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Edito Vous savez quoi ? - quoi ? eh bien c’est déjà le numéro 5 de Mauvaise Graine, le dernier de l’année et celui d’un cycle : celui de la mise en route d’une revue. Mauvaise Graine va changer, mais je vous en dit et vous en demande plus dans la lettre... CE 5ème numéro, il fallait qu’il soit : après plus d’un an passé en Grande-Bretagne, je me devais de m’intéresser à la poésie britannique contemporaine. Vous allez donc retrouver CE mois-ci des auteurs notoires que vous ne connaissez sans doute pas cependant. J’ai séléctionné un échantillon d’auteurs en accord parfait avec CE que j’appelle la poésie contemporaine : libre, d’un mysticisme illusoire et en plein dans son temps. Mais avant, je voudrais évoquer celui qui, au XVIIIème siècle, avait déjà compris et annoncé cette même poésie : William Blake. Passage en revue William Blake Cet auteur dont je suis fervent admirateur, je ne l’ai jamais connu ; et pour cause : il est mort il y a bientôt deux siècles. Auteur et illustrateur rebelle et d’avant-garde, William Blake, à l’instar de Poe aux États-Unis, et Baudelaire en France, au XIXème siècle, a su annoncer, un siècle avant ces derniers, les prémices de la poésie contemporaine. En lutte contre les tyrannies, hanté par le mysticisme chrétien dont il se servait pour mieux en rire. Baudelaire écrivit Les litanies de Satan dans Les fleurs du mal. Blake, lui, maria l’Enfer et le Paradis, The marriage of Heaven and Hell, en 1790 ; sans doute pour rappeler qu’un mariage n’est qu’une longue destruction de l’autre. Blake avait au début de sa carrière littéraire écrit des vers quelque peu naïfs (The Tyger, The Little Black Boy...) regroupés sous le titre de Song of Innocence, mais il a vite appris le monde et ses cruautés - comme par exemple la Révolution française, en laquelle il avait mis tous ses espoirs et par laquelle il a été fort déçu, la voyant se terminer en bain de sang inutile et dérisoire. Blake est un auteur que vous devez connaître si ce n’est déjà le cas, il vous fera parcourir des lieues de rêves et de réalité dépassée. Romantique de la première heure, il a su se trouver un public fidèle ; il lui aura fallu du temps ; il était trop vrai pour celui de son époque.

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Trouville Monet caught them in bathing suits usefully striped for the emblazoning of paint’s permanence on those soon past this kind of lolling, those shrieks into sea. Now it’s more Gauguin than Monet here : an Ambre-Solairing of breasts that men try not to watch too obviously as if afraid of Paradise. Trouville Monet les a peintes en maillots utilement rayés pour les louanges de la constance de la peinture envers ces proches passés cette sorte de prélassement, ces fous rires en mer. Aujourd’hui, c’est plus du Gauguin que du Monnet ici : un Ambre-Solaire de poitrines que les hommes essaient de ne pas regarder trop intensément comme effrayés du paradis. Adam Thorpe, Meeting Montaigne, seeker & Warburg, 1990. Trevor He looks like Ryan from Ryan and Ronnie. A sad singer with fiddle shape face telling uproarious stories. What dark histories of other people’s past are lurking in that phizog, hundred of years of hill living made the shadow that he stands in. He carries the mountains on his back. trevor Il ressemble au Ryan de Ryan et Ronnie. Un chanteur triste avec un visage en forme de crin-crin racontant des histoires hilarantes. Quelles sombres histoires du passé d’autres gens se tapissent dans cette bouille, des centaines d’années à vivre au sommet ont construit l’ombre dans laquelle il se tient. Il porte les montagnes sur son dos.

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Queen of the Night A packed house trembles as the queen incants, a rising viper with her peacocks fans. Her fluid body is both witch and weather, beast and butterfly, a face of squalls. We dare not breathe the air her voice has lacerated nor touch her singeing limbs. Moth in the light, wax candle, mother, moon, I see you wandering the universe like a deserted wife, a single, white despair. La reine de la nuit Une maison pleine vibre alors que la reine incante, une vipère s’élève avec ses éventails en plume de paon. Son corps fluide est à la fois sorcière et climat, bête et papillon, un visage de rafale. Nous n’osons pas respirer l’air que sa voix a lacéré ni toucher ses membres roussis. Papillon de nuit dans la lumière, bougie de cire, mère, lune, je te vois errer dans l’univers comme une épouse délaissée un simple désespoir blanc. Janet Walker, Tranlucent Silks, Envoi Poet, 1991.

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The Trouble with André. Some people say he has a death wish trouble is he tends to agree let’s not ask so many question it’s nothing to do with you or me he remembers a time when even going home was sweet now he can’t feel the ground under his feet and she said the trouble with André is he thinks he hides everything but I know the trouble with André is he’s a liar inside the dresser by the table something he keeps beside the bed living with André can’t be easy some things are better left unsaid he remembers a time before the water got so deep when he found it easier to sleep. Certains disent qu’il veut mourir le problème est qu’il est d’accord ne posons pas tant de questions ça n’a rien à voir avec toi ou moi il se souvient du temps où même rentrer chez lui était sympathique aujourd’hui il ne sent plus le sol sous ses pieds et elle dit que le problème d’André c’est qu’il pense tout cacher mais je sais que le problème d’André c’est qu’il ment dans l’armoire près de la table quelque chose qu’il garde à côté du lit vivre avec André ne peut être facile certaines choses valent mieux d’être tues il se souvient du temps avant que l’eau ne soit si profonde lorsqu’il trouvait ça plus facile à arranger. Shakespeare's Sisters, Hormonally Yours.

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Avis sur les parutions. Rimbaud revue n°8 et 9 octobre 1996. Samuel Bréjar B.P. 49 22130 Plancoët. France. Pour une revue, c’est une revue : semestrielle, éclectique et de haute qualité, des auteurs suffisamment connus pour éveiller en nous des souvenirs et faire vibrer notre plume. Cette revue se veut cosmopolite, et en entend parler, car elle y parvient. Un chef-d’œuvre accompagné de son supplément « en español » Revista Sur. Ça m’a plu, ça devrait vous plaire. En tout cas, j’espère que ça ne vous laissera pas indifférent. L’arme de l’écriture 3ème trimestre 1996 Jean-Luc Lamouillé 97, galerie de L'arlequin 38100 Grenoble. France. Lettre poétique à thème dans laquelle il fait bon se plonger. Un travail fini que personnellement, j’envie. Un autre serait peut-être à réaliser au niveau illustration ? Inédit nouveau n°105 octobre 1996 Paul Van Melle 11, avenue du chant d’oiseaux 1310 la hulpe Belgique. « Peut-être au même titre que le beaujolais est nouveau ?* » ecrivais-je à Paul van melle dont j’attends la réponse. Aller ! Je l’adore votre revue et vous la menez si bien. (avis aux oenologues !) Axolotl n°11 automne 1996. Jean Grin Miremont 8 1009 Pully. Suisse. Toujours intéressante, rarement décevante, revue sympathique qui, CE trimestre, donne son espace à Einoël Rey... Heureusement, on retrouve également dans CE numéro de quoi se réjouir avec les Burri (mère et fils) et benjamin Dolhinger. Merci à eux et à Jean grin. Ce temps d’été qui te ressemble. Julien Burri. Éditions Press-stances, 1996. Je faisais à l’instant allusion à Julien Burri, qui vient donc de publier son premier recueil et qui avait son numéro de MG le mois dernier. Je vous l’avais dit - enfin si vous l’avez lu - CE recueil est épatant. D’abord l’objet l’est, car comme le notait si bien Jean Grin dans son dernier Axolotl Frédéric Maire - éditeur et imprimeur « fait un travail d’orfèvre ». Et puis les mots, si vrais, et dépassant la réalité même, pour nous mener là où bon l’auteur lui semble et c’est à ravir. Un voyage vers le paradis de Julien Burri dont beaucoup d’auteurs devraient prendre des leçons. « Après un effort considérable/ J’ouvre les yeux... ». N’est-ce pas en ouvrant les yeux qu’on arrive à voir jusqu’aux tréfonds de soi même.

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A paraître en février 1997, Rex & le cyclope Mauvaise graine n°1 . Revue mensuelle de poésie . Prix au numéro : 12FF. Abonnement pour un an (12n°) 100FF. Directeur de la publication : Walter Ruhlmann. Imprimerie spéciale. ISSN : 1365-5418 ; Dépôt légal : août 1996 ; Adresses : mgversion2datura.blogspot.fr | mgversion2datura@gmail.com Illustrations et graphismes : Craig McCafferty ; Traductions et compositions : Walter Ruhlmann ; © Mauvaise graine et les auteurs, août 1996 .

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