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me rende compte qu’ils accepteraient de me payer des centaines pour une nuit, sans aucune gêne . C’était certainement une meilleure rémunération qu’au McDo. Je ne sors plus des masses aujourd’ hui. Le seul contact que je puisse avoir avec autrui est bien ici, juste devant ce bar. Je me souviens d’avoir entendu une conversation, il y a quelques temps : un couple de garçons discutaient pour savoir si l’homosexualité est, laissez voir si je me souviens des termes exacts, génétique ou due au milieu. Les sujets de conversation ont certainement changé depuis ma jeunesse. Je me souviens d’avoir ri et pensé : « et bien, vous ne trouveriez pas plus hétérosexuel que mon père. » Mais en y songeant, avec le recul, comment mon milieu aurait pu faire de moi un homo ? Je ne savais pas ce que « gai » signifiait et je l’imaginais seul dans mon coin. Je n’avais aucun modèle sur lequel copier mon comportement ou justifier mes agissements, autant que j’aurais pu agir alors. Quel que soit la raison pour laquelle je suis homo, elle vient du tréfonds de moi-même. Regardez par exemple, ce type qui vient de partir avec Tom, je suis d’une petite ville moi aussi, et je les connais bien ces types là. Je suis sûr que que s’il avait eu le choix, il serait encore chez lui en train de se taper une pompom girl. Cependant, il est ici et fait ce qui lui plaît... ce qu’il a à faire. Ne le sommes-nous pas tous ? SCÈNE 9 : NOCES DE PAS GRAND’ CHOSE. (Le bar. Tom entre.) TOM : Hé Dick, on en est à combien ? DICK : Comme la semaine dernière. Où étais-tu passé ? TOM : (s’asseoie). Dans le coin. Occupé. DICK : Tu m’étonnes. Je n’ai pas vu... comment c’est déjà, Harry ? ... depuis une semaine non plus. TOM : Quelle coïncidence. DICK : Coïncidence mon cul. TOM : Arrête ! (Harry entre). Tiens, quand on parle du loup. HARRY : Salut Tom (il l’embrasse). Salut Dick (il s’asseoie). DICK : Tom m’a annoncé la bonne nouvelle. Félicitations. HARRY : Merci. Ça m’en enlève de sur la patate. TOM : Ce n’est pas de cette façon que j’aurais dit ça, mais on se comprend. HARRY : Je n’ai plus à me soucier de savoir que dire à maman quand elle m’appele tous les jours pour savoir où en sont mes recherches. TOM : Ta maman ? HARRY : Oui. Eh, attend. Comment le savais-tu ? TOM : Comment ça comment le savais-je ? J’étais là si tu n’as pas remarqué ? HARRY : Où ? TOM : Au lit ! Juste à côté, au-dessus, en dessous, derrière, ou à un angle de 90° par rapport à toi. HARRY : Au lit ? Ça s’est passé sur le port ! TOM : Le port ? DICK : Qu’est-ce qui s’est passé sur le port ? HARRY : J’ai trouvé du boulot. DICK : Je suis heureux qu’on se soit mis sur la même longueur d’ondes. TOM : Tu as du boulot ? HARRY : Oui. A quoi tu pensais ? TOM : Quel genre de boulot ? HARRY : Je conduis un chariot élévateur. Pour décharger les bateaux, ces trucs là. TOM : Boulot macho.

HARRY : Ben, c’est un boulot. Peut-être que maintenent je vais pouvoir songer à déménager du Y.M.C.A. et trouver une piaule. TOM : Mon petit ami, conducteur de transpalette. Ça prendra du temps avant que je m’y habitue. DICK : C’est beaucoup moins prestigieux que vendeur de disques. TOM : CD, Dick. Personne n’a vendu de disque depuis des années. Qu’est-ce que tu as fait ces derniers temps ? DICK : J’étais occupé (à Harry). C’est bien payé ? HARRY : Pas trop mal. TOM : Joyeux anniversaire au fait. HARRY : Quoi ? TOM : Nous nous fréquentons régulièrement depuis une semaine. Ne me dis pas que tu as oublié. HARRY : Je ne suis pas bon pour ces trucs là. DICK : C’est la première fois que vous fêtez ça ? HARRY : (en même temps que Tom) Non. TOM (en même temps que Harry) Oui. HARRY : ... c’est la première fois avec un garçon. TOM : C’est sa première fois. Et bien, Harry, j’ai dépensé mon salaire pour acheter une bouteille de champagne formidablement chère ; alors que dirais-tu de rentrer et d’aller la boire ? HARRY : Ben, est-ce qu’on ne pourrait pas faire autre chose pour changer ? TOM : Quoi d’autre ? HARRY : Mon nouvel employeur avait deux entrées pour aller voir un match de base ball ce soir et il ne pouvait pas y aller, alors il me les a donné. TOM : Un match de base ball ? HARRY : Oui. C’est dans les gradins, mais ce peut être drôle. DICK : Ne me dis pas que tu n’es jamais allé à un match de base ball. TOM : J’avais autre chose à faire. Comme si tu avais déjà vu un match toi. DICK : Je suis allé en voir un il y a à peu près dix ans. Je ne me souviens plus qui jouait. L’équipe locale, quelle qu’elle soit. TOM : (à Harry) Dis-moi que tu plaisantes. HARRY : Allez, ce sera drôle. Une nouvelle expèrience. TOM : Ce n’est pas parce que tu en a vécu une cette semaine que je dois moi aussi me jeter à l’eau. DICK : Ne critique pas avant d’avoir essayé, Tom. Vous devriez tous être d’accord là-dessus ici. TOM : (silence) Bon... d’accord, si tu insistes, j’irai. (A Dick) Tu vois comme je suis arrangeant. DICK : Il est arrangeant, Harry ? HARRY : Il l’est certainement. TOM : Et de plus d’une manière (Harry et Tom sortent.) SCÈNE 10 : EMMÈNE-MOI AU MATCH. (Dans le noir, on entend la voix d’un présentateur sportif de télé). LA VOIX : C’est la fin du neuvième tour de batte, le score est serré et Gonzalez tient la batte avec trois balles et deux coups. Il frappe et... Wahoo ! Il a certainement obtenu quelque chose de cellelà. Elle vole, elle vole, et fini ! pour le neuvième tour de circuit de Gonzalez cette saison... Il y a un admirateur chanceux dans les gradins, félicité par sa petite amie... euh ! non, ce n’est pas sa petite amie... et bien voyons les résultats de l’American League aujourd’hui. (Harry et Tom entrent dans l’appartement de Tom qui rapporte tout un attirail ridicule d’objets en rapport avec le match, y compris la balle qu’il a attrapée).

TOM : Attends que je raconte à Dick comment j’ai attrapé cette balle. Il ne le croira jamais. HARRY : Je n’arrive toujours pas à croire que nous soyons sortis de ces gradins vivants. TOM : Bah ! Ces estomacs pleins de bière étaient trop saouls pour se tenir debout. HARRY : C’est pareil, ils n’ont pas trop apprécié notre petite célébration. TOM : Je dois dire que c’est la première fois que j’ai été embrassé sur une chaîne de télé nationale. HARRY : Merde, j’espère que papa ne regardait pas le match. TOM : J’espère que personne ne regardait. Je n’y survivrai jamais. Imagine, moi, à un match de base-ball. HARRY : Arrête, tu as aimé ça. TOM : J’étais heureux d’être avec toi. HARRY : Lequel d’entre nous a gigoté en criant « Hé batteur, batteur, batteur ! » TOM : J’admets avoir été un peu entraîné par l’ambiance. HARRY : Tu t’es amusé, Tom, admets-le. TOM : D’accord, d’accord, j’ai vraiment pris mon pied. Satisfait ? HARRY : Presque. (Il l’attrape et l’embrasse.) TOM : Satisfait maintenant ? HARRY : On s’en approche (Il l’embrasse à nouveau). Joyeux anniversaire. (Il essaie de se dégager). TOM (le rattrape) : Attends un peu, je n’en ai pas encore fini avec toi. SCÈNE 11 : LA RECHERCHE. (Le bar. Harry entre.) HARRY : Salut Dick. DICK : Quoi de neuf Harry ? HARRY : Pas grand-chose malheureusement. On penserait que dans une ville aussi imposante, il existe au-moins un appartement convenable. DICK :Ta chasse n’a rien donné. HARRY : Non ! Écoute, est-ce que je peux utiliser ton téléphone ? Il me reste un numéro à appeler. DICK : Pas de problème. (Harry passe derrière le comptoir pour téléphoner. Dick passe devant pour le nettoyer. Tom entre.) TOM :Salut Dick. On en est à combien ? DICK : Deux cent cinquante. C’est une bonne semaine. HARRY (raccroche) : Ça sonne occupé depuis le début de la semaine. Salut Tom. TOM : Salut Harry. Je ne t’avais pas vu là derrière. Comment se sont passées tes recherches ? HARRY : Horrible ! J’ai essayé tous les numéros dans les petites annonces et les appartements proposés sont tous soit trop chers, soit délabrés, soit les deux. TOM : J’ai pensé à toi aujourd’hui. HARRY : Ben, c’est sympa à entendre. TOM : Je veux dire, à notre situation. Et il m’est venu une idée... HARRY : Laquelle ? TOM : Viens t’installer chez moi. HARRY : Zut ! Tom, je n’en sais rien... TOM (surpris) : Pourquoi pas ? HARRY :Nous ne nous connaissons que depuis un mois. TOM : Disons que c’est temporaire en attendant que tu trouves quelque chose. Au moins tu pourras quitter le Y.M.C.A. HARRY : Bon... TOM : En plus, ce ne sera pas un déménagement difficile. Tu n’as pas de meuble et la quasi totalité de ton linge se trouve chez moi. (à Dick :) La

Mauvaise graine # 19  

February 1998 issue

Mauvaise graine # 19  

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