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N째4 INTERVIEW

NEVILLE BRODY

PHILIPPE APELOIG DAVID CARSON

PRENONS DU RECUL FACE A LA CRITIQUE

UN REVOLUTIONNAIRE NOSTALGIQUE


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s e r t u a s e d

du « groupe des réunions langue d’écrivains de 47 », groupe t tout ai ét il , -guerre é dans l’après . Les pe ou gr allemande fond du e à une critiqu r te os es. rip br de em terdit s autres m simplement in suite écouter le en ant ch ie ri va io de er stifier a post t leurs textes et pouvez pas ju ne . auteurs lisaien re us di vo t» i, en ss us au ffectivem ait du sens. Vo vous vouliez «e Cette règle av pliquer ce que ex ni s tif éa cr oix cun de vos ch

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nt ns qui tombe stoires des ge hi s le t en et st r, re lle s critiques vais consei l. Tant que le miroir est mau ra e le né , m gé ul m se co en i , e lu al À ent m s prendr vous devez le leur reflet finiss ofamoureux de guère le choix : ez les remarques av n’ té us cô vo de , es ez st er ju iss et la ies us cr iv s , vo object lorisants. Le ns. En revanche rsonnels déva pe ts des suggestio e en un m t ge en s ju uent nullem fensantes ou le ives ne constit , ct re nt tru ns co co en s tique guerre à votre à t en déclaration de m lu so ab z et si vous tene combat, mener un sez-vous

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NOSTALGIE D’UNE RÉVOLUTION Neville Brody Nous avons tendance à nous concentrer sur le comment et le quoi de notre travail, alors qu'il faudrait se pencher sur le pourquoi.

chandises sont interchangeables et limitées, d'avoir conscience qu'il doit exister mieux quelque part, et nous ne sommes pas sûrs de devoir remplir ce vide par une guerre. Nous aspirons à une vie plus spirituelle, mais ne croyons pas à la religion. Les jeunes sentent la vacuité de leur culture commerciale, mais les voix de la révolution ne sont plus que de vagues échos dans le brouhaha assourdissant des médias. Nous vivons dans un monde où la révolution est une campagne publicitaire pour Gap, où une moyenne de 30 % d'obèses dans la population est une norme acceptée, où le cancer de l'uniformisation a rongé notre culture.

Nous sommes les intermédiaires, les bonnes âmes placées entre un public et son information. Nous sommes ceux qui aident les lecteurs à se forger une opinion par la manière dont nous interprétons et présentons les idées. Nous sommes ceux qui décident de la signification d'un article et de la réaction appropriée face à celui-ci. Nous informons de l'issue, l'information étant la manière dont nous sommes informés d'un fait. Je vis dans un monde qui me fait oublier l'intuition, l'instinct, l'art, le naturel, l'analogue. Un monde dans lequel mes réponses-formules et mes productions technologiques sont mécaniques, ou scientifiques, même si j'imagine faire des choix librement. Aujourd'hui, je calcule au lieu de créer.

Je vis dans un monde uniformisé, où les moyens de distribution eux-mêmes ont créé une culture prémâchée, comme la nourriture. L’acte de produire signifie que tout doit être vendu, simplifié, facilement diversifié à partir d’une même liste d’ingrédients de base.

J'ai oublié comment travailler avec mes mains, modeler des choses comme de l'argile, assister à la naissance de nouvelles formes et émotions. Avant, je considérais mon travail comme un orchestre de jazz, un monde d'improvisation avertie. Aujourd'hui, je joue sur une échelle musicale basée sur le marketing. La majorité de l'art et de la culture souffre aujourd'hui de ce que j'appelle le syndrome de postproduction. C'est-à-dire que la culture dans son ensemble est maintenant calculée, dirigée vers une réaction désirée, un résultat contrôlé. Le projet commence par la réponse, puis revient vers l'objet. Puis on calcule comment le construire. On ne se permet plus le risque de laisser une chose se passer, de risquer l'inconnu, de tenter quelque chose d'imprévisible. Quand j'ai commencé à travailler, je n'attachais guère d'importance au fait de gagner de l'argent ou pas. En fait, j'ai vécu presque quatre ans dans la précarité après l'université, ne sachant pas d'où viendrait mon cachet suivant. Ce qui me poussait, c'était la certitude que je prenais les bons risques, et que cela changerait quelque peu la façon de voir des gens. Je faisais partie de ce qu'on pourrait appeler une génération révolutionnaire, née dans la culture des années soixante, une génération qui croyait sincèrement que la société pouvait être remise en

question et améliorée, que les artistes travaillaient pour le bien public, et que les idées étaient plus importantes que le commerce. Cette vaste remise en question sociale était considérée comme dangereuse par les gouvernements Reagan et Thatcher, et fut vite remplacée dans la société par une machine publicitaire et de marketing qui pouvait imiter le danger sans être dangereux, afin de créer de nouvelles niches de vente. Cette politique annihilait toute véritable remise en question, dans la mesure où il est difficile de combattre un reflet. Au lieu de cela, on a introduit la culture de l'argent comme étant le but fondamental d'une " société créative ". Le résultat de ceci est que tout s'est transformé en marchandise, en produits à vendre, et uniformité. Tout ce qui est risqué ne sera tout simplement pas produit, ou si ça l'est, ne sera distribué par aucune des grandes chaînes de distribution, que ce soit dans le domaine matériel ou électronique. Maintenant, dans le troisième acte de cette pièce, nous sommes dans la position de sentir à quel point notre culture est vide de sens, à quel point nos mar-

La culture, le cinéma, la musique, la littérature, l'art, le tourisme, l'architecture, les magazines pourraient tous être livrés avec une liste d'ingrédients, comme la nourriture de supermarché, avec des additifs exhausteurs de goût pour rendre la fadeur appétissante et addictive. Il n'existe plus maintenant que des différences ténues entre les produits ; les qualités uniques définissant une chose comme individuelle sont mineures, mais on les vante bruyamment. Les villes commencent à se ressembler, où que l'on se trouve dans le monde. Ironiquement, alors qu'on crée une culture générique, on empêche les autres d'en produire des versions génériques. On empêche la fabrication et la distribution de médicaments génériques qui pourraient sauver des millions de vies dans les pays en voie de développement. On sévit contre les contrefaçons d'articles de marque dans les pays du tiersmonde où règne la pauvreté et où nos prix sont hors de portée. On vit dans un monde si plein d'amour qu'on ne sait plus comment le trouver, si plein d'esprit humain qu'on a dû le couvrir de peinture. On vit dans un monde possédant un tel potentiel de positif qu'on choisit de vivre dans le négatif. Il n'y a que la guerre, à quoi bon ?


rody Je lutte pour comprendre le monde dans lequel je vis, et je ne vois plus que l'arbre qui cache la forêt, l'épicerie qui cache la ville. Mon espace a été envahi par des molécules génériques, une nanotechnologie de machines d'identikit invisibles, qui s'acharnent à brûler tout le reste : l'atmosphère qu'on inspire quand on cherche de l'air, de l'oxygène. Nous modifions la société pour désirer certaines choses et faire certains choix inconsciemment. Ce désir est contrôlé par une sorte d'ingénierie génétique culturelle, une modification de l'ADN. Nous sommes les scientifiques qui savent quelles images, quelles couleurs, quelles polices et quels mots entraîneront des réactions clés.

dire, quel rapport avec la création graphique ? Aujourd’hui, la caractéristique essentielle de la création est son interchangeabilité et le peu de vrais risques qui sont pris. La qualité de la création est extraordinairement élevée, les normes de fabrication incomparables, et le savoir-faire superbe. Mais, d’une façon ou d’une autre, on a une sensation de déjà-vu. On admire les normes esthétiques et techniques, mais on se retrouve comme vides, ou blasés. Vous voyez, nous sommes bloqués dans un enclos de peur. Peur que nous ne survivions pas, peur de perdre notre emploi, peur d’être attaqués, peur d’être différent, peur de critiquer ouvertement notre propre gouvernement ou ses actions, peur de l’échec, peur de la peur. Cette anxiété sourde et constante dans laquelle nous vivons tous est épuisante, c’est une expérience déshumanisante. Pas étonnant que nous ayons peur d’élever la voix.

Le véritable intérêt de tout ceci est que nous avons créé, pour la société et pour nous-mêmes, une palette d'alternatives et de choix très limitée, une série de cubes d'ADN homogènes avec lesquels nous construisons toute notre culture mondiale. Nous vivons dans un monde médiocre, avec tous les signaux d'alerte au rouge. Dans cette culture limitée, on aperçoit des collines et des vallées, claires et sombres, mais la palette ne comporte que 256 couleurs. Nous avons limité nos imaginations, nous les avons habillées avec la même garde-robe, et avons oublié comment regarder au-delà. Le monde oscille entre haute et basse résolution, entre possibilités infinies et 72 dpi. Nous avons oublié que nous pouvions transgresser les règles, je veux dire les transgresser pour de vrai. Nous ne faisons que varier ce que nous avons déjà, au lieu de laisser de nouvelles choses arriver ou entrer dans notre vocabulaire. Nous avons oublié comment embrasser le chaos et faire confiance au hasard. Nous avons oublié comment avoir confiance en nous, et nous avons perdu le courage d'être vraiment différents. Nous avons oublié de respecter les autres cultures et les autres races, et nous avons perdu le courage d’être vraiment différents. Nous avons oublié de respecter les autres cultures et les autres races, et qu’elles peuvent nous apprendre des choses, et nous ne savons tout simplement pas comment nous arrêter de leur imposer nos propres cultures et notre façon de voir le monde. Et nous ne comprenons pas que les autres puissent rejeter la nôtre, surtout quand nous avons largement rejeté toutes les autres ou les avons intégrées dans nos propres palettes limitées. L’art et

eville

Il nous faudra pourtant l’élever, la voix. Nous le devons à nous-mêmes et à la société que nous servons, de briser les règles et essayer quelque chose de nouveau. Nous devons saisir le risque, le danger, les pensées situées au-delà de la palette des pensées de base.

le commerce ne se mélangent pas aujourd’hui. Le plus petit dénominateur commun, la limite de vente et d’attrait maximale, est l’objectif. Cela rend tout homogène, moyen, médiocre. On réagit en criant, ou en choisissant un morceau de territoire sensible à faire sien. Alors on choisit le bleu, ou un cercle, ou le grunge, ou M, et on le crie pour avoir l’air différent. Ou on choisit les voitures, le sport, les jardins, ou la drogue. Il en est de même des marques. A la base, il n’y a que peu de différences entre Starbucks, Nike, Virgin, Ford, Macdonald’s. Là encore, peu de diversité à l’intérieur d’une palette d’expression et d’imagination limitée, mais portée bruyamment et fièrement. Dans ce Matrix de l’imagination, il n’y aura jamais de vraie révolution, et toute véritable différence est détruite comme un véritable ennemi. Vous allez me

Nous devons ouvrir les portes, recevoir le monde au lieu d’en être les simples diffuseurs. Nous devons embrasser la technologie qui permet à nos messages d’être changés, au lieu de fournir des options prédéfinies. Nous devons embrasser une alternative au Hollywood de nos vies, aller au-delà de la « AOLTimewarner-Disneyisation » de nos mondes En d’autres termes, nous pouvons utiliser d’autres termes. Nous pouvons parler d’amour de notre prochain, d’opportunité, d’apprentissage et d’éducation. Nous pouvons aider à utiliser nos outils à éduquer, au lieu d’imposer. Nous pouvons rompre la spirale. Nous devons apporter une nouvelle, une véritable signification à cette expression, « pensez différemment », et voir ce qu’on peut faire de vraiment différent. Pour répondre à la question - titre de cette conférence - « Et maintenant ? », tout ce que je peux dire, c’est que je ne sais pas. Mais si nous ne déchirons pas les plans, nous ne le saurons jamais. » Extraits d’une intervention de Neville Brody dans le cadre d’une conférence sur la typographie, à NewYork en 2003. Texte publié dans le magazine Etapes Graphiques.


UNE HISTOIRE QUATRE CHAPITRES...

MINI CV D’ÉTUDIANTS EN COMMUNICATION GRAPHIQUE

N°4


Face to face