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Bulletin de Liaison d'Un Monde d'Avance, la Gauche décomplexée — AVRIL 2013 —

Dépasser la colère et retrouver le chemin du progrès social

DOSSIER DU MOIS SPÉCIAL

AGIR MAINTENANT POUR LES DROITS DES FEMMES

Sécurisation de l’Emploi : un vote qui en dit long

La lutte contre les inégalités sociales au coeur de la loi refondation de l’école

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EDITO

SOMMAIRE P.3 EDITO

EDITO

P.4 VIE DU PARTI • Dépasser la colère et retrouver le chemin du progrès social P.6 ÉVÈNEMENT • Retour sur le forum transition écologique P.8 VIE DU PARLEMENT • La lutte contre les inégalités scolaires au coeur de la loi de refondation de l’école • Sécurisation de l’emploi : un vote qui en dit long • Sécurisation de l’emploi : synthèse du scrutin • Pourquoi je n’ai pas voté la loi sécurisation de l’emploi par Fanélie Carrey-Conte P.12 EUROPE • Mes données ne sont pas à vendre ! • Gare aux prêts • Demandons une renégociation du calendrier de réduction du déficit P.16 DOSSIER • Agir maintenant pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes P.23 ACTUALITÉS • Situation au Mali : le point avec Pouria Amirshahi • Élections italiennes : la démocratie à l’épreuve de la crise • Non, nous sommes pas tous des Cahuzac par Michel Pouzol P.27 CULTURE P.28 AGENDA • Calendrier prévisionnel de la convention Europe

Comité de rédaction : Guillaume Balas, Annabelle Janodet, Mila Jeudy, Jules Joassard, Stéphane Olivier, Adrien Peschanski, Roberto Romero

Cher(e)s camarades, On pensait l’Europe plus ou moins sortie de la zone des tempêtes dans laquelle elle semblait coincée depuis 2010. C’était sous-estimer la violence de la crise. Chypre a failli chavirer dans la zone rouge du défaut de paiement. Une fois de plus, les peuples se voient dicter une décision qui leur impose de payer l’addition, sans que jamais, une once de consentement ne leur soit demandée. L’Europe est aujourd’hui malade d’un déficit démocratique. La gouvernance des mécanismes mis en place dans l’urgence depuis 2010 reste principalement intergouvernementale, et le poids de certains pays, notamment celui de l’Allemagne parait disproportionné à décider des politiques monétaires et financières pour le reste des pays de l’Union. Les réformes de la gouvernance économique de la zone Europe n’ont pas été suffisantes pour garantir un développement économique serein et durable en son sein. L’étendard de l’austérité a été brandi comme remède à la crise. Pourtant, ce n’est en rien le manque de discipline budgétaire qui a conduit à la crise : en 2000, l’Allemagne était « en infraction » vis-àvis du pacte de stabilité et de croissance, quand l’Irlande et l’Espagne seraient passées pour les premiers de la classe. Dans ce contexte, le refus des députés européens d’adopter un nouveau budget de rigueur constitue un espoir et un début de solution. Si ce premier vote n’a qu’une valeur déclarative, il donne au Parlement un mandat fort dans les négociations à venir avec le Conseil Européen. Ce vote permet également de remettre un peu de démocratie au sein de l’Union Européenne. Le Parlement européen n’exige finalement qu’à avoir droit au chapitre quant à la définition du budget qui constitue l’outil principal d’un pouvoir souverain. Nous revenons largement sur cette question dans ce numéro. Nous avons également souhaité dédier une rubrique entière à la question européenne et aux actualités du Parlement Européen. L’issue de la crise dépend en grande partie de la capacité de l’Europe à y faire face, de sa capacité à renforcer l’union bancaire et financière, et à laisser, même dans l’urgence des solutions à trouvées, la souveraineté aux peuples. Vous retrouverez également dans ce numéro un dossier complet consacré aux droits des femmes, pour faire écho à la journée internationale des droits des femmes du 8 mars. Un Monde d’Avance doit être à la pointe de ce combat pour l’égalité. Etre féminisme est une évidence pour notre courant et fait partie intégrante de notre identité. Ce combat, nous souhaitons le porter partout où il sera nécessaire de le faire tant pour la lutte contre les violences ou contre les inégalités professionnelles, que sur tous les aspects sociétales. Amitiés socialistes et fraternelles. Guillaume Balas, Secrétaire Général d’Un Monde d’Avance

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VIE DU PARTI

DÉPASSER LA COLÈRE ET RETROUVER LE CHEMIN DU PROGRÈS SOCIAL problèmes de financement de la protection sociale, d’investir massivement dans les services publics, de soutenir l’économie, les PME et la croissance. La transparence et le contrôle sont indispensables mais pas suffisants. Pire l’excès de voyeurisme peut conduire au rejet de la politique. Ce qu’il importe de combattre ce sont les conflits d’intérêts. Il existe aujourd’hui en Europe une industrie qui organise l’évasion fiscale : où trouve-t-on des paradis fiscaux ? Au cœur de l’Europe. Où trouve-t-on des pays qui pratiquent le secret bancaire et le dumping fiscal ? Au cœur de l’Europe.

Le CN du Parti Socialiste vient de se clore dans un contexte très particulier. Alors que de plus en plus de voix s’élèvent pour demander une réorientation dela politique économique, Un Monde d’Avance a souhaité clarifier les enjeux et les défis qu’il nous faut relever maintenant. Le courant a ainsi déposé une contribution qui met en avant quelques propositions pour enrichir et orienter le débat.

Les Français sont désabusés. Nous, militants socialistes, sommes en colère. François Hollande ne s’y était pas trompé. Notre ennemi c’est le monde de la finance, celui qui délocalise, celui qui tue l’emploi, celui qui corrompt. L’argent roi, la course au fric n’épargnent personne, même dans nos rangs. Jérôme Cahuzac a adopté la même attitude que les forces de l’argent. Néanmoins, la crise de confiance n’est pas née d’hier. Elle coïncide également avec la montée d’une certaine impatience et du sentiment diffus d’une partie de nos électeurs que la réorientation politique pour laquelle ils ont voté tarde à se concrétiser. Ce qui nourrit le premier parti de France : l’abstention. Face à l’exil fiscal et à la corruption, il nous faut être intraitable. Comment accepter que certains continuent à s’enrichir au mépris des règles et des lois de notre pays quand il est exigé tant d’efforts de nos concitoyens ? Comment accepter que 50 milliards d’euros par an soient volés à la France ? La moitié de ce que représente annuellement l’exil fiscal en France nous permettrait d’en finir avec les

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On ne fera croire à personne que l’évasion fiscale est la spécialité de quelques établissements bancaires indélicats abrités par le secret bancaire suisse, luxembourgeois ou autrichien. La publication des noms de grandes banques françaises installées dans de juteux paradis fiscaux montre que le business de l’évasion fiscale est un commerce répandu, presque ordinaire, exercé par des établissements bancaires dont les prises de risques irresponsables et l’attitude irrationnelle face au profit ont pourtant provoqué la crise économique et justifié depuis, l’austérité budgétaire. Il ne faut pas se contenter d’effets d’annonce et il est urgent d’amplifier la lutte contre les paradis fiscaux et le secret bancaire, contre cette industrie de l’offshore. Ce sont là des propositions que nous soutenons depuis toujours. Sur ce plan, l’intervention du Président de la République mercredi dernier a marqué un tournant majeur. Ce discours volontariste doit maintenant déboucher sur des actes concrets. Nous n’avons d’autres choix que celui de l’action : « dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit ». Le scepticisme de nos concitoyens à l’égard des responsables politiques croît d’autant plus qu’ils ont l’impression que ces derniers sont incapables de changer leur quotidien. A force de répéter qu’il n’y aurait qu’une seule politique possible, beaucoup finissent par croire que la différence entre la gauche et la droite ne relève plus d’un choix


VIE DU PARTI

de société mais du dosage différent des ingrédients d’une seule et même politique. Nous sommes aux responsabilités. La Gauche peut réussir pour peu qu’elle mette en œuvre ce pour quoi elle a été élue. Oui nous héritons d’une France en faillite marquée par la crise, le chômage de masse, et une situation difficile sur le front des finances publiques. Après plusieurs années de casse sociale, nous avons trouvé un endettement catastrophique et une industrie en lambeaux. Mais il nous appartient aujourd’hui, responsables de gauche, de renverser cette tendance funeste. Nous savons que nous en sommes capables, et le travail de reconquête a commencé.

l’économie, nous ne sommes et ne serons pas seuls. Le FMI, le Secrétaire d’Etat américain au trésor, une majorité d’économistes intiment à l’Europe de changer de cap économique. Il faut donc écrire cette feuille de route.

Nous avons défendu avec François Hollande l’Union bancaire, le pacte de croissance, la Banque Publique d’Investissement. Notre Parti doit être le porte-parole de toutes celles et de tous ceux qui nous ont donné le pouvoir pour changer leur quotidien. Et pour toutes celles et tous ceux qui ont subi 10 années de politiques ultra-libérales, la solution ne se trouve pas dans un rythme trop élevé de consolidation budgétaire qui comporte des risques majeurs pour l’économie, et plus largement pour la société. C’est le débat que nous avons avec l’Allemagne. La croissance n’est pas la priorité de l’Allemagne, elle protège d’abord ses excédents. L’austérité se répand en Europe. Elle résume le programme politique de la droite allemande pour l’Union Européenne. Cet agenda rigide de réduction des déficits publics combiné à la poursuite de la libéralisation du marché intérieur réalise le projet des libéraux d’une « Europe marché » où l’alimentation « low cost », la culture « low cost »… les services publics « low-cost » côtoient les modèles sociaux « low-cost » sous la houlette d’agences indépendantes et d’une commission européenne surpuissante.

Si cela n’est pas fait, c’est le consentement à l’impôt, pilier de notre contrat social qui sera fragilisé. La gauche au pouvoir se doit de faire aboutir le combat mené depuis quinze ans par les Socialistes contre les paradis fiscaux. Par ailleurs, notre système d’imposition doit changer dans le sens d’une plus grande justice et d’une bien plus forte redistribution. Moins de fiscalité indirecte, plus de progressivité dans l’impôt payé par les ménages, la modulation de l’impôt sur les bénéfices des sociétés selon l’usage des bénéfices. Il est temps d’engager la réforme fiscale.

Il y a quelques mois, la France a obtenu un rééquilibrage de la construction européenne : la rigueur budgétaire contre la relance de l’investissement au niveau européen. La rigueur est là. La relance de l’investissement tarde. Résultat : la croissance est nulle et l’effet récessif des politiques de consolidation budgétaire est maximum. Il faut remettre la pression, quitte à ouvrir une crise momentanée, pour obtenir de l’Union européenne des actes incontestables de relance de la croissance. Dans cette bataille pour la relance de

Le Parti Socialiste doit mener cette bataille, contre les ultra-libéraux en France comme en Europe. Il peut pour cela s’appuyer sur des propositions qu’il a formulées depuis longtemps et que nous réaffirmons aujourd’hui, celles de la puissance publique et de la démocratie : 1. La lutte contre la fraude fiscale en France et en Europe

2. Des objectifs de réduction des déficits qui n’empêchent pas la croissance Il nous faut exiger de sortir les investissements du calcul du déficit public. Ce carcan européen empêche la reprise autant qu’il nuit à l’avenir de notre pays. Comment envisager la transition écologique sans investissement majeur ? 3. La réorientation de la politique de change de l’Union Européenne L’Euro est surévalué par rapport à l’économie réelle de l’ensemble des pays dont il est la monnaie unique. Les exportations françaises, et par là même l’ensemble de l’économie, en souffrent cruellement. Seule l’Allemagne tire parti d’un euro fort. Le Conseil qui en a la compétence doit fixer la politique de change la plus à même de favoriser l’emploi en Europe. 4. Un changement de cap budgétaire européen, favorable à la croissance et à la lutte contre les inégalités en Europe Nous engageons le Conseil européen et les

chefs d’Etat à entendre la mise en garde adressée par le Parlement européen. La sortie de la crise ne sera rendue possible que par l’adoption d’un vrai budget de croissance qui permette de créer des emplois, de faire reculer le chômage, les inégalités sociales et nous donnera les moyens de protéger notre système de retraites par répartition. 5. Une véritable transition écologique Il serait pertinent d’investir massivement dans le logement, l’Economie Sociale et Solidaire, l’agriculture de proximité ce qui constituerait une création d’activité féconde en emplois et efficace sur le plan de l’écologie. Parallèlement, il faut s’organiser au niveau européen et français via BCE et BPI mais aussi créer un Impôt européen. Enfin partager les gains de productivité, réduire le temps de travail constitueraient l’élément clé d’une nouvelle « politique de civilisation ». 6. La rénovation de nos institutions pour redonner du pouvoir aux politiques et à la souveraineté nationale L’éthique en politique ne pourra devenir la règle qu’à partir du moment où notre système politique s’adaptera à cet enjeu. Une rénovation profonde de la vie politique doit être menée à bien afin de retisser le lien de confiance entre les citoyens et les élus. Nous devons redonner du pouvoir au politique car c’est du renforcement de la politique, du renforcement de la souveraineté nationale que naîtra un approfondissement de la démocratie. Là encore, la France peut jouer un rôle en remettant à l’ordre du jour la question de la VIème République ou en assumant enfin de donner le droit de vote aux étrangers pour les élections locales. Cela passe aussi au niveau européen par un saut fédéral assumé qui se traduise par un parlement européen souverain et la création d’un véritable gouvernement économique de la zone Euro. Ce ne sont ici que des pistes lancées, d’autres peuvent advenir mais il est temps que le débat, mais surtout l’action, aient lieu. Il en va de la survie de l’idée qu’une Europe politique est le meilleur outil dans le monde à venir. Il en va surtout de l’adhésion à la Démocratie et du refus des populismes par nos concitoyens Français et Européens. BLUMA /// Avruk 2013

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EVENEMENT

RETOUR SUR LE FORUM TRANSITION ÉCOLOGIQUE La transition écologique est un projet profondément socialiste : le maintien durable du bien-être, les nombreux investissements non-délocalisables, la récolte d'énergies gratuites, la modernisation denos infrastructures pour utiliser efficacement ces énergies. Le 16 mars dernier, l’Assemblée Nationale accueillait le colloque sur la « transition écologique » organisé par Un Monde d’Avance, afin de contribuer aux travaux du PS sur la question. Plus de 150 participants étaient présents salle Colbert afin d’entendre les remarquables interventions d’Antoine Détourné, Barbara Romagnan, l’économiste Florence Jany-Catrice, le journaliste Wojtek Kalinowski, Roberto Romero, le député Suisse Roger Nordmann, Razzy Hammadi, Laurence Rossignol et Benoît Hamon.

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I

ntroduisant la 1ère table ronde « Quelle société après la transition écologique ? », Antoine Détourné, Secrétaire National Adjoint du PS, a fixé deux fils conducteurs aux travaux du colloque : Comment sont réparties les richesses ? Barbara Romagnan a listé plusieurs pistes pour agir dès maintenant et ce, malgré la panne de croissance que nous traversons : • investir massivement dans le logement, l’ESS, l’agriculture de proximité constituerait une création d’activité féconde en emploi et efficace sur le plan de l’écologie ; • organiser au niveau européen et français

via la BCE et la BPI pour créer un Impôt européen et une Taxe sur les transactions financières ; • partager les gains de productivité, en réduisant le temps de travail. Florence Jany-Catrice, économiste à l’Université de Lille 1 a axé son intervention sur les indicateurs économiques et leurs limites. Qui compte ? Qui est digne d’être compté, qui est aux manettes ? Qu’est ce qui a de la valeur, quelles sont les institutions légitimes pour nous le dire ? Cependant, l’indicateur PIB pose un problème sérieux : comment calculer le volume en éducation, santé... Le début des années


ÉVÈNEMENT

patrimoine sur lesquelles il repose. On épuise le patrimoine. D’où la nécessité de créer de nouveaux indicateurs de richesse. Wojtek Kalinowski, de l’Institut Véblen, est ensuite intervenu afin de présenter les nouvelles pistes qui s’offre pour un développement économique plus respectueux. Roberto Romero a pris la suite des débats pour pointer les différentes questions qui se posent à la gauche sur la transition écologique. La gauche s’est construite sur la base d’une réflexion universelle et universaliste. De Babeuf à la pensée marxiste. Le problème est l’absence d’alternative au capitalisme depuis la chute du Mur Berlin. La notion de classe sociale n’est plus acceptée aujourd’hui. Pour lui l’écologie peut permettre de renouveler le modèle alternatif en posant la question de la propriété, celle de la planification et celle de la coopération ?

90 a rompu avec la vision de toujours plus de croissance. Mais le problème majeur reste que la colonisation de la croissance dans l’esprit est transcourant. Les limites du PIB sont évidentes : • l’obsession pour la croissance nous a fait compter pour zéro tous les dégâts sur tous les patrimoines (écologique, social, humain) • toujours plus serait toujours mieux, du coup le PIB oublie des activités humaines qui sont éminemment essentielles pour la reconstruction des forces vives mais aussi pour faire société. • les activités bénévoles comptent pour 0. Dur de « monétariser » des activités qui ont une logique inverse. Mais elles sont essentielles pour le vivre ensemble (essentiel pour l’avenir). • le PIB représente les flux et pas le

La seconde table ronde s’est ensuite ouverte sur la question de la façon concrète de commencer cette transition écologique. Roger Nordmann, parlementaire socialiste suisse, a présenté la proximité des modèles de consommation énergétiques suisses (un peu moins de nucléaire) et français. Il a expliqué que le programme de sortie du nucléaire en Suisse liée à la question du stockage des déchets, du démantèlement des centrales et du surcoût lié à l’investissement dans les énergies renouvelables était partagé entre tous les utilisateurs. De même, une taxe CO2 avait été créée pour soutenir l’assainissement des bâtiments avec réinjection directe ans l’économie par l’isolation des bâtiments par exemple. Cela a un effet social immédiat par la création d’emploi. A l’inverse, en France, on paie 65 milliards en importations d’énergie. La transition énergétique pourrait apporter des réponses au déséquilibre extérieur.

à la question de la consommation. Prenant l’exemple de la tarification progressive de l’énergie qui a été votée à l’Assemblée Nationale, il a insité sur le fait que ce sont les plus modestes qui souffrent du refus de l’engagement du pays dans la transition écologique. Laurence Rossignol est intervenue sur le fait qu’il fallait assumer que la question de la transition énergétique n’était pas un sujet consensuel. Pour elle, à l’image de Marx, nous devons d’abord critiquer le modèle actuel pour ensuite proposer l’alternative. On ne peut se limiter à repeindre en vert le modèle productiviste et parier sur le renouveau technologique. L’idée socialiste s’est fondée sur le progrès qui s’oppose à l’obscurantisme. Enfin, Benoît Hamon a conclu le colloque en rappelant la nécessité aujourd’hui de changer les attitudes et les comportements liés à la consommation. C’est tout l’enjeu du projet de loi que le Ministre est actuellement en train de préparer. L’ensemble des interventions du colloque ont été enregistrées et sont à votre disposition sur demande. Jules Joassard

Ainsi, la transition énergétique est un projet fondamentalement socialiste avec le maintien durable du bien-être, les nombreux investissements non-délocalisables, la récolte d’énergies gratuites, la modernisation de nos infrastructures pour utiliser efficacement ces énergies. Razzy Hammadi a consacré son intervention

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VIE DU PARLEMENT

LA LUTTE CONTRE LES INÉGALITÉS SCOLAIRES AU COEUR DE LA LOI DE REFONDATION DE L’ÉCOLE

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a Loi de refondation de l’Ecole par l’Assemblée Nationale va-t-elle permettre de faire entrer le système éducatif dans une nouvelle ère ? Elle en a en tout cas l’ambition. Il s’agit de refaire de l’Ecole un puissant outil d’émancipation sociale, d’épanouissement et d’apprentissage du vivre ensemble. Depuis la Loi d’orientation de 1989 qui a considérablement démocratisée l’Ecole, aucune mesure ambitieuse n’était venue renforcer le service public d’éducation et lutter contre les inégalités scolaires. Pire, la droite a multiplié les contre réformes libérales ces dernières années avec pour objectif comptable de réduire les effectifs de fonctionnaires, développer l’Ecole privée, ghettoïser les établissements les plus en difficulté… Ces années de destruction du service public d’éducation ont rendu la tâche bien plus difficile. Il faudra quelques années et la mise en œuvre concrète de la loi pour pouvoir en tirer les 8 /// BLUMA /// Avril 2013

bilans. Néanmoins, nous pouvons d’ores-etdéjà nous féliciter des objectifs fixés et de l’état d’esprit qui a prévalu à sa rédaction. D’abord, le fait d’adosser les grands principes de la moi à une programmation budgétaire permet de garantir des moyens au service de la réforme. La question des moyens est primordiale. D’abord pour rattraper les catastrophiques suppressions de postes des gouvernements précédents, mais aussi pour réinstaller la confiance auprès d’une communauté éducative mal menée. Ensuite, elle marque la priorité donnée à l’Education et rompt avec ceux qui ont considéré que cette question était secondaire. Enfin, sans moyens supplémentaires, il aurait été factice de penser redonner du souffle à un système éducatif en panne. On peut en effet sincèrement louer et admirer l’engagement des équipes éducatives, vanter la réussite de tel ou tel projet ou l’ascension social de quelques uns mais il faut admettre qu’un système éducatif qui ne permet plus

de réduire les inégalités et de faire réussir les élèves quelque soient leurs origines sociales et culturelles est bel et bien en panne. C’est donc à l’aune de ce constat qu’il faut juger les objectifs de la nouvelle loi, et les voies et moyens qu’elle se donne pour y parvenir. Les moyens alloués doivent servir à faire plus d’éducation, mais aussi mieux d’éducation. Elever le niveau de connaissances, réduire les inégalités scolaires, réduire le nombre de sorties sans qualification sont les objectifs fixés par la Loi. Le chemin est long lorsque l’on connaît les chiffres et les statistiques. Ils montrent que le facteur social ou le lieu de scolarisation est prédominant dans les résultats scolaires. Quelques mesures phares de la loi viennent abonder dans le sens d’une véritable refondation. La priorité donnée au Primaire et à la scolarisation des enfants de moins de 3 ans confirme que l’on ne pourra pas inverser la


VIE DU PARLEMENT

négatif sur les capacités d’apprentissage, non pas des enfants dont le capital culturel est élevé, mais sur ceux, encore une fois, éloignés des codes scolaires. En bref, l’enfant de cadre supérieur auquel on lit des livres le soir à la maison, qui fait de la musique le mercredi et qui va au théâtre avec ses parents le weekend n’aura pas plus de difficultés dans ses apprentissages avec une semaine scolaire à 4 ou 4,5 jours… La réforme des rythmes scolaires s’adresse donc d’abord aux enfants des classes populaires. Le rétablissement d’une formation remet également la question de la pédagogie du côté de notre action éducative. Cette formation essentielle pour la condition enseignante elle même est tout aussi essentielle pour la réussite du plus grand nombre. Les enfants sont tous capables d’apprendre, à conditions qu’on y mette de la méthode.

tendance sans s’attaquer aux inégalités dès le plus jeune âge. Un élève sur 5 est en difficulté face à l’écrit à l’entrée en 6ème et ce chiffre explose chez les enfants issus des classes populaires. La scolarisation précoce favorise les apprentissages fondamentaux pour les enfants les plus éloignés des codes scolaires. La mise en place du dispositif « plus de maîtres que de classe » dans certaines zones difficiles confirme que l’encadrement et le suivi individualisé sont des leviers pour faire réussir le plus grand nombre. La réforme des rythmes scolaires doit aussi être regardée à l’aune de cet objectif de réduction des inégalités. Sans minimiser les difficultés de mise en œuvre (cf. article de Laurent Touzet «  La refondation de l’école à l’épreuve des rythmes  » dans le BLUMA de février), il faut tout de même rappeler qu’une réforme progressiste ne peut pas être l’addition des particularismes locaux et des intérêts individuels. La concentration à outrance des temps d’apprentissage a un effet

Enfin, les projets éducatifs territoriaux défendus dans la Loi doivent permettre de penser l’Education comme une politique partagée. L’enseignant, l’éducateur sportif, l’environnement éducatif, le conservatoire peuvent œuvrer ensemble à des projets de réussite pour chaque enfant. On peut regretter dans les débats actuels sur la mise en place de la réforme des rythmes scolaires la séparation stricte que certains défendent entre temps scolaires et périscolaires. Les autorités compétentes ne sont pas les mêmes mais les bénéficiaires, eux, le sont. Les besoins actuels devraient au contraire pousser les murs de l’Ecole qui ne peut pas se contenter des apprentissages dits « fondamentaux ». D’abord parce que le progrès c’est d’aller toujours plus loin dans les possibilités offertes aux enfants d’éveil, de découvertes culturelles, scientifiques, technologiques ou sportives. Ensuite, parce qu’il s’agit aussi ici de réduire les inégalités d’accès à ces activités. Si l’Ecole, pensée au sens large avec tous les acteurs (collectivités, associations, Etat…) qui tournent autour d’elle, ne prend pas en charge, par un moyen ou un autre ces activités d’éveil, alors elle limite sa capacité à lutter contre les déterminismes sociaux et culturels.

L’intégration de « parcours d’éducation artistique et culturelle » dans le socle commun est une avancée. Mais leurs contours, les obligations que cela implique, les moyens de leurs mises en œuvre restent flous. Ces parcours culturels ou artistiques pour tous les enfants, quelque soit leur lieu d’étude, gagneraient à être précisés et portés comme une ambition nationale parce qu’ils sont déterminants pour élever le niveau de connaissance, de conscience et d’autonomie de chacun. La Loi comporte d’autres mesures importantes sur le socle commun, les programmes, l’orientation, les transitions… On regrettera peut-être un manque qui pourrait considérablement faire progresser l’Ecole publique. La Loi n’aborde pas la place de l’enseignement privé ou de la sectorisation scolaire (même si les consignes ont été données de mettre fin aux nombreuses dérogations scolaires). La mixité sociale mais aussi scolaire des établissements reste pourtant essentielle pour arriver aux objectifs énoncés plus haut. Il faut espérer que le renforcement de l’Ecole publique, la qualité de son enseignement et des activités proposées permettront de faire revenir dans son giron tout une partie de la population scolaire qui l’a quittée. La mixité scolaire et sociale est une chance pour l’ensemble des enfants. Elle favorise l’élévation du niveau de tous. Au delà, elle permet à une génération d’étudier, de jouer, de vivre ensemble. Elle forge le pacte républicain. Cette Loi votée, il faut maintenant que les acteurs de l’Ecole, l’Etat au premier plan, maintiennent le cap pour défendre l’Ecole de la République, celle de tous les enfants quels que soient leurs origines sociales. Tania Assouline, Membre du Bureau National du PS

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VIE DU PARLEMENT Un grand nombre de nos députés se sont investis sur le projet de loi Refondation de l’école. Ils reviennent avec nous sur l’enjeu de cette loi et sur les dossiers sur lesquels ils ont voulu intervenir, notamment par le biais d’amendement et dans le travail des commissions de l’Assemblée Nationale.

INTERVIEW DE MICHEL POUZOL Pourquoi ce projet de loi est important pour toi ? L’école républicaine est le premier facteur d’égalité sociale : elle est le lieu où se forment des citoyens libres et indépendants. Il était temps que la gauche arrivée au pouvoir tourne le dos à dix ans d’une politique d’abandon par la droite, en replaçant l’enfant au cœur du système éducatif. C’est à l’école que tout se joue, dès le plus jeune âge, notamment pour les enfants issus des catégories sociales les moins favorisées. Tout enfant mérite qu’on se batte pour lui, quelles que soient ses difficultés et ses handicaps. Notre école a longtemps été un facteur important d’émancipation sociale : il faut qu’elle le redevienne. C’est pour cela qu’on ne peut se contenter de rester inactif devant une situation qui conduit chaque année 150 000 jeunes à sortir du système éducatif sans aucun diplôme. Or, on le sait, la lutte contre l’échec scolaire débute dès le plus jeune âge. La scolarisation des enfants dès 3 ans, par exemple, est

un atout pour lutter contre cet échec qui n’est pas seulement celui d’individus pris au cas par cas, mais aussi, à terme, celui de notre modèle républicain. L’investissement du Gouvernement dans l’éducation et la priorité qu’il donne au primaire montrent que nous avons pris la mesure de l’enjeu et que nous ferons bien de l’éducation un des marqueurs politique fort de ce quinquennat ! Sur quoi ont plus particulièrement porté tes amendements ? Trois sujets ont principalement retenus mon attention, les RASED, les Auxiliaires de Vie Scolaire et l’apprentissage de la langue des signes. Si mes amendements sur les AVS n’ont pas été repris tels quels, le sujet a été largement abordé dans le cadre de l’école inclusive ; le statut et la valorisation des acquis de ces personnels sera un des points important de la mission d’information sur le handicap mise en place par Marie-Arlette Carlotti. Nous avons également pu aborder le problème de l’apprentissage de la langue des signes dans

le primaire. Il faut rappeler que pour beaucoup de personnes sourdes cette situation n’est pas vécue comme un handicap, que cette langue est officiellement reconnue comme une langue à part entière et que, dans le cadre d’une école inclusive, il faudra veiller à la bonne intégration de ces élèves et de leur culture propre. S’agissant des RASED, le gouvernement précédent avait supprimé 5 000 des 15 000 postes de RASED existants. Or ce dispositif et les personnels qui le font vivre n’étaient que très peu présents dans le projet de loi. Je suis assez fier que mes deux amendements sur ce sujet aient été retenus et intégrés à l’article 1 de la loi. Ils permettent de rappeler l’importance de ce dispositif pour les enfants en décrochage scolaire, social et parfois psychologique tout en préparant leur articulation avec les nouveaux dispositifs d’aides prévus par la loi de refondation comme, notamment, l’aide au décrochage scolaire dans la classe ou encore le dispositif « plus de maitre que de classes ».

INTERVIEW DE MICHEL VERGNIER «Après 10 ans de gestion désarticulée d’une éducation qui avait perdu son épine dorsale, la nécessité impérieuse s’imposait de redonner à l’école de la République la pleine jouissance de ses moyens afin d’accomplir ses missions : l’enseignement des connaissances et l’apprentissage de la citoyenneté, seules véritables armes pour affronter un monde toujours plus difficile. Ce n’est pas par hasard que le texte voté par la majorité donne la priorité à l’école maternelle et primaire : c’est là que se trouve le point de départ d’une éducation à la vie en société et aux valeurs de la République. Là que tout se joue : sa réussite, ou son échec. 10 /// BLUMA /// Avril 2013

Avec de nombreux collègues, nous avons porté des amendements qui prenaient en compte la spécificité de nos territoires ruraux en matière de temps de transport, d’organisation des services publics pour réunir les conditions d’une réelle concertation des partenaires locaux dans le cadre de la préparation de la carte scolaire, de comptabilisation des moins de 3 ans dans les effectifs scolaires... Tous n’ont pas été retenus, et c’est très regrettable. Mais l’essentiel reste acquis : le texte adopté permettra de remettre les choses dans le bon sens, en revalorisant le métier d’enseignant, en créant 60 000 postes dans l’Education

Nationale d’ici 2017, 18 000 emplois d’avenir professeurs qui bénéficieront aux étudiants boursiers voulant devenir enseignants. et en rétablissant la formation initiale et continue des maîtres. Sans oublier les dispositions qui viseront à aider en priorité les élèves en voie de décrochage. Car l’école de la République se doit de ne laisser aucun de ses enfants sur le côté, mais bien de leur apprendre à analyser, à réfléchir, à penser, de les guider en vue de leur future condition de citoyen responsable. Et ce, d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur origine, afin qu’ils puissent tous réussir.»


VIE DU PARLEMENT

INTERVIEW DE MATHIEU HANOTIN Pourquoi ce projet de loi est important pour toi ? La politique de la droite en matière d’éducation a été désastreuse. En Seine-Saint-Denis, il y avait début février 200 classes de primaire sans enseignant devant elles car les professeurs absents ne pouvaient pas être remplacés. Cette situation intolérable est la conséquence directe des suppressions de postes décidées par la droite. Le taux d’échec des élèves issus des milieux défavorisés s’est aggravé, le nombre de sortants sans diplôme du système scolaire a augmenté. Il était donc essentiel que la gauche fasse de l’école de la République sa priorité.

Sur quoi ont plus particulièrement porté tes amendements ? Mes amendements ont porté sur plusieurs aspects de la loi. D’une part, j’ai souhaité enrichir le texte sur la question de l’éducation prioritaire. J’ai ainsi proposé un amendement, qui a été adopté, pour un rééquilibrage des moyens en faveur des territoires défavorisés. Il faut savoir qu’aujourd’hui un élève dans un établissement d’éducation prioritaire coûte moins cher à l’Etat qu’un élève d’un établissement de centre-ville. Il faudra préparer une réforme de l’éducation prioritaire pour qu’elle soit plus efficace, plus adaptée aux besoins réels des établissements et des élèves, et moins

stigmatisante. J’ai également travaillé sur la question de la transition école collège. Au-delà du lien CM2-6e abordé dans le projet de loi, c’est toute la continuité du système scolaire du CP à la 3e qu’il faut revoir, pour permettre une plus grande transversalité et un passage plus progressif d’un enseignement polyvalent à des enseignements monovalents. Enfin, j’ai souhaité aborder la question de la notation. Il est nécessaire de sortir d’un système de notation qui crée l’échec plus qu’il ne le mesure. La confiance des élèves et de leurs familles dans le système de notation est essentielle.

INTERVIEW DE RÉGIS JUANICO Pourquoi ce projet de loi est important pour toi ? Avec ce projet de loi de refondation de l’Ecole, nous nous donnons enfin les moyens de remettre de la sérénité à l’école qui en a tant manqué ces dernières années. Il était en effet urgent de mettre un terme au climat de défiance généralisée au sein de la communauté éducative. Ce texte concrétise cette volonté d’en finir avec une politique de mise sous tension permanente du système éducatif qui a affaibli méthodiquement le service public de l’Education nationale. Et d’en finir aussi avec un certain nombre de mensonges et d’engagements non tenus. Je pense en particulier à la question de la place du sport à l’école. Nicolas Sarkozy avait promis lors de la campagne présidentielle de 2007 le doublement des heures d’éducation physique et sportive à

l’école ainsi que la possibilité de faire le choix d’un mi-temps sportif ! Ces belles promesses n’ont malheureusement été suivies d’aucun effet. A contrario, le projet de loi de refondation de l’école va permettre, de manière très concrète une augmentation des heures obligatoires de sport et la confortation du sport scolaire (USEP, UNSS). La réforme des rythmes scolaires sera un puissant levier pour favoriser les pratiques sportives que ce soit dans le temps scolaire ou périscolaire. Sur quoi as-tu particulièrement travaillé ? Avec le Comité de contrôle et d’évaluation (CEC) des politiques publiques de l’Assemblée nationale [Régis Juanico est vice-président du CEC], nous avions préconisé la remontée du taux d’accueil des enfants de moins de trois

ans à l’école. Notre pays est au premier rang des pays de l’OCDE pour la scolarisation des enfants de 3 à 6 ans, grâce à l’école maternelle, point fort du modèle social français, qui nous est enviée par tous nos voisins européens. En revanche, le taux de scolarisation des moins de 3 ans a chuté de 35 % à 13 % en raison des choix du précédent gouvernement. Le projet de loi réintroduit un objectif fort d’accueil de ces jeunes enfants à l’école : 30 % d’ici trois ans. Aussi, je suis intervenu dans l’hémicycle pour saluer cette très bonne mesure. Celle-ci est fondamentale, bien évidemment pour la réussite de tous les élèves, mais aussi du point de vue de la compétitivité économique et sociale, car elle favorise le taux d’activité, et bien sûr l’égalité hommes-femmes en matière d’accès à l’emploi.

BLUMA /// Avruk 2013 /// 11


EUROPE La rédaction a souhaité ouvrir une nouvelle rubrique consacrée à la question européenne. Ce mois-ci, la parole est données à nos députés européens.

MES DONNÉES PERSONNELLES NE SONT PAS À VENDRE !

F

GARE AUX PRÊTS !

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ans le cadre de la réforme d’Erasmus, la CE a mise en route un projet de garantie partielle de prêt pour les étudiants de Master. Au lieu de bénéficier d’une bourse, certains étudiants de master devront emprunter auprès d’une banque s’ils souhaitent passer un diplôme à l’étranger. Certes, nous n’en sommes pas à la généralisation des prêts au détriment des bourses mais le renard est dans le poulailler. C’est en effet la rigueur budgétaire qui a dicté ce projet car comme le dit la Commission « avec une bourse, on peut faire 8 prêts ». La substitution progressive des bourses par des garanties d’emprunt s’enclencherait. Ce mécanisme de « facilité » aurait trois conséquences : l’endettement dans un contexte de chômage record des jeunes, la ségrégation sociale (les plus modestes ne pouvant prendre ce risque) et la ségrégation pédagogique (les taux d’intérêt pouvant variés en fonction des études suivies). Cette garantie n’est pas une protection mais un piège. Sans taux unique, sans délai suffisant avant le remboursement et sans protection complète, elle ferait plonger les jeunes dans le cercle vicieux du surendettement. Encourager les prêts étudiants s’oppose à la massification de la mobilité et modifie les fondements d’un programme emblématique dans une période où les citoyens doutent de l’Europe. Isabelle Thomas Députée européenne 12 /// BLUMA /// Avril 2013

acebook, Google... l’usage des réseaux sociaux se généralise dans la vie quotidienne des citoyens. Au gré des «like» ou de la manière dont nous utilisons le web, nous fournissons des informations sur notre identité, nos désirs ou nos convictions qui constituent un ensemble de données personnelles collectées, traitées et… convoitées par les géants du net. En 2011, une étude du Boston Consulting Group estimait la valeur des données personnelles des européens à 315 milliards d’euros et anticipait un marché européen de 1000 milliards en 2020. Alors que l’Union européenne s’apprête à harmoniser les règles en la matière, l’affrontement entre avocats des intérêts économiques et défenseurs des droits des citoyens s’intensifie. La droite européenne se fait le porte-voix au des multinationales nord-

américaines dont le lobbying vise à affaiblir tout encadrement des pratiques. Pour la gauche européenne, il est capital de renforcer les droits des citoyens. Nous exigeons un consentement explicite préalable et informé de l’utilisateur pour chaque acte de collecte, de traitement ou de vente de ses données. Nous demandons par ailleurs une meilleure protection des citoyens face au profilage et aux discriminations qui peuvent en résulter. Pour ce faire, nous réclamons des sanctions plus lourdes pour les entreprises dans les cas d’abus ou de négligence conduisant à la fuite de données personnelles. Pour chacun d’entre nous, garder la maîtrise de ses données personnelles est un droit fondamental. François Castex, députée européenne

DEMANDONS UNE RENÉGOCIATION DU CALENDRIER DE RÉDUCTION DU DÉFICIT

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ès l’été 2011, j’alertais, avec Henri Emmanuelli et Benoît Hamon (voir notre tribune publiée le 30 août 2011 dans Médiapart) que, pour revenir à un déficit de 3% du PIB en 2013, il fallait que l’économie croisse à un rythme supérieur à 2% par an entre 2011 et 2013. La généralisation des politiques d’austérité dans toute l’Europe rendait déjà cet objectif hypothétique. La Commission européenne reconnaît désormais que l’entrée de la zone euro en récession le rend carrément irréaliste. Vingt quatre sur les vingt sept pays de l’Union européenne ne seront pas à 3% en 2013. Nous avions donc raison de demander la renégociation du calendrier de réduction des déficits, nécessaire pour ne pas casser la croissance, ce que la France est en passe d’obtenir pour 2013. Nous avions raison de demander d’exclure les investissements publics du calcul

des déficits pris en compte par la Commission. Ces derniers représentent 3,5% du PIB. Ils sont réalisés aux deux tiers par les collectivités territoriales (qui ne les intègrent pas dans le calcul de leurs propres déficits). Alors que le déficit au sens de la Commission serait de 3,7% du PIB en 2013, cela signifie en clair que le déficit « indésirable » (hors investissements publics) de la France serait en réalité quasi nul (0,2%) et qu’il n’est pas besoin d’ajouter de l’austérité au « sérieux budgétaire ». Le débat rebondira inévitablement en 2014 où, malgré la reprise anticipée de 1,2%, le déficit prévu sera de 3,9% selon la Commission. Cette aggravation est notamment due au financement du pacte de compétitivité (20 milliards). Si la France entend respecter à la lettre les 3% en 2014, il faudra alors un effort de près de un point de PIB, soit un nouveau plan de rigueur de près de 20 milliards… Liem Hoang Ngoc, Député européen


ACTUALITÉS

SÉCURISATION DE L’EMPLOI : UN VOTE QUI EN DIT LONG

A

u terme de plusieurs journées et nuits de débat, l’Assemblée Nationale a procédé au vote sur le projet de loi relatif à la sécurisation de l’emploi : 250 Pour, 26 Contre et 278 Absentions. Comme 42 députés du groupe socialiste, la grande majorité des députés se reconnaissant au sein du courant “Un Monde d’Avance” ont fait le choix de ne pas voter en faveur du projet de loi. C’est la première fois qu’un texte majeur de la mandature recueille un si large scepticisme. Depuis plusieurs mois maintenant, Un Monde d’Avance a engagé un travail important sur le projet de loi relatif à la sécurisation de l’emploi. Dès le début, notre sensibilité a émis des critiques tant sur la philosophie générale de l’ANI - il faudrait plus de flexibilité pour les entreprises en vue de ne pas les décourager à embaucher - que sur la méthode imposée. Le courant a ainsi multiplié les cadres de réflexion et de débat pour s’emparer de tous les enjeux du texte : rencontres avec les partenaires sociaux, signataires et non signataires, organisation de tables rondes, participation active aux différentes commissions de l’Assemblée Nationale,etc. Malgré les invectives demandant aux parlementaires de retranscrire de manière

littérale l’Accord National Interprofessionnel du 11 janvier, nous avons souhaité que la démocratie parlementaire puisse prendre toute sa place et avons vivement engagé le gouvernement à laisser toute la marge de manœuvre nécessaire aux parlementaires pour que ceux-ci puissent pleinement jouer leur rôle de législateur. A cet égard, même si notre courant regrette la précipitation dans laquelle a été passée en lecture ce texte, il s’est emparé de tous les cadres disponibles pour améliorer et amender le projet de loi qui, en bien des points, n’emportait pas notre satisfaction. De nombreux amendements, portés par le rapporteur, le groupe socialiste ou les députés de notre courant ont ainsi été discutés. Un certain nombre d’entre-eux ont été adoptés, ce qui a permis d’améliorer considérablement le texte. Si nous reconnaissons que le texte issu des débats comporte des avancées non négligeables pour les salariés (encadrement du temps partiel, entrée de représentants des salariés dans les conseils d’administrations etc. ), il reste selon nous plusieurs points problématiques : les accords de mobilité interne et de maintien dans l’emploi, et la réduction des délais de prescription principalement.

Plus globalement, les problèmes d’emploi et de précarité ne sont pas liés à un manque de flexibilité sur le marché du travail ou à une trop grande rigidité du droit du travail. Le retour de l’emploi et de la croissance ne pourra être obtenu demain qu’en agissant aujourd’hui sur les choix de politique économique et monétaire pris en France et surtout en Europe. Dans ces conditions, il ne nous a pas semblé opportun de voter en faveur de ce projet de loi.

BLUMA spécial «Loi de sécurisation de l'emploi» :

Le prochain numéro du BLUMA reviendra de manière plus exhaustive sur la bataille menée autour de la sécurisation de l’emploi.

BLUMA /// Avruk 2013 /// 13


VIE DU PARLEMENT

SÉCURISATION DE L’EMPLOI : SYNTHÈSE DU SCRUTIN

Le scrutin public Le vote relatif au projet de loi sur la sécurisation de l’emploi s’est déroulé ce mardi 9 avril 2013. Le scrutin final a ainsi été proclamé : Nombre de votants : 554 Nombre de suffrages exprimés : 276 Majorité absolue : 139 Pour l’adoption : 250 Contre : 26 Abstentions : 278 Détail des votes du groupe socialiste, républicain et citoyen Pour: 236 Contre: 6 Abstention: 36 Non-votant: 1 Député(e)s socialistes s’étant abstenus ou ayant voté contre Contre: Pascale Boistard Kheira Bouziane-Laroussi Marie-Anne Chapdelaine René Dosière Christophe Léonard Stéphane Travert

14 /// BLUMA /// Avril 2013

Abstention: Pouria Amirshahi Sylvie Andrieux Jean-Pierre Blazy Jean-Claude Buisine Fanélie Carrey-Conte Martine Carrillon-Couvreur Nathalie Chabanne Pascal Cherki Françoise Dubois Jean-Pierre Dufau Henri Emmanuelli Hervé Féron Richard Ferrand Yann Galut Linda Gourjade Jérôme Guedj Chantal Guittet Razzy Hammadi

Mathieu Hanotin Serge Janquin Régis Juanico Philippe Kemel Jérôme Lambert Jean Launay Michel Lefait Jean-Philippe Mallé Marie-Lou Marcel Jean-Claude Perez Michel Pouzol Patrice Prat Marie-Line Reynaud Barbara Romagnan Jacques Valax Michel Vergnier Jean Jacques Vlody Paola Zanetti


VIE DU PARLEMENT

POURQUOI JE N’AI PAS VOTÉ LA LOI DE SÉCURISATION DE L’EMPLOI PAR FANÉLIE CARREY-CONTE

Fanélie Carrey-Conte, député de Paris a été, aux côtés de Denys Robilliard et Barbara Romagnan, l’une des députées les plus actives sur le travail parlementaire relatif au projet de loi sécurisation de l’emploi. Responsable au sein de la commission des affaires sociales du chapitre I du projet de loi sur la complémentaire santé, elle a porté de nombreux amendements pour tenter d’améliorer le texte. Elle revient ici sur les raisons de son abstention.

L

e projet de loi relatif à la sécurisation de l’emploi vient d’être soumis au vote de l’Assemblée nationale, après plus de 75 heures de débat en séance, et des centaines d’heures d’auditions préparatoires, auxquelles j’ai participé du début à la fin. Je n’ai pas voté pour ce texte, et souhaite ici vous en expliquer les raisons. Le projet de loi relatif à la sécurisation de l’emploi est un texte complexe, qui, loin des caricatures de toutes sortes, mérite d’être analysé, sans totemisation ni diabolisation, car il est porteur pour les salariés de droits nouveaux mais également de possibles reculs. Je voudrais d’abord soulever un problème de méthode. Ce projet de loi est issu de l’accord national interprofessionnel signé après les négociations ouvertes suite à la conférence sociale du mois de juillet dernier. Ceci a d’emblée posé un débat sur les rôles respectifs des partenaires sociaux et des législateurs. En tant que socialiste, en tant que militante de gauche, je crois fondamentalement à la démocratie sociale. Mais je crois que la démocratie sociale ne peut se jouer ni contre, ni à la place de la démocratie politique, et je crois plus encore que la définition de l’ordre public social doit relever de la responsabilité (finale) du législateur. Dès lors, il me semble qu’il aurait fallu que le Gouvernement fixe en amont les cadres de la négociation, les lignes rouges à ne pas franchir. De la même manière, j’ai mal vécu le débat autour de la demande d’une retranscription littérale de l’accord. Tout d’abord, car un accord ne peut pas devenir mécaniquement

une loi, le long et minutieux travail de transcription qui a été fourni par l’administration l’a bien prouvé. Mais surtout, car le législateur ne peut se contenter de reprendre tel quel ce qu’ont décidé les partenaires sociaux. Affirmer cela, ce n’est pas être contre la démocratie sociale, c’est rappeler que la loi est l’expression de la volonté générale dont le Parlement est l’émanation. En outre, le texte pose un souci dans sa philosophie générale. D’une part, il présuppose que pour améliorer la situation de l’emploi dans notre pays, il faudrait encore accroître la flexibilité : je ne crois pas aux liens de causalité entre ces deux assertions. D’autre part, la possibilité qu’un accord d’entreprise vienne imposer des modifications aux contrats de travail des salariés (comme c’est le cas dans le cadre des accords de mobilité interne de maintien dans l’emploi) est un problème. Là encore, pas de faux débat : je défends le syndicalisme, l’ayant moi-même pratiqué, et ne souhaite pas entrer dans le débat sur la légitimité de tel ou tel syndicat. En revanche, je ne crois pas que le fait de soumettre certaines dispositions à la conclusion d’un accord signé par les partenaires apporte des garanties suffisantes pour les salariés, car je connais la réalité des rapports de force, a fortiori dans les petites entreprises. Un syndicat peut régulièrement se trouver en situation de faiblesse face à un employeur, et signer des accords qui ne lui sont pas favorables. C’est pour cela que je pense que la loi doit demeurer supérieure au contrat, ou du moins que le contrat ne doit pas pouvoir déroger de manière défavorable à la loi.

Concernant enfin le détail du texte, le travail parlementaire, auquel j’ai pleinement contribué, en particulier sur la partie « complémentaire santé », a nettement permis d’améliorer le projet de loi. Le rôle du rapporteur Jean-Marc Germain a en ce sens été essentiel, et son apport considérable. Ainsi, des modifications importantes ont été apportées au texte, sur le maintien du rôle des CHSCT locaux, sur l’encadrement de la mobilité interne, sur le contrôle de l’utilisation du crédit d’impôt par l’administration dans le cadre de l’homologation des plans de licenciement, ou sur la limitation des effets d’aubaine sur l’article taxant les contrats courts. Mais des points noirs demeurent : le fait que les refus des salariés de voir leur contrat de travail modifié par un accord donnent lieu à des licenciements qualifiés d’individuels, épargnant ainsi à l’entreprise la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi lorsque dix personnes au moins sont concernées (articles sur la mobilité interne et sur les accords de maintien dans l’emploi) ; le fait surtout que le délai de prescription pour la récupération des salaires soit diminué par rapport au droit commun. Ceci est à mon sens inacceptable : comment justifier qu’un propriétaire ait plus de temps pour récupérer ses loyers qu’un travailleur ses salaires ? Pour l’ensemble de ces raisons, de méthode, de philosophie, d’examen point par point du texte, je me suis volontairement abstenue sur ce projet de loi.

BLUMA /// Avruk 2013 /// 15


DOSSIER DU MOIS

DOSSIER RÉALISÉ PAR LE GROUPE DE TRAVAIL « DROITS DES FEMMES »

DOSSIER DU MOIS SPÉCIAL

AGIR POUR L'ÉGALITÉ FEMMES/HOMMES POURQUOI UN DOSSIER SUR LES DROITS DES FEMMES ? Parce qu’il faut le répéter encore et encore, le socialisme est essentiellement féministe. Le mot Féministe n’est pas un « gros mot », le socialisme prône une organisation sociale et économique allant dans le sens d’une plus grande justice : socialistes, nous sommes donc tous féministes ! Parce que la défense des droits des femmes a toujours été un marqueur du progrès social et d’ouverture des sociétés à la modernité, elle est donc un enjeu crucial pour la gauche et en particulier pour notre courant, ancré à gauche, moderne, jeune et motivé par l’espoir et le désir de réformes profondes de la société actuelle ; Parce qu’en période de dysfonctionnement économique dans notre société ravagée par le capitalisme financier, les femmes sont les premières touchées, et en situation de précarité économique ; LES DROITS DES FEMMES, UN SUJET TRANSVERSAL Pour ce numéro, c’est la place des femmes dans la vie économique que nous avons souhaité traiter dans ce dossier : vie professionnelle, insertion, retraite, prise en charge de la petite 16 /// BLUMA /// Avril 2013

enfance… Une prochaine fois, le droit des femmes à disposer de leur corps sera au sommaire du BLUMA (prostitution, PMA/GPA, contraception, violences…), et puis les violences symboliques et l’éducation, bref, il y a tellement à dire et à développer tant il est vrai qu’un homme sur deux est une femme (ou le contraire d’ailleurs !) et que les droits des femmes nécessitent obligatoirement une réflexion transversale et une intervention sur chaque sujet politique. « En France, les hommes naissent libres et égaux… sauf les femmes. Pour que les femmes naissent aussi libres et égales » (cf. Ministère des droits des femmes), à Un Monde d’Avance, nous avons besoin de faire avancer nos réflexions sur la place des femmes, leurs droits dans la vie citoyenne, politique et économique ! D’un côté, nous prenons note des avancées concrètes pour les droits des femmes dans la vie professionnelle, mises en place par le Ministère des Droits des Femmes • Signature de la convention d’objectifs et de gestion avec la branche Familles qui définira pour les quatre années à venir les objectifs du gouvernement en matière de développement des modes de garde. • Signature de conventions avec 17 grandes entreprises pour les mobiliser dans l’accompagnement des PME dans leurs

démarches d’égalité professionnelle, et les engager dans des démarches de progrès pour accroître la place des femmes dans les COMEX. • Projet de loi « sécurisation de l’emploi et temps partiel » : deux avancées décisives en matière de temps partiel bénéficiant directement aux femmes : un minimum horaire de 24 heures hebdomadaires et la rémunération des heures complémentaires dès la première heure. • Sanctions des entreprises pouvant aller jusqu’à 1% du chiffre d’affaires des entreprises qui ne respecteront pas l’égalité salariale entre hommes et femmes avant l’automne. Mais d’un autre côté, il reste beaucoup à améliorer et les propositions développées ici doivent être portées collectivement par Un Monde d’Avance En mai 2013, un projet de loi « cadre » pour les droits des femmes sera présenté en Conseil des ministres, qui traitera notamment des violences faites aux femmes, de l’égalité professionnelle, du renforcement des incitations à la parité aux élections législatives et dans les institutions de la République. C’est pourquoi, il est indispensable de rester très vigilants et de porter nos convictions féministes pour faire avancer notre Monde d’Avance.


DOSSIER DU MOIS

Retour sur l'action du gouvernement en matière de droits des femmes

L

e Ministère des Droits des Femmes est un des moteurs incontournables de l’égalité entre les femmes et les hommes, car si l’égalité entre les citoyens est un fait acquis, l’égalité entre les hommes et les femmes n’est toujours pas une réalité tangible en France aujourd’hui. Après les droits civiques reconnus à la Libération, après les droits économiques et sociaux des années 70 et 80, il s’agit désormais de définir les droits porteurs d’égalité réelle. Cette troisième génération des droits des femmes doit conduire à construire une société de l’égalité réelle, dans laquelle les hommes et les femmes sont les acteurs égaux d’une société qu’ils forment indissociablement. Parce que les inégalités sont présentes partout, un des premiers actes forts de ce ministère, six mois après son entrée en fonction, a été de réunir, pour la première fois depuis 12 ans, un comité interministériel aux droits des femmes qui a remis une feuille de route à chacun des ministères pour : • S’attaquer aux inégalités d’habitude dès le plus jeune âge • Alléger les contraintes de la vie quotidienne des femmes et lever les obstacles à l’égalité professionnelle • Placer la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes au coeur de la démocratie sanitaire • Protéger les femmes contre les violences • Décliner l’égalité dans tous les pans de l’action publique • Affirmer les droits des femmes au niveau international

Même si les femmes ont un niveau d’éducation semblable, voire meilleur à celui des hommes, les inégalités professionnelles persistent. Le plan d’actions pour mettre en œuvre l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, dont plusieurs mesures trouveront une traduction législative dans une loi-cadre pour les droits des femmes présentée en conseil des ministres avant l’été prochain, engage, dès 2013, les administrations publiques à mettre en œuvre des actions concrètes. Au niveau interministériel, la négociation a été engagée avec les organisations syndicales pour faire du dialogue social le moteur de l’égalité professionnelle dans la fonction publique, favoriser un meilleur déroulement de la carrière des femmes et permettre à tous de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle : entre autres, formation des agents à l’égalité entre les femmes et les hommes, promotion des femmes aux postes de direction et de cadres dirigeants de l’Etat... Une feuille de route pour l’égalité entre les femmes et les hommes déclinée chacun dans un plan 2013-2017 intitulé « l’Etat exemplaire » traduira, en particulier dans la gestion des ressources humaines, l’engagement pour améliorer la place des femmes dans la fonction publique. Dans le domaine de l’éducation, une formation à l’égalité filles-garçons sera dispensée aux futurs enseignants et introduite dans la formation continue de l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale. Les professionnels intervenant dans la protection des femmes victimes de violences bénéficieront également d’une formation renouvelée qui accompagnera la mise en

œuvre du plan global prévu pour repenser et renforcer l’accueil et la protection de ces femmes. Concernant la vie politique, un projet de loi permettra de favoriser un meilleur accès des femmes au mandat de sénateur (en étendant l’utilisation du scrutin proportionnel plurinominal à partir de listes paritaires) et d’augmenter de manière significative la parité au sein des représentants politiques départementaux et municipaux. La représentation équilibrée, si ce n’est paritaire, entre femmes et hommes sera assurée dans les autorités administratives indépendantes et dans les principaux organismes consultatifs de l’Etat et les instances de gouvernance de ses opérateurs. La promotion de ce principe sera également faite auprès des entreprises publiques. Par exemple : un contrat pour la mixité des emplois et l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ouvert aux entreprises sans condition de seuil d’effectif, pour aider au financement d’un plan d’actions exemplaires en faveur de l’égalité professionnelle ou de mesures permettant d’améliorer la mixité des emplois. Des mesures pour encadrer le temps partiel subi (les femmes représentent 80% des salariés à temps partiel) Le temps très partiel est une source de précarité, économique, et dans l’accès aux droits sociaux (maladie, formation professionnelle, accès au logement social, chômage, retraite). Deux pistes de travail sont mises en place : rechercher à augmenter le volume horaire proposé aux salariés, le cas échéant par une approche territoriale qui mobilise plusieurs secteurs pour offrir un volume horaire répondant aux attentes des salariés ; donner toute sa place à la négociation de branche pour renforcer l’accès aux droits des salariés pour lesquels il n’est pas possible de proposer un volume d’heure plus important. Marie-Noëlle Bas

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DOSSIER DU MOIS

AGIR POUR L'EMPLOI DES FEMMES En Ile-de-France, les femmes représentent 88% des 225 000 salariés des SAP et 8 sur 10 travaillent moins de 4h / jour. La priorité reste la lutte contre la précarité du marché du travail. Ensuite l’état du marché et le comportement excluant de certains acteurs économiques nous conduisent à maintenir des dispositifs de retour à l’emploi. nécessaires pour insérer durablement les personnes éloignées de l’emploi. Le travail sur les dispositifs d’insertion en direction des femmes doivent être personnalisés et porter sur un accompagnement social fort afin de sécuriser leur parcours. L’amélioration et la multiplication des dispositifs d’insertion vers des secteurs moins exposés à la précarité est également un des axes de travail. Pour une meilleure professionnelle des femmes Dans un contexte de crise économique et de chômage élevé, les problématiques du premier emploi, du retour à l’emploi et de l’aide aux plus éloignés se posent avec acuité. Le retour au plein emploi est un « serpent de mer » auquel se heurte tous les gouvernements depuis le 1er choc pétrolier et les crises successives n’ont fait que renforcer la nécessite d’accompagner plus fortement les exclus. Il est évident que la crise économique qui nous frappe depuis 2008 impacte le secteur de l’insertion et nécessite sans cesse de revisiter et valoriser les dispositifs d’insertion. Le secrétariat cherche à évaluer les dispositifs et la sécurisation des personnes ainsi insérées. Nous appréhendons l’insertion dans une acception large et nous traitons des publics divers et des politiques différenciés dont ils sont l’objet : jeunes, chômeurs de longue durée, immigrés, travailleurs handicapés, femmes seules avec enfants, séniors. L’objectif est de mettre en avant les marges de manoeuvre pour améliorer les dispositifs, et leur connaissance pour un meilleur accès au droit. Il s’agit enfin de travailler sur une amélioration de la prévention pour prévenir les décrochages. Les femmes ont investi le marché du travail. De force d’appoint, elles sont devenues partie prenante de la population active. Leur taux 18 /// BLUMA /// Avril 2013

d’activité entre 25 et 49 ans atteint 84 % en 2010 (66 % pour celles entre 15 et 64 ans). Mais dans un climat général de pénurie d’emplois et de dégradation du marché du travail elles sont les premières victimes de la précarité… La précarité marque plus souvent et plus durablement leur parcours que celui des hommes. Elle est multiforme et concerne à la fois l’emploi, les horaires, les salaires et les retraites. Cette précarité frappent les faibles niveau de qualification ou de diplôme : plus de la moitié des femmes employées dans les services à domicile et 37 % des employées du commerce sont en temps partiel, contre 12 % des femmes cadres. Une situation que l’offre d’insertion ne tend pas à corriger mais à reproduire. Pour illustrer mon propos je prendrai l’exemple de la mise en place de dispositifs d’insertion dédié aux femmes à Paris dans les services à la personne. Paris a mis en place un « pôle ressources SAP » à la MDEE du 20ème (auto-formation) : 118 stagiaires en 20 mois, 66 sorties à l’emploi et 32 en formations qualifiantes. Deux écueils sont à noter : l’entrée dans ces métiers est de plus en plus sélective d’une part, les employeurs demandent des qualifications ou de l’expérience et d’autre part le temps partiel y est courant.

insertion

La première piste réside dans la communication sur ces inégalités car il est choquant que le surchômage des femmes et leur sous-emploi soient si peu exprimés comme si notre société l’avait admis. La deuxième consiste à mener la bataille pour plus d’emplois de qualité, en luttant contre la précarité du marché, en promouvant l’égalité homme femme. La formation et l’éducation sont également une des clefs afin de limiter les sorties sans diplôme et sans qualifications. Enfin le travail pour éviter le décrochage est aussi important car par la prévention et une formation plus régulière, plus accessible le décrochage pourrait être évité. Sur les dispositifs de prévention, les marges de manoeuvre résident dans un suivi personnalisé et une approche global de l’insertion des femmes ainsi suivies. Une autre piste porte sur une meilleure perméabilité entre les dispositifs d’insertion et les entreprises afin de sécuriser les parcours. Sandrine Charnoz, Secrétaire Nationale adjointe en charge de l’insertion au Parti Socialsite


DOSSIER DU MOIS

Un service public de la petite enfance pour libérer les femmes

S

ous la présidence de Nicolas Sarkozy, les jeunes enfants ont été les victimes d’une vision ultra-libérale. Ainsi, la droite a leurré les familles en annonçant des créations de places alors qu’il s’agissait en réalité d’un abaissement des normes d’encadrement. C’est au contraire pour garantir l’accès à l’emploi des femmes et assurer l’égalité entre les enfants dès le plus jeune âge en confortant le rôle des professionnels et en renforçant leur fonction éducative que nous souhaitons créer un véritable service public de la petite enfance, c’est à dire un cadre légal national, des compétences clarifiées, une gestion de proximité et un financement protégé pour éviter que la branche famille ne serve à rembourser la dette sociale comme presque chaque année désormais. Ce sujet est « Politique » au sens premier du terme. Il s’enracine bien dans la vie quo-

tidienne et les réponses apportées à cette problématique sont toujours des choix de société. Quel est le rôle de la famille ? De l’Etat ? Comment prendre en compte des demandes urbaines ou rurales ? Quelle est la place des femmes et des hommes ? Est-ce au public ou au privé de répondre aux besoins ? Quand et où commence l’éducation d’un enfant ? Comment font nos voisins européens ? Que font les élus ? Très vaste sujet passionnant. Dès 2010 de très nombreuses organisations (parents, jeunes, enseignants, universitaires, associations complémentaires de l’enseignement public et d’éducation populaire, professionnels des collectivités locales, élus locaux, professionnels de la petite enfance et responsables syndicaux) lançaient, l’appel de Bobigny « Vers un grand projet national pour l’enfance et la jeunesse ». Le constat est simple : 0-6ans est une « tranche d’âge décisive dans le développement et l’épanouissement des en-

fants. Beaucoup se joue dans cette phase de construction et d’apprentissage des fondamentaux. Il s’agit avant tout de concrétiser le droit à l’éducation de chaque enfant, le droit de grandir de s’épanouir, avec un maximum de chances de réussite et de favoriser la capacité de vivre en société avec les autres... ». C’est, pour les signataires une mission de service public, ce qui signifie « égalité d’accès pour tous » et garantie de qualité avec « un cadre de références communes inscrit dans la loi ». Une « Charte de qualité nationale portant sur la qualification des professionnels, les normes des locaux, l’exigence d’articulation et de coopération entre les professionnels de la petite enfance et de l’école maternelle autour du passage progressif à l’école, en fonction des intérêts de l’enfant, l’exigence de la prise en compte de la personnalité globale de l’enfant et de sa qualité de vie » avait alors été proposée. Je crois que ces objectifs sont toujours d’actualité de même que le plan national pour le service public petite enfance qui visait alors 30000 places d’accueil collectif pour les 0-3 ans par un investissement de 10 milliards d’euros partagé entre l’Etat, les collectivités territoriales et les entreprises. La question du mode de garde pèse très lourdement sur les femmes, qui sont encore aujourd’hui davantage impliquées que les hommes dans le quotidien de l’enfant. Les manques, voire les absences, de solution de garde, sont aujourd’hui palliées par un impact fort sur leur carrière (interruption, réduction, temps partiel), et cela se ressent également fortement par conséquent sur le montant moyen des pensions de retraite des femmes. Aujourd’hui, plus de six enfants sur dix sont principalement gardés par un de leurs parents (c’est à dire surtout par leur mère). 97 % des bénéficiaires des aides du Complément du Libre choix d’Activité sont des femmes. Cette situation impacte d’autant plus les femmes modestes car 70 % des ménages les plus aisés font appel à un tiers professionnel pour s’occuper de leur enfant de moins de trois ans contre 9% des ménages modestes. C’est donc un enjeu politique fort. Charlotte Brun, Secrétaire nationale à la petite enfance, aux personnes âgées et au handicap

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DOSSIER DU MOIS

DES INÉGALITÉS JUSQU'AUX RETRAITES

LES RETRAITES DES FEMMES OU L'ARLÉSIENNE DES RÉFORMES QUI SE SUIVENT SE RESSEMBLENT

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vant d’aborder directement la question des retraites des femmes en France, il est essentiel de replacer dans le contexte du marché du travail, la place des femmes. Depuis le milieu des années 70, l’activité des femmes a progressé : en 2008, 83% des femmes âgées de 25 à 49 ans étaient actives (en emploi ou au chômage) contre 60% en 1975. Durant la même période, le taux d’activité des hommes de ces âges a baissé de deux points, passant de 97% à 95%. Malgré une politique familiale expliquant en partie la fécondité des femmes française, le taux des femmes travaillant reste en France particulièrement élevé lorsqu’on le compare à nos voisins européens. Pourtant une fois écrit ceci, il faut regarder de plus près un certains nombre de chiffres. Car même si les femmes sont aujourd’hui actives à 83%, elles ne sont plus que 41% avoir une carrière complète. C’est pourtant le cas de 86% des hommes. Cela a des explications diverses, liées notamment aux questions de maternité, qui restent aujourd’hui un frein réel dans la carrière d’une femme. Les carrières en dents de scie que connaissent de nombreuses femmes, ne sont pourtant pas une fatalité. Les statistiques montrent qu’en début de carrière,

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les femmes travaillent plus que les hommes, notamment parce qu’elles sont souvent plus diplômées. Mais les courbes s’inversent rapidement car elles sont souvent moins bien payées, et progressent moins dans les hiérarchies. Si on ajoute à cet état de fait que les femmes sont encore payées environ 27% de moins que les hommes pour un travail égal, cela nous mène donc à constater le cumul des handicaps que les femmes ont lorsqu’elles arrivent au moment du calcul du montant de leurs pensions. Le bilan des réformes menées depuis 1993 est plutôt considéré par les organisations syndicales, par une partie des associations de retraités, comme mauvais car toutes les dispositions prises (calcul sur les 25 meilleures années, indexation sur les prix et non plus sur les salaires des actifs, allongement de la durée de cotisation sous peine de décote…) ont déjà fait baisser le niveau des pensions d’environ 20 %. Elles ont aggravé les inégalités déjà fortes entre les pensions des hommes et des femmes. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit que le taux de remplacement moyen – niveau de la retraite par rapport au salaire, passerait de 72 % en 2007 à 59 % en

2050. Cette dégradation continuera donc de frapper les actuels retraités et touchera également les générations suivantes. Et si la situation de l’emploi, et de l’emploi des femmes en particulier, nous ne pourrons alors que constater que ces mesures auront automatiquement des effets sur le niveau des pensions des retraitées, mais pas dans le sens attendu… La régression sociale présentée comme seule alternative Aujourd’hui toujours cachés derrière des arguments liés à la démographie, des experts, des spécialistes, des rapports de toutes sortes, nous assurent qu’il n’y a pas d’autres solutions que de continuer à faire ce qui ne fonctionne pas depuis 20 ans : augmenter l’âge de départ en retraite à taux plein. Nous vivons plus vieux et la fécondité même si elle est particulièrement notable en France ne couvre pas l’augmentation du nombre de retraités. Il faut donc envisager de réformer le système d’une manière ou d’une autre. Et le prisme quasi unanime visé par les penseurs spécialistes de cette question reste centrée autour de la culpabilisation, de resserrement des droits, de


DOSSIER DU MOIS la rigueur budgétaire. Assénés en permanence, des chiffres plus ou moins fiables et surtout plus ou moins repris se cumulent. Et c’est donc en ce sens que sont allées les dernières réformes liées aux retraites. Pourtant encore aujourd’hui, les derniers rapports du Conseil d’Orientation des Retraites (le COR) sont toujours aussi alarmistes, malgré les différentes réformes successives : la poursuite des déficits du régime général est annoncée, passant de 21,3 à 24,9 milliards d’euros en 2020. L’autre alternative, proposée elle par des financiers, des banquiers, des patrons, mais aussi des personnalités diverses, du monde journalistique ou économique, est celle de la retraite à points. Cette option, dite encore du bout des lèvres et pas totalement assumé notamment par certains à gauche, parce que remettant très significativement tout le système en cause, viserait donc à individualiser encore plus les cotisations. L’individualisation, quelque soit la forme qu’elle pourrait prendre (par points ou par compte notionnel), aurait pour effet aussi de donner aux femmes comme seule perspective leur capacité au moment ou elles sont en situation d’activité de cotiser si elles en ont les moyens, pour préparer leur avenir de retraitées. Nous savons aujourd’hui que pour bon nombre d’entre elles, il sera compliqué voir impossible, en cas de temps partiel imposé, en cas de congé parental, ou toute autre pause dans la carrière de pouvoir assurer une cotisation individuelle basée sur un instant T et non plus sur un équilibre du régime, lié notamment à l’inflation. Ce système encore une fois fragiliserait les populations les plus fragiles, et les femmes en particulier.

Les défenseurs de ces options sont les mêmes qui hier qui nous assuraient que les réformes de 1993, puis de 2003, allaient enfin sauver le système, nous permettre de pérenniser nos retraites par répartition, et que bien sur qu’il n’y avait aucune perspective de le mettre à mal et encore moins d’augmenter les inégalités. Pourtant d’autres solutions existent Tout d’abord en s’attaquant aux vraies questions que sont non seulement le chômage de masse que connait aujourd’hui notre pays, qui participe pleinement à réduire le nombre de cotisations, et donc à faire d’un déficit conjoncturel un déficit chronique, mais aussi à mettre fin aux écarts de salaires entre les hommes et les femmes durant leurs années de vie active, par la loi. De plus, à moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux

profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est au final ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité. Des pistes spécifiques existent aussi pour limiter les écarts entre les femmes et les hommes : que les temps partiels ou les pauses liées à la maternité soient comptabilisés autrement pour le calcul du montant des pensions, en y faisant contribuer l’employeur par exemple, que les pensions de reversions puissent aussi être touchées par les conjoints pacsés… Dans tous les cas, le système actuel fait l’unanimité de la pensée unique en France. En effet, une large partie des intervenants de la vie politique française s’accordent pour dire qu’on ne peut plus continuer avec ce système, ou tout le monde cotise de manière solidaire et intergénérationnelle. Ce seront d’ailleurs les mêmes qui demain regretterons l’individualisme de la société, la fin de l’intergénérationnel, et même le tout finance qui grève notre société. Il faut rappeler que seulement 44% des femmes valident une retraite complète, contre 86% des hommes. Il faut marteler que 76% des bénéficiaires du minimum vieillesse (677E) sont des femmes. Dénoncer le fait qu’aujourd’hui encore, le montant moyen des retraites pour les femmes est de 1102E et que celui des hommes est de 1588E. Il faut aussi faire savoir que le départ moyen à la retraite est de 61,5 ans et l’âge moyen de sortie définitive du marché du travail est de 58,5 ans. Et que malheureusement, ce n’est pas en allongeant le temps de cotisations, ni en ne prenant pas des mesures fortes pour réduire les inégalités professionnelles durant la vie active des salarié-es que la question de la paupérisation des femmes retraitées se règlera. Il est tout à fait possible, et les chiffres que le COR donne le prouvent, de permettre à notre système de trouver un équilibre en augmentant les cotisations, et notamment celles du patronat, ce qui ne serait d’ailleurs qu’un juste retour des choses. Et si nous pouvions trouver des solutions adaptées, telles que la prise en compte des années d’études, ou une cotisation majorée pendant les période de temps partiel imposé, ou de congé parental, alors nous irons vers une réelle réforme prenant en compte non seulement les évolutions de notre société, mais aussi les attentes de nos concitoyens pour aller vers le progrès social qui est tant attendu. Léa Filoche

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DOSSIER DU MOIS

L'ANI AU REGARD DE L'EGALITE HOMME/FEMME : ENTRE PROGRESSISME ET VIGILANCE NECESSAIRE ! contrat, il a été notamment mis en exergue la nécessité de veiller à ce que l’exception à la durée minimale de 24 heures, prévue par le projet de loi, sur demande volontaire du ou de la salarié(e) n’ait pas de « volontaire » que le nom et ne soit en réalité une demande stéréotypée issue directement d’un modèle de la direction.

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a question de l’égalité homme/femme n’a pas été un élément structurant de l’ANI. Certains diront dès lors que ce n’est pas à l’aune de ce critère que ce texte doit être jugé. Chacun en aura son avis. Néanmoins, il peut être considéré au contraire particulièrement opportun et nécessaire d’avoir une approche vis-à-vis de ce paradigme dans la mesure où il s’agit sans conteste d’un indicateur de progrès pour une société. Une durée minimale de temps de travail pour les emplois à temps partiels a été fixée à 24 heures. C’est une mesure importante quand on sait qu’ils sont occupés à 80 % par les femmes et qu’a minima dans 30 % des cas, ces temps partiels sont subis. Cette durée minimale de 24 heures représente environ à 2/3 d’un contrat à temps plein. Les nouveaux acquis des salariés sont également autant d’avancées pour les femmes. Aussi, la création du compte de formation, le droit à la mobilité sécurisée dans une autre entreprise, l’information des représentants

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des salariés sur la stratégie de l’entreprise, de même que les droits rechargeables à l’assurance chômage pour les chômeurs ayant retrouvé un emploi vont indéniablement dans le bon sens. Néanmoins et parce que l’objet même du droit du travail réside dans « la protection des travailleurs vulnérables », les femmes doivent pouvoir bénéficier de nouvelles garanties, sans que des contreparties ne leurs soient imposées. Il était en ce sens nécessaire que des amendements soient déposés par nos députés. Le travail mené par la délégation des droits des femmes en général mais aussi plus particulièrement par Barbara Romagnan et Fanélie Carrey-Conte a été particulièrement précieux. Des amendements ont été déposés pour protéger davantage les femmes aux différentes étapes de leurs vies de salariés. Au stade de la définition des règles du

Au stade ensuite de l’exécution du contrat, plusieurs amendements ont été déposés afin d’assurer une majoration systématique (car ce n’était pas le cas dans la mesure où par le recours à un avenant, il pouvait y être dérogé) des heures complémentaires des salariés en contrat à temps partiel. Dans le sens des revendications des différents syndicats et des derniers rapports des délégations des droits des femmes du Sénat et de l’Assemblée Nationale, il a été proposé une majoration des heures complémentaires à hauteur de 10 % pour les heures réalisées dans la limite d’un dixième en sus de la durée initiale du temps de travail et de 25 % au-delà. Enfin, au stade des licenciements et ou des accords de maintien dans l’emploi, il a été proposé, que le critère de compétence, qui se résumait bien souvent au critère de la disponibilité (dont on sait combien il est défavorable aux femmes) ne soit pas mentionné expressément comme celui devant être privilégié pour fixer l’ordre des salariés qui feraient l’objet d’un licenciement. Il a été proposé également que dans le cadre des accords de maintien dans l’emploi qu’on ne puisse pas baisser l’ensemble des salaires inférieurs à 1,2 SMIC par mois quel que soit le nombre d’heures effectuées (afin de préserver encore les salariés à temps partiels). La liste n’est bien évidemment pas exhaustive et notre vigilance doit aller au-delà, d’autant que la complexité de ce texte et la diversité d’interprétation peut nous conduire à « des surprises en tous genres ». Élise Humbert


ACTUALITÉS

SITUATION AU MALI : LE POINT AVEC POURIA AMIRSHAHI contre de la coopération décentralisée francomalienne le 19 mars dernier à Lyon. Mais rien ne se fera si on ne tire pas les conclusions de cinquante ans d’échecs d’économie politique du développement. Notre coopération doit être axée sur la remise sur pied de l’État malien. Son effondrement, accéléré par les politiques d’ajustement structurel du FMI, est à la racine du mal qui affecte le pays. Priorité donc, à un Etat présent, à une administration capable et à des services publics concrets. Mais la même importance doit être accordée à la société civile, d’où doivent sans doute émerger les nouveaux responsables du pays. BLUMA : Et sur le plan politique ?

BLUMA : Le Mali fait partie de la 9ème circonscription des Français établis hors de France. A ce titre, tu as récemment effectué plusieurs déplacements sur place afin de mieux appréhender la situation. Sur le plan militaire et sécuritaire, où en est-on aujourd’hui ? Depuis la fin de l’année dernière, je me suis effectivement rendu à Bamako à plusieurs reprises. Maintenant que le contrôle des grandes villes a été repris grâce à l’action conjuguée des forces militaires françaises et africaines, nous entrons dans une période délicate. Les groupes radicaux se sont dispersés et poursuivent désormais une stratégie d’harcèlement. L’apprêté des combats de ces dernières semaines illustre bien leurs capacités de nuisance, bien qu’il apparaît que leurs effectifs sont en baisse – surtout Ansar Eddine. La situation sécuritaire reste très difficile mais pas catastrophique comme certains médias l’affirment. Au début du mois de février, Laurent Fabius a annoncé notre intention d’obtenir la transformation de la MISMA en une mission de maintien de la paix de l’ONU. Non seulement la CEDEAO y est favorable – les dirigeants d’Afrique de l’Ouest ont récemment rapporté leur soutien à cette solution lors d’une réunion à Yamoussoukro – mais l’Union africaine appuie aussi cette transformation. Elle permettrait d’ailleurs

d’intégrer d’autres effectifs militaires africains. De son côté, le secrétaire général de l’ONU a annoncé que cette force de maintien de la paix pourrait compter jusqu’à 11200 hommes, tandis que les chefs d’état-major de la MISMA ont confirmé qu’ils se préparaient à cette transformation. Concernant les risques d’enlèvements de nos ressortissants, j’ai pu me rendre compte, en multipliant les rencontres avec nos compatriotes que ces derniers demeurent relativement serein. Malgré les risques et les inquiétudes, il n’y a pas de mouvement de panique. Les Français sont conscients d’être une cible potentielle et restent vigilants. Les consignes de sécurité ont été renforcées dans toute l’Afrique de l’Ouest et elles sont généralement bien suivies par nos compatriotes. BLUMA : Et pour la suite ? La France ne refait pas la faute commise par l’intervention en Libye, non concertée avec les pays voisins et sans anticipation de l’après. C’est d’ailleurs cette différence stratégique majeure qui explique le soutien apporté, aujourd’hui, par la totalité des pays concernés à l’intervention militaire. Malgré la poursuite des affrontements, la paix se prépare dès à présent. Plusieurs initiatives, qui doivent permettre d’apporter des solutions concrètes, ont été amorcées. Je pense notamment à la ren-

Depuis le début de l’intervention franco-africaine, peu d’attention semble a été portée à la situation politique interne au Mali. C’est pourtant à partir d’elle que la démocratie et l’État malien se reconstruiront… ou pas. Laissons aux spécialistes les commentaires sur la conduite des opérations militaires. Responsables politiques français, nous devons être des observateurs attentifs des rapports de force politiques maliens. Les armes ne parleront qu’un temps, et les urnes devront avoir le dernier mot. En l’occurrence, l’intervention militaire bouleverse la scène politique malienne. La position du capitaine Sanogo, qui s’opposait à une aide extérieure, apparaît fragilisée, même si sa capacité de nuisance reste importante comme le montre les tentatives de violations répétées et intolérables de la liberté de la presse malienne. C’est aux forces civiles et démocratiques qui auront la lourde tâche de reconstruire l’État malien de formuler un nouveau contrat social entre toutes les composantes de la population. Le travail de la Commission nationale de dialogue et de réconciliation, qui vient d’être formée, conjugué à l’action de la société civile malienne, sera crucial. Une concorde nationale authentiquement malienne est le préalable à un bel avenir pour le pays. C’est surtout le meilleur moyen de lutter contre l’influence néfaste de l’idéologie wahhabite venue du Golfe et qui a concouru à la ruine du Nord du pays. C’est cet état d’esprit qui permettra de tenir des élections libres dans les délais annoncés. Propos recueillis par Pierre Fermigier BLUMA /// Avruk 2013 /// 23


ACTUALITÉS

ELECTIONS ITALIENNES : LA DÉMOCRATIE À L’ÉPREUVE DE LA CRISE

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es élections générales italiennes se sont déroulées les 24 et 25 février 2013. Appelés aux urnes pour élire leurs représentants au Parlement (Chambre des députés et Sénat), les italiens ont donné une majorité (en voix) à l’alliance de centre gauche de Pier Luigi Bersani. Majoritaire à la Chambre (équivalent de l’Assemblée nationale), ce dernier reste minoritaire en siège au Sénat. Or, cette situation rend difficile la constitution d’un gouvernement stable, le Sénat bénéficiant des mêmes pouvoirs que la chambre basse (on parle de « bicaméralisme égalitaire »). Malgré plus de 30% des voix, la gauche se trouve dans une position délicate qui la contraint à chercher des terrains d’ententes avec certains de ses adversaires d’hier. L’état du rapport de force au lendemain des élections Plus d’un an après la démission de Silvio Berlusconi remplacé par un gouvernement de technocrates dirigé par Mario Monti, les italiens ont apporté leur confiance à la gauche. Menée par P. Bersani, vainqueur des primaires quelques mois auparavant, elle regroupe plusieurs partis dont les deux plus importants sont le Parti démocrate (centre-gauche) et la Gauche-écologie et liberté (gauche) menée par N. Vendola (15% aux primaires). Vainqueur avec près de 30% des voix, la gauche affronte aujourd’hui les conséquences d’une triple surprise électorale : - La bonne tenue de Silvio Berlusconi et de la droite (et extrême droite) regroupée autour de lui qui arrive en tête au Sénat (116 sièges sur 301). - L’explosion d’un parti contestataire, le « M5S 24 /// BLUMA /// Avril 2013

» (5 étoiles) de Beppe Grillo (comédien) qui fait élire 109 députés et 54 sénateurs et devient le premier parti italien. Ce parti refuse toute alliance avec les partis traditionnels. - L’échec complet de la coalition de centredroit rassemblée autour de Mario Monti qui ne dépasse pas 10% quand l’objectif avoué était d’atteindre 15% des voix. Quels enseignements politiques ? Avant de rentrer dans l’analyse des résultats, un bref coup d’œil sur le contexte économicopolitique permet de comprendre les enjeux historiques d’une telle élection. Soumise au joug austéritaire imposé par le gouvernement Monti, la Commission européenne et le couple Merkel/ Sarkozy, l’Italie s’est enfoncée dans une récession dont elle peine à sortir. Le PIB italien a chuté en 2012 de 2,2%, le chômage est au plus haut et la dette continue d’augmenter, alimentée par la faiblesse de l’activité économique. Un député européen grec a récemment dit qu’il existait un « fil rouge entre l’élection grecque de 2012 et la crise italienne de 2013 ». Les deux élections illustrent avant tout la réaction du peuple à des politiques libérales injustes et inefficaces. Le résultat est immédiat. Tout comme les grecs en leur temps, les citoyens italiens ont donné un grand coup dans la fourmilière. Près d’un moins après les élections, nous pouvons tirer trois grandes leçons : - Tout d’abord, les résultats finaux sont une gifle politique et citoyenne à l’austérité. La gauche en réclamant des politiques de croissance notamment, mais aussi Berlusconi en pestant contre les hausses d’impôt et Angela

Merkel. - Ensuite, le candidat des institutions européennes a échoué. Mario Monti et sa politique ont été écrasés. En outre, Beppe Grillo a prôné durant sa campagne la nécessité d’un référendum sur le maintien de l’Italie dans la zone euro. L’Europe est plus que jamais perçue comme un instrument de contrainte que les peuples considèrent toujours plus comme hostile à leur volonté. - Enfin, ce vote marque l’aboutissement d’un rejet du système politique italien. Déjà frappé par la crise de 1994, la structuration partisane est à nouveau remise en question. Les affaires de corruption, népotisme et autre clientélisme ont ressurgi notamment autour de la personne de Silvio Berlusconi. En cela, le positionnement radical de B. Grillo a largement séduit, notamment à gauche. Où va-t-on ? A la sortie du vote, la gauche ne peut gouverner seule. Deux solutions sont aujourd’hui envisageables. D’une part, sur le modèle grec, le retour aux urnes dès cet été. D’autre part, la constitution d’un gouvernement de coalition large autour de Bersani. Ce dernier a d’ores et déjà annoncé qu’il refusait toute alliance avec la droite Berlusconienne. Mario Monti, quant à lui est trop faible et suscite l’hostilité d’une partie de la coalition de gauche. Bersani a donc décidé de proposer un programme de gouvernement minimal qui pourrait bénéficier de l’appui des élus du « M5S » malgré l’intransigeance de leur leader. Ce programme s’articule autour du rejet de l’austérité et de la réforme radicale du système politique.

En conclusion, le peuple italien a donné une leçon citoyenne et démocratique à tous ceux qui s’assoient depuis le début de la crise sur la volonté populaire. Ce vote symbolise le rejet d’une politique vouée à l’échec qui frappe directement les italiens. A ce désarroi, la gauche doit offrir un débouché politique. Une orientation nouvelle pour l’Italie et plus largement pour l’Europe. La mainmise des conservateurs détruit peu à peu le rêve européen. En Italie comme ailleurs, c’est à la gauche d’incarner une alternative qui seule permettra de changer le cours des choses. Adrien Peschanski


ACTUALITÉS

« NON, NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES CAHUZAC » Par Michel Pouzol, député de l’Essonne

Je suis peut-être le seul ancien rmiste à l'Assemblée, mais pas le seul fils d'ouvrier, d'immigré, de fonctionnaires, d'agriculteur (...). Pas le seul à connaître la valeur travail, les difficultés quotidiennes, les problèmes de logements, d'emplois, de chômage.

J

e m’appelle Michel Pouzol. J’ai 50 ans et 3 enfants. Au mois de juin dernier j’ai été élu Député de la 3ème circonscription de l’Essonne. Depuis j’essaye 12 heures par jour et presque sept jours sur sept de me montrer à la hauteur de la confiance de mes concitoyens. Je n’ai aucun problème à dévoiler publiquement mon patrimoine, je n’en ai pas. Je loue la maison que j’occupe, je n’en ai pas de secondaire, pas de bateau caché ancré dans un port des caraïbes. Pas non plus de comptes en suisse ou dans je ne sais quel paradis fiscal. Cela ne fait pas assez longtemps que mes revenus sont suffisants pour me rendre imposable. Ce week-end je participais à la journée de mobilisation « un toit pour tous » organisée par l’association Solidarité Nouvelle pour le Logement. Une association qui lutte concrètement au quotidien contre le mal-logement et aide des familles en grande difficultés à reprendre pieds dans la société.

Il y a dix ans, comme je l’ai rappelé aux bénévoles de cette association, je ne connaissais pas le SNL, mais quelques mois plus tard ils devaient me sauver la vie à moi et à ma famille. Il y a dix ans, je me retrouvais au RMI après avoir été tour à tour journaliste indépendant, scénariste, réalisateur et animateur radio. Ne pouvant plus régler le loyer de mon petit appartement parisien, j’allais vivre dans un petit cabanon appartenant à ma femme, à quelques kilomètres de Paris, en bordure de forêt. 22 m2 pour 4 bientôt 5 personnes. 2 m 15 de hauteur de plafond, un seul convecteur électrique, pas d’isolation, « confort » minimum. RMI, surendettement, Intérim dans la grande distribution, petits boulots payés à l’heure, à la demi-journée, à la journée, rarement, à la semaine. Un député d’alors, commentant à ma mère ma situation, lâchait laconiquement, « au moins ils ont un toit au dessus de leur tête, ce n’est pas

le cas de tout le monde en région parisienne ». La solidarité sociale pour moi et les miens s’est alors exprimée à travers les services publics locaux : assistantes sociales, psychologues, protection de l’enfance. Ce sont eux qui nous ont maintenu à flot et qui nous ont présenté le SNL. Des bénévoles qui assurent un suivi humain et avant tout sympathique auprès de ceux qui ne sont plus rien. Ils sont venus nous visiter dans notre « cabanon », deux jours plus tard ils nous rappelaient, deux nuits blanches les avaient convaincus qu’ils ne pouvaient pas nous laisser vivre dans de telles conditions. Deux mois après, à quelques jours de Noël, nous emménagions dans une maison chauffée et confortable. Trois ans et demi de suivi social et amical plus tard, nous redevenions des citoyens à part entière dans un appartement HLM.

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La porte s'est ouverte pour moi. Ouvrons-la pour tout ceux qui souhaitent la franchir d'où qu'ils viennent, mettons fin au déterminisme social en politique. Et quand les élites leurs ressembleront, alors les français retrouverons cette confiance qui aujourd'hui nous manque tant. Nous étions en 2007, en pleine campagne électorale je rentrais en politique pour témoigner des difficultés du parcours de ceux qui n’ont plus rien, témoigner aussi du dévouement des bénévoles qui animent ces associations intermédiaires, de l’impérieuse nécessité qu’il y a à maintenir en état de bon fonctionnement nos services publics et les salariés qui les portent au quotidien. C’est aussi de ce parcours que je témoignais auprès des bénévoles du SNL samedi dernier. Certains d’entre eux, engagés plus que jamais auprès des autres, désespèrent de la politique et de ceux qui l’incarnent à quelque niveau que ce soit. J’ai voulu leur répéter que je n’oubliais pas et que nous n’étions pas tous des Cahuzac. Nous sommes nombreux à vouloir porter la voix de ceux qui n’en ont que lors des élections et chacun sait comment elle semble précieuse à tous dans ces moments là, pour être parfois oubliée une fois l’élection passée. Pour porter aussi la voix de ceux qui comme moi, se sont retrouvés dans la totale exclusion. Pour témoigner, mais aussi pour que ces expériences de terrain nourrissent nos choix et nos politiques. D’abord au Conseil général, maintenant à l’Assemblée. Je suis peut être le seul ancien rmiste à l’Assemblée, mais pas le seul fils d’ouvrier, d’immigré, de fonctionnaires, d’agriculteur et petit patron de PME. Pas le seul à connaitre la valeur travail, les difficultés quotidiennes, les problèmes de logements, d’emplois, de chômage. Nous sommes nombreux à travailler au quotidien, à trouver de vrais solutions à la crise qui nous fait face, la crise économique, sociale mais aussi morale. Nous sommes nombreux à

nous battre pour que l’Assemblée ressemble un peu plus à la France, celle d’en bas, celle du quotidien, celle de la difficulté permanente où la notion même de fin de mois n’existe pas puisque tous les jours sont une fin de mois. Nous l’avons vu ces dernières semaines, les français attendent autre chose de nous. En tout cas ils en attendent plus et comment le leur reprocher ? Nous devons aller plus loin et plus vite. Parce que l’urgence est là, partout, quotidienne et douloureuse. Nous devons redonner de l’espoir aux français. Cela commence par la bataille de l’emploi, mais aussi celle du pouvoir d’achat, de la relance par la consommation, de la sortie des dogmes financiers qui nous conduisent dans le mur. Nous devons desserrer les verrous européens qui nous empêchent d’envisager une véritable relance et pèsent si lourdement sur les ménages et les familles les plus fragiles. Nous avons su mettre l’enfant et sa réussite au cœur de la refondation de l’école, mettons les salariés, les chômeurs, les précaires au cœur de nos réflexions économiques. La lutte contre toutes les exclusions, contre la pauvreté, contre le chômage, contre le recul des services sociaux dans les zones rurales et les zones urbaines sensibles comme l’éducation doivent devenir les vrais priorités de notre gouvernement et nous devons le faire de façon visible, parce que du désespoir de ceux qui attendent le plus naît une exclusion plus grande encore que l’exclusion sociale, l’exclusion républicaine. Nous devons redonner de l’espoir aux français autour d’un projet ambitieux, économiquement, socialement, mais aussi moralement. La 6ème République ne doit plus être une idée vague mais une possible réponse à la crise morale que nous traversons. Dès que j’ai été

élu, j’ai démissionné de mes responsabilités de l’exécutif du département pour me mettre en conformité avec la future loi sur le non cumul des mandats. Posons les jalons de cette loi. Le non cumul des mandats doit aussi se concevoir dans le temps, pas seulement en nombre de mandat. Posons la question du statut de l’élu pour diversifier nos élites, pour que chaque citoyen puisse envisager un engagement politique sans voir sa carrière professionnelle mise en danger. Forçons la féminisation de la vie politique, rompons avec cette monarchie constitutionnelle qu’est devenue la 5ème république, inscrivons la transparence dans nos obligations d’élus. Nous ne sommes pas tous des Cahuzac. Nous sommes nombreux à être debout, sans résignation, avançant malgré les difficultés avec un seul objectif en tête, faire changer les choses pour changer la vie de nos compatriotes. Nous sommes nombreux, je veux le croire, à tous les niveaux de la société, à être honnêtes et sincères. Nous ne sommes pas assez nombreux encore à être le peuple dans sa belle et grande diversité. Cette tempête doit aussi nous permettre de remettre ce combat à l’ordre du jour, faire de nos assemblées, de véritables assemblées du peuple, pour le peuple avec le peuple. Il en va de notre avenir, il y va de l’avenir démocratique de notre nation. La porte s’est ouverte pour moi. Ouvrons-la pour tout ceux qui souhaitent la franchir d’où qu’ils viennent, mettons fin au déterminisme social en politique. Et quand les élites leurs ressembleront, alors les français retrouverons cette confiance qui aujourd’hui nous manque tant.

Nous devons redonner de l'espoir aux Français autour d'un projet ambitieux, économiquement, socialement, mais aussi moralement. 26 /// BLUMA /// Avril 2013


CULTURE Chaque mois, l’équipe de coordination d’Un Monde d’Avance s’efforce de vous livrer un BLUMA revenant sur ce qui fait l’actualité du courant. Pour continuer à creuser les différents sujets abordés, nous vous proposons ce mois-ci d’ouvrir une nouvelle rubrique «Culture» qui vous donnera quelques conseils de lecture, de films ou encore d’expositions pour occuper vos moments de détente et de réflexion.

POUR VOTRE MÉDIATHÈQUE Chroniques de Jérusalem - Fauve d’or d’Angoulême - Prix du meilleur album 2012 [Broché] de Guy Deslile Dans la veine des albums précédent de Guy Delisle se déroulant en Chine (Shenzen), en Birmanie (Chroniques birmanes) et en Corée du Nord (Pyonyang), celui-ci raconte un séjour de l’auteur en Israël. Guy Delisle s’installe en famille à Jérusalem pour un an, dans les locaux de Médecins sans frontières, pour qui sa femme travaille. Partageant ses activités entre la préparation de son projet de bande dessinée et celles d’homme au foyer, il parcourt la ville et le pays en le croquant quotidiennement sur son carnet. Dans un pays fortement marqué par le conflit, il en montre la diversité et les contradictions. A lire d’urgence !

DVD : Les Virtuoses de Mark Herman avec Pete Postlethwaite, Tara Fitzgerald, Ewan McGregor, Jim Carter, Mary Healey A Grimley, la mine doit être fermée condamnant ainsi toute la ville au chômage. Les mineurs participent chaque semaine aux répétitions de la fanfare que conduit Danny, un ancien mineur. Celui- ci tombe malade dès l’annonce de la fermeture de la mine. Son fils reconstitue alors la fanfare afin qu’elle participe au concours national à Londres. Mark Herman entre dans la lignée des cinéastes anglais dévoués au film social comme Loach, Leigh et plus récemment Wintterbottom, en nous livrant ce drame intégré dans la réalité sociale et économique de notre époque. Malgré la gravité du problème qu’aborde le film, le drame de ces mineurs qui perdent leur travail, Herman ne se départit pas de son humour, surtout lorsqu’il décrit les difficultés que traversent les différents personnages. Les Virtuoses nous donne un aperçu de la répression qu’ont subi les mineurs sous l’impulsion conservatrice thatchérienne.

Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 a nos jours [Broché] de Howard Zinn Cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habituellement peu. L’auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle. Louis la guigne t1 [Relié] de Giroud - Dethorey Une excellente Bande Dessinée mais pas seulement de Franck Giroud et Jean-Paul Dethorey chez Glénat... 13 albums qui constituent un formidable cours d’histoire militante à travers les années 1920 et 1930. Louis la Guigne l’ancien mutiné, l’ancien bagnard, le révolté épris de liberté et de justice est de tous les combats de la Gauche en France contre les Ligues, en Allemagne pour défendre la République, en Italie contre le fascisme, en Espagne dans les brigades internationales, dans les Etats-Unis de la grande dépression ou pour aider les réfugiés républicains espagnols parqués dans les «centres de regroupement» du sud de la France. Chien Blanc [Poche] de Romain Gary Dans ce roman écrit à la première personne, Romain Gary retrace une période de sa vie à Los Angeles, en 1968, avec Jean Seberg son épouse qui était complètement engagée aux côtés des noirs dans leur lutte pour les droits civiques. Un matin, alors qu’il fait rentrer un de ses chiens, un vieux berger allemand ne demande qu’à le suivre et à être adopté. Batka (petit père en russe) va vite se révéler être un « chien blanc », dressé contre les noirs des Etats du Sud BLUMA /// Avruk 2013 /// 27


+ D’UMA

AGENDA - CALENDRIER PRÉVISIONNEL DE LA CONVENTION EUROPE DIMANCHE 16 JUIN 2013 : CONVENTION EUROPE Mars-Avril : « les Rendez-Vous de l’Europe » - colloques thématiques autour des groupes de travail Conseil National de lancement de la Convention : samedi 13 avril 2013 Remise des rapports et des contributions des groupes thématiques Commission des résolutions : vendredi 26 avril 2013 Bureau National et envoi dans les fédérations: mardi 30 avril 2013 Arrivée du texte dans les sections : semaine du 13 mai 2013 Débats dans les sections : jusqu’au mercredi 5 juin 2013 Vote dans les sections : jeudi 6 juin 2013 Conventions fédérales : les vendredi 7 et samedi 8 juin 2013 Forum des Progressistes européens : le samedi 15 juin 2013

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