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CULTURE

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3 Art

jeudi 11 octobre 2012 www.metrofrance.com

Cinéma Le succès aiguise les appétits. Taken 3, qui n’était

pas prévu à l’origine, devrait finalement voir le jour. Le 2e volet a affiché 117 millions de dollars de recettes mondiales dès son premier week-end.

ToP

DANS LA MAISON. Le dernier film de François Ozon, avec Fabrice Luchini, a réalisé le meilleur démarrage des nouveautés avec 2 429 entrées enregistrées à la séance de 14 heures à Paris. Il devance Clochette et le secret des fées et Ted.

floP

DieuDonné. L’humoriste, qui n’a pas payé ses impôts depuis quinze ans, doit 887 000 euros au fisc. Pour qu’il règle ses dettes, la justice a ordonné la vente forcée aux enchères publiques d’un ensemble immobilier lui appartenant en Eure-et-Loir.

En attendant Hopper

People in the sun, 1960. 2011 PHoTo SmITHSonIan amErIcan arT muSEum / arT rESourcE / ScaLa FLorEncE

exposition. Le Grand Palais a ouvert hier sa grande rétrospective consacrée au peintre américain. naturalisme. Ses influences parisiennes sont particulièrement bien mises en lumière. jennifer lesieur

o

n a dit de lui que c’était le peintre de l’attente. Attente d’une lettre, d’un train, d’un client, d’un crépuscule. Les personnages de l’Américain Edward Hopper (1882-1967) ont souvent les yeux dans le vague, ou tournés vers une fenêtre, ce qui revient au même. Les toiles de Hopper sont devenues si célèbres qu’on ignore à peu près tout son parcours à lui. L’exposition du Grand Palais consacre autant de place aux années de formation du peintre qu’à ses toiles de la maturité, une décision opportune, puisque dès ses débuts, Hopper attendait quelque chose, quelque part. Il fait ses premières armes à la New York School of Art, mais

c’est le Paris des années 1900 qui le forme, celui des guinguettes et des bals de Montmartre.

Influences françaises

Sans être un Toulouse-Lautrec, Hopper l’apprenti pique à Degas ses angles décalés, et aux impressionnistes leurs tons veloutés. Le Grand Palais présente des tableaux où l’influence est évidente : Femme cousant dans un intérieur, de Félix Vallotton, est du Hopper avant l’heure. Une femme s’ennuie dans un salon, et c’est tout un courant pictural qui naît. Hopper séjournera à trois reprises à Paris. Après avoir écumé les allées du Louvre, il s’installe à New York en 1913, et il y restera jusqu’à sa mort. Comme sa peinture peine à trouver acheteur, il devient illustrateur

commercial. Ce travail, qu’il juge alimentaire, lui permet de dessiner ses premières scènes de la vie de bureau, et ses personnages comme absents au monde. Dès 1912, il aborde ses sujets américains, dont cet étrange Soir bleu où un clown fait sa pause, cigarette aux lèvres. Ses gravures, moins connues, lancent le Hopper qu’on connaît : les voyageurs rêveurs de Night on the El Train, le passant de Night Shadows qui traverse une rue déserte, en vue plongée...

Lumière et soleil

Mais l’attrait magnétique de Hopper n’est pas seulement dû à la mélancolie qui sourd de ses figures solitaires. Il suffit de se retrouver devant Lighthouse Hill pour se retrouver baigné d’une lumière d’été. Ce ciel et cet océan si bleus, ces prairies si vertes, c’est une fenêtre ouverte vers la plus belle saison. « Ce que j’ai cherché à peindre, disait l’artiste, ce ne sont ni les grimaces ni les gestes

des gens ; c’est la lumière du soleil sur la façade d’une maison. » Eclairés par un matin ensoleillé, ses personnages ont toujours l’air de bronzer en direct. Les années 1930 sont celles de la reconnaissance, Hopper est plusieurs fois honoré par le musée d’art moderne de New York. En s’inspirant des films de gangsters et de Hemingway, il signe son chefd’œuvre, Nighthawks. En 1941, il traverse les parcs naturels et n’en rapporte que deux aquarelles. La peinture d’après nature ne l’inspire plus, Hopper restera dans son atelier new-yorkais où naissent d’autres grands instants de solitude : Gas, Hotel Lobby, Room in New York. Two Comedians (1966) marque la fin de sa vie comme de son œuvre. Deux acteurs s’apprêtent à saluer sur scène. Pourtant, eux aussi ont toujours l’air d’attendre quelque chose. § Edward Hopper, jusqu’au 28 janvier au Grand Palais, Paris VIIIe. Tarifs : de 8 à 12 euros.

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