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CULTURE

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jeudi 11 avril 2013 www.metrofrance.com

Livres

alice Zeniter récompensée.

La jeune Française vient de recevoir le prix de la Closerie des Lilas pour Sombre Dimanche (Albin Michel). Une victoire à l’unanimité.

TOP

LES CROODS. La famille préhistorique la plus cool du moment s’est installée en tête du box-office, hier à Paris. Le film d’animation a séduit 3 241 spectateurs lors des premières séances, devant Oblivion, avec Tom Cruise, et ses 2 187 curieux.

fLOP

Enora Malagré. Sacré dossier pour la complice de Cyril Hanouna sur D8. La vidéo d’une publicité datant de 2005, dans laquelle l’animatrice vante les mérites d’un laxatif, vient de surgir sur le Net. La jeune femme enchaîne les grimaces pour le moins évocatrices. Dur.

Littérature

Ogawa, le goût de l’étrange

Yoko Ogawa a publié une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles en france. © Masaaki ToyoUra

sortie. La romancière japonaise plonge dans le monde abstrait et poétique des échecs dans Le Petit Joueur d’échecs. critique. Un roman en forme de parabole, où toute chose concrète prend l’aspect d’un rêve éveillé.

D

ans l’univers de Yoko Ogawa, il y a souvent une piscine. Symbole bien choisi pour appréhender l’œuvre prolifique de cette romancière et nouvelliste japonaise. La piscine, matrice maternelle, piège mortel, révélatrice de sensations profondes… Le nouveau roman d’Ogawa, Le Petit Joueur d’échecs, ne fait pas exception, puisque son jeune héros découvre les échecs après avoir trouvé un noyé dans une piscine. « Depuis le tout début de mon œuvre, il y a une piscine quelque part, admet l’auteure, de passage – rarissime – à Paris. Mais ce sont

un don caché Un garçon à la bouche monstrueuse (il est né avec les lèvres scellées) découvre les échecs avec un gardien d’usine. Il se révèle surdoué, même s’il ne peut jouer que caché sous la table. A la mort de son maître, il continuera à jouer en manipulant un automate en bois. Cette vie recluse est empreinte de poésie, de mystère et d’étrangeté : du grand Ogawa. Le petit joueur d’échecs, de yoko ogawa, actes sud, 332 p., 22,80 euros.

les journalistes qui me le font remarquer, alors ça me fait réfléchir… C’est un espace défini dans la vie de tous les jours, où la mort est possible. Cette question n’est pas résolue, j’ai encore beaucoup de choses à creuser dans les piscines [rires]. »

L’ombre de Bobby Fischer

Les lecteurs français, qui ont découvert Yoko Ogawa avec Hôtel Iris se souviennent de son goût pour les lieux clos (orphelinat, hôpital), les maladies isolantes, les vieillards pervers et les cruautés gratuites, sur fond d’étrangeté et de rêve. Si le mal est absent du Petit Joueur d’échecs, on y retrouve la patte Ogawa : un enfant né avec les lèvres soudées, un maître d’échecs obèse qui vit dans un bus, l’ombre d’un éléphant… Avec, comme rêve commun, le monde abstrait des échecs. « La première chose qui m’a frappée, raconte Yoko Ogawa, c’est quand le champion Bobby Fischer a été arrêté au Japon pour séjour illégal. Un champion d’échecs japonais a fait appel auprès du premier ministre, expliquant que Fischer n’était peut-être pas quelqu’un de bien sur le plan humain mais que, sur le plan des

échecs, il était un génie qu’il fallait laisser en liberté. »

De la beauté dans les codes

Puis l’écrivaine a vu des transcriptions de parties d’échecs, des codes qui lui ont fait le même effet que la formule d’Euler dans son roman La Formule préférée du professeur : « Ce sont des codes, mais j’y ai vu de la beauté. Il était donc possible d’écrire un roman à partir de codes. » Un roman sur un

garçon surdoué, qui ne peut jouer que caché sous une table ou derrière un automate. « Je n’ai pas eu l’intention de raconter une histoire triste, précise Ogawa. Au contraire, je voulais montrer que ce petit joueur, qui paraît condamné à une vie limitée, a eu une vie quand même. Mes romans parlent beaucoup de rêves et d’imaginaire, mais je ne pars que de choses concrètes. » §Jennifer Lesieur

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