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Édito Nous sommes bigrement en retard, et je nous en excuse. Je pourrais essayer de vous faire croire que l’actualité est si riche que nous nous sommes querellés quant à savoir ce dont nous parlerions dans cet édito qui se veut de plus en plus “ journalistique ” (valeur que je critiquais chez d’autres à une époque révolue où je n’avais peut-être pas encore saisi le sens profond de ce que devait être un éditorial…). Que le cosmopolitisme de ce numéro nous a valu un travail plus conséquent qu’à l’accoutumée. Faire peser injustement la faute sur les différentes personnes qui ont participé à ce numéro (Karine Pezzani et Jean-Pierre Baissac). Mais il n’en est rien, le quotidien et ses obligations, nous obligent parfois à laisser pour compte quelque temps ceux avec qui nous souhaiterions passer le plus clair de notre temps. Mais la réalité est bien plus sauvage et austère : nous avons somme toute une vie à nous et elle ne saurait se résumer à Mauvaise Graine et au divertissement et à l’information de nos chers lecteurs adorés (ça y est, je recommence à vous lécher les bottes, je ne suis qu’un chef après tout). À ce sujet, connaissez-vous l’histoire de cet escargot qui lorsque l’air s’est un peu humidifié sort ses antennes, puis sa petite tête plate de sa coquille et s’en va nonchalamment gambader. En chemin, il croise un hérisson (animal féroce pour les gastéropodes, s’il en est) qui lui lance un “ Bonjour chef ! ”. Étonné, le petit escargot (que nous appellerons Peg car il a toujours sa maison sur le dos) n’en continue pas moins son chemin. Il croise alors un chat qui lui lance à son tour “ Salut chef ! ”. Là, il ne sait toujours pas ce qui se passe et décide donc de poursuivre sa route, malgré des soupçons. Après avoir croisé un chien, une chèvre, un âne, un cheval, une vache, un ours, une girafe et un éléphant (il manqua d’ailleurs de l’écraser) qui tous lui lancèrent un “ Bonjour chef ! ” ou “ Salut chef ! ”. Le petit escargot est tout interloqué et s’interroge alors sur son devenir et sur ce qu’il croit être une farce de la part de tous les autres animaux quand enfin, il finit par tomber nez à nez avec le roi des animaux, le grand, le beau, le majestueux lion. À son tour, le lion lui jette un “ Salut chef ! ”. Le petit escargot n’en peut plus et lui demande : – Mais enfin , Sire, comment se fait-il que tout le monde m’appelle chef ce matin, y compris vous qui êtes le roi des animaux, Sa Majesté Sérénissime ? – C’est bien simple, lui répond le lion, tu rampes, tu baves et t’as pas de couilles… Et là, vous vous demandez ce que tout cela peut bien vouloir dire. À vrai dire, nous n’avions fichtrement aucune idée pour alimenter cet édito qu’il nous a donc fallu rédiger dans l’urgence (avec deux semaines de retard !!!) et ce malgré ce que peut évoquer une guerre en Europe avec son lot de propagande, de morts, de réfugiés, de mauvaise foi, j’en passe et pas forcément des meilleures ; le chamboulement des valeurs républicaines françaises dans une île qui reste la proie de terroristes et de mauvais coucheurs, et, plus récemment, de barbouzes... le dopage, l’effondrement de la Russie, le sabotage de l’Europe par les Américains… là aussi, j’en passe et pas forcément des meilleures… Le mieux est encore de vous laisser découvrir ce qui suit et ça vaudra bien tous les éditos du monde. Bonne lecture, Walter

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Portrait Amairica, Amayrica En mai, fait ce qu’il te plaît ! C’est ainsi que nous vous emmenons en exploration dans “ ce pays qui nous a donné l’air conditionné, les écrans géants, là-bas, les immeubles sont de la taille d’une ville, en avoir pour son argent est monnaie courante ”. Je ne sais plus pour quelle voiture cette pub vente les mérites, mais elle a le don de m’agacer et n’est que le reflet de ce que les pires américains - ceux qui gouvernent et décident - veulent qu’on pense d’eux, comme tout ce qu’ils savent exporter en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce pays, c’est aussi celui de Mickey Mouse et des bombes sexuelles blondes, parfois cocaïnomanes...Et cette cérémonie des Oscars me laissent penser que les actrices américaines - d’origine ou d’adoption - sont toutes aussi névrosées les unes que les autres ; mais nous portons nous mieux lors de notre cérémonie des Césars ?. Je n’en sais rien. Peut-on leur en vouloir ? Certes non ! Que serions-nous devenus sans leur aide ? Que serait devenu l’Europe ? Et puis, si l’on s’en tient uniquement à la littérature, plus qu’à la géopolitique et à l’économie mondiale (ou mondialiste que certains d’entre vous abhorrent et dont la plus grande partie de leur cinéma fait partie), les États-Unis sont loin de ne nous avoir donné que le pire, même si c’est ce pire qui est le plus souvent vanté. Kerouac ou Bukowski, nous en parlions déjà dans un précédent numéro, le 29ème pour être exact1, et pour ne citer qu’eux, car il en est bien d’autres, sont eux le reflets et les dignes colporteurs de ce que justement ces mêmes dirigeants et décideurs tentent en vain de cacher. Toujours est-il que comme le disait un professeur de littérature et civilisation américaine de l’université de Caen : “ En trois siècle ce pays s’est vu attribuer un rôle de modèle ou de repoussoir universel ”2Je sais, cette lapalissade prête à sourire (pléonasme !), néanmoins, c’est aussi cet enseignant qui nous fit découvrir à tous le merveilleux James Baldwin dans son Another Country. Certains, peu nombreux, s’offusquèrent que l’une des œuvres au programme de deuxième année de DEUG puisse raconter l’histoire d’un jazzman noir, homosexuel, alcoolique et drogué, survivant au milieu d’artistes en tout genre et dignes représentants de la société underground des années soixante. Mais c’est dans la singularité même de cette œuvre et de son étude que se cache en fait ce que luimême écrivait au sujet des américains. Je ne suis pas sûr que les américains eux-mêmes, comme ces blaireaux typiques des films des frères Coen, comme dans Fargo ou The Big Lebowski, soient si certains que leur pays doivent jouer un rôle majeur dans les affaires de la planète. Ils sont comme nous tous, préoccupés avant tout par ce qu’ils ont à faire de leur vie, plus que de celles de milliards d’autres êtres humains. Je ne suis pas non plus sûr qu’ils en soient tout à fait inconscients. Contradictoire, oui, mais typiquement américain alors, car c’est dans leurs contradictions même que ces américains sont les plus remarquables... Ce dont je suis sûr et ce qui les sauve aussi à mes yeux, c’est que ce pays donc nous a donné une foule d’écrivains talentueux et en marge de ce sordide American dream (Indian nightmare ? !) dont d’ailleurs tous les poètes que vous allez lire dans ces pages, et c’est tant mieux ! La plupart ne vous sont pas étrangers : vous retrouvez la poésie engagée et douce, presque trop idéaliste de Teresinka Pereira ; celle aigre-douce d’un homme noir condamné à mort dont je vous ai déjà parlé dans ces pages, Stephen Todd Booker ; celle non moins engagée, quoique plus empreinte d’une inspiration suisse, la poésie phallique de Harry Wilkens ; et bien sûr la poésie érotico-cynique du grand von Neff. D’autres viennent s’y ajouter, tels que la poésie sévèrement féministe de Nathalie Y, la poésie miroir de celle de von Neff incarnée par Yanming Zhang, et la poésie virtuelle de Jacqueline Marcus et de Michael Hannon. Bonne lecture à toutes et à tous ! Walter

1 Numéro spécial Erich von Neff, Le pas de la porte. 2 In La civilisation américaine, de Jean-Pierre Fichou, PUF, 1987. MAUVAISE GRAINE 34  MAI 1999

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Teresinka Pereira Friendship Friend, here is my hand dedicated to the daily struggle for justice and equality for all. Here are my arms used to bear the weight of the fight for a better world. Shake my hand and embrace my arms : your presence in my life makes my steps steady, my horizon wider and my love spread between one continent to the others, with the echo of a thousand voices. Resounding in the infinite. Amitié Mon ami, voici ma main dévouée au combat quotidien pour la justice et l’égalité pour tous. Voici mes bras habitués à porter le poids du combat pour un monde meilleur. Serre-moi la main et les bras : ta présence dans ma vie rassure mes pas, élargit mon horizon et étale mon amour entre les continents, avec l’écho d’un millier de voix qui résonnent jusqu’à l’infini.

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And You Are Not Here... Now that I want to look in your eyes, you are not here. Where are you ? With what color are your eyes playing their positivist lively laugh today ? When I want to break the word and the habit of speech how useless I feel if you are not here ! Men like you don’t snatch the time with your busy hands or in the bonfire of the calendar... I wonder if you consider my company and will not forget to come back to the melancholy of this gray afternoon to seize the other sides of my patient tenderness

Drawing by Karine Pezzani, 1999

Et tu n’es pas là... Alors que je veux te regarder dans les yeux, tu n’es pas là. Où es-tu ? Avec quelle couleur tes yeux jouent-ils leur rire positiviste et si vivant, aujourd’hui ? Lorsque je veux casser le mot et l’habitude de parler comme je me sens inutile si tu n’es pas là ! Les hommes comme toi ne s’emparent pas du temps avec leurs mains pressées ou du grand feu du calendrier3... Je me demande si tu apprécies ma compagnie et n’oubliera pas de revenir vers la mélancolie de cet après-midi gris pour t’emparer de l’autre face de ma tendre patience.

3 Il s’agit de la tentative ratée de Guy Fawkes de faire sauter le Parlement britannique, en 1604 ; commémorée le 5 novembre MAUVAISE GRAINE 34  MAI 1999

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Harry Wilkens My Little Gas-Chamber Oh dear sweet little Jesus, just give me a sweet little gas-chamber to put in it, just for fun, all those Swiss officials and other well-to-do people who handed weird people over those who ran those real big gas-chambers.

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Ma petite chambre à gaz Oh cher doux petit Jésus, donne moi simplement une jolie petite chambre à gaz pour y mettre, juste pour rire, tous ces fonctionnaires suisses et d’autres personnes bien pensantes qui livraient des gens étranges à ceux qui dirigeaient ces vraies grandes chambre à gaz.

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The Idealist I studied medicine to help helpless sweet little children like you, just trust me, said he while fumbling in her tiny pussy. L’idéaliste J’ai étudié la médecine pour aider de pauvres petits enfants charmants comme toi, fais-moi confiance, dit il tandis qu’il fouillait son petit minou.

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Jacqueline Marcus ABSOLUTION THROUGH THE CELLO4 So now my dear cello, light of darkness. Sad, sweet bass. what will you play for me tonight? What quiet reminder through the foghorn's pulse, the room is senseless, and everyone needs their comfort from time to time. Like old Père Goriot, drinking his stale tea in a cracked cup with winter coming on from the dolorous trees, what bass sound could borrow such weathered clothes, such a poor moon, begging for a taste of water? Will you sing of the leaves, grey and deadly in the streets? How strange to think of yourself in this way— an old man, like Hemingway's figure who leans into the candle of a late night café, how this cello illuminates my darkest fear, my best recollection, my sun-drenched dreams, clean as a sheet, pinned to the sea-air to dry. How strange to think of my whole life like a secret grave. a night with the lapping waves, my beautiful cello, the moon, brushing my blond hair, the shadows of ancient trees that reach for me and want me. You sing as if I were truly with them, living and partly living, like the women of Canterbury waiting for their saintly Bishop. You ask for my confession, dear, sad cello. But I have nothing to say. Can you practice that? Can you mourn that, in all good faith?

4 Publié dans The Journal. Re-publié dans THE 1997 ANTHOLOGY OF MAGAZINE VERSE & YEARBOOK OF AMERICAN POETRY.

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Absolution par le violoncelle Et maintenant mon cher violoncelle, lumière sombre. Basse triste et douce. Que joueras-tu pour moi ce soir ? Quel doux souvenir sortira du pouls de la corne de brume, la chambre est insensible, et chacun a besoin de confort de temps en temps. Comme le vieux Père Goriot , qui buvait son thé défraîchi dans une tasse fêlée lorsque l’hiver arrivait des arbres douloureux, quel son de basse pourrait porter de tels habits hiémaux, une si pauvre lune, mendiant pour un peu d’eau ? Chanteras-tu les feuilles, grises et déjà mortes dans les rues ? Il est étrange de penser à toi de cette façon un vieil homme, comme le personnage d’Hemingway adossé aux chandelles d’un bar de nuit, comment ce violoncelle illumine la peur la plus sombre, mes meilleurs souvenirs, mes rêves baignés de soleil, nets comme une feuille punaisée au vent marin qui la sèche. Il est étrange de considérer toute ma vie comme une tombe secrète. Une nuit, avec le clapotis des vagues, mon beau violoncelle, la lune, caressant mes cheveux blonds, l’ombres de vieux arbres qui m’atteignent et me veulent. Tu chantes comme si je leur appartenais vraiment, vivante et partiellement vivante, comme les femmes de Canterbury, attendant leur saint évêque. Tu demandes que je me confesse, cher et triste violoncelle. Mais je n’ai rien à dire. Peux-tu le comprendre ? Peux-tu en faire ton deuil, en toute bonne foi ?

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Stephen Booker Lynched5 He was hauled-hung hands free clawing at the air frantic an orchestra conductor, levitating doing a rapid shoe soft nobody could hear it (heels and toes rasping over the present) a comet did strange things behind his eyes, and he twirled around and around the vortex of an unfinished single-mindedness about something which no longer seemed to matter. Lynché Il était pendu haut et court ses mains libres tentant de s’agripper à l’air effréné un chef d’orchestre en lévitation en tournoyant si doucement que personne ne put l’entendre (talons et orteils crissant sur le présent) une comète fit des choses étranges derrière ses yeux, et il tournoya tout autour du vortex d’une détermination incomplète liée à quelque chose qui semblait ne plus avoir d’importance.

5 Lynched et Like abortion haikus sont tirés du recueil de Stephen Booker Waves & Licence, publié en 1983, au Greenfield Review Press.

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Like Abortion Haikus Motes of joyous dust rejoice and welcome the sun, run from dust and gloom. (like) Pirouetting leaves, brown and golden, brandied flakes, dancing ‘round the lake. (like) Manchild or mâché : scarlet news so tightly wrapped, headlines trapped in snow. (like) Confessing old sins, melting drifts of lakeside snow : a lone loneliness. Comme des haïkus d’avortement Des grains d’une poussière joyeuse qui se réjouissent et accueillent le soleil, fuient la rouille et les ténèbres. (comme) Des feuilles virevoltant, des flocons bruns et dorés imbibés de brandy, dansant autour du lac. (comme) Un homme enfant ou du papier mâché : des nouvelles écarlates enveloppées si étroitement, des gros titres coincés sous la neige. (comme) Confessant de vieux péchés, faisant fondre les glaces du bord des lac enneigés : une solitude solitaire

Drawing by Karine Pezzani, 1999.

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Yanming Zhang My Birthday Eggs On my birthday I ate eggs In China For Luck Yes, the same color as a cut in my armpit Or my menstrual blood For luck I ate red eggs On my birthday Yes, the same color as a cut in my armpit Or my menstrual blood Yesterday Yesterday I ate red eggs For luck Yes, the same color as a cut in my armpit Or my menstrual blood.

Des œufs pour mon anniversaire Le jour de mon anniversaire je mangeais des œufs rouges En chine Pour me porter chance Oui, de la même couleur qu’une blessure sous mon aisselle Ou mes menstruations Pour me porter chance Je mangeais des œufs rouges Le jour de mon anniversaire Oui, de la même couleur qu’une blessure sous mon aisselle Ou mes menstruations Hier Hier J’ai mangé des œufs rouges Pour me porter chance Oui, de la même couleur qu’une blessure sous mon aisselle Ou mes menstruations.

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Erich von Neff Washington’s Birthday Girls6 Roll out the red carpet Kick up your heels The cocaine whores are here You get head and more For snorts and toots Set on a pretty table In Marin, in the land of fantasy Shop around Veterans specialized in Bel Marin Keyes Star spangled blondes Do it in hot tubs or in saunas In rainbow land Blue eyes sparkle in the night Blonde manes bob in the day.

Les filles de l’anniversaire de Washington

Drawing by Karine Pezzani, 1997.

Déployez le tapis rouge Balancez vos talons aiguilles Voici les putains cocaïnomanes Tête la première jusqu’au cou Tout en froncements de nez inspirés Furètent sur une tablette de laque C’est à Marin, dans le Comté de la fable Allez-y, fouinez comparez Les Anciennes de la guerre des neiges y tiennent commerce Blondes éclaboussées d’étoiles Alors faites-le – dans les bains californiens ou au sauna C’est le royaume arc-en-ciel Où des yeux bleus allument la nuit Et où le jour ondulent des crinières blondes.

6 Extrait du recueil The Cocaine Whores (Les putains cocaïnomanes), publié par Benway Institute Studios, en 1998. MAUVAISE GRAINE 34  MAI 1999

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The Boys Sipping Tequila Through Peppermint Striped Straws The two leather boys In Googie’s Bar Were sipping tequila Through peppermint striped straws They ogled the transvestite In pink hot pants They ogled the fat bald man And the big Marine They were very horny fellows The two leather boys In Googie’s Bar Sipping tequila Through peppermint striped straws.

Les garçons sirotant de la tequila avec des pailles rayées couleur menthe Les deux garçons en cuir Au Googie’s Bar Sirotaient de la tequila Avec des pailles rayées couleur menthe Ils lorgnaient le travesti Dans sa culotte moulante rose Ils lorgnaient le gros chauve Et le grand Marine C’étaient deux gars très excités Ces deux garçons en cuir Au Googie’s Bar Qui sirotaient de la tequila Avec des pailles rayées couleur menthe.

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Michael Hannon Song Involuntary birth, involuntary death – I’ll never think my way out of this, so go indwelling, like the stone dropped in a mile of water by nothing. Sinking through the ten thousand things, racing my anger down to the wire, the last few lines where I give thanks for the company-for the work. November, a few pears still burning on the highest branches.

Une chanson Naissance involontaire, mort involontaire – Je ne pourrais jamais m’y faire, alors soit sans domicile, comme la pierre jetée au milieu d’un mile d’eau près de rien. Je me noie dans les dizaines de milliers de choses, ménageant ma colère jusqu’au bout, jusqu’à ces quelques dernières lignes de remerciements à la compagnie du travail. Novembre, quelques poires brûlent encore sur les plus hautes branches.

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Nathalie Y Dipped In Totally Wonderful Between love and sex And the general mass confusion, The general mass hysteria There lies a man on his back And leisurely traces sun trapezoids. His swollen penis – the blind bastard mole Of alien origins – Write his own epic, The ways of un-repentance being his only priesthood. (we’ve made them so) But can you remember the time when you were still innocent ? When some things just didn’t exist, and therefore couldn’t possess us ; When girls and boys played tag without turning it into cunt chasing ; When itchy male virgins did not inhibit linen closets, because everybody was a virgin. And little Johnny Haddad was a bald-face liar for saying that he’s seen something resembling either Madonna, or yet another car dealership displaying itself, like a Roman prostitute on the sides of a highway. So as I stand there, sun-struck and faded in my faithful 24/7 shirt, Inside an open doorway looking out... Resilient carrier of reality’s ultimate proxy Pale-green and holocausted, Trying to catch the bits of the first warmth. And the picture outside looks beautiful, And I want to be fooled again and step out from this death-filled cabin. Knowing that we leave as many times as we wish to be driven back in. And you can’t imagine How all-of-a-sudden appealing marriage looks from here – The two & ½ children rolling with a dog in a garden, A cup of tea and a sunset face graying by Quiet lovemaking in empathic silence – The return to the rain roots. Because just once, for once I want to have something decent, Without the pre-knowledge of its inevitable doom, That, I very likely, turn into a self-fulfilling forecast. But it is one thing to rationally know God And to feel His presence constantly in and out. Because after the faith, leaves the soul Just like that, with the bitter words that it ain’t there. And the underground collector of sky-things reclaims zealously The lost pollen glitter ; And cum-filled eyes promise a perpetually higher drama.

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Plongée dans le merveilleux Entre l’amour et le sexe Et la confusion générale, L’hystérie générale Un homme est couché sur le dos Et s’amuse à gonfler ses trapézoïdes bronzés. Son pénis érigé – cette garce aveugle comme une taupe Et d’origine étrangère – Écrit sa propre épopée, Puisque son seul sacerdoce est de ne pas se repentir. (nous les avons ainsi faites) Mais te souviens-tu du temps où tu étais encore innocent ? Où certaines choses n’existaient pas, et ne pouvaient donc pas nous posséder ; Lorsque les filles et les garçons jouaient au docteur sans en faire une chasse aux cons ; Lorsque les petits puceaux chatouilleux ne fouillaient pas dans nos dessous Car tous étaient puceaux Et le petit Johnny Haddad n’était qu’un sale petit menteur qui se vantait d’avoir vu quelque chose ressemblant à Madonna, quelque chose comme une promotion automobile Photograph by Benway Institute Studios, taken from the s’exhibant comme une pute romaine sur le bord d’une autoroute. postcard/bookmark, rearranged by Walter Ruhlmann.

Alors, me voici, écarlate de soleil et effacée dans mon tee-shirt 24/7 7, Dans un couloir ouvert j’observe... La carrière finissant de l’ultime mandat de la réalité Vert pale et comme déportée, Essayant d’attraper les morceaux de la première chaleur. Et l’image extérieure paraît magnifique, Et je veux être encore abusée et je sors de cette cabane remplie de mort. En sachant que nous la quittons autant de fois que nous souhaitons y être reconduits. Et tu ne peux pas t’imaginer Ce à quoi ressemble tout d’un coup l’alléchant mariage d’ici – Les 2 ½ enfants jouant avec le chien dans le jardin, Une tasse de thé et un visage halé devenant gris Faire l’amour doucement et dans un silence catégorique – Le retour aux racines de la pluie. Car pour une fois, pour la première fois Je veux quelque chose de décent, Sans deviner à l’avance que ça finira dans le sordide, Que je puisse, vraisemblablement, me changer en pythie pour mon plus grand bien. Mais c’est une chose que de connaître Dieu rationnellement, Et de sentir Sa présence constamment ici et là. Car une fois que la foi a quitté l’esprit, Tout simplement, avec ses mots amers dit qu’elle n’était pas là. Et le collectionneur underground de divinités réclame avec zèle Les charmes du pollen perdu ; Et des yeux pleins de liés promettent un drame encore plus violent

7 24/7 est une revue américaine éditrice de poésie. MAUVAISE GRAINE 34  MAI 1999

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Tales Of Old News 8 The illusion was packed off Somewhere in between his Porn mags and used tissues. She, sitting in the middle of an empty Floor, all windows laughing in. Used to dimensions, she is afraid To leave this room, where between The four walls, her fantasy lived in. Was it a lifetime ? She – a smiling picture from a porn collection ; Over-looked at and touched, Brought to a life, into a place Where only now, used, she felt Her naked two dimensions. Was there à heartbeat ?... A runaway goes to LA Gets into porn, thinking that Someone is bound to bag her anyway. They were introduced, had drinks She went along and had some Whorehouse piano played on her ribs. Of course there were knifes involved, The man never as hard or sure as his hand, Facing a page that Could be touched and licked and torn and had And put away

Les contes des vieilles nouvelles L’illusion était renvoyée Quelque part entre ses Magazines pornos et ses mouchoirs usagés. Elle, assise au centre d’une chambre Vide, toutes fenêtres dedans. Habituée à la mesure, elle a peur De quitter cette pièce, où, entre Les quatre murs, son imagination vivait. Était-ce toute une vie ?... Elle – une image souriante tirée d’une série porno ; Trop regardée et trop touchée, Amenée vers une vie, dans un endroit Où seulement maintenant, usée, elle ressent Sa nudité en deux dimensions. Y eut-il un battement de cœur ?... Une fugitive fuit vers LA Intègre le milieu porno, en pensant Que quelqu’un voudra bien l’emballer. Ils furent présentés, prirent un verre ensemble Elle le suivit et l’on joua Des airs de piano de lupanars sur ses côtes. Bien sûr, on y ajouta des couteaux, L’homme n’est jamais aussi dur ni sûr que sa main, Face à la page qui Pourrait être touchée et léchée et froissée et possédée Et puis jetée

8 Dipped in Totally Wonderful est extrait du receuil Fish Luck et Tales of Old News de E-mac’s Meat Cafe édités par Benways Institute Studios

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Notes Je ne sais pas si je fais bien d’ouvrir cette page qui ne recevra pas énormément de notes ce mois-ci, à en croire le peu de service de presse reçu. Commençons par le plus embarrassant : un avis de concours. C’est bien parce que l’association Lire c’est vivre m’a toujours convaincu avec ses deux publications Chien velu et Train de nuit (que nous ne recevons plus d’ailleurs ? !) que je fais la promo de leur concours qui me paraît quand même un peu cher. Je m’explique, si vous souhaitez participer à leur concours de poésie, il vous faut leur envoyer une fiche de participation avec vos nom, prénom et adresse, votre œuvre, une enveloppe timbrée pour recevoir les résultats et... une participation de 50 francs par poème présenté ! Franchement, je trouve ça excessif. J’ai déjà beaucoup de mal avec les concours qui sont rarement honnêtes, mas là, c’est carrément du racket. J’espère au moins qu’ils éliront un texte digne de ce nom. Encore faudrait-il qu’ils en reçoivent, car qui ne donnerait pas sa chemise pour gagner le prix machin, ou être publié chez bidule ? ! Lire c’est vivre, 4 résidence des chênes, 64600 Anglet. France. Son édito titré “ Everybody must get stoned ” est explicite : “ L’abus d’ivresse est dangereux pour l’édito ”. Éric Benson, directeur de la revue Le Ravachol, nous propose dans ce numéro 7 de plonger dans l’univers de l’ivresse alcoolique. Instant particulier pendant lequel

l’esprit s’envole et nous fait parcourir des lieues de rêve et d’évasion. Il nous permet aussi de savourer des textes de talent dont les auteurs sont loin d’être sobres... Tomera, von Neff, Bardeau, Dejaeger, Benson luimême. Nous vous avions déjà présenté Le Ravachol dans le dernier numéro de MG, et c’est un plaisir pour nous que d’alimenter notre rubrique notes de commentaires sur cette revue réaliste et idéaliste. La pub rend con ! pouvait-on lire sur l’enveloppe contenant le numéro 6... Oui, mais promouvoir les confrères desquels on se sent le plus proche est une vertu, et je remercie Éric Benson d’avoir pensé à nous dans son numéro 7. Le Ravacho,l Éric Benson, 18 rue Cadet, 75009 Paris. France. Vincent Courtois, lui aussi présent dans les pages du Ravachol, édite des microrecueils (75x50 mm), illustrés par Vincent Courtois lui-même, de collages miniatures (ou miniaturisés), de dessins stylisés, l’un d’eux signé de Bruno Richard Gestalt theorie, l’autre de B. Sourdin Rue gît le cœur. Merci à Bruno Tomera de nous avoir fait découvrir ces petites merveilles qui me rappellent les publications de Lucien Suel, du SUEL (Station Underground d’Émerveillement Littéraire), difficiles à ranger sur les étagères d’une bibliothèque, mais est-ce là leur destination ? Vincent Courtois, 7 rue Petites Soeurs, 69003 Lyon. France. Libellé numéro 87, mars 1999. Michel Prades et son équipe de critiques littéraires MAUVAISE GRAINE 34  MAI 1999

nous offrent encore un numéro plein de poésie qui mérite bien d’être lu et dans lequel nous retrouvons Lilian Chapuis, Max Laire, Roland Nadaus, et Michel Prades lui-même. Également reçu le numéro d’avril sur lequel il n’est rien à redire... Libellé, Michel Prades, 7 rue Jules Dumien, 75020 Paris. France. Un dossier riche et complet sur Goethe dans le mensuel littéraire et poétique numéro 268 de mars 1999. Un autre sur la Grèce d’hier et d’aujourd’hui dans le numéro 269 d’avril. Le mensuel Littéraire et poétique, 8 Cité Fontainas, boîte 43, 1060 Bruxelles. Belgique. Enfin, quelques annonces diverses. Les éditions de la Nouvelle Plume , de notre ami Daniel Meunier, directeur de la revue du même nom, qui lance en juillet 1999 une nouvelle revue, spécialisée dans la poésie (Nouvelle plume l’est dans la nouvelle) titrée Vers de plume. Il attend nos textes et nos abonnements (20 francs le numéro de 48 pages, 100 francs l’abonnement pour 6 numéros). Également, le projet fin de millénaire : Nouvelles Plumes pour l’an 2000. Tous les auteurs intéressés par un ouvrage collectif doivent s’adresser à Daniel, tous les revuistes prêts à supporter cette entreprise aussi. Enfin, un avis de concours, renseignements contre une enveloppe affranchie au tarif en vigueur à l’adresse suivante. Éditions de La Nouvelle Plume, Daniel Meunier, 235 c allée Antoine Millan, 01600 Trévoux.

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France. Les ouvrages d’Erich von Neff sont disponibles à la librairie Purple, 9 rue Pierre Dupont, 75010 Paris. France. D’autres, ceux publiés par Serge Féray9, le sont à la Librairie Brouillon de culture, 29 rue Saint sauveur, 14000 Caen. France.

Feed back Retour sur Mauvaise Graine Faut-il vous rappeler ce que nous entendons par cette rubrique Feedback ? Peutêtre... Nous souhaitons vous faire connaître les avis des lecteurs qui réagissent aux numéros précédents. Pas question de nous faire mousser ou de nous masturber l’ego le sourire aux lèvres, mais simplement de vous faire savoir en toute honnêteté ce que vous pensez de nous et surtout des auteurs que nous publions. Le mois dernier, un seul d’entre nos lecteurs avait eu le privilège d’être publié. Depuis, d’autres lecteurs ont réagi au numéro 32, “ 7 nouvelles têtes ”. Nous commencerons donc par un retour sur ce numéro 32, avant de vous livrer les réactions au numéro 33, spécial Jérémy Bérenger. N’oubliez pas que des réactions aux réactions sont toujours les bienvenues... Forme de droit de réponse quoi ! 9 Directeur de la revue érotique Cahiers de nuit, 33 rue de la Haie Vigné, 14000 Caen. France.

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“ En ce numéro 32, j’y découvre de nouvelles Auras qui nous livrent de beaux et intéressants écrits, poèmes, nouvelles... c’est évident ! MG aime ses (h)auteurs et ceux-ci le lui rendent bien. La famille s’agrandit et s’enrichit de belles signatures, bravo et bienvenue car MG est avant tout une seule et même âme et quelle âme ! ” Régis Gathier, Sainte Savine.(10). “ Le numéro 32 de Mauvaise Graine m’a plu. Mon texte préféré est la nouvelle de Jérôme Paul “ Lucienne, elle est seule ! ”, excellente en tout point de vu. L’intrigue est bien menée, l’humour noir fait ressembler cette nouvelle à un conte fantastique. Cette nouvelle est emblématique d’une forme absolue de solitude. Cet état primitif et cannibale de Lucienne, c’est l’anti-société. (...) L’éditorial de Stéphane Heude n’a pas retenu mon intérêt : ça part dans tous les sens. Pas très bien compris. ” Frédéric Maire, Eysines (33). “ Je veux user de mon droit de réponse, suite à ton petit encarté relatif à ta nouvelle Dilettante, parue au sommaire du numéro 6 de la Nouvelle Plume. Ne crois pas que je me sois défilé comme tu l’écris, face à cet état de fait : l’homosexualité, état qui nous concerne tous deux. Tout simplement, il s’agissait de ta nouvelle, et le fait de la publier confortait, déjà, mon assentiment ; et je n’ai pas vu l’utilité d’exposer ma vie privée à cette occasion, car cette nouvelle reflétait ta façon de vivre et de penser, et en aucune façon la mienne. ” Daniel Meunier, Trévoux (01). MAUVAISE GRAINE 34  MAI 1999

Soit Daniel, mais je ne t’ai en aucune façon demander de nous révéler les détails les plus intimes de ton existence, loin de moi cette idée, par contre écrire : “ ceux qui ont opté pour ce genre de vie, sont pour ma part, pareils en tous points aux autres gens qui peuplent la planète. Ils ont droit au bonheur comme tout le monde, et les pages de la Nouvelle Plume leur seront toujours ouvertes. ” C’est déjà un peu limite, même si je suis conscient que le fond de ta pensée était bonne, mais lorsque tu rajoute que chaque auteur est responsable de ses écrits et de ses pensées... même si c’est vrai, c’est essayer de racheter le lectorat que tu m’as dit sensible, et là, je ne pouvais pas réagir. À bon entendeur, et surtout sans rancune... “ Jérémy Bérenger plane vraiment dans les hautes sphères et en toute logique devrait voir ce talent “ particulier ” débouler dans les “ charts ” de la littérature. Le cassos’, la petite Tellie comme un fait divers, si divers qu’il est extraordinaire, Jérémy détaille, fouille le “ simple ” de la vie et semble, mine de rien, nous dire : “ regardez, bande de cons, l’extraordinaire est là, devant vos yeux. ” Putain, oui, il est vraiment bon. ” Bruno Tomera, Gueugnon (71). “ Exceptionnel que ce numéro ! Et puis mes félicitations du portrait au surf, c’était fort bien mené, j’ai plus qu’apprécié. Je suis d’accord avec vous, il est SUBLIME ce numéro. Je viens de me convertir à Jérémy Bérenger je crois. ” Stéphane Heude, Deuilla-Barre (95). “ Je vous félicite tous pour le dernier numéro de


Mauvaise Graine : il est très réussi, et Bruno a raison : Jérémy Bérenger écrit vraiment très bien, sa grande nouvelle

m’a beaucoup plu (Le cassos’). Je trouve que l’aspect général de la revue est plus “ fluide ” comme qui dirait..., plus...

mieux, quoi. ” Jérôme Game, Cambridge, Grande-Bretagne.

Forum MG Jean-Pierre Baissac

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Il arrive que les artistes prennent des pseudos, il leur arrive aussi d’en changer ou de les laisser tomber. C’est le cas de Jérémy Bérenger que vous devrez dorénavant vous habituer à appeler Jean-Pierre Baissac. Le nom change, mais le bonhomme reste le même et nous livre ses pensées, que d’aucuns jugent un peu top pessimistes, mais qui ne sont que le reflet d’une vision hyperréaliste de notre société. On peut ne pas être d’accord, mais ne surtout pas négliger ce qui est dit dans ce forum, petit nouveauté de Mauvaise Graine. Libre à vous de répondre, je ne peux que vous y inviter…

L’exercice d’un art vaut bien plus par ce que l’on peut apporter aux gens, que par d’éventuelles gratifications économico-mondaines... Les encouragements de ceux que l’on ressent comme ses frères de sang font que l’on se trouve moins seul avec sa plume et les idées qui vont avec, même si par moments, les gros échecs l’emportant sur les petites victoires, l’on se sent tenté de passer à autre chose. Toujours ces trouilles d’inaboutissement qui nous viennent des autres. Ce sur-moi lu dans le regard d’une, d’untel, qui nous renvoie à nos projets restés en l’état, à une “ reconnaissance publique ” qui ne vient pas, au tort qu’on a eu de trop dire, de trop parler de ce qu’on croyait pouvoir faire à un moment où l’on était porté par l’illusion des possibles. Et puis le sourire des débuts de projets se fige dans un rictus amer. Et si tout cela relevait des l’erreur existentielle ? Le guichetier moyen n’a pas le souci de devoir séduire un éditeur, un directeur de théâtre, qui investiront tant de plaques sur une liasse de papier noirci de veilles, d’orgasmes, de rancoeurs, de révolte, de réminiscences, d’amours folles et d’imaginations échues ou à réagencer. Le guichetier moyen palpe son traitement indexé au taux d’inflation et

dûment rackettable, rentre chez lui le soir à bord de sa Clito à crédit, se colle devant la télé pas finie de payer voir le match gagné d’avance... tandis que l’artiste attend aristocratiquement son bus, le bon vouloir des “ décideurs ”, le passage du facteur, il attend de voir quelque chose changer dans sa vie en se demandant si ça vaut le coup de vouloir faire l’artiste dans une société fondée sur les bases connexes de la médiocrité et du rentable, en se posant la question de savoir ce qu’il peut avoir à faire, lui, créateur idéologiquement contrerépublicain et foncièrement antidémocrate, disciple avoué de Nietzsche, Stirner et Crowley, dans un monde qui ne se réfère plus qu’à Zidane, Patrick Timsit, Schumascher et Monica Lewinsky. Il arrive un moment où une décision doit être prise quant à la conduite à tenir. J’ai pris celle de ne plus rien tenter, professionnellement parlant, pour ne me consacrer qu’à ce qui est communément dénommé la “ small press ”, et que je préfère qualifier de “ littérature vivante ”. J’ai décidé cela après avoir vu ma pièce de théâtre lamentablement censurée par le comité de Salut Public de France culture, avec les explications gênées autant que

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contradictoires de certain homme de théâtre réputé, dit-on, pour son souci d’ouverture... Ce qui n’a fait que s’ajouter aux autres censures dont ont fait l’objet d’autres projets, tapuscrits littéraires, recueils de poèmes, scénarios par le passé. Je n’ai jamais entretenu, il est vrai, des rapports très cordiaux avec les milieux éditionnels, ne me gênant pas, à l’occasion, pour leur écrire ma façon de penser sur, notamment, ma bête noire - notre bête noire à tous - qui est cette fichue “ exception culturelle française ”. La littérature vraie ne réside pas sur la planète Paris. elle ne siège pas dans ces “ salons lustrés aux lustres vénérés ” que dénonçait Léo ferré en son temps. Et si, pour le grand public, la littérature de cette lamentable fin de millénaire se résume à Coehlo, Pennac, S. King, Sulitzer, Picouly, Mallet-Joris, Houellebecq et Mary Higgins Clarck, alors méprisons , nous auteurs en lutte et de l’urgence vécue, nous poètes d’une éternelle révolte et d’une épopée continue, ce grand public grâce à qui et par qui s’est enlisé l’art depuis l’avènement de la gangrène démocratique. Méprisons plus encore ceux qui retirent fortune et honneurs de cette médiocrité de masse. La création est ailleurs. La création nous fait complices du printemps et de toute genèse, quand les fabricants de parts de marché s’apparentent au lisier. À titre d’exemple, qui se

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souvient d’un certain humoriste populaire nommé Jean-Charles, qui faisait partie des incontournables de son temps ? Ses livres se vendaient comme des petits pains. Peutêtre en a-t-il réellement signé quelques uns... les premiers. Ensuite, la veine a été exploitée jusqu’à l’extinction. Puis l’oubli, impitoyable, est survenu. C’était il y a seulement trente ans. Qui se souvient aussi, d’A.V.G., auteur de polars de la même époque ? Ou d’un certain Michel de Grèce ? D’un Henri Charrière ? Ils ne se vendent même plus au quart du tiers de la moitié de ce qu’ils valaient dans les casiers des bouquinistes. Cependant que l’on continue de lire et d’encenser Rimbaud, Vian, Céline, Pierre Dac, Kafka, Ernst Junger, et que demeureront, gageons-le, dans l’esprit et dans les rayonnages des vrais “ liseurs ”, les rares talents sincères et publiquement reconnu d’aujourd’hui que sont Paul Auster, Jim Harrisson, Dario Fo... En art, et c’est heureux, la sincérité a toujours le dernier mot. Même en des temps plus favorables au ballon rond qu’à l’esthétique, même en un contexte où le tout à l’égout Oh-dis-matheux reçoit les faveurs de la masse, par l’intercession du gang-bang de Jack Lang, et sous son égide reliftée. C’est pour cela que, tant à Mauvaise Graine que dans d’autres supports de la même veine passionnelle, nous nous devons de cultiver ce qu’il y a de plus soi, de plus intime et vrai, en chacun de nous. ce qui nous fait différents par nos choix d’expression, d’idées, de vie. Ce qui nous fait singuliers.

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Surf Je m’aperçois qu’il est difficile d’être objectif et productif en ce qui concerne le Surf et je comprends déjà un peu mieux pourquoi Bruno avait voulu échanger les rôles pour ce numéro (ce qui s’est avéré être une arnaque finalement) tant les sites sont florissants. Il faut donc sélectionner (et j’ai horreur de la sélection, même lorsqu’elle s’applique à autre chose que l’humain) et se pencher sur ce qui nous semble le plus intéressant. Le site doit être illustré, lisible, accessible, le visiter ne doit pas être un casse-tête pour le néophyte, ni un ennui pour le cliqueur aguerri. Bref ! Trouver un ou des sites qui soient des plus attrayants, et qui sachent vous retenir après vous avoir séduits, est suffisamment long et compliqué pour que je me permette de faire d’une pierre deux coups ! D’abord Rustine, fanzine de BD qui au travers du net me semble fort impertinent, on apprécie les dessins de couvertures (la poupée gonflable est réussie), les histoires, dessinées donc, sont présentées une à une, numéro par numéro, à travers une image extraite de l’ensemble de l’histoire, et les personnages (le plus souvent récurrents, intervenant dans des séries) présentés, comme le résumé établi sous chaque vignette de présentation laissent penser que l’on a affaire à une BD de qualité, sans chichi, jeune (au moins d’esprit) et déjà bien avancée sur la voie de la reconnaissance. On apprend d’ailleurs à connaître ses fondateurs et dessinateurs tel que Dominique Levacher (créateur du “ lobby ” Rustine–Hors-Service). L’équipe reproduite ci-dessous. Bien sûr ! J’allais oublier : leur adresse internet : www.chez.com/horsservice/rustine. Rustine parallèle à et fondation de Hors-Service donc. Je commencerai par l’adresse pour éviter de l’oublier plus tard et puis, puisqu’elle est quasiment identique à celle de Rustine, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? www.chez.com/horsservice, revue électronique (electonic zine) qui se propose non seulement de publier des planches de dessins (pas de BD) à l’inverse de son rejeton Rustine (je ne le dirai jamais assez), il serait d’ailleurs assez mal choisi de faire exactement la même chose qu’une revue, soit-elle électronique, conjointe (un peu incestueux tout ça : à la fois sœur et amante, digne des Colchiques d’Apollinaire... mais je m’écarte du but originel) , mais aussi et surtout, des nouvelles de fantastique et sciencefiction. Tout y est : la vierge galactique dont un homme poulpe businessman s’est épris, dans La Belle et le Riche, d’un certain BEREM dont les rédacteurs nous expliquent la signification du nom qu’il serait fastidieux de rappeler ici ; Affaire non classée, de Bernard Carrasco, qui tient plus de l’absurde que du fantastique, à moins que ce ne soit de la quatrième dimension... ? ? ? On y trouve bien évidemment les biographies des auteurs publiés, certains initiés reconnaîtront ces noms, moi qui ne suis qu’entraîner au régime spartiate des grands auteurs de SF et fantastique ne me risquerais pas à juger qui ou quoi que ce soit. Et pour ces mêmes initiés, il aura été facile de deviner que ces deux revues sont aussi éditées sur papier. Rustine et Hors-Service ont aussi une adresse postale : HORS-SERVICE DOMINIK VALLET 27 RUE MARCHANDE 89250 MONT ST SULPICE FRANCE Et deux points de vente sur Auxerre : L’UNIVERS DU LIVRE (LIBRAIRIE SOLDE) 16 RUE JOUBERT 89000 AUXERRE FRANCE TÉL : 03.86.51.15.46

LA PIEUVRE (LIBRAIRIE BD/SF 16 RUE DU PONT 89000 AUXERRE FRANCE

Contactez-les, ces revues en valent la peine, croyez-en mon expérience (dit-il avec ce ton quelque peu orgueilleux dans la voix... !). Walter

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Faire-part VOUS AVEZ UN MOIS POUR REFAIRE VOTRE GARDE-ROBE ! EN JUIN, MAUVAISE GRAINE 35 VOUS EMMENE AU THEATRE.

© MAUVAISE GRAINE & LES AUTEURS, MAI 1999 ADRESSE : FRANCE

AU PROGRAMME : STRAUSS, NIETSCHE, KUBRICK, ET D.G. TAYLOR.

MAUVAISE GRAINE REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE TENDANCE UNDERGROUND N°34 - MAI 1999 ISSN : 1365 5418 DÉPÔT LÉGAL : À PARUTION IMPRIMERIE SPÉCIALE DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : WALTER RUHLMANN ASSISTÉ DE MMRGANE ET DE BRUNO BERNARD

E-MAIL : mauvaisegraine@multimania.com WEB : www.multimania.com/mauvaisegraine ABONNEMENT POUR UN AN (12 NUMÉROS) FRANCE : 22.50 150 FF ÉTRANGER : 30 200 FF INDIVIDUELLEMENT, LE NUMÉRO FRANCE : 2.25 15 FF ÉTRANGER : 3 20 FF RÈGLEMENT PAR CHÈQUE OU MANDAT POUR LA FRANCE PAR MANDAT INTERNATIONAL POUR L’ÉTRANGER LIBELLÉ À L’ORDRE DE W. RUHLMANN

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Mauvaise graine # 34  

May 1999 issue

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