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Vers une nouvelle réflexion pour l’amélioration des paysages urbains algériens. C’est parce que la santé des habitants dépendait de celle de leurs villes, que les grandes cités ont été la marque de sociétés qui réussissaient, tout au long de l’histoire, qu’aujourd’hui les responsables politiques algériens doivent faire en sorte que leurs villes soient fortes et saines, car c’est à la façon dont elles seront planifiées et gérées, qui décidera si notre avenir collectif sera brillant et durable ou au contraire brutal et chaotique. Même si l’avenir de l’humanité dépend de celui de ses villes, notre expérience dans le domaine de gestion et d’aménagement urbain, reste très en déca de ce que font nos voisins méditerranéens car dans notre processus de production des milieux urbains, nos projets sont ponctuelles, sans aucune articulation et souvent sans cohérence avec un schéma d’ensemble de nos milieux urbains car nos responsables locaux, nos maires et nos walis ont pris l’habitude de travailler avec l’absence de planification réelle et d’étude préalable des impacts des plans d’urbanisme et paysagers. Comme actuellement, nos projets urbains, génèrent des incohérences aux multiples incidences paysagères, urbanistiques, architecturales, sociales, économiques, écologiques et politiques, notre pays vit une crise urbaine sévère et voit la détérioration du cadre de vie de ses citoyens accroître, au point que tout les indicateurs urbanistiques de nos milieux urbains sont au rouge, par la faute de certains responsables, qui n’arrivent pas à mettre en place une politique adéquate en la matière et qui vise à faire adhérer tout le monde au respect des normes d’améliorations urbaines et à l’entretien du milieu dans lequel nous évoluons. Ce n’est que parce que nos milieux urbains continuent à connaître des insuffisances en matière d’aménagement, malgré tout les programmes déployés par notre pays, que notre président de la république, M.Abdelaziz Bouteflika, après avoir affirmé, lors de la dernière rencontre gouvernements-walis, que nos villes sont très moches à l’exception de Ain Témouchent, a insisté qu’il est indispensable de créer un nouveau système de gestion urbaine dans notre pays, qui consacrera le principe de l’unité de la ville et qui lui garantisse une unité de gestion et d’aménagement de son espace, ainsi que son développement dans la perspective d’une amélioration plus nette et plus large des conditions et du cadre de vie de nos citoyens. Le ministre délégué chargé de la Ville, a précisé, lors du débat sur le texte de la loi d’orientation relative à la ville, que «33 millions d’habitants sur les 41 millions d’Algériens, seront concentrés dans les villes à l’horizon 2025" et le ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement qui préconise une multitude d’actions visant d’une part à améliorer le cadre de vie des citoyens en milieux urbains et d’autre part, à alléger les villes du poids lié de la surpopulation, estime que si en 1965, notre pays dénombrait quelques 95 villes, aujourd’hui, il en compte environ 500 villes et quelques 500 000 bidonvilles à travers le territoire national. Un rapport sur la gestion des villes et l’amélioration urbaine a été adopté, suite à la rencontre gouvernement-walis du mois de Juin 2006. Ce rapport recommandait l’éradication de plus de 400 000 bidonvilles à l’échelle nationale et l’accélération de l’expertise technique décidée pour les villes d’Alger, d’Oran, de Constantine et d’Annaba. Le document avait aussi suggéré la réalisation d’un programme d’embellissement destiné à hisser Alger à un niveau de standard international, car la ville d’Alger a été considérée

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par une étude britannique réalisée par un bureau de recherche spécialisé, en l’occurrence « The Economist Intelligence Unit », parmi les plus mauvaises destinations de la planète, tant pour les touristes que pour les investisseurs ou les étrangers désireux de s’y établir, malgré qu’elle avait une place très désiré au 16 e siècle lorsque Hassan el Wazzan dit Léon l’Africain, l’avait décrit comme « une ville très grande et fait les 400 feux. Ses murailles sont splendides et extrêmement fortes, construites en grosses pierres. Elle possède de belles maisons et des marchés bien ordonnés dans lesquels chaque profession a son emplacement particulier. On y trouve aussi bon nombre d’hôtelleries et d’études. Entre autres édifices, on y remarque un superbe temple très grand placé sur le bord de la mer et devant ce temple une très belle esplanade aménagée sur la muraille même de la ville, au pied de laquelle viennent frapper les vagues » . Aujourd’hui, que nos milieux urbains ont perdu leur architecture et que nos projets d’aménagements sont devenus de moins en moins durables, le devenir de nos milieux urbains est un thème qui a autant de points de réflexion, aussi bien pour nos pouvoirs publics, nos dirigeants politiques, nos spécialistes en aménagement urbain, ainsi que pour le simple citoyen directement impliqué dans la transformation de son environnement urbain, car nos projets urbains actuels ont le mérite de dévoiler les limites des démarches polytechniciennes existantes de la profession d’architecte et d’urbanisme, qui sont arnaqués par des charlatans de tout bord et qui réussissent à induire en erreur, par leur égoïsme et autorité, tous les maîtres d’ouvrage, tous les pouvoirs publics et même le citoyen algérien. Comme les méthodes de travail et l’expérience de nos architectes et urbanistes, depuis l’indépendance, n’ont pas pu réussir la continuité paysagère de nos milieux urbains et réussir de l’amélioration du cadre de vie de nos citoyens au sein de nos agglomérations urbaines, à l’exception de la nouvelle ville de Ain Témouchent, devons nous continuer à faire appel aux spécialistes étrangers pour les études et la réalisation des projets d’aménagements urbains, ou faut-il rechercher et exploiter sérieusement les compétences professionnelles algériennes existantes et spécialisés en matière d’aménagements paysagers des milieux urbains ? Après quarante quatre ans d’effort sans résultat dans notre pays, en matière d’aménagement urbain, nos responsables de projets doivent s’opposer fermement au bâclage des études, tout en refusant catégoriquement au moindre changement fantaisiste des études d’aménagement définitivement ficelés et bon pour exécution, quels que soient les fantasmes superficiels des personnes aussi influentes et autoritaires soient-elles, dans les rangs de l’administration ou ailleurs car nos milieux urbains ont besoin, aujourd’hui, de compétences autochtones détenteurs de solutions d’aménagements de nos villes et villages, capables de travailler dans la transparence et le respect des lois en vigueurs, comme celle qu’a réussi Ain Témouchent où le savoir-faire d’une équipe algérienne composée d’architectes, d’urbanistes et d’un architecte paysagiste, ont fait montrer le miracle algérien à moindre coût, à une gestion bien établie et suivie par la banque mondiale. Si aujourd’hui, seulement 1% d’espace vert meuble notre cadre de vie en milieu urbain ; à l’aube de l’indépendance et jusqu’au début des années 80, l’algérien était fière de la qualité de son cadre de vie, parce que notre pays continuait à se gérer avec un savoir-faire de responsables disciplinés et amoureux de leur travail et de leurs pays, même s’ils n’avaient hérité du temps de la présence coloniale, que la considération des aménagements paysagers et des espaces verts en milieux urbains, comme partie prenante de l’amélioration du cadre de vie des citoyens et que les collectivités locales continuaient

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à perpétuer la tradition de faire de l’architecte paysagiste, un maître d’œuvre dans le processus des aménagements paysagers en milieu urbain et du jardinier un acteur primordial dans la réussite de la longévité des aménagements d’espaces verts. A la fin du XIX e siècle dans les grandes cités européennes, les élites admettaient que le développement des milieux urbains ne pouvait être laissé au hasard et que pour parer aux conséquences parfois désastreuses de ce développement, il fallait contrôler l’aspect paysager car longtemps considéré comme un point de vue sur la nature qui s’offre à l’observateur, le paysage est maintenant devenu le point sensible des milieux urbains occidentaux car toute beauté est fondée sur les lois des formes naturelles et que l'architecture d’un milieu urbain est d'émouvoir et non d'offrir un simple service au corps de l'homme.

Il est temps pour nous, aujourd’hui, de réfléchir à mettre en place les conditions adéquates, comme demandés par les recommandation de notre président de la république, lors de la rencontre gouvernement-wali, qui changeront nos mentalités et nos manières d’imaginer les raisons de vivre ensemble, sans céder à l’individualisme économique, car par l’application d’un nouveau système urbain adapté à nos traditions historiques et urbanistiques, on fera contrer à court terme la dégradation de l’environnement, du paysage, du tissu et des infrastructures urbaines, tout en donnant à nos citoyens un cadre de vie urbain amélioré, en plus d’une qualité de vie quotidienne car nos milieux urbains sont notre seul refuge en Algérie et notre milieu de vie du quotidien. Afin de remédier aux pratiques anciennes établies par nos responsables locaux depuis notre indépendance, en terme de gestion urbaine, le 20 février 2006, notre Parlement, par ses deux chambres réunies, a agréé par un vote à l’unanimité la première loi d’orientation de la ville dans l’histoire de notre pays. Cette loi-cadre consacre l’avènement d’une nouvelle politique de la gestion urbaine car elle prend en charge la situation de nos villes et apporte une nouvelle approche pour l’amélioration de nos milieux urbains, afin d’éviter de tomber dans les erreurs du passé et d’éviter d’autres drames urbanistiques. Par ailleurs, ce texte de loi prévoit de nouvelles dispositions visant à «atténuer les pathologies urbaines», à «maîtriser la croissance des villes», à «préciser le cadre légal qui réglementera la ville » et « à promouvoir et préserver les espaces publics et les espaces verts » mais il reste loin de combler toutes les erreurs accumulées depuis notre indépendance. Maintenant que nos aménagements d’espaces verts au sein de nos milieux urbains, sont devenus disparates et que l’état de la verdure dans nos agglomérations est très déplorable, le peu d’intérêt accordé par nos responsables aux aménagements paysagers et à l’urbanisme végétale dans notre pays, nous donne matière à réflexion sur cette situation, afin de redonner à nos milieux urbains, un nouveau visage environnemental et paysager adéquat, où le mot paysage deviendra si riche de sens et que ne nous pouvons plus penser nos milieux urbains sans lui, car paysage et espaces verts, sont deux mots qui entrent de concert dans la pratique professionnelle de l’architecture du paysage et que on entend, par le terme « architecture du paysage », l’art ou la science de l’aménagement de terrains, en harmonie avec les espaces et les éléments qui s’y trouvent, pour un usage sécuritaire, efficace, sain et satisfaisant par les citoyens. L’architecte paysagiste est un professionnel qui s’emploie à créer des sites vitaux en milieux urbains, qui invitent à l’émerveillement et qui ne laisse jamais pour compte la gestion durable de notre milieu car il travail sans relâche à établir un équilibre entre l’usage et la jouissance de la terre d’une part, et la conservation et la salubrité de l’environnement d’autre part et que « de l’utopie à la réalité urbaine » est devenue l’équation qui est résolue par lui, pour mener à

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bien la réalisation d’un aménagement urbain et son système de gestion, comme prévu par l’objectif fixé par notre président de la république lors de la dernière réunion waligouvernement. Après les compromissions et les incompétences, au point que notre pays est devenue reine des chantiers inachevés et des « villas cubiques », l’Algérie d’aujourd’hui doit savoir inclure l’architecte paysagiste dans son processus d’aménagement urbains et de réussir l’amélioration du cadre de vie des citoyens, tout en l’exigeant par une batterie de protections législatives, dans chaque étude d’aménagement urbaine ou paysagère car seul l’architecte paysagiste saura transformer les lieux de nos milieux urbains, d’une manière poétique tout en étant à la fois un artiste et un artisan, comme elle doit combler son manque d’architectes et de techniciens paysagistes par la création d’un cursus universitaire spécialisé pour la formation des architectes et des ingénieurs paysagistes, ainsi que la reconduite des formations pour les techniciens et les ouvriers paysagistes dans les instituts agronomiques et les centres de formation. Depuis quelques années, la profession d’architecte paysagiste ne cesse d’augmenter à la fois en quantité et en qualité à travers les pays meditérrannéens, sauf dans notre pays où une loi sur le paysage urbain s’avère nécessaire pour venir réglementer une demande paysagère en milieu urbain et notamment au niveau du volet paysager du permis de construire et de la prise en compte du paysage dans le POS. C’est parce qu’il s’agit d’une attente de nos citoyens, qui aspirent de manière légitime à un meilleur cadre de vie où le confort urbain et la convivialité des espaces se substituent à la monotonie et à la répétitivité de nos milieux urbains, qu’il est urgent pour nos responsables locaux, de revoir sans complaisance leurs stratégies de gestion des aménagements urbains de leurs villes et villages, surtout en ce qui concerne la réhabilitation de la redistribution des rôles dans le processus du nouveau système de gestion de nos milieux urbains. afin de reconnaître les valeurs publiques de notre paysage urbain et de poser les conditions nécessaires pour la prises en compte des dimensions paysagères à travers l’exercice de planification de nos milieux urbains, ainsi que de leurs aménagements d’espaces verts car il est temps pour les Algériens, du XXI e siècle, de trouver la qualité des espaces de vie en milieu urbain, surtout que la population urbaine de notre pays atteindra les 80 % à l’horizon de 2025 et que notre pays possède déjà les moyens humains et matériels pour garantir la réussite d’un nouveau système de gestion de nos milieux urbains. Meziane Abdellah : Architecte paysagiste, Lakhdaria, Algérie. Publié sur « Le Quotidien d’Oran » : Opinions du 29 Août 2006.

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Vers une nouvelle réflexion pour l’amélioration de nos paysages urbains.  

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