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Diversification économique

Au carrefour du monde?

Devenir la porte d’entrée des marchandises internationales en Europe est l’objectif que s’assignent les logisticiens du Grand-Duché, qui se rassembleront au Logistics Management Forum en février. Ils rappelleront, à cette occasion, la multiplicité des métiers inhérents à cette activité au potentiel économique indéniable.

Pierre Sorlut

Evoquer, au Luxembourg, le Commissariat aux Affaires Maritimes (CAM) fait sourire le profane; qui aura quand même remarqué que le pays n’a pas d’accès à la mer. Pourtant, cette agence sous la tutelle du ministère de l’Economie vient de souffler sa vingtième bougie et fait figure, aux côtés du Cluster maritime, d’interlocuteur de poids dans le débat national sur la logistique, priorité gouvernementale depuis 2004 et dont la grandmesse annuelle, le Logistics Management Forum, sera célébrée à Luxexpo ces 10 et 11 février. Le sujet est devenu brûlant et gare à celui qui blasphème. Le potentiel économique de la branche permettrait, tout le moins partiellement, au gouvernement de s’exonérer de la dépendance au secteur financier. Jeannot Krecké, ministre de l’Economie et du Commerce extérieur, protège ses ouailles du secteur considéré. Interrogé sur le débat relatif à l’éventuelle création d’une zone franche servant au dédouanement des marchandises en transit, il corrige tout de go. «La stratégie est en cours d’implémentation et nous réfléchissons continuellement à l’opportunité de développer de nouvelles niches. Il me paraît trop tôt pour en discuter, car lorsque j’ai évoqué la question pour la première fois, tout le monde m’est tombé dessus en disant à peu près n’importe quoi. Nous travaillons dorénavant sur des modalités concrètes et ne communiquerons que lorsque nous verrons plus clair.» Prenant la mesure des difficultés de mise en œuvre des différents programmes de développement d’un secteur dépendant de multiples acteurs,

publics comme privés, le ministre décide maintenant de privilégier les actes aux discours. En effet, depuis que le gouvernement s’est engagé dans cet axe stratégique, les projets mis en avant sortent de terre avec difficulté. Thierry Nothum, directeur de la Confédération Luxembourgeoise du ­Commerce (CLC), elle-même membre du Cluster for Logistics, nuance: «Nous aurions pu imaginer que certains dossiers avancent plus vite. Il faut développer des concepts, créer un mouvement national, fédérer les parties prenantes, obtenir les autorisations… Cela demande quelques années.» Une problématique transversale

La relative lenteur de la mise en œuvre des stratégies tient à la complexité et à la transversalité de la problématique. La logistique n’est pas, comme le croit le même profane, le seul transport de marchandises d’un point A à un point B. Elle se démarque, en fait, des autres activités économiques soutenues politiquement, comme les technologies de la santé ou les composants automobiles, par sa nature multidimensionnelle. Définie comme l’organisation des flux de marchandises, elle lie, dans sa verticalité, une pluralité d’acteurs, depuis le producteur jusqu’au consommateur. Chacun des maillons de la chaîne peut alors choisir, sur un axe que l’on peut concevoir comme horizontal, la solution qui conviendra le plus à ses besoins propres et ponctuels, respectant une logique de limitation des coûts et de recherche de la qualité. Par exemple, une société peut externaliser les services logistiques et faire appel à un prestataire pour s’approvisionner en matières premières et acheminer sa production.

Outre le transport de biens, la logistique concerne une grande variété d’agents économiques et peut favoriser la création d’emplois, «à la fois qualifiés et moins qualifiés», comme le rappelle Daniel Liebermann, chargé du dossier au ministère de l’Economie. «Elle représente, à l’heure actuelle, environ une dizaine de milliers d’emplois au Luxembourg.» Selon Thierry Nothum, la CLC attire, depuis 1999, l’attention des gouvernements successifs sur le sujet. «Il s’agit d’un must. On ne peut pas se passer d’une logistique performante. Sinon on est écarté du marché.» La logistique est un multiplicateur de croissance par sa vocation à optimiser, voire à attirer, les échanges commerciaux. L’oreille de M. Krecké a donc été plus attentive que celle de son prédécesseur, Henri Grethen, qui gérait pourtant les portefeuilles de l’Economie et des Transports. Mais attention! M. Nothum prévient, «la logistique est une chaîne et si un maillon disparaît, c’est toute la chaîne qui rompt». Il s’agit donc d’attirer l’ensemble des métiers concernés et de développer des activités connexes. David Arendt, CFO - et CEO intérimaire en novembre et décembre - de Cargolux encourage l’arrivée de nouveaux acteurs: «Plus il y a de joueurs, plus on assure la pérennité du site. Le ministre de l’Economie ne ménage pas ses efforts lors de ses déplacements pour mettre en exergue les atouts du Luxembourg.» L’intéressé confirme: «Lors de mes missions à l’étranger, j’essaie toujours de rendre mes interlocuteurs sensibles aux moyens logistiques mis à leur disposition. Je leur explique ce que nous avons, ce que nous développons et quels sont les avantages à passer par le Grand-Duché.»

paperjam  | Février 2011 | économie & finance

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paperJam Economie et finances - février 2011  

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