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performeurs - 6


préface introduction aux pratiques performatives drag le postgenre : extraction du genre performeur.euses exposé.es

7 - performeurs

7 11 15 19 65


PrĂŠface


w

e are here, we are queer est un projet d’expositions annuelles, prévu sur trois ans. L’objectif étant de questionner notre rapport à l’identité de genre, au drag, au queer. Ces termes engagent dans notre contemporanéité un bouleversement sémiologique et une nouvelle appréhension épistémologiques. Outre cela, nous assistons également à des changements d’incarnations esthétiques, des symboliques mouvantes et de nouveaux attributs signifiants. Le queer change notre perception du genre, le drag le met en scène. L’année dernière cette exposition a été un franc succès, rassemblant environ 180 personnes au vernissage et presque autant sur le reste de la semaine. L’ouverture avait été marqué par la performance de deux drag queens paloises, dont un étudiant de l’UPPA. L’exposition s’articulait autour de photographies de différentes drag queens et drag kings, montrant alors la diversité des représentations de genre. L’objectif était de donner un premier aperçu de toute la richesse visuelle du milieu drag, d’être dans une position pédagogique à propos du travestissement et de tester l’horizon

d’attente en matière de culture drag. Nous savons aujourd’hui que ce dernier existe, et se déplace pour ce type d’événement. Nous souhaitons cette année revenir avec une exposition plus importante en terme de nombre d’images mobilisées, mais aussi en terme de performances. Le vernissage accueillera bien plus d’artistes drag, avec des univers et des esthétiques différentes, qui sauront créer un temps fort lors de l’exposition. L’accrochage va se concentrer sur un type d’incarnation, le post-genre. L’exposition posera les questions :

comment représenter une identité qui va au-delà du genre ? Qui transcende la binarité de genre ? Qui ne soit ni masculin, ni féminin ? Qu’a-t-on alors à montrer ? Comment le montre-t-on et quel message cela implique-t-il ? préface - 10


Le drag hors de la binarité nous questionne toujours plus intensément sur notre rapport à l’identité de genre, à la binarité, à la hiérarchie de genres et au patriarcat. Une incarnation de l’identité extraite des implications de genre permettrait-elle une sortie de cette hiérarchie et donc une nouvelle approche des rapports sociaux ? Ces questions seront posées lors de l’exposition, et nous tenterons d’y avancer des hypothèses théoriques via le matériel de médiation culturelle.

11 - préface


Introduction aux pratiques performatives drag


L

a pratique de la performance a débuté au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. Elle a été considéré comme une « arme » dirigée contre l’art officiel. Elle donnait forme aux revendications des artistes contemporains qui cherchaient à redéfinir l’art, sa pratique, son exposition mais aussi son rôle social. La performance implique la présence d’un public, voire des interactions avec celui-ci  ;^w^wce n’est pas une œuvre qui existe pour elle-même, elle n’est ni contemplative ni passive, mais elle se vit, se partage. Un des autres intérêts, au XXe siècle, de la performance est qu’elle n’a pas d’histoire : elle n’a pas encore de grands noms, de références, de passé dans la littérature et la théorie artistique. La place est donc libre pour quiconque veut la prendre, et tenter d’imposer un discours. C’est en effet pour cela que la performance devient vite une technique utilisée majoritairement par les femmes, et les personnes minorisées dans le paysage de l’histoire de l’art. Iels peuvent alors chambouler l’horizon d’attente, qui n’a pas encore eu le temps de s’installer. Le public des performances vient pour être surpris, car il est impossible de prévoir ce qu’il va se passer.

Roselee Goldberg écrit dans son ouvrage La performance, du futurisme à nos jours :

« la performance a assuré à l’artiste une présence dans la société. Selon la nature de la performance, cette présence peut être ésotérique, chamanique, pédagogique, provocatrice ou divertissante » La performance permet une variété presque infinie de mise en scène des corps. Au début de sa pratique, les artistes femmes vont explorer les notions de féminité, de rôle genré, de patriarcat, de misogynie. Nous pouvons citer l’iconique performance de Carolee Schneeman, Interior croll, où elle monte sur une table entièrement nue pour déclamer un texte écrit sur un rouleau de papier qu’elle a préalablement sorti de son vagin. Nous pouvons également signaler Marina Abramovic ou les actionnistes viennois.

introduction aux pratiques performatives drag - 14


Dans les années 1970 le terme de « performance » vient à être reconnu comme une technique artistique à part entière. Cette reconnaissance institutionnelle et théorique coïncide aussi avec un assagissement des performances. Elles se tournent vers une pratique plus élégante, moins provocatrice. Elle est régulièrement utilisée par les artistes contemporains, notamment pour exprimer leur rapport au corps, à leur identité ou leur sexualité. Ceux et celles qui explorent les notions d’identité (de genre, de classe, de race) et de sexualité utilisent plutôt la performance comme elle a pu être envisagé à ses débuts : forte, revendicative, troublante. Ainsi, un performeur comme Ron Athey utilise ses mises en scène pour explorer son corps « malade », séropositif, notamment via l’utilisation du sang qui semble devenir un symbole effrayant du sida. Ces performances « politiques » ont vocation à questionner le public sur les rapports de domination, les phénomènes de marginalisation et/ou de stigmatisation ;^wmais aussi le prendre à témoin, et l’obliger à se placer dans cette même hiérarchisation sociale. Outre les différents systèmes de domination

15 - introduction aux pratiques performatives drag

systémiques, on trouve dans la performance aussi une critique acerbe du monde de l’art, de son marché, de ses modes, de son fonctionnement. Roselee Goldberg ajoute à ce sujet :

« Historiquement, les artistes de performance ne s’étaient jamais souciés d’obtenir des institutions une quelconque reconnaissance de leurs activités, et leurs actes étaient même délibérément dirigés contre la stagnation et l’académisme associés à ces institutions » La performance permet une rupture forte, autant sur la forme que sur le fond du travail des artistes. Intégrer les institutions, ou sortir d’écoles réputées n’est plus un but en soi, cela paraît presque hors sujet. Les lieux de performances ne sont


plus exclusivement les vernissages, les centres d’art, les musées ou les biennales. Il peut s’agir de l’espace public, d’un club, d’un bar, de n’importe quel lieu où un public peut être présent. La conception même de la performance artistique peut être remise en cause par les pratiques performatives queers. Ces dernières expérimentent, montrent un autre possible, en intégrant une notion de narrativité et de continuité dans leur personnage qui incarne en lui-même un message déjà fort. Ces pratiques queers relèvent d’une forme d’avant-garde esthétique et artistique à prendre en compte dans l’étude générale de la performance et de l’art actuel.

introduction aux pratiques performatives drag - 16


Le post-genre : extraction du genre


L

a forte audience et le monopole médiatique de l’émission RuPaul’s Drag Race ont instauré insidieusement des règles dans la pratique du drag, qui ont mené à un phénomène de mainstreamisation des esthétiques et des performances. Le public, mais aussi une partie des performeurs et performeuses, consensualisent leurs attentes et pratiques autour d’un modèle drag haute couture et glamour. Ce dernier se base également sur un travestissement binaire littéral : du masculin au féminin (nous n’évoquerons pas ici le drag king qui ne jouit pas d’une démocratisation aussi grande). Ce type de drag a un public large allant de l’homme gay à la femme cishétérosexuelle. Iels réussissent à capitaliser sur leur pratique, via le merch et la vente de billets d’entrée à leur show. Mais dans le drag il existe plusieurs formes, plusieurs esthétiques, et même plusieurs histoires. Certaines d’entre elles quittent le traditionnel travestissement binaire pour inventer d’autres finalités, et donner un autre sens au travestissement, au drag. La question qui nous intéresse ici est le travestissement au-delà des genres,

un travestissement dont la destination n’est ni le masculin, ni le féminin. Ce type de pratiques que nous pouvons nommer « post-genres » permet de ré-envisager la notion de binarité des genres d’une toute nouvelle façon. Si cette notion paraît extrêmement contemporaine, elle est pourtant inscrite dans l’histoire même du drag. Nous pouvons prendre comme exemple le club kid où les artistes drag allient couleurs spectaculaires, motifs audacieux et accessoires exubérants. Cette école du drag ancré dans les clubs de la fin des années 1980, est toujours utilisée et fait référence dans la pratique du drag. Leigh Bowery est une figure iconique du milieu drag et club kid, il a réussi à créer des looks qui ont à a la fois inspiré des créateurs haute couture et d’autres drag et créatures. De façon contemporaine, des artistes comme Daemon Schiele ou Tiggy Thorn cultivent une esthétique club kid. En outre, nous pouvons évoquer le tranimal, nettement moins courant sur la scène française. Cette forme de drag repose sur la déformation corporelle et permet de repenser le corps comme une entité complètement malléable et modifiable. L’artiste Austin Young se transforme en personnage difforme, ce qui peut

le post-genre : extraction du genre - 18


choquer une partie du public, ou en tout cas déplacer ses attentes. Ce type de drag capitalise et attire moins, car il fragilise la conception sociale des genres et sa hiérarchie. Il nous pousse hors de notre zone de confort, et nous oblige à nous placer sur l’axe de l’acceptable et de l’inacceptable. Le post-genre sous toutes ses formes permet d’imaginer des créatures hybrides, de repenser l’humain, nos possibilités et nos limites. Il pose l’éternelle question du « Beau » en art :

est-ce qu’une œuvre doit être belle pour être appréciée et de qualité ? Peut-on faire du qualitatif avec du difforme ? Dans l’histoire de l’art beaucoup d’artistes ont été reconnu malgré les controverses liées à leurs créations. Nous pouvons penser notamment aux actionnistes viennois, qui ont poussé jusqu’aux limites physiques les performances autour de la souffrance endurée par le corps humain.

19 - le post-genre : extraction du genre

Pourrait-on envisager un parallèle ? Est-ce que le drag post-genre serait une sorte de tâtonnement des limites des pratiques performatives drag ? De même qu’elles concrétisent le genre comme imposture, preuve s’il en faut de cette construction sociale patriarcale ;^wles pratiques post-genre pourraient aussi remettre en question notre conception de la performance, de ses limites épistémologiques et visuelles.


Azada


© Alicia Herubel


« Quand on grandit dans une famille conservatrice et religieuse étant gay, on se sent seul. Très seul. Dès le plus jeune âge les hommes de votre famille se moquent de vous parce que vous avez des manières de « filles » et les femmes de votre famille vous engueulent car vous n’êtes pas assez homme pour elles. Pourquoi moi, jeune personne dotée d’un pénis et de testicules, doit agir comme un « homme », et vous savez très bien de quel genre d’homme je parle... 23 - performeur.euses


Et là, vous vous demandez, si on ne représente pas cette image masculine dictée par les normes de la société, que sommes-nous ? Félicitations, vous devenez alors la peur de l’hétéro-normativité, une bête de foire qu’on surnomme une drag-queen. On connaît toutes ces histoires de drag queen qui ont adoré porter les talons de leur mère étant enfant, mais c’est vrai aussi, moi je ne pouvais juste pas rentrer dedans car mes pieds étaient trop larges. performeur.euses - 24


Je me rappelle avoir fait un show de drag devant ma grand-mère avant qu’elle ne me court après dans toute la maison pour essayer d’enlever la robe que je lui avais volée. Je me rappelle mettre tout le maquillage possible de ma mère sur ma tête quand personne n’était là, c’est une magnifique échappatoire pour nous, ça fait du bien de sortir de cette zone de pression créée par notre entourage. Casser ses limites qui nous font du mal indirectement, je suis un homme et j’adore 25 - performeur.euses


porter du maquillage, j’adore crier avec une voix aiguë, j’adore ce regard qu’on nous porte dans la rue. Être drag m’a montré que je suis libre, je suis tellement libre de faire ce que je veux, que je sois en « homme » ou en « femme ». Je m’appelle Azada et je suis drag. »

performeur.euses - 26


Maison LaGrave : Asterion


© Paul Darcangela


« Apprentie dernière de la Maison LaGrave. Astérion se mêle, s’emmêle et s’égare. Les impasses deviennent sources de matières, d’actes. Ainsi, tout se métamorphose. Et la création devient hybride. Asterion arpente le labyrinthe, tisse des liens à travers les couloirs, et joue à « s’inventer sauvage. »

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Maison LaGrave : Coco Damoiseau


© Paul Darcangela


« Appréciée pour sa beauté et sa senteur, célébrée depuis l’Antiquité par de nombreux poètes et écrivains ainsi que des peintres pour ses couleurs qui vont du blanc pur au pourpre foncé en passant par le jaune et toutes les nuances intermédiaires, et pour son parfum, elle est devenue la « reine des fleurs » dans le monde occidental, présente dans presque tous les jardinset presque tous les bouquets. Mais on oublie souvent que les rosiers sont aussi des plantes sauvages aux épines 33 - performeur.euses


pointues. Poésie pointue. Douceur et piquants. »

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Maison LaGrave : Daemon Schiele


© Alice Perotti


« Né dans un Freak Show, d’un threesome entre un clown, un alien et un monstre. Regardez bien vos photos, il vous court après. Artistiquement vôtre. »

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Maison LaGrave : Gonora


© Alice Perotti


« Gonora LaGrave, spécialiste des mélodies mentales sexuellement transmissibles, mère de la Maison LaGrave, collectif de créature queers. Elle est chanteuse, psychanalyste et actrice de la night queer toulousaine. »

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Maison LaGrave : Vertigo


© Paul Darcangela


« Le Vertige, ou Vertigo, n’est pas un personnage. C’est un moment singulier, une expérience unique que je souhaite partager avec un public. Si l’on devait énumérer des objectifs de mon drag pour le rendre moins loufoque seraient alors de faire vivre aux personnes qui assistent à mes performances un instant où iels ne se focalisent sur ce qu’iels voient, qu’iels perçoivent, qu’iels ressentent. Mes numéros le plus souvent autobiographiques me permettent de 45 - performeur.euses


mettre en œuvre toutes les difficultés de mon rapport de différence de norme à l’heteropatriarcat. Bien qu’il s’agisse souvent de lipsyncs, j’aime aller où l’on ne m’attend pas, en offrant parfois des performances empreintes d’émotions fortes ou en chantant parfois. Mais pour moi le plus important est quand mon drag et mon militantisme se rejoignent et se complètent pour former cette entité que j’aime le plus. »

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La Maryposa


« Artiste né.e de l’art contemporain qui, avec un verre de champagne dans le nez, devient un clown moderne et féministe à la recherche de ses nichons. Inspiré.e par les icônes burlesques, hollywoodiennes et latines, Maryposa se questionne et questionne les normes de cette société en s’affranchissant des codes. Elle ne cesse de répéter cette phrase qui fait du bien : « amour et bienveillance », dans l’espoir de rassembler les belles âmes. » 49 - performeur.euses


Saint Eugène


« Je perçois le drag comme une forme artistique complète, expérimentale et libre, faisant coïncider mon amour de la mise en scène et de la narration avec mon intérêt pour les politiques queer, à travers de multiples formes d’expression se superposant les unes aux autres : le jeu, l’écriture, la musique, le costume. Il s’agit pour moi en quelque sorte d’une forme d’illustration vivante : une interprétation visuelle d’un texte donné, d’une ambiance évoquée par un morceau 53 - performeur.euses


de musique ou une succession de bruitages évocateurs. Le but, au delà de l’aspect narratif de la performance, est d’établir une disruption de la réalité chez le.a spectateurice, c’est à dire de faire coexister quelque chose de surréaliste avec le réel, dans un lieu et temps donnés, d’ouvrir une fenêtre vers une dimension parallèle le temps d’une performance. Pour ce faire, je travaille par couches. D’abord, par couches de vêtements, c’est ce que j’appelle la narration par le strip-tease : 54 - performeur.euses


chaque geste, chaque accessoire, doit avoir un sens, afin que les intentions et la personnalité du personnage soient identifiables en une fraction de seconde. Cela passe par des symboles, des codes couleurs...autant d’indices narratifs visuels qui servent le récit. Chaque vêtement ou masque ôté, est comparable à une page de chapitre qui se tourne. Le concept de “reveal”, grand classique de la performance drag, est ici utilisé pour faire avancer l’histoire, pour “révéler”, au sens littéral du 55 - performeur.euses


terme, un élément de récit venant créer un retournement de situation, par exemple. Au delà des couches de vêtements, se superposent à leur tour des clins d’oeil à la pop culture, des références littéraires, des symboles propres à la mythologie grecque ou à la religion catholique et des évocations de souvenirs personnels. Tout ceci donne aux performances des niveaux de lecture multiples et permet la création dans l’esprit des spectateurices de connexions toutes personnelles, 56 - performeur.euses


d’interprétations propres, qui feront émerger des émotions et des images hors de mon contrôle. Je tiens particulièrement à l’appellation “drag king” car je souhaite, à travers mes performances, produire un discours sur les masculinités multiples et leurs paradoxes profonds, entre hypersensibilité et monstruosité. Le drag est par définition politique, et peu importe l’histoire que je raconterai sur scène, c’est à travers cette grille de lecture que seront interprétés 57 - performeur.euses


mes choix narratifs. L’ancrage de mon travail dans le contexte du drag est donc essentiel. »

58 - performeur.euses


Sasha Kills You


© persephn


« Sasha Kills est une création de l’artiste Marc Socié. M.C est à l’origine du projet La Guillotine, Sasha Kills se trouve juste au carrefour entre l’onirisme le plus intense et la paralysie du sommeil, possiblement au sol entrain d’y lécher du sang. Hybride entre la culture Nord-Américaine et Européenne à l’apparence en constante évolution, Sasha aime jouer sur les différents registres du Drag mais aussi pousser ses concepts le plus loin possible 61 - performeur.euses


jusqu’à des formes non-humaines. Étoile noire montante de la scène internationale, la réinvention, la surprise et l’absurde sont des éléments récurrents et essentiels dans ses performances qui s’apparentent à une carte joker : impossible de prédire ce qui va apparaître et se dérouler sur scène. Sasha Kills est une fusion de références artistiques, alternatives et Pop avec un arrière-goût sucré persistant à la Mulholland Drive au petit matin. » performeur.euses - 62


Vitale


Š Morgane Golfier


« Vitale est un exutoire, un personnage qui me permet d’expérimenter et d’exprimer ma féminité. Elle m’aide face à mes complexes, à me sentir bien dans ma peau. C’est un outil, un médium artistique mouvant et vivant. »

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Elips


performeurs - 68


« Le drag, en premier lieu, est une discipline qui me permet de renouer avec de nombreux domaines que j’avais laissé de coté comme le théâtre, les costumes, la scène ou le maquillage. Elips est un personnage entre la drag queen et le clubkid, qui mélange à la fois le féminin, le masculin et un aspect qui se détache de l’humain pour tendre d’avantage vers la créature. Cette discipline me permet de jouer avec les codes qui nous sont imposés ou interdits par la société 69 - exposé.es


et notre éducation. Je me les réapproprie afin de questionner les genres dans une pensée ouverte et non-binaire. Ce personnage, extension de moi-même, tente de réinterpréter ces codes, souvent liés à la féminité en occident, pour devenir plus androgyne et ainsi créer une confusion dans le regard des personnes extérieures. Je ne vois pas le maquillage, les paillettes ou les robes comme des éléments féminins, mais je les perçois plutôt comme des outils qui existent et sont à notre disposition. Chacun devrait pouvoir les utiliser ou non exposé.es  - 70


quelque soit son genre, sans contrainte sociétale liée aux soit disant normes qui nous sont imposées tout au long de notre vie depuis la petite enfance. »

71 - exposé.es


Enidras


© La Méandre


« A chaque apparition, Enidras choisit un nouveau masque. Prêtre, Roi ou Dieu, ses iconographies se parent d’orgueil et d’un sourire narquois pour vous attirer dans son univers sombre et poétique Mais n’ayez pas peur, sa sympathie se marchande avec quelques flatteries et d’un verre de vin. »

75 - exposé.es


Lavish Strangulation


© La Conne des Bois


« Pour moi le drag n’a jamais été une option d’expression artistique de part sa stigmatisation au sein de notre société. Je suis depuis ma naissance une personne curieuse, touche à tout qui n’arrive jamais à rester en place et qui pose beaucoup trop de questions. Loin de moi l’envie de tomber dans une mauvaise psychanalyse, mais j’ai dûexpérimenter avec ce qui m’entourait dans un but expressif. Dessin, peinture, musique, danse... j’ai un peu tout essayé 79 - exposé.es


et c’est finalement au lycée que j’ai découvert, bien évidemment avec Rupaul’s Drag Race, l’univers du drag. Auparavant, je ne connaissais ça que par des dénominations violentes, homophobes et mysogines, en somme, à travers le prisme du patriarcat. Puis en me penchant un peu plus sur la question j’ai compris. J’ai vu le potentiel artistique absolument incroyable de cette pratique qui met directement en scène le corps. A cette époque de ma vie, je suivais l’option art exposé.es - 80


de mon lycée qui me passionnait et j’ai donc pu établir des comparaisons, relations et en tirer quelques analyses qui ont provoqué chez moi une envie de me mettre à la pratique. Alors j’ai cogité, ah ça non je ne serai pas la cristallisation de clichés mysogine. Je voulais relier le drag aux théoriques philosophiques et esthétiques en lesquelles je crois : Sade, Cioran, Bataille, Flaubert, pour ne citer que quelques écrivains, et d’autres plasticiens comme Bob Flanagan, 81 - exposé.es


Nebreda, Art orienté objet, Lewis Burton... Alors mon drag a muté, au début c’était compliqué je ne trouvais pas ce que je voulais faire. Il est difficile de s’émanciper des codes culturels, et même dans le drag il y en a. Ça j’ai du l’affronter frontalement. Il n’y a que très récemment que j’ai réussi à depasser cela et à proposer un discours sur la Beauté, la morale, les moeurs, le propre, le sale, le répréhensible... Le drag, plus qu’un moyen de divertissement, est un médium exposé.es - 82


fabuleux qui propose une liberté créatrice incroyable avec au centre son propre corps, sa propre existence. Il est possible de tout dire, de choquer, de dégoûter, d’émouvoir, de transgresser, dans le seul but, en tout cas pour moi, de remettre en cause l’ordre actuel des choses avec µcomme valeur ultime : l’Art. Je finirai en citant Annie le Brun qui écrit dans son livre de 2018, Ce qui n’a pas de prix : « Esthetisation comme facteur d’enlaidissement » » 83 - exposé.es


Le Marmoset


© Jean Ranobrac


« Marmoset est un enfant terrible enroulé dans des tissus. Toujours grotesques, jamais confortables, ses costumes faits main sont de fantasques armures pour affronter la nuit. Marmoset se cache derrière des torrents de couleur et des identités multiples pour ne pas être reconnu. Il préfère se balader dans les soirées qu’il organise ou qu’il fréquente pour faire sourire les gens.

87 - exposé.es


PS : marmoset désigne le ouistiti en anglais. Il est donc bien de la même famille que ces adorables primates. »

89 - exposé.es


Musubi


© Noé Alary


« Comment décrire la créature des performances de Gwendal Raymond ? Elles ne se fondent pas sur la construction de l’identité d’un personnage unique à partir de laquelle il bâtirait une mythologie, mais plutôt sur la multiplication de manières de former des identités plurielles – toujours temporaires, fluides, mobiles et plastiques. Son travail artistique se distingue par là, tout en s’inscrivant dans la même culture, de pratiques plus traditionnelles d’un drag autoréférentiel et mimétique et 91 - exposé.es


d’un queer trop souvent instrumentalisé et dépolitisé par son absorption par le relativisme postmoderne. Gwendal ne refuse pas, en effet, de penser les créatures comme des formes qui émergent et évoluent à travers des situations, des contextes et des intentions à chaque fois singuliers. Il ne refuse pas non plus parfois de tisser (ou de nous inviter à tisser), volontairement ou non, des liens, des dialogues, des logiques de différentes natures (narratives, thématiques, 92 - exposé.es


esthétiques, etc.) entre ces différents instants de surgissement de ses créations corporelles dansées et théâtrales. Mais il semble chercher à en proposer à chaque occasion des déclinaisons différentes, en faisant varier plusieurs paramètres pensés habituellement comme des vecteurs de reconnaissance : le nom, le vêtement, le maquillage, l’attitude, la corporéité, la couleur, le caractère, l’apparence... Impossibles à saisir comme unités ou comme fixités, le corps 93 - exposé.es


et l’identité qui se fabriquent à travers ses performances tendent à échapper à toute forme d’assignation ou de désignation qui n’échoueraient pas dans leur vocation à figer ou à circonscrire. Tout cela ne conduit pas à nier les catégories ou à relativiser l’existence des normes dans un corps informe ou liquide, mais bien à créer des réagencements permanents à partir de déterritorialisations (le sexe, le genre, la sexualité, la classe, le corps, etc.) et de reconfigurations fondées tant sur ses choix 94 - exposé.es


que sur les contingences et le regard du spectateur. Peut-être « son » personnage n’est-il pas vraiment « une » personne… mais en aucun cas on ne pourrait dire qu’il n’est personne! Il démontre que la pluralité, à l’intérieur de chacun des critères de l’identité qu’il interroge, au risque des contradictions et des paradoxes apparents, est bien constitutive d’un corps subversif, critique car en crise : perception de soi, présentation de soi et désignation par l’autre ne coïncident pas, et cela 95 - exposé.es


apparaît tant comme quelque chose de tragique que comme une forme de liberté. » texte par Gilles Jacinto

96 - exposé.es


Schlampakir


performeurs - 98


« SchlampaKir von Fickdich est née sous le soleil humide des Tropiques, mais personne n’aime plus l’obscurité, les entresols et la poussière que cette chimère étrange, bricolée et théâtrale. Mi-latina mi-germanique, Schlampa Kir est une jeune orpheline aveuglée par les projecteurs — mais prenez garde, elle mord. Fer de lance de la Fickdich Familie, cette guerrillera heroica de la mixité lacère les stéréotypes et décapite les imbéciles à l’aide de ses ongles tranchants. 99 - exposé.es


SchlampaKir s’est donnée un titre et une mission : BeautyKiller. À chaque sortie publique, sous ses plateformes, beauté, élégance et douceur succombent. »

100 - exposé.es


Tbeastprince


Š Marie Viard


« Créature non genrée de la Maison Eclose. Mon corps, mon art, mes choix. Aussi bien femme que homme, animal ou végétal, le petit Prince queer se réinvente à sa guise, bousculant donc les genres et les codes. Satire du 21ème siècle ses inspirations sont a la fête, danser égale lutter! »

103 - exposé.es


Tiggy Thorn


Š Jean Ranobrac & Hasim Akbaba


« Tiggy est un personnage inspiré par la scène clubkid new-yorkaise de la fin des années 80 : vrai vivier de créativité, de liberté et de respect. C’est pour moi un moyen d’expression, un exutoire qui me permet de dépasser mes limites, de m’amuser et d’amuser les autres. C’est aussi un moyen pour moi de travailler sur mon corps et sur le corps engénéral en abordant la question du genre, de la transformation et plus largement 107 - exposé.es


de la Beauté qui ont toujours été points d’ancrage dans mon travail. »

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Tuna Mess


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« Tuna Mess est un être au genre dérangé voire dérangeant. Elle pisse assis. Divorcée, agoraphobie, instable et vieillissante, elle ne sort que pour se rappeler pourquoi elle ne sort pas : le genre est une construction sociale étroite et autoritaire qu’il faut démanteler. »

111 - exposé.es


Remerciements Nos pensées vont aux associations Art&Fac et Solidaires étudiant-e-s Pau Occitanie qui nous ont épaulé tout au long du projet. Nous tenons à remercier l’université de Pau et le CROUS Bordeaux pour leur soutien et leur aide financière qui a permis la concrétisation de cet événement. Nous sommes très reconnaissant-es à toute l’équipe de la Centrifugeuse pour leurs conseils et leurs suivis. Nous tenons à saluer particulièrement Hugo Minvielle pour son travail de collaborateur, et celui de @Thibault Vanderpoorte pour l’ensemble des créations graphiques - Marion Cazaux

Pensé et designé par Thibault Vanderpoorte Commissariat d’exposition et textes par Marion Cazaux [mhkzo] Imprimé et relié par MC repro (Pau, 64000)


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We are here, we are queer (saison2)  

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