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Une équipe de fer La municipalité et l’association d’économie solidaire Centremploi ont créé l’atelier chantier d’insertion « Ligne de Faire ». Sa mission ? Réaliser un livre sur Miramas. Deux spécialistes de l’infographie et du texte encadrent une équipe de rédacteurs, de maquettistes, de photographes et de secrétaires. Dans la diversité de leurs approches et de leurs sensibilités, ils réfléchissent à une vision rafraîchissante d’un Miramas en évolution, qui se transforme et nous transforme. Jouant avec les mots et avec les images, le groupe utilise ses compétences complémentaires au service d’une œuvre collective. Portant un regard professionnel sur leur ville, ils redécouvrent et dévoilent Miramas sous un jour inattendu.

Photographies Françoise Le Carrour, Jessica Miletto, Sébastien Touvet, Vincent Xeridat C on c e p tion g raphique Samy Bentaybi, Pierre Bernardini, Olivier Oscul, Matthieu Riviere, Fehmi Sarac, Audrey Zizzo Rédaction Carole Auriol, Myriam Barbadault, Loïc Coraci, Corinne Dynoski, Didier Foin, Melissa Jouglet, Sylvain Lisowsky, Annick Massart-Campros, Anaïs Petegnief, Denis Serba Secrétariat Valérie Deplanque

Sous la direction de Myriam Léon, Guillaume Meiser Accompagnement socio-professionnel Frédérique Dalzon, Gilles Gruda, Chloé Maillard

ISBN XXX-X-XXXXXXX-X-X © éditions Tourne la Page Association Centremploi 43 rue Felix Pyat 13300 Salon de Provence Tél : 04 90 53 47 39 www.gdid-asso.fr Tous droits réservés


Préface p.7 Introduction p.9 Miramas, fille du rail p.11 L’irréductible Miramas le vieux p.19 Du fer au vert p.25 Chemins de traverses p.35 Des machines à remonter le temps p.41 La culture partout, pour tous p.47 Du lien à travers les Mailles p.55 Attention au départ p.65 Clésud : clef des projets p.75 L’échappée belle p.81 Remerciements p.91


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’est Miramas dans tous ses états que nous offre l’équipe de « Ligne de Faire ». Leur ouvrage est comme un album photo ou un carnet de croquis ! Des instantanés de vie, quelque chose qui parle à l’âme... Salariés en insertion, les femmes et les hommes qui ont réalisé ce livre ont su, malgré leur peu d’expérience en communication, recueillir avec délicatesse l’essence intime de notre communauté. On est interpellé par les images, les musiques, les parfums, les anecdotes récoltées à la volée et triées sur le papier avec une fraîcheur et un humour volontaires et salutaires. Nos écrivains, photographes et graphistes ont su sentir Miramas

compensant le manque de pratique par une curiosité bienveillante, un esprit collectif et des échanges productifs. En les lisant, on ressent intuitivement ce qu’est vraiment notre ville : un creuset pour les vies qui font sa richesse. Une ville de contrastes ; de cultures ; de rencontres et de partages. Une ville où l’on arrive en pensant parfois à un départ prochain et où l’on demeure avec bonheur. Ici, la Provence a épousé le Monde, la Tradition s’unit au Progrès, la Nature et les Hommes se raccommodent. Ici, les contraires se frottent sans cesse mais finissent par se rassembler. Tout n’est pas rose à Miramas,

loin s’en faut. Mais l’humanité et la solidarité ont le plus souvent le dernier mot. De solides bases pour faire face aux aléas de la vie… Comme le dit l’un des personnages : « Pas de problèmes, que des solutions ». Ce pourrait être un slogan pour notre ville. Nul doute que nos salariés, au sortir de ce travail de professionnels, partiront riches de quelques belles armes pour se mettre sur de bons rails. Et merci à eux de ce qu’ils nous ont dévoilé de nous-même.

Frédéric vigouroux Maire de Miramas Conseiller Général


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e l’oppidum de 500 villageois à la commune de 25000 habitants, que de chemin parcouru  ! Cet ouvrage vise à faire découvrir Miramas hors des idées préconçues. Valorisant un savoir-vivre s’appuyant sur un savoir-faire, les différentes facettes abordées révèlent la complexité d’une ville, ses transformations surprenantes, ses trésors cachés et ses paradoxes. Chargée d’histoire autour du rail, Miramas jouit d’une situation centrale dans la plaine de la Crau qui lui a valu de devenir un nœud stratégique du chemin de fer, une aubaine pour découvrir la Provence dans toute sa diversité. Le train a fait son chemin entrainant la

ville sur une voie où l’engagement de l’homme est au cœur du développement. Social, culture, loisirs, sports… dans tous les domaines, Miramas et les Miramasséens trouvent les moyens et développent des énergies pour améliorer leur qualité de vie. Grâce à un tissu associatif particulièrement riche et à son aménagement urbain évoluant vers un mieux être ensemble, cette cité de fer développe de multiples personnalités ouvertes sur l’avenir. Ce livre dévoile les richesses de la ville au travers des témoignages de ses habitants. Miramas a une âme, allons à sa découverte.

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erchée sur son roc tel un aigle, Miramas prend racine au bord de l’étang de Berre. En 1843, le village surplombe un territoire désertique aux portes de la Crau où seules quelques fermes brisent l’élan du Mistral. Un beau jour, Paris décide de relier Avignon à Marseille par train. Après une étude de terrain, cet espace est choisi pour sa topographie. Plate et illimitée, cette étendue nommée Constantine convient parfaitement à l’implantation d’une voie ferrée et d’une gare. Quand les travaux débutent, la main d’œuvre vient des alentours et peut donc rentrer chez elle. Très vite l’ampleur du chantier nécessite le recrutement de travailleurs plus lointains. Six ans plus tard, une quarantaine d’ouvriers et une quinzaine d’employés


13 du chemin de fer logent dans des baraquements sur place. Certains s’installent, Constantine devient rapidement un hameau de quatre cents habitants. Et ce n’est qu’un début ! Pour garder ses agents à disposition, la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée aménage une « maison caserne ». Au fur et à mesure de l’évolution du triage, Constantine s’étend. Dans l’urgence, des bâtiments sont construits avec du matériel de récupération : rails, traverses… Alors que la population augmente de vingt habitants par an de 1860 à 1892, elle s’enrichit d’une centaine de personnes chaque année entre 1892 et 1914. Par décret, Constantine devient Miramas-Gare et chef-lieu communal en 1894. Dans la foulée, Miramas-le-Haut se voit rebaptiser Miramas-le-Vieux.

Déjà deux ans auparavant, les employés du ParisLyon-Méditerranée s’organisent en village. Ils créent la PLM, coopérative de consommation où le personnel peut trouver une épicerie et d’autres services. L’imposante bâtisse reste un symbole de ces origines cheminotes. Elle abrite encore la bibliothèque, le CE et son restaurant d’entreprise, l’Union Artistique et Intellectuelle des Cheminots Français… Ajourné à cause de la guerre, le programme de construction reprend en 1918 avec la réalisation des cités hautes. L’expansion de la future ville se rationnalise, orchestrée par un architecte américain. La cité se développe sur le modèle de Los Angeles. Des rues larges et

droites, des bâtiments séparés par des espaces verts où, touche méditerranéenne oblige, des étendoirs prennent place.

Un pas vers la modernité L’évolution se poursuit avec les maisons carrées de la cité Mercier, puis les immeubles à trois étages des rues Stephenson, Talabot et Giraud. Vers la fin des années 1930, cette urbanisation galopante s’essouffle, puis s’arrête avec la seconde guerre mondiale. Après le bombardement du triage qui a touché une partie du quartier, la SNCF relance de plus belle la construction


15 à la Libération. Elle mène en parallèle les travaux de voiries. La rue Voltaire se voit coupée en deux. Le côté appartenant à l’entreprise ferroviaire est goudronné, celui de la ville reste de terre. Ne voulant rien déléguer sur son terrain, la société cheminote s’occupe de tout et engage le quartier dans la modernité avec l’assainissement, l’adduction d’eau… Au revoir les lavoirs répartis dans la cité, avec un jour de lessive déterminé pour chaque rue. Bonjour aux sanitaires dans les appartements. Plus besoin d’aller prendre la douche à l’annexe médicale, grâce à l’aménagement dans toutes les maisons de salle de bains privative, réalisée peut être un peu à la va-vite. « Les cloisons de la salle d’eau sont si fines que je n’ose pas percer le mur de peur de

faire un trou chez mes voisins, » raconte Jacqueline, habitante du quartier cheminot depuis une trentaine d’années et épouse d’un agent SNCF. « Quand ils prennent la douche, j’ai l’impression de pouvoir leur frotter le dos. Un inconvénient largement compensé par la jouissance de jardins individuels. Et puis quand j’ai vu ce bel escalier de chêne, j’ai eu le coup de cœur. » Si les loyers modérés rendent le quartier attractif, l’ambiance joue un rôle primordial dans sa réputation. « Avec les camarades de mon carré, nous fabriquions des lance-pierres pour narguer le pauvre garde de la cité qui était obligé de nous courir après

pour maintenir le calme. C’était notre guerre des boutons, » se souvient Roger qui a grandi là, avant de devenir agent de gare et d’épouser une fille de cheminot. « Le quartier fonctionnait dans le respect du repos des agents SNCF. Les mères de famille amenaient les enfants au parc ou les occupaient pour que le silence règne. Ce qui n’empêchait pas d’avoir une grande convivialité entre nous, nous fêtions ensemble la Saint-Jean. » Dès les années 1970, Miramas s’ouvre à l’industrie. La SNCF reste le cœur de la ville mais perd de son influence. Aujourd’hui, on assiste au renouveau


16 de la population de la cité qui n’est plus réservée aux agents SNCF. Des jeunes s’y installent pour sa tranquillité, la proximité du centre-ville et des écoles. Ils apprécient son cadre de vie, avec ses deux petits parcs pratiques pour les enfants, des espaces verts où les bancs publics invitent toutes les générations à se côtoyer en s’accordant un moment d’oisiveté. Réhabilité, le quartier poursuit son développement avec en prévision de nouveaux logements. Ville nouvelle à la poussée fulgurante, Miramas poursuit son épanouissement tout en gardant, au fond, une jeunesse éternelle.


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uand Miramas-Gare émerge en 1948, les habitants de Miramas-le-Vieux accueillent avec enthousiasme cette perspective de développement économique. Mais peu à peu, alors que les baraquements poussent autour du chantier, ils craignent de se voir déposséder de leur histoire et de leur patrimoine. Le rail arrive. Vite. Très vite. Trop vite pour les résidents historiques de l’oppidum, village perché sur un mont de pierre à cinq kilomètres de ce nouveau centre. La cité ferroviaire devient progressivement la place forte de Miramas. Le hameau fortifié craint de demeurer isolé et vit difficilement la perspective de devoir, pour chaque démarche, couvrir la distance à pied. C’est le début d’un face à face entre deux visions, deux mondes. Pour accompagner le développement du train, Miramas-Gare doit se doter d’une administration,

celle qui à l’époque se trouve à Miramas-le-Vieux. Les premières tentatives échouent. Plusieurs fois, le secrétaire de mairie de la ville nouvelle est reçu à coups de fourche et de cailloux et doit rebrousser chemin, rentrant bredouille. Le divorce consommé, une nouvelle stratégie est adoptée : s’emparer des registres par la ruse. Cette décision se concrétise par un hold-up pur et simple ! En pleine nuit, la mairie est soulagée de ses documents et de son mobilier. Des charrettes entières descendent le butin vers la ville.

Au cœur du nid d’aigle, un jardin solidaire Depuis, Miramas-le-Vieux et Miramas se cotoient mais sans vraiment fusioner. Ces événements auraient pu entrainer la désertification du village. Il n’en est rien ! Dans les années1970, il est en ruine mais la municipalité


lui redonne une nouvelle jeunesse en réhabilitant les habitations et en les ouvrant à la location. En 2011, loin d’être un village musée, Miramas-le-Vieux compte quelques deux cents habitants attirés par une ambiance villageoise dans un cadre d’exception. Signe de cette vitalité, l’école élémentaire accueille une vingtaine d’élèves dans une classe unique. Le village perché cultive un style de vie bien à lui. Les maisons en pierre se ressemblent et leurs habitants s’assemblent. Attentifs au développement d’une certaine qualité de vie, ils cultivent un jardin collectif au cœur du nid d’aigle. Les jardiniers en font un lieu de partage où chaque passant est approvisionné gratuitement en fruits et légumes de saison à la seule condition d’être résident de Miramas-le-Vieux. Un même esprit de convivialité plane quand tous les soirs, dans l’abribus à l’entrée du village, quelques

habitués se retrouvent pour discuter et refaire le monde. Lorsque le froid se fait trop mordant, la bande de vieux copains s’organise pour se recevoir chacun son tour autour d’un café. Lors de l’une de ces rencontres, un constat est fait : les oliveraies du village sont laissées à l’abandon depuis longtemps. Il n’en fallait pas plus pour faire réagir les villageois. Ils décident de passer à l’action en créant une sorte de coopérative. Ainsi, ils entretiennent et exploitent les nombreux oliviers qui entourent l’oppidum. La cueillette est l’occasion d’un grand rassemblement populaire. Ensemble, ils préparent une paëlla paysanne afin de prendre des forces pour le dur labeur de la récolte des olives. Les résidents cultivent également un certain quant-àsoi. La beauté de ce site au patrimoine préservé attire nombre de visiteurs. Conscients d’être des privilégiés et de devoir partager ce lieu qui ne leur appartient pas,

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23 ils n’en restent pas moins embêtés par cette affluence. La principale déconvenue concerne le stationnement : il y a moins de places que de voitures. Après réflexion, une solution semble avoir été trouvée. Ne pouvant décemment pas installer un pont-levis, les habitants se satisfont d’une barrière réservant l’entrée motorisée aux seuls riverains. Les nombreux curieux viennent donc à pied goûter au charme des ruelles entrelacées. Ils restent néanmoins souvent perçus comme des touristes qui « piétinent Miramas-le-Vieux ». Il faut dire que la population se montre très pointilleuse en ce qui concerne la tranquillité de la bourgade. En octobre 2011, la police a d’ailleurs du intervenir car une chèvre perdue errait dans les rues. Il a fallu interpeller la contrevenante !

Une chèvre errante interpellée Mais le sentiment villageois atteint son apogée lors de la fête des voisins. Il a même fallu organiser deux points de rassemblement pour satisfaire toutes les demandes ! à cette occasion, Doris, artiste-peintre, propose aux participants de réaliser leur portrait. Cette initiative connait un gros succès. Elle en a dessiné une quarantaine lors de la fête du printemps 2011. Elle organise également des concerts dans l’église du village dont l’acoustique remarquable est l’une des meilleures de la région. Ils rassemblent une centaine de personnes ainsi qu’un pianiste, une mezzo-soprano et, parfois,

le chœur Amadeus. à cette occasion, les visiteurs ne viennent donc pas uniquement pour goûter au charme de la vieille pierre ou déguster des glaces, mais pour se nourrir de cette culture locale si spécifique. Les Vieux-Miramasséens ont instauré un savoir-vivre qui ne ressemble à aucun autre. Ils ont tous un point commun : l’amour de ce quartier à part. Arrivée en 1981, Doris fait partie de ces nouveaux historiques pour qui cet endroit « représente quelque chose de plus grand que les gens qui y vivent ».


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eudi, jour du marché, rendez-vous incontournable dans le centre de Miramas. « C’est la promenade pour les Miramasséens, ça leur fait du bien. Ils ont leurs habitudes, s’y réunissent, discutent, prennent un petit café ensemble, » raconte une commerçante. Réunissant environ 150 forains, il a l’originalité de respecter une tradition de transhumance, bougeant en fonction des saisons. Difficile de se frayer un chemin dans les allées. Les caddies croisent les poussettes, les paniers débordent de provisions, les passants se faufilent dans ce méli-mélo. Les plus gais sifflotent, d’autres palabrent, les démonstrateurs les haranguent, tentant de surnager la sono du vendeur de disques.


Les odeurs se mêlent, pain chaud, charcuteries, oranges fraîches, poulet grillé... sans oublier les effluves marines de l’étal multicolore de poissons de Méditerranée. Étonnamment, ce concentré de Provence au cœur de la ville nouvelle recèle quelques producteurs du cru qui préservent une agriculture locale ! Vendeuse d’olive, Angélique fait les marchés depuis 26 ans. Toute petite déjà, elle accompagnait et aidait sa maman. Elle a toujours aimé cette ambiance. Au commencement, sa mère gardait les enfants de l’ancien vendeur d’olives. « Elle est tombée dans la marmite ! Elle a acheté le camion. Et Voila ! Elle a repris l’affaire ». Depuis, Angélique fait elle-même

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ses préparations à base d’épices, d’ail frais, de basilic et d’herbes de Provence. Elle est connue pour sa tapenade noire et son délice à la tomate, « un secret de famille, je ne peux pas vous en dire plus ». Elle cuisine chez elle, à Miramas, tous les deux jours. « Je ne fais jamais de stock, pour que tout soit le plus frais possible. » Une exigence partagée par Dalila. Sa spécialité : les volailles nourries au blé et au maïs bios et leurs gros œufs. Élevés au pied de Miramas-le-Vieux, ses poules, ses coqs, ses canards, ses pigeons, ses oies et ses chapons gambadent en toute liberté. Dès que la fermière passe son portail, les gallinacés l’encerclent et se ruent sur le grain lancé à la volée.

C’est l’orgie ! à la commande, Dalila les attrape à la nuit tombée avant de les plumer à l’ancienne. À 65 ans, elle conserve ce désir d’apporter le meilleur aux Miramasséens et le revendique, « il faut se battre pour les bonnes choses ». Coté bonnes choses, Juliette en connaît un rayon ! Les gourmands ne s’y trompent pas et s’agglutinent autour de son étal pour écouter ses recettes de grand-mère. Même Claire, la jeune fleuriste ne peut s’empêcher de quitter son stand pour suivre ses conseils. Rayonnante, la patronne du domaine de Monteau communique sa passion pour la préparation de ses confitures, de ses pâtes de coing et de son huile d’olive. Elle cultive aussi un miel issu d’une quinzaine de ruches dont les abeilles butinent le nectar du croissant vert de l’est de Miramas.


28 Au cœur de cette garrigue restée vierge, une route de campagne bordée de pins conduit à la ferme de Saint-Désiré. Entourée de prairies aux hautes herbes, elle reprend vie depuis que Damien et Marine s’y sont installés pour élever des bovins. Leur priorité a été d’assurer la récolte du foin pour leur bétail, quatre vaches montbéliardes qui fournissent du lait bio. « Bientôt nous proposerons aussi des fromages, affirment-ils fièrement, c’est beaucoup de travail mais nous nous battons pour offrir de la qualité aux Miramasséens ! ».

« On nous prend pour des illuminés, mais c’est une passion ! » Propriétaire de la chèvrerie du Châtaignier, leur voisin partage cet engagement dans le développement durable et local. « On nous prend souvent pour des illuminés de se lancer dans de telles activités, mais c’est une passion ! Tout petit, j’avais un rêve : élever des chèvres et vivre entouré de plein d’animaux. Depuis dix ans, je le réalise. » Bernard ne se lasse pas de se promener « en colline » pour faire pâturer sa vingtaine de chèvres du Rove.

« J’y passe des heures, c’est ma liberté. Il n’y a que par temps de mistral qu’elles restent à l’abri parce que ça les rend folles. J’adore les observer. C’est un animal très intelligent, les chevriers n’ont d’ailleurs pas besoin de chien. C’est Sophie, la saanen que j’ai élevée au biberon, qui mène le troupeau. Il faut juste se méfier du bouc Coca, il est jaloux ! » Deux fois par jour, c’est la traite. Pour élaborer ses fromages, Bernard le fait cailler, ajoute parfois un peu de présure naturelle issue du cordon ombilical du chevreau. « Je n’utilise jamais de ferment industriel ! » Puis ils fermentent en « chambre de peine » pour évoluer du frais au crémeux, de l’affiné au sec. « J’ai commencé par les faire déguster à la famille, aux amis, puis de


30 bouche à oreille, les gens sont venus m’en acheter. Il y a deux ans, j’ai décidé de m’installer. C’est un pari fou, mais sans des mecs comme nous, il n’y aurait plus que des produits industrialisés. Et nos enfants et nos petits-enfants ? » La bulle verte à proximité de la cité abrite également, au domaine de Lunard, une famille tout aussi attachée à la terre et à la transmission. Blottie dans un vignoble au milieu de la pinède et de la garrigue, sa bastide provençale du XVIIIe siècle lui permet de diversifier ses activités. Le vin reste son cœur

de métier, un nectar qui donne à boire le terroir de Miramas. Depuis 1955, les Michel s’emploient à redonner vie à ce terrain argilo-calcaire bénéficiant d’un microclimat propice à la vigne. Elevés à la dure dans le respect de l’environnement, leurs pieds s’étendent désormais sur trente hectares et jouissent de l’attention à plein temps de François. « Tout gamin, je sillonnais le domaine de long en large. Dès l’âge de 7 ans, j’aidais aux travaux des champs et à la cave. J’étais destiné à reprendre l’entreprise familiale de maçonnerie, mais pour moi pas question, je voulais être vigneron. » Indépendant


33 et passionné, il adopte l’agriculture raisonnée garante de la sécurité alimentaire du consommateur, mais aussi d’un fruit chargé en arômes. Reste à allier la tradition et la modernité pour élaborer des vins, qui pour les meilleures cuvées vieillissent en foudres de chêne dans la cave ancestrale creusée dans la roche calcaire. Si l’histoire du chemin de fer a nécessité une expansion rapide de Miramas, la commune affiche une volonté de préserver un tissu agricole. Mieux, elle agrandit son territoire dévolu à l’agriculture et encourage l’implantation de nouveaux agriculteurs. Cette politique axée sur le développement durable

appuie la démarche des quelques résistants qui ont su préserver une tradition paysanne. Même en milieu urbain, ils cultivent un art de vivre proche de la nature. Ces producteurs ont devancé cet air du temps où la population citadine retrouve le goût du produit sain et prend conscience que la campagne n’est pas une image du passé mais un espoir pour l’avenir.


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e rail a fait son chemin entraînant Miramas sur une voie où le labeur de l’homme est au cœur du développement. Ne dit-on pas « là où le train passe la vie renaît » ? Emprunt de solidarité, de combat et de partage, l’esprit cheminot imprègne encore la cité. Le wagon multicolore planté devant la gare en est un symbole. En 1995, cette voiture de marchandises a été menée là par les grévistes. Cet exploit a pu se réaliser grâce à la participation de solides gaillards surnommés les sangliers parce qu’habituellement ils grattent le ballast. Mètre par mètre, les contestataires ont construit une voie ferrée éphémère pour déplacer le wagon jusqu’à son piédestal actuel. « Ce travail de titan a duré des heures sans anéantir notre motivation, » se souvient Roger, syndicaliste au caractère bien trempé,


36 qui a terminé sa carrière comme chef de service. « L’effort collectif a eu raison des quelques centaines de mètres à parcourir. »

Lutter et gagner à Miramas Cette détermination contribue sans doute au maintien de la gare de triage à Miramas. L’esprit de corps propre à cette profession a sans cesse été consolidé par de rudes combats. Au-delà du droit du travail, ces luttes ont permis d’améliorer le quotidien des cheminots et de leurs familles. Par ricochet, la vie des Miramasséens, indissociable de cette corporation et

de son esprit, s’en trouve bonifiée. « L’esprit cheminot n’est autre que le respect du travail bien fait et de la solidarité dans les tâches à accomplir, » explique Louis, employé au triage. « Longtemps, lorsqu’un collègue avait un boulot à faire, sans rien demander, il voyait arriver plusieurs paires de bras pour l’aider. Ça se perd avec la communication par portable, on est un peu chacun dans son coin. Et les bons moments de détente, lors des gros repas de midi pris en commun après le poste du matin, ça se perd aussi. » La convivialité autour du rail reste néanmoins une tradition miramasséenne. Depuis 2009, la ville consacre une journée à la fête du train. Cette manifestation

intergénérationnelle attire des curieux de toute la région. Le public plonge dans la culture cheminote au travers d’expositions et d’animations. L’occasion pour les anciens de transmettre des souvenirs ravivés par la présence de vieux outils et autres repères d’historiques. La camaraderie et le partage des compagnons du rail ont la vie dure, et ne tiennent pas que du mythe. à Miramas, les cheminots participent pleinement à la dynamique associative. Créée en 1942, l’Union Artistique et Intellectuelle des Cheminots Français propose de nombreuses activités : danse, gymnastique, chant, musique. D’autres associations participent activement à la vie sociale, sportive et culturelle de la ville : le club de l’amitié des retraités, ceux de muscu-


lation et de foot, la bibliothèque du comité d’entreprise. Loin d’être corporatives, ces structures accueillent tous les publics. Le restaurant de la SNCF reste lui réservé aux cheminots anciens comme nouveaux. Des retraités fréquentent régulièrement cet espace de convivialité, un peu pour les menus copieux et bon marché, beaucoup par nostalgie. Ce lieu favorise les échanges intergénérationels.

Vivre et travailler à Miramas Jérôme, 37 ans dont huit de carrière, a dû passer trois fois le concours, à raison d’un par an pour enfin réussir à intégrer la SNCF au poste d’aiguilleur. Romancier à ses heures, il a ainsi satisfait son désir de faire partie d’une société solide et rassurante. Ce petit-fils de cheminot a

grandi dans la valorisation de la stabilité de l’emploi et de la solidarité cheminote. « Après toute une batterie d’examens d’entrée et trois mois de formation intensive, j’ai intégré une équipe sur Marseille qui m’a super bien accueilli en me soutenant et en me conseillant. Malgré les contraintes des trois-huit, qui me privent souvent des fêtes de fin d’année en famille, je n’ai vraiment pas envie de changer d’emploi ». Enfant de Miramas, Jérôme reste très attaché à sa ville qu’il n’a jamais quittée. « J’aime vivre dans le quartier cheminot qui me rappelle ma jeunesse. Ici j’ai tous mes repères et franchement j’aurais du mal à déménager. Pourtant la cité évolue, bouleversant un cadre ancré dans ma mémoire. Des commerces ferment ou se

déplacent, des bâtiments disparaissent ou changent d’attribution. Mais d’autres structures surgissent pour améliorer l’environnement en répondant aux besoins, et comme tout le monde je m’y habituerai ». On est loin du temps où une mutation à Miramas n’était pas forcément vécue avec bonheur. « Bien que sans fondement, les a priori dépassaient largement les frontières du département, se souvient Roger. À une époque la gare de Miramas souffrait de sa proximité avec la Camargue, les gens imaginaient des légions de moustiques sévissant sur la région. » Une appréhension vite balayée, une fois rendu sur place. Aujourd’hui, la

gare de triage concentre un nombre important de postes et la SNCF reste un maillon majeur de l’activité sur la commune. Miramas est donc, au contraire, plutôt perçue comme une terre d’accueil par les cheminots. Née de leurs efforts, elle valorise leur mémoire.

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iramas-Gare deux minutes d’arrêt et... plus d’un siècle de remontée dans le temps. Pour embarquer vers un voyage dans le passé, il suffit de pousser la porte de l’atelier de l’Association Provençale de Préservation et d’Animation Ferroviaire. Installée dans l’ancien hangar de réparation des locomotives à vapeur du dépôt de Miramas, elle réunit des adhérents amoureux des vieilles machines, parfois anciens cheminots nostalgiques. Depuis 1983, ces passionnés s’emploient à sauver du chalumeau des reliques du chemin de fer. L’équipe de bénévoles consacre ses samedis après-midi à restaurer des locomotives et des wagons qui ont marqué l’histoire du rail. Au fil des récupérations, elle a constitué l’une des plus belles collections de matériel ferroviaire en France.


42 Responsable de l’exposition, Norbert a l’esprit cheminot dans le sang. Après une carrière au service de la SNCF, il replonge avec enthousiasme dans cet univers pour réveiller la mémoire des vieilleries et leur redonner vie. Quand l’association fait appel à ses capacités d’archiviste, il découvre entassés dans des wagons des tenues d’époque, des casquettes, des revues, des affiches, des tableaux, des lampes, des cartons contenant onze mille cinq cents documents, des points kilométriques… une vraie caverne d’Ali Baba ! Les PK permettaient aux conducteurs en cas de problème

de donner leur position à partir de Paris. Celui de Miramas, PK809, indique le nombre de kilomètres depuis la capitale. Ces trouvailles ont permis de constituer une bibliothèque technique, d’installer une salle d’exposition et un bureau de chef de gare à l’ancienne avec tampons, encrier, porte-plume, armoire technique, lampes… Pour renforcer l’impression de gare, une pendule Paul Garnier est accrochée sur le mur extérieur.

La belle américaine Pièce maîtresse de cette collection, la locomotive 141R trône dans l’atelier. Construite aux Etats-Unis et au

Canada, cette série arrive sur le sol français entre 1945 et 1947. Appelée Miss Liberty aux USA, elle est rebaptisée Mikado Libération ou la belle américaine en France. Comme à la fin de la guerre, l’Europe se trouve à plat au niveau industriel, le gouvernement français commande 1340 de ces engins robustes et faciles d’entretien en Amérique. La vedette de l’atelier en fait partie. Fabriquée à Montréal, elle est arrivée en 1947. Seules 1323 ont réellement été livrées. Dix-sept ont coulé avec le bateau qui les transportait lors d’une tempête. Ces locomotives gisent dans le même secteur que le Titanic. Equipées pour le fuel, elles pouvaient aussi fonctionner au charbon, ce qui a permis de les transformer pendant la crise de Suez. Elles pouvaient tracter des trains


45 de voyageurs et de marchandises. La cabine était vaste et bien fermée donc plus de problème de chaud devant et froid dans le dos. Malgré un plus grand confort, elle est au départ mal accueillie car plusieurs équipes pouvaient se relayer alors qu’avant chacune avait sa locomotive. Mais l’adaptation se fait rapidement. Elle est remarquablement facile à conduire par rapport à la BB Midi de 1929, autre fierté de l’atelier. Elle marchait très bien mais à cause de son poids, soixante-dix-huit tonnes, elle ne pouvait tirer qu’un nombre limité de wagons et avec lenteur. De plus, son inconfort infligeait une torture au dos. Plus ancien encore, un wagon-foudre de 1910 témoigne de l’époque où le vin était transporté

dans de gros tonneaux en bois. Des petits malins en profitaient pour les percer et pomper le vin qu’ils remplaçaient par de l’eau. Ensuite, ils rebouchaient le trou avec une cheville et repeignaient. Il a donc fallu remplacer les barriques par des fûts en métal. Pendant la première guerre mondiale, ces wagons ravitaillaient quotidiennement les soldats dans les tranchées de Verdun, ce qui a fait dire que cette bataille a été gagnée grâce au wagon-foudre. Contrairement à lui, une bétaillère marquée « hommes 40, chevaux 18 » rappelle de tristes souvenirs. D’origine prussienne, il s’est trouvé entre 1918 et 1944, comme les Alsaciens, tantôt

Français, tantôt Allemand, avant d’être rattaché au réseau Paris-Lyon-Marseille. L’atelier fourmille de ces trésors incarnant l’histoire du chemin de fer. La mairie et l’APPAF cherchent une solution pour intégrer cette collection à un espace d’exposition dédié à transmettre une vision de la mémoire et de l’avenir du rail à la génération TGV.


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a voix de Bob Marley s’échappe d’une voiture garée à proximité d’un groupe d’adolescents. Ensemble, ils œuvrent à la création d’une fresque jaillissant dans une explosion de couleurs vives. Pendant que certains commentent l’ébauche, d’autres secouent leurs bombes de peinture. Sous les yeux des curieux, les jeunes habillent l’annexe du centre social Jean-Giono. Animateur et artiste de 25 ans, Damien conseille les débutants, donne des astuces, finalise le remplissage. « C’est un projet intergénérationnel, explique-t-il, les jeunes font le graff et les adultes s’occupent de la mosaïque. Cette fresque représente la famille au cœur des Ruches. »


49 Une approche culturelle ouverte et souple À quelques pas de là, autour du parking de la Maille II, des rires s’élèvent au-dessus du bruit des travaux. Séchant au soleil, une dizaine de peintures égaient les façades un peu ternes des immeubles. Elles sont réalisées au pied des cités, par les enfants du quartier. Artiste professionnel, Claude Morin leur propose un rendez-vous hebdomadaire. Chaque mercredi, les bambins s’inscrivent en adhésion libre à l’atelier. Cet artiste social d’une cinquantaine d’années organise ce projet avec l’association Arts

et Développement, à l’initiative du centre social Jean Giono. Le but ? Créer un espace de rencontre et de dialogue, afin de rassembler des voisins qui trop souvent ne se connaissent pas. Pendant que les petits s’ouvrent l’esprit, les adultes s’ouvrent aux autres. Cette approche culturelle ouverte et souple a des ramifications au delà des quartiers nord. En effet, les plus assidus des minots partent à la découverte des musées de la région. Une manière de désacraliser ces lieux souvent jugés élitistes, tout en formant le regard de ces artistes en herbe.

à Miramas, nul besoin d’être très curieux pour trouver culture à son pied ! Si le public doit faire la démarche d’en pousser la porte, la médiathèque intercommunale propose également cet accès pour tous à la culture. Dressées jusqu’au plafond, les étagères réunissent 250 000 titres. Les 17 000 adhérents comme les non-inscrits y retrouvent tous les genres, du livre pour enfant à l’essai philosophique en passant par le roman d’aventure ou la presse. « C’est une caverne d’Ali Baba, on y


découvre de nouveaux ouvrages gratuitement, ça permet d’être curieux », explique une peintre de 40 ans. Le bâtiment abrite également l’une des premières artothèques de France qui prête 1800 œuvres d’art contemporain. Peintures, sculptures, sérigraphies, photographies, cette collection attire même des professionnels, comme cette directrice d’un espace culturel qui, lachée au dernier moment par les artistes, doit improviser en catastrophe une exposition le jour du vernissage. De manière moins exceptionnelle, des écoles primaires de Miramas puisent dans cette manne, conscientes qu’il n’est jamais trop tôt pour s’exercer l’œil.

Acteurs pas consommateurs ! « La municipalité cherche à rendre les habitants plus acteurs que consommateurs, explique l’ adjoint délégué à la culture. Nous estimons que c’est un volet fondamental du développement d’une ville, le SAN Ouest Provence y consacre d’ailleurs un budget considérable. » Le conservatoire intercommunal est emblématique de cette politique. Créé en 1982, il a formé des centaines de musiciens de Miramas et des environs. Voisine de cette institution, la maison des jeunes et de la culture apporte une approche moins académique de la musique. La

MJC est un patchwork créatif qui englobe bande dessinée, hip-hop, théâtre, poterie... Ses murs couverts de graffitis voient émerger la plupart des groupes de la ville, comme Jam en Co créé par Rémi et René. Le duo de guitaristes balance un genre de flamenco-rock-manouche made in Miramas. Sorti vainqueur des tremplins organisés par la MJC, il intègre la programmation de la 19e édition des Nuits Métis. Après dix ans à la Ciotat et cinq en nomade dans les Bouches-du-Rhône, ce festival célébrant le monde et ses musiques est accueilli à Miramas depuis 2009.

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53 Son principe est de développer des actions toute l’année pour aller à la rencontre du public dans divers lieux de la ville. Homme orchestre revisité électro, Rit se produit par exemple à la médiathèque. Les Instants Métis permettent également aux amateurs de créer des spectacles et de se produire sur scène aux côtés des professionnels. « La spécificité des acteurs culturels de cette ville est d’aller au-devant de la demande des habitants, la volonté est de n’isoler personne », explique l’élu à la culture. Dans cet esprit, le théâtre la Colonne s’emploie à programmer des artistes populaires, comme Marc Lavoine, mais aussi des pièces du répertoire classique et contemporain. Cette politique se traduit

également par des tarifs accessibles au plus grand nombre. Bénéficiant d’une gestion intercommunale, le cinéma Le Comoedia propose des prix défiant toute concurrence. Doté depuis 2011 d’une salle numérique permettant de diffuser des films en 3D, il offre un large éventail de choix allant du blockbuster aux dessins animés, en passant par des films d’art et essai. Cet éclectisme se traduit également par une proposition de concerts se jouant au jazz-club du cinéma. Chrysalide où l’on se cultive comme on respire, la ville accompagne ses créateurs en devenir et réveille les curiosités. Ce terreau d’artistes fait germer les idées, sème l’art pour récolter la culture.


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a chaîne des Alpilles à l’horizon, un golf à quelques pas, le lac de Saint-Suspi au pied des tours et des pinèdes en perspective, les quartiers nord se dressent comme un élément minéral planté dans un cadre champêtre. Cet ensemble urbain émerge dans les années 1970 pour répondre au besoin de logements suite à l’arrivée massive des mineurs d’Alès, de Saint-étienne et des employés de la métallurgie. Après plusieurs vagues d’immigration, ces immeubles finissent par regrouper un tiers de la population de Miramas. Entamés en 2008, les travaux de réhabilitation et de rénovation visent à améliorer ce cadre de vie en imaginant une coulée verte reliant ces quartiers au cœur de la ville. Cette ouverture


57 devrait faciliter les échanges et ainsi casser les préjugés liés à un éloignement propice à une méconnaissance de sa population. Car en fait, ce lieu abrite une richesse humaine emblématique de Miramas.

Un relationnel qui entraîne un respect mutuel Installés au pied des cités, les commerçants multiplient les initiatives afin de développer le relationnel. Responsable d’un magasin tous-services, Malik mêle librairie, café, espace de jeux, pour créer avant tout un lieu de rencontres. Au fond, la mise à disposition de tables et de tabourets permettent aux habitués de

discuter en toute convivialité. Loin de se comporter en simple vendeur, le tenancier s’intéresse à ses clients et à leurs besoins : « Eh bonjour ! Comment vas-tu ? Et ta famille ? Au fait, j’ai reçu le livre que tu m’as demandé ». Cette attention lui permet de tisser un lien durable. Une petite phrase, un geste, un sourire ou un regard suffisent souvent à compenser les aléas du quotidiens. « Ici, le caractère social du métier ne peut être occulté », confirme la préparatrice de la seule pharmacie du coin. Patience et dialogue sont essentiels pour palier aux

difficultés de la précarité, au sentiment d’insécurité et à l’isolement. Cette approche s’avère également incontournable pour rompre la barrière de la langue afin de garantir une utilisation appropriée des médicaments. Ce rapport obligatoirement privilégié entraîne un respect mutuel. Le service de proximité revêt ici ses lettres de noblesse. L’épicier Yaya incarne ces valeurs de solidarité et d’entraide, qui de petits coups de main en conversations anodines réchauffent le cœur et brisent le sentiment de solitude. Quelques minutes


59 à ses côtés suffisent à comprendre sa fibre humaniste. Un homme franchit son entrée au rideau multicolore une enveloppe à la main, demande un timbre et tend tout naturellement son courrier. Yaya s’est improvisé relais de la poste ! Spontanément, il multiplie les services au quotidien. Quand le pain arrive avec les croissants, il met deux viennoiseries dans un sac et envoie un jeune garçon livrer une vieille dame, logeant à une centaine de mètres. Petits gestes, mais grande importance pour ces personnes âgées qui ainsi échappent au sentiment d’isolement.

« Je me sens en sécurité ici, raconte une habitante vivant seule. Si j’ai besoin, il y a toujours un de mes voisins qui est là, prêt à me tendre la main. Il y a quelques années, nous avons eu un problème d’eau sur Miramas. Il fallait aller acheter les packs en ville. Les hommes de notre bâtiment sont partis les chercher et nous les ont livrés à domicile. Un réseau d’entraide s’est naturellement mis en place. » En 2012, les quartiers nord connaissent à nouveau une coupure d’alimentation de l’eau. Cette fois immédiatement sur le pont, la mairie


60 organise une distribution au pied des immeubles. Les solidarités se sont rejointes, les voisins s’entraidant pour monter le précieux liquide dans les étages les plus élevés.

Ni quartier nord, ni quartier sud ! Cette entraide spontanée continue à séduire Guy, résidant de ces quartiers depuis les années 1980. Dès son arrivée, il s’engage pour améliorer le cadre de vie. Fondateur de l’association Maisons et Jardins, il met

en place des cours d’alphabétisation, de sculpture, de céramique, du sport, des jeux en réseau, un accès internet. Il organise des journées propreté des bâtiments et des espaces publics. Accompagné et soutenu par une équipe de volontaires, ils tentent d’enrichir le lien social et culturel entre les habitants. Chantal partage cet état d’esprit. Salariée du centre social Jean Giono, elle multiplie les casquettes : hôtesse d’accueil, confidente, écrivain public… Son dynamisme et sa patience répondent aux besoins des personnes rencontrant des difficultés administratives. « On veut briser les a priori, s’enthou-


siasme-t-elle, il ne doit y avoir ni quartiers nord, ni quartiers sud ! » Même envie de casser les clivages pour Rénald. Animateur, il encadre les adolescents et veut partager son amour pour Miramas et ses habitants. Depuis toujours résident des quartiers nord, il est connu de tous les jeunes. « Leurs besoins, j’arrive à les comprendre ! Les adolescents aiment se raccrocher à une personne ayant le même parcours qu’eux et qui s’en sort. » Sa réussite professionnelle lui sert

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d’exemple et de tremplin pour établir une relation de confiance et de respect. Il transmet l’envie de relever la tête dans l’effort. Pour ce boxeur, le combat le plus passionnant reste d’offrir une chance aux plus jeunes à travers le sport. Sa botte secrète se retrouve un peu dans l’ambiance générale de ces quartiers, toute simple mais souvent oubliée : « Il faut s’unir pour réussir ». Après avoir déménagé, les anciens des quartiers gardent en mémoire cette ambiance particulière. Souvent avec un brin de nostalgie. « Même si vivre

dans ces immeubles peut être parfois difficile, ce qui nous manque aujourd’hui, c’est un état d’esprit. Il existe une solidarité, un relationnel avec les commerçants que l’on ne retrouve pas aussi fortement ailleurs ». En effet, confrontés depuis des années à la précarité, l’isolement et les préjugés, les habitants ont développé un art de vivre qui les arme contre les difficultés. L’ouverture engendrée par les travaux leurs permettra-t-elle de partager ce savoir-vivre et ces savoir-faire pour s’engager ensemble sur la route du renouveau ?


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uit heures du matin, gare de Miramas. Des retardataires sortent des voitures, regardent le tableau d’information et se ruent sur le quai. Une fois sûr de pouvoir prendre le train, chaque voyageur peut se détendre et replonger dans ses pensées. Il règne une ambiance de méditation, comme une prolongation de la nuit. Dernier sas avant le travail, ce moment de calme est rythmé par le sifflet du chef de gare qui, aux heures de pointes, gère de nombreux trains. L’un d’eux a été supprimé, l’attente se poursuit donc pour Noorina. Pas de problème pour cette jeune assistante de gestion, elle en profite pour poursuivre sa rêverie. Elle sait qu’elle n’aura pas longtemps à attendre avant de pouvoir embarquer pour Saint-Martin-de-Crau. Pour la


67 plupart en transit, deux mille usagers profitent tous les jours du nœud ferroviaire de Miramas. Très bien desservi, il permet une bonne circulation dans la région. Généralement le flux des voyageurs se dirige vers la gare mais, reconnaissables à leur gilet de sécurité, certains empruntent le chemin inverse. Employés SNCF, ils gagnent la gare de fret, un univers inconnu du grand public.

La tour en effervescence Perché dans une tour, le bureau du centre de tri domine un réseau de voies tout en entrelacs. Curieusement les wagons semblent s’y déplacer

sans aucune intervention humaine. Un spectacle insolite ! Ce jour-là, l’équipe se compose de Mathieu, Bruno, Didier et Stéphane, maîtres d’œuvre complémentaires de ce ballet mécanique. En fait, les wagons sont triés suivant le système de la bosse : c’est le dénivelé qui permet aux wagons de rouler seuls avant d’être aiguillés sur la bonne voie pour former les trains. Rempli d’ordinateurs et de boutons, le poste de contrôle s’illumine régulièrement comme un « arbre de noël ». Ce service traite six cents wagons par jour, soit vingt

trains. Malgré la baisse de leur activité, les acteurs du fret conservent leur optimisme et compensent ce ralentissement par la qualité. Tous passionnés de rail et de locomotives depuis leur plus tendre enfance, ils sont ravis, grâce à ce métier, de continuer à jouer mais pour de vrai. Mathieu réceptionne les trains, contrôle les aiguillages pour acheminer les wagons sur la bonne voie et gère les entrées et sorties. âgé de 34 ans, il exerce comme aiguilleur depuis 2007.


68 Sa carrière a commencé comme enrayeur, ce qui consiste à arrêter la course des wagons avec un sabot. Opérateur de débranchement, après avoir occupé une quinzaine de postes, Didier contrôle aussi la descente des trains et les stoppe en cas de danger. Chef d’orchestre du service depuis 2001, il peut intervenir en direct. Il a commencé au bas de l’échelle avant d’occuper, à 50 ans, ce poste à responsabilité nécessitant de l’expérience et une formation interne. Grâce à l’informatique le coordonateur de débranchement, Bruno forme les convois et contrôle la destination des wagons en

temps réel. Il est en relation constante avec Didier, l’opérateur. Le chef de poste, Stéphane supervise, dirige et coordonne l’ensemble du service. Au pied de la tour, le service de la maintenance entretient et répare les wagons. éric a exercé la plupart des métiers du fret avant d’obtenir le poste de conducteur de manœuvre. Il fait les trois-huit. « C’est un peu dur mais on s’habitue. ça fait dix ans et je suis toujours accro à mon métier. » Aux commandes des locomotives diesels, il participe au mouvement perpétuel régnant dans une partie vitale de ce centre de triage, longtemps le deuxième plus important de France. Son rôle consiste à emmener


71 les wagons à l’atelier et les ressortir après révision. Ce va-et-vient permanent donne l’impression qu’ici se prépare un voyage sans fin. Pour qu’il se déroule au mieux, les hommes s’activent dans tous les sens sous la responsabilité de David. Les actions sont multiples : attelage des wagons et de la locomotive de traction, vérification de la destination et du bon fonctionnement des organes de freins sur l’ensemble du train. à 36 ans, il entretient des liens avec de nombreux clients, effectue la remontée d’informations et établit les contrats suivant le type de produits à transporter. Le dispositif de sécurité, nécessité vitale au cœur du système, diffère selon le type de contenu d’où l’importance de l’affichage des wagons. En effet, des marchandises aussi variées que

des automobiles, du pétrole, du gaz, des produits chimiques et nucléaires ou… de l’eau minérale empruntent les voies ferrées. C’est le savoir-faire de la SNCF.

De la route au rail Dans les années 1980, le trafic a chuté. En 1991, le chemin de fer représente seulement 20% du transport de marchandises en France. La concurrence routière a pris des parts de marché de plus en plus importantes, même si les poids lourds polluent et altèrent les routes. Le transport de fret ferroviaire s’ouvre à la concurrence en 2006. Reprendra-t-il du

poil de la bête, comme en Autriche et en Suisse où il est obligatoirement privilégié ? Le personnel SNCF veut croire que l’avenir reste ouvert. « Pour redonner au fret ferroviaire sa place, il ne manque qu’une réelle volonté politique à l’échelle nationale, côté cheminots nous sommes prêt à propulser le train de marchandises à la première place. » Le fera-t-on ? La question reste entière même si, depuis quelques années, les préoccupations environnementales pèsent sur les choix des gouvernements. Plus écologique, le train pâtit pourtant de l’hégémonie du transport routier organisée depuis des décennies.


73 En revanche les particuliers se montrent de plus en plus éco-citoyens, et se tournent volontiers vers les transports en commun et le réseau ferré. à 17 heures, la gare de voyageurs sort de son train-train pour monter en régime. Contrairement au matin, l’ambiance est animée. Après la journée de travail, les gens sont d’humeur guillerette. Des étudiants discutent et rigolent en attendant l’heure du départ. Quand les trains s’arrêtent, comme celui de Marseille, des vagues d’usagers déferlent d’un pas alerte. Beaucoup font une halte dans l’enceinte de la SNCF pour s’approvisionner en produits de la ferme. En effet, depuis cinq ans, Alexandra

vient deux fois par semaine vendre des fruits, des légumes, des œufs ou encore des fromages en direct du producteur au consommateur. Cette initiative a trouvé son public, des clients de plus en plus nombreux passent commande et n’ont qu’à récupérer leurs paniers de produits de saison issus de l’agriculture raisonnée. La représentante d’un collectif d’agriculteurs installés dans les alentours apporte sa touche d’animation au sein de la gare, lieu de vie décidemment incontournable à Miramas.


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e 21e siècle voit des entrepôts pousser comme des champignons au milieu de la campagne aux portes de Miramas, l’aventure Clésud démarre. à gauche de l’entrée se dresse le domaine des Molières avec ses tours du Moyen âge et son corps de ferme de la Renaissance. Derrière ce bâti d’un autre âge, surgissent une vingtaine d’entrepôts modernes, autour desquels des poids lourds gravitent à longueur de journée. Plateforme destinée à faciliter le ferroutage par sa situation géographique au cœur de la région, elle attire de nombreuses entreprises. Cette araignée logistique prévoit même de continuer à tisser sa toile sur la route d’Eyguières, jusqu’au rond-point de l’autoroute. En quelques années, Clésud est devenu un incontournable bassin d’emplois à Miramas. Une source de revenus, clef de nombreux projets.

Changement de propriétaire Huit heure, le parking est endormi. Les frères Benjamin et Guillaume installent leur snack ambulant. Les conducteurs de poids lourds commencent à se réveiller et viennent prendre leur petit déjeuner. Routier, à 35 ans, Benjamin rêve de tenir un snack dans un endroit où les chauffeurs se retrouvent entre deux voyages. Passant régulièrement à Clésud au volant de son semi-remorque, il s’aperçoit qu’éric n’est plus là dans son camion-snack blanc et bleu, « Pizza Bubu ». Il se renseigne, obtient l’autorisation et se jette à 100% dans son projet. Cette initiative permet de combler un manque de lieu de convivialité dans cet espace entièrement dédié au travail.


L’ascension fulgurante Une bonne pâte de routier Après avoir passé ses permis à l’armée, Jacky, à la base boulanger-pâtissier, sort du confinement du fournil pour sillonner les routes au volant de son poids lourd. Il passe souvent par Clésud, ce qui lui permet de rester sur la région et de rentrer chez lui tous les soirs : « Quand on a une famille c’est un luxe appréciable ! » épanoui dans son métier, il projette de se mettre à son compte.

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De formation en formation, Foued trace son chemin. Débutant comme préparateur de commandes, en trois mois il devient cariste. Un an et demi après, il passe chef d’équipe. à 32 ans, il continue à progresser. Actuellement, il suit une formation pour passer à l’échelon supérieur. Il espère pouvoir continuer à évoluer dans sa carrière, si possible jusqu’au poste de responsable de site. Comme lui dit son supérieur : « Doucement, ne me prend pas ma place tout de suite ! »

Le chemin des oliviers « Je ne me vois pas comme d’autres faire du jardin et aller au bistrot ». Retraité de la gendarmerie à 55 ans, Joël se trouvait trop jeune pour arrêter. Clésud lui permet de poursuivre une carrière en tant qu’agent de sécurité. L’aménagement de son temps de travail sur la moitié du mois lui laisse l’opportunité d’embellir sa maison, tout en conservant son pouvoir d’achat. Cette activité l’aide à se projeter tranquillement vers sa retraite définitive. « Je m’occuperai de mes oliviers et je donnerai un coup de main aux amis qui en ont aussi. »


78 Formations en série

Le sauveur du ganga cata

Comme de nombreux nouveaux arrivants à Miramas, Cindy passe par Clésud pour trouver un emploi. Agent de sécurité, elle suit des formations depuis sept ans qui lui permettent de grimper les échelons. Elle passe chef de poste, puis responsable de secteur avant de devenir superviseur du sud-est, territoire qui va jusqu’à Valence. à 33 ans, elle continue à se former pour évoluer dans cette société et pourquoi-pas, accéder à la direction.

Chef de projet à CDC Biodiversité, Michel est en charge d’une opération innovante sur le site de Cossure, ancien verger de 357 hectares dans la plaine de la Crau. En effet, l’implantation de Clésud a été soumise à la loi de 1976 relative à la protection de la nature. Elle oblige l’aménageur à réduire les impacts sur l’environnement et à prendre des mesures compensatoires s’il en demeure. L’enjeu ? Reconstituer la steppe méditerranéenne grâce au financement partiel de Clésud, en partenariat avec

les acteurs locaux et les services de l’état. Végétation de steppe rase unique en Europe, la richesse des coussouls repose sur environ soixante-dix espèces végétales. La dynamique de réhabilitation sur le site de Cossure redonne vie à une quarantaine de plantes. Ce biotope favorise l’implantation durable d’espèces animales, notamment du ganga cata dont il reste moins de deux cents couples en France. La construction de deux bergeries et la culture d’espèces fourragères permettent d’installer deux unités pastorales pour revenir à la vie d’origine. Cette biodiversité existait depuis 4000 ans. Tous les moyens sont mis en oeuvre pour la rétablir.


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l était une fois un lieu sans cesse inondé qui faisait le désespoir des riverains. Tous les habitants de la commune s’accordaient au moins sur ce point : il y avait vraiment trop d’eau à cet endroit. Mais un jour, lors d’une réunion municipale, germe une idée : le probleme, ce n’est pas qu’il y a trop d’eau... C’est qu’il n’y en a pas assez ! Il suffirait d’amener plus d’eau, pour transformer cette zone innondable en lac. Cette nouvelle vision fait son chemin. Il y a des palabres, des devis et des contretemps. Finalement au début des années 1990, le lac de Saint-Suspi émerge au cœur de Miramas. La marre boueuse, qu’il fallait contourner par temps de pluie, devient un plan d’eau attirant pêcheurs et promeneurs.


83 Pas de problème, que des solutions ! De même, lorsqu’au Moyen âge les moines de l’abbaye de Montmajour se rendent propriétaires du territoire de Cabasse, il n’a rien d’attrayant. La propriété n’est pas encore une riche terre de vergers et de vignes. Couvert de marécages, ce sol attire plus les insectes que les hommes, jusqu’à l’installation des moinillons. De l’aube au crépuscule, psalmodiant en latin « il n’y a pas de problème, que des solutions », ils s’attellent à la tâche. En quelques mois, ils fortifient la place. Entièrement ceint d’un rempart à créneaux,

surmonté d’une imposante tour à meurtrières et mâchicoulis, le domaine reste un immense marais. Les moines entreprennent alors un travail titanesque pour l’assainir. Ils y parviennent en un temps record grâce à une ingénieuse idée : mettre en service un vaste entrelacs de roubines qui se déversent dans un canal souterrain. Simplissime et génial ! Puis, ils créent un réseau d’irrigation, plantent vignes, oliviers, vergers. En quelques années, le domaine de Cabasse devient une terre prospère. Aujourd’hui, il est ouvert à tous avec une mention spéciale pour les centres aérés accueillis depuis 1980.


Depuis 2002, il abrite aussi une bambouseraie étonnante. Propriété de Phytorem, société deux fois lauréate du concours des entreprises innovantes du ministère de la Recherche, cette forêt de bambous est en fait la première station d’épuration écologique à ciel ouvert. « Le principe de la phytoremédiation est celui de la dépollution par les plantes », explique Bernard, le PDG. Les rejets des industries agroalimentaires, les eaux usées domestiques, les eaux pluviales, les effluents vinicoles ou ceux provenant des centres d’élevage sont simplement épandues sur les bambous qui traitent naturellement les

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déchets. « Nous avons créé un nouveau métier : l’agriculteur dépollueur, qui plante le bambou et récolte son bois. » En service depuis 2009, cette station pilote « zéro rejet » donne déjà naissance à d’autres réalisations, y compris à l’export. Conscient de l’importance de son projet d’avenir, l’entrepreneur visionnaire ne rechigne pas à prendre le temps de l’expliquer aux enfants. Le parc de la Poudrerie s’avère également un haut lieu éducatif. « Il était une fois un papillon qui se voulait unique », raconte amusé et énigmatique un enseignant captivant ses élèves. « Il consulte une agence de communication et repart avec deux

idées. La première, enfiler un costume jaune citron. La deuxième, être le premier à voler au printemps. L’opération est un succès puisque désormais vous connaissez tous le papillon Citron de Provence ! » Avant de poursuivre la visite du parc, il ajoute : « Tout à l’heure nous avons vu au loin l’envol des bécasseaux maubèche et des courlis corlieu. Ces oiseaux passent au-dessus de nos têtes chaque année, quand ils quittent la Sibérie pour hiverner sur les côtes occidentales africaines. Un parcours d’une dizaine de milliers de kilomètres semé d’embûches… » Véritable musée botanique à ciel ouvert, le parc de la Poudrerie est un théâtre magnifique pour appréhender la nature. « On ne respecte que ce que l’on connait et que l’on s’approprie. Par ailleurs


86 nous devons alerter notre jeunesse sur l’importance et la fragilité de l’écosystème dont dépendent les animaux et donc l’homme. »

Du vent dans la crinière Un vent, léger d’allure, souffle et s’enroule dans les crinières. La concentration des jeunes cavaliers préparant leur monture pour la balade, laisse deviner que ce vent soulève bien des pensées… Le centre équestre du Mas de Combe est labelisé Ecole française d’équitation et Equihandi. Idéalement situé en lisière de bois, il s’étend sur trois hectares richement équipés

et offre un accès immédiat à des dizaines de kilomètres de sentiers forestiers. Saut d’obstacles, dressage, parcours de cross, promenade tranquille ou pony games, cavalier débutant ou sportif aguerri, il y en a pour tous les goûts. « Et aussi pour tous les budgets », précise Christian, son président. « Grâce à l’intercommunalité associée à une gestion rigoureuse du club par la régie équestre du Mas de Combe, les Miramasséens bénéficient de tarifs permettant réellement à tous de pratiquer l’équitation. » à Miramas, pas question de réserver certains sports aux élites. Même le golf ! « Cette image d’activité réservée aux seniors et aux richissimes bourgeois

qui garent leur voiture de luxe sur le parking du club house demeure incroyablement ancrée dans le grand public », déplore Alain, ardent défenseur de l’accès au green pour tous et directeur du Golf Ouest Provence Miramas. Administré par une régie, il est autosuffisant en gestion et ne perçoit aucune subvention. On peut y croiser monsieur-tout-lemonde baguenaudant le putt à la main, alternant coups d’adresse et de puissance, tout en profitant du calme et de la sérénité du site. Pour un golfeur, Miramas est un petit paradis. Situé sur les terres du Mas de Combe, au milieu de la pinède, rehaussé de petites collines et agrémenté de plans d’eau, ce parcours de dix-huit trous relève de l’exceptionnel. Preuve supplémentaire de son ouverture aux autres,


88 la création récente d’une section handigolf. Car c’est la générosité de ce club de pouvoir offrir son terrain prestigieux à tous, amateurs ou stars de la petite balle blanche, exactement dans les mêmes conditions idéales de jeu. Dotée de tous ces avantages, Miramas procure le privilège d’observer la nature sous un jour différent au fil des saisons. Les jardins familiaux mis en place par la municipalité viennent ajouter une nouvelle dimension verte à la ville. La variété de ces îlots de campagne accessibles à tous offre de

souffler, respirer, observer, contempler, explorer, randonner, jouer, pique-niquer, jardiner… À grands ou petits pas, ils invitent à découvrir ou redécouvrir ces lieux d’exception, dont le passé prestigieux est lié à l’histoire de Miramas, mais aussi de la France.


Catherine Abusio, Anthony Allouche, Marc Ambriogiani, Stéphane Artur, Thierry Auran, Sébastien Avy, Geneviève Aye, Simon Baggio, Michel Bastidon, Adolphe et Christophe Bayeux, Séverine Bergamini, Christophe Berthoud, Didier Bertrand, Catherine Besson, Géraldine Blanchet, Martine Bonet, Lydia Canovas, Juliette et Jean Chiron, Martine Chouali, Emmannuelle Colson, Kimberley Colson, Frédéric Delort, Aude Delrieu, Eric Eeckhaut, David Escobio, Bruno Fabrier, Liliane Fleury, Pierre Fosco, Janine Foulquier, Robert Franceschi, Gérard Gachon, Jean-Louis Garidou, Yves Gasc, Monique Gérard, Louise Guardiola, Michèle Huby, Armand Jacquemet, Chantal Koeger, Audrey Kremer-Morgny, Isabelle La Cara, Sarah Ladjici, Jacques Lagier, Latifa et Moulay Fdil Lamrani, Hervé Laguarde, Isabelle Larçon, André Lauriol, Jacques Lemaire, Lepetit de l’APPAF, Alain Massé, Damien Mondolfo, Yanis Maria, Jean Mariton, Stéphanie Micheletti, Oulhaj Mohamed, Olivier Monnot, Christophe Morard, Nedelec le fromager, Eric Nguyen, Magali Nicolas, Maria Ochlalou, Yamina Ouali, Guillaume Péquin, Philippe Perchey, Pierre Pillet, Bernard Pottier, Yves Raymond, Hervé Reversat, Leroy Rigaud, Philippe Rivière, Maryline Robert, Serge Roche, Viviane Roter, Damien Saint Michel, Nelly Schokmel, Gérard Seguin, Patricia Sellam, Karine Surcouf, Saïda Timili, Pierre Uriot, Claire Vappereau, Justine Venture, Carole Verdumo, Robert Visseyrias, Janique Wonner, Karima Zurina, Simone de la galerie des Molières, Roger l’éleveur de moutons, la boulangerie de la bastille, les personnels de la pharmacie des vents provençaux, des archives municipales, de la médiathèque intercommunale et personnel de la bibliothèque SNCF.

Nos partenaires financiers

Nos autres partenaires

-Conseil Général des Bouches du Rhône -Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur -DIRECCTE (Direction Régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) -SAN Ouest Provence (Syndicat d’agglomération Nouvelle) -Politique de la ville de Miramas

-Pôle Emploi -Pôle Insertion Istres -PLIE Ouest Provence (Plan Local d’Insertion par l’Economique) L’ensemble des acteurs de l’insertion socio-professionnelle du territoire : -CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) de Miramas -Cap Emploi HEDA -Mission Locale Ouest Provence -SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) de Tarascon -Service ressource humaine mairie de Miramas -TMS (Transport Mobilité Solidarité) -Merci à toute l’équipe de GDID (Groupement de Développement et d’Insertion Durables) pour son soutien, ses conseils et ses idées.


Achevé d’imprimer en octobre 2012 Imprimerie Rimbaud Dépôt légal octobre 2012 Imprimé en France


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