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Suite à l‟enterrement civil –à l‟inverse des mariages ces cérémonies n‟incitent guère à la gaudriole, les inévitables blagues salaces ou suggestives, sont remplacées par des échanges philosophiques, métaphysiques ! – l‟Eglise refusant ses derniers sacrements aux suicidés, vu les circonstances météorologiques ils s‟étaient réfugiés dans ce bistrot, jetés dans cette „Souricière‟, et leurs premières réflexions concernèrent cet inexplicable refus : l‟institution religieuse ne pouvant prétendre savoir sur quels critères, lors du jugement dernier, Dieu reconnaîtra les siens –rendue cette macabre identification encore plus délicate avec l‟incinération –, alors qu‟en amont ses théologiens proposent un premier tri en refusant l‟enterrement religieux aux soidisant mauvais chrétiens : hérétiques, divorcés, suicidés, etc. Rapidement les bocks vinrent réchauffer l‟ambiance, suscitèrent la levée de souvenirs concernant le disparu, mais aussitôt, selon le degré d‟amitié de chacun avec Guy, de divergentes considérations

et

appréciations

apparurent.

Toutes

concernaient

l‟acte,

ils

disputèrent sur ses modalités : jugèrent la pendaison horrible, le gaz dangereux pour le voisinage, la noyade affreuse, l‟absorption de médicaments trop dépendante du dosage, les armes offrant des possibilités de ratage, donc d‟irrémédiables handicaps ; finirent par reconnaître que pour un dernier voyage le train semblait être le moyen idéal, le plus efficace, le moins douloureux... S‟ensuivit un débat passionné sur les inévitables ingrédients, ces : courage et lâcheté ; de contradictoires qualités ou vertus nécessaires pour la mise en œuvre d‟une aussi fatale décision ; l‟un opte pour une

résolution

mûrement

réfléchie,

conséquence

de

raisons

ignorées,

d‟insurmontables soucis ; l‟autre parle d‟une démission en règle : « Quand même, il allait sur sa cinquante deuxième année, apparemment était en forme, moi j‟appelle ça de la désertion, à seulement quelques mois de sa préretraite !»... S‟ils ne s‟accordent sur ce brûlant sujet, ils sont convaincus que chacun porte en soi sa propre perte –l‟alcool, par exemple, ou ces cigarettes allumées les unes aux autres – en leur for intérieur craignent l‟inexorable décrépitude, sont conscients de vouloir mourir dans la dignité, presque se rejoindraient sur une euthanasie planifiée, maîtrisée, légalisée... 60

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The December 2009 issue of the magazine mgversion2>datura

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