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l‟espace d‟un café crème, d‟un demi, d‟un blanc sec, ou d‟un rouge limé, quelles que soient leurs préoccupations du moment, chacun y abandonne accoutrements et uniformes afin de mieux travestir la réalité que ces vêtements colportent, s‟affranchissent de ces usuelles préventions par l‟intermédiaire d‟ironiques mises à distance d‟eux-mêmes, se débondent dans des exhibitions ayant en d‟autres lieux et sur d‟autres tréteaux pu mettre à mal leur crédibilité d‟adultes honnêtes et respectables... Après leurs bruyants épanchements ces cocasses bouffons, d‟un pas lent ou précipité, regagneront leurs ateliers ou magasins, leurs bureaux et autres officines, à nouveau s‟y vêtiront du sérieux et de la componction d‟usage, la récré terminée ne se libèreront que le soir venu pour l‟heure de l‟apéro... Suite à l‟envolée de ces comédiens amateurs, ne demeuraient que les vrais professionnels, les garçons affairés entre les tables, ainsi que d‟étranges solitaires remâchant de sombres pensées, sans oublier cachés dans les recoins ces amoureux s‟attaquant aux préludes de leur futur cinq à sept... Etaient-elles agaçantes ces deux rombières cachées derrière leurs verres de porto et leurs insolites lorgnons, s‟il les fusillait du regard, comme les glaces murales elles lui retournaient d‟insatisfaisantes images de lui-même... Bien avant l‟apparition de ces vieilles dames, précédées de leurs extravagantes lunettes, surtout de leur malicieux sans-gêne qui le déstabiliserait, l‟homme de lettres avait établi une non exhaustive taxinomie des singuliers clients fréquentant cet ersatz de théâtre. De ces gaillards, s‟il ne s‟attacha ni à leurs traits physiques ni à leur vestimentaire inféodé aux diktats de la mode –le respect humain nous rattachant par une commune mascarade –, séparant de leurs commérages de comptoir ce qui relevait de la farce ou de l‟artificiel –faux aveux ou confidences proférés lors d‟impromptus travaillés à dessein de se convaincre, se persuader d‟une amélioration, d‟un changement de condition –, prudent quant aux apparences (trompeuses) il ne conserva de ces délires, souvent éthyliques, que les radotages susceptibles de lui assurer de convaincantes trames, puisque si selon Molière : « La parole a été donnée à l‟homme pour exprimer 78

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The December 2009 issue of the magazine mgversion2>datura

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