaucoup et puis, les gens aiment les légumes, surtout les aubergines, alors... et plus personne ne se sent humilié par les médias, la publicité ou les regards dans la rue, sous prétexte qu'il est bien en chair. D'ailleurs maintenant, dans « bien en chair », c'est surtout « bien » qu'on entend... *Du latin edax, « glouton ». Je savais que vous aviez faim de culture !

– Nine, pour le Néant Progressif n°9


La Pizza

par Siegfried Bonjour à vous chers étudiants. Aujourd'hui, comme je l'avais annoncé la semaine dernière dans le cadre de notre cycle de découverte en histoire de l'alimentation, nous allons poursuivre sur les inventeurs culinaires de génies mais, malheureusement, ignorés de l'histoire. Pour rappel, ces inventeurs de plats magistraux ayant changé la façon dont le Monde agite ses mâchoires, sont pour la plupart des inconnus qui n'ont pas laissé énormément de traces pour nous permettre de retracer leurs biographies en entier. Nous ne disposons généralement que de sources historiques assez vagues mais qui nous permettent néanmoins de nous faire une idée de la manière dont ils sont parvenus à leurs fins... Ou à leur faim. … Pardonnez-moi ce calembour. La semaine dernière, nous avons vu comment, par un procédé ingénieux mais également aidé par Mère Nature, un vendeur de fromage Suisse a inventé le gruyère. Nous allons aujourd'hui parler d'un plat mondialement connu : la pizza. … Ah, je vois que les deux du fond ont cessé de parler, le sujet semble donc intéresser tout le monde ? Bien. Commençons par le commencement, à savoir un monde sans pizza.


Petit rappel avant de commencer : ce sont les soldats alliés qui débarquèrent en Italie en 1943 qui firent connaître la pizza au Monde entier, car c'est bien d'Italie que tout commence, et plus précisément à Naples, grande ville du sud de l'Italie. Bien qu'elle ne soit aujourd'hui peuplée que d'un million d'habitants... Je dis « peu », mais tout est relatif : c'est la troisième commune d'Italie en terme de nombre d'habitants, mais elle ne pèse pas lourd face à des monstres démographiques que sont Paris, Londres, Tokyo ou New York, mais je digresse. En fait, je veux vous emmener en 1633 où Naples était une ville qui était en pleine Renaissance Italienne, bien que le Vésuve soit entré en éruption deux ans auparavant, et ou des artistes comme Michelangelo Merisi da Caravaggio, connu en français sous le nom de Le Caravage, Salvator Rosa ou Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin. Elle a accueilli de célèbres auteurs de l'époque : Bernardino Telesio, Giordano Bruno et Tommaso Campanella et Giambattista Marino. Vous les avez tous notés ? Bien. Je n'en parlerai plus, ils n'ont aucune influence sur les événements que je m'en vais vous narrer. Comme je le disais, avant 1633, la pizza n'existait pas. Ou tout du moins pas sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui qui est, sous forme classique, une pâte cuite agrémentée de sauce tomate et de fromage pour sa forme la plus simple. Auparavant, l'on parlait d'une galette sur laquelle on mettait du fromage et c'est tout. Cette galette était obtenue en utilisant les restes de pâte à pain et de fromage. La formule n'a guère eu de succès en Sardaigne, l'utilisation de Casu marzu, fromage réputé comme étant aujourd'hui l'un des plus dangereux et l'un des plus malodorant au Monde, ayant fait de nombreuses victimes. Bref, tout ça pour dire que la galette au fromage était un plat de pauvre. C'est l'arrivée de la tomate qui allait changer tout ça. En 1492, la Découverte des Amériques par Christophe Colomb allait ouvrir la voie à la colonisation de terres nouvelles par des immigrants européens, l'exploitation de richesses naturelles mais aussi la découverte de nouvelles saveurs dont la tomate, découverte par les espagnols en 1519 et cultivée dans le sud de l'Espagne dès 1530. Pourtant elle ne servit longtemps que comme plante décorative. Pourquoi ? A cause de sa forme, de sa couleur et de sa saveur, excellente, qui ne plut pas à l'Église Catholique. Voilà quelque chose de particulièrement incongru me direz-vous, chers étudiants : La tomate interdite par l'Église ? Et pourquoi ? Excellente question n'est-ce pas ? Hé bien pour toutes les raisons que je viens de citer : sa forme, sa bonne saveur, sa couleur. Des collèges de théologiens se sont penchés sur la question et en sont arrivés à la conclusion que la tomate est en fait le fruit mangé par Adam et Ève, le fruit du Péché Originel... Oui, rien que ça. La carrière européenne de la tomate commence mal ! Alors, devra-t-elle se contenter du destin d'une plante en pot durant plusieurs siècles ? Vous savez comme moi qu'il n'en est rien et c'est à Naples que tout va se jouer. Naples est à ce moment-là de son histoire une possession espagnole comme, vous le savez déjà, les actuels Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et la France-Comté mais aussi Milan, la région entre Naples et la Sicile et la Sicile elle-même. Sans oublier les colonies espagnoles en Amériques, évidemment, mais mes collègues d'Histoire Moderne vous l'ont déjà dit, je ne reviens plus dessus. Tout ça pour dire qu'il y a une connexion intéressante entre l'Espagne qui a découvert et cultive des tomates et Naples qui est espagnole à ce moment-là. Ne vous en faites pas, ne vous endormez pas maintenant, spécialement ceux du fond... Oui, je vous vois, là-bas en train de jouer aux échecs en buvant des bières ! Non, pas la peine de les cacher, je les ai vues... Vous viendrez me voir à la fin du cours. Vu que vous vous ennuyez et que vous aimez la bière, je vous donnerai un peu de travail de dix pages à faire : la bière dans les couvents au Moyen-Age... Je reprends où j'en étais, à savoir Naples.


Pour en revenir aux galettes au fromage, plat destiné, comme je l'ai dit, aux pauvres, elles étaient préparées par les boulangers de la ville regroupés dans une corporation : la Corporation des Boulangers de Naples. Cependant, ça n'est pas eux qui vont inventer la pizza, mais un boulanger indépendant, car il en existait aussi, un certain Iollo de Pisa, ou Iollo de Pise en français, c'est également juste. Né à Pise, comme son nom l'indique, il a émigré à Naples pour des raisons assez floues mais qui impliqueraient une soirée arrosée et la femme du dirigeant de Pise. Toujours est-il qu'il vivote difficilement, ayant été refusé à l'examen d'entrée dans la Corporation des Boulangers et que du coup son affaire de boulangerie prend l'eau. Il lui fallait un miracle pour qu'il puisse s'en sortir ! Celui-ci aura la forme d'une course-poursuite entre lui et un groupe de la Mafia Napolitaine à laquelle il avait emprunté une grosse somme d'argent pour ouvrir son commerce. Ce qui va suivre est essentiellement issu du journal de Iollo de Pise. C'est en tentant de les semer qu'il est tombé dans une caisse remplie de tomates venues spécialement d'Espagne et destinée au vice-roi Manuel de Acevedo y Zúñiga, qui était également ambassadeur d'Espagne à Rome et à Florence... Pour ceux qui ne suivent toujours pas au fond et qui ont sorti des épées médiévales pour se livrer un duel, l'Italie était divisée en plusieurs états à l'époque, elle n'était pas un pays à part entière. Votre travail vient de passer de dix à vingt pages ! Je continue... Le pauvre Iollo tomba tête la première dans la cargaison et, jugeant que cette cachette en valait bien une autre, ne bougea plus jusqu'à ce que les hommes de la Mafia s'éloignent. C'est en sortant de la caisse dans laquelle il macérait que des gardes espagnols le virent et se mirent à le pourchasser. N'oublions pas que c'était une cargaison à destination exclusive du vice-roi et qu'il venait de la ruiner entièrement. C'est donc au prix d'un quart d'heure de course à travers les ruelles de Naples, ayant semé les gardes, recouvert de tomates écrasées et en ayant même quelques-unes dans les poches, qu'il fini par rentrer chez lui. C'est là qu'il essora ses vêtements, versant toute la sauce tomate dans un récipient car, bien évidemment, notre boulanger a eu tout de temps de déguster et de découvrir le goût de cette sauce. Pour le moment, il semblerait bien qu'il se demandait quoi en faire mais qu'il trouverait bien une place à faire pour cet ingrédient dans une recette. Malheureusement, ou heureusement vu ce qui va suivre, le voilà qui trébuche sur le chat de la voisine qui s'était couché là en attendant une éventuelle gâterie. On devine la suite : Iollo de Pise qui s'étale de tout son long et le récipient dans lequel il a mis la sauce tomate qui vole à travers son atelier et dont le contenu va se déverser sur des galettes au fromage qu'il préparait pour le soir. D'après certains témoins, à savoir des hommes de la Mafia qui surveillaient sa boulangerie, il aurait proféré diverses injures dont « karma de merde » et « journée pourrie ». Dépité, il mis les galettes au four sans plus d'intérêts. Cet intérêt revint quelques minutes plus tard, une odeur surprenante et alléchante venant lui chatouiller les narines. Elle venait du four et lorsqu'il en sortit les galettes, il avait compris qu'il avait inventé quelque chose de nouveau. Il pris un couteau et coupa une part de galette qu'il goûta : le goût était surprenant et exquis, quelque chose qu'il n'avait jamais mangé et il avala goulûment le reste de la galette entamée. Puis il prit le temps de la réflexion : il avait trouvé là le moyen de sortir de la misère et de devenir riche, mais il lui fallait pour cela un bon coup de publicité. Après que... Bon, là-haut, ça devient pénible. Vous voulez vraiment que je vous demande de rédiger un mémoire entier pour la semaine prochaine ? Non ? Bien, dans ce cas allez remettre ces chevaux à l'écurie et fissa ! Vous verrez avec votre professeur d'histoire médiévale si vous pouvez organiser un tournoi de chevalerie durant son cours... Ben oui ! Lui le permet, comme il permet aux étudiants de construire un château du XIVe siècle dans l'enceinte de l'Université, mais pas moi...


Où en étais-je ? … Ah, oui ! Iollo de Pise alla voir le vice-roi en personne avec des galettes toutes chaudes sorties du four. Il était alors midi, l'heure de manger, et on peut dire que cette fois, le destin fut du coté de Iollo car le cuisinier du vice-roi avait raté la paella de son noble employeur. Les galettes au fromage et aux tomates tombaient à point nommé pour satisfaire l'estomac de l'aristocrate espagnol. Ce n'est justement qu'après avoir appâté les gardes en laissant une galette dans un coin pour les attirer qu'il parvint jusqu'au vice-roi Manuel de Acevedo y Zúñiga. Une fois que la faim de ce dernier ait rompu son hésitation à manger ce qui avait la réputation d'être un plat pour pauvre, il lui fallut admettre le goût excellent de la galette à la tomate. Au vu du plat, il pardonna au boulanger la perte de la cargaison de tomates espagnoles qu'il avait fait venir à grands frais et déclara que « sa galette allait changer la face du Monde. » Notez cependant que le vice-roi n'avait pas fait le rapprochement entre le nouveau goût de la galette et les tomates : Pour lui, la tomate n'avait probablement pas un tel goût et ne servait que de décoration, rien de plus. Du coût, l'ingrédient qui changeait le goût de la traditionnelle galette au fromage restait secret. Et Iollo se garda bien de le divulguer, étant ainsi le seul à savoir comment préparer de telles galettes ! Sa galette fut un succès à tout casser : tous venaient chez lui pour s'acheter les « galettes à Iollo de Pise » et firent la richesse du boulanger. Mais l'histoire ne s'arrête pas là ! La Corporation des Boulangers voyait ses revenus baisser de façon dramatique et ses membres ne supportaient pas qu'un émigré leur ôte... le pain de la bouche. Ils engagèrent un espion qui avait pour mission de découvrir ce qui se cachait derrière cette nouvelle galette. Il fini par découvrir le pot au rose, et le secret n'en était plus un : La Mafia Napolitaine livrait des caisses entières de tomates de contrebande à Iollo de Pise qui les utilise pour ses fameuses galettes. A partir de ce moment, j'imagine que vous pensez que la Corporation allait imiter Iollo et se lancer dans les galettes à la tomate ? Il n'en fut rien : la tomate étant interdite à la consommation par l’Église elle-même, la Corporation dénonça Iollo qui fut traîné devant le Tribunal de l'Inquisition. Et pour ce qui est de la complicité avec la Mafia, il n'y eu pas de suite. Les seuls qui émirent une telle hypothèse moururent de morts naturelles sanglantes et violentes dans les heures qui suivirent. Toujours est-il que notre pauvre Iollo de Pise se retrouve devant le Tribunal de l'Inquisition et doit défendre sa galette contre des théologiens particulièrement remontés. Le détail du procès nous échappe, mais le boulanger défend apparemment bec et ongle sa vision des choses, allant jusqu'à emmener une pizza devant ses juges. Ce détail du procès a été confirmé récemment par la découverte d'un document authentique datant de 1633, dont vous voyez plus haut une photographie, et qui aurait été dessiné par un soutient de Iollo de Pise sur une boite qui, si l'on en juge par les trace de tomate, aurait servi à transporter une galette de Iollo. On y voit le boulanger défendre sa cuisine, sa galette devant les trois juges de l'Inquisition. Sur la galette, on remarque des boules noires qui nous feraient penser que des olives étaient déjà ajoutés. Ce procès important ayant eu lieu en même temps que celui de Galilée, on l'histoire l'avait oublié dans un fond de tiroir. Finalement, les juges, sourds aux arguments de Iollo, lui laissèrent deux choix : cesser de faire ses galettes et renier sa recette ou finir au bûcher. Le vice-roi de Naples ne pu pas intervenir et c'est la mort dans l'âme que Iollo de Pise jura de ne plus faire ses galettes et renia sa recette. Alors, finie la pizza ? Ça s'arrête là ? Probablement pas. En fait... Bon, alors les épées, la joute médiévale et maintenant un four à pizza ?! Non, ça n'est pas parce-que vous êtes dans le thème que ça va vous dispenser d'un nouveau travail ! Vous viendrez me voir à la fin de l'heure.


DONC, en fait, Iollo avait soif de revanche. Même si l'Inquisition ne touchait pas à sa richesse, il voulait lui rendre la monnaie de sa pièce et alla voir l'organisation même qui l'avait rejeté et dénoncé : la Corporation des Boulangers de Naples. Pourquoi ? Pourquoi aller voir ces boulangers qui lui ont ôté l'objet de sa plus grande fierté ? Vous allez comprendre. Il alla voir directement le chef de la corporation et lui fit une proposition qu'il ne pourrait pas refuser : Il lui donnait la recette de sa galette ainsi que les contacts dans la Mafia qui lui fournissait les tomates. Et rien en échange. Une réunion extraordinaire de la corporation fut décidée et les boulangers, à la majorité, acceptèrent les termes de l'accord. En hommage à Iollo de Pise, ils décidèrent d'appeler « pisa » la galette à la tomate, ce qui donnera « pizza » et chaque boulanger qui fera des « pisa » pris le titre de « pisa-iollo » en hommage au boulanger venu de Pise. Ce titre deviendra un métier à part entière sous le vocable de « pizzaïolo » au fil des siècles. Les « pisas » déferlèrent alors sur les états italiens, du Sud des Alpes jusqu'à la Sicile et l'Inquisition ne put que constater, impuissante, à la déferlante. Elle tenta d'endiguer le phénomène du mieux qu'elle le put, les « pisas » ne circulant jamais en plein jour mais dans des « pisarias » clandestines et grâce à des « pisa-iollos » itinérants. Néanmoins, suite à une ordonnance de pape Urbain VIII, ayant mangé une « pisa » en 1635, celles-ci furent déclarées légales et n’entraînant plus la damnation éternelle de ceux qui en mangeaient. La vengeance de Iollo de Pise était totale et la fabuleuse histoire de la pizza pouvait enfin commencer. Et Iollo de Pise me direz-vous ? Qu'est-il devenu ? Malheureusement son journal s'arrêtait à partir du moment où il quitta Naples en 1634 pour Venise. Et même si la pizza devint consommable pour tous, il restait sous le coup de la condamnation lui interdisant de faire la moindre pizza. L'inventeur de la recette de la pizza devient donc le seul homme qui n'ait pas le droit d'en faire. Toujours est-il qu'après une études sérieuses des sources historiques à notre disposition, il semblerait qu'il soit allé s'installer à Venise où, n'oublions pas qu'il est devenu riche, il s'était associé à un membre de la famille des Poli, ou Polo en français, descendant direct du très célèbre Marco Polo. Ce qui advint par la suite, les documents sont trop rares pour qu'on puisse en tirer des conclusions certaines. Toujours est-il que peu de temps après la conclusion de cette association entre les deux hommes, l'on a assisté à l'apparition des premiers plats de spaghetti à la tomate dans la région de Venise. Coïncidence ? Qui sait...


« Enfin, l'aile Ouest est rangée correctement. Cela m'aura prit beaucoup de temps, mais maintenant c'est enfin fait. Oh ? Il est déjà si tard ? Comme quoi, le temps passe vite lorsque l'on a quelque chose à faire. Bon, que vais-je me faire à manger ? Tiens, tu es là ? Je ne t'avais pas entendu arriver. Tu as déjà mangé ? Non ? Que dirais-tu alors de dîner en ma modeste compagnie ? Je pense que j'ai de quoi faire des nouilles chinoises et il doit me rester quelques mochis à la pâte d' haricots rouges pour le dessert. Et pour faire digérer tous ça, on boira un petit thé vert. Je sais que ce n'est pas de la grande gastronomie, mais cela tient au corps. De plus, cela reste meilleur que la nourriture fast-food que vous, les jeunes, mangez habituellement. Bon, rien de mieux qu'une petite histoire, et même un conte, pour passer un bon moment. Et justement, j'en ai retrouvé un qui devrait te plaire. Ce conte s'intitule: »

Les contes ne sont plus ce qu'ils étaient ….... Notre histoire commence dans une grande forêt. Une grande forêt de sapins, centenaires pour certains. Dans cette forêt, deux enfant se sont perdus. Deux frère et sœur. Le frère, qui est l’aîné, s'appelle Yuri. Sa sœur quand à elle, se prénomme Sakura. Tous deux essayent de retrouver le chemin qui leur permettra de retourner chez eux. Cela fait maintenant plusieurs jours qu'ils errent dans la forêt, sans savoir vraiment où aller, ni se diriger. Il faut dire qu'elle n'a vraiment pas l'air habité et qu'elle semble même être vide de toute vie. En effet, depuis que les enfants marchent dans la forêt, il n'ont vu aucune bête, n'ont entendu siffler aucun oiseau. Même le vent ne semble pas réussir à passer entre les feuilles des arbres. Mais étrangement, les enfants sont calmes, malgré le fait qu'ils soient affamés. Ils ont bien vu des champignons le long des chemins, mais comme ils ne savent pas s'ils sont comestibles ou non, ils préfèrent jouer la prudence en n'y touchant pas. Alors que la sœur, affaiblie par la faim, ne veut plus bouger, le frère aperçoit au loin une fumée noire. Peut-être, qu'après tout, quelqu'un habite cet endroit inhospitalier ? Yuri prend sa sœur sur ses épaules et se dirige alors vers la fumée. Après avoir traversé les bois, Yuri et Sakura arrivent devant une cabane en bois. Une odeur de sucrerie et de douceurs s’échappent de la cheminée, ce qui fait baver d'envie les deux jeunes enfants. Sakura descend des épaules de son frère et se dirige en courant vers la porte pour y frapper. Mais avant qu'elle puisse le faire, la porte s'ouvre. Sakura fait un pas en arrière, par réflexe. Mais la personne qui sort de la cabane n'a pas l'air hostile. C'est une vieille dame, toute de noir vêtue. Elle a le regard doux et le visage paisible. Elle s'approche doucement des enfants et leur tend un bonbon pour chacun. Bonbon que les enfants s’empressent de prendre et de manger. La vieille leur explique que s'ils le souhaitent, il y a plein d'autres sucreries et de pâtisseries qui les attendent à l’intérieur. En entendant que leurs estomacs leur réclament du carburant, les enfants ne réfléchissent pas longtemps et rentrent dans la cabane, suivis par la vieille dame.


Et en effet, la vieille dame ne leur avait menti. La pièce centrale, qui devait servir de salle à manger, de salle à vivre et de cuisine, était remplie de pâtisseries et de bonbons en tous genres : des Paris Brest, des Parfait, des profiteroles, des crèmes brûlées, des macarons …. La liste est tellement longue que l'énumérer dans ces pages serait difficile, voir impossible. Mais imaginez juste que dans une seule pièce se trouvent toutes les pâtisseries possibles et imaginables. Vous avez maintenant une idée de ce qui se trouve dans cette pièce. En voyant tout cela, les enfants se mirent à baver inconsciemment. Ils n'avaient pas mangé depuis si longtemps, qu'ils ont du mal à se retenir. Mais leur hôte ne les laisse pas souffrir très longtemps puisqu'elle leur dit : « -Tout ceci est pour vous, les enfants. Mangez donc à votre guise. » Ni une, ni deux, Yuri et Sakura sautent sur la nourriture et la dévorent comme si ils n'avaient pas mangé depuis des jours, ce qui n'est en soi pas complètement faux. Sakura commence par manger tout ce qui est à la cerise et à la vanille, tandis que son frère attaque les crèmes brûlées et les chaussons aux pommes. Après quelques heures, une fois que les enfants ont fini ce qu'il y avait sur la table, la vieille dame revient avec une nouvelle fournée de pâtisseries. Même si leurs estomacs sont bien remplis, les enfants avalent sans mal cet nouvel arrivage de gourmandises. Après avoir autant mangé, il est normal que les deux enfants commencent à bailler fortement et d'avoir les yeux lourds. Remarquant cela, la vieille dame leur montre la chambre dans laquelle ils passeront la nuit. Aussitôt couchés, ils s'endorment paisiblement. La vieille dame en profite pour nettoyer la pièce et la cuisinière. Il faut qu'elle fasse vite car elle a le petit-déjeuner à préparer pour demain. Il faut bien que ces petits, qui furent livrés à eux-même pendant plusieurs jours, se remplument un peu..... Le lendemain matin, après que la vieille dame finisse de préparer les croissants et autres viennoiseries, elle frappe à la porte de la chambre des deux enfants pour les réveiller et pour leur annoncer que le petit-déjeuner était servi. Ils sortent de la chambre, visiblement pressés de pouvoir poser leurs mains sur les pâtisseries. Mais outre l'appétit d'ogre que les enfants avaient, malgré le festin de la veille, un détail interpelle la vieille dame : les vêtements des deux enfants semblaient avoir légèrement rétréci. Lorsqu’elle demanda si ceci était normal, la sœur répondit que c'était normal et qu'ils étaient déjà comme ça la veille. Sans se poser plus de questions, la vieille dame les ressert en viennoiseries. Une fois qu'ils finissent leur petit déjeuner, les enfants commencent alors à tomber de fatigue. Ils sortent de table et se dirigent vers la chambre. La vie ille dame, pensant qu'ils sont parti digérer ce copieux repas, en profite pour ranger la salle. Ensuite, elle part de la maison pour aller dans le village qui se trouve à plusieurs kilomètres de là. Mais comment peut-elle savoir où et comment aller au village, alors que même les enfants n'ont pas pu, pendant de longues journées, sortir de la forêt ? Tout simplement car sous cette apparence de vieille dame, se cache une jeune et magnifique sorcière. Cette sorcière, qui vit dans la forêt depuis fort longtemps, accueille les enfants perdus ou abandonnés dans les bois, les gave littéralement avec de bonnes choses et les mange ensuite, ce qui lui permet de vivre éternellement. Elle fait apparaître son balai volant, l'enfourche et s'envole vers le village, pour acheter de quoi préparer le repas du soir et pour pouvoir réaliser sa fameuse recette du rôti d'enfants, qu'elle affectionne tout particulièrement. Elle en salive rien qu'en y pensant. Arrivant près du village, elle se pose non loin de celui-ci, en prenant soin de ne pas se faire remarquer par les villageois et se transforme en vieille dame. Ils la connaisse nt depuis longtemps comme une personne aimable et gentille. Elle discute souvent avec les commerçants et elle parle souvent avec eux de la disparition de certains enfants du village, qui se seraient perdus dans les bois. Mais étrangement, aucun enfant n'avait


disparu récemment. Les enfants qu'elle avait accueilli habitaient peut-être dans un des villages voisins. Après avoir acheté tout ce dont elle avait besoin, elle quitte le village. Dès qu'elle s'en est assez éloignée et que personne ne se trouve aux alentours, elle se change de nouveau en sorcière pour ensuite prendre la direction de la forêt, où l'attend gentiment son futur repas. Après avoir volé plusieurs heures durant, et après avoir essuyé une légère averse, elle arrive enfin à son doux foyer. Une fois qu'elle atterrit, elle redevient la douce vieille dame, accueillant les enfants perdus. Elle rentre chez elle, avec son sac de ravitaillement. Les enfant dorment encore, alors qu'une bonne partie de la journée est déjà passée. Sans s’inquiéter plus que cela, la femme range tranquillement les denrées et se met au fourneaux pour préparer le dernier repas des enfants. Et elle a décidé de faire fort: du confit de canard, des pommes de terres dorées au four, du jambon en croûte, des légumes succulents et tout plein de petits plats plus fabuleux les uns que les autre. Le soir tombe et la sorcière finit tant bien que mal le repas. Mais c'est un moindre mal en sachant le goût que va donner tout cette nourriture à la viande des enfants. Elle se dirige vers la chambre des enfants. Ces derniers ne l'attendent pas pour sortir de la pièce, se diriger vers la table et engloutir les différents plats. Plus que leur appétit toujours aussi gargantuesque, c'est leurs vêtements qui attirent une fois de plus le regard de la femme. Elle en est maintenant sûre, les vêtement sont vraiment plus petits que la veille. Mais ce n'est pas le plus étrange. En effet, les deux enfants paraissent plus grands et surtout plus âgés. Alors qu'ils avaient l'air d'avoir entre 6 et 8 ans, ils paraissent maintenant en avoir 12. La sorcière commence à paniquer et à trembler. Mais qui étaient ces enfants qui semblaient grandir lorsqu'ils mangeaient ? Étaient-ce seulement des humains ? Ou bien étaient-ils autre chose ? Elle n’eut pas le temps de se poser la question bien longtemps puisqu'il se passa quelque chose d'étrange, qu'elle n'aurait jamais imaginé. Devant ses yeux ébahis, les deux enfants commencent à grandir. Leurs vêtements se déchirent devant la croissance fulgurante du frère et de la sœur ; ils ont maintenant 16 ans et sont devenus des adolescents. Mais ce n'était pas fini. En effet, des ailes leur poussent dans le dos et une queue leur sort du bas des reins. Et pour finir, leur peau commence à rougir et à devenir couleur rouge sang. La sorcière, médusée par ce qu'elle voit, reconnu ce que sont les deux enfants : ce sont deux démons de la gourmandise qui, quand ils n'ont pas mangé depuis une longue période, rajeunissent. Avant même que la sorcière puisse réagir et se transformer, Sakura se jette sur elle et la prend par le cou, en l'empêchant de respirer. Yuri s'approche et commence à se lécher les babines. Ce soir, une fois qu'ils auront fait festin de la sorcière, il pourront enfin repartir chez eux, dans le monde des démons en permettant, par la même occasion, de faire cesser les disparitions des enfants dans le village voisin. Une juste vengeance en somme, qui se mange, comme tout le monde le sait, froide …...... « L'histoire d'aujourd'hui est finie. J'espère qu'elle t'a plu et que …....... Hein ? Tu as tout mangé ? Mais …........et moi je mange quoi maintenant ? Je t'invite à venir manger, tout en écoutant une belle histoire – quoique un peu sordide – et c'est comme ça que tu me remercie ? Pfffff, cela m'apprendra à inviter n'importe qui à dîner, tiens. Bon, j'espère que malgré tout tu as aimé mon histoire et j'espère que tu repassera me voir à l'occasion, mais pas pendant les heures de repas, si cela est possible. A bientôt pour un nouveau conte du Néant. » Fin


Tout s'est bien passé ? Désirez-vous un café, un digestif, pour terminer votre repas ? Non ? Très bien, dans ce cas je vous souhaite une excellente fin de soirée. Si... Je n'oublie rien ? L'addition ? Mais non voyons, ne vous en faites donc pas pour ça ! La maison a décidé d'offrir le Repas de ce soir à tous nos clients ! Eh oui, c'est gratuit ! Ainsi, non seulement vous repartez les yeux remplis d'images et de mondes fantastiques, mais le porte-feuille lui aussi est plein ! Je peux par contre vous conseiller, si la soirée vous a plu, de passer à l'envi chez nos cuistots, au Néant Progressif. Ces joyeux lurons disposent en effet d'une enseigne sur deviantART, ainsi que d'un forum où ils pourront répondre à toutes vos éventuelles questions. Si vous venez à vous rendre dans les environs, dites que c'est moi qui vous envoie, vous recevrez peut-être une remise sur vos desserts ! Quelques recommandations et avertissements, cependant, vous seront utiles... Merci de ne pas redistribuer ce webzine en dehors des sites officiels. Mettez plutôt un lien vers le site, le forum ou dA ! Tout le contenu du webzine appartient à leurs auteurs respectifs, il est donc interdit de se l'approprier ou de le modifier entièrement ou partiellement sans autorisation préalable et sans en créditer l'auteur. Bonne soirée, et sûrement à très bientôt ! Il y aura toujours une table pour vous ici.

Néant progressif n°9 - La Bouffe  

Om nom nom.

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you