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spécial chantepie l’émancipation improvisée

MAGAZINE INDÉPENDANT - N°02 - avril 2009 - 3,90 €

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rêves, révoltes & conséquences

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AV R I L 04 AGORA Vos réactions

2009

n°02

06 retour sur MARS 08 LES INÉDITS SANS- PAPIERS

Pas les bienvenus au conseil général têtes et gros muscles La chambre régionale des comptes menacée Les gendarmes vont verbaliser sec FORUM LIBÉRATION Grosses

10 UNIVERSITÉ RENNAISE rÊVes, réVoltes et conséQuences

POLITIQUE 22 DES CRABES DANS LA VILAINE 24 FISCALITÉ

Sale temps pour les propriétaires

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10

C’est l’une des championnes nationales de la contestation estudiantine. Quarante ans après sa naissance, Rennes 2 « la rouge » est désormais plus connue pour son bouillonnement

SOCIÉTÉ 26 ANTENNES-RELAIS

politique que pour ses résultats. Une réalité ancrée dans son histoire qui, aujourd’hui, préoccupe certains acteurs de l'université.

70 nouVelles antennes Dans l’aGGlo

29 BEAUX-ARTS PirataGe À tous les étaGes 30 DISTRIBUTION DE SERINGUES

La dose nécessaire 32 INSTANTS D'AUDIENCES

TENDANCE 34 ON VA SORTIR.COM

Rencontres sur toile

ÉCONOMIE 36 MARIO PIROMALLI

Mac Mario 38 AUTO -ENTREPRENEURS

La folie créatrice

40 SPÉCIAL CHANTEPIE l'éManciPation iMProVisée

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CULTURE 46 CAFÉS-CONCERTS la « Ville rocK » s'enDort

40

52 AGENDA CULTUREL

SPORT 56 BOXE FÉMININE

Uppercuts et dentelle 58 CARNET DE ROUTE

Le demi-Tours du Rennes volley 60 RAYMOND KERUZORÉ

« En Coupe, on est soudé comme jamais »

62 JEUX

S'ABONNER P.5

26 Le Mensuel/avril 2009

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AGORA Le Mensuel de Rennes

« Il faut que chacun se fasse son opinion » lemensuelderennes.fr

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CATHOLIQUES Guerre de clochers entre traditionalistes STADE RENNAIS Les recettes de la formation

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Trop ci, trop ça. Pas assez comme ci, pas assez comme ça… Le premier numéro du Mensuel de Rennes a suscité pas mal de réactions et de critiques, globalement positives mais pas unanimes. Certaines sont parvenues à nos oreilles. Sachez que c’est toujours un plaisir d’avoir connaissance des avis constructifs de nos lecteurs. En voici quelques-uns. « Bravo pour ce nouveau magazine, beaucoup d’articles très intéressants, en particulier celui sur les glaneurs de la place des Lices. C’est du beau boulot. » FMR

« Oui, bravo! C’est au moins aussi bien et aussi intéressant que son grand frère Le Mensuel du Golfe du Morbihan. Moi aussi j’ai beaucoup aimé l’article sur les glaneurs et j’ai appris des tas de choses sur ce qui se passe dans Rennes et ses alentours. C’est l’avantage du mensuel qui permet des articles fouillés et des investigations fines. Vivement le numéro 2 ! » Erin « (…) A la joie de voir se développer une presse indépendante sur Rennes, à l'image du Mensuel du Golfe du Morbihan que je connaissais et que je trouve pertinent et impertinent, se mêle ce jour une réelle déception. La Une sur Delaveau très consensuelle, des articles pas du tout investis, l'absence de toute critique hors les élus de l'opposition institutionnelle, le Stade rennais, 80% de pub institutionnelle (ville de Rennes, Forum Libération, Star...) et le reste une pub sur les 4x4 (…). Rien sur l'écologie, rien sur les grèves et le mouvement social local, (…), rien sur les médias, j'ai la drôle d'impression que Le Mensuel de Rennes a décidé de brosser la mairie et ses réseaux culturels, sociaux et économiques dans le sens du poil, histoire d'assurer

Contacts rédaction : Le Mensuel de Rennes, magazine indépendant, 15 rue lanjuinais, 35000 rennes - tél : 02 99 79 04 65 - Fax : 02 99 79 04 48 e-mail : redaction@lemensuelderennes.fr Directeur de la publication : François Maumas Directeur de l’information : Killian tribouillard Chef de rédaction : emmanuel Danielou Rédacteurs : Killian tribouillard, claire staes, benjamin Keltz, nicolas legendre, emmanuel Danielou Secrétariat d’édition : nicolas

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Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

sa viabilité. Compréhensible pour un premier numéro, cette politique risque de fortement décevoir ses principaux supporters, ceux qui sont las de cette « intelligence rennaise » omnipotente. Trois articles sortent du lot cependant : l'article sur les glaneurs, celui sur les intégristes et celui sur les cinémas. Et pourtant, les sujets pour ce premier numéro ne manquaient pas : couvent des Jacobins, Forum Libération, Caravane des quartiers, démocratie locale, antennes-relais, opérateurs de service public, eau, chauffage, santé, précarité, etc. (…) Bon, comme je l'ai déjà dit, ne soyons pas bégueule, longue vie à ce nouveau journal même si au lieu d'air frais, on a plutôt un air conditionné. Désolé d'être un peu dur, je sais l'enthousiasme et l'énergie qu'il faut pour créer un journal. Je continuerai à l'acheter et j'incite tout le monde à le faire, histoire que chacun se fasse son opinion. Bon courage à toute l'équipe. Jean-Marie Goater La Une était trop consensuelle ? Peut-être. Le titre, lui, ne l’était pas forcément. « Rien sur l'écologie, rien sur les grèves et le mouvement social local. » Certes. Difficile de parler de tout en 64 pages… Comme tous les journaux, Le Mensuel de Rennes se construit au fil de ses éditions. Vous parlez d’un magazine qui souhaite brosser les élus dans le sens du poil ? C’est votre avis, nous le respectons. Sachez simplement que celui-ci n’a pas été forcément partagé par les intéressés… Il y avait des pubs ? Normal, l’équipe de notre

legendre Relecture : Josette Faure Graphisme PAO : Gilles samson, thomas Dubois Crédits photos : romain Joly Dessinateurs : Manu, nono Mots-croisés : Jean-Jacques egron Ont participé à ce numéro : eric Prévert, Pierrick sauvage, cédric Wachthausen Impression : Graphi centre, Fougères - imprimé sur du papier PeFc Contacts publicité : François Maumas tél : 02 99 79 04 65, e-mail : francois.maumas@lemensuelderennes.fr Administratif : cécile saison Dépôt

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magazine vit des recettes des ventes et de la publicité… sans dépendre de quelconques subventions. Au Mensuel, les commerciaux vendent la publicité et les journalistes exercent leur métier de journaliste. Les uns cohabitent avec les autres sans subordination mutuelle, en totale indépendance. Vous citez Le Mensuel du Golfe du Morbihan (le grand frère du Mensuel de Rennes). Il y a aussi de la pub dedans. Et pourtant, jamais ses lecteurs n’ont douté de son indépendance de ton, de style et d’esprit… Vous-même y compris, d’ailleurs. Un journal, livré à la multitude de sensibilités de ses lecteurs, reste toujours perfectible. Surtout quand il s’agit de la première édition et qu’il n’y a pas eu de numéro 0 pour caler les choses… Si vous connaissez un peu la presse, ce dont nous ne doutons pas, vous devez savoir que la création d'un journal est une chose compliquée. Cela demande du temps et quelques hectolitres de sueur. Et, sauf à disposer d'une armée d'Albert Londres, il s'avère difficile de « réussir » totalement un premier numéro. A nous d'améliorer les prochains « bébés ». D'assurer les finitions. A nos lecteurs de pointer les erreurs, de nous indiquer nos failles et nos manquements. De nous faire remonter des infos aussi. A eux, peut-être, enfin, de nous accompagner sur le long terme. Et de mêler leur intransigeance, parfois, d'un peu d'indulgence. Sachez que de notre côté, nous continuerons à œuvrer pour proposer un magazine de qualité, honnête, un brin décalé et qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Bien cordialement La rédaction

légal : à parution ISSN : en cours Commission paritaire : en cours. Le Mensuel de Rennes est édité par scrib, maison d’édition, sarl au capital social de 9 501 €, 30 rue Gougaud, 56000 vannes - siret : 477 807 499 00033 - aPe : 5814Z. toute reproduction, intégrale ou partielle, est strictement interdite sans autorisation de l’éditeur. © 2009 scrib sarl


cinéma Gaumont

la croix-rouge

« Même à Paris, on paie moins cher ! »

Précisions du président

OFFRE Cité leD’ABONNEMENT mois dernier dans l’article « Sans abris,

Suite à l’article paru dans Le Mensuel de mars, nous avons reçu cette réaction.

Impasse au 20 rue Saint-Georges

’idée n’est pas neuve. Elle date du début des travaux du multiplexe il y a trois ans : créer un complexe art et essai dans les anciennes salles Gaumont quai Duguay-Trouin. L’Arvor est à l’étroit rue d’Antrain avec ses deux seuls écrans. Le bâtiment ayant été vendu, le projet n’a pu aboutir. Mais il pourrait renaître au sein du Cinéville Colombier, désormais en vente. En concurrence directe avec le Gaumont de l’esplanade Charles-de-Gaulle et ses conditions de projection dernier cri, le Cinéville ne peut lutter. « Mais on poursuit l’exploitation tant que ce n’est pas vendu, pré-

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cise son directeur Arnaud Auvêpre. Des négociations sont en cours, cela prend du temps. » Dans un contexte économique morose, et dans le cadre d’un schéma d’aménagement urbain qui vise toute la dalle du Colombier. Quelle qu’en soit l’issue, la municipalité prendra position. « Si le risque que s’éteignent plusieurs écrans se confirme, alors nous nous engagerons pour conforter le pôle art et essai. Nous ne voulons pas que l’offre cinématographique diminue en quantité et en qualité », confie René Jouquand, adjoint à la culture. Les salles de L’Arvor (qui appartiennent à la ville) pourraient alors être dévolues à la « Boîte à Images ». Ce pro-

jet a été évoqué récemment par l’association Clair obscur dans l’éditorial du festival Travelling. Sur le modèle du Cinématographe à Nantes, elle regrouperait les acteurs associatifs du cinéma à Rennes (Comptoir du doc, l’Arrosoir à Emile, Court métrange…) pour diffuser d’autres images (documentaires, animation, art vidéo, ciné-concerts…), pour dialoguer et éduquer « à côté des circuits commerciaux (grand public comme art et essai) ». « Chacun y trouverait ses marques et complémentarités, mais à l’allure où vont les choses ce n’est pas pour demain », regrette Jacques Frétel, grand manitou de l’art et essai rennais, programmateur de l’Arvor et du Ciné-TNB.

Spectateurs mouvants

Côté Cinéville, on a choisi de casser les prix en attendant la fermeture : 4 € pour les moins de 25 ans tous les jours et le jeudi pour tout le monde. « On attire une clientèle qui n’allait pas ou peu au cinéma », observe Arnaud Auvêpre. Constat analogue au Gaumont, pour des raisons différentes : « On regagne un public plus familial, plus populaire par rapport à la clientèle traditionnelle de Rennes centre constituée d’étudiants, d’enseignants, de CSP+. Les premières semaines, on a ressenti un gros mouvement de curiosité. Les Rennais se sont rapidement approprié le cinéma, ils n’ont pas fait de "rejet multiplexe". » Un sentiment partagé par Eric Gouzannet, le direc-

teur du festival Travelling, hébergé en 2009 dans le nouveau complexe. « Le public n’a pas rechigné. On a joué petit bras, on aurait dû solliciter une plus grande salle. » En travaillant avec d’autres structures (projections des Trans Musicales, du Metropolitan opera), le multiplexe entend se démarquer de l’image peu reluisante qu’offre ces files d’attente identiques pour les billets et l’alimentation. De même, il programme de plus en plus de VO, de films grand public mais aussi de films moins porteurs, empiétant sur le territoire de l’art et essai. « Un film n’appartient à personne, remarque Jacques Frétel, mais c’est délicat quand on est plusieurs sur le même. C’est une joute verbale permanente où le distributeur a la décision finale. Dès qu’un auteur est un peu plus rentable, à terme on est obligés de partager. Nous devons continuer à défricher, à exposer des films singuliers qui feront le cinéma de demain dans les lieux généralistes. » Éric Prévert

Ciné Liberté, Brest : 803 922 entrées (15 salles) Mega CGR La Mézière, Rennes : 695 663 entrées (12 salles) Cinéland Trégueux, Saint-Brieuc : 551 873 entrées (9 salles) Mega CGR Lanester, Lorient : 494 205 entrées (11 salles) Cinéville Parc Lann, Vannes : 417 268 entrées (7 salles) Cinéville, Lorient : 384 341 entrées (11 salles) D’ordinaire, le cinéma Gaumont de Rennes arrivait en 3e position de ce classement. De janvier 2008 à sa fermeture en octobre, il a réalisé 380 813 entrées (8 salles). En novembre et décembre, 155 000 spectateurs sont venus au nouveau multiplexe (13 salles, 2 800 fauteuils). Les autres salles rennaises  Cinéville Colombier : 295 000 entrées (6 salles, 1 362 fauteuils) Arvor : environ 120 000 (2 salles, 373 fauteuils) Ciné-TNB : environ 100 000 (2 salles, 495 fauteuils)

Tarifs en pagaille

La gestation et la construction d’un cinéma est souvent digne du tournage d’une saga. Il aura fallu huit ans pour que le feuilleton du multiplexe en centreville trouve son épilogue, cet automne. Un véritable parcours du combattant

MDR/mars 2009

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Rennes, les associations d’aide aux sans-abris n’en peuvent plus. Trouver un toit à un SDF pour la nuit ressemble à un casse-tête. Du 1er novembre au 31 mars, la t rêve hivernale impose pourtant à la préfecture de débloquer des lits d’urgence supplémentaires. Dans le pays de Rennes, 40 places s’ajoutent aux 65 ouvertes à l’année. Un nombre jugé « insuffisant » par la Croix rouge en charge des maraudes du Samu social. Au 115, on explique ne pas être « en capacité de répondre à toutes les demandes ». Le discours officiel de la préfecture défend, lui, « un nombre potentiellement suffisant » de lits d’urgence. Entre l’analyse de la préfecture et celle des associations, la vision du problème change. Qui a tort ? Qui a raison ? « Les chiffres officiels ne représentent pas la réalité », tranche Damien Malard, responsable du 115. Lundi 23 février, sur le carnet de bord de la plateforme téléphonique, huit places restaient disponibles dans le département. Malgré cela, dix personnes n’avaient pas trouvé de réponses à leur demande de logement d’urgence pour la nuit. « Un sans-abri de Rennes ne peut être placé à Saint-Malo. Des hommes ne peuvent être redirigés dans une structure réservée aux femmes… », décrypte Damien Malard. Dans les bureaux de la Croix rouge, Yvan Boisramé, président de l’association, fait le même constat. Lors de sa dernière maraude avec le Samu social, quatre sans-abris souhaitaient être transportés pour passer la nuit

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abonnement(s) de 73 € pour 24 mois « Nous concernant, à enaucun moment la question n’a (22 numéros dont 2 numéros double sans hors-série) France métropolitaine. abonnement(s) 45 € pour été dedesavoir si 12 lesmois demandeurs d’asile souffrant de (11 numéros dont 1 numéro double sans hors-série) pour Dom-Tom et étranger. problèmes dede logement rester ou partir. Cela abonnement(s) de soutien 45 € pour 12devaient mois (11 numéros dont numéroabsolument double avec hors-série)pas en France métropolitaine. ne1fait partie de nos compétences, ni de nos réflexions. Pire, les services préfectoraux Nom : Prénom : se demandent comment les faire partir. A mon avis, ces Adresse : propos viennent d’un autre monde, d’une autre époque. Ils sont totalement en contradiction avec notre éthique. Notre devise est : humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité. Dans la capitale bretonne, nous sommes confrontés à un afflux de réfugiés. Par rapport à nos équipes du Samu social, cela Code postal : pose un double problème :Ville celui: de la cohabitation entre les Téléphone : sans-abri et les demandeurs d’asile et celui de l’affectation pour: des lits d’urgence qui au départ sont réservés aux sans E-mail abris. De plus en plus, nous nous retrouvons confrontés à des À RETOURNER AVEC VOTRE RÈGLEMENT pAR ChÈqUE À L’ORDRE DE : Le MensUeL dU GOLFe dU MORbIHan situations d’affabOnneMents rontement-avec sédentarisés. La seRVICe 30 RUeles jeansans-abri GOUGaUd 56000 Vannes Conformément à la loi n° 2004801 6 août 2004 relative à la protection des personnes à l’égardest des traitements de donnéesàà caractère question est dude savoir de quelle façonphysiques il nous possible, personnel et modifiant la loi N° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et de suppression des données vous concernant, vous pouvez exercer en contactant abonnementsde au 02plus 97 47 84 74 nous association caritative, de l’gérer cettele service situation en plus préoccupante. »

dans un centre d’hébergement. Faute de place, deux Chinois sont restés « sur le carreau ».

La crainte du 1er avril

Comment expliquer une telle saturation du réseau ? Ces derniers mois, les Centres d’accueil des étrangers demandeurs d’asile (Cada) ont fermé dans les autres départements bretons. Cela s’est traduit par un afflux de réfugiés dans la capitale bretonne. Beaucoup finissent à la rue. Aux yeux de l’Etat, il devient nécessai re de sépa rer les sa n s-abris des demandeurs d’asiles, refoulés des Cada. Ce qui se révèle être mission impossible pour les associations de terrain. Sur le trottoir, comment distinguer un sans-abri d’un demandeur d’asile ? Ces deux personnes entrent en « concurrence » pour le même lit d’urgence. La Croix rouge s’étonne de l’attitude des services préfectoraux. « La principale question tourne autour des demandeurs d’asiles et surtout comment les faire partir ? », relate Yvan Boisramé. La fin de la trêve hivernale approchant, les responsables d’associations s’inquiètent franchement. Au 1er avril, quarante places d’hébergement d’urgence ouvertes pour l’hiver seront fermées. « Le climat devient plus clément », tempère la préfecture. Là encore la réponse fait grincer des dents au sein des associations en charge du problème. Dès aujourd’hui, elles sensibilisent les sans-abris aux prochaines fermetures. La nuit, les lits seront encore plus rares. MDR/mars 2009

Y a-t-il un pilote dans le wagon ?

Paris, gare Montparnasse, voie 4. Mardi 17 février, 14 h 03. Un train s’apprête à prendre la direction de Rennes. « Nous allons bientôt partir, annonce un agent. Merci de composter votre titre de transport. » Soudain, le moteur du convoi s’arrête. Le ParisRennes reste à quai. Hilare, un employé reprend le micro. « Excusez-nous, le train aura du retard. Il manque le conducteur. » Au siège de la SNCF, on explique avec subtilité : « Ce n’est pas le train qui était en retard mais le conducteur ». Les passagers ont apprécié les 25 minutes d’attente.

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« C’est une aberration économique ! » Nathalie Appéré, première adjointe au maire, s’indigne quand elle évoque les travaux de réhabilitation entrepris au 20 rue Saint-Georges dans le vieux Rennes. 700 000 € « avancés » par la ville de Rennes pour le compte d’un propriétaire défaillant. « Au lieu de sauver l’immeuble, il aurait fallu le démolir. » Impossible, le bâtiment est classé dans un secteur sauvegardé. La législation interdit toute destruction (lire pages 16 et 17). Depuis plusieurs années, la mairie s’inquiète de la situation de l’édifice. En 2003, le 20 rue Saint-Georges a fait l’objet d’un arrêté de péril. La sécurité publique n’y est plus assurée. Voyant que le propriétaire refusait d’entreprendre les travaux, la ville s’est donc substituée à lui pour mener le chantier. Le toit, les murs et les fenêtres ont été refaits en 2008. La bâtisse a été mise hors d’eau et la petite note envoyée au propriétaire… insolvable. Les tribunaux arbitreront le litige. Le plus ennuyeux, c’est que, malgré tout, l’immeuble n’est toujours pas habitable. Bilan : il faut à nouveau y engager de gros travaux. « Il y en a encore au moins pour 700 000 euros », souffle Nathalie Appéré. Qui va mener et payer le chantier ?

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D.R.

tent l’affiche le mardi. » Des « avantdernières » également proposées au Mega CGR de La Mézière, le multiplexe du nord de Rennes. L’un a-t-il pâti de l’arrivée de l’autre ? « Nous n’étions pas en concurrence frontale, analyse Alain Poujol. Nous touchions surtout les gens du centre-ville. » M. Gaudin, directeur-adjoint du CGR, abonde : « Nous n’avons pas la même zone de chalandise ni la même clientèle. Ceux qui se déplacent à pied, en bus ou en métro, c’est la chasse-gardée du Gaumont. Son arrivée

était nécessaire dans un paysage souséquipé et pas du tout adapté à une ville aussi développée culturellement. Nous aurions plus à craindre de l’installation d’un multiplexe au sud de Rennes (lire ci-contre). »

Classement 2008 des cinémas bretons (source : Le Film français, 30 janvier 2009)

AP_MGM0309

Métropole culturelle foisonnante, Rennes a souvent été à la traîne pour les équipements cinématographiques. L’ouverture du multiplexe Gaumont en novembre dernier modifie la donne et pourrait créer un effet boule de neige.

MDR/mars 2009

EN CHIFFRES

J’ai lu avec intérêt votre s quence ieurs sé en plus état des lieux des cinémas A rennais. Intéressant. Notamment lorsque le responsable du nouveau Gaumont explique que peu de personnes paient réellement plein pot pour une place. Vendredi soir, je suis allée découvrir ce nouveau complexe avec mon ami. A la caisse, j’étais estomaquée devant Nous faisons d’une l’addition : 16 €. le Soitpari 9,1 € pour lui et information 7,9 € pour moi. Voilà prix à payer indépendante, de lequalité etpour de proximité. un smicard et une étudiante. Même à Paris, on paie moins cher ! J’ose à peine imaginer à combien se serait chiffrée notre soirée si nous avions dû garer notre voiture dans un parking souterrain et pris un cornet de pop-corn… L’Arvor pourrait renaître au sein du Cinéville Colombier

L

Chantepie : le multiplexe toujours dans les tuyaux

Oubliée au fond des cartons, la troisième charte de l’urbanisme commerciale pour 2008 à 2012 lancée par Rennes Métropole souhaite « l’installation d’un nouvel équipement cinématographique sur le sud de l’agglomération rennaise, 2 500 places environ ». Le nouveau maire MoDem de Chantepie, Grégoire Le Blond, temporise. « Dans un premier temps, nous allons développer le quartier du Val Blanc. Ensuite, nous verrons pour y implanter une attraction majeure. » L’élu compte aménager « une zone de logements avec des commerces, services et loisirs » dans la zone du Val Blanc d’ici 2012-2013. Pour le reste, patience.

entre un opérateur privé et une collectivité publique. Le résultat est imposant : une longue bâtisse dessinée par Christian de Portzamparc (également architecte des Champs libres voisins), une décoration chamarrée signée Christian Lacroix, treize salles… et un tarif plein à 9,10 €. Mais n’allez surtout pas dire à Alain Poujol, directeur du Gaumont, que c’est cher. « Moins de 20% des clients payent ce prix. Plus vous venez, moins c’est cher. Entre la carte de fidélité gratuite, la carte mensuelle illimitée, les séances matinales, les coupons additionnels donnés avec les tickets… il y a une multitude de tarifs réduits ! En réservant sur Internet, vous avez des places à 3,50 € pour les films qui quit-

UN PLAN

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OUI, je souhaite m’abonner à la départemental OUI, je souhaite m’abonner de la Croix-Rouge, newsletter du site www.mgm-mag.info au Mensuel du Golfe du Morbihan. tient à préciser ses propos. Il souhaite différencier la position de son association Je souscris : de celle de €lapour préfecture. abonnement(s) de 36,50 12 mois DATE & SIGNATURE

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aP_MDr_0904001 AP_MDR0309

CULTURE

Le Cinéville Colombier ne survivra pas à l’implantation du nouveau multiplexe Gaumont. Les locaux sont actuellement en vente.

Bulletin réservé aux nouveaux abonnés président sans solution », Yvan Boisramé,

HÉBERGEMENT D'URGENCE II Pays de Rennes II


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MARS - mars - avril - mai - juin - juillet - août - septembre - oc tobre - novembre - décembre

I VENDREDI 06/03 I cesson-séviGné I

I MERCREDI 18/03 I rennes I

La fin de combat des Motorola Une lettre de licenciement en guise de cadeau d’anniversaire. C’est ce qu’a reçu Brigitte, ancienne salariée de Motorola, dans le courant du mois. Comme 136 autres employés du site, elle s’est rendue à un « barbecue d’adieu ». Après quatre mois de lutte pour éviter la fermeture de l’unité, les Motorola ont perdu leurs actions en justice. Reste désormais à retrouver un emploi et à conserver le lien tissé durant cette période troublée. Pour ce faire, les salariés ont créé un site internet d’échanges.

3 Carnaval de sourires Mercredi, jour des enfants, hourraaa ! Ils sont 1 600, venus de tous les quartiers de Rennes, à se rassembler sur la place du Parlement pour le Carnaval des enfants. Le thème : « 20 000 lieux sous les mers. » Ça grouille de Capitaine Némo, de pieuvres aux tentacules avides de goûter et de marins du Nautilus hauts comme trois pommes. La compagnie Remue Méninges les invite à s’élever dans les airs avec son spectacle consacré aux « Fous volants » (voir photo).

I MERCREDI 11/03 I rennes I

I MERCREDI 18/03 I rennes I

Sans-papiers : le collectif en mode « occupation » « Nous occupons un lieu public pour qu’un toit soit trouvé aux sans-papiers qui nous accompagnent. La préfecture débloque des places en urgence pour une nuit. Le lendemain, il faut tout recommencer ! », peste Xavier, du collectif de soutien. Mercredi 11, les militants s’installent « durablement » au centre social Carrefour 18, au Blosne (en photo). Devant l’afflux de sans papiers, le collectif occupe les locaux de la CGT. Mardi 24, ils squattent le conseil général… qui les invite dans la foulée à quitter les lieux.

4 Truffaz en son jardin Ambiance feutrée, salle comble à l’Ubu pour un trio inédit. Erik Truffaz, trompettiste de jazz, Sly Johnson, beat box du groupe rap Saïan Supa Crew et Philippe Garcia aux percussions. Erik Truffaz enchaîne depuis quelques années des « projects » où l’échange musical est le maître mot. Il livre deux heures d’un concert où se mêlent voix, trompette et batterie, à la rencontre du jazz et du hip hop, devant un public conquis d’avance. « Merci l’Ubu ! », conclut-il, en habitué du lieu.

I MERCREDI 18/03 I rennes I I MERCREDI 11/03 I rennes I

1 Grosse agitation sur la dalle Kennedy 17 h. A Villejean, sur la dalle Kennedy, 300 étudiants investissent le supermarché Carrefour Market. L’opération est une « auto réduction » destinée à agir contre la précarité. Selon le directeur du magasin, 10 000 € de marchandises disparaissent des rayons. Deux étudiants et un habitant du quartier sont arrêtés. Plus tard, une quinzaine de jeunes cherchent à envahir le commissariat voisin (voir photo). Les policiers reconnaissent l’un d’entre eux le lendemain, alors qu’il vient porter plainte… pour violences policières. Il écope de trois mois fermes.

I SAMEDI 14/03 I rennes I

Barre-Thomas : « Tous aux prud’hommes » Le 12 février, le tribunal de grande instance de Rennes considérait comme « nul » le plan social de la société Barre-Thomas. La justice donnait alors raison aux 309 salariés licenciés entre 2007 et 2008. Ce samedi, les syndicats CFTC et CGT se réunissent en compagnie d’anciens employés pour préparer la suite de la bataille. Objectif : prud’hommes. Près de 80 dossiers sont d’ores et déjà montés. Selon l’avocat des syndicats, tous les employés licenciés pourraient prétendre à une année de salaire en guise de dommages et intérêts.

15 cas de cancer détectés à Beaulieu

« Par précaution », le président de Rennes 1 décide de fermer le bâtiment 13 à Beaulieu. Un médecin a dénombré quinze cas de cancer chez cent femmes âgées d'une trentaine d'années. Elles ont toutes travaillé dans ce laboratoire, qui accueille l'UFR de biologie cellulaire et moléculaire. La plupart des victimes ont contracté un cancer du sein ou une leucémie en l'espace de sept ans. Des expertises sont conduites par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

I JEUDI 19/03 I rennes I

5 Foule des grands jour pour le « jeudi social » 14 000 manifestants d’après la police, entre 30 et 40 000 selon les syndicats. Au delà de la sempiternelle guerre des chiffres, la seconde grande mobilisation de l’année sonne comme une réussite. L’intersyndicale maintient la pression sur le gouvernement. Comme en janvier, le cortège accueille de nouveaux venus. La manif’ relaie aussi des dizaines de revendications différentes et un maître mot : « Stop Sarko ! » Dans la capitale bretonne, le président de la République cristallise les mécontentements.

I MERCREDI 18/03 I rennes I

2 Le Stade rennais en demi-finale de Coupe de France Jouer à domicile un quart de finale de Coupe de France, face à une équipe de Nationale, cela semble le meilleur tirage possible. La preuve sur le terrain. Sans sourciller, Stéphane Mbia et Jimmy Briand pilonnent les buts de Rodez. Rennes s’impose 2-0 (voir photo). Le prochain tour s’annonce moins évident. Le 21 avril, les Rouge et noir se rendront à Grenoble pour décrocher leur billet pour le Stade de France. « C’est dommage de se déplacer. A domicile, le public nous transcende », regrette Fabien Lemoine.

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Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

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I DIMANCHE 22/03 I rennes-GironDe I

Elle voulait connaître son avenir, elle sauve une vie Une internaute rennaise surfe sur un site de voyance en ligne lorsqu’elle intercepte le message d’une désespérée. Cette dernière déclare qu’elle va mettre fin à ses jours. Ni une, ni deux, l’internaute alerte le commissariat de police. Féru d’informatique, un enquêteur identifie l’origine du message et l’adresse de la désespérée. Elle habite une petite commune de Gironde. Prévenus, les gendarmes locaux s’y rendent en urgence. Ils arrivent à temps pour la sauver.


P. Sauvage

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3 Le Mensuel/avril 2009

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LES INÉDITS un rennais dessine Plus belle la vie

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0 h 10 : Plus belle la vie, sur France 3. Le feuilleton cartonne. Les produits dérivés champignonnent. Après les jeux vidéo, le livre, les jeux de société… voici la BD. En mai prochain, Mémoires brûlées sortira. Aux manettes : Gérard Cousseau. Habitant de Cintré, longtemps Rennais, il a notamment travaillé sur Le journal de Mickey, Spirou ou encore L’Encyclopédie des prénoms. Aujourd’hui, il se charge du projet « PBLV ». Cela fait un an qu’il planche sur le scénario, le découpage technique et les dialogues de l’album. Découvrant la série, il a dû composer avec. « Nous conservons quelques personnages, notamment Thomas, Rolland, Mélanie, Léo… Nous faisons revenir des anciens comme la mère de Thomas mais d’autres débarquent », s’enthousiasme l’auteur. La série évoluant à grande vitesse, impossible de baser l’intrigue de la BD sur des personnages susceptibles de disparaître en quelques semaines de la série télé. « La production nous a laissé carte blanche. Lors de notre premier rendez-vous, ils nous ont même demandé de nous lâcher plus. » Contrat rempli. Tant et si bien que certains personnages inventés pour la BD pourraient être portés à l’écran. La production de Plus belle la vie est prête à mettre le paquet pour faire de cet album une réussite commerciale. « Avec ce genre de projet, c’est tout ou rien. Un flop ou un top », lâche le Rennais. Avec la puissance de la série, ça devrait ressembler à un succès. « Gégé », c’est son pseudonyme, a déjà la trame du deuxième album sous le coude.

Pas de fusion en vue entre Le Rennais et L’Info Métropole La ville de Rennes dispose de son mensuel (Le Rennais) et Rennes Métropole édite sa publication : L’Info Métropole. Dans l’opposition, on estime qu’il faudrait fusionner les supports. La majorité n’est pas contre le principe. Un appel d’offre visant à la réalisation de ces deux supports est paru courant mars, laissant penser que le mariage des titres était en route. Renseignements pris, ce n’est pas à l’ordre du jour. Il s’agit juste de reconduire les marchés. La fusion, on y pense, mais pour plus tard…

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auto-entrepreneurs et métiers du spectacle Pas toujours évident de s’octroyer un régime social quand on s’investit dans le milieu artistique. Associatif, intermittent ou auto-entrepreneur ?  Revenu de solidarité active ou microentreprise ? Pour y voir plus clair, la chambre de commerce et d’industrie de Rennes et le Jardin moderne organisent, mercredi 29 avril, une demi-journée d’information sur la compatibilité de l’auto-entreprise pour les travailleurs artistiques. La réunion se déroule de 14 h à 18 h. Renseignements au 02 99 33 66 66 ou au 02 99 14 04 68.

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SANS-PAPIERS II ille-et-vilaine II

pas les bienvenus au conseil général

J

ean-Louis Tourenne, président PS du conseil général, affectionne les plaidoyers contre la politique gouvernementale. L’un de ses sujets phares : l’immigration. En juin dernier, le socialiste fustigeait les tests osseux pratiqués sur les jeunes étrangers mineurs. « J'en ai froid dans le dos ! Où vat-on ? », s’étranglait-il alors. A tel point qu’il a porté plainte contre l’Etat et promis de « sensibiliser » chaque président de conseil général sur ce sujet. Quelques mois plus tard, le socialiste profite des vœux à la presse pour dénoncer « l’acharnement juridique » du gouvernement contre le Collectif rennais de soutien aux sans-papiers. A ses yeux : « Voilà le Sarkoshow dans toute sa splendeur. »

« Ecœurés »

En mars, les militants de ce collectif lancent une série d’occupations pour trouver des solutions « d’hébergement durables » pour les sanspapiers à la rue. Croyant légitimement trouver un allié, les membres

se rendent, le 24 mars, dans un bâtiment du conseil général, histoire de mettre à l’abri quelques étrangers. Une initiative que JeanLouis Tourenne n’apprécie pas trop. Hors de question de voir le collectif squatter « son » hall. « Nous ne pouvons pas nous substituer à l’Etat », se défend-il avant de les inviter à partir sous peine d’être « évacués ». En échange de leur départ, il leur propose « une intervention lors de la prochaine session plénière du conseil général et une nuit d’hôtel. » La même solution que celle proposée par la préfecture… Les militants n’en croient pas leurs oreilles. « Ecœurés », ils quittent les lieux. « Pour parler, il y a du monde mais pour agir, c’est autre chose ! »

la chambre régionale des comptes pourrait fermer

L

a Chambre régionale des comptes (CRC) de Bretagne est-elle menacée ? Un projet de restructuration mené par la Cour des comptes, la maison mère, envisage de réduire l’effectif global de cette institution de 600 à 400 personnes. On passerait de 22 antennes régionales à 4 ou 5 entités suprarégionales. Quid de l’antenne bretonne et de ses 50 fonctionnaires ? Aucune réponse n’est apportée aujourd’hui. La Cour des comptes s’occupe des dépenses de l’Etat. Les chambres régionales de celles des collectivités locales. L’Etat veut resserrer la vis et renforcer ses contrôles. Au risque, selon les magistrats régionaux, de désosser les ramifications régionales. « Aujourd’hui, 75 à 80% des examens des chambres régionales concernent les collectivités locales », explique Rémy Heurlin, du syndicat des juridictions financières. Ce qui est cohérent, puisque les trois-quarts des investissements publics en France, hors

dépenses militaires, sont réalisés par les collectivités locales. A sa naissance, la Chambre régionale des comptes est apparue comme une instance coercitive. En fait, elle joue surtout un rôle de garde fou, d’aide à la formation pour les élus et les administrations. Les magistrats sont autonomes et agissent sans qu’on leur impose telle ou telle enquête. Ils décident d’une recherche, sans subir de pression du pouvoir exécutif ou législatif. Et « les décisions se prennent à 3, 5, 7 ou 15 en fonction des dossiers. » Ensuite, l’élu incriminé dispose d’un laps de temps pour justifier ses choix : c’est le principe de contradiction. Aujourd’hui, le magistrat constate qu’en Bretagne, « le travail des élus est de bonne qualité. » Mais l’absence de système de vigilance pourrait ouvrir la porte à des dérives.


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FORUM LIBÉRATION II rennes II

Grosses têtes et gros muscles

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« liste noire »

Ces « dispositions » n’ont pas plu à Valér ie Faucheux, représentante du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à Rennes. « Ce n’est pas un succès populaire. Les lieux de débats ont été trans-

formés en bunkers ! » Benoît Careil, porte-parole régional des Verts, nuance : « Le Forum est une très bonne idée. Les Rennais sont demandeurs de ces moments de débat. Mais j’ai été assez scandalisé par le dispositif policier. Le débat n’était pas ouvert à tous… » A l’entrée, il fallait effectivement montrer patte blanche. Fouille obligatoire. Deux étudiants encartés chez Sud ont été refoulés alors qu’ils venaient, billets en mains, assister le vendredi matin au débat sur l’enseignement supérieur. Leurs noms figuraient sur une « liste noire »… Pourquoi un tel zèle ? A l’heure où nous bouclons cette édition, la préfecture n’a pas donné suite à nos sollicitations. Sylv ie Rob e r t , v ic e - p r é sid e nt e d e Re n ne s Métropole chargée de la culture, préfère insister sur les aspects positifs. « C’est un succès. Les débats sont de qualité et le rendez-vous permet d’affirmer le rayonnement et l’image de la Métropole. » Quid des associations, qui s’étonnent du coût d’un tel évènement alors qu’elles peinent parfois à trouver des subventions ? 500 000 €, pris en charge par l’Agglomération, la Ville, la Région et le Département. « Je ne mets pas cela sur le même pied. Les deux sont importants, mais les objectifs diffèrent. » L’élue n’exclue pas, au passage, la tenue d’un second forum en 2010.

D.R.

imanche 22 mars, 17 h. Le For u m Libération touche à peine à sa f in que, déjà, Daniel Delaveau se fend d’un communiqué. Le maire de Rennes affiche sa satisfaction. Sur le papier, il a de quoi. Une centaine d’inter venants par mi lesquels un aréopage de ministres. 57 rencontres en trois jours. Plus de 18 000 par ticipants dans deux lieux-symboles du rayonnement rennais : le TNB et les Champs libres. Problème : tout le monde ne partage pas son exaltation. L’impressionnant dispositif policier a étonné plus d’un badaud, vendredi, du côté de l’avenue Janvier. 150 CRS, épaulés par 60 policiers rennais, ont été réquisitionnés pour l’occasion. La présence de ministres explique en partie ce comité d’accueil. L’autre raison ? La manifestation des étudiants et « autonomes » de Rennes 2. Daniel Delaveau explique que « quelques individus ont appelé à empêcher, par tous les moyens, la tenue de ces rencontres. La menace était très précise et concrète. En accord avec Libération et les services de l’Etat, j’ai considéré qu’il était inadmissible d’être soumis à de telles menaces ; nous avons donc décidé de prendre les dispositions nécessaires. » Pour Bernard Gicquel, directeur départemental de la sûreté publique, le déploiement des forces de l'ordre n'était pas démesuré. « C’était proportionnel à la menace. Les leaders extrémistes qui marchaient devant les étudiants étaient déterminés et violents. »

les gendarmes vont verbaliser sec

L

a mission des CRS bretons pour 2009 : parvenir à dresser 17 procès verbaux par heure. Pour ceux qui jurent la main sur le cœur que le principe de rentabilité n’existe pas dans les services de l’Etat, le magazine Auto-Plus vient de jeter un pavé dans la marre. Dans son édition du 24 mars, l’hebdomadaire publie une note de service du commissaire divisionnaire de la région Ouest, qui s’adresse à l’unité motocycliste

zonale (sur l’ouest de la France). L’objectif de rendement de 2008, 15,55 amendes par heure dressées pour excès de vitesse, n’a pas été atteint. Les policiers ont été si cléments qu’ils ne sont parvenus à verbaliser que 13,12 automobilistes à l’heure. Pour la peine, il faudra désormais en aligner 17. Cet objectif n’a rien à voir avec de basses raisons de sécurité sur les routes. La vie a un prix, certes. Mais les caisses de l’Etat sont

prioritaires. Le directeur de la zone Ouest écrit très clairement à son subordonné : « Je compte sur votre implication personnelle afin que cette recherche de résultats et donc de performance, dont le contrôle de gestion se trouve être l’une des expressions, se traduise par une mobilisation des énergies de vos personnels, et celle de vos chefs de détachement. » A bon conducteur, salut !

Le Mensuel/avril 2009

c’est la place, pas vraiment flatteuse, qu’occupe rennes au classement des villes françaises de plus de 100 000 habitants en termes d’offre artistique. Dévoilée dans l’édition de mars d’Arts Magazine, la classification prend en compte les musées, le patrimoine, les galeries et les évènements marquants. lyon caracole en tête. nantes se classe sixième. rené Jouquand, adjoint à la culture, ne prend pas ce résultat au pied du chiffre. « on ne peut pas résumer le travail artistique d’une ville à un classement. » et l’élu d’ajouter que la méthodologie de l’enquête laisserait à désirer.

Jacques cheminade à chartres

Mercredi 11 mars. Jacques cheminade débarque à rennes. le leader du parti solidarité et progrès est convié à défendre les idées de son organisation devant une cinquantaine de militants bretons à la Maison du champs de Mars. connu pour avoir récolté 0,27% des voix aux élections présidentielles de 1995, il cherche à convaincre. a peine arrivé, il se défend des rumeurs qui ont précédé sa venue. les relations que certains lui prêtent à l’extrême droite et l’accusation d’entretenir un mouvement sectaire ne seraient que de « l’acharnement » pour « l’écarter de la vie politique ». Jacques cheminade est persuadé de pointer ce que personne ne veut entendre : « le pouvoir des banques, la crise financière, la dangerosité des jeux vidéo et des drogues… » avant sa conférence, lui et son bras droit breton, alexandre noury, font la tournée des élus. ils annoncent fièrement leur rencontre avec le maire socialiste de chartres-de-bretagne, Philippe bonnin. a l’hôtel de ville, on se défend de tout contact sérieux. « sous l’insistance, à la limite du harcèlement, nous avons accepté de les recevoir. rien de plus. »

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SOMMAIRE 10 14 16

université rennes 2

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Rennes Troie, université alternative

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David, étudiant en master 1 aménagement du territoire

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Rêves, révoltes et conséquences On refait le monde ?

« Je ne ferai pas une deuxième année ici »

François, étudiant en troisième année de Staps à Rennes 2

Le « marxiste évolué » Effectifs en chute libre

La lutte déclasse

Marc Gontard, Président de l’université Rennes 2

« Je suis pour la fusion des universités rennaises »


université rennes 2

RÊVES, RÉVOLTES

& COnséQuenCes C’est l’une des championnes nationales de la contestation estudiantine. Quarante ans après sa naissance, rennes 2 « la rouge » est désormais plus connue pour son bouillonnement politique que pour ses résultats. Une réalité ancrée dans son histoire qui, aujourd’hui, préoccupe certains acteurs de l'université.

Par Claire Staes et Nicolas legendre

«s

i aujourd’hui, on vote la levée du blocage, que va penser le reste de la France ? Que vont dire nos camarades qui mènent la lutte et qui nous tiennent en exemple ? Qu’on est des lâcheurs ! » A l’université Rennes 2, en haut des marches qui mènent au hall B, ce jeudi 12 mars, un étudiant aux cheveux longs s’adresse à la foule. Il rappelle qu’au hit parade des universités contestataires, Rennes 2 doit tenir son rang. Elle joue des coudes avec Toulouse 2 Le Mirail et Montpellier 3 Paul-Valéry. Deux universités au même profi l, qui ont fait l’objet d’une fermeture administrative cette année encore. Au pied de la tribune, près de 2 000 jeunes applaudissent. Voilà déjà trois heures que l’assemblée générale a démarré. Les tours de parole s’enchaînent. Plus ou moins viru-

(photos romain Joly)

lents. Mis à part les représentants de Sud ou de l’Unef, syndicat étudiant proche du Parti socialiste, les orateurs n’annoncent pas leur appartenance à une organisation politique ou syndicale. Armés d’idéaux, ils haranguent la foule. Leurs revendications sont nombreuses et variées. Quelques interventions évoquent la réforme du statut des enseignantschercheurs ou le passage à la mastérisation des formations de profs. D’autres appellent au soutien avec les DOM-TOM, à la « fi n de la domination masculine sur la gent fémin ine », à la « lutte cont re la vie chère » ou plus encore à « la révolution ». « Parce qu’il faut changer la société ici et maintenant. » C’est devenu rengaine à Rennes 2. Les assemblées générales, qui durent de deux à quatre heures, se muent en tribunes politiques. Parfois agité, souvent musclé, le discours des orateurs verse çà et là dans l’uto-

pie. « A mon époque, c’était pareil, souffle Jean Manuel de Queiroz, professeur émérite de Rennes 2. Il y a toujours eu une identité propre à Villejean. Les étudiants ici ont toujours eu un esprit plus résistant qu’ailleurs. »

Née en mai 1968

« Cette culture de la contestation n’est pas nouvelle », rappelle Philippe Guérin, enseignant d’italien et encarté Snesup, principal syndicat de l’enseignement supérieur. La politisation de Rennes 2 remonte à sa création. En 1969, suite à la loi d’orientation d’Edgar Faure, deux universités distinctes sont créées à Rennes. Rennes 1 regroupe les facultés des sciences, de médecine et de pharmacie, de droit et de sciences économiques. Rennes 2 accueille la seule faculté de lettres et de sciences humaines. Toutefois, pour que cette seconde université réponde à l’exigence de la pluridiscipliLe Mensuel/avril 2009

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Lors des assemblées générales de Rennes 2, au pied de la tribune, les partisans du blocage sont nombreux. Les tensions entre pro et anti-blocage étant fortes, les étudiants qui souhaitent la levée se retrouvent souvent loin derrière. Depuis le haut des escaliers qui mènent au hall B, ils sont donc moins visibles. Ce qui entraîne des soupçons de manipulation des votes.

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université rennaise

rêves, révoltes & conséquences

À savoir LES MOUVEMENTS RÉCENTS Décembre 2003 réforme licence-masterdoctorat (lMD), université bloquée pendant cinq semaines. Montant des dégâts : 100 000 €. Février à mi-avril 2006 réforme du contrat première embauche (cPe). rennes 2 est bloquée pendant trois mois. le squat du hall b est évacué par les forces de l’ordre, la fermeture administrative est prononcée. coût : 150 000 €.

narité, la faculté de sport rejoint Villejean. Arithmétiquement, le partage apparaît pourtant peu défendable. En octobre 1969, Rennes 1 compte 12 365 étudiants et Rennes 2, 6 213. A l’époque, pour de nombreux professeurs des facs de droit, éco, sciences ou médecine, l’idée de cohabiter avec des littéraires est inconcevable. Le dialogue ne peut s’engager avec ceux qui, quelques mois plus tôt, en mai 68, prêchaient la révolution. De même, la faculté de philosophie préfère dépendre de Rennes 1. Officiellement parce que la philosophie analytique y tient une place importante. Officieusement, parce que les professeurs ne veulent pas enseigner la philo dans une université qu’ils jugent déjà « trop politisée ». Rejetées par les autres facultés, les fi lières de lettres, sciences sociales et sciences humaines se regroupent. Pour les observateurs, ce manque de pluralisme disciplinaire aurait dopé la capacité de Rennes 2 à se rebeller. « Dans les facs de lettres, la contestation du pouvoir en place a toujours été plus importante qu’ailleurs », souligne Jean Manuel de Queiroz. « C’est normal, les cours portent sur le fonctionnement des sociétés, ajoute le professeur. A cet égard, les périodes de grève sont un formidable laboratoire d’expérimentation pour ces étudiants. C’est un temps fort qui éveille leur conscience

sont un temps fort qui éveille la conscience citoyenne des étudiants

Jean-Manuel de Queiroz, professeur émérite

citoyenne. Ils fréquentent des personnes qu’ils n’auraient peut-être pas rencontrées sans le blocage, ils se frottent au fonctionnement démocratique, etc. Tout n’est pas négatif dans une grève, mais il y a des limites. » « Les choix d’orientation ne sont pas le fruit du hasard », rappelle Ali Aït Abdelmalek, directeur de l’UFR de sociologie. « Les jeunes qui s’inscrivent dans des facs de lettres ou sciences sociales ont souvent une conscience citoyenne plus développée que d’autres. »

Déficit de mixité sociale

A Ren nes 2, le taux d’ét udia nts boursiers est un des plus forts de France : 36%. A Rennes 1, ce taux s’élève à 22%. Plus généralement, une grande majorité de jeunes scolarisés à Rennes 2 sont issus de milieux modestes. Une origine sociale qui les rendrait plus enclins aux difficultés fi nancières et à la dénonciation des injustices et inégalités sociales. Mi-mars 2009. L’assemblée générale vote la levée du blocage nocturne. Mais progressivement, l’occupation du hall B recommence. A la suite de la grande journée de mobilisation du jeudi 19 mars, une fête populaire est organisée à Rennes 2. Les « autonomes » en profitent pour rester dormir dans le hall B.

Novembre 2007 a la rentrée, le monde enseignant demande l’abrogation de la loi sur les libertés et la responsabilité des universités (lru) qui a été promulguée en août. après plusieurs semaines de blocage, les étudiants se prononcent à bulletin secret contre le blocage. une centaine de personnes empêchent toujours l’accès aux bâtiments. les forces de l’ordre interviennent. 150 000 € de travaux sont nécessaires à la remise en état du site. Février 2009 le décret sur le statut des enseignants chercheurs et la formation des futurs enseignants provoque la grève des enseignants, rejoints par les étudiants.

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« Les périodes de grève

Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

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»»

« Depuis quelques années, on assiste à une paupérisation de la jeunesse, c’est flagrant », note Marc Gontard, président de Rennes 2. Pour joindre les deux bouts, beaucoup cumulent cours et petits jobs. Cette situation expliquerait aussi, en partie, leur manque d’investissement scolaire comparé aux autres fi lières. A Rennes 2, le taux d’absentéisme et d’échec en première année taquine les 50% sur l’ensemble des fi lières. Un piètre résultat qui découlerait aussi de questions d’orientation. Souvent, l’inscription dans une faculté de lettres ou de sciences sociales arrive en second choix. La sélection pour entrer en BTS, IUT ou classes préparatoires est importa nte. A Rennes 2, on accueille tout le monde. Le taux d’échec en 1ère année, toutes filières confondues, « ne veut pas dire grand chose », relativise Ali Aït Abdelmalek. « Un étudiant peut s’inscrire chez nous pour ne pas perdre une année. Dans le même temps, il va préparer les concours de l’école qu’il veut avoir. Résultat : il n’obtient pas sa première année à Rennes 2 mais est reçu au concours à Rennes 1 ! »

« vive la commune »

Les tags qui décorent les murs de l’université attestent du bouillonnement politique qui y règne. Sur la façade du bâtiment B, un immense « Vive la commune », peint dans les années 70, a été rafraîchi en 2007. On trouve également des slogans tels que « Sous les pavés : Rennes Troie » ou encore « Ils ont voulu nettoyer les murs mais la vraie saleté, c’est nous. » A Rennes 2, la culture de gauche et d’extrême gauche apparaît omniprésente. Chez les étudiants comme chez les professeurs. « Si on n’est pas dans la grande tradition de la résistance, on ne peut pas s’exprimer en assemblée générale », livre Sylvie Koller, professeure d’espagnol en LEA et ancien soutien de Caroline


Ollivro, candidate MoDem lors des dernières municipales à Rennes. « Bon nombre de mes collègues ne mettent plus les pieds aux AG convoquées par l’intersyndicale des professeurs… Même si on est contre les réformes du gouvernement, on se fait taxer de sarkozystes ! » Du côté des étudiants, même son de cloche. « C’est très compliqué de monter à la tribune sans se faire injurier ou siffler », livre Anne-Laure Blin, ancienne élève de Rennes 2 et déléguée nationale du grand Ouest pour l’Uni, syndicat étudiant proche de l’UMP. « Quand le gouvernement a voulu mettre en place le Contrat nouvelle embauche (CNE), ça a été très violent. Un de nos militants a pris un extincteur en pleine tête, il a fi ni à l’hôpital. » Depuis, au deuxième étage du bâtiment Ereve, là où les syndicats étudiants ont leurs locaux, la porte de l’Uni reste close. « Nos bureaux ont été envahis, saccagés. Il y a un terrorisme intellectuel qui ne dit pas son nom. » Le syndicat est toujours présent sur le campus de Villejean mais il se fait discret. « C’est un travail de réseau, tout aussi efficace », conclut Anne-Laure Blin. Très présents sur le campus, les syndicats de gauche semblent pourtant disposer d’une influence relative.

est arrivé cette année encore. La grogne a démarré dans le corps enseignant. Les professeurs protestaient contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs ou la mastérisation des formations des enseignants. Les étudiants se sont greffés sur ces revendications et, très rapidement, les « autonomes » se sont immiscés dans la lutte. Ils dominent le blocage, l’organisent,

« il y a un terrorisme

intellectuel qui ne dit pas son nom » Anne-Laure Blin, déléguée du syndicat Uni

Notamment dans les blocages. Lors des assemblées générales, Sud et la Confédération nationale du travail (CNT), syndicat anarchiste et révolutionnaire, prennent la parole sans se faire chahuter. Mais l’appartenance des militants à une entité syndicale ne plaît pas forcément à ceux qui pilotent l’assemblée générale. Quant à l’Unef, syndicat proche du PS, il est carrément mis au ban par les pro-blocage. « Ils paient le fait qu’ils aient ratifié la LRU », analyse Philippe Guérin. « Depuis quelques années, les syndicats essaient de rester dans la course mais le mouvement leur échappe », confirme Ali Aït Abdelmalek. C’est ce qui

»

participent aux piquets de grève (lire encadré p.14) « On s’entend bien avec une partie d’entre eux, analyse un militant de la CNT. Mais certains profitent du mouvement pour venir à la fac et transformer en squat ce qui devrait être une occupation militante. » Un étudiant syndiqué Sud ajoute : « Certains squatteurs m’ont dit que je ne comprenais rien à la lutte. »

« On se tire une balle dans le pied »

La « routinisation » des mouvements de contestation facilite le fait que depuis cinq ans, quasiment chaque année, l’université est blo-

quée. Les nouveaux étudiants n’ont plus qu’à mettre leur pas dans ceux des anciens. Philippe Guérin évoque une « mémoire collective de la maison. » Le professeur d’italien ajoute : « Les locaux de Rennes 2 sont beaucoup plus faciles à bloquer. Ils sont les uns à côté des autres. On fait le tour en quelques minutes. Alors qu’à Beaulieu, le campus est très vaste, les bâtiments nombreux, c’est moins facile à prendre. » Hérités de son histoire, les incessants mouvements de grève qui agitent Rennes 2 sont devenus, sur le plan comptable, l’un de ses principaux handicaps. En quatre ans, elle a perdu 5 500 étudiants. Pour son président, Marc Gontard, Rennes 2 souffre d’un « problème politique » (lire pp.16 et 17). Son image de chef de file nationale de la contestation aurait eu raison de sa réputation. Sur ce point, les professeurs interrogés, toutes tendances confondues, sont unanimes. « On est en train de se tirer une balle dans le pied, glissent des enseignants préférant garder l’anonymat. Même les personnels de Rennes 2 ne veulent plus inscrire leurs enfants ici. » Pour contrer ce déclin an noncé, Marc Gontard se prononce clairement pou r u ne f usion avec Ren nes 1. Quarante ans tout juste après leur naissance, la question de la cohabitation entre les deux universités rennaises se pose encore.

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Rennes 2 compte 16 845 inscrits cette année. Pourtant lors des assemblées générales, environ 2 000 personnes prennent généralement part aux votes.

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RENNES TROIE, UNIVERSITÉ ALTERNATIVE

On refait

LE MONDE Cette année, quelques jours après le démarrage de la grève, une poignée d’étudiants de rennes 2 et d’« autonomes » ont créé rennes Troie. Une université « alternative » qui propose à tous ceux qui le souhaitent de participer.

s

Dans un amphithéâtre de Rennes 2, les vestiges d'un cours de l'université Rennes Troie figurent encore sur le tableau. Il a été question des différences entre les masses et les meutes.

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ur un grand panneau en h aut des m a rches qu i mènent au hall B, le programme hebdomadaire de Rennes Troie ressemble à un patchwork coloré. Les feuilles recouvertes de nombreuses écritures se chevauchent. Cette année, quelques jours après le début du blocage, entre 20 et 40 étudiants et « autonomes » ont créé cette université alternative. Son principe ? Ne pas reposer sur une « division factice et abrutissante entre maître et élève, enseignant et enseigné : celui qui sait et celui qui ne sait pas. » Son nom, en référence au mythe grec, est un pied de nez aux universités « formelles » que sont Rennes 1 et Rennes 2. Pour participer, il suffit de s’inscrire. Tout le monde, même les citoyens extérieurs à la fac, peut intervenir. Les thèmes proposés sont prometteurs : médecine et capitalisme, la domination dans les mouvements sociaux, le communisme de lutte, les

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hérésies médiévales et le mouvement du libre esprit, etc. Des sujets qui collent aux opinions défendues par les « autonomes ». Chaque année, ces citoyens extérieurs à la fac s’immiscent dans les mouvements étudiants, notamment à Rennes 2, et les radicalisent. « L’an dernier quand on a fait évacuer le hall, se souvient Marc Gontard, président de l’université. On s’est rendu compte que seulement 10% des squatteurs étaient ét udia nts. Leur activité principale est de créer de la subversion pour essayer de déclencher la révolution. »

?

Badiou ? (philosophe proche de l’extrême gauche, NDLR), Vous connaissez Le Plan B ? (journal de critique des médias, NDLR) Non ? Vous ne devez

Contre la « division factice et abrutissante entre maître et élève »

rétention d'information

Ce mardi après-midi, des journalistes de France 3 souhaitent tourner un sujet sur l’université alternative. Les étudiants testent les journalistes. « Vous avez lu Alain

pas être un bon journaliste alors ! » « On veut bien un reportage mais on ne veut pas une minute trente, on veut plus de cinq minutes au JT. Les journalistes caricaturent, sortent les propos du contexte, veulent faire de l’audience… Nous, on veut lire un communiqué devant un mur blanc. Le visage encagoulé. » Après plus de trente minutes de négociation, l’équipe de France 3 repart bredouille. Même topo le lendemain. Le cours aurait dû démarrer à 15 h 30. Il est 17 h. Personne ne bouge. Les bloqueurs, assis dans les canapés qu’ils ont ramenés, fument, discutent. Le cours n’aura pas lieu. Pas assez de monde. « Peut-être ce soir », lance un bloqueur. Le lendemain, ce dernier explique sans complexe : « Il n’y a pas eu cours finalement. On est rentrés tard de l’action. » L’action ? C’était une opération d’« autoréduction » dans le magasin Carrefour Market de Villejean (lire p.6). Le surlendemain, à l’heure prévue, toujours pas de cours à Rennes Troie. Les débats recommencent. « Les médias ne parlent pas de la grève dans les facs. Il y a de la rétention d’information ! »


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« Je ne ferai pas DAVID Etudiant en master 1 aménagement du territoire

une deuxième année ici Etudiant en première année de master à rennes 2, David, 21 ans, ne partage pas les idéaux de ses « camarades » grévistes. Favorable aux réformes du gouvernement Fillon, il milite contre le blocage de la fac.

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mars 2009. C’est jeudi matin. On entend les mouches s’ébattre dans Rennes 2 « la rouge », désertée par ses étudiants. Les contingents sont partis en centre-ville, direction la grande manif nationale et ses cohortes en lutte. David n’y mettra pas les pieds. Il a prévu de jouer au foot avec des potes. Il fait beau, le temps s’y prête. Surtout, il considère qu’il n’a rien à faire dans le défilé. Pas de revendications à écrire au marqueur sur des banderoles. Si ce n’est, peutêtre, le déblocage de la fac… A Rennes 2, le jeune homme de 21 ans fait partie des nouveaux arrivants. Débarqué en septembre 2008 après un DUT génie civil et une licence professionnelle à Aix-en-Provence, il découvre les us et coutumes de la plus célèbre des facs bretonnes. Il a choisi d’y préparer son master en aménagement du territoire : l’université offre une formation reconnue dans ce domaine. Et puis ça le rapproche de Nantes, son lieu de naissance et port d’attache. Pour autant, il n’est pas rentré dans le moule. La

« Je suis pour que le président de l’université fasse respecter l’ordre public. » David fait partie de la minorité d’étudiants de Rennes 2 qui penche à droite. Il assume totalement son positionnement.

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lutte des (salles de) classes, c’est pas son truc. Il n’a pas pris part aux mouvements contre le CPE en 2006, ni contre la loi LRU l’an passé. Pas de raison pour que ça change en 2009 : il se prononce clairement en faveur de certaines réformes menées par le gouvernement, celles-là même qui font naître des envies de révolution chez ses congénères. « P lut ô t p o u r » l a L RU, « p a s concerné » par la mastérisation de la formation des enseignants, favorable à la réforme du st at ut de s e n s eig n a nt s chercheurs : David incarne l’a nt i-p o r t r a it de l’é t udiant gréviste de gauche. L or s qu’on lu i de m a nde s’il se sent solidaire des luttes en cours, sa réponse est claire : « Certains étudiants pensent devoir soutenir toutes les causes de la Terre. Je suis venu à la fac pour recevoir un enseignement, pas pour faire de la politique… »

»

Aujou rd’hu i, le g roupe compte 900 amis virtuels. Dans la vraie vie, ils ont organisé quelques rassemblements, en vue de former un contremouvement. Devant la bibliothèque universitaire, par exemple, avant les assemblées générales. Il tient à préciser qu’il s’agit d’une initiative « contre le blocage et absolument pas pour les réformes. » Ce qui n’aurait pas empêché la vingtaine de membres actifs de subir

« Je ne suis pas venu à la fac pour faire de la politique…

« Intimidations »

A l’aube de la g rève entamée en février dernier, il a rejoint un groupe d’étudiants opposés au blocage des locaux. Ensemble, ils ont créé un réseau Facebook. Son appellation ne laisse pas de doute : « Oui à la liberté d’étudier, non au blocage. »

»

des « intimidations » en provenance de certains grévistes. Lors d’une distribution de tracts, place SainteAnne, des étudiants d’un syndicat de gauche seraient venus en masse pour « débattre » en tête-à-tête avec les non-grévistes. David déplore également les noms d’oiseaux qui fusent dès qu’un ant i-blocage prend la parole en AG. Du genre « Fasciste » ou « Soldat de Sarkozy ». Il n’est pas encarté. Même pas à l’Uni, le syndicat des étudiants de droite. Il a voté Bayrou puis Royal en 2007, parce qu’il avait « des doutes sur Sarkozy ». Deux ans plus tard, ses craintes se sont estompées. Il s’est rapproché des Jeunes populaires, pépinière de l’UMP, et approuve la politique du désormais président. Non boursier, il travaille pendant les vacances. Ses parents, respectivement ouvrier et employée de bureau, lui paient ses études. Ils n’acceptent pas le blocage de la fac. David a fait son choix : Rennes 2, pour lui, c’est fi ni. « Je ne ferai pas une deuxième année ici. »


FRANÇOIS Etudiant en troisième année de Staps à Rennes 2

Le marxiste évolué Il a 20 ans et son Cv de militant est déjà bien fourni. Etudiant en Staps à l’Ecole normale supérieure de Ker lann et à rennes 2, encarté chez Sud, François penche clairement côté extrême gauche. Favorable au blocage de l’université, il participe activement aux mouvements de grève.

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l a réussi le concours de l’Ecole nor m a le sup é r ieu r e ( ENS) Cachan de Ker Lann, à Bruz, l’an passé. Payé par l’Etat pour étudier, François, 20 ans, partage son temps entre l’ENS et la fac de Rennes 2, où ont lieu une partie de ses cours. Son approche de la chose sportive dénote. Théoricien plus que praticien, il considère le sport

« Je suis pour le blocage total. Mais j’ai l’impression qu’il y a des gens qui font la grève pour occuper les locaux. Ça devrait être l’inverse. L’occupation est un moyen, pas une fin ! »

encore, pour pousser les étudiants de Rennes 2 à se remettre en grève. Ils ont tenté de faire monter la sauce une première fois en octobre 2008. En vain. Dès janvier-février, la grogne des profs a fourni un nouveau point d’accroche. D’abord à La Harpe, l’an-

Depuis l’arrêt des cours, il a un emploi du temps de ministre… de la lutte comme « la pratique physique du capitalisme » et se destine à une carrière dans la recherche. Les réformes en cours, notamment celle du statut des enseignant-chercheurs, le concernent directement. Il a débarqué à Rennes 2 à la rentrée 2008 avec, déjà, quelques luttes dans les bagages. L’an passé, à Caen, il bataillait aux avant-postes contre la loi LRU. Cette année, l’étudiant a remis le couvert. Il s’est encarté chez Sud. Il n’a pas choisi l’Unef à cause de la tendance « co-gestionnaire » du syndicat et de sa « logique de parti ». Il aurait pu se placer à la CNT, avec qui il entretient de bons rapports, mais a préféré Sud parce qu’il y militait déjà l’an passé. Avec la vingtaine de « camarades » de l’organisation, François est parti e n pr em iè r e l ig ne, ce t t e a n né e

tenne sportive de Rennes 2, puis sur le campus de Villejean, François a suivi toutes les AG. Depuis l’arrêt des cours, il a un emploi du temps de ministre… de la lutte. Piquets de grève à 7 h 30. Barrages filtrants. Manifs deux fois par semaine. Assemblées générales. Coordinations.

« Gontard est dans la merde »

Lorsqu’on discute avec lui, les poncifs sur l’université Rennes 2, en partie nourris par certains fantasmes autour des « autonomes » du hall B, en prennent un coup. Il ne ressemble pas vraiment à un dangereux gauchiste illuminé. Il fait gaffe à ce qu’il dit. Explique sa pensée et détaille ses arguments. On peut suivre son cheminement sans s’embourber dans les marécages de l’à-peu-près. Ses idées sont claires, parfois tranchées.

Il a peut-être hérité cette faculté de ses parents, profs de maths tous les deux. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne lui ont pas légué leur amour du militantisme, pour la bonne raison qu’ils ne militent pas vraiment. « Communiste libertaire », François prône u n m a r x i sme « évolué », « parce que la lutte des classes est devenue beaucoup plus complexe ». Il a voté Royal, à son grand désarroi, au second tour des présidentielles 2007. Pas encarté dans un parti politique, il se dit néanmoins proche d’Alternative libertaire. Leitmotivs : anticapitalisme et autogestion. Favorable au blocage total de l’université, parce que « c’est le seul moyen de pouvoir s’organiser et préparer les manifs », il plaide également pour l’occupation nocturne. Les tags qui décorent le hall B ne le dérangent pas. Et les « autonomes », ces électrons libres qui font parler d’eux de façon inversement proportionnelle à leur nombre réduit ? « Parmi eux, certains sont très clairement des camarades, même s’ils ne sont pas encartés. C’est vrai qu’il y en a avec qui on n’arrive pas à discuter… » Il réserve des flèches beaucoup plus aiguisées à destination du président de l’université, Marc Gontard. « Il est un peu dans la merde… Je pense qu’il paye son attitude au début du mouvement. Et le vote électronique qu’il a décidé n’est pas légitime. J’appelle ça un plébiscite contre le blocage. » Le Mensuel/avril 2009

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EFFECTIFS EN CHUTE LIBRE

La lutte

déclasse

En dix ans, rennes 2 a perdu 19% de ses effectifs. Dans le même temps, rennes 1 accuse seulement 3% de perte. les blocages à répétition de l’université de lettres, sciences sociales et humaines sont pointés du doigt… mais ils n’expliquent pas tout.

trée 2007, après les blocages contre le Contrat première embauche (CPE), Rennes 2 a perdu 8 % de ses effectifs.

Que se passera-t-il en septembre 2009 ?

Le président de Rennes 2 n’avance aucun chiffre. Il se dit cependant « très inquiet », à l’instar de nombreux acteurs de la fac. Pour tenter de trouver des solutions et éviter les blocages systématiques, un collectif a été créé fi n mars. Baptisé « Rennes 2, une autre parole », ce

L

e président de Rennes 2, Marc Gontard, en est persuadé. Les grèves et blocages à répétition jouent un rôle important dans la désaffection que connaît son université depuis plus de dix ans. Dans quelle mesure exactement ? « C’est très difficile de chiffrer la baisse du nombre d’inscriptions induite par les grèves et les blocages », assure le président. En regardant les chiffres à la loupe, on s’aperçoit que tous les mouvements de contestation ne produisent pas d’effets indésirables. Lors de la rentrée suivant le mouvement contre la réforme Licence-master-doctorat (LMD), le nombre d’inscrits est resté le même. A l’inverse, à la ren-

Après le mouvement contre le CPE, rennes 2 a perdu 8% de ses effectifs groupe rassemble des professeurs et des personnels administratifs. Chute des inscriptions, étudiants étrangers rentrés chez eux, facture des dégradations… « Nous voulons des comptes sur ce que ces mou-

Rennes 2 décroche 24 000

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rennes 2 à la baisse, rennes 1 se maintient. une moyenne qui cache de fortes disparités. les quatre iut de l’université rennes 1 ont vu leurs effectifs grimper en flèche. entre 2002 et 2008, les iut de rennes, saint-Malo et saint-brieuc ont gagné de 13 à 38% d’étudiants. le nombre d’étudiants en facultés de médecine et de pharmacie a augmenté de 16%. ces filières scolarisent respectivement 4 030 et 1 132 étudiants cette année. Dans le même temps, l’économie et le droit bénéficient d’une hausse de 3% et 2% de leurs inscriptions.

vements coûtent à la fac », martèle Sylvie Koller, professeure d’espagnol encartée au MoDem.

Désintérêt pour les lettres

Les blocages et les grèves ne sont pas la seule raison qui explique la perte de vitesse de Rennes 2. Villejean « n’est pas une exception française, confirme André Lespagnol, vice-président du conseil régional en charge de l’enseignement supérieur. Des grosses universités de lettres comme Toulouse ou Nanterre connaissent exactement les mêmes problèmes. » Rennes n’échappe pas à la baisse de la démographie. Celle-ci se fait ressentir à tous les niveaux, du primaire à l’enseignement supérieur. Entre 1980 et 1999, le nombre de naissances en France est passé, selon l’Insee, de 826 403 à 776 548. « En dix ans, l’université, toutes filières confondues, a perdu entre 5 et 10% de ses effectifs, estime Isabelle Pellerin, vice-présidente de l’agglomération en charge de la recherche. Et ce n’est pas terminé. En 2017, les inscriptions seront inférieures de 7%


FUSION RENNES 1-RENNES 2

Le choc des cultures

Quel avenir pour rennes 2 ? la création d’une grande université rennaise ? Guy Cathelineau, président de rennes 1, ne rejette pas l’idée, mais certaines caractéristiques de l’université de villejean semblent le gêner quelque peu.

«a

par rapport à aujourd’hui. » Autre constat, dressé par l’Education nationale : depuis quelques années, les classes littéraires ont moins la cote auprès des jeunes. Une désaffection ressentie à Rennes 2 comme dans les lycées. Dans l’académie bretonne, le nombre de lycéens « scientifiques » a chuté de 4% entre 2006 et 2008. Une baisse expl icable pa r la démog raph ie. Dans le même temps, les séries littéraires ont perdu 7% de leurs élèves. Jusqu’aux années 60, la sélection se faisait sur le français, les langues anciennes… Aujourd’hui, les jeunes privilégient les sciences. Elles jouissent d’une meilleure réputation. Même constat à Rennes 1, où le nombre d’étudiants en philosophie a dégringolé de 40% en six ans. Les filières sélectives (BTS, IUT, classes prépa) entrent aussi en concurrence avec les facultés. Plus encadrées et plus professionnelles, ces formations intéressent davantage les jeunes. Dépendants de Rennes 1, les IUT de Saint-Malo, Saint-Brieuc, Lannion et Rennes ont vu leurs effectifs augmenter entre 2002 et 2008, malgré les grèves… Idem pour l’Université de Bretagne Sud, à Vannes et Lorient. Créée en 1995, la dernière née des facs régionales propose des promotions plus petites qui attirent de nombreux étudiants. Autant de « clients » qui échappent à Rennes 2.

Les occupations des bâtiments de l'université Rennes 2, une des raisons de la chute des effectifs ?

terme, je suis pour la fusion des universités rennaises. » L e s d é c l a r a t i o ns de Marc Gontard, président de l’université de Rennes 2, sont claires (lire page suivante). Pour lui, la création d’une université pluridisciplinaire à Rennes procurerait plusieurs avantages, notamment celui « d’atténuer le problème politique dont souffre l’université de lettres, sciences sociales et humaines ». Très discutée il y a quatre ou cinq ans, la fusion de Rennes 1 et Rennes 2 semble pourtant ne pas bénéficier d’une vraie impulsion. « La crise du CPE, particulièrement violente à Rennes 2, a calmé les ardeurs de Rennes 1 », glisse André Lespagnol, viceprésident du conseil régional en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche. Entre les deux universités les cultures diffèrent. A Rennes 2, le poids

Guy Cathelineau évoque quant à lui des « stratégies différentes entre les deux universités. Rennes 2 favorise l’insertion professionnelle. Alors que nous investissons beaucoup sur la recherche, qui constitue un de nos principaux atouts. Nous souhaitons le conserver. Dans une fusion, il faut s’assurer que les deux parties veulent la même chose. Et que les synergies donnent du mieux pour les deux ! » Avec courtoisie, le président de Rennes 1 affirme que son approche est « pragmatique ». Qu’il travaille sur des projets précis. Notamment sur la création de laboratoires de recherche mêlant sciences sociales et sciences dures. Il rappelle qu’une coopération existe déjà, au sein du Pôle de recherche e t d ’e ns e ign e m e nt sup é r ieur d e Bretagne. Cet établissement public a été créé en janvier 2007. Dans la foulée, les quatre universités bretonnes

« Dans une fusion, il faut s’assurer que les deux parties veulent la même chose » Guy Cathelineau, président de l’université Rennes 1 des syndicats joue plus qu’ailleurs. Sur ce délicat sujet, Guy Cathelineau, président de Rennes 1, concède : « Ce n’est pas une entrave au rapprochement, mais cela mettra du temps… »

Stratégies différentes Outre le « problème  » politique de Rennes 2, tous les acteurs soulignent de nombreux soucis d’organisation. Comment découper les composantes de l’université, combien d’unités de formation et de recherche (UFR), avec quel mode de gouvernance ? Pour Daniel Delaveau, maire de Rennes, « la volonté de fusion dépend d’abord des universités. Pour la ville, c’est intéressant. Les deux sites sont complémentaires. » Le Mensuel/avril 2009

»

et plusieurs écoles se sont alliées pour créer l’Université européenne de Bretagne (UEB), dans le but de promouvoir la recherche. Mais les différences pèsent lourd. Alors que les dirigeants de Rennes 2 s’ébrouent pour que les cours reprennent, ceux de Rennes 1 veulent assurer le positionnement international de leur université… « Quelles seront les considérations d’une grande université rennaise  ? interroge Guy Cathelineau. C’est sur ce point qu’il faut se mettre d’accord. Pour le moment, avec l’absorption de la loi sur les libertés et la responsabilité des universités (LRU), on a énormément de travail. On réfléchira ensuite à la stratégie de fusion. »

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rêves, révoltes & conséquences

MARC GONTARD Président de l’université Rennes 2

« Je suis pour la fusion des universités rennaises » Placide et armé de son bâton de démocrate, Marc Gontard, président de l’université rennes 2, ménage les irritations des professeurs, personnels, parents et étudiants… bloqueurs exceptés. Concernant l’avenir, il affirme haut et fort son opinion. Oui, il faut réunir rennes 1 et rennes 2.

le Mensuel : Cette année encore, l’université est bloquée. Beaucoup disent que vous « tolérez » l’occupation des locaux. Que leur répondez-vous ? Marc Gontard : «  Je ne tolère rien ! L’occupation des locaux est un coup de force. Cela a été voté par l’assemblée générale. Le groupe autonome a profité de l’occasion pour squatter le hall B. On constate que ces professionnels de la révolution sous-traitent le blocage pour les étudiants. Ce sont eux que l’on retrouve sur les piquets de grève. Ce sont eux qui organisent la vie dans le hall B. Ces personnes vivent dans l’utopie révolutionnaire. Leur activité principale est de créer de la subversion pour essayer de déclencher la révolution. Certains fréquentent les squats de Rennes. D’autres viennent de l’extérieur, parfois même de loin.  D’une année sur l’autre, on retrouve les mêmes personnes. » Certaines personnes souhaitent l’intervention des forces de l’ordre… « On essaie toujours de régler le problème par la négociation, par la discussion. Mais il y a un moment où cela devient impossible. Ensuite, il faut voir les modalités d’action avec la Préfecture. Les forces de l’ordre ne peuvent pas intervenir n’importe comment. Nos propres forces de sécurité ne peuvent pas gérer ces débordements non plus. Ce n’est pas évident, surtout en ce moment. Les blocages et les personnes qui vien-

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nent squatter dépassent largement le cadre de l’université. De toutes façons, soit on nous accuse de ne rien faire, soit on fait quelque chose et notre position dérange. C’est une situation inconfortable. » Pourquoi ne pas avoir voté la fermeture administrative comme à Toulouse 2 le Mirail ou Montpellier 3 ? «  N o us avo ns vo u lu d o n n e r u n e chance à l’assemblée étudiante pour qu’elle vote un déblocage de l’université. On a opéré par étapes, de m ani è re d é m o cr ati qu e. Première étape  : adopter une motion demandant le déblocage lors de l’assemblée générale des personnels. Ça a été fait, il y a trois semaines. On s’est dit que ça allait influer sur l’AG. Pas de résultat. L’intersyndicale s’est alors prononcée contre le blocage et pour d’autres modalités d’action. Elle négocie tous les jours avec les étudiants. Ensuite, le conseil d’administration a condamné le blocage. Toujours rien. Cela dit, l’AG a donné un signe positif en demandant à ce que la fac ne soit pas occupée la nuit. On a donc organisé un vote électronique afin que seuls les étudiants de Rennes 2 prennent part à la consultation. A 72%, ils se sont prononcés contre le blocage. On attend la décision de l’assemblée générale de lundi prochain (lundi 23

mars, NDLR). Je crains que malgré tout, la reprise des cours ne se fasse pas dans une ambiance sereine. » le squat du hall B entraîne des dégradations. 100 000 € de dégâts lors de la réforme licence-master-doctorat (lMD) en 2003, 150 000 pour le Contrat première embauche (CPE) en 2006 et à nouveau 150 0000 pour la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (lrU) en 2008. A combien s’élève la facture cette année ? « On approche les 100 000 €. A chaque

« La question

de la crédibilité de nos diplômes se pose »

»

fois, l’université finance ces réparations. On prélève cette somme de remise en état sur un budget qui est normalement consacré à l’entretien du patrimoine immobilier. C’est autant d’opérations que l’on ne peut pas faire. En quatre ans, on aura dû débourser plus de 400 000 € uniquement pour réparer les dégâts provoqués par les groupes autonomes. Dégradations qui se font lors de l’occupation nocturne. C’est une somme importante en comparaison du


budget alloué à la rénovation de notre patrimoine immobilier. Le budget global annuel de l’université tourne autour de 20 millions d’euros. » Entre 2004 et aujourd’hui, rennes 2 a perdu 23% de ses inscrits. Dans le même temps, la baisse nationale pour l’université est de 4,7%. Pourquoi cette hémorragie ? «  Comparer la baisse des ef fectifs de Rennes 2 avec la baisse de toutes les filières de l’université française ne veut rien dire. Des disciplines comme le droit, la médecine, sont en pleine expansion, d'où la pro gression des ef fec tifs à Rennes 1. D'autres, comme les sciences humaines et sociales, les lettres, les langues sont en baisse, tout comme les maths et la physique. Il y a plusieurs explications : l'ouverture de nombreuses filières sélectives concurrentes (BTS, IUT, classes prépa). La désaffection pour les filières littéraires se fait également sentir dans les lycées. Bien sûr, l'effet collatéral des blocages joue aussi. Cependant, à la rentrée 2008, nous avons contenu

la baisse à 4%, un peu moins que la moyenne nationale... Je crains une baisse plus importante des effectifs. Nous venons de subir trois blocages en trois ans. Cela veut dire qu’on aura perdu un semestre et demi en trois ans. C’est énorme ! La question de la crédibilité de nos diplômes se pose. Je comprends que les parents d’étudiants puissent hésiter à inscrire leurs enfants à Rennes 2. » Aux alentours de 2004, une fusion avec rennes 1 était évoquée. Où en est-on ? « Ce projet n’engageait que deux présidents. C’est-à-dire Bertrand Fortin et François Mouret, mon prédécesseur, respectivement présidents de Rennes 1 et Rennes 2. Ils sont allés un peu vite car ils n’avaient pas pris en compte l’avis des personnels. Cela dit, il y a un projet qui a remplacé cette fusion (lire p.17). Quatre universités et grandes écoles de Bretagne ont mutualisé un certain nombre de fonctions pour créer l’Université européenne de Bretagne (UEB). La question de la fusion est donc devenue

secondaire, pour l’instant. Mais ça va revenir. A terme, je suis pour la fusion des universités rennaises. »

Malgré la tension palpable qui règne sur le campus de Villejean, Marc Gontard garde son calme… du moins en apparence.

rennes 1 est l’avenir de rennes 2 ? « Oui bien sûr ! C’est l’avenir pour l’université de Rennes en général. D’autant plus que nos disciplines sont purement complémentaires. Il n’y a aucune concurrence entre les deux universités. » Cela permettrait d’atténuer la réputation « sulfureuse » de rennes 2 ? «  Oui  ! On remarque que lors des grèves, ce sont surtout les filières de lettres et sciences humaines et sociales qui sont mobilisées. A Caen ou Brest, ces mêmes filières sont en mouvement mais cela n’empêche pas l’ensemble de l’université de fonctionner. Créer une grosse université pluridisciplinaire à Rennes procurerait plusieurs avantages. En fusionnant, on regrouperait pas loin de 40 000 étudiants. On aurait une meilleure visibilité internationale. Le problème politique dont souffre Rennes 2 ne serait peut-être pas entièrement résolu, mais il serait atténué. » Le Mensuel/avril 2009

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POLITIQUE

régionales uMP : le feuilleton continu Au sein de la droite bretonne, l’organisation des élections régionales sera agitée (lire Le Mensuel de mars). Du 16 au 22 mars, les militants UMP ont élu électroniquement leur « chef de file » pour ces futures échéances : le député villepiniste Jacques Le Guen (Finistère) a glané 72,60% des suffrages exprimés soit… à peine 23% des militants inscrits. Pendant ce temps, Bernadette Malgorn continue de semer des petits cailloux… et prépare son atterrissage. Invitée au Forum Libération à Rennes, l’ex-préfète de région a démenti toute candidature… aux européennes. Sans infirmer son intérêt pour les régionales. Seule certitude, Malgorn n'a « pas décidé de

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changer de vie pour être la marionnette de quiconque ».

Malgorn, cheval de troie de Guéant ? Toute cette agitation autour du « parachutage » de l’ex-préfète Malgorn ravive les velléités d’une partie de la « droite historique bretonne », plus proche du centre droit que du sarkozysme. Plusieurs « amis » de François Goulard, député-maire de Vannes et flingueur attitré de Sarko à l’UMP, poussent leur « patron » à se présenter, éventuellement au sein d’une liste dissidente, menée ou non par le député Le Guen. Aux dernières nouvelles, Goulard n’est pas « chaud » mais des « rapprochements » seraient en cours entre les centristes du conseil régional et d’autres Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

parlementaires bretons. Ces derniers craignent « un noyautage » du groupe UMP au conseil régional par les sarkozystes locaux. Dans leurs hypothèses, le nom de François Guéant revient souvent. Le fils du secrétaire général de l’Elysée, député suppléant de Ploërmel, se cherche toujours un mandat local bien à lui. Selon plusieurs observateurs, le jeune homme pourrait se retrouver en bonne place sur une liste menée par Malgorn (numéro 2 ?). « Si Malgorn perd, elle ne siégera pas au conseil régional, explique un élu sous couvert d’anonymat. Bilan, le fils Guéant se retrouvera porte-parole de l’opposition à la Région et il aura enfin une légitimité. » Contacté, François Guéant calme le jeu. La priorité,

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ce sont les élections européennes de juin. Pas question de brûler les étapes. « Je suis content que mon nom circule, cela montre que le travail de terrain que je mène en Bretagne porte ses fruits »,

nous bouclons cette édition, Bruno Chavanat, patron de l’opposition au conseil municipal et Paul Kerdraon, maire de Pacé, se disputent la 3e place de la liste « grand Ouest ». L’UMP devra livrer son

Bruno Chavanat patron de l’opposition UMP à Rennes, à propos des Européennes

« si l’uMP souhaite montrer du renouvellement, il faudra qu’elle m’investisse »

se félicite quand même le député suppléant… sans rejeter l’éventualité de sa candidature.

européennes, duel rennais Les européennes de juin agitent aussi la droite rennaise. A l’heure où

arbitrage « mi-avril ». En attendant, ça grince un peu des dents. « A Paris, ils nous rejouent le duel du jeune loup urbain contre le vieil expérimenté rural », commente, sarcastique, un élu qui rappelle que l’UMP avait sollicité l’exprésident de la FDSEA,


Jean-Michel Lemétayer, pour qu’il prenne la tête de cette liste. A défaut de Lemétayer, Paul Kerdraon tiendrait la corde. Ancien directeur de la FDSEA du Finistère et de la chambre d’agriculture de Rennes, commissaire général du Space… le maire de Pacé dispose, sur le papier, du meilleur CV. D’autant qu’il a été « sollicité » par Paris pour être candidat à la candidature… L’élu ne rejette pas l’analogie entre Lemétayer et lui mais garde la tête froide. « Je ne peux pas prétendre avoir la même connaissance des dossiers agricoles. Mais je les connais peut-être mieux que d’autre. Et puis, je dispose d’une bonne assise politique locale. » Interrogé sur ce « duel », son concurrent, Bruno Chavanat ne veut pas tomber dans les clichés. Certes, Kerdraon n’est pas « un maire rural », indiquet-il, avant de préciser qu’il « l’aime bien » et

qu’ils travaillent « bien ensemble ». Argument de Chavanat pour vanter sa candidature : si l’UMP « souhaite montrer du renouvellement, il faudra que le parti m’investisse ».

les calculettes chauffent Y’aura-t-il un élu UMP breton appelé à siéger au parlement européen en juin ? Prétendant à la troisième place sur la liste Grand ouest, le Rennais Bruno Chavanat a sorti la calculette. Si l’UMP atteint moins de 20%, il est sûr qu’il n’y aura que deux élus… par contre, si les sondages nationaux qui tablent sur une UMP à 26-27% se confirment dans l’ouest, il y aura bien trois élus… et donc un Breton de droite au parlement européen. Paul Kerdraon, son concurrent pour la troisième place, reste prudent. « D’abord, il faut que je sois investi… avant d’être élu. Et puis qui sait, d’ici à ce que la liste soit officialisée, il y

aura peut-être un autre prétendant non breton à la troisième place ? »

l’alcool, non, le savoir vivre, hic ! Durant le Forum Libération, une conférence débat a pour thème « Fête, jeunesse et alcoolisation massive ? » Un angle qui ne plait guère à Bruno Chavanat, conseiller municipal UMP, qui regrette que l’on aborde le thème de la jeunesse via l’alcoolisation massive. Une jeune fille dénonce un manque de communication entre les générations : « On est mal et on ne sait pas vers qui se tourner ! » C’est alors qu’intervient Guy Caro, médecin et chercheur alcoologue, auteur de nombreux ouvrages, qui ne cache pas son amertume d’être cantonné à un rôle de spectateur. Il débute une diatribe un peu longue au goût de la salle et du journaliste Pierre-Henri Allain, chargé

la PréParation Des réGionales troublée Par une canDiDate officieuse

d’animer le débat. Rouge de colère, incapable de se contenir, Guy Caro se lève et lui lance : « Je constate que vous censurez ma parole. Je m’en vais. Et on se souviendra de moi dans cette salle ! »

Les groupes de la majorité apportent leur soutien. UDB, radicaux de gauche, communistes, verts, socialiste, chacun y va de son laïus. Chacun lit son texte. L’opposition est dans les startings-

François Guéant député UMP suppléant de Ploërmel, à propos des élections régionales

« Je suis content que mon nom circule » Renseignement pris, Guy Caro a écrit De l’alcoolisme au savoirboire. Il ne manquait que le savoir-vivre.

chronique littéraire François André aime les chiffres. Il est adjoint aux finances à la ville de Rennes. En conseil municipal, à l’issu d’une intervention longue, longue, longue, il avoue son penchant pour la littérature et délivre à l’assemblée ses références culturelles : Tintin. Il compare le chef de l’Etat au sombre Rastapopoulos. « Je ne veux pas me contenter de Tintin, lui répond Bruno Chavanat, leader de l’opposition. Je ne peux m’empêcher de vous faire un petit cadeau. » Il pioche dans sa sacoche un livre au format poche. « Je vous offre ce petit livre d’Arthur Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison »

les monologues des moyens Un vote du budget en conseil municipal, ça dure. A 9 h le samedi matin, le maire ouvre les débats par un long monologue, sous la lumière des lustres et les reflets des imposants miroirs. Son adjoint aux finances se délecte alors d’un discours interminable. Le Mensuel/avril 2009

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blocks, prête à bondir. Le Modem et l’UMP s’élancent. Il est déjà midi. On entend les ventres des élus gargouiller. Y’a faim, y’a faim. L’après-midi, rebelote. Sur la table de presse, les discours des élus s’empilent. Aucun dialogue, des successions de monologues…

la réunification, cette bonne blague Loeiz Laurent, ancien patron de l’Insee à Rennes, participe au débat organisé par Radio Campus le 17 mars, sur le thème de la réunification de la Bretagne. Ce fin observateur des collectivités locales évite les emballements quand il s’agit de parler des régions. « En 1969, le Général De-Gaulle avait demandé une consultation des habitants sur le découpage de leur région. En 1992, la loi JoxeChevènement facilitait déjà le rapprochement des régions. Il suffirait de deux délibérations concordantes des conseils régionaux. C’est ce que l’on retrouve dans le rapport Balladur. » En 1969, rien ne s’est fait. En 1992, pas davantage. « Et je suis prêt à parier que cette fois ci aussi, rien ne se fera », assure Loeiz Laurent. Dormons tranquille.

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FISCALITÉ TAXE SUR LE FONCIER BÂTI

Sale temps pour les

le Département augmente la taxe sur le foncier bâti de 14%. rennes de 7,6 %. Des hausses qui touchent les propriétaires… et font regarder à deux fois les futurs acheteurs. Alors que le secteur du bâtiment souffre, les professionnels l’avouent : « On n’avait pas besoin de ça ! »

PROPRIÉTAIRES l es communes de l’agglomération rennaise veulent lutter contre la crise. Elles n’entendent pas réduire leurs niveaux d’investissements. A La Chapelle-des-Fougeretz, Cintré ou Rennes, on martèle le même mot d’ordre : « Investir pour soutenir l’emploi. » Dans les conseils municipaux, il y a unanimité sur ce point. Mais comment lever de l’argent ? C’est là qu’apparaissent les divergences. Des élus sont favorables aux hausses d’impôts. D’autres préfèrent le recours à l’emprunt. La majorité des municipalités a opté : ce sera davantage d’impôts locaux. On remarque, cette année, une augmentation légère de la taxe d’habitation (TH) et une croissance bien plus marquée de la taxe sur le foncier bâti (FB). Le motif invoqué par les maires, tels Jean-Jacques Bernard à

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&

Thorigné-Fouillard, Daniel Delaveau à Rennes ou Jean-Louis Tourenne au conseil général ? « On augmente moins la taxe d’habitation pour aider les familles défavorisées. »

Les classes moyennes sont les plus concernées

Les collectivités se tournent vers les propriétaires pour faire rentrer de l’argent. Et les hausses du foncier bâti ne sont pas minimes. Cesson-Sévigné : 18,5%. Bourgbarré : 2,5%. ThorignéFouillard : 4,5%. Vern-sur-Seiche : 2%. Bruz : 7% ou Rennes : 7,6%. Le conseil général a appliqué la même philoso-

Fiscalité crise

éterminer une fiscalité par temps de crise ? Un vrai casse-tête pour les collectivités locales. Dans une commune de l’agglomération par exemple, les recettes ont quatre origines : les dotations de l’Etat, les impôts et taxes, la Métropole et les revenus annexes (emprunts, vente de foncier, etc.). Problème : les compensations de l’Etat ne suivent pas. Elles évoluent même à la baisse, jusqu’à 20%. Les recettes des collectivités épousent les tendances de l’économie. Les droits de mutations ? Ils s’appliquent aux transactions

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Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

immobilières. En 2008 en Ille-et-Vilaine, celles-ci ont baissé de 34%. Les collectivités qui bénéficient de cette taxe, conseil général en tête, déplorent une forte baisse de leurs recettes. Côté dépenses, la tendance est à l’augmentation. Les sollicitations des citoyens, surtout dans le domaine social, s’accentuent. La demande de logements à loyer modéré s’accroît. La hausse du nombre d’allocataires du RMI, et demain du RSA, est attendue avec appréhension. D’où le dilemme des collectivités : il faudrait plus de dépenses et dans le même temps s’attendre à moins de recettes.

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phie : + 14%. Sans oublier la part additionnelle de Rennes Métropole. Dans bien des communes, les impôts locaux vont donc augmenter de près de 100 € pour un couple avec enfants.

Hausse des taux

De jeunes ménages s’interrogent : estce intéressant de devenir propriétaire ? Les impôts ne sont pas la raison des hésitations, estime-t-on dans plusieurs agences, mais cela pose question. En décembre 2008, avant les votes des budgets et des taux dans les communes, l’Union nationale des professionnels de l’immobilier (UNPI) s’inquiétait des hausses concernant la seule taxe sur le foncier bâti. « Une augmentation très importante, 37% sur cinq ans, soit une moyenne de 1 120 euros par ménage. Ce qui dépasse largement l’évolution du coût de la vie sur cette période et a pour conséquence de retirer du pouvoir d’achat aux propriétaires. » Les classes moyennes sont-elles plus concernées ? Oui, si l’on s’attarde sur la publication du Crédoc* qui les décrit « sous pression ». L’étude constate que les revenus médians (environ 50% de la population) doivent « faire face à des dépenses incompressibles qui augmentent plus vite que leurs revenus (logement, électricité, eau, gaz et combustibles), qui représentent, en 2009, 38% de leurs dépenses contre seulement 21% en 1979. » Ce qui impacte sur le budget loisirs, vêtements ou vacances. L’évolution de la taxation des propriétaires ne plaît guère aux responsables du bâtiment. «  Ce n’est pas ce dont nous avions besoin en ce moment, soupire Jean-Pierre Panhaleux, président


Le STAR révèle sa vision durable…

Citoyen, social, économique, environnemental. Le réseau STAR, au cœur du développement durable. Avec près de 68 millions de voyages en 2008, le réseau STAR participe au dynamisme de l’agglomération en facilitant l’accessibilité de tous vers les pôles économiques et de loisirs. En choisissant le bus et le métro, chacun réduit de 3 à 5 fois la consommation d’énergie par kilomètre parcouru.

de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment en Ille-et-Vilaine (CAPEB). La profession se bat pour l’accès à la propriété. Ça va à l’encontre du plan de relance et de la volonté de l’ensemble des partenaires. » Après l’industrie, les craintes se portent sur le bâtiment. Ces six derniers mois en Ille-et-Vilaine, - 30% d’autorisation de construire en individuel, - 35% en collectif. « Les entreprises artisanales sont en très mauvaise posture, s’inquiète Jean-Pierre Panhaleux. On tire le signal d’alarme. Certaines entreprises n’ont plus qu’un mois, voire quinze jours de travail... » Michel L’Hoste, secrétaire général de la Fédération française du bâtiment (FFB)** à Rennes s’affiche un peu plus serein. « On a senti le coup d’arrêt des collectifs neufs. Le logement social, lui, n’a jamais cessé de construire sur l’agglomération de Rennes. » Hugues Vanel, président de la FFB 35, admet les difficultés à venir. Mais il préfère souligner les points positifs qui s’offrent aux propriétaires. « On n’a jamais eu un bouquet d’aides fiscales aussi attractif. La TVA à 5,5%. L’Ecoprêt à taux zéro jusqu’à 30 000 €. Le prêt à 0%. Le crédit d’impôt. Et tout est cumulable jusqu’en 2010. Ça ne va pas durer longtemps ! » Emmanuel Danielou emmanuel.danielou@lemensuelderennes.fr *Crédoc  : Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie. ** La Fédération française du bâtiment compte 1  000 entreprises adhérentes en Ille-et-Vilaine, soit 14 000 salariés. Cela représente un chiffre d’affaires hors taxes de deux milliards d’euros, équivalant aux deux tiers de l’activité du département.

Tandis que les taxes sont à la hausse, en Ille-et-Vilaine, en 2008, la construction neuve individuelle a chuté de 35%.

Certifiée ISO 14001, l’entreprise exploitante Keolis Rennes améliore en permanence la maîtrise des impacts environnementaux de ses ateliers.

À savoir LES IMPÔTS LOCAUX nombre de taxes additionnelles alimentent les caisses des collectivités locales (électricité, gaz, droits de mutations, ordures ménagères, etc.). Mais les ressources principales directement payées par les contribuables sont les impôts locaux qui s’appuient sur quatre taxes principales. La taxe d’habitation (TH) calculée à partir de la valeur locative d’une habitation, elle est payée par les locataires et propriétaires. La taxe sur le foncier bâti (TFB) Prend en considération l’emprise au sol d’un appartement ou d’une maison. elle est payée par les propriétaires. La taxe foncière (TF) contribution des propriétaires de terres agricoles ou des propriétaires de terrains non bâtis, susceptibles de produire des revenus. La taxe professionnelle (TP) Payée par les entreprises. a rennes Métropole, elle n’alimente pas les recettes des communes, mais celles de l’agglomération.

infostar 0811 555 535 l www.star.fr Le réseau Bus + Métro de RENNES MÉTROPOLE.

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SOCIÉTÉ ANTENNES-RELAIS

70 nouvelles implantations

DANS L’AGGLO Ça gronde à rennes à chaque implantation d’antennes-relais. les habitants s’inquiètent des effets nocifs sur la santé. les opérateurs envisagent 70 nouveaux mats émetteurs, dont 25 à rennes. l’archevêché lui-même s’oppose à l’utilisation de ses clochers. la mairie, de son côté, n’a pas le dialogue facile…

a

en haut. A Saint-Melaine, la colère gronde contre le projet de pose d’antennes-relais dans le clocher de l’église. ci-dessous. Rue Camille Saint-Saens, les habitants protestent contre l'installation d'un mât émetteur haut de 25 mètres.

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l’entrée du Thabor, la V ierge à l ’enf ant qui trône sur l’église SaintMelaine de Rennes arbore un visage plein de compassion. Mais à ses pieds, la colère gronde depuis l’été. Un panneau municipal indique que le permis de construire accordé à SFR, qui projette d’y installer une antenne-relais dans le clocher, est prolongé d’un an. Sophie Poignant, p arent d ’élève à l’école Jean-Zay, établissement mitoyen de l’église, a du mal à digérer la future implantation : « Ce qui est choquant, c’est que l’on a été prévenus de rien. » En juin 2008, une cinquantaine de parents découvrent le permis de construire, s’en inquiètent, se

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plongent dans les publications sur la téléphonie mobile. Chacun y va de ses compétences, le père prof de sciences physiques, la mère avocate. Ils se mobilisent, construisent une argumentation contre l’arrivée des antennes et lancent une pétition. Pour eux, c’est sûr, les antennes-relais sont dangereuses pour la santé.

« On a été leurrés par les élus » Ils s’appuient sur la charte que la mairie a signée en 2002 avec les opérateurs et qui recommande, avant toute construction, « de repérer la présence éventuelle d’habitations et d’établissements tels que crèches, écoles ou hôpitaux dans un rayon de 100 mètres. »

L’école se situe dans le périmètre. En décembre, lors d’une réunion publique, les parents fulminent : « SFR, dans sa constitution de dossier de permis de construire, avait "oublié" de mentionner la présence de l’école Jean-Zay ! » A deux reprises, les parents interviennent au conseil municipal pour demander l’arrêt du projet. Yves Préault, adjoint à la communication, leur répond que l’orientation des antennes n’aura pas d’incidences sur les enfants. Les parents affichent une confiance relative à l’égard de l’élu chargé du dossier. Pour cause : ils ne l’ont jamais rencontré. En février, ils demandent un rendez-vous au maire. Ils l’attendent toujours. A Rennes, ce n’est pas la première fois qu’un collectif de parents ou d’habi-


LES DATES CLÉS 12 juillet 1999. Le conseil de l’Union européenne recommande des niveaux de référence pour éviter l’exposition du public aux ondes électromagnétiques. La France fixe les normes d’émission pour le téléphone mobile à 41 V/m pour la téléphonie de seconde génération. A 61 V/m pour la 3G.

18 janvier 2001. Le rapport dit « Zmirou » préconise de ne pas implanter d’antennes-relais à moins de 100 mètres des écoles ou centres hospitaliers. 2001. Yves Préault, adjoint au maire de Rennes, rassemble les opérateurs téléphoniques pour établir une charte, visant à dresser une cartographie des antennes relais sur la ville. Après de nombreuses discussions, elle est signée en 2002. Rennes est la première ville de France à produire un tel document.

Mai 2006. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie l’aide mémoire n°304 sur les « Champs électromagnétiques et santé publique », qui conclue : « Il n’existe aucun élément probant confirmant d’éventuels effets nocifs des stations de base et des réseaux sans fil pour la santé. »

31 août 2008. le rapport BioInitiative, réalisé par des tants se mobilise contre l’implantation d’une antenne-relais. Les riverains de la rue Camille-Saint-Saëns, dans le quartier du Haut-Sancé, subissent aujourd’hui l’édification d’un pylône SFR sur le terrain de Réseau ferré de France (RFF). La maison la plus proche se situe à une dizaine de mètres. Michel Déniel, président de l’association de riverains, se souvient de l’arrivée d’un bulldozer en 2006. « C’est ainsi qu’on a appris qu’ils allaient construire un pylône haut de 25 mètres. » Inquiets, les habitants écrivent à l’ensemble des groupes politiques de la municipalité : « Tous nous ont répondu, sauf les socialistes. » Michel Déniel et les riverains regrettent l’absence de dialogue avec la mai-

rie. « On s’est dit qu’on aurait le soutien des élus. On s’est fait leurrer. » Le quartier ne désespère pas d’une démarche en justice, mais il doit attendre que l’émetteur entre en action. Aujourd’hui, les esprits sont secoués : « Faut voir le traumatisme que ça engendre ! On a des voisins qui ont une petite fille, ils veulent partir. »

« C’est de la schizophrénie » Alors, dangereuses, ces antennesrelais ? Difficile de se faire une idée précise. Les études internationales sur les effets sanitaires se succèdent et se contredisent. Une ancienne salarié de France Télécom se souvient que quand elle interrogeait sa hiérarchie sur les éventuelles nuisances, on lui

chercheurs européens et américains, est publié. Il recommande l’interdiction d’implanter une antenne-relais dans un périmètre inférieur à 300 m d’une école. Il demande que les puissances d’ondes soient abaissées.

4 septembre 2008. Le Parlement européen retient le rapport BioInitiative et estime la législation française sur les ondes « obsolète ».

4 février 2009. La Cour d’appel de Versailles condamne Bouygues Télécom à démonter une antenne-relais dans le Rhône. La justice évoque « l’incertitude » sur la santé des riverains. 16 février 2009. Le tribunal de grande instance de Carpentras condamne SFR à démolir une antenne à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse). 4 mars 2009. L’Académie de médecine s’étonne des décisions de justice. On ne sait pas « en quoi les antennes relais auraient un effet négatif sur la santé. » François Fillon, le même jour, déclare que « l'hypothèse d'un risque pour la santé pour les populations vivant à proximité des antennes-relais de téléphonie mobile ne peut être retenue. » 5 mars 2009. Le tribunal de grande instance d’Angers décide d’interdire l’implantation d’une antenne-relais France Telecom dans un clocher de Notre-Dame-d’Alençon (Maine-et-Loire), distant de 50 mètres d’une école. 11 mars 2008. A Rennes, Yves Préault, adjoint au maire, rassemble les opérateurs pour définir une nouvelle charte de la téléphonie mobile sur la ville.

23 avril 2009. Le premier ministre François Fillon rassemble les ministères de la Santé, de l’Ecologie et du Développement de l’économie numérique autour du thème de la dangerosité des ondes électro-magnétiques de la téléphonie mobile. A ce jour, la ville de Rennes n’est pas invitée.

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SOCIÉTÉ rétorquait : « Qui va dire quelque chose ? On les met sur les HLM ! » « Non » assure-t-on chez SFR, il n’y a pas de danger, « la puissance de nos

Le chantier de plantation d’antennesrelais n’est pas terminé. Dans les années à venir, les opérateurs envisagent 70 nouvelles implantations dans l’agglo-

L’archevêché se constitue partie civile contre Bouygues et SFR antennes est très faible. » Les levées de boucliers relèvent de la « schizophrénie ». « Les gens exigent une meilleure couverture pour leur portable » mais refusent une antenne près de chez eux. Quand on signale que les puissances d’émission d’ondes sont deux fois plus restrictives en Belgique, au Canada ou en Chine, SFR botte en touche. « La croissance d’utilisation des portables (téléphones et ordinateurs utilisant la téléphonie mobile, NDLR) est telle, que si nous n’avons pas de redéploiement, nos services vont être saturés. Une antenne prend en compte 47 appels simultanés, pas un de plus. »

mération rennaise, dont 25 sur la seule ville centre, pour parvenir à une couverture optimale. Des investissements observés à la loupe. Chaque pose de mât émetteur coûte 100 000 à 150 000 €. Sans compter la location annuelle du terrain : de 3 000 à plus de 10 000 €. Au diocèse, pas question de laisser les opérateurs téléphoniques continuer à utiliser les clochers pour développer leur business. Le vicaire général Jean Perrin ne le cache pas : l’archevêché se porte partie civile contre les implantations d’antennes Bouygues Telecom à Saint-Melaine. Il en fera de même pour SFR.

L’évêché de l’Ain a déjà intenté des actions en justice contre les téléphonistes. Depuis 1905, les églises sont propriétés de la Ville. Le diocèse en est l’affectataire. La vocation des lieux de culte est décrite dans la loi du 25 juillet 1907, alinéa 2 : « L’affectation s’entend de l’église et de toutes ses parties composantes (clocher, tribune et sacristie) et de son mobilier. » Chez les cathos, on accepte mal que les clochers soient utilisés pour des activités autres que religieuses. Et qu’un clocher, symbole d’un lieu de culte, serve à alimenter par les ondes des chaînes de télévision pour mobiles. Surtout quand certaines ont un caractère pornographique. En février et mars 2009, les récentes victoires judiciaires d’opposants, face aux opérateurs, laissent présager que la guerre des antennes dans l’agglomération rennaise n’est pas close. Emmanuel Danielou emmanuel.danielou@lemensuelderennes.fr

YVES PRÉAULT Adjoint à la communication à Rennes

« J’ai l’intime conviction QU’IL N’Y A PAS DE RISQUES » le Mensuel de rennes : Quelle prise avez vous sur les implantations d’antennes-relais et leur puissance d’émission ? Yves Préault : « On essaie de maîtriser ce dossier, alors que légalement, on n’a aucun pouvoir. On ne peut interdire la pose d’antennes. Nous n’avons pas de pouvoir sur les puissances d’ondes émises. Nous sommes entre les opérateurs qui veulent étendre leur champ d’ouverture et les habitants réticents aux implantations. L’objectif est de travailler dans la transparence. C’est pour cette raison que l’on se mêle d’installations dans le domaine privé. Nous aurions pu nous en laver les mains. » En 2002, vous avez signé une charte avec les opérateurs. Pourquoi une remise à plat en 2009 ? « Il faut aller plus loin. Par exemple, aujourd’hui, vous marchez dans une rue. Elle est truffée de bornes wifi dans les logements. Peuvent-elles servir de

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relais et éviter la pose d’antennes ? Je ne sais pas si ça marche, mais je le demande aux opérateurs ! Cela peut rendre service à tout le monde. Le vrai débat aujourd’hui est sur les puissances d’émission des antennes. Pourquoi les parlementaires ne se saisissent pas du dossier ? On sait que les puissances d’émission en France sont trop élevées. Ailleurs, elles sont plus faibles. Pourquoi pas chez nous ? » les habitants vous reprochent de ne pas dialoguer avec eux. « Je rencontre assez peu les gens, c’est une posture. Mais j’observe. A Jean-Zay, j’ai vu des mômes de 10 ans sortir de l’école avec leur portable, alors qu’on dit de ne pas en donner aux enfants. J’ai proposé aux parents de cette école de les rencontrer. C’est le maire qu’ils veulent voir… Moi, j’ai réalisé des recherches sur le sujet. Et j’ai l’intime conviction qu’il n’y a pas de risques. On peut me dire qu’il y a le feu avec

« Je rencontre assez peu les gens, c’est une posture. Mais j’observe. A Jean-Zay, j’ai vu des mômes de 10 ans sortir de l’école avec leur portable, alors qu’on dit de ne pas en donner aux enfants. »

les antennes-relais, je sais que je ne l’éteindrai pas. A un moment, on va au delà du rationnel. Quant au dialogue, je tiens une permanence tous les 15 jours… »


SOCIÉTÉ VIDÉOTHÈQUE DES BEAUX-ARTS

Plusieurs milliers

de copies illégales Pendant plusieurs années, des milliers d’œuvres piratées ont été mises à disposition de profs et d’élèves de l’Ecole régionale des beaux-arts de rennes. le tout, sans que l’organisme de lutte contre ce genre de délit n’agisse. la police a mené son enquête. la mairie est intervenue, sans faire de vagues.

D

epuis janvier, l’Ecole régionale des beaux-arts de Rennes ne dispose plus de vidéothèque pour ses élèves et professeurs. Les quelques 6 000 films, documentaires et clips constituant le fonds de l’école, ont été retirés des deux petites pièces ouvertes aux 350 élèves. Le tout, en catimini et à la demande expresse de la mairie. Motif de cette décision : environ 80% des titres étaient soupçonnés d’être contrefaits. « Un comble », estiment plusieurs membres de l’école. « L’enseignement des Beaux-arts est censé inculquer les règles liées à la propriété littéraire, artistique et au respect des droits d’auteurs… » Tout a débuté en janvier 2007. Irrités par cette situation qui durait, selon eux, «  depuis dix ans », des professeurs des Beaux-arts entrent en contact avec l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa). Une structure, agréée par l’Etat, qui traque les adeptes du « piratage » de films, de disques et autres œuvres soumis aux règles de la propriété intellectuelle. Dans leur courrier, les professeurs joignent la copie de la liste des productions mises à disposition. Une vraie caverne d’Ali Baba, où coexistent films d’auteurs, anciens ou contemporains, courts-métrages, documentaires, reportages et autres vidéo-clips fixés sur VHS, CD ou DVD. Quelques mois plus tard, les enseignants informent les syndicats des cadres CGT de la ville. L’Ecole des beaux-arts est une régie autonome, dépendante de la municipalité rennaise. A sa tête : Jacques Sauvageot*, 66 ans cette année, vice-président de l’Unef en mai 68, grand copain de Cohn-Bendit et d’Alain Geismar. Un directeur charismatique, dont la gestion et le management sont pourtant régulièrement critiqués par les représentants des personnels.

Dossier sensible Pour « avoir des billes » à lui opposer, les enseignants et leurs représentants se paient un audit, mené par un cabinet d’avocats rennais ayant

Classé sensible, le dossier atterrit en novembre sur le bureau du directeur général des services de la Ville. Gilles Suignard demande à ses services juridiques « d’instruire » l’affaire. Les conclusions de leur enquête rejoignent celles des avocats de la CGT : la vidéothèque est illégale. « J’ai donné

« Des contrefaçons faites au mépris des droits des auteurs » Extrait du rapport d’un cabinet d’avocat

Depuis janvier, les 350 étudiants des Beaux-arts n’ont plus de vidéothèque.

pignon sur rue. Les juristes sont formels. Ils produisent une note de sept pages, accablante, qui confirme l’irrégularité d’une grande partie du fonds de la vidéothèque. « Les reproductions des œuvres originales (…) ont été faites sans autorisation des auteurs ni acquisition des droits de reproduction », notent-ils. Mises à disposition de toute l’école, elles « constituent des contrefaçons puisqu’elles ont été faites au mépris des droits des auteurs (…). On doit en conclure que la vidéothèque des Beaux-arts, accessible à la totalité des élèves et des enseignants, se trouve en situation illégale », assènent les avocats. Un fait passible d’une sanction pénale. Le parquet de Rennes est alerté dans la foulée. En septembre 2008, la juridiction confie à un enquêteur de la brigade financière de Rennes le soin d’y voir plus clair.

des instructions pour qu’elle soit mise en conformité avec le droit, indique-t-il. A ma connaissance, il n’y a plus de possibilité de prêt donnée aux étudiants. Un tri est opéré entre les œuvres conformes et celles qui ne le sont pas. Des procédures d’acquisition des droits ont aussi été lancées pour reconstituer le fonds. » De son côté, le parquet a procédé à un classement sans suite de l’affaire, le 3 mars « à défaut d'infraction caractérisée ». Alertée la première, l’Alpa n’aurait pas prêté son concours à l’enquête, ont indiqué plusieurs sources. Sollicités, les responsables de celle-ci n’ont pas souhaité communiquer. « Il est étonnant qu’un organisme censé contrôler ce type de chose ne bouge pas sur une aff aire comme celle-ci », s’étonne un prof de l’école. Jacques Sauvageot a eu une entrevue avec le maire de Rennes « fin décembre, début janvier ». Officiellement, aucune sanction n’a été prise à l’encontre du directeur des Beaux-arts, affirmet-on à la municipalité. Seul son départ en retraite a été évoqué. Simple question « d’anticipation », assure le directeur général des services. Killian Tribouillard killian.tribouillard@lemensuelderennes.fr *Sollicité, Jacques Sauvageot n’a pas souhaité s’exprimer.

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SOCIÉTÉ DISTRIBUTION DE SERINGUES

La dose

NÉCE SSAIRE

Un toxicomane se drogue, par injection, cinq à dix fois par jour en moyenne. Autant de chances de contracter le virus du Sida, une hépatite et autres maladies... Pour éviter toute contamination, deux associations rennaises fournissent gratuitement 80 000 seringues par an.

D

imanche soir, le centreville vit au ralenti. Sur le boulevard de la Liberté, un homme, la trentaine, marche d’un pas décidé. Coup d’œil à droite, un autre à gauche. Il s’approche du distributeur de seringues. D’une main peu assurée, il insère une boîte contenant son matériel usagé. Un kit stérile tombe en échange : deux seringues propres, de l’insuline, de l’eau, des filtres et du désinfectant. Le jeune homme empoche le tout avant de disparaître rapidement dans la pénombre. « Lorsqu’ils ont leur produit, les toxicomanes cherchent à se l’injecter le plus vite possible », observe Albert Calipel, responsable de l'Association d'addictologie, d'aide, de prévention et de formation (AAPF), qui gère les distributeurs rennais. Un premier a été installé en 2000, boulevard de la Liberté. Une seconde machine a renforcé le dispositif en 2004, à quelques pas de l’Ecole d’architecture. Depuis, les deux appareils tournent à plein régime. 12 000 seringues sont mises à disposition chaque année.

Gênés d’acheter des seringues en pharmacie, beaucoup préfèrent se rendre aux distributeurs du centre-ville. « On croise des gens bien sous tous rapports qui n’ont rien du cliché du toxicomane », affirme Albert Calipel, responsable de l'Association d'addictologie, d'aide, de prévention et de formation (AAPF).

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limiter la casse Eradiquer la toxicomanie, l’association n’y parviendrait pas. Sa mission : « Réduire les dommages collatéraux. » Albert Calipel constate que les contaLe Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

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minations du VIH et des hépatites sont causées par de « mauvaises conditions d’injection ». L’AAPF ne planche pas seule sur le dossier « réduction des risques ». Elle travaille en complémentarité avec l’association Aides et son bras armé en matière de toxicologie : Interm’aides. Dans son discret local, implanté rue de l’Alma, une trentaine de drogués viennent chercher leurs stériboxs à chacune des trois ouvertures hebdomadaires. 66 000 seringues ont

dant quelques années, la municipalité s’est montrée frileuse quant à la mise en place d’un dispositif cohérent de réduction de risques. L’obtention du feu vert pour la mise en place du premier distributeur a pris du temps. L’actuel adjoint à la santé, Didier Le Bougeant, rechigne à évoquer l’historique de la politique municipale. Embarrassé, il préfère parler du « futur et des initiatives qui portent leurs fruits. » Effectivement, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Institut de veille sanitaire, il y a treize ans, une personne sur quatre contractait le Sida suite à l’usage de drogue en France. En 1996, dans le département, huit drogués avaient été contaminés suite à une intraveineuse. Un seul en 2007.

En 1996, huit toxicomanes du département ont contracté le Sida. En 2007, un seul

Sur le fil du rasoir

été distribuées en 2008. 86% d’entre elles ont été rapportées. Autant qui ne traîneront pas, autant qui ne seront pas jetées aux ordures ménagères. Le dispositif est désormais bien rodé. « Il a fallu batailler, négocier… Ce n’était pas une question de coût mais de politique », se rappelle Albert Calipel. Pen-

Au-delà de ces données encourageantes, la réalité du terrain reste édifiante. Infections, hépatites, overdoses, suicides… font des ravages. « Il n’y a pas une année sans que deux toxicomanes ne décèdent sur Rennes », assène Mylène Guillaume d’Interm’aides. Les drogués constatent eux-mêmes un « laisser-aller ». L’ac-

tion des associations a ses limites. 247 toxicomanes ont franchi la porte d’Interm’aides l’an passé. A peine la moitié des « addicts » rennais selon Mylène Guillaume. Les jeunes, souvent à la rue, connaissent le chemin par cœur. Les camés « mondains » ou les sans-papiers hésitent, quant à eux, à se montrer. Dans le monde de la drogue, la retenue règne. Les associations la jouent discrète. « Les professionnels reconnaissent le travail mais nous sommes toujours sur le fil du rasoir avec l’opinion public », explique Mylène Guillaume. Elle reste marquée par la visite de cette mère lui reprochant « d’encourager sa fille à se shooter ». La salariée d’Aides défend la pertinence de la politique de réduction des risques. « On cherche avant tout à préserver leur capital santé. » En attendant un passage au centre de soin GuillaumeRégnier, qui prescrit les produits de substitution, il faut limiter les séquelles. Pour cette raison, les portes d’Interm’aides restent ouvertes toute l’année. Les bras pleins de seringues, Albert Calipel de l’AAPF, réapprovisionne, chaque jour, ses deux distributeurs. Benjamin Keltz benjaminkeltz@lemensuelderennes.fr

À savoir - L'Association d'addictologie, d'aide, de prévention et de formation (AAPF) gère les distributeurs de seringues du centre-ville. en 2008, 12 000 seringues ont été distribuées gratuitement. 60% d’entre elles sont récupérées. - Interm’aides, antenne de l’association aides travaillant sur la réduction des risques chez les toxicomanes, ouvre trois après-midi par semaine. outre un suivi, elle distribue gracieusement 66 000 seringues par an. le taux de retour est exemplaire : 86%. - Les pharmacies vendent des seringues. en 2008 dans le département, près de 80 000 unités se sont écoulées dans ces enseignes.

Quentin* 36 ans, toxicomane

« Il est plus facile de se piquer que d’affronter la réalité » Depuis 17 ans, Quentin*, toxicomane, s’injecte de la drogue deux à dix fois par jours. A 36 ans, ce rennais a vu ses amis et compagnons de défonce décéder les uns après les autres.

«J

’ai commencé à me droguer à 19 ans. Mon ancienne copine traînait dans la came. J’y ai goûté de la sorte. A l’époque, je ne touchais pas le RMI et les produits coûtaient cher. M’acheter des seringues représentait une centaine de francs. En 1996, j’ai entendu dire que Aides en distribuait gratuitement. L’association m’a ouvert les yeux sur les risques encourus. J’ai appris à changer systématiquement de seringue. » « Je suis passé à travers les épidémies. La vie tient à peu de chose. Dans les années 80-90, je voyais dix amis sur une seringue. Ils la passaient sous l’eau, parfois à la javel et ça ne choquait personne. Depuis, tous sont décédés. Pour beaucoup du Sida. Certains se sont suicidés. Aujourd’hui, il y a du laisser-aller dans les pratiques. Une amie est actuellement à l’hôpital pour s’être piquée dans le sein. Plus généralement, lorsque certains potes viennent chez

« Pour arrêter,

moi, ils s’injectent leurs produits et repartent avec leur seringue dans la poche. Ils ont conscience du danger mais ont tellement peur de ne pas en avoir assez… A la rue, tout tourne autour des produits. L’été par exemple, les gars ne veulent pas bouger. Ils s’ennuient deux fois plus. Alors pour s’occuper, ils augmentent les doses… » « Pour ma part, quand je passe de deux à dix injections par jour, c’est à cause des soucis. Il est plus facile de se piquer que d’affronter la réalité. En ce moment, la fin de mon bail d’appartement approche. Je me suis fait avoir comme un bleu par une agence qui m’a vendu une liste d’appartements à louer en me disant que je n’avais pas besoin de bosser… Quand j’appelle, la première

chose que l’on me demande est si je taffe… » « Travailler ? J’ai fait quelques formations pour trouver du boulot. J’ai même eu une période de trois ans sans toucher aux produits. J’étais en prison… Au début, ma copine me passait mon traitement de substitution au parloir. Finalement, je me suis fait attraper. L’administration m’a prescrit des neuroleptiques à la place. Ça m’a endormi le cerveau. A ma sortie, j’ai replongé. Pour vraiment arrêter, il faut tout quitter. Rennes, tes amis… tout. Sinon tu finis par craquer tôt ou tard. Je projette de partir à la campagne. Il faut que tout cela cesse. »

il faut tout quitter. Sinon tu finis par craquer tôt ou tard

»

*Par souci d’anonymat, le prénom a été changé.

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INSTANTS D’AUDIENCES triBunal correctionnel De rennes, lunDi 9 mars, 14 h 15.

« J’ai trouvé le chéquier dans un vide-ordures »

«A

vouez qu’il est rare de découvrir un chéquier dans un vide-ordures », ironise la présidente. « Il était bien caché » marmonne Candice, tête baissée. Pour sa première convocation devant la justice, cette Rennaise de 19 ans a soigné sa tenue. Un pantalon blanc, un sweat à capuche jersey et de petits talons avec lesquels elle peine à marcher. A l’été 2008, en allant vider les poubelles, Candice découvre le chéquier au fond d’un sac plastique. « A l’origine, je savais qu’il était volé. Qu’il était caché là et qu’il allait être repris plus tard. » Avec ce carnet à finances, elle achète des cigarettes à un copain, de la nourriture, et offre des enceintes pour équiper la voiture d’un garçon. La jeune fille timide se défend à la barre : « Ce n’est pas du vol, c’est du recel ! » La substitut du

procureur note la justesse du propos : « Je requalifie la poursuite. Vous avez la tête sur les épaules. Je demande six mois de prison avec sursis et l’obligation de rembourser les victimes. » L’avocate de Candice s’avance avec des trémolos dans la voix. « Ma cliente avait 18 ans au moment des faits. Elle vient de quitter le domicile de sa maman pour aller, hélas, vers des gens plus ou moins à la rue. Elle est sous l’emprise des autres ! » Candice est condamnée à 70 heures de travail d’intérêt général. Après l’audience, sa mère lui souffle dans les bronches : « Deux fois, la juge te demande si tu as quelque chose à ajouter et toi, tu ne t’excuses même pas ! »

triBunal correctionnel De rennes, lunDi 9 mars, 15 h.

« Je préférerais de la prison avec sursis »

E

ddy connaît le tribunal de Rennes. A 25 ans, il affiche déjà 19 mentions à son casier judiciaire. Pas de raison de faire le timide. En s’avançant à la barre, il demande à la présidente : « On ne peut pas reporter l’audience ? J’ai pas d’avocat. » La magistrate se penche sur le dossier : « La convocation remonte à quand… Au 18 décembre, non ? » La juge retient l’affaire. Ce 18 décembre, Eddy est interpellé alors qu’il circule comme passager d’un scooter. Ivre, il n’a pas de casque et les policiers constatent qu’il porte un revolver à la ceinture. « Vous savez qu’il est interdit de se promener avec une arme ? » Eddy n’a pas de chance. Voilà huit jours qu’il est sorti de prison (le 10 décembre). « Je buvais un verre avec des amis quand je me suis fait agresser par plusieurs personnes. J’ai réussi à leur arracher

une arme. Un copain m’a transporté sur son scooter pour me conduire aux urgences. C’est là que j’ai été arrêté. » Le jeune homme a la poisse qui lui colle au blouson. « Ça fait six ans que je vis à Rennes, j’ai déjà fait quatre ans de prison. J’essaye de m’en sortir. » Mais aujourd’hui, un espoir transforme sa vie : il va être papa. L a pro cureur le note et re quier t 70 heures de travail d’intérêt général. Eddy tique. « Je suis d’accord pour les réaliser, mais je dois déjà faire 130 heures de travail d’intérêt général. J’aurais préféré une peine de prison avec sursis. » Le tribunal le condamne à bosser.

triBunal correctionnel De rennes, lunDi 9 mars, 16 h.

« Ça m’a énervé, j’ai bu de l’alcool »

M

ickaël vit à Vitré une séparation douloureuse. Depuis que sa douce a quitté le domicile conjugal, il ne se maîtrise plus. Le couple parvient à peine à discuter pour la garde de leur fils. En quelques semaines, la relation dégénère. Il s’acharne sur son ex-compagne pour une broutille : « Il m’a arraché une poignée de cheveux », explique la jeune femme à la barre. Quelques jours plus tard, Mickaël ne parvient pas à joindre son enfant au téléphone. Il débarque chez son ex et plante son rival d’un coup de couteau. « J’ai appelé, il m’a insulté. Ça m’a énervé, j’ai bu de l’alcool. Je suis allé

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chez lui. On ne voyait pas grand chose, il y avait de la fumée de stupéfiants là-dedans. J’ai saisi un couteau sur la table de la cuisine. » Le nouveau compagnon de sa dame se rue sur lui pour le mettre dehors. Le couteau s’enfonce dans son sternum. A la barre, Mickaël est dubitatif : « Quand j’ai eu les gendarmes au téléphone, ils m’ont dit qu’il avait trois jours d’arrêt de travail. Quand il est sorti de l’hôpital, il avait dix jours… Je voudrais bien qu’on m’explique ! » Le procureur requiert quinze mois de prison ferme. Mickaël en fera neuf. E.D.


TENDANCE ON VA SORTIR.COM

Rencontres sur Toile En l’espace de 18 mois, le site internet On va sortir a fédéré plus de 4 500 inscrits à rennes. Chaque jour, hommes et femmes de 25 à 55 ans vont randonner, danser, boire un verre. Célibataires, couples et nouveaux arrivants s’en donnent à cœur joie.

«u

n instant, je viens de voir passer un Ovésien !  » Ne paniquez pas ! Il n’y a pas d’Ovni sur le Champ de Mars, ni d’extra-terrestre aux Horizons. C’est par ce terme que se qualifient les inscrits du site Internet OVS, ce qui signifie « On va sortir ». Le concept a germé dans la tête de son créateur, Jérémy Routier, en 2005 à Paris. Ce « célibatant » de 33 ans, investi dans son travail, a proposé à des personnes disponibles et partantes d’aller au cinéma, de boire un verre ou de faire un footing. Pas en direct, non, mais via la Toile. Le concept accroche très vite dans la capitale. Il s’étend peu à peu à l’ensemble du pays. Et s’implante aujourd’hui dans les pays francophones. Jérémy Routier vit désormais des revenus de son entreprise, grâce aux seules recettes de la publicité en ligne. A Rennes, le site devient actif en août 2007. Pendant quelques mois, il stagne à 300 adhérents. En 2008, une douce euphorie s’empare des claviers. Début avril 2009, On va sortir compte plus de 4 500 inscrits. Rennes se hisse au troisième rang des villes de France utilisatrices du site, après Paris et Lille.

Plan drague ? Samedi 21 mars. La trentaine de sorties proposées pour cette journée se concrétisent. En voici quelques-unes tirées de la longue liste. 10 h 30 : une bricoleuse a besoin de dix bras pour poser une clôture. En échange, elle offre un barbecue. 11 h 30 : après le marché place des Lices, un groupe prend un verre en terrasse et piquenique avec les victuailles. 13 h 45 : des fans de rugby assistent à la retransmission du dernier match de l’équipe de France dans le tournoi des Six nations.

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15 h : une petite troupe se donne rendez-vous au festival Rue des livres, salle Guy-Ropartz à Maurepas. 19 h : une vingtaine de motards se retrouvent devant la gare. Ils vont boire un verre et plancher sur l’itinéraire de leur virée du 4 avril. 21 h : aux Champs libres, ils sont une soixantaine à s’initier au rock. 23 h : huit personnes sortent du Gaumont. Elles sont allées voir Harvey Milk et décident de prolonger la soirée autour d’un verre. Les participants ne se connaissent pas en arrivant. Ils se retrouvent via Internet et, finalement, participent ensemble à des activités. Certaines sont étonnantes : « Il y a quelques semaines, une fille avait mis une annonce, raconte Paul, « addict » à OVS. Elle avait besoin de bras pour monter sa machine à laver au cinquième étage. On s’est retrouvés à cinq. Ensuite, on a bu un verre. » La moyenne d’âge des utilisateurs oscille entre 25 et 55 ans. Une grande partie d’entre eux sont célibataires. De plus en plus de couples débarquant dans l’agglomération rennaise utilisent cet outil pour se créer un réseau de connaissances. Samedi 21 mars. En début d’aprèsmidi, un groupe suit le match de rugby dans un bar de la rue Saint-Hélier. Autour de la table, Mina, Normande ; Cyril du Berry ; Eloïse de Paris ; « moi je suis Alsacienne » revendique une autre. Et Vincent, de nouveau Rennais après quelques années passées en Ile-de-France. « Quand tu changes de lieu de vie, tu te fais des relations au boulot, avec les voisins, mais ce n’est pas vraiment facile, observe Cyril. Grâce au site, en peu de temps, on connaît du monde. Des gens que l’on croise une fois et d’autres avec qui le courant passe, que l’on a envie de revoir et avec qui on se lie d’ami-

tié. » Cyril et Eloïse se sont rencontrés au travers des activités proposées par le site. Ils sont allés un peu au-delà de l’amitié… Ils vivent ensemble et sont parents d’un bébé de quelques mois. Un tel engouement invite au scepticisme. Plate-forme de sorties amicales… ou plan drague qui ne dit pas son nom ? Les membres du site jurent leurs grands dieux : « Pas du tout ! ». Stéphanie, jeune brune au joli minois, adhère depuis juillet 2008. C’est une assidue. « La première fois que je suis sortie, je me suis dit : "Ça va être lourd". Au final, ce qui m’a plu, c’est que ce n’était pas du tout l’ambiance drague.

« On fait des

connaissances dans une ville ou on ne connaissait personne Cyril, 36 ans

»

Bien sûr, il m’est arrivé de me faire draguer, heureusement ! Mais pas plus qu’au boulot ou à une rando. On se retrouve pour faire une activité. Le but, c’est de participer. Depuis que je suis sur OVS, je n’ai pas passé un samedi soir seule chez moi. Et un samedi, ou un dimanche, seule, c’est long ! » Christophe, motard, accroche à la formule. « Il y a énormément de gens seuls. On divorce, on a les gamins un weekend sur deux. Les amis sont en couple… Et le reste du temps, on fait quoi ? C’est chiant d’aller au cinéma tout seul : avec qui parle-t-on du film ensuite ? Et je ne parle pas de se retrouver tout seul devant sa gamelle au restaurant. » Les « doyens », ceux qui ont un an de site, constatent que l’âge des inscrits augmente : « Au début, il y avait surtout des 25-35 ans, se rappelle Mina. Aujourd’hui,


Photos R. Joly

ci-contre. Après-midi rugby. « Il y a un an et demi, on était 300 inscrits. 4 500 aujourd’hui, c’est de la folie » s’enthousiasme Cyril.

beaucoup ont 45, 55 ans. C’est souvent parce que le couple s’est séparé, ou que les enfants ont quitté la maison. » Le site change. Les couples, encore minoritaires, débarquent en nombre. Ils dansent, randonnent, sortent à moto. Stéphanie observe que « les jours de matches, les gars vont au Stade rennais et les filles s’offrent un spa. » Les activités de l’après-midi concernent aussi les enfants. Des parents les emmènent ainsi à la ludothèque, au zoo, ou au parc ornithologique.

Pour tous les revenus OVS ne coûte rien à ses utilisateurs. L’inscription ? 0 €. Chacun dépense en fonction de l’activité proposée. Un footing, une initiation au tarot, un coup de main pour un déménagement, une

visite des escaliers et cours intérieures du vieux Rennes, un cours de salsa : gratis. Ensuite, tout est question de savoir-vivre. On vient avec un gâteau maison, une bouteille… Pour éviter les dérives, le site confie à des « anciens » le rôle de modérateurs bénévoles. A Rennes, Christelle, Hervé et Jérôme, entre autres, s’y collent. Les sorties à caractère religieux, politique ou sexuel sont évincées illico. L’amabilité est une règle établie : « Quand on nous signale le comportement déplacé d’une personne lors d’une activité, on lui écrit. » L’indélicat court le risque d’être écarté. La gratuité, ils y tiennent. « On ne veut pas que certains fassent leur business sur notre dos. On s’est aperçus au moment de la Saint-Valentin que des restaura-

en haut. Sortie moto. « Quand tu es divorcé, que tu as les enfants un week-end sur deux, le reste du temps, tu fais quoi, tu restes seul ? », balance Christophe.

teurs proposaient des repas dans leurs établissements. Quand on a constaté la supercherie, on a annulé les sorties » explique Hervé, l’un des modérateurs. Et l’aspect négatif ? Nous avons cherché. Il existe un blog critique, baptisé On va sévir, mis en ligne en janvier dernier. A ce jour, il compte 24 membres et 450 visites en deux mois… De son côté, une observatrice d’OVS prend du recul sur le phénomène : « C’est une population qui s’affranchit du système associatif. Elle picore des activités, avec une logique consumériste, sans s’investir dans la durée. » On va sortir surfe sur les aspirations d’une époque, de générations qui vivent le présent en évitant de trop cogiter sur l’avenir. Voilà sans doute la clé de son succès. Le Mensuel/avril 2009

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en haut à gauche et ci-dessus. Soirée salsa à la Poterie. Les danseurs sont venus avec un gâteau maison, une bouteille et quelques gobelets.

on va sortir www.onvasortir.com – 2005. création du site à Paris – Novembre 2007. naissance du site rennais – Avril 2008. OVS compte environ 4 500 inscrits à rennes. Plus de 3 000 sorties ont été organisées en un trimestre.

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PORTRAIT MARIO PIROMALLI

18 Mc Donald’s, 47 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2008 et près de 1 000 employés. Derrière ces chiffres se cache celui que ses collaborateurs appellent «  Mario  ». Un rennais d’adoption parti de rien, nageant en plein rêve américain.

C

heveux gominés en arrière, col déboutonné, il se glisse derrière le comptoir pour se servir un café. « Mario est là », murmure-t-on dans les cuisines du restaurant Mc Donald’s du Colombier. Visite surprise. Nul besoin de faire un dessin aux nouveaux employés, le boss vient d’arriver. Dans les rangs de ses 1 000 salariés, Mario Piromalli inspire le respect. Logique, lorsque l’on possède les 18 Mc Donald’s de la région rennaise. Mais ce qui fait davantage jaser le personnel, c’est son parcours romanesque. Cette « success story » dans laquelle un simple tâcheron de Mc Do est devenu, en quelques années, le plus gros franchisé de la firme en France. Le businessman parle peu de son succès. Décrit comme «  pudique  » par ses proches, « un peu froid » par ses employés, Mario Piromalli a pourtant la langue bien pendue lors de notre entrevue. Pas de bling-bling ni de politesse inutile, il s’installe dans le coin du Mc Do dominant la dalle du Colombier. Le quinquagénaire, la voix posée, entame par un « c’est ici que tout a commencé ». Il raconte alors ce 15 mars 1988

investit l’héritage de son père. « Ma mère m’a proposé les 60 000 francs qu’elle venait de toucher », lâche-t-il, la gorge nouée. Chez les Piromalli, on est très famille. Parler du décès de son père, ça le touche. Ses doigts se crispent sur son téléphone portable. Mario Piromalli a besoin de souf fler avant d’aborder « son plus grand regret » : avoir ouvert son premier restaurant sans son « papa ». Cet ancien mineur de fond italien n’a pas connu le succès du huitième de ses onze enfants. « Comme mon père, j’ai réussi à immigrer, se console Mario. Quand on vient d’ailleurs, on cherche sans cesse sa place. »

Du ketchup dans les veines Sa place, Mario Piromalli la trouve vite. Depuis tout petit, son truc, c’est servir. Adolescent, l’école hôtelière de Strasbourg s’annonce comme une évidence. Après son BEP, il songe à passer son Bac. Et pourquoi pas un BTS. Au lieu de ça, à peine majeur, il part faire ses gammes de serveur sur l’Ile de Kish pour le Shah d’Iran lui-même. Il passe

Pendant la campagne municipale 2008, gauche et droite lui font du pied où débarqué de Strasbourg, il découvre le sol neuf de la galerie marchande Colombia. A l’étage, le Mc Do est loin de faire un tabac. Pourtant, Mario Piromalli saute sur la proposition de la firme américaine de reprendre le restaurant. Il n’a que 29 ans mais flaire déjà le bon coup. « Quand j’ai vu tous ces appart’, tous ces bureaux autour… Ça ne pouvait que marcher. » Le nouveau franchisé a trois ans devant lui pour racheter le restaurant. Pour lancer la machine, Mario

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dix mois auprès des « grands de ce monde », de la famille princière monégasque à Valéry Giscard d’Estaing, en passant par Rothschild. Son « graal », ce n’est pas dans la dorure perse qu’il le trouve mais chez les Américains et leurs Mc Donald’s. Mario est séduit par ce nouveau concept : « Rien n’est laissé au hasard. » Equipier, manager, directeur, il grimpe dans la hiérarchie. Le jeune homme se porte volontaire pour toutes les nou-

velles ouvertures de Mc Do à Metz, Montpellier, Rome, Bâle… Têtu, il fait passer le message à ses supérieurs. Lui aussi veut son restaurant. La réponse est claire : « Les gars qui ouvrent une franchise ont 40 ans et un million en poche. Calme-toi ! » C’est mal connaître le bonhomme. «  Avec Mario, c’est toujours pour la veille », glisse Silvana, sa sœur et collaboratrice depuis vingt ans. La persévérance paie. Le 15 mars 1988, Mc Donald’s lui confie officiellement les manettes du restaurant breton. Besogneux, il fait décoller le chiffre d’affaires en quelques mois. Ses valeurs  : «  respect et exigence ». Sa méthode : « une main de fer dans un gant de velours ». Le jeune propriétaire ne se laisse pas le temps de compter ses bénéfices. Il installe une nouvelle enseigne à Saint- Grégoire en 1990, puis à Cesson quatre ans plus tard. L’intensité du travail et la pression font naître sur sa belle gueule des cernes qui ne le quitteront plus. « J’en ai passé des nuits blanches devant les documentaires de chasse, tout seul à m’interroger sur ci ou ça… » Pas question de laisser paraître quoi que ce soit, ce serait une perte de temps. « Soit l’empire s’étend, soit il meurt », lâche Cédric Boret, le bras droit du businessman. À partir de 2002, Mario Piromalli ouvre deux enseignes par an. Pas un des 18 Mc Donald’s installés dans le bassin rennais ne lui échappe.

De l’empire à la dynastie Aujourd’hui, la course à l’ouverture s’est calmée. Mario a appris à déléguer. « Enfin », soupirent bon nombre de ses collaborateurs usés de l’avoir sans cesse sur le dos. « Il reste un homme de terrain. Ce n’est pas un patron qui va jouer au golf en regardant son argent fructifier », insiste-t-on autour de lui. La cinquantaine approchant, Mario Piromalli


« Je sens parfois de la jalousie parce que j’ai 18 Mc Do, que je gagne de l’argent… Mais tous ces gens ne savent pas ce qu’il y a eu avant ! »

se trouve de nouveaux chevaux de bataille, à la Chambre de commerce et d’industrie ou encore avec l’association de commerçants Le Carré rennais. Pendant la campagne des municipales 2008, gauche et droite lui font du pied. Il a bien été tenté mais ne s’est « pas senti prêt ». D’autant qu’il faut choisir son camp. « Sarkozy est l’homme qu’il faut aujourd’hui. Mais j’ai pu voter localement d’une certaine façon et dif-

féremment sur un scrutin national. » D’ici les municipales de 2014, Mario Piromalli a le temps de réfléchir. Un peu de répit pour ce père de quatre enfants, souvent absent, englouti par ses restaurants. « Quand on vient du monde du travail, on ne sait pas s’amuser », défend Silvana, sa petite soeur. Promis, il va lever le pied. S’arrêter  ? Hors de question. L’empire Piromalli est voué à devenir une

dynastie. Le passage de relais à l’une de ses filles se prépare doucement. Transmettre une entreprise au chiffre d’affaires de 47 millions d’euros en 2008, ça prend du temps. Au moins autant que de la construire... D’ici là, Mario peut encore programmer plusieurs milliers de visites surprise dans ses restaurants. Benjamin Keltz benjamin.keltz@lemensuelderennes.fr Le Mensuel/avril 2009

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ÉCONOMIE À l'aGenDa

AUTO-ENTREPRENEURS

sciences numériques

Mardi 7 avril. Conférencedébat du scientifique Gérard Berry. « Pourquoi et comment les sciences deviennent numériques ? »

la Folie créatrice

A 20 h 30 à l’Espace des sciences. Entrée libre. Renseignements au 02 23 40 66 40.

Œnologie et dégustation

Depuis octobre 2008, les chambres de commerce et d’industrie d’Ille-et-vilaine sont très sollicitées. la raison : les demandes de renseignements sur la création d’entreprise. Face à la crise, certains ne comptent que sur eux-mêmes pour s’en sortir.

«V

Jeudi 16 avril. Atelierconférence sur la création d’entreprises à la CCI de Rennes. De 13 h 45 à 17 h. Renseignements au 02 99 33 66 66.

leds et éclairage

Inscrire son auto-entreprise ? C’est possible au centre de formalité des entreprises, à l’Urssaf et sur Internet.

d’entreprises à la CCI de Rennes, observe le boum de fréquentation avec recul. « Plus l’emploi est stable, moins la création est dynamique. Quand la conjoncture est précaire, c’est le moment de se prendre en main. » Cela s’en ressent.

« On est un peu submergés »

Au début des années 2000, la loi Dutreil avait boosté l’esprit d’initiative économique. L’arrivée de l’autoentrepreneur engendre un nouvel élan. « Aujourd’hui, on est un peu submergés. Mais c’est un vrai bonheur de voir des gens qui ont la pêche, la foi ! » Les réunions d’information font le plein. « Dans trois cas sur quatre, on nous parle du régime de l’auto-entrepreneur. Si ça génère du flux pour la création d’entreprises, c’est positif. » Guy Canu, président de la CCI de Nicole Levelu, responsable de la création d’entreprises à la CCI de Rennes Rennes Bretagne, préfère attendre avant de s’emballer. « C’est la pérennité qui m’importe. » Il marque un temps d’arrêt : « En « du blanchiment de travail au noir »… même temps, est-ce que j’aurais créé des entreprises si Combien d’auto-entrepreneurs en Ille-et-Vilaine ? la boîte dans laquelle j’étais salarié, il y a une trentaine On ne sait pas. Les renseignements se prennent en d’années, n’avait pas coulé ? » chambre de commerce ou en chambre de métiers. Reste qu’aujourd’hui, on ne dispose d’aucun chiffre sur les L’inscription se fait en ligne sur Internet, au centre de statuts différents des créateurs. Si une auto-entreprise n’est formalité des entreprises ou à l’Urssaf. Une multiplicité pas active, elle est radiée automatiquement un an plus tard. opératoire qui empêche toute lisibilité. On le regrette Il ne faudrait donc pas que le record de créations se transà l’Insee : « la multiplicité des canaux d’inscription nous forme, faute d’activité, en record de radiations. empêche d’avoir des chiffres régionaux et locaux dans Emmanuel Danielou l’immédiat. Il nous faudra encore quelques mois. » emmanuel.danielou@lemensuelderennes.fr Nicole Levelu, responsable de la création et de la reprise

« C’est un vrai bonheur de voir

des gens qui ont la pêche, la foi !

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Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

A la faculté des métiers de Ker Lann (Bruz). Renseignements au 02 99 05 45 00.

après-midi de la création

R. Joly

ous pouvez me renseigner ? Je crée ma boîte, mais je suis enceinte. Comment va être pris en charge mon congé maternité ? » Tous les jours, le centre de documentation de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) doit faire face aux demandes de visiteurs de plus en plus nombreux. Le phénomène a débuté à l’automne, quand le gouvernement a mis en avant le régime de l’auto-entrepreneur, entré en application le 1er janvier. En trois mois, la France enregistre 100 000 créations d’entreprises, régime de l’auto-entrepreneur inclus. A ce rythme là, on approchera les 400 000 inscriptions en 2009. Incroyable, quand on sait qu’en 2008, le pays a enregistré 327 000 créations d’entreprises, et la Bretagne 11 912. Pour apporter une touche de couleur dans un ciel grisnoir, le gouvernement ne lésine pas sur les superlatifs et parle de « record de la création d’entreprises ». Hélas, sans dissocier les statuts (SARL, SA, SAS, EURL, autoentreprise, etc.). Auto-entreprendre, c’est se créer un complément de revenu, en plus d’une activité principale. Créer son entreprise, c’est s’investir à temps plein pour développer une activité principale. Une nuance qui pousse parfois des chefs d’entreprises ou des responsables en chambre consulaire, en Ille-et-Vilaine comme ailleurs, à considérer l’auto-entreprise comme

Jeudi 9 avril. Stage d’initiation « Connaissance de la vigne et du vin », organisé par l’Institut de formation de l’hôtellerie et de la restauration (Ifhor) de la CCI. Thème Culture et terroir.

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»

Jeudi 23 avril. Journée technique sur les applications futures des Leds dans l’éclairage et la signalisation. Ecole Louis-de-Broglie à Ker Lann (Bruz). Renseignements au 02 99 84 85 50.

transmission d’entreprise

Vendredi 24 avril, atelierconférence sur le thème de la transmission d’entreprises. De 8 h à 10 h à la CCI de Rennes. Renseignements au 02 99 33 66 66.

Marketing alimentaire Mardi 28 avril. Atelierconférence sur le marketing alimentaire. « Comment réussir le lancement d’un nouveau produit. »

De 9 h 30 à 13 h à la CCI de Rennes. Renseignements au 02 99 33 66 66.

ethique et sport en europe

Du mardi 15 au vendredi 17 avril, les étudiants en master 1 management du sport à Rennes 2 organisent le colloque international Ethique et sport en Europe, soutenu par le Conseil de l’Europe. Université Rennes 2, bâtiment L. Renseignements : www.ethiqueetsporteneurope.org.


CHANTEPIE L’émancipation improvisée Depuis l’arrivée surprise de Grégoire le Blond (MoDem) à la tête de Chantepie en mars 2008, la commune a changé de cap. la naissance d’un débat démocratique, absent depuis une décennie, réveille la ville. En guise de « sonnerie » : la suppression de projets lancés par l’ancienne majorité PS. Par Benjamin Keltz benjamin.keltz@lemensuelderennes.fr (photos romain Joly)

«L

es choses évoluent. J’ai souhaité quelques cha ngements, je les mets en pratique. » Grégoire Le Blond, nouveau maire MoDem de Chantepie, tape du poing sur la table. En cette fi n de conseil municipal du 26 janvier, le ton monte. Les membres de l’opposition se lèvent comme un seul homme. Devant une salle pleine, la chef de file socialiste, Mireille Massot, crie à la « censure » avant de claquer la porte. De mémoi re de Ca ntepien, la gauche a toujours été aux manettes

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de la municipalité. Lors du mandat précédent, seuls les Verts occupaient le poste d’opposant. Autant dire qu’avec l’élection du candidat MoDem Grégoire Le Blond, la commune redécouvre le débat démocratique. « C’est ce qui a manqué à Chantepie par le passé », glisse le maire. En mars 2008, l’arrivée du MoDem au pouvoir pousse la gauche sur le banc de l’opposition (lire p.43). Des sept élus socialistes, certains ont longtemps été adjoints. Leur atout : la maîtrise des dossiers. « On a l’impression que Grégoire Le Blond se sent toujours en danger. Ce n’est pas simple d’être celui qui ne sait

pas… », titille Mireille Massot. Novice ou pas, Grégoire Le Blond et son équipe prennent rapidement la mesure de la tâche. Le jeune maire de 36 ans ne se laisse pas faire. Quand on lui demande comment se sont déroulés les premiers mois de mandat face à une opposition « costaude », il coupe court : « Vous les trouvez costauds ? ». Qu’on l’apprécie ou non, ce « vrai politique » ne laisse pas indifférent.

Saint-Melaine à la trappe

Les Cantepiens intègrent d’ailleurs t rès v ite son nom. Le vend red i matin, lors du marché sur la place


En trente ans, Chantepie a vu sa population croître de 2 000 à plus de 8 000 habitants. Les nouveaux quartiers ont poussé comme des champignons. Objectif 10 000 habitants ? Le nouveau maire se veut prudent : « Avant d'annoncer un tel objectif, il faut savoir si l'on est capables d'assumer. »

par les fenêtres. « Le nouveau maire a surtout envie de montrer qu’il est le patron à bord », analyse Brigitte Roger, conseillère municipale d’opposition. Quoi qu’il en soit, Grégoire Le Blond est persuadé d’avoir « évité l’endettement de la commune sur plus de 40 ans ».

la ville grandit trop vite

des Marelles ou au comptoir du bar d’en face, les premières décisions de l’élu font jaser. A peine arrivée en avril 2008, la nouvelle équipe municipale veut tirer au clair les fi nances de la commune. L’audit commandé fait couler beaucoup d’encre. (lire pp.44 et 45) Le jeune élu transforme le rapport de l’expertise en livre de chevet. Après l’avoir épluché, il s’empresse de stopper les travaux du très attendu complexe Saint-Melaine. La construction de ce bâtiment réunissant mairie, école de musique, salle de spectacle mettrait en danger la santé financière de la commune. « Je n’ai pas été élu maire

pour défaire ce qui a été fait par mes prédécesseurs », assure l’édile. Pourtant, en juillet dernier, la majorité n’hésite pas à tirer officiellement un trait sur ce projet. Dur à avaler pour les socialistes, qui voient dans ce complexe « l’aboutissement » du mandat précédent. Mireille Massot crie au scandale. « L’audit a été monté sur des données fausses pour que l’issue aille dans le sens du maire ! ». L’arrêt du chantier Saint-Melaine coûte cher. Entre les travaux déjà engagés et les pénalités, l’opposition parle de 2,5 millions d’euros jetés

Le projet Saint-Melaine abandonné, la municipalité rapatrie le pôle petite enfance en lieu et place du complexe. A quelques pas, Central Parc, un nouveau programme d’habitation, se dresse. Un de plus. Construire pour accueillir plus… L’idée n’est pas nouvelle. Déjà à son époque, André Bonnin, maire de 1973 à 1993, lance bulldozers et pelleteuses sur la création de ZAC à tout-va. Le quartier des Deux Ruisseaux et son millier de logements sort de terre. Sous l’ère Bonnin, la commune accueille trois fois plus de nouveaux arrivants. Fini le village, bonjour la ville. Le maire réussit son pari. Chantepie attire. Cerise sur le gâteau, André Bonnin arrive à baisser la fiscalité. Alors que les impôts locaux caracolent parmi les plus élevés du département lors de son premier mandat, les voilà revenus en quelques années dans la moyenne départementale. C h a ntepie g ra ndit v ite. Pa r fois t rop. Sous les ordres de Michel Loret, maire élu en 1995, Benoît Leray, adjoint à l’urbanisme, dessine le projet des Rives du Blosne. La municipalité table sur une première livraison de 2 800 nouveaux logements dès 2005. « Les gens se perdaient dans nos enquêtes. Même certains élus avaient du mal à nous

chantepie Démographie 8 136 habitants en 2006 selon l’insee Toponymie chantepie signifie le chant de la pie. Pendant plusieurs siècles, le nom de la commune s’orthographie champtepie ou champ de Pye. Finalement, l’écriture définitive n’intervient qu’au 18e siècle. (tiré de l’ouvrage Chantepie au fil du temps)

Une opposition vexée et agressive, un maire sur la défensive suivre », avoue aujourd’hui l’ancien adjoint. Ses ex-collaborateurs, act uellement da n s l’opposit ion, décrivent un « manque de pédagogie ». Au moment de leur construction, certains Cantepiens comLe Mensuel/avril 2009

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SPÉCIAL CHANTEPIE parent les nouveaux quartiers à « des cages à poules transformant Chantepie en cité-dortoir ». D’autres y voient des inspirations bruzoises ou jacolandaises « bien senties ». Aujourd’hui, la cohabitation entre a n c ie n s e t nouve au x qu a r t ie r s s’avère compliquée. Le tour du propriétaire révèle un manque de cohérence. Lorsque l’on roule sur l’avenue André-Bonnin, le centre-ville dévoile quelques traits de caractère évidents. A l’image de ce salon de coiffure encastré dans une ancienne longère à deux pas du clocher. En quelques coups de volant, nous voilà perdus dans un lotissement à l’américaine composé de maisons aux façades en bois colorées. « Il y a plusieurs Chantepie. Le Martial Bourien, vice-président de centre-ville fait vivre la l’association des commerçants commune. Les nouveaux quartiers regroupent des Chantepie se développe aux gens qui travaillent en dehors et portes de Rennes. Pourtant, la dorment ici », remarque Martial ville vit par elle-même. La forte Bourien, vice-président de l’assoactivité associative joue un rôle majeur. Mais les bénévoles ciation des commerçants. s’inquiètent du vieillissement L’intégration des nouveaux arrides infrastructures. vants interroge. « Il ne suffit pas de bâtir des logements pour bien accueillir. On ne construit pas une ville avec des chiffres », ne cesse de ma rteler Grégoi re Le Blond. Le nouveau maire compte lever le pied dans la course aux nouveaux logements. Objectif prioritaire : « Conserver l’identité de la commune ». Pour secouer les quartiers endormis, le maire prévoit de s’appuyer sur la vie associative. Depuis le début de son mandat, Grégoire Le Blond ne lésine pas sur le serrage de pa luches. Beaucoup de bénévoles apprécient son écoute et espèrent des réponses. Michel Hersant, président de l’Etoile sportive de Chantepie, qui regroupe 2 800 adhérents, fait partie de ceuxlà. Le responsable associatif ne se plaint pas mais s’inquiète devant la centaine de nouvelles inscriptions annuelles. « La liste des besoins s’a l longe. E n t e r me s d’é qu ip e ments, nous étions en avance dans les a n nées 90. Désor mais, nous voilà tout juste dans la moyenne. » Les équipements sportifs auraient effectivement besoin d’un coup de neuf. Même constat dans le secteur culturel. Avec l’arrêt du projet Saint-Melaine, Mireille Massot

« Il y a plusieurs

Chantepie. Le centre-ville et les nouveaux quartiers

»

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déplore le manque d’identité culturelle. La majorité réclame du temps, afi n de faire naître d’autres idées.

les enjeux de l’agglo

L’opposition reproche au représentant du MoDem de s’approprier le travail de l’ancienne équipe. Le jeune élu s’agace : « Il y a ceux comme nous qui regardent devant et certains qui ne cessent de regarder en arrière… » A l’horizon, Grégoire Le Blond entrevoit le rayonnement de sa commune dans la métropole. « Je veux faire de Chantepie un pôle d’appui de Rennes », affi rme-t-il. A Rennes Métropole, on compte aussi sur la commune. La charte d’urbanisation de l’agglomération y recommande même l’implantation d’un multiplexe de 2 500 places, souhaitée pour 2011. Grégoire Le Blond table lui sur une première implantation pour 2012-2013. « Finissons les quartiers en cours d’urbanisation dans un premier temps. Nous installerons ensuite cette zone économique. » Une nouvelle ambition qui contraste avec la récente déception métropolitaine. L’extension de la première ligne de métro prévoyant l’arrivée du

Val à Chantepie n’est plus à l’ordre du jour. Priorité à la création de la deuxième ligne. Pour patienter une dizaine d’années, Rennes Métropole promet une ligne de bus rapide pour rejoindre la Poterie. « J’ai peur que ce soit du provisoire qui dure. En tant que vice-président de la communauté d’agglo, Grégoire Le Blond aurait dû taper du poi ng sur la table pour que l’on privilégie l’extension de la ligne A », regrette Benoît Leray. Dans l’enceinte de Rennes Métropole, Mireille Massot reste persuadée qu’elle aurait eu plus de poids que le chef du MoDem 35. Sur la question du transport, le maire se fait un malin plaisir de renvoyer ses opposants dans les cordes. « L’installation de lignes de bus au sein des nouveaux quartiers de la commune n’avait déjà pas été prévue par nos prédécesseurs… » A l’écouter, la liste des oublis et boulettes des socialistes lors du précédent mandat est longue. Assez pour l’obliger à temporiser le développement de la ville. Le maire veut revoir le carnet de route : « Certains ont voulu faire de Chantepie le nouveau Saint-Jacques. Moi, je dis qu’on en fera autre chose ! »


DISSIDENCE À GAUCHE

Comment le PS

a perdu Chantepie Pendant les municipales 2008, le Parti socialiste s’est déchiré à Chantepie, l’un de ses fiefs dans la métropole rennaise. Une faille qui a permis au candidat MoDem, Grégoire le Blond, de s’octroyer le siège de maire à 200 voix près.

D

imanche 16 mars 2008. Au q u a r ti e r g é n é r a l rennais du PS départemental, les résultats des municipales tombent. Daniel Delaveau est élu à Rennes. Cesson et Bruz passent à gauche. Les maires sortants sont reconduits. La fête bat son plein. Sur scène, Jean-Louis Tourenne, président du conseil général, efface vite son sourire. Derrière lui, Mireille Massot, candidate cantepienne, apparaît les larmes aux yeux. Chantepie, ville socialiste depuis des décennies, vient de basculer au centre à 200 voix près. Grégoire Le Blond, candidat MoDem parachuté, coiffe la gauche au poteau. Eté 2007. Le maire, Michel Loret, décide de sa succession. Sur le papier, la mission de la Rennaise Mireille Massot, nommée tête de liste PS, semble claire. Pour « rendre service et faire plaisir », elle part en campagne. Autour de la table socialiste, personne ne bronche. Seul le Cantepien Benoît Leray n’admet pas le parachutage. « Pourquoi devrait-on aller chercher ailleurs un candidat ? », s’interroge l’ancien adjoint à l’urbanisme de Chantepie. Bon an mal an, l’agriculteur monte une liste de son côté. Le parti à la rose voit rouge. Ce socialiste, adhérent depuis 25 ans et ancien conseiller municipal à Rennes sous l’ère Hervé, est rayé du PS.

Bourcier, cherche à apaiser les esprits. Aujourd’hui, il se dit même prêt à « laisser sa porte ouverte le jour où Benoît Leray souhaitera s’expliquer ». Il n’empêche. L’attaque de Jean-Louis To u r e n n e c o n t i n u e d ’ i r r i t e r l e député Boucheron : « Les perdants cherchent un bouc émissaire. Au second tour, ceux qui ne fusionnent pas avec

tit-elle. Advienne que pourra, l’agriculteur cantepien va au bout. Mireille Massot aussi. La sanction tombe dans les urnes. Alors que les scores cumulés des deux listes de gauche leur auraient permis de conserver la mairie, Grégoire Le Blond (MoDem) se faufile sur le siège de maire. Un an plus tard, « le triste spectacle » d’une gauche déchirée a laissé place à l’amertume. La pilule n’est pas passée. Mireille Massot dénonce, au sein du Parti socialiste, «  les couleuvres que [lui a] fait avaler [sa] propre famille politique. » Elle en veut encore à Mireille Massot, tête de liste PS aux municipales Benoît Leray : « Comment peut-on préférer faire perdre son camp ? » une liste qui fait 15% n’ont rien comL’actuelle conseillère municipale d’oppris à la politique ». Traduction : la liste position reste convaincue que sans ce de Mireille Massot, en tête au soir du « combat déloyal », sa liste dirigerait premier tour, aurait dû se rapprocher aujourd’hui la ville. de celle de Benoît Leray. Entre les deux Pour les municipales de 2014, la gauche échéances électorales, Mireille Massot sera-t-elle capable de se réunir ? Diffipropose quelques places sur sa liste à cile d’y croire. On pensait Benoît Leray condition que son adversaire du même retourné à ses vaches mais son équipe, bord se retire. La chef de file de la liste tout comme celle de Mireille Massot, cantepienne PS reconnaît avoir voulu édite depuis quelques semaines un mettre l’ancien adjoint sur la touche. journal. Chacun travaille dans son coin. « Je me suis présentée parce que l’on ne Preuve qu’il faudra beaucoup de salive voulait pas de Benoît Leray… Avec lui, pour dégripper la machine socialiste notre liste serait tombée à 20% », garanà Chantepie.

« Comment peut-on préférer faire perdre sa famille politique ? »

À savoir Résultats du premier tour Mireille Massot, Ps 44,05% Grégoire le blond, MoDem 42,35% benoît leray, dissident Ps 13,59% Résultats du second tour  Grégoire le blond, MoDem 49,9% Mireille Massot, Ps 44,84% benoît leray, dissident Ps 5,26%

le député Boucheron en trouble-fête Jean-Louis Tourenne, baron du parti, goûte peu la dissidence. Devant les militants, il promet quelques remontées de bretelles « y compris à ceux qui se cachent derrière le candidat ». Pour s’être affiché sur le document de son ami Benoît Leray, le député Jean-Michel Boucheron est pointé du doigt. « J’aurais fait de même si l’autre liste me l’avait demandé » se défend-il aujourd’hui. Embarrassé par le cas Boucheron, le premier secrétaire fédéral du PS 35, Frédéric

Lors des municipales 2008 à Chantepie, le député Boucheron s’affiche sur le document de campagne de Benoît Leray, le dissident PS. « Une polémique » aux yeux du député, « un coup dans le dos » pour Mireille Massot, candidate officielle du PS.

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SPÉCIAL CHANTEPIE

n'ai pas « JeDE LEÇONS à recevoir » GRÉGOIRE LE BLOND Maire

« Parachuté », « opportuniste », « déterminé »… Grégoire le Blond, nouveau maire MoDem de Chantepie, agace ses opposants. Jeune élu de 36 ans à l’ambition et au dynamisme certains, il a joué des coudes pour s’ouvrir les portes de l’hôtel de ville. Bien assis dans le siège de maire, il récrit le carnet de route de la commune.

le Mensuel de rennes : rennes inaccessible, une droite inexistante à Chantepie, une gauche divisée... En vous lançant aux dernières élections municipales, vous avez donné une leçon d’opportunisme politique... Grégoire le Blond : « Je ne sais pas pourquoi Rennes aurait dû être mon premier choix. C’est vrai que j’y ai longtemps habité. Depuis 30 ans, Chantepie accueille aussi des gens pour qui Rennes n’est pas en mesure d’assurer leur installation. Je me suis porté candidat sur la circonscription à deux reprises par le passé… Il y a des parachutages plus brutaux. »

G. le BlonD – 30 novembre 1972 naissance à caen – 1996 Diplômé en droit des affaires à rennes i – 1998 adhère à l’uDF – 2002 candidat aux législatives sur rennes sud – 2004 candidat aux cantonales sur rennes centre – 2007 candidat aux législatives sur rennes sud – Mars 2008 elu maire de chantepie et vice-président de rennes Métropole – Septembre 2008 elu président du MoDem 35

C’était donc un parachutage… « Je ne vois pas de bonnes raisons de s’y attarder. Le choix de se porter candidat sur une commune se fait par rapport à plusieurs critères. L’intérêt pour la ville et la possibilité de gagner en font partie. » Faites-vous partie de ceux qui trouvent une âme à Chantepie ? « On ne passe pas de 1 000 habitants, il y a 30 ans, à plus de 8 000 aujourd’hui sans une réelle identité. La commune attire par sa cohérence dans le développement de son urbanisme. Les lotissements se sont construits les uns après les autres tout autour du centre-bourg. Cela donne un certain caractère. » Quelle est la faiblesse de la commune ? « Nous avons davantage subi les nouveaux développements que nous ne les avons gérés. Construire une ville ne se fait pas en regardant des chiffres. L’accueil des nouveaux arrivants ne se

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résume pas à une question de logements. J’ai été élu maire pour conserver une identité et limiter les effets brutaux d’une urbanisation massive. Il faut construire mais surtout mettre en face une offre de services et de commerces attrayante. L’installation de commerces et de lignes de bus au sein des nouveaux quartiers n’avait pas été prévue par la précédente équipe municipale... Il a fallu remédier à cela. » votre mandat a commencé par un audit sur la capacité de financement de la commune (lire p.40)… (Il coupe la question) « N’importe quelle nouvelle équipe aurait fait de même. Pendant la campagne municipale, nous avons constaté qu’une partie de nos prédécesseurs affichait un optimisme sur les finances de la commune. L’autre liste PS annonçait que Chantepie était dans le rouge… Nous avions besoin d’y voir clair. » Pour l’opposition, l’audit s’est basé sur des données exagérées. Que leur répondez-vous ? « Quelles données ? Les chiff res fournis au cabinet chargé de l’audit sont ceux que l’on a trouvés ici, en mairie. En termes de cohérence et de logique, je n’ai pas de leçons à recevoir. » l’audit a conclu à la dangerosité financière du complexe Saint-Melaine (projet de 60 millions d’euros lancé par l’ancienne majorité, regroupant en un même bâtiment une nouvelle mairie, une salle de spectacle, un parking souterrain…) vous avez préféré payer

deux millions d’euros pour tout arrêter. l’opposition dénonce une douloureuse note de 250 € par Cantepien… (Agacé) « C’est un article sur l’opposition ? (Il se calme) L’ancienne majorité avait lancé un projet qui n’était pas finançable. Ce n’est tout de même pas ma faute ! Selon l’audit, en réalisant seulement Saint-Melaine sur tout notre mandat, nous endettions la commune pour 40 ans ! On a évité le mur assuré. Nous avons décidé d’arrêter le projet et d’assainir la situation financière. Près d’un million d’euros avait déjà été engagé par l’ancienne majorité. Notre décision a coûté 780 000 € de pénalités. J’ai plutôt envie de vous parler des projets que nous menons. » Quels sont vos dossiers prioritaires ? «  Je souhaite relancer l’accueil des Cantepiens et renforcer l’identité de la commune. Nous allons faire d’une pierre deux coups en installant l ’é co l e d e musi qu e d ans u n manoir que nous projetons de réno-

« Il faut

savoir profiter des opportunités

»

ver. Ensuite, nous avons pris le parti d’installer le pôle petite enfance en centre -ville. Un raf raîchissement de la mairie est programmé. Avant de nous lancer dans de nouvelles constructions, conservons l’existant


! Sachez qu’en 20 0 8 , nous avons dépensé 100  000 € pour restaurer des équipements non entretenus. » vous écartez le projet de salle de spectacle ? « On ne peut pas lancer de nouveaux projets tous azimuts. Nous allons répartir nos investissements sur l’ensemble du mandat. Il est vrai que nous avons d’autres besoins comme celui d’une salle de spectacles. Nous réfléchissons à un endroit où la jauge d’accueil ne serait pas figée. Ainsi, nous pourrions proposer une salle à 300 places puis une à 700. » En janvier dernier, lors du vote du budget à rennes Métropole, vous vous êtes abstenu. Yvonnick David, votre adjoint aux finances, a voté contre. Quelle cohérence ? « A Rennes Métropole, il y a deux catégories de dossiers. La première qui se veut d’ampleur métropolitaine, par exemple le budget. A mes yeux, Rennes Métropole est tout sauf une assemblée politique. Dans mon équipe, chacun est libre de son vote. Concernant la deuxième catégorie, les décisions directes pour la commune, nous nous

concertons avant de nous prononcer. Globalement, le vrai enjeu de Rennes Métropole est de définir le développement que nous souhaitons. Si l’on se développe tout seul, sans son voisin, nous n’irons pas loin. » Mettre en relation les communes de la métropole entre elles, voilà votre cheval de bataille ? « Nous avons déjà engagé un travail là-dessus. L’offre de transports entre les communes n’est pas assez efficace. Quand un Cantepien se déplace à Cesson en bus, il lui faut 1 h 15 ! Pour aller au lycée de Cesson, à la piscine ou simplement travailler dans une commune limitrophe à la nôtre, il doit systématiquement passer par le centre-ville de Rennes ! On se battra pour la mise en place de lignes intercommunales. C’est d’autant plus simple depuis que nous sommes sur la même longueur d’ondes que Cesson, Thorigné-Fouillard, Vern… » l e s g e n s q u i vo u s co n n a i s s e nt d i s e n t q u e vo u s ê te s «   u n v r a i politique  » et «  pas un enfant de chœur ». Il se murmure même que «  vous rêvez d ’un parcours à la

Delaveau ». Quel est le plan de carrière de Grégoire le Blond ? (Rires) «  Il faut se méfier de ce que disent les gens. Ma candidature à Chantepie ne s’inscrit pas dans un plan de carrière. Ce n’est pas bon d’avoir trop d’a priori, de savoir trop où l’on veut aller. Une fois dévié du schéma initial, on envisage le reste comme une issue de secours. Il faut savoir profiter des opportunités et exercer les missions qui viennent avec. Si tout se passe bien à Chantepie, donnezmoi une seule bonne raison de ne pas repartir aux prochaines municipales ? Et puis au-delà de mon activité municipale, je vous rappelle que j’ai des responsabilités départementales… »

A ceux qui craignent que Chantepie ne se transforme en cité-dortoir, Grégoire Le Blond promet de « conserver la maîtrise de l’urbanisme pour décider de ce que nous voulons pour notre commune. Cela ne doit pas être l’unique choix des promoteurs. »

Cela veut dire que vous avez d’autres échéances en tête ? les législatives, par exemple ? « Je ne vais pas vous raconter d’histoires. Pour les municipales, personne n’est venu me chercher, j’ai su y aller. Avant de parler législatives, il serait bon de penser aux redécoupages administratifs, aux prochaines élections européennes. Certains ont le temps de planifier tout cela. Pour moi, il est trop tôt pour me positionner. » Le Mensuel/avril 2009

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DÉCLIN DES CAFÉS CONCERTS

coup de blues sur le zinc

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les cafés concerts rennais nagent en plein marasme. Destinée à encadrer les pratiques et prévenir les nuisances sonores, une cascade de lois a asphyxié le secteur. Malgré le volontarisme de certains acteurs, la ville ne compte plus que six lieux de diffusion « officiels ». Textes et photos Benjamin Keltz

n jeudi en fi n d’après-midi. Léo et ses deux musicien s dévalent la « rue de la Soif », guitare dans une main, ampli dans l'autre. Ils passent tour à tour les portes du café concert Le 1929, en plein centre-ville. Sur les quelques mètres carrés de la scène, les instruments s'entassent les uns à côté des autres. Pendant que les rares clients, accoudés au comptoir, sirotent une bière, les balances débutent. Tout en réglant ses pédales d'effets, le leader du groupe Léo 88 Man s'enthousiasme : « Dans les cafés concerts, c'est toujours différent. Le matos, la scène, l'ambiance, le public... » Venu de Lille, il n'est pas étonné par le bon accueil du bistrot rennais. La « ville rock » n'a pas gagné ses gallons qu'à travers ses festivals. Elle s’est aussi construite grâce à ses bars et à « l'anarchie culturelle » qui y a régné dans les

Depuis le début des années 2000, de nombreux établissements rennais ont fermé la parenthèse culturelle. Beaucoup ont levé le pied et s’en tiennent aux six concerts annuels admis par l’administration pour un bistrot lambda. D'autres ont choisi de ne pas respecter la loi (lire p.48). Seuls six bars, dont un café théâtre, se sont adaptés à la législation. La Direction rég ionale des affaires culturelles (Drac) étiquette ces lieux comme « café concert » en leur attribuant les licences nécessaires à l’organisation régulière de spectacles.

Cascade législative

Les récents décrets amènent leur lot de tracasseries. La paperasse administrative envahit les « caf’conç ». Pour exister légalement, l’administration réclame deux licences : « Exploitant de lieu de spectacles » et « Diffuseur de spectacles ». Le cahier des charges n'a plus rien à voir avec celui d'un troquet quelconque. Réun ions de formation,

De nombreux établissements ont fermé la parenthèse culturelle années 90. A cette époque, était café concert n’importe quel bar qui organisait des spectacles. Des manifestations culturelles en veux-tu en voilà. Mais la donne a changé. Rennes, l’une des villes références, ne résiste pas à la crise. Aucune donnée officielle n’existe pour chiffrer la baisse de l’offre culturelle dans les « petits lieux de spectacle ». Seul ba romètre : le festival Bars en Trans. Il y a 15 ans, une cinquantaine de troquets accueillaient la programmation. En décembre 2008, une dizaine seulement ont participé à l’évènement. « Avant, on devait même en refuser », grogne Maxime Aubin, patron du 1929.

sorties de secours supplémentaires, billetterie... Des travaux qui se chiffrent entre 10 000 et 50 000 €. La note des aménagements reste à la charge des tenanciers. Leurs statuts de « lieu tremplin » pour les quelque 700 groupes amateurs du département (lire p.51) ou celui de « tisseur de lien social » ne suffisent pas pour glaner les subventions. René Jouquand, adjoint à la culture à Rennes, se fait l’écho des pouvoirs publics. « Ce sont des lieux privés et lucratifs. Point. » Autre coup dur pour les patrons de bars : l’application du décret antibruit de 1998. La protection des oreilles des spectateurs et la Le Mensuel/avril 2009

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Les responsables de cafés concerts se disent victimes des a priori. Selon eux, la vente d’alcool ferait oublier leurs statuts de « découvreurs de talents » et de « lieux culturels ».

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cafés concerts

la « ville rock » s’endort

L'association Adrénaline, qui travaille pour une meilleure gestion publique de la fête, pointe l'importance des lieux culturels. « S'il y a moins de cafés concerts, il y a davantage d'ennui. Et l'ennui favorise la consommation d'alcool. »

leXique Café concert. Débit de boissons organisant des concerts et répondant aux impératifs législatifs similaires à ceux requis pour une salle de concert à petite jauge. Maquette. Disque enregistré par un groupe qui lui sert de « carte de visite ». Set. ensemble de chansons proposées par un artiste d’une durée d’une heure environ. Cachet. somme versée par un organisateur pour s’offrir les services d’un groupe ou artiste. Dans les cafés concerts officiels, les cachets accumulés permettent aux artistes de prétendre à des droits d’intermittents du spectacle.

quiétude des riverains entrent désor ma is da n s u n cadre légal. Bilan : étude acoustique du lieu et mise en conformité impératives pour tout le monde. Afi n de continuer à programmer des groupes, Le 1929 a changé à trois reprises la sonorisation et l'insonorisation. Autre élément, aussi indispensable que contraignant : le limiteur de son, fi xé au mur entre le bar et la scène. « S'il y a un peu trop de bruit, tout s'arrête... C’est ingérable », peste Maxime Aubin. De son côté, la Drac rappelle que « la loi protège »… Une réponse que les riverains apprécient. Malgré cela, 80 plaintes de Rennais excédés par le bruit ont atterri en mairie en 2007. « Huit interventions sur dix répondent à de sérieux problèmes », assure-t-on au service mun icipal chargé des cont rôles. Chez ce riverain souhaitant rester anonyme, les concerts de l’estaminet voisin provoquent des pointes sonores à 60 décibels. « L’équivalent du bruit d’un téléviseur allumé dans ma chambre », estime l’intéressé. La municipalité promet de remonter les bretelles du patron de bar fautif. « Si les travaux de mise aux normes ne sont pas réalisés, nous pouvons demander à la préfecture une fermeture administrative du bar jusqu'à sa mise en conformité. Cela arrive une ou deux fois par an. » Les ajustements législatifs concernent aussi les artistes. Au début des années 2000, les syndicats professionnels ont tapé du poing sur la table. Dans le collimateur : « toute

A Rennes, les bars jouent perso « Avec la Fédé, nous voulions regrouper les bars. J'ai tout essayé. Maintenant, je fais comme tout le monde. Je reste membre et rien de plus », lâche Bruno, l’actuel patron du café concert Le Sablier et instigateur de la Fédération des petits lieux de spectacles (FLPS). Depuis 2003, l’association rennaise ambitionne de fédérer les bars du département. Aujourd’hui, seuls sept établissements de la capitale bretonne ont rejoint la FPLS. Dans le milieu, lorsque l’on parle de fédération, tous les regards se tournent vers Nantes. Le collectif Culture Bar-bars est cité en exemple. Initiée depuis une dizaine d'années, l’action a convaincu 65 troquets nantais. Plus globalement, « Bar-bars » regroupe 130 cafés culturels dans une trentaine de villes de France. De quoi se faire une place et peser dans les discussions nationales. Bizarrement, aucun bar de la capitale bretonne ne figure sur la liste... Dans le milieu, certains l’admettent : les tenanciers rennais ont tendance à s’enfermer chacun dans leur coin.

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forme de travail au noir ». Dans la foulée, l’administration a serré la vis. Il devient alors impensable de programmer un groupe en lui promettant de faire tourner le chapeau en salle. Se produire dans un bar, c'est être professionnel, contrat de travail à l'appui. « On vit une censure par l'argent », reprend Maxime Aubin. A environ 150 €, charges comprises par musicien et par concert, la calculette voit rouge. Entre le salariat de six artistes et les frais de communication, la soirée se chiffre à 1 000 €. Programmer dans la légalité équivaut à prendre un risque fi nancier. Pour cette raison, Le 1929 n’a plus fait jouer d’artistes pendant deux ans et demi. Le patron du bar jure ne jamais avoir autant dégagé de trésorerie que durant cette période. « Lorsque j'ai annoncé à mon comptable que je comptais reprendre les concerts, il m'a dit que j'étais fou ! »

comportements, nouvelles nuisances. « Les clients fument dehors, ça fait du bruit, constate Maxime. Le voisinage se plaint… » Pas simple. Du coup, l'angoisse du « flicage » plane. Les cafés concerts ont le sentiment d’être pris dans l’engrenage. Référencés, ils grimpent en haut de la liste des lieux à contrôler. Bruno Rughoobur, patron du café concert Le Sablier, est écœuré. Il ne veut plus programmer lui-même. « En deux ans, j'ai vu

La paperasse administrative envahit les « caf’conç »

Peur du « flicage »

Il est 22 h 30 au 1929. Sur scène, Léo boucle son premier set devant une soixantaine de spectateurs. Il repose sa guitare. En quelques secondes, le bistrot se vide. Depuis le décret anti-tabac, la clientèle est priée d’aller griller ses clopes dehors. Nouveaux

l'Urssaf débarquer à trois reprises... Maintenant, je serai le premier à dire aux autres : "restez clandestins !" » Désormais, une quinzaine d’associations prennent le relais (lire p.50 et 51). Elles assurent l’organisation de concerts, en louant parfois la salle du bar. Ce soir, au 1929, c’est le cas. La Fédération des petits lieux de spectacles (FPLS) orchestre la venue de Léo 88 Man. L'association s’occupe de tout : licences, contrats de travail, communication, accueil des spectateurs... Mais ces structures n'offrent qu'une solution de secours. Et pour l’heure, la seule. Face à cette situation, quelques ini-


CAFÉS CONCERTS ILLÉGAUX

Pas vus, pas pris ! Face à une législation de plus en plus rigide, une quarantaine de bars rennais continuent d’organiser des concerts… en toute clandestinité.

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tiatives mûrissent à leur rythme. Adrénaline, association financée par la Région pour plancher sur une meilleure gestion publique de la fête, réclame des collectivités « davantage d’accompagnement des patrons de bars ». Elle avance des idées : allégement des contraintes, paiement des groupes sur factures plutôt que versement des salaires, élargissement des horaires d’ouverture… Les réponses, « souvent frileuses », des élus locaux se font attendre. Dans son combat contre l’alcoolisation, la ville de Rennes tente de convaincre la préfecture d’accorder des ouvertures jusqu’à 3 h du matin pour les cafés culturels (lire Le Mensuel de mars). L’expérimentation pourrait avoir lieu dès la rentrée prochaine. « A voir », grimace Maxime Aubin. Dans l’immédiat, il doit se résoudre à fermer son bar à 1 h. Derrière son synthé, Léo, lunettes de soleil sur le nez, clôt le rappel de la deuxième partie de soirée. Les trois employés du bar ne servent plus et poussent la clientèle vers la sortie. 1 h sonne, les rideaux se tirent. Les notes de musique s’évaporent. La centaine de clients se fond dans la foule qui piétine les pavés de la rue Saint-Michel.

ous faites un article sur les cafés concerts à Rennes ? Surtout, vous ne parlez pas de nous », grogne ce tenancier du centre-ville. Bienvenue chez les « clandestins ». Dans ce troquet, on programme plus d’une cinquantaine de concerts par an. Cela fait bien longtemps que l’établissement aurait dû solliciter les licences adéquates. Comme lui, une quarantaine de bars de la capitale bretonne transgresseraient la loi pour organiser des spectacles. Aucun ne veut être étiqueté « café concert ». Une façon d’éviter les frais de mise aux normes et l’équipement qui va de pair avec le statut. Plutôt que de régler la douloureuse, les patrons préfèrent courir le risque pénal de deux ans d'emprisonnement et d’une amende de 30 000 €.

Bruit et cachets négligés

La mise aux normes passe par l’insonorisation. En 2008, seule la moitié des 121 bars contrôlés par la mairie pour des excès sonores était en règle. Dans ce café de la périphérie, un limiteur de son a récemment été installé. Il n’a jamais fonctionné. « Si je le branche, tout se coupe rien qu'en claquant dans les mains. Imaginez si c'est un bar complet qui applaudit... » On joue alors au chat et à la souris avec la mairie, pour ne pas risquer la fermeture administrative. Au prochain rappel à la loi, le tenancier « déprogrammera tous les concerts ». Histoire de faire retomber la pression. Syndicats d’artistes, inspection du travail, Urssaf… chassent ces cafés concerts illégaux. Un musicien rennais assure que « 90 % des dates en bars, c'est du black ». Certains patrons acceptent de salarier un ou deux artistes tandis que les Un musicien rennais autres se partagent le reste du cachet. Un vrai effort dans le milieu. Derrière les comptoirs, le budget maximal pour un groupe se négocie autour de 400 €, en liquide. L’argent sort directement du tiroir caisse. Un patron de bar du centre-ville, coutumier des soirées concerts clandestines, avoue même une technique pour ne pas se faire pincer : « Avant le concert, on remplit quelques papiers au cas où il y aurait un contrôle et on les déchire juste après. » Pas vu, pas pris.

« 90 % des

À savoir Les cafés concerts « officiels » à Rennes selon la Drac – Le Mondo Bizarro. 264, avenue du Général-Patton – Le Ty Anna Tavern. 19, place sainte-anne – Le Bacchus (café-théâtre). 23, rue la chalotais En demande de renouvellement  – Le Sablier. 70 rue Jean Guéhenno – Le 1929. 13, rue saint-Michel – Le Frat. 15, place sainte-anne

concerts en bars, c'est du black

»

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cafés concerts

la « ville rock » s’endort ASSOCIATIONS ORGANISATRICES

l’issue de secours

A rennes, une quinzaine d’associations prennent le relais des cafés concerts pour l’organisation de spectacles. Trois p’tits tours, la FPlS et Fulguro prod en font partie. Ces structures incarnent les actions menées pour contrer le déclin des « caf’conç ». TROIS P'TITS TOURS

LA FÉDÉRATION DES PETITS LIEUX DE SPECTACLES

associativement pro

l'ambition fédératrice

En marge des Trans Musicales, l’association Trois p’tits tours programme le festival Bars en Trans. Elle s’occupe de tout. les patrons n'ont plus qu'à ouvrir leurs portes aux spectateurs.

Créée en 2003 pour alerter sur la situation des cafés concerts, l'association ambitionne de fédérer les bars entre eux.

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R. Joly

n bar, sans financement, ne peut s'en sortir », lâche Martin Perrault, président de Trois p'tits tours. Les associations, sauveurs des cafés concerts ? Cela lui semble inévitable. Martin Perrault sait de quoi il parle. Les treize dernières éditions du festival Bars en Trans ont été prises en main par son équipe. Peu avant que les décrets et les nouvelles lois ne tombent en cascade à la fin des années 90. « A l’époque, l'administration et les financeurs ont tiré la sonnette d'alarme. Avant, pour rejoindre le festival, les bars devaient respecter une charte minimale d'accueil. Payer aux artistes le resto, l'hôtel, les défrayer, avoir une sono... Ces conditions ne suffisaient plus. » Devenir irréprochable, ça coûte cher. « Nous nous sommes retrouvés devant un manque de budget pour respecter la loi et déclarer tous les artistes ». Au final, le festival peut se reposer sur 150 000 € de subventions des collectivités pour programmer des groupes dans une dizaine de bars. A l’affiche de l’édition 2008 : 70 formations, soit près de 250 artistes. « Avec notre budget, nous ne pouvons pas faire plus », assure Martin Perrault. Déclarer les artistes, c'est une chose. Des installations en règle pour les accueillir, voilà une toute autre affaire. Trois p’tits tours et ses 70 bénévoles passent chaque établissement au peigne fin. « Il n'y a pas un montant, pas une fiche de paie, pas un endroit qui n'aient été contrôlés. » Une fois les financeurs et le cadre légal calés, l’organisation du festival se heurte régulièreAux côtés de Martin Perrault, 80 bénévoles ment aux patrons de bar. s’activent pour monter le festival Bars en Trans. « Entre ceux qui veulent programmer eux-mêmes, ceux qui ne veulent pas faire payer l'entrée... Tous les ans, des bars entrent dans le festival, d'autres le quittent. » Désormais, l’association ne leur court plus après. Quand on a eu le nez de lancer Miossec, Louise Attaque ou M, ça peut se comprendre.

ovembre 2005. Les jeudis soi rs devien nent de plus en plus chauds en centre-ville. Lors du mouvement cont re le CPE, jeunes et forces de l'ordre s'affrontent régulièrement. La Fédération des petits lieux de spectacles (FPLS), créée en 2003 par les bars Le Sablier, Le Dejazey et Le Mondo Bizarro, est appelée à la rescousse. « La mairie nous a donné le feu vert. On a organisé quarante spectacles en trois mois pour calmer les esprits », se rappelle Sandrine Delahaie, l’unique salariée de la FLPS. Quat re a n s plus ta rd, la volonté de sensibiliser publics La FLPS organise une soirée concerts mensuelle dans les bars fédérés par l’association. A partir de la rentrée et politiques sur la situation 2009, Sandrine Delahaie, salariée de la structure, veut des cafés concerts reste intacte. proposer des rendez-vous plus réguliers. Mais le tempo de l’organisation de concerts s’est considérablement réduit. « La Fédé » ne reprend plus qu’une fois par mois les manettes de soirées concerts. Les 50 000 € de subventions municipales et départementales servent notamment à la mise en place des rendez-vous Bars en scène, un jeudi soir par mois. « Redynamiser, ça ne veut pas forcément dire faire plus de concerts, cela implique d’aider les bars à trouver les moyens de se mettre aux normes, de gérer l'administratif... Tout ce que l'on ne voit pas. » Aux oreilles de l’association, ce travail de fond rime avec fédération. Le regroupement s'avère plus long que prévu. La Fédération compte dix bars membres dans le département dont sept rennais étiquetés « caf’conc » ou ayant la volonté de le devenir. Trop peu aux yeux de certains. « Bars culturels et cafés concerts ont peu de temps pour gérer le côté administratif que demande l'organisation de spectacles… », défend Sandrine Delahaie.


TREMPLINS ARTISTIQUES EN SURSIS

Jeunes groupes en rade Dans le département, les 700 formations amateurs peinent à décrocher une date dans la dizaine de cafés concerts « officiels ». la cause : beaucoup de groupes, pas assez de lieux de diffusion.

FULGURO PROD

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chaperon de la scène locale

etit Rasta... » Eté 2007. La chanson de Monsieur Roux tourne en boucle sur la bande FM. Pourtant, les premiers pas artistiques de ce pur produit de la scène rennaise se passent loin des paillettes parisiennes. Erwan Roux a tout de suite tapé dans l’œil du patron du café concert Le Sablier. « Bruno, le responsable du bar, m'a invité à revenir jouer. Il m'a même permis d'enregistrer une maquette et de trouver quelques dates. » La carrière du chanteur démarre de la sorte. Aujourd’hui, le statut de tremplin des cafés concerts s’émiette. De moins en moins nombreux, les bars deviennent de plus en plus sélectifs tant ils croulent sous les demandes. En moyenne, un café culturel reçoit plus d’une vingtaine de maquettes par semaine, en provenance de toute la France. Ajoutez-y autant de mails pointant vers des MySpace, vous obtenez une sélection nécessairement draconienne. Selon le pôle information du Jardin moderne, il existerait près de 700 groupes amateurs dans le département. Avec seulement une dizaine de « petits lieux » cadrés en Ille-et-Vilaine pour les accueillir, licences à l'appui.

Fulguro prod s’évertue à faire vivre la scène locale. Son créneau : la pop-folk. Alors que les cafés concerts jouent de moins en moins leur rôle de tremplins, cette association leur sert des programmations locales sur un plateau.

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Equation insoluble

La possibilité de se produire dans le département devient plus qu’aléatoire. Pour les bars, difficile de tenter un « coup » en programmant un groupe débutant. Il faudrait payer chaque musicien comme un intermittent du spectacle. Autant investir R. Joly

u début, en 2 0 0 7, n o u s vo u l io n s f a i r e découvrir les g roupes de copains, plaisante Benjamin Le Ba ron, président de l'association Fulguro prod. Nous nous sommes aperçus que la scène pop-folk rennaise était florissante. I l y av a i t u n v i v i e r d e groupes qui n’étaient pas r epr é s e nté s. » Ave c u ne petite dizaine de bénévoles i s su s de R ad io C a mpu s, ils mettent les mains dans le cambouis. Deux ans et u ne t rent a i ne de soi rées organisées dans des bars rennais plus tard, le bilan est convaincant. « Grâce à nous, L’association Fulguro prod et son président Benjamin Le Baron organisent en moyenne de s g r oup e s e n de ve n i r un concert par mois. comme Mein Sohn William ou Missing Seasons ont fait leurs premières dates. » Moins organisé que les grosses cylindrées du type Trois p’tits tours, Fulguro prod se débrouille sans la moindre subvention. Certains leur reprochent de ne pas tout faire dans les règles. Eux s’en défendent : ils ne gèrent pas la partie administrative. Leur mission ? « Mettre en relation groupes et bars ». L’association a réussi à créer des liens culturels. « Les groupes nous sollicitent de plus en plus. Nous sommes une caution artistique pour les bars », décrypte Benjamin Le Baron. Désormais, Fulguro prod veut rassembler les structures du même type au-delà des frontières de la capitale bretonne. Un bon moyen de faire tourner leurs petits protégés. L’idée a déjà été testée. Pendant qu’un groupe rennais se produit dans un bar lillois, un artiste nordiste trouve une scène en Bretagne. Les bénévoles de Fulguro prod sont persuadés d’avoir trouvé « une solution d'avenir ».

Les bars deviennent de plus en plus sélectifs tant ils croulent sous les demandes dans une valeur sûre. En plus de la professionnalisation, les potentiels problèmes de bruit viennent peser dans les choix artistiques des patrons de bars. Les concerts de groupes à plus de six membres se font rares. Priorité aux formations légères, en acoustique si possible. Des premières scènes qui disparaissent et des groupes amateurs toujours aussi nombreux : l'équation semble insoluble. Pour René Jouquand, adjoint à la culture à la ville de Rennes, il faut se concentrer sur les autres structures existantes : « Le Petit Liberté devra jouer un rôle de découvreur de talents. Le 4 Bis, l'Antipode, le Jardin moderne, les MJC aussi. La ville investit dans ces lieux pour qu’ils servent de tremplin ! » Le Mensuel/avril 2009

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::::: A LA UNE :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: Fête du livre FESTIVAL > BÉCHEREL Avec à peine 1 000 habitants au compteur, la petite commune de Bécherel, au nord-ouest de Rennes, a réussi en 20 ans un véritable tour de force. La bourgade s’est créée une identité forte autour d’un domaine culturel pas toujours porteur : la littérature. Fière de son statut de première Cité du livre en France, elle accueille chaque année depuis 1989 la Fête du livre. Pour la vingtième édition, l’association organisatrice Savenn Douar a choisi de braquer les projecteurs sur un thème ô combien d’actualité : les journalistes-écrivains. Il s’agit de « célébrer l’importance du monde journalistique dans la littérature et, sur les pas d’Albert Londres, Joseph Kessel, Balzac et tant d’autres, rendre hommage aux journalistes-écrivains qui, témoins de leur temps et par leur écriture, ont eu une influence sur l’évolution de notre civilisation. » Quarante exposants, vendeurs de livres anciens et modernes, bouquinistes, auteurs et éditeurs sont présents durant les trois jours de réjouissances. Trois conférences, respectivement consacrées à Morvan Lebesque, aux grands reporters et à Xavier Graal, jalonnent le week-end. Les visiteurs peuvent également s’attarder dans les ateliers d’enluminure et de calligraphie, assister aux lectures-dédicaces, aux contes commentés et autres lectures-spectacle, ou faire une halte au café concert. Des spectacles

Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre

pour enfants sont également prévus. A noter : la revue XXI, ovni journalistique et grand succès d’édition, dispose d’un espace spécifique au sein du festival, dans la librairie Abraxas libris. > Du samedi 11 au lundi 13 avril. Gratuit. Renseignements au 02 99 66 83 73. n.l.

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Mythos FESTIVAL > RENNES « Eteignez vos portables et allumez vos oreilles ! » La ph rase est tirée de l’édito de Mael Le Goff, directeur ar tistique du fest ival My t hos, d a ns la plaquette de l’édition 2009. Elle sonne comme un leitmotiv : Mythos, rendez-vous rennais des ar ts de la parole, veut redonner du sens à l’exp r e s s i o n o r a l e . L’e s pace d’une quarantaine de spectacles, le festival déroule le tapis rouge aux diseurs de bonnes ou mauvaises aventures, aux conteurs en tous genres, troubadours modernes et autres chanteurs délurés. Cette année, la programmation sera concentrée sur cinq jours au lieu de sept afi n, dixit les organisateurs, de « donner plus de densité au projet ». Le festival, comme à son habitude, n’empile pas les têtes d’affiche. Peu d’artistes connus y traîneront leurs guêtres, à l’exception des quelques uns qui confi rment la règle : Alexis HK, Thomas Fersen ou Jean-Louis Murat. Aux spectateurs,

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donc, de se laisser tenter au hasard des propositions, de mettre leur curiosité à l’épreuve et d’écouter la profane Parole. Ils pourront ainsi savourer les histoires sahariennes d’Hamed Bouzzine, les improvisations déjantées de La Taverne Münchausen ou la voix immaculée de Grace, entre autres. > Du mardi 28 avril au samedi 2 mai. Divers lieux dans Rennes Métropole. Tarifs : de 0 à 25 €. Renseignements sur www.festival-mythos.com. n. l.

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DOCUMENTAIRE > RENNES Voilà 50 ans que fut prise la décision d’implanter une centrale nucléaire à Brennilis, au cœur des Monts d’Arrée. Elle défraya moins la chronique que celle de Plogoff, mais elle n’en constitue pas moins une incroyable saga des problématiques de l’industrie nucléaire : construction, dysfonctionnements, arrêt, démantèlement. La réalisatrice Brigitte Chevet s’est penchée sur ces tribulations dans le pertinent et rigoureux documentaire Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre. Celle-ci s’est arrêtée une première fois dix-huit mois après sa mise en service, en 1966, à cause de pannes à répétitions, de la porosité du béton, de rejets radioactifs. « Les alarmes se mettaient en route quand on était à dix fois la dose maximum autorisée, se souvient Michel Marzin, ingénieur à la retraite et ancien syndicaliste. Il nous restait à nous sauver et à pisser dans un bocal pour savoir combien on avait pris. » Il raconte aussi les « sniffeurs », ces techniciens chargés de sentir l’odeur de rose exhalée dans l’enceinte du réacteur afi n de repérer les fuites dans le béton. Brigitte Chevet filme un pan de mur constellé de rustines destinées à colmater ces fuites ! En 1985, la production est stoppée, vient alors le démantèlement de la centrale. Initialement prévue jusqu’en 2020, l’opération est suspendue en 2007 suite aux constats de contaminations radioactives sur la faune et la flore environnante. > Dimanche 26 avril à 16 h aux Champs libres. Rencontre avec Brigitte Chevet après la projection. Entrée libre. Renseignements au 02 23 40 66 00 eric Prévert


DU JEUDI 2 AVRIL 2009 AU DIMANCHE 3 JANVIER 2010

MERCREDI 8 AVRIL

EXPO > RENNES

MUSIQUE > RENNES

odorico, mosaïste

Les motifs colorés de la piscine Saint-Georges, c’est lui. Le mosaïste Isidore Odorico, responsable d’une multitude de fresques art déco à Rennes, reçoit l’hommage que son talent mérite. Fils d’un émigré italien, élève des Beaux-arts D.R. de Rennes, Odorico a tenu les rênes de l’entreprise de mosaïque familiale, installée dans la capitale bretonne en 1882, jusqu’en 1945. Les Champs libres consacrent une exposition au travail de ces artisans méconnus du patrimoine local. L’occasion d’admirer dessins, projets de mosaïques, panneaux de décors et autres films autour de la famiglia Odorico.

redtheplaneeet Oreilles prudes s’abstenir. Redtheplaneeet, groupe hollandais méconnu dans nos contrées, produit une musique D.R. ovni, entre bande-son expérimentale, noise et rock psychédélique. Les Allemands de Gentle Veincut et les Français de Kourgane complètent l’affiche. > A 20 h 30 au Mondo Bizarro. Tarif : 7 €. Renseignements au 02 99 87 22 00.

> Aux Champs libres. Tarifs : 3/4 €. Renseignements au 02 23 40 66 00.

SAMEDI 4 AVRIL

Danko Jones Trio canadien sévèrement burné, Danko Jones laboure les territoires punk et rock’n’roll sans fioritures ni violoncelles. Ils D.R. passent par l’Antipode avec, en guise de mise en bouche, les Suédois de Backyard Babies. > A 20 h 30 à l’Antipode. Tarifs : 18/23 €. Renseignements au 02 99 67 32 12.

DU LUNDI 6 AVRIL AU VENDREDI 10 AVRIL

Les aventures du prince Ahmed

D.R.

MUSIQUE > RENNES JEUDI 9 AVRIL

Java

MUSIQUE > RENNES Les auteurs de l’immortelle chanson à boire Sexe accordéon et alcool remettent ça. Java, quatuor rap-musette, publie un nouvel album intitulé Maudit Français. Ils jouent à Rennes dans le cadre du festival de l’Ifsic. > A 20 h 00 salle de la Cité. Tarifs : 12/15 €. Renseignements sur http://festifsic.asso.univ-rennes1.fr.

PROJECTION > RENNES Ce film pour petits et grands vaut que l’on s’y attarde, au moins pour son caractère historique. Premier long métrage d’animation de l’histoire du cinéma, inspiré des Contes des Mille et une nuits, ce chef-d’œuvre précoce met en scène les tribulations du prince Ahmed dans sa quête amoureuse. Réalisé en Allemagne entre 1923 et 1926, créé avec du papier découpé, il a été restauré en 2007.

D.R.

> A 15 h au théâtre Lillico. Tarifs : 3/5 €. Renseignements au 02 99 63 18 32.

MARDI 7 AVRIL

oscar Wilde à l’adec

SAMEDI 11 AVRIL

THÉÂTRE > RENNES L’humour et la finesse analytique d’Oscar Wilde traversent le temps sans prendre de rides. Dans L’importance d’être constant, il taille un portrait à la lime des mœurs bourgeoises anglaises du début du XXe siècle. La troupe Breizh Ardent adapte le texte, toujours d’actualité, à la Maison du théâtre amateur. Au programme : amour, humour, satire et dédoublement de personnalité. .

nevrotic goodbye

MUSIQUE > RENNES Les punk-rockeurs français de Nevrotic Explosion font leurs adieux aux armes. Pour l’occasion, ils lâchent une dernière salve de guitares à l’Antipode. Trois groupes amis sont également de la partie : Okploide, Brigada Flores Magon et Burning Heads.

> A 20 h 30 à l’Adec. Tarif : NC. Renseignements au 02 99 33 20 01.

> A 20 h 30 à l’Antipode. Tarifs : 8/12 €. Renseignements au 02 99 67 32 12.

::: JUSTE 3 QUESTIONS :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

::: AGENDA CULTUREL ::::::::::::::::::::::::::::::::::

Le Mensuel/avril 2009

40mcube

« ce déménagement représente un aboutissement » En activité depuis 2001, la galerie et pépinière de l’art contemporain 40mcube investit ce mois-ci un nouvel espace. Anne langlois, directrice, explique la démarche. le 25 avril, 40mcube ouvrira un nouvel espace d’exposition, avenue Maginot à rennes. la galerie a besoin d’un nouvel élan ? 40mcube existe depuis 2001. nous en sommes à notre quatrième lieu différent. a chaque fois, il s’agit d’endroits situés dans des Zac et voués à la démolition. cette fois-ci, la ville de rennes nous l’attribut pour une durée minimum de 3 ans. on est donc un peu itinérants. nous avons intégré cela dans notre activité d’expositions. cela demande beaucoup de travail, nous sommes obligés de remettre en état les lieux ou de les adapter aux expositions, mais c’est très intéressant. et ce déménagement représente un aboutissement. le local est beaucoup plus visible depuis la rue. cela permet de donner beaucoup plus d’ampleur et de visibilité au projet. 40mcube devient incontournable dans le paysage de l’art contemporain rennais… Désormais, nous sommes identifiés au niveau national et régional. ces deux dernières années, nous avons beaucoup développé la communication et la médiation. le public suit notre projet et revient voir nos expositions. nous avons également entrepris un travail de médiation plus important avec le quartier, que nous allons poursuivre et étendre. l’artiste rennais samir Mougas inaugurera vos nouveaux locaux avec son exposition Trout farm. Pourquoi ce choix ? nous travaillons beaucoup avec de jeunes artistes. 40mcube leur permet de produire de nouvelles œuvres. c’est ce qui leur manque ! au départ, pour l’inauguration, nous avons pensé à inviter un artiste plus connu. au final, l’équipe a décidé de rester dans sa logique habituelle. samir Mougas a été en résidence dans notre atelier, rue de l’alma, pendant un an. cette exposition inaugurale est la poursuite du travail entamé avec lui.

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::: AGENDA CULTUREL ::::::::::::::::::::::::::::::::::: MARDI 14 AVRIL

VENDREDI 17, SAMEDI 18 ET JEUDI 30 AVRIL

JEUDI 23 AVRIL

CONFÉRENCES > RENNES

THÉÂTRE D’IMPRO > RENNES La TIR, pour Troupe d’improvisation rennaise, sévit dans la capitale bretonne depuis 1998. Ses spectacles à géométrie variable, cabarets, matchs, deus ex machina et catch, sont toujours l’occasion de se payer une bonne tranche de rire.

DÎNER POÉTIQUE > RENNES Rencontre rare. D’un côté Jérôme Gontier, écrivain-poète rennais, creuse le sillon de l’introspection. De l’autre Raymond Federman, écrivain né en France et désormais installé aux Etats-Unis, raconte les aléas de sa vie, remplie à ras-bords de péripéties en tous genres.

Voyage intergalactique

un mois de tir

Difficile d’appréhender l’immensité intergalactique. La Voie Lactée, notre galaxie, n’est qu’un point D.R. parmi les 130 milliards de petites et grandes sœurs qu’elle compte dans l’Univers. L’astrophysicien David Elbaz, chef de laboratoire au Commissariat à l’énergie atomique, explique la genèse des galaxies et fait le point sur les recherches actuelles. . > A 20 h 30 aux Champs libres. Gratuit. Renseignements au 02 23 40 66 00.

DU MARDI 14 AVRIL AU LUNDI 30 AOÛT

6 milliards d’autres

EXPO > RENNES En librairies. Dans la petite lucarne. En calendrier et en hélicoptère. Le boute-en-train moustachu est partout, y compris, désormais, à Rennes. L’écocitoyen Yann Arthus-Bertrand expose le résultat de ses pérégrinations aux Champs libres. Son projet 6 milliards d’autres l’a emmené aux quatre coins du globe, à la rencontre de… tout le monde. 5 000 interviews et autant de portraits ont été réalisés pour l’occasion. Trois yourtes, des projections géantes et des mosaïques vidéo présenteront les témoignages recueillis.

Gontier/federman

> Catch, salle de la Cité, vendredi 17 et samedi 18. Tarif : 10 €. Renseignements au 02 99 67 11 66. Cabaret, bar Le Sablier, jeudi 30. Tarif : 6 €. Renseignements au 02 99 36 32 38.

> A 19 h au Triangle. Tarif : 5 €. Renseignements au 02 99 22 27 27.

SAMEDI 18 AVRIL

VENDREDI 24 AVRIL

MUSIQUE > RENNES Faute d’avoir trouvé des places pour le concert des Australiens au Stade de France, en juin, les fans d’AC DC peuvent se rabattre vers le Mondo Bizarro. Sauf intervention de dernière minute des dieux du hard rock, Angus Young ne devrait pas être présent. A la place, les bien nommés High Voltage assurent un set de reprises à base de Hell’s bells et autres Let me put my love into you.

CIRQUE CHORÉGRAPHIÉ > BRUZ Sur un grand écran blanc, des tableaux de Bosch, Hopper, Miro, Schiele, Delacroix et Goya surgissent comme une métaphore de la vie. Tout cela devient un cadre, une « marie-louise » pour la compagnie l’Eolienne qui aime explorer des agrès singuliers pour mieux porter l’imaginaire d’une danse ou d’une acrobatie prompte à décoller du sol. Dans un univers très poétique, l’équilibre, les voltiges, les contorsions, les envolées avec le tissu, le cercle élastique se mêlent telles les couleurs sur la palette du peintre…

ac Dc au Mondo !

Marie-Louise

> A 21 h au Mondo Bizarro. Tarif : 5 €. Renseignements au 02 99 87 22 00.

> A 20 h 30 au Grand logis. Tarifs : 5/15 €. Renseignements au 02 99 05 30 62.

Faustine Seilman

> Aux Champs libres. Tarifs : 3/4 €. Renseignements au 02 23 40 66 00.

DIMANCHE 19 AVRIL

D.R.

MUSIQUE > RENNES Encore méconnus, les Nantais de Fordamage ont pourtant du talent à revendre. Leur rock hardcore, sous influence Fugazi et At The Drive In prononcée, peut séduire au-delà des amateurs de musiques brutales. Ils clôturent leur tournée européenne par un passage à Rennes.

MERCREDI 15 AVRIL

> A 20 h 30 au Mondo Bizarro. Tarif : 6 €. Renseignements au 02 99 87 22 00.

inrocks indie club

MUSIQUE > RENNES Révélatrice de talents pop et rock, la tournée Inrocks indie club passe par diverses villes de France et fait escale à l’Ubu. Au programme : les rockeurs anglais de Cazals et Dinosaure Pile Up, les Américains de Violens, mélange de rock bruitiste et d’harmonies à la Beach Boys, ainsi que The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads, autre groupe d’outreAtlantique amateur de psychédélisme et de mélodies pop. > A 20 h à l’Ubu. Tarifs : 9/14 €. Renseignements au 02 99 31 12 10.

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Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

Marcel Dinahet

fordamage

JUSQU’AU 26 AVRIL

1=3

DANSE > CHARTRES-DE-BRETAGNE La compagnie Eskemm manie hip hop et danse contemporaine, au service d’un spectacle sur l’enfance et les différentes étapes de sa construction. Du corps de la mère à l’affi rmation de l’identité, les chorégraphes s’adressent autant aux bambins qu’à leurs parents, avec force bulles de savon.

EXPO > RENNES Suite et fi n de l’exposition Marcel Dinahet au centre d’art contemporain La Criée. Dans 1=3, l’artiste rennais propose deux installations vidéo très… humides. A voir jusqu’au 12 avril, Fleuve est une immersion dans Londres filmée à partir de la Tamise, avec une caméra embarquée à hauteur de la ligne de flottaison. Falaise, exposition présentée du 14 au 26 avril, met en scène le face-à-face entre l’artiste et l’océan, à travers le va-et-vient des vagues.

> A 18 h au Pôle sud. Tarifs : de 4 à 7 €. Renseignements au 02 99 77 13 20.

> A la Criée. Entrée libre. Renseignements au 02 23 62 25 10.

MERCREDI 22 AVRIL

Quand il fait beau, il pleut des bulles

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DIMANCHE 26 AVRIL

Journée des graines

ANIMATION > RENNES Dans le cadre de l’exposition Graines de vie, une grande journée de démonstration et d’activités est proposée. Différents spécialistes présentent la grande diversité des graines, expliquent ce qui les caractérise et en quoi cela intéresse l’homme, notamment dans le domaine de l’alimentation. Des activités pour les enfants complètent cette programmation.

D.R.

> De 14 h à 19 h à l’écomusée de la Bintinais. Tarifs : 2,30/4,60 €. Renseignements au 02 99 51 38 15

DU MARDI 28 AU JEUDI 30 AVRIL

Bastards of millionaires !

THÉÂTRE > SAINT-JACQUES-DE-LA-LANDE Par les temps qui crisent, Bastards of millionnaires ! –en français « bâtards de millionnaires ! »– sonne comme un appel à la fronde. Pour autant, le but du collectif rennais Lumière d’août, à travers cette pièce, n’est pas tant de ressusciter l’Internationale que de questionner l’état actuel de la pensée de gauche. Via l’histoire de quatre militants d’extrême gauche prenant en otage une chef d’entreprise, le metteur en scène Alexis Fichet ausculte une thématique éminemment d’actualité.

D.R.

> A 20 h 30 à l’Aire libre. Tarifs : 9/15 €. Renseignements au 02 99 30 70 70.

MERCREDI 29 AVRIL

frank Zappa à l’antipode !

MUSIQUE > RENNES Frank Zappa, musicien ultra-prolifique dont le talent n’avait d’égal que l’humour, a sorti plus de soixante albums de son vivant. Issus du Conservatoire, huit musiciens rennais se sont mis en tête de reprendre une poignée de ses compositions. Ils présentent leur travail à l’Antipode. . > A 20 h 30 à l’Antipode. Gratuit. Renseignements au 02 99 67 32 12.

::: CD & LIVRES :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: santa cruz

Mouton noir

CD > A Beautiful life Hasta luego

Documentaire > Thomas

Mauceri

Vivement Lundi ! A les voir en photo dans la pochette de leur nouvel album, A Beautiful life, on croirait les membres de Santa Cruz échappés d’un film des frères Coen. Ambiance bungalow, gueules de méchants et noir et blanc. Pourtant, ces garslà sont bien de chez nous. Leur musique, par contre, emprunte plus à l’americana qu’au folklore bigouden. A Beautiful life emmène l’auditeur en territoire country et rock, où les guitares au bottleneck s’entremêlent aux voix classieuses. Mixé et masterisé entre les USA et le Canada, l’album bénéficie d’un son « à l’américaine » bien troussé.

Jeune documentariste rennais, Thomas Mauceri est né en 1978 d’une mère bretonne et d’un père congolais. Métis, il a le cheveu « crépu ». Cette caractéristique lui a donné l’idée de départ de son premier film. En 52 minutes, il interroge dans Mouton noir l’identité des Noirs à travers leur chevelure. Le sujet peut sembler anecdotique : il s’avère passionnant. De la France au Congo en passant par les Etats-Unis, il pose sa caméra dans des salons de coiffure et en tire un étonnant résultat, sorte d’illustration capillaire des rapports Noirs-Blancs.

fannytastic

Valeurs croisées

CD > Fannytastic quatuor Pudding Avec ce nouveau projet, la Rennaise Fanny Chériaux démontre à ceux qui ne le savaient pas encore qu’elle est bien plus qu’un gentil avatar de la chanson française. Doucement foldingue, sévèrement inspirée, Fannytastic a plus d’une corde (vocale) dans son carquois de brunette. Tantôt sensuelle, tantôt grave, elle mène son organe à la baguette. Dépouillées, uniquement vêtues d’un quatuor violons, alto et violoncelle, ses chansons font mouche.

Catalogue de la biennale d’art contemporain de Rennes Les presses du réel En presque 450 pages couleur, l’imposant volume Valeurs croisées dresse un bilan de la première biennale d’art contemporain de Rennes. Entre mai et juillet 2008, les Ateliers de Rennes ont attiré plus de 40 000 visiteurs, notamment dans l’enceinte du couvent des Jacobins, rouvert pour l’occasion. Le rendez-vous a désormais son catalogue. Il rassemble toutes les œuvres présentées, des filets de pêche compactés de Nicolas Floc’h à la Peinture industrielle de Giuseppe Pinot Gallizio.

Downtown cuckoo

shane cough

CD > Downtown Cuckoo Limbo records Les quatre Rennais de Downtown Cuckoo partagent avec les 13th Hole (voir chronique dans Le Mensuel de mars) un label… ainsi qu’un batteur. Force est de constater que les deux groupes ont quelques influences en commun. Les rythmiques discoïdes et les guitares tranchantes du post-punk en font partie. Le son de Downtown Cuckoo penche du côté des mythiques Anglais de The Fall, à qui on les compare souvent. Réputé pour leurs concerts dans la capitale bretonne, ils publient un premier album percutant, sans temps-morts.

Le Mensuel/avril 2009

CD > Now you see it… Enrages production Depuis la sortie de leur deuxième album, Intraveineuse, en 2005, le « line-up » de Shane Cough a changé. Deux membres ont quitté le navire. Une nouvelle chanteuse, la bien nommée Burn, a pris les rênes. Ils ne renient pas pour autant ce qui a fait leur force et leur réputation. Now you see it…, dernière livraison des quatre Rennais, enchaîne les brûlots électro-punk sans laisser de répit à l’auditeur. Toujours branché sur 20 000 volts, le groupe mélange les grosses guitares avec l’électronique, au service de refrains fédérateurs. N.L.

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SPORT BOXE FÉMININE

Uppercuts dentelles

Sur les rings rennais, une quinzaine de boxeuses enfilent les gants. Mêlées aux garçons, ces lycéennes, étudiantes, comptable ou infirmière frappent fort. Féminines et punchy à la fois : le potentiel est là.

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Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

«A

llez les filles, on travaille à distance ! Crochet droit, arrière, baissetoi, en haut !  » Cédric Laporterie, l’entraîneur du Cercle Paul-Bert, coache les filles. Les coups pleuvent. Les plus douées évitent pour mieux contrer, les débutantes encaissent avec le sourire. Alexie, 16 ans, sort du ring. Elle a besoin d’une pause : « Ça me défoule de venir ici. J’évacue tout ce que j’ai sur le cœur. » Cédric, ancien champion de France et d’Europe, ne lui laisse pas le temps de souffler. « On continue à travailler la souplesse  !  » Retour dans l’arène pour des un contre un dans les quatre coins du ring. Au pied de la piste, Virginie regarde le spectacle. Avec un pouce droit luxé, elle est contrainte au repos pour quelques semaines. Elle s’agace. « C’est de ma faute. Fatiguée, j’ai donné un mau-

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vais coup. Ça a craqué. » Cette infirmière de 29 ans boxe depuis trois ans. Elle en deviendrait presque l’ambassadrice. « Regardez, c’est aussi un sport féminin. On n’est pas mignonnes ? », sourit la vice-championne de Bretagne.

Hommes, femmes : même combat Fraîchement sorties du boulot, Fabienne et Céline la rejoignent. Etudiante et comptable, les deux jeunes femmes viennent depuis un an se défouler. « Je voulais reprendre le sport mais pas un truc de nana. Pas question d’aller au fitness », lance Céline. Les plus timides auraient probablement refusé de passer le seuil de cette salle de boxe encerclée par les immeubles du Blosne. Une quarantaine de « mecs » fracassant les sacs de sable à grands coups de poings. Il y a plus accueillant. Elles ont trouvé ça « stimulant ». D u c ô t é d e l a g e n t e m a s c u l i n e , l ’a r r i vée d’une quinzaine de filles n’a pas fait de


Page de gauche. Virginie a déjà bouclé l’entraînement avec une côte cassée. Eva a plusieurs fois saigné du nez. Enlever ses gants en fin de séance en fait grimacer plus d’une. ci-contre, en haut. Avant de penser à la compétition, condition physique, technique et gestion de son poids sont les passages obligés. ci-contre, en bas. Les garçons jouent les coqs. Surpris lors des premiers entraînements, ils ont accepté la présence féminine sans broncher.

vagues. Au contraire, la présence des jeunes femmes aux cheveux attachés, vêtues de joggings et débardeurs, en stimule plus d’un. Entre les pompes et le travail sur le sac, les

« Je voulais

reprendre le sport mais pas un truc de nana

»

Céline, 27 ans comptable

boxeurs s’approchent du ring. Nadja et Julia travaillent le corps à corps. Elles se touchent, se poussent et se bousculent dans les cordes.

« Moins fort et plus rapide », conseille l’un d’entre eux. Le cliché du boxeur macho tombe en miettes. « Avec les garçons, il n’y a pas de souci. On boxe même contre eux. Ils sont assez intelligents pour retenir leurs coups », assure Virginie.

la compétition, ça les gagne Entre les cordes, les boxeuses tournent par séquences de 15 secondes pour combattre Marion. L’entraînement monte en intensité. Cachée derrière ses gants, la boxeuse transpire à grosses gouttes. « Certaines ne sont pas intéressées par la compétition. Moi, ça me tente vraiment. Pour le moment, je n’ai pas assez de technique », analyse cette jeune pizzaiola. Eva est fille d’entraîneur. A 15 ans, elle a déjà participé à quelques combats amicaux. « En octobre dernier, je me suis frottée à une fille plus vieille que moi. J’ai perdu aux points. Si le combat avait duré un peu plus longtemps, je la mettais

KO. » Un premier pas avant la compétition. Pour l’instant, Eva trépigne d’impatience pour passer sur le grill. Souple sur ses jambes, le crochet décidé, elle s’avance au centre du ring. « Plus vite, un, deux, trois, tu te déplaces… », crache Cédric. L’ancien champion se refuse à envoyer ses boxeuses au casse-pipe. « A l’entraînement, nous travaillons en équipe. En compétition, vous êtes toutes seules. Les coups font mal. Il faut être assez technique, avoir la condition physique et toujours faire attention à son poids… », prévientil. Accoudée aux cordes, les filles écoutent. Virginie hoche la tête. Avec cinq combats au compteur, elle devient l’expérimentée du groupe. « Au moment où tu montes pour combattre, un stress incroyable t’envahit. Ca forge pour la vie de tous les jours. Maintenant, je prends davantage de recul. » Benjamin Keltz benjamin.keltz@lemensuelderennes.fr

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SPORT CARNET DE ROUTE

Le demi-Tours du Rennes volley 1

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Armés de plusieurs appareils photos, les hommes de Boris Grebennikov ont immortalisé pour Le Mensuel leur week-end de Coupe de France à Tours. De leur départ décontracté le 12 mars à l’ambiance tendue des vestiaires, en passant par la déception d’une demi-finale perdue, ils racontent leur périple tourangeau. 3 Jeudi 12 mars, 11 h 30 Les trois voitures de location arrivent sur le parking de la salle de Bréquigny. Boris Grebennikov, coach du Rennes volley, distribue les clés. Quentin Marion, passeur de l’équipe, s’empresse de se mettre au volant. En route pour Tours et une demi-finale de Coupe de France. Devant, on discute. Derrière, on écoute de la musique pour tuer le temps. A la fenêtre, Freddy Saelens, lui, révise. Le mois prochain, le capitaine rennais passe le brevet d’Etat d’entraîneur. 15 h. après un arrêt sur une aire d’autoroute au Mans, les Rennais arrivent à l’hôtel. Avant le décrassage, les hommes de Boris Grebennikov ont une heure devant eux. Chacun file dans sa chambre. Quentin Marion et Freddy Saelens partagent la leur. « En début de saison, la répartition s’est faite en fonction des affinités », expliquent les capitaines rennais. 16 h. en manœuvrant son véhicule, le coach emboutit deux des trois voitures de location. « Il a confondu la marche avant et la marche arrière. Ça

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nous a mis de bonne humeur », rigolent encore Freddy Saelens et Quentin Marion. Les joueurs arrivent finalement sur le parquet de la salle. Les Rennais testent le ballon spécial Coupe. Les dernières balles s’échangent sous les yeux des Tourquennois, leurs adversaires du lendemain. Les joueurs se saluent brièvement. Politesse oblige. 20 h 30. crudités, pâtes, dinde, poisson… Plats diététiques au menu. Les Rennais ne s’attardent pas à table. Ils remontent dans leur chambre. Quartier libre. Le duo Saelens-Marion bulle devant un match de foot. Déjà sous pression ? « On pense inconsciemment à la demi-finale. Mais il ne faut pas trop y réfléchir, sinon impossible de s’endormir. On se dit qu’on vit un weekend de boulot comme un autre. »

vendredi 13 mars, 8 h 30 Lycéen la semaine, joueur pro le week-end, Jenia Grebennikov arrive de Rennes. Boris, son père et entraîneur, cherche à accélérer le petit déjeuner. La navette attend les joueurs pour les emmener

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à la salle. Un traitement de pacha pour des habitués de la débrouille lors des déplacements. Pour la première fois de la saison, leur kiné les accompagne. Boris Grebennikov ne strappera personne. Sur le parquet de la salle tourangelle, le mot d’ordre circule : « Ne pas se blesser, ni même se fatiguer. » 12 h. en guise de déjeuner, repas identique à celui de la veille au soir. La bonne humeur masque la pression. Les estomacs pleins, le coach programme une sieste à ses volleyeurs. Avant de tomber dans les bras de Morphée, le passeur rennais s’empresse de prendre une douche. Un quart d’heure plus tard, son compagnon de chambrée, Freddy Saelens, dort déjà. « C’est toujours comme ça. Nous ne sommes pas superstitieux, juste habitués à la même routine. » 15 h. un oreiller fuse dans la chambre des capitaines rennais. Bataille de polochons en perspective, un rituel avant de prendre la direction de la collation. Tartines, jambon, jus d’orange, café… les joueurs doivent éviter la fringale avant d’entrer sur le terrain. Pour la digestion, ils se rejoi-


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7 1 Sur la route entre rennes et Tours. Grosse marrade. 2 Pour tuer les deux heures et demie de route pour se

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rendre à Tours, Freddy Saelens révise ses cours. Il passera son brevet d’Etat d’entraîneur du 21 au 24 avril.

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Jeudi soir, après dîner, quartier libre. le mot dordre : « Surtout ne pas réfléchir à la demi-finale du lendemain pour éviter l’insomnie. »

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Boris Grebennikov a choisi un menu diététique pour ses joueurs. Crudités, pâtes, dinde, poisson…

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A cause d’un voyage scolaire, le jeune Jenia Grebennikov a rejoint ses partenaires au dernier moment. Il est arrivé pour le petit déjeuner.

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A quelques heures du match, Boris Grebennikov donne ses dernières consignes. Sur qui il faut servir, comment évolue le passeur adverse…

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vendredi, après déjeuner, les volleyeurs reprennent la direction de leurs chambres. Au programme : sieste.

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les joueurs arrivent une heure et demie avant le match. Dans les vestiaires, chacun reste dans sa bulle jusqu’à l’échauffement.

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6 gnent dans la salle vidéo. Boris Grebennikov leur concocte une séance pour leur montrer « sur qui servir, comment joue le passeur adverse… » 17 h 30. les rennais pénètrent dans le vestiaire. L’ambiance se crispe. Quentin Marion passe entre les mains du kiné. Le Canadien Alexandre Gaumont Casias garde ses écouteurs scotchés sur les oreilles. Freddy Saelens se recoiffe devant la glace. « Chacun dans notre bulle », décrit le passeur breton. Le coach distribue les rôles. Son fils Jenia jouera au poste de libéro. Sten Esna devra se contenter du banc.

vendredi 13 mars, 18 h 15 Tour à tour, les joueurs quittent le vestiaire. L’attaquant canadien repose son lecteur MP3. Comme d’habitude, il est le dernier à se rendre sur le terrain. Dans le couloir, il enfile son maillot. Ses coéqui-

« les journalistes nous interviewent à chaud. Après la défaite, j’étais forcément énervé et déçu par notre prestation. », lâche Alexandre Gaumont Casias.

9 piers trottinent, s’étirent ou échangent déjà quelques ballons. L’échauffement débute sous les applaudissements d’une cinquantaine de supporters rennais. 19 h 30. rennes empoche la première manche. Un très bon début. « Nous n’avons jamais été devant sauf sur les trois derniers points. Après ce premier set, on s’est dit que ça sentait bon », se rappelle Alexandre Gaumont Casias. Finalement, les hommes de Boris Grebennikov prennent claque sur claque. Tourcoing gagne les trois sets suivants. Quentin Marion se désole : « Franchement, on passe à côté du match. » Têtes basses, les Rennais repartent aux vestiaires avec l’impression d’être passés à côté de quelque chose de grand. Ambiance glaciale. « Qu’est ce qui s’est

Avant le décrassage, le coach Grebennikov emboutit deux des trois voitures de location

passé ? Comment a-t-on pu être aussi pourris ? » 22 h. alors que certains, dégoûtés, reprennent la route pour Rennes, d’autres restent regarder la deuxième demi-finale du soir. Une façon de remuer le couteau dans la plaie. Plus que la défaite, Boris Grebennikov a du mal à encaisser la manière. « Les agents sportifs tournaient autour de mes joueurs. Ils leur ont fait des propositions de contrats pour l’année prochaine. Du coup, certains ont joué pour se montrer… » A l’hôtel, Quentin Marion, le passeur, accuse le coup. Benjamin Roche, entraîneur adjoint, l’écoute. Ensemble, ils refont le match jusqu’à 4 h 30. La nuit est courte et le réveil brutal. Les titres des journaux enfoncent les Rennais. Freddy Saelens en prend pour son grade mais assume : « Les critiques font du mal. Après, je me suis dit que les journalistes avaient fait leur boulot et que nous avions mal fait le nôtre. Désormais, nous avons une dette envers nos supporters. » Benjamin Keltz benjamin.keltz@lemensuelderennes.fr

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SPORT RAYMOND KERUZORE

« en coupe, on est souDés

comme Jamais »

Il y a dix ans, raymond Kéruzoré quittait le monde du football professionnel. Joueur jusqu’en 1986, « Kéru » marque les esprits par sa vivacité. Entraîneur jusqu’en 1998, on retient ses coups de gueule. A quelques mois de ses 60 ans, le vainqueur de la Coupe de France en 1971 avec le Stade rennais croit dans les chances de son club de cœur. le Mensuel : vous êtes originaire du Finistère. rêviez-vous d’une carrière professionnelle en débarquant à rennes ? raymond Kéruzoré : « J’arrive à Rennes en 1967 comme étudiant en physique-chimie. Je voulais devenir professeur. Le Stade rennais m’avait repéré quand je jouais à Quimper, j’avais une quinzaine d’années. A Rennes, pendant mes études, j’ai joué deux ans en équipe réserve. Je suis allé à la fac jusqu’à la licence. Mais je n’ai pas passé mes examens en fin de saison.  Car en novembre 1970, Jean Prouff, l’entraîneur, m’a retenu chez les pros. » vous n’avez pas votre licence à la fac, mais vous décrochez la Coupe de France le 20 juin 1971 ! (Il sourit avec émotion) « Oui. J’étais le petit jeune de l’équipe. Il y avait une dynamique de groupe exceptionnelle. La colonne vertébrale était constituée de Louis Cardiet, Sigmund Chlosta, René Cédolin et André Betta : tous des internationaux. Nous étions quatre Bretons dans l’équipe. A l’époque, Rennes était LE club de la Bretagne. » Cette finale, qu’en retenez-vous ? « C’était la dernière finale de Coupe de France jouée à Colombes. Ensuite, elles se sont dispu-

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tées au Parc des Princes. De l’extérieur, on ne se rend pas forcément compte, mais un match de Coupe est bien plus intense qu’une rencontre de championnat. Les vertus du groupe sont décuplées. On est soudés comme jamais. Il y a un côté "coup à faire" ! » Comment s’est passé le retour à rennes avec le trophée à bout de bras ? « C’était de la folie. Il y avait foule à la gare. Heureusement que ma femme avait pris les bagages, parce que je n’ai pas pu sortir du train. Je n’ai même pas touché le sol du quai. Du wagon, les supporters m’ont porté sur leurs épaules. Ensuite, on a grimpé sur un camion pour rejoindre la mairie. » Il y avait tant de monde ? « C’était noir de peuple. Entre la gare et la mairie, les journaux ont parlé de 100 000 personnes. On a mis plus d’une heure pour traverser l’avenue Janvier et les quais. Les jeunes filles étaient hystériques. Elles nous arrachaient nos cravates. » Cette pression populaire doit impressionner ? « Quand nous sommes montés sur le balcon de la mairie pour présenter la coupe aux Rennais… C’était incroyable ! (il retient sa respira-

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R. Joly

tion) Quand vous vivez de pareils moments, vous êtes sur un petit nuage. » Cette intense émotion, vous la connaissez dès votre première saison pro. Ensuite, on court après toute sa carrière ? (Il sourit) « On n’a pas la chance d’avoir tous les ans un tirage favorable. » Pensez-vous que cette année, le Stade rennais peut rêver au Stade de France ? « Je vois même Rennes gagner la Coupe. Même face à Toulouse. Rennes a davantage de forces. Une équipe puissante qui allie physique et technique. Et des joueurs comme Leroy ou Pagis apportent une note artistique. » vous en parlez comme si vous alliez au stade toutes les semaines ! « Mais j’y vais ! Quand on a goûté au Stade rennais, on est mordu à vie. C’est mon club ! Et ça redevient le club de la Bretagne, alors que les Rouge et noir avaient un peu perdu ce rôle. » Ah bon ? «  A mon époque, il n’y avait que Rennes. Aujourd’hui, Lorient, Nantes et Rennes évoluent


les inéDits SPORT

Page de droite. La santé de Raymond Kéruzoré ne lui permet plus d’entraîner le haut niveau. Il encadre les poussins et benjamins à Thorigné-Fouillard.

Branle-bas de combat à l’OC Cesson handball

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en Ligue 1. Mais Rennes a le leadership. Le Stade a mis du temps à trouver sa voie. Il a su mettre en place une politique efficace et rigoureuse. Et le public ne s’y trompe pas. » Cela tient à quoi ? « Le rapport entre le président et l’entraîneur est capital. Il faut des atomes crochus, de la complicité. L’histoire montre que faire confiance dans la durée à un entraîneur est positif. Regardez Nantes, dès qu’ils s’écartent de ces principes, ils se cassent la gueule. Dans l’Ouest, il y a eu deux grands bonhommes qui ont marqué leurs clubs de leurs empreintes : Jean Prouff à Rennes et José Arribas à Nantes (à l’origine du "jeu à la nantaise", NDLR) » Entre vos débuts de joueur en 1970 et la fin de votre carrière d’entraîneur en 1998, le foot a vécu une révolution...

« Rennes redevient le club de la Bretagne » « Les salaires des joueurs ont été multipliés par dix. Et aujourd’hui, c’est encore différent. Les joueurs ont leur coach personnel, le conseiller en communication, le conseiller en finances. Installer une cohésion d’équipe est devenu un chantier terrible. » vous êtes opéré des chevilles en 1998, ce qui met un terme à votre carrière d’entraîneur. Quand ce pépin de santé vous arrive, ressentezvous une solidarité du monde du foot ? « Une solidarité ? Quelle solidarité ? On fait vite le tri. Ceux qui sont les amis, et les autres… Avec les anciens du Stade rennais, on se retrouve. Voici peu, on a fêté les 60 ans de Loïc Kerbiriou, milieu de 1968 à 1979. » la passion coule toujours dans vos veines ? « Je m’occupe des poussins et des benjamins à Thorigné-Fouillard trois fois par semaine. Je regarde les matchs à la télé. Pour moi, le Barça d’aujourd’hui résume l’esprit du Rennes que j’ai connu (Barcelone s’attache à intégrer des joueurs catalans, NDLR). Il y avait les enfants du sérail et la confiance des dirigeants. » Aujourd’hui, un joueur rennais en particulier retient votre attention ? « Fabien Lemoine. Toutes proportions gardées, j’avais un peu son statut : un côté "fils du club". » Emmanuel Danielou emmanuel.danielou@lemensuelderennes.fr

« Kéru » – né le 17 juin 1949 à châteauneuf-du-Faou (29) – titulaire avec l’équipe a du stade rennais en septembre 1970 – remporte la coupe de France avec le stade rennais le 20 juin 1971 – Joueur à Marseille (19721974), rennes (1974-1975), laval (1975-1979), brest (1979-1981), Guingamp (1981-1986 comme entraîneur-joueur) – 132 matchs et 8 buts en Division 1 – 137 matchs et 14 buts en Division 2 – champion de France de D2 en 1981 avec brest – entraîneur à Guingamp, brest (1986-1987), rennes (1987-1991), tours (19921993), Quimper (1994-1997), carhaix (1997-1998) – 2 sélections en équipe de France – en invalidité depuis 1998 à la suite d'une opération de la cheville – entraîne aujourd’hui les poussins et benjamins à thorigné-Fouillard

lus la saison avance, plus l’équipe cessonnaise de handball croit en ses chances de monter en LNH, la première division nationale. Afin de mieux structurer le club, les dirigeants proposent un rapprochement avec la capitale bretonne. Une occasion d’asseoir sa notoriété dans la métropole et de gonfler son budget. « Si nous accédons en LNH, nous serons dans l’obligation de passer de 550 000 € de budget à au moins 1,2 million », explique Stéphane Clémenceau, président de l’OC Cesson. Les responsables de l’association aimeraient passer la section sportive professionnelle et le centre de formation du club en société anonyme. L’« OC Cesson-Rennes handball SA » est sur les rails. Mi-mars, les Cessonnais ont même défendu leur « bébé » devant Sébastien Sémeril, adjoint aux sports à Rennes. Stéphane Clémenceau réclame des collectivités locales une enveloppe annuelle de 900 000 €, à répartir entre Cesson, Rennes, le département, etc. « Nous avons fait notre boulot. La décision reste entre les mains des élus », lâche-t-on à l’OC Cesson. Du côté des politiques, on préfère temporiser devant ce projet ambitieux. Sauf que les bons résultats sportifs de l’équipe risquent de forcer la décision d’ici peu.

La désillusion du Squash rennais Championne de France en 2006, 2007 et 2008. Meilleure équipe européenne en 2007. La capitaine de Squash de l’Hermine de Rennes, Isabelle Stoehr, figure même parmi les dix meilleures joueuses mondiales. Le CV des filles de Philippe Sauve impressionne. Pourtant, elles viennent de vivre un incroyable scénario. Après deux journées de championnat, les voilà out pour le reste de la saison et rétrogradées d’office en division inférieure. La faute à un déplacement réalisé à deux joueuses au lieu des trois réglementaires. Meilleure équipe du pays ou pas, la Fédération n’a pas hésité à sanctionner les Bretonnes. Au siège du club, on se dit « écœurés ». Du sommet, l’Hermine retombe au pied de la montagne.

tout bréquigny nage annulé l’an passé, tout rennes nage a fait son retour les 13 et 14 mars derniers. Pour cette 24e édition, on nous avait promis Le Mensuel/avril 2009

un feu d’artifice aquatique. Finalement, l’affluence a été similaire à celle de 2007. autour des bassins, on dénonce l’ouverture des autres piscines de la ville en parallèle à la manifestation. une première. « nous avons appris la nouvelle au dernier moment », regrette rené barrat, président du cercle Paul-bert. en mairie, on a souhaité éviter les possibles vagues sur le manque de plans d’eau à rennes. a se demander si la manifestation ne serait pas tombée en bas des priorités de la ville… sébastien sémeril, adjoint aux sports, dément et se réjouit de voir « cohabiter tout rennes nage avec une offre différente pour le grand public. »

briand : « rennes n’est pas mon club de cœur » sifflé en février, acclamé en mars. Jimmy briand, joueur mal-aimé ou coqueluche du stade de la route de lorient ? Dans les couloirs du stade, l’intéressé esquive : « sur le terrain, je suis dans ma bulle. » certes, mais que ressent Jimmy briand lorsqu’il est hué par le public de son club de cœur ? « rennes n’est pas mon club de cœur. c’est celui qui m’a formé, qui m’a donné ma chance au plus haut niveau… tant que je jouerai ici, je continuerai de défendre mes couleurs. »

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JEUX

le quiZ LE MENSUEL

Pour participer au Quiz Le Mensuel, il vous suffit de répondre aux trois questions ci-dessous avant le 20 avril (cachet de la Poste faisant foi). Renvoyez-nous vos réponses sur le bulletin ou sur papier libre, par courrier, à MDR, jeu-concours, 15 rue Lanjuinais, 35000 Rennes. Les réponses sont à trouver dans le magazine.

A GAGNER

5 exemplaires du livre Dentelles en Bretagne d'Hélène Cario et viviane Hélias

1 Que signifie le sigle ovs ?

La suite de logique "Broderies en Bretagne", consacré cette fois à la broderie blanche, tulle, crochet, sur filet… Avec un descriptif historique des usages sur costumes, des techniques et des terroirs, très illustré de pièces de musée, de collections et de tableaux/ photos documentaires. Le volet pratique donne tous les points principaux utilisés en dentelle en Bretagne, avec de clairs schémas dessinés par étapes, et des modèles réalisés avec leur patron placé en regard.

2 en quelle année a été implanté le premier distributeur de seringues à rennes ? 3 a quel poste évoluait raymond Kéruzoré quand il était joueur ?

nom : Prénom : adresse : cP : tél : e-mail :

ville : @

Les réponses au Quiz Le Mensuel de mars 2009 étaient : 1. 1750 2. 4.5 millions d’euros 3. Mgr Williamson. Nous avons reçu 24 réponses justes. Les dix heureux gagnants qui recevront un passeport Gourmand sont : Nicole Valadon (Rennes), Annie Chapon (Cesson-Sévigné), François Louis (Rennes), Daniel Maillard (La Mézière), Jean-Alain Madec (Rennes), Yves Barillec (Bruz), Odile legrand (Bruz), Sylvain Lorant (Rennes), Thérèse Urvoy (Servon-sur-Vilaine)

MOTS-CROISÉS 1

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Grille de J.-J. Egron

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Les questions en bleu correspondent à des sujets traités dans le magazine.

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I II III Iv v vI vII vIII IX X XI XII

Solution des mots-croisés du numéro de mars Grille de J.-J. egron

Horizontalement

I. garants - amis II. lie Bruz - Ena III. Alma - aréoles Iv. pardessus v. émir - tenta vI. ôtées - il vII. réerait - âme vIII. pré - oulemas IX. Pé monde - obi X. ORL - insula XI. défenestré XII. ouvrier - esse

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verticalement

1. glaneur - Pô 2. aïl - éperdu 3. rempiler - lev 4. Aar - REM FR 5. NB - oa - obéi 6. tradition ne 7. sûre - étudier 8. zeste - Lens 9. osés - Ste 10. Melun - alours 11. inestimables 12. sas - Alesia

Horizontalement

I. Le devant de la mer Actinium - Vent arrière. II. Se fredonne et se siffle Abondance de biens. III. Protestation. Iv. L’oiseau (un peu) bleu Commence à compter - Vierge en abrégé. v. Tranche géologique Derrière le voile du palais. vI. A du nez - Monnaie roumaine - Article. vII. Indique que le site informatique est basé au Sénégal - Tarin - C’est extraordinaire ce qu’il racontait comme histoires. vIII. Pré adulte - Il faut qu’elle ait de la veine pour être efficace. IX. Philosophe français, amoureux de Mireille Augmente la note. X. Où il y eut un célèbre procès en sorcellerie - Repos compensateur. XI. Andouiller - S’exclama. XII. Montèrent les enchères.

Verticalement

1. Lieu de contestation à Rennes - Combler de sable. 2. Film célèbre de John Ford (2 mots) - Saint de Bigorre. 3. Parées - Pour les familiers de Welles. 4. La moitié de la moitié de tonton - Début d’apéritif - N’est pas de la calotte. 5. Pour ne pas confondre les militaires avec les fraises des bois. 6. Est anglais - État uni. 7. De notre temps - Faire son poète. 8. On y rencontre deux manoirs : celui du Tertre et celui de la Vieille Oreille Démonstratif. 9. Écimions - Consonne doublée. 10. Vingt-troisième lettre grecque - Source d’inspiration où l’écrivain. 11. Père de Jason - Écorce de chêne que l’on réduit en poudre. 12. Façon d’aimer ceux qui nous sont chers.

Solution des mots-croisés le mois prochain...

Le Mensuel Mensuel/avril /avril 2009

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(1) Exemple en location avec promesse de vente pour une Nissan Micra 25e Anniversaire 1.2 L 65 ch 3 portes avec peinture métallisée au prix remisé de 10 680 € (soit une remise de 2 000 € sur prix au 02/01/2009, prolongation jusqu’au 31/03/2009 de l’offre de remise valable initialement jusqu’au 31/01/2009, et jusqu’au 30/04/2009 pour les souscripteurs de l’offre de financement). En fin de contrat, option d’achat finale de 3 204 € ou reprise de votre véhicule par votre concessionnaire pour ce montant diminué des éventuels frais de remise à l’état standard et des kilomètres supplémentaires (au-delà de 60 000 km), selon conditions générales Argus. Le montant de la reprise servira à solder votre location. Coût total en cas d’acquisition : 12 955 €. Consommations (L/100 km) : urbaine : 7.4, extra-urbaine : 5.1, mixte : 5.9. Émissions de CO2 (g/km) : 139. (2) iPod® est une marque d’Apple Inc., déposée aux Etats-Unis et dans d’autres pays. Apple Inc. n’est ni participant ni sponsor de cette opération. (3) Exemple en location avec promesse de vente pour un Nissan Note « Life+ » 1.4 L 88 ch avec peinture métallisée au prix remisé de 13 910 € (soit une remise de lancement de 2 100 € sur prix conseillé au 02/02/2009). En fin de contrat, option d’achat finale de 4 590,30 € ou reprise de votre véhicule par votre concessionnaire pour ce montant diminué des éventuels frais de remise à l’état standard et des kilomètres supplémentaires (au-delà de 60 000 km), selon conditions générales Argus. Le montant de la reprise servira à solder votre location. Coût total en cas d’acquisition : 16 791,30 €. Consommations (L/100 km) : urbaine : 7.3, extra-urbaine : 5.1, mixte : 5.9. Émissions de CO2 (g/km) : 139. (4) Exemple en location avec promesse de vente pour un Nissan QASHQAI 1.5 dCi 106 ch Acenta avec peinture métallisée au prix remisé de 22 527,10 € (soit une remise de 1 437,90 € sur prix au 02/03/2009). En fin de contrat, option d’achat finale de 9 461,38 € ou reprise de votre véhicule par votre concessionnaire pour ce montant diminué des éventuels frais de remise à l’état standard et des kilomètres supplémentaires (au-delà de 100 000 km), selon conditions générales Argus. Le montant de la reprise servira à solder votre location. Coût total en cas d’acquisition : 28 032,38 €. Consommations (L/100 km) : urbaine : 6.0, extra-urbaine : 4.8, mixte : 5.2. Émissions de CO2 (g/km) : 139. (5) Exemple en location avec promesse de vente pour un Nissan QASHQAI+2 2.0 dCi 150 ch Optima avec peinture métallisée au prix remisé de 26 003,80 € (soit une remise de 2 261,20 € sur prix au 02/03/2009). En fin de contrat, option d’achat finale de 11 181,63 € ou reprise de votre véhicule par votre concessionnaire pour ce montant diminué des éventuels frais de remise à l’état standard et des kilomètres supplémentaires (au- delà de 100 000 km), selon conditions générales Argus. Le montant de la reprise servira à solder votre location. Coût total en cas d’acquisition : 30 732,63 €. Consommations (L/100 km) : urbaine : 8.5, extra-urbaine : 5.6, mixte : 6.7. Émissions de CO2 (g/km) : 177. (1)(3)(4)(5) Offres valables du 02/03 au 30/04/2009 non cumulables, réservées aux particuliers, chez les concessionnaires NISSAN participants, sous réserve d’acceptation du dossier par DIAC S.A. au capital de 61 000 000 € - 14, avenue du Pavé Neuf - 93160 Noisy-le-Grand - SIREN 702 002 221 RCS Bobigny. Vous disposez d’un droit de rétractation de 7 jours. NISSAN WEST EUROPE S.A.S. au capital de 4 253 835 €, 13 avenue Jean d’Alembert Parc de Pissaloup - 78194 Trappes Cedex - RCS Versailles 699 809 174. Janvier 09.

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