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jeudi 11 avril 2013 www.metrofrance.com

Prisons « Croire en la capacité

de l’homme à s’améliorer »

SOCIéTé. La France est régulièrement épinglée pour l’état de ses prisons. TémOIgnage. Un ancien directeur d’établissement pénitentiaire relate dans un livre, Des hommes et des murs, son expérience à la tête des plus grandes maisons d’arrêt de France, dont Fresnes (Val-de-Marne).

humains », souligne-t-il. Une empathie visible dans l’ouvrage mais à laquelle il manque une critique plus appuyée des failles d’un système largement remis en cause. Certains événements relatés sont particulièrement marquants : sa rencontre avec Martine, détenue transsexuelle, la tentative d’évasion en hélicoptère de Christophe Kider ou un concert baroque organisé à Fleury-Mérogis pour les détenus. « Ce concert m’a convaincu que la culture devait avoir sa place en prison, pour aider à la réinsertion », précise Joaquim Pueyo.

Ozal EmiEr

E

trangement, on sent poindre une note de nostalgie dans la voix de Joaquim Pueyo lorsqu’il évoque sa carrière passée de directeur de prison. « Pour moi, la prison a son utilité, elle doit apporter quelque chose aux personnes qui y passent », justifie-t-il pour Metro, installé désormais dans son bureau étroit de l’Assemblée nationale. Fresnes, Fleury-Mérogis et bien d’autres : le député socialiste de l’Orne a dirigé pendant près de trente ans ces lieux fermés où de rares incursions révèlent une réalité sordide qui a valu à la France plusieurs condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme. Mais dans Des hommes et des murs*, ouvrage publié aux éditions Le Cherche Midi, Joaquim Pueyo a préféré revenir sur son expérience personnelle, plutôt que dresser un état des lieux, pourtant nécessaire.

Peines alternatives

Et toutes les actions menées par ce petit homme à l’allure discrète ont eu un même fil rouge : « Pour faire ce métier, il faut croire en la capacité de l’homme à s’améliorer », juge-t-il, tout en ajoutant que cette amélioration ne peut s’opérer que dans des prisons décentes. Un vœu pieux alors que l’administration pénitentiaire comptait, au

« La prison ne doit pas être un lieu en dehors, le droit doit y entrer. »

« Le droit doit entrer en prison »

« Monsieur le directeur, nous avons un pendu, un jeune détenu de la 3e division. » Une phrase prononcée par son sous-directeur et que se remémore l’élu dans un chapitre consacré au problème de la prévention, peu efficace, du suicide. Chaque souvenir est l’occasion pour lui de traiter en filigrane l’un des nombreux problèmes des prisons françaises : mal-être, trafics, sévices ou encore intégrisme religieux. « Je ne voulais pas faire d’analyse : j’ai voulu raconter mon parcours comme un voyage, en m’arrêtant sur certains moments, explique-t-il. J’ai pensé qu’il était intéressant de parler de mes doutes en tant que directeur. Nous sommes profondément

Joaquim Pueyo a commencé sa carrière dans l’administration pénitentiaire en 1984. PHOTO D.R.

1er mars 2013, 66 995 personnes détenues pour 56 920 places, avec une surpopulation estimée à 133 % en janvier selon un rapport parlementaire. « La prison représente la privation de liberté mais pas d’autre chose et, à l’heure actuelle, on ne peut pas bien prendre en charge les personnes détenues », regrette Joaquim Pueyo, qui milite pour les peines alternatives. Aujourd’hui, le combat qui lui semble le plus urgent est celui du droit : « La prison ne doit pas être un lieu en dehors, le droit doit y entrer », conclut-il, prévoyant bientôt de porter le débat devant ses collègues députés, au sein du groupe de travail sur les prisons.§ *Des hommes et des murs, éditions Le Cherche Midi, 14,50 euros.

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