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MAUVAISEGRAINE #24 SPÉCIAL WALTER RUHLMANN LES CHANTS DU MALAISE


L’ÉDITODU VIKING Prix coûtant pour Prix coûtant pour 1 exemplaire de 1 exemplaire de MAUVAISEGRAINE MAUVAISEGRAINE expédié vers la expédié vers France l’Europe

Prix coûtant pour 12 exemplaires de MAUVAISEGRAINE (abonnement d’un an) expédiés vers la France

Prix coûtant pour 12 exemplaires de MAUVAISEGRAINE (abonnement d’un an) expédiés vers l’Europe 12 numéros x 20 pages x 0.25 FF par photocopie = 60 FF + 7 FF x 12 numéros, soit 84 FF = 144 FF

20 pages x 0.25 FF par photocopie = 5 FF

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12 numéros x 20 pages x 0.25 FF par photocopie = 60 FF

+ 5 FF (tarif postal économique) = 10 FF

+ 7 FF (tarif postal économique) = 12 FF

+ 5 FF x 12 numéros, soit 60 FF = 120 FF

+ quelques frais divers (enveloppes, service de presse...)

= 15 FF = 20 FF = 150 FF Nous avons joué la carte de la transparence quant à l’augmentation des prix de MAUVAISEGRAINE, il est vrai que nous sommes très loin des 8 pages bien maigres de juillet 1996. Alors continuez de nous faire confiance et MAUVAISE GRAINE continuera d’être une revue comme vous l’avez toujours aimée. We have been honest concerning the increasing of the prices of MAUVAISE GRAINE, it’s a fact that we’re now miles away from the skinny 8 pages thing from July 1996. So, carry on trusting us and MAUVAISE GRAINE will keep on being a magazine has you’ve always enjoyed it. Walter

= 200 FF


NÉANMOINS CE MOIS-CI.../NEVERTHELESS THISMONTH...

Ce mois-ci, MAUVAISE GRAINE prend deux ans, oui, déjà deux ans, j’ai moi-même du mal à y croire. Seulement, elle s’ennuyait un peu toute seule, alors Mrgane, Bruno et moi-même avons décidé de lui offrir une petite sœur : LA GRAINÉE (vous pouvez en trouver un exemplaire accompagnant ce numéro). Si cette nouvelle formule littéraire vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter. Vous pouvez trouver toutes les informations concernant LA GRAINÉE avec l’exemplaire lui même ou dans LA CRÈME 2 (MG). Avec ce numéro, vous trouverez également un questionnaire qui, si vous nous le renvoyez, nous permettra en dix questions/réponses de savoir ce que vous pensez de MAUVAISE GRAINE et surtout ce que vous en attendez (nos tarifs n’ont certainement pas augmenté pour rien, c’est avant tout pour avoir les moyens de vous satisfaire encore plus !) This month, MAUVAISE GRAINE gets older, yes, already two years old, I can’t believe it myself. Nevertheless, she was a bit bored on her own, thus, Mrgane, Bruno and myself decided to offer her a little sister : LA GRAINÉE (you can find an exemplary of it with this present issue) If this new literary formula interests you, do not hesitate to contact us.

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You can find all the information concerning LA GRAINÉE in the exemplary itself, or within LA CRÈME 2 (MG). With this issue you’ll also find a survey which, if you send it back to us, will allow us with ten questions/ answers to know what you think of MAUVAISE GRAINE and above all what you expect from her (our prices certainly haven’t increase for nothing, it’s just to get the means of please you even more !)

LE PORTRAIT BRUNO L’histoire se passe il y a 2000 ans. Un mec marche sur l’eau. Ses copains essaient de le suivre mais ils s’enfoncent lamentablement. Il leur fait un peu la morale et continue sa ballade tout seul. Les autres, restés sur la plage, le regardent s’éloigner en se demandant, pensifs, dans combien de temps quelqu’un inventera le pédalo. Le mec aux pieds palmés croise un nageur qui relève la tête et l’invite en souriant : « T’es con, elle est bonne ! » Le deuxième Water Walker est moins connu. Le grand garçon tout doux qui voulait qu’on lui caresse les cheveux trouvait plus de charme à ses copains qu’à ses copines. Et puis, au lieu d’aller crier « Pénoooo !!! » sur les terrains vagues, il préférait la lecture, et même l’écriture puisqu’à quinze ans il accouchait du premier de ses trois romans d’adolescent. Déjà mal barré, donc. En eaux troubles. Mais c’est pas pour ça qu’il fut appelé Water Walker. L’air de la mer, le cri d’une mouette rieuse, une passion pour les phoques ? Toujours est-il qu’à vingt et un ans il embarque sur le premier radeau venu et échoue en Angleterre. Il y trouve du travail, de l’amour, de la souffrance, du doute, de l’épiderme, et aussi de ce matériau difficile à nommer : de la substance d’homme, de ce qui fait que votre vie vous appartient. Du volontaire, du discernement, quelque chose dans ce goût-là. Et de tout ça le Water Walker se nourrit. Son cri rauque mûrit. Les chants du malaise, écrits de 1994 à 1996, sont certainement le plus abouti de ses recueils. Des chants d’oiseau de mer en rut, écorché, plombé, piégé, tantôt en chasse, tantôt chassé. Partir ? Rester ? Chercher l’amour encore ou n’en plus goûter désormais que l’écorce amère ? Quand le Water Walker rentre parmi les siens, il est encore entre deux eaux. Mais ce n’est pas pour ça non plus qu’il porte ce nom-là. Un Water Walker, c’est ce genre de petit garçon rêveur qu’on a tous croisé, le cheveu fou et le nez taché de rousseur, l’air pas forcément très engageant, voire buté, le type de môme sur lequel se sont fanées des générations d’institutrices en charge de convertir le monde à la règle de trois, le petit mec qui a décidé une fois pour toutes que c’était lui le capitaine du bateau, et qui marche bien fort dans les flaques en rentrant de l’école, sur le seul chemin qui en vaille la peine : la ligne droite vers son goûter.

The story takes place 2000 years ago. A guy walks on the water. His mates try to follow him but they sink in pitifully. He preaches at them for a while and carries on his walk on his own. The others, standing on the beach, look at him going away wondering how long it’ll take before someone invents the pedal-boat. The palm feet guy walks past a swimmer who up his head and invites him smiling : « You jerk, it’s nice ! » The second Water Walker is less popular. The sweet big boy who wanted to be rubbed his hair found his boy friends were more charming than his ladies’. And, instead of go and scream « Penaltyyy ! ! ! » on the no man’s land, he preferred reading, and even writing, since at fifteen he laid the first of his three teenage novels. So, already not in a good position. In shady circles. But this isn’t why he was called Water Walker.

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The sea fresh air, the scream of a laughing gull, a passion for sea fruits ? But the facts remain that at twenty he gets on the first raft that came and marooned in England, where he finds a job, love, suffering, doubt, epidermis, and also some of this uneasy naming material : man substance, some of what makes that your life belongs to yourself. Some will, discernment, something like that. And from all this, the Water Walker feeds himself. His raucous scream matures. The songs of unease, written between 1994 and 1996, are certainly the most perfect of his poem books. Songs of rutting, scraped, shot, trapped sea birds ; some hunting, for some hunted down. To leave ? Or to stay ? To look for love again or just taste its bitter peel by now ? When the Water Walker comes back amongst his, he still has a foot in both camps. But it’s not either for that reason he’s named so. A Water Walker, is that kind of little dreamer boy we all met once, scruffy and the nose full of freckles, not always appealing, even mulish, the kind of kid on whom generations of teachers whose duty was to convert the whole world to the rule of 3 faded, the little guy who declared once for all that he was the captain on board, and who steps in the water pond as coming back from school, on the only way that’s worth it : the straight line to his tea.

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LES CHANTS DU MALAISE PAR WALTER RUHLMANN

Les portes s’ouvrent alors et dans les pièces jaunes s’endort l’esprit tourmenté du mage au sein de la mort épanouie mon corps frissonne et les rêves m’entament.

THE SONGS OF UNEASE BY WALTER RUHLMANN

Then, the doors open and in the yellow rooms the wizard’s tormented soul falls asleep in the womb of flourishing death my body shivers and dreams take me.

*** Tu cherches dans les rues l’or d’un paradis perdu et sur la moquette grise les traces de sang et de vomissures sèchent sous le vent marin et ton haleine tuberculeuse.

*** In the streets, you look for the gold of a lost heaven and onto the grey carpet the blood and vomit stains dry up in the marine wind and your tuberculous breath.

*** Les mines de crayon griffent le cœur vierge et nos couronnes ellipsoïdales dévalent les escaliers ouatés.

*** The pencil leads scratch the virgin heart and our ellipsoidal crowns rush down rolling the cottoned stair cases.

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Dans la mansarde ténébreuse l’heureuse Zelda Rissenstein se caresse le ventre et les seins les soldats bruns l’emportent sur leurs ailes d’acier dans un wagon de tôle froissée et sur les rails de l’enfer le wagon roule, roule encore son corps mutilé et atrocité des exhalaisons passagères le rythme d’équinoxe solstice de la perte une fournaise et puis des cendres Zelda Rissenstein et Cassandre.

In the dark attic happy Zelda Rissenstein rubs her belly and breast the brown soldiers take her onto their steel wings into a dented bodywork wagon and onto the hell rails the wagon rolls, rolls again her body mutilated and atrocities of passing by exhalations equinox rhythm doom solstice a oven and then ashes Zelda Rissenstein and Cassandre

*** Dans une alcôve poussiéreuse les livres des feuilles d’automne avant que l’hiver ténébreux ne rayonne sur nos domaines ton corps ensanglanté est mort mort de n’avoir pas su chanter les refrains fredonnés alors par la laideur de cet été pantalon de toile rayée chemise blanche et décolletée une érection une passion le frisson d’un ange enfermé dans la prison de son désir et celle de sa liberté.

*** Inside a dusty corner the fall leaves books before the dark winter shines up onto our domains your bleeding body is dead it died of could not sing the choruses sung then by this summer’s ugliness stripped fabric trousers low-cut and white shirt an erection a passion the shiver of an angel locked up inside the jail of his desire and the one of his freedom.

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Les yeux parcourent les chemins les canaux du temps assassin et tandis que les dieux s’endorment tes idées noires se déforment les os, la moelle et les caveaux les cimetières et halos de l’oxygène gris du carbone au paradis.

The eyes skim through the paths the canals of the assassin time and while the gods fall asleep your black thoughts misshape the bones, the marrow and graves the cemeteries and the halos of the grey oxygen of the carbon in paradise

*** Prises sur le lit des turpitudes et sur le vif et sur le fait nos raisons se damnent sans joie dans les arcanes et dans la faim nos estomacs se lassent alors et les indigestions funèbres prennent soudains le goût amer du poison bleu des amoureux.

*** Caught onto the base acts bed and red handed and in the act our reasons damned themselves joyfulless in the arcane hungrily our stomachs get bored then and the dismal indigestions suddenly take the bitter taste of the lovers’ blue poison.

*** L’espoir mortelle passion des illusions et des sereins individus nus étendus sur les matelas gris du dépit et des gelées nocturnes que nos sexes éjaculent.

*** Hope deadly passion of illusions and naked serene individuals lying down on the grey mattress of pique and night frosts our sexes ejaculate

*** La mort est de retour dans les tours où gisent nos amours et tous nos au secours.

*** Death is back in the towers where our loves and all our help calls lie.

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Le chant des reines rouges en robe blanche et aux cheveux noirs savoure ta tristesse et ton incompréhension les armes de la mort c’étaient la route et l’arbre, cet ami le couteau de ton cœur un ancien amant puérile et débile. Sordesques en arabesques déphasées et sous l’influence lunaire les vers des lendemains troublants et des nuits enlarmées Zelda morte dans mes bras cria le nom de Dieu sur tout les toits du monde et son ombre hante encore les nuits dormeuses. Ami prends les cris dans tes mains et sculpte-les pour que leur matière liquide refroidisse tes rêves. L’éclair a frappé les clochers les vergers et Rilke pleure encore d’avoir trouvé la mort.

The song of the red queens dressed with white dresses The song of the red queens dressed with white dresses and with black hair savour your sorrow and you misunderstanding death weapons were the road and the tree, your friend the knife of your heart an old lover childish and stupid. Sordesques like dispersed arabesques and under the lunar influence the verses of the puzzling following morning and the tearfull nights Zelda died in my arms and shouted the name of God on the whole world roofs and her shadow still haunts the sleeping nights. My friend take these screams in your hands and sculpt them for their liquid matter chills down your dreams. The flash hit the rocks the orchards and Rilke still cries from finding death.

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A la porte du domaine se pressent les serpents souffrant des sarcasmes synthétiques et soûlants. *** Les prêtres orgiaques existent dans mon crâne et leurs tumultes délirants enflamment mes nuits sales et tous mes parjures : profanations blafardes. *** Étendue sale humidité flagrante et rêveries cinglantes. *** Dans le désert les grains de sable perdus chantent dans le vent les refrains sifflants des enfances meurtries et des amours brisées.

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Les verres de cola sont vidés sur les tables et la bière sèche lentement les canapés sont encombrés de nostalgies et les cendriers de mégots noirs les cendres et la poussière At the door of the domain par terre the snakes la cheminée continue son travail squeeze suffering from synthetic chauffe la salle à manger. and endless sarcasm Dans un mois le départ *** et je n’ai pas trouvé l’amour ou si peu. The orgy priests exist in my skull Demain le retour and their frenzy tumult aux labeurs de toujours light up my dirty nights et la semaine à venir and all my traitors : couverte de cire wan profanations. et d’ammoniac écarlate. *** Les bougeoirs sont renversés Dirty area et la lumière morte obvious dampness dans la maison trop vide and sharp dreaming. cet appartement débridé, délaissé et sauvage. *** Une voix du nord, d’un pays glacé In the desert pour une musique chaude the lost sand grain une femme et le souvenir d’un amant sing the whistling choruses et d’un autre plus charmant of the hurt childhood and broken love des milliers d’autres alléchants in the wind. méchants. Les allumettes consumées dans le cendrier les verres de cola renversés la bière bue à la bouteille et le chat couché sur le sofa je veux éteindre la lumière et chanter les chansons d’hier ne plus écouter les mystères d’un somptueux et tendre hiver.

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The cola glasses are emptied on the tables and the beer dries up slowly the sofas are crowded with nostalgia and the ashtrays with black ends the ashes and dust on the floor the jolly carries on working warms up the dinning-room. In a month time the leaving and I didn’t find out love or just a little. Tomorrow the return to the ever lasting labours and the forthcoming week covered with wax and scarlet ammoniac. The candle holders are upside down and and the light’s dead in the over empty house this unbridled, left over and savage flat. A northern voice, from an iced land for a hot music a woman and the remembrance of a lover and of another one more charming a thousand of others appealing nasty. The matches are burnt in the ashtray the cola glasses are upside down the beer drunk from the bottle and the cat laid on the sofa I wanna turn the light off and sing yesterday’s songs not to listen anymore to the mysteries of a sumptuous and tender winter.

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Le livre sur la table encombrée à l’instar des canapés de nostalgies et d’images noires par la cendre et les mégots les lumières et la radio. Éteindre la lumière et dans le noir complet se souvenir des soirs où l’amour nous prenait comme on prend la défense de l’opprimé - par pitié comme on prend le train à la vitesse de l’éclair. Éponger la bière et le cola sur le sol collant. Fumer la dernière cigarette dans le noir et laisser les cendres s’envoler vers les lieux magiques de l’enfance bercée par le vent du nord et voir encore la mort surgir du néant de l’année passée. Courir dans les champs dans le foin et rêver des nuits édulcorées aujourd’hui connues et névrosées déprimées. Instants feutrés. Le coton et les pastels, les papillons, les fleurs et les marie-louises bleues mes yeux et le crayon dérobé après la conférence. De l’eau et les ciseaux plantés dans la chair. Les pull-overs à col roulé lavés dans la baignoire couleur cola brûlé et la bière noire pour la santé. La bière noire. Le cola à boire. Couleur de deuil. De désespoir.

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The book on the table crowded over with ash and ends the lights and radio just like the sofas are crowded with nostalgia and black pictures. To turn the light off and in complete darkness to remember of the evenings when love took us like you stick for the oppressed one by pity like you catch the train with the lightning speed. To mop the beer and the cola onto the sticky floor. To smoke the last cigarette in the darkness and let the ashes fly away to the magical childhood places rocked by the northern wind and to see death once more springing up from last year’s nothingness. To run across the fields in the hay and dream of these sweetened nights now known and neurotic depressed. Soft moments. The cotton and chalks, the butterflies, the flowers and the blue frames my eyes and the stolen pen after the conference. Water and the scissors stuck in the flesh. The roll-necked jumpers washed off in the burnt cola coloured tub and the black beer for strength. The black beer. The drinking cola. Colour of mourning. Of despair.

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Des journées à rebrousse poil dans la ville chaude mais le froid est présent et son chant fait scintiller les glaçons. Dormeur ton cœur n’est plus à moi je rêve de l’amour. *** Je n’ai pas fécondé Zelda son enfant n’était pas le mien peut-être celui d’un chien pékinois ou dalmatien. *** Dans les rues ensoleillées les ombres des passants hagards se dardent d’étoiles et nos pantalons sèchent. *** Le mur jaune est en sueur ma sœur. Toutes les nuits passés dans les bras du froid reviennent à moi tu n’as pas le droit de me voir pleurer ni toi ni aucun autre protégé par la loi des rois. Le mur jaune est en sueur ma sœur. Je revois Zelda protégée par mes bras mais mes bras ne veulent plus de ça tout mon corps n’accepte plus que la virilité des anges, de mes frères de joie. Le mur jaune est en sueur ma sœur.

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Days rubbing up the wrong way in the hot city but cold’s there and his song makes the ice cubes glimmer. Sleeper your heart’s not mine anymore I dream of love. *** I never fecundated Zelda her child wasn’t mine maybe a dog’s Pekinese or Dalmatian. *** In the sunny streets the passers-by’s shadows shoot themselves with stars and our trousers dry up. *** The yellow wall is sweating sister. All the nights spent in the cold’s arms come back to me you have no right to see me cry neither you nor anyone else protected by the kings’ law. The yellow wall is sweating sister. I see Zelda again protected by my arms but my arms don’t want that anymore all my body only accepts the angels’ & my joy brothers’ virility. The yellow wall is sweating sister.

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La lumière s’éteint sous tes seins blancs et mutins Sapho m’a hébergé Isis caressé l’homme m’a condamné. Le mur jaune est en sueur ma sœur. Et tandis que la bière s’évapore sur ton corps chaud la cigarette entre mes doigts continue de lentement se consumer. Le mur jaune est en sueur ma sœur. J’ai rêvé de la rousse j’ai rêvé de la berlinoise j’ai rêvé de celle qui chante synthétique j’ai touché les pierres du domaine conquis et reconquis je suis l’homme neutron rêvant de voyager à la même vitesse qu’un photon. Le mur jaune est en sueur ma sœur. J’ai du mal à imaginer la suite et ce que nos corps pourraient donner à ces nuits édulcorées. Le mur jaune est en sueur ma sœur. Dans ma prison dorée de l’or des oies collées au mur jaune dont je ne cesse de te parler à toi ma sœur, toi mon nain jaune. Le mur jaune est en sueur ma sœur.

The light fades away under your impish white breasts Sapho sheltered me Isis caressed me man has condemned me. The yellow wall is sweating sister. And while the beer evaporates onto your hot body the cigarette between my fingers carries on burning slowly. The yellow wall is sweating sister. I dreamt of the red-haired girl I dreamt of the Berliner one I dreamt of the one who sings synthetic I touched the stones of the kingdom conquered and conquered again I am the neutron-man dreaming of travelling at the same speed as a photon. The yellow wall is sweating sister. I feel unease to imagine the following and what our bodies could give to this sweetened nights. The yellow wall is sweating sister. In my jail golden with the gold of the gooses stuck onto the yellow wall which I keep talking of to you sister, you my yellow dwarf. The yellow wall is sweating sister.

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Et j’écoute encore la germanique excentrique hystérique le mur jaune est soigné ma fée. Le mur jaune est en sueur ma sœur. Si tu savais comme il est difficile de te savoir loin de mon regard loin de mes yeux. Le mur jaune est en sueur ma sœur. Tu as été Zelda dans un essai d’histoire un soir mais notre amour impossible a voulu bien vite que je te tue. Le mur jaune est en sueur ma sœur. Demain le mur jaune saignera et son venin rouge et brûlant sera bu par les chiens du roi du pays de mes rêves et des chants du malaise. Le mur jaune ma sœur me brisera le cœur. *** Les pantalons rayés n’ont plus leur place ici et l’été disparu ne reviendra jamais. Puisque la coupe est pleine les limites franchies les bornes dépassées et l’amour oublié ne plus avoir envie et ne plus rien savoir reste le mieux à faire.

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And I’m still listening to the German one out of tune hysterical the yellow wall is healed fairy. The yellow wall is sweating sister. If only you knew how hard it is to know you far from my look far from my eyes. The yellow wall is sweating sister. You were Zelda in a tentative of story one night but our impossible love asked quickly that I killed you. The yellow wall is sweating sister. Tomorrow the yellow wall will bleed and his red and burning venom shall be drink by the dogs of the king of my dreams and the unease songs country The yellow wall sister will break my heart. *** The stripped trousers have nothing to do here anymore and the lost summer will never come back. As long as the cup is full the limits crossed over the edges past farther and love forgotten not to want anymore and to know nothing more keeps being the best to do.

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Des cendres dans le cœur et un homme à côté la lune rousse dans la brousse

Ashes in the heart and a man aside the red moon in the bush

des larmes sur les draps et la rédemption du mouchoir blanc.

tears on the bed sheets and redemption of the white tissue.

Des yeux couleur d’opale et l’amour oublié le soleil rouge sur la vouge

Opaline coloured eyes and forgotten love the red sun on the blade

des gouttes de sueur sur ma vie perchée dans l’arbre. Hé ! cette vie est sauve fauve et tigresse née la brousse rousse la vouge rouge des larmes de sueur sur la rédemption du mouchoir blanc.

sweat drops on my life up in the tree. Hey ! this life’s safe beastly and natural born tigress the red bush the red blade sweat tears on redemption of the white tissue.

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ZELDA Dans la mansarde ténébreuse une fille nommée Zelda fille de Sapho nymphomane découvrit un soir l’amour noir brillant de l’éclat savoureux du jade profond de ses yeux Cassandre sans drap ni peignoir vint la caresser dans le noir brillant de l’éclat savoureux du jade profond de ses yeux Zelda, Cassandre et les démons les hommes bruns aux doigts si lourds brisèrent les portes si noires brillant de l’éclat somptueux du jade mignon de son jeu et le mystère irrésolu Zelda fut emporté le soir cloîtrée au fond d’un wagon noir bruyant et soustrayant le feu du jade profond de ses yeux.

ZELDA In the dark attic a girl named Zelda daughter of nymphomaniac Sapho discovered one night the black love shining with the tasty brightness of her eyes deep jasper Cassandre with no sheets nor bath dress came caress her in the dark shining with the tasty brightness of her eyes deep jasper Zelda, Cassandre and the demons the brown men with so thick fingers broke down the. Blackest door shining with the sumptuous brightness of her game pretty jasper and the mystery left undone Zelda was taken away the night locked up at the back of a black noisy wagon abstracting the fire of her eyes deep jasper.

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Mais avant que Zelda ne parte et que les ogres la dévorent son jeu saphique la brûla jusqu’à l’orgasme plus profond que le jade profond de ses yeux

But before Zelda went and the ogres wolfed her her Sapphic game burnt her up to the orgasm deeper than her eyes deep jasper

et je l’ai reconnue la belle lorsque croyant me divertir elle s’était faite princesse en priant Éros malheureux de connaître le noir torride et démoniaque de Cassandre refroidie par la face ronde le jade des pierres profondes

and I recognised the sweet heart when thinking she could emote me she had made herself a princess begging poor Eros to know the hot and demoniac black of Cassandre chilled down by the circle face the deep stones jasper

Zelda n’a pas voulu me dire que son envie et son sourire n’avaient de lien que la tulipe aussi noire que le plus noir jade profond de ses deux yeux

Zelda wanted not to tell me that her desire and smile were only linked by the tulip as black as the blackest deep jasper of both her eyes

son enfant naquit dans l’hiver je l’ai vu mourir dans ses bras tout comme après mourut sa mère son corps transi par le piquant de ce gel blanc, froid et mordant loin de la noirceur épatante du jade profond de ses yeux

her child was born in winter I saw it die in my arms just like her mother died later her body chilled by the prickly biting cold and white frost far away from the amazing blackness of her eyes deep jasper

je ne pense plus à Zelda Cassandre est partie l’an dernier rejoindre ses parents chéris dans le froid de la Sibérie je ne pense plus qu’à l’hiver à ces nuits sombres et cachées dans les yeux de jade profond de Zelda ma sœur bien aimée.

I think no more about Zelda Cassandre left last year gone to join her beloved parents in the cold Siberia I think no more about winter of these shadowy nights hidden in the deep jasper eyes of Zelda my beloved sister.

translated from French into English by Walter Ruhlmann

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NOTES LIBELLÉ n°78, juin 1998 7 rue Jules Dumien - 75020 Paris. France La revue est fidèle à elle-même et nous sert son lot de poètes tous aussi intéressants les uns que les autres. Malgré une habitude qui pourrait la mener à l’usure, elle sait rester séduisante et riche, sans doute grâce à son éditeur et ses chroniqueurs. Encore un très bon numéro. PPHOO!! revue animée par Pradip Chouduri – 1997/1998 Chez Frédéric Maire, 40 rue Gabriel Fauré - 33320 Eysines. France Un nouveau numéro que nous commente et conseille notre ami Frédéric Maire dans un courrier qui pourrait être qualifié de « publicitaire », mais ce serait plutôt péjoratif ; non ? Donc, nous vous conseillons à notre tour cette revue que vous pouvez commander à l’adresse mentionnée, en accompagnant votre commande d’un chèque de 75 FF. Merci pour eux ! TRACES Michel-François Lavaur - Sanguèze - 44330 Le Pallet. France J’aimerais m’arrêter ici quelques instants sur cet homme et son œuvre. Une œuvre réellement, pure sans artifice aucun, de la poésie indéniablement qui nous interpelle et nous chante tout ce qui gît en ce bas monde de vrai, d’imaginé, de comique comme de tragique, où l’humour côtoie le sérieux, depuis bientôt quarante ans (premier recueil TRACES : 1960). Cela fait un petit moment que je suis en contact avec MFL comme il se sigle lui-même, mais cela fait finalement peu de temps que j’ai plaisir à le suivre de plus près. Qu’en dire qu’il n’est déjà été dit ? Je ne sais pas... Il fait partie de ces poètes et animateurs de revues et éditions qui s’inscrivent dans leurs textes et les ouvrages qu’ils publient. Mais en plus de cela, MichelFrançois est illustrateur, et se dessine dans sa « fourbithèque » - comme il le note lui-même à chaque début de recueil et revue, ce sont des « tondi », des petits dessins dans un cercle qui nous sont familiers à tous. Et que ce soit au travers des deux derniers mini-recueils qu’il nous envoie (Tondi Lavaur, 1995, extraits de divers recueils, et Vue cavalière et coupe, 10ème série, juillet 1997) ou dans quelque autre ouvrage, Michel-François nous offre le plaisir d’une poésie nette et sans bavure, à hauteur d’homme et complètement ancrée dans son temps. LE MENSUEL LITTÉRAIRE ET POÉTIQUE, n° 261, juin 1998 Cité Fontainas, 8 - Boîte 43 - 1060 Bruxelles. Belgique Toujours rien sur Mauvaise Graine malgré nos rapports mensuels à propos du mensuel. Nous ne devons pas être à la hauteur de leurs articles fouillés. Patience, nous continuons de parler d’eux, en souhaitant vainement qu’ils nous rendent la balle un de ces quatre.

Walter

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MG SUR[f] LE WEB Le 9 avril 1998, il n’y a donc pas si longtemps, une vilaine araignée découvrait dans sa toile une petite graine dont elle ne savait pas encore ce qu’elle pourrait mettre au monde. La susdite araignée, pour causer comme M rgane, était déjà vilaine à plus d’un titre (pas Mrgane, l’araignée !) (quoique...). Dès sa naissance en effet, elle avait pris pour parti (parti pris, donc) d’héberger au pied (levé) et à l’œil tout corps étranger lui demandant l’hospitalité. Ce principe d’hospitalité sans contrepartie, sans même devoir coucher, et dont M. le directeur de la présente publication serait particulièrement inspiré de... s’inspirer ?, ce dit principe donc, participait pleinement de l’esprit des débuts du net : donner, échanger, parler, accueillir, très loin des jusqu’où irez-vous racoleurs et autres e-business. La petite araignée étendit tant sa toile qu’elle péta au nez de l’institution universitaire au creux de laquelle elle s’était tout d’abord ancrée. Mais courageusement, elle renaquit sans renâcler quelques longs mois plus tard sur son propre territoire : www.mygale.org. Bon, arrêtez de me couper dans mon histoire, vous m’éloignez du sujet ! Je disais donc que le 9 avril dernier, Mygale accueillait sur sa toile une graine stridente comme celle du petit Belin (non Walter, je ne sais pas s’il est à croquer). Pour tous ceux qui n’ont pas eu encore la chance de surfer sur la toile, je m’en vas donc à c’t’heure vous dire à quoi ressemble c’te fichue affaire de site ouaibe ! (Je vais vous parler comme si je parlais à Mrgane, comme ça je suis sûr que tout le monde comprendra.) Donnez à votre navigateur l’adresse de la graine : www.mygale.org/~mgraine Vous débarquez alors sur une page avec un chat dingue qui tourne en orbite autour de la lune et qui a l’air de trouver ça drôle ; imaginez le tableau... Cette première page vous apprend que votre hôte est une certaine Mauvaise Graine, revue bilingue de littérature, et vous invite à découvrir son numéro mensuel, ainsi que les 6 derniers, dans lesquels on peut lire, en français comme en anglais, des extraits des textes publiés. En surfant (c’est-à-dire en cliquant sur le mot ou l’image qui vous intéresse), vous apprendrez également qui sont Craig Mrgane Walter et Bruno, vous mouillerez devant leurs plastiques délicates et vous comprendrez enfin ce que signifie l’expression voir Mrgane et mourir... D’autres pages bien plus édifiantes, encore que pas totalement terminées, vous dévoileront qui sont les auteurs publiés dans Mauvaise Graine. Enfin, vous pourrez proposer vos propres textes ou/et apprendre comment vous abonner. Le site de MG s’enrichit chaque mois, ne serait-ce que par la présentation du nouveau numéro. Et puis la présentation des liens de MG est à l’étude, c’est-àdire les sites dont MG a parlé, notamment dans la présente chronique, qui ne saurait se terminer sans évoquer une inquiétude grandissante de la rédaction : comment parlera-t-on de Mrgane, et donc de MG, sur Internet en septembre prochain sans risquer la censure, voire la morsure de Mygale ? Affaire à suivre...

The 9th of April 1998, not so long ago indeed, an ugly spider found a tiny grain in its web ; it didn’t know yet what it could give birth to. The foresaid spider - to talk like M rgane - was already ugly on several accounts (not Mrgane, the spider) (yet...). As soon as it was born, indeed, it had took side on (prejudice matter thus) sheltering at a moment and for free all foreign bodies begging for hospitality. This hospitality principle with no counter part, not even need to sleep, and whose Mr director of the present publication should be particularly advised... to get pieces of advice of ?, This foresaid principle so, was deep in the spirit of the net beginnings : give, exchange, talk, greet, far from the enticing where will you go up to ? and other e-business. The tiny spider so much spread its web that it blew off at the face of the university institution in the womb of which it had taken grip in at the very beginning. But, courageously, it was born again uncomplainingly on its own territory : www.mygale.org Well, stop cutting me in my story, you make me going far from the subject ! I was telling that last 9 th of April, Mygale greeted on its web a grain as screeching as little Belin’s (no, Walter, I don’t know if he looks good enough to eat). For all those who haven’t had the luck to surf on the web yet, I going so tel’ by now you what this damn waib case look like ! (I’m going to talk to you as when I talk to Mrgane, so everybody understands). Give your navigator the seed address : www.mygale.org/~mgraine You land on a page with a clumsy cat who is in orbit around the moon and seems to enjoy that ; can you figure it out... ? This first page tells you your host is some Mauvaise Graine, bilingual and monthly magazine, and invites you to discover its monthly issue, so that the last six issues, in which you can read excerpts from the texts published both in English and French. Surfing (i.e. clicking on the word or picture that interest you), you’ll also know who are Craig, Mrgane, Walter and Bruno, you’ll get wet seeing their delicate plastic and understand what means see Morgane and die... Other pages much more edifying, yet not quite finished, will unveiled the authors published in Mauvaise Graine. At last, you could submit your texts and/or learn how subscribe. MG site gets richer every month , only it be with the introduction of the new monthly issue. And the presentation of the MG links is on the board, it is to say the sites MG talks of, notably in the present chronicle, which couldn’t end without underlining a certain growing anxiety of the redaction team : how will Mrgane and MG be talked of on the Internet next September without risking the censor, or even the bite of Mygale ? To be continued...

Brun 

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LES BONS TUYAUX DE MG

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LE MOIS PROCHAIN DANS MAUVAISEGRAINE VINCENT LAURENT AVEC

AINSI TOUT RECOMMENCE (RECUEILDE POÈMES REMARQUÉ LORS DU PRIX PRESS-STANCES 1997) MAUVAISE GRAINE - REVUE MENSUELLE ET BILINGUE DE LITTÉRATURE TENDANCE UNDERGROUND - N°24 JUILLET1998 - ISSN :1365 5418 - DÉPÔT LÉGAL :À PARUTION - IMPRIMERIESPÉCIALE DIRECTEUR DE LA PUBLICATION:WALTER RUHLMANN - ASSISTÉDE MRGANE ET DE BRUNO BERNARD ABONNEMENT POUR UN AN (12 NUMÉROS) FRANCE :150 FF - ÉTRANGER :200 FF INDIVIDUELLEMENT,LE NUMÉRO FRANCE : 15 FF - ÉTRANGER : 20 FF RÈGLEMENT PAR CHÈQUE OU MANDAT POUR LA FRANCE PAR MANDAT INTERNATIONALPOUR L’ÉTRANGER

© MAUVAISEGRAINE & LES AUTEURS,JUILLET1998 ADRESSE E-MAIL SUR LE WEB

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