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portfolio Milos Xiradakis


Sommaire / 1/ projets non situés

p 1-12

Ces deux projets de petite échelle ont été réalisé au début de ma scolarité à L’école d’architecture de Bordeaux. Présenté par les enseignants de l’école comme des exercices de «manipulation spatiale» dans un contexte abstrait, ils peuvent aussi être perçus comme deux réflexions sur des questions d’ordre générale, qu’est ce qu’exposer ? qu’est ce que partager un lieu de vie ?

2/ deux aménagements pour un parc.

p 13-28

réalisés au cours du même semestre, ces deux projets partagent le même site, Le parc de Peixotto, dans la banlieue bordelaise. Le premier projet est celui d’une passerelle, il consiste en l’élaboration d’un ouvrage simple et non détaillé. Ce court exercice (3 semaines) visait avant tout à ce que les étudiants se confrontent une première fois au site du parc avant d’aborder un programme plus complexe, celui d’une maison de quartier.

3/ La possibilité d’une île

p 29-44

l’objet de cet exercice d’urbanisme était de prévoir l’aménagement d’une friche située à proximité des récentes opérations de requalification du quartier de la Bastide, sur la rive droite de l’agglomération Bordelaise. Le projet «La possibilité d’une île» réinterpréte cet exercice en intégrant le projet d’aménagement de la zone délimitée par la consigne à un projet plus global, proposant un scénario pour l’avenir d’une très large portion de territoire s’étendant jusqu’à la commune de Lormont. (Projet mené en collaboration avec Thibault Le Poncin et Jean Panien.)

4/ Projet New Deal

p 45-54

Réalisé lors d’un workshop d’une semaine à Athènes, ce projet réfléchit à l’avenir d’un grand parc presque à l’abandon de la banlieue de la capitale grecque. Il tient compte du contexte économique critique de la Grèce pour développer une stratégie alternative à un grand projet de réhabilitation.

5/ 10 10 10, la condition de l’urbanisme chinois

p 55-78

Réalisé à l’occasion d’une collaboration entre l’école d’architecture de Paris-Malaquais et celle de la ville de Hangzhou, ce projet veut permettre l’invention d’une méthode d’aménagement adaptée aux conditions qui sont celles de l’urbanisme en Chine : 10 fois moins de temps, 10 fois moins d’architectes, pour construire 10 fois plus.

6/ MPC Vs oma

p 79-85

MPC VS OMA est une analyse de La Maison à Bordeaux (OMA 1998). Elle propose d’utiliser la méthode paranoïaque critique (MPC), dans le but de démontrer que la maison a été construite selon les principes du «Manhattanisme». L’ambition de cet exercice était de comprendre à la fois l’œuvre architecturale, mais aussi la méthode qui a conduit à sa réalisation.


PROJETS NON situés

UN ESPACE D’EXPOSITION Il s’agit de construire un « paysage architectural » à partir d’un enclos enterré ou non, constitué d’un espace intérieur-extérieur, couvert partiellement, mais à l’air libre, de 15m x 15m au sol et de quatre murs d’égales hauteurs. Cette enceinte accueillera un lieu d’exposition au public de 3 à 5 sculptures.

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UNE MAISON POUR 3 générations Le sujet de l’exercice est de faire le projet d’une maison qui réunira trois générations, un couple de parents, un couple de grands-parents, et deux adolescents. Le contexte dans lequel elle s’implante sera celui d’une zone urbaine dense. La parcelle est une dent creuse de 6 mètres de large par trente mètres de long bordée par des constructions alignées sur rue d’une hauteur de 11 mètres maximum et d’une profondeur de 18 mètres maximum lorsque le bâtiment excède un niveau. Ces dimensions sont aussi celles du gabarit enveloppe maximum du projet.

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1. ESPACE D’EXPOSITION L’acte d’exposition si minimal soit-il, influence toujours la perception que l’on a de l’œuvre. Pour ce projet, mon intention n’était pas de concevoir un lieu dans lequel les œuvres seraient exposées le plus objectivement possible, ni de faire subjectivement la mise en scène de celle-ci, mais de mettre en parallèle ces deux attitudes, afin de permettre au visiteur d’appréhender la même œuvre de deux manières totalement différentes. Pour satisfaire à cette exigence, l’enclos qui sert de base à l’élaboration du projet est divisé en deux espaces, accueillants chacun une ou des œuvres du même artiste. Carl André pour l’espace couvert, Giacometti pour celui à ciel ouvert. Ces deux espaces sont en eux même assez neutres et permettent aux visiteurs d’entrer dans un rapport direct avec les œuvres. L’interface entre ces deux lieux, par contre, permet un nouveau rapport aux œuvres, qui procède d’une mise en scène. Lorsque le visiteur observe «l’autre lieu» celui auquel il ne prend pas part, ce ne sont plus les œuvres qui lui sont données à voir mais le contexte qu’elles créent, l’espace d’exposition lui même. Ce décalage veut enrichir la perception que le visiteur a de l’œuvre mais aussi provoquer son regard dans l’espoir qu’il adopte une attitude nouvelle vis à vis des œuvres, qui soit non plus celle d’une observation passive, mais d’un véritable engagement dans le lieu que fonde l’œuvre.

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L’espace couvert communique avec celui à ciel ouvert par le biais d’un long cadrage horizontal. L’inclinaison des parois veut renforcer l’effet cinétique de «l’homme qui marche» et du «chien» de Giacometti en même temps qu’elle accentue l’inertie des «bricks» de Carl André.

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L’orientation et la forme du projet sont étudiées pour que la lumière mette en évidence des «moments» durant lesquels la perception que l’on a des œuvres semble changer radicalement.

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3. toit terrasse / chambre d’amis

2. lieu de vie des enfants

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1. lieu de vie des parents

0. lieu de vie des grands parents / salle a manger o

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2. MAISON POUR TROIS GENERATIONS De par son programme, de par le contexte dans lequel il s’implante, le projet de la maison pour trois générations, appelle, en premier lieu, à la résolution de problèmes pratiques. Ce sont les réponses apportées aux questions de partage de l’espace, d’éclairement, d’intimité, d’accès... qui ont conduit à la forme globale du bâtiment. Dans le détail, le dessin est, par contre, tributaire d’une volonté plus abstraite; celle de créer pour les habitants un cadre dans lequel la présence de la maison s’effacera au profit de celle du jardin.

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0. lieu de vie des grands parents, salle à manger Étant donné la mobilité réduite des grands- parents, il est préférable que leur lieu de vie soit facile d’accès, c’est pourquoi il est au rez-de-chaussée. Tourné du coté du jardin, il jouxte la salle à manger, qui, de par sa position et son usage, devient un lieu dans lequel toute la famille est susceptible de se réunir. Protégée de la rue par le volume biseauté du garage à vélos, la salle à manger profite elle aussi d’une vue sur les arbres du jardin grâce à une double hauteur.

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1. lieu de vie des parents

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2. lieu de vie des enfants

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3. toit terrasse chambre d’amis A l’exception de l’escalier qui mène de la salle à manger à l’étage des parents, les circulations verticales sont mutualisées le long du mur mitoyen ouest, et permettent de relier tous les niveaux en épargnant l’intimité des habitants. Pour l’étage des parents, comme pour celui des enfants, les chambres sont orientées du coté de la rue. Faiblement ouvertes sur la façade en raison des vis-à-vis, elles bénéficient, en contrepartie, d’une large fenêtre zénithale. Les pièces à vivre, elles, sont largement ouvertes sur le jardin.

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Projets situés Passerelle Le sujet de l’exercice est de concevoir un nouveau franchissement pour le bassin du parc Peixotto situé à Talence, dans la banlieue Bordelaise.

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Maison de quartier Il est demandé aux élèves d’imaginer un bâtiment qui sera à la fois une maison de quartier et un lieux d’exposition et de conception artistique, un programme précis, détaillé en mètres carrés, prévoit notamment, une salle des fêtes, des salles de réunion, rattachées à la mairie proche, des bureaux pour les associations du quartier et trois ateliers d’artiste, chacun comprenant des espaces de vie, etc. Le site choisi pour ce projet est une parcelle de 20 par 45 mètres, qui occupe l’angle du parc.


1. Passerelle Miracle La raison d’être du parc dans lequel prend place le projet est un château du 18èm siècle. Tout l’agencement du parc participe à la mise en valeur de cet édifice. A l’échelle du parc, le château trouve un bel équilibre avec la forme étendue du bassin. La construction d’un objet architectural quel qu’il soit briserait cet équilibre. Il faut donc trouver une solution qui préserverait le caractère planaire et étendu du bassin. (1/) La mise en scène du château est aussi perceptible, à l’échelle du centre de Talence grâce à la mise en place de perspectives et au dessin du parc. Ainsi, le promeneur qui chemine vers le château vit un véritable «moment d’architecture». Le projet pourrait participer à l’intensification de cette expérience. L’idéal pour satisfaire aux exigences du programme et du contexte serait donc d’avoir un franchissement cohérent par rapport au dessin du parc, et qui permettrait le passage sans avoir recours à un objet architectural. La solution choisie, d’inspiration biblique, veut donner l’illusion de ce miracle. Elle ménage deux tranchées à travers l’eau comme si le tracé des chemins du parc s’était naturellement prolongé dans le bassin sans que l’intervention d’un architecte n’ait été nécessaire. (2/)

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m : d’ici on voit mieux les poissons. p : ah ah, oui .... (2/)

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b : L’eau s’ârrette ... Quelle est cette fable ?


2. Maison de quartier

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Interface La consigne prévoit la coexistence de programmes variés au sein du bâtiment. Bien que les usages que supposent ces programmes soient différents, on peut diviser cet ensemble programmatique en deux entités. Une partie plutôt privée, donc assez hermétique qui regroupe principalement des lieux de travail (A). Une partie publique qui concentre des lieux de loisir, c’est la maison de quartier à proprement parler (B). (1/)

Ces deux entités programmatiques développent des exigences architecturales quasiment antinomiques; l’une doit être visible, facile d’accès, peut être bruyante et passante. L’autre au contraire réclame le calme et l’intimité. Si l’on réserve à la partie publique le niveau du sol, et que l’on place la partie privé au dessus de celle ci, on satisfait déjà en grande partie à ces exigences. (2/)


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(1/)

B

Le rez-de-chaussée devient une prolongation de l’espace public, totalement libre, il fait du bâtiment une interface transparente entre le parc, la place et la rue piétonne, et un lieu visible depuis les principaux édifices publics du centre de Talence. L’enveloppe de verre, en se prolongeant jusqu’aux serres du Jardin Botanique, offre la vue des arbres depuis la place et donne l’illusion que le parc est totalement ouvert. (3/)

A (2/)

(3/)

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1/Jardin botanique 2/Mairie 3/Ecole 4/Gymnase 5/Préfecture


Agora

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70 % de la surface du futur bâtiment ne sera pas accessible au visiteur lambda. C’est un fait plutôt paradoxal pour une «maison de quartier». Le point d’orgue de cette incongruité est la présence dans la partie administrative d’une salle de réunion de 80 m2. Cet espace qui risque de n’être utilisé qu’à de rares occasions gagnerait à être rattaché à la salle des fêtes dont il agrandirait la surface tout en en précisant le statut.

Celle ci deviendrait à la fois un lieu de réunion, de débats publics, tout comme un lieu d’échange, un lieu festif. En un mot, une agora. Installé dans une pente, inverse à celle que décrit naturellement le terrain, cet espace pourrait prendre occasionnellement la fonction d’auditorium, tout en facilitant l’accès au niveau -1.

Plan niveau 0 /

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Exposition

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Le programme prévoit que les expositions d’œuvres se fassent dans la salle des fêtes, bien que cela soit parfois envisageable, il parait regrettable que les artistes, n’aient pas un lieu d’exposition à part entière qui respecterait certaines conditions : _Il ne serait accessible que par un cheminement précis qui permettrait la mise en condition du visiteur.

1/Espace d’exposition 2/Local velo 3/Local ménage 4/Local TGBT 5/Local chaufferie 6/Local poubelles 7/Local de stockage 8/Toilettes

_Il pourrait être temporairement isolé afin que les œuvres puissent être observées, sans être concurrencées par d’autres éléments perceptibles.

Ce lieu trouve sa place au sous sol, à l’extrémité sud _ Il serait modulable et permettrait aux artistes du bâtiment, il est isolé du reste du programme et d’adapter le lieu d’exposition à leurs œuvres, ou de n’est accessible que par deux longues rampes, l’une intérieure, l’autre extérieure. (1/) faire leur œuvre du lieu d’exposition.

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Plateforme

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Si les deux premiers niveaux sont reliés entre eux par un système de rampes et de plans inclinés, l’étage, n’est, lui, accessible que par des escaliers ou un petit ascenseur. Cela pose problème puisque les artistes y ont leurs ateliers, et sont sensés exposer des œuvres parfois volumineuses au rez-de-chaussée et au sous sol. Une plateforme sur vérins hydrauliques, réglerait ce problème en même temps qu’elle permettrait aux artistes de moduler le lieu d’exposition en fonction de leurs besoins. Le lieu d’exposition pourrait ainsi bénéficier d’une triple hauteur (1/), Être déplacé à l’étage, à proximité des ateliers (2/), Ou encore être réduit à un espace clos au sous- sol (3/)

Schéma des circulations /


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Ateliers

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26 Pour travailler, les artistes ont besoin d’une lumière indirecte, mais orienter chaque atelier au nord obligerait à dessiner des espaces étroits, et ne permettrait qu’à un seul artiste d’avoir une vue sur le parc. Pour pallier à cette difficulté, chaque atelier dispose d’un grand patio. L’espace de travail et la cuisine s’organisent autour de ce patio tandis que l’espace de vie prend place sur une mezzanine tournée vers le parc. Des parois coulissantes, entre chaque atelier, facilitent le convoi des œuvres jusqu’à la plateforme ; elles peuvent aussi permettre l’ouverture des ateliers au public pour des manifestations exceptionnelles. (1/)

1/Espace d’exposition 2/Foyer 3/Atelier 4/Bureaux 5/Salle de réunion 6/Toilettes


Vaisseau

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Les deux étages supérieurs forment un parallélépipède hermétique. Détaché du sol, ce bloc de béton tient du vaisseau, de la forteresse volante, dont il a les remparts, le chemin de ronde, la vigie... Ce lieu à part, cet ailleurs, flotte au dessus du parc et l’absorbe. A l’abri sous sa masse, une vie publique prend forme, les habitants du quartier jouent, débattent, s’organisent et, de temps à autres, après quelques rituels d’usages, découvrent ce qui s’élabore en secret, à l’intérieur du vaisseau.

Plan niveau 1 / 4 5

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1/VerriĂŠre 2/terrasse 3/Atelier 4/Bureaux 5/Salle de rĂŠunion


La possibilité d'une île

En 2007, le centre historique de Bordeaux est élu patrimoine mondiale de l’UNESCO, le PLU se durcit, la ville finit de se figer, le Tramway l’a déjà vidé de ses voitures depuis 2003. Dans le même temps, les activités industrielles de la rive droite de la ville finissent de se délocaliser, pour s’installer plus en amont du fleuve, laissant vide une large bande de terre qui fait face au centre. Cette «autre rive», longtemps dénigrée par les Bordelais, devient un terrain à conquérir. Avec le départ de l’activité industrielle, ce territoire s’est vidé de sa substance mais n’en conserve pas moins une forme particulière. Un réseau viaire perpendiculaire au fleuve découpe des parcelles immenses, à l’intérieur desquelles quelques vestiges de l’ère industrielle subsistent. Une caserne, des hangars, des usines ; des bâtiments gigantesques qui semblent flotter dans ce paysage sillonné de friches. Finalement, une zone industrielle désertée comme on en trouve dans toutes les villes d’Europe, à la différence prés que les contours de celle-ci se dessinent avec une précision inhabituelle. Séparé de la ville ancienne par le fleuve et du quartier ouvriers de la Bastide par la friche longiligne d’une ancienne voie ferrée, ce territoire a pu développer un système urbain autonome et strictement délimité. «C’est une île», cette constatation, qui aurait pu provoquer les spéculations les plus féroces, ne déclenche que des réactions timides. On construit peu, pas très haut, et on dispense des espaces verts à la louche, incapable de voir en cette ville future autre chose que le pendant végétal de son aînée de pierre. Pourtant, Bordeaux connaît une forte croissance et réclame un renouveau, dont ce territoire insulaire pourrait être le support. En ces lieux jugés ingrats, pourrait naître une ville contemporaine, dense, haute, décomplexée. Une île métropolitaine au cœur de la ville ancienne, à même de permettre la nouveauté et l’expérimentation dans une ville qui, fascinée par son histoire, a cessé d’exister au présent. 29

1000 m 30


Bandes «Toute persistance d’une situation qu’a fait désirer le principe du plaisir n’engendre qu’un bien être assez tiède, nous sommes ainsi faits, que seul le contraste est capable de nous dispenser une jouissance intense.» S.Freud / «Malaise dans la civilisation» Les emprises des anciennes industries, et les premières opérations de réhabilitation menées sur le site de la Bastide, ont en commun la manière dont elles s’implantent sur le territoire. Perpendiculaires au fleuve, les parcelles s’étendent généralement de la Garonne à la friche ferroviaire et occupent donc toute la largeur de l’ancienne zone industrielle. Ainsi, le paysage se constitue d’une succession de bandes, dont l’organisation, l’apparence et l’usage varient. Notre stratégie repose sur l’intensification et la mise en évidence de cette organisation latente. Elle vise à l’installation d’un réseau viaire découpant le territoire en bandes régulières et parallèles qui seraient chacune susceptibles d’être colonisées par des entités architecturales particulières. Ce principe permet de redonner une cohérence aux portions de territoire déjà construites en les intégrant à une logique d’ensemble, mais aussi d’organiser le chaos produit par l’immanquable profusion de styles que connaît l’architecture contemporaine.

1/ Ile

2/ Bandes

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Transformant un prévisible affrontement en principe unificateur, la trame rigide formée par les routes permettra à chaque bande de développer une forme originale tout en renforçant l’homogénéité de l’ensemble du nouveau morceau de ville. Habitués à la constance de leur ville de pierre, les Bordelais pourront ici vivre une nouvelle expérience urbaine basée sur la systématisation du contraste. L’idée d’une île de densité architecturale, suggère la création d’un vide de grande échelle qui serait à même d’offrir aux insulaires lassés de béton une rémission occasionnelle. Cet espace, un parc, prendrait ici la forme d’un anneau entourant l’île. En contact avec chacune des bandes du système, ce lagon remplirait autant la fonction d’antidote au traumatisme que pourrait être l’instabilité de la ville nouvelle que celle de joint de rupture entre un nouveau et un ancien système incompatible. Ce vide nécessaire pourrait accueillir toutes les activités qui s’épanouissent en dehors du champ architectural, et devenir un terrain d’échange entre habitants des systèmes rivaux. Il serait pour la ville dense, l’équivalent de la réunion de tous les jardins de la ville diffuse, l’avantage de la propriété étant remplacé par des possibilités d’activités décuplées

4/ Anneau

3/ Scenario

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150 m

Nous avons choisi de détailler notre projet sur une parcelle d’une dizaine d’hectares, située à la frontière entre l’ancienne zone industrielle et le quartier ouvrier de la Bastide. Autrefois lié à l’activité ferroviaire, le terrain, aujourd’hui en friche, est occupé par une série de hangars désaffectés, alignés le long des rails. Au regard de notre stratégie, cette parcelle occupe une position complexe à plusieurs titres : Située à l’extrémité sud de l’ancienne voie de chemin de fer, elle devra opérer la transition entre la portion minérale de l’anneau et le parc longiligne que deviendra, à terme, l’ancienne voie ferrée. Positionnée sur l’anneau, elle devra aussi jouer le rôle de séparation entre la ville nouvelle et la ville ancienne, et mettre en scène le contraste entre ces deux systèmes urbains. De par sa forme et sa position enfin, elle s’impose comme un espace méritant le statut de pôle, capable de proposer services et divertissements aux usagers de l’anneau. Ces problématiques, nous ont conduits à imaginer ici un espace à la fois transitoire et central, un lieu qui serait le théâtre d’une collision, celle de deux systèmes contradictoires, dont l’interpénétration créerait un terrain d’échanges et de rencontres, un champ de possibilités. 33

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Decoupages Dans sa longueur, le site est traversé par des voies de chemins de fer désaffectées qui se prolongent le long de l’anneau jusqu’au fleuve. Encore en bon état, ces voies ferrées pourraient permettre l’instauration d’un moyen de transport original à même de desservir chacune des bandes de l’île. A l’endroit précis de notre parcelle, ces rails nous on aussi paru être un moyen de proposer aux usagers de l’anneau un supplément programmatique. En effet, si l’on profite de la gare pour stocker scènes et écrans et des rails pour les déplacer facilement, des spectacles en plein air pourraient avoir lieu régulièrement sur le site. Face aux rails, nous avons choisi de prolonger le plus long des deux hangars occupant le site. Réhabilité, il dessinerait une limite lisible entre le parc de l’anneau et le quartier ouvrier et pourrait abriter tous les programmes nécessaires à la création d’un pôle de loisir.

1/ Exploitation du reseau férré

2/ Prolongation du hangar

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Du coté Ouest, la parcelle est en partie occupée par des bâtiments habités, nous avons choisi de poursuivre l’aménagement de cette moitié de parcelle selon un principe de lotissement semblable à celui qui a présidé à la création du quartier ouvrier de la Bastide. Le hangar devient ainsi une frontière entre le quartier ancien et l’île. Accolées à celui-ci, les maisons individuelles se servent du bâtiment comme d’un rempart, pour protéger leur intimité. En prolongeant les rues des quartiers existants de part et d’autre de la parcelle, les chemins du parc et les rues du lotissement font du hangar un lieu de convergence des perspectives. Découpé par ces mêmes axes, le hangar permet à qui le traverse dans sa longueur d’avoir la vision successive des rues de la ville nouvelle et de la ville ancienne.

4/ Axes

3/ Lotissement

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50 m

(2) (4) L’aménagement que nous proposons prend donc la forme de quatre bandes accolées et parallèles que sont le lotissement, le hangar, le parc et la voie ferrée. S’inscrivant dans la continuité de l’anneau, le parc se présente comme un espace support pour le hangar et les voies de chemin de fer. De son adéquation avec les programmes proposés par ces deux structures doit naître une congestion d’activités, qui ferait de ce lieu vide, un plein programmatique. Cet objectif est complété par la volonté d’une double mise en scène, qui serait à la fois celle de la rupture entre ville ancienne et la ville nouvelle, mais aussi celle de la continuité de l’anneau. Deux ambitions contradictoires mais non moins conciliables, puisqu’elles s’expriment dans des directions différentes. 37

(3)


Parc Le parc doit rester un espace vide, non construit. Saturé de traces, il suggère le déploiement des programmes contenus à l’intérieur de la gare et du hangar, auxquels il propose un support. Ainsi, lors des «spectacles ferrés» La foule pourra se tenir sur la colline engazonnée, (1) si il s’agit d’une projection de film, ou bien, pour un concert, se déplacer sur la surface bétonnée qui fait face à la gare (2). Le Lendemain, un marché prendra possession de ce vaste espace vide, qui, grâce à une trame de petites encoches métalliques, permettra un montage rapide des stands. Plus tard, les usagers de la bibliothèque (3) profiteront des mêmes encoches pour planter leur parasol, et s’installer sur la pelouse (4). Plus loin, les membres du club d’athlétisme (4) pourront s’entraîner sur les pistes (5), tandis que d’autres feront un tour de montgolfière (6), décocherons quelques flèches au club de tir à l’arc (7), ou travaillerons leur swing sur le practice (8). Du Nord au Sud, le parc veut relayer la portion minérale de l’anneau que constituent les allées Serres et l’espace végétal du «parc ferré» en maintenant au maximum le sentiment de continuité. Le premier effet de cette volonté se lit sur le sol même du parc, dont la texture varie progressivement. Conservé en l’etat contre les allées Serre s’est d’abords une vaste surface d’enrobé éclaircie par l’usure et le soleil, puis, plus loin, une surface d’enrobé neuve, plus foncée, qui devient par la suite une large pelouse.

Cette pelouse, rase et homogène au niveau des terrains de sport, s’épaissit et se diversifie à mesure que l’on continue d’avancer pour finalement prendre l’aspect d’un sol de sous- bois au niveau du pont qui marque l’entrée du «jardin ferré». Le passage d’un paysage urbain à un paysage plus champêtre, sera aussi marqué par la progressive déstructuration d’une trame géométrique. Cette trame, lisible à son état originel au niveau de la place de marché, voit sa régularité une première fois contrariée par le tracé des terrains de sport, qui tendent à la déformer. Plus loin, l’implantation des arbres tente de reprendre son dessin, mais à mesure que l’on continue de progresser, de nouvelles espèces d’arbres apparaissent, chacune respectant leurs propres trames d’implantation, déviés de la trame originel, de sorte qu’en arrivant a l’entrée du «jardin ferré», l’aspect du parc soit devenu semblable à celui d’un jardin publique. Si du Nord au Sud, nous avons cherché à minimiser les contrastes, d’est en ouest, l’objectif est contraire, puisque le but est de mettre en scène la rupture. Ainsi les chemins du parc prennent l’allure d’incisions pratiquées à travers le paysage, ignorantes du terrain, ces entailles traversent les différentes couches programmatiques sans se soucier de leur nature, et mettent le promeneur dans la peau d’un géologue, remontant les différentes strates sédimentaires, qui séparent la ville ancienne de la ville nouvelle.

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Le hangar marque la limite entre le quartier ancien et la ville nouvelle. Perceptible de l’extérieur comme une frontière entre ces deux territoires, il veut, dans son organisation intérieure, mettre en scène le passage de l’un à l’autre et exacerber leurs différences. La répartition de sa masse programmatique obéit à cet objectif en réintroduisant l’idée d’une confrontation entre deux systèmes à l’intérieur même du bâtiment. 41

1

1

Accueil

Crèche

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Projections

Serres

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Escalade

5

Club d’arts martiaux

Serres

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Bar

2

2

Bibliothéque Serres

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Serres

Serres

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5

6


Hangar Lorsqu’on l’observe de loin, le long hangar qui divise notre parcelle peut être perçu comme une masse homogène. En réalité, il est le résultat de l’addition de plusieurs bâtiments qui font de lui un ensemble fractionné. Réunis sur un socle commun, un quai en béton de 1m30 de haut, ces sous-hangars sont au nombre de six (huit avec ceux que nous ajoutons) et se différencient par la forme de leurs poteaux, de leurs fermes, et par conséquent, de leurs toits. Les axes Est- Ouest, déterminés précédemment, déterminent la largeur et la position des accès au quai, creusés dans le béton, ils prolongent les tracés existants à l’intérieur du bâtiment.

7

Fitness

Serres

8

9

Club d’atlétisme

Serres

10

11

Studios

Bains

Serres

13

Ecole de danse

Installation vidéo

Serres

15

Location de pédalos

12

Serres

Du coté Est, le sol du quai est creusé puis remblayé avec de la terre afin d’accueillir des jardins ouvriers. Ces jardins réutilisent la structure du hangar pour s’isoler à l’intérieur de serres et dessinent ainsi une façade régulière et translucide au bâtiment. Tourné contre la ville ancienne, ils reproduisent son mode d’organisation; répéter le même schéma à l’ infini afin d’obtenir un ensemble homogène. Du coté Ouest, des boites de formes variées sont disposées sur le quai, chacune abrite un équipement spécifique lié au loisir. Cet ensemble hétéroclite de petits bâtiments réunis à l’intérieur du hangar, fait lui écho à la ville nouvelle, puisqu’il juxtapose des éléments de formes et de programmes variés en vue de former un tout cohérent.

Ecole de musique

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Serres

Serres

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12

16

13

Galerie

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Practice 15

7

Salon de thé

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Serres

Club de tir à l’arc


Projet New Deal Pensé comme un parc métropolitain, le jumeau athénien du parc de la Villette de Paris, Le parc Tritsis n’a pas connu le destin que lui avaient imaginé ses concepteurs. Situé dans une zone périphérique peu dense de la capitale grecque, le parc est aujourd’hui presque semblable aux friches des quartiers défavorisés qui l’entourent. Dans un pays en crise et en l’absence de moyens importants, il parait difficile de croire que le parc puisse aujourd’hui connaître une métamorphose radicale et réendosser un statut métropolitain. Dans ce contexte, le projet New Deal envisage des solutions qui nécessiteraient peu d’investissements et consisteraient principalement a réorganiser l’énergie et les moyens actuellement investit dans le parc. L’abandon est la condition d’existence du parc Tritsis : Aucun moyen suffisant ne pouvant être alloué à l’entretien de sa vaste étendue, le parc est dans une certaine mesure contraint d’être abandonné. Mais cette situation n’est pas uniquement négative. D’une part bien sur, elle contribue a donner du parc l’image d’un no man’s land sans qualité, d’un lieu dégradé, voir dangereux, mais d’autre part aussi, elle confère au parc la dimension d’un lieu campagnard voir sauvage, impression que renforce la présence de nombreuses espèces d’oiseaux (Tritsis est en premier lieux un parc ornithologique) ainsi que les reliefs boisés bordant l’horizon du parc et dissimulant au promeneur la présence de la ville. De par sa condition précaire, le parc donne donc une impression double, à la fois celle d’un lieux délaissé et celle d’un lieux préservé. Partant de cette constatation, le projet vise à mettre en oeuvre les modifications nécessaires pour que s’opère un glissement dans l’image que renvoie le parc, afin qu’il cesse d’être perçu comme un lieu en friche pour être progressivement perçu comme un espace en partie «sauvage». D’un autre coté, Le projet veut remédier à ce qui semble être le problème majeur du parc, celui de sa colonisation par de nombreux acteurs aux logiques autistes, voir contradictoires, et dont les emprises privées ou semi-privées mite le parc, transformant celui-ci en un espace résiduel auquel la ville fait dos et dont les contours incertains ne sont que grillages et parkings. Là encore, un apparent défaut cache une richesse, car si aujourd’hui la présence de la plupart de ces acteurs ne profite pas au parc, voir joue pour lui un rôle négatif, ils n’en sont pas moins concernés par le destin du parc, liés par lui, et donc susceptible de trouver un meilleur équilibre, qui leur profiterait autant qu’il profiterait au parc. De ce point de vue, ce qui semble finalement faire le plus défaut à Tritsis, c’est un outil de gouvernance, une direction, capable d’amener ces acteurs a renégocier leurs rapports, et à diriger leur énergies dans le même sens. L’essentiel du projet a donc consisté a cartographier la présence de ces acteurs, a comprendre leurs intérêts, leurs attentes et leurs capacités, et à imaginer une séries d’arrangements, de «deals» qu’ils pourraient passer entre eux, afin d’engager une mutation plausible du parc Tritsis sur une quinzaine d’années. L’objectif étant que ces «deals» permettent à Tritsis de résorber son image de friche pour se transformer peu à peu en un domaine naturel préservé, entretenu et exploité pour partie par la somme de ses acteurs mais partiellement sauvage. En somme ce qu’il est presque déjà à l’état latent : un morceau de campagne en ville ponctué de programmes dédiés aux loisirs des citadins. 45


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Carte des acteurs /

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Deal 1 (2011-2016) /

_Le Centre commercial est le lieu le plus populaire jouxtant le parc. Cafés, Cinéma, Manèges... C’est le royaume du divertissement, mais il tourne le dos au parc, lui présentant ses parkings et se protégeant de lui par des grilles. Au fond du parking, à une cinquantaine de mètres derrière quelques oliviers, subsiste l’un des derniers programmes commerciaux du parc, un café-bar faisant face au Lac. A coté du café, un bâtiment abandonné, tagué, très symbolique du délabrement de Tritsis. Un premier deal pourrait être de proposer au centre commercial de lui céder le fragment de parc le séparant du café bar, en échange de quoi celui-ci s’engagerait a prolonger sa «promenade du divertissement» vers le Lac, et a réinvestir le bâtiment abandonné. Ainsi il s’ouvrirait enfin au Parc et profiterait de lui comme d’un jardin tout en participant à son animation, et à son entretien.

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Deal 2 (2011-2016) /

_L’un des problèmes majeur du parc est son accessibilité, il est clos par des grilles souvent inexplicables et bordé d’emprises privés interdisant le passage. La plus importante d’entre elles est la luxueuse propriété de monsieur Serpieri. C’est un acteur majeur de Tritsis et il n’est pas dénué de bonnes intentions (il prête par exemple ses potagers pour les ateliers de jardinage des écoles du quartier). Monsieur Serpieri, à qui le destin du parc incombe particulièrement, parait assez disposé a coopérer, c’est pourquoi il est envisageable de lui proposer le «deal» suivant : Permettre l’aménagement d’un passage entre ses potagers, et le corps principal de sa propriété en échange de quoi l’état lui céderait une partie en friche des jardins de l’orphelinat jouxtant son domaine, afin qu’il puisse y étendre ses vignes. Entre le corps principal de sa propriété et l’orphelinat serait aménagé un deuxième passage, favorisant l’accès au parc depuis les quartiers ouest.

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Deal 3 (2011-2013) /

_Serpieri cultive potagers et vignes, mais il possède aussi un champ d’oliviers et de très belles écuries. Face aux oliviers de Serpieri, de l’autre coté du canal qui traverse Tritsis, le champ d’oliviers du parc, inexploité et mal entretenu. Plus loin, près du lac, dissimulé par des bambous, un poney-club modeste. Deux fragments du parc qui font écho au domaine de Serpieri. La présence de ce champ d’oliviers et du poney-club peut inspirer un nouveau «deal». Il consisterait a proposer à Serpieri de bénéficier de l’exploitation du champ d’oliviers du Parc en collaborant avec l’école d’agronomie situé non loin. L’école pourrait qui plus est réinvestir un bâtiment abandonné tout proche. Serpieri apporterait ses moyens et son expertise, tout en entretenant cette partie du parc, en contrepartie il bénéficierait du fruit de la récolte. De la même manière, si le poney-club était déplacé à proximité de l’entrée du domaine de Serpieri le long de l’axe principal du parc que constitue le canal il gagnerait en visibilité, et pourrait collaborer et mutualiser ses moyens avec les écuries de Serpieri.

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Deal 4 (2011-2025)/

_En tant qu’agrément, le parc ne dispose que de très peu de moyens pour son entretien, son exploitation partielle en tant que terre agricole est en revanche plausible et permettrait que le parc maintienne son aspect «campagnard» tout en résorbant son image de friche. paradoxalement, ce sont aujourd’hui les friches entourant le parc qui sont jardinées. elles sont le refuge de familles défavorisées qui y élèvent leurs chèvres et cultivent des potagers. Ces familles, généralement logées dans de très mauvaises conditions, pourraient participer à l’entretien du parc tout en l’exploitant. Sur le coté ouest du parc, on pourrait ainsi imaginer que soit construit des logements sociaux bénéficiant de grands jardins donnant sur l’intérieur du parc. Ils permettraient de requalifier la frange ouest de Tritsis, particulièrement à l’abandon, tout en dessinant au parc une clôture plus avenante que les anciens grillages délabrés.

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Le parc Tritsis en 2025 /

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10 10 La condition de l’urbanisme Chinois

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I

Problématique :

La Chine compte par rapport à l’Europe dix fois moins d’architectes, contraints de construire dix fois plus, en dix fois moins de temps. Donc obligés d’être mille fois plus efficace. C’est le Constat Lapidaire que dresse Rem Koolhaas de la condition des architectes Chinois au XXI ème siècle et c’est une réalité qu’il est impossible d’éluder pour quiconque travaille dans ce pays. Sous les effets conjugués de la croissance démographique, de l’éclatement du noyau familiale, d’un exode rural encore en cours et de l’actualisation des normes de confort, la demande chinoise en bâtiments et surtout en logements n’a jamais été aussi importante et pressante. Le projet présenté ici veut tenir compte de cette réalité et tenter de répondre sérieusement à une question en apparence surréaliste : Comment prévoir en six mois l’aménagement d’une zone de 1720 hectares avec pour seul programme donné du logement social ? Un exercice de projet proposé par un professeur d’urbanisme de l’université de la ville de Hangzhou, dans le Nord Est de la Chine. Un exercice comme un autre dans le contexte chinois, semblable aux appels d’offres auxquels répondent les agences d’urbanisme du pays. Le paysage de la périphérie de Hangzhou dans laquelle se situe le site du projet reflète cette situation d’urgence. Il est mité par d’immenses emprises privatisées, généralement ceinte de murs, et systématiquement saturées par le même bâtiment, construit, 30,50,100 fois à l’identique et en un temps record. Ce paysage est un avertissement pour l’urbaniste étranger, il scande : Le générique est la condition sine qua non ! Ici impossible de dessiner un projet composé, comme on le ferai en France, il faut passer par la répétition du même, à plus forte raison quand il s’agit de la construction de logements sociaux qui doivent être très économiques. L’urbaniste Chinois doit être un urbaniste «fordiste» si il veut espérer arriver à loger la majorité de la population dans des conditions décentes. Nous avons donc chercher à être ces urbanistes fordistes et avons problématisé la question de l’exercice de la manière suivante : Comment concevoir une méthode d’aménagement qui en s’appuyant sur la construction en série et la standardisation, permettrait en six mois de projeter sur les 1720 hectares du site une ville économique et rapide à construire, sans que celle-ci soit homogène, acontextuelle, hermétique et sans saveur, comme le sont les agglomérats de clusters qui forment de plus en plus souvent la ville chinoise contemporaine ?

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0 10 La trame Agricole comme matrice pour la ville future

I

I

Scenario :

Le site proposé pour notre exercice est une longue bande de terres agricoles bordées d’un coté par le fleuve Yang-Tsé et de l’autre par une voie rapide qui fait le tour de la ville de Hangzhou. Long d’environs dix kilomètres, large de un à trois kilomètres, il est en majeur partie occupé par des champs, des pépinières et des bassins de pisciculture. Dans ce paysage agraire se sont développé quelques villages, généralement le long des axes de transport et des nombreux canaux qui traversent les champs. Ces terres agricoles sont organisées selon une trame orthogonale bien particulière : Dans un sens, des voies parallèles sont disposées à peu prés tous les 80 mètres, puis, perpendiculairement à ces voies, un maillage plus fin et plus irrégulier subdivise le terrain. Même si ce deuxième maillage parait irrégulier, il est en réalité régit par un système de proportions basées sur une unité de mesure chinoise, le «yin» qui fonctionne selon un module d’environs 35 mètres. En observant des vues satellites de ce territoire, nous avons été fasciné par le fait qu’il donnait une impression globale d’homogénéité, mais semblait criblé d’irrégularités et composé d’une multitude de lieux variés. En le parcourant à pied, nous eûmes la confirmation de ce pressentiment. Nous ne traversions pas un paysage répétitif, mais une série de situations uniques, bien que basées sur le même schéme. Il nous est alors apparut que si nous nous servions du dessin de ce tissu agricole comme base et comme inspiration pour concevoir le plan de notre gigantesque projet, nous produirions non seulement un projet minimisant les destructions et tirant le meilleur parti du site, mais aussi nous serions immunisés contre le risque de produire une ville monotone. Partant de là, pour satisfaire à notre ambition fordiste tout en étant contextuel, il nous fallait inventer un immeuble standard de logement social, mais adaptable aux déformations de la trame agricole, puis essayer de le passer au travers du tamis du site. Dans ce scénario, la chaire de la ville futur, l’immeuble de logement serait répéter non pas des centaines, mais des milliers de fois, ce qui en ferait une opération ultra-économique même dans le contexte chinois. Cependant, à la différence des opérations chinoises classiques, elle n’oblitérerait pas le contexte dans lequel elle s’implante mais le révélerait : En se calquant sur la trame existante, la masse homogène des futurs bâtiments servirait à la mise en scène du site, et exacerberait la presence de chacun de ses accidents, de ses couleurs les plus vives, de ses espaces les plus surprenants.

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SITE /

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1 km

problĂŠm

_ la ville chinoise

_ la condition de

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1 km


îles

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Les terres agricoles précédemment décrites couvrent une grande partie du site mais pas sa totalité. Or si P8 Hangzhou l’on veut définir un bâtiment type, parfaitement adapté et modulable en fonction du tissu agricole et ainsi viser une «généricité contextuelle», il ne serait pas pertinent de prétendre utiliser ce bâtiment dans les _processus zones ou le tissu agricole ne s’étend pas. D’autre part, certaines terres agricoles du site se trouvent dans des situations originales, et donc ont peut-être particulier. CONTEXTE ILES besoin elles aussi d’un traitement VILLAGES CONFETTIS En observant la périphérie de Hangzhou, on peut identifier certains traits remarquables de la ville chinoise telle qu’elle se construit aujourd’hui:

si on veut que la ville nouvelle n’oblitère pas totalement le territoire sur lequel elle s’installe il faut réfléchir à notre méthode d’aménagement en

n’imaginerai en europe.

palement dédié au logement social.

si l’on s’intéresse maintenant au tissu dit agraire, sur lequel nous décidons d’intervenir, se pose la question de ce qui peut et doit être con-

pour les mêmes raisons, certain bassins, dont la forme ou la situ

-grandes emprises, privatisées,et généralement ceintes de fonction d’un contexte bien précis . notre site étant encore principaleservé. les villages, nous ont paru mériter d’être sauvegardés, et ce à mériteraient eux aussi d’être co Nous murs. avons choisi d’exclure ces situations etoccupée lesparterres de notre zone de projet ment agraireparticulières la majeur partie de sa surface est des champs, non-agricole plusieurs titres : la ville futur -répétition du même bâtiment jusqu’à saturation de la parcelle. des bassins piscicoles et de petits villages. c’est donc en pensant à la -totale négation et oblitération de ce qui se trouvait là avant. transformation de ce type de terrains que nous avons choisi de définir _d’une part, il peuvent aisément être transformés en ensembles assez nous avons donc mis à jour le afin qu’elles bénéficient d’un aménagement spécifique. Ainsi, La «petitedenses montagne», les «bassins géants», le phénomène est le même partout dans les zones périphériques de la notre méthode d’aménagement. et intégrés à une logique urbaine. cela nous en avons la preuve ode. en d’autre termes, nous p région. puisque certains villages ont déjà vu la ville se construire autour d’eux et contexte dont nous parlons, pu les «bassins zig-zag», la «côte», le «quartier de tours» que l’on trouve sur le site... Deviendraient autant cette ville, qui recouvre rapidement la campagne, a d’évidents déau milieu de ce tissu homogène de champs, de bassins et de villagse sont naturellement adaptés à cette situation. ritoire, sur toute partie du site ho fauts, mais elle est néanmoins le reflet d’une réalités et de conditions es, émerge un certain nombre de situations particulières une méthode _ d’autre part bien sur, la conservation de ces villages serait intéressante particulières, car elles sont celles de figure la pratique de l’urbanisme et de d’aménagement adaptée aula tissu masse agraire, ne serait de pas adaptée à ville ces économiquement et écologiquement,sociaux. puisqu’elle permettrait d’éviter les les « de fragments faisant d’îles émergeant de la de logements Dans l’architecture en chine. situations. nous avons donc choisi de les exclure de la zone sur laquelle destructions et les indemnisations exorbitantes qui sont généralement projeter notre méthode pour en faire des « îles urbaines » soumisent à versées aux habitants délogés. villes de logement social » que projette lemodes gouvernement Chinois environ 1/3 terrains sont les effets cumulés de la croissance démographique et d’une exode rud’autres d’aménagements. _Enfin ces villages des sont des ensembles complexes, irréguliers,revendus diversiral encore en cour entrainent une masse de demandes en bâtiments à fiés, colorés, et dont la construction s’est étalée dans le temps, s’ils laquelle les architectes trop peu nombreux, ne peuvent répondre que par dans les « villes de logements social » que projette le gouvernement conservés ils créeraient ruptures fortesprojet, dans le paysage les de à des investisseurs privés. Ces ventes permettent de financer le reste duétaient projet. Dansdes notre îles ces solutions de démultiplication acontextuelle. chinois environ 1/3 des terrains sont revendus à des investisseurs privé. la ville future et agirait comme des antidotes à sa régularité et à son hoEn un sens, notre exercice reflète cette réalité, puisque il vise à Ces ventes permettent de financer le reste du projet. Dans notre projet, mogénéité. rempliraient cette fonction. l’élaboration d’une «ville de logement social» à une échelle que personne les iles rempliraient cette fonction. le reste du terrain serait donc princi-

ces «villes-nouvelles», le gouvernement chinois a prévu d’en implanter de nombreuses à la périphérie des grands centres urbains, elles regroupent des populations pouvant aller jusqu’à trois cent milles habitants et doivent parfois être dessinée en moins de 6 mois. ainsi, si l’on veut répondre a l’exercice en se plaçant dans la peau d’architectes chinois, on voit qu’il est impossible de proposer un projet urbain «dessiné» comme on le ferait en France. ici, l’urbanisme de composition est voué à l’échec. il faut passer par d’autre voies. 1/La voie que nous avons choisie est celle de la définition d’un processus d’aménagement du territoire, qui en s’appuyant sur des règles précises, permettrait une conception quasiment automatique du projet urbain. tout en évitant les avatars de la ville chinoise actuelle. ceci nous amène à la reformulation de la question posée qui devient pour nous: «Comment définir une méthode d’aménagement du territoire de la périphérie de Hangzhou, qui permette une conception et une construction rapide du projet urbain tout en évitant de créer une ville acontextuelle, homogène, imperméable, privatisée...».

1 km

Maillage agricole exista

industries

parc d’attractions

_La «petite montagne», l’une des «îles» devant être soumise à un mode d’aménagement particulier. 60


confettis

On l’a dit, les conditions de l’urbanisme chinois nous contraignent a utiliser la standardisation et la construction en série. Avec le principe des îles on entrevoit cependant que cette contrainte peut aussi être l’occasion de proposer une expérience urbaine basée sur le contraste entre générique et particulier. Dans ce scénario urbain, la chaire de la ville est devenu plus homogène qu’elle ne l’a jamais été et duplique le même VILLAGES immeuble des centaines de fois.CONFETTIS Cependant, dès lors qu’on impose des limites à sa généricité et RESEAU VIAIRE qu’on ménage à l’intérieur de la ville des espaces et bâtiments «autres», des îles émergent et s’imposent ère pas totalement le territoire sur si l’on s’intéresse maintenant au tissu dit agraire, sur lequel nous dépour les mêmes raisons, certains champs, certaines pépinière, certains comme le territoire sur lequel il nous est demandé de travailler est encore au nord nous prolongeons les voies existantes d pour certaines déjà en cour de construction notre méthode d’aménagement en cidons d’intervenir, se pose la question de ce qui peut et doit être conbassins, dont la forme ou la situation présente des qualités particulières, majoritairement agricole, le réseau d’infrastructure y est pour l’instant notre site étant encore principaleservé. les villages, nous ont paru une mériter d’être sauvegardés, et ce à mériteraient eux aussi d’être conservés tant qu’espaces dans quasiment elles inexistant. assènent une claque à -nous à la perception avec force démultipliée. Uniques auen sein duvertsgénérique, la mettons en place une Boucle de 8 voies rface est occupée par des champs, plusieurs titres : la ville futur cependant même si la distribution du territoire n’est pas aujourd’hui ascoté la côte et de l’autre double le tracé de la « r fait le tour de la ville. sur la côte une voie de tra lages. c’est donc en pensant à la surée celui ci est organisé et découpé selon la logique agricole. conscience du passant anesthésié par la répétitions. Dans l’écrin que la ville forme autour d’elles, ces îles s que nous avons choisi de définir _d’une part, il peuvent aisément être transformés en ensembles assez nous avons donc mis à jour les limites de la projection de notre méthau centre ville pourrait (devrait) aussi être prévue intégrés à une logique urbaine. cela nous en avons la preuve ode. en d’autre termes, nous proposons une méthode qui, au vue du partir du dessin de la trame agricole pour l’implantation du réseau viaire -des 6 voies perpendiculaires au fleuve raccorde brillentdenses deetcertains tout leur nous parait intéressant pour deux raisons : de la boucle. elles sont disposées environs tout l puisque villages ont déjàéclat. vu la ville se construire autour d’eux et contexte dont nous parlons, puisse être projetée sur l’ensemble du ter-

champs, de bassins et de villaguations particulières une méthode raire, ne serait pas adaptée à ces les exclure de la zone sur laquelle des « îles urbaines » soumisent à

se sont naturellement adaptés à cette situation. _ d’autre part bien sur, la conservation de ces villages serait intéressante économiquement et écologiquement, puisqu’elle permettrait d’éviter les destructions et les indemnisations exorbitantes qui sont généralement versées aux habitants délogés. _Enfin ces villages sont des ensembles complexes, irréguliers, diversifiés, colorés, et dont la construction s’est étalée dans le temps, s’ils étaient conservés ils créeraient des ruptures fortes dans le paysage de la ville future et agirait comme des antidotes à sa régularité et à son homogénéité.

ritoire, sur toute partie du site hors de ces éléments conservés.

-cela rendrait possible la conservation d’un maximum de villages, de champs, de bassins. -cela permettrait aussi d’envisager l’implantation de la ville futur comme un phénomène d’urbanisation au cour duquel une pratique agricole du territoire pourrait coexister avec une ville encore en devenir.

ement entre les villages.

en œuvre des rues de une à deux voies, donc aisément accordables aux rues des villages.

suffisamment petit pour n’être desservi que par d voies.

le parcellaire agricole est découpé en lots de

l’écartement est régulier dans un sens -en moy Les «confettis» veulent reproduire cette expérience a une échelle réduite. ils servent de disjoncteurs de dans l’autre sens. (cf zoom) pour mettre en place un réseau viaire secondaire cette solution permettrait aussi de dessiner des parcelles plus petites le plus simple serait de reprendre les axes existan monotonie et permettent des respirations à l’intérieur de la masse de la ville. Ce sont Des vides conservés tel pour tracer un maillage régulier, et de tracer un al » que projette le gouvernement et donc de favoriser une mixité social et d’usage ainsi que d’éviter evendus à des investisseurs privé. les grandes emprises privées et hermétiques. le deuxième avantage les 160 mètre dans l’autre sens. existent aujourd’hui ou réaménagés qui criblent la nappe urbaine d’espaces des parcelles d’une dimension moyenne de 80 reste du projet. Dans notrequ’ils projet, qu’aurait le dessin d’unsinguliers, maillage serré serait qu’il de mettraitsurprises... principalement reste du terrain serait donc princi-

1 km

_réseau actuel

_proposition pour le réseau future

Maillage agricole existant

industries

parc d’attractions

_Un bassin, entouré de fleurs, qui pourrait être conservé en tant que «confetti» 61

projection du reseau viaire second


1

villages

De nombreux villages sont présent sur le site. Composés de grosses maisons familiales et de quelques bâtiments communautaires, Ils forment des ensembles complexes, irréguliers et très bigarrés. Ces villages se fondent dans la trame du tissu agricole, si le nouveau plan de ville respectait cette trame, il pourrait donc les cessus intégrer aisément. Leur intégration à un cadre urbain est de plus plausible puisque certains villages un peu au nordILES du site ont déjà vu la ville se construire densifiés et adaptés E VILLAGES autour d’eux et se sont naturellement CONFETTIS RESEAU VIAIRE riphérie de Hangzhou, on peut identifier certains traits on veut que la ville nouvelle n’oblitère pas totalement le territoire sur si l’on s’intéresse maintenant au tissu dit agraire, sur lequel nous dépour les mêmes raisons, certains champs, certaines pépinière, certains comme le territoire sur lequel il à cette silequel situation. a ville chinoise telle qu’elle se construit aujourd’hui: elle s’installe il faut réfléchir à notre méthode d’aménagement en cidons d’intervenir, se pose la question de ce qui peut et doit être conbassins, dont la forme ou la situation présente des qualités particulières, majoritairement agricole, le ré

P8 Hangzhou

emprises, privatisées,et généralement ceintes de

fonction d’un contexte bien précis . notre site étant encore principalement agraire la majeur partie de sa surface est occupée par des champs, des bassins piscicoles et de petits villages. c’est donc en pensant à la transformation de ce type de terrains que nous avons choisi de définir notre méthode d’aménagement.

servé. les villages, nous ont paru mériter d’être sauvegardés, et ce à plusieurs titres :

mériteraient eux aussi d’être conservés en tant qu’espaces verts dans la ville futur

quasiment inexistant. cependant même si la distribu surée celui ci est organisé et d

La conservation de ces villages présenterait deux avantages. D’une part elle permettrait de créer des partir du dessin de la trame ag nous parait intéressant pour de ruptures fortes dans paysage la ville future et agirait comme une injection de contraste en proposant au milieu de ce tissu homogène le de champs, de bassins et de de villag-cela rendrait possible la cons es, émerge un certain nombre de situations particulières une méthode champs, de bassins. d’aménagement adaptée au tissu univers. agraire, ne serait pas adaptée à ces part elle serait bien sur intéressante écologiquement, économiquement -cela permettrait aussi d’envis aux citadins un autre D’autre situations. nous avons donc choisi de les exclure de la zone sur laquelle un phénomène d’urbanisation projeter notre méthode pour en faire des « îles urbaines » soumisent à territoire pourrait coexister ave et socialement, puisqu’elle minimiserait les destructions et permettrait de maintenir une bonne condition de de la croissance démographique et d’une exode rud’autres modes d’aménagements. entrainent une masse de demandes en bâtiments à cette solution permettrait aus ctes trop peu nombreux, ne peuvent répondrevie que parpour dansdes les « villes de logements social » que projette le gouvernement et donc de favoriser une mi milliers de personnes. émultiplication acontextuelle. chinois environ 1/3 des terrains sont revendus à des investisseurs privé. les grandes emprises privées

du même bâtiment jusqu’à saturation de la parcelle. ation et oblitération de ce qui se trouvait là avant. le même partout dans les zones périphériques de la

couvre rapidement la campagne, a d’évidents dét néanmoins le reflet d’une réalités et de conditions lles sont celles de la pratique de l’urbanisme et de hine.

e exercice reflète cette réalité, puisque il vise à «ville de logement social» à une échelle que personne rope.

Ces ventes permettent de financer le reste du projet. Dans notre projet, les iles rempliraient cette fonction. le reste du terrain serait donc principalement dédié au logement social.

_d’une part, il peuvent aisément être transformés en ensembles assez denses et intégrés à une logique urbaine. cela nous en avons la preuve puisque certains villages ont déjà vu la ville se construire autour d’eux et se sont naturellement adaptés à cette situation. _ d’autre part bien sur, la conservation de ces villages serait intéressante économiquement et écologiquement, puisqu’elle permettrait d’éviter les destructions et les indemnisations exorbitantes qui sont généralement versées aux habitants délogés. _Enfin ces villages sont des ensembles complexes, irréguliers, diversifiés, colorés, et dont la construction s’est étalée dans le temps, s’ils étaient conservés ils créeraient des ruptures fortes dans le paysage de la ville future et agirait comme des antidotes à sa régularité et à son homogénéité.

nous avons donc mis à jour les limites de la projection de notre méthode. en d’autre termes, nous proposons une méthode qui, au vue du contexte dont nous parlons, puisse être projetée sur l’ensemble du territoire, sur toute partie du site hors de ces éléments conservés.

qu’aurait le dessin d’un maillag en œuvre des rues de une à de rues des villages.

es», le gouvernement chinois a prévu d’en implanter a périphérie des grands centres urbains, elles regrouns pouvant aller jusqu’à trois cent milles habitants et e dessinée en moins de 6 mois.

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_réseau actuel

Maillage agricole existant

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_L’un des villages, bordé de bassins. 62


Reseau viaire Comme le territoire sur lequel il nous est demandé de travailler est encore majoritairement agricole, le réseau d’infrastructure y est pour l’instant quasiment inexistant. Pour étalonner le besoin en voies carrossables de la ville futur nous avons étudié le réseau du centre-ville de Hangzhou, celui du centre de Shanghai, du centre de Paris, et de la banlieue de Chicago. nous avons ainsi déterminé un maillage viaire légèrement moins performant que celui du centre de Hangzhou, mais tout de même capable de distribuer une ville dense : Ce réseau viaire s’appuierait sur une superstructure de très larges routes (6 à 8 voies) et reprendrait ainsi une des caractéristiques des réseaux que nous avons observé à Shanghai et Hangzhou, en revanche, à la différence des réseaux de ces deux villes, il serait repris par un maillage resserré de petites routes (1 à 3 voies) et présenterait donc deux avantages : d’une part il imposerait que le territoire soit divisé en parcelles plus petites et permettrait ainsi d’éviter que de grandes emprises privées et hermétiques accaparent des pans entier de la ville. D’autre part il faciliterait le raccordement des voies nouvelles aux petites voies traversant les villages qui souvent ne peuvent pas être élargies. Pour construire ce réseau nous mettons en place une Boucle de 8 voies dont le tracé suit d’un coté la côte et de l’autre double le tracé de la « ring road » aérienne qui fait le tour de la ville. Perpendiculairement au fleuve, des 6 voies raccordent les deux grands axes de la boucle, elles sont disposées environs tout les milles mètres, exactement entre les villages, et reprennent ainsi l’espacement relevé entre les grandes voies du centre de Shanghai et de Hangzhou. Le parcellaire agricole est découpé en séries de bandes parallèles dont l’écartement est régulier dans un sens (en moyenne 80 mètres) et irrégulier dans l’autre. Le réseau viaire secondaire (2 à 3 voies) reprendrait ce tracé régulier et repartirait ses voies parallèlement tout les 80 mètres. le réseau viaire tertiaire (1 à 2 voies) serait perpendiculaire au réseau secondaire et reprendrait lui l’écartement irrégulier du maillage agricole en essayant toutefois de respecter un écartement moyen de 160 mètres. Quelques voies du réseau viaire secondaire permettrait elles aussi des passage transversaux, notamment près des villages pour éviter l’engorgement de la circulation.

ETTIS

CONFETTIS

RESEAU VIAIRE

RESEAU VIAIRE

audemandé nord nous voies existantes au nord dontnous les extensions prolongeons sont les voies existantes dont les extensions sont mêmes ire, surraisons, lequel nous certains dé-champs,pour certaines les mêmes pépinière, raisons, certains certains champs, comme certaines le territoire pépinière, sur lequel certains il nous est demandé commedeletravailler territoireest surencore lequel il nous est deprolongeons travailler est les encore ont ui peut la forme et doit ou être la situation con- présente bassins, des qualités dont la particulières, forme ou la situation présente majoritairement des qualités agricole, particulières, le réseau d’infrastructure majoritairement y est pour agricole, l’instant le réseau d’infrastructure pour certaines ydéjà esten pour courl’instant de constructionpour certaines déjà en cour de construction -nous mettons en place une Boucle de 8 -nous voies dont mettons le tracé en place suit d’un une Boucle de 8 voies dont le tracé suit d’un nt e sauvegardés, eux aussi d’être et ce conservés à enmériteraient tant qu’espaces eux aussi verts d’être dans conservés quasiment en tant qu’espaces inexistant. verts dans quasiment inexistant. la côte et de doubleasle tracé decoté la « la ring côte road et » deaérienne l’autre double qui le tracé de la « ring road » aérienne qui r la ville futur cependant même si la distribution du territoire cependant n’est pas même aujourd’hui si la distribution asdu coté territoire n’est pasl’autre aujourd’hui le tour de la ville. sur la côte une voie de faittram le tour quide relierait la ville.notre sur site la côte une voie de tram qui relierait notre site surée celui ci est organisé et découpé selon surée la logique celui ciagricole. est organisé et découpéfait selon la logique agricole. ns és donc en ensembles mis à jourassez les limites denous la projection avons donc de notre mis méthà jour les limites de la projection de notre méthau centre ville pourrait (devrait) aussi être prévue. au centre ville pourrait (devrait) aussi être prévue. -desl’implantation 6 voies perpendiculaires au fleuve raccordent -des 6 voies les deux perpendiculaires grands axes au fleuve raccordent les deux grands axes nous ’autreentermes, avons la nous preuve proposons une ode.méthode en d’autre qui,termes, au vuenous du proposons partir une du méthode dessin dequi, la trame au vue agricole du pour l’implantation partir du dessin du réseau de la trame viaireagricole pour du réseau viaire de la: boucle. elles sont disposées environsde tout la les boucle. milleselles mètres, sontexactdisposées environs tout les milles mètres, exactonstruire ont nous autour parlons, d’eux puisse et être projetée contexte surdont l’ensemble nous parlons, du ter-puisse être nous projetée parait sur intéressant l’ensemble pour dudeux ter- raisons : nous parait intéressant pour deux raisons toute partie du site hors de ces éléments ritoire, surconservés. toute partie du site hors de ces -celaéléments rendrait conservés. possible la conservation d’un -cela maximum rendrait de possible villages, la conservation de ement d’un entre maximum les villages. de villages, de ement entre les villages. champs, de bassins. champs, de bassins. ages serait intéressante le parcellaire agricole est comme découpé en lots lede parcellaire bandes parallèles agricole est dont découpé en lots de bandes parallèles dont e permettrait d’éviter les -cela permettrait aussi d’envisager l’implantation -cela permettrait de la ville futur aussicomme d’envisager l’implantation de la ville futur qui sont généralement un phénomène d’urbanisation au cour duquel un phénomène une pratiqued’urbanisation agricole du au courl’écartement duquel uneest pratique régulier agricole dans un du sens -enl’écartement moyenne 80mest régulier et irrégulier dans un sens -en moyenne 80m- et irrégulier territoire pourrait coexister avec une ville encore territoire en pourrait devenir. coexister avec une ville dans encore l’autreensens. devenir. (cf zoom) dans l’autre sens. (cf zoom) exes, irréguliers, diversipour mettre en place un réseau viaire secondaire pour mettre à partir ende place cette untrame réseau viaire secondaire à partir de cette trame le plus simple serait de plus reprendre le plus simple écartés serait de 80 demètres reprendre les axes existants écartés de 80 mètres ée dans le temps, s’ils cette solution permettrait aussi de dessiner cette dessolution parcelles permettrait plus petites aussi de dessiner des parcelles petitesles axes existants pourettracer un maillage régulier, pour une tracer rue en un moyenne maillage régulier, tous et de tracer une rue en moyenne tous tes dans le paysage de et donc de favoriser une mixité social etet d’usage donc deainsi favoriser que d’éviter une mixité social d’usage ainsi que d’éviteret de tracer a régularité et à son holes grandes emprises privées et hermétiques. les grandes le deuxième emprises avantage privées et hermétiques. les 160 mètre le deuxième dans l’autreavantage sens. les 160 mètre dans l’autre sens. parcelles d’uneprincipalement dimension moyenne des de 80x160 parcelles aurait d’une un dimension gabarit moyenne de 80x160 aurait un gabarit qu’aurait le dessin d’un maillage serré serait qu’aurait qu’il mettrait le dessin principalement d’un maillage serrédes serait qu’il mettrait suffisamment petitaccordables pour n’être desservi que suffisamment par des routespetit de une pourà n’être deux desservi que par des routes de une à deux en œuvre des rues de une à deux voies, donc en œuvre aisément desaccordables rues de uneaux à deux voies, donc aisément aux rues des villages. rues des villages. voies. voies.

_Reseau viaire existant :

1 km

_réseau actuel

63

_réseau actuel

_Reseau projeté :

_proposition pour le réseau future

1_proposition km pour le réseau future


0

1 km

_Parcellaire agricole / Réseau secondaire

1 km

_La superstructure du reseau viaire projeté sur le site avec en gris foncé, les îles, les confettis et les villages et en gris clair les parties du site qui serviront de support à notre opération de ville «générique-contextuelle». 64


Définition d’un bâtiment type /

En nous renseignant sur le cadre de production de la ville en Chine, nous avons acquis la conviction que notre projet devait passer par la construction en série d’un bâtiment type si il voulait être réaliste dans le contexte Chinois. Lors de notre voyage là-bas, nous avons pu observer la ville chinoise contemporaine et voir défiler ses clusters, couvert du même bâtiment, des dizaines et des dizaines de fois. Mais nous avons aussi pu nous rendre compte que certaines zones de cette ville de bâtiments clones pouvaient ne pas être monotone et prendre conscience d’un décalage parfois insoupçonnable entre l’impression que donnait les vues satellites et le ressenti que l’on avait en parcourant les rues. La vitalité de la rue chinoise et l’incroyable faculté d’appropriation dont font preuve les chinois était la raison de ce décalage et dans certains quartiers, le générique avait en fait été rongé par les initiatives individuelles : Balcons transformés en véranda, invasion de plantes jusque sur les climatiseurs, extensions tout azimuts, étendoir à linge hérissant les façades, stores colorés, coins de rue jardinés, magasins et ateliers colonisant les trottoirs etc... En ces lieux, les immeubles n’étaient que des supports destinés à être transformés. Se succédant, identiques dans leurs proportions et leur disposition, ils faisaient figure de squelettes sur lesquels s’agglomérait la chaire de la ville en opérant milles variations. Forts de cette constatation, nous avons voulu définir notre bâtiment type pour qu’il permette à ses futurs habitants d’utiliser au maximum l’appropriation et la personnalisation comme antidote au traumatisme de la perte d’individuation que provoque l’habitat générique. Nous n’ambitionnions alors pas de gommer toute généricité, tâche impossible, mais de permettre que des situations diverses prennent place dans un même cadre et ainsi d’éviter que la ville confère à ceux qui l’habite un sentiment d’ennui . Ce faisant, nous pensions «domestiquer» et rendre vivable la ville générique, sans toutefois annuler son homogénéité, garante de l’expérience que nous nous proposions d’instaurer à l’échelle du site entier, (cf principes des îles, des villages et des confettis). Ainsi, en partant de l’observation de ces quartiers «génériques-appropriés», nous avons pu commencer a définir un bâtiment type, dont le développement est ici résumé par étapes de 1/ Enclos à 12/ Modularité.

_Les rues appropriées des quartiers génériques de Ningbo, Shanghai et Hangzhou 65


1/ Enclos La pratique de la ville chinoise suggère depuis toujours des espaces clos, semi-privé, affiliés à un petit groupe de bâtiments. Si le principe du cluster est regrettable quand il donne lieux à d’immenses emprises hermétiques il peut être avantageux dans le cas de petites emprises. Dans les quartiers populaires ces clusters restent généralement accessible le jour et ne ferment que la nuit. Ainsi il permettent une appropriation aisée du sol par leur petite communauté d’habitants, sans nuire à la porosité de la ville. C’est une caractéristique que nous avons voulu reprendre pour notre bâtiment en partant du principe qu’il devrait se développer à l’intérieur d’un enclos à quatre entrées. Cet enclos serait constitué par une accumulation de bâtiments bas (1 niveau) abritant les magasins et ateliers qui font l’animation de la rue chinoise, il reprendrait les proportions des parcelles définies par notre réseau viaire (en moyenne 80 par 160 mètres).

80 m

160 m

2/ densité Si elle veut respecter les enjeux de la condition urbaine chinoise, la ville que nous projetons doit être dense. Certains quartiers que nous avons observé, par exemple dans le centre ville de Hangzhou, avaient un cos moyen d’environ 3. Nous visons une ville dense, mais légèrement moins dense que celle du centre, notre objectif est donc d’avoir un cos minimum de 2.5. (voiries comprises dans le calcul) 14 m

10 m

COS centre-ville = 3 COS objectif = 2.5

3/ morphologie La ville que nous devons projeter est en grande partie composée de logements sociaux qui, en Chine, s’adressent principalement aux personnes âgées. Il faudrait donc éviter d’avoir des cages d’escaliers sans ascenseurs, mais aussi essayer de mutualiser au maximum ces ascenseurs qui sont un luxe en Chine. Partir sur la définition d’un modèle de tours pourrait donc être perspicace mais pose problème. D’une part parce qu’en délimitant des enclos semi-privés, nôtre projet voudrait privilégier un rapport direct entre le logement et la cour définit par l’enclos qui devient difficilement envisageable si l’on prévoit de construire des tours. Ensuite parce que le modèle de la tour implique de ne construire que des logements mono-orientés, or étant donné les problèmes de ventilation que semble connaître la plupart des bâtiments dans cette région de la Chine, il serait préférable d’avoir des logements traversants qui permettraient une ventilation naturelle. Si l’on veut mutualiser les ascenseurs, établir un rapport privilégié entre les logements et la cour et avoir des logements traversants le mieux serait donc de partir sur un modèle de barres de 7 à 8 étages desservies par des coursives. 66


4/ Coursives La coursive est un mode de distribution qui pose question, cependant elle paraît assez adapter à la culture Chinoise. D’abord parce que les Chinois partagent et s’approprient très facilement les espaces communs, et extérieurs (que ce soit pour jardiner, cuisiner, faire sécher des légumes...) Ensuite parce que leurs exigences en matière d’intimité sont bien moins grandes qu’en Europe. Ainsi, si on respecte certaines conditions les coursives de nos futurs bâtiments pourraient avoir un statut semblable à celui des petites cour bétonnées des villages de notre site, ou des toits-terrasse appropriés des immeubles de Hangzhou.

5/ Cheminement sur la Coursive Si l’on se penche sur la manière dont les habitants vont parcourir la coursive pour rentrer chez eux, on s’aperçoit que dans le cas d’une série de barres reliées sur un coté par une coursive, les appartements du coté de la coursive seraient nettement désavantagés. En essayant d’équilibrer au maximum le nombre de passages sur les coursives on aboutit au modèle d’une sorte de double croix « svastika ». Ce modèle permettrait d’économiser 150 mètres de linéaire de coursives par étages et repartirait au mieux les flux de passages. Il est aussi plus intéressant dans la mesure où il permet d’avoir des cours différentes par leur taille et leur orientation. De plus, si elle était répétée cette double croix créerait des rues qui paraîtraient moins monotone que celles produites par un modèle de barres parallèles. Nombre de passages devant chaque appartements

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2/Définition D’un bâtiment type 6/ Ensoleillement _ Trame urbaine

_ Enclos moins une demi-heure A Hangzhou, pour un bâtiment de 7 étages, si l’on veut avoir un ensoleillement d’au _ Densité minimum _ Ascenseurs pour les appartements du premier étage le jour du 21 décembre, le prospect minimum doit être de 27 mètres _ Traversant _ Souplesse dans la direction nord-sud et de 11 mètres dans la direction est-ouest. Cette prescription entraîne une légère _ Flux Formes des Cours déformation de la double croix. Pour optimiser encore l’ensoleillement certaines __barres pourraient aussi ne Profil des rues _ Ensoleillement comporter que 4 à 6 étages.

7/ Nature des cours L’espace semi-privé des cours suppose certains usages sans lesquels la vie dans la périphérie de Hangzhou ne se conçoit pas, le premier d’entre eux est le jardinage que la classe populaire pratique intensément, non par passion, mais par nécessité. Prévoir dans les cours certains espaces dédiés à des potagers nous a paru primordial, ainsi au moins 50 % des vides à l’intérieur de l’enclos (préférentiellement les cours au sud ou à l’ouest) devraient être aménagés en jardin. D’autres pratiques urbaines (petits marchés, basket-ball, placette ou l’on joue au majong) ont elles besoin d’une surface en «dur» (asphalté, bétonné...) Nous avons donc prévu un ratio de 25 % de surfaces en «dur» . Enfin si l’on veut des parkings suffisants et limités à deux niveaux il faut leur réserver les derniers 25 % de l’espace de l’enclos. Surface en dur

Jardins

Parking

Surface en dur

Bassin

Jardins

8/ Bassins d’orages Le territoire sur lequel nous construisons est une zone très inondable soumise à des précipitations très importante et aujourd’hui couverte de bassins piscicoles. Construire une ville sur un pareil terrain suppose que certaines précautions soient prises. Prévoir que chaque parcelle ait son propre bassin de rétention d’eau serait un moyen d’éviter que la ville soit inondée à chaque orage et permettrait de plus de faire des économies sur les réseaux d’égouts. En moyenne 25 % de l’espace des jardins devrait être dévolu à un bassin d’orage, bassins qui pourraient qui plus est permettre un peu de pisciculture. 68


9/ Solariums Nous avons précisé que nos logements seraient traversants et desservis par un système de coursives. En plus de ce dispositif où les coursives seront le long des façades nord et est, nous proposons d’ajouter une structure légère sur les façades orientées au sud et à l’ouest, faisant office de solarium pour chaque appartement. Pendant les mois chauds et humides, le solarium devient une pièce supplémentaire a considérer comme une véritable extension des salons et des chambres qui s’y ouvrent. Pendant les mois froids, le solarium fermé fait office de serre, la masse thermique du bâtiment stock la chaleur puis la rediffuse progressivement au cours de la nuit. Le solarium autorise donc à la fois la ventilation naturelle et le chauffage solaire passif. Dans le cadre budgétaire limité du logement social, c’est aussi l’occasion d’un espace en plus, pratique et relativement confortable pour un coût modéré.

10/ Duplexes Au delà de la plus-value spatial qu’ils induisent par nature, Les duplexes présentent pour notre bâtiment deux avantages : En occupant les extrémités des branches, ils suppriment le besoin d’une coursive sur ces segments un étage sur deux. Sans coursives, les étages des duplexes utilisent pleinement la double orientation avec des chambres orientées de part et d’autre du bâtiment. Combinés avec des logements de plus petites tailles, ils permettent à ces derniers d’avoir des plans en L avec une part de façade bien orienté plus importante.

_Cette coupe perspective de notre bâtiment montre une façade est et une façade sud, donc une façade alternant les coursives et duplexes et l’autre recevant la structure légère des solariums

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11/ types d’appartements Notre bâtiment sera répété de très nombreuses fois, cela implique qu’il propose une diversité suffisante de logements pour répondre à toutes les attentes. Comme la demande majeure pour le logement social est celle d’une famille de trois à quatre personnes, 40% des appartements sont des 3 et 4 pièces. Le reste allant des surfaces plus petites (studio et 2 pièces) jusqu’à des logements plus originaux de vie en collectivité alliant des chambres individuelles, une cuisine et des espaces de vie communs. Chaque module type compte : 215 appartements, 580 habitants et 216 places Parking (ce qui est beaucoup par rapport aux La proportion de chacun des types d’appartements est la suivante : normes chinoises) Studio 12% / 2 pièces 30% / 3 pièces 20% / 4 pièces 20% / 5 pièces 12% / 6 pièces 6%

12/ Modularité Par souci d’économie notre bâtiment respecte une trame régulière de 5,5 mètres par 11 qui facilite l’implantation du parking. Les séparations entre chaque appartements respectent cette trame et à certains endroits une demi trame de 2,75 mètres. Les noyaux de circulations étant au centre du bâtiment, et se développant radialement, on peut en supprimant les appartements situés aux extrémités des coursives progressivement affiner le bâtiment, sans avoir a retravailler son dessin et sans que cela ne le rende plus difficile à mettre en oeuvre. Cette modularité nous est très utile car elle permet de faciliter l’implantation de notre bâtiment standard sur la trame agricole du site, et de l’adapter aux décalages que celle-ci impose parfois. En partant de ce principe, nous avons développé un tableau de module de notre bâtiment type. Ces modules peuvent compter jusqu’à 20 longueurs de trame de moins ou deux de plus dans la largeur du bâtiment et jusqu’à quatre longueurs de plus dans sa longueur. C’est de ce tableau dont on devra se servir pour dessiner rapidement le plan général de la ville. Comme notre bâtiment peut se séparer des appartements situés en bout de coursive, il peut aussi être facilement tronqué dans le cas de parcelles exceptionnelles ayant des angles biseautés. _Le module de base : 143/68 m

_Les possibilités de tronquage du module en fonction des déformations de la parcelle :

70


Plan rdc /

_boutiques

_cour bétonnée

_Jardin

_parking niveau 0

_bassin

143m

_cour bétonnée

71


Plan r+1 et r+3 /

_Duplex 4P A

_Duplex 4P B

(82+39=121m2)

(98+35=133m2)

_STUDIO

(16+6.6=22.6m2)

_2P

(36+13=49m ) 2

_COLOC

(160+58=218m2)

_3P A

(64+32=96m2)

_3P A

(73+32=105m2)

_6P C

(144+41=195m2)

11m

_4P C

(100+9=109m2)

38.5m

_4P A

(83+25=108m2)

_4P b

(72+25=97m2)

_DUPLEX 5P

(114+26=140m2)

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méthode d’aménagement / Au cours de la définition de notre bâtiment type, nous avons essayé d’encourager les phénomènes d’appropriation qui sont caractéristiques de la ville chinoise. L’espace de l’enclos semi-privé, la limite de l’enclos (simple structure béton à garnir de boutiques) les coursives et leur pendant les solariums, sont autant d’espaces supports destiné a être colonisés, transformés et détournés par leurs usagers. Par la suite, pour que notre bâtiment puisse s’insérer facilement dans le réseau viaire que nous lui avions dessiné, nous avons aussi montré que sa structure et sa configuration pouvait lui permettre de se moduler pour s’adapter aux variations des parcelles. Si on essaye de se représenter la combinaison ces deux facteurs de variabilité on s’aperçoit qu’en fonction de ses habitants et des irrégularités du site, notre bâtiment type pourrait en fait prendre une multitude de visages. La standardisation nous laisse donc finalement suffisamment de liberté pour cumuler efficacité et diversité, bien que cette diversité soit inscrite dans des limites bien définies. On pourrait alors croire que la diversification de notre bâtiment type met en péril notre volonté d’exalter l’originalité des lieux particuliers dont nous avons voulu cribler le futur tissu urbain générique. En réalité il n’en est rien. En effet, le contraste entre générique et particulier n’est pas déterminé par le degré de répétition du tissu générique mais par son homogénéité. Or permettre que notre bâtiment type puisse varier et servir de cadre à des ambiances diverses n’empêche pas qu’il constitue un tissu homogène. Ainsi de la même manière que les bâtiments Haussmanniens diffèrent tout en formant un même corps au service de la mise en scène des monuments et grands bâtiments parisiens, le tissu urbain que nous mettons en place pourrait être composé de bâtiments semblables mais tous différents. De cette manière ils cesseraient de n’être que de simple faire-valoir pour les îles et ménageraient en toute autonomie ses propres effets. La ville deviendrait le théâtre de deux spectacles simultanés s’enrichissant l’un l’autre. D’un coté celui d’une confrontation répéter entre générique et particulier, de l’autre, celui d’un nuancier urbain qui donnerait à voir des milliers de variations sur un même thème. Au moment de définir clairement notre méthode d’aménagement du territoire, on peut donc conclure que celle ci doit être fidèle à trois objectifs : En premier lieu, celui d’être efficace et rapide pour mener à bien le projet dans les délais, en second lieu celui de veiller à ce que la texture générique de la ville mette en valeur les lieux particuliers qui prennent place en son sein et enfin en dernier lieu celui d’encourager au maximum les variations de nôtre bâtiment type et la diversification des ambiances auxquelles il sert de cadre. C’est avec la volonté d’être fidèle à ces trois exigences que nous avons défini la méthode d’aménagement qui suit :

?

0 73

1 km


étape 1 Même si il est le composant principal de la ville futur, notre bâtiment ne peut pas se substituer aux équipements de proximité, aux écoles, aux hôpitaux, aux immeubles de bureaux etc... Les parcelles les plus irrégulières qui exigeraient du module de trop importantes déformations et risqueraient de compliquer sa mise en oeuvre pourraient être attribuées à ces bâtiments. L’étape 1 consiste a placer ces bâtiments au sein du maillage viaire en veillant à ce qu’ils soit positionnés en priorité sur les parcelles les plus irrégulières, puis a équilibrer leur répartition sur toute la zone à aménager afin qu’ils forment sur le territoire une nouvelle constellation de fragments originaux qui compléterait celle déjà en place des îles, des confettis et des villages.

0

1 km

étape 2 La deuxième étape est très simple il s’agit de positionner sur le site les différentes variantes de notre bâtiment type en s’aidant du tableau de modules montré précédemment, puis, si besoin est, de tronquer certains modules pour les adapter aux parcelles trop irrégulières. Entre chaque module, on aménagera une voie carrossable de une à deux voies pour compléter celles du réseau secondaire.

0

1 km 74


étape 3 Avec la deuxième étape de notre méthode, la ville semble déjà avoir pris son visage définitif. Les deux prochaines étapes visent a déstructurer et a modifier ce dessin pour qu’il soit au plus près de nos intentions. En réalisant l’étape 2, nous nous sommes rendu compte que la ville telle que nous la projetions présentait un cos d’environ 3, il est donc possible pour nous de légèrement réduire sa densité puisque avoir un cos de 2.5 était notre objectif initial. D’après nos calcul, si nous enlevions une branche à chacun de nos modules, nous respecterions encore nos exigences de densité. Pour introduire un facteur de variation supplémentaire entre chaque bâtiment nous nous sommes donc autorisé a enlever en moyenne une branche par module. respecter une moyenne, plutôt que d’enlever systématiquement une branche par module nous permettait qui plus est d’introduire une plus grande diversité puisque certains modules pouvaient perdre plusieurs branches alors que d’autres restaient intacte. L’exemple ici avec le même échantillon modifié de différentes manière en fonction de cette règle.

0 75

1 km


étape 4 Un autre facteur a une incidence sur les variations que peut connaître notre module, il est lié au site lui même. Comme on l’a dit le site est peut être à 50 % couvert de bassins piscicoles, ces bassins, font en moyenne 1m de profondeur, ce qui veut dire que si l’on construit les routes au même niveau que les villages, l’intérieur des enclos sera en moyenne 50 cm plus bas que le niveau de la route. Si l’on découpe le site avec une grille régulière (cf dessin 1) on se rend compte que la répartition des bassins sur le site est assez inégale, on aurait donc une quantité de terre différente à l’intérieur de chaque enclos. Conserver une topographie différente d’un enclos à l’autre serait économique (puisque cela éviterait d’avoir a déplacer la terre) et permettrait à chaque module de se différencier. L’étape 4 obéit à cette volonté de différencier l’intérieur des enclos. Elle consiste a proposer pour quelques endroits des aménagements exceptionnels et a modifier le contour de certains modules et leur ratio «jardins-bassins-surface dure» préalablement défini. Ainsi certains modules pourraient abriter un petit Lac à l’intérieur de leur enclos, tandis que d’autres pourraient s’ouvrir à la rue et partager avec elle une place de marché, ou un terrain de jeu... (cf dessin 2, et dessin de la forme des enclos en bas de page)

1

Jardins bassins

2

0

1 km 76


épilogue Lorsque nous avons abordé cet exercice, notre objectif n’était pas de rendre un projet manifeste ou «théorique» et d’afficher sa radicalité pour laisser entendre qu’il était a prendre comme un commentaire sur la condition de la ville chinoise plutôt que comme une proposition réel. Notre objectif était de rendre le projet le plus adapté possible à notre site, et au contexte plus général de la construction en Chine. Il s’agissait donc de faire une proposition réaliste dans un contexte surréaliste. Après nous être renseigner sur l’économie chinoise, sur les mutations sociales que connaît ce pays, et sur la manière dont la ville s’y construit aujourd’hui, nous avons conclu que notre projet devait intégrer la généricité de la ville chinoise si il voulait être réalisable suffisamment rapidement et économiquement pour répondre à la pression démographique. Notre position par rapport à cette généricité a été de ne pas vouloir la traiter comme un mal mais de nous servir d’elle comme d’un ressort. Dans les conditions d’urgence qui sont celles de l’urbanisme chinois, nous n’avons pas eu l’ambition de dessiner une version «discount» de la ville européenne, mais de dessiner une ville qui aurait ses défauts et ses qualités propres. Nous ne voulions pas proposer un simulacre de ce que peut être la ville quand elle se développe lentement et avec beaucoup de moyens, mais mettre en scène ses conditions de production pour qu’elle donne a vivre une expérience spécifique. Cette expérience est basée sur l’homogénéité inhérente à la ville générique, elle détourne sa monotonie pour mettre en valeur des situations particulières qui intégrées dans une trame rigoureuse ou dissimulées à l’intérieur d’enclos semi-privé, se dévoilent subitement au promeneur, et agissent sur lui comme des détonateurs perceptifs.

_Vue de l’interieur d’un enclos. 77


_Vue d’une rue passant entre un village et nos bâtiments

_Vue de l’interieur d’un enclos 78


MPC VS OMA Une analyse paranoïaque-critique de La Maison à Bordeaux  (OMA 1998)

Au début du quatrième chapitre de New York Délire on trouve un paragraphe intitulé,  «  méthode  » sur lequel il est intéressant de s’arrêter si l’on veut comprendre le travail de l’OMA. Ce paragraphe décrit la méthode paranoïaque critique (mpc). Inventée par Salvador Dali dans le courant des années 1930, elle réutilise les mécanismes de la paranoïa en les mettant au service de l’art, et permet, « par une série d’associations incontrôlables, systématiques et en soi strictement rationnelles, de transformer le monde entier en un champ magnétique de faits qui vont tous dans le même sens ». Implicitement l’auteur nous fait comprendre que c’est de cette même méthode dont il s’est servi pour écrire son livre. Une dizaine d’années plus tard Rem Koolhaas a fondé son agence, l’OMA, et explique ses positions théoriques par une série de textes. L’un d’eux, «La terrifiante beauté du 20ème siècle» comporte de nouveau un paragraphe intitulé « méthode » dans lequel l’architecte écrit : « si il y a dans notre travail une méthode, c’est une méthode d’idéalisation systématique; une surestimation automatique de l’existant, un bombardement spéculatif qui, avec des charges conceptuelles et idéologiques rétroactives, investit même ce qu’il y a de plus médiocre. Le reflet de ce travail est l’inventaire le plus clinique possible de chaque site, quelque soit sa médiocrité, combiné avec une farouche insistance sur sa scandaleuse -et littéralement incroyable- simplicité...» Les termes ont un peu changés mais décrivent toujours la même volonté : interpréter les faits et les scénariser pour construire une nouvelle perception de la réalité. Cette méthode veut donner l’illusion que le projet est le résultat logique et naturel de l’évolution du contexte, et faire croire que l’architecte est passé du statut d’artiste, à celui de nègre, dont la création n’est que la mise en forme d’une histoire qui appartient à tous. Cependant le texte de la terrifiante beauté du 20ème siècle finit par : «Mais, en fait, ces arguments ne sont peut être simplement que la pure rationalisation d’un goût pour l’asphalte, la circulation, le néon, les foules, voire même l’architecture des autres». Dés lors, que penser ? La méthode de l’OMA n’est elle qu’une stratégie commerciale déguisée, ou permet elle la réalisation d’une architecture, au delà du goût ? C’est cette ambivalence qui nous a conduit à analyser la maison à Bordeaux sous un angle particulier plutôt qu’ exhaustivement. Plusieurs indices nous indiquaient que la maison avait beaucoup de points communs avec l’architecture «Manhattanienne» décrite dans  New York délire, nous avons donc décidé de partir du postulat que la maison avait été construite selon les principes du «Manhattanisme», et de rendre cette hypothèse paranoïaque en interprétant tous les faits pour qu’ils la valident systématiquement. Nous voulions d’une part, comprendre la méthode de l’OMA en tentant de l’utiliser et d’autre part, découvrir quelle part l’inconscient et l’imaginaire de l’architecte avaient occupés dans la genèse des idées qui ont conduit à la réalisation de la maison. Nous pensions ainsi découvrir si le projet de la maison à Bordeaux avait fait l’objet d’une stratégie dont les ambitions étaient au-delà de l’expression d’un goût pour l’artificiel, l’apesanteur, l’ascenseur, et l’esthétique de la non-articulation. L’analyse se présente comme un tableau commenté confrontant des informations objectives sur le bâtiment à des passages de New York délire :

1 La maison prend place à l’intérieur d’une enceinte dans laquelle l’artificiel se substitue au naturel. Incrustée dans le paysage elle oppose aux lignes courbes de la campagne bordelaise la rigueur de sa géométrie, et au relief la planéité de sa surface.

« La trame (...) dans son indifférence à la topographie, au réel existant, proclame la supériorité de la construction mentale sur la réalité. Par le tracé de ses rues et de ses blocs, elle annonce que l’assujettissement, sinon l’oblitération de la nature est sa véritable ambition».

Le site est vaste et permet une grande liberté formelle, pourtant l’architecte s’astreint à construire une forme rigoureusement orthogonale. Cette négation de l’environnement renforce l’idée que le bâtiment suit ses propres règles, que la construction mentale l’emporte sur la réalité. 80


2 « Central Park peut se lire comme une série de manipulations et de transformations opérées sur la nature «sauvée par ses concepteurs (...) Central Park est un «tapis d’Arcadie» synthétique. »

Le gazon du patio est constitué de différentes sortes d’herbe rase, une des volontés l’architecte etait que cela ressemble à un tapis persan.

la conception du patio répond à un objéctifs d’artificialisation qui renforce l’idée d’une déviation de la réalité à l’intérieur de l’enclos.

3 «Thompson choisit de redoubler l’isolement de Luna Park en imposant un thème qui englobe le site tout entier dans un système de signification métaphorique. D’un geste, tout l’édifice complexe des réalités terrestres, avec ses lois, ses espérances, ses inhibitions, se trouve mis en suspens de manière à créer une apesanteur morale qui complète l’apesanteur «littérale» engendrée par le voyage sur la lune»

C’est lorsque l’on pénètre dans l’enceinte de la maison que l’idée qui a fondé le projet est la plus lisible : «la maison prend la forme de deux plaques qui se repoussent comme des aimants», un tirant rattaché à une poutre sur le toit renforce cet effet d’apesanteur magnétique qui donne l’impression que le deuxième étage est sur le point de décoller.

Tout comme pour les parcs d’attractions de Coney Island, « incubateur de la thématique et de la mythologie encore balbutiantes de Manhattan » la réalisation de la maison repose sur le principe d’un enclos a l’intérieur duquel le réel a subi une transformation. A l’intérieur de la maison, la pesanteur semble avoir diminué.

4 «Chacun de ces niveaux artificiels est traité en site vierge, comme si les autres n’existaient pas (...) l’alternance appuyée de leur style d’architecture, les variantes dans la disposition des jardins, des points de vue, etc. contribuent à créer un style de vie différent et, donc, une idéologie implicite différente, à chaque arrêt d’ascenseur.»

Le contraste existant entre les étages de la maison est accentué par le fait qu’ils soient chacun destinés à des usages bien spécifiques. La discrétion de la structure et des circulations entre les étages renforce encore l’idée de non articulation entre les différents niveaux.

Le développement d’une esthétique de la non-articulation renforce l’autonomie symbolique de chaque étage et intensifie l’idée d’un voyage à travers la maison, l’architecte livre à son client un univers composé de plusieurs mondes ayant chacun leur idéologie propre.

5 L’étagement de la maison mêle des styles qui retrace l’histoire de l’architecture, le rez-de-chaussée, conçu comme une série de cavernes fait écho à l’habitat primitif, le premier étage, transparent est d’inspiration moderniste, tandis que le dernier étage lui, parait très contemporain.

«Le collectionneur collectionné, telle est la formule dont s’inspire Erkins pour moissonner le passé, pour détourner et manipuler la mémoire. (...) pareil amalgame brouille les sens du temps et de l’espace ; des périodes autrefois successives sont devenues simultanées.»

Le client avait confié à l’architecte qu’il voulait une maison complexe car elle allait définir son univers. Soucieux de respecter ce désir, Rem Koolhaas fait de son bâtiment une véritable arche architecturale, accumulant les citations, il permet aux habitants de la maison de voyager dans le temps et l’espace, sans quitter leur domicile. 83


6 La maison à Bordeaux a été conçue pour une famille dont le père devait se déplacer en fauteuil roulant, outre la célèbre chambre mobile sur piston hydraulique qu’elle met en place pour assurer ses déplacements verticaux, tout un arsenal technologique est déployé pour palier à son handicap: lavabos plats, meubles mobiles, «joystick» pour l’ouverture des portes, système de rails sur les plafond pour faciliter le déplacement des objets lourds (tableaux, commodes suspendues)...

«Tilyou, Thompson et Reynolds (...) en moins d’une décennie, ont inventé et imposé un urbanisme fondé sur la nouvelle technologie du fantasme, une conspiration permanente contre les réalités du monde extérieur. Cet urbanisme définit des rapports entièrement nouveaux entre le site, le programme, la forme, et la technologie. Le site est devenu désormais un état miniature ; le programme est son idéologie, et l’architecture est l’utilisation de l’arsenal technologique pour pallier à la perte de matérialité»

Les principes de l’urbanisme de Coney Island, semblent avoir été repris par l’architecture de la maison; Elle aussi crée un état miniature dont le programme est l’idéologie et à l’intérieur duquel tout un arsenal technologique est déployé pour pallier à une perte.

L’esthétique de la non-articulation, l’artificialisation, l’usage de la technologie, sont autant de caractéristiques, que «La Maison à Bordeaux» partage avec le gratte-ciel « Manhattanien ». Devant un pareil répertoire de références, il serait facile de prendre Koolhaas pour un obsessionnel de l’auto-citation ; ce serait là rester aveugle à ce qui fait la particularité de cette commande et ignorer quelles furent les exigences du client. Celuici avait dit à son architecte, «Je veux une maison complexe, car elle va définir mon univers». Cette déclaration est une clef pour la compréhension du projet de la maison Bordeaux et donne à voir que le manhattanisme mis en oeuvre dans ce projet est avant tout une réaction aux spécificités de la commande. Ainsi, on peut en fait émettre l’hypothèse que chaque citation manhattanienne dissimule une opposition que l’architecte propose à son client : Architecture surréaliste versus réalité du Handicap. En fin de compte, le spectacle de l’apesanteur peut être lu comme un palliatif a l’inertie du corps, l’utilisation du monte-charge comme un geste symbolique repositionnant le père de famille au centre de la maison, fédérateur, malgrès sa diminution physique. La juxtaposition d’unités d’ambiances contrastées comme un antidote à la sensation d’enfermement, et la réalisation d’un projet Manhattanien, d’une arche reproduisant le monde, comme la volonté de se soumettre à l’exigence du client, celle de recréer pour lui tout un univers.

LA LEGENDE DE LA PISCINE

En 2005, lors d’un entretien avec Jean-François Chevrier, Rem Koolhaas, se livre à un exercice d’inspiration surréaliste consistant à apporter aux questions de l’historien des réponses qui prouveront systématiquement la pertinence de ses remarques. Les révélations des deux hommes vont donner à la démarche conceptuelle d’OMA un impressionnant surcroît de cohérence en seulement quelques pages d’interview. L’une des révélations concerne le lien entre le Manhattan décrit dans New York délire et la maison à Bordeaux , dont Rem Koolhaas n’avait pas conscience jusqu’alors. Deux ans plus tard, les clients font à nouveau appelle à l’architecte pour la construction d’une piscine. Désormais conscient de la parenté entre la maison et le «Manhattanisme», Koolhaas décide de faire de cette œuvre une nouvelle preuve de la cohérence de sa démarche. La piscine sera l’épave de la piscine de la légende qui clos son livre, après avoir retraversé l’Atlantique pour fuir une ville ayant sombré dans la sénilité, elle remonte la Garonne et vient s’échouer à proximité du seul bâtiment « Manhattanien » construit en dehors d’un des 2028 blocs de la trame. 85

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