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Minorité blocage de

Mai 2011

Revue d’information politique

r e l r a p r pour

te t ge u u l o , r b i e t u t q u l e l r p u u e o p p

s e i r u t s A

Parler

Vol. 1 No. 1

e Un u g n a l pour sa


Mai

Minorité blocage

2011

de

Table des matières 3

Tout un mouvement social sous la loupe

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De la mine au doctorat: Une transition qui est aussi linguistique

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Cours d’asturien: 27 ans d’enseignement précaire

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Entrevue: Ana Cano

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106.1 FM: La langue sur les ondes

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Les Subventions: Sauvetage d’une langue ou un outil pour contrôler les médias?

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Entrevue: Inaciu Iglesias

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Anciens militants, nouveaux candidats: Les vases communicants du nationalisme

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22-Mai: La langue et les urnes.

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Les acteurs principaux aux Asturies

Direction

Nicolás Bardio

Conception Graphique

Joey Methé


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MinoritĂŠdeblocage


Minoritédeblocage

n m u o u t v e u l m o a T ent soci

s u o s la e p u lo

Nicolás Bardio Vaquero Directeur de « Minorité de Blocage »

C’est le premier numéro de cette magazine et on a voulu mettre sous la loupe tout un mouvement social: celui qui lutte pour la langue asturienne. Quelles sont ses aspirations? Quelles sont les pièges qu’il rencontre? Quelle est la dynamique interne des gens qu’y participent? Quelle est son histoire? Mettre sous la loupe un tel mouvement n’est pas facile, il y a toujours plein d’aspects qu’on pourrait traiter et aborder. On a décidé de donner une vision générale de quelle est la situation de la langue et des gens qui l’utilisent et qui luttent pour la défendre aux Asturies mais tout en gardant un oeil mis sur la politique. Une langue n’est pas un phénomène naturel qu’il faut étudier et décrire en soi, mais un phénomène social, un produit des décisions des acteurs sociaux. C’est pourquoi il faut tenir compte des actions gouvernementales et des politiques, pour éviter la d’étudier une langue minoritaire et ses défenseurs en croyant la fiction que la situation actuelle est la seule situation possible. En fait, toute cette enquête nous a menée à la

conclusion que l’absence du statut officiel pour la langue asturienne (ce qui cherchent les intégrants du mouvement linguistique) a une cause politique, et que le nationalisme asturien est incapable de conditionner la politique asturienne et consolider sa présence aux institutions. Je souhaite que vous aimiez la lecture de ce sondage tel que l’équipe de Minorité de Blocage a aimé le faire pour vous.

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: De la mine au doctorat Une transition qui est aussi linguistique

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La transition politique espagnole a supposé aux Asturies une prise de conscience sur la langue et son rôle dans la société. Les Asturies, comme toutes les autres territoires qui font partie de l’Espagne, ont vécu une transition politique pendant les années 70. Le passage d’une dictature à une démocratie, l’arrivée de la liberté de presse, l’apparition de partis politiques, associations civiques, culturelles et mouvements sociaux... Mais la transition à la démocratie aux Asturies n’était pas qu’une transition politique. Elle avait aussi un fort élément de changement linguistique. Ce n’est pas que les gens ont commencé à parler autrement. Mais la langue asturienne, langue romance parlée aux Asturies depuis le moyenâge, commençait à être vue en tant qu’un outil de

communication valable pour tous les contextes communicatifs. Elle n’était plus une langue pour les ouvriers et les paysans, tel que la dictature l’avait fait croire; mais bien présente dans les milieux artistiques, culturels et politiques. Prêt pour son usage public, l’asturien sortait ainsi des mines, des fermes et des villages pour entrer dans l’université, les partis politiques, les écoles, l’administration et les médias.

L’UNIVERSITÉ: Quartier général du mouvement

L’université d’Oviedo, et plus spécialement la faculté de philologie, a eu un grand poids


Minoritédeblocage pendant les premières étapes de ce mouvement linguistique. En effet, les thèses doctorales sur l’asturien tels que « Vocabulario del bable de Somiedo » 1982 ou, « Llingua y sociedá asturiana: hestoria, entamos, enfotosias » 1976 proliféraient à l’époque. L’université, à

était prioritaire. Du grand consensus social autour de la normalisation linguistique qui régnait avant les premières élections démocratiques, la fragmentation de tout le mouvement antifranquiste en partis et coalitions électorales a produit un déplacement de l’importance de la langue et une politisation du fait linguistique. Il ne faut pas négliger que le statut d’autonomie des Asturies a été le premier à être approuvé par le parlement espagnol après la tentative de coup d’état du colonel Tejero en 1981, un fait qui provoquait la fin de la « fureur des autonomies ».

POLITISATION DE LA LANGUE

Pendant les années 80, le mouvement linguistique perd une grande partie de sa force, dû au fait qu’une grande partie de ses aspirations de transformation linguistique échouent devant les politiques des gouvernements socialistes qui agissent en laissant l’asturien en tant qu’une langue secondaire, contrairement à ce qu’ils ont fait en Catalogne, Valence ou le Pays Basque. C’est une époque où le nationalisme s’organise et arrive finalement au parlement asturien en 1991. Les années 90 impliquent la présence du nationalisme asturien au parlement et un virage des autres parties vers la question linguistique qui devient à nouveau transversale.

l’époque centre de débat, est aussi devenue la formatrice des principaux leaders du mouvement linguistique en créant l’ambiance adéquate et en leur fournissant les arguments nécessaires pour revendiquer la normalisation linguistique de l’asturien. Ce n’est pas par hasard que le premier président de l’Académie de la Langue soit un professeur issu de cette faculté, ou que le premier député nationaliste à s’assoir au parlement asturien apparaît parmi les anciens élèves... Actuellement, il y a certains que critiquent « l’excès de poids que les philologues ont au sein du nationalisme asturien » et un poids décisif de la question linguistique dans tout le mouvement nationaliste. La raison? Le nationalisme est devenu le refuge des gens pour lesquels la question linguistique

À côté de ce va-et-vient politique, la société asturienne normalisait la vision qu’elle avait de sa langue: L’utilisation de l’asturien par beaucoup de groupes de musique asturiens (jusqu’au point que l’Académie de la Musique espagnole a dû créer un prix spécial pour les chansons en asturien), une littérature au niveau des principales littératures occidentales, l’enseignement en tant qu’un cours à option dans les écoles publiques et une présence modeste mais continuée sur les médias sont seulement quelques exemples du succès limité de ce mouvement social fortement lié au nationalisme politique. Cependant, les conquêtes linguistiques ne suffissent pas au mouvement de revendication linguistique; il y a un objectif qui n’a pas été atteint: Rendre la langue asturienne officielle aux Asturies et juridiquement égale au castillan, tel qui s’est passé avec les autres langues minoritaires de l’Espagne.

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Cours d’asturien:

27 ans d’enseignement précaire Les cours d’asturien ont commencé en 1984 en tant qu’un programme pilote. 27 ans après, la situation des professeurs d’asturien reste instable. Aux Asturies, personne au-dessus des 33 ans a reçu jamais des cours d’asturien au long de toute l’école primaire. C’était en 1984, et seulement dans quelques écoles que l’asturien commençait son enseignement. Quelques centres éducatifs ont été choisis pour devenir les cobayes de l’expérience: Un cours à option d’asturien deux fois par semaine, pour apprendre aux élèves à bien écrire et parler la langue asturiennes. Quelques 27 années plus tard, l’expérience s’est répandue à tous les centres de l’enseignement public, et une loi de 1998 établit l’obligation pour les écoles d’offrir la possibilité d’étudier l’asturien. Malgré tout, la situation des professeurs d’asturien reste instable et précaire. « L’administration cherche la stabilité du personnel et stimule que les professeurs restent dans la même école parce que l’on croit que c’est mieux pour les enfants. Et pourtant, ce n’est pas le cas des professeurs d’asturien », explique Elena Suárez, professeur à l’école Clara Campoamor de Llangréu. En effet, la situation des professeurs d’asturien est très différente de celle d’autres enseignants. Il n’y a pas des postes fixes pour eux. L’administration organise des concours pour que les enseignants d’anglais, espagnol, éducation physique, musique ou enseignement général puissent avoir leur régime statutaire de fonctionnaires publics, tandis que les professeurs d’asturien ont toujours des contrats d’une année de durée que l’administration renouvelle tous les mois de septembre. Cela, provoque, pas seulement

une absence de sécurité pour les professeurs d’asturien, qui se détournent vers d’autres matières s’ils veulent améliorer leur situation, mais aussi une instabilité aux écoles: Vu qu’il n’y a pas des postes fixes, la mobilité des professeurs d’asturien est très grande, et c’est très are que les élèves aient le même professeur deux années consécutives.

UN PILIER DE LA NORMALISATION LINGUISTIQUE. Xosé Antón González Riaño, membre de l’Académie de la Langue Asturienne, professeur à l’université de Sciences de l’Éducation et responsable de la formation des futurs enseignants, nous explique que la situation académique de l’asturien en tant que matière d’étude a évoluée: « l’asturien est une spécialité normale, au même niveau que les autres spécialités des enseignants », cependant, la décision politique reste la même: Pas de concours ni de postes fixes pour les enseignants d’asturien. Pour lui, cela pose un problème puisqu’« une politique linguistique visant la normalisation sociale d’une langue doit être fondée sur quatre principes fondamentaux: Le cadre juridique, la littérature, les médias et l’enseignement » et il croit aussi qu’« aucun pilier peut garantir par lui même le sauvetage de la langue ». De là le souci général militants du mouvement linguistique pour améliorer la situation de l’enseignement de l’asturien, déjà fortement limité en ce qui

Le cours d’asturien est donné comme s’il s’agissait d’une langue étrangère.


concerne l’horaire scolaire: Deux cours par semaine de 50 minutes pour les élèves de l’enseignement primaire et secondaire obligatoire, et 4 heures pour les étudiants du secondaire optionnel, ce qui « n’assure pas la survivance de la langue », dit Vitor Suárez, étudiant et futur professeur d’asturien; pour lui, l’asturien a besoin d’officialité afin qu’il puisse « être une matière obligatoire comme les autres », ce qu’impliquerait, d’après lui une « normalisation totale du statut de la langue et de la matière dans le curriculum scolaire » et peut-être « l’usage de l’asturien en tant que langue véhiculaire », parce qu’aujourd’hui les cours sont donnés « comme s’il s’agissait d’une langue étrangère ».

Quelques chiffres

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C’était le nombre de centres éducatifs qui ont commencé l’expérience, en 1984, de l’apprentissage de l’asturien. Huit professeurs étaient chargés de la mise en œuvre. 1,351 élèves profitaient de cette expérience.

1998:

C’est l’année où l’offre des cours d’asturien devient un devoir pour l’administration. L’élection reste toujours libre, bien qu’elle ne soit pas respectée et le gouvernement a approuvé un décret exigeant un minimum de 8 élèves pour donner le cours.

16,000:

22,466: 2010: 90%:

Le nombre d’élèves qui étudiaient asturien durant l’année scolaire 1990-1991. C’est le nombre de jeunes asturiens qui étudient la langue et la littérature asturienne cette année académique 2010-2011

L’an où un tribunal déclarait illégale le ratio de 8 élèves pour donner un cours d’asturien.

C’est le pourcentage d’élèves qui élisent l’asturien dans la région minière du sud des Asturies, la région avec le plus grand nombre de gens inscrites.

60%:

Le pourcentage d’élèves inscrits en asturien sur le total.

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Entrevue: Ana Cano

Ana Cano (Somiedo, 1950) est philologue, professeur de philologie romane à l’Université d’Oviedo est l’actuelle présidente de l’Académie de la Langue Asturienne (ALLA) depuis 2001. Ancienne doyenne de la faculté de philologie, elle a beaucoup étudié la langue asturienne et s’est engagé avec le mouvement de récupération linguistique depuis son époque à l’université en tant qu’élève. En tant que présidente elle doit lutter pour garder l’équilibre entre la neutralité inhérente à l’Académie de la Langue, et l’obligation juridique que l’Académie a de défendre les droits linguistiques des Asturiens. Quelle est la cause du fait que la langue asturienne n’est pas au même niveau que les autres langues de l’Espagne?

Je crois que c’est une cause de type politique. Et que, lorsque l’état des autonomies a été fait; même s’il y avait un mouvement autonomiste assez grand et lié à l’asturianisme; les partis et les dirigeants issus de ces premières élections n’ont pas parié pour un statut avec la langue asturienne en tant que langue officielle. Ça c’était la raison fondamentale.

La société, en dehors du politique, a fait des initiatives sociales et privées pour défendre la langue populaire, tel que les ikastolas au pays basque... Pourquoi aux Asturies n’a pas eu des initiatives pareilles?

L’histoire des Asturies n’est pas exactement que l’histoire d’autres pays. Ici il n’y a jamais eu une élite politique (culturelle oui, mais pas politique) qui se soit engagée d’une façon sérieuse sur le plan de la langue. Il n’y avait pas, non plus, une élite sociale. La bourgeoisie asturienne n’a jamais pris


Minoritédeblocage la langue en tant qu’un élément d’importance, ce qui n’était pas le cas de la Catalogne. Ensuite, il y a eu des mouvements pour la langue durant les premiers temps de la démocratie, et je crois qu’il y a eu des progrès sur le plan de l’enseignement. Mais juste à cause de l’engagement personnel parmi les enseignants. Aux années 70 on y trouve un groupe de personnes très engagées sur le plan linguistique qui ont entamé une série de programmes pionniers en différents centres éducatifs officiels. D’autre côté, il y a une forte tradition de lutte ouvrière, de revendication social. L’internationalisme mal compris implique laisser de côté la question linguistique. Ce qui d’un côté était un fort progrès social a posé un problème pour la récupération linguistique. Les dirigeants de gauche n’ont pas compris le concept de l’internationalisme, parce que, sans ce qui nous est propre, l’international n’existe pas.

L’ALLA a des compétences politiques en outre que les académiques, n’est-ce pas?

Nous, on a deux tâches qui sont complémentaires mais différentes. La première c’est la tâche strictement académique, qui a des rapports avec tout ce que sont les règles linguistiques et les normes; les études philologiques, donner de la puissance à la littérature... Ce qui c’est la création d’une langue standard et tout ce que ça implique: investigation philologique, littéraire... Et je crois que cela c’est une compétence inhérente à toutes les académies de la langue... Mais on a aussi une autre tâche: Celle de défendre les droits linguistiques des asturiens et asturiennes. Et c’est dans ce sens que l’Académie est attentive: Toujours que les droits linguistiques des asturiens ne sont pas respectés on est là pour le dénoncer et pour viser l’établissement d’un projet de normalisation sociale de la langue. Qu’est-ce que sont les implications du statut officiel pour la langue asturienne? Quels seront les changements par rapport à la situation actuelle? La possibilité d’exercer le droit de parler en asturien dans tous les cas que l’on estime pertinent, ce qui n’est pas possible en ce moment. L’officialité impliquerait la reconnaissance d’un droit qui n’est pas reconnu en ce moment. Maintenant l’exercice de ce droit dépend de la volonté des administrations publiques ou des gens qui y travaillent.

Des fois on a un peu l’impression que beaucoup de choses pourraient être faites sans le besoin de l’officialité. Par exemple, des cours de mathématiques en asturien ou une télévision publique qui n’émet qu’en Asturien... C’est peut être l’absence d’officialité une excuse? L’officialité en soit n’est pas une garantie. Théoriquement l’officialité n’est pas du tout nécessaire. Un bon exemple c’est l’existence de langues qui sont employés en tant que langues officielles mais sans être déclarées en tant que telles. Et un bon exemple de ceci est le portugais. Lorsque l’état portugais déclare officiel le mirandais (un dialecte de l’asturien), il se rend compte que le portugais n’était pas officiel nulle part et il doit aussi lui donner ce statut. Ce qui se passe avec l’état des autonomies espagnol, c’est que les autonomies et la constitution espagnole sont le cadre légale où l’on est. Et ne pas avoir l’étiquette de « langue officielle » suppose un élément de discrimination très importante. Si l’espagnol n’était pas officiel et les autres langues de l’état non plus, donc on ne serait pas en train de demander le statut officiel, mais une autre chose. Ce statut officiel est le principe basique pour pouvoir exercer nos droits linguistiques et pour que les droits linguistiques puissent être respectés.

Les opposants au statut officiel de l’asturien fondent leurs critiques sur le fait que le statut officiel supposerait une obligation et une imposition d’utiliser et apprendre la langue, comme, par exemple, à la Catalogne... Le modèle linguistique d’autres communautés autonomes n’a rien à voir avec celui qui a ou pourrait avoir les Asturies. En ce moment les pères des élèves ne sont pas libres de choisir la langue de leurs études. Personne ne veut imposer le devoir de parler en asturien, ce n’est pas ni voulu ni désirable. Et, en ce qui concerne l’obligation de l’apprendre: Est-ce que les parents vont s’opposer à l’obligation d’apprendre les mathématiques, l’anglais, l’histoire ou la langue espagnole? L’asturien c’est exactement la même chose. On ne propose pas, non plus, l’officialité de la langue asturienne en tant que quelque chose contraire à la langue espagnole.

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106.1 FM

La langue sur les ondes

Radio Sele, la seule station à émettre 100% en asturien, est devenue la vitrine culturelle de la musique et la littérature du pays. La musique asturienne a une très grande vitalité.

Embouteillage sur l’autoroute. Peut-être un accident? On allume la radio et on cherche. On attend, l’écran affiche la station: 106.1 FM: Radio Sele. La seule station qui émet en asturien. On écoute attentivement et on remarque que la plupart du temps on n’entend que la musique, juste quelques commentaires des présentateurs qui semblent être pré-enregistrés... Et pourtant la musique sonne et continue pendant toutes les heures que l’embouteillage dure. Peut-être l’asturien est de moins en moins parlé sur les rues et presque absent des espaces officiaux ou du système éducatif, mais il a retrouvé sur les ondes, sur la musique et aussi sur la littérature la force et la vitalité que la politique linguistique de la Principauté des Asturies lui refusent. La femme qui parle et présente l’émission explique la chanson que l’on vient d’entendre, il s’agit de « La nada y tu » d’Alfredo González, une chanson et un chanteur qui ont représenté aux Asturies au festival Liet International, considéré l’équivalent au festival d’Eurovision pour les langues minoritaires. Ensuite, l’homme présente trois chansons qui n’ont rien à voir: « Nun llores

» du très connu groupe de rock indépendantiste et combatif Dixebra; puis « Los Fayeos de Mayo » de la bande folk Felpeyu et, pour finir, « Nun yes tu » de Los Berrones, une chanson très classique des années 80 que presque tous les asturiens connaissent.

LES GROUPES ASTURIENS ONT UNE FORTE PROJECTION EXTÉRIEUR

Et là, en les écoutant sur le siège de ma voiture, je me rends compte que la déconnexion apparente entre les groupes n’existe pas. En effet, même s’ils sont très différents tous les trois sont de très bons exemples de comment la musique asturienne et les chansons en asturien ont réussi à dépasser les frontières des Asturies et à se faire entendre beaucoup plus loin de cette bande de erre entre les montagnes et l’Atlantique. Q’est peut-être vrai que la musique est un langage universel, et que les chansons qui parlent des


Minoritédeblocage villages et des problèmes des asturiens soient écoutées ailleurs, dans les terres de la Bretagne, où tous les mois d’été des centaines de joueurs de cornemuse asturiens arrivent pour interpréter leurs mélodies et chansons traditionnelles, qui ne sont pas très différentes de celles des autres pays celtes tels que la Galice, la Brétagne ou l’Écosse. Sur Radio Sele une nouvelle émission commence: Cette fois-ci ce ne sont pas des commentaires pré-enregistrés, mais une émission en direct qui raconte le début du 23éme « Conciertu pola Oficialidá » (Concert pour l’officialité), un événement qui se déroule tous les printemps pour collecter des fonds pour soutenir la lutte pour la langue. Les envoyés spéciaux, sur le terrain, parlent des tests de son que font les musiciens et expliquent un peu plus sur tous les groupes qui vont participer et l’ambiance que l’on vit... Mais ils expliquent aussi que, contrairement à ce qu’ils avaient fait lors de la transmission du Liet International, ici ils ont un problème avec les droits d’auteur et ils ne peuvent pas transmettre le son en direct des groupes musicaux qui sont au menu. Sur Radio Sele une nouvelle émission commence: Cette fois-ci ce ne sont pas des commentaires préenregistrés, mais une émission en direct qui raconte le début du 23éme « Conciertu pola Oficialidá » (Concert pour l’officialité), un événement qui se déroule tous les printemps pour collecter des fonds pour soutenir la lutte pour la langue. Les envoyés spéciaux, sur le terrain, parlent des tests de son que font les musiciens et expliquent un peu plus sur tous les groupes qui vont participer et l’ambiance que l’on vit... Mais ils expliquent aussi que, contrairement à ce qu’ils avaient fait lors de la transmission du Liet International, ici ils ont un problème avec les droits d’auteur et ils ne peuvent pas transmettre le son en direct des groupes musicaux qui sont au menu.

... les chansons en asturien ont réussi à dépasser les frontières des Asturies et à se faire entendre beaucoup plus loin...

UNE LITTÉRATURE DE QUALITÉ MAIS PAS TRÈS LUE

Quelques heures après, déjà à la maison, j’écoute à nouveau Radio Sele. Le concert était fini, et maintenant c’est le temps de l’émission « Nueches de Radio » (Nuits de Radio), un magazine qui est diffusé quatre jours par semaine de 20h à 22h, toujours au 106.1 de la FM. À 21h, l’écrivain de roman noir Dolfu Camilo Díaz prend la parole pour parler sur sa section particulière: « Autopsie ». Un espace pas particulièrement lié à la littérature noire ou à la littérature générale, mais c’est juste le fait d’entendre sa voix qui me fait penser à l’article qu’il avait publié sur l’hebdomadaire asturien Les Noticies, aussi un média qui n’utilise que la langue asturienne et qui parle souvent de littérature ; surtout il y a quelques mois, lorsque l’écrivain Xuan Bello était directeur du journal. La littérature asturienne s’est normalisée, il y a des groupes d’écrivains, des débats et des disputes: amitiés et inimitiés qui se déroulent sur un panorama comblé par plus de 100 titres différents par an, où l’on peut comptabiliser environ une quinzaine de romans, qui sont toujours le vaisseau amiral d’une littérature. Il y a plus d’écrivains vivants en ce moment, que l’ensemble d’écrivains connus ayant publié depuis le XVII siècle, lorsque Antón de Marirreguera publiait le poème « Pleitu ente Uviéu y Mérida poles cenices de Santolaya » la première oeuvre littéraire connue de la littérature asturienne. Cependant, les livres en asturien, contrairement à ce qui se passe avec la musique, n’ont à peine arrivé à dépasser les frontières des Asturies: Ils ne sont que le bon cadeau pour Noël et les traductions des livres asturiens à d’autres langues étrangères sont plutôt une exception qu’une norme. La musique gagne à la littérature. Peut être parce qu’il est plus facile d’écouter quelque chose, même si l’on ne comprend pas bien la langue, que de la lire. En tout cas, l’asturien est sur le plan musical une langue tout à fait normale, qui voit reconnue sa grande production musicale sur d’importants prix, tels que les Prix de l’Académie (espagnole) de la musique à la meilleur chanson en asturien ou sur la participation à des importants festivals et forums internationaux tels que le Liet International, où l’interceltique de Lorient où la langue de Marirreguera est déjà habituelle.

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Les Subventions:

Sauvetage d’une langue ou un outil pour contrôler les médias? L’usage des subventions que le gouvernement asturien fait est abusif. Pourtant, cette politique n’est pas très efficace.

Le Tribunal Financier espagnol a dénoncé à plusieurs reprises que les gouvernements socialistes-communistes des Asturies étaient caractérisées par un usage extrêmement arbitraire des subventions publiques; sans les octroyer d’accord avec des principes rationnels, mais plutôt de convenance politique. D’autres organisations telles que le Conceyu por otra Función Pública critiquaient que les procédures de sélection du personnel subissaient les mêmes problèmes. La langue asturienne et la politique linguistique n’en fait pas une exception. Sur les 415.000€ donnés aux médias pendant l’année 2010, les trois principaux journaux des Asturies, publié en castillan, reçoivent 66.968€

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(La Nueva España), 51.748€ (El Comercio) et 41.605€ (La Voz de Asturias), c’est-à-dire, 160.353€ pour ces trois journaux: 53.440€ en moyenne. En principe on pourrait croire que c’est un bon chiffre (c’est le cas) et qu’avec tout cet argent, les trois principaux journaux du pays pourraient développer une bonne politique linguistique. Mais ce n’est pas le cas. De cette façon, on peut constater que les principales activités pour lesquelles ces subventions sont octroyées, c’est la réalisation d’un « supplément mensuel » (en moyenne 20.000€ pour chaque journal) ou un « cours d’asturien » (en moyenne 20.000€ pour chaque journal), ou des « quelques contenus » du site web en asturien. Certainement minoritaires, mais pas une page web.


Minoritédeblocage Pensons par exemple, qu’avec ces 53.440€ en moyenne (4.453€ par mois) que chacun des trois principaux journaux reçoit de l’administration asturienne, il y a moyenne de payer trois journalistes par journal, c’està-dire, il y a moyen d’avoir neuf personnes payés pour écrire toute leur production journalistique en asturien. Mais personne ne le fait. Le gouvernement asturien préfère d’octroyer les fonds publics pour garantir qu’il aura des alliés médiatiques lors des élections. N’oublions pas que le fait d’avoir 50.000€ par an ou 1.000 ne dépend que d’une décision gouvernementale.

toutes les associations civiques pour la langue, qui est considérée « l’axe » du mouvement de revendication linguistique depuis les années 80, la Xunta pola Defensa de la Llingua Asturiana, avait reçu de l’administration asturienne 11.433€ pendant l’année 2009. « C’est grâce aux subventions que le mouvement social reste sous contrôle », dit un jeune activiste pour la langue et membre d’un parti politique nationaliste qui veut garder son anonymat parce qu’il y doit travailler avec « des gens qui sont membres de cette association »; un autre étudiant de philologie à l’Université d’Oviedo croit que « les subventions font partie de la politique du gouvernement pour désactiver le mouvement linguistique » et que depuis que les principales associations sont subventionnées « Il y a moins d’actions et moins de revendication politique ». Fernando Ornosa, membre de la Xunta pola Defensa de la Llingua Asturiana en est aussi d’accord « Les subventions ont été une stratégie du parti socialiste qui a eu beaucoup de succès et a réussi à taire beaucoup de gens ».

...les subventions font partie de la politique du gouvernement pour désactiver le mouvement linguistique...

PLUS D’ARGENT POUR CEUX QU’EMPLOIENT MOINS LA LANGUE

Par ailleurs, il est tout à fait étonnant, que le seul hebdomadaire à être publié tout à fait en asturien, Les Noticies, ne reçoit que 53.776€ pour tout l’année, bien qu’il fait toute son activité en asturien et entretient aussi un journal en ligne pendant tout l’année. Ce qui n’est pas du tout le cas des autres journaux. Mais les différences continuent elles aussi sur le plan radiophonique: Radio Sele, la seule radio à émettre 24 heures sur 24 en Asturien, ne reçoit que 8.117€ pour tout l’année (676€ par mois) tandis que les groupes Radio Asturias (appartenant à Prisa, holding médiatique proche des socialistes) et Onda Cero reçoivent chacun le double (16.234€ pour le premier et 14.145€ pour le second). Les subventions touchent aussi d’autres aspects outre que les médias. En effet, 190.000€ ont été destinés pendant l’année 2010 à aider l’édition de la littérature en asturien et 185.000€ pour les collectivités locales et leurs programmes liés à l’asturien, dont son impact reste local et petit. Par ailleurs, 64.000€ sont destinés pour financer les projets liés à la langue des entreprises privées. Normalement, ce sont des entreprises culturelles ou de produits gastronomiques qui reçoivent cet argent, et pas d’entreprises avec une grande implantation telles que les lignes aériennes, les autobus ou les centres commerciaux. En ce qui concerne les ASBL, 79.000€ leurs ont été destinés en 2010 pour promouvoir l’asturien. Il faut tenir compte que la plus combative de

3 MILLIONS POUR LA F1; 3,5 MILLIONS POUR PROMOUVOIR LA LANGUE ASTURIENNE.

Par ailleurs, les activistes politiques et sociaux pour la langue asturienne dénoncent le « gaspillage » des fonds publics fait par le gouvernement des Asturies. L’acquisition des droits d’émission de la Formule 1 a impliqué une dépense de 3 millions d’euros par an pour le gouvernement Asturien; une quantité presque égale aux 3,45 millions d’euros destinés à la promotion de la langue asturienne (y compris pas les salaires des enseignants d’asturien).

SUBVENTIONS PAR SECTION Médias Édition de livres en asturien Communes Associations Entreprises Musique Traduction asturien vers d’autres langues Études en ou sur l’asturien Cinéma en asturien

€ 415,000 € 190,000 € 185,000 € 74,999 € 64,000 € 42,370 € 20,000 € 20,000 € 16,960

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14 Minoritédeblocage

Entrevue: Inaciu Iglesias Inaciu Iglesias (Uviéu, 1966), est un entrepreneur asturien très engagé avec la langue des Asturies qui dirige l’hebdomadaire asturien « Les Noticies », la seule publication régulière d’information générale à être faite tout à fait en asturien. Ancien militant de presque tous les partis asturianistes ou nationalistes, il soutient aujourd’hui la scission des conservateurs espagnols FAC, qui a un fort discours identitaire. Il se considère asturianiste, libéral et une bonne personne. Il a aussi publié quelques livres et analyse l’actualité politique des Asturies depuis son éditorial sur « Les Noticies » Vous êtes devenu entrepreneur des médias en asturien... C’est rentable de l’être? Ou c’est plutôt un engagement personnel? Les deux choses. Ce que j’essaye, et pour l’instant j’ai réussi, c’est de faire des produits en asturien qui soient rentables. Et je le fais, bien sûr, aussi à cause de mon engagement personnel avec notre langue et notre culture et identité.

Comment avez-vous décidé de commencer l’hebdomadaire “Les Noticies”? Comment l’idée est-elle apparue? À l’époque j’avais trente ans et je connaissais d’autres gens de ma génération qui avaient du talent en tant qu’écrivains, journalistes ou d’autres professions. Ma contribution c’était de mettre à tous ces gens à travailler dans un même projet: Construire une vraie entreprise éditoriale, qui commençait avec un média de communication hebdomadaire et généraliste en asturien avec la discipline et la façon d’agir d’une entreprise.

Vous faites partie d’une association politique asturianiste ou nationaliste? Moi je crois que j’ai toujours été militant de la même position idéologique. Et cela, compte tenue de l’histoire récente du mouvement politique, implique nommer pas mal de partis politiques. J’ai toujours été un nationaliste démocratique qui a toujours voulu être intégrateur. Ce qui m’a fait entrer dans la XNA, de la XNA passer à l’UNA, de l’UNA au PAS, du PAS à l’URAS et de l’URAS au fac. En ce qui concerne la langue, ça fait plus de dix ans que je paie régulièrement tous les mois à la Xunta pola Defensa de la Llingua Asturiana et faisant partie de la Fondation Caveda y Nava. Tous ces changements de filiation politique sont dus à l’histoire rocambolesque du mouvement asturianiste des dernières décennies. La XNA s’est unie avec l’ENA pour faire l’UNA. L’UNA s’est mis en coalition avec le PAS pour après rompre la coalition. L’URAS a eu besoin de cinq ans pour s’unir au PAS. Et maintenant je crois que le FAC


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c’est l’option qui, avec tout ce qu’on a vécu, peut nous donner la visibilité qui nous manque.

Ça fait quelques mois que vous avez fait un virage vers l’option Cascos” (FAC)... Vous le faites parce que vous croyez que c’est la meilleure option pour la langue, ou parce que c’est l’option qui mieux représente vos idées socioéconomiques, en dehors de la question linguistique? Je le fais à cause de deux choses. Je crois que la normalisation de l’asturien a besoin du pouvoir et présence sur la vie publique; il faut convaincre la majorité des députés du parlement asturien et conditionner la politique réellement. Et c’est pourquoi qu’il est très important de ne pas rester avec le groupe des gens qui sont déjà convaincus... mais justement le contraire, d’essayer de convaincre les autres. Par ailleurs, c’est vrai que je me sens plutôt identifié avec la vision sociopolitique de FAC.

C’est difficile d’être un “entrepreneur de la langue”? Est-ce qu’il y a un avenir pour ceux qui travaillent sur les médias en asturien?

Avec le temps et l’expérience, je me suis rendu compte que l’absence du statut de langue officielle ce n’est pas à cause d’une seule raison ou d’une malédiction. Mais plutôt le résultat d’un bon nombre de circonstances, échecs et succès qui nous ont menés jusqu’ici. Je crois qu’on doit apprendre de notre passé, que l’avenir n’est pas écrit et qu’il dépend de plein de choses. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il faut insister et entrer aux bureaux où l’on décide les choses.

Pourquoi pensez-vous que les Asturies iront mieux avec Francisco Álvarez-Cascos en tant que président?

Bon, oui, c’est difficile. Mais c’est pire de devoir s’occuper d’un enfant et de n’avoir qu’un travail de 700 euros par mois. Ça c’est dur.... Et en ce qui concerne les médias en asturien tout serait beaucoup plus facile si notre administration avait une politique qui favorise le jeu franc entre les entreprises au lieu de l’intrusion publique et la compétence inégale.

Quel est votre avis sur le nationalisme asturien? Pourquoi a-t-il échoué?

Je crois qu’avec lui notre patrimoine culturel sera plus protégé et là notre défi c’est d’inclure le patrimoineí linguistique. Il y aurait un développement économique, un respect plus grand de notre pays en Espagne et dans le monde.

Êtes-vous une « rara avis » à cause d’être asturianiste et en même temps plutôt à droite ou libéral? Pourquoi le nationalisme asturien n’a pas eu de succès parmi les gens libéraux asturiens?

Bon. Je crois que le nationalisme asturien a eu quelques succès qui semblaient impossibles au départ. C’est pourquoi je ne crois pas qu’il soit échoué. Le problème c’est que, peut-être on est trop ambitieux. Je crois qu’il faut être beaucoup plus réaliste. La responsabilité n’est pas seulement à nous, et on a besoin de la complicité d’autres personnes. Si l’on veut influer, on doit être présents là où il y a la place pour l’influence.

C’est économiquement possible d’avoir une activité économique autour de la langue asturienne sans avoir recours aux subventions publiques? Il y a-t-il un « marché » pour la langue?

Je ne crois pas que je sois tellement bizarre. Il y a d’autres comme moi, mais c’est vrai que je n’appartiens pas au discours majoritaire... Je crois que le nationalisme n’a pas triomphé parmi les gens de droite justement parce que pendant ces derniers décennies on a eu le sentiment que le fait d’être nationaliste était en soi un synonyme de gauche.

De quoi l’asturien a-t-il besoin pour être déclaré « langue officielle »? La viabilité de la langue ne dépend pas des subventions. Et oui, il y a un marché. Bien qu’on n’a pas encore réussi à contrôler toute la chaîne qui participe dans l’élaboration d’un authentique secteur économique: Créateurs, éditeurs, distributeurs, médias, institutions, public...

Quelle est la raison de l’absence d’un statut de langue officielle pour l’asturien? C’est un problème politique ou social? Il n’a pas besoin de chantages ni de pressions. Ça semble rapide, net et efficace. Mais c’est justement le contraire. Il n’y a jamais des raccourcis en politique. C’est pourquoi je crois que le changement de statuts pour notre langue va se produire quand les gens en seront convaincus. C’est plus lent, c’est vrai. Mais beaucoup plus sûr. Et finalement, la seule façon c’est d’obtenir une majorité parlementaire forte et modifier l’article 4 du statut. Et cela ne peut pas être ni une improvisation ni une imposition.

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Anciens militants, nouveaux candidats:

Les vases communicants du nationalisme Un bref portrait des gens issus du mouvement linguistique qui font leurs premiers pas en politique.

Les Asturiens élisent le 22 mai 2011 les 45 personnes qui vont diriger la vie publique du pays les prochains 4 ans. Le mouvement linguistique et les gens qui en font partie ne restent sans rien faire pendant la campagne. Beaucoup d’entre eux ont pris position pour un des plusieurs partis politiques qui essayent d’avoir leur espace dans le parlement asturien. Ce sont, normalement, les partis nationalistes les plateformes politiques préférées pour les militants du mouvement linguistique. Ils doivent mettre de côté leurs compromis au sein du mouvement social pour s’occuper des nouveaux postes et des nouvelles tâches politiques. Des fois, ce sont les militants de base qui concilient leurs deux rôles; mais on y peut voir des gens beaucoup plus remarquables.

Maintenant, il occupe la première position sur la liste que la coalition de gauche nationaliste Bloque por Asturies-UNA présente pour le conseil municipal de la capitale asturienne: Oviedo. Il est donc le candidat à maire en représentation de cette coalition électorale. Pour lui ce voyage représente une trajectoire logique « La culture et la langue venaient avant la politique. C’est la conscience d’être différent ce que nous fait entrer en politique » dit-il. À l’époque où il était porte-parole de cette plateforme, il avait eu l’occasion de parler en nom de plus de 20.000 manifestants qui s’étaient réunis sur les rues d’Oviedo afin de défendre leurs idées et valeurs. Aujourd’hui, il lutte pour transformer sa projection médiatique en plus des 5.000 voix qui lui donneraient accès au conseil communal en tant qu’élu. Pour lui c’est clair que c’était d’abord la langue et ensuite la politique parce qu’il fallait « faire sortir la langue des investigations cultivées et la faire entrer dans le cadre social ».

C’est la conscience d’être différent ce que nous fait entrer en politique.

Un de ces derniers cas, c’est Fernando Ornosa, un des visages les plus connus du mouvement de revendication de la langue asturienne. Jusqu’à la fin du 2008, il était le porte-parole du Conceyu Abiertu pola Oficialidá (CAO), une plateforme qui rassemblait tous les partis politiques, associations, entreprises et personnes particulières unis sous le seul compromis de rendre l’asturien langue officielle.

CONTRE LE « NATIONALISME DE SALON »

Lorsqu’il parle, on voit le visage d’un lutteur sur le plan politique mais aussi sur le plan personnel. Avec un grand problème de vision


Minoritédeblocage qu’on remarque en lui regardant, cet handicapé diplômé en géographie et qui travaille en tant qu’ethnographe raconte ce qui est à l’origine de son action politique « C’est l’impuissance que je sens devant la négation que les trois principaux partis politiques (PSOE, PP et IU) font de la réalité culturelle et linguistique des Asturies et son discours hypocrite qui m’a fait entrer en politique ». Cependant, il a dû attendre l’alliance entre ces deux partis nationalistes de gauche, le Bloque por Asturies et l’Unidá Nacionalista Asturiana, pour oser d’être à la tête d’une liste électorale. En tout cas, il semble que le soutient de ses anciens compagnons est assuré, puisqu’il dit que « la plupart des activistes du mouvement linguistique ont une bonne considération du nationalisme asturien; environ un 40% des militants partagent l’idéologie nationaliste », mais il croît qu’il y a une « absence d’implication politique » et « beaucoup d’’asturianistes’ ou nationalistes de salon et très peu de ‘vrai’ nationalistes », dit-il en référence au concept plus vague qui rassemble tous les gens qui ont une préoccupation politique pour les Asturies mais qui ne veulent pas forcement la souveraineté des Asturies.

DE LA PANCARTE AU PUPITRE

Même s’il reste le plus remarquable de tous les militants du mouvement linguistique qui sautent vers la politique asturienne, Fernando Ornosa n’est pas le seul: Xosé Ambás est le responsable de « Camín de Cantares » (Chemin

Yolanda Huergo

des chansons), une émission de la télévision publique asturienne (TPA) qui vise à récupérer les anciennes chansons des Asturies, et il a été un des visages les plus connus du mouvement linguistique dans sa partie de recherche et investigation. Il accompagne Fernando Ornosa en quatrième position sur la liste électorale pour la mairie d’Oviedo et n’a pas refusé de se laisser filmer sur des vidéos en montrant son soutien au parti politique ou d’être présent aux actes politiques de campagne de cette coalition, la principale force politique de toutes les forces nationalistes qui lutte pour avoir son espace au parlement asturien. Marga Solares, deuxième sur la liste de Bloque por Asturies-UNA au conseil communal de Villaviciosa est un autre exemple d’un transfert de capital humain depuis le mouvement linguistique vers le mouvement politique. Membre de l’association culturelle « La compaña del Ronchel » (La compagnie de l’étoile de mer en français), elle débute en politique et croit qu’« il est possible d’avoir deux conseillers communaux, et même gouverner en coalition ». Sociologue de formation, et âgée de 27 ans, elle déclare qu’elle veut « changer la vie de ma ville depuis les institutions » parce que, d’après elle « c’est le seul chemin pour améliorer la société ». Elle croit que les associations culturelles sont nécessaires, mais pense que les dirigeants politiques ne réagissent que « devant les votes et le risque de perdre leur pouvoir ».

est sans doute une des personnes qui sont à la tête de tout cet effort pour avoir accès aux institutions. Elle est militante de l’association de défense de la langue, Xunta Pola Defensa de la Llingua Asturiana (XPDLL) et elle occupe aussi la deuxième position sur la liste de la coalition Bloque por Asturies-UNA au parlement des Asturies. Elle est sans doute le cas le plus remarquable de tous et la personne issue du mouvement de revendication linguistique qui occupe le poste le plus important. Depuis son pupitre elle lit les discours sur tous les sujets qui touchent les Asturies, pas seulement sur ceux liés à la langue. Inconnue pour la plupart des gens, elle a pris la parole et est devenu le visage le plus connu des anciens militants du mouvement linguistique qui font leurs premiers pas en politique.

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22-Mai

La langue et les urnes.

Les asturiens vont élire le 22 mai 45 députés qui détermineront la politique publique asturienne, y compris la linguistique. Tous les partis n’ ont pas les mêmes positions sur la langue.

Chaque élection, suppose pour la langue asturienne un nouvel horizon. Des nouveaux espoirs et des nouvelles déceptions. Les militants du mouvement social pour la langue prennent des positions, et les hommes et femmes politiques qui n’en font pas partie n’hésitent pas à leur faire des clins d’oeil. Une proposition sur le programme électoral ici, quelques petites phrases prononcées là... et bien sûr, les questions gênantes des journalistes à chaque interview: « Êtes vous pour ou contre le statut officiel pour l’asturien? » Personne ne s’en échappe, et tous doivent y répondre: Si le mouvement linguistique a réussi à faire quelque chose en politique, c’est de faire ressortir la question linguistique sur l’agenda politique. Presque aucun parti politique n’évite de répondre à la question, bien que l’ambiguïté soit toujours, et aussi en politique linguistique, la meilleure amie du politicien.

LES PARTIS MAJORITAIRES: CONTRAIRES

Les socialistes, actuels détenteurs du pouvoir, se sont toujours pas manifestés contraires à permettre une autre langue officielle aux Asturies différente de l’espagnol. Responsables de gouverner les Asturies 26 ans sur les 30 que la communauté autonome a, ils ont toujours

soutenu l’actuelle politique caractérisée par l’inclusion de l’asturien dans l’enseignement en tant qu’une matière à option et l’utilisation des subventions en tant que principal outil de promotion linguistique. Par ailleurs, les deux autres partis politiques, les conservateurs du Parti Populaire et son scission régionaliste Forum Asturies, s’y sont opposés. Historiquement, certains des dirigeants conservateurs avaient une position plutôt ouverte et avaient même signalé leur positionnement favorable. Et bien que le « cleavage » entre les deux grands partis conservateurs des Asturies soit leur majeur accent sur ce qui est « asturien » ou ce qui est « espagnol », le statut officiel pour la langue asturienne semble être en dehors du débat, et le candidat du Forum s’est exprimé d’une façon contraire lorsqu’il déclarait qu’il « soutient l’asturien en tant qu’un fait différentiel des Asturies », mais pour lui, donner le statut d’officielle à la langue asturienne supposerait un « excès » qui « porterait préjudice à la récupération linguistique ».

LA GAUCHE ET LES NATIONALISTES: FAVORABLES.

En outre que les socialistes et les deux partis conservateurs, il y a deux autres partis politiques


Minoritédeblocage présents au parlement asturien qui peuvent être présents à nouveau après les élections du 22 mai et qui ont dans leurs programmes électoraux la défense du statut de langue officielle pour l’asturien. Il s’agit des anciens communistes et les verts: Gauche Unie - Les Verts, qui vont se présenter en coalition; et les nationalistes de gauche Bloc pour les Asturies – Unité Nationaliste Asturienne. Tandis que la gauche écologiste vise à obtenir 4-5 députés au parlement, les expectatives des nationalistes sont beaucoup plus modestes, et visent à obtenir 1-2 députés. Les deux forces ont l’espoir d’être décisives pour la formation d’un gouvernement dans un parlement fortement divisé après la scission des conservateurs. Néanmoins, aucun des deux partis politiques fait un discours trop centré sur la question linguistique, et, pour le candidat nationaliste Rafael Palacios « Il serait une tromperie de dire qu’on peut réussir à rendre officielle notre langue après les élections » et que ce qu’ils peuvent garantir c’est de « porter la demande au parlement et défendre cette aspiration au parlement ». Pour l’instant, les nationalistes restent les seuls à utiliser l’asturien d’une façon normale, et pas ponctuelle.

est « hors question », puisque le PAS a été le seul parti à défendre la langue asturienne pendant les années 90 au parlement et le premier parti asturien (et nationaliste) à obtenir un député au parlement. C’est en effet son candidat (et ancien député) qui est responsable du cadre légal actuel et rédacteur de la loi actuelle d’usage et promotion de l’asturien. Cette loi était, d’après lui, « la seule possibilité que l’on avait à l’époque de défendre la langue asturienne », due à une « forte opposition » des autres partis, et plus particulièrement des socialistes. Le nouveau parti politique IDEAS (Indépendents des Asturies) a profité de la campagne électorale pour faire un virage vers la langue, et le 6 avril passé il surprenait tout le monde en annonçant son « compromis de trouver un consensus pour obtenir le statut de langue officielle pour la langue asturienne ».

La question linguistique fait partie de l’agenda politique: personne ne peut s’en échapper

LES MINORITAIRES: DIVISÉS.

Les autres partis politiques qui n’ont pas, en principe, possibilité d’obtenir un siège au parlement, mais qui pourraient pourtant avoir des élus locaux, sont la coalition nationaliste et régionaliste de droite URAS-PAS, les régionalistes IDEAS et le parti ultra-nationaliste espagnol UPyD. Et là, les positions sont fortement différentes: Si les ultra-nationalistes espagnols d’UPyD sont « totalement opposés » à l’officialité de la langue, pour la coalition URAS-PAS la lutte pour la langue

L’arithmétique parlementaire et les réformes statutaires:

PAYSAGE PLUTÔT SOMBRE.

Les sondages électoraux qui visent à déterminer le nombre de sièges que chaque parti aura au parlement, donnent entre 39 et 42 sur 45 aux partis politiques contraires au statut de langue officielle. Et bien qu’aucun parti politique semble pouvoir obtenir une majorité absolue, et la participation de la gauche et des nationalistes pour soutenir le futur gouvernement semble possible, un changement du statut pour la langue impliquerait une réforme du Statut d’Autonomie des Asturies (une sorte de constitution politique) et qui ne peut pas être accomplie qu’avec le soutient des 3/5 du parlement asturien et le consentement majoritaire du parlement espagnol. Cela semble en dehors des limites d’une négociation pour les nationalistes et la gauche, même s’ils restent indispensables pour la formation d’un gouvernement.

Pour former gouvernement, un parti a besoin du soutien de 23 députés du parlement asturien ou, les cas échéant, de la majorité simple des députés. Le parlement n’a été contrôlé par une majorité absolue que pendant les législatures 1983-1987 et 1999-2003. Toutes les autres élections ont supposé le besoin d’un pacte et un accord entre deux ou plusieurs acteurs politiques. En ce qui concerne le statut d’autonomie, il est nécessaire, outre que le consentement du parlement espagnol, une majorité de 27 sur les 45 sièges parlementaires, sauf si la réforme vise à augmenter le nombre de compétences: Là, il suffit le vote favorable de 23 des 45 députés.

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Les acteurs principaux aux Asturies

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