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No. Spécial

DOSSIER SPECIAL

Analyse des livres «Cybernétique et Société» et «Cybernétique et Epistémologie»

KUBERNESIS

JANVIER 2009

Guide sur la cybernétique

Sommaire KUBERNESIS

ZOOM

5 films et la cybernétique

ACTUALITES

Vision d’un écrivan sur les TIC Radiographie de l’Intelligence Artificielle

15 EUROS


KUBERNESIS

STAFF

Nom: Paloma Zavala Âge: 24 ans Origine: Pérou Études: Diplômée en Sciences de la Communication et étudiante en Master 1 IDERI (option Média) Charge: Rédaction et Édition Graphique palzavala@gmail.com

E

Parce que les éditos sont parfois trop longs et gaindés...choissons une forme différente de présenter notre magazine! Tel le champion répondant à de multiples questions aurait vous les bonnes réponses? Top, c’est parti!

Nom: Melody Bridoux Âge: 22 ans Origine: France Études: Diplômée en Documentation iconographique et étudiante en Master 1 IDERI (option Média) Charge: Rédactrice en chef melodydoux@hotmail.fr

Les illustrations (photos et dessins) contenues dans ce magazine, sont soumises à un copyright dont les droits sont réservés. Pour les connaitre, veuillez contacter la photothèque.

Oeuvres majeures des sciences de l’information et de la communication ayant toutes deux pour thème la cybernétique, que nous nous proposons d’analyser pour vous? (Cybernétique et société de Wiener et Cybernétique et épistémologie de Cellérier, Papert et Voyat) Parce nous pouvons vous prouver que la cybernétique n’est pas une science désuette car vous la retrouvez sur vos écrans ou dans toutes les librairies! (La rubrique Cybernétique et Cinéma et la rubrique Livres) Etudiants ou amateurs de revue sur les sciences de l’info-com, novices mais féru de culture générale pour qui nous avons réaliser ce numéro spécial? (Vous)

EDITO

Mot d’origine grec, employé la première fois par Platon signifiant «gouverner», ayant une sonorité fort sympathique et signifiant que nous vous proposons de tout reprendre depuis le début? (Kubernesis)


Sommaire 03

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Analyse de la literature autour de la Cybernetique “Cybernetique et Société” et “Cybernetique et Epistémologie”

16 Vision d’un écrivain “Le Livre de Sable de Jorge Luis Borges

KUBERNESIS

Origines de la Cybernetique Principes, etymologie et feedback

Radiographie de l’Intelligence Artificielle Définition, types et d’autres articles reliés

24 La cybernetique et le cinéma Synopsis et rélation cybernetique

28 Conseils de Lecture Biliographie autour de la cybernetique

Cyberquestionnaire Une interview à Carsten Wilhelm

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ORIGINES


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ORIGINES

ORIGINES DE LA CYBERNETIQUE La cybernétique est une modélisation de l’échange, par l’étude de l’information et des principes d’interaction. Elle peut ainsi être définie comme la science des systèmes autorégulés, qui ne s’intéresse pas aux composantes, mais à leurs interactions, où seul est pris en compte leur comportement global. Il s’agit d’abord et avant tout d’une approche logico-mathématique traitant des processus de communication et de commandes.

L

e terme «cybernétique» fut formalisé en 1947 par le mathématicien Norbert Wiener et sera plus tard désigné comme « la science des analogies maîtrisées entre organismes et machines ». Le mouvement dont il est issu fut dès son origine largement interdisciplinaire et eut une influence considérable sur des domaines aussi variés que les sciences cognitives, l’intelligence artificielle, la modélisation économique, le constructivisme radical ou encore certains domaines de la psychologie au travers d’un autre mouvement proche, celui de l’École de Palo-Alto. Lorsque la cybernétique a été inventée, le gouvernement américain souhaitait la classer «secret défense». Grâce à l’opposition de Norbert Wiener, la cybernétique a été rendue publique mais sa diffusion a été restreinte à un cercle de spécialistes.

Aujourd’hui On définit la cybernétique comme « la science constituée par l’ensemble des théories sur les processus de commande et de communication et leur régulation chez l’être vivant, dans les machines et dans les systèmes sociologiques et économiques ». Elle a pour objet principal l’étude des interactions entre « systèmes gouvernants » (ou systèmes de contrôle) et « systèmes gouvernés » (ou systèmes opérationnels), régis par des processus de rétroaction ou feed-back. Actuellement, la plupart des livres sur la cybernétique sont «épuisés chez l’éditeur», et la plupart des gens ignorent ce qu’est la cybernétique (ou bien ils l’associent à tort à la mode «cyber» ou aux jeux vidéo).

L’ETYMOLOGIE Platon utilisait kubernêtikê ou kubernêsis (grec, Κυβερνητική) pour désigner le pilotage d’un navire. Les mots gouverne, gouvernail et gouvernement ou gouverneur partagent cette racine avec le mot cybernétique. En 1834, André-Marie Ampère parle de cybernétique pour désigner l’art de gouverner les hommes. Il s’agit ici d’une utilisation politique de la même base étymologique, dont Norbert Wiener déclarera ne pas avoir eu connaissance lorsqu’il a utilisé le terme cybernétique pour la première fois en 1947. Wiener déclare avoir fait dériver le mot cybernétique « du mot grec kubernêsis, ou pilote, le même mot grec dont nous faisons en fin de compte notre mot gouverneur ».

EN PLUS

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L’implication de la cybernétique dans la systémique est historiquement plus lié au « deuxième mouvement cybernétique ». La notion de système s’applique à tout processus, qu’il soit physique, économique ou social. En effet, si selon Norbert Wiener la cybernétique étudie exclusivement les échanges d’information (car c’est « ce qui dirige » les logiques des éléments communicants d’où le mot cybernétique), dans son évolution qui engendrera la systémique, on réintègre les caractéristiques des composantes du système, et on reconsidère les échanges d’énergie et de matière indépendamment des échanges d’information.

C3PO, «droïde» du triptyque «Star Wars» créée par George Lucas.

• •

Kubernêtikê ou kubernêsis ? La cybernétique peut être considérée comme particulièrement déterminante à l’ère de l’information et des systèmes complexes.

Le feedback est mis en évidence par cette approche.


LE SCHÉMA COMMUNICATIONNEL DE LA CYBERNÉTIQUE La cybernétique désigne d’abord un moyen de connaissance, qui étudie l’information au sens de la physique, dans la définition qu’en donne Norbert Wiener: « De même que l’entropie est une mesure de désorganisation, l’information fournie par une série de messages est une mesure d’organisation ». La cybernétique décrite par Norbert Wiener reprend le schéma de Shannon et Weaver en y ajoutant la notion très importante du feedback.

Le feedback

L’émetteur, agit sur l’environnement,

Le flux d’information est ce qui est

donc envoie de l’information, sorte

transmis, donc envoyé et effective-

de porte de sortie.

ment reçu, autrement dit l’information efficace.

Le récepteur, en intègre depuis l’envi-

La rétroaction (feedback) : C’est l’in-

ronnement, donc capte les informa-

formation en retour de l’état.

tions, comme une porte d’entrée.

DEUX SORTES DE FEED-BACK Le Feed-back positif, qui conduit à accentuer un phénomène, avec un effet possible de boule de neige (hausse de la tension entre les communicants. Entre humains il s'agirait d'énervement entre deux personnes). Le Feed-back négatif peut être considéré comme un phénomène de régulation, qui en amoindrissant la communication, tend à la maintenir stable et équilibrée. Cette régulation prends plusieurs formes notamment la reformulation ou le questionnement. Ces deux formes du Feed-back assurent la réception du message. Le troisième cas, dans lequel le Feedback n'est pas exprimé (néant), crée un frein à la communication: on ne sait même pas si le message a été reçu ou pas.

Le type de société qui émerge aujourd’hui dans les pays industrialisés découle directement des applications de la cybernétique: processus de robotisation de la production, réseaux financiers mondialisés, nouvelles méthodes de management et d’organisation de l’entreprise, réseaux de communication et réseaux informatiques, nouveaux systèmes d’armes intelligentes...

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ORIGINES

NORBERT WIENER: UNE VIE DÉDIÉE À LA SCIENCE 1894 : Naissance de Wiener dans l’état du Missouri aux Etats Unis. Il est le fils aîné de Leo Wiener, enseignant polyglotte et auteur d’ouvrages savants et de Bertha Khan. 1896 : Le jeune Wienner sait lire et, de ce fait, est éduqué à la maison jusqu’à l’âge de 7 ans.

vont profondément l’influencer. On peut considérer qu’elles sont à l’origine de la naissance de la cybernétique. 1926 : Il épouse Margaret Engemann et retourne en Europe. 1933 : Il reçoit le prix de mathématique Bôcher.

1906 : Il obtient son diplôme d’études secondaires et entre à l’université des Tufts pour étudier la biologie. Mais ses nombreuses maladresses dans les laboratoires l’entraînent à abandonner cette voie pour emprunter celle des mathématiques. Il a alors 11 ans ! 1909 : Il reçoit son diplôme et entre à Harvard pour étudier la zoologie. 1910 : Il quitte Harvard pour l’université Cornelle, pour retrouver les mathématiques. 1911 : Retour à Harvard pour commencer une thèse. 1912 : Il soutient une thèse sur la logique mathématique qui commente les travaux de Bertrand Russel. Il a alors 18 ans et parle couramment 7 langues dont le chinois. 1913-1915 : Il suit des enseignements en Europe et rencontre Russel. Il réalise alors combien sa thèse est loin de la véritable pensée de ce philosophe.

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1939 : Debut de la seconde guerre mondiale. Elle a sur à ce savant un important impact en l’orientant vers la conception de dispositifs techniques sophistiqués mais aussi en l’entraînant à réfléchir profondément sur l’humanité et sur la responsabilité du savant dans la conception de machines destinées à détruire. (Wiener est profondément marquer par cette guerre, qui fait naître sa réflexion sur l’entropie) 1940 : N. Wiener est réformé pour cause de myopie mais il passe la guerre à travailler sur des missiles anti-aériens. Ce domaine le passionne et l’entraîne à s’intéresser aux phénomènes de contrôle, de feed-back. 1943 : Parution du texte fondateur de la cybernétique, écrit en collaboration avec le physiologiste Arturo Rosenblueth et l’ingénieur Julian Bigelow : « Behaviour, Purpose and Teleology ».

1915-1916 : De retour aux Etats-Unis à cause de la première guerre mondiale, il enseigne la philosophie à Harvard.

1946-1953 : Il participe aux rencontres interdisciplinaires appelées « conférences Macy ». Le cycle des 10 conférences Macy sera reconnu, plus tard, comme ayant été le lieu de la naissance de la cybernétique.

1918 : Il obtient un poste de professeur au MIT. C’est dans cette période qu’il travaille pour l’armée sur des techniques liées à l’artillerie. Ces recherches

1948 : Wiener publie « Cybernetics : Control and Communication in the Animal and the Machine » qui pose les bases de cette nouvelle discipline

Le Massachusetts Institute of Technology ou MIT, en français Institut de technologie du Massachusetts, est une institution de recherche et une université américaine, spécialisée dans les domaines de la science et de la technologie. Située à Cambridge, dans le Massachusetts, à proximité immédiate de Boston, elle est considérée au XXIe siècle comme la meilleure université occidentale en sciences et en technologies. Elle est aussi l’une des universités les plus prestigieuses du monde


1946-1953 : Il participe aux rencontres interdisciplinaires appelées « conférences Macy ». Le cycle des 10 conférences Macy sera reconnu, plus tard, comme ayant été le lieu de la naissance de la cybernétique. 1948 : Wiener publie « Cybernetics : Control and Communication in the Animal and the Machine » qui pose les bases de cette nouvelle discipline pluridisciplinaire. Cette science des analogies maîtrisées entre organismes et machines, formalise la notion de feedback et a des implications dans les domaines de l’ingénierie, des contrôles des systèmes, de l’informatique, la biologie, la philosophie et l’organisation de la société. Wiener applique en effet, la grille d’analyse que fournit la théorie de l’information et de la communication à de nombreux sujets, jusqu’alors analysés autrement : l’économie, la météorologie, la biométrie…

1950 : Publication de The Human Use of Human Beings : Cybernetics and society 1951 : Il participe en France au colloque international sur « Les machines à calculer et la pensée humaine ». 1960 : Wiener prend sa retraite. 1964 : Décès, à Stockholm, de ce professeur de mathématiques et dans le même temps le MIT publie un ouvrage qui révèle un certain mysticisme chez Wiener : God and Golem Inc. Sur quelques points de collision entre la cybernétique et la religion. (Gabriel Véraldi en donne une version abrégée en français dans la revue Planète, mai, juin 1965, numéros 22 et 23).

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ORIGINES

NORBERT WIENER: APPORTS À LA CYBERNÉTIQUE Wiener a écrit une douzaine de livres et une centaine d’articles: 1914 : «A simplification in the logic of relations» in Jean van Heijenoort, 1967. From Frege to Godel: A Source Book in Mathematical Logic, 1879-1931. Harvard Univ. Press: 224-27. 1930: Extrapolation, Interpolation and Smoothing of Stationary Time Series with Engineering Applications. MIT Press. (Originally classified, finally published in 1949; the 1942 version of this monograph was nicknamed «the yellow peril» because of the color of the cover and the difficulty of the subject.) 1948 : Cybernetics: Or the Control and Communication in the Animal and the Machine. Paris, France: Librairie Hermann & Cie, and Cambridge, MA: MIT Press.Cambridge, MA: MIT Press. Cet ouvrage connaît un grand succès et a, dans le monde entier, des répercussions énormes. On peut donner pour exemple l’article publié par le journal Le Monde en date du 28 février 1948, signé par le Père Dubarle : «Une nouvelle science : la cybernétique. Vers la machine à gouverner, et le colloque sur le thème : La cybernétique, le signal et l’information » organisé en 1950 par Louis de Brooglie. 1950: The Human Use of Human Beings. Da Capo Press. Dans cet ouvrage sont bannis les développements mathématiques. Wiener s’adresse à « l’honnête homme », à l’homme cultivé pour l’alerter sur les nouveaux problèmes qui vont préoccuper la société de l’information et de la communication. Ce livre est traduit en français sous le titre : Cybernétique et société 1958 : Nonlinear Problems in Random Theory. MIT Press & Wiley 1966 : Generalized Harmonic Analysis and Tauberian Theorems. MIT Press 1966 : God & Golem, Inc.: A Comment on Certain Points Where Cybernetics Impinges on Religion. MIT Press. Fiction: 1959: The Tempter. Random House. Autobiographie: 1953 : Ex-Prodigy: My Childhood and Youth. MIT Press. 1956 : I am a Mathematician. MIT Press.

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Dossier Spécial


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DOSSIER

CYBERNETIQUE ET SOCIETE

N

orbert Wiener, dont une biographie ainsi que une bibliographie sont proposées dans ce magazine, a écrit en 1950, un ouvrage intitulé en version originale : The Human Use of Human Beings, traduit en français par : Cybernétique et

Société. Œuvre extrêmement importante dans la littérature des sciences de l’information et de la communication. Nous nous proposons d’analyser quels sont les différents concepts présents et a qui Wiener s’adresse à travers ce livre..

Le machinisme Dans un livre publié en 1950, «Cybernétique et Société», l’auteur prévoit la fin du travail humain remplacé par des machines intelligentes, et met en garde les responsables politiques contre les conséquences d’une utilisation de la cybernétique qui ne serait pas accompagnée par une évolution «post-industrielle» des structures de la société, dans laquelle l’homme pourrait enfin être libéré du travail. Faute de quoi avait-il prévenu, nous assisterons à un développement sans précédent du chômage et de l’exclusion sociale, pouvant à terme conduire à l’effacement progressif de la démocratie. L’exemple le plus concret du machinisme de nos jour est la disparition du métier de caissière au profit de l’installation de caisses automatiques. L’entropie

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Wiener a été particulièrement marqué par les événements de la seconde guerre mondial. Il a développé un gout assez prononcé pour le sujet de l’entropie auquel il consacre tout un chapitre dans « Cybernétique et Société ». Selon lui, le monde est livré à l’entropie, la physique moderne (c’est à dire quantique) l’a montré. Toutes les mesures sont inexactes, la matière elle-même est soumise à des lois probabilistes. Cette entropie, pour Wiener, est une image moderne du Mal. «Nous vivons dans un monde où quelques îlots organisés subsistent au milieu d’un océan de désordre et l’homme ne doit sa survie qu’à sa capacité à organiser et à faire circuler l’information dont il dispose». « L’information est le nom pour désigner le contenu de ce qui est échangé avec le monde extérieur à mesure que nous nous y adaptons et que nous lui appliquons les résultats de notre adaptation ». L’entropie est sa négation, et sa présence concrète dans l’univers est assimilable au hasard, à la désorganisation. Seule l’information peut lutter contre l’entropie. « Une mesure de l’information est

une mesure de l’ordre. Sa valeur négative sera une mesure du désordre… De même que l’entropie est une mesure de désorganisation, l’information fournie par un série de messages est une mesure d’organisation ». L’automation Une des raisons pour laquelle Wiener a rédigé cet ouvrage est l’apparition de problèmes nouveaux qui se posent à l’humanité, mais aussi le fait que les sociétés soient dans l’incapacité d’y faire face. L’automation diffère de l’automatisation car elle concerne les actes intellectuels de l’homme alors que l’automatisation ne concerne que ses mouvements physiques. Le secret révélé Lorsque la cybernétique est née, le gouvernement américain souhaitait la classer « secret défense ». Face à l’opposition de N. Wiener, cette science a été rendue publique mais restreinte, dans un premier temps, à un petit nombre de spécialistes. Wiener était, en effet, conscient de l’impact que les applications cybernétiques allaient avoir sur la société. Et dans son ouvrage « Cybernétique et Société », il prévoit la fin du travail humain remplacé par des machines intelligentes. Il met en garde les décideurs contre les conséquences d’une utilisation de la cybernétique qui ne serait pas accompagnée par une évolution post industrielle des structures de la société. Sans cela, prévient-il, nous assisterons à un développement sans précédent de l’exclusion sociale. Pour cela, il prend la décision de parler : « je décidais que je devais passer d’une situation de secret le plus absolu à une situation de publicité maximum et que je devais porter à l’attention de tous les possibilités et les dangers des nouveaux développements ». Il défend la transparence car il sait que la technologie n’est pas neutre. Il a vu avec douleur à quoi et à qui elle a servi durant la deuxième guerre mondiale.


Le lecteur

Le feedback

« Cybernétique et Société » est clairement dédié un lecteur ayant une certaine culture scientifique car Wiener cite tout le long de l’ouvrage des théories et théorèmes (celui de Gibbs notamment). Cela dit il prend également des exemples très concrets, de la vie quotidienne par exemple, pour illustrer ses concepts. On comprend ainsi le vœu deWiener de faire connaitre la Cybernétique, ses tenants et aboutissants, au plus grand nombre. Dans « Cybernétique et Société », il reprends et synthétise un certain nombre de thèses exposées dans son ouvrage précédent qui posait les bases d’une discipline nouvelle, la cybernétique, en la définissant comme la science du «contrôle et des communications dans l’homme, l’animal et la machine», et il cherche à étendre ces concepts à la société.

La communication entre les hommes et la communication entre les machines semblent assez similaires à Wiener qui écrit : « Ma thèse est que le fonctionnement physique de l’individu vivant et les opérations de centaines de machines de communication les plus récentes sont exactement parallèles dans leurs efforts identiques pour contrôler l’entropie par l’intermédiaire de la rétroaction… Quand je communique avec une autre personne, je lui transmets un message et quand cette autre personne communique à son tour avec moi elle me retourne un message de même nature qui contient des renseignements accessibles d’abord à elle et non à moi. Quand je contrôle les actions d’une autre personne je lui communique un message et bien que ce message soit de nature impérative, la technique de communication ne diffère par de celle de la transmission d’un fait. Quand je donne un ordre à une machine, la situation ne diffère pas fondamentalement de celle qui se présente quand je donne un ordre à une personne »

La manipulation Il y a parfois aussi un sous-entendu de contrôle de la personne humaine au sens de manipulation, et parfois même le sous-entendu d’utilisation par l’État pour la manipulation des masses. C’est donc également un terme polémique qui sous cet angle n’a plus grand chose à voir avec son origine scientifique. On peut supposer que le titre de l’ouvrage de Norbert Wiener de 1950 Cybernetics and Society, The Human Use of Human Beings (cybernétique et société, l’usage humain de l’être humain) n’est pas étranger à cette vision. Relation homme – machine Selon Wiener, la créature/ la machine permet de révéler, comprendre le créateur. La machine est à l’image de l’homme parce que l’homme fonctionne comme une machine. Déjà, dans Cybernétique et société, Wiener écrit : « je soutiens que le fonctionnement de l’individu vivant et celui de quelques machines très récentes sont précisément parallèles. » (Wiener, 1952, p.28). De fait, pour la cybernétique le support physique est indifférent et hommes et machines relèvent d’un même être informationnel qui engendre un fonctionnement parallèle, si ce n’est identique.

Les réseaux de communication Ils ont essentiellement pour fonction de transmettre des informations. « La société peut être comprise seulement à travers une étude des messages et des « facilités » de communication dont elle dispose… L’intégrité des canaux de communication intérieure est essentielle au bien être de la société confrontée à certains problèmes nouveaux particulièrement sérieux spécifiques à notre siècle. L’un d’eux est la complexité et le coût de la communication ». L’infrastructure des sociétés apparaît donc comme un réseau continu et dense d’artères et de veines qui transmettent à toutes les parties du corps social le sang nécessaire à leur vie, c’est-à-dire l’information. « Dans cette nouvelle optique, une société c’est une communauté d’hommes créée et soutenue par un ensemble d’habitudes de communications, dont une culture et un langage communs constituent les éléments essentiels » Le monde des réseaux est étroitement associé à cette promesse d’un univers où la communication a une place centrale.

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KUBERNESIS L’invention, l’innovation et le progrès scientifique L’idée de progrès, création récente de l’occident, n’est pas partagée par la majorité des autres civilisations. Sans nier les bienfaits que science et technique apportent à l’humanité, Wiener constate dans le même temps leur pouvoir fortement destructeur. Il dit qu’en un siècle, l’occident a réussi à saccager la planète : « Mille ans d’un genre de vie analogue à celui de l’Europe médiévale ou même à celui du dix-huitième siècle n’eussent pas épuisé nos ressources aussi complètement qu’un siècle de nos propres procédés libéraux ». L’invention représente une question clé pour Wiener. Les progrès scientifiques et techniques sont à l’origine de nombreux problèmes que l’humanité espère résoudre par de nouvelles inventions. Nos sociétés, entièrement tributaires de l’invention, ne réfléchissent pas assez sur ce concept et ses mécanismes. Devant les mutations qui s’annoncent, notamment avec l’automation : « nous devons découvrir quelques mécanismes à l’aide desquels une invention d’intérêt public pourra être effectivement consacrée au public ». De plus, la science et la technique résolvent souvent un problème en créant un nouveau problème aussi sérieux, sinon davantage. Les avantages du progrès technique se paient par une fragilisation en constante progression de nos sociétés, « Les grandes villes où s’entassent des populations de plus en plus nombreuses sont totalement dépendantes des réseaux techniques qui les soutiennent et les irriguent et ceux-ci sont fragiles, à la merci d’une panne qui peut tourner très vite à la catastrophe ».

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Wiener s’explique ensuite dans «Cybernétique et Société»: «Transférer sa responsabilité à une machine, qu’elle soit ou non capable d’apprendre, c’est lancer sa responsabilité au vent pour la voir revenir portée par la tempête» (Wiener 1950 p. 459). Tout simplement parce que ces machines ont été conçues par l’homme et vont donc s’appliquer à effectuer au pied de la lettre ce pour quoi elles ont été conçues. Or, l’homme sait-il ce qu’il veut? L’homme est-il capable de déterminer ce qui est bon

DOSSIER pour lui? Le bilan de la deuxième guerre mondiale apporte à cette question une réponse plutôt pessimiste: pour Wiener, l’homme du XXe siècle est «l’homme de Bergen-Belsen et d’Hiroshima». L’utopie de la communication La notion de communication prend, avec N.Wiener, un nouveau sens social et politique car tout est communication. L’idée de communication se mue progressivement en valeur utopique. Philippe Breton reconnaît Wiener comme l’inspirateur de la société de communication mais il le juge très sévèrement en le rendant coupable de cette utopie qui se concentre autour de « l’Homo communicans », à l’origine de nombreux dysfonctionnements. Car cet homme est « sans intérieur », réduit à sa seule image, dans une société rendue transparente par la grâce de la communication. Le père de la cybernétique, promoteur d’une utopie de la transparence a, à travers son rêve généreux pour lever tout secret (qui seul rendit possible le génocide nazi, Hiroshima et le Goulag), entraîné nos sociétés sur un mauvais chemin. P.Breton décrit les effets pervers de la communication en parlant de l’apologie systématique du consensus, de la confusion entre information et connaissance…

Philippe Breton est un anthropologue et sociologue

français né en 1951, chercheur au CNRS et enseignant à l’Université de Paris I. Il centre ses études sur l’anthropologie de la parole et des techniques de communication. Dans l’Utopie de la communication (1990), il montre comment

le terme «communication» a changé son acception après la Seconde Guerre mondiale: une nouvelle idéologie est née, fondée sur un humanisme tragique hérité des drames de Hiroshima et Auschwitz. Il montre ainsi que la notion contemporaine de communication est issue des pionniers de la cybernétique, en premier lieu Norbert Wiener. Breton montre ainsi dans cet ouvrage que Wiener, à travers la cybernétique, propose une nouvelle vision du monde, fondée sur le caractère fondamental des relations, interactions, échanges d’informations entre les phénomènes, sur ce qu’il appelle la «méthode fonctionnelle» des sciences classiques.


CYBERNETIQUE ET EPISTEMOLOGIE

Un regard introspective de la machine

Une nouvelle édition de la thèse de Guy Cellérier sur l’épistémologie génétique « La cybernétique est un système codifié qui représente l’information entrante du réel (l’observateur extérieur) sous la forme de trains d’impulsions électriques (stockage et output de la machine). Les machines sont comparables à une suite de traducteurs d’une langue des signes ». G. Cellérier

Le livre « Cybernétique et Épistémologie » de Guy Cellérier, Seymour Papert et Gilbert Voyat (disciples de J. Piaget) vient d’être réédité par les Presses universitaires de France, dans un effort de valoriser les œuvres consacrées aux fondements de la cybernétique. Nous allons donc vous présenter une analyse de ce remarquable ouvrage. Sous la direction de Jean Piaget, célèbre épistémologue suisse, « Cybernétique et Épistémologie » classe et analyse les différents types de machines concevables selon l’hypothèse épistémologique adoptée au sujet de l’origine des connaissances, en développant en parallèle, des constructions logico-mathématiques formelles. En effet, nous pouvons trouver des modèles à flux d’information trop naïfs (et non des modèles mathématiques de sciences physiques) et des systèmes qui présentent une multiplicité d’opérations simples, mais articulées entre elles. Comme par exemple l’épistémologie d’un logiciel d’échecs, qui doit son efficacité à sa fonction heuristique (pour décrire l’adoption d’une stratégie basée à la combinaison de plusieurs probabilités de réponses) et non à la quantité de commandes générées.

« Principes et théories en cherchant le constructivisme de la machine» Des théories comme l’empirisme et le conventionnalisme sont développées afin de démontrer que seul l’interactionnisme (ou relativisme) décrivait l’ensemble des relations entre le milieu et l’organisme en un seul système complet cohérent et fermé à l’information. Il faut aussi remarquer que l’essai s’appuie sur deux idées de base pour arriver au constructivisme. La première est celle de l’importance de la fonction dans toutes les sciences du vivant: l’analyse fonctionnelle et les notions qui la concernent (la coordination

des moyens et des fins, les régulations, la notion de schème, etc.). Tandis que la seconde concerne l’opposition entre le lamarckisme et le darwinisme. Le livre établie aussi l’implication de la loi de l’évolution au fonctionnement des systèmes autorégulateurs (qui ne retombent à zéro après chaque action). D’où nous pouvons déduire qu’une mutation inverse n’est pas applicable aux principes d’un circuit fermé mais ouvert dans le sens cognitif.

« Le perceptron et les mécanismes perceptifs » Partons du fait que la machine peut reconnaître un pattern et se créer une idée (établir une relation entre les signaux entrants). Cependant, elle est incapable d’abstraire à partir de son fonctionnement interne, car elle n’a aucun sens commun. Le livre essaye d’expliquer l’importance du perceptron (la façon comment la machine perçoit le monde extérieur) pour l’activation des machines. Ainsi que leur manque de capacité à établir des relations entre des actions isolées. De ce fait, nous remarquons l’importance de commander des patterns, des lois, des règles mathématiques qui optimisent le pourcentage d’erreur au moment d’effectuer un ordre. La cybernétique permet l’ordonnance, la connectivité et l’interaction des machines individuelles. Cette ouvrage cherche à distinguer la complexité dans la génération d’un système pour éviter de la tromper avec ‘une chose’ mais ‘un ensemble de variables’ (un enchainement de fonctions stochastiques).

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DOSSIER

« Opérativité sans anticipation » Dans le contexte de la cybernétique, toute hypothèse produite par un tâtonnement aléatoire qui réussît, ne peut pas se considérer comme anticipatrice. L’anticipation pour résoudre les problèmes proposés par le milieu, comme avertit l’auteur, implique un choix préalable de l’hypothèse la plus plausible par le sujet, et non un choix postérieur à l’expérience et par le milieu. D’où nous comprennons la nécessité d’un système à régulation par l’erreur et sans activité interne autonome comportant son propre guidage. Malgré la complexité du livre au niveau mathématique, nous ne pouvons pas nier qu’il propose une analyse basique pour mieux comprendre l’épistémologie de la machine. Il s’agit d’un livre ciblé principalement pour les ingénieurs car ils se préoccupent de résoudre certains problèmes d’emploi de machines cybernétiques et ont le besoin le plus urgent d’une théorie de la connaissance et la meilleure probabilité d’en créer. Cependant nous ne pouvons pas exclure les curieux d’esprit qui peuvent aussi s’intéresser à découvrir le fonctionnement cognitif d’une machine. Comment vous qualifiez vous ?

Schéma explicatif de la perception d’une machine

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ARTICLES

BORGES ET LE CYBERSPACE “Le Livre de Sable” : Analogies entre un réseau cybernétique et la vision d’un écrivain

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es technologies de l’information et la communication (TIC) ne sont pas seulement un enjeu pour les scientifiques, mais aussi pour les littéraires. En effet, le grand écrivain argentin Jorge Luis Borges avait déjà publié un sorte de présage de ce que l’Internet deviendra plus tard, dans son œuvre « Le Livre de Sable » (1975). « Le Livre de Sable » est un merveilleux exemple d’un visionnaire qui développe une prophétie de l’informatique en forme de conte. Borges, fait allusion à un livre avec un nombre infini de pages en changement constant et des bibliothèques sans début ni fin, dont l’Internet semble être la réincarnation la plus proche de cette vision. Cette surprenante coïncidence entre les métaphores de Borges et la technologie virtuelle et digitale, inhérente à l’Internet, est incontestable et va au-delà de la pirouette rhétorique. Dans l’ouvrage mentionné précédemment, l’auteur évoque l’existence d’un livre extraordinaire, d’un livre qui contient tous les livres. La narration, rédigée à la première personne, commence avec un enchainement d’idées particulier à l’auteur : « La ligne est composée par un nombre infini de points ; le plan par un nombre infini de

lignes ; le volume, par un nombre infini de plans ; l’hypervolume, par un nombre infini de volumes… ». Ensuite, il raconte la visite d’un inconnu habillait du gris et qui portait une valise à la main. Il était un vendeur de Bibles. Cependant, il possédait un livre étrange, acquis dans les confins de Bîkaner. « Je l’ai ouvert au hasard. Les caractères me semblaient bizarres. Les pages, qui me semblaient usées et de pauvre typographie, étaient imprimées à deux colonnes, à la manière d’une bible. Le texte était serré et ordonné en versets. Sur l’angle supérieur des pages, il y avait des chiffres arabes. J’étais attiré par le fait que la page paire avait le numéro 40.514 et l’impaire suivante, 999 ». « Je l’ai acquis dans un village de la plaine, en échange de quelques pièces et de la Bible. Son possesseur ne savait pas lire. Je soupçonne que dans le Livre des Livres, il a vu une amulette. Il était de la caste plus basse ; les gens ne pouvaient pas marcher sur son ombre, sans être contaminés. Il m’a dit que son livre s’appelait le Livre de Sable, car ni le livre ni le sable n’ont un début ni une fin ». Le fait que ce livre soit infini peut se traduire en la conception d’un système d’information circulaire (pour l’exprimer en termes informatiques). La capacité d’imaginer un livre qui n’a pas

un espace et une temporalité close, est un principe associé au « feedback ». D’ailleurs, l’image d’un livre avec une telle charge informative invite à la réflexion sur la pérennité de l’information et sur son origine. « Il m’a demandé de chercher la première feuille. J’ai appuyé ma main gauche sur la couverture et je l’ai ouverte avec le doigt presque collé au sommaire. Tout ceci était vain : il y avait toujours des pages qui s’interposaient entre la couverture et ma main. Il était comme si elles poussaient du livre. - Maintenant cherchez la fin. J’ai aussi échoué ; j’ai à peine réussi à balbutier d’une voix qui n’était pas la mienne: - Ce n’est pas possible. Toujours à voix basse, le vendeur de bibles m’a dit :

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ce livre est exactment infini. Aucune n’est la première; aucune n’est la dernière. Je ne sais pas pourquoi elles sont numérotées de façon arbitraire, peut-être pour supposer que les pages d’une série infinie admettent n’importe quel chiffre ». Cet extrait fait penser à la structuration d’Internet, chaque page web a un numéro d’attribué, mais aucune n’est la première, ni la dernière. Quelque fois, nous trouvons une certaine page sur Internet et parfois on ne la retrouve jamais. La diffusion de l’information s’améliore et de nouvelles pages se créent chaque jour. Internet traite un nombre infini de thèmes et qui sont mis à jour régulièrement. Internet est en train de devenir un Livre de Sable écrit en toutes les langues. Chaque recherche effectuée représente

une aventure imprévisible. Se connecter à Internet est certainement comme ouvrir le livre de Sable imagé par Borges.

n’arrivais pas à dormir. À trois ou quatre heures du matin j’ai allumé la lumière. J’ai cherché le livre impossible, et je l’ai feuilleté un peu… Certains amis me restaient, j’arrêtais de les voir. Prisonnier du Livre, je ne penché presque plus à la fenêtre. J’ai examiné avec une loupe le dos usé et la couverture, et j’ai rejeté la possibilité d’un artifice ». Borges avait rêvé d’un réseau informatique utopique qui n’aurait pas été possible sans l’apparition de la cybernétique et sa forte influence sur les moyens de communication.

Les sites web se succèdent à l’infini, les utilisateurs risquent même de développer une cyberaddiction, comme celle décrite par l’écrivain : « Je me suis couché mais je

Biographie Ecrivain argentin né à Buenos Aires, Jorge Luis Borges est à la fois poète, nouvelliste, essayiste et traducteur polyglotte. Après avoir séjourné en Europe, il s’est consacré à l’écriture. Son œuvre - notamment Enquêtes (1925), Histoire de l’éternité (1936), Fictions (1944) et L’Aleph (1949) - se caractérise par une certaine esthétique de l’intelligence cosmopolite, un jeu sur les cultures, l’Histoire et les signes. Il décida à la fin de sa vie, en 1984, alors atteint de cécité, de publier son œuvre complète en français. Il meurt à Genève le 14 juin 1986.

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ZOOM


KUBERNESIS ZOOM CYBERNETIQUE ET CINEMA

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e plus en plus de films se déroulent dans des sociétés robotisées ou ont pour protagonistes des robots. Dans l’imagination des scénaristes, le plus souvent américains, fleurissent des histoires où l’homme n’est plus nécessairement au centre et où la machine à pris une nouvelle dimension. C’est le cas dans ces cinq réalisations : I, Robot, Equilibrium, L’homme bicentenaire, Minority Report ou encore Wall-E. Comédies, thriller, drame et dessin animé Disney, les formes ne sont pas figées. La machine suscite plus que jamais l’intérêt du spectateur. Cela dit, l’homme trouve presque toujours un rôle à jouer.

I, Robot I, Robot est un film de science-fiction américain, librement inspiré des romans d’Isaac Asimov, réalisé par Alex Proyas et sorti en 2004. À Chicago, en 2035, les robots sont pleinement intégrés dans la vie quotidienne. L’officier de police Del Spooner ne croit pas au suicide d’Alfred Lanning, qui est un des pères fondateurs de la robotique. Il tient donc à découvrir le meurtrier, et ses premiers soupçons se tournent vers un robot nommé Sonny. Cependant, tous les robots sont soumis, lors de leur construction, à trois lois : Première loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. Deuxième loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi. Troisième loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.

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Le problème est que par définition l’exécution des lois définies par Isaac Asimov se précède de leur interprétation, et que celleci peut donner des résultats inattendus.

Pour chacun de ces 5 « films », et après un bref pitch, nous verrons quelles sont les relations entre l’homme et la machine ou l’homme et la société dans laquelle il évolue. Il est intéressant de voir l’évolution de la place du cyborg selon les différentes années de réalisation. L’homme robotisé, le robot humanisé, la société déshumanisée, voici les différent thèmes dans lesquels peuvent être rangés les 5 pellicules de films, cités cidessus. Ces films supposent que l’action se déroule dans monde, plus ou moins mécanisé, mais réel. Ce n’est pas le cas pour des films comme Matrix qui plonge le spectateur, dans un monde où les machines ont pris le contrôle mais cela dans un univers imaginaire.


Relation cybernétique: Mon cyborg, ce héros Dans ce film, le personnage principal est un cyborg. Cyborg est un mot d’origine anglaise, contraction de « cybernetic organism » (organisme cybernétique). La cybernétique étant l’étude des échanges, un organisme pourrait être qualifié de cybernétique dès lors qu’il effectue un échange efficace pour une tâche donnée, mais le terme cyborg sous-entend en plus qu’il ne s’agit pas (uniquement) d’un organisme naturel. En 1950 dans Cybernétique et Société, Wiener utilise la métaphore d’un robot communiquant comme un humain pour dissocier le principe d’échange efficace des éléments communicants.

La même année, Isaac Asimov publie I, Robot et pose les principes de base de l’échange évolué robot/humain en science-fiction ; il n’est alors pas question de mélange au sein d’un même organisme. Le terme « cyborg » a été popularisé par Manfred E. Clynes et Nathan S. Kline en 1960. Ce concept est le résultat d’une réflexion sur la nécessité d’une relation intime entre l’humain et la machine, à l’heure des débuts de l’exploration spatiale. La notion ajoute donc une charge émotive, déviant sensiblement du sens initial d’échange pour aller vers celui plus inquiétant de substitution (où la machine envahit l’humain plus qu’elle n’échange avec lui).

EQUILIBRIUM Equilibrium est un film américain de sciencefiction de Kurt Wimmer sorti en 2002. Dans les années 2070, dans la citadelle de Libria, les émotions n’existent plus, supprimées par l’absorption quotidienne de Prozium. Cette drogue anti-anxiété rend les gens plus heureux et plus productifs. Les individus ont ainsi accepté de mettre de côté leur liberté pour vivre en harmonie avec leur dirigeant spirituel connu sous le nom de Père. Les personnes qui refusent de prendre leur dose sont considérées comme des rebelles et vivent en retrait de la ville. S’ils sont pris à jeun, c’est la peine de mort assurée. John Preston travaille au service de Père et applique la loi à la lettre. Un jour, celui-ci brise le flacon de sa dose et n’a pas le temps de s’en procurer une de rechange. Il est alors submergé par toute une gamme d’émotions. Victime d’un revirement spirituel qui le confronte à ses supérieurs hiérarchiques, il mène l’enquête sur ce nouvel état de vie.

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KUBERNESIS ZOOM Equilibrium vu par Kurt Wimmer : «Equilibrium est avant tout l’éducation émotionnelle d’un homme», explique le réalisateur. «Le monde futuriste de Libria n’est que prétexte à raconter une formidable aventure humaine. Bien sûr, je me suis inspiré d’Huxley, Orwell ou Bradbury qui tous utilisent le paradigme d’une société dans le futur, mais la comparaison s’arrête là. C’est le combat d’un homme redécouvrant son humanité.»

Relation cybernétique : Dans ce film, les humains ne ressentent plus de sentiments. Alors on peut considérer qu’ils sont devenu les égaux des machines. Equilibrium fait entrevoir ce que serait un monde sans humanité. Il n’y a pas d’androïdes ou de cyborgs, dans cette réalisation. Il y a simplement des échanges entre des êtres, sans l’interférence des sentiments, comme entre deux machines.

MINORITY REPORT Minority Report est un film de science-fiction américain réalisé par Steven Spielberg, sorti sur les écrans en 2002. A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au cœur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la «Précrime» devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n’a alors plus qu’à lancer son escouade aux trousses du «coupable». Mais un jour se produit l’impensable : l’ordinateur lui renvoie sa propre image. D’ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha.

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Relation cybernétique: Mon cyborg, ce héros Un environnement réaliste

Dans ce film, le personnage principal est un cyborg.

Steven Spielberg a souhaité que le public voie en Minority Report "une extension du monde actuel", comme le définit le chef décorateur Alex McDowell. Spielberg lui-même explique avoir voulu que "cet environnement, très touffu, très détaillé, soit perçu comme une évidence, qu'on finisse par l'oublier pour concentrer toute son attention sur le mystère." John Underkoffler, professeur au M.I.T. (Massachussets Institute of Technology) et consultant sur le long métrage, déclare quant à lui que "le monde de Minority Report est plus réaliste, plus âpre, plus nuancé que celui que nous présentent si souvent les utopistes. Il constitue une toile de fond passionnante."

Cyborg est un mot d’origine anglaise, contraction de « cybernetic organism » (organisme cybernétique). La cybernétique étant l’étude des échanges, un organisme pourrait être qualifié de cybernétique dès lors qu’il effectue un échange efficace pour une tâche donnée, mais le terme cyborg sous-entend en plus qu’il ne s’agit pas (uniquement) d’un organisme naturel. En 1950 dans Cybernétique et Société, Wiener utilise la métaphore d’un robot communiquant comme un humain pour dissocier le principe d’échange efficace des éléments communicants.

L’HOMME BICENTENAIRE L´Homme bicentenaire (Bicentennial Man) est un film germano-américain réalisé par Chris Columbus, sorti en 1999. L’Homme Bicentenaire est la libre adaptation d’une nouvelle d’Asimov et d’un roman, « The Positronic Man, co-écrit par Asimov et Robert Silverberg. C’est une adaptation de la nouvelle éponyme d’Isaac Asimov parue en 1976. En ce début de XXIe siècle où le progrès technologique s’est généralisé pour le meilleur, Richard Martin fait l’acquisition du tout nouveau robot domestique à la mode, le NDR-114. Celui-ci a été conçu pour effectuer les tâches ménagères pénibles jadis dévolues aux êtres humains : cuisine, ménage, bricolage, surveillance des enfants. Ils le baptisent Andrew. A ceci près qu’Andrew en question ne sera pas aussi simple que le modèle classique. Doté d’un esprit d’analyse modifié par accident, le robot va se donner des buts, des objectifs à atteindre et va au fil de ses apprentissages et de ses émotions, apprendre la vie. Andrew ira même jusqu’à défier la mort de l’Homme en l’aidant à survivre à ses propres peurs. Mais il découvrira très vite que la vie et l’amour ont un prix, dont lui seul pourra déterminer le montant...

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KUBERNESIS ZOOM Relation cybernétique: Mon androïde, ce héros Le personnage principal du film, interprété par Robin Williams, est un androïde. Un androïde désigne ce qui est de forme humaine, étymologiquement ce « qui ressemble à un homme ». En science fiction, un androïde est un robot construit à l’image d’un être humain. Le mot droïde, un robot dans l’univers de La Guerre des étoiles, dérive de ce sens. Un androïde est à distinguer d’un cyborg qui est un organisme dont on a (re)construit l’organisation en fonction des logiques du vivant, généralement représenté par une créature qui mêle des parties vivantes et mécaniques.

WALL-E WALL•E est un film d’animation en images de synthèses américain, réalisé par Andrew Stanton et sorti sur les écrans en 2008. C’est le neuvième long-métrage du studio Pixar. Au début du XXIIe siècle, la compagnie Buy n Large monopolise l’économie de la Terre et devient un gouvernement mondial. La surconsommation a tôt fait de transformer le monde en un dépotoir et, dans une tentative de préserver l’humanité, la société commandite un exode massif à bord de vaisseaux spatiaux. Durant les cinq ans que doit durer l’exode, la compagnie envoie des milliers de WALL•E (Waste Allocation Load Lifter Earth-Class) pour nettoyer la Terre. Après 700 ans, il ne reste plus qu’un unique WALL•E. Sa solitude prend fin lorsqu’un jour une fusée dépose une sonde robotisée immatriculée EVE (Extraterrestrial Vegetation Evaluator, littéralement Évaluatrice de la végétation extraterrestre), chargée de ramener aux humains une preuve de vie sur Terre.

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WALL•E tombe amoureux d’EVE, et lui offre une plante qu’il a découverte lors de ses opérations de nettoyage. EVE quitte donc la terre pour terminer sa mission, laissant WALL•E à nouveau seul. Il décide de partir à sa recherche et découvre que les humains ont survécu dans un gigantesque vaisseau. Toutefois AUTO, le pilote automatique du vaisseau, fait tout pour se débarrasser de la plante, puis de WALL•E et d’EVE, car des instructions secrètes lui interdisent de permettre aux humains de regagner un jour la Terre.

C’est le premier dessin animé des studios Pixar ayant un robot comme personnage principal. Plus habitué aux créatures animales ou humaines, le pari de choisir un protagoniste robot a été remporté car Wall-E est un véritable succès. Ce film s’adresse aux enfants mais aussi aux adultes et véhicule des messages comme le danger du machinisme et montre l’homme d’une manière peu flatteuse due à son laisser aller.


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ARTICLES

Radiographie de l’Intelligence Artificielle Un coup d’œil sur les fondements de cette branche de la cybernétique Aujourd’hui, la technologie a investit toute notre société à tel point que nous pouvons trouver des machines qui peuvent résoudre des problèmes, être des traducteurs automatiques, des jeux de vidéo 3D, des dispositifs d’interface vocale ou des appareils qui aident aux diagnostics médicaux… Et ce sont toutes des fonctions attribuées à l’intelligence artificielle. Mais au-delà de la connaissance de ces nouvelles acquisitions, connaissons-nous les principes de l’intelligence artificielle ?

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out d’abord, l’origine de l’Intelligence artificielle, abrégée par le sigle IA, se trouve dans l’article d’Alan Turing « Computing Machinery and Intelligence » (Mind, October 1950), où Turing propose un test pour qualifier une machine « consciente ». Quant au terme « intelligence artificielle », il fut créé par le scientifique américain John McCarthy en 1955, et défini par l’un de ses créateurs, Marvin Minsky, comme « la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que: l’apprentissage perceptuel, l’organisation de la mémoire et le raisonnement critique ». Nous pouvons donc déduire qu’il existe un lien entre l’usage des ordinateurs ou des processus électroniques avec l’objectif d’imiter le comportement. Cependant, la définition de l’intelligence artificielle est plus complexe que cette affirmation. Il existe un certain nombre de définitions qui varient sur deux points fondamentaux: les définitions liées à un aspect humain de l’intelligence, et

celles liées à un modèle idéal d’intelligence, non forcément humaine, nommée rationalité. Ainsi que les définitions qui insistent sur le but d’avoir toutes les apparences de l’intelligence (humaine ou rationnelle), et celles qui insistent sur le fait que le fonctionnement interne doit ressembler également à celui de l’être humain ou l’être rationnel. En effet, ces critères justifient la grande gamme d’expressions d’intelligence artificielle et le niveau du développement de systèmes intelligents. Par exemple, le fait d’aller d’un système basique comme Deep Blue (le premier ordinateur à battre le champion du monde d’échec en titre) à un système complexe comme Asimo (un robot humanoïde construit par Honda).

Deep Blue (le premier ordinateur à battre le champion du monde d’échec)

Asimo (Robot construit par Honda)

Intelligence artificielle forte ou faible ? Distinguer le niveau d’interactivité des systèmes opératifs intelligents n’est pas si difficile comme trouver une définition précise pour l’intelligence artificielle. Quand nous faisons allusion à une intelligence artificielle forte, nous nous référons à une machine capable non seulement de produire un comportement intelligent, mais capable d’éprouver une impression d’une réelle conscience de soi, de « vraix sentiments » et « une compréhension de ses propres raisonnements ».

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KUBERNESIS Selon les scientifiques de ce courant, le fait qu’il n’existe pas à l’heure actuelle, d’ordinateurs ou de robots aussi intelligents que l’être humain, n’est pas un problème d’outil mais de conception. La seule limite à concevoir le programme approprié pour l’intelligence d’un robot, est l’aptitude humaine, qui à la date, n’arrive pas à déchiffrer la complexité structurelle des systèmes. Quant à l’intelligence artificielle faible, elle constitue une approche pragmatique d’ingénieur, c’est-à-dire, des systèmes autonomes et des fonctions spécialisés qui simulent l’intelligence. Ces programmes « semblent » intelligents, mais ne le sont pas. Les scientifiques adeptes de ce courant affirment que cette reproduction de l’intelligence est l’inspiration des techniques actuelles d’intelligence artificielle : Il s’agit surtout d’intelligence humaine reconstituée et de programmation d’un apprentissage. Comme par exemple, le programme Eliza, crée par Joseph Weizenbaum en 1966, qui simule un dialogue homme - machine en répondant aux questions sous forme de questions suffisamment élaborées.

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ARTICLES Le risque de l’Intelligence artificielle : fiction ou non?

Le père de la cybernétique, Norbert Wiener, avait déjà parlé du risque de la cybernétique (dans son livre Cybernétique et Société), en signalant que « si un jour les machines gouvernent les hommes, ce ne seront pas les machines qui auront pris le pouvoir, mais l’homme qui se sera abandonné aux machines”. D’après certains auteurs, les perspectives de l’intelligence artificielle pourraient avoir des inconvénients, si par exemple les machines devenaient plus intelligentes que les humains, et finissaient par les dominer ou, dans le pire des cas, les exterminer. Même si ce fait-là s’écoute comme l’argument du film Terminator, il ne risque pas de devenir une menace. Le directeur et co-fondateur de la société Sun Microsystems, Bill Joy, considère le risque comme réel à long terme. Il est convaincu qu’avec les avancées scientifiques et techniques en génétique et en nanotechnologie, les robots intelligents remplaceront l’humanité, au moins sur les plans intellectuel et social.


Nouvelle technologie donne l’autonomie des robots L’intelligence artificielle que possèdent les robots a toujours été limitée par les règles imposées par leurs créateurs. L’autonomie des robots restait comme une utopie chez les scientifiques jusqu’à maintenant…

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n équipe de chercheurs français de l’institut des technologies et sciences cognitives a développé une technologie permettant aux robots d’évoluer de manière totalement autonome sans l’intervention d’aucun être humain. Appelé Embedded and Communicating Agents (ECAgents) Technology, cette technologie permet non seulement au robot d’apprendre de manière totalement autonome, mais aussi de partager ses connaissances avec d’auD’après certains auteurs, les perspectives de l’intelligence artificielle pourraient avoir des inconvénients, si par exemple les machines devenaient plus intelligentes que les humains, et finissaient par les dominer ou, dans le pire des cas, les exterminer. Même si ce fait-là s’écoute comme l’argument du film Terminator, il ne risque pas de devenir une menace. Le directeur et co-fondateur de la société Sun Microsystems, Bill Joy, considère le risque comme réel à long terme. Il est convaincu qu’avec les avancées scientifiques et techniques en génétique et en nanotechnologie, les robots intelligents remplaceront l’humanité, au moins sur les plans intellectuel et social. leur environnement et interagir avec d’autres robots. Le chien voit une balle et il peut indiquer à son camarade où elle se trouve, si elle bouge et de quel couleur elle est, et son camarade pourra facilement la reconnaître » Déclare Stéfano Nolfi, coordinateur du projet ECAgents.

L’intelligence humaine est la seule capable de contrôler le monde, le fait que nous plaçons cette intelligence dans des robots peut sembler une idée totalement effrayante.

Smart Aibo (un robot canin produit par Sony)

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ARTICLES

: Un exemple d’intelligence artificielle

À fin de prouver que le moteur de recherche Google ressemble à un cerveau humain avec une interconnexion de neurones, un test d’intelligence élémentaire lui a été proposé et les résultats ont été effrayants.

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Mot 1 Résultat Résultat Rapport ous les critères d’intelligence collective Mot 2 (erreur) (correcte) Mot 1 Mot 2 M1/M2 (l’interaction avec l’ensemble Triptyque tryptique 41100 974 42,2 Chrestomathie chrestomatie 505 39 12,9 des agents d’une collectivité résipiscence récipiscence 2100 33 63,6 interconnectée) et en sachant que les Soufre souffre 73800 194000 0,4 frisotter frisoter 113 35 3,2 premières formes d’intelligence artificielles chuchoter chuchotter 8620 221 39,0 seraient aujourd’hui les applications réseaux, Linotte linote 6090 134 45,4 joaillier joailler 12300 1240 9,9 Google est une application d’intelligence annihiler anihiler 13400 640 20,9 artificielle car il est capable de s’autogérer Pneus pneux 546000 8660 63,0 Aplanir applanir 17200 463 37,1 et de s’adapter grâce au comportement bonhomie bonhommie 8370 864 9,7 inconscient ou conscient de chaque entité Chariot charriot 129000 3890 33,2 imbécillité imbécilité 8020 3270 2,5 qui le constitue. exubérant exhubérant 9520 512 18,6 Pour vérifier son niveau d’intelligence, une catéchisme cathéchisme 44500 1800 24,7 Accueil acceuil 9480000 485000 19,5 étude sur Google fut réalisée en 2004. Le principe était le suivant : proposer une liste Analyse effectuée le 10 février 2004 sur www.google.fr (pages francophones) de mots connus pour avoir une orthographe En parallèle, une enquête fut réalisée sur 53 francophones non triviale, les deux orthographes du à Bruxelles entre le 4 et le 6 Février. Chacune des personnes même mot furent proposées à l’agent, l’une interrogées fut confrontée à la liste de mots précédente correcte et l’autre fausse. L’agent devait et dut choisir la forme qui lui semblait être l’orthographe distinguer la forme correcte parmi ces deux juste. Dans le tableau suivant sont indiqués les résultats listes et sans un référent (dictionnaire). obtenus respectivement par Google, le meilleur individu Ensuite, deux recherches furent effectuées, de l’échantillon, la moyenne des individus et le moins bon. Réponses % Réponses la première avec l’orthographe correcte Enquête effectuée du 9 Entité correctes (17) correctes du mot et la deuxième avec l’orthographe 16 94 % au 12 février 2004 sur GOOGLE MEILLEUR 15 88 % un échantillon de 53 incorrecte. 9,2 54 % personnes à Bruxelles MOYEN Les résultats sont consignés dans le tableau MOINS BON 3 17 % ci-joint. Le mot 1 à une orthographe juste, Google a réalisé un parcours presque sans faute alors le mot 2 correspond à l’erreur couramment que les individus de l’échantillon ont fait, en moyenne, rencontrée. Le résultat 1 correspond au plus de 50% d’erreur. Il est légitime de se demander si nombre de résultats trouvé grâce à Google cette performance relève d’une forme d’intelligence ou pour le mot 1. La colonne rapport affiche le est assimilable à celle d’un correcteur orthographique résultat du quotient Résultat 1 sur Résultat classique.
 L’agent n’a pas été programmé dans l’intention 2. Si ce rapport est supérieur à 1, le test est précise de résoudre ce problème (l’intelligence humaine concluant, le moteur a sélectionné la bonne n’a pas cherché à être artificiellement reproduite). orthographe et d’autant mieux que le Cependant l’agent est évolutif et son évolution est rapport est élevé. Si le rapport est inférieur autogérée. Alors si, par exemple, un nouveau mot à 1, on considère qu’il y a échec. L’échec français est introduit, celui-ci sera intégré très rapidement étant d’autant plus grand que le rapport est sans pour autant qu’il y ait eu une action spécifique pour favoriser son intégration. proche de zéro.

Google sait donc lire l’orthographe plus intelligemment que le correcteur de Word même s’il est plus perfectible.


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LIVRES

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ous pouvez aussi retrouver la cybernétique dans les livres. La rédaction de Kubernesis vous propose quatre ouvrages afin d’épancher, pour un temps, votre soif de «cyber-culture».

LE MOMENT CYBERNETIQUE La constitution de la notion d’information Mathieu Triclot, 2008, Champ Vallon, 420p. Programmes, machines, réseaux, missiles, cerveaux, sociétés... L’ensemble des choses dont nous pouvons dire aujourd’hui de manière banale qu’elles «traitent de l’information» forme une collection hétérogène, mais qui, à l’abri de son évidence, échappe au questionnement. Le Moment cybernétique offre une généalogie de ce discours de l’information. Au fil d’une exploration minutieuse de la formation du concept d’information, qui conjugue de manière toujours accessible les dimensions techniques, scientifiques mais aussi philosophiques et politiques, le livre de Mathieu Triclot apporte des éclaircissements originaux sur les tensions qui traversent la vie

de la cybernétique. Il défend l’idée que le concept d’information apparaît toujours clivé entre le code et le signal. Si le code est une suite de symboles, de zéros et de uns, le signal est une matière qui prend forme, l’expression d’un ordre matériel. La cybernétique a fait, à la différence de l’intelligence artificielle, le choix du signal contre le code, proposant une véritable physique de l’information. C’est à la redécouverte de ce programme de recherche original, qui éclaire les débats contemporains sur la nature de l’information, que nous invite ce livre, attentif à la part d’invention philosophique des sciences et des techniques.

CYBERNETIQUE DE LA PENSEE Modélisation du système nerveux

Bernard Grand, 1990, ENL, 198p. Ce livre présente un modèle cybernétique expliquant l’ensemble des processus mis en jeu dans le système nerveux, depuis les instincts les plus primordiaux jusqu’à la pensée la plus abstraite. Les deux approches classiques, la philosophie et la microneurobiologie, ne fournissent à l’évidence pas le point de vue idéal pour saisir

l’ensemble du fonctionnement mental et nerveux dans son extraordinaire foisonnement. Le modèle proposé se situe donc à un niveau intermédiaire de la stratification du savoir et il utilise les acquis de la science des systèmes et des effets, la cybernétique, curieusement très méconnue jusqu’à présent.

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LA VILLE CYBERNETIQUE

La société ne subira plus son destin, elle le créera Nicolas Schöffer, 1972, Denoel, Poche Philosophie.

«La ville Cybernétique» est l’œuvre posthume de Nicolas Schöffer, fervent de l’Art Total. Des solutions révolutionnaires qui vont de la construction d’universités verticales et de centres de loisirs sexuels, à celle d’ensembles conçus pour le repos, sont y proposées. Ainsi que l’harmonisation des techniques les plus avancées et de l’univers naturel, qui impliquent, au même temps, une réinvention totale de la ville. En outre, il dénonce le droit

à la ville, ce que nous avons perdu: un centre d’activité et d’échanges, autrefois milieu où se crée la culture, et qui malheureusement n’est plus aujourd’hui qu’asphyxie et névrose collective.»

L’EMPIRE CYBERNETIQUE

Des machines à penser à la pensée machine

Céline Lafontaine, 2004, Paris: Éditions du Seuil, 235p.

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« Du structuralisme à la philosophie postmoderne ou de la déconstruction à la systémique ». Une grande partie de la pensée européenne des cinquante dernières années a été souterrainement influencée par un ensemble de présupposés théoriques élaborés dans l’immédiat après-guerre avec la naissance de la cybernétique. Ce « paradigme cybernétique », dont l’apparition est historiquement datée se fondait sur une toute nouvelle conception de l’humain et de la société en rupture avec l’héritage humaniste de la modernité. En général ignorée, ou

passée sous silence, cette influence a profondément marqué le paysage intellectuel contemporain et c’est ce que l’auteur met en évidence dans cet essai. Le travail de Céline Lafontaine apparaît comme une contribution essentielle autant que neuve au débat contemporain car il reconstitue, avec précision, la généalogie d’un paradigme qui fut et demeure très influent dans le monde. C’est aussi un apport important d’autant plus qu’il apporte un éclairage neuf sur l’imaginaire des technosciences.


CYBERQUESTI

NNAIRE

POINT CRITIQUE: LA CYBERNETIQUE Le professeur Carsten Wilhelm est spécialiste de la communication interculturelle et des technologies éducatives, enseignant dans différents départements de l’Université de Bourgogne, il a accepté de répondre à notre cyberquestionnaire. À votre avis, qu’est-ce que la cybernétique aujourd’hui ? Si je parle avec mon chapeau de jeune chercheur en SIC, la cybernétique représente un courant issu d’une époque située en après-guerre, lié aux espoirs de maîtrise des processus sociales par les technologies, avec des ramifications actuelles et une influence forte dans les théories de communication. Si je parle avec mon chapeau de citoyen, je me méfie des systèmes techniques de contrôle qui se disent parfaits, des caméras de surveillance, des fichiers et des bases de données censés garantir en construisant une transparence opaque. La cybernétique a joué un rôle important dans les théories de la communication. Qu’est-ce que vous pensez des technologies de l’information et la communication ? Disons que les technologies supportent un grand nombre d’utilisations mais particulièrement une approche cybernétique, liée à ce que Breton appelle la « culture de l’évidence ». Les technologies sont l’outil principal de la cybernétique. Grâce à elle des systèmes complexes autorégulés sont imaginables. Internet permet des flux d’informations phénoménales, la question sur la régulation reste posée. De quelle façon la cybernétique a

changé la société ? Question difficile car qui peut isoler des changements dus à un facteur principalement? Il y a toujours nombre de facteurs différents en jeu. Industriellement, militairement, cette approche a fait du chemin. Elle a certainement permis des systèmes plus efficaces. Pour son application au vivant, idée de base des cybernéticiens, aux interactions sociales et à l’évolution de la société, elle doit évoluer. Comprendre le monde social uniquement comme un système gouvernable par des technologies efficaces est comme aller vers le mur. Les approches actuelles sur l’autorégulation, l’autopoïèse et les phénomènes liés à l’émergence font évoluer ces théories cybernétiques trop centrées sur le système fonctionnel. Pensez-vous que la cybernétique deviendra le premier pouvoir pour l’organisation des sociétés ? Non, en tout cas je pense qu’il faut éviter la cristallisation d’un «premier pouvoir». Je suis partisan de la diversité, des approches multiples, surtout dans des contextes complexes comme la « société ». Si la cybernétique permet de comprendre des processus, elle ne permet pas toujours de trouver des solutions. La crise financière actuelle reposait sur des systèmes ‘intelligents’ en

quasi autorégulation. C’était trop, ceci n’a pas pu empêcher son implosion. Ceci dit, pour revenir à ce que je disais avant, peut être les principes cybernétiques n’étaient tout simplement pas bien appliqués. La gestion de projet, pour prendre un autre exemple concret, essaie d’appliquer les boucles de feedback pour garantir une production de qualité. Considérez-vous que l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence humaine? Pour ne pas se réveiller un jour dans le Matrix ou devenir l’objet d’un Minority Report, veillons à ce que l’intelligence artificielle reste maitrisable. Si vous deviez vous adresser aux étudiants, pourquoi diriez-vous qu’il est important de connaître la cybernétique ? Connaître la cybernétique, estelle importante ? Absolument, j’en parle d’ailleurs régulièrement en cours. Elle est fondamentale pour comprendre un bon nombre de courants et de raisonnements aujourd’hui. Ce qui nous entoure est influencé par des processus qu’elle décrit. Les systèmes d’information bien sûr, mais aussi des transports, des transactions de biens, des processus de production industriels, etc. Bien la connaître permet d’avoir du recul, la mettre en question, chercher des alternatives ou de la faire évoluer.

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PUBLICITE “I am faster than you, stronger than you. Certainly I will last much longer than you. You may think that I am the future. But you’re wrong. You are. If I had a wish, I wish to be human”. “To know how it feels to feel”. “To hope, to despair, to wonder, to love. I can achieve immortality by not wearing out. You can achieve immortality simply by doing one great thing.”

Mag Kubernesis  

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