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D’ART D’ART pour les enfants

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’où vous est venue l’envie de vous adresser aux enfants ? — Marie-Isabelle Taddeï : En 2002 est née l’émission “D’Art d’Art !”. Pour les adolescents, ça fonctionnait bien, mais, pour les plus petits, nous avons réalisé qu’il fallait un accompagnement. — Frédéric Taddeï : L’idée est que chacune des 28 œuvres présentes dans le livre soit tirée de l’émission, dans une version courte, à peine simplifiée, plutôt synthétisée. Comment est abordée chacune des œuvres dans la version jeune public ? — M.-I.T. : On garde l’angle, car c’est la patte “D’Art d’Art !” : une manière novatrice d’éclairer l’œuvre. — F.T. : On se débarrasse de l’aspect critique qui essaye de nous faire comprendre pourquoi c’est beau. Ce qu’il faut, c’est que l’enfant comprenne pourquoi l’œuvre a sa place au musée.

VR E - LI Vous interdisez-vous certaines œuvres lorsqu’il s’agit

de les montrer aux enfants ? — M-I.T. : Non. Nous abordons, par exemple, la guerre, avec la statue de Jean Bart de David d’Angers, ou encore la nudité avec Les Baigneuses d’Auguste Renoir. — F.T. : Aucun interdit. Les enfants d’aujourd’hui ont vu cent fois plus d’images que nous au même âge. Quelles sont les clés pour intéresser les enfants à l’art ? — F.T. : Intéresser les adultes à la peinture est une gageure en soi. La plupart des gens ne s’en soucient pas, et souvent pour les mauvaises raisons : ils pensent qu’ils ne peuvent pas comprendre. Le secret pour toucher les enfants est le même que pour les adultes. Les prendre par surprise et leur faire réaliser que l’art leur est acces-

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sible, qu’ils sont tout à fait capables de saisir par euxmêmes l’intérêt d’une œuvre. — M.-I.T. : Le public s’intéresse à l’art parce que c’est visuel. La rétine constitue le premier contact avec l’œuvre. L’enfant trouve ça beau, il n’est pas dans l’analyse de ce qu’il a déjà vu ou de ce qu’on lui a déjà expliqué. Il est juste son propre cerveau qui lui dit “ça me plaît”, “ça ne me plaît pas”, ou “ça me fait peur”. Si, en plus, on lui raconte, brièvement, l’histoire qui se cache derrière le tableau, il a toutes les chances de le trouver passionnant et de s’en souvenir toute sa vie. En dehors des livres, comment leur faire approcher l’art ? — F.T. : Emmenez-les au musée ! Les enfants sont très sensibles au décalage entre la reproduction et l’original. Ils s’étonnent volontiers des couleurs ou de la taille réelle d’une œuvre, ce qui a toutes les chances de capter leur attention. En revanche, il ne faut pas tenter de leur montrer trop de choses, et savoir s’arrêter sur trois ou quatre tableaux. — M.-I. T. : En cela, D’Art d’Art ! est un guide, qui fait comprendre aux parents que lorsqu’on emmène un enfant au musée, il ne faut surtout pas lui parler pendant des heures et des heures, il faut le laisser regarder. Et en fonction de ses réactions, on peut intervenir. Les œuvres parlent d’elles-mêmes, même sans sous-titres. Et puis, surtout, il faut que tout cela soit joyeux. Dans la vie, il faut s’amuser, d’autant plus lorsqu’on est un enfant ! propos recueillis par angèle rincheval hernu illustrations : paul boccon - gibod

* “d’art d’art pour les enfants”, tome 2, éditions du chêne

Photos DR

À

S U I V R E

Avec leur nouveau livre*, Frédéric et Marie-Isabelle Taddeï, frères et sœurs à la ville et auteurs de l’émission culte “D’Art d’Art !” à l’écran, relèvent haut la main un défi de taille : faire aimer l’art aux enfants. Rencontre.


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