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(apparemment) élu domicile la tétanisait... Longtemps elle demeura allongée, maintint son talon fortement serré afin d‟en contenir le saignement, ceci jusqu‟à ce que la plaie s‟assèche. Durant cet indéfini laps de temps, le téléphone n‟arrêta pas de sonner, cependant, plus boudeuse que blessée elle ne répondit pas, de toute façon son mari le lui avait interdit ; faisant fi de cette interdiction parfois elle s‟emparait de l‟écouteur, mais ne comprenant rien à ce que l‟on souhaitait lui demander ou faire savoir, à son tour dégoisait, et cette fois encore hésitait, bien que sa curiosité... Ayant repris son activité principale, bientôt apparurent sur l‟écran des images d‟un crash aérien –autrefois suite à de similaires informations, radiophoniques ou télévisées, elle s‟informait sur ces accidents, pour le cas où un malheur –, mais à peine ce reportage était-il commencé que l‟écran s‟enneigea ; en boitillant elle fit le tour des autres pièces, y constata qu‟également les téléviseurs étaient vides d‟images. Aussitôt, déconnectée de ce monde virtuel dans lequel elle se déplaçait, elle se sentit abandonnée, seule, infiniment, définitivement seule...

Beaucoup plus tard, victime de cet interlude accidentel l‟abandonnant en état d‟hébétude, revenue dans le salon elle s‟apitoya sur cette pauvre Virginie dont les débris lui remémorèrent des scènes d‟accidents, de tortures : des écartèlements, le supplice de la roue, du pal, de l‟estrapade, etc. Vainement essaya d‟en rajuster les membres, vite débordée par ce tardif raccommodage à la volée en éparpilla les morceaux au travers du living, puis à pas lents s‟en fut vers l‟immense baie vitrée. Elle y constata que la lune était pleine –recluse dans sa caverne elle ne connaissait ni jour ni nuit –, décidée à la voir disparaître en suivit son déplacement jusqu‟à ce qu‟un maniement de clef interrompe son observation... A pas vifs son mari (n‟était-il pas aux commandes de son Jumbo ?) se dirigeait vers elle, il était accompagné du médecin psychiatre (ce dernier ne devait-il pas venir qu‟en fin de trimestre ?), sans ménagement il la secoua, à diverses reprises l‟appela par son prénom : « Sandra, Sandra, écoute-moi, réveille-toi ? » Ensuite lui adressa des reproches (toujours les 73

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The December 2009 issue of the magazine mgversion2>datura

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