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Under H. et bombe

Poèmes

Alain Lacouchie Mauvaise Graine 30


Édito Le tournant d’une année est toujours propice aux bonnes résolutions : ici Bruno va déclarer qu’il arrête de fumer, là MMrgane jure qu’elle rendra ses copies à Mauvaise Graine en temps et en heure, ici encore je vous promets d’apaiser mes ardeurs et de ne plus m’emporter spontanément contre tel ou tel autre critique borné et aigri. D’une façon générale, les bonnes résolutions de l’équipe complète de MG sont toujours tenues, du moins l’espérons-nous ; et il me semble bien que j’avais ouvert mon éditorial de l’année 1998 sur cette même note positive concernant “ la tronche à la graine ”. Tous les ans je le répète, et au risque de radoter je vous le redis, nous ne sommes là que grâce à vous, lecteurs et amis, et pour vous, pour vous divertir, vous troubler, vous donner à lire des textes et des chroniques de tout poil. À cela s’ajoute souvent une petite amélioration de la revue, vous le constatez par vous-même, c’est une fois encore chose faite. Le format évolue, lentement mais sûrement, vers une revue digne de ce nom. Les années se suivent et ne se ressemblent pas toujours en tous points ; le plus intéressant dans le fait de changer d’année, c’est que c’est bien un prétexte à découvrir de nouvelles choses, à s’intéresser au monde qui nous entoure, à être curieux de tout et attentif à tout. Ainsi, rappelons-nous que ce mois-ci, ce janvier 1999, les terriens découvrent Mars et ses habitants 1, que ce peut être la fin du monde2, que nous entamons un processus de changement de monnaie 3, ou bien qu’il est fort probable, et même souhaitable, qu’avant la fin de l’année, tout couple, quels qu’en soient ses composants, puisse signer un contrat d’aide mutuelle et de vie commune. Qu’à cela ne tienne. Les temps sont troubles, et les temps changent, il nous faut faire avec et ne surtout pas se laisser aller à la dépression ; difficile je sais, mais pas impossible. Il faut en rire, ironiquement et cyniquement, écrire sur tout mais écrire surtout et toujours en son âme et conscience. Ne nous laissons pas affliger par les petits penseurs de troquets, allons jusqu’au bout de nos propres désirs sans tenter d’en chasser les démons, pour être plus brut et plus clair : “ Rêvons nos vies. Vivons nos rêves. ” (dixit les petits anarchistes de la faculté de Caen, et d’ailleurs sans doute, qui s’acharnent à prendre les murs pour des tableaux noirs.) Il faut tout simplement se souvenir que cette année doit être la clef et le catalyseur de ce troisième millénaire dont on parle depuis au moins deux décennies et qui fait chavirer les esprits et nous fait craindre le pire. Pourquoi le pire ? L’an 2000 s’ouvre à nous, dans moins d’un an déjà, chaque jour de l’année 1999 devra être pour nous tous un moyen d’entrer sereinement dans un autre âge, car sans nous en rendre compte, peut-être y sommes-nous déjà. Alors bien évidemment, on peut espérer mieux que ce que nous avons, j’entends déjà les anti-progressistes et tous ces fadas de conservateurs tirer la sonnette d’alarme, j’entends aussi les militants humanitaires hurler à la plaie sociale et à l’ingérence d’états soi-disant modernes et civilisés qui laissent crever leurs pauvres à la porte de leurs palais. J’entends aussi les apathiques dire qu’ils s’en foutent et qu’une année reste une année et ne signifie rien d’autre. Certes, mais quand même, le progrès est là, sous vos yeux, et aussi effrayant qu’il puisse parfois se montrer, ou aussi partial qu’il puisse être, nous vivons malgré tout une époque formidable et nous préparons à entrer dans une ère magique et qui a inspiré plus d’un de nos contemporain. Bonne et heureuse année à toutes et à tous. Gros bisous et bonne lecture. Walter

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Chroniques martiennes de Ray Bradbury Si l’on en croit ce charlatan de Nostradamus... 3 Passage à l’Euro 2

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Portrait Au risque de plagier notre bien aimée MMrgane, je débuterai ainsi : Souvenez-vous du “ feulement triste des loups ” que chantait von Neff le mois dernier. Souvenez-vous aussi de ce texte qui finissait ainsi : “ la vie est une chienne en chaleur ”, reprise par MMrgane pour sa Non préface du recueil anthologique La crème de MG de juillet 1997 qui y ajoutait que MG en est le doux hurlement. Ces quelques rappels sont fort essentiels pour présenter l’auteur que nous recevons cette fois : Alain Lacouchie. J’ai toujours été étonné par cet auteur qui sait vous toucher, rien que par ces courriers dans lesquels ses dessins et collages servent de cartes postales érotiques ou symboliques à ses lettres toujours plus délirantes les unes que les autres, accompagnées d’une enveloppe sur laquelle l’adresse du destinataire est fondue dans une masse de déterminants, de qualificatifs fort plaisants et rigolos. Mais si Alain devait se résumer à cela, quel intérêt aurions-nous donc à le publier dans ces pages. Non, heureusement, Alain est aussi très doué en ce qui concerne la poésie ; c’est ce qu’ont dit de lui quelques autres poètes visionnaires et sûrs d’eux en l’espace de quinze ans et c’est ce que vous allez découvrir avec son recueil : Under H. et Bombe. C’est un auteur que je classerais, si le besoin se faisait réellement sentir, dans la trame de Tomera et Bérenger... avec sa propre verve, son propre style, qui tracassent autant le lecteur que le traducteur. Faut-il y voir un conte fantastique fin de siècle ? Une fable moraliste pour mieux vivre demain ? Ou au contraire une légende noire qui nous pousserait à nous méfier de ce 21ème siècle qui nous attend ? Qui sait ? Il y a de la souffrance dans le corps et dans l’âme de ces femmes-oiseaux enchaînées à je ne sais quel étal de boucher taillant dans la chair des prostituées montrées aux hyènes. Ou aux chiens auxquels l’auteur lui-même se compare nonobstant. Autant de souffrance dans la vie pourrie que vivent des millions d’êtres humains laissés sur le carreau, auxquels la société moderne n’apporte rien d’autre que le mépris et l’intolérance. Alain Lacouchie leur rend en quelque sorte hommage en les détaillant le plus précisément possible et sans plonger dans la mièvrerie souvent utilisée dans le genre pour rendre compte de la folie et de la misère humaine. C’est par contre au moyen d’images fortes et cinglantes qu’il dépeint ce monde dans lequel nous évoluons tous, rendu encore plus froid, pénétrant et angoissant, et dans lequel il faut hurler pour survivre, ou s’y vautrer car tout peut attendre. Ces images rehaussées de dessins de l’auteur qui se mêlent au texte de façon naturelle donnent au sujet un aspect encore plus paradoxalement surnaturel. Il n’est vraiment rien à dire de plus, simplement lire ce recueil, à haute voix pour mieux s’en imprégner et en saisir toute la force mystérieuse, perdue dans un brouillage de piste étonnant, vite décryptée cependant.

Walter

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pour AurĂŠlie to AurĂŠlie

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Under H. et Bombe Parce qu’il faut survivre. Pas de repos : rage ou crève, souterrain et crève. Demain, le ciel est dur comme les ombres des sous-sols. Tu souffres, pylône après pylône, - cent, deux cents - vomir, prisonniers à compter ; et tes cris en rut comme en sang, la souille, la rouille, brandir ta rage, ton sang arracher, à crier.

Because one must survive. No rest : rage or die, underground and death. Tomorrow, the sky is hard like the underground shadows. You suffer, pylon after pylon, -one hundred, two hundreds- to vomit, prisoners to count ; and you’re rutting screams like in blood, dirt, and rust, to wave your rage, your blood to tear away, up to scream.

Tu n’as plus d’iris : tu dois fuir avec la sirène, courir en tes échos et tes canicules. Tu portes le grondement des boîtes en noir et blanc, noir et blanc comme les pendus. Y sont enchaînées les femmes-oiseaux - et leurs violons éclos - ! Or, ces soldats d’obscur les saignent, les gémissent, les languissent, les tuent : la mariée est sauvage, globuleuse, entre le cheval et le mal.

You have no more iris : you must run away with the siren, run in your echoes and your scorching heats. You wear growling of the black and white boxes, black and white like the hanged. The bird-women are chained there -and their violins spring up- ! When these soldiers of shadow bleed them, make them moan and languish, and kill them : the bride is savage, globular, between horse and mare.

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Under H. et Bombe “ Et guette, respire la mort. ” Ils sont crotales ; ils sont d’acier, d’acide. Et, dans les impasses, les cadavres, comme au quotidien, l’angoisse. Hérissons en boyaux, en miettes, en pause. Et, dans les gares creuses, les tubes, lierre, fer forgé, les gardiens clabaudent en fiévreusement : monumental et turbines écrasent. “ Résiste ! ” Il surnage la démesure.

D’huile : les vagues, les mous, et couleur vieux-cerise, ou serviles. Cadavres aux dorures des palais : ils furètent vers des odeurs d’urine et suint, comme aux soupes froides. “ et silence dans ces trains vides ! ” De peur : ils possèdent de lourdes valises. Chacun découvre ses propres raisons de vivre, mais...

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“ And watch, breathe in death. ” They’re rattlers ; they’re of steel, of acid. And, in the dead ways, the corpses, like the daily stress. Hedgehogs in tripes, in crumbs, on a break. And, in the hollow stations, tubes, ivy, wrought iron, the guards gossip in feverishly : huge and turbines squash. “ Resist ! ” They overflow the outrageousness.

Of oil : the waves, the soft and old cherry colour, or servile. Corpses at the temple gilt : they pry about urine smells and suint, like at the cold soups. “ And silence in these empty trains ! ” Of fear : they own heavy cases. Each one discovers their own reasons to live, but...

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Et, quand les passants interminables de vapeurs, de stylets, à se perdre : enserre la terre de tes désirs, folie à hurler des soupirs ou radieux ; ensauvage l’horloge même, car tes rêves ne dorment plus. Tu ne possèdes rien : tu es. À haute voix, l’horizon. Et le ciel inutile où s’éparpillent mes damnés, fixement ; comme dissimulés sous les veilles rougies, quand les cordes pincées halètent, inassouvies de fulgurances. Ma défaite se noie d’invisible, au gré d’un isolement sans horaire.

And, when the passers-by endless of vapours, stylets, to lose themselves : embrace the soil of your desires, lunacy to scream sighs or radiant ; ensavage the clock itself, for your dreams sleep no more. You own nothing : you are. Loud, the horizon. And the useless sky where my damned scatter away, fixedly ; as if hidden under the redden eves, when the pinched strings gasp, unappeased for dazzling. My defeat drowns of invisible, as the hourless isolation goes.

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Under H. et Bombe Il a assez vécu, en sépia ; ou tomber d’une falaise. Flux et reflux, comme un pari perdu. Aussi les Atrides : le sel se décompose, les tripes, et même les anges ; la vie est chasseresse : “ À mort ! À mort ! ” Il n’existe pas aux oracles. Il n’existe pas aux galaxies. Les joueurs s’empalent sur le temps de leur sort.

He lived enough, as a sepia ; or to fall from a cliff. The ebb and flow, like a lost betting. Thus, the Atridaes : salt decomposes, the tripes, and even the angels ; life is huntress : “ Death ! Death ! ” He doesn’t exist to the oracles. He doesn’t exist to the galaxies. The players impale themselves on the time of their fortune.

Cent onze, cent douze, d’acier indifférent. L’insondable, où se balancent les noctambules ; ils éludent le temps des crieurs de soi, aveugles, ou la guerre à plus de mille, comme à sec, quand les pythonisses épousent la mort en guêpière : à la bataille de San Romano, comme un opéra. Cent quinze, cent seize, rien ne change.

One hundred and eleven, one hundred and twelve, of indifferent steel. The unfathomable, where the night owls balance ; they elude the time of the selfscreamer, blind, where the war has more than a thousand, as dry, when the prophetesses marry death in a basque : at San Romano battle, like an opera. One hundred and fifteen, one hundred and sixteen, nothing changes.

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Peur. Corbeau rouge inquiète le soir comme en des saignements, racines ou étangs sourds, et coup de grâce. Pleure lourd...

Fear. Red raven worry the evening like in bleedings, roots or deaf ponds, and deathblow. Cry heavily...

Corbeau rouge, obscur. D’asphalte sur les heures et les heures. À quel regard de sarriette, à quelle utopie de cygnes et de feu ? En pointillés, la danseuse envoûte les frivolités d’ibis éclatants.

Dark, red raven. Of asphalt on hours and hours. To what savory look, to what utopia of the swans and fire ? In dotted line, the dancer charm the frivolities of flashing ibises.

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Haine. Haleter, comme un chien hurle. Comme un chien ; et bien sûr, j’en suis. Un chien passe la mort, boit mon sang. J’ai sommeil. Le caoutchouc se consume, comme d’enfer, ou les criards en détresse. Pas de répit pour les cuivres : étouffe ! Brut de souffles qui tranche la vie.

Hatred. To gasp like a howling dog. Like a dog ; and, of course, I’m of those. A dog goes by death, drink my blood. I feel sleepy. Rubber burns out, like hell, or the distresses screamers. No rest for brass : smother ! Rough breath that severs life.

En chaise roulante, le fer, le feu, quand les voitures incendiées s’agglutinent, et les bourreaux s’aiment sous les drapeaux. Les enfants perdus s’écrasent de céramiques blanches, comme les méduses sous le même aride, perdus, tordus, brisés et chaudières, sans fin. Ou haute tension, quand les fourmis rouges...

In a wheel-chair, iron, fire, when the burning cars congregate, and the torturers love themselves under the banners. The lost children squash in white ceramic, like medusas in the same arid, lost, torn, broken and heater, endlessly. Or high tension, when the red ants...

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Under H. et Bombe Exit le père Ubu en empereur romain, en nuances de gris ou l’ennui, et rouge de lune, aux idées noires comme un clou dans la tête. Ferrailles, écailles, lames de rasoirs, il hoquette d’onanisme ou obsédant : prendre. Il prend, tube après tube, monochrome béant, blafard en silhouette lacunaires. Il jouit. Que sont mes vieux alcools, Soutine et Schiele, comme pour vivre la dérision de mon temps ?

Out father Ubu like a roman emperor, in grey shades or boredom, and moon red, with black ideas like a nail in the head. Scrap iron, scales, razor blades, he hiccoughs from onanism or obsessing :to take. He takes, tube after tube, gapping monochrome, pale in lacunal outlines. He comes. What are my old alcohol, Soutine and Schiele, like to live the derision of my time ?

Zéro : et s’il était faux ? Rasoirs obliques et soubresauts, tambours, mécanique où les musiques suffoquent. Lanières syncopées de néons, et les chaînes, les chiens broyés, hybrides, dans la pénombre. Pathos ordinaire ; Leonardo, mort d’une mauvaise candeur de mort, d’une puanteur, assassiné sous la treille, ou en Atlantide, sur laquelle s’agglutinent les mutants.

Zero : and if it was wrong ? Sidelong razors and jolts, drums, mechanic where music smothers. Strings syncopated by neon, and the chains, the squeezed dogs, hybrids, in the shadow. Ordinary pathos ; Leonardo, dead from a bad candour of death, from a stinkiness, murdered under the vine arbour, or in Atlantis, on which the mutants conglomerate.

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Under H. et Bombe Rien à faire. Scarifications au crayon gras, code barres. Rideaux de fer et la route, toujours la route... Hérissés, incendiés, pillés, arrimés à des aveugles urticants, à cette grande arête de haine et de visqueux, Ils : à toute vitesse, tapent et tapent et craquent ! Hors la teinture d’iode , l’air grave, il ne s’est rien passé que la mort. Ou détester ce que l’on est. Sourds et muets et gris, comme nulle part : “ no comment ! ” Ou les murs : nu, l’ermite.

Nothing to do. Scarifications with a thick pen, bar codes. Iron curtains and the road, always the road... Bristled, burnt, pillaged, lashed down to rashing blind ones, to this big side of hatred and viscous, They : all of a sudden, hit and hit, and crack ! Out the tincture of iodine, looking serious, nothing happened but death. Or hating what one is. Deaf-and-dumb and grey, like no where else : “ no comment ! ” where the walls : naked, the hermit.

D’épuisement, ils régurgitent le ciel et ses rayures de cuivre, aussi, comme le cri des mouettes dans les rues sans enfants. Désarmés, électrocutés de solitude, et loups : ils agrippent la vie pour fuir la mort au jour le jour, comme la craie.

From exhaustion, they regurgitate the sky and its brass stripes, too, like the seagulls scream in the childless streets. Disarmed, electrocuted by loneliness, and wolves : they hang over life to run away from death, from day to day, like chalk.

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“ He is here ! But where are the hallucinated ? ” Inner cacophony to die, misshapen, fly humming, or the trucks. Fleshless cutting, like a sad writing, he’s intense ; and his chaotic burning has ludicrous, incisive entrails. He must. He has to learn to wait ; even if the magnetics and panics.

“ Il est là ! Mais où sont les hallucinés ? ” Cacophonie intérieure à en crever, déformé, vrombissement de mouche, ou les camions. Bouture décharnée, comme une écriture triste, il est intense ; et sa brûlure chaotique a des grotesques, des viscères à l’emporte-pièce. Il faut. Il doit apprendre à attendre ; même si le temps magnétique et panique.

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Under H. et Bombe Femmes adipeuses, avec l’odeur des ruines, échoués sur les étals de bouchers, tranchées et tripes, flasques, s’écroulent et mordre, et les râles où la mort s’amuse de la vie. Les hyènes s’abreuvent à leur sexe explosé, rient, délirent, entre détruire et jouir, rire. S’y vautrer, car tout peut attendre.

Adipose women, with the smell of the ruins, wrecked on butchers’ stores, severed and tripes, flabby, flow and to bite, and the growls where death mocks on life. The hyenas drink on their exploded sex, laugh, are in a frenzy, between destroying and enjoying, to laugh. To wallow in it, for everything can wait.

Les monstres, les vengeurs déstructurent les marais, où les vieillards s’abreuvent ; et quand les crapauds gras infectent les légendes, ivrognes, ils obscènent les hangars ! La boue résonne contre ces grillages ; ou la chaux. Perspective mutilée. Vide. Sacrifiées, les poupées moisies : le piège est dans le temps.

The monsters, the avengers misshape the swamps, where the olds drink on ; and when the fat toads infest the legends, drunks, they make the warehouse obscene ! Mud echoes against these barbs ; or the lime. Mutilated perspective. Empty. Sacrificed, the rotten dollies : the trap is in the time.

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Under H. et Bombe “ Ricane ! ” Et, pourquoi pas ? Ils vagissent en mélodrames, Mater Dolorosa aux racines sanglantes, comme des pieds trop petits cloués sur une porte. ils vagissent en soumission, ou mépris, et les chevaux de trait... Les chevaux de trait, aussi, à tue-tête, à cravaches, à cordages, à clore des cercles moites, quand, sans bruit, ils partagent les crânes et les miettes. Mais puisqu’il faut hurler pour survivre ! À suivre... “ Giggle ! ” Why not ? They wail in melodramas, Mater Dolorosa with bleeding roots, like too little feet nailed on a door. They wail in submission, or scorn, and the draught horses... The draught horses, too, at their head off, ruthlessly, bounded, to spring up moisten circles, when, noiselessly, they share the skulls and crumbs. But, as you have to scream to survive ! To be followed...

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Notes Dans la quantité de services de presse que nous recevons, il nous est de plus en plus difficile de choisir les œuvres et les revues, et autres “ publicités ” sur lesquelles nous devons nous attarder. Il va de soi que le nombre de nos pages est encore bien trop limité pour parler de tout, il nous faut donc bien faire une sélection, aussi déchirante soit-elle. Je me fixerai donc pour commencer sur deux nouvelles revues que j’ai moi-même contactées et dont les directeurs m’ont répondu. Nouvelles revues, oui et non, l’une d’elle existe déjà depuis quelques mois, mais nous n’avions pas encore eu l’occasion d’en lire les pages. Nouvelle Plume consacre son espace à la nouvelle et à la poésie. Elle se focalise sur les auteurs et la création plus que sur la critique et l’actualité, quelle qu’elle soit. Les textes sont a priori de qualité (nous n’avons reçu jusque là que les deux derniers numéros) et dont le responsable, Daniel Meunier, semble fort sympathique et enclin au dialogue avec ceux qui le contactent. Dans son dernier numéro, que je suppose être celui de

juillet, (je n’ai pas perçu la moindre indication quant à la date de parution des numéros, ce qui est contrariant), Daniel Meunier nous offre une palette de poètes aussi divers les uns que les autres et parmi lesquels je retiens les noms de Jan Bardeau (publié en janvier 98 dans MG), Gérard Lemaire (lui aussi présent quelquefois dans la revue), Mylène Leny, Charles Patrice... Mais là aussi, il est parfois difficile de savoir qui a écrit quoi car le nom de l’auteur ne suit pas forcément son texte. Néanmoins bravo à Daniel à qui je réitère toute ma sympathie et mes plus cordiaux messages pour cette revue. À noter également son roman Une ville appelée liberté, publiée aux Éditions de l’AGLY. Pour plus de renseignements au sujet de la revue comme du roman, adressez-vous à Daniel Meunier, 235 C, allée Antoine Millan 01600 Trévoux, France. Proscrit quant à elle est certainement loin du prosaïsme de nombreuses revues. À vrai dire, j’ai au moins l’honnêteté de l’avouer, je n’ai pas toujours suivi les différents

articles qui étaient proposés... Étrange ? Pas tant que ça. Je pense que Stéphane Heude veut entretenir un certain mysticisme autour de sa revue qu’il semble avoir créé avec un groupe d’amis de promotion. Encore très proche d’un certain épanchement lyrique et ancrée dans l’univers gothique de “ Donjons et dragons ”, avec cette once de nipponisation et de gymnastique cérébrale, ce premier numéro intitulé Premiers maux et consacré à la magie, ressemble réellement à un essai sur le fantasy et n’a rien de rebutant, au contraire. Il permet de découvrir un monde que ne connaît qu’une certaine élite de la jeunesse actuelle. En plus d’être intéressante, Proscrit est belle et bien fournie, parfois peut-être un peu dense, mais jamais dans le mauvais sens. Je l’encourage à poursuivre, car je sais moi-même, qui malgré tout ne suis plus un débutant, qu’il est toujours dynamisant d’avoir ces avis et coups de chapeau. Voilà donc une affaire à suivre auprès de Stéphane Heude, 28 avenue du Maréchal Foch, 95170 Deuil la Barre, France.

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Notes NB : Comble de malchance pour nous autres de Mauvaise Graine : la Rose Noire risque de disparaître. Qu’est-ce que la Rose Noire, honnêtement je n’en sais fichtre rien, mais Stéphane Heude m’ayant demandé de passer cette annonce par solidarité avec la petite presse, je m’empresse de le faire en espérant découvrir un jour cette publication. Frédéric Maire continue de nous offrir ses petits recueils pleins de passion et façonnés grâce au labeur et la persévérance d’un garçon têtu qualité reconnaissable chez lui - et nous envoie cette fois Au tréfonds de ma rhétorique d’être, de Belkacem Tayeb-Pacha ; le treizième déjà ! Poésie élitiste, hermétique et surnageant dans les éthers que d’autres chantèrent il y a des siècles. Franchement ? Je n’ai pas aimé. Trop de non-dit, trop de triturage de cerveau et de branlette intellectuelle. D’autres aimeront parce que c’est un poète algérien et qu’il faut être solidaire avec les artistes de là-bas, et de tous les pays où l’expression est brimée, trucidée... Je ne suis pas de

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cette trame-là... Néanmoins, Frédéric fait toujours preuve de savoirfaire et commander ses ouvrages est loin d’être un mal en soi ; pour ce faire, adressez-vous à PressStances, Frédéric Maire, 40 rue Gabriel Fauré, 33320 Eysines, France. Nous avons également reçu les revues habituelles et fidèles à elles-mêmes, toujours aussi pures et intéressantes : Libellé n°84 de Michel Prades, 7 rue Jules Dumien, 75020 Paris, France, dans laquelle je note la réapparition de Julien Burri dont nous n’entendons plus parler, avec la publication d’un extrait de son recueil Ce temps d’été qui te ressemble, paru aux éditions Press-Stances, en 1997, ainsi qu’un texte réussi de Daniel Daligand, Voyelles, bien sûr inspiré de Rimbaud et qui débute ainsi : “ I vert, O vert / Rouge I Rouge O... ” Excellent ! et Dockernet de Harry Wilkens, 86 rue de Montbrillant, 1202 Genève, Suisse. Toujours aussi sympathique et “ Dockerlike ” ! Walter vous

Matthieu Baumier, vous souvenez ?

Traditions brisées et 22 rue de la Verrerie étaient deux nouvelles de qualité de Matthieu publiées dans la 21ème livraison de votre Graine préférée. Mais là, désolé. J’ai lu Une matinée glaciale, son roman paru cet automne, et j’aurais préféré ne pas avoir à en parler. L’idée de départ est pourtant intéressante : Hitler a gagné la guerre, et l’Ordre Nouveau s’installe sur la Terre entière. Mais la mayonnaise ne prend pas, jamais. Il ne se passe rien dans ce roman, on devine ce qu’a pu être la Grande Décision d’Hitler dès qu’on en entend parler, on devine dès le départ comment va se terminer la matinée du général von Harlo, gouverneur de la nouvelle Province Franque, par les yeux duquel le lecteur est invité à faire l’inventaire du monde nouveau. J’ai pensé en lisant ce roman à un petit garçon qui se serait construit un joli château en Lego et qui n’oserait pas jouer avec de peur de l’abîmer. Alors vraiment, désolé Matthieu, mais ton premier roman publié ne vaut pas tes nouvelles. Une matinée glaciale, Éditions Pétrelle, 24 rue Pétrelle, 75009 Paris, France. 94 FF. Bruno

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Surf “ Papelard, e-zine amateur d'édition en ligne de jeunes novellistes, dessinateurs, et illustrateurs ! ” Papelard s’autoproclame donc un magazine d'édition en ligne de niveau amateur, mais à visée professionnelle. Il accueille des auteurs de nouvelles et de Bandes Dessinées, et des illustrateurs. Les genres abordés peuvent être la science-fiction, le fantastique, le policier, ou autre. Alléché, j’ai lu avec intérêt le contenu de ce site, qui présente essentiellement des nouvelles, ou plus exactement des épisodes de nouvelles. L’ensemble est de qualité, au sens où je l’entends, c’est-à-dire qu’on y revient pour le contenu plus que pour l’emballage. Mention passable toutefois pour l’orthographe… Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir ces quelques extraits d’une nouvelle de Markus Leicht, intitulée Le tueur de cerf-volant. “ Les cerfs-volants dansaient dans le ciel, sur un rythme rapide. Ils se ressemblaient tous et ne se différenciaient que par leurs couleurs chatoyantes. Tout en buvant mon premier café du matin je contemplais leur étonnant ballet aérien. Dans le rectangle découpé par la fenêtre j’en comptais en vingtaine mais je savais qu’il y en avait des milliers. En très peu de temps les oiseaux avaient déserté la région, remplacés par ces étranges créatures sorties des laboratoires du Docteur Muller. Étranges créatures en effets. Car ces cerfs-volants étaient vivants. Un étrange tissu organique, créé dans les laboratoires qui s’étendaient sur plusieurs hectares au nord de la ville, recouvrait leur fine armature de bois. …/… Cela faisait près d’un quart d’heure que je tapais sur ma machine à écrire lorsque retentirent les six détonations. Six coups de feu brefs dans le bruissement feutré du matin. Je bondis de ma chaise et allai jeter un coup d’œil à la fenêtre. À deux cents mètres un cerfvolant était en train de plonger vers le sol. Il percuta un toit avec violence. L’air s’était empli d’un étrange murmure. Comme une plainte triste et douloureuse. Je n’arrivais pas à déterminer d’où cela provenait. Quelque part un enfant pleurait. Je décidai d’aller voir sur place de quoi il retournait... ” À suivre… Sympa, non ? Papelard se feuillette sur http://www.chez.com/papelard/ Bruno

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Le mois prochain dans MG

Butagaz une nouvelle explosive de

Samuel Desgremont

MAUVAISE GRAINE REVUE MENSUELLE ET BILINGUE DE LITTÉRATURE TENDANCE UNDERGROUND N°30 - JANVIER 1999 ISSN : 1365 5418 DÉPÔT LÉGAL : À PARUTION IMPRIMERIE SPÉCIALE DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : WALTER RUHLMANN ASSISTÉ DE MMRGANE ET DE BRUNO © MAUVAISE GRAINE & LES AUTEURS, JANVIER 1999 ADRESSE : FRANCE E-MAIL : mauvaisegraine@multimania.com WEB : www.multimania.com/mauvaisegraine

ABONNEMENT POUR UN AN (12 NUMÉROS) FRANCE : 22.50 € 150 FF ÉTRANGER : 30 € 200 FF

RÈGLEMENT PAR CHÈQUE OU MANDAT POUR LA FRANCE PAR MANDAT INTERNATIONAL POUR L’ÉTRANGER

INDIVIDUELLEMENT, LE NUMÉRO FRANCE : 2.25 € 15 FF ÉTRANGER : 3 € 20 FF

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Mauvaise Graine 30

Mauvaise graine # 30  

January 1999 issue

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