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Edito. Pourquoi une vache ? Me demanderez-vous... parce que j’ai la nostalgie du temps où, en me réveillant, j’en découvrais une dans le jardin de la maison de mes parents. Et puis je pense à toutes celles que les inquisiteurs de Bruxelles ont dû envoyer à la crémation et auxquelles les industriels de l’aliment animalier, un peu trop attiré par le « bénéfice argenté », eux aussi, ont donné la mort à manger. Mais quelle idée aussi de servir des extraits de viande animale à des ruminants ! Alors bon, passons encore une fois l’éponge sur l’erreur trop souvent et trop facilement humaine qui nous coûtera un jour la vie à tous et lisons ! Oui ! Lisons encore et toujours de la poésie et tentons de retrouver cette joie de vivre que beaucoup ont déjà perdue. Et moi, je finis mon paquet de chips arôme bœuf grillé...

PASSAGE EN REVUE. Frédéric Maire . Il aurait été ingrat de ma part de ne pas rendre l’hommage qu’il se doit à mon ami, correspondant et éditeur Frédéric Maire. Animateur de la revue et des éditions Press-Stances, depuis septembre 1994. Il a à son actif deux anthologies et bientôt six recueils d’auteurs publiés à compte d’éditeur, son cheval de bataille. Mais Frédéric est aussi l’auteur de deux adorables recueils : CHRISTELLE et NAUFRAGE SUR L’INSATIABLE (EDITINTER éditions). Sa revue est devenue une valeur sûre dans le microcosme poétique et s’il est dit impulsif et susceptible comme il l’écrit lui-même - dans l’édito du n°6 - ce qui, ma foi, n’est pas tout à fait faux - c’est surtout un garçon attachant, plein de bonté, travailleur et acharné, têtu, ce qui en ce bas monde est une véritable qualité, et qui en l’espace de si peu de temps a su s’entourer de grands noms de la poésie. Il nous donnait le ton dans ce même n°6 : « soyons authentiques » ; il a su le rester ; merci Frédéric.

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J’envie l’hévéa qui pleure d’une sève digne mais regrette l’impulsion de mes doigts, au spectacle de l’écorce lacérée. Hévéa, tu me comprends, je suis confondu de honte et d’extase amoureuse car nourrice. Tu sécrètes le pardon. Je crois avoir péché par amour. Quelle mascarade la décence lorsque le cœur s’élance. Je crois que j’ai dit oui, pardonne moi une dernière fois. Frédéric Maire

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La semaine dernière. Elle était nue à part son Ceinturon, son étui, son six-coups Et le cognac Quelle s’était étalé sur les cuisses Elle me chevauchait Et exigeait que je tire un coup Qui résonnerait comme le tonnerre sur la prairie Pourchassés par un gang fantôme Cuisses de cognac frémissantes Galopant Le six-coups brillant au soleil Nue Elle me chevauchait Comme le tonnerre Elle ne s’arrêtait pas pour recharger Pourchassés par un gang fantôme. Erich von Neff

Pieuvres de Gengis Khan Le soir revient tous les samedis Derrière les cloches qui sonnent l’angélus Quelqu’un attend le petit poucet avec un nerf de bœuf et un fusil à pompe et un four nucléaire Tous les samedis le soir revient et retourne Le Grand attend le lendemain Demain la tortue avancera d’un cran avec ses pattes maladroites Sa tête pointue Gengis Khan sortira de sa boîte à ressorts le yatagan entre les dents les yeux en cœur Et la porte du bal s’ouvrira. Gérard Lemaire

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... La forêt s’ouvre sur une clairière. Ils ont marché à peine quelques minutes. Le dernier arbre avant cette place ouverte sur le ciel. L’homme va s’y appuyer. Une mise en scène de forces, de sensations. Il demande : - Caresse-moi, comme un cri. Comme une trace à laisser ici. Comme un besoin ultime de s’abandonner à ce qu’il allait quitter. Un désir étrange presque une fascination, une folie, une certitude pour sa mémoire. Elle comprend cet appel. Elle l’a provoqué comme pour distiller son âme. Ses mains vont redevenir utiles. Elles amènent l’homme là où il le désire. Sur cet obélisque qui se lève immensément. Décidé, déraisonnable. Qui peut se disperser dans toutes les énergies et les caresses. Alors, elle ressent en elle une vague de froideur. Comme il existe des vagues de chaleur ou de colère. C’est sa passion qui donne cette froideur à la femme. L’arbre est le soutien de leur tension à eux deux. Ils refont une forêt différente. Ils tombent assis sur un lit primitif. Feuilles et terre mêlées à leur peau. Laurence Burri. Extrait du poème MOVIE.

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Supplique L’abeille butine, la ruche bourdonne. Elle mutine, l’armée cacophone. Abeille solitaire, abandonnée, apprends à fredonner, laisse l’usine s’encrasser. Ma sœur, je t’en supplie, deviens musicienne, arlésienne, renais artiste, mélodiste. Abandonnes les sombres chants aux automnes précoces. Ouvrière, oserais-tu, pour moi, te penser libre ? Jean-Luc Lamouillé

Tu cherches dans les rues l’or d’un paradis perdu et sur la moquette grise les traces de sang et de vomissures sèchent sous le vent marin et ton haleine tuberculeuse. Walter Ruhlmann Extrait de Les chants du malaise

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Avis sur les parutions Chaman ou l'homme nu. Ray Cosperec. éditions Echo Optique, 1996 Mots tendresses ou mots terribles, de toute façon mots humains et qui nous offrent une œuvre de chaleur, de naturel et de beauté pure. Instants feutrés. Marie-Josée Viseur. éditions Press-Stances, 1996. J’ai un peu de mal avec les aïeux de la poésie, mais là, je m’incline. Une dame de 91 ans nous dorlote de ses mots de jeunette. Paroles de vingt ans pour une grande dame de la poésie qui revoit son passé chaleureux et n’attend du futur qu’une paix méritée. Poétic 7. Georges Piou. 194, rue M . Jouaud, 44400 Rezé. France. J’ai beaucoup de sympathie et de respect pour l’homme et son œuvre : quelqu’un qui gagne à être connu. Mais de quelle façon cette revue est anticonformiste avec tous ces poèmes de forme classique et parfois un peu lourds. L’arme de l’écriture. Jean Luc Lamouillé. 97, galerie de l’Arlequin, 38100 Grenoble. France. Je n’ai en ma possession que les deux dernières issues de cette lettre poétique et pourtant je sais que Jean-Luc Lamouillé a du mérite et beaucoup de talent. Bravo ! (bis repetita) pour le prix de l’éditorial décerné par Les Amis de la Poésie et récompense à juste titre ce poète et revuiste que j’ai aimé à découvrir. Florilège n°83, juin 1996. Stéphen Blanchard. B.P. 65. 21021 Dijon. France. Revue qui coûte chère - selon une désagréable lettre de son directeur - « fair enough »1 Des textes gentils, d’autres un peu moins. De très bonnes illustrations, mais en tout, rien d’extraordinaire : pas insipides mais on fait mieux ailleurs pour moins onéreux.

1 Pour les lecteurs qui prennent le train en route, « fair enough », ça voudrait dire, en français, pourquoi pas...

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Mauvaise graine n°2 . Revue mensuelle de poésie . Prix au numéro : 12FF. Abonnement pour un an (12n°) 100FF. Directeur de la publication : Walter Ruhlmann. Imprimerie spéciale. ISSN : 1365-5418 Dépôt légal : septembre 1996 Adresses : mgversion2datura.blogspot.fr | mgversion2datura@gmail.com Illustrations et graphismes : Craig McCafferty Traductions et compositions : Walter Ruhlmann © Mauvaise graine et les auteurs, septembre 1996

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