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pénombre, le mince espace laissé par l‟affichage des ordonnances, y repéra un visage inconnu se reflétant dans un miroir. Surprise, d‟abord elle y pénétra méfiante, puis se décida d‟en allumer les appliques et si cette source lumineuse ne lui révéla aucune présence humaine, seul un inconnu faciès se distinguait sur la glace lui faisant face... Elle ne connaissait pas cette étrangère qui l‟observait, la défiait, aussi tacha-t-elle, dans le même temps où s‟en rapprochant ses traits grossissaient, l‟apeuraient, de lui trouver une ressemblance avec d‟anciennes connaissances, des collègues ou amies ; vaguement risqua quelques noms pouvant correspondre avec cette incertaine physionomie, ce regard nébuleux la dévisageant avec insistance. Troublée, bientôt elle crut y percevoir comme un imprécis portrait de sa mère, hélas, ni le plus réussi ni le plus flatteur : l‟un des derniers avant sa disparition suite à un cancer ou elle apparaît bouffie, les cheveux en désordre, les lèvres tordues, décolorées, une atroce trombine de monomane (nymphomane ?) qu‟elle même afficherait plus tard, elle en était certaine, lors de cette retraite dont elle ne bénéficierait pas : n‟était-elle pas depuis des mois, des années, officiellement en longue maladie ? L‟ordonnance, dont les photocopies comme des photos de disparus ou de personnes recherchées (wanted) systématiquement sont placardées en divers lieux de l‟immense demeure –seuls les écrans des multiples téléviseurs et les miroirs étant exempts d‟affichage –, incessamment lui rappelle et sa maladie et sa prise quotidienne de psychotropes... Malgré un sentiment de répulsion elle s‟apprêtait à engager la conversation avec l‟inconnue du miroir, apparemment ses lèvres avaient bougé bien qu‟aucun son n‟en soit sorti, souhaitait l‟interroger sur les raisons de son incongrue présence, sur ce qu‟elle recherchait, ce qu‟elle attendait de sa fille... ? De longue date elle ne fréquentait plus sa mère, lui reprochant son incapacité à tenir sa maison (trop grande) à s‟occuper de l‟éducation de sa petite fille Elodie, vexée, l‟avait abandonnée à son cancer généralisé, pour oublier s‟était retranchée dans la consommation des psycho... sa chatte Clarisse vint se ficher entre ses jambes, à temps lui rappeler ses devoirs de maîtresse d‟animal domestique de concours et suspendre l‟improbable dialogue... 70

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The December 2009 issue of the magazine mgversion2>datura

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