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LA LOI DES SAGES Tome 1

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Du même auteur Aux éditions Polymnie Antichambre de la Révolution Aventure de Noms Cave des Exclus Chagrin de la Lune Désespoir des Illusions Dialectique du Boudoir Disciple des Orphelins Erotisme d’un Bandit Eté des furies Exaltant chaos chez les Fous Festin des Crocodiles Harmonie des Idiots Mécanique des Pèlerins Nuée des Hommes Nus Obscénité dans le Salon Œil de la Nuit Quai des Dunes Sacrifice des Etoiles Sanctuaire de l’Ennemi Science des Pyramides Solitude du nouveau monde Tristesse d’un Volcan Ventre du Loup

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Vices du Ciel Villes des Revenants

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MEL ESPELLE

LA LOI DES SAGES

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Polymnie

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© 2014 – Mel Espelle. Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur.

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[Dédicace]

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[PrĂŠface]

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Chapitre 1 Départ pour La Terre des Mages, là où tout a commencé. Le roi est mort. Les sœurs de la Vertu rassemblées autour de la dépouille sanglotaient à genoux. Un long voile noir et translucide, sourcils et crâne rasés, leur moyenne d’âge ne dépassait pas quarante ans et l’encens enfume le lieu de recueillement. Les courtisans de la Grande Cité de Béréthor passaient en procession, d’un sens puis d’un autre, pour l’occasion ils portaient des costumes sombres à la passementerie dorée ; rien ne semblait ébranler leur coquetterie. Les massives colonnes gravées d’inscriptions en ancienne langue des Osgath apportaient une touche mystique au lieu, tout comme les dalles sombres aux pentagrammes ; les vitraux illustrés d’arabesques révélaient ici le talent des vitriers royaux. La salle à elle seule compte plus de huit hautes fenêtres ogivales et exposées plein sud, les rayons du soleil venaient frapper les vitraux après midi. Au fond de la salle se tenait l’autel, bijou architectural avec son alcôve et son fronton où l’on distinguait la scène d’un couronnement, les joies d’une naissance, la chasse et le deuil ; d’aussi loin que la carte le présentait, l’on venait pour contempler ses vestiges d’une période révolue où le faste, la grandeur côtoyaient l’or et les pierres précieuses en abondance. Pour s’en convaincre il fallait se rendre dans la salle du trône plus éblouissant encore que cette salle d’apparat. Oui une

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procession de courtisans pour saluer celui qui fut depuis cinquante ans de règne leur monarque à la fois craint et vénéré. Bien que froid Aldric IV d’Almaril, Roi des Terres septentrionales de l’Adaastra restait le Grand Roi Aldric ; qui l’eut connut dirait ceci : « Rugissant était le lion, respecté l’oiseau des cimes volant et fondant sur sa proie, mort il restera vivant dans nos cœurs, aujourd’hui et à jamais ». Les hauts dignitaires figés tels des statues d’argile fixaient le sépulcre, muets et attristés par ce soudain deuil ; des figures d’arrogance rivalisaient de prestance avec les princes de sang royal, les ducs et comtes reconnaissables par leur maintien si parfait. Parmi eux le Prince héritier Eothen dont la taille surpassait celle des autres princes. Tignasse longues et indisciplinée, il transpirait la bestialité et l’orgueil des gens de son rang ; les héritiers d’Almaril demeuraient des taciturnes dont l’amitié demeurait difficile à obtenir. Autant boire toute l’eau de la Nyra, disait Grem à leur sujet. Il glissa un sombre regard vers la tribune. Derrière lui ses cousins, de valeureux guerriers assez vieux pour avoir assistés à maints combats au Nord, au Sud, à l’Ouest et Est. On les craignait et les admiraient, des tas de légendes circulaient sur ces hommes insatiables quand il s’agit de se battre. « Ma Reine les émissaires s’impatientent et demandent une audience ». Meowyn celui qui fut jadis l’écuyer du Roi faisait partit de cette Ligue et tant qu’il vivra il épousera toutes les causes d’Eothen-lerustre ou l’Ours-Eothen. Il ne manquait plus que cela. Penché à mon oreille, il pointa son nez en direction de Ser Osmont. Au nombre de douze, les émissaires iraient crier le trépas de notre Roi Aldric dans toutes les cours royales, les grandes cités ; un lourd collier fait d’anneau pendaient à leur cou et ces ambassadeurs véreux, calculateurs murmuraient

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à tour de rôle sans se soucier du protocole. Notre Roi aurait su les faire taire d’un simple regard. Impassible l’héritier de la couronne fit signe à Balmen, ce qui sous-entendait qu’il ne resterait pas là où son devoir l’appelait ; il partirait une fois son père mis dans le caveau familial. Meowyn se pencha de nouveau. « Il vous faut prendre une décision ». Telle une violente marée humaine Eothen partit entraînant à sa suite tous ses chevaliers, barons et aspirants seigneurs ; peu de temps après Ser Osmont le talonnait, imité par les siens ce qui a tôt fait d’exciter la presse de courtisans à jamais friands de scandale. « Tu as ta réponse Meowyn. Ce n’est pas d’une reine qu’ils ont besoin mais bien d’un grand guerrier capable de les emmener là où ils veulent ». Les couloirs longs et interminables offraient une vue imprenable sur les montagnes ; au loin scintillaient les remparts de la Cité. Par beau temps l’on distinguait les monts Osliath, Penéas et Sandor quelque peu enneigés. A cette altitude, on jouit dit-on d’un panoramique des plus précis sur le comté. En contrebas la cité et ses soixante dix mille habitants ; une fourmilière à taille humaine, la plus grande cité de l’Est et la plus riche. Pour accéder aux appartements de la reine, il fallait atteindre l’aile gauche du donjon ; soit traverser un dédale de couloirs identiques en tout point, franchir la galerie des Soupirants —ne me demandez pas l’origine de cette appellation et ensuite pousser de nombreuses portes pour grimper un long escalier de marbre. Pour qui apprécie le calme et la hauteur, l’endroit est idyllique : un jardin exotique offrait ses plantes aux suaves odeurs, sa vigne vierge, sa fontaine portée par un angelot ; traverser le jardin et vous déboucherez sur un immense portique représentant un couple enlacé sculpté dans le stuc. Ils veillaient sur cette entrée depuis des milliers d’années et leur

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réalisme impressionnait les visiteurs. Des gardes en gardaient jalousement l’entrée, des sentinelles postées jour et nuit pour empêcher les indésirables de venir troubler la quiétude de leur souveraine. Ensuite l’austérité de la pierre blanche et du marbre rose trouvait à être remplacée par l’or, des feuilles d’or recouvraient le chambranle des portes, toutes les boiseries, candélabres sur pied et sculpture représentant des scènes érotiques. Là deux lévriers vinrent à mon devant et Grem apparut à son tour. « Doisje faire couler un bain pour vous délasser ? » C’est plus qu’un bain qu’il me faudrait. La main de Grem se posa sur mon avant-bras et comme devinant le fond de toute pensée, elle laissa poindre un timide sourire. « Tout cela sera bien vite terminé, tout cela ne fut qu’un mauvais rêve et vous allez retrouver les vôtres. —Oui Grem. Je ne veux plus recevoir aucune visite et je ne dinerais pas ce soir avec les autres. Une soupe me conviendra ». Grem connaissait mon mal être depuis le jour où mon père me maria à Aldric IV et elle me suivit jusque dans mon exil. « Une soupe et rien d’autre ». Tout cela sera bientôt qu’un pâle souvenir : toutes ces heures passées à attendre Aldric, son attention ou bien son amour. J’ai été sa prisonnière pendant toutes ces années. Quand on visitait cette place forte l’on se devait d’être émerveillé, réceptif à toutes ces beautés ; l’on ne peut rester indifférent au palais, à toute cette richesse, et pourtant. Notre Roi Aldric quand il n’était pas à guerroyer recevait ses neveux dans ses appartements, ses neveux, ses frères et sœurs et toutes les personnes de son entourage dignes d’intérêt. Il ne m’a jamais fait mander, excepté pour les entretiens officiels. Il me tarde de rentrer. Le grand lit disposé sur une estrade offrait un confort de plumage, des draps de soie et un entretien quotidien. Le grand dais cramoisi fut le témoin de mes nombreux

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chagrins et sous cette voûte étoilée de petites étoiles en feuille d’or, l’on continuait à me mépriser. Non loin de ma table de chevet se tenait une cassette contenant des objets de mon enfance : une barrette à cheveux représentant un iris, une broche en or, d’autres reliquat d’une vie heureuse à des milliers de miles ce royaume. Il ne faut pas que je pleure. Le vent chaud souleva les voilages translucides derrière lesquels les domestiques s’affairaient pour me préparer un bain, un diner et plus tard le sommeil de leur reine. « Majesté, le prince Eothen est à la porte et demande à vous présenter ses hommages ». Brunen s’empressa d’ôter le long voile noir de ma tête. Trois épingles plus tard, elle laissa glisser le tissu le long de son bras dénudé. Une longue chevelure noire tomba en cascade sur ma poitrine et alors qu’elle allait me coiffer, Grem s’empressa de la chasser. « Vous n’êtes pas obligée de le recevoir ». Haleine chaude et expression maternelle, Grem à elle seule remplaçait toutes les mères de toute contrée d’ici et d’ailleurs. Sous sa coiffe typique des nourrices de la terre de Ragnar se cachait une chevelure rousse, flamboyante comme les flammes du dragon dont elle aimait narrer les épouvantables exactions lors des soirées d’antan. Ses hautes pommettes et son petit nez retroussé décrivaient au mieux Grem tout comme sa poitrine ferme que l’on pouvait distinguer sous la laine ; à sa taille pendait les clefs des appartements soit trois pièces et la garde-robe. L’inventaire comprenait plus de trente robes, dix manteaux de fourrures, à savoir zibeline, renard blanc et roux, loup, furet ; des parures propres aux reines de ce monde, autant de joyaux d’une valeur inestimable : rubis, saphir, diamant, émeraude, lapis lazulis, du jade, de l’ambre ; des souliers, plus de quarante paires provenant du chausseur du Roi, artisan-maître

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installé ici depuis des siècles. En plus de tout cela il fallait compter les accessoires tels que les gants, les chausses, mitaines et autres gilets ; le roi Aldric malgré tous ses défauts dépensait sans compter pour vêtir son épouse, une façon comme une autre de l’exhiber aux yeux de tous. Aspirer l’envie et non la pitié. Que ferais-je de tout cela à présent ? Grem me tira de mes réflexions : « Tout cela ne te servira plus à rien là où tu te rendras. Rends-leur cette couronne qui pèse tant sur tes frêles épaules car tu n’es pas taillée pour ce rôle ». Dans peu de temps le Grand Chambellan Eron invitera les convives à passer à table. Le Roi Aldric IV mort personne ne se souciera d’une femme fragile et indécise ? La robe de chambre enfilée, les portes s’ouvrirent devant Eothen ; debout dans l’antichambre il étudiait une bastide soutenant la voûte. Du haut de sa haute carrure il en imposait et plus que jamais la peur m’envahit. « Ma reine…j’ai appris que vous ne viendriez pas diner en notre compagnie. Est-ce le deuil qui vous accable tant ? Mon défunt père n’a pas souhaité qu’on le pleure alors respectez ses dernières volontés et joignez-vous à nous cela paraitra moins irrespectueux. Ainsi c’est ici que vous vous terrez jour et nuit. Etrange pour qui se dit descendante des Olmurils. Pas d’or, aucune richesse susceptible d’attirer toute convoitise. Mais il y a plus d’or ici pour lever une armée de cent mille hommes, n’êtes-vous pas d’accord avec moi ? Ce vieil Aldric avait une concession bien particulière de la royauté ». Dans l’embarras, aucun son ne contesta ses déclarations. Eothen connaissait les faiblesses de chacun et savait les exploiter ; il frapperait là où cela blesse le plus : l’honneur et la dignité. Le destin finit toujours par vous rattraper. J’ignore quoi répondre, je suis si sotte. Les domestiques s’empressèrent d’allumer les

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candélabres avant de disparaître aussi furtivement. « J’ai à discuter avec vous ». Sur le siège il écarta le fourreau de cuir de sa cuisse et la main posée sur le haut de sa jambe m’étudia avec plus d’attention. Eothen refusa l’assiette de dattes et une fois que l’on fut seul caressa le dessus de son nez busqué. « Une fois le Roi mis en bière vous deviendrez Reine-régente pendant une durée d’un an. Il y a une loi visant à protéger les Reines pour le cas où un héritier viendrait à voir le jour. Bien que tout le monde connaisse votre situation, l’annulation de votre mariage suite à la non-consommation ne peut se faire. Bien-sûr vos pouvoirs seront limités, ce que l’on accordera se compte sur les doigts de la main néanmoins cela vous permettra de gardez votre statut. Le Conseil pense qu’il est judicieux pour vous d’écourter cette période à six mois et ce pour des raisons diplomatiques. La guerre menace dans nos provinces et il nous faut consolider nos frontières. Six mois est un juste compromis. —S’il était possible de le faire, je partirai maintenant. Plus rien ne me retient ici et vous ferez un excellent roi. —Vous renonceriez à vos droits maintenant ? Réfléchissez bien. —J’ai passé suffisamment de temps sur cette question pour savoir que…Le Roi Aldric voulait une épouse pour l’assister, une femme fiable et passionnée ; pas le genre à rester des heures enfermées entre quatre murs. Je pense être honnête en refusant ce pacte. —Ce n’est pas là une façon de tirer sa révérence. Pensez aux railleries dont vous serez l’objet. Qui plus est ce n’est pas un pacte ! Vous vexeriez le Conseil et votre père dont les intérêts se portent ici. Je vous parlais de consolider nos frontières et ce n’est pas ainsi

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que la paix se verra être signée. Aldren cette décision ne peut se prendre à la légère ». Les larmes arrivèrent. Les lèvres serrées Eothen me dévisagea avant d’arrêter son regard sur mes mains devenues si fébriles. « Vous autres avez des rêves, des souhaits et des attentes. Pourquoi ne pourrai-je espérer rentrer au plus vite et retrouver un semblant d’existence ? Je n’ai que faire de tout cet or, ces honneurs et ces interminables repas ; j’en ai assez d’avoir à rendre des comptes, d’être observée, épiée et critiquée. Il n’y a pas un jour où…je refuse que l’on m’enferme, je veux pouvoir vivre ma vie comme je l’entends et le Conseil comprendra. —Pourquoi êtes-vous si amère ? Cette famille est la vôtre. Ma famille vous a accepté Aldren alors ne lui manquez pas de respect ! Mon père, votre Roi vous a choyé et comblé de tout ce dont vous aviez besoin pour satisfaire votre égo. Quelle femme se plaindrait de posséder pareille richesse ? Oh oui, il y a quelque chose de méprisant chez vous. —Méprisant ? » Il opina du chez sans me lâcher des yeux. « Vous vous figurez certainement être plus futée que les autres. Vous avez épousé Aldric IV ce dont je vous félicite cependant cette fonction ne vous confère aucune protection si vous venez à quitter les Almaril de votre plein gré. —Et j’en suis consciente. Votre père m’a offerte une protection des plus privilégiées et rien d’autres. Si j’avais été l’épouse d’un berger j’aurais été mieux honorée et vous le savez ! Vous qui parlez de mépris, ignorez-vous donc à quel jeu jouait votre père en visitant ses maîtresses à chacun de ses retours et… —Balivernes ! Votre porte se trouvait être fermée et vous prétextiez sans cesse être souffrante.

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—Non ! Je lui étais dévouée et j’aurais pu l’aimer s’il m’avait seulement regardée ! Personne ne m’a appris à être une reine et l’on m’a arraché à mon foyer, à ma terre pour m’enfermer dans ce donjon. Une larme ruissela sur ma joue. Aujourd’hui Aldric n’est plus de ce monde et après ces six années je désire plus que tout vivre ». Eothen se leva calmement. De sa lourde bote il pourrait écraser le crâne d’un homme. Regard froid et déroutant. Il ne m’aime pas. Il ne m’a jamais aimé. Debout face à lui mon regard à hauteur de sa poitrine fixa la broche épinglée sur son surcot. « Alors personne ne vous empêchera de vivre. Je vous escorterai jusqu’à la frontière ouest et de là vous regagnerai votre foyer en toute quiétude. Nous voyagerons avec le strict minimum, alors pas d’objets encombrants, de colifichets, de préférence des vêtements confortables et votre départ n’aura rien de solennel. Ainsi je vous épargnerai de longs adieux bouleversants ». Aldric IV rejoignit ses ancêtres. La cérémonie fut longue et dura plusieurs heures et rassemblés là les Sages bénirent le caveau. Pour tenue la reine devait porter une robe grise, de tissu léger et fluide ; pendaient à la taille des médaillons de la taille d’un point. La coiffure haute et compliquée montait en un enchevêtrement des tresses compliquées. Au cou et aux poignets nul bijou. Grem craignait que des artifices viennent gâcher ma beauté naturelle. Mon alliance seule ornait la main royale. La famille du défunt ici réunie s’empressa de me serrer la main, les hauts dignitaires, les magistrats firent de même ; les seigneurs et barons se contentèrent d’une révérence. Ces élites glissaient gracieusement sur les dalles sombres et froides ; leur regard conservait une grande part de fierté.

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La crainte viendrait de la réaction Eothen. Rien d’étonnant à ce que Ser Barlin et Ontosh trouvèrent judicieux de s’entretenir avec les fils d’Aldric et le cadet, Rowen s’empressa de jouer les ambassadeurs auprès du Conseil. « Ne vois aucun inconvénient dans le fait que nous prenons cette décision à ta place ». De tous les fils d’Aldric, Rowen restait sa copie conforme : même blondeur, même barbe épaisse et regard pénétrant ; l’expression de ses sourcils et leur implantation reprenait un peu celle d’Eothen. La marque des Almaril tout viendrait de cette expression : sourcil légèrement remonté comme pour souligner un quelconque dédain. Ondulant sur ses épaules larges, sa blonde chevelure scintillait à la lumière. Une source pleine de vigueur, symbole de jeunesse, de force et de charme. Rowen savait parler et mieux que son ainé. Il ralliait les barons de son père et lors de la Bataille de la Styx, il mena les combats avec succès : dix mille cavaliers vinrent grossir les rangs de son bataillon ce qui poussa l’ennemi à battre en retraite et il tailla en pièce l’armée du Roi Martens. « Mon frère sous le sceau du secret dit que tu envisages de nous quitter. Qu’adviendra-t-il de toi ? Tu es veuve, sans héritier. Il n’y a donc pas d’avenir pour toi dans ce monde excepté si tu te trouves un époux. Tu es encore jeune et bien portante, ton nom est gage de sagesse et je me porterai garant de la dévotion dont tu as su faire preuve à l’égard de mon père. Les lois sont faites pour être appliquées et tu n’es pas en mesure de les contourner. Tu es notre reine, ma mère et ton devoir est celui de nous guider, c’est là ta destinée ». Il n’entend rien à la liberté. Rowen parla sans détour et dans ce corridor à la lueur des candélabres, tout paraissait si diffus et confus ; en période de deuil nulle activité ne venait troubler la quiétude du palais. Affectueusement

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le cadet d’Aldric souleva mon menton. « Tant que tu portes la couronne, tu as ce pouvoir tant convoité. Tu es notre reine et j’ai bien peur qu’il faille mettre un terme à tes lubies. —Cette couronne est trop grande pour ma tête et je n’ai pas le talent orateur de ta sœur, ni l’aisance relationnelle de ta cousine Edda. Les affaires du royaume restent une préoccupation des plus masculines et tout enseignement ne pourra faire de moi une reine, tel que vous le concevez tous. —Mon frère veut te conduire à la frontière. Il croit possible de te faire changer d’avis en cours de route mais une fois que tu auras quitté ce donjon, ce palais et ces enceintes, tu trouveras plus libérateur de poursuivre vers l’ouest. Qui de ta famille est au courant de ce projet ? Je vois…alors c’est de la folie, de la douce folie ». La porte refermée par les sentinelles de mes appartements, je me précipitai à la fenêtre en tremblant. Grem parlait de raccourcir mon manteau rembourré de fourrure ; les petites mains prenaient les commandes sans se poser la moindre question et leurs ciseaux bruissaient sur le tissu lourd et soyeux. « Cette tenue conviendra pour Sa Majesté. Non pas la bleue ! La verte à laquelle vous doublerait l’intérieur des manches. Enlevez toutes ces fioritures, la reine souhaite une tenue plus sobre et plus seyante. Ces six robes doivent pouvoir passer dans ce modeste baluchon ». Là postée sur la console de la fenêtre, je suivis du doigt le parcours d’une goutte d’eau. « Le chevalier Meowyn d’Eon est la porte, Majesté ! » Un genou contre terre, le dos fléchi il attendit mon ordre pour se relever ; quelque chose en lui à changer : ses cheveux détachés jouèrent à cette modification de l’apparence tout comme ses longs favoris et cette assurance nouvellement acquise. Sa récente nomination en tant que

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Garde des Sceaux faisait de lui une personne honorable. « On m’a chargé de vous ramener sur le droit chemin. J’ignorai avoir en moi des qualités de négociateurs, mais il m’est impossible de les décevoir. Il est question de ce voyage que vous souhaitez entreprendre et…j’ai toutes les raisons de croire que les vôtres vous manquent et sachez Majesté que je vous accompagnerai au bout du monde s’il le faut. Mon épée est la vôtre. —En vous j’ai toujours trouvé un allié. Plus que jamais j’apprécie votre soutien. Que vous a dit Eothen au sujet de ce déplacement. —Peu de choses en vérité. La frontière et rien d’autres. Ce qui se trouve au-delà de la frontière ne l’intéresse pas outre-mesure ; il envisage de se marier avec la fille du Roi Amnès II II, un excellent parti qui consolidera le royaume et il s’avère que le roi dispose d’une résidence d’été non loin de la frontière. Il ne veut pas se l’avouer mais ce voyage tombe à point nommé ». La pluie tomba drue et pénétrante. Reine rimait avec solitude. Un lourd fardeau à porter pour qui demeure dans l’ignorance. Meowyn ne l’entendait pas ainsi : « Ce royaume a besoin d’être gouverné par des rois faisant preuve d’humanité, de bon sens. Le temps où les monarques régnaient en despote est révolu. Vous incarnez cette nouvelle ère ». Un sourire apparut sur ses lèvres et en l’espace d’une seconde tout parut plus réel. Grem entra en tenant dans ses bras une longue et chatoyante étoffe. « Devenons Majesté mettre cette mise avec les autres ? » Notre Grem trouva le moyen de mettre un terme à cet entretien et pour accélérer le départ du chevalier fit entrer les domestiques ; un défilé de vierges nubiles commença portant fourrure et soieries. « Celleci oui, celle-là non…trop transparente…trop

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légère… » Claquant des doigts Grem les renvoya l’une après l’autre et de nouveau seule, moi leur reine me tenait prête à partir vers cet autre monde, mon monde ! Plus de dix malles prendraient le chemin du retour quelques jours après le départ si contesté ; Grem s’en chargerait, cette dernière préférait le confort relatif de la litière à une chevauchée endiablée dans les vallées, les cols de ces montagnes abruptes ; l’idée de ce voyage en découragerait plus d’un mais pas Grem. Pour détendre leur reine un petit orchestre de chambre s’annonça : six musiciens et une choriste encore bien jeune pour se produire à la cour. Une virtuose ceci dit à la voix cristalline et singulière ; la mienne en comparaison ne montait pas aussi haut. Nos voix se réunirent pour n’en former plus qu’une et son lointain écho. Les chants semblables à des mélopées atteignirent les cimes enneigés, le firmament ponctué d’incandescentes étoiles, l’univers tout entier ; comme tous les soirs l’oiseau en cage s’envolait sur la plus haute branche pour chanter à pleins poumons. « Qui était là Stymen ? —Le prince Eothen, Votre Majesté. Il est resté ici plus d’une heure mais je pensais que vous le saviez. Dois-je le faire mander ? » De bon matin le Mage Romens, autre membre du Conseil fit son apparition. Le défunt roi Aldric l’avait tenu en haute estime, lui ce vieux mage plus passionné par les astres que les intrigues de la cour ; pourtant rien ne lui échappait d’où sa présence dans cette partie du donjon. « Votre absence d’hier soir s’est faite remarquée Majesté. Certains disent que vous êtes trop chagrinée pour daigner vous montrer en public et d’autres, rapportent des choses plus abjectes dont il n’est pas utile de répéter. Un Roi meurt et un autre prend sa place, Eothen sera un grand Roi nul doute à avoir là-dessus ; il est

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loyal à la cause qu’il sert, assez magnanime et convaincu de la bonté des hommes/ Chose que son père refusait de croire. Cependant il est un peu trop, comment dites-vous : rustre. C’est un ours mal léché, autoritaire et discourtois mais quelque soit votre décision il ne vous laissera pas tomber. Ce que j’essaye de vous dire c’est que ce départ pour l’ouest se doit d’être validé par l’ensemble du Conseil, la majorité l’emportant comme à chaque fois. Or trois voix fut favorable contre sept dont la mienne. Eothen fut parmi les trois ayant voté pour votre départ. A présent que nous sommes seuls dites-moi ce qui motive votre choix de vouloir quitter votre royaume. —Tout ce qui veut possible d’entreprendre fut voué à l’échec. Aucune Reine, aussi modeste soit-elle n’accepterait pareille déconvenue. —Par la Puissance du Grand Mage ! L’on nous vous a demandé de décrocher la lune, Aldren ! Vous êtes arrivée ici à l’âge de douze ans et l’on ne peut accomplir de grandes choses en seulement six ans. Réveillez-vous Aldren et sortez de cette torpeur pour affronter la vérité, notre vérité commune. Vous ne pouvez avoir échoué sans avoir rien tenté. Est-ce qu’une Olmuril se comporterait de la sorte ? Votre sang est noble plus encore que celui des Almaril ; à l’origine une bande de guerriers en soif de nouvelles conquêtes mais d’aussi loin que remontent les légendes aucun n’a votre force d’esprit, votre droiture et votre sagesse. N’oubliez pas d’où vous venez Aldren, les premiers Mages ont contribués à faire de vous une grande Reine et je ne dis pas cela pour la forme ». Les enfants de dame Loren jouaient dans la cour sous les pépiements des oiseaux nichés dans les branchages de l’arbre aux fleurs parmes aux teintes violines exhalant une délicieuse odeur sucrée ; au gré des saisons cet arbre

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perdait ses fleurs rouges pour se parer de feuilles d’or aussi large qu’une main. On l’appelait l’Arbre aux Larmes d’Or ; la sève coulait en abondance translucide comme l’ambre et une fois durcie prenait l’apparence de l’or, doux comme le miel il portait en lui les essences de parfum dont les reines pendant des siècles s’en recouvraient. « Le travail de Reine s’apprend. Il est long et fastidieux mais l’exercice du pouvoir est une drogue dont on ne se défait qu’à la mort. Votre père est un grand souverain et vous avez du tirer grande leçon de son savoir. —De quoi croyez-vous que je me souvienne ? Le temps efface à la mémoire et plus aucun souvenir de cette vie d’autrefois n’est là pour m’aider à me construire. Vous n’êtes pas sans ignorer que le passé influence le présent et conditionne le futur ; vous qui devinez l’avenir, vous savez qu’il est parfois impossible de modifier le destin. Le mien ne se joue pas ici. —Le voyage sera long et périlleux. Eothen le sait mais accepte de prendre le risque. Les routes du sud sont plus sûres mais plus longues ; on peut parler de mois passés sur terre, sur mer et quand les conditions se trouvent être réunies : à savoir un bon vent pour gonfler les voiles et assez d’eau pour apaiser votre soif, huit mois suffisent pour atteindre la grande cité de Poulaos et il en faut quatre de plus pour remonter vers le nord et joindre la Route du Sel qui conduit au royaume des Olmurils. —Je sais tout cela. Les cartes n’ont plus de secrets pour moi. —Mais que savez-vous de la route de l’Ouest ? Vous aurait-on parlé de nombreux risques que prévalent l’ascension des Cols ? Des jours sans lumière, des pas mal assurés par les torches vacillantes que le froid glacé menace de souffler. Ici c’est le printemps mais en haut c’est encore l’hiver ; un hiver éternel. Personne n’a

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cru bon vous renseigner sur ce climat, ces peuplades sauvages et belliqueuses ; les voleurs de longs chemins, les busards, les serpents à collerette et pis encore quand on prend le temps d’étudier la question. Ce n’est pas une place pour une reine ! » Le ton prit par sa voix en fit sursauter plus d’une et pour un temps les enfants cessèrent de courir, figés par cette hargneuse voix sortie tout droit de la poitrine de Mage. Il se reprit bien vite en adoptant un sourire de circonstance et son regard gris parsemé d’éclairs marron passa de l’Arbre aux Larmes d’Or aux lévriers postés à mes pieds et dont l’éclat de sa voix attisa leur crainte pour lui, ce curieux visiteur. « Le conseil refuse de vous allouer une escorte, ce qui serait bien entendu contraire à l’éthique fixé par notre Charte. Ceci dit vous avez encore le pouvoir de contester nos décisions en apportant votre véto. Il est important que nous restions en bon terme avec votre père et le contrat initial se verra être modifié afin d’éviter que l’on nous attente un procès d’intention ». Orul dévora la pomme tendit par le palefrenier et il tapa du pied quand la main de son soigneur se trouva vide. Sa robe noire et luisante captait la lumière et son épaisse crinière ondula entre mes doigts défaits de leur étreinte de cuir. D’un geste nerveux il recula, refusant de se laisser passer le mors ; il coucha ses oreilles et hennit dès l’instant où le palefrenier tenta une manœuvre. « Un autre cheval vous conviendrait peut-être mieux Majesté ». Meowyn lui caressa le chanfrein pour tenter de le calmer. D’un grand mouvement de tête il se dégagea de la main de Meowyn ; il faut une monture nerveuse et endurante pour entreprendre un tel voyage. Dans ses vêtements de chasse Meowyn ressemblait à l’écuyer de jadis, plus habile pour manier l’arc et l’épée que les compliments et

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l’art de la discussion. On ne lui connaissait aucune petite amie, aucune fiancée et le cœur endurcit par toutes ces longues années de loyaux services auprès d’Alric IV il n’éprouvait nul désir de fonder une famille. Son cousin Kili lui tendit une vigoureuse poignée de main. « Alors c’est le cheval que vous avez choisi ? » Le rictus au coin des lèvres, Kili fronça les sourcils en voyant Orul se cabrer furieux de l’agitation régnant autour de lui. « Il ne semble pas apprécier notre compagnie. Peutêtre qu’une monture plus docile serait… —C’est le cheval que sa majesté a choisi ! Trancha Meowyn les bras croisés sur sa poitrine. Le palefrenier partira avec nous, cela arrangera les choses si l’on pouvait se dispenser du débourrage. —Je crois que l’on va bien s’amuser. Qui d’autres se joint à nous pour cette partie de chasse ? —Tu verras demain. Eothen nous en fait la surprise ». Ils prenaient cela avec un certain détachement, une ballade de santé dont tous en reviendront requinqués, réjouis et enchantés ; en temps normal j’aurais peut-être ri de ce cynisme si propre aux hommes du Prince héritier mais là l’heure demeurait aux incertitudes. En catimini je disparus laissant les hommes à leur récréation. Les courtisans saluèrent leur reine les uns après les autres, des bustes ployaient telles de la mauvaise herbe face à un vent sournois et compliqué. « Majesté ! Majesté ! Il y aurait-il autre chose que je puisse faire ? —Qu’attendez-vous de ce voyage Meowyn ? Croyez-vous que je sois dupe au point de vous laisser l’intendance de nos tribulations ? Que souhaitez-vous en retour ? Des terres ? Un nouveau titre en plus de celui octroyé par le Conseil suite à vos brillants exploits auprès de

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notre défunt Roi ? Alors c’est Eothen qui a le plus besoin de vos services pas moi ». La fête donnée en mon honneur fut à l’image de ce royaume : fastueuse et pleine de rebondissements et de surprises de taille ; on prévoyait un feu d’artifice, un montreur d’ours, un dresseur de chevaux. Dans ma robe lamée d’or à large ouverture sur la poitrine, tous approchaient, se piétinaient, se bousculaient pour voir leur Reine-régente dans cette toilette ayant nécessitée 120 heures de travail. La cuisse dégagée et les épaules dénudées, il me semblait triompher, une sorte de revanche sur le passé ; un plaisir bref et si jouissif. Les séduisantes dames s’éventaient tout en se régalant de ce spectacle. Tibalt suivit de Rowen, me tendit un pichet de vin. « Bois un peu. Ce genre de soirée donne vite soif. Le seigneur Morgoas revient de l’Ouest et il a des nouvelles fortes peu agréables à entendre. —Majesté c’est un honneur pour moi ». Cette vipère de Morgoas s’inclina, laissant couler une chevelure noire et huileuse le long de son visage livide aux cernes profonds et rouges ; son regard translucide glissa le long de ma poitrine et ses mains croches s’empressèrent de saisir les miennes pour les baiser. « Quelles nouvelles de l’Ouest ? —Votre père menace d’entrer en guerre contre le Roi des Asores. On parle d’un conflit imminent et je me suis hâté de rentrer e l’apprenant. Pour le moment rien n’est officiel tant que leurs émissaires ne franchiront le Neck mais il souffle un vent de colère dans les terres de l’Ouest. —Cela sera tout, vous pouvez y aller Morgoas...Les émissaires ne vont pas tarder à se manifester et il te faudra prendre parti. Ton père aura besoin de nos hommes et cette guerre sera

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la tienne ; tu rentreras dans la légende si tu prends la décision de te battre à leur côté. —Le roi des Asores n’est pas mon ennemi. Nous l’avons reçu l’été dernier et je ne pourrais me résoudre à envoyez vos frères contre ses fils. Ils sont nos alliés. —Tu es trop sentimentale. Sacrifierais-tu ta propre famille pour leur éviter le deuil de leurs fils ? Ton père attaquera le premier, c’est un homme d’honneur qui ne se laissera pas insulter de la sorte. Demain tu feras réunir le Conseil en une séance extraordinaire et tu conviendras du nombre d’hommes qui vaillent pour protéger notre garnison de la Tour d’Amon-Léa. Une garnison de trois mille hommes ne pourra contenir le flot vengeur du Roi d’Asturies. L’effet de surprise consistera à ne pas se laisser intimider. Les techniques de guerre et la stratégie offensive te seront enseignées ; une Reine doit guider son peuple et son armée aussi longtemps qu’elle vivra ». Eothen nous observait, et son cadet et sa reine ; son regard empli de noirceur fut assez cinglant pour faire taire Rowen et ce dernier glissa sa main dans mon dos ; on haleine chaude m’enveloppa et dans l’idée de se confier à sa reine il trouva un endroit plus propice à la discussion. Dans quelques heures il sera ivre et agressif, comme ses frères il aimait se battre ; si Tibalt et sa blondeur excessive, son visage glabre paraissait distant et trop sensible à la brutalité de ce monde il s’adonnait au crime avec une déroutante violente. « Il faut qu’on cause Aldren. Mon frère s’en va chercher sa fiancée et dans un an il deviendra roi. Il me remettra les terres d’Astor et à Ibalt, l’Amégée. La première chose qu’il fera est de nous unir. Ton père bénira cette union et il est préférable que tu le saches. Cela ne sera pas désagréable pour toi et à la différence de mon père je saurai t’honorer.

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—Alors il faudra que tu viennes me chercher loin de ton bastion. Il se puisse que tu te heurtes à une Légion entière de guerriers Olmurils prêts à contrecarrer tous tes plans. —C’est bien ce que nous verrons ». Effrayée la foule me parut plus oppressante, une marée humaine à l’assaut d’une forteresse aux assises bien fragiles. Ils arrivèrent tous à la fois. Au bord de la nausée, l’air devint vite irrespirable et mes dames d’honneur firent une barrière de leur corps pour empêcher quiconque d’approcher. Les sens ne tardèrent pas à revenir ; on applaudissait et riait ; le vin coulait à flot et la musique aux rythmes endiablés contribuait à nous étourdir. Au loin Rowen leva son pichet dans ma direction. « Le maître d’armes est ici et désire saluer sa Majesté ». Meowyn marchait devant, dissuadant les plus téméraires de s’approcher. « Voici votre épée Majesté ! Il brandit l’épée au-dessus de sa tête et là le genou à terre attendait une réaction de la part de la Reine. A la demande du Prince l’épée dite Mordante a été retravaillée par mes soins. Sans relâche depuis trois jours, je bats le fer pour ma vénérée Reine. Cette épée est la vôtre. —C’est absurde, je ne sais pas me battre ! —Eothen dit qu’il est nécessaire que vous appreniez, renchérit Meowyn en me remettant l’arme par le fourreau. Il faut lui donner un nom ». Le métal fin et travaillé avec soin me glaça d’effroi. Meowyn la bascula vers la lumière ; un trait doré passa du fourreau à la pointe de la lame. Dansante ! Elle pouvait bien s’appeler Dansante, ce qui fit sourire Meowyn de soulagement. Quant au fourreau, un minutieux travail du côté de la tannerie et de l’orfèvrerie. Il portait l’inscription suivante : Celui qui vit oublie la mort. La devise des Olmurils. En plus du fourreau incrusté de semi-précieux, fut

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présenté un serre-taille réalisé dans le meilleur cuir du royaume ; des gantelets à picots, une immense sacoche enroulée contenant couteau, coutelas, haches, arc et flèches ; pour la porter il faudrait compter sur l’aide d’un écuyer robuste et délicat pour l’entretien à apporter à de telles pièces. « Vais-je devoir me battre ? —Les routes sont peu sûres et votre survie de votre capacité à manier ces armes. Majesté, poursuivit-il en me voyant perdue dans mes pensées, vous pourrez compter sur moi à n’importe quel moment, de jour comme de nuit, je serai votre ombre et votre main, celle qui ôtera des vies. —Alors j’imagine que vous saurez que faire si l’ennemi me prend vivante. Arrangez-vous pour que je meure le plus proprement possible. Excellent travail Maître ! Eothen sera vous récompenser comme il se doit. Meowyn, raccompagnez-moi à mes appartements ! ». Fermer l’œil fut impossible. Eveillées les domestiques déménageaient les appartements royaux jusqu’à l’aube ; endormies à même le sol il nous fallut les enjamber pour quitter les lieux. Les lévriers s’étirèrent et se mordirent l’oreille excités à l’idée de quelques exercices matinaux. Les oiseaux commencèrent leur chant montant crescendo. Grem me baisa le front et aidée de Styrmen en larmes ôta ma robe parme pour une tenue plus appropriée à mon départ : une robe grise, fluide et chaude sous laquelle apparaissaient mes hauts de chausse montant jusqu’à mi-cuisses ; une énorme ceinture barrée mon serre-taille et sur cette dernière pendait l’étui d’un coutelas fin et élancé pouvant trancher un large morceau de viande. Ensuite on posa un lourd manteau à col de fourrure soyeux et gris. Là-dessous la température pouvait réchauffer deux hommes en état avancé d’hypothermie. Les filles allaient me manquer. Pour ne pas pleurer et rester digne en toute

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circonstance, mon attention se porta sur l’unique bagage que l’on prépara avec la plus grande des ingéniosités. Quitter le donjon et son dôme fut étrange comme si l’on arrachait un membre de son tronc. Plus aucune fois j’aurais à me lever dans cet immense lit désert, privé de la joie d’un époux et celle d’un époux. « Laisses-moi ici Grem ». Et la nourrice de s’exécuter sans manifester la moindre émotion. Inconsolable Styrmen se jeta à mes pieds pour baisser une dernière fois mes mains. « Oh Majesté…pourquoi nous quitter ? » Et Grem de la rappeler à elle. La descente vers la haute cour sembla interminable ; tous ces souvenirs amassés en ces murs : bons et mauvais, des pages et des pages à noircir. Plongé dans le sommeil le donjon offrait aux insomniaques, aux matinaux et autres une angoisse démesurée du fait des volumes de la bâtisse. Mon écuyer Siomen le visage recouvert de tâches de son s’empressa de saisir mon barda pour courir loin devant, sans même se retourner. A l’extérieur la chaleur accompagnant le réveil du soleil me gonfla de béatitude. La cour comme le reste semblait désert jusqu’à ce que les molosses d’Eothen arrivent en se bousculant la ligne d’arrivée ; ils étaient là à m’attendre. Des silhouettes massives et agitées par de sporadiques mouvements. Une ultime torche balaya le cœur de cette assemblée où le Prince faisait preuve de patience. « Sa Majesté est ici… » Les hommes murmuraient et le mage Romens se leva pour aller à mon devant. « Votre Majesté, il n’est pas trop tard pour renoncer. Il y a trop d’enjeu en cause et cette guerre qui se prépare…Où sont vos gens ? —Loin derrière moi, Maître. C’est sans domestique que j’accomplirai ce nécessaire voyage aussi périlleux soit-il. —Votre Prince vous montrera la voie à suivre. Suivez chacun de ses pas et vous en sortiez

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grandie. Si toutefois vous survivez n’oubliez pas que le bonheur ici bas a un prix ; ce voyage risque de vous perdre et au plus noir de la nuit, regardez vers l’Est et volez aussi vite et haut que vous le pourrez. Voler à tire d’aile et ne vous posez jamais jusqu’à ce que vous soyez certaine de votre destination. Si toutefois vous survivez les enfants de vos enfants narreront vos exploits quand le peuple tout entier aura eu raison de vous faire confiance ». Siomen approcha Orul et docilement se laissa monter. Le souffle des chevaux mélangés à celui des hommes formaient une fragile chape vaporeuse et avant même d’avoir compris d’où soufflait le vent, les cavaliers n’étaient plus dans la cour. Traverser la cité nous prit plus d’une heure et les premières activités commencèrent à bourdonner : on ouvrait les étales, préparait les poissons et viandes et personne ne leva la tête pour nous saluer. Balmen et Eothen trottaient devant, derrière eux Kili et son frère Bohumil, puis les autres dont j’ignorai l’identité ; des guerriers dénichés sur un champ de bataille à en juger par le nombre de cicatrices barrant leur visage, leur main. En tous plus de vingt hommes, autant de bêtes sans parler des six mules de bâts, des trois écuyers aussi chargés que leur cheval. Les gosses suivaient en courant dans l’espoir de quelques aumônes et les chiens errants cherchaient à mordre les pattes des chevaux. Bohumil aussi piquant que son ainé disait qu’il était heureux de voyager aux frais de la Reine. « Pauvre idiot ! Tu crois peut-être que le Prince te laissera souper à sa table ? Coupa Moro en caressant sa barbe rousse. Moi je n’ai jamais vu Eothen inviter les gueux à partager son festin. —Alors rien d’étonnant à ce que tu te contente toujours des restes de ses chiens. Je

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comprends qu’il ne veuille se sentir observer par un sauvage de ton genre. Crois-tu seulement que le protocole s’applique en dehors de la résidence royale ? Si c’était le cas tu n’aurais pas à m’adresser la parole ». Quitter la ville fut plus émouvant que je ne l’eusse imaginé. La forteresse collée à flanc de montagnes se dressait fière et arrogante, scintillante de mille feux. Se confondant avec le décor, il fut difficile de la dissocier du reste de la montagne sacrée. Flanquée de deux hautes tours, des observatoires pour les Mages et d’un imposant mur d’enceinte, il fallait reconnaître la beauté de la Cité. Six ans auparavant l’itinéraire fut la route du sud et le fameux col de l’Oredon, plus connu sous le nom du gros Mamelon. Plus long fut le voyage mais d’un confort absolu : litière haute et rembourrée de coussins, nombreux arrêts et des plus mémoriaux. On allait me marier au Roi Aldric IV alors tous les moyens furent bons pour me faire oublier mon ancien foyer. Eothen m’observa par-dessus son épaule. Franchir le vallon nous prendrait la matinée. Au premier virage la cité disparut derrière l’épaisse végétation de conifères, de pins et de bouleau ; l’herbe haute et verte au sol gorgée d’eau mollissait au passage de nos chevaux/ tantôt ces derniers avançaient péniblement les sabots sucés par la boue. Au bout de dix miles seulement le mal aux cuisses, au dos et aux fesses se fit ressentir. « Si cette selle vous incommode nous pouvons faire une pause Majesté. —Meowyn, ici je ne suis pas votre reine alors oubliez vos petites formules de politesse et autres appellations qui me placeraient dans une position supérieure à la vôtre. Désormais appelez-moi Aldren car jamais vous ne serez aussi près de moi pour m’appeler autrement que par mon prénom. Ah et autre chose…si intimité il doit y avoir dites à Bohumil que j’accepte de

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partager mon assiette avec lui. Du moins souper en sa compagnie ». Pendant la halte il plut et la capuche sur la tête fixait avec intérêt ses gros nuages grondant et filant à vive allure au-dessus de la verte campagne. « Protéger toutes vos extrémités. Si l’on se débarrasse facilement de la pluie, l’humidité reste un fléau ». Et Eothen s’éloigna comme il était venu. D’abord drue et pénétrante, elle finit par tomber en biais et si dense qu’il fallut s’arrêter à l’abri des chênes, deux fois centenaires. Trouvant le temps long, les cavaliers se taquinèrent et se racontèrent des blagues. Alors je me mis à chanter ; fredonner puis chanter, oubliant le moment et le lieu. Une chanson parlant d’un amour contrarié où la pluie symbole de larmes venait troubler le refuge des amants. Et quand l’histoire fut terminée sur une note très haute, la pluie avait cessé, les oiseaux chantaient et plus personne ne parlait. « Vous nous avez envoûté Majesté, envouté et enchanté. D’où vous vient cette voix ? S’il vous plait, chantez encore. —Oh oui vous pouvez chanter Ma Reine, déclara Kili quelques trémolos dans la voix. Chantez et ne vous arrêtez jamais. Votre voix est incontestablement la plus claire qu’il m’est été donné d’écouter » La journée passa si vite qu’il fallut de nouveau s’arrêter, dresser un campement de fortune, sécuriser l’ensemble et allumer un feu pour espérer souper. Au bord du ravin, Eothen fixait l’horizon quand la décision fut prise d’aller lui parler. « Je n’ai pas pris le temps de vous remercier pour les armes dont vous m’avez si généreusement dotée. —A espérer que vous n’ayez jamais à vous en servir. Il me tourna prestement le dos. Balmen où est la carte ? »

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Pour tuer le temps avant le diner les hommes jouaient aux dès et tous se levèrent à mon arrivée et l’on m’offrit une couverture pour m’y assoir. Dans ma sacoche Grem prit soin d’y enrouler deux amulettes symbolisant les deux soleils honorés par les Anciens. Dans une bourse des osselets sur lesquels figuraient des runes ; ces osselets taillés dans les os humains et dont l’interprétation échappait aux novices. Soufflant sur les brindilles fumantes, mes prières se tournèrent vers ma famille et sur les hommes de cette expédition. Alors qu’on nous servit l’unique repas de la journée, Eothen m’invita à le suivre. « Ne priez pas devant mes hommes. Votre religion est…Vous êtes leur Reine et je ne permettrais que vous souillez la mémoire de votre Roi en important vos déités sous leur nez. Si vous tenez tant à le faire, soyez assez respectueuse pour vous isoler. —M’isoler ? Si vos hommes étaient gênés par quoique se soit ils partiraient de leur plein gré. Il n’y a rien d’offensant à prier les Dieux des Olmurils et il me viendrait pas à l’esprit de vous dénigrer sans être certaine de mon jugement. Si vous avez décidé de m’être désagréable Mon Prince alors je m’en souviendrai le moment venu et il ne pourra plus être question de compromis entre nous. —Est-ce une menace ? —Parfaitement ! Vous pensez que je me montrerai impressionnée par le rustre que vous êtes mais écoutez moi bien, ici nous ne sommes pas à Béréthor et il m’est permis d’avoir une opinion autre que celle du Conseil. Une opinion, une religion et des principes ignorés des hommes d’Almaril. Quoi ? Pourquoi ce regard ? Me jetterez-vous par-dessus la falaise ? » Le sommeil fut agité. Les hommes ronflaient, un tonitruant concert de vrombissements et de flatulences dus aux haricots consommés avec du

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lard. Sur la couverture en peau de mouton, le froid m’assaillit ; les membres inférieurs puis tout le reste suivit et grelottante hâtai d’enfiler mes bas de laine. Craignant le retour de la pluie je dépliai l’enveloppe de cuir pour m’en faire un abri de fortune ; tout relatif demeurait le confort sur ses hauteurs. « Si vous bougez autant vous allez attirer tous les Smaurs de la région. —Les Smaurs ? Vous pensez que ces créatures vont effrayer mes nuits Meowyn ? Il ne s’agit que de contes pour enfants. Désolée de ne point partager votre enthousiasme pour le folklore d’Adaastra. Ce n’est pas encore cette nuit que je dormirai. Racontez-moi une histoire, cela m’aidera peut-être à m’endormir. —Je suis un piètre conteur. Je maîtrise bien les armes que la langue. —Il faudra vous y mettre car si je chante, chacun devra savoir me distraire à sa façon. Racontez moi l’historie de votre famille. J’ai besoin de savoir qui vous êtes vraiment Meowyn. J’ai besoin de savoir ce qui vous anime. —Ma famille n’a pas d’histoire. Aucune chanson ne narre ses exploits. En somme c’est une famille des plus ordinaires. Cependant j’ai bien une histoire à raconter. Meowyn s’approcha au point de réduire toute distance entre nous. Il faudra en tirer une chanson, certains récits se doivent d’être enjolivés. Tout commença par une nuit sombre et noire. Le vent soufflait sur les cimes et son chant ne semblait jamais vouloir s’arrêter. Un jeune berger du nom d’Isgamael guettait et les yeux dans le ciel noir, pensait à son foyer au creux de la vallée. Depuis des semaines il n’avait pu voir les siens et à présent attendait qu’on vint le remplacer et il lui semblait déjà entendre le rire de ses sœurs… » Le rire des enfants me conduisirent à la grande cité de Béréthor. Grem préparait le lit de sa reine. L’eau coulait sans jamais vouloir

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s’arrêter ; la bassine d’or se remplissait rapidement et les domestiques y jetaient des pétales de bleuets ; la vapeur s’élevait lentement. Là sur lit rempli de duvet mon corps ne semblait répondre à aucun stimulus et tel un papillon dans sa chrysalide, je restais figée. Le bruit de l’eau ruissela paisiblement devint plus brusque. Une véritable cascade. Et des chevaux hennirent. Des hommes parlaient forts en riant à gorge déployée. D’un bond je me levai. « Avez-vous bien dormi majesté ? » S’enquit Kili en jetant une selle sur le dos de sa monture. Là-bas Siomen caressait Orul derrière l’enclos ; on levait le camp et des plus chavirées, cherchais des yeux un point d’ancrage pour m’y accrocher et lutter contre ce vif courant. « Kili, dépêches-toi ! Viens par ici. Tu me dois de l’argent mon grand ! La reine est toujours parmi nous ». Ces guerriers à la solde du prince Eothen manquaient cruellement de discrétion et me voyant réveiller, le jeune écuyer vint rouler mon paquetage. « Non laisses ! Je peux me débrouiller seule. Vas t’occuper des chevaux ! » Et il hésita un long moment avant de filer et d’être alpaguer par Eothen. Il ne pouvait le supporter dans ses pattes. Et l’éclaireur partit suivit par l’avant-garde, le prince et sa suite ; Orul refusant d’être à la traine montra des signes d’impatience et le barda sanglé sur sa croupe piétinait furieusement. « Je suis prête Meowyn, en route ! » Sans avoir à tonner mon coursier il détala tel un lièvre sortit de sa tanière. Plus les chevaux avançaient et plus la nature se modifiait au point que chaque pas résonnait sur la pierre. Les sentes se raréfiaient et la bonne humeur du premier jour s’estompa pour laisser place à de longues heures de silence, propre à la méditation. Bercée par le doux balancement de la selle, mes yeux se fermèrent et l’irrésistible besoin de dormir me tortura.

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« Quelles richesses se cachent au Val, ma reine ? Trouverons-nous des femmes à la voix cristalline comme la vôtre ? De délicieuses grâces avec lesquelles nous passerons des heures heureuses ? M’est-il permis d’espérer ? —Kili il y a tout ce qu’un homme désire au Val hormis la guerre. Cependant il vous sera impossible de repartir si vous franchissez les hautes murailles du Val. Le roi Meven aurait abandonné son trône pour la belle Isild. —Est-ce vraiment ce qu’il ait accompli de mieux ? —Cela va sans dire mon Prince. Il n’y a que l’amour qui prévale en ce monde. Votre scepticisme pourrait vous perdre car le roi Amnès II II accorde de l’importance à cette chose que vous jugez si futile. Dès lors vous apparaîtrait en ennemi si Amnès II venait à sonder votre cœur ». Furieux il talonna sa noire monture pour remonter le flanc de la colline à vive allure ; Kili reprit immédiatement la conversation sur un ton plus badin. Eothen glissa quelques mots à l’oreille de Balmen en jetant un œil dans notre direction et ce dernier éclata de rire, un gros rire tonitruant. Lui aussi se retourna et la curiosité se propagea d’une tête à l’autre. Une forte averse tomba. « Pourquoi ne chante-t-elle pas pour chasser la pluie ? » La tête baissée sous mon capuchon je serrai les cuisses pour rendre possible l’ascension ; Orul renâclait et sous cette diluvienne pluie glissait sur les pierres plates, menaçant de choir sur celles aux arêtes meurtrières. « Allez monte Orul ! Monte ! » Il hennit et s’énerva. Franchir le col allait être une éprouvante épreuve alors que nous n’étions qu’à une trentaine de milles de Béréthor. Tenter de recouvrer son assiette rester une mission impossible ; à pied la douleur fut moins affligeante pour les cuisses meurtries et guidant Orul à travers les ornières, la peine

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revint quand il fallut progresser sous cette pluie cinglante. Le refus d’obtempéré d’Orul et l’étroite sente sur laquelle je tombai plus d’une fois. Par endroits le sentier n’était large que d’une trentaine de pouces. Epuisée je m’arrêtai contre un brisant et la tête entre les jambes, laissais mon cœur battre rageusement dans mes tempes. « Oh Meowyn…Avancez…j’ai seulement besoin de quelques moments pour souffler un peu. Et bien quoi ? » Le vent cinglait le flanc-est et l’on discernait avec difficulté la voix des hommes encourageant leur cheval. « Il nous faut nous mettre à l’abri, la tempête menace ! —Non Eothen veut qu’on ait franchi le boyau avant la tombée du jour ! Il dit qu’il y a un refuge à quelques miles en amont. Moi je crois qu’il faudrait qu’on s’arrête ! » Gowel empoigna Meowyn par le cou. « Tu es qui toi pour contester les ordres du prince ? Si ta reine est trop fatiguée pour progresser et bien porte la ». Gowel relâcha son interlocuteur et son regard jaune glissa vers les cieux noirs. « Il n’y aura pas de tempête, seulement le vent de l’ouest qui se lève ». Atteindre l’Amégée par l’ouest promettait maintes douleurs ; le Col du Ponant ne se laisserait pas facilement prendre. Les guerriers hurlaient contre le vent et cette violente pluie. Et derrière marchait Gowel. Ces hommes fiers et combattifs ne se laissaient pas impressionner par une simple bourrasque ; encore moins ce Gowel. Le visage barré par une cicatrice partant du front à la pointe de sa barbe il méprisait la mort comme un enfant refusant par défi la mer déchaînée, les vagues frappant avec force la digue. La mort l’avait côtoyé mais jamais emportée et en simple mortel il la déviait. De son unique œil il scruta la crête et de son gros index pointa la crête confondue avec les nuages bas et ténébreux.

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« Le col du Ponant se trouve à deux jours de marche. Un ordre de vous suffirait à détacher une petite escouade pour vous ramener à demeure. Eothen ne prendra jamais les chemins les plus faciles, c’est sa façon à lui de prouver qu’il sait s’entourer des meilleurs éclaireurs, grimpeurs, guerriers et limiers. Nous sommes le fleuron de son armée et que sa Majesté me pardonne mais l’on ne pourra se voir retarder pour quelques ampoules et des douleurs lombaires. Suivre ou mourir, c’est notre devise ». Trois heures plus tard l’ordre de s’arrêter fut donné. Le campement fut dressé à l’abri des rafales de vent et à peine et à peine eut-on attaché Orul que le sommeil vint me chercher. « Majesté, majesté…il vous faut vous réveiller ? » Quoi ? Où suis-je donc ? Désert était le camp. L’objectif d’Eothen était celui de rallier au plus vite la région de l’Amégée et il ne restait plus là qu’un reste de feu fumant, du crottin de cheval frais et l’odeur d’urine enduisant la roche ici et là ; des restes de lapin et des empreintes de pas là où l’herbe sortait en touffes éparses. Meowyn me leva et me tendit une assiette creuse composée d’avoine et de vin ; rien pour se mettre en appétit. Le quotidien de ces hommes ; courbatures, privations et isolement. « Mangez si vous ne le faites pas, nous resterons ici. Et j’ai sauvé ce morceau de viandes du vorace appétit de nos compagnons de route. Prenez, Aldren ». Alors je lui arrachai l’assiette des mains afin de manger debout, ou plutôt dirai-je, me gaver. « Gardez ça pour plus tard. Il vous faudra apprendre à rationner. Tôt ou tard la nourriture finira par manquer ». Eothen n’apprécia guère le retour de Meowyn et de sa reine. S’il ne parlait pas ses hommes le faisaient pour lui : « Elle est revenue…La reine est toujours là…je ne lui donne pas deux jours.

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Allez, trois, tout au plus…le Col du Ponant lui fera changer d’avis… ». Soudain Orul partit au galop et cela fut une épreuve pour mes membres endoloris. Impossible à quiconque de suivre ce météorite et à bonne distance de la colonne, Orul avançait sans suivre de piste. « Doucement Orul, doucement ». Il fut sourd à tout ordre et la nature défilait à vive allure, si vite au point que tout parut illusion. En me retournant trois cavaliers suivaient, puis deux autres. Or les chevaux noirs montés par des cavaliers noirs avançaient trop rapidement pour être les condisciples du Prince. Ils tentèrent à maintes reprises une tenaille ; Orul prompt à réagir esquivait et anticipait chacun de leurs mouvements. « Plus vite Orul ! Plus vite mon ami ! » Il hennit avant de les distancer de six bons mètres. La course s’arrêta sur le lit d’une rivière rugissant et s’écoulant en fil d’argent ; les cavaliers en haut du comblement m’observèrent, le visage dissimulait derrière un voile noire où seul le regard se devinait. A leur dos pendaient de grands cimeterres et l’un deux parla en langue des Amégée, un dialecte ancien et parlé par les hommes protecteurs du temple dAdonis. « Elle est ici Majesté ! » Les hommes du Prince m’entourèrent et Eothen d’attraper les guides de mon cheval. « Vous vous croyez plus maline que les autres ? Si le seul moyen de vous garder en vie consiste à vous attacher à mon cheval je le ferai sans hésiter. Les hommes qui vous ont pris en chasse n’apprécient guère les étrangers et pour moins que cela vous pourriez vous retrouver la tête loin de votre corps. Meowyn ! La reine a besoin d’une autre monture, trouvez-en une plus adaptée à son royal postérieur ! —Non ! Ce cheval est mien et aussi longtemps qu’il vivra je ne connaîtrais pas meilleure selle ! Ripostai-je les dents serrées.

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—Ne mettez pas la vie de mes hommes en péril, chuchota ce dernier en serrant mon poignet dans sa robuste main. Vous êtes…vous êtes…En route ! Nous avons assez perdu de temps comme cela ! »

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CHAPITRE 2 Le Col du Ponant. Première ligne droite avant d’atteindre les plaines de l’Amégée. Terrifiés les chevaux ne veulent avancer et il faut les motiver de toutes les façons qu’il soit ; les coups pleuvaient et les hennissements furieux me crevèrent le cœur. « Pitié ! Dites-leur d’arrêter de frapper leurs chevaux ! —Si on ne les frappe pas, ils resteront figés ici. Les chevaux ont une peur bleue de ce col qui a vu tant des leurs faire le grand plongeon du haut de cette falaise. Bouchez-vous les oreilles si le bruit de nos cuirs est à ce point offensant. Avancez ! Il y aura du pain et du vin en haut pour qui est assez robuste pour franchir cette damnée montagne ! Tenez bon les gars ! Tenez bon !» Depuis la veille Meowyn culpabilisait suite à la folie passagère d’Orul. Lui ne voulait rien entendre : il avait failli à son devoir. Lié à lui par une corde, force de constater qu’il prenait son rôle au sérieux et son corps servait de bouclier aux remarques d’Eothen et à la violence des éléments. Furieux le vent cognait férocement contre les pierres et ses hurlements effrayaient les chevaux. Au bout d’une heure les forces s’amenuisèrent et plus d’une fois Meowyn me porta assistance avec la même hargne. « Non je peux y arriver seule ! » Au bout de deux heures, Meowyn me dissuada de m’assoir. « Vous ne pourrez plus vous relever et le reste des hommes ont trop d’avance sur nous. Aldren, je vais vous portez. —Il en est hors de questions ! Je ne veux pas…je refuse. Vous m’entendez ? Je ne veux pas être un fardeau pour vous, pour personne ! » Et le pire arriva. Un cheval glissa entraînant avec lui son cavalier. Ce morbide spectacle me figea sur place ; un guerrier ne pouvait mourir

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ainsi. Rien ne se serait produit si le Prince avait pris la tête de cette expédition. Grem aurait su consoler sa reine. Il me fallait chanter pour ne plus y penser. Arrivés au refuge les hommes restèrent silencieux. Personne ne voulait exprimer sa peine et surtout pas Eothen assis devant ce feu. Les pieds en sang, je rampai vers le lit de paille pour m’y soigner ; d’immondes ampoules, de la peau à vive et du sang déformaient l’ensemble. A l’aide de plantes médicinales les plaies furent colmatées mais grelottante de froid je fus incapable de trouver le sommeil salvateur ; cet homme était mort et les hommes continueraient à se montrer distants envers leur Reine. Le refuge pouvait contenir une vingtaine d’hommes et autant de chevaux ; il ne semblait pas être l’œuvre de l’homme mais bien de la nature et la surprenante capacité qu’elle a de façonner les objets immobiles de notre monde. Le plafond bas offrait une ouverture vers l’extérieur permettant ainsi aux feux d’évacuer sa fumée, les murs enduits de chaux permettait une meilleure isolation ainsi que les pierres disposées en tertre autour des trois foyers. Là coupés de la fureur des vents, de la pluie blessante et des ombres menaçantes, les hommes séchèrent leurs vêtements en silence. « Il est vain de…mais sachez que je suis navrée pour votre homme. —Il a servi dans mon armée ; il était voué à mourir pour une noble cause. Nous le pleurerons à notre retour. Allez dormir la journée de demain sera toute aussi éprouvante ». Le jour d’après fut pire encore. Furieuse d’être prise d’assaut par la troupe du prince Eothen, la montagne cracha des pierres, des rochers ; il en tombait par dizaine par intervalle régulier. Des rochers capables d’écraser un cheval et son chargement. Lutter ne servait à rien qu’à prolonger le supplice. La montagne

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grondait, refusait de nous livrer ses passages les plus aisés ; difficile fut l’ascension et le moral des hommes fut au plus bas quand le passage se trouva être obstrué par une barrière de pierre. Ils ne se laissèrent pas intimidés pour autant, ces hommes prouveraient une fois de plus leur valeur dans les situations les plus périlleuses. « Attention ! » Meowyn me plaqua contre la paroi pour éviter la chute de pierre ; un gros rocher emporta une partie de la sente et séparés du reste, Meowyn jeta un œil à la crevasse noire et sans fond. « Il va falloir escalader ou sauter. La meilleure solution restant l’escalade. Vous me faites confiance n’est-ce pas ? » Alors que la montagne grognait, Meowyn sécurisait ses prises. « Surtout ne regardez pas en bas et tout se passera pour le mieux ». Manteaux et baluchons attendaient de l’autre côté de la ravine. Une mauvaise prise et l’obscurité vous happait. Les caresses de Grem, quelques paroles rassurantes prononcées avant l’endormissement ; plus rien ici ne comptait et penchée au-dessus du vide, les forces m’abandonnèrent. « Aldren, il faut avancer ! » Le vent ne cessait jamais ; ses hurlements, des appels aux sauts. Accroupi Meowyn eut des paroles rassurantes lui aussi mais sourde à ses encouragements je restai tétanisée. « Regardez-moi ! Regardez-moi ! Les claques s’abattirent et une fois calmée, il poursuivit front contre front. On rentre chez vous. Votre terre se trouve derrière cette crête et ensemble nous y parviendrons parce que vous êtes forte ! Vous êtes forte et je vous admire. Depuis votre arrivée, je sens en vous du potentiel et il vous faut gravir chaque marche l’une après l’autre pour obtenir ce que vous êtes venue chercher loin de votre royaume ». Chaque pas fut une épreuve, une douleur à surmonter ; on se sent grandit quand on parvient

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de l’autre côté du rivage. « J’y suis arrivée…ça y est, je l’ai fait ! » Eothen se releva pour apostropher Meowyn : l’on ne pouvait traîner ainsi au risque de mettre la vie des autres en danger. « C’est de ma faute. —Cela va sans dire. Faites de plus grandes foulées et continuer à regarder droit devant vous. On va établir notre camp ici. Brett ! Fais un feu. Oris ! Attache les chevaux ! » Le mépris reste une arme absolue contre un adversaire jugé encombrant. La gaze autour des pieds se décolla avec difficulté. Les plantes servaient seulement à tuer la douleur mais les plaies demeuraient et plus vives qu’à leur première jour. Autant les couper, s’ils ne me servent plus à rien. Le feu venait de prendre et les étincelles montaient tels des lucioles rejoindre les étoiles. Au loin un nocturne hurla et Siomen fut pris de panique. Pour la première fois de sa courte existence y se risquait aussi loin ; l’un des guerriers lui tendit une gourde d’alcool. Il fallait voir en ce geste son baptême de feu. Dans la nuit une paire d’yeux jaunes me fixait. « Aldren, que se passe-t-il ? Meowyn se redressa doucement. Qu’est-ce qui ne va pas ? —Il y a quelque chose qui me fixait là-bas ! Je ne peux pas dormir avec ce monstre dans le noir. —Tout va bien. Kili et Goren sont de garde. S’ils avaient vu quelque chose, ils auraient donné l’alerte. Vous pouvez vous rendormir tranquille. Aldren, je veille sur vous. Revenezvous allonger ». Des têtes se redressèrent dont celle du Prince. Tout le monde y alla de son commentaire et bientôt tout le camp fut réveillé. La plupart se rendormirent mais la majorité riait dans leur barbe en évoquant des créatures du folklore. Un hurlement se fit plus proche. L’un des guerriers s’amusait à imiter le bruit d’un prédateur ; les

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rires redoublèrent et Eothen indifférent à tout ce tapage, ferma les yeux, le rictus au coin des lèvres. Le rire gagna Kili qui incapable de se maitriser davantage imita la femme apeurée réclamant un bon lit et assez de gardes pour garder sa porte. « Ignorez-les tous, ce ne sont que des imbéciles ». A l’aube l’un des guerriers masqua des empreintes. Il pensait n’être vu de personne ; ces hommes me prenaient pour une imbécile comme le roi Aldric jusqu’à son trépas. Le prince le rejoignit, glissa un regard vers moi et me croyant endormie masqua à son tour les traces du visiteur nocturne. Plus tard Kili vint ricaner auprès de Meowyn des terreurs nocturnes de leur reine quand s’ensuivit une brève mais violente rixe. On sépara les deux cousins et tous se remirent en marche sans plus se soucier de leurs bagarreurs. Peste soient les hommes et leur arrogance ! Le col du Ponant offrit en ce quatrième jour un éblouissant spectacle : le lever du soleil. Enorme et rougeoyant, il paraissait se consumer sur la terre et tout individu se devait d’être émerveillé. Des filets d’or coulaient sur les flancs de la montagne et venaient gonfler le lac en contrebas. La surface scintillait de mille feux et il fallait froncer les yeux pour n’en pas être ébloui. On libéra les chevaux de leur œillère et détendit les longes noués dans le seul but d’entraver leurs mouvements. Le prince Eothen scruta l’horizon rejoint par Balmen. « Nous allons faire une halte et faire boire les chevaux ». Sur le rebord du lac mon imagination s’envola ; de mémoire il existait un lac ressemblant à celui-ci et les pieds dans cette eau, mon cœur se mit à battre plus fort et plus encore au contact des poissons argentés venant nettoyer les plaies à la façon des chenilles

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appliquées sur le corps des blessés de guerre. La guerre. Si le cadet d’Eothen disait vrai…le poil s’hérissa sur mes avant-bras et les poissons nagèrent au loin comme ressentant les ondes d’une éventuelle guerre. Au dessus du col, les nuages s’assombrirent avant même que le soleil n’atteignit son zénith. « Les feux d’Anrax ! » La main en visière le prince et son capitaine ne tardèrent pas à quitter leur promontoire. Les feux d’Anrax. Des boules de feu prenaient forme en haut de la crête ; un phénomène connu des sujets de ce royaume. On disait que les voir apporteraient richesse et gloire. Jamais quiconque ne pouvait témoigner la véracité de ces faits, toujours est-il que les guerriers ici présents bondirent de joie et s’embrassant, dansant la gigue ; plus lucide que ces derniers Eothen ordonna le dispersement de ses hommes. « Quoiqu’il se passe restez près de moi ! Les feux ne sont pas ce qu’ils sont et ils ont ôté la vie à bien des imprudents ». Pendant trois heures la terre trembla. On eut dit que la crête allait se fissurer, laissant se répandre l’eau du lac sur toute la vallée ; cet ancien glacier serait alors à l’origine de la destruction des villages nichés à quelques heures de ce point de repère. Les guerriers marchaient l’un derrière l’autre ; on aurait dit une procession de condamnés marchant vers un seul et même but : l’échafaud. La sueur collait sur le visage moite des hommes, la température de ces Feux y était pour quelque chose et Meowyn m’encouragea à ne pas boire. « Si vous buvez, vous ne pourrez faire taire cette soif. Je vous l’ai dit : ces feux ne sont pas ceux qu’ils sont ». La poitrine comprimée et la gorge sèche, il fallait avancer avec cette étrange odeur flottant dans les airs. Toute l’eau de la Gatean ne pourra apaiser ma soif. La confiance revint quant Eothen se retourna pour m’observer. Tout cela ne sera plus qu’un

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lointain souvenir ; et Aldric IV et sa cour ; et ses protocoles et ses adjonctions officiels ; dans quelques semaines leur reine sera parvenue à la fin qu’une existence de souffrances. Eothen deviendra le Roi puisqu’héritier légitime et aucune des questions du royaume ne viendra troubler mon repos. La descente vers le vallon fut une douce récompense. Les hommes retrouvèrent leur sourire sur la selle de leur monture. La verdure remplaça les pierres ; les oiseaux piaillaient et les branches bruissaient lentement. « Des Varens, Monseigneur ! Ils sont au nombre de vingt ! —En formation et prêts à vous battre ! Protégez les chevaux… et la Reine ! Ces traîtres ont attendu de nous voir ressurgir pour nous prendre de revers. Mais on ne leur laissera aucune chance de s’en tirer ! » Les Varens. Les rebelles du Col. Ils m’avaient épargné près de la rivière et Eothen savait pour quelle raison : ils me voulaient vivante afin de marchander ma liberté contre leurs revendications. Le moment propice s’offrait à eux et les premières flèches tombèrent avant de comprendre l’enjeu de ce combat. Ils se battaient furieusement dans le seul but de tuer le plus de Varens et sans comprendre comment, plus aucun guerrier n’assura la protection de leur reine. Trois Varens me talonnaient bien vite taillés en morceaux par Eothen ; le dernier eut le cou tordu. La nausée gagna mon estomac. « Majesté, je…veuillez me pardonner ! —Si je n’avais pas intervenu à ta place Meowyn nous aurions été privés de Reine. Non pas que sa présence nous soit indispensable mais bien parce que le Conseil m’a chargé de cette mission. —Qu’avez-vous fait à ces hommes pour qu’ils vous haïssent autant ?

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—Quoi, Aldric ne vous l’a jamais dit ? Un problème de territoire. Ils ne sont rien pour nous tant qu’ils ne ploieront pas le genou devant le trône, devant le Roi et devant vous. Ce sont des sauvages et rien de plus. Remettons-nous en route. A moins que vous souhaitiez repartir… —C’est tout ce qui vous importe ? —Vous êtes entêtée et orgueilleuse ; je crains que ces deux traits de caractères ne nous perdent. J’ai perdu l’un de mes meilleurs combattants et cette perte ne faudra pas cent soldats provenant des terres de l’Olmuril. Aucun ne sera remplacer mon guerrier, gardez cela en mémoire ». Aussi longtemps que durerait le voyage les yeux d’Eothen n’exprimeraient que l’ennui, le mépris et la colère ; la mort de son père le soulagea de sa profonde antipathie pour les Olmurils et il ne s’en cachait pas : « Ce peuple de Mages n’entendent rien aux problèmes des mortels des royaumes adjacents le leur ; un peuple d’ignares vivant dans leur Tour d’ivoire et dont la simple préoccupation ne semble être que le chat ». Le sourire de Balmen et la joie contenue de Gowel vinrent conforter l’idée du Prince : tous finalement partageaient cette opinion. Seul Meowyn exprimait des signes de sympathie et de loyauté sans nom envers sa Reine. « Elle finira pour vouloir rentrer. Ce n’est qu’une histoire de temps ». Ce murmure courrait à travers le camp du matin au soir, les guerriers pariaient toujours et encore : là leur ultime préoccupation. Tirwen apporta le montant de la cagnotte et demanda à Meowyn de participer puisqu’assez proche de la Reine pour connaitre ses motivations les plus intimes. Il lui décocha u violent coup de pied en guise de réponse. L’écuyer Siomen dormait de tout son saoul. Il raconterait à qui voulait l’entendre son expédition au-delà des Montagnes Sacrées et

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tout le monde l’écouterait avec attention car servir Eothen restait un honneur. En pleine nuit quelque chose comprima ma poitrine et le réveil se fit par la force des choses. Dans son sommeil Meowyn venait de glisser à moi et son bras recouvrait mon poitrail ; gênée à l’idée de devoir le réveiller je ne bougeai pas. La respiration s’accéléra et effrayée à l’idée qu’on puisse observer de ce côté du camp, je tentais malgré tout de fuir cette étreinte. L’angoisse naquit en constatant les yeux d’Eothen posés là sans sourciller. Un crime de lèse-majesté passible de mort. « Ne lui donnez pas de faux espoir. Votre chevalier-servant n’est pas un Prince de sang et il serait criminel de le laisser espérer ce que vous ne serez jamais en mesure de lui offrir. —Qui donc êtes-vous pour prétendre une telle chose ? » A Béréthor jamais on ne serait adressé à une personne royale sur son ton ; le roi-défunt lui-même n’aurait jamais eu le front de jouer les moralisateurs. S’il plaisait à la Reine de s’offrir la compagnie de son favori alors personne ne serait en mesure de contester ses choix. En guise de réponse notre Prince sourit : « Regardez un peu autour de vous. Qui croyez-vous être vous-même ? Pas de garde royale, pas d’étendards aux blasons de votre famille, pas de ménestrels pour vous distraire, pas de domestiques pour satisfaire et soulager votre quotidien ; vous voudriez que l’on vous respecte mais ce n’est pas ainsi que vous gagneriez leur confiance. Ils ne peuvent être abusés et trahis par leur Reine. Autorité et justice. Intégrité et objectivité. Montrez-vous plus enclin à gouverner mes hommes plutôt que de les distraire de vos charmes ». Là dans cette clairière Eothen m’infligea une douleur supplémentaire, celle de souffrir de la pesante solitude. Pendant un bref instant Aldric IV se tint devant moi ; cette froideur, cette

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supériorité propre aux grands hommes et le hennissement des chevaux me tira de ces détestables pensées. « Ce n’est qu’une gourde sans cervelle dont on m’a affublé et je devrais me montrer conciliant ? » Ce propos était celui du Roi lors d’une de ses assemblées où siégeaient ses fils, ses neveux et les membres du Conseil. La déception se lisait sur son visage sitôt que sa reine apparaissait et pour tous Aldren rimait avec inanité. Il fallait vouloir souffrir pour rester au milieu de ces gens si dénués du moindre intérêt pour une Olmuril. Et Kili gloussa entre cette rangée d’arbres. Aucun de tous ces hommes ne voulait d’une reine geignarde, sotte et inutile ; il leur fallait une personne à poigne et l’angoisse arriva avec la nausée. La tête entre les jambes, la salive entraîna un excès de bile et la bile, le petit-déjeuner un peu trop vite absorbé. Meowyn me tendit sa gourde : « Respirez calmement…Oui c’est cela, asseyezvous…Aldren, dois-je faire venir le Prince ? Aldren ? —Non j’en crèverai de honte. Ce n’est que passager et une fois à cheval, il n’en sera rien. Il est possible que je me sois levée trop vite. Une larme ruissela bien vite essuyée. Meowyn n’en remarqua rien. Mettons-nous à cheval et rejoignons le Prince sans plus attendre ». L’affluent de la Nyra, le Bonden coulait des Montagnes Sacrées, une furieuse cataracte que nul barrage ne pouvait arrêter et traverser à guet se révéla impossible. Eothen tirait sur les rênes d’Orul pour le faire suivre et ce dernier des plus récalcitrants tendait le cou. Derrière les mules brayaient à qui mieux-mieux ; on lançait les cordes pour conduire la troupe loin des crevasses et Siomen en perdition lançait des regards effarés en direction de ses aînés. « Accroches-toi petit ! On te lance la corde ! » Le Prince tira plus fort encore quand un soudain

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cabrement me fit quitter la selle. PLOUF ! Le torrent me submergea. Le courant m’entraîna. Plus possible de sortir la tête de l’eau. Je vais me noyer. J’étouffe. Le soleil réapparut. Aucun son excepté celui de l’eau furieuse coulant dans les oreilles. Au secours ! Est-ce qu’on m’entend ? Et ma terre heurta une pierre. Des milliers d’images assaillirent mon esprit. « Elle vit ! La reine vit ! ». Que c’était-il passé ? Je ne me souviens plus de rien. « Reculez, laissez-la respirer ! Tonna le Prince. Il lui faut de l’air ! Plus d’air ! Du feu…faitesmoi un feu et préparez de quoi manger ! » Il ôta sa pelisse à col de fourrure pour la jeter sur mes épaules. Il semblait différent comme possédé par une force mystique et il souleva le menton de sa Reine comme pour percer le mystère de sa résurrection. « Pour nous vous étiez perdue. Les courants sont très violents dans ce coin et on a fini par vous retrouver. Et puis vous ne respiriez plus. On vous a cru morte jusqu’à ce que vous crachiez toute l’eau du Bonden. Alors force de constater que vous êtes plus résistance que la moyenne. Je ne tiens pas à vous perdre…il me faudra expliquer bien des choses à votre père et au Conseil. J’ignore qui des deux est le plus chagriné de votre trépas. La chance est de votre côté Aldren et nous pourrions en avoir besoin avant la fin de notre voyage. Tout ceci n’était que les prémisses d’un… —Vous ne cessez de me rabattre les oreilles avec ce qui pourrait m’attendre de pire que ces six années passées à Béréthor. Je vois bien que vous n’entendez rien car une reine ne peut se plaindre ouvertement de ce qui l’accable le plus. Or il me sera vain de vous l’expliquer de nouveau. Quant à votre foutue chance…vous n’arrivez même pas à vous convaincre de votre soudaine délicatesse ; mieux vous faut garder votre manteau et votre mésestime. Ils sont tous

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deux taillés pour un Prince impartial, juste et inflexible. Alors soyez aimable de vous tenir à distance de l’être le plus méprisable qu’il vous ait été donné de fréquenter ». Dégoulinant de la tête aux pieds Eothen se pinça le nez, indécis et tourmenté par les propos de sa reine : en plus d’être sotte, inutile et paresseuse, il fallait ajouter à cette liste : ingrate et geignarde. Tant pis j’assume ma médiocrité. Le regard du Prince se durcit. « Je vous ai tiré des eaux mais j’aurais du vous y laisser. Dépêcher d’allumer ce satané feu ! Non, laissez la nourriture, votre Reine a assez de force en elle pour braver toutes les eaux tumultueuses de son royaume. Dans une heure nous repartons ». Une fois leur reine séchée, les hommes d’Eothen galopèrent à la suite de leur chef. Ils montèrent le versant du mamelon sans même se retourner et Meowyn tira Orul les sourcils froncés et l’expression de grande curiosité visible sur son visage. « Qu’avez-vous vu quand vous n’étiez pas dans ce monde ? Vous autres Olmuril pouvaient voir l’avenir et pendant trente minutes on vous a pensé morte. Le Prince vous a ramené à nous. Pourtant…votre cœur ne battait plus. Qu’avezvous vue ? » Aucun souvenir ne revint. Toute la journée et les journées suivantes furent identiques à cellesci : les hommes du Prince vaquaient à leurs occupations, le Prince fuyait tout contact avec sa Reine et le seul à m’adresser la parole restait Meowyn. L’angoisse revenait sitôt qu’ Eothen m’observait. Des sentiments négatifs contaminaient son esprit et sans les exprimer elles transparaissaient à chaque instant qu’il apparaissait. « Mon Prince ! Des cavaliers approchent ! Au nombre de vingt-trois Majesté ! Ils ont avec eux des Loups de Raven. Quel est le plan ? » Amio

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l’éclaireur au visage hâlé souriait à pleines dents, prêt à se battre pour son Prince. Dans les rangs ce même enthousiasme fut partagé et Bothumil jeta un regard satisfait en direction de son aîné, Kili attrapant ses sabres de derrière son dos. Les Loups de Raven. Les chevaux furent pris de panique ressentant le danger à venir. Orul une fois de plus fut incontrôlable. Eothen tira l’épée de son fourreau. « Laissonsles venir à nous, mais restons sur nos gardes ». Ils arrivèrent. Les loups de taille impressionnante grondaient, faisant se cabrer les chevaux. Aussi hauts que les chevaux du Prince ils aspiraient à la pire des craintes et Meowyn faisait de son corps un bouclier. Les Derins peuple de l’Amégée encerclèrent la Compagnie du Prince. « Que nous voulez-vous ? —Il est dit que le Prince Eothen traverse nos terres en tout anonymat. Si tel est le cas, nous aimerions l’escorter jusqu’à la cité d’Agée. Mon nom est Senlis Vermong, fils de Bale et nous avons tués des Varens filant vers le Col du Ponant ». A ma vue, les yeux de Senlis brillèrent et Eothen le remarqua : « Et bien il est restait suffisamment pour nous mettre en appétit. Mes hommes suffisent Senlis alors faites rappeler vos chiens ». Varens siffla ses loups. « Alors il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter bonne route, Majesté. Allez ! On s’en va ! » Eothen recula jusqu’à Meowyn et la main sur le fourreau de son épée fit signe à Bron l’un de ses archers de se tenir prêt. « Ils reviendront. Ils reviennent toujours ». Et surgit de nulle part un énorme loup bondit avant de mourir aux pieds d’Eothen, la gorge tranchée. D’autres loups suivirent et ils connurent le même sort ; un torrent de flèches s’abattirent et l’un de nos hommes en fut transpercé. Senlis et les siens furent pris à revers

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et la surprise fut de taille. Une dizaine des leur périt et le sang coulait à profusion. « Si c’est elle que vous voulez, venez la chercher. Approchez voir un peu ! » Eothen en tua cinq autres à lui seul. Un Varens voulut s’enfuir et trouva bien vite la mort au bout de l’épée de Meowyn. Et fermement le Prince me remit sur pieds. « Avant notre départ, de quoi avez-vous parlé avec Rowen ? Parlez ! Il ne devrait pas y avoir de secrets entre nous. Dites-moi tout Aldren ! —Votre frère parlait sans raison… —Rowen ne parle jamais sans raison ! Vous devriez le savoir et agir en conséquence Il est machiavélique, perfide et on ne peut lui faire confiance. Regardez-moi Aldren. Regardezmoi ! Mon frère veut me voir mort parce qu’il convoite le trône et il est assez rusé pour y parvenir. Alors de quoi parliez-vous l’autre soir ? —De guerre. D’après Morgoas mon père ne tarderait pas à la déclarer au Roi des Asores et votre frère m’a ensuite parlé de la garnison d’Amon-Léa. Il voulait que je saisisse un Conseil extraordinaire afin de statuer le sort de notre royaume. Il voulait que nous prenions position bien que rien ne soit officiel. Ceci étant tellement absurde que je n’ai pas jugé bon en parler à quiconque. —Absurde ? Rowen envoie des mercenaires à nos trousses pour vous ramener à lui. Aldren, cette farce a assez duré. Il est temps pour nous de rentrer et…Personne ne vous en blâmera. Vous êtes raisonnable et je sais que vous comprendrez qu’il vous faille vous comporter comme une Reine ». Une larme ruissela, suivit d’une autre. Eothen posa sa main sur mon épaule, puis de l’épaule remonta vers la nuque avant de me serrer dans ses bras. Jamais encore un homme ne m’avait serré dans ses bras… « Laissez-vous aller. Vous

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avez le droit de faire des erreurs et je ne vous jugerai pas ». Rowen n’était pas plus machiavélique que son aîné d’une perfidie sans faille, sinon pour quelle raison accepter de conduire sa reine à l’extérieur de son royaume ? Pourtant son étreinte réchauffait le cœur. Le sol sembla se dérober et les éléments tournèrent en un charivari de lumière, de sons, de sensations ; Eothen serra plus fort encore et ses robustes mains enserrèrent mon visage. Ses yeux sondèrent mon esprit. Mes mains se posèrent sur les siennes, si chaudes et si aimantes. Le cœur battait si fort qu’il menaçait d’imploser. Mes yeux se baissèrent car de nouveau les larmes ruisselèrent. Un horrible cauchemar me réveilla et allongée sur le flanc mon regard croisa celui d’Eothen. Les autres dormaient mais pas le Prince. Près du feu il attisait les brindilles, perdu dans ses pensées. Un hurlement au loin le fit quitter sa place et plus tard sur la crête les étoiles apparurent baignant dans les eaux du lac. Un soir de pleine lune pendant lequel Eothen veillait. « Vous devriez retourner vous coucher. —J’aimerai pouvoir le faire. Mais… —Mais vous rêvez de forêt qui brûle et de pont infranchissable. —Oui ! Mais comment…comment le savezvous ? —Et d’une main tendue que jamais vous ne parvenez d’extirper d’un fond marécageux ». Comment le savait-il ? La curiosité fit place à un mutisme. Les bras croisés, Eothen fixait l’horizon bleu foncé découpé dans ce paysage noir où tous les bruits arrivaient en une surprenante cacophonie. « Vous parlez dans votre sommeil. Vous êtes plus loquace qu’en journée ». Une branche craqua. Au loin une source coulait, étouffée par les pas des chevaux et le ronflement des hommes. Eothen venait de

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disparaître et la peur m’enveloppa. Un faux pas et la chute fut des plus vertigineuse. Un trou noir accompagné de la vive douleur des membres entrechoqués par la chute. En bas de la hauteur, je vis des yeux jaunes me fixer. La créature grogna et cracha ; le cœur battait dans les tempes et d’un bond je me levai pour mieux tomber. « Elle est ici, je la vois ! » Le visage égratigné et les contusions multiples ils eurent tous une image bien grotesque de leur reine. En se remettant en route, Kili et ses comparses s’échangèrent des coups de coude dans les côtes et Eothen de les inviter à se taire. Après deux heures, une colonne de refugiés arriva : une trentaine d’hommes, de femmes et d’enfants. « Ils nous ont attaqués ! Ils nous ont attaqués ! » En larmes les femmes détournaient leur regard des guerriers du Prince et les hommes, la mâchoire serrée avançaient déterminés à fuir quelque chose ; les enfants pleuraient le cœur serré. « Qui vous a attaqué ? » Eothen fit signe à ses guerriers de prendre soin de ces rescapés en leur donnant à boire, en soignant leurs blessures. Tous parlaient d’une attaque rapide, peu de chance de survie ; ceux qui ont le courage d’en parler le firent avec des trémolos dans la voix. « Ils partent vers le Nord, trouver protection sur les terres de la Cité de Béréthor, déclara Meowyn en examinant les lésions. Ils éviteront le Col et cela leur prendra onze jours supplémentaires. Celui qui les guide dit s’appeler Aegel et on peut avoir confiance en cet homme ; à lui seul il aurait tué une dizaine de rebelles. Oui Béréthor reste bel et bien leur destination ». Ils partaient vers le Nord. De son pas lourd Eothen avançait d’un groupe de refugiés à l’autre. Sur mes genoux, une petite fille de quatre ans caressait ma pelisse en m’écoutant chanter. « Il ne faut nous remettre en route ! »

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Kili sautillait sur ses jambes suivant son prince et Meowyn accroupit prêt de sa reine se leva lentement pour s’entretenir avec son cousin. « Elle veut s’en aller, regagner Béréthor… » Les regards convergèrent vers les enfants au milieu desquels leur Reine se tenait. « Que viens-je t’entendre ? Vous souhaitez repartir Aldren ? —Oui je…Je vais escorter ces hommes jusqu’à la cité royale et reprendre mes fonctions de Reine. Tout ce que j’ai vu jusqu’à présent et entendu me fait comprendre que…je peux faire quelque chose pour ces gens car ils sont mon peuple. N’est-ce pas ce que vous vouliez ? Me voir partir ? Jusqu’à maintenant je n’ai été qu’un fardeau pour vous et vos hommes. Enfin…espérons que personne à Béréthor n’ait remarqué mon absence —C’est une très sage décision mais ma réponse est non. Les attaques se multiplient sur notre route et elles ne sont pas le fruit du hasard. Votre confident Rowen semble avoir la dent dure. Plus vite, vous l’admettez et plus vous serez en sécurité. Me suis-je bien fait comprendre ? Tout le monde en selle, nous repartons ! » Meowyn m’interrogea du regard. Il s’attendait à voir sa reine prendre les décisions à la place du Prince mais on ne pouvait me convaincre d’être l’unique héritière du trône. On prit un chemin étroit à flanc de montagnes, la vue d’ici restait magnifique, de vertes vallées gorgées de soleil ; un repos pour l’âme si l’on songe à tous les efforts fournis auparavant. Bien-sûr les écuyers prirent soin de guider les chevaux les plus craintifs car par endroit, le sentier était si fin qu’on ne pouvait progresser sans risquer la chute. Un aigle tournoya au-dessus de nos têtes, forma de grands cercles avant de partir vers l’ouest sous les vents contraires.

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Quelques heures avant que le soleil ne se couche, on nous attaqua. D’énormes ombres aux larges griffes, des monstres sortis tous droits de vos pires cauchemars. L’une de ces créatures bondit sur un écuyer pour lui arracher la tête, quant une autre fonça sur le cheval de Bron pour le renverser. Des yeux jaunes, petits et rapprochés. Les mêmes m’ayant rendu visites dans la nuit ; Orul se cabra, le poil hérissé. Désarçonnée ma tête alla frapper le sol et la douleur me saisit, celle de mes côtes heurtée violemment dans cette chute. Mon cheval m’aurait piétiné si Meowyn ne m’avait tiré à lui. L’une de ces bêtes aux dents fines et aiguisées chercha à le mordre et son épée s’enfonça dans sa chair laineuse et puante. L’un de ces monstres me tira par les cheveux sur trois mètres. Kili lui trancha le bras et ces cris de détresse me terrifièrent. Un autre bondit sur Bohumil pour le mordre à l’épaule. Meowyn allait venir à son secours quand il se retrouva projeter contre un arbre, ce monstre allait le tuer quand une flèche mit un terme à ce combat, suivit par une pluie de flèches s’abattant sur nos ennemis. « Tout va bien en bas ? » Questionna une femme bandant son arc et le Prince de répondre : « On peut dire ça ! » Déjà deux des leurs descendirent vers nous et un archer blond arriva droit sur moi et son regard gris acier me fixa. « Nous vous suivons depuis le nord, depuis le Col du Ponant et ne vous en déplaise mon Prince mais vous aurez besoin d’une escorte pour atteindre votre but. Nous sommes les Gardiens des Monts Sacrés et les arbres murmurent votre passage. Et que faites-vous loin de votre royaume Mon Prince ? —En quoi cela vous regarde-t-il, Gardien des Monts Sacrés ? Prit-il le temps d’articuler sans aucune gratitude pour ces Gardiens. Il marcha sur le bel archer aux yeux gris pour le défier du regard ; notre Prince l’écrasait de sa haute taille

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mais loin de se montrer impressionné, le Gardien soutenait son regard sans sourciller. Et notre Prince poursuivit sur le même ton : « Mes hommes et moi avons combattu bien pires, alors on arrivera à se passer de vous, Gardien ». Lui glissa son regard vers moi et il eut pour effet de me glacer le sang. Il savait que sa Reine se trouvait ici, revêtant les traits d’une voyageuse misérable et n’ayant plus rien de noble que le nom. Force de constater mon état pitoyable : en plus de l’odeur, mes mains demeuraient constamment rugueuses, calleuses aux ongles cerclés de boue, de sève de plantes et d’herbes tout comme mes chausses, ma cape et mes avant-bras ; les longues heures passées à cheval avaient contribué à me donner une allure cavalière, le dos n’était plus cambré mais vouté vers l’avant, le dessus de mes mains striés, rougis et à défaut de pouvoir coiffer mes cheveux, ils restaient maintenus par un vulgaire chignon identique à celui porter par les petits gens de la cité royale. Non, leur Reine s’en était allée. « Est-ce là la volonté du Conseil mon Seigneur ? Il est mentionné dans les Ecritures sacrés que nous avons un devoir envers la Couronne et aujourd’hui il est de notre devoir de le respecter ou la honte nous souillera à jamais. Nous sommes les Gardiens des Monts Sacrés ne l’oubliez pas ! —Soit ! Alors vous resterez à distance de nous et tout se passera pour le mieux ». Un rictus se dessina sur le visage d’Eothen et brutalement il tourna les talons et demanda un feu afin d’éloigner les rôdeurs. Meowyn me rejoignit près de ma couche et alors que les questions concernant les Gardiens des Monts Sacrés excitaient ma curiosité, le chevalier semblait préoccupé, son attention concentré sur les Gardiens ; il n’était plus le même depuis la présence de cette entité près de

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nous et en suivant son regard, je compris que la jolie femme escortant les Gardiens en était la cause : svelte, d’une beauté sauvage, les traits fins et le port royal Aryan en imposait par cette allure martiale et ce regard de feu ; Meowyn l’observait, il l’étudiait sans se cacher, l’œil brillant et le sourire illuminant son visage. « Que savez-vous d’eux Meowyn ? » Lui ne m’écoutait pas, tripotant nerveusement la lanière de mon couchage. Il n’était plus à moi ; l’amour se révélait à lui car en le voyant je sus interpréter les premiers signes de possession. Et il s’assit près de moi pour mieux la contempler. Meowyn enfin connaissait l’amour. Cette nuit-là le sommeil me manqua. Les yeux ouverts je fixai Meowyn, assis près du feu s’entretenant avec l’un des Gardiens ; il souriait et semblait heureux. Le lendemain je fis une prière pour notre écuyer décédé et agenouillée sur sa sépulture Aryan me rejoignit aussi gracieuse et légère qu’un somptueux papillon. Quelle magnifique reine ferait-elle ? Toute sa beauté me séduisit également et troublée comme en émoi amoureux je me perdis dans mes prières. « Tu pries comme quelqu’un étranger aux mœurs de ce royaume. Eothen dit que tu n’es pas native d’ici. Tu es une Olmuril dit-on et tout porte à croire que… Parles-moi un peu de Meowyn, murmura cette dernière en s’accroupissant près de moi, quel genre d’homme est-il ? J’ai pu observer qu’il venait souvent vers toi et se montre bien courtois, ce qui ne ressemble pas aux chevaliers du Prince. M’est-il permis d’avoir confiance en lui ? Parle, ici personne ne t’entendra. —Vous pouvez avoir confiance en lui… » Pour Eothen, je ne m’appartenais plus ; sa reine Arzhen n’avait peut-être jamais existé. Loin d’éprouver de la colère, le soulagement me gagna ; les guerriers continueraient à rire de

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moi, ils ne me donneraient plus du Majesté mais des tires de civilités plus modestes. On se mit à cheval et après seulement une petite heure, Ion trotta vers moi, et ralentit son allure pour m’étudier. Il ne dit rien et galopa en tête de colonne. On fit une halte pour déjeuner en milieu d’après-midi et ni Meowyn, ni mon écuyer ne se précipita vers leur Reine pour l’aider à descendre de selle. Ils avaient reçu des consignes du Prince et désespérément seule, je les entendais rire Meowyn et Aryan car après avoir chevauché toute la matinée l’un près de l’autre, une certaine osmose les enveloppait. Orul se laissa attacher et n’ayant plus que lui, je caressai son chanfrein en proie à une insurmontable peine. Oui Béréthor me manquait plus que je l’aurais imaginé. L’excitation des premiers jours n’était plus. Toute cette excursion semblait vide de sens ; errer sur les routes du lever au coucher du soleil, supporter le regard de ces hommes et leurs critiques, dormir à même le sol et manger continuellement la même chose ; les filles me manquaient, Styrmen et toutes les autres : Kmen, Viny Vera, Ictoïs et Crismen. A Béréthor il y avait tant de distractions…Eothen me regardait. Une fois de plus, il devait jubiler, heureux de constater la faiblesse de mon esprit. Les larmes me montèrent aux yeux. Oui je voulais rentrer ! Une énorme boule se gonfla dans mon ventre et pis encore quand le rire de Meowyn m’atteignit. Il me tendit ma gamelle contenant du lapin et une racine indigeste mais énergétique relevé par quelques baies, en somme un repas festif amélioré par les soins d’Aryan ; cette idée de plantes bouillies allait nous changer de notre quotidien sauf que l’appétit ne vint pas. Puis Meowyn s’allongea près de moi et appuyé sur son coude plantait son regard vers Aryan des plus hilares derrière la marmite. Tout le monde

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apprécia le repas et repus certains glissèrent dans un sommeil de juste et moi-même m’endormie près de Meowyn. « Elle dort ? » Entendis-je, le coude replié sur la tête et j’ouvris un œil en écartant les oreilles afin de discerner les propos d’Aryan. « Dans deux jours à peine, nous serons chez nous et vous apprécierez ce refuge. —Je doute qu’Eothen accepte le retour à la civilisation. Il se plait à se confondre avec la nature. Votre repas était délicieux et avec vous aux fourneaux nous allons gagner en épaisseur. Peut-être ne pourrons-nous plus monter à cheval, qui sait ? —Ah, ah, ah ! C’est me flatter! Nous autres du Monts savons trouver les plaisirs où ils sont et la bonne chair occupe une place importante dans notre société. Ainsi nous vivons vieux et en bonne santé, ah, ah !» Le doute ne pouvait être de mis : Aryan se trahissait, riait trop en prenant un air confus. Alors c’était cela l’amour ? Deux êtres partageant les mêmes sentiments ? On ne pouvait se leurrer, l’amour était sincère, pur et noble. Une larme tomba. Il me fallait évacuer toute cette mauvaise émotion et il me fallait accepter de le laisser partir. Il y a des années de cela, Meowyn et moi prenions cette route dans l’autre sens ; il avait toujours été bon pour moi. Eothen chevaucha près de moi, sans desserrer les dents et il se passe une heure sans qu’il ne trouve à me parler puis ce dernier ouvrit la bouche : « Nous contournerons la cité des Monts Sacrés. A moins que vous vouliez vous remémorez le confort dont vous êtes actuellement privé ? —C’est vous le Prince, moi je ne suis qu’une auxiliaire à vos ordres ». En guise de réponse à ma remarque il talonna son cheval et me laissa en plan. Le mépris vous tue un homme aussi sûrement qu’un poison et au bord du gouffre,

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plus rien n’eut d’importance, pas même mon retour à la maison. La mort avait son attrait. Pourquoi n’y avais-je pas songé plus tôt ? Les miens m’avaient vendu à ces Ascaris, notre défunt roi, fidèle à ses convictions ne m’avait jamais regardé, tout comme ces fils. Pas d’héritier, pas de peuple à me soutenir ; aucun ne se souviendra de mon nom, ni de mon visage…Comment mourir dignement ? Sauter dans ce ravin ? M’enfoncer une dague en plein cœur, peut-être ? Le seigneur Théis et ses hommes ne se mélangeaient guère au reste de l’escouade et à ma connaissance il n’y avait pas plus arrogants que ces guerriers ; rutilants dans leur armure dorée, portant de longues capes noires aux reflets bleutés et l’on ne pouvait que se tenir admiratif devant tant de grâce et de splendeur ; et ce Théis tenait plus d’une déité qu’un simple mortel, tout comme sa sœur, dévorée des yeux par tous les hommes, Eothen sans exception. Un peuple fier et noble à en juger par leurs attitudes. Aucun d’eux ne me parlait, préférant de loin la compagnie du Prince et de ses hommes. Dans l’ordre des choses, les Sargates ne pouvaient prétendre rivaliser avec ces Elus puisqu’appartenant à une lignée très ancienne et dont la souche ne pouvait être souillée par des individus aussi singuliers que les Sargates. Pour parler des Sargates, ils sont habitants du Nord d’Adaastra ; on les dit sournois, corrompus et peu honorables. Le genre de personnes dont on chercherait continuellement à fuir la présence car bien différentes de ce que l’on pourrait attendre d’un citoyen loyal à la Couronne. Eothen a du puiser ma nouvelle identité dans le fait qu’on trouve les Olmurils perfides et sournois. La fonction de reine m’apprit à étudier toutes les différentes castes régissant notre société et il s’avère très complexe de s’y atteler ; cela nécessite des milliers heures d’étude et l’on

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ne peut par conséquent vouloir synthétiser ce qui ne peut l’être dans l’ordre héraldique. N’importe quelle reine se serait prêtée à cet enseignement dispensé par les Sages de la cité de Béréthor mais pas moi, préférant de loin la musique et le chant à cette forme de richesse intérieure. D’ailleurs le roi disait ne rien pouvoir tirer de moi. « A part cette damnée musique, Aldren ne peut aspirer à être une souveraine comme on l’entendrait ! » Il est vrai que je chantais continuellement et cela depuis mon arrivée au palais. Là encore je chantais nuit et jours, ce qui me valut le surnom de Pimrol par Aryan (Pimrol signifiant petit oiseau joyeux dont les plumes bleus attiraient la convoitise de tous les passionnés d’ici et d’ailleurs, ce genre de volatile ne se trouvait que dans les régions chaudes mais les plus fortunés les faisaient venir afin d’égayer leur demeure). »Elle ne fait que chanter ! Ne sait-elle pas faire autre chose ? » Questionna notre dame à la flamboyante chevelure et bien que cette question fut posée à Meowyn ce fut notre Prince qui y répondit avec une certaine pointe d’amertume au fond de la gorge : « Oui elle ne sait rien faire d’utile ». Finalement ce voyage allait m’endurcir, il fallait voir en cela le bon côté des choses ; côtoyer la mort de près, assister à bien des privations tant physiques que spirituelles, dominer ses sentiments pour ne pas sombrer dans la mélancolie ; supporter les railleries et les brimades des chevaliers, accepter son sort sans jamais contester l’autorité suprême de l’héritier de la couronne, accepter également de se voir dépérir par faute d’une alimentation convenable ; et j’en passe. En même il vous faille renoncer très vite à son confort, oublier ses pinces et ses brosses, ses beaux atours pour ne plus se concentrer que sur l’essentiel. Et puis Gowel dit que je suis indécise, ce qui signifie plus largement versatile, enclin au badinage et la

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persuasion, n’importe qui pourrait avoir raison de moi sans le moindre effort. Allongée près de Meowyn, souvent il me vient à l’esprit de lui avouer mes sentiments. Une phrase comme : « Je ne peux espérer meilleur ami que vous car vous seul ayez su gagner mon estime (pour ne pas dire amour, dévotion, respect et intérêt) » Mais ensuite que se passerait-il ? Il répondrait quelque chose comme : « Ma reine j’en suis flatté mais ne me jugez pas trop digne de votre confiance car j’en aime une autre ! » Ce soir-là les yeux dans les siens je restais à le sonder, trouvant étrange qu’il ne se retourne pas vers de dame Arya comme il le fit ces derniers jours, cherchant à lui être agréable. Il a une très belle bouche, ni trop grande, ni trop petite surplombant un menton en pointe ; ses yeux verts et ses joues creuses lui confèrent une expression de parfaite douceur. Il me sourit. A Béréthor il rencontrait un franc succès auprès des femmes quelque soit leur âge et leur position sociale ; il a un petit quelque chose que les autres n’ont pas. Par ailleurs on ne lui connait aucune relation, aucune fiancée à l’attendre et le défunt roi l’a hissé vers les hautes sphères en faisant de lui son conseiller non-officiel mais conseiller au roi tout de même. Il me faut penser à lui la nuit afin de ne pas cauchemarder. Quantités de monstres viennent à l’assaut de mes songes et ils ne semblent pas prêts à me laisser en paix. Fermer les yeux c’est s’exposer à les voir apparaître de nouveau et ainsi m’exposer à des terreurs nocturnes. Pourtant Meowyn est là qui veille sur mon sommeil et il me suffit de glisser ma main pour sentir le pan de son manteau, ou son épée et quand tout le monde dort, il en profite alors pour me serrer dans ses bras et contre sa poitrine je vous avoue être la plus heureuse des femmes. Ce réciproque attachement n’est pas au goût du

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Prince à cheval sur les principes et l’ordre moral : un chevalier de noble naissance ne peut se pervertir avec une Olmuril. Peste soit ce monde ! Un cauchemar me tira de mon sommeil et avant même prendre conscience de mon état léthargique, Meowyn se rapprocha de moi au point de sentir son souffle chaud contre mon front, mon nez et chaque parcelle de ma peau ; et tous ces mauvais songes disparurent presqu’aussitôt. Au petit matin, force de constater que ma tête reposait dans le creux de son bras. Or plus les jours ne passèrent et plus l’espace entre nos deux corps tendait à se réduire. Dame Arya démontra ses nombreux talents à la chasse —en débusquant un grand Cerf, appelé communément ornial et dont les ramures s’étendaient sur quatre mètres d’envergure ; des sangliers, des poules d’eau—, et guerrière horspair, elle se portait volontaire pour partir en éclaireur, revenant avec la tête d’un ennemi décapité par ses soins. Spectacle qui ne manquait pas de me coller la nausée. « On dirait que vous arrivez à vous faire plus d’ennemis que le roi Aldric sur quarante ans de règne ! » Plaisanta cette dernière en jetant la tête de ce monstre aux pieds d’Eothen. Et puis Arya me jalousait Orul à l’épaisse crinière noire et soyeuse ; plusieurs fois je la voyais lui parler et le flatter. « Cette monture est digne d’une reine, souligna-t-elle en me voyant apparaître avec la selle, en as-tu conscience ? » Elle pourtant si affable devint froide et distante envers moi, il n’était plus question pour Arya de se montrer aimable et ce revers de situation dérouta Meowyn. L’excitation des premiers jours retombait et fait marquant par l’impudence d’un de leurs guerriers, un Seigneur de grande taille, fin et gracieux ne supportant pas la présence d’une Sargate près de son auguste personne. Il

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se leva, un peu trop rapidement peut-être et par conséquent me bouscula ; il en fallut de peu pour que Meowyn ne l’étripe et la main au fourreau le défia du regard. « Si tu oses encore la toucher, je te tue » Et Siomen crut bon intervenir soutenu par Oris et Amio. « Calmes-toi mon frère ! » Alerté par ce mouvement le seigneur Théis s’approcha du vacarme car tous à présent voulaient en venir aux mains afin de laver un honneur : celui des Hommes d’Eon, précisément de là où venaient Meowyn, Bohumil et Kili. « SILENCE ! » Tonna Eothen en fendant l’assistance et il comprit sans même qu’on ait eu besoin de lui expliquer. Depuis l’ambiance demeurait tendue sur le campement. Une fois à dos de cheval, il me vint aux lèvres des remerciements, ceux d’une reine à l’égard de son chevalier. « Je ne l’ai pas fait pour vous, mais pour tous les peuples dits libres que le royaume tient sous son joug ». Le coup m’atteignit en plein cœur car jamais encore Meowyn n’avait parlé ainsi. Tout fichait le camp autour de moi et j’en étais la principale responsable et alors qu’on progressait les uns derrière les autres, Eothen vint à moi, majestueux et si autoritaire. Comment éviter son sarcasme ? Il se contenta de sourire avant de repartir au galop. Un cauchemar me fit sursauter et Meowyn me caressa la joue avec tendresse, il était tendre, toujours ; on avait envie de se sentir aimer. Le lendemain il sanglait son cheval et en me voyant serra les dents, les sourcils froncés ; il paraissait froid et distant, froid comme le marbre recouvrant la margelle de la fontaine ornant le jardin suspendu de ce qui furent jadis mes appartements royaux. Il ne voulait pas de moi. Or il savait quelle place j’occupai dans son cœur, dans sa vie ; il était venu me chercher il y a des années de cela et son regard avait suffi à

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m’apaiser. Plus que jamais il me fut impossible d’envisager un retour au pays sans lui, sans sa rassurante présence ; il ne pouvait m’ignorer de la sorte. Les larmes me montèrent aux yeux, lentement mes mains caressèrent le cou de sa monture et Meowyn s’accrocha à ce geste sans pour autant vouloir engager la conversation. Une conversation qui n’eut jamais lieu. Les Gardiens partirent de leur côté disant ne plus vouloir escorter le Prince, la vérité fut autre : Eothen ne voulait plus s’encombrer avec ces gens. Après tout il restait le seul juge des décisions visant à la sécurité de tous. Plus que nulle part ailleurs, le paysage fut somptueux : partout des grands saules aux branches plongeant vers les rivières gorgées de poissons ; ça-et-là de ravissantes demeures aux grands toits scintillant sous le soleil de cette fin de matinée. Les guerriers ne cessaient de plaisanter entre eux, la bonne humeur semblait être revenue et pour un peu l’on se serait cru aux prémisses d’une fête, celle des Têtes Couronnées, élisant chaque année le plus beau et la plus belle fille de la ville. Une fête très populaire rencontrant chaque année un réel succès. Le défilé durait de longues heures, un long cortège de jolies jeunes femmes et hommes dans de beaux costumes gris, or et blanc. Kili, Amio et Brett rièrent de bon cœur ; ils vinrent à parler d’Eothen soucieux de plaire au roi des Asores puisqu’il convoitait la fille ainée. Goren se joignit à la conversation disant que le mariage serait célébré le plus rapidement possible afin de mettre un terme à la régence chaperonné par le mage Rowens dont tous connaissait l’équité et le sens du devoir. A quoi ressemblait-elle cette présence ? Tous fantasmaient sur cette venue d’ailleurs et le mal être me saisit quand l’un deux fit allusion aux Olmurils. « Tous sauf une Olmuril, soit dit en

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passant ! » Mora envoya un coup dans les flancs de son compagnon pour le faire taire. Voyant que j’écoutais la conversation les hommes vinrent à chanter quelques chansons paillardes et Meowyn les fit taire puisque sur les terres des Monts Sacrés ; on ne pouvait impunément les traverser sans se montrer respectueux et toutes sortes d’histoires courraient sur d’imprudents voyageurs attirant la colère des Dieux sur eux. Crismen, l’une de mes anciennes domestiques se passionnait sur ce genre d’histoires abracadabrantes mettant en scène des Dieux irascibles et des voyageurs profanant des sites sacrés. Plus tard assis près de Meowyn certaines questions me brûlèrent les lèvres comme celle du mariage à venir du Prince. « Depuis quand son avenir vous soucie-t-il ? La fille d’Amnès IV est née pour être reine d’après mes sources, répondit ce dernier allongée près de moi, mâchouillant dans une tige d’herbe, les sourcils froncés. Depuis sa naissance, son père ne lui parlait que de Béréthor, la cité royale et elle a été enlevée dans le culte des Ascaris. Cela vous trouble-t-il ? Dans chaque royaume, chaque princesse est éduquée dans cette seule perspective. —Est-ce une enfant ? » Un sourire apparut sur ses lèvres et apparurent ses larges fossettes. « Une enfant ? Non ! Elle a votre âge et toutes les aptitudes pour être une grande reine. —Alors plaisent aux Dieux qu’elle ne déçoive personne ! La couronne est un fardeau et…je suis heureuse d’être libre. —Pourtant vous ne l’êtes pas encore ! » Il avait raison, mais tout en moi transpirait la liberté et dans cette forêt, aux pieds des Monts Sacrés moi, leur reine aspirait à une existence des plus ordinaires.

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Aldren ! Aldren ! Nous te supplions de nous pardonner! Pardonnes-nous! Pardonnes-nous ! Les larmes me montèrent aux yeux et bien vite les sanglots me furent suffoquer. Les doigts de Meowyn se posèrent sur ma tête ; lentement et doucement il m’attira à lui et contre sa poitrine les battements de son cœur suffirent à calmer ce torrent de larmes venu de nulle part. « Quoi ? Que se passe-t-il ? » Entendis-je le lendemain alors que tout le monde se préparait à remonter en selle. Derrière le fut des arbres, Eothen s’entretenait avec Meowyn. « C’est Aldren, elle est…terrifiée par quelque chose qui lui échappe complètement. Chaque nuit elle se réveille par des cauchemars et je crois que c’est plus grave qu’on ne le pense. —Vraiment ? C’est une Olmuril et tout le monde sait qu’ils sont sujets à des divagations de l’esprit, rien de plus. Elle va bien et une fois que nous aurons franchi les portes d’Amon-Léa, elle affichera un semblant de bonne humeur. Par conséquent il n’y a aucune raison de s’affoler. On s’en va ». Les portes de la ville Trappe s’ouvrirent ; un massif pont levis s’abaissa pour nous laisser traverser la ville érigée sur une large île. Trappe enjambait la Nyra, intarissable sources traversant quatre royaumes : Adaastra,, Améfée, Aston et Asturies. Forte de plus de trente mille hommes, la ville alimentait tous les carrefours en pelleterie, poissons, gibiers et divers produits. Le retour à la civilisation nous enthousiasma et avant même que nous trouvions un endroit pour y passer la nuit, le gouverneur fut averti de notre présence et dépêcha une délégation pour nous accueillir en son palais surplombant les hauteurs et offrant une perspective plus qu’audacieuse. Marchant le long des remparts, la ville me parut être immense offrant multiples degrés d’habitations riches et portant les blasons de chaque illustre

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famille accourant de partout pour tenter d’apercevoir le Prince. Cette ville fortifiée me plut, me rappelant d’une certaine façon la cité royale de Béréthor. « Ah, la voici donc notre reine ! Argua le gouverneur, un homme portant de longs cheveux blonds, fins et soyeux, mince et élancé il marchait avec grâce, suivit de ses conseilleurs. La reine Aldren, épouse de feu Aldric VI ! Et comment trouvez-vous notre cité votre Majesté ? » Un rapide regard échangé à Eothen pour comprendre que ce dernier ne m’appuiera pas trop soucieux de préserver les apparences. « J’espère que nous saurons nous montrer à la hauteur de votre si auguste personne ! Il s’agit d’un moment particulièrement délicat et mal choisi mais la mort prématuré du roi nous laisse orphelin et le Conseil aussi sage soit-il nous pousse à rédiger des doléances dont nous souhaitons vous faire part, majesté et si vous acceptez de vous installer à notre table, votre approbation sera hautement appréciée ». Après un bain, on m’aida à enfiler une robe bleue au plongeant décolleté et après avoir fait relever mes cheveux on m’escorta à travers un dédale de couloirs vers la salle du Conseil restreint. Du lierre tombait de la voûte des portes et le spectacle de ses oiseaux pépiant dans ce treillage me combla de joie. Sur le banc attendait Meowyn, l’épée marquant de petits cercles sur les dalles. En me voyant il se leva d’un bond. Peut-être me prit-il pour une autre puisqu’il ne réagit pas de suite, perdu dans ses pensées ? Lui aussi gouta aux joies d’un bon bain chaud dans lequel flottait des pétales de fleurs parmi les plus odorantes. Un régal pour les sens. Les cheveux tirés en arrière, rasé de près, excepté sa fine moustache il passait pour un noble courtisan habitué au luxe et à la flagornerie. Il rangea son épée dans son

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fourreau et me précéda dans la grande salle ouverte sur un petit escalier de pierre blanche. Sur place une dizaine de personnes qui d’un seul élan se leva, courba le buste pour se prosterner devant leur reine. Immédiatement le gouverneur quitta son siège pour venir à mon devant et me présenter le fauteuil d’honneur. Eothen dans un costume lie-de-vin me dévisagea froidement surpris de me retrouver ici, pensant me voir décliner l’invitation du gouverneur Aloys très imbu de sa personne. La réunion dura trois heures pendant laquelle je fus à la torture ; toutes les grandes questions administratives furent abordées dans un sens puis dans l’autre. Eothen frappait bien souvent la table de ses lourds poings et ce rustre d’Eothen ne parvenait à trouver de compromis entre le peuple de Trappe et le Conseil de Béréthor. Il fallait à tous ces peuples disparates et indépendants un roi à poigne pour maintenir une certaine paix et aucun autre mieux qu’Eothen ne pouvait s’assoir sur le trône laissé vacant. Il devait régner, lui seul et personne d’autre. Ne parvenant à trouver le sommeil dans ce beau et grand lit à baldaquin aux draps propres et frais, je marchais le long des remparts laissant le vent chaud provenant du long couloir bordant les Astures me réchauffer mes membres engourdis par les longues chevauchées. Passant sous un portique à la corniche finement ciselé mon attention se porta sur un couple niché l’un contre l’autre. « N’essayez pas de lui trouver des défauts ! La reine est très jolie et on l’a dit délicate mon ami. Aldric n’a été qu’un imbécile pour ne point avoir remarqué l’extraordinaire nature de sa jeune épouse Aloys ! Moi je la trouve raffinée, aérienne et…avez-vous vu son regard ? Tout ceci fut une bien tragique aventure pour la fille du roi Cléistophen et je reste persuadée qu’il lui

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reste encore de nobles choses à accomplir. Nous devons lui laisser le temps d’agir pour le bienfait du royaume. —Non, Deirnys son temps est bel et bien révolu. Les Ascaris ne semblent plus vouloir d’elle à Béréthor et son vœu le plus cher est celui de regagner la terre de ses ancêtres pour y écouler des jours heureux au milieu des siens. N’ayant pas d’héritiers le Conseil n’a pas cherché à la retenir et aussi délicate, sentimentale et attirante soit elle, nous ne lui voyons plus aucun avenir dans la cité royale. Il est absurde de penser le contraire, ma sœur ! Absurde et le prince Eothen quant à lui n’a pas l’intention de la garder pour lui, je connais son tempérament et il ne s’encombrera pas d’une reine effacée, sur la réserve et incapable de trouver sa place au sein d’un Conseil ! » La voix s’approcha de moi et cachée derrière le pan de ce mur, mon cœur s’emballa. On ne pouvait me débusquer sous cette lune sans nuage baignée dans une atmosphère propice aux songes et à la réflexion. Le frère et la sœur loin des oreilles indiscrètes parlaient de leur reine en en termes élogieux pour l’une et pessimistes pour l’autre. Déirnys me fur présentée toute à l’heure avec le reste des notables de cette riche cité. Une femme d’agréables manières, grande aux cheveux blonds cuivrés remontés en couronne sur sa tête. Tout de suite elle me fit bonne impression et s’il m’eut été possible de la rencontré plus tôt et à Béréthor, sa compagnie m’aurait été des plus précieuses, à la place de cela Aldric jugeait nécessaire de réduire le cercle de courtisanes autour de ma royale personne. « Il choisira son épouse avec soin et il ne s’infligera pas une personne aussi effacée que cet Aldren avec tout le respect que je lui dois ! Le royaume a besoin de personnes fiables, fortes et intègres ; des personnes capables de

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constances et surtout capable de fédérer tous les autres royaumes à sa couronne. Aldren n’est pas faite pour reprendre le flambeau et ôtezvous cela de votre charmante tête ! —Balivernes ! Notre jeune reine a besoin de soutien justement parce qu’elle est jeune et inexpérimentée ! Ce n’était qu’un bébé quand Aldric la fit chercher ! Une petite fille arrachée aux siens à qui l’on a tenté d’extraire tout souvenir de sa mémoire ! Le jour de son couronnement elle était si petite, vous en souvenez-vous ? On ne nait pas reine, on le devient au fil des épreuves ! Elle a besoin de soutien que seul Eothen peut lui donner ! De tout temps il l’a soutenue alors pourquoi ne continuerait-il pas ? La crois-tu si peu respectable pour lui refuser son aide ? —C’est une Olumril ! Quoiqu’il dise ou quoiqu’il fasse, Aldren refusera de l’écoute, revendiquant son droit aux libertés de pensée, de paroles et j’en passe. Si elle décide de ne pas ouvrir la bouche, elle n’ouvrira pas la bouche et nous avons tous observés sa façon de faire. Elle provoque dans a façon de s’habiller, de marcher, de se comporter quand elle se sent observer ; elle sait exactement comment se comporter en public et dans les sphères plus intimes. Tout est mesuré, calculé et personne ne voudrait d’une reine aussi distante, si peu affable et bornée ! Je ne vois pas ce que je peux en dire de plus. Aldren a fait son temps. » Le lendemain, Deirnys me fit apporter les présents des habitants de Trappe. Des offrandes pour la reine et une étrange clameur bourdonnèrent dans mes oreilles. Sous un soleil implacable, trappe se massait à nos pieds scandant mon nom : « Aldren ! Aldren ! Longue vie à la reine ! » On agitait des petits fanons aux couleurs des Astaris et des Olmurils. Toute cette mise en scène visait à me présenter les meilleurs

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aspects de cette fonction et sous le dais de la tribune, mes yeux furent inondés de larmes. « Votre peuple Aldren ! Ils sont tous là pour vous ! Glissa Eothen à mon oreille. Vous ne pouvez les décevoir ». En hommage à la mode de Trappe, une robe bleu foncé fluide et légère comme la brise recouverte d’arabesques brodées de fil d’or. Sur mes cheveux noirs, des bijoux de cheveux descendant sur mon front et mon dos. Nulle grossesse n’avait déformé mon corps et mes seins ronds et fermes se dressaient sous cette matière jouant sur la transparence et les reflets irisés Ainsi vêtue, le souvenir de la cité royale m’émeut. Jamais ailleurs qu’à Trappe je ne fus aussi populaire, aimée et adulée et durant toute la journée on vint me serrer la main, se jeter à mes pieds pour les embrasser ; les mères déposaient leur bébé pour une bénédiction et je dus consoler de jeunes femmes en larmes émue de pouvoir enfin mettre un visage sur un nom. Dans la journée Eothen vint me trouver. Assise là sous ce cloitre, mes pensées s’éparpillaient et un peu épuisée par la journée, ce repos loin des autres m’apaisait. Il s’assit près de moi, à l’extrémité du banc et l’image d’un roi fort et puissant me vint à l’esprit. Tous l’écouteraient sans qu’il ait besoin d’hausser la voix et tous le suivraient jusque dans la mort s’il en donnait l’ordre. « Nous partons ce soir, excepté si vous souhaitez prolonger votre séjour chez les Déviens. Ils ont le sens de l’hospitalité et vous n’êtes plutôt pas malheureuse ici. Que souhaitez-vous faire Aldren ? —Vous semblez déjà avoir décidé alors pour quelles raisons me poser la question ? » Pour moins que cela il serait parti, la tête haute cependant il resta vêtu dans un magnifique costume bleu-roy, une pelisse sur ses larges épaules. Il ne m’aimait pas et par conséquent je n’avais pas à me montrer aimable.

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« Euh…vous devriez consulter pour vos cauchemars. Il y a ici de bons droguistes qui pourraient vous soulager. —Je n’ai pas envie d’en parler ! » Mon ton fut froid et Eothen loin de se montrer perturbé glissa vers moi et me tendit une petite boite recouverte par un fin tissu de soie. « C’est pour vous, comme je sais que vous aimez chanter… » Une petite boite à musique, un travail de grande qualité ; aussi large de la paume de ma main, restait légère malgré son complexe mécanique. Un vrai bijou recouvert d’inscription en lettres devienne signifiant Chant au clair de Lune et en y regardant de plus près on pouvait observer de petites entailles au nombre de trois, la signature de l’artisan. A l’intérieur de la boite fabriqué dans un bois sombre et marbré se tenait une figurine ailée. Il fallait souligner la qualité des détails faisant de cet objet une pièce recherchée par toute personne ayant des connaissances en la matière. « C’est un…c’est un bel objet. Etait-il nécessaire de vous ruiner pour l’acquérir ? Les Déviens sont de véritables maîtres en la matière et ce présent me contraint à vous rendre la pareille. Or je n’ai actuellement pas d’argent et j’avoue manquer de talent pour tout ce qui rapproche de près ou de loin à la flatterie. —Qui vous fait croire que j’essaye de vous acheter ? Ne vous a-t-on jamais fait de cadeau par plaisir. Que vous aurait-on enseigné à Béréthor ? La corruption ? Ceci est fort regrettable. Un merci aurait suffit mais votre besoin de liberté semble vous éloigner de quelques politesses. Nous partons dans une heure ». Il s’en alla et de nouveau seule, mon attention se concentra sur cette boite. Seul un homme en quête d’une épouse pouvait dépenser pareille somme pour un si vulgaire objet. Après avoir tourné le mécanisme la petite musique

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cristalline me séduit ; cela me ramenait dans mes appartements de Béréthor au milieu des enfants dansant et riant autour de leur reine. Pas un jour ne se déroulait sans musique et chants et de l’aurore au crépuscule, on chantait. Assise sur mes coussins, on se brossait les cheveux tout en écoutant des contes des Ascaris, des Olmurils et autres. De tels moments me manquaient et privée de la compagnie des dames de compagnie je me sentis lasse au point de sentir les larmes me monter aux yeux. « Majesté ? » Arriva Meowyn, surgit de nulle part et sursautant, ce geste manqua de faire choir la boite au sol. « Veuillez m’excuser pour vous avoir causé cette petite frayeur mais le Prince désire s’en aller dans les plus brefs délais. —Je suis au courant oui et je ferais demander à mes gens de préparer ma litière. Nous pensons à juste titre que le confort d’une reine vaut bien cette entorse aux dispositions princières. —Ah, ah ! Permettez-moi de faire le nécessaire et tenons-nous prêts à franchir les montagnes d’Amon-Léa. Faites-moi savoir quand vous serez disposée à remonter en selle. Aldren…Majesté ? Est-ce que tout va bien ? » Il s’avança vers moi, sa reine, alors d’un bond je me levai. Le vent chaud balaya mes cheveux et le voile de ma robe, glissant entre mes jambes et autour de mes chevilles, imitant les mouvements circulaires du vent tournoyant par caprice ici et là. Debout en face de mon chevalier, lui comme les autres appartenaient à la Couronne. Un ordre de leur reine et ils perdraient leurs privilèges, leur fortune et bien plus encore ; un ordre de leur reine et ils devenaient de grands seigneurs qui à jamais porteraient allégeance à leur reine. Si je décidais de revenir à Béréthor, Meowyn d’2on serait un homme riche et respecté, les enfants de ses enfants après lui.

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« Le roi Aldric vous faisait confiance et vous vous êtes dit qu’il serait bien plus qu’un père et vous êtes liée à moi par un testament, la dernière volonté d’un homme mourant accablé de remords. Le soir de son trépas, il a demandé à vous voir, seul. Vous, Meowyn quand je dus garder la chambre telle une proscrite. Je ne pouvais pas être plus humiliée que ce soir-là mais j’ai fini par comprendre le lien qui vous unissait tous les deux. —Les ordres émanaient du prince Rowen et je n’étais pas en mesure de contester. On m’aurait à jamais banni de cette société. Je sais ce que vous avez enduré et j’en suis vraiment navrée Aldren. Le roi Aldric soupçonné son cadet de vouloir retourner certains seigneurs contre lui et il craignait que vous fussiez sa confidente car vous lui aviez donné toutes les raisons de penser qu’un jour vous comploterez contre lui. —Je le sais. Un jour Eothen sera roi et il aura besoin de votre soutien quand les autres seigneurs rallieront à la cause d’Rowen. Lui jureras-tu fidélité Meowyn ? Pour quel prince ta raison l’emportera sur le cœur ? —Je porterai allégeance au roi Eothen, il est le seul en qui j’ai confiance. Et il le sait, sinon pour quelles raisons serais-je ici ? » Il mentait. Il n’aimait pas le prince aussi sérieusement qu’il le laissait penser. Il était là pour une toute autre raison qu’il me tardait de découvrir. Les lourdes portes s’ouvrirent sur Aloys et trois de ses conseillers et en nous voyant son visage se figea dans une expression de surprise, presque d’ahurissement et après être passé de l’un à l’autre, puis sur la boite à musique il desserra les lèvres. « Votre majesté. J’ignorai vous trouver ici et je sollicite votre attention concernant les Varens. Nos sentinelles en auraient arrêtés dune dizaine à proximité de la cité et il est dans notre devoir de vous offrir protection et asile, le temps d’en

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venir à bout de ces révoltés. Il ne serait pas prudent de vous savoir à l’extérieur, ma reine. —Je suis en de bonnes mains Aloys, en doutez-vous ? Nous avons assez abusé de votre hospitalité et nous devons repartir avant la Fête des Astor. Nous ne voudrions en rien manquer la fête qui se déroulera sur l’Amon-léa. —Je le conçois majesté ». Il fit une profonde courbette et sans sourciller tournai prestement la tête pour m’en aller, talonner par Meowyn. Il nous fallait partir ; Le voyage devait se poursuivre sur voie fluviale et au dernier moment notre Prince refusa craignant toute attaque sur la Nyra ; attaque que l’on ne pourrait repousser et qui assurerait la victoire à nos assaillants. Deux jours plus tard Eothen vint me voir sangler mon cheval, il finit par s’exprimer : « J’ai apprécié votre discrétion sur tout ce que vous saviez au sujet de mon frère les attaques des Varens et tout le reste. Nous ne pouvons alarmés le gouverneur Aloys au lendemain des funérailles de mon père. « Mon royaume est tout puissant et j’ai employé mon temps à le rendre beau mais qu’and on gratte à la surface, le pus finit par sortir et infecter les autres parties saines. » Ce sont là les propos de votre père. Il ne cherchait pas à travestir la vérité contrairement à vous. Il avait cette qualité de laisser transparaître la vérité. —Qu’insinuez-vous ? Vous pensez que je cherche à duper mes hommes et les seigneurs de ce pays ? —Je crois seulement que vous cherchez à sauver les apparences en continuant à me mépriser. —Si vous n’étiez pas notre reine il y a longtemps que je vous aurai collé un coup de pied dans votre arrière-train ! Je ne peux supporter la suffisance et l’ignorance. Tant que

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nous chevaucherons en amont je ne veux pas vous voir à dix mètres de moi. Est-ce clair ? » Autour du feu, les hommes ripaillaient et Meowyn me tendit une assiette de brouet cuisiné par Orgul et Brett. L’appétit me manquait depuis notre départ de Trappe et somnolente au-dessus de ce semblant de repas, mon ventre se noua. Autour de nous les feuilles des arbres bruissaient et en frissonnant je tombai dans un demi-sommeil. Aldren ! Regardes autour de toi. Non, ne ferme pas les yeux. Aldren ! Et mes yeux s’ouvrirent quand je sentis une main me saisir énergiquement. « Allez chercher de l’eau ! Elle réclame à boire. Faites vite ! Aldren ! Vous venez de faire un cauchemar. Détendez-vous un peu…voilà qui est mieux. —Meowyn » Murmurai-je des plus assommées. Une énorme main me caressa le visage et une fois mon regard habitué à la pénombre, le visage d’Eothen m’apparut. Il me serra contre sa poitrine. Son cœur battait furieusement et il arracha la gourde des mains de Meowyn. « Retournez tous vous coucher. Le spectacle est terminé ! Je vais…je m’en occupe Meowyn. Cette nuit je prendrais soin d’elle. Allez-vous coucher, c’est un ordre! » Il me fit boire et Béréthor m’apparut devant un grand soleil levant orange assez gros pour embrasser le ciel et les montagnes. Les oiseaux chantaient dans la cime des grands arbres et les vagues léchèrent mes pieds. Les bras tendus vers l’horizon, je laissais le vent fouetter mon visage. Le réveil fut violent telle une brûlure affligée à la main. Lentement il fallait se dégager de l’étreinte d’Eothen. Ce dernier sursauté, comprenant qu’il venait de dormir, s’abandonnant à ses rêves. Avec délicatesse, il se dégagea de moi pour s’apercevoir que le

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camp entier dormait toujours. Notre regard se croisa et il se mit à fixer mes lèvres, la bouche entrouverte. Qu’avait-il fait de Meowyn ? Il ne pouvait l’éloigner de moi, pas de cette façon ! D’aucune façon d’ailleurs et mon regard se perdit dans la fourrure de sa pelisse. Il se tenait accroupit devant le cours d’eau et quand il me vit tenta un sourire. « La nuit fut agitée pour vous mais vous semblez reposée. Nous nous remettons en route c’est cela ? Je finis de remplir ces gourdes et je me joins au royal cortège sans plus attendre. Il y aurait-il autre chose ? » Il m’interrogea du regard, froidement. Derrière les chevaux se firent entendre et l’agitation régnait comme à chaque départ. Les lèvres serrées il me regarda avancer vers l’eau roulante sur les cailloux tapissant le fond. Plus loin les écuyers remplissaient les gourdes et nettoyaient la vaisselle de la veille. Comme tous les matins, ces jeunes hommes accomplissaient le même rituel et pour eux il n’y avait pas plus grand honneur que celui de servir leur reine régente et leur prince. L’eau glissait entre les touffes d’herbes et les aspérités du relief aquatique, quelques poissons tentaient de remonter le courant en agitant sporadiquement leurs nageoires, caressés par les rayons du soleil. Seule sur le bord de la rivière, mes doigts caressèrent le reflet argenté de ce cours d’eau ; au-dessus de ma tête des corbeaux croassèrent et les voix de nouveau se firent entendre. Aldren ! Nous avons foi en toi ! Entends nos prières ! Le vent se leva et le ciel se voila de nuages. Les premières gouttes tombèrent et quand mes pieds cessèrent d’avancer, je me trouvais être au milieu de nulle part. Depuis combien de temps marchai-je sans but aucun ? Ma ceinture cliquetait sur mes hanches, une ceinture brillante de mille feux dont la lanière remontait le long de ma poitrine

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dévoilant ma peau blanche comme du lait. La pelisse sur les épaules, on pouvait aisément me prendre pour une guerrière Ascaris connue pour leur opiniâtreté aux combats. Mes longs cheveux noirs tombaient en cascade jusqu’à la dite ceinture et aucun ne m’approcherait par crainte de voir l’animal sommeillant en moi bondir et dépecer l’ennemi. Aldren, pardonnes-nous ! Vois nos blessures et notre peine ! Debout sur le rocher mes yeux ne purent rien distinguer derrière cette épaisse végétation ; mes oreilles ne purent distinguer nul bruit. Combien de temps avant d’espérer entendre un cheval passer ? Les cieux grondèrent et il me fallut trouver un abri contre les parois rocheuses. Paralysée par le grondement de la foudre, mon esprit erra au loin ; quelque chose me poussait à visiter des lieux inconnus que jamais mes pieds ne foulèrent. Il y avait des cités dont les hauts donjons blancs identiques au marbre semblaient crever les nuages. La cité des Olmurils se dressa, scintillante et pleine de noblesse ; soit une vingtaine de flèches dorées crevant les nuages de leur hauteur. De tout temps les hommes convoitèrent ces terres que l’on disait pleine d’or. Les cités olmuriennes, aussi loin que remontent mes souvenirs, ont des hautes murailles dorées qu’on voyait étinceler au loin, tels des phares avertissant les navires des écueils. Le roi Aldric voulait le soutien de mon père et ma dote capable de lui faire oublier de quelle façon mon père l’eut humilité des années auparavant en refusant de ployer le genou devant la couronne des Ascaris. Il me tardait de revenir sur les terres de mes ancêtres, revoir les miens et mourir dans le caveau royal. Soudain mes pensées me ramenèrent à Meowyn. Il me comprenait. Quand une princesse de sang royal est destinée à épouser un prince ou un roi, on la maintient dans une

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atmosphère pleine de coutumes et de religiosité ; on la prépare à ce mariage pendant de longs mois. A mon premier sang, on me fit porter les couleurs des Ascaris et on redoubla d’attention à mon égard ; on ne pouvait me laisser seule, sans escorte ni essaim de domestiques, de précepteurs et de mages ; on s’évertue à faire de vous une reine alors même que votre propre histoire se dessine modestement. On m’avait jugé, étudié et quand la délégation arriva, les mages eurent de nombreuses prières à porter à nos dieux. Eothen me trouva insipide. Il refusait de me rapporter à son père disant qu’il préférait cent fois mieux recourir à une étrangère qu’à une enfant de mon état. Après deux semaines de tractation il finir par accepter ma personne. « Mon père sera quoi en faire ou pas ! » Railla ce dernier aux conseillers de mon père. Pendant une semaine on me purifia en me faisant boire toutes sortes d’onguents destinés à « purifier » mon âme et drapée d’un voile bleue je devais abandonner mon identité dans le temple de la déesse Aldren. Meowyn caressait le chanfrein d’Orul la première fois qu’on vint à se croiser. Immédiatement il me mit en confiance avançant des vérités et cherchant à me distraire en me faisant apprécier ses tours de magie. Il me voyait et m’entendait. L’orage s’éloigna et sous l’eau de la cascade, mon âme tentait à se purifier ; grondement sourd dans ma tête et sensation de réconfort et de plénitude. Il me verrait…derrière cet écran translucide je vins à discerner un corps et une main se tendit vers mon bras. « Aldren ! Venez par là… Doucement ! » Il se tenait là, près de moi et dans ses bras, l’univers entier pouvait s’effondrer sur lui-même, plus rien n’avait d’importance. Son étreinte augmenta mon désir, de milliers d’étoiles luisaient dans mes yeux comme dans les siens. Depuis des années son

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regard n’avait pas changé et quand il fixa mes lèvres avec concupiscence, ses doigts parcoururent mon visage et front contre front, on se serra fort comme cherchant à ne plus faire qu’un avec l’autre. « Ne me laissez pas tomber Meowyn, j’en mourrai. —Ma reine, je…Aldren, aussi longtemps que je vivrais je serais à vos côtés. Vous êtes ma reine et j’ai fait le serment de vous servir. Vous trahir me condamnerait à une longue errance dans ce monde et dans l’autre, appartenant aux esprits. Je ne voudrais pas que le détestable souvenir de ma félonie me condamne à l’éternité dans la honte. —Je n’ai plus le désir d’être reine. Votre serment est-il à ce jour caduc ? Meowyn ? » Il s’éloigna de moi et son regard devin dur, se voilant d’une teinte sombre. « Je prêterai allégeance au roi, celui que vous désignerez comme étant votre successeur légitime. Ne me demandez pas de trahir la couronne, j’en serais incapable ». Après une nuit de sommeil, le chant des oiseaux me réveilla. Accroupit près du feu le prince Eothen échangeait avec ses hommes. Ils se turent en me voyant me lever. On pouvait lire le mépris sur le visage et en tremblant je jetai ma pelisse sur mes épaules. Les chevaux n’étaient pas prêts, paissant paisiblement dans leur enclos et les écuyers au repos blaguaient entre eux. On chuchotait autour du feu sur lequel on venait de poser des branchages plus gros et odorants. Quand le prince se leva, mon cœur se leva/ quels reproches me ferait-il concernant mon escapade de la veille ? Aucune réponse à apporter concernant cette étrange absence et désemparée, la honte m’assaillit et personne parmi ces guerriers ascaris ne viendraient me rassurer. La nausée au bord des lèvres, je partis soigner Orul. « Aldren !

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—Oh, je sais ce que vous allez me dire et je ne veux pas les entendre ! Il n’est pas nécessaire de vouloir vous montrer complaisant ! » Et Eothen m’étudiait de la tête aux pieds et ses puissantes mains pouvaient se refermer autour de mon cou. Ainsi il accèderait au trône racontant à tous comment la dernière épouse d’Aldric Iv avait succombé après de violentes fièvres. Son imposante stature ne semblait plus m’intimider ; ces dernières semaines mon caractère se durcit au point de me surprendre à répondre à cet homme imbu de sa personne, austère, aux manières un peu rustaudes. Il s’avança vers moi. J’ai reculé. « Je voulais savoir comment vous alliez. Nous ne partirons que demain ou ce soir afin que vous puissiez vous reposer. —Ai-je l’air de me plaindre ? Je me suis assez reposée et le plus tôt sera le mieux. Dites à vos hommes que nous partons dans l’heure ! » Une heure plus tard nous partions. Deux semaines plus tard les portes de la cité Aldamir furent ouvertes et le seigneur Timor fit sonner les trompettes. Aldamir et ses soixante mille âmes valait sa réputation par sa situation géographique. Installée entre le Bonden et la Nyra, Aldamir servait de place forte, de point de jonction entre les états du nord et ceux du sud. Le seigneur Timor, neveu d’Aldric IV nous reçut au milieu de ses courtisans jouant des coudes pour étudier celui qui un jour sera leur roi. Le palais donnait dans la démesure et la cité au milieu de cette presqu’ile me plut par ses palmeraies, son immense port aux grandes digues flanquées de phares. Le palais, ancienne demeure des princes royaux me plut pour son architecture, croisement entre l’art des Ascaris et celui des Déviens. L’inspiration de l’une servant à la splendeur de l’autre. Le prince Timor à la fossette d’ange me troubla de part son regard lointain et triste. Bien que guère plus

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âgé qu’Eothen, les épreuves brisèrent son hardiesse, on observait des cheveux blancs triant ses cheveux châtains et sa barbe annonçait des signes de vieillissement prématurée par les tempes grises. Il m’embrassa sur les deux joues faisant fi de l’étiquette. Une telle familiarité ne pouvait se concevoir à Béréthor et pour moins que cela on l’aurait frappé d’ostracisme. Mais pas ici, apparemment. « Soyez la bienvenue Aldren. C’est un grand honneur pour nous de vous avoir ici ». Il semblait déjà être épuisé d’avoir parlé et il chercha du regard un jeune baron sur qui s’appuyer. Plus tard on m’apprit qu’il avait échappé à une vilaine chute de cheval qui le maintint allongé deux semaines durant. Mes appartements plus vastes et plus luxueux que ceux de Trappe donnèrent sur le port dont on voyait les voiles des navires filer sur les fleuves reluisant et gonflé de poissons de toutes sortes et de toute espèce. Cet endroit me plut par toute cette luminosité, l’humeur égale de ces résidents et cette nichée d’enfants courant ça-et-là. Les deux cousins se retrouvèrent aussi souvent qu’ils le purent et il me fallut admettre leur complicité, leur similitude physique et la capacité à fédérer un bon nombre de subordonnés sans avoir à hausser la voix. En présence de Timor, Eothen devenait un autre homme : affable, farceur envers les enfants de son cousin et toujours prêt à se montrer courtois et attentif. Ici et seulement ici, il laissait tomber son masque pour devenir l’homme tant apprécié de son inestimable cousin. Les enfants aimaient à monter sur son dos et les petites filles lui pinçaient les joues pour le voir grimacer. Tous deux marchaient dans le pac, l’un appuyé sur sa canne et l’autre, les mains dans le dos et j’enviai leur proximité, leurs tapes dans le dos et les sourires tirant leurs pattes d’oies vers

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l’extrémité de leur visage pour l’heure emprunt d’une grande douceur. Le tintinnabulement des poires de cristal de ma robe attira leur attention et tous deux tournèrent la tête dans ma direction, mettant un terme à leurs évocations du passé ou de leurs délibérations concernant l’avenir. Une fois roi, Eothen ferait vernir son cousin aimé à la cour et lui offrirait une fonction sans équivoque ; le but de ce voyage devait être cela : rassembler ses barons sous sa bannière pour éviter au trône quelques mauvaises surprises survenant après les dernières années de règne du défunt monarque ; des tensions politiques agitaient le royaume dues en partie à de mauvaises décisions du Conseil royal. Morgoas serait déchu de son poste et d’autres se feraient être remerciés pour leurs longues années de service. Ne souhaitant pas converser, Eothen tourna la tête prestement et Timor m’attrapa le bras pour me conduire en son jardin, un paradis terrestre où évoluaient toutes sortes d’animaux et de plantes aux chatoyantes couleurs. « Aldren, depuis toujours je m’intéresse à la culture olmurienne et j’ai entendu dire que vous aviez eu des absences ces derniers temps. De quoi s’agit-il ? Seriez-vous aimable de m’en parler ? » Mon regard glissa vers Eothen resté en retrait ; non heureux de m’humilier il me trahissait auprès des autres en racontant toutes sortes de fables hilarantes à mon sujet. Ma gorge se noua et crispée au bras de Timor, mes jambes se dérobaient sous mes jambes entravées par ce voile recouvert de petits pores reflétant chaque rayon du soleil. Pour me faire réagir, Timor me serra davantage contre lui et mes lèvres finirent par s’ouvrir d’elles-mêmes. « Il n’y a rien à dire sur le sujet et si toutefois vous insistez, les hommes d’Eothen

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pourraient vous renseigner. Je ne souhaite pas à en parler, ni maintenant ni jamais ! —Je respecte votre choix ma reine et je comprends que vous soyez en colère, mais vous êtes quelqu’un de très important pour nous, plus que vous ne pouvez l’imaginer alors je vous demande de reconsidérer votre rôle dans cette régence. Tout va dépendre de vous, Aldren, des choix que vous prendrez et de l’attention que vous porterez à vos élus. Ne nous laissez pas tomber, pas quand le royaume menace de s’effondrer ! » La nuit tomba et dans mes appartements je fus occupée à peigner les filles de Timor en chantant dans ma langue natale quand on vint m’annoncer la présence du prince Eothen dans le corridor. Il voulait une fois de plus contrôler ma vie, m’acheter par ses présents tout en voulant se comporter en ami. Ces derniers temps il prenait sur lui pour venir me parler, du moins essayé de le faire ; il m’horripilait et sa présence seule suffisait à me coller la nausée ou des sueurs froides en fonction de mon état psychique. Ce soir-là il revenait devant moi, le menton relevé et l’air arrogant. Il avait le regard fuyant, cette expression connue pour exprimer la mésestime et la suffisance. Il fixa un regard de ma coiffure sans vouloir se montrer direct et autoritaire, sachant que la fuite le laisserait frustré de n’avoir pu s’exprimer avec emportement. « Que voulez-vous ? Est-ce à ce point important pour venir troubler mon repas ? Auriez-vous décidé de l’heure de notre départ ? Cette expression si solennelle ne peut illustrer que vos directives si arbitraires. Or cela fait trois jours que nous sommes ici ! —Nous voici bientôt arrivé aux termes de notre expédition : le royaume des Asores et en tant que reine vous êtes en mesure de renoncer à

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votre trône de façon officielle. Je ne pourrais vous affliger des semaines de torture supplémentaire. Timor se portera garant de la bonne exécution de votre retour auprès du roi Cléistophen. Mes hommes et moi partirons demain ». Cette nouvelle loin de me ravir fit naitre en moi un sentiment d’abandon. La tête haute et le regard fixant un détail du plafond de l’antichambre, Théothe posa la main sur le fourreau de son épée et sans rien ajouter, tourna les talons pour s’en aller. Le lendemain les gardes ouvrirent la lourde porte du conseil où siégeait uniquement Eothen et son cousin. Surprise mon regard passa à l’un puis à l’autre des protagonistes et on m’installa sur un modeste cathèdre au bois sculpté formant des ramifications de branches. Timor portait une fine couronne sur sa longue chevelure brune et vêtu d’une armure aussi compliquée que le plastron de bijou de ma robe, il donnait dans le respect et la grandeur. Sa cape longue de deux mètres fut taillée pour l’apparat comme le reste et ma mise plus modeste que leur tenue n’offrait que ce lourd plastron brodé découvrant mes épaules et mon dos nu, pour une fois j’acceptais de portais le noir en un voile moirant gris, doux et frais comme la brise. Eothen se leva pour baisser la tête et constatant l’expression amère illustrant son visage, la mienne se figea à sa vue. On referma la lourde porte et le bruit métallique des charnières résonna autour de nous tel un écho lointain. « Notre Prince Eothen dit que vous renoncez à ce jour à votre titre ? —C’est exact. Je vous ai fait perdre assez de temps comme ça. Rendez-moi libre et laissezmoi aux miens ! » Timor resta un moment coi, perdu dans ses pensées ; quand il revint à lui, ce fut pour se

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tourner vers son échanson et lui glisser quelques mots à l’oreille. Préparer une princesse à devenir reine prend de longues années, de longs mois à la purifier et autant de temps à l’inscrire dans la hiérarchie généalogique d’un royaume ; pour destituer une reine il suffit seulement de quelques témoins, d’un papier et d’une plume. Officiellement je ne suis plus reine, je n’appartiens plus aux Asaris et retrouvant mon identité, force de constater dans quelle solitude je me trouvais être quand il me fut fêter cette liberté si durement acquise. Cherchant Méowyn, les sentinelles me barrèrent le chemin. « Cette partie du palais est réservée à la famille royale, Madame et à leur gens ! » Or pour y accéder il me fallait l’appui de l’intendant, du chambellan et de la garde des sceaux. Affectée je restais dons dans mes appartements à tourner en rond. On purifiait Eothen et quand on me le désigna au loin au milieu de ses hommes tous de blancs vêtus, je ne le reconnus pas ayant rasé sa barbe et coupé ses longs cheveux. Ce fut là un autre prince au grand nez aquilin, aux lèvres fines et aux magnifiques yeux vert d’eau. A distance je fus saisie par sa stature et avant de quitter Aldamir, il me fallait le saluer. Or ayant renoncé à toutes mes droits, il me fut impossible de l’approcher. C’était mieux ainsi, pensai-je en regagnant mes appartements pour y rassembler mes affaires. Étrangement le bonheur ne fut point au rendez-vous et effondrée, les larmes me montèrent aux yeux. « Ma dame ! Le prince Eothen est ici ! » Alors il me fallut être digne une dernière fois et l’affronter. «On dit que vous avez cherché à me contacter Aldreur ? Je tiens à réparer cet affront en vous invitant à ma table ce soir. —Soyez sans crainte, je n’en suis pas à mon premier affront. Je pars…je pars demain et ce soir je compte bien me reposer.

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—Avec qui partiriez-vous ? Seule ? Vous ne savez pour vous battre et encore moins vous orienter ! Donnez-nous deux jours Aldren. —D’accord ». Il partit et pendant tout le temps que dura notre bref entrevue, à aucun moment nos regards se croisèrent. Mon cœur menaçait d’éclater. Meowyn me manquerait…je l’avais tant aimé. * La fête des Astors fut des plus réussies. ; Partout une fanfare, du vin et des rires. A une table on porta un toast au prince Eothen. On cracha du feu et on jongla avec des torches. Le monde entier venait de loin pour venir célébrer en communauté la Fête des Asors .On dansait, festoyait en hommage au roi des Asturies, philanthrope et dont la générosité dépassait les frontières naturelles. La fête dura deux jours durant quand elle devait en durer sept ; la raison fut l’horizon rougeoyant audessus les montagnes. Le ciel semblait s’être embrassé et sur le dos d’Orul, mon angoisse fut telle que j’hésitais à faire demi-tour pour retourner auprès des joyeux amphitryons. Non, il me fallait continuer ! Aldren ! Aldren ! Ne reviens pas ! Il n’y a plus rien pour toi là-bas ! L’odeur du feu me réveilla et la vision de ses têtes décapitées me glaça d’effroi. Orul lui tirait sur la longe et gratta le sol de son sabot. La nausée me contraignit à vomir le contenu de mon estomac dans les buissons. Plus tard il nous fut traverser une rivière à guet ; Orul et moi en fûmes incapables, pétrifiés de peur et il nous fallut pousser sur plusieurs milesen amont pour pouvoir traverser et poursuivre vers l’ouest. Devant nous se dressèrent la chaine de

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montagne Lors Gronan. Pour l’aborder il fallait atteindre le col du Lors à quelques quarante milesde notre position actuelle. Afin de me repérer les étoiles et la typographie des lieux : les villages aperçus et les forts nichés sur les collines. A Aldamir on me laissa recopier une carte ; cette dernière ne me quittait pas enroulée et coincée sous ma ceinture. Voyager seul relève de l’impossible ; il s’agit réellement d’une épreuve, une sorte de dépassement de soi vous obligeant à surveiller vos arrières, gérer votre monture seul, s’occuper de vous trouver à manger et de l’eau ; il me fallait faire un feu pour éloigner les animaux sauvages et s’il fallait se battre, je le ferai pour assurer ma survie. La fatigue eut raison de moi, n’ayant personne sur qui me reposer. Ma vie entière ne serait qu’une suite ininterrompue d’ébauche d’amitié. Le col se tenait à deux jours de marche selon mes estimations et n’ayant plus qu’un malheureux quignon de pain et une tranche de jambon, il me fallut faire ceinture une journée entière. Et ce fut un miracle su j’atteignis le col avec deux jours de retard ; la faute a cette pluie m’obligeant à me protéger. Une quarantaine de personnes attendaient au col ; il s’agissait de l’endroit le plus étroit de cette chaine de montagnes et large d’une dizaine de kilomètres. Il me tardait de voir l’autre côté de la frontière, là où le vent balayait les vastes plaines gorgées de soleil ; là où les chevaux courraient la crinière gonflée par leur subite accélération. Dans un abri abandonné, je contemplais la lune au-dessus du faite de la montagne quand de nouveau l’orage zébra le ciel. La pluie s’engouffrait à travers les rares planches de bois servant de toit et assise sur une vulgaire pierre je songeai à la quiétude d’un foyer, la chaleur produite par un bon feu et les plats que l’on servait pour caler une faim. Fredonner des chants olmuriens allégea mes

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souffrances et me permit de tenir. Aldren ! Lèves-toi. Aldren ! Orul tapait du pied en s’ébrouant, l’oreille dressée et les naseaux frémissants. On venait par ici, des hommes à cheval galopant à brides abattures et Orul rêvait de se joindre à eux. On ne pouvait compter sur le soutien des hommes de la région, indifférent à l’histoire d’une Asaris seule et manifestement sans grand intérêt. Orul s’agita au bout de sa longe et manifesta des signes d’impatience. Plus loin, les reste d’un campement et la garantie d’un peu de nourriture laissée en broche comme ce lapin cuit de la veille. Le ventre vide je me ruais sur le reste d’un os pour y arracher les derniers morceaux de viande. Quand un bruit attira mon attention. On venait par ici. Des Varens précédés par un énorme loup au poil hérissé. De la colline on pouvait les discerner, avançant prudemment et s’accroupissant à l’endroit même où je m’étais écroulée pour dévorer le reste de lapin. La peur me saisit et plus encore quand l’un d’eux tourna la tête vers ma cachette. On me suivait, on me traquait ; cette horde de sauvages venus d’endroits indescriptibles et dans le seul dessein restait de nuire à la couronne des Ascaris. Ils partirent. Le soleil déclinait lentement, dissimulant ses rayons derrière la crête de la montagne. Orul n’était plus attaché à son arbre. La panique de nouveau me saisit : sans cheval je ne pourrais y arriver. Or il me fallait rentrer. N’ayant plus de jambes pour me soutenir mon corps s’écroula Après avoir avancé péniblement, des rires et des discussions se firent entendre. Une colonne d’hommes et de femmes se rendaient vers le col Horreur ! Un Varens se trouvait là derrière sur la sente, juste devant moi ; un geste et mon corps se retrouverait au fond de ce précipice. En glissant, mes mains finirent par

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s’accrocher à la roche et d’un bond mes pieds me propulsèrent sur le même chemin que nous partagions. Terrifiant, il tenait une hache à la main ; à sa ceinture pendait des scalps et pour toute armure, une simple tunique de cuir. De longs cheveux gris tombaient sur son regard haineux et son nez barré par une profonde cicatrice. Il me tendit une main. A bout de force, voyant l’obscurité tomber je la saisis pour me voir hisser sur un tapis de feuilles. Il abaissa sa capuche et me jeta sur son dos avec facilité. Lasse, mes membres se délassèrent et sur son dos me laissa bercer au rythme de ses pas. Que ferait-il de moi ? Me tuerait-il ? Le feu crépitait. De petites étincelles brillant et montant vers la voûte céleste. Ma main glissa vers le feu comme pour en apprécier le contact brulant. Une chouette hulula et avec difficulté, ma tête se leva ; impossible de faire plus et rassemblant mes esprits, un immense poids sur mes épaules me plaquait au sol. « Eothen vous recherche, persuadé que vous êtes encore en vie. Il ne semble pas vouloir renoncer à vous, pas maintenant qu’une guerre se prépare. Vos visions vous ont laissé entrevoir le chaos, la destruction et des têtes décapitées. Aldren, vous ne rentrerez jamais chez vous. Votre destin est depuis toujours inscrit et vous n’y changerez rien. » Sa voix était caverneuse avec une sorte d’écho, une voix sifflante glaçant le sang. Le proscrit me souleva le menton, lisant dans mon regard la peur et la souffrance. Ce criminel me tuerait voyant en moi l’épouse légitime du défunt roi. Il me scalperait pour arborer cette royale mèche ; on pouvait lire dans son regard de la félicité et de l’orgueil. Il restait convenable de dire qu’il jouirait de mon trépas. Il caressa ma tête, ce qui me fit reculer d’effroi. Il connaissait certains détails de mon existence comme mes visions, la certitude de la lignée

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royale dont j’étais issue. Pouvait-on pour autant me duper ? Il sortit son couteau et d’un mouvement rapide et précis me coupa une mèche qu’il renifla, les yeux mi-clos. Ma tête bascula sur le côté et le sommeil m’enveloppa. Les étoiles brillaient au firmament et quand le soleil se leva, mes songes se dissipèrent. Autour de moi se consumaient quatre feux et quatre tiges d’encens se consumant dans de petits bols. Au-dessus de ma tête une écuelle pleine d’eau ainsi qu’à mes pieds. Le varens aux étranges tatouages sur le torse récitait des incantations en frottant deux runes dans chaque main. Seules ses lèvres remuèrent et il me jeta un regard blanc privé d’iris. La peur me fit reculer et ma main renversa l’écuelle. La douleur fut fulgurante comme des milliers de lames s’enfonçant dans mon corps. Soudain mon âme se détacha de mon corps et je me vis de l’extérieur, étendue dans l’herbe et dans les bras de cet étranger. Je me vis remuer les lèvres, les yeux révulsés et mon âme voyagea au loin, passant par-dessus les ravins et les cours d’eau, peut-être à des milesd’ici. Orul hennit, tapa du pied et frémit d’excitation dans son enclos ce qui eut pour effet de réveiller Meowyn endormi contre cet arbre. Et puis Eothen. D’un bond il se leva pour observer autour de lui et ce qu’il entendit et vit fut Orul, nerveux et agité. Pouvait-il m’entendre ? Eothen ? Eothen ? Il m’entendait et me cherchais des yeux. Si vous m’entendez, ne me cherchez plus. La guerre se prépare et je ne vous suis d’aucune aide. Il réveilla Meowyn et la vision s’estompa pour disparaître complètement. Le Varens me plaqua au sol et une fois calmée, ce dernier me taillada les veines pour en recueillir du sang. On brûlait les villages, ce fut la panique et l’horreur. Des centaines de villageois furent

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jetés loin de leur foyer. La pluie succéda au soleil et le sol fut rapidement inondé ; les cours d’eau quittant leur lit et partout des hurlements, des cris de douleur et la peu se lisant sur tous les visages. « La reine est morte ! on l’a tuée » Entendis-je hurler sous cette pluie battante. « Non ! Elle est vivante ! La reine est toujours en vie ! Ne partez pas, rester sur vos terres et… » Brutalement on me repoussa et o n me répondit froidement : « La garnison d’Amon-léa nous attaque ! Des milliers de soldats portant les couleurs du prince Rowen ! Lui vient venger la reine, alors ne restez pas là ! Il fait exécuter tous les fidèles du prince Eothén ! » Incrédule il me fallut me mettre à l’évidence : Le Varens se servit de moi pour voir l’avenir et porter le premier coup fatal à Eothén. Il fut alors clair que mon destin ne m’appartenait plus. Ruisselante sous la pluie, les forces me manquèrent et à genoux dans la boue, le sang coulant à travers mon bandage. Le sang de mon propre peuple. Aldren, aies pitié de nous. Ne nous juge pas Aldren. Les pleurs me soulagèrent un temps ; toutes ces voix appartenaient à des personnes de mon passé, peut-être la voix de ma mère, d’une de mes sœurs et d’un frère. Les Olmurils me parlaient et il me fallait leur répondre. Prestement je remplis une écuelle d’eau pour y voir l’avenir. La terre roula sous mes pieds, des grondements sourds venant des entrailles de la terre ; on eut du le réveil d’un dragon ou de l’une de ces créatures monstrueuses peuplant les contes pour enfants. la surface du bol ondoya et les ondes vinrent agiter ma réflexion. A mon réveil, mon corps fut agité de spasmes ; un corps nu semblait-il car ma robe collait à la peau telle une seconde peau grise. L’’empreinte de mon corps marquait le sol boueux et l’on marchait autour de moi sans même me remarquer. On me pensait morte et maculée de

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boue, on pouvait me croire sortant de la terre, une sorte de naissance. Avec difficulté on me leva. Une colonne de réfugiés s’étalait sur plusieurs kilomètres, vers l’un des forts du roi Amnès IV. Il offrait sa protection au peuple d’Aston privé de protection car disait-on : le prince Timor refusait de porter secours aux malheureux villageois précipités dans les tourments de cette guerre dont on calculait à ce jour l’ampleur. Dans cette carriole, leur reine tentait de survivre et après avoir recouvré la raison, ce que leur reine vit la glaça d’effroi : son peuple marchant péniblement sur les routes de montagnes pour fuir un ennemi invisible, massés derrière cette haute et infranchissable barrière de rochers. En quête d’un asile, nous marchions des jours et des jours durant, privés de raison et d’espoir. Qui aurait pitié de nous, disait-on et impuissante je sentis la maladie de l’esprit me ronger. Trouver un semblant de paix. La paix. Dans ma tour de Béréthor j’eus ignoré la misère, les privations, la peur et la solitude ; on me tint à l’écart de ce monde et pendant six années, mon existence fut une succession de doux et paisibles moments quand le roi n’était pas à me couvrir de honte. Ayant tout perdu, rien ne me différenciait guère de ces vagabonds errant d’une terre à l’autre. Les cieux s’embrassèrent, l’horizon fut noir et menaçant au point d’effrayer les chevaux et les jeunes enfants. Après deux semaines de marche, on discerna au loin les murailles du Fort Adarax et derrière la croupe d’un cheval mes yeux se posèrent sur un cavalier descendant la colonne sur un robuste destrier. Le prince Eothen. La colonne s’immobilisa et lui ralentit son allure pour observer ces gens en haillons. Mon cœur s’accéléra, craignant qu’il me vit et qu’il rit de mon aspect si pathétique. Il cherchait quelqu’un

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à interroger et se fut l’un des notables tenant un cheval par la bride. Il avait changé, son regard semblait éteint et derrière lui deux chevaliers portant les armoiries des Asaris, l’escortaient dans de rutilantes armures. Plus tard autour du feu, une femme à la peau halée parla en agitant les braises à ses pieds. « Il y a un petit moment que je t’observe. D’où est-ce que tu viens ? On dit t’avoir trouvé presque morte sur la route en plein délire. Tu parlais de la reine Aldren encore en vie et qu’est-il arrivé à ton œil ? Oui, tu as un œil plus clair que l’autre, à l’iris plus marquée. —je l’ignore. » Et l’étrangère se rapprocha de moi pour soulever mon menton et m’observe tout à loisir. « Tu n’es pas d’ici et je vois que tu as souffert, con cœur en est meurtri. Récemment tu as cherché à mettre fin à tes jours, murmurat-elle en caressant mes poignets, si tu y étais parvenue nos routes ne se seraient pas croisées. Mon nom est…Aldren. —Aldren ? —Oui comme la reine défunte. Et toi, quel est ton prénom ? Tu t’en souviens n’est-ce pas ? —Ildres. C’est Ildres et je viens des Monts Sacrés. » Ne souhaitant pas poursuivre mes lèvres se scellèrent et la nuit elle me réveilla, gênée par mes cauchemars. « Tu parlais d’Eothen, le connais-tu ? Connais-tu le prince ? » La douleur me saisit et en nage, la belle étrangère me caressa le visage. Elle me fit boire, sans cesser de me dorloter. Au petit matin repu de fatigue, le sommeil me saisit. « Elle s’appelle Ildres et elle connait le prince Eothen ! Elle a un message à lui délivrer. Vas chercher ton prince ! Ildres, qu’estce que tu fais, Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu n’es pas en état de déplacer ! Reposes toi un peu ! Reposes-toi… » Il me fallait partir. La tête dans l’herbe mes visions s’estompèrent et tous

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m’observèrent curieusement. Celle qui fut jadis leur reine se trouvait être en piteuse état, morne créature se déplaçant à quatre pattes, le regard lointain. Le sang coulait de mes bandages et la douleur m’empêchait de voir clair. Une petite fille s’approcha. « Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ? » Une femme de la ramener de force. « Ne t’approches pas d’elle petite, elle peut-être contagieuse ! Il vaut mieux garder ses distances avec ces étrangers ! » Les frissons me reprirent et cachée derrière un rocher, je tentais de recouvrir la raison. « Ils vous ont fait du mal n’est-ce pas ? J’appartiens au Gardiens des Monts Sacrés et je sais qui vous êtes. Depuis le premier jour. Vous étiez allongée comme morte et je me suis souvenu de cette légende parlant d’une reine oubliée. La reine Aldren mais ressuscitée par l’eau, le feu, l’air et la terre. Me voyez-vous? » Le chevalier avait probablement mon âge, portant de longs cheveux blonds et un petit nez retroussé ; dans son armure dorée arborant une montagne cerclée par des chênes, il paraissait presque être un homme, au doux regard, certes mais un homme capable de tuer si le besoin s’en faisait ressentir. Il caressa mes cheveux noirs et mes bandages. « Qu’avez-vous fait de votre escorte ma reine ? Où sont les hommes de notre prince Eothen ? Mon frère vous aurait côtoyé avant qu’Eothen ne les congédie. Mon épée sera la vôtre ma reine et je vous fais la promesse solennelle de vous servir jusqu’à la mort ». Une promesse qu’on m’avait déjà faite jadis et qu’on n’honora pas. Qu’attendre des hommes ? Qu’attendre de ce monde là ? L’aventure se poursuivit vers la grande cité fortifiée, des heures et des heures de marche longeant ravins et chute d’eau, décor magnifique, presque surréaliste avec ces

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enfilades de vallons enneigés ou verdoyants. Iponèd ne me quitta pas d’une semelle, m’encourageant à avancer et au lieu de suivre les autres sur la voie présentement tracée, nous remontâmes vers la Route du Sel, à plus de 500 milesde notre position actuelle. Un long chemin jalonné de dangers. « Aldren ? Oui elle est ici ! C’est la femme là-bas, celle qui porte la tunique blanche ! » Entendant cela, Iponèd se plaça devant moi afin de me masquer. « C’est toi qu’on appelle Aldren ? » Et notre prêtresse se leva, le sourire aux lèvres gonflant la poitrine et toisa l’homme de son regard de félin. « L’Aldren que vous cherchez n’est plus en vie et tu le sais chevalier ! Vous avez tué votre reine et mon nom est Igred, fille d’Amnès Iv et je demande à voir le prince ! Me conduiras-tu à lui chevalier ? Mes amis et moi voulons rencontrer le prince, alors mènes-nous à lui ! Hâtes-toi le temps nous est compté ! » Le chevalier en personne me frôla sans même m’identifier. Le sol se déroba sous mes pas. Méowyn ? Il s’agissait de Méowyn, mon chevalier servant d’autrefois ! Prestement ma main se posa sur l’avant-bras de la belle Igred. « Nous ne pouvons rester ici ! Ces hommes n’auront que faire de nous ! » Et elle posa ses mains sur mes épaules avec tendresse, le regard autoritaire et doux à la fois. « Ildres, nous sommes près du but que nous nous sommes fixés ; à savoir trouver une protection que la providence nous offre aujourd’hui ! Alors pourquoi renoncer ? —D’accord ! Vous ne le savez pas encore mais le prince compte vous épouser. C’est votre destin que celui de l’épouser alors ne me demander pas de prendre part aux festivités, j’en serais incapable. Je ne peux continuer ainsi à vous mentir, princesse ! J’ai

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jadis côtoyé ces hommes et je ne veux plus rien attendre d’eux ! —Mais que racontez-vous ? —Elle vient de vous le dire ! Nous partons alors écartez-vous de nous ! Finissonsen au plus vite! Prenons nos affaires et partons avant que votre chevalier ne revienne ». La princesse aux grands yeux de chat me dévisagea froidement refusant de se voir être abandonnée parmi cette dizaine de réfugiés ; la fille d’Amnès IV s’opposerait à nos projets, voyant dans notre collaboration l’occasion de se distinguer auprès des siens. Un cheval piaffait au loin et il ne pouvait s’agir que d’Orul. Il hennit furieusement et se cabra. Le baluchon sous le bras, Iponèd lui tourna le dos et j’allais l’miter quand de solides mains m’attrapèrent pour m’écarter d’Igred. « C’est vous qui dites être la fille d’Amnès IV ? Rugit Eothen en fonçant droit vers la beauté aux nobles traits. « Et qui me dis que vous êtes bien sa fille ? —Refuserez-vous de me croire mon prince ? Votre Aldren vous a déçu et pourtant vous accourez encore à l’évocation de son nom ! Vous croyez encore aux fantômes mais point aux choses réelles. Conduisez-moi auprès d’Amnès et vous saurez si je vous ai menti ou non ! —Et si je refuse. —Alors vous serez bien malheureux de ne pouvoir espérer le soutien de mon père. Quel malheureux roi seriez-vous ? Alors que décidez-vous ? Ildres ? Veuillez m’excuser ! Ildres, vous ne pouvez partir, j’ai encore besoin de vous : Vous êtes plus qu’une amie et j’aurai perdu tout espoir sans vous à mes côtés. Vous avez été ma première confidente et nous nous sommes serrées dans nos bras au plus profond de la tourmente ! Ne partez pas s’il vous plait ! Mon père saura vous récompenser en apprenant

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ce que vous avez fait pour moi. J’ai foi en vous, alors ne m’abandonnez pas ! Je suis une princesse, fille d’Amnès IV et je peux faire de vous la plus heureuse des suivantes, si vous acceptez la main que je vous tends ! » Alors nous suivîmes le prince Eothen à contrecœur. Igred ferait une reine autoritaire, et respectée par les frères de son époux. Sur son cheval, elle avançait fièrement, le menton relevé et si attirante qu’il ne fut point difficile de l’imaginer sur un trône donnant là toute la pleine mesure de son talent. Une reine-née et capable de mener ces hommes aux combats. Marchant derrière Iponède, personne ne se souciait de ma personne et le soir venu, on nous oublia le plus simplement du monde. Méowyn s’adossa contre un arbre et la tête dans la main ne participa pas aux discussions des autres guerriers Ascaris. En retrait il fixait la lame de son épée. « On dirait que ce beau chevalier te plait. On dit qu’il n’est plus tout à fait le même depuis que la reine n’est plus. Possible qu’il l’eu aimée. Personne n’en saura rien. On Son trépas est un mystère pour nous tous. Eothen l’aurait tué par ennui d’après ce qu’on raconte. Crois-tu qu’il ait agi par devoir ? Cette reine n’avait pas sa place parmi eux, c’est l’unique vérité ». Méowyn quitta son arbre pour quitter la compagnie du prince et de sa suite. Il passa tous près de moi mais ne me vit pas, aveuglé par son chagrin. Et dans la nuit je partis caresser Orul, agitant la tête de bas en haut, lui me reconnaissait et l’émotion submergea mes yeux. « Vous êtes la seule à pouvoir l’approcher. Il est…il est un peu nerveux en ce moment. C’était la monture de notre reine, le seul souvenir qu’il nous reste d’elle. Vous semblez lui plaire. Il ne laisse personne l’approcher. » Méowyn s’en alla sans demander son reste et le lendemain alors que nous

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marchions loin derrière les autres, il tourna bride et posa le pied à terre pour marcher près de moi. « Il se puisse que mon esprit me joue des tours pourtant…J’aurai du comprendre Orul a manifesté des signes d’agitation que nous n’avons pas su interpréter. Il vous a reconnu avant même que vous ne l’approchiez. Aldren… je n’ose à peine y croire…Est-ce bien vous ? Notre prince sera fou de joie. Lui qui vous croyait à jamais perdue. Vous pourriez monter sur mon cheval et ainsi vous reposer. —Je ne suis pas fatiguée. Le hasard m’a conduit ici mais le mieux pour vous serait de m’ignorer. Ignorez-moi…s’il vous plait. » Un bébé. J’entendis les pleurs d’un bébé. Aldren ! Donne-lui un héritier. Donnes-lui ce qu’il attend de toi ! Autour de moi l’agitation vous étourdissait et Eothen fondit la presse pour se tenir debout devant moi et derrière lui Igred. « C’est Ildres mon prince. Elle marche avec moi depuis trois semaines et elle est mon ami. Je veux qu’il ne lui soit fait aucun mal. Je ferai d’elle ma suivante et père se montrera généreux à son égard. —Alors…alors qu’elle suive avec les autres. Et qu’elle…qu’elle monte Orul. » Et ce fut tout. Après deux mois de séparation, Eothen ne trouvait que cela à dire, voyant en moi une étrangère de sang olmurien et aucun ne prononça le nom d’Aldren, l’ayant semble-t-il banni de leur langue. Pourtant il ne chevauchait jamais bien loin de moi et il m’étudiait avec curiosité, longtemps avec résignation comme pour figer à jamais mon image dans son esprit. Or après une longue journée il s’assit ouvrit enfin la bouche. « Je vous ai vu. Certaines nuits je vous voyais marcher seule dans la montagne et j’ai loué votre courage, votre détermination et la foi que vous aviez en l’espoir. Je savais que

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nous nous reverrions et que votre destin serait mêlé au mien. —Oui en vous apportant votre reine, Igred. Elle sera une grande reine, celle qui vous aidera à rétablir l’ordre sur les terres du sud et il ne pourra en être autrement. —Est-ce la les prédilections d’une Olmuril ? Alors pourquoi suis-je le seul à voir ce que vous voyez ? A entendre vos pensées ? Vous et moi sommes unis que vous le vouliez ou non. » Aucune réponse à apporter à ses questions. On ne m’avait jamais dit que ce prince hanterait autant mes pensées. Il était prince et roi ; à son retour à Béréthor il porterait la couronne des Ascaris mais en attendant il devait survivre en tant que roi régent. Son frère cadet compliquerait son ascension au trône et personne ne l’en empêcherait puisque légitime du défunt roi. En haut de la colline, mes yeux aperçurent des cavaliers sur le flanc est, des petites fourmis progressant lentement vers le camp du Prince et de plus petites formes plus loin devant. Des loups. Ceux des Varens. Ils ne tarderaient pas à nous tomber dessus et nous tailler en pièces. « Des Varens ? Ils viennent pour moi mon prince. Je me suis fait passer pour la reine Aldren dans l’espoir de les conduire ici et c’est moi qu’ils viennent chercher ! » Igred savait ce qu’elle faisait. Leur tendre un piège, cela fut digne d’un grand stratège et il fallait admirer sa maîtrise du terrain. Les fugitifs n’étaient autre que son escorte personnelle ; sous leurs haillons, l’armure et les armoiries du roi Amnès IV et ils déroulèrent des armes dissimulés sous leur tapis de sol. Dotée de deux sabres, Igred bondit sur le rocher et donna des ordres à ses guerriers. Iponèd se pencha à mon oreille.

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« Nous devons partir maintenant. Ces varens veulent votre sang. Il est dit que ton sang bénira les troupes de notre unique roi. Une goutte seulement apportera la victoire. Nous devons partir. Ma reine…Il est temps de partir ». La pluie nous contraignit à prendre une décision ; des trompes d’eau se déversèrent sur nos têtes. On me saisit par la taille pour me mettre sur le dos d’Orul. Mon regard plongea dans celui de Méowyn. Me voyait-il comme une étrangère ou comme une reine déchue ? Iponèd ne le voyait pas de cet œil et silencieux marchait à mes côtés, l’épée à la main, tenant fermement Orul par les guides. On marcha à travers les bois sur plusieurs milespar l’ouest sans rien croiser. La pluie masqua nos pas et quand elle cessa enfin, les oiseaux chantèrent au-dessus de nos têtes comme jamais encore. Le nez sous la voute des arbres, les frissons parcoururent ma peau. Le prince tourna bride pour venir près de moi sur cette sente longeant la rivière. « Dans moins de deux jours nous serons en sécurité. J’en profiterai alors pour prendre un bon bain et remercier les Dieux pour vous avoir remis sur notre chemin. —De quels dieux parlez-vous ? Les vôtres ne se sont guère montrés cléments à mon sujet mais je suis prête à entendre vos louanges, puissent-être justes. » Comme à son habitude il partirait sans rien ajouter. Il ne prendrait pas le temps de discuter avec une Olmuril qui plus est depuis qu’il avait la belle Igred à ses côtés. Le visage dissimulé sous ma capuche, il ne pouvait discerner l’expression lymphatique de ma figure et crispée sur le pommeau de ma selle, je retenais ma respiration. « Mes prières seront justes et ne blâmez pas l’homme que je suis. Ne me demandez pas d’effacer ce passé, il est ce que

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nous avons en commun. Cette histoire que l’on écrira sur la page. Vous la reine errante et moi, le prince sans royaume. Ils ne retiendront que cela Aldren, nous n’aurons que cela à leur offrir ». C’est faux ! Pourtant là dans cette forêt un spectateur aurait pu confirmer ses dires. Eothen jeté sur les routes et moi la reine déchue attendant l’instant favorable pour partir. Igred ne nous en voudrait nullement, siégeant au milieu de ces guerriers ; féline et divine, elle ne laissait personne indifférent, rayonnante et astrale, il me suffisait de l’imaginer sur le trône pour en éprouver un intense soulagement. « Aldren ? J’ai toujours su qui tu étais, murmura-t-elle en me serrant les deux mains. L’un de nos mages nous a dit que tu étais encore en vie. Il me suffisait de te trouver et tu es là. Tu ne me quitteras jamais n’est-ce pas ? Tu resteras avec moi et tu me soutiendras dans toutes mes épreuves car tu es une Olmuril et je t’aime déjà comme une sœur. » Elle me demandait de rester près d’elle. Cela serait impossible. Le vent se leva et les branches s’agitèrent ; une tempête se préparait et avant même en ressentir la violence, le sol se déroba sous mes pas. Aldren ! Sauvestoi ! Cours ! Le choc fut violent, si violent que ma tête sembla s’être arrachée de son tronc. La chute fut longue et douloureuse, glissant inexorablement dans le ravin, passant de la terre au ciel dans un vertigineux mouvement ; un mouvement de fuite et plus rien. Des corbeaux tournoyaient au-dessus et mon âme se détacha de son enveloppe. Les hommes se battaient furieusement et au milieu d’eux, les coups ne m’atteignaient pas. Un souffle froid m’enveloppa, la mort viendrait me chercher s’il ne me trouvait pas, immobilisée sur l’un des versants de ce précipice. Igred se battait près de son prince et ambidextre donnait plus de coups

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qu’elle en recevait et une sorte de créatures tatouée sortant du néant apporta la mort parmi les guerriers du roi Amnès IV et de ceux d’Eothén. Il s’agissait du même Varens m’ayant pris une mèche de cheveux et mon sang. Il se battait contre Méowyn cette fois et mon cœur s’emballa. « Eothén ! Ce varens possède quelque chose à moi ! Ne le laisse pas repartir ! » Un coup de tonnerre éclata et les gouttes d’eau glissèrent sur mon visage, le sang en fut ôté ainsi que la terre et les feuilles collées sur mes cheveux. Au fond de l’eau, mes poumons s’en remplirent et ce fut douloureux ; au fond de l’eau se trouvait Eothen prisonnier des plantes aquatiques. Etait-il mort ? Ses bras se balançait mollement de chaque côté de son corps et ses cheveux remontaient à la surface, attirés par le soleil perçant la surface. Dans mes bras je le serrai et il ouvrit les yeux, un regard blanc, effrayant en soi. Ma panique me fit le lâcher. Il s’accrochait à mes jambes pour me maintenir au fond de l’eau. A bout de force, caressée par les derniers rayons de soleil, mes poumons lâchèrent les dernières bulles d’oxygène. Eothen m’attira à lui et m’insuffla un nouveau souffle de vie. La toux me déchira la poitrine et m’accrochant à lui, mes forces me revinrent. Sortant de ma torpeur, mes yeux lentement s’habituèrent à la semi-pénombre. Eothen me serrait dans ses bras et tout contre son cœur la vie reprenait son cours. Il ne me laisserait pas tomber, là en était la certitude et plus encore quand sa main chaude et bienveillante caressa ma joue éraflée. « Comment s’en sort-elle ? Questionna Igred en s’accroupissant devant son prince. Elle est forte et elle s’en sortira avec ses quelques côtés cassés. J’ai vu le loup mais je n’ai pas eu le temps de parer à son attaque. Je

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vais m’occuper d’elle. La médecine de mon peuple est puissante et en un rien de temps, elle se tiendra prête à chevaucher. » Le prince n’y tint pas et me laissa à Méowyn jamais bien loin de celle qui fut jadis sa reine. Il passa la nuit, allongé près de moi il constata mes frissons et ces dernières diminuèrent sitôt qu’il me serra dans ses bras. La musique me réveilla, le son du tambour et de la flute. Mon réflexe fut celui de glisser ma main dans mon entrejambe. Je saignais. Mon regard croisa celui du Varens, les mains solidement attachées dans le dos. Il s’était laissé prendre et pour une seule raison évidente : il me voulait, ce sang sacré apporterait espoir et il se donnerait les chances d’y parvenir en manipulant mes pensées. Ce monstre fait de chair et d’os me manipulait à travers mes songes, faisant de moi sa prisonnière capable de faire vaciller le destin du prince consort. De nouveau notre regard se croisa. Il sourit et derrière ses grandes mèches grises, son regard vide de la moindre expression semblait s’être réanimé. Iponèd rassembla mes effets personnels pour les jeter sur le dos d’Orul. Il s’en voulait encore pour avoir manqué à son serment : celui de me protéger coûte que coûte. Il devait savoir qu’on ne pouvait me tenir attacher. On se mit donc en marche et celle qui allait devenir notre reine se rapprocha de moi en faisant miroiter les reflets de sa cape identique à des élytres de libellules. « Comment te sens-tu Aldren ? Je me sens tellement responsable. J’aurais pu te protéger ! Il était de mon devoir de le faire ! J’ai tué ce loup mais un peu trop tard, tu étais déjà hors de portée de nos boucliers. Cependant je me vois soulagée de ta guérison, tu es plus forte encore que je ne l’aurais imaginé. Après tout n’es-tu pas une Ormuril ? J’ai toujours eu une

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grande estime pour les tiens et je me suis toujours dit que le destin nous rassemblerait sous la bannière du prince Eothen. » Comme entendant notre discussion, ce dernier tourna la tête pour nous observer. Un franc sourire apparut sur le divin visage d’Igred ; l’amour illuminait ses traits fins et sensuels. La tête haute, elle avançait sachant que tous la regardaient évoluer. Puis elle talonna sa monture pour se rapprocher de son aimé. Iponèd tenant Orul par la bride se tourna vers moi pour m’interroger du regard. « Vous la voyez peut-être déjà comme une grande reine, Majesté mais pour moi, il n’en est rien. Son père convoite depuis toujours les terres du vôtre et elle vous veut à sa merci pour le jour où le grand roi Cléistophen trépassera et après lui ses fils. —Elle sera une reine Iponèd, que vous le veuilliez ou non ! » Repue de fatigue mon corps ne répondit pas à mes stimulations sensorielles ; peu après m’être allongée sur mon barda, ma conscience s’évanouit pour laisser place aux rêves. Iponèd affutait la lame de son épée, ce long bruissement strident résonnait dans mes oreilles. « La reine dort, ne vous approchez pas d’elle ! On dit que vous n’avez pas hésité à vous détourner d’elle pour vous concentrer sur vos propres aspirations. Quel genre de seigneur êtes-vous ? Vous l’avez laissé se perdre et aujourd’hui, vous revenez pour implorer son pardon, mais elle n’a rien oublié de votre lâcheté. —Gardiens des Monts sachrés, hein ? A qui avez-vous fait allégeance ? Un titre ne se conquiert pas, il se mérite et avant même que vous soyez sacré chevalier, vous serez mort car n’ayant pas pu vous protéger de vous-même, murmura Méowyn et cette sentence me fit

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ouvrir les yeux. Apprenez à vous ranger derrière votre équité, la seule qui vous sauvera quand la bonne fortune s’éloigne peu à peu de vous. La probité vous évitera de perdre pied à chaque nouvelle épreuve. —Mais elle vous faisait confiance ! —Je sers la couronne et vous le comprendrez quand vous aurez à vous battre et sacrifier votre existence pour la cause que vous aurez choisie. La loyauté est le seul mot qui trouve un sens en ces temps de troubles. —J’essayerai de m’en souvenir. Cependant je doute que Sa Majesté ne vous trouve plus guère à son goût. Possible qu’elle désire se détacher de vous, alors si vous éprouvez quelque sentiment à son égard, éparngez-la et je vous croirais digne de loyauté ». Iponèd savait parler. Il ferait un Grand Chambellan si je pouvais le recommander à EotheN or ce dernier se tenait là près du feu, écoutant Igred chanter accompagnée d’une lyre. Une voix mélodieuse, cristalline qui me rappela Béréthor. Le prince tourna la tête vers Méowyn avant que son regard vert d’eau ne plongea dans le mien. A quoi pensait-il à cet instant précis ? Etait-il transporté par la voix de la fille d’Amnès ? Alors mon corps bascula vers le ciel étoilé traversé par quelques nuages gris et véloces. Les étoiles scintillèrent les unes après les autres, comme accompagnant les accords de la lyre ; quelle beauté insoupçonné ! Peu avant l’aube, Iponèd me secoua gentiment, la pelisse sur ses épaules. « Majesté ? Aldren ? » L’heure pour nous était de partir ; les chevaux étaient prêts, le camp dormait encore et personne ne se douterait que notre fuite fut parfaitement orchestrée. Iponèd partit avant moi ; on devait s’attendre près de la rivière et marchant dans la rosée, soulevant ma

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lourde cape, il me fallait progresser sans faire le moindre bruit. Rapidement il nous fallait atteindre l’autre versant de la colline et ne voyant rien devant la brume napper l’horizon, la panique me saisit. L’eau fit un bruit de succion et le bruissement de la végétation écartée à mon passage fut étouffé par l’épaisse vapeur. « Alddren ? Aldren ! » Non mes yeux ne pouvaient me trahir, il s’agissait bien du prince consort dont la silhouette se découpa dans ce brouillard. Le claquement des ailes d’un oiseau m’effraya. Il me prit la main pour m’attirer à lui et avant que tout malentendu soit dissipé, il me serra fermement contre lui, caressant ma tête avec une tendresse qui ne lui était pas habituelle. Il me serra fort et nous étions comme deux racines prenant vie dans cette eau glissant sous nos pieds. « Je dois m’en aller…mon prince », ce murmure, il ne t’entendit pas, glissant ses doigts sur chaque courbe de mon visage. Le vent se leva comme voulant balayer cette brume. « Eothen ! » Cria-t-on et le cor gronda derrière nous. Une attaque. Le campement subissait une attaque. Des hennissements s’approchèrent. Apparut Iponèd tirant derrière lui Orul. « Majesté ! Il nous faut partir. Nous n’avons pas une seconde à perdre ! » Il me vit près du prince mais sa détermination fut telle qu’il l’ignora, convaincu que mon destin se trouvait être loin d’Eothen. « Je dois y aller. Mon avenir est ailleurs et…s’il vous plait de m’excuser auprès de votre promise. Elle est votre futur mon prince quand je ne suis plus qu’un passé que tous oublieront, effacée à jamais de la mémoire de vos peuples ! » Galoper dans ce terrain si accidenté fut une épreuve ; seuls les chevaux paraissaient sûrs de leurs pas et nous les laissions faire,

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accrochés au pommeau de nos selles. Soudain Orul s’immobilisa sur la crête d’un mamelon, la colline s’étendait à perte de vue et là-bas la cité royale du roi Amnès IV. Continuer au nord, mais Orul tournait manifestement vers l’ouest et alors que mes talons piquaient ses flancs, il renâclait, soufflant à pleines narines de al vapeur d’eau en de fines gouttelettes froides. « Ma reine… » Iponèd m’interrogea du regard. Il devina que le chemin ne se ferait pas sans l’accord de mon cheval ; il éclata nerveusement de rire et il se tut en voyant se dessiner une colonne de soldats portant l’étendard du roi. « Nous sommes des étrangers sur ces terres. Le roi recherche sa fille et n’a-t-elle pas parlé d’une récompense vous concernant ? Nous savons tous deux que vous n’y échapperez pas si vous décidez d’aider le roi et sa fille. Vous devez me croire Majesté ! » On nous enferma dans un camp pour les réfugiés, en tout pas moins de deux mille individus attendant leur laissez-passer pour les terres d’Amnès. Selon leurs lois, nous pouvions attendre là indéfiniment et pour tuer le temps, des danses furent organisées pendant lesquelles les plus jolies femmes s’exhibèrent devant un grand feu. Les tambours excitèrent nos battements de cœur et l’alcool contribua à rendre ces hommes et femmes heureux. La tête me tournait et le contenu de mo verre passa par-dessus bord ; des mains saisir mon cou et le souffle me manquait. Le mage Varens m’appelait à lui et Iponèd me vit quitter la table et partir vers le chaudron posé sur le feu. « Majesté ! Que faites-vous ? » Le Gardien des monts Sacrés me retint par les bras et il constata que mes poignets saignaient. La douleur me saisit, si violement que mon corps se débattait furieusement. Un attroupement se

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forma autour de nous et Iponèd m’éloigna des curieux. « Il possède quelque chose de vous, Majesté. Quelque chose qui lui permet de vous contrôler. Il veut t’emmener là où personne n’est allé avant toi. Vous êtes une Olmuril et vous avez le don. Celui qui vous fait entrevoir l’avenir et le savoir. C’est de cela dont il a besoin plus que de votre sang, ma reine. Vous m’entendez n’es-ce pas ? Mais vous ne me voyez plus. Je ne suis plus qu’une ombre passant devant vos yeux. Ce que vous voyez maintenant est le futur. Apprenez à le garder en mémoire et ce que votre esprit voit, d’autres peuvent être appelés à le voir, comme une sorte d’écho. Appelez la personne et elle vous entendra… » Le voyage spirituel se déroula bien loin de ces terres. Une armée se déplaçait avançant droit sur la terre de mes ancêtres. La cité royale fut mise à sac. La peur me saisit et les larmes ruisselèrent sur mes joues. Eothen ! Eothen ! Mon royaume se meurre. Aidez-mon peuple. Aidez-le ! Et la nausée gagna mes lèvres. Iponèd m’aida à me redresser, les larmes coulaient sur mon visage et terrifiée mes mains se crispèrent à son bras. « Les miens…les miens vont être attaqués. J’ai besoin d’Eothen, il est le seul à pouvoir m’aider ». Les frissons parcoururent ma peau et le besoin de tenir Eothen dans mes bras se fit ressentir. Il me fallait accepter de lui faire confiance et de lui ouvrir mon cœur. Il vint à moi le cinquième jour et quand il apparut près de la princesse Igred, mon cœur tressauta. A quoi bon insister, il semblait avoir céder à Amnès et à sa ravissante fille. Iponèd me retint par le bras. « Ils vont se marier. Dans trois jours et si vous devez agir maintenant, faites-le ma reine. Il s’agit des vôtres et vos présages ne

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peuvent être pris à la légère. Demandez à le rencontrer et dites-lui ce que vous ressentez. » Un jour s’écoula sans que le destin fut modifié, jusqu’à ce qu’on vienne nous chercher sur ordre de la princesse Igred. Le retour à la civilisation et au confort me dérouta quelque peu et après un long bain chaud, on m’habilla et me coiffa au vue des circonstances. Vêtue d’une d’un voile couleur chair finement brodé d’arabesque doré, on m’introduisit près du roi Eothen. Après une longue génuflexion, il m’aida à me relever. « Pas vous Aldren, vous êtes assez noble pour me regarder en face. Marchons, voulez-vous…Je suis un roi qui pour l’heure n’a pas de royaume et vous êtes une reine sans couronne. Je pourrais m’en remettre à mon cadet et aspirer à une existence plus paisible près de la femme de mon choix. Amnès paraissait être une évidence et… —Si vous êtes roi, il est de votre devoir de protéger mon peuple des attaques de votre frère ! il se déplace vite et il frappera avant que nous puissions nous en rendre compte. Eothen, il est dans votre devoir d’agir ! » Il se détourna de moi et gagna le parapet du balcon. En bas de jeunes femmes dansaient tel de diaphanes papillons. Le vent nous ramena des odeurs de fleurs si suaves et douces que nous en oublions nos préoccupations. En bas Méowyn leva les yeux vers nous et un voile de chagrin m’envahit. Dans cette vie comme dans une autre, l’amour nous serait refusé. « Eothen, m’entendez-vous ? Je vous demande de m’aider. Nous avons besoin de vous ! » Il plongea son regard dans le mien, ce regard raviva de violents souvenirs : l’humiliation subite à Béréthor et la continuelle

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mépris des Ascaris pour qui venait des terres australes. Il allait redevenir dédaigneux, la cicatrice s’ouvrit de nouveau et mes yeux se baissèrent ne voulant plus être sondés avec tant d’hauteur. Méowyn ne se tenait plus au muret. Seule et oubliée de tous. « Je vous importune Votre Majesté… vous avez certainement mieux à traiter. Alors, veuille excuser mon impertinence. » Il me claqua la porte au nez et me retourna prestement vers lui. « Aldren, je… » Il ôta ses mains des mes épaules. « J’ai conscience que le moment est mal choisi étant promis à une autre, mais… » Il enserra mon visage entre ses robustes mains et dans un geste désespéré glissa mes mains sur ses coudes. « Je vous vois encore, m’appelant à votre secours et je suis venu mettant la vie de mes hommes en danger pour vous sauver. Il y a des années de cela, je vous ai arraché aux vôtres et il est dans mon devoir de réparer ce méfait. —Alors aidez les miens et nous serons quittes ! » Alors il fit cette chose insensée comme baiser mon front. Le désir me gagna partant des entrailles jusqu’à mon cœur battant plus vite et plus fort. Il caressa mon visage d’une mèche de cheveux et me serra tout contre lui. Un feu brûlait en moi. « Je n’aurais jamais pu vous aimer comme elle vous aime…Ses sentiments sont purs et…elle sera votre reine, la seule et unique reine. » Dans la soirée les hommes du roi Eothen festoyèrent pour fêter le mariage à venir de leur roi. Dans mon coin, l’envie de les rejoindre me démangeait. Ils devaient excuser ma lâcheté mais pour l’heure, mes forces me manquèrent. Des gloussements de femmes montèrent à mes oreilles et en prêtant une meilleure écoute, il s’agissait de la voix d’Igred et de ses suivantes. Assise sur mon banc, mon

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attention se porta aux étoiles étincelantes et aux rires des festifs. Iponèd remua derrière moi, caché derrière le treillis de lierre. On venait par là. « Oh, vous êtes ici ma reine ! Tout le monde vous cherche. Permettez-moi de m’assoir, questionna Méowyn sans attendre ma réponse. Nerveuse, mes mains s’agitèrent en tous sens et paralysée par l’inaction d’Eothen, la peur de tout perdre, je fuyais de nouveau la compagnie des hommes. « Que voulez-vous Méowyn ? Que me veulent-ils ? Il y a longtemps que l’on ne m’a pas sollicité pour un problème relevant du royaume et maintenant que je n’ai plus de couronne, les hommes de votre roi semblent ne plus pouvoir se passer de moi, ironisai-je en tentant un sourire qui alla se perdre sur mon visage si froid. On devait me trouver bien livide, terne et vilaine avec ces yeux continuellement gorgés de larmes. —Comment allez-vous ? —Ce n’est pas à moi qu’il faille poser cette question. » Un sordide rire sortit d’entre mes lèvres et la honte me recouvrit. Il se passa quelques longues minutes pendant lesquelles ni l’un ni l’autre n’échangea. Méowyn se tourna vers Iponède dont on discernait à présent la silhouette sous l’arche de fleurs. « Le roi m’autorise à vous escorter sur vos terres. Nous partirons quand vous en donnerez l’’ordre. —Eothen vous l’aurez permis ? » La surprise me fit écarquiller les yeux et pensive imaginais ce roi encouragé par Igred, lui glissant à l’oreille combien il fallait me caresser dans le sens du poil. Méowyn non plus ne devait pas y croire ; son regard parlait pour lui brillant d’un feu nouveau ; un rictus apparut sur ses lèvres finement ourlées. Alors il serait mon

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amant, contre tout espoir nous allions enfin nous aimer. « Le destin de mon peuple est entre ses mains et il trouve judicieux de s’en remettre qu’à un homme ? Qu’ai-je donc fait pour attirer autant de morgue, Méowyn ? Qu’ai-je donc fait ? —Ma reine…ALdren, vous l’avez rendu malheureux en lui manifestant tant de dédain. —Moi ? Dédaigneuse ? Pensez-vous vraiment que j’ai pu me montrer dédaigneuse ? Je me suis assise sur mon orgueil et j’ai supporté brimades et humiliation, plus qu’il n’en faut pour se voir traiter de dédaigneuse ! C’est tout pour ce soir Méowyn, merci ! » En poussant la porte de ma chambre un curieux pressentiment m’obligea à me ternir sur le qui-vive ; la chambre donnait sur les remparts-est et assise sur le rebord du lit mon esprit erra vers des terres inconnues quand la lame aiguisée d’une épée souleva mon menton. « Il ne vous a pas écouté ma reine » Le Varens me tenait à sa merci. « Tous partis festoyer et vous laissant là. Oui je me suis enfui. Les geôles du roi Amnès sont loin d’être confortables. Détendez-vous ma reine. Je ne vous ferais aucun mal et vous le savez. » Il enleva la lame de ma gorge et de sa main sale souleva mon menton pour m’obliger à le regarder. D’un claquement de doigts il me fit dormir. Telle une ombre errante, mon âme se faufila dans les corridors, croisa un chat qui siffla ; plus loin, pénétra dans une grande salle où se tenait Eothen et la cour du roi. Eothen, ne comprenez-vous donc pas ? Continuerez-vous à m’ignorer ? Regardezvous ! Est-ce une vie sans amour que vous attendez de voir se concrétiser ? Il se leva et prit congé de ses hommes, levant un voile d’interrogation sur chacun des visages et Igred

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d’interroger son père de ses grands yeux. Il quitta la pièce, pressa le pas et frappa à la porte de ma chambre. « Aldren ? Aldren ? » Doucement il me secoua et mon réveil fut brutal, la peur me colla la nausée. « Il était là. Il se tenait près de moi et…je vous ai appelé, mais vous ne semblez pas m’entendre au milieu de vos courtisans ! Il était là et j’ai eu si peur. —Calmez-vous, je suis là maintenant ». Iponèd m’escorta jusqu’à la princesse Igred entourée des siens en costume d’apparat. En me voyant arriver, la belle quitta l’estrade dans un tourbillon de mousseline et d’onguent préparé par le soin des experts en essences. Elle me tendit ses longs bras gracieux, le visage si beau qu’il n’était pas difficile d’en éprouver si intense subjugation. « Ah, la voici ! Elle fut jadis notre reine et aujourd’hui, notre Aldren fille du roi Cléistophen nous fait l’honneur d’être parmi nous, de se tenir là resplendissante et insultant la beauté des plus jolies femmes de ces royaumes ! Venez ma chère amie. Mon père vous accorde une audience spéciale pour m’avoir préservée du chaos ! » Une audience où se tenait Eothen et le roi Amnès portant une longue barbe noire taillée en pointe, des sourcils noirs rasés en un fin trait ; il se tenait debout parmi ses conseillers eux-mêmes vêtus de costumes noirs à parmentures dorées, à leur cou pendaient des chaines d’or et des sabres à leur hanche. Le roi ne desserra pas les lèvres en me voyant approcher devant Iponèd, plus nerveux qu’à son ordinaire. La main sur le fourreau de son arme, il défiait ces hommes de ses grands yeux gris et expressifs. Ma tunique caressait mes jambes nues et retenue par une seule bretelle, elle flottait, aérienne autour de moi. Des médaillons bruitaient à mes hanches et à mes chevilles et

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par jeu de transparence on pouvait discerner ma poitrine ronde aux mamelons couverts d’un capuchon d’or. Me préparant à ployer le genou, mon regard se troubla à la vue du mage varens caché derrière cette colonne. Le roi Amnès interpréta bien mal ce geste mal effectué et Eothen se précipita alors vers moi. « Aldren fut une grande reine et partisante des espoirs de mon père de voir rallier certaines nations à notre…cause. » Il posa la main sur mon avant-bras et mon corps tressaillit et son regard m’ensorcela plus que la veille encore au moment où nous nous unissions, corps et âme. Il fixa ma bouche et serra davantage mon bras. « Nous venons d’apprendre que les troupes d prince Rowen se dirigeait vers le royaume de Cléistophen et nous les contrerons avec dix mille hommes. Une levée a donc eu lieu pendant que vous dormiez…Amnès quant à lui nous pourvoit de cinq mille hommes supplémentaires. Nous aurons tôt fait de dérouter Rowen. —Vos Majestés sont…généreuses. Vous honorez mon peuple d’un tel engagement. Nous vous en serons à jamais reconnaissants, Mon roi, gracieusement je me pliais dans une longue révérence. Eothen ne me lâchait pas des yeux et ce regard pouvait nous trahir. Il me tendit son bras. Refuser aurait été un affront. « Sortons-nous dégourdir les jambes, si vous le voulez bien. A moins qu’Amnès vienne vous entretenir d’un sujet ignoré de moimême ! » On marcha dans le jardin surplombant les hauteurs de la cour, derrière nous suivaient les courtisans, mais pas de roi Amnès. Mon cœur battait fort ; il avait deviné la nature des sentiments qui nous unissait. Il devina bien avant les autres. Il m’étudiait du coin de l’œil, marchant silencieusement en

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choisissant les passages ombragés et m’offrit sa main pour emprunter des escaliers de pierre. « Mon roi…votre mariage aura lieu demain et votre promise s’accorde à penser que…Iponèd et moi partirons avec l’armée d’Amnès. Cet homme ne me porte pas dans son cœur et il n’a pas l’intention de m’encenser publiquement sachant que je vous ai eu pour amant. Il sait pour nous deux. Vous ne pouvez vous comportez avec moi comme vous l’eussiez fait dans cette salle, au milieu de ses courtisans ! Je vous interdits de me témoigner plus d’attention que vous ne pourriez en avoir pour votre future reine ! —Aldren, j’agis en toute neutralité. Vous avez été l’épouse de mon père et notre reine à tous ! —Mais ce temps est révolu ! M’entendis-je arguer, les poings serrés et la gorge nouée. Il ralentit son allure et resta planté sur le sentier à m’observer. « Je ne vois pas quelle différence cela fait. Vous êtes sous ma protection, qui plus est depuis que je suis votre roi, murmura-t-il penché à mon oreille. Vous êtes sous ma protection que vous le vouliez ou non. » Son regard me fit baisser les yeux et fixant un détail de son costume avant d’oser le regarder. Le vent gonfla mes cheveux noirs et les déplaça sur le devant de mon visage ; il les dégagea délicatement, posant ensuite ses mains sur mes épaules. Il allait épouser Igred. Sa main se posa sur ma joue et dans son regard brillait cette intense lumière. Ma main recouvrit la sienne pour le dissuader de continuer. « Mon roi…il me semble que vous vous égarez. Iponèd ! » Lui se hâta de venir vers moi et en courant nous quittâmes cette scène ; les larmes me gagnèrent les yeux et loin des regards indiscrets laissai poindre mon chagrin.

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La main sur le ventre, les hoquets m’empêchèrent de respirer. « Ma reine ! Essayez de vous reprendre, il vous a offert des soldats pour venir en aide à votre peuple ! Or vous avez dit vouloir partir avec l’armée d’Amnès. Ma reine ? Il doit en épouser une autre et vous n’appartenez plus à ces Ascaris. Vous survivrez à cela, parce que vous êtes forte et déterminée. Le roi…Eothen… veut une alliance avec le roi Amnès et il n’a jamais été mentionné le nom de Cléistophen. —Oui. Oui, vous avez raison, me repris-je en me redressant, croisant les bras sur la poitrine et prenant une attitude digne, celle d’une fille de roi. Lui Iponèd tenta un sourire qui s’effaça à la vue de Méowyn. « M’est-il possible de lui parler ou me trancherez-vous la gorge pour avoir osé ? » Il le laissa passer et offrant mon dos à celui qui fut jadis mon chevalier servant, lentement mon corps se tourna. Lui posa un genou à terre en me voyant user de magie sur ses yeux abusés. « La garde rapprochée du roi désire vous saluer. Oui, ils ont appris que vous partiez et tous veulent se joindre à leur roi pour vous souhaiter un bon retour. S’il vous plait ! » Il m’invita à le suivre et tous se trouvaient être là : Balin, Siomen, Kili, Bothumil, Moro, Gowel, Amio et Fridt, Oris, Tirwan et se tenant en face : Brett, Swag, Orgul, Bron. En les voyant, mon cœur se pinça. Songer à ces moments difficiles où tous me virent comme une étrangère, usurpatrice et incapable d’avoir aimé leur roi. En ce jour, à leur façon il me rendait un dernier hommage. Sur la table furent posés les prémisses d’un banquet et des fleurs, des guirlandes de fleurs et le symbole des Olmuril trônant sur la table. On me tint la main pour me guider et les têtes s’inclinèrent respectueusement.

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Balin s’approcha et balaya de la main la petite cour. « Cela n’est pas grand chose mais nous tenons à célébrer ce jour ! Tonna le géant au crâne rasé. Et pour l’occasion nous avons un présent digne d’une reine. Gowel ! Une nouvelle selle pour le long chemin que vous aurez à accomplir avant de rentrer chez vous et serrer dans vos bras les personnes qui vous sont chers ! » Une selle magnifique confectionnée par les meilleurs ; le toucher et l’aspect me fit déjà voyager loin de ces hommes silencieux, retenant leur souffle. Seul le doux murmure des fontaines bourdonnaient dans cette cour entourée de mus épais et vestige d’un temps ancien où l’on recevait les rois en grande tenue d’apparat. Il s’agissait d’une antichambre conduisant à une salle dès lors transformée en lieu de récréation pour les chevaliers et hauts dignitaires séjournant dans le palais d’Amnès. Tous attendaient mon discours de remerciement. En de telles circonstances, on se pressait, jouant des coudes pour entendre l’allocution d’une personnalité royale. La panique me saisit en voyant tous ses regards posés sur ma personne et ils auraient encore matière à ricaner autour d’un feu de camp. « Je…je suis une piètre oratrice et les mots adéquats seraient : Merci infiniment et Je ne sais comment vous remercier. J’avoue…ne pas avoir été à la hauteur de vos espérances, mais sachez qu’en ce qui vous concerne je n’ai trahi aucun serment et…Vous tous trouverez mon discours ennuyeux et je vous en donnerai raison. Le temps semble jouer contre moi et il m’a fallu de nouveau improviser. » Des rires éclatèrent autour de moi et Balin me tendit un verre de vin. « A Aldren ! Que les Dieux lui accordent longue vie et la préserve de toutes formes de pêchés ! » Le corps de chevaliers reprit : « A Aldren ! »

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Kili fut le premier à me serrer dans ses bras et ils suivirent, les uns après les autres et les larmes inondèrent mes joues. Eothen pouvait se féliciter d’avoir de tels chevaliers loyaux et unis dans l’adversité. La culpabilité me rongea, celle d’avoir failli à mon devoir, n’avoir pu maintenir la paix à la frontière ; d’avoir privé le trône d’un héritier légitime et chacune de leur embrassade me rappelait avec douleur ces hontes non enterrés. « Ces hommes sont les vôtres ma reine, hier comme en ce jour. Ne nous tournez pas le dos ! Me susurra à l’oreille Méowyn. Ils ne porteront allégeance à aucune autre reine que vous. Le comprenez-vous ? Ils ne vous trahiront pas. —Méowyn, il vous faut respecter mes choix ». Il enserra mon visage entre ses mains. Iponèd allait intervenir quand les hommes le retinrent. « Non, Aldren ! Nous n’avons pas fait tout ce chemin-là pour entendre de si vains propos! Ne renoncez pas, ne renoncez jamais et ils vous suivront jusqu’à la mort. Eothen se sacrifierait pour vous comme il l’a déjà fait en vous offrant à son père pour se pardonner d’avoir fait exécuter son épouse connue pour ses perfides résolutions. Il savait qu’en allant vous chercher vous inverseriez l’ordre des choses. Il n’a jamais cessé de croire en vous et votre seul tort fut d’être l’épouse d’Aldric. » Les enfants couraient en tous sens, gesticulant et me tenant par les pans de ma robe ; une délégation forte de dix hommes devait servir d’escorte à qui portait l’étendard du roi Eothen. La selle sur le dos, Gowan salua à distance respectable et serrant la main d’une fillette, mon étonnement fut complet en apercevant Kili et son cousin bavardant tout en croquant dans une pomme. En approchant de l’emplacement de la tente du roi Eothen, mes yeux s’écarquillèrent en voyant Méowyn en sortir, désignant du doigt

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le roi en personne occupé à étudier le fil de la lame de son épée. Il la remit dans son fourreau. « Vous avez refusé ’épée de Méowyn alors vous n’auriez rien contre le fait que celle de votre roi puisse le suppléer de ses fonctions. L’heure est venue pour nous d’exprimer notre valeur aux combats ». Un peu plus tard un cheval fut lancé au galop à travers le vaste terrain et entre les tentes se déplaçait avec vélocité. D’un bon Iponèd fit écran de son corps, l’épée à la main et la princesse Igred ôta la capuche de sa tête. « Aldren ! C’est bien vous que je cherche ! Igred posa pied à terre imitée par six autres guerriers lourdement armés. Je ne pourrais rester seule quand vous partez vous battre ! (Elle me serra dans ses bras) Ainsi c’est le roi mon père que je représente et ensemble nous les vaincrons tous, jusqu’au dernier ! » Sur le dos d’Orul, confortablement installée sur ma nouvelle selle, le nervosité, la colère et la présence de notre roi Eothén et de se promise m’incitèrent à détaler en tête de colonne, bien vite imitée par les hommes du roi dont Méowyn me talonna de très près. Orul les semait tous, la crinière au vent ne faisant plus qu’un avec le sol qu’il effleurait de ses lourds sabots. « Halte ! Nous devons faire une halte ma reine ! Laissons les chevaux se reposer ! » Furent là les injonctions de Méowyn tirant sur mes guides. Dans cette verte et vaste prairie, Méowyn tira Orul le long de la rivière pour y poser le pied à terre. Fou de rage, Iponèd nous rejoignit, les dents serrés et l’œil noir. « Ce n’est pas vous qui prenez les décisions Méowyn ! Nous n’avons pas à nous plier aux lubies au roi quand bien même ce denier chevauche loin derrière nous ! Devons-nous continuellement nous arrêter pour permettre à sa promise de se reposer, prendre un bain et nous ennuyer de ses chansons d’un autre temps ?

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—Ici il n’y a qu’un roi, Gardien ! Et vous vous plierez à toutes ses volontés qu’elles vous plaisent ou non ! Railla Méowyn sur le même ton. Il est encore temps pour toi de retrouver les vôtres si cela ne vous sied guère ! —Cela suffit !les chevaux ont besoin de boire Iponèd ! » Rendu fou de colère, il saisit orul pour le porter à la source d’eau filant tel un fil d’argent entre les grandes prairies bordée d’arbres. En tournant la tête vers le versant sud, mes yeux éblouis par le soleil clignèrent pour mieux distinguer la cohorte composée du roi et du reste de ses compagnons et de ceux d’Igred. La belle dame, le sourire illuminant son visage tendit sa gourde à l’un de ses écuyers. « Une heure de repos devrait suffire à tous ! Déclara cette dernière en se tournant vers Eothen. Le col de la Noyria n’est plus qu’à trois heures de cette position. Aldren, votre cheval à des ailes qui vous conduise bien en amont de mes hommes. Ne risqueriez-vous pas une mauvaise surprise ? » Accroupit au bord de la rivière, mes mains glissèrent dans l’eau froide près des naseaux frémissants de ma monture ; Igred avait la ferme intention de régenter les Ascaris en plus de son propre peuple venu en grand nombre guerroyer derrière la bannière du roi. Eothen vint se placer sur ma gauche me cherchant des yeux. Derrière lui Kili et les autres plaisantaient sur la lente progression de l’armée du roi Amnès. Leurs rires gras donnèrent du relief à cette ennuyeuse halte et l’envie de me tenir loin de notre roi se manifesta dans mon agitation. Notre regard se croisa et toujours ce même feu brûlant dans leur iris vert. Là-bas Igred fredonnait près du feu, apaisant les hommes devenus silencieux, sages et attentifs. Méown me tendit une timbale sous le regard écœuré d’Iponèd, remuant les braises de son propre foyer.

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« L’histoire parle d’une malédiction qui autrefois s’abattit sur une ancienne tribut et parle d’un héros libérant ce peuple par une alliance passée à ses dieux, murmura Igred en s’asseyant entre Méowyn et moi. L’avez-vous entendue Aldren ? Cette chanson me fut apprise par une sage femme qui fut longtemps ma nourrice avant de retourner près des siens. Je n’ai pas eu de mère pour veiller à mes sommeils mais aujourd’hui j’ai vous Aldren pour veiller sur mes nuits et ainsi me permettre d’accéder à mon destin. » Iponèd pouffa de rire. Mon attention se porta sur Eothen prenant place près des siens. Un bref regard fut échangé et Méowyn d’ajouter ces propos. « Votre histoire est déjà écrite, Ma dame. N’accordez pas trop d’importance à ces fables et contes que l’on invente pour donner un sens à l’inexprimable. —Méowyn vous êtes un homme sage et bon. Comment pouvez-vous nier l’absolue vérité illustrant nos légendes et chansons de geste ? Toutes ont une part de vérité et vous aurez un jour votre propre histoire à raconter et les enfants de vos enfants se régaleront de vos exploits. —Ceux des autres ont plus de valeur aux yeux que ma propre fortune. Je ne prétends pas avoir un destin dissocié de celui de mon roi et de sa reine que je servirais jusqu’au trépas. » Prenant argent comptant, Igred sourit la main sur le cœur. « Que vos dieux alors vous entende et exaucent toutes vos prières ! Votre roi se glorifiera de vous avoir comme épée et votre reine aura pour vous bien plus d’agard qu’elle n’en aura jamais pour aucun autre seigneur. —Il en sera donc ainsi princesse ». De nouveau mon regard glissa vers Eothen me fixant plus que de raison. Les dieux des Ascaris l’exauceraient, lui qui jamais n’abandonnerait

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son roi. Igred partit près de mon amant, Méowyn se rapprocha pour ne point être entendu des autres. « Qu’entend-elle à la raison quand son esprit s’égare sur des sentiers connus d’elle seule ? Dites-lui Aldren. Dites-lui de revenir à elle au nom de votre salut. Ne la laissez pas croire en ces fables absurdes où la dévotion et le sacrifice corrompent l’âme. —Elle n’a pas eu besoin de moi pour y croire, comme vous n’avez pas eu besoin de moi pour suivre votre roi ! —Le croyez-vous vraiment ? Si tel était le cas vous seriez dans les bras d’Eothen à lui donner ce qu’une reine se doit de donner à son roi : une descendance de haute lignée dont le nom retentira dans les siècles à venir. » Une descendance. Ma main se posa sur mon ventre vide. De notre union pouvait naître un enfant, l’héritier du trône. Le conseil le reconnaîtra comme seul et unique héritier et à cette pensée mon cœur battit à rompre. Eothen me voulait pour reine quand mon désir de rejoindre les miens prévalait sur cet amour grandissant. Igred ne pouvait échapper à sa destinée, celle d’une reine. Elle œuvrait pour séduire Eothen en employant maintes ruses pour l’attirer à lui. Indifférent et imperméable à sa beauté, il agissait avec retenue et pudeur, acceptant ses caresses, ses mots doux et sa délicatesse. Du lever au coucher du soleil, Igred n’avait de cesse de vouloir être vue près de lui. Il ne la repoussait pas ; pourtant sa froideur en aurait découragée plus d’une mais pas la fille d’Amnès cette redoutable guerrière en mal de victoires à ajouter à son blason. Les hommes la respectaient pour son opiniâtreté, son goût pour les défis et son port royal. Plus les jours passaient et plus Igred gagnant en assurance et toujours plus subjuguée par son roi.

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La journée fut rayonnante et l’armée à douze milesen aval de notre propre position se tenait en perpétuelle liaison avec le roi et les éclaireurs ralliaient notre camp pour signaler les passages à emprunter. On savait Rowen et son armée à Balag, une grande cité à l’est de la route du sel au pied de la frontière naturelle de Lors Gronan. La situation fut telle que les guerriers composants l’escorte royale manifestaient des signes d’impatience. Certains voulaient intercepter Rowen bien avant le col de la Noyra quand le roi disait vouloir atteindre Cleistophen avant ce dernier afin de revendiquer ce royaume comme étant le sien. Et comment autrement que par le mariage ? Il voulait faire de moi son élu mais les circonstances passées n’interféraient pas en sa faveur. Eothen soulignait l’importance de cette union quand Igred apparut de derrière les arbres suivie par Méowyn et Iponèd. « Mes hommes se tiennent prêts à se battre mon Roi ! Une armée invincible prête à mettre en déroute les forces de votre frère ! Pourquoi attendre ? Ils ne sont qu’à une semaine de marche de nous. La surprise pourrait nous être profitable ! Aldren est aussi de mon avis, nous en avons parlé chemin faisant et n’attendez pas de votre frère un combat loyal, Mon roi ! Lui se montrera moins clément puisqu’il revendique le trône de votre père ! —Nous prenons note de votre opinion, Ma Dame mais… —Nous ? » Son regard passa de l’un à l’autre. Un voile d’étonnement masqua son lumineux visage et la main sur l’agrafe de sa cape, elle redressa le menton en songeant au mal causé par ma présence auprès de son auguste roi. Alors Méowyn avança, sans me lâcher des yeux. « Notre Roi parle avec sagesse. Il ne prendra aucune punitive voire expéditive sans avoir échangé avec le prince Rowen. Il vous faut

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comprendre Princesse que le sort de notre royaume repose sur ses épaules et une décision trop hâtive viendrait à désunir tous les royaumes dont celui de votre père, ce que nous ne pouvons nous permettre. —Alors vous risquerez nos vies pour un idéal ? C’est…absurde et je pèse mes mots, absurde et lâche ! Vous ne pourrez indéfiniment vous cacher derrière votre fonction car il se pourrait que Rowen ait corrompu le Conseil de Béréthor pour faire de vous un régent et non un roi comme vous l’entendez ! N’ai-je pas raison ? Votre absence loin de votre cour atteste votre… —Cela suffit Igred ! Nous vous avons assez entendu ! » L’homme conciliant devint l’homme autoritaire que tous connaissait pour exprimer son courroux à travers ses actions. Contrariée Igred tourna les talons. « Non Aldren, Eothen me retint par le bras, cette princesse attend de moi plus que je ne peux lui donner. Elle apprendra à contrôler ses ardeurs ou bien l’on se passera d’elle. » La princesse Igred pendant deux jours refusa de me parler, voyant en moi une rivale, celle qui nuira à son ascension au trône et alors que nous chevauchions, un pincement aigu me tenailla. « Ma reine, que se passe-t-il ? Vous semblez troublée. Devons-nous faire halte ? » Iponèd tira sur les guides d’Orul. S’arrêter serait mal perçu par ces hommes. « Veuillez excuser mon intrusion mon roi mais nos éclaireurs disent avoir aperçus l’avantgarde du prince Rowen à milesd de par nord-est de notre camp. On vous réclame mon roi de toute urgence ! » Rowen nous tiendrait captifs et pis encore, la trahison pour tous les fidèles du roi. Jusqu’à l’aube tout fut calme. Allongée près de Méowyn, un souffle glacial me caressa le visage. ALdren ! Réveilles-toi et sauves les ! La

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peur me saisit. Le camp dormait encore autour de moi, seul le feu crépitait faiblement par manque d’entretien. « Méowyn ! Il faut s’en aller, il faut partir ! » Rapidement il fut sur pied, l’épée à la main imité par Iponèd. « Debout ! Tout le monde debout ! Tonna ce dernier, les sourcils froncés et les lèvres serrées. Nous n’avons pas une seconde à perdre ! » Les guerriers de Rowen tombèrent dans le piège et les flèches s’abattirent sur eux. Igred descendit de cheval pour aller égorger les derniers survivants et une fois que tous trouvèrent la mort, le roi revint à moi. « Méowyn ! Vous partez avec Aldren et Iponèd, vous prendrez deux hommes avec vous ! —Majesté ? —C’est un ordre Aldren. Nous allons continuer à les leurrer, murmura-t-il de regard froid comme l’acier. Méowyn ! Vous suivez la route principale sans jamais vous arrêter ! Avezvous saisi ? Vous ne devez sous aucun prétexte vous arrêter ou vous en répondrez en personne ! » Et Iponèd m’aida à monter sur Orul ; sans plus attendre Méowyn me tira à lui. On chevaucha à brides abattues, en file indienne ; l’idée étant de faire diversion et laisser le temps à Eothen de s’organiser et de prendre l’ennemi de revers, le frapper de plein fouet et de le tenir en étau. Le Col de la Noyra ne se tenait qu’à deux lieues de notre ancienne position. Cette garnison resterait loyale au roi Eothen ayant depuis tout temps portée allégeance aux Ascaris. Après deux heures de folles chevauchées, on s’arrêta et les esprits s’échauffèrent. Gowel se rua sur Iponèd. « Je ne sais pas ce qui me retient de ne pas te tuer ? —Essaye et je te tranche la gorge avant même que tu brandisses ta hache, Gowel !

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—Que se passe-t-il les gars ? Questionna Méowyn en se plaçant au milieu des protagonistes. Les gars ? —Il sait très bien de quoi il est question le Gardien des Monts Sacrés. Je les ai entendus discuter lui et l’autre princesse qui se donne des airs de reine ! Ces deux là se connaissent depuis longtemps. —Oui nous étions au Col du Lors ensemble. Et ensuite ? Cela ne fait pas de moi un traître, le roi Amnès est de notre côté non ? Alors ne m’ennuie pas ! » Et dans la nuit, une ombre plana au-dessus de notre camp. Aldren ! Aldren ! Ne le vois-tu pas ? Le réveil fut violent, mon cœur battait à rompre ; près du feu Brett veillait un œil à moitié ouvert et quand notre regard se croisa, il se réveilla complètement et remua les brindilles du feu. Les voix revenaient, martelant ma tête et me laissant abasourdie, comme incapable de revenir au réel. Là devant le feu rougeoyant, mon esprit semblait happer par ces forces mystiques et le reste de soupe dans la petite marmite frémit légèrement agitée par un vent qui ne pouvait provenir que de mon esprit torturé. Et brett me dévisagea, le sourire aux lèvres. Souriait-il vraiment où n’était-ce là que l’expression d’une moqueuse réflexion. Pas sûr qu’il me sourit par sympathie. « Je dois vous paraître bien étrange non ? Je pensais m’en être débarrassée mais apparemment je suis vouée à…Je ne voulais pas vous ennuyer avec mes histoires. Elles sont ce qu’elles sont mais…je ne voulais pas vous faire conduire jusqu’ici en sachant que vous server les intérêts de la couronne, pas les miens. —Je suis ici pour accomplir mon destin, tout comme Méowyn et Gowel. On est ici pour une seule et bonne raison : protéger les intérêts de la couronne dont vous, ma reine puisqu’il faille le voir ainsi. »

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Le vent froid se leva et mon regard fut attiré par le mouvement des feuilles tournoyant entre les arbres à l’aspect menaçant. Cette odeur me rappela celle du Varens prisonnier du roi Amnés IV. Non cela ne pouvait-être possible ! Il se tenait là près de nous, sa présence se fit sentir et debout dans cette clairière, tout me parut plus compréhensible. Ce Varens me protégeait. Mais de qui ? Un frisson parcourut mon dos et son souffle froid me glaça le sang. Il voulait me protéger. Le col de la Noyra Les troupes de Rowen se tenaient là et la vallée fut noire de tentes ; ils tenaient le col, principale voie d’accès pour gagner la route du Sel et quitter ce royaume. En bloquant cet accès, Rowen nous obligerait à passer là où il le désirait. « Il reste le passage de Nobul, proposa Iponèd. —Et pourquoi pas celui de Lons col ? Railla Gowel tenant sa hache serrée dans sa main. Ce passage est à plus de douze jours et là-bas aussi il nous cueillera. Et cela te surprend Iponèd ? On dirait que tu t’en réjouis, fiston ! » Ce dernier piqué au vif, assena un violent coup à la croupe du cheval de Gowel qui partit dans un furieux galop très vite maitrisé par ce chevronné cavalier. Fort contrarié Gowel attrapa Iponèd par le cou et le fit choir de sa monture. « Assez ! Assez ! Tonna Méowyn. Quelle bande de crétins faites-vous ! Pas capable de combattre ensemble, hein ! Quel que soit votre différend il est préférable que vous le régler une bonne foi pour toute ! Alors parles Iponèd, qu’est-ce que sous-entend Gowel ? Quel genre de pacte as-tu conclu avec Igred ? Parle ! —Je ne vois pas de quoi il fait allusion. » La lame de l’épée de Méowyn se plaça sous son cou. Le regard vert d’Iponèd s’accrocha au mien et l’incompréhension devait se lire dans le mien ; de l’incompréhension et de la déception.

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«Baisses ton épée Méowyn, je ne parle que si je ne me sens pas menacer ! Et face à l’ennemi je préférerai m’arracher la langue moi-même plutôt que de devoir m’exprimer…Mon peuple a reçu du prince Rowen de nombreux privilèges. Les miens sont passés à l’ennemi. Alors je me suis enfui. —Il ment ! — Laisses-le continuer Gowel. Son récit pourrait bien nous surprendre, renchérit Méowyn en retenant son frère d’armes sur le point de pourfendre ce gardien. —Je suis parti. En chemin j’ai rencontré la princesse Igred. Elle se faisait passer pour la reine Aldren. Rowen promet bien plus d’un royaume à qui la retrouverait. Alors l’idée était de l’attirer à nous. On ne pensait pas tomber sur la véritable Aldren. » Il ne me lâchait pas du regard, persuadé qu’il aurait encore à nous convaincre s’il ne voulait pas finir étripé et pendu à cet arbre par les boyaux. Châtiment que l’on réserve aux traitres quelque part sur ces terres. « Vous autres, n’êtes pas obligé de me croire ; seul ce qui m’importe c’est d’avoir accompli mon devoir. —A présent il se met à parler de devoir ! Il me tarde de lui couper les couilles et de les lui faire bouffer ! —La reine, seule me jugera pour mes actes ! Renchérit Iponèd défiant Gowel du regard. Il n’y a qu’une personne ici à rendre justice et ce n’est pas toi crâne d’œuf ! » La terre tremblait. Et Brett arriva vers nous, ventre à terre pour signaler la présence de cavaliers au nombre de trente. En moins de vingt minutes ils se retrouveraient sur nous. « Iponèd ! Allez prévenir le roi ! Dites-lui que nous sommes faits prisonniers à la Neyra ! Dites-lui de remonter vers le Nord pour demander assistance à mon père ! Faites-vite !

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—Non, majesté ne me demandez pas cela ! Je suis ici pour vous protéger mais pour servir de messager ! Envoyez quelqu’un d’autre ! —C’est notre seul chance de nous en tirer, alors hâtez-vous avant qu’ils ne vous découvrent. Partez ! Qu’est-ce que vous attendez là ? Partez Iponèd, c’est un ordre ! » Notre avance se passa sans encombre et notre fuite passa inaperçue selon les dires de nos éclaireurs ; la nuit fit place au jour et alors que nous allions tenter de trouver le sommeil, un bruit de pas alerta notre attention. Les hommes se mirent aussitôt sur pied et braquèrent leurs armes en direction des buissons. Ils allèrent décocher leurs premières flèches quand Iponèd apparut en ce clair de lune. « Mais…que fais-tu ici ? Ne t’avais-je pas donné un ordre ? A présent qu’adviendra-t-l de nous ? Y as-tu songé ? » Ses grands yeux bleus me fixèrent avec intensité ; il semblait comme possédé et face à sa détermination, on ne pouvait que rester coi ou bien le considérer comme un félon. Il passa devant moi sans me lâcher des yeux, attrapa une gourde et but à grandes gorgées. Le voir boire ainsi excita notre propre soif ainsi que notre curiosité : avait-il chevauché en compagnie du roi Eothen ?cela donc pouvait expliquer son désordre ponctuel. « Je me suis fourvoyée ma reine. Ma place est bien auprès de vous et nulle part ailleurs. Eothen n’a que faire de vos ennuis actuels, rien ne lui importe plus que son trône et sa promise. Inutile de vous le dire, vous le savez déjà. » Meowyn lui lançait des éclairs de rage ; il régnait une folle tension palpable entre ces hommes, tension aiguisée par l’absence de sommeil, l’angoisse de tomber dans les mains de l’ennemi et celle de ne pas atteindre notre objectif. Béréthor me manquait, chaque jour un peu plus. Ce voyage aurait raison de moi et

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épuisée, exsangue et à bout de nerfs, l’ennui devint plus pesante au fil des semaines. « Quelles sont vos ordres ? » D’un bond ma tête se redressa pour fixer Meowyn accroupit près de moi. « Mes ordres ? Je n’en sais rien. J’ignore même où nous nous trouvons et…je suis lasse de ne connaître que le cuir épais de ma selle. —Ce n’est pas la réponse que j’attendais d’une reine, Aldren. C’est bien la première fois que je vous entends vous plaindre. Il serait vain de vous demander qu’elles en sont les raisons. —Je ne sais pas me battre et je ne vous suis d’aucune utilité. —Vos visions le sont, pour nous tous. Votre place est bien parmi nous et nous aurions tort de vous céder à l’ennemi. Alors quels sont vos ordres ? » Le ciel étoilé si familier éclaira notre camp de fortune. Les chevaux là se délassaient aussi las que nous autres. On ne pouvait leur demander plus, pourtant ils accomplissaient des exploits en nous transportant nous et nos armes. Le vent se leva, faisant bruisser les feuilles au-dessus de notre tête. Gowel ronflait bruyamment et Iponèd, les yeux grands ouverts, la tête appuyée dans le creux de son bras nous écoutait, les lèvres serrées. « Le col de la Noyra et ensuite… —Votre foyer ? Que nous réserveront-ils làbas ? La prison à vie pour avoir privé l’héritière du royaume de sa couronne ? —Non ! Il n’existera jamais pareille sentence pour les alliés de mon père. Ne vous bornez pas à de faux espoirs et de mauvais jugements. Vous y trouverez un asile aussi longtemps que durera cette guerre. —Hum…même si Rowen perd son engagement. Il est insouciant certes mais acharné et prompt au combat. Nous l’avons vu faire et nous connaissons sa valeur au combat. Il

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serait imprudent de le sous-estimer lui tout comme son frère. La direction a prendre pourrait être par le nord-ouest, qu’en dites-vous. Nous pourrons atteindre Bazalt en vingt-cinq jours et jouir de la protection de l’avant-poste du roi, votre père. » Un haussement d’épaules fut ma réponse. Vingt-cinq jours ; le pire pourrait encore nous arriver. Les bras enserrant mes genoux, le froid me saisit brutalement malgré ma fourrure ; on ne pouvait allumer de feu au risque de marquer notre position et après les montagnes Ar Sonm, le climat changerait du tout au tout. Pour l’heure il nous fallait affronter les nuits fraiches. « Dornez à présent nous avons de la route à faire. » Dormir et m’exposer à des visions apocalyptiques. Fermer les yeux c’était voir se produire des événements réels ou non, funestes et si peu joyeux. Après m’être allongée, Iponèd passa le bras autour de mes épaules pour y étaler une couverture supplémentaire. Meowyn ne dormait pas, soucieux de la quiétude des lieux. Les chevaux s’agitèrent et les premières gouttes de pluie s’abattirent sur nous. Aldren, vois les Ruines de l’Or et trouves-y le repos. La main sur le front, la fièvre sembla me gagner. « Les ruines de l’or, lançais au petit matin alors que Gowel et Brett préparaient les chevaux. —Les ruines de l’or ? Reprit Meowyn laissant courir ses yeux sur mon corps. —On dirait que ta reine cherche à nous tuer, attaqua Gowel, on sait s’y rendre mais pas en repartir. Cela serait du suicide organise et sauf ton respect Moewyn nous avons des ordres à ne pas outrepasser. —Eothen disait ne pas nous arrêter, ajouta Brett, nous risquons gros si nous nous rendons là-bas. Pour une fois je suis de l’avis de Gowel.

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—Mais ce n’est pas vous qui décidez ! Libre à vous de rester sur place et à y attendre la mort. Votre reine sait ce qu’elle dit et ici c’est la seule à user d’autorité. —La ferme chien ! Retourne donc d’où tu viens et laisses-nous gérer nos affaires comme nous l’entendons ! —Suffit Gowel ! Et cela vaut également pour toi Iponèd. Aldren, s’il vous plait… » Il me conduisit en retrait des autres et croisa les bras sur la poitrine. « Pourquoi les ruines de l’Or ? —Et pourquoi pas ? Il y a une garnison làbas, des hommes loyaux à mon père et aux Ascaris représenté par Eothen. C’est à michemin entre ici et Bazat. La route est sûre et… nous pourrions la faire en seulement onze jours selon estimation. Vous…pensez que c’est une mauvaise idée ? —C’est vous la reine ici, la seule à avoir toute autorité sur nous autres. Alors ma réponse est : qu’avons-nous à y perdre ? » Tout allait bien pendant quatre jours mais au cinquième, on nous tendit une embuscade. Rowen avait des yeux et des oreilles partout, à chaque recoin, derrière chaque pierre ; à croire que les animaux leur donnaient notre itinéraire. Brett les vit avant nous autres et donna l’alerte, pas assez vite car déjà les flèches tombèrent droit sur notre escouade. Ils se battirent férocement et parvinrent à bout des douze chevaliers. « Prenez leurs armes et leurs chevaux ! Nous paraitrons que plus impressionnants face à l’ennemi. Tout va bien Iponèd ? Tu ignorais peut-être comment nous nous battions. Tu as encore beaucoup à apprendre de nous. On se dépêche, d’autres surprises pourraient nous attendre dans ses bois ! » On fit bonne chair en mangeant les provisions de ces guerriers morts : des fruits et légumes confits, du pâté en croute, du vin et des racines

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en tout genre capables à elles seules de réveiller un mort. Après avoir mangé et bu, Meowyn me fixa des plus interrogatifs. « Ce Varens que vous dites avoir croisé par deux fois, lit-il dans vos pensées ? Se puisse-t-il qu’il serve Rowen et surtout à quel dessein ? —Je l’ignore. —Il te protège de qui au juste ? Depuis que nous avons quitté notre cité, ils nous pistent sans répit et l’un de ces rebelles n’a pas son reste. Je dirais même plus qu’il conspire toujours et encore derrière notre dos. Que savez-vous de lui ? Aldren ? —Il s’appelle Mads, répondit Iponèd. C’est un sorcier. » Les sourcils froncés, Meowyn avança vers Iponèd pour mieux le jauger et lui de poursuivre en confiance. « Je sais que c’est un sorcier parce qu’il en porte la marque. Eoten l’a fait partir parce qu’il ne représentait aucune menace selon ses dires mais il est capable de lire en vous et de modifier vos opinions pour les faire sienne. —Comment sais-tu tout cela, hein ? Questionna Gowel, la main posée sur le fourreau de sa dague. —Silence Gowel ! —Ce petit fouille-merde sait trop de choses et il finira par nous vendre au plus offrent ! —Si je l’avais voulu il y a longtemps que tu seras enchainé et nu comme à ton premier jour ! Je sais tout cela de votre prince-régent et cela n’est une surprise pour personne, ce Varens garde un œil sur vous car ils ne servent avant tout que leurs intérêts. Reste à savoir quand ils frapperont. —Tu as trouvé cela tout seul petit ? Et bien on te félicite, bougonna Brett occupé à aiguiser son épée. —Croyez ce que vous voulez à mon sujet mais moi je sais voir et entendre. Jamais aucun ne s’est plaint de mes services. Votre Eothen

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savait ce qu’il faisait en faisant sortir votre reine de Béréthor. —Que veux-tu insinuer garçon ? Le ton que prit Meowyn me dérouta quelque peu. Etait-il donc capable de le tuer ? Aussitôt Gowel et Brett s’approchèrent de deux protagonistes. Cela sentait les ennuis à plein nez pour Iponèd. Attaquer ainsi les intentions du roi devant ses plus loyaux sujets relevait d’un brin de folie. Les mains jointes, le cœur battant à rompre, il serait de mon devoir d’intervenir avant que cela ne dégénère. « Ce que je veux dire c’est que…votre princerégent cherche à faire diversion. Il se prépare quelque chose au-delà du Bonden et nous l’avions ressenti aux Monts sacrés. Il se prépare un événement sans précédent que vous ignorez tous. Sinon pourquoi Rowen aurait-il prit les armes ? Il veut étendre sa domination sur le reste des royaumes et il veut tous nous diviser pour mieux régner. —Petit con ! Je t’arracherai la langue pour ne plus avoir à t’entendre ! » Meowyn leva la main pour faire taire Gowel. « mais cela n’explique en rien le courroux de Rowen. —ne me dis pas que tu crois à son baratin Meowyn ? Siffla Brett entre ses dents. Depuis le début il nous baratine, prenant un malin plaisir à brouiller les pistes. C’est au bout d’une pique que sa tête reposera. —Taisez-vous donc vous deux ! Poursuis Iponèd, tu as toute mon attention. —Ses plans sont d’amenuiser les forces de ses ennemis en réduisant les places fortes en cendres. Aldren a vu ceci en songes et aucun de vous n’a été capable de les interpréter. Vains seront les efforts de Rowen pour le maitriser. Il opère avec minuties. Ce Mad sait très bien de quoi il retourne. »

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Et Meowyn m’étudia langoureusement. Ne sachant où me mettre, mes yeux fixèrent le sol à mes pieds. « Tu nous envoie navré. Mais nous ne sommes pas aussi cupide que toi Iponèd et ce n’est certes pas maintenant que nous préterons crédit à tes divagations mentales. Préparez-vous à repartir. Nous ferons la route de nuit. Les journées demeurent incertaines. » Les chevaux progressèrent au pas, les uns derrière les autres ; autant dire que notre progression se trouvait être ralentie. Meowyn demeurait soucieux depuis la fin d’après-midi. Iponèd en avait trop dit ou pas assez. Somnolente sur la selle d’Orul, il m’en fallait bien moins pour sombrer dans le sommeil. Aldren. Prestement mes yeux s’ouvrirent. Surtout ne pas dormir. Aldren, pourquoi nous avoir abandonné ? Des corps ensanglantés pendaient le long du mur d’enceinte de Béréthor et des corbeaux se repesaient de ces chairs offertes à leur vorace appétit. Des morts…il y en avait partout. Orul hennit mais cela ne fut suffisant pour me réveiller. Glissant tout à fait mon corps heurta le sol. « Aldren « Entendis-je hurler. « Que se passe-t-il ? —Ses visions deviennent de plus en plus précises je ne crains. Elle s’enfonce davantage dans le sommeil. Elle ne semble plus répondre à mes sollicitations. Toi, Meowyn fait quelque chose ! Embrasse-la… —Quoi ? Non, je n’oserai jamais. —Fais-le ! Ou bien elle sombrera plus profondément encore. » Marchant sur un pont Eothen me tendit la mai ; un pont en feu assailli par les flammes. Mes pieds laissèrent des empreintes de sang. Eothen m’encourageait à avancer. Nos mains se rejoignirent et au moment où il allait me précipiter dans les

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flammes Meowyn me retint par le bras. Son baiser me sauva de la mort. Il se tenait au-dessus de moi. Son odeur musquée et le contact de sa peau sur la mienne estompèrent mes songes. Les larmes me coulèrent des yeux. Il m’avait sauvé de la mort. « Tout va bien Aldren. Vous n’avez fait qu’un mauvais rêve. —Béréthor…est assiégé. Elle se meurt de l’intérieur. Il faut les sauver. » Il interrogea Iponèd du regard. « Aldren, qu’avez-vous vu ? Murmura Iponèd. —La mort. Elle était partout. C’est de ma faute…de ma faute. » Nous n’étions plus qu’à trois jours de marche des Ruines d’or quand nous vîmes de gros nuages rouges coloniser le ciel pourtant si azur ; nous ne fûmes pas long à découvrir des brasiers. Les villageois brûlaient leurs morts. Le chiffon sur la bouche, il devenait impossible de respirer l’air charrié. : L’odeur de ces corps brûlés.une odeur si particulière. La cendre tombait du ciel telle de la neige légère et grise sortant de ces lourds nuages. « Qu’est-ce que c’est ? » Meowyn fronça les sourcils en voyant des crucifiés le long de la route. Des hommes comme des femmes. Quels qu’aient été leurs méfaits, ils ne méritaient pas pareil mort. Les larmes me montèrent aux yeux devant ce macabre spectacle. Des femmes pleuraient leur époux sur la croix et posa pied à terre, Iponèd me rejoignit bien vite pour m’en dissuader d’approcher. « Que s’est-il passé ici ? Toi réponds ! » Un homme en haillons s’approcha craintivement, les yeux rouges d’avoir pleuré. « Vous l’ignorez donc ? Les hommes de Rowen ont attaqué Béréthor de l’intérieur. Aucun Ascaris n’a pu prendre la fuite à ce qu’on raconte. Un véritable bain de sang et ceux qui

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ont pu s’enfuir sont recherchés pour trahison En représailles le prince Eothen a ordonné au roi Amnès l’exécution de tous les sujets partisans des Asturies. Mon épouse est une Asturienne. On l’a exécuté sans autre forme de procés… nous sommes maudits, maudits… —Gowel ! Apporte-lui de l’eau ! Brett… éloignes la reine de tout cela. —Vous me croyez à présent ? Eotnen n’a pas l’intention de vous sauver. » Meowyn s’isola. Toute la foi en Eothen s’ébranla ; ce pourquoi il s’était battu jadis avait un goût amer. Il s’accroupir près de moi et ma caressa tendrement la joue de sa main rugueuse. Il savait à présent. Il savait que ses compagnons et lui devaient me protéger au péril de leur vie. Il me serra fort contre lui, ne me permettant à peine de respirer. « Que trouverons-nous à Bazat ? Existe-t-il encore un endroit sur terre qui ne soit pas marqué par le sceau de l’infamie ? Vous ne rentrerez pas chez vous Aldren. Eothen a un plan et vous en êtes exclue. —Il veut les terres de votre père, renchérit Iponèd. Sa fortune et son pouvoir. Si vous rejoignez la cité de votre père…votre liberté n’aura été que de courte durée. C’est vous qu’il convoite. Il veut un hériter de vous pour assoir sa suprématie sur le reste des royaumes. —Pourquoi ferait-il cela ? Il a eu l’occasion de faire de vous son épouse mais il ne l’a pas fait. —Il veut Aldren comme monnaie d’échange. Il veut la revendiquer comme trophée, Brett. Il n’aurait pas été crédible en agissant autrement. —Non ! Je refuse de croire en tout cela ! Et toi non plus tu n’y crois pas Meowyn. As-tu oublié à qui as-tu fais allégeance ? Tu as prêté serment à ce prince et c’est la mort qui t’attend si tu viens à le renier. Il sera bientôt roi et il saura nous récompenser à juste titre. »

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Il se leva pour défier Gowel. « Je protège la reine au nom de son défunt époux. » Les frissons parcoururent ma peau. « C’est à sa demande que j’ai prêté allégeance à son fils afin de protéger les intérêts de la couronne. Mon épée est la sienne. —Comment peux-tu ? Eothen avait raison de ne pas te faire confiance. Il y a que ce petit minois qui t’intéressait, ton regard concupiscent en disait long sur tes attentions et cela avait le don d’agacer Eothen. Or tu sais que si tu poses la main sur elle, il te fera couper les couilles pour te les faire bouffer. —Vous lui témoigniez peu d’égard au mépris des conventions. —Nous sommes des guerriers pas des nounous ! —Pourtant elle est votre reine. —Il parait pourtant évident que ce détail ne t’a pas effleuré l’esprit. —Gowel ? Meowyn a raison. » Tous les regards convergèrent dans la direction de Brett assis sur la roche, les bras croisés. Il se remit debout sur ses jambes. « Il savait ce qu’il faisait en nous envoyant ici et toi Gowel…tu es son meilleur guerrier. En toi il a une entière confiance. Il attend de toi une entière dévotion et il a du promettre un titre et un fief si tu lui ramènes Adren. » Aussitôt Gowel bondit sur Gowel pour le bousculer ; sous le violent impact il recula abasourdi mais bien vite se reprit, serra le poing pour le frapper mais ce fut sans compter sur la rapidité de Meowyn sui arrêta son geste inextremis. « Non, les gars ! Non ! Que cherchez-vous à faire ? Nous tuer tous par votre désaffection quant à votre devoir ? il n’est pas question de cela aujourd’hui la guerre est au frontière et notre objectif est de rester en vie.

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—Scélérat ! C’est l’œuvre de ce chien de Guerrier des Monts Sacrés ! Ne vois-tu pas qu’il répand son venin dans tes veines ? J’emmène la reine loin d’ici… » A ses mots l’épée de Meowyn d’Iponèd et de Brett l’assaillirent de toute part. « Tu n’en feras rien et si tu tentes quoique se soit nous te tuerons même si tu es déjà mort ! » La nuit tomba. Comme à chaque nuit la peur me tenaillait ; elle était omniprésente et me dévorait les entrailles. Meowyn le savait. De son corps il me protégeait, un rempart naturel contre toutes les agressions extérieures et la nuit plus aucun mauvais songe ne vint me troubler. Il dormait contre moi et la tête contre son torse, mes nuits furent réparatrices. Son odeur m’apaisait tout comme le contact de sa peau sur la mienne ; mes mains enserrèrent son étreinte. Il avait toujours été là pour moi. Les Ruines d’or finir par apparaître à l’horizon assombrit par les dardant rayons du soleil. Cette place forte restait connue du monde entier par ses mines d’or ; il y en avait des centaines étroitement surveillée par des gommes de garde assez nombreux pour repousser toute invasion. Au loin nous fimes flotter l’étendard du roi Amnès II, les oriflammes flottaient et claquaient sur les hauteurs. Des sentinelles soufflèrent dans leurs cors en nous voyant avancer au milieu de ces collines verdoyantes. « Halte ! Qui va là ? » Des flèches, des lances nous pointèrent par leur extrémité. Au milieu d’Iponèd et de Meowyn, les battements de mon cœur augmentèrent. Ces guerriers en poste portaient les insignes du roi, leur armure solide et à l’épreuve de tout projectile ne se percerait pas facilement. « Nous sommes mandatés par le prince Eothen pour…. —Silence ! Des Ascaris, un Astoniens et… une Olmurienne, répondit un garde plus

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impressionnant que les autres, une sorte de montagnes portant une longue tresse et une barbe tressée sur sa poitrine de fer. Son regard se posa sur ma dague serti de pierres précieuses. —Le rrince Eothen nous charge de traverser cette région. Ce sont là ses ordres. Eothen et le roi Amnès. » Il caressa le flanc d’Orul et ce dernier hennit férocement, les oreilles pliées vers l’arrière de sa crinière. « Oui nous attendions votre venue. Laissezles passer ! » Orul se cabra et Meowyn attrapa mes rênes pour le maintenir droit sur la sente verticale. « Tout doux Orul. Tout doux ! —Les Ruines d’or, hein? Il semblerait qu’ Eothen nous y attende. Quel est maintenant ton plan Meowyn ? —Il y a une ruine abandonnée à l’ouest, répondis-je tout pas. Une voie souterraine que nous pourrons emprunter. —Les ruines abandonnées sont condamnées ! L’ignorez-vous ma reine ? Et si nous y entrons, nous n’en sortirons pas vivants. Ces labyrinthes seront nos tombeaux. —Faites-lui confiance Gowel. —A elle peut-être mais pas à toi ! » Persifla Gowel sous ses narines. Pendant deux jours nous fûmes escortés par les Vigilants, ces guerriers qui jamais ne fermaient l’œil. Il y en avait posté partout et la nuit à la faveur de nos torches, leur silhouette se détachait du relief. La lune semblait illuminer leur côte de maille et leur donnait un aspect fantasmagorique. Il fallut sans cesse rassurer les chevaux quant à ses ombres lumineuses et immobiles. La terre gondait sous nos pieds ; en bas dans les mines sans cesse les ouvriers creusèrent les entrailles de la terre. Cette armée d’homme usant de leur flair et de leur patience pur extraire le métal précieux de la roche.

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En journée, les ouvriers sortaient pour se relayer, toujours placés sous bonne escorte. Afin de ne pas éveiller les soupçons des Vigilants, il nous fallait garder le sentier principal conduisant vers Bazat. Aldren, c’est ici…La porte se trouve ici. Serrant les cuisses sur ma selle, mon regard glissa vers Meowyn. Immédiatement il comprit. Une vieille porte condamnée se présenta ; Gowel et Brett à l’aide de leur hache vinrent à bout des planches. Sommaire protection. Iponèd posa la main sur mon bras. « Que ferons-nous des chevaux ma reine ? » Orul gratta le sol poussiéreux de son sabot. « Que veux-tu que l’on fasse des chevaux dans ses grottes ? Railla Gowel. —Ils passeront. Ces boyaux sont assez larges pour laisser entrer une carriole. Je connais ses ruines, déclara Meowyn. Si nous les laissons derrière nous, les Vigilants seront que nous leur avons faussé compagnie. » Les boyaux, il y est vrai, étaient larges mais dangereux de part leur inclinaison et les chevaux tenus par la bride, nous devions marcher doucement et prudemment pour éviter de chuter. Force de constater les impressionnants moyens mis en place pour extraire les semi-précieux de la roche. Il y avait là des nacelles montant et descendant vers les différents niveaux ; des sentiers balisés précisant le nombre de milesavant la prochaine porte, le prochain carrefour ; les hommes ici avaient pris le soin de sécuriser les accès aux chambres, plus que jamais le roi Amnès savait l’importance de protéger les ouvriers de leurs pénibles travaux. « J’espère qu’elle sait où elle nous conduit, murmura Gowel à Brett. » Ce dernier ne répondit rien, progressant difficilement vers le prochain carrefour. Etrange ambiance que ces mines. Constamment des chuchotements nous

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parvinrent et le sang se glaçait dans les veines. Par prudence les yeux des chevaux furent bandés et les chevaux de bât se laissèrent docilement guider sans renâcler. Comme tous mes compagnons, l’ignorance était telle qu’il me fallait me fier qu’à mon instinct ; mon instinct et cette voix qui sans cesse me guider. Et pendant quatre longues heures nous marchâmes dans ces vastes corridors. Parfois seul le cliquetis du métal se faisait entendre ou bien était-ce notre respiration, ou bien le bruit étouffé de nos pas. La roche brillait par endroit. Des milliers de pépites d’or scintillaient sous nos yeux ébahis et si vous caressiez la pierre, un fin dépôt doré recouvrait alors votre main. De la poudre d’or. Souffler dessus et cette poudre s’envolait autour de vous. Cette grande chambre valait bien le détour. Soudain des grognements nous parvinrent. « Vous avez entendu ? C’était quoi ? » Brett revint sur ses pas, l’œil en alerte. « Ce sont des Veilleurs, déclara Iponèd accroupit là, l’oreille contre la pierre. Ils protègent les mines des éventuels pilleurs. » Gowel me lança un regard noir. « N’avait-elle pas pu prévoir cela ? —La ferme Gowel ! Ils ignorent nos attentions et s’ils attaquent nous les repousseront. Continuons d’avancer. » Les feulements se rapprochèrent, s’éloignèrent. Les Veilleurs avaient avec eux des espèces de fauves à l’ouïe et à la vision aguerris. Les chevaux prirent peur et il fut vain de vouloir les rassurer car à chaque nouveau rugissement ils devenaient comme fous. On s’arrêta pour boire et Meowyn me tendit sa gourde, le regard lointain et vide de toute expression. « Meowyn ! Je crois que tu devrais venir voir ! »

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Deux corps gisaient là, éventrés, leurs boyaux à l’air. Les yeux crevés et la langue arrachée. Il leur manquait leur bras et leur jambe. Mon estomac se rétracta et le pan de mon manteau sur ma bouche, mes jambes menaçaient de s’écrouler sous mon poids. Iponèd me serra contre lui. « Les Veilleurs les ont torturés, expliqua Brett en extrayant une pierre rouge de la bouche de l’un d’eux. Je crois qu’il dissuade quiconque de vouloir se montrer plus malin qu’eux. —Et quelle solution avons-nous Meowyn ? Les attendre ici sagement pendant que ta reinechérie nous chantera ses chansons d’amour ? —je t’interdis de lui manquer de respect, pritil le temps d’articuler en se plaçant entre Gowel et Iponèd, des plus menaçants. Si tu as quelque chose à me dire, je t’écoute. » Ils se toisèrent férocement. Ma main se posa sur le bras de Meowyn et sa tension nerveuse diminua. Entre lui et loi régnait une sorte d’osmose. Plus jeune il m’apparaissait comme un grand guerrier, fier sur son cheval noir et si bel homme. Mes sentiments à son égard demeuraient inchangés. Près de lui ma vie avait du sens, mon existence passée comme à venir dépendait de lui. Si mon mariage avec Aldric fut un échec, ma relation avec Meowyn fut un succès palpable. On se remit en route. Il ne fut pas question de dormir, la fatigue nous tenaillait et pourtant nous avancions sans tenir compte de notre état physique. Mes yeux se fermèrent…Les remparts de la cité des Olmurils se dressèrent derrière la montagne. Des enfants courraient dans les champs de blés en agissant leurs bras ; ils voulaient me toucher, me voir ; la reine et son peuple réunis en cet instant d’intense félicité ; « Aldren, attention ! » Cette exclamation me réveilla et Meowyn le bras autour de ma taille me retenait des bords escarpés. La chute aurait

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pu être fatale ; en contrebas le chemin serpentait. En tombant Orul m’aurait suivi et m’aurait probablement écrasé sous son poids. « Je pense m’être endormie. —Alors faisons une halte. —Non ! Il nous faut atteindre la chambre suivante. Ce n’est qu’à sept kilomètres. Je suis encore capable de marcher. » Mon attention vocalisa sur Brett, l’arc à la main ; il la banda et décocha une flèche. « Qu’as-tu vu Brett ? S’alarma Iponèd en attrapant son fin arc. —C’était là-bas. Tapi dans l’obscurité. Une sorte de panthère… « En levant la tête, des yeux jaunes me fixèrent et avant de comprendre de quoi il s’agissait Iponèd tira pour l’abattre. Une masse s’abattit devant Méowyn qui l’acheva de sa dague. Une bête impressionnante portant des écailles sur son dos, des écailles de métal. La bête râla avant de s’éteindre. Une autre nous bondit dessus et elle connut le même sort. Cinq mètres de long et des griffes acérées, de sa fourrure on en faisait de beaux manteaux d’apparat. Une troisième s’en prit à l’un de nos chevaux, l’attendant sur le dos de toute sa taille. La monture se cabra tandis que le sang s’écoula sur son flanc. Gowel la tira par le dos pour plonger sa lance dans le cœur de l’animal aux longues dents de sabre. « Combien il y en a-t-il donc ? Qu’elles viennent et qu’on en finisse avec ces créatures des ténèbres. » Un rugissement plus féroce se fit entendre, faisant vibrer les pierres du sentier. Les chevaux furet incontrôlables et le cheval blessé ne se laissa pas approcher par brett. Le souffle coupé, mon corps tressauta au contact de la main de Meowyn posé sur mon épaule. « Calmes ton cheval Brett… » A peine eut-il ordonné cela qu’une panthère des Ruines d’Or plus véloce et plus massive que

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les autres sauta sur le malheureux cheval pour planter ses crocs dans sa gorge et l’achever. Le combat s’engagea. L’a bête mit mes compagnons au tapis ; aucune flèche, aucune arme ne sembla venir à bout de ce monstre. Ma dague à la man, ma décision fut celle de leur venir en aide quand quelque chose d’humide me saisit par le cou. C’était tentaculaire, visqueux et froid comme le métal. De gros yeux me fixèrent et une bouche béante cerclée de dents s’ouvrait et se refermait d’un claquement sec. Aldren sers-toi de ton courage. Invoque la puissance de tes ancêtres. La panthère bondit de pierres en pierres pour me tirer par le manteau. Des flèches sifflèrent à mon oreille. Cette pieuvre des roches allait m’avoir. Mes yeux se fermèrent. Ne penser plus à rien…entrevoir la fin pour mieux anticiper le présent. Mes oreilles bourdonnèrent. Une des tentacules attrapa la panthère et profitant de cette opportunité ma main saisit mon coutelas attaché à ma cuisse et sans plus attendre trancha la peau de la pieuvre. Le sang se répandit. Une flèche atteignit son œil ; l’animal hurla et recula vers son trou. Plus jeune ma mère m’enseigna des prières : « Si tu te sais perdue, aculée et prise au piège, retiens cette prière. Oh Puissance divinité, vous qui entrevoyait la vie et la mort, prenez pitié de mon âme et acceptez ma prière. » La panthère gagna la bouche de la pieuvre et soudain…la pieuvre éclata. Ma chute fut longue et accidentée. Ma tête heurta un rocher. « Doucement Aldren, doucement. » Meowyn me caressa la joue, alors que lentement mon esprit revenait à lui. « Je…je suis en vie ? —Plus que vous ne le croyez. Vous avez la tête dure. » Iponèd soigna sa blessure au bras, imité par Brett qui banda sa jambe, tailladée à la cuisse.

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« Vous saignez Meowyn ? » Mes doigts effleurèrent son front. « Soyez sans crainte, la blessure est superficielle, répondit-il les yeux embués de larmes, j’ai cru vous perdre…cette monstrueuse bête… —Tout va bien Méowyn. Nous l’avons vaincu. » Il m’enserra dans ses bras et mes lèvres se posèrent sur sa joue creuse, puis sur ses lèvres. Front contre front on resta un instant dans cette position. Ce fut intense comme à chacune de nos étreintes et après avoir recueilli une goutte de son sang, mon doigt l’étala sur l’une de mes coupures. Ainsi nous étions mêlés par le sang. « Méowyn ! Coupa Iponèd écœuré par ce qu’il voyait. La reine a besoin de repos. Es-tu également de mon avis ? Je prends le premier tour de garde avec Brett. Dormez sur vos deux oreilles. » Des chuchotements me réveillèrent. Méowyn ne se tenais plus à mes côtés mais devant Gowel. Iponèd le remplaçait sur sa couche et dormait à poings fermés, la conscience tranquille à en juger par son sourire. « A quoi joues-tu mon garçon ? Cette femme n’est pas la tienne et jusqu’à nouvel ordre elle appartient à la couronne des Ascaris ! Et tu n’es pas un roi ! Tu n’es qu’un porte-étendard, rien de plus ! —J’ignorais que tu te souciais de moi à ce point. — Arrêtes un peu ! Tu sais très bien de quoi je parle. Ta tête reposera sur un pic une fois qu’Eothen t’aura décapité en personne pour haute trahison ! Est-ce cela que tu veux ? —Je veux ce que la reine veut et cela ne changera rien à l’opinion que tu te fais de moi. J’agis pour le bien-fondé de notre mission, rien de plus. Eloignes-toi de moi maintenant et ne te préoccupes pas de savoir si j’ai raison ou tort. »

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La main d’Iponèd se posa sur la mienne. Mes yeux s’ouvrirent pour constater qu’il me contemplait avec attention. Ma main s’éloigna de son étreinte pour retourner contre ma poitrine. Nous arrivâmes à une bifurcation : quatre portes dont aucune ne portait d’indications. Un choix devait être fait. Aldren, prends celle de gauche et tu verras la lumière du jour. Mon doigt se leva vers la porte indiquée. « Et qu’est-ce qui nous fait croire qu’il s’agit de la bonne direction ? Protesta Gowel. Il y a deux jours nous sommes tombés sur un tas de panthères affamées et sur un autre monstre venu du néant. Qui nous fait croire que cette voie est la bonne ? —Libre à toi d’emprunter une autre porte mon ami. —Je ne suis pas ton ami ! Seulement il y a une heure elle ne savait pas où se rendre et voilà qu’elle retrouve toute sa lucidité. —La ferme Gowel ! Nous prendrons la porte de gauche ! » La terre se mit à gronder, les pierres lentement se détachèrent de la paroi et les chevaux de nouveau paniquèrent. Les chuchotements reprirent derrière nous et des grognements féroces nous poussèrent à prendre l’accès indiqué par la voix. On nous talonnait. Les Vigilants. Brett en compta une dizaine postés sur les hauteurs. Les lances piquèrent les murs. « Monter sur les chevaux, nous n’avons pas une seconde à perdre ! » Nous galopâmes à travers ce large boyau poursuivis par les panthères ; bien vite elles seraient sur nous. Les virages furent difficiles à négocier, sans parler des ponts de pierre sous lesquels se trouvèrent des précipices charriant les eaux de la montagne. Brett fermait la marche avec les chevaux de bât et il savait qu’il devait lâcher la

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longe si le danger devenait imminent. Une nouvelle secousse nous contraint à presser les chevaux. Les Vigilants noyaient le boyau et l’eau montait à vive allure. Les chevaux peinèrent sur les flancs, glissant et trébuchant sur leurs pattes. « Plus vite Gowel ! Plus vite, où nous mourrons noyer ! —Mon cheval rechigne à avancer, le sol est devenu trop glissant ! » L’’eau sur son passage rugissait, arrachant les pierres dans un terrible excès de colère. On ne pouvait déranger cette eau qui depuis des centaines d’années stagnaient dans les profondeurs abyssales des mines sans en subir les conséquences. La peur me saisit di fort qu’Orul la ressentit. Il fut impossible à maitriser et Meowyn vint à mon secours : il savait que ma peur de l’eau pouvait me tuer ; l’eau rugissant montait à l’affût de nos chevaux, noyant les panthères glissant des parois glissantes des contreforts. Il nous fallut continuer à pied ou mourir. Le passage fut étroit, Gowel et Brett se chargèrent des chevaux tandis que l’habile Iponèd envoyait des flèches dans les flancs des panthères. Soudain le sol s’affaissa sous mes pas. je me retrouvai précipité dans les flots ; il me fut difficile de remonter à la surface car aussitôt que ma tête immergeait, les mouvements de la torrent déchainée me précipitèrent vers le fond du lit. Le rapide filait promptement, me poussa vers deux sections. Un corps heurta le mien et une main s’accrocha à mon bras ; coincée contre la roche et ce corps l’eau pénétrait mes poumons. Meowyn ? C’était bien lui. Il me hissa hors de l’eau et passa une corde nouée autour de ma taille. « Il faut passer en-dessous, hurla-t-il, nous n’avons pas le choix ! L’eau monte et engloutira bientôt cette tranchée ! On y va !

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—NON ! Protestai-je en crachant l’eau de mes poumons. Derrière l’eau rugissait charriant du bois ayant servi à sécuriser certains passages. Emportés par les flots nos deux corps furent mal menés et la pierre écorcha ma peau ; cette violence me terrifia. Cette peur de l’eau venait d’un lointain songe. Ma tête cogna la roche… Aldren, reviens. Ce n’est pas aujourd’hui que le destin d’une reine se termine. Et de nouveau mon esprit sortir de son étourdissement pour se concentrer sur le visage inquiet de Meowyn me retenant son bras placé sous le mien. « Aldren…ne me laissez pas tomber…je vous aime. » Plus grands mes yeux s’ouvrirent et cette sentence me redonna esprit comme le soleil se levant dans un ciel noir marquant l’aube d’un nouveau cycle. Ses lèvres se posèrent sur les miennes et un éblouissement marqua ma vision ; des vagissements de bébé attirèrent mon attention. Un bébé. Mon bras se passa autour de son cou. Il lâcha la paroi rocheuse et de nouveau le rapide nous emporta. Après la difficulté de rester en vie, s’ajouta les flèches des Vigilants ; la lumière perça l’horizon et comme aucune portée ne marqua sa cible, Meowyn m’entraîna derrière lui. Au-delà on discerna les flancs d’une hauteur boisée haute de plusieurs milliers de pieds. Enfin la liberté s’offrait à nous. Le soleil nous éblouit avec une telle intensité que nous ne pûmes voir vers quoi nous allions ; la chute fut vertigineuse et des panthères nous talonnèrent bondissant sur les rochers afin de ne pas nous manquer. Nous dérivâmes encore et encore, les Vigilants ces spectres sans visages bondirent derrière leurs panthères, arquant le carquois pour nous atteindre ; le courant nous poussa loin de cette montagne. Les vigilants finiraient par nous avoir quand les Vigilants tombèrent dans l’eau les uns après les autres. Des Varens se tenaient là, œuvrant pour notre salut. Meowyn tenta à

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plusieurs reprises de s’accrocher aux aspérités de l’affluent. Enfin nous gagnâmes la rive et Meowyn me hissa sur le rivage rocheux. Autour de nous la forêt de mélèzes, de peupliers et le doux clapotis de l’eau. La tête posée sur la pierre chaude, ma respiration finit par s’apaiser et plus encore quand Méowyn posa sa main sur mon cou. Après m’être mise à genoux, il enserra mon buste de ses bras et la tête sur son épaule, mes larmes se mirent à couler ; « Vous êtes en vie ma reine. Vos Dieux semblent vous aimer. —Autant que les vôtres ; Vous avez la peau dure. » Or le sang coulait de son visage et de toutes les autres parties de son anatomie qui n’avaient pas été protégées ; on pansa nos blessures avant de se mettre en route vers Bazat. A bout de forces mes jambes refusèrent de me porter et alors que la nuit tombait on fit halte privés de nos couvertures, de nos armes et de nourriture. Il me serra dans ses bras et le sommeil me gagna sitôt que ma tête se posa contre sa poitrine. Aldren, nous t’attendions. Le soleil se leva dans la vallée. Le spectacle fut saisissant pour quelqu’un qui n’avait connu que la beauté vertigineuse de Béréthor. Ce souvenir m’affecta ; que restait-il de cette cité royale ? Rowen ne pouvait être tenu pour seul responsable de ce massacre, les hauts conseillers comme Morgoas devaient avoir agi dans l’ombre, fomenté ce complot pour mieux assoir Eothen sur le trône. Quand Meowyn m’emmena à Béréthor, mon jeune âge joua en ma défaveur reconnaissons-le ; le roi ne voulait qu’un héritier de plus ou bien autre chose…Le soleil continua sa course dans le ciel azur et la chaleur de ses rayons réchauffa nos blessures.

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Meowyn s’accroupit près de moi et me tendis une racine large comme un pouce qu’il prit soin de rendre présentable. « Mangez cela Majesté ! —Quand serez-vous de m’appeler ici ? je ne suis plus votre reine. Igred l’est à ce sjour et elle accomplira bien plus que moi en ces temps de paix. Servirez-vous toujours les intérêts de la couronne ? » Il détourna son regard du mien pour fixer le val à nos pieds. Cette vaste étendue boisée et plus loin la cité de Bazat dont le miroir du donjon invitait les étrangers à approcher. « J’ai fait serment à mon roi. La seule issue sera la mort si je lui désobéis. Il y a longtemps que je me suis égaré, fourvoyé par mégarde sur un sentier qui jusqu’à maintenant m’était inconnu. Il m’est impossible de revenir en arrière je me suis à jamais condamné par ma dévotion pour vous ; un élan que Eothen sera me faire payer. —Mais il n’est pas encre roi ! » Prestement ma main se posa sur son avant-bras, mon cœur battait fort tandis que les larmes me montèrent aux yeux. « Meowyn ! Eothen…n’est pas encore roi, murmurai-je, nous pourrions encore partir loin d’ici et vivre la vie que nous souhaitons vivre vous et moi. Nous aurions l’éternité pour nous aimer et je sais que vous y avez pensé. Pas seulement dans cette grotte mais bien avant cela. Meowyn… » Ma main caressa sa joue et une larme ruissela sur la mienne. Il prit ma main pour l’écarter de son visage et me fixer, les sourcils froncés. « Je ne m’appartiens pas, Majesté. Votre défunt époux m’a chargé de veiller sur vous et… —En m’offrant votre cœur ? Il vous aimait comme un fils ! N’avez-vous jamais songé qu’en acceptant de veiller sur la reine-régent vous vous attireriez la colère d’Eoten ? Il n’a

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jamais eu d’égard pour vous et s’il pouvait vous voir mort…cependant il ne pourra le faire sans se disculper de ce meurtre et…je ne veux pas vous perdre. Pas vous Meowyn. Je ne pourrais survivre à tout cela sans votre soutien et… —Remettons-nous en route ! Si les autres ont survécu aux eaux de la montagne il serait dommage de leur manquer. » Une caravane au loin passa ; plus d’une centaine d hommes et autant de bête de somme ployant sous les nacelles dissimulant les précieuses seigneuries. La colonne serpentait le long de la rivière étincelante et Meowyn me fit presser le pas. Ces importateurs étaient des Indbâts, reconnaissables à leur costume doré à pampilles de cristal. Des gardes vêtus de rouge et de noirs marchaient de conserve le long de la colonne et quelque part un homme chantait afin de bénir la route de ces Princes. Ce peuple n’était pas si différent du mien : coutumes ancestrales et autant de pierres précieuses, de gemmes brodées sur leur costume ; peuple de la lumière, il se disait près du Dieu Solaire Ictosis dont il vouait un culte quotidien. Ce peuple des terres astrales —ils venaient du territoire au sudouest des Asturies et se distinguaient des autres par la noblesse de leurs traits, leur peau hâlée tirant vers le miel et leur longue chevelure noire tombant en vague disciplinée dans leur dos— ne se déplaçaient jamais dans leur multiples gens : caméristes, écuyers, maitre d’armes, forgerons, etc. et leur cour : dame de compagnie, barons, chevaliers-ligue ; une seule famille n’avait pas moins de trois cent âmes qu’il fallait nourrir, soigner et héberger. Les Inbâts auraient tôt fait de nous remarquer quand Meowyn s’arrêta net. Il fixait la cohorte puis recula, faisant barrage de son bras. « Si je vous ramène aux vôtres quel soutien obtiendrai-je de votre père ? Il me fixa sans

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sourciller. Me jetera-t-il du haut du mur de la honte pour avoir osé poser un œil sur vous ? —Non. Vous serez récompensé Meowyn audelà de vos espérances. » Il ne cessait de me fixer et brutalement me saisir par les épaules, ses deux mains plaquées sur mes membres. « Eothen ne prendra pas la peine de se salir les mains. Il m’a depuis condamné et Clléistophen se chargera de la sentence. N’estce pas ? Votre père ne passe pas pour être magnanime et j’ai l’horrible sentiment que mon devoir auprès de vous prendra fin. Ma mission touchera à son but sitôt que je vous conduirais auprès de sa Sainteté, votre Père. » La tête baissée, mon cœur gonfla d’amertume, de peur et de tristesse. On ne pouvait me prendre Meowyn, je m’y refuserais ! Il souleva mon menton pour m’obliger à le regarder. « Où irions-nous Aldren ? Nous serons à jamais persécuté par l’hombre vengeresse d’Eothen ; nous vivrons dans la crainte et il n’y aura pas un jour où je craindrais de vous perdre. Vous n’ignorez pas quels sont mes sentiments à votre égard et par amour pour vous je ne vous imposerez pas cette existence, dussè-je mettre un terme à nos tracas actuels. —Meowyn, vous ne savez pas ce que vous dites. » Les larmes ruisselèrent sur ma joue et il me plaqua contre la roche au-dessus de laquelle pendaient des feuilles larges et légères. Son pouce crevassé caressa mes lèvres pour s’y engouffrer. Ma virginité lui serait offerte, il le savait et alors que ma poitrine se soulevait plus hâtivement, il posa ses lèvres sur les miennes. Puis il me souleva hors de terre. Un jour mon ventre se remplirait…la main sur la ceinture de son baudrier, le désir monta à l’assaut telle une déferlante rendue plus vive à l’approche de la côté. ‘ «Il nous faudra 72 jours pour rallier l’Ar Sonm à moins que tu n’aies eu vent d’un

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passage entre Bazat et Ar Sonm. Il nous faudra des chevaux et la protection de ces Indbâts. » On dansa. De jeunes et gracieuses danseuses jetaient des voiles dans le firmament étoilé et les récupéraient après quelques acrobaties ; partout l’on buvait et riait ; les domestiques en pagne passaient entre les divers convivres du seigneur Inbâts, un dénommé Delhio, un homme raffiné entouré d’une cour de splendides créatures arborant des bijoux de tête sur leur chevelure noire. Allongés sur des coussins au fil d’or tous se repaissaient sans se soucier véritablement de nous autres exilés. On me vêtit d’une robe transparente serrée à la taille et évasée ; diaphane robe et finement brodée on pouvait y suivre la courbe de mon ventre, de mes seins, de mes cuisses et de mes fesses. On releva mes cheveux en une coiffure compliquée, une sorte de couronne dans laquelle on piqua une cinquantaine de gemme semblables à des gouttelettes d’eau. Ce peuple avait le sens de l’hospitalité et grisé par l’alcool, on se laissa aller à la satisfaction d’un ventre bien rempli, d’un bain chaud, de soins adéquats et à la générosité des Inbâts. Assis près de moi Meowyn se pencha à mon oreille. « Ce seigneur a quitté la grande cité de Nehari. Ils sont remontés par le fleuve le Kons Grom pour ensuite prendre le confluent le Grom qui les a conduits ici, dans les Ruines d’or. Ils disent que le prince Rowen contrôle le grand fleuve et ses hommes tiennent la frontière avec les Açores. Ils ont passé avant que le roi Amnès ne ferme ses frontières. —Le roi a fait fermer ses frontières ? Pourquoi ? —Le prince-régent le lui aurait suggéré. Il serait à trente kilomètres d’ici. Lui et son avantgarde, soit plus de deux mille hommes sur les huit milles qui attendent sagement les ordres

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pour passer à l’attaque. Sans parler des soldats d’Amnès disposés le long du Grom pour parer aux attaques de Rowen. Plus de dix mille hommes parmi ses élites. Tous concentrent leurs forces vers la frontière de l’Ar San. Si nous nous ne hâtons pas nous serons bientôt dans les coincés entre le gros des troupes ; Ces hommes nous proposent des chevaux et de la nourriture pour six jours. —C’est bien suffisant. Nous aurions pu nous contenter de bien peu. Ces gens sont si gentils qu’il m’est insupportable d’avoir à abuser d’eux comme nous le faisons. Nous avons si peu à leur offrir. » Mon réveil fut doux et mes mains s’agrippèrent aux bras protecteurs de Meowyn mer serrant fort contre lui ; son souffle chaud caressa réchauffa ma peau et les yeux grands ouverts il me fallait à jamais immortaliser cet instant. Le faire mien, à jamais. Je l’aimais tant. Ses cheveux, ses mains, ses lèvres. Comment ne pas le l’aimer ? « Je ne voudrais ne jamais voir le jour se coucher… »Ses doigts se posèrent sur ma bouche. Les larmes ruisselèrent sur ma joue. Mon cœur s’emballa. Les frissons parcoururent ma peau. Il me rendait heureuse, Meowyn me rendait heureuse. Mon corps se crispa sous le sien et s’arcbouta pour n’être plus qu’un réceptacle à sa propre jouissance. « Emmènesmoi avec toi. Où que tu ailles, je peux t’accompagner et ne pas craindre le déshonneur. —Aldren…je n’échangerai pas un jour passé auprès de vous pour un jour heureux passé sous cette terre mais je ne puis faire de vous mon allié dans mon infortune. Il n’y aurait pas d’avenir pour nous. Or je vous ai servi du mieux que j’ai pu et si cela doit prendre fin…un serment m’a lié à vous, autrefois et je ne peux outrepasser ces ordres ou j’en crèverais de honte. Cela serait insulter la mémoire de vos

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ancêtres. Quel homme accepterait alors de me faire confiance ? » Dans ses bras mes larmes roulèrent en abondance et dans la chaleur de sa peau, l’amertume sembla me ronger de l’intérieur. Il ne me restait plus que lui dans ce monde sans fond et sans fin. La caravane se remit en marche vers la grande cité de Bazat connue pour être depuis des milliers d’années indépendante du fait de son emplacement géographique et de toutes les ressources inépuisables qu’elle tirait du sol : or, argent, pierres semi-précieuses ; grand comptoir commercial permettant les échanges vers les terres du roi Amnès, de celles du défunt Aldric et de tous les autres royaumes limitrophes dont celles de mon père. Et cette cité ne semblait jamais vouloir se terminer ; où que l’on se trouvait la cité s’étendait à perte de vue flanqué par des murs d’enceinte aux portes hautes, solides et doublées par deux autres renforcements de remparts que l’on savait imprenable. Plus d’un million d’individus y vivaient selon les règles strictes de l’intendant Dueril III fils d’Eslim VI le Preux. Les Inbâts savaient qu’ils y trouveraient le soutien de Dueril en contrepartie de leur fortune et de leur position sociale. En tant de paix on recherchait ce lieu pour l’asile qu’elle y proposait et en temps de guerre, il restait possible de s’y faire oublier. L’endroit parfait pour une reine déchue. On y accéda par l’une des portes sud et ce fut là que Meowyn décida de s’éloigner des Inbâts pour se frayer un chemin seul dans cette cité. L’idée fut celle de retrouver les autres dont nous avions perdu la trace dans les Mines d’or. Ils savaient que s’ils devaient nous revoir en vie, cela serait ici à Bazat. Les gardes de l’intendant nous trouvèrent avant même avoir pu mettre notre projet à exécution. Une dizaine d’hommes nous encerclèrent et l’un de ces gardes

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s’approcha de Meowyn pour l’inviter à se rendre auprès du seigneur des lieux ; le dénommé Dueril III connu de par le monde pour son sanguin caractère. Cela venait du fait que sa lignée, dite royale, avait depuis des millénaires combattus pour leurs privilèges. Ce royaume restait hostile aux décrets du roi Aldric et on disait qu’il fomentait toutes sortes de rébellions pour assoir leur pouvoir sur le reste des vassaux. Après deux heures d’attente, le descendant de Guilborg siégeait paisiblement sur sa cathèdre, les jambes croisées l’une sur l’autre ; l’imagemême de la maîtrise de soi, de l’arrogance et de suffisance. Le nez collé au sol, tous les sujets se tenaient là sans oser bouger. Meowyn agenouillé près de moi serra les dents ; il ne pouvait ployer l’échine devant un homme si farouche aux édiles royaux. Sa mâchoire se crispa quand Dueril quitta son estrade pour passer entre les différents étrangers massés à ses pieds, les bras tendus vers la stèle représentant cet illustre homme aux longs cheveux blonds et fins comme des fils de soie. Ce dernier ralentit près des Inbâts dont les frères de Delhio et il s’arrêta devant une jeune femme, l’une de ces danseuses de la veille aux formes généreuses. Dans cet endroit grand, vaste et aéré, les courants d’air s’infiltrèrent autour de nous, s’enlevant les voiles des costumes des hommes et la chevelure des femmes. Il devenait douloureux de rester ainsi, à ne pas bouger, les membres tendus et le front posé sur les dalles froides ; les plus fortunés disposaient d’un petit coussin de soie ou d’une cape de velours quand le reste, la majorité ne se contentait que de rien. Les femmes d’un côté et les autres de l’autre ; on ne se mélangeait pas dans ces contrées et ce royaume demeurait impropre à l’égalité des sexes ben que les femmes chevauchaient en temps de guerre auprès des mâles des divers clans.

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Un frisson parcourut mon dos quand Dueril passa près de moi, le souffle coupé comme traquant sa proie. Etrange sensation que celle de se sentir acculé dans cette immense salle aux fenêtres en ogives, hautes et finement recouvertes d’arabesques doré. Il passa devant moi, les mains derrière le dos, la traine de son costume glissant sur le dallage. « Une récompense pour les fidèles de notre peuple. Ceux qui nous serviront seront récompensés, les autres….exécutés. Nous ne nous embarrasserons pas d’infidèles à Bazat et l’avenir de ce royaume appartient aux courageux et non pas aux lâches. Il s’avère que la reine Aldren, fille d’Ictara et de Cleistophen se trouve être parmi nous. On me rapporte qu’elle aurait chevauché en compagnie des Inbâts depuis les Mines d’or et…je promets une grande récompense pour qui la dénoncera. » Mon cœur s’emballa. Ce pays tout entier se tenait près à la guerre et voilà qu’on voulait de nouveau se servir de moi comme d’une monnaie d’échange. « Je promets l’asile politique à qui parlera ! Un asile et bonne fortune. Toi femme ! Parles ! —Je sais qui elle est et où elle se tient Monseigneur ! » Lança une jeune femme en pointant son index vers une autre. « Elle est ici ! C’est elle que vous voulez ! » Et mon cœur cessa de battre, le front sur le sol je tentais de recouvrer la raison ; parler ne me sauverais pas, au contraire la vérité me priverait à jamais de Meowyn. « Et bien lèves-toi ! La reine dis-tu ? Sais-tu combien de femmes prétendent être la reine Aldren depuis que les hostilités ont commencé entre les deux frères ? Mauvaise réponse… (il lui trancha la gorge de sa dague ; le corps inerte s’écroula lentement sur le sol). Je ne supporte pas perdre mon temps et j’estime l’avoir suffisamment perdu depuis la dernière lune. Je

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pense que vous ne m’avez pas bien compris. Silence femme ! Ou bien tu seras la prochaine à occire ! Garde ! Débarrassez-moi d’elle, je ne peux supporter l’empathie. Je dis vouloir retrouver Aldren….Toi, lèves toi mon garçon….vigoureux et fier. Un Inbât je présume. Dis-moi où est la petite vagabonde que vous avez ramassé il y a deux jours de cela. Regardes bien et parles sans t’émouvoir. —Elle n’est pas ici mon Seigneur. —veux-tu vivre ou mourir ? Essayes seulement de t’en souvenir mon garçon. A quoi ressemblait-elle ? —Elle était…quelconque. Je ne l’ai vu que de dos. Mais cet homme là-bas l’accompagnait. Celui qui…une pelisse sur le dos. Non pas celui-ci, murmura le jeune homme en voyant désigné Meowyn, c’est cet autre là-bas. » Il s’écroula, éventré. Dueril venait de le pourfendre. La peur me pétrifia. Ainsi montraije l’image d’une reine sans cœur et sans raison. Aucun de ceux qui avaient pu croiser leur reine ne souhaitait la trahir et ce gage de dévotion et de confiance me toucha droit au cœur. Lentement mon dos se redressa et à genoux, implorais les âmes de mes ancêtres de me venir en aide. Dueril marcha vers moi et souleva mon menton pour m’obliger à le regarder. « Une autre qui se prend pour la reine Aldren. Ne crains-tu donc pas la mort ? Lèves-toi… » Son regard plongea se détourna du mien. La braise qui y brûlait auparavant fut balayé par le vent de l’espoir ; de sa haute taille il me recouvrait de sa chaleur ; ce sang vif, bouillonnant dans ses veines ; M’épargnerait-il ? « Que veux-tu m’avouer avant ton trépas, femme ? —Ils étaient innocents. Ils se sont sacrifiés pour leur reine et jamais vous n’obtiendrez pareille dévotion pas même si vous leur offririez votre trône ! »

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La gifle partit. Comment avait-il pu ? On ne m’avait encore jamais giflé. C’était là un crime de lèse-majesté et quiconque levait la main sur la reine se condamnait à une mort lente. Meowyn se tenait debout, les poings serrés. Il venait de nous trahir tous deux. Les gardes immédiatement le saisir et Dueril de me fixer de son regard hautain, la paupière relevée et en pointe ; il me dévisageait froidement, moi l’insecte qu’il écraserait d’une simple pression de son talon. Il se pencha à mon oreille. « Mets-toi à genoux avant que je fasse décapiter ton ami. Voilà qui est raisonnable. Il est temps d’en finir avec cette sordide histoire ! Il y aura des rafraichissements et de la bonne chère pour tout le monde car je ne suis pas rancunier mais aux premières heures du jour… les langues se délieront, je le sais par expérience. Garde ! Qu’on s’occupe bien d’eux ! Et, to… tu restes avec moi ! » La gorge nouée il me fut insupportable de voir partir Meowyn avec les autres. Dueril tourna autour de moi, le torse gonflé et l’œil interrogatif. « Je pourrais te vendre tu sais ? Tu me rapporterais un joli pactole ; certains ici sont prêts à mettre le prix pour une esclave Inbât de surcroit, belle et insolente….je pourrais te briser, faire de toi mon instrument prête à assouvir tous mes fantasmes et tu m’obéirais aveuglement. Je n’aurais qu’à te siffler pour que tu viennes à moi. Tu veux vivre n’est-ce pas ? Voir ton amant te revenir ? Oui c’est bien ça…tu es folle éprise de cet homme et ton cœur bat fort. Je pourrais te l’arracher, le faire sortir de ta poitrine ainsi tu ne te montreras plus faible. Lèves-toi….regardes-moi….sa vie contre la tienne. Accepteras-tu ce prix ? —Non ! La vie de tous vos captifs…contre la mienne. » De nouveau il souleva mon menton pour mieux me jauger. « Qu’il en soit fait selon

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ta volonté. Après tout je suis ici pour exécuter vos volontés. Ils seront à jamais banni de ce royaume et quiconque violera cette loi mourra. Je sais me montrer clément et miséricordieux. Tu me remercieras plus tard. » Le cachot fut humide et noir. On se serait imaginé sous terre, là où aucun air ne passe plus. Etroit et venteux, très peu de paille y jonchait le sol et de la minuscule interstice un couloir froid m’apparut. Dans les autres achots avoisinant le mien des hurlements et des prières me parvinrent. On eut dit de longues mélopées. Les murs suintaient d’un étrange liquide malodorant et par un trou passa un énorme rat couinant et aux poils huileux. A l’aide de mon pied je le repoussai, voyant que cet animal serait probablement mon seul compagnon de cellule pour les jours à venir. Un frisson ma parcourut et la nausée au bord des lèvres il me fallait admettre l’évidence : personne n’aurait l’idée de me chercher par ici. De gros insectes galopèrent sur le sol pour disparaître plus loin poursuivis par de plus gros. « Tu es libre. N’est-ce pas ce que tu voulais ? » Le regard de Dueril apparut derrière le maigre entrebâillement et bien vite la porte s’ouvrit dans un bruit froid et rapide des verrous déplacés de l’extérieur. Les mains derrière le dos, il fit signe à son geôlier de s’éloigner. Seule sa garde rapprochée se tenait là sur le qui-vive. « Il n’y a pas si longtemps que cela j’imaginais une reine grande, majestueuses et solennelle se déplaçant avec une flopée de guerriers parmi les chevaliers dont la renommée n’a d’égale que leur grandeur au combat. » Il me fixait intensément, perdu dans ses pensées. Son regard ressemblait à deux immenses trous noirs attirant à eux toute forme d’énergie. « Tu n’es pas la reine Aldren.

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—Je n’ai jamais prétendu le contraire. C’est vous qui… » Il leva la main pour me faire taire. « Nous avons là une sorte de vagabonde sous les traits d’une Inbât. Mais nous avons démaqué la supercherie et cela m’apprendra à accorder ma confiance aux étrangères un peu trop ambitieuses. Cette Aldren…hante mes rêves. On songe je l’imagine à la tête d’une grande armée invincible qu’elle conduirait à des victoires successives. Elle n’aurait qu’à se tenir dans son armure pour que tous les prosternent à ses pieds. Longtemps j’ai rêvé d’elle…Demain, tu seras exécutée pour trahison, félonie et usurpation d’identité. Je veux faire de toi un exemple. Astu une dernière volonté ? » Mes lèvres se mirent à trembler. Le froid m’envahit et en levant de nouveau la tête, mon regard croisa celui de l’intendant. « Tu a forcément une dernière volonté comme celle de serrer une dernière fois ton amant dans tes bras, répliqua-t-il à voix basse. Je pourrais vous permettre cette dernière union. Alors ? Dois-je aller le faire quérir ? —Non, je…une nuit de prières me sera bien plus profitable. » Il s’en alla sans rien ajouter. Le geôlier s’empressa de refermer la porte. Et plus rien. La main sur le visage, les larmes apparurent en pensant à Meowyn enfermé quelque part dans ce sinistre endroit. J’avais tout perdu…tout perdu. Quelle honte ! Qui oserait se prosterner à mes pieds à présent que plus aucun bien n’était ma propriété ? Debout contre le mur, mes lointains souvenirs me conduirent sur les terres des Ascaris, dans ce grand royaume régit par le Roi Aldric. Un rat passa devant moi comme pour mieux me narguer et un autre suivit. Comment survivre à cela ? En mourant, en me sacrifiant pour les miens, c’était aussi simple que cela. Pourquoi tenter de fuir ?

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« Les armées marchent, se déplacent vite et mènent des combats sans merci. Entama Dueril derrière la porte. Les armées s’affrontent sur ces terres. Il faut voir en cela un message divin. L’heureuse providence a accompli son œuvre et le sang abreuvera cette patrie pour des milliers d’années à venir. On parle du pardon des Dieux pour ces rois avides de gloire. L’âme de l’homme serait-elle capable de rédemption ? » Dans l’obscurité, il fut difficile de discerner le moindre détail. Prostrée là, mes jambes refusèrent de bouger. On m’aurait di pétrifiée, réduite à cet état de pierre. La mort fut préférable à cela. « Les étoiles et les astres sont les messagers des méfaits des mortels, de ces rois qui prônent la réconciliation. Le ciel s’est livré à moi et pour un instant j’ai tenu l’univers entier entre mes mains, là en équilibre au-dessus de ma paume. La Magie est l’arme des sages. On dit que les Olmurils effrayent les mortels par leurs savoirs. N’ont-ils pas été persécutés dans des temps anciens avant de s’affirmer comme grande nation ? Quel genre de femme es-tu pour te prétendre être l’égale de ces mages ? Combien de femmes encore prétendront à ce titre ? Combien de créatures viles et abjectes devraisje tuer de mes mains pour mettre un terme à ce pathétique divertissement ? » Une larme ruissela sur ma joue. « Tu pleures ? Aurais-tu conscience d’avoir mal agi ? La sentence sera rendue publique afin que personne ne doute de mes résolutions et de ma détermination. As-tu peur de mourir ? Que ressent-on quand on sait la fin proche ? Quand on se tient au bord du précipice, quelle solution avons-nous ? Devons-nous sauter ou bien attendre une fin plus favorable ? Tu sauterais incontestablement pour ne plus subir d’humiliation….je salue ton sacrifice. Comment était-ce chez toi ? Parles-moi de là où tu viens.

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Sont-ils tous comme toi ? Ouvrez la porte ! Approche, que je puisse te voir une dernière fois….Approches… » Lentement et avec difficulté mes jambes me portèrent à lui et la main posée sur la paroi visqueuse, je cherchais à m’orienter au son de sa voix. Il brandit la torche sous mon nez et il me toisa de sa superbe ; froid, distant et imperceptible. La lumière émise par la torche lui donnait un aspect spectral et brillant comme le stuc. Etait-il seulement fait de chaire et d’os ? Avait-il un cœur capable de s’émouvoir et d’aimer ? Non ! Il était de ces hommes à ne rien ressentir ; cet intendant aurait tôt fait de m’exécuter. « Comment t’appelles-tu ? —Ilyora…mon seigneur. —Cela ne sonne pas inbâts. » Violemment il me saisir par le poignet pour m’attirer à lui. La peur me saisit. « Tu n’as rien d’une Inbât. Tu n’as pas leur noblesse de trait et puis…regardestoi ! Tu es maigrichonne et pâle à faire peur. Tu as une sale tronche. Non, tu n’es pas une Inbât et qui que tu sois je m’en contrebalance. Demain tu ne seras plus de ce monde. Je t’accorde seulement la grâce d’une soirée parmi les sujets de ton roi. » On me lava, m’habilla d’une robe BLEU nuit dont le plongeant décolleté laissait entrevoir une longue chaine en or tombant entre mes seins et retenant mon maillot. Le voile si léger couvrait à peine ma peau ; les notables de Dueril portaient des tenues plus chatoyantes combinaisons savantes de rouges et d’or, de gris, d’argenté ; leur chevelure blonde relevé en des chignons compliqués soulignaient leur diaphane et élancée silhouette. On me pressa de me rendre dans les appartements de Dueril et attablé à diner il me désigna d’un doigt une aiguière.

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« Tu sais ce que j’attends de toi n’est-ce pas ? Ce soir tu seras à moi et je tiens à disposer de toi comme je l’entends, d’déclara ce dernier marchant vers la terrasse surplombant sa titanesque cité. Il fera chaud cette nuit, une fois de plus nous souffrirons de la chaleur. Vois comme le ciel est rouge. Le sang coule dans les plaines. (Il revint vers moi, aérien et gracieux) Où est ta famille ? A-t-elle été exécutée pour avoir manqué de discernement ? Sers moi à boire. » Toute cette opulence ressemblait à s’y méprendre au palais d’Aldric ; des artisans s’étaient rassemblés pour faire de cet endroit un lieu de recueillement et de splendeur. Ma main trembla et le vin déborda du verre en argent. Confortablement assis dans sa cathèdre, les jambes croisées l’une sur l’autre il mordit dans les raisins, perdu dans ses réflexions. « Alors où est ta famille et dis-moi pour quelles raisons tu cherchais à te faire passer pour une reine ? Tu as eu le cran de me défier, nota-t-il en se levant d’un bond, envoyant voler le verre à travers la pièce. Aussitôt deux domestiques s’empressèrent de réparer les dégâts et moi terrifiée, je ne savais que faire et comment me comporter. Il tourna autour de la table, les mains derrière le dos et prestement se retourna pour revenir vers moi, pointant son index dans ma direction. Tu n’es qu’une…. » Il stoppa net son ébauche de gifle. « Vous ne restez pas planté là ! Débarrassez moi cette table et faites venir le mage ! Je sens que ce soir sera un jour particulier, il s’arrêta de parler la main sur le flanc et l’autre soutenant son corps. De quel mal souffrait-il ? Cette reine devrait-être ici ! Elle aurait du répondre à mon appel depuis longtemps et…pourquoi me regardes-tu comme ça ? Les Olmurils ont toujours colonisé ces terres et je ne comprends pas….elle devrait être ici ! »

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Il quitta prestement la pièce. Le temps qu’il me fallut pour substituer un petit couteau. Il revint vers moi. « Pourquoi ne vois-je plus rien ? Plus aucune voix ne me parvient. Eothen et son frère sont aux frontières de cet état et sans Aldren à mes côtés, le royaume entier court à sa perte. —Pourtant elle est ici, mon seigneur ! » Un sage venait d’entrer suivit de deux assistants aux crâne chauve. Des frissons parcoururent ma peau. Le mage avança soutenu par son bâton. Il ne se prosterna pas devant Dueril ; lui embrassa la bague au doigt du vieillard aux yeux recouvert d’un voile blanc. « Si elle est ici, alors pourquoi ne remarquaije pas sa présence ? —Parce que son sang a été souillé. Ce qui rend difficile voire impossible de rentrer en son contact. Eothen demandera à être reçu demain. Il ignore lui-même où se trouve sa reine et il y a parmi vos prisonniers un homme qui sait où elle se trouve actuellement. Un homme qui pourrait…. » Il se tut, dressa l’oreille dans ma direction et resta un moment silencieux. «Quoi donc ? Que se passe-t-il Sanros ? Que ressentez-vous ? —Eothen ne dot pas savoir qu’elle est ici. S’il venait à l’apprendre, sa colère s’abattrait sur vous. Il a d’autres desseins pour Aldren. —Vraiment ? Et après l’avoir humilié sans façon il s’amusera encore avec elle, trouvant très juste de la priver de son rang ! Il y a longtemps que je dis qu’Eothen ne devrait pas régner ; un tel homme est un danger pour les siens et je ne me laisserais pas intimider par un Ascaris ! Si nous parvenons à mettre la main sur la reine, elle aspirera à une existence bien meilleure que celle offerte par ce défunt roi dont le nom ne sera évoqué en ces lieux ! Je lui promets ici bien plus qu’elle n’obtiendra jamais en ce monde. »

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Discrètement j’empruntais le corridor pour retrouver Méowyn. On parquait les réfugiés à part des autres prisonniers de droit commun. Il ne me fut pas difficile de trouver leur emplacement situé non loin des écuries ; Meowyn apparut enfin à la porte et tomba des nues en me voyant. Il quitta son emplacement pour venir vers moi et n’être entendu de personne. « Al…Ilyora ! Comment….comment avezvous fait ? Vous risquez la mort pour être venue jusqu’ici vous le savez ? On pourrait vous tuer…. —Je voulais vous voir…Eothen sera là demain et s’il me découvre ici, il demandera des comptes à Dueril. Lui ignore qui je suis mais me garde comme domestiques près de lui. Je suis une sorte d’échanson et…j’ai quelque chose pour vous…c’est un minimum pour vous défendre. Dueril fera interroger les prisonniers au sujet de…la reine et…. » On venait par là. « Par ordre de l’Intendant, que les portes soient fermées au visite ! Débarrassez-moi de ces vauriens, lança le chef de la garde scintillant dans son costume doré, mettez-moi tout cela dehors ! Il va venir inspecter ces lieux et interroger un prisonnier. » Mon regard se perdit dans celui de Meowyn. On bouscula une femme derrière moi ; on venait nourrir les réfugiés, des gens d’ici soucieux du sort de ces derniers. La main de Meowyn se posa sur la mienne. « Prenez soin de vous. Dueril est dangereux et je ne lui fais pas confiance. Comme son père il est cupide et convoite des richesses qui ne sont pas à sa portée. » L’’étreinte de sa main se fit plus intense. Comment partir ? Il me serait impossible de le laisser ; Dueril pourrait vouloir l’interroger et cette idée me terrorisa. Sous mon voile bleue nuit, les traits dissimulés, personne ne pouvait me reconnaitre, pas même

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m’identifier ; certains devaient au juger me croire pour une notable en quête de divertissement de fin de journée. La chaleur, on ne peut plus insupportable assécha ma gorge et il ne fut en rien difficile de songer au calvaire des migrants stationnés dans ce vaste endroit, certes bien aérés mais bien loin de ressembler à leur respectif foyer. « Soyez prudente, je ne le répéterai jamais assez. Les intentions de cet homme sont sombres et… —Soyez sans crainte il ne me fera rien tant que…tant que je lui donne satisfaction. Il me prend pour l’une de ces filles de plaisir et… » La main de Meowyn se posa sur ma joue ; cette révélation fit l’effet d’un couperet. La colère se lit au fond de son regard, non tourné contre moi mais contre ce Dueril. Il représentait une potentielle menace, plus que les troupes de Rowen, le cadet des frères d’Aldric Iv. Les lèvres serrées, meowyn fixait les gardes postés non loin, invitant les visiteurs à quitter les lieux. « Meowyn.... ne faites rien que vous regretteriez ensuite. » Il ne répondit pas de suite, quand il le fit ce fut par un sourire soulignant ses rides d’expression. Il n’était plus là ; ma révélation concernant les intentions de Dueril à mon égard l’avait secoué. Il passerait à l’attaque sitôt le dos tourné. « Oui. Soyez sans crainte. Je n’ai pas pour idée de mettre votre vie en danger. Ils ferment les portes d’enceinte avant minuit. Toutes sont fermées simultanément et si l’on dit qu’il est plus facile d’en rentrer que d’en sortir, c’est bien qu’il y a une raison. Cet intendant élimine ses ennemis de ‘intérieur et c’est lui qui décide de vous faire sortir ou non. Montrez-vous prudente ou je ne pourrais plus rien pour vous. » Un garde me repoussa vers la sortie. De retour dans les appartements de ce dernier le mage Olmuril se tenait là, au milieu de la pièce.

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« Qui comptez-vous de la sorte, Aldren ? Oui je sais qui vous êtes. Mais notre intendant l’ignore, aveuglé par son propre discernement il vous attend depuis tellement longtemps qu’il vous imagine différente du portrait que vous lui proposez à cet instant. Il n’est pas homme à renoncer. Vous serez sa reine Aldren ! » La porte s’ouvrit avec fracas, le vent chaud s’engouffra dans la pièce en soulevant les voilages à l’intérieur des pièces aux murs recouverts de lierre et de roses trémières ; arriva Dueril. Il regarda autour de moi sans rien remarquer que le bruissement lointain d’une fontaine et le son d’une harpe dans la pièce voisine, accompagnée d’une délicieuse voix. « Avec qui parlais-tu ? Tu es une petite sournoise. Tu croyais que je ne te verrais pas filer vers le baraquement des réfugiés ? Et tu risquerais ta vie pour ce moins-que-rien, ce minable ? Je devrais te tuer maintenant et laisser ton corps pourrir à la vue de cet homme que tu aimes sans commune mesure. L’amour rend faible ; on se sent comme terrassé par l’amour. Il vient presque toujours sans s’annoncer et il parfois difficile de le déloger. Je compare l’amour à quelque chose d’abjecte et puéril. Or si je dois te loger ici, il te faudra renoncer à lui, tu saisis ? —Mon Seigneur, en est-il autrement pour les sentiments que vous éprouvez pour votre reine ? Vous dites être prêt à tout sacrifier pour elle, alors de quel genre d’amour faites-vous allusion ? —Ici nul n’est autorisé à parler sans mon consentement. En quoi es-tu supérieure aux autres ? En quoi es-tu mon égale ? J’ai épargné ta misérable vie par trois fois, argua-t-il en glissant une lame froide sur mon cou, prêt à m’occire d’une simple pression. Je pourrais manquer de patience et…Oui kenril, que voulez-vous encore ? »

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Il me projeta contre la méridienne pour avancer vers son sénéchal et bras droit, un homme portant une longue chevelure rousse. Il s’inclina devant l’intendant. Il m’avait jeté au cachot et il donnait l’impression d’être un homme sage et respectueux mais il en était rien ; quiconque fréquentait Dueril finissait par devenir perfide et machiavélique comme le maître des lieux. « Le roi est à la porte-est ; lui et ses hommes. Il demande à rentrer. Nous attendions vos ordres. —Et que veut-il ? A-t-il exprimé clairement ses intentions ? Il veut purger cette cité en commençant par se débarrasser de moi comme il a toujours souhaité le faire, déclara-t-il en déplaçant un pion de son échiquier en ivoire. Il convoite les richesses de cette région et l’accès à la terre du roi Cleistophen. Nous représentons le dernier rempart entre ses troupes et celles des Olùurils. Il cherchera un prétexte pour me destituer de mes fonctions et le problème vient de son paternel. Il réglait les conflits en tranchant les têtes. —Il n’en fera rien Dueril, il aurait changé son itinéraire en apprenant que la reine se dirigeait vers bazat. —mais qui l’en aurait informé ? Est-il capable de lire dans les astres ? A-t-il parmi ses hommes un mage capable de lire dans les pensées ? Peu importe. Qu’il rentre mais qu’on renforce les gardes du côté des camps des réfugiés. La reine y est tapie et attend son heure pour agir. Une fois que nous aurons mis la main dessus, Eothen se montrera enclin à la négociation. Il ne laissera pas tomber une si importante pièce de son échiquier alors qu’il se croit être si près du but. N’allons pas le contrarier. Faites monter les plus jolies femmes de cette cité et du vin en grande quantité. Après cette soirée il ne nous verra pas comme des monstres sanguinaires. »

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Le sénéchal partit, Dueril me caressa le dessus de la tête. « Tu me demandais quels sentiments m’habitait au sujet de notre reine. Disons cela : Aldren est la réponse à toutes les questions que l’on se pose. Je ne laisserais personne me la ravir et surtout pas cet Eothen. Il y a longtemps que j’attends ce moment ; l’instant où cet avorton arrogant me suppliera de lui restituer son bien le plus précieux et…Aldren est cela. Il la convoitait bien avant son père et mal lui en a pris de l’éloigner de lui. —Qu’est-ce que la reine représente-t-elle à ses yeux ? N’a-t-il pas pris pour fiancée la fille d’Amnès Iv ? Cela prouve qu’il n’a pas l’intention de…Elle ne représente rien à ses yeux. —Tu crois cela ? Murmura Dueril en me caressant l’épaule d’un revers de main. Aldren est un joyau, le plus beau joyau qu’un orfèvre rêve de posséder car il sait qu’il le rendra riche et puissant jusqu’à la fin de sa vie et à celle de sa descendance. (Il renifla mes cheveux, les yeux fermés) Aldren commandera les Légions du Nord et nul ne pourra se placer sur son chemin sans risquer la mort. Les mages prédissent une victoire à Asmat. Sa victoire. —C’est pour cette seule raison que tu la recherche avec tant d’ardeur ? Tous voulez l’instrumentaliser alors qu’elle n’aspire qu’à une vie… » Il posa ses lèvres dans mon cou. La peur me saisit. Une fille de plaisir ne se comporterait pas ainsi. D’un bond je me levai pour me rendre à la table et le servir en boissons alcoolisées. Le temps de remplir son verre il fut de nouveau derrière moi, le bras autour de ma taille et il me retourna prestement pour m’obliger à le regarder. « En quoi le sort de ta reine t’intéresse-t-il ? » La porte s’ouvrit sur les gardes de Duerils, ces

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derniers bousculés par ceux du roi Eotthen reconnaissables à leur blason. « Quoi encore ? » Il eut sa réponse en voyant entré Eothen si magistral dans son armure. « Eothen ! Mon roi ! L’accueillit Dueril, les bras grands ouverts. Soyez le bienvenu Majesté ! Il me tardait de vous saluer en tant que roi, poursuivit-il en lui portant l’accolade. Vous avez une mine superbe. Mais cessons toutes ses flagorneries. Installez-vous ici que je fasse monter de quoi vous sustenter. Arion, Isold ! Non, toi Ilyora tu ne vas nulle part. Vous devez mourir de soif et j’ai en ma possession un délicieux breuvage qui vous rappellera à nos tréfonds actuels. Alors ? Comment se déroule la bataille ? —Nous avons fait ce qu’il fallait pour repousser l’ennemi. » Personne ne m’entendit partir. Personne excepté Dueril. Qui aussitôt me retint par le bras. « Tu comptais t’en aller ? Prendre congé de moi sans ma permission ? Le roi nous fait l’honneur de sa visite. Ne sois pas effrayé par sa personnalité, il est tout sauf le contraire de ce qu’il prétend être. Sers-lui à boire. Je disais donc mon cher roi que cette demeure est ici la vôtre ! Vos guerriers autant que vous y trouveront tout ce qui faille pour vous restaurer, changer de monture et faire aiguiser vos armes. —Hum…vos manières sont sans égales celles d’un Intendant au royaume mais je n’oublie pas qui vous êtes pour autant Dueril. Vous vous offririez au plus offrant, ce qui illustre votre tain de vie et vos aspirations à venir. Mon frère vous a fait une proposition n’est-ce pas ? —Que j’ai refusé bien évidemment. » Derrière le mur, il me fallut du courage pour oser avancer dans la pièce, le plateau de vin à la main ; Eothen ne me remarqua pas, assis sur ce siège aux pieds de cygne, les mains posées à plat sur son genou. Dans cette armure, il était un

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roi ; visage austère aux traits fins et fiers, cet orgueil on la retrouvait jusque dans les détails de sa coiffure et le soin apporté à la coupe de sa barbe. a la différence des autres guerriers revenant des champs de bataille, il ne sentait ni le crottin, ni la sueur, ni le sang ; le moindre de ses mouvements durent accompagnés par les doux effluves des chèvrefeuilles et du musc. Il avait changé. Les rides d’expressions plus marquées, le teint plus hâlé et les mèches de cheveux plus grises encore que dans mes souvenirs. « Pourquoi avoir refusé ? Il vous offrait ce que vous vouliez non ? —Je ne suis pas aussi cupide que vous autres Ascaris. Mon père et le père de mon père avant lui a servi les grands Rois et le sang royal a coulé dans leurs veines. Pas assez noble pour gouverner direz-vous pourtant depuis des centaines d’années les miens ont su faire montre de leurs aptitudes à la gérance de ce vaste territoire. L’or comme vous pouvez le constater et l’estimer n’a jamais manqué ici ; les mines nous ont offert plus que nous ne l’aurions imaginé. Je sais ce que vous pensez en me voyant. Ilyora….Veuillez excuser son inexpérience. Elle vient de débuter à mon service et comme toute domestique qui se respecte, Ilyora tend au perfectionnisme. » En tendant le verre d’argent vers le roi, Dueril se pencha vers Eothen. « Elle se dit être une Inbât mais je n’en crois pas un mot. Elle pourrait être une Olmuril, épouse de notre défunt monarque. Il y a tant de désinvolture en elle et tant de candeur. J’aime ça la naïveté, insista Dueril levant son verre à l’intention de son roi. Cela nous change de tous ces arrogants seigneurs au cœur de pierre. Laisses ça là. As-tu dans l’idée de saouler ton roi ? Voyez comme elle rougit….Où est campé votre frère ?

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—Vous devriez le savoir, vos hommes occupent la moindre parcelle d’espaces d’ici à Asmat et au col de la Noyra ; Vous-même venez du col de la Noyra ? La route fut-telle compliquée à ce point que nous ayons perdu toute trace de vous ? » Son regard gris plongea dans le mien ; un regard plein de reproches. Il aurait du se montrer soulagé de me retrouver mais à la place de cela il exprimait un sentiment d’irritation. Le masque étant tombé, nulle possibilité de feindre l’ignorance, cela aurait été inutile. « Où sont mes hommes ? Que vous est-il arrivé ? —Nous sommes passés par les Mines d’or et j’ignore ce que sont devenus les autres ? Les Inbâts nous ont apporté leur soutien et…. —Leur soutien ? Ah, ah ! Vous me surprendrez toujours Aldren. Dueril a raison : votre naïveté reste affligeante. Cette situation n’a que trop durée, répliqua Eothen debout devant moi, me toisant de sa haute stature. Cela a assez duré. Faires rassembler mes hommes Dueril, nous repartons dès à présent. Dueril, vous me voyez contraint de renoncer à votre hospitalité. Venez Aldren, vous n’avez plus rien à faire dans cette cité ! —je vois. Non content d’avoir dupé la femme de votre défunt père vous cherchez également à contrôler tous ses faits et gestes, rétorqua Dueril le sourire aux lèvres. Vous pensiez que je vous laisserez faire ? Non. Ma frontière est commune avec les Olmurils et je partage avec eux bien plus que vous autres avec celle que vous nommez votre reine-régente. Cette fois-ci je ne vous laisserais pas faire. J’ai ma part de responsabilité dans cette affaire. —ne vous mettez pas en travers de mon chemin Dueril, c’est le dernier conseil que je puisse vous donner.

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—Alors qu’Aldren se fie à son intuition. Qu’elle choisisse seule ses alliés. » Les chevaux furent prêts, tous comme les guerriers d’Eothen dont Iponèd et Brett, mais nulle trace de meowyn. Orul s’agitait en me voyant approcher vers son flanc. Eothen donna l’ordre de se mettre en route. Des plus paniquées mon regard croisa celui d’Iponèd. «Dueril envoie ses prisonniers dans les mines. Eothen ne compte pas rappeler Meowyn à son service. Il a craint de vous perdre, ma reine. Nous avons tous craint de vous perdre. Cependant Meowyn…on devra faire sans lui. Majesté, où allez-vous ? » Meowyn se leva en me voyant arriver. « Aldren ? Que faites-vous ici ? On dit le Roi parti avec sa reine. Parlait-il de vous ? —Elle a fait le bon choix. »Dueril se trouva être derrière moi. Aucun ne l’avait entendu approcher. « ….le choix de vous aimer Meowyn. Or vous voilà être privé de l’appui du roi. Il n’a pas trouvé utile de vous faire sortir de votre trou. Que c’est dommage ! La mort est préférable à ce bannissement. Vous n’avez plus de nom, plus d’honneur et plus de patrie. C’est là le sort réservé aux conspirateurs. Votre foi en votre roi fut inébranlable ; l’amour est néfaste en ce monde, vous en payez le prix aujourd’hui. Votre reine sait précisément ce qu’il faut pour assurer la paix de ce royaume. On lui pardonnerait aisément ce si grand innocence. A partir de maintenant, votre reine est sous ma protection. » Le roi partirait ; prolonger son séjour ne lui serait pas profitable. Iponèd rassembla ses esprits pour venir se placer entre l’Intendant et sa reine. Depuis qu’il m’avait retrouvé, il ne se passait pas une seconde sans qu’il fut là, l’’arme au point. Le sourcil froncé il déviait Dueril. « Meowyn sortira de cette ciré ou pas, rénchérit Dueril sans le lâcher des yeux. Tout

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dépendra du bon vouloir de sa reine. Les Mines d’or sont finalement une douce consolation quand on est banni. » Une veine barra le front de Meowyn. Il éructait de colère et s’il s’était trouvé à l’extérieur, il aurait probablement crevé les yeux de Dueril ; lui le savait et se montrait prudent vis-à-vis de ce chevalier déchu dont l’honneur s’était trouvé bafoué. Il se passa un long silence pendant lequel aucun ne parla ; le silence fut préférable à cette étrange situation. En tant que reine-régente le conseil des Ascaris et tous ces roitelets, vassaux et chevaliers ne me ne craignaient plus mon autorité. On ne pouvait compter sur ma personne pour rendre justice, saisir des Conseils et tenir une armée. « Ma reine ! Il faut y aller, lança Iponèd. —Non, je…je vais rester ici, répondis-je mes yeux dans ceux de Meowyn. —C’est de la folie, majesté, sauf votre respect. Il n’est pas nécessaire de contrarier Eothen plus que vous ne l’avez fait. Si vous décidez de rester, vous vous exposerez à son châtiment et Dueril vous fera tuer s’il décide de changer son opinion envers les vôtres. La guerre n’est pas finie et…ne commentez pas l’irréparable en vous éloignant à jamais d’Eothen. —Toute ma vie j’ai été sage ! Toute ma vie j’ai fait ce que l’on m’a demandé de faire et aujourd’hui je suis lasse de n’être rien d’autre qu’un pantin articulé, enchaîné à la bienséance. S’il me fallait décider de mon avenir Meowyn il serait tout sauf exempte de pensée. Les Ascaris ont longtemps décidé pour moi de ce qui serait bon ou non et je m’y suis contrainte par devoir. Ce jour où je n’étais pas maitresse de ma destinée est révolue. En tant que princesse royale, héritière du royaume de Cleistophen et d’Icrara ; épouse royale du défunt roi Aldric Iv j’exige que cette porte soit ouverte et que soit

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libérés dans l’heure tous les réfugiés de cette maison ! » La soirée fut chaude ; la fête en mon honneur fut somptueuse. Dueril ne lésinait par sur les moyens pour se faire pardonner de son incivisme à l’égard de sa reine. Titre durement payé. Cela me fallait l’indignation d’Eothen. Alors que la réception battait son plein, on n’annonçait que partout les messagers du roi sollicitaient l’aide des monarques des royaumes voisins pour écraser cette cité en guise de représailles. « Il n’attaquera pas, entonna Dueril un verre de vin à la main accoudé sur sa cathèdre, il a mille raisons de le faire mais il ne le fera pas. Ce qu’il veut c’est seulement assoir son autorité sur mon royaume en forçant la main à mes vassaux. Je suis intendant de la couronne, viceroi par extension et promu à un bel avenir si le Conseil décidait de me remettre les pleins pouvoirs. Le royaume des Ascaris se trouve être sans héritier et le ventre vide de la reine en est la cause, tout autant que la volonté du cadet à ne pas trouver femme. On le dit sodomite et tout porte à croire qu’il l’est véritablement. Quant au benjamin, on le dit impuissant et faible d’esprit. Le Conseil ne donne à sa reine qu’un an pour caresser l’espoir d’être la génitrice de notre héritier. Or le terme touche à sa fin et Eothen le sait. Et c’est pour cette simple et unique raison qu’il vous convoite. » Mon regard se posa sur Meowyn en grande discussion avec les seigneurs et chevaliers-lige de Bazat. Il ne me voyait pas mais sur ce promontoire, il fut aisé de l’étudier dans de si beaux atours. On se pressait atour de lui pour le voir de plus près, lui parler et le questionner sur les intentions d’Eothen. « Il ne vous l’a certainement pas dit mais je l’ai nommé surintendant de ce royaume, pair des Guilborg, et grand chambellan de cette

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maison ! Plus que jamais Bazat a besoin d’hommes forts et intègres pour bouter hors de ces frontières des parvenus, des voleurs et des contestataires ; ce travail ne pourra se faire sans l’aide de nos ennemis de toujours et meilleurs sont-ils quand on les sait bannis d’un royaume par un roi sournois, cupide et borné. De tels titres serviront vos intérêts Aldren, plus qu’aux miens, soyez-en convaincue. —je doute qu’il ait accepté vos alléchantes propositions. Il n’est pas homme à être acheté de la sorte. —Vus vous méprenez sur son sujet ; il a accepté titres, honneurs et terres pour la simple bonne raison qu’il vous sait réceptive à mes avances. Si j’avais été laid, difforme et puant vous ne m’auriez pas accordé la moindre attention. Peut-être que ma fortune y est également pour quelque chose mais toujours est-il que vous et moi marchons dans la même direction : nous cherchons à nous affranchir du joug de ces Ascaris. Je peux vous donner les moyens de vous affranchir et vous l’avez bien compris. —Si vous aviez été difforme, lait et puant j’aurais cru à une force du destin. Les Olmurils ont toujours su pactiser avec vous autres, quand bien même la beauté ne transcendait pas sur vos âmes corrompues. —Vous parlez avec sagesse comme une Olmuril. —Ce que je suis précisément. » Il me fixa sans rien ajouter d’autres ; les danseurs exhibèrent quelques pas de danse, le public les applaudit bien fort et la fête poursuivie sur des jongleurs habiles jouant de leur lame sans craindre la mort. Dueil me fixait encore, perdu dans ses pensées ; il ne se trouvait plus être avec nous mais ailleurs. « je vous apprendrais tout ce qu’il faille savoir pour survivre dans cette fosse aux

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serpents. Cleistophen n’a nulle intention de vous récupérer ; cela mettrait un terme à ces précédentes années de réconciliation entre ces deux nations. Ce roi, comme tout bon roi qui se respecte, est susceptible et votre retour marquerait d’une pierre blanche le début des pourparlers, des négociations sans fin. Or je ne vois pas de fin heureuse pour les vôtres. » Etait6il sincère en disant cela ? Nul ne le sait et ne le saura jamais. Toujours est-il que Meowyn ne le voyait pas d’un bon œil ; sitôt qu’il aura obtenu ce qu’il voudra il me laisser choir. En attendant il nous fallait vivre au milieu de cette cour, ces étrangers si beaux et arrogants ; force de constater que le monde entier gravitait en ces lieux. Il en arrivait tous les jours, des nobles demandant asile et entourés par leurs gens : caméristes, échansons, écuyers et femmes de chambre ; en plus de leur nombre, ils venaient avec leur richesse, persuadés que Rowen raseraient tout sur son passage. Heures après heures, les espions nous donnèrent la progression de l’avancée de ce dernier ; on le disait marcher derrière son frère et les deux armées filaient vers les Monts Donériens, à quelques jours de la frontière du royaume Olmuril. Il se disait des choses invraisemblables : la cité de mon père serait attaquée par les deux armées et ils se disputeraient ce trône. Le grand Dueril III ne démentit pas les faits, aussi absurde soit-il il alla dans ce sens : Eothen convoitait depuis toujours la couronne de mon père et libre à lui de passer à l’acte. Difficile de croire en cela ; il avait été le fils ainé de mo défunt époux et un être loyal ; il ne pouvait à ce point se corrompre pour une terre qui légitimement lui reviendrait s’il m’épousait. Frissonnante de rage, le cœur battant à rompre il me fallut plusieurs heures avant d’obtenir des renseignements valables au près du mage et des conseillers de la cité ; tous

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disaient ne rien savoir sur ce sujet, seul Dueril connaissait les plans machiavéliques du roirégent et il se gardait bien de les révéler au risque de devoir fermer ses frontières et perdre le soutien matériel des seigneurs ici présent. « Il nous faut partir Meowyn ! » Lui de me dévisager de la tête aux pieds, les lèvres serrées ; assis dans ce siège aux pattes de liions il devait penser à une énième lubie de ma part. Il hocha négativement la tête et Iponèd répondit à sa place, des plus perplexes. « Si nous partons, nous jouirons d’aucune protection Ma reine, sans escorte nous risquerons d’être les victimes de cette guerre. Ici au moins nous sommes en sécurité et votre survie dépend de Dueril. Il dispose d’une armée puissante qui pour l’heure se dit neutre à toutes hostilités actuelles. —Iponèd a raison, renchérit Brett adossé contre la colonne de stuc, sans armée nous ne pourrons franchir leurs lignes. C’est du suicide. —Du suicide et de la folie ! —Silence vous deux ! Tonna Meowyn prestement debout,, le regard dur voire très autoritaire. Il s’agit de protéger la couronne des Olmurils ! Dueril devra choisir son camp et forcer son destin ! Il refuse de prendre parti mais il est de notre devoir de le raisonner. Il acceptera de nous prêter main forte si notre reine le convainc de marcher de conserve. Il ne pourra refuser l’offre offerte par la reine. Je suppose que vous avez un plan Majesté ? —Dueril veut des garanties et il ne se contentera pas des belles promesses ou de contrats tacites entre deux grandes maisons de ce monde ! Il voudra bien plus Méowyn et tu le sais ! Il voudra Aldren, l’héritière de ce royaume. Ma reine, êtes-vous certaine de vouloir accepter cette issue ? » Il nous fallait partir ; le plus rapidement possible et alors que nous échafaudions un plan

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de sortie, arrivèrent des réfugiés de l’Amégée en mauvaise forme physique, soit une quarantaine de réfugiés dont le vieux Romens, mage à la cour d’Aldric Iv et depuis toujours mon confident. Le voir à ce point fatigué, cela m’aspira la ptité ; vouté, les paupières tombantes et la barbe plus blanche que par le passé, il parla sans retenue de ce dont il avait été témoin à Béréthor : « Oui Aldren, la menace venait bien de l’intérieur et avant qu’on puisse s’en rendre compte, le Conseil fut dissous par ordre des Princes. Ils disaient vouloir saisir les traîtres et impressionnante fut la liste puisqu’il s’agissait de tous les vassaux du Prince Eothen. Des familles entières furent arrêtées sous simple raison d’avoir porter allégeance au Royaume d’Adaastra l’héritage de notre défunt roi. Pendant plus de onze jours, personne ne fut épargné ; leurs biens furent saisis et les jeunes seigneurs et chevaliers en âge de tenir une arme furent contraints de rallier à la bannière de Rowen qui lui tient depuis toujours le royaume d’Aston. (Il se tut pour plonger ses lèvres dans un breuvage revivifiant) Jamais auparavant nous n’avions connu cela ; et s’il faut remonter dans les archives du royaume et bien….de tels conflits fratricides auraient leurs origines dans la fondation même de cet empire et…Rowen a fait pression sur les membres du Conseil comme jje vous l’ai dit. Il nous a laissé le choix de quitter Béréthor pour ne plus jamais y revenir. L’exil pour tous et je crois que le seul crime d’Eothen fut celui de vouloir convenir à votre bonne fortune Aldren. On ne peut parler de cupidité de sa part ; il n’était pas homme à calculer, à diviser pour mieux régner ; nous avons toujours pensé qu’il ferait un bon roi à l’instar de son père que nous jugions trop conciliant quand il n’était pas belliqueux. Rowen n’a rien voulu entendre. Il parlait de vol,

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de trahison. Il a fait fermer les frontières et exécuter tous ceux qui refusaient de lui prêter allégeances. Sombre et triste….Prendre les armes aurait été inutile. La grande Amégée privée de son roi, Rowen tenait seul le pouvoir de l’Adaastra, de l’Amégée et de l’Aston. Contrairement à son ainé il a toujours eu le soutien de son benjamin désireux de tirer la couverture à lui. A l’heure où je vous parle, il assure l’intendance du royaume avec seul ordre de tenir le palais fermé à Eothen. Et jusqu’à ce jour nous vivons dans la crainte de voir périr Eothen du coup de poignard de son cadet. » Mon regard glissa vers Meowyn plus soucieux que moi à l’annonce de cette crainte fondée. Assis autour de la table pleine de victuailles nous l’écoutions avec la plus grande des attentions quand derrière nous tonnait l’orage. Romens s’éclaircit la voix pour poursuivre. « Votre beau-fils Ibalt n’a aucune intérêt de voir revenir ses frères. Il est jeune, intrépide et inexpérimenté mais il a gouté au pouvoir ; mal renseigné il agit par nécessité et n’écoute que les conseils mal avisé de Morgoas passé Grand chambellan par la force des choses. Tous deux n’auront de volonté que d’accroitre leur fortune en déshéritant les riches seigneurs de l’Adaastra. Le nouveau Conseil naturellement vous a déchu de vos droits Aldren puisqu’alliée d’Eothen. Il n’est pas possible pour vous de revenir dans l’Amégée, bien que je doute que cela soient dans vos intentions. Personne n’aurait imaginé pareille tragédie Majesté ! Personne et cela n’est en rien votre faute. Rowen aurait fait son coup d’état avec ou sans vous à Béréthor. Vos actions furent si maigres pour ne pas dire inexistantes que le Conseil n’aurait pas daigné bougé le moindre petit doigt pour parer aux attaques de Rowen.

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—Et à présent, quels sont les plans de Rowen ? Questionna Meowyn en voyant mal être croître de minutes en minutes. Que savezvous que nous ignorons ? —Et bien….il est fort possible qu’il convoite le royaume de Cleistophen. Le dernier bastion qui lui assurera la victoire définitive sur son ainé. Il a toujours convoité ce royaume aussi loin que je me souvienne. Une fois la main-mise sur la cité de Cleistophen rien ni personne ne pourra l’arrêter. Il se fera sacré roi en épousant votre sœur Céphy que l’on sait veuve et arriviste. Cephy à ses côtés, il tiendra le monde dans la main. » Avachie dans ma cathèdre, ma respiration s’arrêta. Epouser Céphy pour régner sur le trône de mon père restait une possibilité. « Et quelle aide avons-nous ? Reste-t-il encore des hommes loyaux à Eothen ? S’enquit Meowyn, debout derrière moi. Quelle aide espérer quand l’Adaastra est devenue la propriété d’Ibalt ? —Je l’’ignore. Je l’ignore….Ici comme ailleurs, vous courez un grand danger. Tant qu’Eothen tient ce qu’il reste de son armée, vous aurez le choix entre se rallier à lui ou bien….Dueril pourrait être une alternative plausible mais il demandera à être payé en retour et son dédommagement équivaudra à un royaume et connaissant son appétit pour le pouvoir, il sera habile dans la négociation. Pour nous autres, c’est une chance que vous soyez en vie Aldren ; il nous sera que plus facile de contrecarrer les plans de Rowen. » Dans mes appartements, seule et effrayée, il me fut impossible de réfléchir. Entra Meowyn qui s’assit près de moi sur la méridienne et sa main se posa sur la mienne ; depuis deux heures on me savait ici en pleine méditation. Une larme perla sur ma joue.

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« J’avais rêvé de revoir les miens…Je pensais que mon exil n’en serait que plus doux. J’avais à faire ce choix pour comprendre qu’ici et ailleurs, il n’y a pas de place pour moi… —Non Aldren, murmura-t-il, vous êtes notre reine. Personne ne vous blâmera d’avoir fait ce choix. Personne, pas même Eothen, soyez-en sûre. Tant Nous continuons d’avoir foi en vous, Aldren et il ne pourrait en être autrement. Vous avez su nous prouver combien nous pouvions compter sur vous ; votre aptitude à la survie, cette volonté à vous dresser contre l’autorité imposée par les Ascaris. Quelle reine sinon vous aurait eu le courage de renoncer à ses droits pour suivre un idéal ? Personne ne vous blâmera d’être une femme avant d’être une reine. Aldren….Pourquoi de telles larmes ? » Ma main serra la sienne ; son doigt caressa ma joue afin d’y essuyer mes larmes. Cet endroit si majestueux et si propice à la réflexion pouvait être la retraite paisible d’une reine ; les courtisans de dire que ma place se trouvait être en ces murs. Dueril savait se montrer généreux ; on pouvait le voir comme un homme caractériel, cruel et précautionneux, pourtant il fit montre de charité, d’altruisme et de clémence. Il me rendait visite que rarement, faisant les affaires d’Etat son ultime priorité. Ma présence, selon lui n’était nécessaire à la bonne marche de son Conseil —Conseil qui du moins ignorait tout de mes aspirations, n’étant qu’à ses yeux qu’une convive-réfugiée parmi tant d’autres ; à peine si on me considérait encore comme une tête couronnée. Dueril ne se laisserait pas menacé par ma présence ; il pourrait en toute aise se passer de moi et de mes amis. Le regard de Meowyn se fut plus pénétrant. Front contre front les souvenirs de ma cité, celle de mon enfance, la terre de mes terres ; il m’était interdit de penser que la liberté s’offrirait un jour à moi/ Née pour régner, tel

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était le poids de ce fardeau. Nos lèvres se rejoignirent. Il était si bon de le sentir en moi et serrée dans ses bras, le poids de ce fardeau fut moins amer. Et Dueril fut sourd à mes supplications. Lui et son Conseil tenaient à me garder près d’eux. « Je sais ce qui vous préoccupe tant Aldren, mais votre peuple ne tardera pas à entrer en guerre contre les Ascaris. Votre père est trop fier pour se plier aux ordonnances de ces Princes que l’on sait à présent vous. Non, nous avons d’autres projets pour vous. Regardez-moi Aldren… (Il souleva mon menton pour m’obliger à le regarder)N’oubliez pas qui vous êtes et d’où vous venez ; ce cœur noble et puissant soumis à un extraordinaire don ne doit et ne peut en aucun cas passer à une force maléfique et obscure qu’est le sang des Ascaris. Vous l’avez dit vous-même, Eothen n’à que faire de vous. (Il posa ses mains sur mes épaules). Eothen ne vous mérite pas….ni lui ni aucun autre. « Reculant d’effroi, mon regard alla se poser sur la cime lointaine des montagnes où les feux des citadelles brûlaient nuit et jour. La porte s’ouvrit pour laisser passer les Conseilleurs de Dueril sous bonne garde qui lui remirent des coffres, de belles pièces d’orfèvres finement ciselées. Dueril d’en saisir une pour l’offrir, là brillaient des gemmes, des diamants et des pépites d’or grosses comme des poings. « Ces joyaux sont dignes d’une reine. C’est un cadeau de bienvenue pour la fille de Cleistophen, notre illustre seigneur et roi de la grande cité d’Aronm. Il y a dans ces cassettes assez d’argent pour payer une armée parmi les peuples libres d’au-delà du Farlong. Une armée qui jurera fidélité à celle qui demain sera l’héritière du trône des Olmurils. Levez une armée Aldren ! Envoyez votre homme le plus loyal servir vos couleurs et vous serez ainsi

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libre. Cependant cette liberté à un prix. En cas de victoire sur l’ennemi, vous me reviendrez et honorerez votre promesse : celle de m’offrir votre main. » Mon cœur battit à rompre, mes yeux se détournèrent de ces trésors. Il ne pouvait me demander cela…il me fallait une armée. Il me fixait de ses grands yeux limpides avant de claquer des doigts à l’intention d’un de ses conseillers. « Prenez note Avron, que la reine Aldren a refusé notre compromis. Consignez par écrit sa volonté de ne pas délivrer les siens des Ascaris ! Le moment venu Aldren, vous saurez me trouver, murmura ce dernier à mon oreille, et vous ferez le bon choix. » Alors que le soleil venait à peine de décliner, les cors retentirent sur la muraille ; les premiers éclaireurs nous parvinrent ; le prince Rowen encerclait la cité. La panique saisit toutes les âmes rassemblées dans le palais. Les troupes du roi n’étaient qu’à cinq miles à peine et massacraient tous les guerriers de l’avant-poste. Profitant du désordre, Meowun m’attrapa par le bras. « C’est maintenant ou jamais Aldren. Les portes font être scellées et l’état de siège sera décrété. Rowen sait que vous êtes ici et il ne renoncera pas, quitte à raser ses murs. Partons maintenant. » Iponèd et brett avaient les choses en main ; soudoyer les gardes fut une affaire de plusieurs heures, acheter des chevaux en fut une autre ; chevaux et vivres. Romens fut des nôtres. Quitter le palais fut une épreuve en soir ; au moment où nous nous faufilâmes entre les portes gardées par de robustes gardes, on sonna l’alerte dans l’enceinte même de cette fortification. Les portes se refermèrent les unes après les autres. Il allait en être de même pour les portes de la cité et au pas de charge, on

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parvint enfin à notre issue. Des colonnes entières de refugiés tentaient d’y entrer quand nous sortîmes coude à coude, tirant derrière nous chevaux et vivres. Retrouver mon cheval Orul fut pour moi une bénédiction et une fois en selle, nous partîmes à brides abattues vers les Monts Donériens. Infatigables montures pour d’infatigables hommes. Nous chevauchâmes deux jours durant sans nous arrêter. Depuis deux mois, deux semaines et cinq jours nous étions de nouveau sur les routes. Eothen devait être à Ar-Sonm ave son armée et les rares à nous renseigner disaient les avoir vu il y a des semaines de cela camper aux Monts Donériens. On ne s’arrêtait que pour dormir et faire boire les chevaux ; notre objectif ultime restant les montagnes et ses nombreux refuges. Dueril lança des hommes à nos trousses. Meowyn le savait et ne pouvait voir les distances se resserrer entre eux et nous. Après six jours de folles chevauchées, les monts Donériens se dressèrent enfin, fiers et majestueux. Il nous faudrait trois jours pour la traverser ; cette piste contrairement aux autres était plus abruptes et dangereuse mais aussi et surtout plus courtes. Il nous fallut trois semaines pour atteindre l’Ar-SanmLes troupes d’Eothen campait le long du fleuve ; une impressionnante armée. Forte de cinq mille hommes qui n’étaient pas à son premier combat à en juger par leur aspect. Eothen à l’annonce de notre arrivée vint à nous, les lèvres et les poings serrés. Son apparition me pétrifia ; on eut dit un cours sortit de son hibernation, gros et menaçant, effrayant toute autre espèce animale se trouvant être dans les parages. « Ce pleutre de Dueril a fini par vous chasser de son sanctuaire ! Que ferons-nous de trois vagabonds, d’une femme et d’un vieillard ? » Les rires fusèrent. Il n’eut pas un regard pour

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moi, comme à son habitude ; il avançait à grands pas et bouscula meowyn pour camper droit sur ses pieds devant Brett. « Nous avons besoins de guerriers, de vaillants soldats et vous nous prouverez votre valeur au combat ! Qu’on s’occupe de ces hommes, qu’on leur remette une armure et qu’on me fasse un compte-rendu de la situation ! » Seule au milieu des guerriers, je restai un moment inerte à ne savoir que faire quand Idreg, vêtue d’une armure et flanquée de trois gardes à l’allure menaçante arriva à moi, plus divine encore que dans mes souvenirs. La guerre n’avait rien affectée à sa grande beauté ; un tel aura ne trouverait jamais à se ternir. « Aldren, ma soeur ? Nous ne pensions pas vous revoir ici ; Alors je dois avouer mon soulagement. Venez, vous restaurer sous ma tente ! Mes dames de compagnie s’occuperont de vous ! Et vous me raconterez tout ce qu’il faille savoir sur notre ennemi ! » Après avoir mangé, on me lava et prit soin de nettoyer mes nombreuses plaies ; la nuit tomba sur le camp militaire, une lune pleine apparut et autour des feux de camp, les guerriers ripaillaient avec la plus grande des nonchalances. Ne trouvant pas Meowyn l’angoisse me saisit jusqu’à ce qu’on me désigna du doigt la tente de notre roi-régent Eothen. Tout son état-major se tenait là ; de grands seigneurs de guerre parmi les vassaux de l’Amégée. Il me fallut jour des coudes pour avancer vers Eothen. Aucun de ces hommes ne semblait vouloir me laisser passer. Iponèd me vit et tonna : « La reine Aldren est ici ! Laissezla passer ! —De quelle reine parlez-vous ? Celle qui est passée à Dueril ? La reine dont vous parlez à fait le choix de nous tourner le dos pour atteindre d’autres rivages et nous devrions

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encore nous prosterner devant une reine dont le trône est à ce jour un tas de cendres ? » Un brouhaha remplit la salle. Pétrifiée de peur je reculai, la gorge nouée. Eothen avança vers moi, les poings serrés. « C’est trop facile Aldren ! Vous changer de position au gré du vent, selon vos humeurs que l’on sait capricieuse. Nous savons pour quelle raison vous êtes ici et ma réponse est non ! Allez risquer mes hommes pour une cause qui nous échappe ? » Romens sortit de l’hombre, appuyé sur son bâton. « Mon roi, Aldren a risqué sa vie et celle de ses hommes pour venir implorer votre majesté de venir en aide à son peuple ! C’est en toute humilité qu’elle se présente à vous. —Je n’ai pas à écouter vos préceptes de mage, Romens ! Ici c’est moi la loi ! Je dispose encore d’une armée assez forte pour contrer celle de mon frère. Ne croyez pas que je vais accepter de me battre sur deux fronts. Cleistophen a clairement déclaré vouloir nous réduire en pièces si nous approchions. Vaine est votre quête Aldren ! Et vous ! (En désignant Romens de l’index) n’employez pas des mots comme humilité pour me parler de cette….intrigante. —Mon toi ! Lança meowyn. Aussitôt la foule s’écarta pour le laisser passer. Il se plaça entre Eothen et moi. Romens a raison : nous avons risqué nos vies pour suivre vos ordres qui étaient de rallier au plus vite Aronm. Les ordres auraient-ils changés depuis ce fâcheux contretemps aux Ruines d’or ? N’avez-vous donc plus aucune considération à vos anciens principes qui voulaient ne laisser personne derrière soi ? » Grand silence sous la tente. Eothen scrutait froidement Meowyn. Allait-il le tuer sous mes yeux ? Alors Eothen se pencha à son oreille.

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« Bénissez les Dieux d’être encore en vie, si cela ne tenait qu’à moi tu serais déjà mort ! Disparais vermine avant que je ne t’écrase de mon talon ! » Meowyn se prosterna devant Eothen. Il s’en alla et moi derrière lui, suivit par Iponèd des plus contrariés. « On ne peut le laisser vous insulter de la sorte, ma reine ! » Tous les trois réunis sous une tente, on tenta de recouvrir un peu de calme ; Meowyn ramassait ses affaires avec empressement. « Je dois partir Aldren…. —Non ! (Le retins-je par le bras) Non, vous ne pouvez partir ! Nous avons besoin de vous ici ! » Ses mains enserrèrent mon visage. « Si je reste, Eothen me fera assassiner. Ses intentions sont claires. Il sait que vous n’êtes plus vierge et la princesse Idreg est au courant de cela. Gowel a un peu trop parlé. Je n’ai pas d’autre choix que de partir avant qu’Eothen ne découvre toute la vérité. Dueril sait que vous êtes ici, tout comme Rowen. Tant que vous êtes là aucun d’eux n’oseront attaquer et Eothen le sait, c’est pour cette raison qu’il vous dissuade de renoncer à vos projets. Je vais partir pour l’ouest, tenter d’atteindre le Farlong et ensuite je reviendrais vous chercher. Où que vous soyez….je vous retrouverai. —Je ne pourrais pas rester ici sans vous….Meowyn. —C’est parce que je vous aime que je pars. Eothen ne vous fera rien. Il tient trop à vous pour risquer de vous perdre à nouveau ; » Il me serra fort dans ses bras. « Je reviendrais vous chercher. Montrez-vous forte ma reine et faites moi confiance ; je reviendrai vous chercher ! » Après le départ de Meowyn il me fallut cinq jours pour sortir de mon mutisme. Si Idreg s’était trouvée être aimable sur les heures de

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notre arrivée, elle devint bien vite froide et discourtoise ; à croire qu’elle ne tolérait plus ma présence, ni même l’évocation de mon prénom. Ouvertement elle m’humiliait, employait des mots durs et chargés de haine pour mieux me blesser. Eothen de se ficher de mon sort, s’il avait pu m’imaginer morte, cela ne l’aurait guère déplu. Pour seul ami et confident, Iponèd continuant à s’occuper de moi avec la plus grande des loyautés. Eothen aurait été heureux de me voir déprimée ; il puisait sa force dans l’anéantissement des autres. Le matin au programme, entrainement aux combats, aucun ne me ménagea à point de me retrouver avec des bleus aussi larges que longs, de nombreuses contusions, des plaies superficielles, des membres démis et une mâchoire déplacée. Alors qu’Iponèe pensait mes blessures, Brett arriva. « le roi désire vous parler. Il dit que c’est urgent. » Mon regard croisa celui d’Iponèd. « Urgent ? Il y a maintenant quinze jours que nous attendons là que le roi daigne nous recevoir ! Pesta Iponèd déviant Brett du regard. Est-il question de dignité Brett ? Car quotidiennement notre reine reçoit brimades et humiliations. Nos tentatives de réconciliation ont été vaines. —Cela suffit Iponèd, j’irai ! » Il se mit à pleuvoir, une pluie fine et pénétrante ; ramenant les pans de ma robe grise vers ma taille, je courrai à travers le camp, volant par-dessus les flaques d’eau, les crottins de chevaux et les détritus en tout genre ; trempée et à la fois exhaltée par la course, il ne me tarda pas à arriver à destination, talonnée par Iponèd, l’épée battant son flanc. Depuis quinze jours, l’espoir nous souriait enfin : qui sait si Eothen avait changé d’avis suite au départ précipité de Meowyn ? la lune miroita sur ma fluide robe au plongeant décolleté. Dans mon

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malheur, il me restait ma coquetterie ; de Bazat il me fut donné de somptueuses robes sombres ou plus travaillées, délicates ou raffinées. Et dans notre fuite, je pus en prendre une dizaine à jamais sauvée des mains des courtisanes de Dueril. La pluie aplatit ma noire chevelure et en me voyant les gardes postés devant la tente me barrèrent le passage. « Il s’agit d’Aldren de la maison d’Aromn ! lLe roi requiert sa présence, faites-nous annoncer ! » Intima Iponèd, l’expression menaçante ; les gardes restaient plus sensibles au fait que je puisse être une femme ordinaire attachée à une quelconque maison lointaine plutôt qu’au fait d’être une reine qui dans son exil ne manquerait pas d’être imprévisible et menaçante vis-à-vis du trône d’Amégée. A l’intérieur on riait de bon cœur. Idreg se tenait au milieu de l’assemblée vêtue d’une féérique robe toute piquée de cristal et de cristaux verts. Ses longs cheveux blonds tombaient en cascade dans son dos et plus bas encore ; la gracieuse femme tourna la tête en me voyant arriver. « Et savez-vous ce qu’il m’a répondu ? Les ennemis de mes ennemis seront éradiqués de la surface de la terre et j’y veillerai personnellement ! Ce roi va s’en dire à un grand sens de l’humour ; un roi qui dit-ton boude la guerre, reste terrer dans son palais et dépense ses richesses à faire des mariages improductifs. » Les rires explosèrent de nouveau. On parlait de mon père, Idreg aimait à parler de lui pour galvaniser ses troupes. « ..Improductifs et soumis à la cupidité de ce peuple qui se croit supérieur aux autres à bien des égards si je ne m’abuse. Savez-vous pour quelle raison les Olmurils ne se battent pas ? C’est parce qu’ils sont avant tout de piètres soldats qui tuent leurs propres hommes à raison de l’ennemi. Ah, ah !

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Mais buvons mes seigneurs ! ne nous laissons pas atteindre par pareilles fables ! » Comme je sentis qu’on m’observait je tournais la tête pour apercevoir Eothen dissimulé derrière une tenture murale ; Iponèd me le désigna du menton. Ce soir-là il n’y eut pas d’audience. Peste soit cet homme ! Ni ce jour-là, ni les autres jours de la semaine. Eothen voyait une femme en dehors d’Idreg. Une femme de peau foncée portant une robe blanche et de larges bijoux dorés autour de ses poings et bras. Etrange femme que cette dernière ; on ne l’apercevait jamais dans la soirée, elle n’apparaissait qu’à la faveur de la nuit et toujours le visage dissimulé sous une cape noire. Iponèd me dit qu’il s’agissait d’une femme de plaisir. On se retrouva face à face et la femme s’inclina respectueusement devant moi. « Majesté…je suis enfin honorée de vous voir enfin. —Vous me connaissez ? —Vous êtes la reine Aldren, fille de Clieistophen roi des Olmurils, poursuivit-elle en joignant les mains devant ses lèvres. C’est un grand honneur pour moi, Majesté, il ne peut en être autrement. » Le lendemain avec sa complicité je revêtis ses atours et me présenta à la tente d’Eothen ; Eothen se tenait dos à moi, assis dans sa cathèdre ; ainsi positionné une simple dague pourrait mettre un terme à ma souffrance. Sans même se retourner il porta une timbale d’or à ses lèvres. « Ah, ah ! Bien tenté Aldren ! Tu n’es qu’une petite sournoise. Tu pensais que je ne m’en apercevrais pas ? (Il se leva et me toisa du regard) Je pourrais crier à l’assassin et tu te retrouverais pendue par les tripes au gibet dressé spécialement pour les régicides. Pourquoi te tiens-tu ici à la place d’Indra ? Laisses-moi deviner….tu vas tenter de me corrompre ?

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Qu’est-ce qui te fait croire que je reviendrais sur mes propos Aldren ? Tu es bien présomptueuse pour quelqu’un qui joue la carte de la modestie. —J’ai…besoin de vous…Eothen et…. —Et tu viens pleurer sous ma tente, murmurat-il le regard chargé de haine. Une Tu viens me rabâcher ce que tu t’es appliquée à apprendre avec ce traitre de Meowyn. Quand finiras-tu par penser par toi-même ? » La gifle partit. Ce fut un réel soulagement qui jamais ne me ferait regretter ce geste. Il resta coi comme pétrifié par mon geste. Pour moins que cela on pouvait me condamner à mort ; un crime de lèse-majesté. Il pouvait encore appeler les gardes pour me jeter au trou. « Je n’ai pas intention de bouger le moindre orteil pour Cleistophen. Nous levons le camp demain pour suivre par le sud et mettre un terme à cette rébellion une bonne fois pour toutes. Tu devais gagner la demeure de ton père, c’était là mon ultime ordre mais il semblerait que tu te sois perdue en route, ironisa-t-il, le sourire aux lèvres. Cette armée est de loin la meilleure de tous les royaumes de notre continent et je ne risquerais pas la vie d’un de mes écuyers pour satisfaire tes caprices. Quels arguments tenteras-tu d’évoquer pour m’attendrir ? Je te parle Aldren ! » La tête haute, mon regard toisait en retour sa personne ; il me saisit par le menton de sa large paume pour m’intimider : cela ne suffit pas et il s’en rendit compte. Il se pencha au-dessus de mon visage et me fixa avec intensité. La lueur des bougies se refléta dans ses yeux comme des milliers de feux. « Ton amant t’a abandonné. Quel bon serviteur t’es-tu trouvé ! Mon père avant toi a eu tort de lui faire confiance. Il sait comment agir pour se faire aimer des âmes faibles et je suppose qu’il est partit avec l’argent de Dueril. Oui je suis au courant, déclara ce dernier en

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souriant. On dirait que tu t’es faite bernée. Encore une illustration de ta naïveté. » Brutalement il me relâcha ou plutôt me jeta sur la méridienne. Il éclata de rire, un rire de plus en plus sonore et il me jeta trois pièces en pleine figure. « Maintenant retournes d’où tu viens. La compagnie d’Indra est préférable à la tienne. Elle au moins a plus de bon sens que toi. Vas-ten ! » Dans la nuit des bruits de pas attirèrent mon attention. En jetant un œil sous le drap tendu, il me sembla discerner les souliers d’Eothen. Avant que mon esprit ne comprenne ce qu’il m’arrivait, une énorme main me bâillonna. Et puis plus rien. On me jeta de l’eau au visage, ce qui me réveilla. Gowel se trouvait être là, Gowel et deux autres hommes de haute stature. « Debout ! Nous n’avons pas une seconde à perdre ! Tu vas marcher sans faire d’histoires et si tu tentes de t’enfuir, je te coupe une oreille. Viens par ici ! Faire partir les chevaux, nous n’en aurons plus besoin ! » On me bâillonna la bouche avant de m’attacher à une solide corde ; Gowel me traina derrière lui et in ne me dut pas difficile de savoir qu’il voulait m’échanger à Rowen contre un sauf-conduit, de l’argent ou bien plus encore. Il me fallait être forte, ne pas céder à la peur ; tout finirait par s’arranger. Privée de Méowyn cette épreuve à venir me fur insupportable. Après trois jours de marche dans les montagnes, les premières tentes se dressèrent devant nous. En reconnaissant les étendards de la maison des Guilborg, la peur me saisit et Gowel me poussa en avant. Très peu de guerriers se tenaient là dans les abords de cette forêt ; position avantageuse si l’on en croit leur défense. Gowel me jeta aux pieds de Dueril, les mains jointes devant lui.

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« Vous serez grandement récompensé Gowel. Une rétribution a la hauteur de ce service. Veuillez nous attendre dehors….(Aldren (il s’accroupit devant moi et me tendit un godet en or remplie d’eau qui m’avait tant manqué depuis ces trois jours) Avez-vous subi quelques sévices corporelles ? parlez-moi sans crainte. Eothen s’est-il montré bon envers vous ? Ce pauvre a recours à une femme de plaisir pour tenter de vous comprendre Aldren. On raconte qu’il n’avait d’œil que pour vous, allant jusqu’à ignorer sa fiancée et cette dernière forte contrariée n’a pas manqué de vous humilier chaque fois que l’occasion lui fut donné. Tout est terminé à présent. (Il caressa tendrement ma joue et posa ma tête contre sa poitrine) Plus rien ne vous atteindra, Ma reine, je vous en fais la promesse. » Gowel et ses hommes furent décapités ; leur tête se dressait au bout d’une pique, un avertissement à quiconque chercherait à trahir la couronne. Aldren, Aldren ! Il te faut nous sauver…Aldren ! Cette voix me tira hors de mes rêves ; ord depuis des mois aucun cauchemar n’était venu troubler mon repos. Dehors les chevaux furent incontrôlables, leurs hennissements troublèrent la quiétude des lieux. Un vent froid s’engouffra sous ma tente. La douleur me comprima la poitrine, ma chute alerta Dueril qui aussitôt fut sur moi. Ses caresses m’apaisèrent. Un messager arriva ventre à terre. « Le roi Rowen mon seigneur ! Il est ici ! » Le sol trembla à l’approche des chevaux, une trentaine constituant l’avant-garde du prince. Rutilante armure, puissants destriers, ils prirent immédiatement possession des lieux et Rowen descendit de cheval pour embrasser Dueril. Ils échangèrent quelques propos avant d’aller s’enfermer dans la tente de l’Intendant ; deux heures après on m’y introduisit et Rowen

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s’inclina profondément en me voyant arriver dans cette mise aux fils d’or, scintillante de mille feux. Il porta mes mains à ses lèvres. « Ma reine….Comme vous pouvez vous en douter nous parlions des troupes d’Eothen. D’après mes hommes il se serait déplacé en aval de l’Ar-Sanm, déclara Rowen en avançant vers une carte sur laquelle on avait piqué des fanons représentant l’emplacement des troupes d’Eothen. Il a dans l’idée de nous encercler, de nous prendre à revers ; il dispose du plus fort de son armée en amont du fleuve, le reste campant ici et là, ce qui rend notre progression incertaine. Il a pour l’heure le soutien des rois de la région et de tous leurs vassaux ; il sait qu’il n’a qu’à tendre le bras pour les rallier à sa cause. Nous pourrions tenter une autre voie mais pas avec si peu d’hommes. Quelle serait votre tactique d’attaque majesté ? » Duerill m’encouragea du regard ; il se montrait bon et complaisant envers moi, il s’assurait à chaque instant de mon confort et il me fut impossible de la haïr tant qu’il se montrait respectueux de ma personne. Rowen interrogea son hôte du regard et ce dernier me tendit un parchemin. « Les ordres d’Eothen, majesté, ceux d’attaquer la garnison de Asmat. Il sait que s’il met la main dessus….Asmat est un position stratégique, à seulement trente miles de la position actuelle du prince Rowen. —Nous connaissons ces plans. La citadelle ne tombera pas, excepté si nous leur ouvrons les portes de l’intérieur. La surprise sera notre allée et ainsi nous réduirons à néant les ambitions d’Eothen. Vous le comprenez n’est-ce pas ? La forteresse ne doit âs être prise par Eothen ! —Qu’attendez-vous de moi Rowen ? Vous avez….massacré votre propre peuple pour vous emparer du trône ! Mais cela ne vous suffit pas, il vous faut encore la tête de votre frère ! La tête

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de son compagnon d’arme est exposée devant ce camp et est-ce le sort que vous me réserverez si je décide de ne pas vous suivre ? J’ai entendu tant de choses sur vous au cours de ces derniers mois et je m’étais dit que si j’étais amenée à vous revoir….je préférai vous tuer de mes propres mains plutôt que de vous laisser agir avec la plus vile des bassesses et….je refuse de participer à cette ignominieuse guerre fratricide ! —Dueril, vous ne lui avez pas appris la modération à ce que je vois, souligna Rowen en posant sa main sur mon épaule. Les rumeurs que vous avez entendues sur mon compte sont infondées. J’ai dans mon camp, un prisonnier qui tient le même raisonnement que vous, à la différence près qu’il fut aide de camp de notre regretté roi. Son nom est Méowyn….(en me caressant la joue) Mais cela vous importe peu, argua-t-il en allant se servir un verre de vin, puisque vous avez décidé de vous tenir loin de nos conflits. Après tout vous êtes bien mieux ici. Dueril a certainement encore tant de choses à vous apprendre. » Meowyn. Il était prisonnier de Rowen. Mon cœur battit plus fort et ma respiration se fit plus irrégulière. Il m’offrit sa coupe et sa main se posa volontairement sur la mienne. « Je sais quels mauvais traitements il vous a fait subir. Aucun roi digne de ce nom n’aurait agi de la sorte, vous privant de dignité et faisant de vous l’esclave de sa fiancée. Combien de temps se serait passé avant qu’il n’ait eu raison de votre santé mentale ? Dueril avait des hommes de confiance dans ce camp. Des hommes qui témoigneront de l’homme cruel qu’il fut. Un homme sans pitié que vous considérez sage de ne pas contrarié. Argâ ! (Apparu un garde tenant une cassette dans la man) Ceci devrait vous convaincre de vous rangez à nos forces. »

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Rowen ouvrit la cassette contenant ce qui fut jadis ma couronne. A la vue de ce trésor, les yeux de Dueril s’écarquillèrent. « Ceci vous appartient il me semble. Je suis le Conseil, l’unique Conseil qui établit les Lois de notre royaume. Vous êtes encore notre Reine, Aldren et quiconque affirmerait le contraire sera condamné à mort. Si vous étiez restée à Béréthor il en aurait été ainsi, une reine-régente pour suppléer les affaires de la Couronne. Plus jamais il ne sera question de vous trahir. » La forteresse d’Asmat construite sur front de montagne fut notre demeure pendant les jours qui suivirent. Haute tour érigée dans la pierre, la forteresse fermait ce monde et en ouvrant un autre, plus mystique porté sur les anciennes croyances et attaché au sacré ; il s’agissait de mon peuple vers qui nous marchions. Ses couloirs humides, baignés en journée par le soleil et glaciales en soirée se trouvaient être investis par les hommes de Rowen reconnaissables par leur armure rouge aux motifs géométriques ; tous portaient de longs cheveux contrairement aux guerriers de la citadelle, au crâne rasé et portant la barbe. Ces kajuns représentaient l’une des fratries parmi la plus accomplie dans l’art de la guerre. Ils ne se battaient jamais sans raison et toujours après avoir étudié l’ennemi avec parcimonie. Leur chef, le dénommé Amal me prenait en haute estime, voyant en moi une reine sans égale. Il avait entendu des tas de rumeurs sur ma personne, plus ou moins exactes pour rester lucide ; on voyait en moi une Messagère des Dieux : le don de cognition et celui de survivre à des situations bien funestes pour lesquelles bien d’autres n’auraient survécu. Des chansons portées par les voyageurs contaient mes exploits et mon arrivée à Asmat fut saluée par une grande ovation dans la cour de cette forteresse. Difficile d’oublier le sentiment que cela me

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laissa ; jamais du vivant d’Alddric on m’aurait à ce point ovationné. Le prince Rowen me laissa jouir de ce moment de félicité et suivit par Dueril, on me présenta mes quartiers parmi les plus luxueux du site. La suite royale pour les temps où les pères de mes pères se rendaient en ces lieux pour visiter leurs vassaux. Des sentes vertigineuses montaient en zigzaguant vers les lourdes portes et au-dessus des cimes brulaient un feu et claquaient les couleurs de mon père. En passant dans les couloirs, les soldats se pliaient en une vague humaine mouvante et disciplinée. Le garde me conduisit jusqu’aux geôles du la forteresse et après avoir ouvert les portes de cet endroit, Meowyn m’apparut dans cet endroit clos et pleurant de soulagement je le serrai dans mes bras et lui de ne pas réagir à ce geste d’affection. « Je vais te faire sortir de là. J’ai besoin d’un capitaine pour guider mes hommes au-delà de cette frontière et tu marcheras avec moi. Meowyn ! » Il me tourna le dos, marchant vers l’unique point de lumière. Il alla à sa table pour examiner le plateau disposé là offrant une côtelette d’agneau et des figues, des poulardes, du vin dans une cruche, des légumes dans une assiette creuse, du pâté en croute. Il souleva une cuisse de canard et s’en lécha ensuite le doigt. « Rowen vous a-t-il fait une belle promesse ? Retrouverez-vous votre trône une fois qu’il aura fait assassiner son frère ?(Il se versa du vin dans une coupe et les sourcils froncés, il poursuivit sur le même ton. Franchemenet je doute que vous sortiez un jour vivante de ce trou à rats. Rowen n’a que faire de vous. Oh oui bien sûr il sera toujours utile de vous avoir près de soi au moment de son entrée à Aron….J’ignorais qu’on mangeait si gracieusement dans les geôles de cette forteresse. Pour Eothen je suis un proscrit et pour Rowen, un rénégat de plus ;

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quant à ce Dueril…il rêve de m’éviscérais vivant pour avoir osé vous dérober à sa surveillance. Que me reste-t-il dites-moi ? Rien. Absolument rien. Plus de nom, plus de titre, plus de famille et sauf votre respect, vous n’êtes pas en mesure de me ramener intégrité et honneur. J’ai trahi un prince et j’ai dupé une reine. Tout est fini pour moi. —Vous êtes…. » Il pleuvait depuis deux heures maintenant ; la pluie martelait les carreaux et le vent s’engouffrait dans les couloirs faisant vaciller les flammes des torches. Ma robe vert d’eau contrastait si fort avec les murs noirs de cette cellule ; pas de bretelles pour tenir le fourreau de cette longue robe vaporeuse et féérique puisque recouverte de feuilles d’or sur le devant de la poitrine et sur mon bassin. Une cape aussi légère qu’inutile recouvrait mes épaules, tombant mollement en arrière et simplement retenue par un crochet dissimulé sous une feuille d’or. « Vous êtes le seul ami que j’ai en ce monde. Vous m’avez toujours traité en égal et… (il se dégagea de moi quand ma main se posa sur son bras) Que craignez-vous Meowyn ? Nous avons survécu à bien pire tous deux et ce n’est surement pas cet endroit lugubre qui vous empêchera de me suivre. C’est bien à moi que vous devez obéissance et ni Dueril ni Rowen n’attendront à vos jours si vous acceptez de me suivre au-delà de ces murs. —Ah, ah ! Vous parlez comme une reine à présent ! Quel subit changement remarqueronsnous en vous ? —J’ai giflé Eothen le soir où on m’a enlevé. —Vous l’avez giflé ? Questionna ce dernier en souriant. Et quel effet cela fait-il de gifler cette auguste personne ? —C’est étrange mais….je me suis sentie vivante et en possession de toutes les facultés

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mentales. Il faut dire qu’il m’avait insulté auparavant et cette gifle me libéra de cette torpeur dans laquelle j’étais enfermée. Gifler Eothen se fut comme me libérer de toutes mes angoisses et si c’était à refaire, sans hésiter je le giflerai. —Et comment notre régent a-t-il réagi ? —Il n’a pas bougé d’un poil. Ensuite il a tenu des propos assez obséquieux sur son intervention auprès de mon père et il a fait mention que jamais aucun de ses hommes ne risqueraient la mort pour une reine déchue de ses fonctions et…ensuite on m’a enlevée. C’était un plan de Dueril pour me conduire ici. Ils savent que je ne renoncerais pas à vous. —Et vous ne trouvez pas étrange que je fus arrêté peu de temps après mon départ pour être acheminé ici ? Eothen a passé un accord avec Dueril. Notre fuite de Bazat fut trop aisée alors je planche pour l’hypothèse selon laquelle Eothen a voulu vous récupérer. Les hommes de Dueril se tenaient près à œuvrer et j’eus la confirmation quand on m’a conduit ici. Ne vous fiez pas à cet homme, Aldren, il vous trahira pour moins que cela. —Je ne lui fais pas confiance. Tu es bien placé pour le savoir. Si je ne devais survivre à cette guerre, charges-toi de rétablir la vérité à mon sujet. —Et cela vous préoccupe tant Majesté ? Vous craignez de ne pas être une bonne reine ? Je vois que vous rougissez. Une fois qu’on a goûté à ce plaisir, il devient difficile d’être une simple mortelle. —Cela ne s’adresse pas à moi ! J’’éprouve de la pitié, de la compassion et de l’empathie. Il me faut du temps pour réfléchir et seule, je suis vulnérable, répondis-je en piquant une figue dans son assiette. Cependant j’ai décidé de ne plus être passive. J’ai appris beaucoup de moi en fréquentant Dueril. On peut dire tout ce

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qu’on veut sur son fichu caractère, ses pulsions destructrices et son penchant pour l’argent et l’or, il ne reste pas moins un bon conseiller. Il est pragmatique et j’ai appris à lui faire confiance sur certains points. —Vraiment ? Je vous demande pardon si je vous ai offensé d’une quelconque façon mais je ne pensais pas me montrer blessant en m’adressant à vous avec familiarité. Une fois de plus je manque à tous mes devoirs. —Ah, ah, ah ! Voyez-vous cela ! Dormez encore ici cette nuit si cela vous change, demain on vous logera dans meilleur endroit, soyez-en certain ! » Duerl devant le feu caressait une sorte de molosse tenant plus du lion que du canidé ; l’animal hérissa le poids en me voyant entrer et des plus amusés, Dueril sourit : « On dirait que mon protecteur n’apprécie guère votre présence ! Mais venez donc prendre place près de mon siège. Avez-vous dîné ? Et comment va notre prisonnier ? Celui dont on ne peut prononcer le nom en ma présence ? Ainsi vous avez fini par trouver sa cellule. (Il se leva pour laisser sortir son horrible molosse). Votre point faible Aldren. Pourtant nous vous ais-je pas dit de taire vos sentiments à son égard ? Si bien-sûr mais vous refusez de m’écouter. Petite têtue que vous êtes ! —Combien de reines avez-vous du former avant moi Dueril ? Dois-je vous rappeler moi aussi que vous êtes ici sous ma bienveillance ? Je ferme les yeux sur vos agissements, vous devriez en faire pareil concernant mes faiblesses pour cette personne que vous tenez en si basse estime ! » Il s’inclina profondément les bras rentrés dans ses manches ; ce regard fut imperceptible. Aldren….Aldren, entends-nous. Aldren…Mes mains se crispèrent sur les accoudoirs du siège ; pendant longtemps aucune voix ne vint troubler

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ma quiétude et à cet instant elles se firent de nouveau entendre. Aldren ma reine….sauvesnous. D’un bond je me levais, le cœur battant à rompre. « Rowen a-t-il fait part de son intention d’atteindre Aronm ? Vous savez qu’il y aura des terres et des titres pour vous, déclarai-je en me rendant derrière la fenêtre en ogive. Il vous faut faire un choix Dueril et j’ai bien peur que votre loyauté envers Rowen soit mise à rude épreuve. » Un coup de tonnerre claqua. L’orage grondait. L’éclair passa si près qu’il en éclaira le versant de la falaise et alors mon cœur fut empli de crainte. La mort arrivait. Le sang déjà tapissait les murs. Ma main s’empara d’un fin coutelas. Des bruits de pas martelèrent le sol dallé. On approchait par ici. « Restez près de moi ! » Un second éclair me pétrifia. La mort frappa en tous sens. « Il nous faut partir ! » A peine m’entendis-je dire ça que la porte s’ouvrit avec fracas ; les hommes de Rowen se trouvèrent être là. « Par ordre du Prince Rowen, la reine Aldren doit nous suivre sans opposer la moindre résistance ! —Tiens donc ! Et le Prince vous charge en personne de venir faire le travail à sa place. Comme ceci est vile de sa part. il ignorait peutêtre que je saurais me montrer magnanime et que je saurais vous accueillir à bras ouverts ! Alors approchez donc et ne craignez pas d’obéir à ce prince fourbe et effronté ! » Il tua les dix guerriers en un clignement d’œil. « Apportez à votre maitre, ma réponse de l’audelà… » Ajouta-t-il en achevant le dernier. Pas une goutte de sang, tout fut exécuté avec rapidité et finesse. Epouvantée mon regard passa d’un guerrier à un autre pour constater qu’ils étaient bien morts.

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« Le prince Rowen a l’intention de marcher sur la cité de votre père, avoua Dueril. Il n’a jamais été question d’autre chose, Aldren. Il compte bien se passer de vous jusqu’à ce qu’il ait terminé d’exécuter chaque membre de votre famille. Ensuite il revendiquera la couronne de Cleistophen comme étant la sienne et vous forcera à l’épouser. N’oubliez pas que les Ascaris sont ainsi ; ils n’ont aucune idée de la notion de propriété et ils sont fourbes, arrogants et ne connaissent pas la pitié. Ce sentiment leur est inconnu. Cette nuit est la leur ; ils égorgeront mes hommes et tous les Olmurils qu’ils croiseront sur leur route. Libre à vous de rester et mourir mais je ne ferai pas ce choix si j’étais vous ! Aldren, il est temps pour vous de rétablir la balance. » Traverser les couloirs fut une épreuve ; partout le bruit des armes s’entrechoquant, le cri des combattants affreusement mutilés ; Dueril lui avançait dans la semi-pénombre comme imperméable à tout cela. Il en tua un quelques uns avec la même dextérité que dans ses appartements ; profitant du chaos, il me fallait rejoindre la cellule de Meowyn au plus vite. En bas de l’escalier tournoyant inlassablement il me fallait prendre à droite, puis tout droit, encore à droite ; passer par une première porte ; encore descendre et remonter jusqu’au deuxième niveau. Dans les profondeurs de la forteresse plus aucun bruit ne me parvint, excepté ma respiration haletante et les battements de mon cœur précipités par la peur. Quand soudain un bruit attira mon attention. Pourtant collée contre la paroi gelée de l’escalier, une larme plus froide encore que le mur se plaça sous ma gorge. « Un pas petit et je te transperce de ma lame ! » Cette voix. Elle ne m’était pas inconnue. « Aldren ? Je ne pensais pas vous trouver ici ! Du moins pas maintenant et sans garde pour vous escorter !

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—Que faites-vous ici ? Vous êtes venue faire le commerce de ma personne avec votre frère, je suppose ! Écoutez ! J’’ignore si…si vous avez un rapport avec tout ça mais…. » On descendait derrière moi. Eothen me colla contre le mur et s’occupa des soldats de son frère avant de revenir vers moi. « Que se passet-il en haut ? Rowen aurait-il commencé les festivités sans moi ? Dites-moi ce que vous faites ici ! —J’ai un homme à faire sortir de là…. —Meowyn, je suppose ? Combien de fois risqueriez-vous votre vie pour cet homme ? Rowen se servira de cet amour pour vous tuer, murmura Eothen, et il y arrivera. Si vous l’aimez, renoncez à lui dès cet instant pour partir loin d’ici. Aldren….vous le perdrez à jamais si vous décidez de poursuivre. —Qu’est-ce que vous y connaissez, vous ? Il a toujours été là pour moi et contrairement à vous il a un cœur ! Un cœur qui bat…. —D’accord (il posa sa lourde main sur mon épaule dénudée) empressez-vous d’aller le retrouver et vivez cet amour en plein jour mais n’oubliez jamais votre famille que vous laisserez périr par les armes et les flammes. » On marcha par le ravin, au-dessus du vide ; un fort dénivelé plus loin, une autre sente se présenta à nous moins difficile d’accès que les précédentes. Impressionnant passage que semblait parfaitement connaître Eothen. La main dans la sienne, je progressais prudemment ne cessant de me retourner. La pluie avait rendu la roche glissante et les arêtes tranchantes ne cessaient de me terrifier ; tomber sur ses rochers et il ne resterait plus rien de moi. Sans cesser de trembler, il me fallait prendre sur moi pour ne pas demander à Eothen de me ramener loin de ce précipice. Sa robuste main agrippa mon bras ; dans cette pénombre on ne voyait pas à un mètre devant soi. La descente dura des heures, il me

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sembla ; le soleil se leva enfin quand nous n’étions qu’à la moitié du chemin. Le soleil ne tarda pas à darder et quand il fut à son zénith, la soif se fit ressentir. Haletant et suintant à grosses goutes, Eothen convint d’une brève halte à l’hombre de ce flanc. Il me tendit à boire et sans me lâcher des yeux il cherchait à me donner dans les tréfonds de mon esprit. Il prenait des sentes compliquées, si étroites qu’il devenait difficile d’y progresser et quand enfin nous arrivâmes sur la terre ferme, je salue les Dieux de mon peuple d’être toujours en vie. « Où sont vos hommes, parvins-je à articuler prise par le chagrin d’avoir abandonné Meowyn et la culpabilité qui serait à jamais mienne. Il se redressa sur son séant et moi de poursuivre : Ne devait-il pas y avoir votre escorte ? —Il n’y a que vous et moi. » Interdite, mon esprit s’embruma ; il ne pouvait être seul. Il aurait pu tout perdre dans cette ascension d’une part et ensuite dans cette forteresse pleine de ses ennemis. Il fallait être fou pour tenter pareille opération. Il s’accroupit devant moi afin de me bander le bras ensanglanté ; il chercha à accrocher mon regard mais il y avait tant de colère en moi….on reprit la route au milieu des roseaux et des eaux stagnantes ; on raconte qu’ici fut livrée une grande bataille épique opposant les Olmurils et les Asmatiens. Une bataille qui dura plusieurs lunes et dont les mors se comptèrent en milliers. La vase nous happait jusqu’à mi-mollet et voyant ma difficulté à progresser, Eothen se proposa de me porter. Pour qui me prenait-il ? Après cette épreuve de la vase, à bout de force il nous fallut traverser les grandes herbes s’épanouissant à l’ombre de ces grands arbres. « Nous dormirons ici cette nuit. Nous y serons en sécurité. Il ne sera pas possible de faire un feu pour des raisons que vous n’êtes pas sans ignorer. Les nuits sont froides mais nous

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survivrons aux températures si nous restons sous ces plantes. Elles ont pour vertu de conserver la chaleur du jour pour la restituer la nuit et ainsi survivre à ces violentes variations. —Pourquoi aucun de vos hommes ne vous a pas suivi ? —Ils ignorent que je suis ici. Aucun n’aurait compris mon objectif et on m’aurait pris pour un fou. Je connais cet endroit pour y être allé lors des Guerres des Sept Lunes et à l’époque Rowen et moi étions de jeunes seigneurs en quête de grands frissons. Rowen comme vous pouvez l’imaginer, marchait droit devant, le front fier et volontaire, rien ne l’aurait arrêté pas même cette nature si capricieuse, sourit ce dernier en tranchant les roseaux de son couteau. Il nous a fallu affronter bien des périples. —Vous êtes un roi, peut-être serait-il stupide de rester votre vie si stupidement ? Vous auriez pu tomber de cette falaise plus d’une fois et ensuite qu’auraient fait vos hommes ? Auriezvous chargé votre fiancée de prendre les rênes du pouvoir et ainsi conduire vos soldats à la guerre ? « Il ne répondit pas ; cependant ma réflexion le frappa dans son orgueil. Allongée sur le flanc, le sommeil refusa de me prendre ; Eothen me croyant endormi déposa sa pelisse sur mes épaules. Ce geste me surprit et plus encore quand sa main s’attarda sur ma nuque. Alors je me redressais pour m’éloigner de lui. Jamais il ne gagnera mon confiance, c’était mon choix et il faudra qu’il l’accepte cette nuit-là il fit froid ; une nuit froide mais dans cet abri de fortune érigée par les soins d’Eothen. Au petit matin il me ramena des abies, des racines à manger et l’on se remit en route. Penser à Meowyn me faisait venir les larmes et morte d’angoisse, rien ne parviendrait à me soulager. « Dureil prit-il soin de vous ? Questionna Eothen accroupit près de moi sur le lit de la

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rivière. Soulager mes pieds malmenés par cette eau froide issue du glacier me fit le plus grand bien. —Je suppose oui. Il s’est montré amical à bien des égards. Pourquoi cette question ? Vous auriez aimé qu’il me batte ? Qu’il me séquestre ? Cela n’aurait fait qu’exciter votre grossièreté ! Vous vous seriez dit : Une Olmuril de moins qu’est-ce que cela change ? Et vous voulez savoir pour quelle raison j’ai accepté de rester près de lui à Bazat ? Lui me respecte et… Aïe ! (sa main serra mon bras bandé) Alors quoi Eothen allez-vous m’offrir à votre fiancée pour qu’elle exerce son talent de diplomate ? Lâchezmoi, vous me faites mal ! —j’y avais bien songé. Elle vous apprécie tellement. Remettons-nous en route ! Je ne m’abaisserai pas à vous répondre. —Et comment ? Une fois de plus vous me prenez de haut ! Je vous déteste vous savez ? J’aimerai mieux être….sous le toit de Dueril que sous le vôtre ! Une fois que j’aurais atteint le monde civilisé je vous prie de ne plus jamais apparaître devant moi, il y a des limites à la bienséance. —Des limites que j’aurais outrepassées pour m’assoir sur votre trône Aldren, est-ce bien cela ? —Exactement. » Il ne répondit rien, se contenta de sourire et tourna les talents. On marcha sans rien échanger, chacun muré dans un silence justifié. Il fut décidé qu’on dormirait le jour pour marcher de nuit ; la fatigue eut raison de moi et la tête dans la commissure de mon bras, le sommeil vint me quérir. Le ciel s’ouvrit au-dessus de ma tête et un éblouissant soleil m’inonda de ses rayons. Les plantes poussaient à vive allure sous mes pieds ; l’eau de la rivière ruisselait entre les arbres Et Eothen se tenait là sur la berge à me regarder. Prestement mes yeux s’ouvrirent pour constater

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qu’on m’étudiait. Mal à l’aise il détourna la tête pour concentrer son regard vers autre chose. Les oiseaux pépiaient gaiement et leur chant définitivement me tint éveillé. Il ne serait pas question de souffrir ; la gifle envoyée avant mon enlèvement fut pour moi la preuve de mon refus d’être son pantin, cette femme soumise à ses caprices et dont on n’attend rien en retour. Les jambes repliées sous mon genou, je rixais la végétation à mes pieds. Pour lui ma naïveté servait de blé à moudre. Un insecte passa sur mon pied à sandales dorées ; à peine l’insecte remarqua-t-il qu’il avait choisi pour monticule le pied d’une reine déchue. Eothen ne cessait de me fixer, perdu dans ses pensées. Allait-il commencer à me fustiger ? Non ! Il lui fallait des spectateurs, des loyaux sujets qui penseraient comme lui. Les Olmurils sont de bons à rien, tout juste si on les remarque ! La tête dans la main, j’attendais le moment où il trouverait une parole blessante, assassine ; cependant rien ne vint, minute après minute mon angoisse s’amenuisait. Or il brûlait d’envie d’enfoncer le clou. Son regard se fit plus lointain et nerveux il triturait une brindille ; en fait il s’agissait d’une fleur sauvage, une petite fleur d’un bleu intense dont au milieu de la corolle se dressait une pistole dorée. C’était plus fort que lui, il détruisait tout ce qu’il y avait de plus beau. Cette fleur était du même bleu que ses yeux. S’il n’était pas si cruel, il pouvait passer pour bel homme ; sa méchanceté suffisait à le rendre laid. Il se leva ; mon cœur battit fort et plus encore quand il me tendit la fleur. Pourquoi faisait-il cela ? Estomaquée je fixai la fleur sans décroiser les bras de mes bras. « C’est pour vous. —si j’avais voulu cette fleur je l’aurai ramassée moi-même. A quoi me servira-t-elle

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quand des centaines de cette variété poussent à nos pieds ? —Cette fleur vous ressemble. Elle résiste à toutes les agressions. Rien n’altère jamais sa beauté et…. —Remettons-nous en route ! De toute façon je n’ai plus sommeil ! » meowyn ne cessait d’occuper mes pensées ; plus nous nous éloignions de la forteresse et plus le vide emplit mon cœur et Eothen était là à jouer un rôle qui ne lui seyait pas : celui du gentil protecteur ; sa vilaine nature reprendrait vite le dessus, il fallait s’attendre à cela ;à tout moment il pouvait rentrer dans une rage folle, me traiter de tous les noms et rester de longs moments sans parler. Ses silences en disaient longs sur son humeur du moment. Le plus oppressant pour moi fut ses longs moments d’étude ; il m’étudiait avec intensité comme s’il s’attendait à me voir fondre en larmes, évoquer le souvenir de Meowyn ou mes exploits passés chez Dueril. Quand la nuit tomba, il jeta sa pelisse sur le sol pour m’y installer. Après tout ce temps passé sur les routes, il ne me connaissait pas ; mes fesses pouvaient bien supporter le froid terrestre, l’humidité et l’absence totale de confort. « Pourquoi faites-vous cela ? —Quoi donc ? —Vous cherchez à vous montrer complaisant, or cela ne vous ressemble pas. Restez vousmême Eothen, je préfère encore que vous ne jouiez pas à ce petit jeu-là avec moi. Jusqu’à maintenant vous ne m’avez pas ménagé. On finit par s’habituer à ses geôliers et j’ai la peau dure vous savez. —Oui je le sais. Il n’y a plus rien que je suis censé ignorer à votre sujet. —Vous êtes présomptueux. Dueril avait de bons adjectifs vous concernant et si je vous en donnais quelques uns vous en rougiriez tant l’exactitude est des plus fidèles. Vous ne

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supportez pas que je vous parle de Dueril, ais-je raison ? Cela vous ennuie et vous horripile. Alors pourquoi ne pas vous mettre en colère si vous en ressentez le besoin ? Oh non bien-sûr il vous faut votre public ! —Avant vous fredonniez. Un véritable petit oiseau. C’était divin et enchanteresse. J’aimais à vous entendre fredonner. A béréthor vous chantiez beaucoup et j’aurais donné n’importe quoi pour….vous pensez probablement que je ne sais pas entendre ni voir. Mais je vous ai toujours entendu et vu…Aldren. Vous êtes différente des autres et…. —Oui ! Vous me l’avez souvent fait comprendre ! Vous et les vôtres m’avez si souvent…humiliée. C’était un exercice pour vous au même titre qu’une partie de chasse ! C’était si commode de m’avoir à porter de main. —Et je m’en excuse Aldren. Je m’excuse d’avoir manqué de pudeur à votre égard. Mais vous devez vous dire que mes excuses ne suffiront pas à me racheter une conduite et vous avez raison de croire que je suis un tyran, un homme sans cœur et n’éprouvant aucune pitié pour mes semblables. —Vos semblables ? C’est là que vous vous trompez. Je n’ai rien à voir avec les Ascaris, je suis une Olmuril ! Ce détail, vous semblez l’avoir étudié. » Les nocturnes se firent entendre toute la nuit ; on savait que le climat irait en s’adoucissant aufur-et-à mesure de notre avancée. L’air était chaud presque suffocant ; la fraicheur de la nuit fit place à la douceur relative à la région des Ascaris et la nature aussi changeait, se transformant en de vastes étendues pour le moins luxuriante. Nous marchions depuis quatre jours et toujours personne pour nous servir d’escorte. Le cinquième jour un puissant vent se leva nous contraignant à faire halte à l’intérieur d’une grotte. Aldren…écoutes nos prières et

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sauves-nous. Le vent souleva ma robe et manquant de tomber, ma main s’agrippa au bras d’Eothen. « J’entends des voix ! » Eothen de me fixer sans broncher. « J’entends des voix ces derniers temps. On dirait que… —Les vents chauds rencontrent les vents froids. Un tel phénomène provoque d’importants orages ce qui rendra notre progression difficile. Mes hommes ne se trouvent plus qu’à deux jours d’ici. Je suppose que votre Dueril aura matière à réfléchir maintenant que vous n’êtes plus en sa protection. Possible que mon frère l’ait exécuté. Après tout sa famille constituée une menace pour la nôtre. Avez-vous froid ? Je vous vois trembler. Vous devriez aller t’allonger un peu. —Non, je…je suis inquiète c’est tout. Il en sera autrement quand je serais enfin chez les miens. Il me tarde de les revoir. Je n’étais qu’une enfant quand je les ai quittés et pourtant il me semble les avoir quittés hier. Je vous ennuie avec tout ça, je vois bien. Vous soupiez et votre mépris est tel qu’il…. —je vous comprends d’être si enthousiaste. Comment parlerez-vous de nous aux vôtres ? Les Ascaris sont des belliqueux et arrogants seigneurs, déclara ce dernier en me sondant, Et de moi vous direz que j’ai manifesté tant de mépris à votre égard que vous ne jugez pas utile d’en parler. Vous vivrez libre Aldren, vous n’avez pas prêté de serment et votre couronne ne vous tourmente pas des affaires du royaume. Il y a un temps j’ai moi-même rêvé d’être libre. (Il fixait l’horizon, perdu dans ses pensées) Je rêvais d’épouser une femme de ces autres contrées qui me ferait oublier mon passé. Et je l’ai imaginé comme vous. —Je sais à quel point vous êtes rusé Eothen. Me flatter ne vous sert plus à rien. Et puis vous avez Idreg ! N’est-elle pas parfaite à vos yeux ?

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Dans le cas contraire, son père est roi et puissant, peut-être moins que vous mais il n’a besoin de personne pour trouver le chemin de la délivrance ; Tous les autres rois que votre Ligue doivent jalouser cette union à venir avec la princesse Idreg et à vous deux vous formerait un couple bien despotique. Nous aurons tant à craindre de vous. » Il me réveilla en me secouant par l’épaule et moi d’écarquiller les yeux, aveuglée par le soleil filtrant à travers la végétation. Agenouillé près de moi il posa son index contre ses lèvres pour m’intimer le silence. Des aboiements furieux approchèrent, cela n’avait rien de comparable à ceux des molosses des seigneurs d’Ascaris, ceux-là semblaient venir des tréfonds des ténèbres. Presqu’aussitôt il me bâillonna la boucha quand une forme puante bondit audessus de notre tête. L’énorme bête renifla le sol, cherchant la moindre odeur de notre passage. Elle tourna en rond, laissant dévoiler ses crocs acérés, ses petits yeux jaunes et sa langue pendante, longue et fine comme celle d’un serpent. Eothen me serra fort. Depuis ces derniers jours notre odeur fut masquée par les baies et racines que nous avalions ; elles avaient entre leur vertu de caler la faim la faculté de modifier nos odeurs corporelles. Eothen me sortit avec délicatesse l’épée de son fourreau et marcha derrière l’animal ; long de deux mètres et haut sur pattes. Il ne fut pas long à l’abattre avant que ce dernier ne donne l’alerte. « D’autres arriveront. Je trouvais étrange que Rowen s’en tiennent à cela. Ces créatures sont le plus à craindre. Quoi ? N’avez-vous jamais vu de Sargôs ? Il faudra vous habituer à ceux-là. Tant que vous resterez près de moi, ces monstres ne vous verront pas. Eloignez-vous et….Chut ! Dueril est ici. Je sens sa présence et….’sa main broya mon épaule) Que lui avez-

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vous promos ? Il ne serait pas ici si vous ne lui aviez rien mis en gage, Aldren. —Nous sommes en période de troubles et j’ai du monnayer certains services. Je l’ai acheté et vous en auriez fait de même ! Il dispose d’une armée et si les miens venaient à être attaqués, il agirait en toute âme et conscience pour s’assurer une place de choix auprès de mon père. » Il avança vers moi, des plus menaçants ; il allait me frapper, m’insulter probablement pour avoir manqué de discernement mais à la place de cela il posa ses mains sur mes frêles épaules et son regard sembla s’illuminer d’un feu intérieur. Il ne me ferait pas de compliments ; il n’en avait d’ailleurs nullement l’intention, seulement par ce geste l’espoir naquit en moi et plus encore quand il me tint serrer contre lui dans cette grotte pendant que l’orage tonnait autour de ce site. Collée contre son sein, l’espoir naissait petit à petit ; il y avait en lui quelque chose de si humain. En le regardant il ne m’était pas difficile de songer à ces années passées à Béréthor en pure perte. Le père Eothen contrairement à ses deux autres frères se moquait de mon bien-être, seul comptait pour lui son armée, ses chevaux et ses chiens ; il ne voulait guère entendre parler des affaires du royaume hormis les Assemblées tenues par le Conseil, la plupart de son temps il le passait avec ses hommes dans sa forteresse d’Ogême en Adaastra ; il savait que personne ne le dérangerait dans sa confortable retraite. En tant que reine mon devoir aurait été de m’y rendre en compagnie d’Aldric IV, or ce dernier me préférait la compagnie de femmes plus méritantes. Quand son père s’absentait sur de longs mois, Eothen s’asseyait sur le trône de ce dernier et ce taciturne homme boudait la compagnie distrayante de la cour pour rester enfermer dans sa bibliothèque. Il était étrange de songer qu’il y a des mois de cela, on ne me

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connaissait que comme une reine et lui comme un prince héritier. Le destin nous avait écarté de nos devoirs pour nous jeter sur les routes. « Comment votre fiancée a-t-elle réagi quand vous lui avez annoncé votre départ pour Asmat ? —Ma fiancée ? Je l’ignore. Elle aurait plutôt bien réagie. Idreg ne se laisse guère dominer par ses émotions ; Elle est très fière et c’est mal la connaître de penser qu’elle pourrait éprouver de la tristesse. Et pourquoi vouloir savoir ? —Quand j’étais plus jeune et également à Béréthor on ne parlait pas du sentiment amoureux. On me disait toujours : Tu vas voir Aldren, c’est formidable ce que tu vas ressentir ! Et puis j’ai fini par vouloir autre chose puisque votre père ne me désirait pas. (Eothen me serra plus fermement encore) La nuit sous mes draps je me mettais à prier parce que je savais que tous attendaient que je distraie le roi. Meowyn fut le seul à s’intéresser à moi mais au nom de son attachement à vous, il a toujours su repousser mes avances. Le fait que je sois partie le libère de ma désinvolte attitude. Nous fûmes de piètres amants si l’on peut nous considérer comme tels. Je ne sais pas pourquoi je vous parle de tout cela, vous vous fichez bien de savoir ce que j’éprouve en ce moment. —Quand vous êtes arrivée à Béréthor, vous aviez peur de votre ombre et vous aviez peur de moi. Un simple regard vous figeait, un simple mot glissé à votre intention et vous vous m’étiez immédiatement à fuir notre présence. J’ai tenté d’utiliser les bons mots pour vous rassurer mais ce fut peine perdue. On songeait même à vous renvoyer d’où vous veniez. On vous prenait en pitié Aldren car on pensait que vous finiriez par vous défenestrer. Par ailleurs le Conseil fut soulagé d’apprendre que vous désiriez partir ; il ne voulait être en aucun cas tenu responsable de votre trépas. »

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Il caressa ma joue si tendrement que le sommeil vint me chercher. Aldren, réveillestoi….le danger menace. Réveilles-toi ! D’un bond je me levai pour apercevoir l’absence d’Eothen à mes côtés. La panique me saisit, il ne pouvait être partit sans moi. Pas de cette façon et de me souvenir d’une fois où il vint me voir dans mes appartements de Béréthor ; Bruned disait qu’il attendait là dans l’espoir d’une audience avec son illustre reine ; diaphane dans ma robe de voile translucide identique aux plumes qui jamais ne semblent vouloir se poser, volant à travers les nuages avec tant de grâce, je l’observais de derrière la porte ; il ne me voyait pas, préoccupé par ce qu’il allait me dire, seul mon père le soumettait à de tels exercices de diplomaties et le voir s’agiter de la sorte, tourner en rond dans l’antichambre n’annonçait rien de bon. Ma femme de chambre Crismen vint le trouver. « La reine ne peut pas vous recevoir, Mon Prince ! Elle vous fait savoir que votre requête ne pourra être entendue. —Et comment se porte-t-elle ? —je vous demande pardon ! » Derrière la porte, la surprise devait se lire sur mon visage et les filles derrière moi arquèrent leurs sourcils. Cela ne pouvait être possible ! Le prince demandant des nouvelles de notre Reine ! Et son regard se tourna vers la porte derrière laquelle on se tenait caché. « C’est un fait. Notre reine est bien jeune pour ternir les rênes de ce royaume et on ne peut demander à une jeune souveraine de prendre part à toutes les Assemblées, sachant pertinemment qu’elle s’amuse bien mieux dans cette aile du palais. Faites-lui savoir que….mes hommes et moi partons demain pour Ogême et que sa présence sera hautement apprécié dans mon humble demeure. Non ! Finalement….ne lui dites rien. Dites-lui seulement de croire en

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elle et de ne jamais perdre espoir. » Ne jamais perdre espoir. Ne jamais perdre espoir. Ne jamais perdre espoir. Mon corps percuta le sien ; il devait se dire que sa reine tentait de le fuir. Sa haute taille m’enveloppa et sa silhouette m’écrasa. Un souffle froid m’envahit et une vison d’horreur m’envahit : ces créatures du néant sautant sur nous pour se repaitre de notre sang. Il me fallait survire, n’importe comment mais il me fallait survivre. Eothen vit l’horreur dans mes yeux ; il se détacha de mon étreinte crispée pour saisir son épée à pleine main et scruter les alentours. Incapable de bouger, mon corps semblait prendre racine parmi ces autres plantes grimpantes ; il me serait impossible de mettre un pied l’un devant l’autre. Le souffle froid passa autour de moi, léchant mes jambes et remontant le long de mon corps ; la sensation accompagnant ce souffle fut semblable à cet état de veille proche de d’abandon que l’on ressent lors d’un cauchemar si réaliste qu’on se demande alors si tout cela un sens caché. Eothen recula, m’embarquant dans ses pas. Là-bas dans le talus….des yeux jaunes nous observaient. S’engagea alors une courte poursuite à travers cette vaste forêt ; ces molosses des ténèbres nous primes en chasse, proies faciles que nous fûmes et démunies face à leurs crocs acérés. Eothen en blessa deux aux jambes mas cela ne fut qu’accroitre leur détermination Pauvres de nous ! Intrépide Eothen l’était, pour rien au monde il n’aurait abandonné et il tua une de ces bêtes, là juste à mes pieds. Avec quelle ruse les mit-il en déroute ? L’une de ces créatures ferma ses mâchoires sur ma robe, réduisant cette dernière en état de lambeaux. Il aurait fallu bien moins qu’un autre coup de crocs pour m’achever. Il bondit sur le dos de la créature et s’en suivit une longue et mortelle étreinte dont on ne pouvait deviner l’issue pour Eothen.

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« Ne te frotte pas à moi ! Murmura-t-il à l’oreille de la bête rendue furieuse par les coups de poignards dans ses flancs. Tu aurais du passer ton chemin. » Et la bête privée de riposte s’effondra ; les autres ne tarderaient pas à nous retrouver, alertés par l’odeur du sang. « Le pont, vite ! » Un vieux pont se dressait au loin ; il enjambait un gouffre de plus de soixante mètres, une sorte de ravins qui autrefois avait charrié les eaux de la montagne de Netzat. Si vous aviez vu les poutres jamais vous n’auriez traversé….a tout moment ces dernières pouvaient s’écrouler et vous jeter au fond de ce ravin ; cependant nous n’avions pas le choix, talonnés par ces monstres aveugles, humant l’air pour nous retrouver. « Nous n’avons pas le choix Aldren. Ne regardez pas en bas et tout se passera pour le mieux ! » Le premier de mes pas fut angoissant ; parfois deux planches se suivaient, parfois il fallait prendre son élan pour atteindre une troisième éloignée des autres et toujours la perte de tomber. Derrière la menace approchait et après dix mètres ma main lâcha la corde ; un peu trop rapidement certainement puisque mon corps transperça le bois. Happée vers le vide, mon souffle se coupa et un frisson de terreur me fit hurler. Je ne devais mon salut qu’à la puissante main d’Eothen me serrant fermement. « Ne me lâchez pas ! Je vous en prie…. —Non ! Haleta ce dernier en saisissant de l’autre main la deuxième corde. Ne regardes pas en bas et concentrez vous sur mon regard…. » Il me tenait fermement si fermement que mon sang ne passait plus dans cette partie de mon anatomie. Il me tira vers lui quand soudain le pont s’effondra, ne pouvant plus supporter le poids de deux individus dont l’un armé et en pleine force de l’âge. Nos deux corps allèrent heurter la paroi rocheuse que nous devions escalader pour atteindre l’autre bord. Mes forces

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s’amenuisèrent tandis que celles d’Eothen tentaient de se soustraire à mon poids et je vis le sang couler le long de sa main. Il était blessé et il ne pourrait me soulever sans éprouver une violente douleur ; il haletait, tenant la roche de sa main gauche et moi de son autre. Il devait me lâcher pour….survivre. « Eothen….lâchez moi….il n’y a qu’une seule manière pour vous de vous en tirer. Sauvez-vous…. —Non….on va y arriver ensemble…Je ne renoncerai pas. » Il tira en hurlant. S’il lâchait, la chute de mon poids l’attirerait à coup sûr dans le ravin ; il n’avait pas le choix que celui de me lâcher. Il me poussa jusqu’en haut et une fois au contact de l’herbe je retrouvai alors toute l’énergie qu’il faille pour l’extirper à son tour de cette difficulté. Et il s’écroula tout contre moi. « Une chance que nous ayons trouvé à nous enfuir, argua-t-il des plus essoufflés. Nous marcherons sans plus nous arrêter. Le camp se trouve être derrière cette colline boisée. Allonsy… » Après une heure seulement il montra des signes de faiblesse ; il titubait, s’arrêtait pour reprendre son souffle et quand il se croyait hors de ma curiosité, il se laissa aller à sa douleur. « Je pourrais vous signer…. —Non ! Ce n’est qu’une vulgaire égratignure. J’ai connu bien pire. Avancez Aldren…. » Mais il glissa sur la roche et ne put recouvrir son équilibre ; il se retrouva alors par terre et moi au-dessus de lui, le suppliant de me laisser voir. Brutalement il se débattit, bien incapable pour autant de se relever ; avec difficulté je tentais de le redresser ; en vain, il était trop lourd. Après l’avoir adossé contre un arbre, mon intention fut celle de le dévêtir. Il se laissa faire. La nausée me gagna en découvrant la plaie béante, rougeoyante et douloureuse à en juger la réaction d’Eothen.

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« Vous continuerez sans moi Aldren. Mes hommes ont reçu l’ordre de vous escorter jusqu’à la demeure de votre père et…vous réussirez dans votre entreprise. Vous triompherez de vos ennemis….comme vous avez toujours su le faire. Aldren….dans une autre vie je vous aurais aimé mais dans celleci…il n’y a pas de place pour autre chose que la guerre et la destruction…. Partez avant qu’il ne soit trop tard. Partez ! » Il venait de s’évanouir ; grand fut mon désarroi, la vie du roi était entre mes mains et face à mes maigres connaissances médicales, les premiers soins lui furent donnés. La nuit nous recouvrit tous deux et plus incapable de discerner quoique se soit, je dissimulais le corps inerte d’Eothen sous le feuillage vert de la forêt. Il me faudrait peu de temps pour gagner l’avantposte de son armée, ce fut bien là, la seule motivation pour ne pas le perdre. Cependant l’abandonner ici pouvait lui être fatal. La pluie nous surprit et je protégeais le visage d’Eothen du mieux que je pouvais. Des chevaux passèrent non loin de nous. Une longue procession jusqu’au lever du jour. De profonds sillages marquèrent la terre et un bourbier remplaçait la route forestière. Combien d’hommes avaient pu empruntés cette voie ? Assez pour mettre à mal ce con de paradis. Eothen venait de se lever et m’observer sans la moindre pudeur au fond de ses yeux. « J’ai attisé sa colère. Ce seigneur est susceptible et si prévisible. C’est bien avec moi qu’il veut négocier et je ne lui donnerai pas satisfaction. Je ne lui donnerai rien. Absolument rien ! —Vous avez fait cela dans le seul but de le priver de raison ? Dueril est… cruel et manipulateur ! ne le sous-estimez pas, vous risqueriez de le regretter Eothen et je….Meowyn croupit dans les geôles de la

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forteresse parce que vous….vous m’avez encouragez à vous suivre ! or vous saviez que….Dueil n’en resterait pas là ! Pourquoi ? Pourquoi vouloir me sacrifier de la sorte quand vous savez que je crains l’issu cette guerre plus que vous ! —Vous êtes d’une naïveté sans égale, frivole et des plus superficielles. A quoi bon tenter de vous raisonner ! Vous êtes versatile et l’art de la guerre vous est des plus inconnues. Je ne peux vous faire confiance, par conséquent notre collaboration cesse ici et maintenant. » Abasourdie, les mots vinrent à me manquer. « Je veux avec moi mes hommes, Iponèd et Brett ! —Ils ne sont pas tant à vous qu’à moi Aldren et vous aurez ce que vous demandez. Je vous dois bien ça pour cette nuit passée à me veiller. Mais ne vous attendez à rien de plus ! » Le camp était en effervescence, partout l’on s’agitait ; on s’affairait sans répit et force de constater la présence de Dueril, oriflammes reconnaissables par ces longues flammes d’orclaquant sous le vent ; on aurait dit un champ de langues dressé dans le seul but d’en venir avec les forces du mal. Iponèd fut soulagé de me retrouver et tandis qu’on m’habillait, il me fit un résumé de ces derniers jours. Partout l’on disait que Rowen frappait sans merci, réduisant les villages, les villes et les cités en cendres ; personne n’y échappait, excepté ceux qui lui portaient allégeance. Pour Iponèd, la situation restait des plus tendue. Il y avait d’un côté Duéril III qui cherchait à roi à suivre et de l’autre, un Eothen qui servait à asservir ses plus fidèles vassaux par la force ; il n’était pas question pour moi de rallier le mauvais camp surtout quand on me prenait de haut. Dans ma tunique d’argent aussi fluide et translucide que l’eau du ruisseau sacré de Polen, je me sentis renaître de mes cendres et Iponèd de me

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dévisager de la tête aux pieds. Mes longs cheveux glissaient docilement dans mon dos en une boucle soignée. Le reflet que me renvoyèrent les psychés fut convaincant et j’arrivais presque à m’en émouvoir. Le pan du rideau s’ouvrit sur Dueril. Mon cœur immédiatement cessa de battre et la peur me saisit. Iponèd vint se placer entre sa reine et ce seigneur. « J’ai appris que vous étiez de nouveau ici et de votre plein gré. Votre abnégation force le respect Aldren. La guerre fait rage à quelques pas d’ici et vous vous tenez en dehors de tout cela, si impériale… si jolie dans cette tenue diaphane comme les ailes de cet éphémère papillon…. —Que me voulez-vous ? Questionnai-je en tremblant. On aurait pu voir mon cœur battre furieusement, soulevant le tissu de ma tunique aussi translucide que les ailes d’un papillon. —Meowyn est ici. Il est avec moi. Il est mon capitaine, attaché à ma garde personne. J’ai besoin de généraux comme lui pour triompher de mes ennemis et sa loyauté envers son nouveau seigneur est sans égal maintenant qu’il est très riche et respecté de tous ici. Cependant je ne suis pas venu uniquement pour te parler de lui, reine Aldren. Avant demain soir, les armées de Rowen mettront à sac la forteresse du roi des Olmurils et emprisonnera sa famille. —Comment le savez-vous ? —J’ai vu cela se produire dans mes songes. Tout comme vous, je possède ce don de précognition. Ce don nous est cher Aldren et fait de nous, des êtres à part. » Il allait attraper ma main quand Iponèd le stoppa dans son élan. « N’oubliez pas à qui vous avez à faire ! Entrez sous la tente de la Reine sans y être invité est un crime de lèse-majesté et….

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—Où étais-tu mon garçon quand ta reine avait le plus besoin de toi ? Où te cachais-tu quand je veillais seul sur les intérêts de la Couronne ? Maintenant, éloignes toi de moi malheureux ou je te coupe les oreilles et la langue pour insolence ! —Je ne partirai que quand ma reine m’en aura donné l’ordre. Vous semblez oublier à qui vous vous adressez, mon Seigneur ? Je suis de haute lignée et je ne permettrais que vous souilliez mon nom de la sorte ! —iponèd ! Laisses-nous, s’il te plait ! » A contrecœur il partit. Meowyn occupait à présent tous mes pensées ; il avait autrefois servi mon époux puis Eothen et la mauvaise fortune ou le mauvais hasard l’avait placé devant Dueril. Pauvre reine. Acculée ici sans pouvoir décider de son propre sort. C’était tout aussi tragique que d’entendre dire que l’on ne pourrait jamais enfanter d’héritiers pour la couronne. Cette pensée me tira des larmes de tristesse. Dueril passa derrière moi et son souffle chaud caressa mes épaules dénudées. Dehors les guerriers se préparaient à un combat contre Rowen dont l’issu était tracé, si Dueril disait vrai, Rowen avec ma famille comme otage pourrait tourner la victoire à son insu. Les mains de Dueril se posèrent sur mes épaules et un franc sursaut m’ébranla ; plus encore quand ses mains remontèrent le long de mon cou. Il me faisait peur ; son regard à lui seul exprimait toute la rage de vaincre, celle d’asservir les plus faibles à sa cause et de priver de raison les plus combattifs. Le souffle vint à me manquer. L’étau se refermait inexorablement autour de mon corps. Une larme ruissela sur ma joue. Aucune reine n’avait aucune connue l’humiliation, la solitude et la peur; prisonnière d’un mariage de raison, d’un époux peu aimant et d’un destin tout aussi vide de sens. Et Dueril s’éloigna de

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moi avec cette grâce qui lui était propre pour mieux me contempler à la lueur des bougies. « Eothen s’est de nouveau joué de vous. Il n’a jamais eu l’intention de vous sauver de votre longue décrépitude. Cette situation semble lui convenir, lui qui se dit prêt à tuer père et mère pour consolider ses richesses, son pouvoir et ce n’est certes pas une Olmuril qui y changera quoique se soit. Il va épouser cette guerrière à la beauté éclatante et une grande reine verra prochainement le jour et c’est devant elle qu’il nous faudra nous prosterner. » Il était venu là pour me torturer. Ecroulée sur le siège aux pieds de félins, grande fut ma souffrance. Ce dernier souleva mon menton. Il ne me restait plus rien, pas même Meowyn, devenu vassal de Dueril ; il ne me resterait qu’un vague souvenir de cet homme qui autrefois m’avait conduite près de son roi. « Pauvre reine, déclara Dueril caressant tendrement ma joue, tous vous a abandonnée. Cependant, je peux encore maintenir un semblant de dignité dans votre âme si tourmentée. Je peux vous offrir de l’espoir et vous ne serez pas en mesure de le refuser. Me refuserez-vous madame ? Et je ne crois pas ; vous n’avez malheureusement plus le choix. En dehors de vos considérations personnelles, il s’agit avant tout d’une affaire diplomatiques afin d’améliorer les rapports que votre peuple entretient avec notre actuel roi aussi ambitieux soit-il ! Je pars pour la guerre Madame et à mon retour je vous féliciterez de votre choix que je sais, éclairé et on ne peut pus inspiré par les événements actuels. ». Les hommes partirent se battre pour revenir quatre jours après, mourant et exsangues. Pendant trois jours notre condition fut la même ; nous autres, courtisanes, princesses, reinerégente et domestiques étions là à soigner les blessés arrivant toujours plus nombreux entre

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nos mains. Après une semaine passée parmi les soldats, la fatigue nerveuse se fit ressentir pour chacun de nous. Mes mains souillées par le sang refusaient de recouvrer leur blancheur ; pour l’heure mes belles tenues furent remisées au profit de matière plus grossière et imperméable aux tâches de sang. Du lever au coucher du soleil, il me fallait veiller sur ses hommes qui jamais plus ne reverrai leur patrie. Ces blessés n’étaient pas si différents de moi à l’exception près qu’ils étaient libérés de leur devoir. Et à défaut de prières je chantais ; ces douces mélopées seraient cette dernière voix qu’ils entendront avant leur trépas. Chanter pour me donner du courage, chanter quand plus rien ne me retenait sur terre, chanter mon malheur et mon infortune. Combien de morts avais-je ainsi rassurée ? Mon cœur était vide et en équilibre au-dessus du précipice, ma vie ne tenait plus qu’à un souffle incertain. Aldren. Nous ne t’abandonnerons pas….crois-en toi et vis ! Pour nous tous, vis ! Un vent froid pénétra ma chair, mes os, mon sang. Quelque part, plus au nord, le monde tel que je l’avais connu n’existait plus. Et cette confirmation me fut donnée quand me parvint l’annonce tant redoutée et Eothen, en personne vint me trouver, le regard lointain et contrarié. « Votre père est mort ! Votre famille n’est plus ! L’heure est au chagrin Aldren, pleurez-les tous ! Toutes nos pensées et nos prières se tournent vers eux. » Terrassée par le chagrin mes jambes me portèrent néanmoins jusqu’à l’extrémité du camp où mon estomac se vida entièrement. Aucune larme pourtant ne se mit à couler et à quatre pattes, je tentais de recouvrer la raison. Tout s’écroulait une fois de plus sous mes pas. UN monde s’écoulait inexorablement ; de vieux souvenirs à jamais disparaitraient et ce funeste monde n’inaugurait rien de bon : depuis toujours on avait craint mon peuple et ses

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mages, ses ambassadeurs et ses princes : on avait craint leur pouvoir et leur sagesse et dernier rempart dressé contre le roi Eothen il n’en restait plus rien. Mon père toute sa vie avait su se montrer juste et loyal —on ne pouvait le juger pour ses idées que l’on savait pour le moins pacifiques, il avait été un bon monarque et un ami de mon défunt époux—, il ne représentait en rien une menace sur le plan humain. Ma famille dispersée aux quatre vents, probablement exécutées par ces monstres assoiffés de sang, en quête de grandes victoires ; cette famille tant aimée n’existait plus que dans mes lointains souvenirs. Iponèd s’accroupit près de moi et posa une main rassurante sur mon bras secoué de spasmes. De toute mon escorte, il ne me restait plus que lui ; les autres s’en étaient retournés près de leur roi et lui aussi finirait par s’en aller ; on lui promettait une existence bien meilleure loin de sa reine déchue, sans plus aucune couronne à porter ; il succomberait comme tous avant lui et vaines étaient les promesses déclarer dans un temps de paix où la loyauté envers le trône n’est pas ébranlé. A aucun moment l’on me prit pour une reine, tout au plus une captive, la rançon d’un roi fort de son succès et la prison dorée de Béréthor me laissa un gout amer de désespoir et de solitude. Et Iponèd me fixa de ses grands yeux gris, Ô combien absents et calomniateurs. « Sa majesté Idreg désire vous parler ! » Lança un garde qui sans le moindre ménagement me conduisit près de la future reine. Dans sa tente régnait une curieuse atmosphère de réjouissance ; elle riait, se félicitant des victoires de son fiancé et majestueuse avançait parmi ses gens parmi les généraux d’Eothen. Meowyn se trouvait être là, assis dans un siège, arborant la tenue des conquérants et vassaux de Dueril : robe cramoisie aux pourtours dorés ; ses longs

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cheveux descendaient en cascade sur ses larges épaules ; il buvait à la santé d’Eothén sans se préoccuper de ses récentes collaborations avec ce profiteur, opportuniste seigneur de guerre, assez riche pour financer une partie de cette guerre. Il avait obtenu la sympathie d’Idreg, rayonnante beauté siégeant là sans se préoccupée outre mesure de tous ces blessés agonissant à l’orée du camp et dans les hurlements de douleur vous lancinaient jours et nuit. Feignant de m’ignorer la belle dame riait, portant la coupe de vin à ses lèvres et elle jubilait n’ayant plus rien à craindre de ma personne, me sachant nue car dépossédée de tout pouvoir et toute fortune. « Nous buvons pour les vôtres Aldren ! Lança cette dernière voyant qu’on s’écartait peu à peu de moi avec dédain. On rapporte que votre père aurait refusé de porter allégeance à Eothen au profit de son frère que l’on sait être un félon ! Etant donné votre position actuelle, vous n’êtes malheureusement plus la bienvenue en ce camp et d’un commun accord avec sa Majesté Eothen vous êtes appelée à nous quitter sur-le-champ. Cependant je respecte la décision de notre roi qui exige que votre monture et vos effets personnels vous soient restitués ! Nous espérons aldren que vous avez su toutefois trouver le réconfort près de nous en ces temps de troubles ! » Alors on me chassait ! Comme une malpropre qui plus est ! De nouveau on m’humiliait et ce, publiquement en me révoquant sans compassion aucune pour toutes ces pertes. Idreg jubilait dans cette robe scintillant de mille feux, pareille à des milliers de soleil et moi, en haillons, la tête baissée me prosternais humblement devant celle qui bientôt sera notre souveraine à tous. Le bruit causé par tous ces courtisans emplit mes oreilles, alla jusqu’à complètement m’engloutir ; déjà l’on se remettait à rire, à

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boire et la douce musique de cette partie du monde emplit les oreilles de tout à chacun de parfaits accords accomplis sur des instruments à corde et ià vent. Les gardes me conduisirent à l’extérieur, sans me lâcher des yeux ; le mépris affiché sur leur face d’exécuteurs légaux et d’autres me bloquèrent l’accès à ma tente comme pour mieux m’assurer que je ne m’y installerais pas pour la nuit. « Le roi désire vous parler madame ! » En proie à de violents frissons je parvins à desserrer les lèvres : « Dites-lui que je suis souffrante. Il comprendra. —Il risquera de mal le prendre. » Meowyn se tenait derrière moi, faisant signe aux gardes de s’en aller puis il inclina respectueusement la tête dans ma direction, l’œil brillant et les sourcils froncés. « Je suis profondément navré pour vous, Majesté ! Non ! Ne partez pas s’il vous plait ! S’il vous plait….Vous avez vécu des moments difficiles et de plus ardus vous attendent encore. Et plus que jamais vous…. —Je ne suis plus rien. Je n’ai plus de titre, de famille, plus rien à me mettre sur le dos et vous voulez me faire croire que je suis encore capable de vous être utile ! Je ne suis personne et par pitié, cessez de m’appeler Majesté ! —Certes, mais il reste vous ! La petite fille que je suis allée chercher il y a des années de cela pour assoir la grandeur de mon roi par delà les frontières et peu nous importe les titres, les distinctions et la couronne quand vous êtes là à croire en un idéal. Aldren, vous n’avez jamais cessé de croire en cela alors ne renoncez pas maintenant ! —J’admire votre optimiste Meowyn mais je suis lasse de tout cela et vous ne vous êtes pas dit que je pouvais aspirer à autre chose ? Maintenant….Adieu, je n’ai plus rien à vous dire.

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—Vous n’avez peut-être plus de fortune mais vous m’avez, moi ! J’ai aujourd’hui un titre et des terres. J’ai de l’argent ! Plus qu’il n’en vaut pour entretenir une demeure et armer des hommes pour la défendre. Nous pourrions si toutefois vous l’acceptez, vivre ensemble et nous complaire dans l’optimisme. » Les larmes me montèrent aux yeux. Il me faisait sa demande au clair de lune ; il m’offrait une vie plus belle encore que dans mes rêves et de nouveaux frissons secouèrent mes membres. « J’ai beaucoup d’affection pour vous et… ce n’est que près de vous que je me sens bien. Sachez que les choix que j’ai pris n’ont été fomentés que dans le seul but de vous sauver quand vous vous savez acculée dans cette impasse. Mon devoir est celui d’être près de vous alors si vous l’acceptez, nous pourrions faire ce voyage ensemble. » Il me serra dans ses bras ; cette étreinte fut la plus merveilleuse qu’il ait été possible d’imaginer tant pas son intensité que par son côté importun. A l’intérieur de ma tente, il me fut impossible de recouvrir la raison : Meowyn venait de m’offrir sa main….il me serait impossible de refuser. Je l’aimais et ses sentiments envers ma personne n’avaient pas changés. Alors oui, j’allais accepter ! Ce mariage serait une bénédiction dans pareil contexte politique et on le verrait comme un mariage d’amour. Assise dans mon cathèdre, la joie estompa peu à peu mon chagrin et réconfortée par les belles paroles de mon aimé, je pleurais toutes les larmes de mon corps quand rentra Eothen sans fanfares ni courtisans ; il fureta en tous sens et en me voyant dissimulée dans ce coin d’abri il marcha vers moi, les lèvres serrées et portant à son bras les armes de ma famille en signe de reconnaissance. « On m’a dit que vous étiez souffrante et je conçois que vous le soyez en ce soir si

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malheureux pour nous tous. Nous sommes tous éprouvés et…. » Profondément j’inspirai, triturant de mes doigts cerclés de terre et de sang séché sur le ridicule tissu me servant de mouchoir ; il me mentait. Eothen, une fois de plus me prenait pour une femme dont on peut éperdument se moquer sans crainte le courroux de cette dernière. Cette nuit-là, propice à la prière fut des plus calmes ; aucun ne vint poser des bougies sur l’autel improvisé disposé devant ma tente, aucun ne voulait s’ennuyer de mon chagrin quand Igrid faisait couler le vin à flot à quelques mètres de là. Eothen contre toute attente pris un siège qu’il installa face à la mienne et resta un moment silencieux, cherchant probablement comment triompher de moi. « ….et en de telles circonstances je devrais ordonnés que tous respectent votre tradition voulant honorer vos ancêtres. Cependant je ne peux empêcher mes hommes de savourer leur triomphe. Cette nuit est également la leur. Vous le comprenez n’est-ce pas ? Comment vous sentez-vous ? » C’était là sa façon unique d’enfoncer le clou, d’appuyer là où cela faisait mal. Il s’approcha davantage jusqu’à me toucher les genoux de ses avant-bras ; il me prenait maintenant en pitié trouvant certainement plaisant le fait que je ne puisse défendre mes actions par mon inexpérience et ce désir presque insane de vouloir retrouver les miens pour mener une existence bien moins compliquée que celle dont on m’avait destinée par un accord matrimonial et caduque en ce jour. « Vous ne m’avez jamais aimé Aldren. D’aussi loin que remontrent mes souvenirs vous ne m’avez jamais aimé et en cette nuit de chagrin et de peur, il ne pourrait en être autrement. Vous avez veillé mon père sur son lit

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de mort et je n’ai jamais eu l’occasion de vous dire qu’il se faisait du souci pour vous. Il voulait votre bonheur, nous avons toujours essayé de vous satisfaire en faisant de notre mieux et avouons-le tout à fait entre nous, vous avez été une source de préoccupation majeure. —Cessez donc de me tourmenter avec cela ! Je sais très bien ce que vous pensez de moi et une fois de plus vous essayer de….peu importe ! Demain je ne serais plus un problème pour vous, vos ordres sont vos ordres et je ne suis pas là pour les discuter ! —De quoi parlez-vous ? Aldren, vous êtes mon invité… —Votre invitée ? Votre invitée ! » Et je partis dans un fou rire, un franc rire et lui me fixait avec intensité, se demandant la raison de ces éclats de rire ; sa respiration s’accéléra et il se leva à son tour pour me toiser de sa haute taille. Peut-être me frapperait-il depuis le temps qu’il rêvait de pouvoir le faire sans témoin ? De ses robustes mains il broierait ma tête pour me laisser morte à cet endroit. « Je ne suis pas votre invitée ! Je ne suis qu’un hôte indésirable dont il faille se méfier et bien vite s’en débarrasser alors ne m’épargnez pas ! Je pars demain, c’est bien là le délai que vous m’avez donné n’est-ce pas ? —Ce n’est pas tout à fait exact. Ici vous êtes sous ma protection et aucun mal ne vous sera fait tant que vous êtes près de moi. Ceux qui ont lâchement tué votre famille viendront certainement pour vous tuer et moi vivant cela ne se produira pas. Je ne peux pas croire que vous ayez été assez stupide pour penser que je chercherais à vous jeter délibérément à ces apatrides. Vous resterez ici Aldren et je veillerais personnellement sur vous. —Votre fiancée ne partage pas votre avis et comme tous, elle souhaite me voir partir au plus vite !

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—Idreg n’est pas encore reine et par conséquent sa parole ne compte pas ! Aldren….ne laissez personne prendre le dessus sur vous ; Idreg n’a pas votre classe, votre prestance ! Et même si demain elle essayait de vous égaler elle n’arriverait pas à me convaincre ! N’oubliez jamais que vous êtes reine et que vous l’étiez bien avant elle ! Idreg n’a pas son mot à dire sur les décisions que je prends ; elle ne doit jamais oublier que quiconque s’en prend à vous, s’en prend à moi ! Me suis-je bien fait comprendre ? » Il ne pouvait être plus clair ; déjà mes jambes se dérobèrent sous mon poids et assise dans mon siège, mes pensées m’assaillirent. Et si tout depuis le début n’était qu’illusion ? Avais-je manqué à ce point de discernement ? La tête penchée et le regard fixant mes mains tremblotantes, mon esprit fut tourmenté par la présence d’Eothen à mes côtés. A présent tout s’éclairait : il m’aimait assez fort pour risquer son trône, voir son frère tenter un coup d’état et il avait mis sa vie en danger pour me protéger ; il disait vouloir mon bonheur et mon indulgence à son égard ne l’avait pas dérouté pour autant ; il me savait éprise de Méowyn et en homme bon il s’était résigné à me laisser explorer le sentiment amoureux. « Méowyn m’a demandé de l’épouser et je vais accepter. Sa proposition est honnête et dans ma situation je ne peux refuser. —Pourtant c’est bien ce que vous ferez : refuser sa proposition. (Il se tut me laissant accuser le coup) Vous êtes sa reine et une telle mésalliance ne peut se concevoir. C’est bien autrement que j’imagine votre avenir ; il est un héritage afin d’honorer les dernières volontés de mon père, argua ce dernier avançant son siège plus près de moi. Loin de moi l’idée de contrecarrer vos plans mais n’ayez pas peur d’avoir de l’ambition. Il est temps pour vous de

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vous imposer en tant que dernière héritière du trône des Olmurils. Le comprenez-vous ? » Son souffle chaud heurta mon visage ; il était si près de moi que certains détails de son visage me sautaient aux yeux : quelques rides d’expression, des poils gris piquant sa barge, ses lèvres fines tordues dans un rictus complaisant, un rien cynique. Mon regard alla se perdre au loin vers les candélabres aux branches représentant des lierres. On accordait un soin particulier au mobilier aux lignes finement sculptées et provenant de quelques riches demeures palladiennes. La chaleur recouvrit mon corps et mon âme ; ceux de ce roi assis non loin de moi partageant ponctuellement mon deuil ; de ce corps musclé se dégageait une réelle chaleur et si la soirée se voulait être parfaite, il est possible qu’Eothen crevait de chaud sous ses beaux atours. « Parlez-moi un peu de vos attentes en matière de politique ! Désirez-vous siéger au Conseil comme membre éminent ? Je compte comme vous le savez réformer certains organes de mon gouvernement actuel et vos compétences seront hautement appréciées. Vous aurez vos propres conseillers parmi les hauts fonctionnaires de cet Etat et vos prérogatives ne se limiteront pas uniquement à me rapporter certains faits. Le pouvoir législatif et exécutif sera entre vos mains. J’ai toujours su que vous aviez du potentiel et pour s’en convaincre il suffit de vous voir auprès des blessés et mourants de mon armée. Il ne pourrait en être autrement d’une reine dont en honore encore la mémoire. » Ma langue allait se délier ; il fit alors glisser un collier d’une beauté incomparable sur ses cuisses. On aurait dit des larmes aux reflets mordorés ; le cadeau destiné à une reine et mon cœur s’emballa à la vue de ces gemmes montés en une parure compliquée et si étincelante.

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« Pourquoi un tel présent, majesté ? Je ne mérite pas pareille splendeur et vous me mettez dans l’embarras, chuchotai-je sans oser le regarder. —Il n’y a rien de plus beau pour une reine, se défendit-il passant l’attache du collier à mon cou et cette parure tomba sur mes seins fermes et rebondis dans l’auréole se dessinait sous le vaporeux tissus vert d’eau identique aux rayons caressant la surface de la mer irisée. Mes doigts caressèrent les gemmes avec délicatesse et alors je fus prise de sanglots. Eothen se jeta à mes pieds pour me serrer tout contre lui et caresser ma tête. « N’ayez pas peur de moi. Le temps de la crainte est révolu. Nous sommes désormais seuls face à cette multitude et pleurez si cela peut vous soulager mais demain il vous faudra avancer la tête haute pour venger les vôtres. Et ainsi vous parviendrez à triompher. » Dans la nuit un cauchemar me réveilla : le corps sans vie de Méowyn, peut-être était-il seulement évanoui….a côté de lui, Duéril souriait : ne t’avais-je pas dit de te méfier d’Eothen ? Il a beau être ton rôle, il n’en reste pas moins un homme amoureux. Des frissons parcoururent ma peau ; puis se fut les têtes décapitées de mon père et ceux sans vie des courtisans. Horreur vision que cette dernière. N’aies pas peur, entendis-je murmurer, Chut ! Rendors-toi ! Et mes yeux s’ouvrirent pour découvrir Eothen allongé tout près de moi. Sa robuste main caressa ma joue si délicatement que j’en éprouvais du réconfort. Ses lèvres se posèrent sur mon front. Il fut vain de le retenir car déjà il me serrait dans ses bras. Son cœur battait à vivre allure, pas autant que le mien et sa bouche embrassa mes paupières gorgées de larmes. Aussitôt mon cœur fut gonflé d’allégresse et en proie à un étrange vertige, je le laissais m’apaiser par ses caresses.

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Après mon réveil, Iponèd vint m’annoncer le départ du roi pour signer une trêve avec son frère et déjà une partie du camp partait pour cette reddition. La paix était sur toutes les lèvres. Rowen n’était pas aussi entêté qu’on l’aurait pensé. Ce fut un réel soulagement et Iponèd sous mes ordres se chargea de préparer mes bagages. « Ainsi vous nous quittez Aldren ! Lança Dueril tout en me talonnant, les bras à l’intérieur de ses longues manches. Il me toisait de sa haute taille et son regard d’un bleu translucide fut chargé de mépris ; tous les espoirs qu’il avait fondé en moi s’étaient anéanti à l’instant où je me tenais là dans ma robe grise au décolleté des plus plongeants. Il tourna autour de moi sans cesser de sourire et poursuivit : Vous partez quand tous les yeux sont braqués vers vous ! On dit que le roi a passé la nuit en votre compagnie et qu’il n’a pas daigné en toucher un mot à sa fiancée. Tout cela est fort encourageant quand on sait les efforts qu’il déploie pour vous plaire ! On parle maintenant d’un somptueux collier de gemmes pour vous encourager à accepter toutes ses revendications. —Je me refuse d’écouter davantage ! —Et où irez-vous madame ? Si votre beau-fils Rowen brandit le drapeau blanc s’est uniquement dans le but de vous revoir. Il vous sait prisonnière de son frère et cette pensée lui est insupportable. Ainsi vous l’ignoriez ? Pourtant il a toujours été votre préféré, celui qui accourait ventre à terre sitôt que vous vous mettiez à larmoyer dans votre coin ! Tout ce combat aura été vain si vous acceptiez d’être toute à lui. Eothen ne vous épousera pas. il n’est pas dans ses desseins de s’abaisser à épouser la femme de son défunt père ; il y aurait quelque chose de presque tragique, une sorte de complot visant à éliminer le père pour épouser sa femme et ainsi se risquer à un amour interdit. Où irez-

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vous Aldren ? Mes hommes quelque soit votre destination pourront vous être profitables et…. (Il se pencha à mon oreille) Il s’avère que je n’ai plus rien à faire ici au milieu de tous ces seigneurs qui bientôt se partageront le festin du roi. Ordonnez et leurs épées seront à votre service ! »

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CHAPITRE La cité Aronm, dit-on, n’était plus. Là aussi on s’était entretué et les rares divers témoignages rapportèrent que le roi et sa famille s’était terré dans leur forteresse jusqu’à ce qu’un prince n’ouvre les portes aux armes sanglantes des ennemis. Il me fut difficile d’en entendre davantage ; partout les regards convergèrent dans ma direction comme pour souligner l’absurdité de la chose : leur reine se trouvait être dans ce camp à attendre la suite des évènements et en tant que dernière représentante du trône Olmuril il était impératif de ne pas rester ici, à me tourmenter de la sorte. Et deux jours nous suffire pour atteindre le sanctuaire de Baelish or Lorn. La grandeur de ce royaume fut représentée par tous les oriflammes des diverses familles flottaient au vent, bannières et armées ici rassemblées ; une centaine de de barons escortaient le prince Rowen dont on distinguait les couleurs au loin. On ne me posa aucune question et les gardes affectés à l’étroite surveillance du prince me firent descendre de cheval pour me fouiller. Derrière Méowyn s’agitait disant ne vouloir voir Rowen que par ordre de la Reine Aldren. Aussitôt le rideau de la tente s’ouvrit et Rowen apparut plus beau encore que dans mes souvenirs. « Laissez rentrer votre Reine ! Elle est ici la bienvenue ! » Et une fois les rideaux refermés derrière moi, mon cœur menaçait d’imploser dans ma poitrine ; « S’agit-il de notre reine Aldren ? Vous avez bien changé et l’enfant que j’ai connu autrefois n’est plus. Vous avez pour vous l’éclat d’un diamant et l’arrogance des vôtres, Majesté ! » Lentement je défis le nœud de ma cape doré pour la laisser tomber à mes pieds. Un domestique sortit de nulle part s’empressa de la

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ramasser ; Rowen m’étudiait avec minutie, le regard brillant et la bouche entrouverte. « Ainsi notre reine nous est revenue ! Je vous aurais imaginé être seule dans votre coin éperdu de douleur et assoiffée de vengeance, mais en ce jour de reddition vous nous apparaissez plus victorieuse que par le passé. Vos seigneurs se réjouiront de votre retour et nous célébrerons cela comme il se doit. Après tout n’est-ce pas l’endroit approprié pour pareilles réjouissances ? —Je ne suis pas venue pour cela Rowen. Je suis seulement ici pour dissiper le malentendu qui vous divise. Je n’ai pas pu éviter cette ridicule surelle entre deux frères car vous avez attaqué avant d’avoir entendu votre frère se défendre de m’avoir enlevée. En rien je ne fus sa captive Et Eothen a pour moi plus de respect et d’affection qu’il en aurait pour l’un de ses plus loyal guerrier. Je me défends d’avoir aspiré à autre chose de plus spirituel quand pendant des années j’ai été privé des miens. —Aldren, vous n’auriez pas laissé votre peuple souffrir de votre abandon si l’on ne vous avait pas poussé à commettre l’irréparable ! Le lendemain du décès du roi et votre époux vous avez alors choisi l’exil ? Le conseil n’aurait pas accepté si Eothen n’avait pas voulu outrepasser ses droits ! —Il convient à ce jour de signer un traité de paix et non pas faire voler des flèches sur des malheureux civils et sujets de la royauté. Je ne pourrais l’admettre. —Mais il s’est autoproclamé roi ! Balança Rowen assit sur sa cathèdre, sans me lâcher des yeux. N’est-ce pas condamnable ? —Mais vous l’auriez fait si l’on vous avait donné crédit. Vous vous êtes contenté de mettre la main sur la cité de votre père en retournant les seigneurs les uns contre les autres ! Vous avez cruellement jugé opportun de ratifier des

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cités libres en leur privant de leurs droits fondamentaux et maintenant vous me parlez de justice Rowen ? J’ai vu la mort frapper les hommes, les femmes et….les enfants. Jamais je n’ai pensé devoir tenir une épée et j’ai connu la solitude la plus extrême quand il ne me restait plus rien pour me vêtir pas même ma dignité. —Certaines choses sont nécessaires pour rétablir l’ordre dans un royaume qui menaçait de s’effondrer de toute part ! La régence de notre trône était votre prérogative et il s’est malheureusement écoulé assez de mois pour vous révoquer si le Conseil n’avait décidé d’ajourner votre liberté de gérance ! —Oh pitié ! Eothen aurait renoncé à ce trône de bon droit si vous aviez su vous montrer patient. Il n’a jamais désiré régner et vous l’avez forcé à prendre les armes quand manifestement il n’en éprouvait pas le désir. —Non. Il a toujours aimé cela : se battre. C’est inscrit en lui et vous ne pouvez lui donner raison maintenant qu’il règne dans votre cœur comme un tyran. Il aime l’idée de puissance et il s’apprête à épouser cette arrogante princesse sous nos yeux pour mieux sceller son destin à nos faces de vaincus ! Il n’est que vanité et ce mariage avec la fille du roi Amnès n’inaugure rien de bon. Mais ce n’est pas à vous que je dois révéler cela, vous qui vous targuez de revenir de loin. Peut-être vaudrait-il mieux pour vous d’aller trouver refuge près du seigneur Dueril ! —Ainsi vous aussi vous me méprisez. Il ne vous aura fallu que peu de temps pour oublier qu’il y a quelques mois de cela j’aurais pu vous faire exécuter pour félonie face à de tels agissements. J’ai toujours appris à me méfier des hommes comme vous et votre attitude justifie mon embarras à votre égard. » Il se leva d’un bond et je l’imitais. Il me dévisagea de la tête aux pieds avant de laisser

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poindre un sourire à la commissure de ses lèvres. « Je salue votre courage Majesté mais vous arrivez trop tard afin de plaider en faveur d’Eothen. Pour moi il restera un félon et l’ennemi de votre liberté ! Quelque soit l'ultime décision que vous prendrez, sachez que se tient ici prête à venger les vôtres ! » Iponèd m’attendait à l’extérieur et en me voyant arriver compris que Rowen avait refusé de m’entendre ; son ainé resterait toujours une menace à ses yeux et même si ce dernier le laissait en vie, il comploterait, fomenterait des tentatives d’assassinats et… Rowen de nouveau sortit et à la lumière de ce dardant soleil son armure brillait de mille feux tout comme ses cheveux blonds cuivrés. Son regard embrasait nous autres, piètre diplomates venus dans l’espoir de rétablir la vérité. Sa haute silhouette recouvrit mon ombre et quand il se rapprocha de moi, il me semblait discerner de l’attirance au fond de ses yeux ; à moins qu’il ne m’ait pris en pitié comme tous avant lui. Il s’inclina avec respect. « Majesté, si toutefois vous acceptez de me faire confiance, nous pourrions, le temps de la noce royale nous entendre sur des sujets relatifs à la bienséance. Par conséquent il ne sera pas digne de vous laisser seule passer la couronne à votre beau-fils. Vous seriez mon obligé. » Le bruit courut : La reine est ici ! Adren ? Oui, elle est ici ! Et cette annonce tomba dans les oreilles d’Eothen qui chargea ses gardes de nous trouver. On me fit entrer dans sa tente et l’attente fut longue. « Vous n’aviez pas à faire ça Aldren ! » Prestement je me levais pour découvrir un homme aux magnifiques yeux bleus-verts me sonder ; Il s’agissait d’Eothen à la barbe taillée et cheveux coupés sur sa nuque, ce nouvel Eothen était majestueux, impérial et hypnotique. Ses vêtements sales et puants

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n’étaient plus, il arborait un costume de cuir finement brodés soulignant ses formes aussi fidèlement qu’un tissu de soie et le parfum dont il était recouvert m’enivra. « J’espère que je ne vous choque pas ainsi vêtu ? C’est aux goûts d’Idreg et après la reddition de mon frère je serais un homme marié. » Ma gorge se noua et aussitôt mes yeux se baissèrent. Son sourire m’encouragea à une expression de joie non feinte mais au fond de moi je souffrais le martyr. « Ce sera un grand jour à marquer d’une pierre blanche et… je suis heureuse pour vous car enfin vous voilà être récompensé. —Vous souriez ? Questionna-t-il les sourcils froncés. C’est la première fois que e vous vois sourire. J’ignorai que vous puissiez éprouver un quelconque sentiment de bonheur en ce monde. —Oui je me devais d’être ici pour votre mariage. Vous êtes légalement mon beau-fils et ma présence est on ne peut plus légitime en ce jour de noces. —C’est gentil de votre part. Je n’aurais pas osé vous le demander en sachant la peine qui vous afflige. Et puis j’ai pensé que vous jugeriez mon invitation semblable à une énième provocation de ma part Ainsi je suis heureux de constater que vous ne portez aucune greffe contre moi. —Majesté….je suis sensible aux marques d’affection dont vous avez pu me témoigner ces derniers jours et je vouais vous en remercier. —Mais vous êtes ma reine Aldren. La meilleure souveraine qu’il ait été donné de voir. Comment pourrai-je l’ignorer ? Nous n’avons fait que vous protéger autant qu’il nous ait été possible de le faire. Ces terres sont les vôtres, ce royaume est à vous ! —Je ne reviendrais pas à Béréthor. —Et pour quelles raisons ? »

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Le sourire s’effaça de ses lèvres ; il me suivit à travers la pièce, son lourd pas dans les miens plus légers, frôlant à peine les lourds tapis damassés. Il devait pourtant savoir que cela serait la fin pour nous deux, la fin d’une histoire à peine commencée. Ma conversation avec Rowen confirma mes craintes : celles de voir de nouveau le trône renversé ou du moins dérangé par les princes. Il n’y avait pas d’avenir pour une Olmuril là-bas. Les robustes mains d’Eothen se posèrent sur mes épaules et son souffle chaud embrasa ma nuque dégagée sur laquelle pendaient des filins de cristaux. « Vous siègerez à mon Conseil Aldren. Jamais une reine n’aura eu autant de poids que vous et vous disposerez de votre droit de véto dans les décisions importante du royaume. Vous et Meowyn vivraient près de moi. Il doit savoir qu’il ne sera plus banni et qu’il sera un respectable seigneur dont la sagesse fut hautement appréciée dans ces périodes de troubles ! Aldren, regardez-moi ! Regardezmoi… croyez-vous que je sois perfide et déloyal à ce point ? Croyez-vous que je renoncerais à vous pour une petite princesse qui jusqu’à maintenant n’a pas trouvé à m’émouvoir comme vous avez su le faire depuis votre premier jour et… la vérité est que je ne suis pas préparé à tout cela. J’ai gouverné les armées de mon père, certes mais pas son royaume ! Le Conseil ne me verra que comme un usurpateur et mes frères me feront ravaler mon audace à chaque occasion. Je ne pourrais régner sans vous à mes côtés, murmura ce dernier. Vos conseils me seront des plus précieux. —Méowyn est ici, il m’attend dehors. —Pourquoi êtes-vous ici Aldren si ce n’est pour m’assister dans ce périlleux exercice qu’est cette reddition ? Pourquoi n’êtes-vous pas directement venue ici quand pendant deux jours j’ai espéré vous revoir ? Pourquoi ? Est-ce pour

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Rowen que vous êtes ici ? Vous savez pourtant que je me montrerai magnanime à son égard. Il ne sera pas condamné à mort comme le veut l’usage puisqu’il est mon frère mais il sera exilé, lui et tous les bâtards qu’il mettra au monde ! —Votre frère continue de vous voir comme un conspirateur et il ne renoncera pas avant de vous avoir destitué de vos fonctions et….il refusera tout compromis tant qu’il vous sait être sur le trône de votre père ! Il a peut-être perdu cette bataille mais il n’en restera pas là ! —Vous aurait-il mis au courant de ses plans ? Garde ! —Eothen, non ! » Aussitôt ils rentrèrent et avant que la sentence ne tombe, les trompettes se mirent à sonner au loin. Un cavalier arriva au galop tenant à la main les armoiries de mon père le roi Cleistophen. Derrière lui suivaient une vingtaine de cavaliers tous en tenue de guerre. « Nous venons servir la reine Aldren, fille du roi Cleistophen et d’Ictara de la haute Province des terres Unies ! C’est en son nom que nous nous battrons ! Où est notre reine que vous tenez depuis trop longtemps captive ? —Et qui la demande ? Questionna Méowyn en retenant le cheval par la bride. Descends de ton cheval et prosternes-toi devant celle que tu prétends servir ! —Je ne recevrais pas mes ordres d’un chevalier au service du seigneur Dueril III car aussi longtemps que je vivrais je me dresserais entre cet homme et le trône de notre défunt roi ! » Un frisson parcourut mon dos au moment où cet homme se jeta à mes pieds tout d’or vêtu. Ces chevaliers refusaient de briser le serment fait à un roi, leur roi et en masse, ils venaient se prosterner aux pieds de leur souveraine. Ils avaient eu vent de ce qui s’était passé à la forteresse d’Asmat ; la trahison de Duéril était sans équivoque. On le savait ambitieux et prêt à

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tout pout pour assoir son autorité dans cette partie du monde. Eothen ne pouvait ignorer sa belliqueuse nature ; mieux valait par conséquent l’avoir près de soi. L’un des guerriers, celui qui avait parlé baisa ma main et la prit pour la poser sur son crâne rasé. Ce pouvoir arrivait à point nommé ; les miens enterrés, une armée attendait là leur héritage. Dans ma tunique jeune échancrée sur le devant, je progressais timidement entre les cohortes de guerriers arborant fièrement les armoiries de ma famille. Plus de mille hommes se tenaient là et leur capitaine, le seigneur Argosn m’escorta au milieu de la garde personnelle de mon défunt père. Cette revue en détail m’impressionna comme un feu embrassant une forêt et marchant là, il me semblait entrevoir le futur, mon avenir. Si la mort de mon roi Aldric IV m’avait affecté, je ne pouvais en dire autant des miens que je n’avais guère connus, il ne s’agissait que de noms et de pâles visages dissimulés ou effacés dans ma mémoire et en ce jour, il me fut impensable de les voir comme des entités réelles mais bien comme des esprits qui dictaient mes pas. « Vous avez à présent une armée, murmura Meowyn en me suivant dans la grande tente mise à ma disposition par Argosn et ses sbires. Et vous avez entendu comme moi : plus de dix mille hommes attendent vos ordres au sanctuaire de Baelish Or Lorn et plus encore disposés sur la frontière. Que ferez-vous avec autant d’hommes, Majesté ? —Je n’y ai pas encore réfléchi. A vrai dire tout ceci est irréel. Il y a peu de temps encore je n’avais rien et me voilà me doter d’une fortune considérable et je ne peux réaliser ce dont on me demande. Argosn, vous a-t-il fait bonne impression ? —C’est un homme d’une grande sagesse. Il ne parle que pour exprimer des vérités et lui

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comme tous les autres vous exhortent à vous tenir à distance des Ascaris. Cependant, je me dis que vous auriez tout à gagner en vous rangeant du côté du roi. » L’émoi colora mes joues. Il voyait juste, l’intérêt pour Eothen grandissait telle la marrée montante et grandissante, léchant les plages du rivage. Assise sur mon cathèdre, je me perdis dans mes pensées. Autour de nous s’affairaient des domestiques ; certaines apportaient des draps pour les moins somptueux, d’autres des bijoux de grande valeur ; tout cela provenait du trésor de la cité d’Aronm ; sans parler de la richesse du mobilier ici réuni, des tentures d’or et de cramoisi, tout cela contribuait à apporter plus d’éclat à un titre terni par la présence du roi d’Eothen en ces lieux. D’un bond je me levai, imité par Meowyn. « Il m’encourage à siéger dans son Conseil. C’est un grand privilège pour qui a longtemps considérée comme une pièce importée, une sorte de monnaie d’échange entre deux puissances et il serait impensable de refuser. » Le rictus apparut à la commissure des lèvres de Méowyn et son regard se fit plus dur. « Un royaume vous attend non loin de là ! Un royaume avec des trésors incomparables et des temples construits sur des sites sacrés. Renonceriez-vous à cette terre fertile et pleine de promesses pour une vie de subalternes du roi à Béréthor ; un roi marié qui une fois lassé de sa vie de couple fera de vous sa maitresse ! Est-ce là ce que vous voulez ? —Avec vous à mes côtés, qu’aurais-je à craindre ? » Il ne répondit rien et les sourcils froncés, il fixait sa souveraine, perdu dans ses lointaines pensées. De nouveau la crainte m’envahit comme une plaie ouverte et sanguinolente, à quoi bon vouloir l’estomper si de nouveau la cicatrice se révélait au grand jour. Mon visage

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prit une expression différente, on ne peut plus compréhensible au gé des événements actuels. Eothen allait se marier et le royaume retrouverait sa grandeur. Méowyn s’assit par imitation et jeta son manteau cramoisi pardessus son épaule. Il s’attendait à ce que sa reine prenne une décision importante destinée à le hisser au-delà de sa condition. Comprenant son erreur il inspira profondément, le visage creusé par ses rides d’expression. Toutes ces épreuves l’avaient vieilli : le trépas de son roi et la fuite de sa reine pour ces terres inconnues. A présent il était vassal du seigneur Duéril et d’aucun dirait qu’il m’avait trahi mais riche et puissant il aspirait à bien autre chose que de servir une reine déchue mais à la tête d’une puissante armée, celle des Olmurils, le peuple de mes Anciens. Ma main se tendit vers lui comme une invitation é enterré nos désillusions et nos rêves à jamais enterrés et il baisa cette main avec modération se rappelant es risques encourus pour tel chevalier présomptueux : le bannissement ou la mort. « Me suivrez-vous Méowyn ? Acceptez-vous de marcher avec mon armée ? De combien d’hommes disposez-vous à ce jour ? —Assez pour renforcer vos effectifs. Nous disposons à ce jour de plus de trois mille fantassins et mille chevaliers. Si toutefois il venait à vous manquer des hommes, je peux faire lever un millier d’hommes supplémentaires en renfort ou pour couvrir vos arrière, Majesté. Avez-vous des soupçons quant à l’issu de cette reddition ? —C’est exact. Rowen ne compte pas en rester là et il complète contre son ainé quant à Duéril ses intentions comme d’ordinaire sont mauvaises. Fort à parier que les festivités seront troublées par quelques querelles sans issue. Il est possible que nous ayons à prendre parti.

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—Et vous gagneriez ! Rowen ne dispose plus que de sept mille guerriers contre huit mille pour Eothén. Vos quatorze mille soldats aguerris vous apporterez la victoire, excepté si Eothen se retire de la partie et si Rowen décidait de s’allier à Dueril. Toutes les hypothèses ne sont pas à écarter. —Mais pour quelles raisons refuserait-il de se battre ? Il a l’appui du roi Amnès Iv, n’est-ce pas là un des termes du contrat de mariage ? —En théorie oui, mais il pourrait ne pas vouloir le faire afin de couvrir ses arrières. Il a encore du chemin à faire avant de rentrer à Béréthor et son frère ne cesse de fédérer de nombreux seigneurs à sa cause. Si l’on ne tient pas compte de l’armée d’Amnès, alors il ne dispose que de six mille soldats épuisés et pressés d’en finir avec toutes ces batailles. Il serait alors sage qu’il renonce à ce dernier combat quand il ignore tout du devenir de son royaume. Et puis vous l’avez dit vous-même, Dueril trame quelque chose dans son coin. Peutêtre serais-je plus sage que vous rentriez à Aronm. » On sonna le départ des troupes. Mon cheval marcha derrière les chevaliers composant ma garde personnelle, des militaires dirigés par Argosn, ce général Olmuril parmi les plus importants seigneurs guerriers du royaume de mon père ; il avançait fièrement sous le soleil dardant, sa cape se gonflant sous la légère brise et il nous fallut trois jours pour atteindre le sanctuaire de Baelish Er Lorn, notre destination. Le sanctuaire désignait cet immense acropole pour les dieux de la Haute Terre, soient dix dieux unis sur ces collines boisées et reliées entre elles par des passerelles surplombant des cours d’eau rutilants. Les gardiens de ce lieu sacré vivaient ici depuis des milliers d’années et ces hommes, femmes et enfants vivaient en parfaite harmonie avec la nature et les déités ;

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on nous accueillis avec des couronnes de fleurs et les jeunes femmes vierges passaient entre les hommes pour leur tendre des fruits frais et du pain. Elles se massèrent à mes pieds demandant à être bénies par les mains protectrices de leur souveraine. Partout la foule était en liesse et l’on ne pouvait faire un pas sans risquer de renverser cette foule toute de blanche vêtue et marchant nus pieds en toute modestie. Des enfants riaient en courant devant nos chevaux et aidée par Méowyn, mes pieds foulèrent la terre sacrée de mes Anciens. Grem me racontait souvent pour m’aider à m’endormir qu’un baiser de ces enfants vous apportait tous les plaisirs de ce monde et pour vérifier l’exactitude de ses dires, mes joues s’offrirent à leurs baisers. En haut d’un escalier immaculé se tenait Eothen et les notables de Baelish Er Lorn. Mon cœur s’emballa en le voyant dans ce costume blanc à passementerie dorée. Il semblait si serein et si heureux, heureux au point de faire fi du protocole pour venir m’accueillir en bas de l’escalier. « Soyez la bienvenue Majesté ! —Merci… votre Altesse. » Son regard plongea dans le mien et ma main sur son bras, mon extase fut à son paroxysme. Il est ton roi Aldren, celui à qui tu dois offrir ton cœur. Accepte-le et sois heureuse. Derrière le temple la lumière baissait et les rayons du soleil s’infiltrèrent entre les colonnes du Temple de Alron, le dieu ultime pour venir nous couvrir de sa chaleur. Le temps sembla vouloir s’arrêter et quand le haut clergé vint me saluer, une larme roula sur ma joue. Plus tard assise sur mon banc donnant sur le temple de la déesse Icta, la déesse de l’amour, une vierge aux cheveux blonds très pâles portant le nom de sa déesse vint à moi pour se prosterner à mes pieds. « Le roi Eothen est ici, vénérable souveraine et demande à vous

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parler ! » la femme aux yeux de chat et à la moue boudeuse tendit ses mains ouvertes dans ma direction. « Bénissez-moi ma reine et prenez-moi à votre service ! Je suis ici dans le seul but de vous servir ! » Ma main se posa sur sa tête ; elle avait mon âge et depuis mon arrivée au sanctuaire ne cessait de me suivre repoussant quiconque oserait me toucher. Un sourire se dessina sur mes lèvres. « les Dieux vous ont choisi pour nous guider et on dit que vous êtes l’élue….bénissez-moi au nom de nos ancêtres ! —Icta, je suis flattée mais sacrifierais-tu ton don pour suivre ta reine dans ce monde si hostile dans lequel tes dieux n’ont plus de foyer ? —Il y a tellement de temps que j’ai espéré ce moment, répondit-elle laissant couler ses larmes sur son livide visage. Mon devoir est de vous servir jusqu’à ce que les Dieux me rappellent à eux ! Ne me punissez pas en me refusant, je ne pourrais survivre à cela. » Cette dévotion poussée à l’extrême me déstabilisa et ne sachant que répondre mes jambes se fléchirent et accroupie devant elle maintenait son visage entre mes mains. « Alors, tu me serviras si telle est ta destinée ; est-ce là tout ce que tu veux ? » Un bruit attira mon attention. Eothen se trouvait être dans l’embrasure de la porte en ogive et me fixait avec intensité. « Aldren….je devais vous parler avant la cérémonie de demain. On m’a dit que vous seriez ici à méditer… ainsi vous êtes venue. Je pensais mais à tort que vous auriez changé d’avis, motivée par ce général Olmuril et Méowyn attentif à votre fortune. » Ses robustes mains se posèrent sur mes épaules. Mon cœur battait si fort. A tout moment le malaise pouvait me prendre ; il souleva mon menton pour mieux m’étudier et il souriait

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quand des tremblements me saisir au point de me rendre plus fébrile encore. Ses lèvres se posèrent sur mon front il avait choisi ce moment pour m’approcher et me donner envie de croire en un avenir commun. Oui, il me fallait y croire. Il me serra fort dans ses bras. « J’ai été une piètre reine et je serais une curieuse épouse pour qui voudra de moi. J’aimerai penser que mon rôle sera parfait dans celui de mère et…. —Chut, chut, chut. Vous êtes ma reine et je n’ai jamais pensé que vous étiez une insignifiante personne, comme je ne pense pas non plus que vous soyez mal avisée ayant joui depuis toujours de la sagesse de mon père et de celle de Rowen. Non, à mes yeux vous êtes parfaite. Et vous avoir vu marchant au milieu de ces enfants me laisse penser que vous serez une merveilleuse mère. Vous devez seulement apprendre à vous faire confiance. » Une violente douleur me saisit au nouveau de la poitrine. J’eus la vision d’une dague s’enfonça dans ma chair et le corps d’Eothen tombant à la renverse. Aldren, il mourra si tu le laisses partir auprès de son frère. Il t’écoutera toi, empêche-le de sauver son frère au nom de l’amour qui l’unit à toi ! Et les mains posées sur mon cœur, la douleur m’empêcha de respirer. « Aldren ? Que se passe-t-il ? » Icta arriva en courant pour saisir mes mains dans les siennes. « Elle dit que vous devez vous méfier de votre frère. Vous ne pouvez lui faire confiance et qu’il vous tuera si vous l’approchez….maintenant vous devez partir majesté ! De telles visions l’épuisent. Ma reine n’est pas encore capable de les maitriser, nos autres, sœur de la raison avons bénéficié de cet enseignement. Partez maintenant, elle a besoin de se reposer ! » Icta s’occupa de moi et après m’avoir allongée sur la méridienne installée sur la terrasse, elle nettoya mon visage à l’aide d’un

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drap de soie imbibé dans de l’eau fraiche dans un curieux récipient portant des inscriptions en langues Olm et tout en récitant des litanies, elle me caressait avec douceur. « Comment vous sentez-vous ? Ces voix qui vous assaillent sont celles de nos Mères, les Grandes Prêtresses. Elles veillent sur nous depuis toujours et elles nous entendent quand nous prions, quand nous aimons et quand nous souffrons ; la Déesse Icta repose ici. On raconte qu’elle a aimé un homme qui venait d’ailleurs et banni par les siens. Mais leur amour était si fort qu’ils ont fini par passer outre les recommandations des leurs pour vibre leur passion au grand jour. Les Grandes prêtresses disent que ce sont la diversité des hommes qui font leur force. —Demain il se marie….je ne peux le détourner de son devoir. Amnès est un roi puissant. —Vous porterez son fils, Aldren. Votre ventre sera plein de ses enfants. C’est là votre destinée. Lui-même le sait, sinon pourquoi vous avoir aimé ? Il n’est pas stupide au point de ne rien attendre de vous en retour et c’est votre amour qu’il veut. —Toutes mes visions sont elles incontestables ? —Non. Seule la marche du temps influence vos prophéties et plus vous les maitriserez et plus vous pourrez prédire l’avenir sans jamais faillir. Ce don est précieux mais il requiert de l’étude et une dévotion à nos Dieux. Mais ce n’est pas là votre destinée, majesté c’est un héritier que l’on attend de vous. » Et peu de temps après Méowyn vint poser le genou devant sa reine suivit par son général Burl, un barbu dont la chevelure et la barbe se confondaient en une même masse blonde. Iponèd rentra à son tour et son regard croisa celui d’Icta qui aussitôt recula de plusieurs pas.

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ce dernier ne la lâchait pas des yeux comme fasciné par cette vision de cette jeune prêtresse ; « Majesté ! Le prince Rowen est ici et avec lui sept mille hommes mais peut-être plus selon les dires de votre généra Argosn parti en reconnaissance selon vos ordres. Nos éclaireurs disent avoir vu flotter l’étendard de Dueril et….avec votre permission j’aimerais m’entretenir ave le roi. —La veille de son mariage ? Pensez-vous vraiment qu’il vous écoutera ? Mais faites ce qu’il vous parait nécessaire de faire. » Il s’en alla et seul Iponèd resta, toujours à fixer Icta, les mains croisées sur sa poitrine en signe de dévotion. D’un signe attendu il s’approcha de moi et prit place sur le siège non loin du mien. « Elle se prénomme Icta et elle est une Sœur de la raison, déclarais-je en serrant la main d’Icta dans la mienne. Elle nous accompagnera à chacune de nos étapes et il te faudra veiller sur elle aussi bien que tu le fais pour moi. —Si tel est votre souhait, majesté, je ne peux m’y opposer, répondit-il sans la lâcher des yeux. Duéril est ici et Méowyn ne pourra longtemps rester près de vous sans que cela n’éveille la suspicion de cet homme. Dueril pourrait vouloir le briser ainsi il aura atteint son but : celui de vous avilir. —Méowyn sait exactement sue faire pour rester dans les bonnes grâces de Duéril et il sait qu’il a mon soutien maintenant et plus que jamais. Dueril a des espions dans notre camp comme nous avons de con côté. De ce point de vue là nous sommes égalitaires, quant à rowen….il n’est plus en mesure de réfléchir ; il est motivé par la vengeance et n’a que faire de nos états d’âme. Iponèd, pour le banquet de ce soir, fais doubler ma garde et dis au roi que je ne pourrais assister au banquet de ce soir. J’ai à

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faire au sanctuaire afin d’honorer le souvenir de ma famille si honteusement sacrifiée. » On pria avec les Sœurs de la raison. Ce moment fut chargé d’émotions et dans ma tenue blanche retenue à la nuque par une vulgaire ficelle doré, mon esprit fut apaisé parles chantes, les odeurs de plantes parfumant l’atmosphère. Etourdie nous l’étions toutes et glissant peu à peu dans une sorte de léthargie mon âme semblait se détacher de son enveloppe corporelle. Peu avant la tombée de la nuit, les bras des Sieurs m’enveloppèrent et chacune posa ses mains sur mon corps et bien vite on me passa une autre tunique symbolisant la fin du voyage astral. Dans ce drap jaune la tête recouverte mes yeux discernèrent faiblement les lueurs scintillantes des bougies disposées en cercle autour de ma personne. Cette purification restait nécessaire pour me permettre un nouveau départ. Une femme se trouvait être assise sur un trône fait de racines d’un arbre puissant que l’on ne trouvait que dans cette partie du monde. Les ramifications montaient haut dans le cil et cet homme symbolisait mon avenir. Des mains expertes me guidèrent vers la Prêtresse ; mon cœur battait fort et cette dernière posa sur la tête une couronne de racines avant d’embrasser mes lèvres et Icta se joignit à nous le temps que dura cette initiation aux plaisirs terrestres ; Une fois vidée de toute énergie, on me lava avant de me remettre de nouveaux atours, soit une robe verte légère et transparente, si longue qu’on me croyait être une rivière serpentant parmi ces vierges toutes blanches et blondes, jeunes et belles, douces et aimantes. On allait me raccompagner quand ma route croisa celle d’Eothen vêtu très simplement mais toutefois mis en valeur par le choix de drapé soulignant à merveille ses muscles, sa peau mordorée et sa virilité si gonflé d’orgueil au vue de sa nuit de noce à venir. On échangea un long

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regard avant de poursuivre notre route de par et d’autre du temple d’Icta. Dans quelques heures le jour allait se lever. Cette nuit fut chaude et Méowyn e leva en me voyant arriver. Il avait passé la soirée à m’attendre par crainte de manquer mon arrivée, son regard fut profond et significatif de ce qu’il vivait à cet instant précis de sa vie : il craignait de me perdre à jamais. Il avait mis tant d’espoir en sa reine, plus qu’en la femme indécise et délicate que j’étais. Icta s’éloigna de nous si virginale dans sa tenue fluide et laiteuse et Méowyn s’approcha sans me lâcher des yeux. « Le roi a refusé de me voir. Il craint que ma présence ne soit guidée par ma volonté de plaire à Dueril. Il est préférable que je n’assiste pas au mariage demain. Vous y arriverez sans moi. —Il s’agit de signer un traité de paix et de recevoir la reddition de Rowen ! Vous y êtes également pour beaucoup alors pourquoi nous faire fausse route ? J’espèce seulement que vous n’agissez pas suite aux intimidations de l’un ou de l’autre. —Non. J’agis par âme et conscience. Je n’ai pas ma place dans ce mariage. » Les gardes s’effacèrent pour nous laisser entrer. Mon cœur battit fort en voyant Eothen sur la terrasse, les bras croisés sur sa large poitrine. Et Icta se retira pour nous laisser. Méowyn avait compris avant moi que le roi Eothen me voulait pour reine et lui m’invita de la main à trouver un siège non loin de la terrasse. « S’il vous plait… asseyez-vous. Je suis allé au temple d’Alron dans l’espoir de vous y trouver Aldren mais vous n’y étiez pas. Personne ne fut en mesure de me renseigner, alors j’ai pensé à juste titre prier un peu, pas forcément ces dieux-là mais les miens, ceux de mes ancêtres. —Une chance pour vous que votre fiancée partage vos croyances. J’ai prié, il est vrai. J’ai

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prié pour les miens et ceux qui sont morts sur… ces terres. C’est le minimum que je puisse faire pour honorer leur mémoire. » Il ne cessait de sourire, perdu dans ses pensées. Il saisit alors mes mains dans les siennes pour les porter à ses lèvres. Cette étreinte me fit frissonner et il m’enlaça tel un amant passionné, tel l’amant passionné qu’il est. « Nous devrions arrêter. Demain vous serez marié et… cela ne sert à rien de… me torturer avec vos sollicitations. » Ses robustes mains caressèrent mon visage. « Vous avez refusé de rencontrer Méowyn et vous voulez disposez de moi comme il l’entend alors que votre frère et Dueril complotent dans votre dos. Notre devoir était de vous avertir. —Mon frère n’a jamais cessé d’être ce qu’il est. Il fomente des complots et se plait à jouer ce rôle là et je ne peux l’en blâmer de vouloir essayer. Après tout il vient en second dans la succession du trône des Ascaris et il est impatient comme je l’étais à son âge. Si c’est le trône qu’il veut alors qu’il vienne le prendre, je ne m’y opposerai pas. —Mais vous ne pouvez pas battre en brèche, c’est absurde ! Alors les miens seraient morts en vain et leur assassin s’en tirera en toute impunité ! » Le sourire s’effaça de ses lèvres et il finit par me lâcher ; dans ses yeux la petite lumière si vive lentement s’éteignait et cette menace m’effraya. Il redeviendrait l’homme de Béréthor, dur et inflexible. « Pour venger les vôtres vous avez accepté que je m’abaisse à vous faire la cour, est-ce cela ? Vous ne m’avez jamais apprécié Aldren. Je viens de vous dire que je renonce au trône pour vous. Et vous, vous me parlez de vengeance, d’allégeance à cette famille qui ne représente rien pour vous ! Nous sommes votre

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seule famille. Quand finirez-vous par le comprendre ? —Je m’efforce d’être juste… —Ah, ah ! Juste ? Comment pouvez-vous manifester autant d’attachement pour ceux qui vous ont vendu à mon père alors que vous n’aviez que douze ans ? Pensez-vous qu’eux aient réclamé après vous ? Non, vous n’étiez qu’une monnaie d’échange et rendez grâce au ciel de ne pas être prisonnière d’un époux brutal qui abuserait de vous en toute circonstance ! » Prestement je lui tournai le dos. Un vent chaud s’engouffra dans la pièce soulevant le pan de ma tunique et mes cheveux ; les yeux fermés et les bras croisés je luttai pour ne pas fondre en sanglots et mon corps sursauta quand Eothen posa ses mains sur mes frêles épaules. « Je suis prêt à renoncer à tout pour vous, pour vous rendre heureuse. Nous pourrions rester ici, vous et moi. N’était-c-ce pas ce que vous vouliez ? Revenir sur la terre de vos ancêtres et vivre loin de cette politique qui vous échappe tant. —Eothen, vous êtes notre roi. Aucun ne comprendrait ce subit retournement de situation, alors que vous êtes prêt à mettre un terme à cette guerre fratricide par la manière la plus diplomatique qu’il soit. Vous ne pouvez pas… agir par caprice. —Ce n’est pas un caprice, Aldren. Un caprice serait de vous prendre maintenant au dépit de votre volonté pour ensuite me marier le lendemain avec cette femme qui m’est due. Cette monnaie d’échange, comme il convient de la nommer. Pensez-vous que je dois à ce pont capricieux et incapable de raison ? Et je ne suis pas à ce point aveuglé par vos charmes aussi hypnotiques soient-ils. » D’un bond je m’écartais de lui sans plus oser le regarder. Il me retint par la main et de nouveau son regard me sonda : « Est-ce à cause

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d’Amnès et de l’accord passé avec ce dernier que vous ignorez mes sentiments? Ce roitelet est cupide tout comme sa fille, cette arrogante princesse qui n’aura jamais votre allure ni votre intelligence, encore moins votre sensibilité et votre sens du devoir. Vous êtes la femme que j’ai toujours rêvée d’avoir près de moi. —J’aime un autre homme et… je compte l’épouser !» Eothen s’effondra dans une cathèdre, perdu dans ses réflexions. Cet homme si fort en apparence avait une faille et la tête entre les jambes tentait de rassembler ses esprits. Il se leva pour prendre congé, me laissant seule avec ma peine ; les regrets m’affecteront et dans les bras de Méowyn mon cœur continuera à saigner. Icta sembla bien le comprendre ; à Bénéthor, Grem savait me comprendre et alors envoyait les musiciennes dans mes appartements pour me changer les idées. « Faites ce sut votre cœur vous dicte, Majesté, murmura cette dernière, les mains serrées dans les miennes, il est sincère quand il dit vous aimer et par devoir il épousera cette princesse quand vous regretterez amèrement de ne pas avoir su l’écouter. Majesté, il est temps de vivre pour vous. » Peu de temps après, les files arrivèrent pour me vêtir d’un bustier en or, finement gravé de motifs floraux, une cape cramoisie recouvrait mes fines épaules et on prit le soin de relever mes cheveux à la façon des femmes de cette région, soit une couronne tressée avec es mèches de fils d’or et ramenée sur la nuque par deux tresses. Il s’agissait de la tenue d’une reine et quand les notables Olmurils se prosternèrent à mes pieds, précédés dans ce geste par mon général Argosn, mon angoisse ne me permit pas d’apprécier ce moment. En tout une trentaine de personnes venaient m’honorer et apercevant

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Méowyn au fond de la pièce, mon cœur s’emballa. Ainsi il se trouvait être là. Après des banalités d’usage et des remerciements à ces seigneurs et à leurs épouses, mes pieds s’orientèrent vers mon ami de toujours qui s’inclina profondément. « Si votre majesté me le permet j’aimerais vous dire combien vous êtes… à la hauteur de nos espérances. —Et bien, c’est très gentil de votre part. » Ce compliment me toucha et me sentant rougir, je détournai prestement la tête pour lui indiquer le bout de jardin s’offrant à nos prunelles émues. Il accepta cette promenade. Quel beau couple devions-nous former ? « Que feriez-vous après la noce royale Méowyn ? —J’avais songé partir vers l’est. Dueril ne s’opposera pas à mes projets et je dois même dire qu’il les ait encouragés. Il n’est pas trop original dans sa façon de faire, il veut voir ses barons et seigneurs contrôler ses vassaux. Alors tel sera mon destin. —Est-ce vraiment ce que vous vouliez faire ? », Répondis-je la main courant sur la rambarde de escalier de pierre blanche conduisant à une fontaine chantant au milieu de la luxuriante végétation ; un timide sourire apparut sur mes lèvres avant de l’inviter à prendre place sur un banc disposé sous une niche de lierre. « Majesté, vous pourriez être la reine que l’on attend tous et ce jour pourrait être le commencement d’un nouvel règne. Vous verriez cela comme une revanche sur le passé ou bien un aboutissement de votre gloire. —Méowyn, je comprends votre inquiétude, elle est également mienne mais vous savez que je ne peux pas donner à Eothen ce qu’il veut, du moins pas de cette manière au risque de le

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discréditer aux yeux de ses vassaux. Qui plus est, j’aimerai vous épouser Méowyn. » Un court instant se passa pendant lequel Méowyn ne réagit pas ; es rides marquaient son visage au pourtour de ses yeux et de la commissure de ses lèvres ; il forçait le respect par son attitude, son charisme naturel et de part son regard protecteur et intense. Puis un timide rictus apparut sur ses lèvres. « Majesté, exprimez-le encore à haute voix et vos généraux vous tomberont dessus pour vous rappeler de quelle nature est faite l’homme, soit cupide et déloyale, murmura-t-il le regard emprunt d’une grande douceur. Vous ne pouvez plus parler de chimères quand le monde se cherche un chef pour les fédérer. Si je venais à vous épouser, Rowen s’empressera de me faire assassiner pour revendiquer sa légitimité trône et jamais, il ne vous laissera en paix, ni lui ni ses frères ! —Qu’est-ce que vous en savez ? Vous prétendez tout savoir ! Et cela vous suffit-il pour m’éconduire de la sorte ? Je ne peux pas concevoir que vous puissiez me refuser Méowyn, sous prétexte que Rowen pourrait fomenter un complot pour vous éliminer ! —Alors je me suis mal exprimé : tout ennemi d’Eothen et ils sont nombreux, vous empêcheront de gouter au bonheur et plus vous mettez d’espace entre le roi et vous et plus votre situation ne manquera pas d’attirer les plus cupides comme Dueril et sa clique de seigneurs corrompus dont je fais partie maintenant. —Je ne me laisserais pas m’intimider, répondis-je la gorge nouée. Avec vous à mes côtés, tout ira pour le mieux. Nous avons tous deux une armée assez forte pour repousser ces mécréants hors de ces terres ! —N’en soyez pas si sûre. —Et pourquoi, je vous prie ?

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—Il faut que vous compreniez que pour votre sécurité je ne peux donner suite à votre demande. J’en suis navré mais vous êtes ma reine que vous le vouliez ou non. Je vous demande de ne pas m’en vouloir ; un jour vous me remercierez de m’être montré prévenant à votre égard. Maintenant veuillez m’excuser mais le devoir m’appelle ailleurs et je l’espère, prochainement près de vous.» Sa réponse me dérouta. On ne pouvait me refuser étant la dernière descendante des Olmurils et celle qui demain siégera au Conseil du roi Eothen. Son père, le défunt roi et mon époux aurait condamné son manque de clairvoyance tout comme ces conseillers royaux et il n’est pas difficile de les imaginer courant derrière le benjamin du défunt monarque en l’exhortant de prendre les armes pour empêcher l’ascension du roi Eothen sur le trône de Béréthor. Tous verraient d’un mauvais œil mon retour, qui plus est, dans les hautes sphères du gouvernement. Ils diraient qu’Eothen a perdu la raison et qu’on ne peut laisser faire cela par mémoire des ancêtres. Escortée par les courtisans et seigneurs Olmuriens, ma troupe se dirigea vers le sanctuaire immaculé et dressé vers les cieux, on y accédait par un escalier monumental flanqué par des statues représentant des Dieux de cette religion. En son sommet, le dôme, vestige d’une époque révolue où tous s’entassait. Ma place me fut attribuée non loin du dais sous lequel se tiendraient le nouveau couple composé du Roi Epthen et de sa reine, Idreg. Là, mon regard se posa sur Rowen au milieu de ses seigneurs. Il fut indifférent à ma présence, préoccupé par ce qui allait se jouer en ce jour devant lui. Les deux frères tentaient de se tolérer quand bien même le traité de paix venait d’être signé. Les sourcils froncés Rowen lorgnait de mon côté, les lèvres serrées et l’œil noir.

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On sonna le clairon et entra Eothen et sa suite. Il me vit et son regard se fit intense. Il état le roi que nous attendions tous et il le savait, ce mariage lui permettrait d’accroître ses forces et de s’assurer une mainmise sur les territoires de l’ouest. Et arriva Idreg si parfaite dans sa robe rouge fait du même tissu que celui de son futur, leur immense cape cramoisie maintenue par une broche d’or leur conférait des airs de Dieux, si impérieux et si beaux que le monde entier se serait prosterné à leur pied. Idreg portait un mince diadème dans sa blonde chevelure et lui, une couronne de lierre aux feuilles d’or. Mon cœur s’emballa en le découvrant là différent des autres fois. De nouveau notre regard se croisa. Il ne pouvait se refuser à sa promise et une fois leurs vœux prononcés, un tonnerre d’applaudissement retentit à l’intérieur de cet édifice. Les larmes me montèrent aux yeux en le voyant passer près de ma suite. On sonna des airs à la trompette et ils quittèrent la salle pour se diriger sur le balcon. Des milliers et des milliers de personne se trouvaient être en bas du sanctuaire scandant le nom de leur roi et de leur reine. Ce moment serait à marquer ‘une pierre blanche dans l’histoire de nos rois : Ainsi le roi Eothen prenait la noble succession de son père, le roi Aldric V. a cet instant je ressentis une profonde peine, proche de la douleur physique et manquant de souffle, il me fallait le soutien immédiat d’Icta. Cette dernière pouvait me comprendre au-delà des mots et une fois près d’elle, la raison me revint. « Majesté ! Murmura Dueril en s’inclinant plus que de raison. Vous voilà être soulagé je suppose, votre beau-fils semble avoir recouvré la raison, tout comme vous. On raconte que votre recueillement de la nuit passé fut bénéfique. Parfois il est sage de ne pas répondre aux appels de la chair.

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—Est-ce que ce seigneur vous accapare, questionna Rowen en se tenant sur ma droite et en m’invitant à prendre son bras. Il n’y a jamais de Dueril sans complots, désagréments et accusations. N’avez-vous jamais songé que votre reine serait lasse de vous entendre déraisonner continuellement ? Majesté, acceptez que je vous conduire au plus près du trône ? (Et à mon oreille) Mon frère a cru bon ne pas me bannir et je suppose que vous êtes à l’origine de cette grâce, c’est la raison pour laquelle je tiens à vous remercier. A vrai dire, cette idée m’a été suggérée par notre roi et il me tarde de vous l’offrir. Ce présent est celui d’une reine. Et vous êtes notre reine ! » —Je ne pense pas pouvoir me détacher avant un petit moment. Pourquoi ne pas le remettre à l’un de mes vassaux ? —Majesté cela serait manqué d’obligeance et cela serait un affront dont je ne pourrais me relever. S’il vous plat…majesté. » Mon escorte me suivit jusqu’au lieu indiqué par Rowen. Ce dernier se trouvait être sur place. Quelque chose n’allait pas, ce calme n’annonçait rien de bon et en me guida vers une tente dans laquelle se trouvait être Rowen. Il m’offrit un siège et debout, une coupe de vin à la main il m’étudia plus en détail. « Eothen a hésité avant d’épouser cette prétentieuse d’Idreg mais aujourd’hui, c’est chose faite. Le voilà être pied et poing liés à cette intrigante. De son vivant, père n’aurait pas accepté pareille union. On peut voir ce mariage comme une mésalliance et à sa place, je vous aurai épousée. Vos disposez d’une armée supérieure à la sienne et vous êtes la dernière héritière d’un important royaume. On peut dire qu’il aurait été mal conseillé. Cette Idreg a un tempérament de feu et elle n’obtempéra pas aussi facilement quant aux questions propre à la

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gestion de ce royaume. Acceptez-vus de prendre un verre ma reine ? ((Pourquoi me parler de stratégie le jour du mariage de votre frère ? —Parce que vous êtes ma reine, déclara ce dernier en réclamant le silence auprès de ses musiciens. Mais à la place de vin pour t’enivrer, j’ai de l’or et des pierres précieuses. » Il claqua des doigts et arrivèrent des hommes pourtant deux malles et des coupes contenant des gemmes. Mes yeux s’écarquillèrent à la vue de ces pièces d’or et de ces pierres étincelantes taillées afin d’orner une parure ou un vêtement. Cinq malles furent posées à mes pieds. La musique reprit et Rowen me couvrit d’un voile transparent si fin qu’une lame pouvait la déchirer d’un simple geste. Le tissu nous enveloppa tous deux et dans un moment de proximité, ses doits coururent sur mon menton et nos lèvres allèrent se rejoindre quand mes lèvres se desserrèrent. « Ce ne sont pas avec ces pierres que vous m’achèterez. Mon armée n’est pas disposée à grossir vos rangs quand le roi, votre roi a su se montrer clément à votre égard. —mais qui vous fait penser que c’est en mon nom ? Pensez-vous que je sois épris de vengeance et ingrat ç ce point ? C’est bien mal me connaître. Vous et moi avons toujours su nous entendre. Enfant c’est vers moi que vous veniez larmoyer et plus tard j’étais l’oreille attentive à vos malheurs de reine ; toutes ces intrigues, ces bassesses ont été miennes ; Ton cœur saignait et le mien fut mis à l’épreuve par les ordres de mon père. Ce trône ne devrait échoir à Eothen. —Eothen est votre unique roi ! Comment pouvez-vous fomenter des complots dans son dos ? Avant d’être votre roi, il est votre frère ! —Il est faible et très sentimental. Il se laissera mener par le bout du nez par son Conseil et il

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aura à mener de nombreux combats, menant en péril le trône de nos ancêtres ; Il ne pourra régner avec Idreg à ses côtés au risque d’appauvrir son royaume par les lubies de cette dernière. —Notre roi sait ce qu’il fait, vous ne pouvez en douter ! Vous ne pouvez lui tourner le dos de la sorte quand il a pour toi des sentiments nobles. —C’est bien ce que je lui reproche. Etes-vous certaine de ne pas avoir soif ? Les sages de ce sanctuaire ne ‘t’ont-il pas initier aux délices de ce monde ? Vous pourriez apprendre beaucoup en les observant. Vous êtes très jolie Aldren. Les seigneurs, les princes se battront pour toi. Les rois….également. Majesté, où vous rendezvous ? Vous aurais-je offensée ? —Je suis l’invitée de votre roi, mon absence risque de se faire remarquer. » La journée toucha à sa fin. Le reste de la semaine s’annonçait aussi festive qu’en cette journée et tous profitaient de la générosité de leurs souverains. La beauté d’Idreg supplantait toutes les beautés de ce royaume et auprès de son époux vivait es premières heures de son glorieux règne. En temps que reine-régente, bien que déchue de ma fonction depuis de longs mois, elle et les siens me voyaient non plus comme une étrangère mais comme une rivale à part entière. Elle savait que le cœur d’Eothen ne serait jamais à elle devait se consoler en se disant qu’elle avait un trône, celui des toutpuissants seigneurs des Ascaris. Et Meowyn sollicita une audience. Le genou à terre, il contenait avec difficulté sa respiration. « Majesté, vous devez quitter cette cité au plus vite ! Dueril se dit être outragé par le prince Rowen, celui-là même qui chercha à se proclamer roi. Beaucoup se sont rangés du côté de Dueril et conjuguent leur force pour le contre-attaquer.

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—Le roi le sait-il ? Questionnai-je la gorge nouée. Je comprends mieux à présent pourquoi Rowen cherchait à m’acheter. Tout semble tourner en sa défaveur et acculé, il risque de devenir dangereux. Le roi doit-être averti. On ne peut laisser ignorer les avertissements de ces vassaux. —Ce n’est pas à vous de le sauver. Son armée reste puissante et nous n’avons aucun souci à nous faire de ce côté-là. Reste seulement à vous protéger et à armer vos hommes pour contrer les plans de Dueril et de Rowen qui en cet instant se joue de vous. Partez avec moi…. S’il vous faut choisir un allié, soyez certaine de disposer de mes hommes pour vous protéger. —Méowyn, j’apprécie votre loyauté. » Ses yeux me sondèrent et ma main s’empara de la sienne. Près de lui personne ne pouvait m’atteindre. Mais Eothen occupait mon esprit, il habitait mon cœur. Il le comprit au moment où mon regard se baissa. Icta se tenait là, sans sourciller et les lèvres pincées. Il la regarda avant de reculer de deux pas et s’agenouiller. « Je vous attendrais Majesté, le temps pour vous de rassembler vos effets personnels. —Vous ne pouvez décider pour moi Méowyn, je reste. Ma place est ici près de notre roi et non pas sr vos champs de bataille. Nous nous reverrons j’en suis sûre et essayez de rester en vie, vous m’êtes très précieux ; » De nouveau il se prosterna et Icta inspira profondément. « Vos Ancêtres vous protègent, ma reine mais vous ne pouvez vous obstiner à vouloir aimer cet homme qui aujourd’hui a choisi son destin en épousant une autre. » Les larmes me montèrent aux yeux. « Cela sera suffisant. Merci Méowyn pour vos précieux conseils. » Une fois la porte refermée, Icta me serra dans ses bras et son amour me réconforta. La fatigue fut telle qu’on me prépara pour une bonne nuit

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de sommeil. Sous aucun prétexte l’on devait me déranger mais quand mes gardes pénétrèrent mes appartements pour annoncer le roi, mon cœur battit si fort qu’il me fut impossible de me lever ; Ce dernier attendait dans la salle d’apparat dans son costumé écarlate. Diaphane dans ma tunique bleu nuit j’apparus nu-pied devant mon roi qui inclina profondément la tête. Sans trouver quoi se dire, nous restâmes là à nous fixer et les frissons parcoururent ma peau et plus encore quand sa main se posa sur mon épaule dénudée. « Vous étiez très en beauté aujourd’hui. Plus que jamais vous brilliez comme des milliers de feux. Vous êtes mon astre, mon soleil…. —Oh ! Votre mariage fut tés réussi, coupai-je en m’éloignant de lui. Mais on me rapporte de terribles faits. Votre frère est…. —Je sais ce qu’il se trame dans mon royaume. Dueril s’agite pour ne pas changer de son habitude et mon cadet complote encore et toujours contre moi dans l’espoir de me faire choir de mon piédestal. Mais aucun ne parviendra à me briser tant que vous serez près de moi. Cessons tous deux de nous tourmenter et prenons la vie comme elle nous vient avec ses bonnes et mauvaises surprises. Comment avezvous apprécié cette journée, Aldren ? —Elle ne fut pas de tout repos. Ni pour vos vassaux, ni pour les miens. Méowyn a tenté de vous solliciter mais… » Son index se posa sur mes lèvres et ses robustes mains glissèrent sur mes frêles épaules. « Cela ne vous regarde plus en rien. Méowyn s’est rangé du côté de ce félon de traitre et dès ce soir, ce problème n’en sera plus un. Vous pensiez probablement que j’allais attendre dans mon coin, tapi dans ce temple quand d’importantes questions relatives à la sûreté de

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mon royaume ébranlent ma conscience ? Non, Aldren… » Il s’éloigna de ma personne pour avancer vers la colonne de stuc, les mains derrière le dos. Il ne pouvait agir ainsi en connaissant la nature de mes sentiments pour le chevalier-ligue de Duéril. « ma femme et tous les autres restent persuadés veulent un roi sur lequel s’appuyer. Un roi digne de ce nom, ajouta ce dernier en prenant place sur le cathèdre. Vous avez encore tout à apprendre des hommes, de ceux qui vous gouvernent. Ici on est bien loin de vos somptueux appartements de la Cité Royale, il n’y a pas de conseillers et de mages pour encenser vos propos et aujourd’hui plus que jamais il est regrettable que je doive me passer de la sagesse du Conseil pour tuer toute nouvelle rébellion dans l’œuf. —Peut-être auriez-vous du ne jamais quitter Béréthor ? Peut-être n’êtes-vous plus en mesure de prendre une décision lucide concernant…. —Concernant Méowyn vous vouliez dire ? Ne faites pas celle qui ne savait pas. Il n’a jamais tenu à se rallier à mes hommes ; Il a autrefois servi mon père mais ce temps est révolu. Il ne sera désormais plus question de clémence. —Mais, vous l’avez banni ! Il vous aurait servi si vous ne lui avez pas tourné le dos ! —Aldren, aujourd’hui est le jour de mon mariage. La providence m’a placé sur la route de cette fille de seigneur, cette ambitieuse dame qui se consolera de ne pas être aimée par son roi. Elle connaitra ainsi la tourmente dans laquelle l’on vous a jeté alors que vous n’étiez qu’une enfant. Elle connaitra la désillusion et la solitude puisque mon affection se tourne vers vous. » Les larmes me montèrent aux yeux en songeant à méowyn condamné pour un crime

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qu’il n’avait pas commis ; tout cela pour n’avoir été que fidèle à une promesse faite à un roi mourant. Eothen me caressa la joue avec tendresse et une larme perla sur ma joue. Il devait savoir que je souffrais de ne pouvoir l’aimer. Ses lèvres se posèrent sur mon front. «S’il ne devait pas y avoir d’amour possible entre nous, je pourrais bien en perdre la raison. Vous êtes mon unique raison de vivre Aldren. » Il me serra dans ses bras quand les gardes frappèrent à ma porte. « On requiert votre présence au plus vite Majesté ! Un groupe de meurtriers viennent de pénétrer le Temple sacré et assassinent tout ce qui se trouvent être sur leur passage ! » Le roi me quitta sans plus attendre et horrifiée, Icta s’approcha pour serrer mes mains dans les siennes. « ne pensez pas fuir, Majesté ! Ce n’est pas votre destinée. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit au sujet de vos interprétations. Si vous franchissez cette porte, alors vous le perdrez à jamais ! —Icta devrais-je attendre ici quand des innocents se font tuer autour de nous ? J’ai déjà perdu ma famille en restant inactive. Je ne peux reproduire ce même cauchemar. —L’homme qui a fait exécuter les vôtres se trouve être dehors ! —Quoi ? De quoi parles-tu ? » Icta recula de deux pas et inclina profondément la tête. La gorge nouée il me fut difficile de donner n sens à tout cela. La voir à genoux à mes pieds me plongea dans un profond désarroi, depuis quelques jours aucun songe ne me visitait et plus aucune voix intérieure ne me guidait. A croire qu’Icta possédait ce pouvoir de matérialiser toutes mes pensées et hallucinations pour les faire siennes. Et alors je plongeai à genoux, moi sa reine pour la forcer à me regarder.

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« icta, que sais-tu ? Dis-moi ce que tu as vu, ce que tu sais ! —Non, majesté ! Non ! Si je vos le dis, il aura gagné et tout cela aura été vain. Cette histoire se terminera par un carnage et je refuse de vous laisser prendre part à cela ! —Et à quel nom ? Je suis votre reine Icta ! Ignores-tu donc ce que j’ai du endurer pour espérer revoir les miens ? J’ai encaissé brimades et humiliations pour ne pas laisser les mauvais sentiments envahir mon esprit. J’ai tant sacrifié pour recouvrer un peu de leur amour. Et toi tu me dis que leur assassin se trouve être dehors : —Non, majesté ! J’ai si peur, vous me faites si peur ! Sanglota-telle les mains couvrant sa bouche. Vous ne pouvez pas sortir… il n’y a que la mort autour de nous, n’êtes-vous pas fatiguée ? —Qui est-ce ? Réponds ou je te jette pardessus ce parapet ! Tu me dois obéissance Icta ! » Elle me fixa de son regard translucide, plus aucune larme ne coulait de ses yeux et les lèvres serrées, elle me fixa, perdue dans ses pensées. Etendue là devant moi, le front collé sur ma main, elle paraissait résigner à subir son sort, elle ne connaitrait jamais plus grand honneur que celui de mourir de ma main. « Ne partez pas. Votre destinée est celle de donner un fils à votre roi. » Eothen s’attendait à me retrouver dans mes appartements après son retour. Grande serait sa déception et il retournerait alors près de son épouse. Les portes s’ouvrirent avec fracas sur Méowyn. Il m’arracha à la dévotion d’Icta. « Vous devez partir Majesté ! La cité n’est plus un endroit sûr pour vous ! Rowen est derrière tout ça ! Faites sonner vos gens pour vous faire sonner vos gens, nous n’avons pas de temps à perdre !

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—Majesté…. » Le regard d’Icta plongea dans le mien. Méowyn la dévisagea de la tête aux piedss. « Elle se prénomme Icta, c’est une prêtresse de ce sanctuaire et….je ne prendrais pas le risque de m’aventurer dehors quand les meurtriers de ma famille courent les rues. —Rester ici c’est le meilleur moyen de vous faire tuer, Majesté ! Vous savez tout comme moi les desseins de Rowen. Il ne pouvait s’en tenir à une simple reddition et il frappera encore jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus de souffle. Vous savez qu’il viendra pour vous trouver. Vous avez de la valeur et c’est tout ce qui compte pour lui. Que votre prêtresse refuse de vous suivre est un fait mais sachez que je n’aurais pas pris tout ce risque pour vous voir…. Subir les outrages de cet homme ! —Méowyn c’est mon choix pas le vôtre. Vous avez fait beaucoup pour moi et je vous en remercie. Maintenant il est temps pour vous de partir. —Alors je refuse. Aussi longtemps que je vivrai je vous servirai. Mon épée est la votre. —Mais vous ne feriez que vous montrer méprisable pour votre roi. Il ne vous porte plus en haute estime et il a dans l’idée de se débarrassez de vous maintenant que vous êtes vassal du seigneur Duéril. Il n’a pas l’intention de vous épargnez. Epargnez-vous cette nouvelle disgrâce en partant sur le champ, sans vous retourner. Méowyn j’ai besoin de vous. Vivant vous me protégerez bien mieux que mort et ignoré de tous. Partez ! —je ne pourrais vous tournez le dos. Sans le soutien de Dueril je n’aurais pas eu la prétention de m’adresser à vous en égal. Du moins comme un homme qui vous respecte et vous aime. Le roi est… sera m’épargner par mémoire pour son défunt.

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—Pas cette fois-ci. Oh, Méowyn ne soyez pas stupide ! Partez pendant qu’il est encore temps ! —Vous ^tes la dernière de a lignée des Olmurils, que croyez-vous qu’il adviendra de vous quand les hommes seront las de se battre ? Vous ne serez plus qu’une attraction pour ces hommes épris de victoire. Est-ce cela que vous voulez ? Partons pendant qu’il est encore temps… majesté. » Méowyn me tendit la main. Icta entrouvrit les lèvres sans aucun son n’en sortit. La main dans la sienne, une lueur d’espoir brailla au fond de son regard. les domestiques posèrent une cape sur mes épaules et on s’empressa d’ouvrir la porte sur nous. On traversa le vaste couloir en courant.

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CHAPITRE Une partie de la cité brûlait. Des flammes immenses montaient vers les cieux. Impossible de faire avancer les chevaux pris de panique au milieu des belligérants et des sinistrés, des blessés et des vaillants guerriers. On ne peut passer la rivière encombré par la foule en panique fuyant cet ennemi invisible continuant à tuer ces innocents. « Nous devons faire demi-tour, cria Iponèd, cette voie est condamnée ! Nous n’avons pas le choix si nous devons protéger notre reine ! —Non ! Rowen concentre le plus gros de ses hommes là-bas, au nord et Dueril nous assiège sur le sud. Assez de mercenaires et de soldats pour nous couper la route. Ce pont est notre seule alternative. Mais tu es tout à fait libre de refuser de me suivre. —Majesté ! J’en appel à votre bon sens. C’est endroit n’est pas sûr et il est encore temps pour nous de rebrousser chemin. Nous ne pouvons braver le danger sans le soutien de vos hommes. Jamais nous n’aurions du partir sans votre escorte. Ce n’est que pure folie, sans parler de Méowyn…. —Il est un seigneur pour le cas où vous l’oublieriez ! Il sait comment nous faire sortir de là ! » Iponèd me retint par le bras. « Je n’en suis pas si certain. Tout semble aller comme le lui veut. Il est le pion de Duéril et je ne crois pas qu’il faille lui faire confiance. Votre prêtresse a raison, vous êtes plus vulnérable à l’extérieur qu’à l’intérieur ! Faussons-lui compagnie et partons retrouver le roi. » Meéowyn revint vers nous, l’épée ensanglantée et le souffle court. Son regard passa de l’un à l’autre avant qu’il ne m’interroge du regard. « Attention ! » Des flèches tombèrent sur nous autres protégés par

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ce bâtiment. Méowyn me poussa contre le mur et agenouillé tout contre moi caressa mon visage. « Faites attention à vous…Aldren. » Il ne m’abandonnerait pas. Depuis toutes ces années, cet homme veillait sur mon salit. Son amour animait son cœur et orientait ses choix. « Mes hommes sont disposés à l’ouest. Les Olmurils se battront jusqu’au dernier si vous les guider mais pour cela nous devons franchir ce pont à n’importe quel prix et si Iponèd me croit capable de vous trahir et bien, débarrassez-vous en. Il est habité par un sentiment de haine à mon égard et j’ai besoin de vous savoir près de moi. —Mais je le suis ! —Alors ne vous laissez pas influencer par votre chevalier. Il ne connait rien des plans machiavéliques de nos ennemis. Il pourrait nous faire prendre et ce n’est pas ce que vous voulez, Aldren, retourner captive du seigneur Dueril. —Non, bien sûr que non ! Mais Iponèd est mon homme de confiance. Il restera près de moi quelque soit l’issue de ce conflit. » On traversa le pont et une fois sur l’autre rive, monta en selle pour une longue chevauchée sous la nuit étoilée. On arriva à un camp, celui de Méowyn en l’occurrence à en sujet par les bannières flottant sour le vent. Iponèd pouvait à présent respirer. « Majesté, nous pouvons encore partir. Je ne le sens pas. il y a quelque chose de trop calme par ici, quelque chose qui ne présage rien de bon. —Iponèd, il nous a conduit ici sans encombre alors cessez un peu de vous montrez fébrile. Demain, on y verra plus clair et mes hommes veilleront sur notre sécurité. Est-ce assez pour vous rassurer ? —Non….je suis désolé mais non. Il n’y a rien qui pour l’heure pourrait me rassurer. Vous

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n’auriez jamais du quitter votre demeure et vos gens. Vous n’auriez jamais du quitter Eothen. » Méowyn écarta le rideau de sa tente et nous fit signe de le suivre. Là, un domestique s’empressa de nous dévêtir et alors qu’on nous installait devant une table remplie de victuailles, une voix raisonna dans ma tête : Il est trop tard Aldren. Il souffle un vent de révolte. Tu ne peux plus rien pour sauver ton salut. Un long asile t’attend….Aldren, il est trop tard. Tétanisée, la gorge sèche aucun son ne sortit de mes lèvres. Un feu ardent me consumait de l’intérieur et le sol sembla se dérober sous mes pas. Méaowyn comprit, se leva d’un bond et m’aida à porter une coupe à mes lèvres. Le liquide se répandit à la commissure de mes lèvres. « Il est trop tard…trop tard… » Parvinsje à bafouer en le retenant par le bras. la panique se lit sur son visage et il tira son épée, imité par Iponèd. Le rideau s’ouvrit sur Rowen et Iponèd se rua sur lui. il esquiva le coup et d’une vélocité sans égal il le déposséda de son arme pour le tuer sous nos yeux. Aucun son ne sortit de mes lèvres. Parcourue de frissons, mon corps refusait de répondre à mes ordres quand Iponèd gisait là à mes pieds, se vidant lentement de son sang. Il tendit un bras désespéré dans ma direction. Une larme ruissela sur ma joue et il expia dans un dernier râle. Rowen jeta l’épée de son ancien propriétaire par terre, sans cesser de fixer Méowyn. « A ta place je me montrerai sage Méowyn si vous ne voulez pas finir comme ce jeune chevalier des Monts Sacrés ; Il n’est pas mort sur un champ de bataille comme tous les siens avant lui mais il a eu une mort digne comme aucun autre de sa lignée avant lui. Rengainez votre épée, je ne suis pas venu pour me quereller avec vous mais pour reprendre ce qui m’appartient. Mes hommes sont dehors et nous

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avons tout arrangé pour que notre reine soit bien traitée. Oui, nous prendrons soin de vous Aldren. » Une fois mes capacités physiques recouvrées, ma détresse fut-elle que je me ruais sur Rowen pour le tuer. Il me gifla mais ma main refusa de lâcher le couteau. « Lâchez ce couteau Aldren, vous n’êtes pas en mesure de vous battre. Méowyn ! Si vous approchez, je vous transperce de mon épée ! « Il me remit sur pieds et me retint fermement contre lui, appuyant sur mon ventre. Le regard de Méowyn posé sur ma personne me fit prendre conscience de mes erreurs de reine et mon aveuglement de femme. « Vous avez fait ce qu’il était bon de faire, maintenant vous pouvez partir. —Non ! Il ne partira pas ! —C’est pourtant le dernier homme que vous voudriez voir mort. Il sait qu’l ne peut rester si son Prince lui ordonne de quitter cette tente. Il sait qu’il ne peut allez à l’encontre de ma volonté, ni de la vôtre. Il sait que s’il reste il sera condamné pour haute trahison et décapité aux premières heures du jour. Il est temps pour vous de vous montrer raisonnable aldren et de lui ordonner de partir le plus loin possible, lui et ses hommes ou bien la colère de son roi sera terrible. » Une larme ruissela sur ma joue, suivie d’une seconde et mon visage en fut inondé. Ce dernier s’inclina profondément avant de me quitter. Interdite je fixais l’entrée de la tente dans l’espoir de le voir apparaitre de nouveau. Les domestiques se chargèrent du corps sans vie d’Iponèd. Grand fut mon désespoir. Rowen caressa ma joue avec tendresse. « Eothen pensait vous posséder, lui qui ne connait rien à l’amour qu’il a banni de son cœur depuis le jour où mère la mise au monde. Il pensait que vous seriez assez stupide pour

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l’écouter et vous rallier à sa cause mais force de constater que vous avez su faire preuve de clairvoyance. Un trône est vacant par delà les plaines et vous saurez l’occuper comme il se doit. Le sage Romen espère votre retour ainsi que tous les courtisans. Jusqu’à maintenant je me suis efforcé de garantir votre retour et cette tâche ne fut pas veine. Mon frère se revendique être le seul héritier des Ascaris mais il oublie que vous êtes reine et qu’aucune loi ne permet à un prince d’agir avec perfidie comme Eothen a pu le faire. —Il avait le soutien du Conseil. Cessez de penser qu’il m’ait enlevée ! Eothen est votre Roi,, le seul et unique ! Soyez reconnaissant qu’il ne vous ait pas condamné à l’asile ou bien pire ! —Aldren, cessez de le défendre sous prétexte qu’il vous ait sauvé la vie lors de vos pérégrinations, c’est un tyran qui ne respecte rien à rien, argua ce dernier en se servant une coupe de vin. Il vous a mis dans l’embarras de toutes les façons qu’il soit et Méowyn a bien plus de mérite que ce dernier qui s’autoproclame roi, bien loin de notre cour, de nos seigneurs et de nos lois ! Et pourquoi selon vous ? Pour me châtier de ne pas être aussi cruel que lui. Mais maintenant je suis ici et votre torture prend fin, Aldren. Prenez place près de moi. Venez, donc….Je sais ce qui vous tourmente mais je ne prétends pas pouvoir vous soulager. Quand vous étiez à Béréthor, vous étiez sans cesse à vous cacher et mon père s’en amusait. Il disait alors : « Notre Aldren n’est pas décidée à venir nous salue. Sommes-nous donc à ce point si effrayants ? » Alors e montais à votre tour dans l’espoir d’obtenir une entrevue. J’attenais là de longues minutes et parfois je me surprenais à tendre l’oreille pour vous écouter fredonner. Vous avez une voix si claire, on dirait le bruit d’un cristal et….je me disais que je

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serais l’homme le plus flatté du monde si vous acceptiez de m’ouvrir votre cœur. —Eothen n’a peut-être pas les mots qu’il faille pour vous convaincre d’être un bon roi mais il a fait tant pour moi qu’il vous sera impossible d’imaginer. Il n’est probablement pas aussi complaisant et amical que l’un de vos conseillers royaux mais il est le seul qui a accepté de me conduire aussi loin sans rien attendre en retour. —Il voulait le trône Aldren, c’est la raison pour laquelle il vous a suivi selon vos termes ! Rien de plus, que vous êtes donc naïve ! —Non ! Il ne voulait pas de cette existence et c’est à cause de moi, c’est par ma faute qu’il est au milieu de ses conflits à douter de sa loyauté envers la malheureuse femme que je suis. Vous n’avez pas songé qu’il pouvait convoiter autre chose que votre damné trône ? —Il est le fils de mon père et un Ascaris. Que croyez-vous qu’il convoite sinon un trône ? Si vous pensez qu’il vous aime, alors c’est là que vous vous trompez ! Eothen est un belliqueux qui ne respecte aucune loi. Il a épousé cette ambitieuse princesse pour narguer une énième fois le Conseil. Mais ce crime ne restera pas impuni, Aldren. Ce trône est le vôtre ! » De bon matin, on me prépara comme l’on prépare une reine à une importante entrevue et une fois vêtue d’une robe grise perle à dos nu dont le col tombait sur le devant de la poitrine ; les ascaris savaient apprécier la simplicité des matières et des robes d’apparat mais utilisaient le savoir-faire de leurs orfèvres pour sublimer une tenue qui de toute apparence se voulait humble. Des bijoux de cheveux et des longs bracelets, d’imposants colliers aux multiples rangées donnaient toute la mesure de leur art. Un frisson parcourut mon dos au moment où un homme vêtu de noir fit son entrée dans ma tente. Le sang ne fit qu’un tour de mes veines.

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Cet homme un jour m’avait drogué, il était une sorte de guerrier chamanique adepte du culte de mes anciens et il traquait les Olmurils pour les déposséder de toute substance vitale ; ce Varens me dévisagea de la tête aux pieds sans desserrer les lèvres. Ce monstre avait tué mes parents…. « Aldren, je vous présente le Sage Kuren et il est là pour vous servir. Approches, notre reine n’est plus sous l’emprise de perfide Eothen ! Cet homme est invincible. Aucune lame aussi affutée soit-elle n’est parvenue à l’envoyer dans l’autre monde. Il vous sera dévoué. Tu peux t’en aller maintenant ! Je lui ai promis la tête de tous ces mécréants qui ont servi Eothen et il s’en réjouit. » Il me fut difficile de ne pas paraitre troublée. Et les mains de Rowen se posèrent sur mes épaules. Lentement il me tourna vers lui pour m’obliger à le regarder. Il devait lire de la peur dans mon regard quand le sien demeurait si placide. « Tout cela vous trouble je le sais, mais tout cela sera bien vite un lointain souvenir. Et cette victoire vous ne la devrez qu’à vous-même, la décision finale vous revient et que vous échouiez ou bien que vous réussissiez, sachez que mon devoir fut celui de veiller sur vous. C’était là le désir de mon père. A sa mort, il vous a confié à moi. —Je ne suis pas certaine de vouloir la même chose que vous. Mon unique désir fut de quitter Béréthor, je n’ai jamais désirée accéder au trône, votre père tout comme vos frères le savaient mais vous, vous obstinez à vouloir me ramener là-bas. Suis-je à ce point désespérée que vous teniez tant à me sauver ? —Vous étiez trop jeune pour savoir ce que vous vouliez Aldren, vous étiez sous l’influence de personnes mal intentionnées et cela vous a conduit à ce que vous être aujourd’hui : une femme naïve et un brin romantique. Mon devoir

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est celui de vous guider. Nous partons de ce pas pour Antrill, vos légions vous y attendent. » Cela ne pouvait être possible. Il tira le pan de la tente et la citadelle s’offrit à mes yeux éblouis. Depuis des milliers d’années, cette place forte permettait des échanges avec la puissante Aronm lui faisant face par-delà le lac Egia et un frisson parcourut mon dos en y découvrant l’armée de Rowen disposée là sur cette valée comprenant de lourds vaisseaux de guerre mouillant en rade, pareilles à des centaines de pots noirs sur cette vaste étendue translucide. Pour atteindre la cité royale de Béréthor, il était préférable de continuer sur voie fluviale et ainsi gagner du temps ; ainsi l’on pouvait gagner une cité à l’autre en peu de jours qu’il faut pour le dire. Les vassaux du prince régent s’empressèrent de poser un genou à terre lourdement armés, sur le qui-vive et prêts à se battre pour ne cause qui les dépassait puisque basée sur de faux témoignages. Et mes yeux affaiblis par le soleil distinguèrent le prince Ibalt escorté par deux de ses généraux. Il était aussi brun que son ainé et aussi costaud que son cadet ; il arborait une courte barbe striés de poils blonds et son visage aussi sensuel que Rowen me causa un vif émoi, n’ayant conservé de son souvenir qu’un visage imberbe et trop féminin pour être appréciée par la gente féminine. « Et voici donc, celle pour qui nous ne battons demain ! Nous avons quitté une enfant et voilà que nous est offert une femme. Soyez assurée de trouver mon soutien dans pareille tourmente majesté et puissent vos Dieux vous guider dans ce dernier dénouement ! Rowen j’ai à te parler….en privé. —Aldren est ta reine, tu sembles l’oublier. Il n’y a rien de nos affaires qui puissent lui être privées. Parles franchement, de quoi est-il question Ibakt ?

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-Eothen est en marche. Sa délégation le précède mais dans moins d’une heure, le gros de sa troupe se tiendra à flanc de montagnes. Nous devons gagner la citadelle au plus vite ! » Entrer dans la citadelle fut un déchirement en pensant aux miens que je n’avais pu sauver. Force de constater que les Ascuriens repoussèrent la population sans ménagement, le cœur des villageois demeuraient silencieux, certains affichant leur deuil quand d’autres portaient les stigmates d’un affrontement violent avec leurs ennemis. On me regardait avec compassion et sitôt qu’on s’approchait de moi pour me saluer, les hommes d’Ibalt repoussaient sans ménagement les fidèles massés là. Icta avait raison ; jamais plus il ne me sera possible de comprendre de quelle façon périt les miens. Dans ce donjon mon cœur saignait en apercevant les flèches du palis de mon père dissimulé un écrin nuageux. Assise dans un cathèdre, mon regard se perdait au loin ; tout mon existence n’était qu’une suite de mauvaises décisions et Ibalt rentra pour me trouver sur la terrasse, immobile et perdue dans mes réflexions. « Majesté ? Majesté ? Aldren…. Vos hommes sont ici. Je parle du général Argosn et des autres seigneurs qui ont traversé le détroit pour vous porter secours. Tous demandent une audience auprès de sa Majesté, vous en l’occurrence et je me fais le porte-parole de mon frère, notre Prince régent, Rowen qui me charge de veilleur sur vous. —Ibalt. Je ne vous avez pas entendu arriver. Il faut croire que je me trouve être en confiance pour ainsi ne pas entrevoir le danger derrière ce pan de rideau. Vous savez ce que l’on raconte de cet endroit ? On raconte qu’on des temps anciens un monarque jaloux et cupide y enferma tous ses trésors dont son épouse dont il perdit la confiance au cours de ses dernières années de

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règne. Le donjon est connu pour être un véritable labyrinthe et qu’on ne peut s’y aventurer sans l’aide d’un excellent guide. La reine qui un jour tenta de fuir aidé par mon amant ne fut jamais retrouver. On dit que son esprit hante encore ses murs à la recherche d’une issue. —Ce sont des histoires que l’on raconte aux enfants pour les faire tenir tranquille. On m’a seulement raconté que ce donjon est protégé par un charme, celui des premiers Olmurils qui pour protéger leurs fidèles avaient coutumes de charmer de tels lieux. Aldren, vos hommes vous attendent. —Petite fille je montais dans la plus haute tour du palais pour apercevoir cet endroit, mais en vain. Lointain j’ai pensé que cette cité n’était qu’un mirage jusqu’à aujourd’hui. Existe-t-il un autre endroit sur terre semblable à celui-ci dans lequel un prétendu monarque y cacherait son bien le plus précieux ? —Aldren, vous conduirez vos hommes au combat demain et tous ces hommes ont foi en vous. Pourquoi alors prendrons-nous tant de risques si nous n’étions pas certains de notre victoire ? —De quoi parlez-vous ? » Mon regard se plongea dans le sien. Lentement il me dévisagea ; mes pieds me guidèrent jusqu’à lui et ma main saisit la sienne. Il était tendu, crispé et aucun de ses doigts n’acceptèrent de s’ouvrir. Son regard se fut lointain et mon cœur s’emballa. Il me cachait quelque chose, quelque chose qu’il tentait d’effacer de son âme tourmenté. Ce sentiment fut fort et étranger à mon esprit. Quelque chose en moi réclamait Ibalt. «Vous êtes l’instrument de votre frère. Il a soudoyé des seigneurs comme Dueril pour faire entendre raison aux plus faibles. Il a du vous dire que je pouvais prévenir l’avenir et que le

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salut de tous se trouverait pendue au bout de ma langue. Vous vous égarez Ibalt, vous tous, vous vous égarez ! Il n’y a pas de triomphe possible si vous tuez des innocents au mieux de porter vos coups à vos véritables ennemis » Il me laissa repartir et une fois sur mon siège, il arriva à moi prestement et posa ses mains de chaque côté de mon corps pour mieux m’écraser de sa haute taille. L’expression de son visage avait changé, il semblait comme possédé par une force dont il ne méprisait rien et une veine apparut sur sa tempe droite. Ses yeux me balayaient avec empressement. « Ne vous croyez pas plus maligne que ces autres Olmurils qui ont préféré se sacrifier que de vouloir marcher avec leur Prince régent ! —Mon peuple est un peuple libre ! Répondisje en me levant d’un bond. Ne pensez pas qu’ils vous obéiront d’un simple claquement de doigt ! Par le pasé vous les avez déjà anéanti alors ne croyez pas qu’ils vous appuieront face à de telles manigances ! — Manigances ? Je ne vous permets pas Aldren ! Eothen a été stupide de vous faire confiance mais ni Rowen, ni moi ne feront la même erreur ! Et vous êtes assez stupide pour vous être jetée de vous-même dans la gueule du loup ! Maintenant il est temps pour vous s’aller saluer vos hommes. —Et ensuite ? Vous me tuerez comme vous avez tué les miens ? —Ils se sont donné la mort Aldren. Tous, autant qu’ils sont ! Nous n’aurions pas pu éviter ce drame, grande fut leur détermination et tous mes hommes sici rassemblés vous attesteront de la véracité de mes propos ! Votre peule aussi riche soit-il est incapable de se battre pour protéger leurs richesses et préfèrent le trépas à toute forme d’engagement politique. Il faut vor en vous que de la lâcheté !

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—Et vous croyez que je vais vous laisser nous insulter de la sorte ? —Et que feriez-vous Aldren ? Vous êtes incapable de violence et encore moins de vengeance. Tous les vôtres sont morts vous avez de quoi vous venger mais vous n’en ferez rien, c’est inscrit en vous Aldren c’est pour cette raison qu’aucun de vos adversaires ne vous prend a sérieux. En attendant une guerre se prépare et vous en êtes l’instigatrice. —Ne partez pas si vite Ibalt ! Je suis votre reine n’est-ce pas ? A ce tire je dispose de mon droit de rassembler un conseil compétent digne de représenter la cour des Asturies dans ces lointaines contrées n’est-ce pas ? —Certes, mais nous n’avons ni le temps ni les moyens de le faire. C’était bien essayé mais en ce jour aucun Conseil n’acceptera de s’opposer aux ordres du Princes régents. Laissez la politique à d’autres, c’est bien souvent une histoire de compromis que vous n’êtes pas en mesure de faire, avec tout le respect que je vous dois. —Eothen votre roi, n’est pas un traître. S’il y a une justice en ce monde soyez-en certain que vous serez condamné pour tous vos crimes ! » Il se précipita vers moi et j’entendis une voix dans ma tête : Aldren, donnes-lui ce qu’il veut et accepte aujourd’hui ton sort ! Il se pencha à mon oreille. « Vous êtes trop longtemps restée à l’ombre des mécréants et des perfides, mais tout cela prendra fin avec la mort de tous ces traites qui ont cherché par tous les moyens à nous nuire ! nous ne sommes plus dans vote tour dorée à chater et gratter les cordes de vos instruments, vous êtes à ce jour la dernière personne que j’aurais pensé suivre mais…..on ne m’en donne pas le choix. —Ibalt, vous serez un jour roi. On vous respectera plus que votre père avant vous et

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votre lignée sera la plus puissante de toute si vous renoncez à cette folie. » Il s’écarta de moi après qu’un messager eut frappé à la porte de mes appartements. « Majesté ! Veuillez excuser mon intrusion mais on me charge de vous mettre en garde contre des intrus qui auraient pénétré dans la cité ! —Quel genre d’intrus ? —Nous l’ignorons, mais il peut s’agir de mages, mon Prince ! eux seuls connaissent cet endroit sans avoir peur de s’y perdre ! Eux sont assez téméraires pour se risquer en ces murs ! —Dans ce cas allons à leur devant ! » Les marges ne se cachaient pas et ils apparurent quand l’ambiance fut à son paroxysme dans la salle d’apparat grouillante de seigneurs Olmurils. De son côté Ibalt ne disait mot, adossé contre une colonne. Tous parlaient en même temps et employaient les mêmes mots pour désigner leur état d’esprit : trahison, vengeance et loyauté ; La guerre serait inéluctable et ces seigneurs ne pouvaient contenir leurs ardeurs plus longtemps ; ils voulaient venger leur roi morts injustement Un des mages leva la main et le silence se fit. « Notre Nous devons écouter notre reine, elle est encore ici la seule qui sache ce qui est bon et juste pour notre peuple ! Ecoutons-la et remettons-nous en à sa décision ! » Le silence se fit autour du trône. Tous m’observaient. Auprès de mon défunt époux et roi grand nombre de courtisan n’avait entendu le son de ma voix ; on ne venait que pour le roi, son conseil et sa cour et personne ne se souciait de ma personne. La panique me saisit face à ses seigneurs. Mon cœur battait avec fureur Ibalt alors quitta sa place pour me tendre la main et m’aider à me lever. « Dites-leur que vous n’’avez pas l’intention de vous battre et ils vous aduleront pour cela.

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—Un jour des hommes sont venus me chercher, des hommes qui méprisaient mon peuple et qui ne connaissaient rien de ma personne. Ils ‘mont offert un nouveau foyer et une nouvelle famille. Je n’étais qu’une enfant sans grande connaissance du monde… » Tous les regards convergeaient dans ma direction et tous se demandaient où leur reine les emmènerait ; dans cette salle aux larges ouvertures le dardant soleil nous atteignit et les Olmurils, ce peuple si sages aux mœurs pacifiques craignaient pour leur avenir, ceux qui se tenaient là croyaient en leur dernière reine, la digne héritière du roi Lleistophen. Plus que jamais leur sort dépendait de ma propension à les diriger, les conseiller et les protéger. Le tissu léger de leur manteau glissait sur leur corps musclé marqués par des runes ancestrales révélant leur appartenance à notre religion. Certains ne portaient pas de cheveux mais une tresse plus ou moins longue pendant sur leur poitrine, les plus jeunes des seigneurs arboraient avec majesté leurs cheveux peignés en mèche soignés sur le côté, affichant sur l’autre des tatouages disposés en arabesques sur leur crâne ; tous ces visages majestueux et calmes seraient mes messagers, mes émissaires et mes fidèles vassaux. Ce sentiment me galvanisa et en haut de ma tribune, des frissons parcoururent la racine de mes cheveux. « Je n’étais qu’une enfant jusqu’à ce que j’entreprenne ce voyage à travers ces terres depuis la cité de Béréthor jusqu'à cette cité où tous vous vous tenez en ce jour. C’est ainsi que j’ai découvert les limites de la royauté et de la légitimité des Ascaris. Ce royaume est morcelé par divers peuples tous aussi puissants et respectueux les uns des autres. On ne peut ignorer toutes ces puissance en jeu, autant de peuples réunis sous la bannière du défunt monarque Aldric Iv mais aujourd’hui dissolus. »

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Le silence perdurait et un mage avança vers moi, la main sur la poitrine en signe de respect et Ibalt le suivit comme pour mieux se rappeler à mes bons souvenirs. « Votre majesté, votre sagesse est unique en ces instants où d’autres puissances visent à anéantir nos hommes et nos richesses mais il nous faut identifier le mal qui nous touche. Les Ascaris mènent une bataille contre eux-mêmes quand nous ne sommes en rien concerner par leurs querelles fratricides. On ne peut recourir à la force pour satisfaire l’ambition de ces Ascaris. —Voyez-vous ça, protesta Ibalt en montant vers mon emplacement, ces querelles comme vous dites vous concernent tous autant que vous êtes. Il s’agit de réintégrer votre reine sur le trône des Asturies, trône revendiqué par notre ainé qui a usurpé la fonction de roi hors de la décision du conseil. Et vous le laisseriez faire quand Eothen dispose de milliers d’hommes à la porte de ces frontières. Il dispose d’une arme imprévisible et décidée à ne pas faire de prisonniers. Il s’est allié au roi Amnès par une alliance matrimoniale et sa force s’accroit de jour en jour. Si on le laisse faire alors il ne subviendra plus rien de votre peuple. » Un autre mage avança, un mage aux yeux privés d’iris. Il avait en lui le don de précognition d’après les chaines qu’il portait autour de son cou. Les mains glissés dans la manche de son manteau, le jeune homme avança et posa la main sur l’épaule de son prince régent. « Le prix à payer pour cette collaboration est la mort. Nous autres respections la vie et nous faisons le choix de nous sacrifier pour permettre à d’autres de survivre. Tout ceci peut-être évité. La lumière est ce qui nous maintient en vie et notre reine a besoin d’allié précieux. Une

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alliance aura lieu mais non pour offrir la mort mais la vie. » Son regard croisa le mien. Le mage alors inclina la tête dans ma direction et les larmes me montèrent aux yeux. IIbalt devait être guidé. Avec lui à mes côtés, mon peuple aura une chance de survie sans avoir à se battre. « Alors si je comprends bien vous n’avez nulle intention de vous rallier à l’étendard de votre prince régent Rowen. Vous serez accusé de trahison. —Trahison envers notre roi, déclara un seigneur dans la salle. Tous s’écartèrent pour le laisser continuer. Eothen est notre roi, notre reine l’a ainsi proclamée comme tel et cela compte pour nous autres Olmurils ! —Votre reine sauf son respect a été guidée par de mauvais esprits. —Comment osez-vous ? Tonna un seigneur en apparaissant devant nous. Nous en avons assez entendu ! Vous n’oseriez pas manquer de respect à notre reine autant qu’à son peuple n’est-ce pas ? Vous vous tenez là sur nos terres à crier « Vengeance ! » poussé par la cupidité ! C’est votre lignée que vous détruisez et votre père se retournerait dans sa tombe en apprenant comment ses fils se comportent. —Laissez mon père en dehors de tout cela ! Votre reine ne pourra rester sans rien faire, il lui appartient la décision de vous conduire en une unité dont nul ne pourra contester la suprématie ! —Nous sommes d’accord sur ce pont Ibalt, répondis-je en lui tendant mes mains. Nous avons besoin de vous autant que vous avez besoin de nous. Ibalt, faisons aujourd’hui le sermon de nous unir. Ensemble nous vaincrons, ensemble nous érigerons une nouvelle dynastie de rois.

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—Ainsi parla la prophétie ! Lança un mage en inclinant la tête et tous l’imitèrent. La salle entière s’inclina. « De quelle prophétie parle-t-il ? —Vous le savez mieux que moi, murmurai-je, votre père vous a élevé pour que vous puissiez nous protéger. Vous en connaissez bien plus de mon peuple que le plus âgé de cette assistance. Cette prophétie parle d’une reine sans trône rétablie par un roi sans couronne. —Et mes frères ont couru derrière cette chimère, à commencer par Eothen. —Il n’est pas celui que mon peuple a choisi. —mais il porte la couronne sous vos ordres ! Vous l’avez délibérément mis sur le trone vacant quand il ne le méritait pas. Il nous faut le destituer et comment sinon par cette bataille ? —Vous êtes le seigneur de l’Amegée. Vos troupes encerclent Béréthor et vous disposez de la cité d’Ogême, la seconde plus puissante du royaume d’Adaastra. Avec ou sans armes vous disposez d’un atout des plus précieux : votre situation géographique. —Alors je devrais suivre cette voie en faisant de vous ma femme et ma reine. —N’est-ce pas là un bon compromis pour mettre un terme à toutes ces exactions ? » Il étudia l’assistance dos vouté en prosternation devant nous. Au fond de lui Ibalt savait que ce mariage ferait de lui l’homme le plus respecté de ces royaumes. Ainsi il saisit ma main dans la sienne et après avoir glissé son regard dans le mien ouvrit la bouche, la poitrine gonflé. « Mon intention est celle de préserver l’équilibre de nos puissantes nations en ce jour et pour toujours ! Si vous placez votre confiance en ma personne alors je ne vous trahirais pas et je réaliserais ce que votre reine exige de bon pur ses sujets. J’en fais la promesse solennelle en ce jour. Tant que je vivrais j’assurerais cette

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fonction qui m’échoie et mon nom sera associé au votre Aldren. —Puisses les Dieux vous honorer ! Proclama l’assistance qui alors posa les genoux à terre pour prononcer à voix haute la prière des Anciens. « Recevez nos prières et que notre monde ne connaisse que l’amour ! Recevoir et donner pour que cet unité ne soit jamais défaite ! » Peu après midi nos navires firent voiles vers la cité d’Aronm et sur la nef de l’embarcation royale mon cœur exultait de joie. Nous pouvions encore éviter de nous battre et les sages Olmurils disposées sur le pont du navire suivaient des yeux la côte des plus fébriles. Une délégation nous attendait au port royal d’où l’émotion me submergea. Peu de temps auparavant nous avions quitté cet endroit Méowyn, Eothen et moi. L’enfant de douze ans n’était plus et tout près d’Ibalt la confiance germait. Le palais blanc d’Aronm se dressait noble et scintillante sous ce soleil de plomb. Ma tenue translucide collait à ma peau et Ibalt transpirait à grosses gouttes sous son armure. Il ne me semblait ne plus me souvenir de cet endroit et la reine que j’étais fut accueillie avec liesse par la foule en délire, tant et si bien que notre progression fut ralentie par cette presse toujours plus grouillante et généreuse. Le conseil de mon père nous reçut, soit une dizaine de Sages disposés en arc de cercle dans cette salle aux murs dorés dont enfant on m’avait tenu éloignée. « le roi Cleistophen et son épouse la reine Ictara se sont sacrifiés pour faire renaitre l’espoir dans vos cœurs. Aucune autre reine ne sera plus digne de régner sur nos terres que vous, reine Aldren et c’est ainsi que nous vous ouvrons les portes de votre cité. Recevez les clefs de votre royaume, majesté ! »

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Le trousseau en main je les suivis à travers la muraille pour découvrir l’intérieur du palais avec ses temples et ses colonnes de pierres blanches, ces grands jardins et ses fontaines. Ibalt se pencha à son oreille. « Je comprend maintenant pourquoi votre peuple cherche à préserver pareille beauté. » Une myriade d’e courtisans apparut pour se prosternèr à mes pieds. Cette même foule se trouva présente lors de la cérémonie de mariage et vaporeuse dans ma robe blanche et scintillante tous se félicitèrent d’avoir de nouveau une reine. Ibalt et moi prononcèrent nos vœux avant de repartir avant la tombée de la nuit pour Antrill la tête pleine de cet endroit mythique et pourvu de charmes. A bord du bateau royal Ibalt me rejoignit au milieu de mes conseillers qu’il chassa d’un signe du menton. « Ma première mesure en tant que souverain sera celle de diminuer les dépenses exorbitantes consacrées aux temples et aux lieux de culte. L’or était nécessaire à la réflexion et à la dévotion ? Questionna ce dernier assis sur un siège et goutant au raisin sucré de ce lieu. Savez-vous seulement à combien se chiffrent les dépenses annuelles de Béréthor ? Seulement le tiers des dépenses que votre roi a soumis au Conseil. Ces mêmes intrigants qui gravitent autour de vous. —En tant que souverain Ibalt vous ne serez pas libre d’agir à votre guise sans que votre autorité ne soit contestée par ma personne. Nous parlions du futur de notre pays et de ce que ce nouveau mariage engendrerait dans nos idéales diplomatiques. Je compte bien trouver un terrain d’entente avec Eothen. —Avec Eothen ? Ah, ah ! Alors j’aurais fait tout ce chemin pour m’abaisser aux caprices de mon ainé ? Ah, ah, soit vous êtes faussement naïve soit vous êtes une fieffée querelleuse,

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mais sachez que je ne peux me laisser influencer par cet imposteur. —Soit. Alors nous agirons sans vous. Après votre soutien n’est pas requis pour ce genre de négociation. Vous n’entendez rien à nos coutumes et à nos lois, notre religion vous est inconnue et vous méprisez mon peuple pour ne pas risquer de nous perdre dans toute cette beauté qui vous échappe. Quels sont vos plans à cet instant Ibalt ? Marcherez-vous avec moi ou contre moi ? Les vœux prononcés auprès des miens étaient-ils fondés ? Vous m’avez épousé pour l’appât du gain. L’amour n’est pas et ne sera probablement jamais mais par pitié, ayez le courage de vos opinions et ne brisez pas mes rêves. —Vous parlez comme une sainte femme, réclara-t-il en quittant son siège et lorgner à travers le voilage, vos rêves comme vous dites m’échappe complètement et je respecte certains de vos doléances comme je l’avais auparavant fait du temps d votre court règne et c’est là tout ce que je peux faire pour vous. Nous approchons de la côte. Mes hommes se tiennent prêts et nous allons offrir un sujet de discussions à tous ces seigneurs arrogants et fiers qui lèchent les bottes de Rowen pour solliciter une faveur. —Mon seul désir est de servir le roi le plus habile à consolider nos frontières. —Alors maintenant vous changez d’avis concernant la légitimité de notre roi ! Je ne vous suis pas tout à fait. Comment espérer gagner la confiance de vos sujets si vous êtes à ce point versatile ? —Ne me donnez pas de leçon de politique ! Il y a plus de sang royal dans mes veines que dans les votres pour le cas où vous l’oublierez. Je préfère vous avertir Ibalt, acceptez ma faiblesse de femme et mon manque de maturité

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concernant les hommes mais je refuse que vous me fassiez des leçons morales. » Il me fixait, le poing posé sur sa hanche. Le soleil filtrait à travers les voilages et caressèrent son visage d’une beauté insolente. Son regard translucide me fixait perdu dans les méandres de ses pensées et ainsi immobile me donnait l’impression de ne pas parvenir à arrêter ses pensées. « De quel côté penche votre cœur Aldren ? Est-ce mon frère que vous convoitez ? Lui et ses manières grossières, son sens du devoir et cette façon qu’il a de considérer un problème comme le dernier de ses soucis. Vous finirez par apprendre qu’il n’est pas si parfait que vous l’imaginez. —Je ne rentrerai pas à Béréthor. Ni demain ni jamais. En tant que souverain de ce royaume et souverain d’Adaastra vous serez contraint de vous établir à mi-chemin de ces deux royaumes. Alors vous serez partagé entre deux cultures et deux façons de penser qui vous tiendront éveillé des nuits entières. Tut ce qui en découlera sera des concessions. La politique est l’art du compromis. —Je sais quels sont mes devoirs envers mes respectifs sujets. Je n’ai aucune crainte des seigneurs d’Adaastra, ils me sont loyaux en dépit de toutes tes idées et conception e notre famille. Je ne peux pas en dire autant des seigneurs de ces terres qui m’évitent autant que possible et tiennent un discours plus que déconcertant sur leur façon de recevoir notre assistance. —On ne peut leur en vouloir. Ces hommes ont tout à craindre de vous, les fils d’Aldric. Vous autres représentez la mort et la soumission. —On ne peut aspirer régner sans se montrer féroce, voire impitoyable. Oui, nous les avons faits s’agenouiller et tout conflit comprend son

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lot de malheur et de déshonneur. Tout cela n’a rien d’anodin pour qui exerce l’art de la guerre ou du négoce. —Ma loyauté est pour celui qui aura la sagesse de nous offrir un avenir de paix. —Alors je comprends mieux pour quelle raison vous êtes restée enfermée dans votre tour ces dernières années Aldren. Vous voyez le monde derrière un filtre et le monde que vous espérer trouver n’a jamais existé excepté dans vos fables et chansons. Il serait temps pour vous de vous réveiller une bonne fois pur toute en considérant la mort de vos parents comme la fin d’un idéal. » Lentement mes yeux se baissèrent ; il avait raison. Ma vision du monde se trouvait être modifié par tant d’espoir. Il fit courir ses yeux le long de mon visage. La côte lentement se rapprochait et mon cœur se serra en imaginant les armées alignées dans ces vastes prairies. Ibalt me rejoignit et afficha un timide sourire sur ses lèvres. « Mes hommes se tiendront prêts à attaquer. L’on ne pourra se tenir en retrait de Rowen, à attendre que cela se passe. Surtout ne vous entremettez pas dans nos affaires, Rowen est un acariâtre qui ne vous laissera pas vous exprimer sur ce sujet. —Vous êtes roi des Olmurils. Quel roi s’abaisserait devant un prince régicide ? Faites allégeance à votre frère et mon peuple vous tournera le dos. A jamais vous perdrez sa confiance. Faites ce que vous dicte votre conscience Ibalt mais ne me tournez pas le dos. » On débarqua en grande escorte. Comme convenu Ibalt sans aller sans même me saluer. Notre mariage serait amer, détestable pour qui espère un avenir plus serein. Les conseillers olmuriens me suivirent jusqu’à ma tente et j’y trouvais Méowyn. Mon cœur s’emballa à sa

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vue. Il était plaisant à regarder et semblait plus confiant et plus sûr. «Je suis soulagé de vous savoir ici et non dans ce château imprenable. Tout cette fâcheuse situation me meurtrit Majesté, c’est la raison pour laquelle je me trouve être ici. j’ai appris vore mariage avec Ibalt et je voulais vous en féliciter. C’est… une bonne chose, Majesté. —Vous le croyez ? Vous ne savez pas mentir Méowyn. Je ne peux vous en vouloir. J’agirai de même si j’étais vous. —Je suis navré pour Iponèd. —Il n’est pas nécessaire de l’être. Cette naïveté qu’’est la mienne l’a perdu et Rowen sous-estimait l’importance que qui était la sienne. Il le voyait comme un simple vassal et vous n’auriez rien pu faire pour éviter cela tant Rowen est décidé à assassiner tous les partisans de son ainé. Eoten se montre très clément quand Rowen continue d’assassiner au nom de sa propre justice. —Il veut vous enfermer à Antrill et je voulais m’assurer que vous ne faiblirez pas devant cet ennemi. Duéril m’a accordé le bénéfice du doute concernant ma possible trahison. Eothen marié à la fille du roi Amnès a renforcé le mécontentement de ce prince. Il est vraisemblable que toute reddition ne soit possible malgré vos beaux discours. Ai-je raison de penser que votre époux passera votre nuit de noce du côté des putains de ce royaume ? —Pourquoi vous montrer si accusateur ? —Si vous devez vous battre mes hommes se battront près des vôtres, Aldren. —Que me cachez-vous ? Eothen aurait-il rencontré son frère ? —Oui, votre majesté. Vous savez qu’ils se rencontreraient mais vous avez préféré jouer la carte de la prudence en épousant Ibalt. —A-t-il demandé de mes nouvelles ? ?

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—Comment le serais-je, je n’y étais pas ? je doute qu’il est seulement mentionné votre nom, répondit-il froidement les sourcils froncés. Majesté, je ne suis pas venu ici pour vous parler d’Eothen mais bien de vous, du moins de votre servante, Icta. Elle est ici et demande une entrevue. —Pourquoi devrai-je l’écouter ? ce qu’elle a à me dire est-il d’une importance capitale ? —Pourquoi la repousser ? N’était-elle pas votre plus intime alliée ces derniers jours ? —Non, elle ne l’était pas ! » Son attitude m’affecta. Mes conseillers ne tarderaient pas à rentrer et c’était la raison pour laquelle mes domestiques s’affairaient à dresser la tale dans la tente adjacente. Mon chambellan attendant devant les rideaux prêt à annoncer d’autres seigneurs parmi les plus privilégiés de ma sphère. Il s’approcha de ma personne en dépit de la présence de mon chambellan et en panique je me dirigeai vers la table afin d’y épanche ma soif. Une domestique s’empressa de répondre à mes besoins. « icta est vouée à être une prêtresse et je la récompenserai comme il se doit. —Je doute qu’elle attende une rétribution de votre part ; Ce n’est pas son propos. Sa requête est des plus dévouée et… —Cela suffit, Méowyn ! Je suis lasse de tout ce tapage et j’aspire à quelques heures de repos. —majesté, je pourrais alléger votre fléau. Une parole de vous et tout ennui sera atténué j’aimerai que vous puissiez vous reposer entièrement sur moi. Je sais que de part le passé je n’ai pas été à vos côtés au plus noire de la nuit. En de nombreuses occasions j’ai perdu l’occasion de me distinguer, perdant ainsi toute crédibilité. J’ai souffert votre désintéressement et plus que jamais je me tiens à vos côtés. —Il est vrai que vous avez manqué à vos devoirs mais en pareilles circonstances nous

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sommes touts à blâmer. Le moment venu je ne manquerais pas de vous solliciter. A cet instant je ne songe qu’à en finir avec ces longues discussions avec ces magistrats. Veuillez me pardonner mais je ne peux vous satisfaire. » Plus tard dans la soirée quand le Conseil fut partit on e fit culer un bain pour ensuite me revêtir d’une tenue bleue au décolleté plongeant, descendant jusqu’au nombril. Icta me manquait mais une reine ne pouvait s’apitoyer sur le sort d’une prêtresse en devenir. La compagnie d’une pieuse personne tenait du sacré, les Anciens aimaient la fascination qu’exerce les Dieux sur les mortels et Icta représentait les Dieux, ceux de mon père et de ma mère dont le lointain souvenir lentement s’en allait ; icta restait le dernier lien entre ce passé, le présent et le futur. Le chambellan annonça le roi Ibalt, souverain de mes terres. Les domestiques s’éloignèrent telle une vague humaine, seules restèrent les musiciens venus pour m’apaiser quand au plus profond de la tourmente la peur me tenaillait. « On peut dire que vous n’avez pas perdu votre temps en proposant de nouvelles taxes ! Vos conseillers royaux ceux que l’on nomme les Penseurs et ce n’est pas pour ont cru bons me convoquer pour me faire accepter de telles mesures. Je pensais que nous devions nous concerter en amont avant de prendre une telle décision ? Alors vous serez déçue d’apprendre que je ne signerais pas ces vulgaires papiers informels. —Vous étiez occupé avec vos frères. La levée d’un nouvel impôt est nécessaire pour nous enrichir. I faut savoir dépenser pour mieux gagner. —Avant même que cette guerre se soit achevée ? A quoi jouez-vous ? —Et comment va votre ainé ? —Comment croyez-vous qu’il aille ? il a ce qu’il voulait dans sa vie : une ambitieuse épouse

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qui se félicite qu’il est pris le sentier de la guerre, un royaume et autant de seigneurs prêts à lui torcher le cul. On dit que vous avez eu la visite de Méowyn, cet opportuniste chevalier. Mon père l’appréciait comme un fils. Lui ne l’avait jamais déçu, toujours là comme un petit chien à lui filer le trait et obéir à ses ordres sans se poser de questions. Pour mon frère Rowen c’est un traitre et pour ce traitre d’Eothen, il n’est pas digne d’être respecté. —Il veut porter allégeance à notre couronne. —Et vous l’avez refusé ? » Il se servit un verre de vin puis passa sa main dans ses cheveux blonds tombant le long de son regard limpide ; la tête entre les jambes il détourna les yeux de sa coupe de vin et inspira profondément. « Est-ce en mémoire de votre défunt époux que vous tenez à le garder près de vous ? Ce seigneur est un parvenu qui vendrait son âme un milliers de fois dans le seul but de vous plaire. Il a eu l’occasion de se détourner de vous mais il ne l’a pas fait. Et pourquoi selon vous ? » Il quitta sa place pour marcher dans ma direction. Ses doigts caressèrent en douceur mon épaule dénudée. Ses yeux brulaient de mille feux et son regard se posa sur ma poitrine ronde et ferme. Il éclata nerveusement de rire avant de poursuivre son chemin vers la table sur laquelle se trouvait être une carte de la région avec la position de toutes les armée en faction. « Peut-être avons-nous tort de vous sousestimé. Votre beauté fait tourner la tête des hommes et père disait que vous feriez une grande reine si vous daignez prendre part au Grand Conseil. Vous auriez pu avoir l’existence que vous vouliez Aldren mais vous n’avez pas saisi votre chance au bon moment. Maintenant vous tentez de reconstituer les morceaux de ce chaotique royaume pour vous convaincre que tout cela ne dépendait pas de votre propre

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volonté. Là-bas plus qu’ici, on vous hait Aldren. Personne ne sera vous tirer des griffes de l’indignité. . —Et pourtant vous avez accepté de vous épousé, répondis-je la gorge nouée. Vous auriez pu refuser ma proposition mais vous ne l’avez pas fait. —La cupidité seule guide mes pas et partout où je passerai on me salera comme le libérateur. Je suis épris d’une femme que j’ai installée à Ogême. On la traite comme une reine et je ne compte pas renoncer à elle pour plaire à vos courtisans. Un jour elle portera mes enfants quand vous serez là à pleurer un futur dans les bras de votre Méowyn. —Votre chois semble être fait depuis longtemps. —A peu près tout ce temps oui. Nous livrerons bataille demain. Nous avons assez d’hommes pour vaincre Eothen et ce jour sera à marquer d’une pierre blanche. »

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CHAPITRE On sonna le début des hostilités. Sur plusieurs kilomètres s’étendaient les chevaliers des deux armées belligérantes ; sur mon fidèle Orul mes membres tremblaient devant tout cette légion noircissant ces vastes plaines d’Asmat. A perte de vues les armées s’étendaient des plus excitées telle une lanière prête à claquer avec fureur contre un obstacle de taille. Cet instant ne devait jamais du avoir lieu les larmes embuèrent ma vue. Le cœur battait avec fureur dans ma tempe. Mon armée combattait en première ligne à droite de celle de Rowen protégé de part et d’autres par les Olmurils et les troupes d’Ibalt. En face Eothen galvanisait ses seigneurs et Rowen l’imitait lancé sur son cheval blanc ; en deuxième ligne nos fantassins se tentaient là, la lance dressées vers l’ennemi ; derrière eux des rangées d’archers tenant fermement leur arcs vers les cieux. Orul comme tous les autres montures, montrait des signes d’énervement comme le prolongement de ma propre excitation. Et le moment tant attendu arriva. Les cors retentirent et nos chevaux partirent au galop. On devait percer leur ligne quand les flèches commencèrent à s’abattre sur nos chevaux. Orul esquiva les corps tombant devenant de meurtriers obstacles pour les autres arrivants derrière. En fermant les yeux je me laissais guider par Orul. A gauche comme à droite les cavaliers tombaient. En ouvrant les yeux, les seigneurs loyaux à Eothen cherchèrent à me tuer. Du bout de leur épée. Orul refusa de s’arrêter tant et si bien qu’on franchit la première ligne pour tomber parmi les fantassins. Le combat commença une fois jetée à bas de mon cheval, on tenta de me soustraire à cette vie. Cela dura et guidée par une force millénaire, mes dagues abrégèrent des vies. Des

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corps tombaient aussi longtemps que mes mains alertes maniaient mes armes. Tous mes sens étaient sollicités, il s’agissait de survivre en ce jour et pour toujours dans le cœur de mes hommes. « Protéger la reine ! » Hurlait-on dans les rangs. Mon général Burl veillait continuellement mes arrières et il fondait la masse pour voler à mon secours quand il me pensait être en danger. Nous autres Olmurils savions nous battre et aucun de nous ne craignait le don de soi, le sacrifice pour une cause juste. L’épuisement cependant eut raison de ma personne et mon généra me vouait faiblir décida de sonner la retraite, ordonnant à mon escorte de me sortir de cette terre assoiffée de sang. Une fois sous ma tente mes mains vibraient dans la bassine d’eau. Les domestiques s’empressèrent de mes déshabiller mais chaque mouvement me firent tirer des gémissements de douleur. Mon corps entiers montrait des contusions, ecchymoses et plaies ouvertes. On me posa des cataplasmes avant de me voir sombrer dans un sommeil lourd et réparateur causé par l’absorption de plantes guérisseuses ; Aldren ! Aldren, il veut te tuer. Rowen lui coupera la langue. D’un bond je me levais pour découvrir Ibalt assis en face de ma couchette. « Ton général a la dent dure. Difficile d’échanger quoique se soit de valable avec lui. il refuse de me dire où vous étiez pendant tout ce temps. Eothen a fait prisonniers bon nombre de nos chevaliers et exigent le corps de leurs seigneurs morts. Qu’avez-vous à l’œil ? —Rien, mentis-je la tête baissée sur ma poitrine. —Comment ça rien ? Questionna ce dernier en soulevant mon menton. Anya ? Où se cache donc votre intendante ? Anya ? »

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La femme arriva le bijou de tête pendant au milieu de son front. Elancée et gracieuse, elle inclina la tête les mains jointes sur sa poitrine. Anya était l’épouse d’un seigneur attaché à mon Conseil. « Qu’est-il arrivé à votre reine ? Parle ! —je pourrais vous répondre Majesté seulement si votre reine m’y autorise. Personne ici ne me contraindra à nuire à ma souveraine, pas même un prince venu d’ailleurs. —Votre reine, ma femme est dans un état différent de celui dont vous et mois sommes habitués à contempler. Peu m’importe vos préceptes ou bien votre loyauté sans faille, j’exige des réponses ! —Ibalt. Je m’étonne que vos espions n’aient pas réussi à me trouver alors que toutes les attentions se trouvaient être sur le champ de bataille. Si vous aviez un tant soi peu d’estime pour votre reine vous en sauriez bien plus sur mes va-et-vient que mes domestiques dont lla loyauté ne pourrait être contestée. —Que voulez-vous dire ? —Mes sujets sont ici à ma demande. Beaucoup pour ne pas dire la majorité ne souhaitait pas se battre, grand nombre de mes seigneurs ne reviendront pas. Leurs fils seront des orphelins et leurs épouses et filles pleureront sur leur nom. Il n’y a pas plus grande peine pour une reine que celui d’assister à leur chagri. Alors j’ai accompagné leurs derniers moments sur le camp de bataille en tant que frères d’armes. —Vous étiez….avec votre armée ? Vous auriez pu y rester. C’est de la pure folie. —Anya, vous pouvez nous laisser…Avouez que vous auriez été soulagé d’apprendre mon trépas. Ainsi débarrassé de ma personne vous auriez tenu les rênes du pouvoir sans aucun déplaisir. Ne me dites pas que cette idée ne vous a pas effleuré l’esprit. Votre frère lui en a

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exprimé le souhait. Vous n’êtes pas le seul à disposer d’oreilles dans le camp adverse. » On resta là à se fixer. Il quitta la tente sans rien ajouter d’autre. A la nuit tombée, on s’approcha de ma couche et Eothen se pencha au-dessus de mon corps allongé. Son index se posa sur mes lèvres. « Je ne pouvais attendre demain pour vous parler. Rowen projette de vous tuer maintenant que vous êtes mariée à Ibalt. C’est vous qu’il voulait mais vous l’avez trahi comme tant d’autres avant vous. Nulle compassion pour les adversaires de Rowen. Non, restes allongée ! Burl dit que vous êtes blessée. Vous devez rentrer vous mettre à l’abri. Antrill est à une journée de marche et…. » Alors je me redressais, la gorge nouée et les larmes aux yeux. Ma main se posa sur la sienne. Il détourna le regard. il n’avait plus de barbe ni de longs cheveux, c’était là un autre homme pour qui mon cœur battait. « … mettez-vous à l’abri, Aldren. Vous avez le devoir de vivre et non pas vous sacrifier pour cette bataille qui n’est pas la vôtre. » Ma tête se baissa, le cœur gros. Il me fixait et la chaleur de son regard me réchauffa, m’apaisa. « Comment est mon frère ? Vous respecte-til ? —Il n’est pas si différent de l’homme qu’il était auparavant. Il n’a pas ni votre charisme ni la détermination de Rowen mais il est sensible, ce qui fait de lui un potentiel allié. —Vous avez raison. Il vous a toujours trouvée plaisante et lucide. Ce mariage est pour lui un gage de foi. Cependant Rowen a sur lui une grande influence. Il ne pourrait en être autrement pour deux frères qui ont vécu étroitement les mêmes tourments. —Et comment est votre épouse ? Vous étiez si rayonnants tous deux le soir de vos noces que j’aie éprouvé un grand soulagement. »

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Son regard plongea dans le mien. Assis près de moi, il ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. Sa main serra la mienne. Pourquoi ne pouvions-nous pas vivre nos vies sans souffrir ? « Aldren. Je ne suis pas pressée de l’aimer. Il me fat d’abord mettre un terme à cette guerre et une fois à Bérétor je ferai annuler ce mariage. Ce n’est qu’une ineptie, Idreg sera une reine libre et je renoncerai au trône pour aspirer à une existence plus conforme à mes aspirations. —Vous pouviez le faire avant afin d’éviter cette guerre, pleurai-je laissant perler une larme sur ma joue. —Non. Si je l’eus fait avant votre sort aurait été bien moins enviable. On ne s’enfuit pas devant ses responsabilités et votre peuple n’aurait pas légitimé votre naissance, répugnant à servir une souveraine sans inclinaison pour les siens. Parfois il est nécessaire de se montrer pragmatique. —Trouvez-vous admirable mes choix ? —Vous êtes une bonne reine Aldren. Votre engouement pour les vôtres est sans égale et partout où l’on se rend l’on ne parle que de vous et des vos exploits. De votre don du sacrifice et bien plus encore. On parle de vos visions comme d’un signe de grande sagesse et Ibalt peut se féliciter d’avoir une épouse comme vous. —Oh, Eothen…. » Et un torrent de larmes inondèrent mes joues. Il me serra dans ses bras afin de calmer mon chagrin et sa main recouvrit mon crâne. Ses lèvres se posèrent sur mon front. « Partez tant qu’il est encore temps. Rowen ne reculera devant rien pour triompher des lois qu’il tend à réformer pour régner en maitre absolu sur toutes ces terres. Ne craquez pas maintenant et si je survis à tout cela, je ferai ériger un temple à Béréthor afin que les Olmurils puissent librement se consacrer à leur culte. Il me faut partir. Prenez soin de vous. »

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Les blessés se chiffraient en milliers et ma matiée fut consacrée à leurs soins ; bien plus qu’une reine n’aurait supporté. Icta m’apparut au milieu des autres prêtresses attachées au culte de la grande Enori, Déesse de la famille et de la guérison. « Votre époux est rongé par le remord. Il se dit qu’il peut désobéir à la raison car la parole de Rowen est plus forte que tout. Cependant il ne vous laissera pas tomber. —Je suis soulagée de l’apprendre Icta. Etaitce pour me rassurer sur ce fait que tu as réclamé l’attention du seigneur Méowyn ? Nous parviendrons à un arrangement satisfaisait toi et moi, une future prédicatrice de ta lignée est en droit de seconder une reine. —Je suis navrée pour Iponèd. Je ne suis pas encore capable d’analyser les présages et je ne serais d’aucune utilité à ma reine. J’ai failli à mon devoir de vous protéger. Vous auriez pu chercher à me le faire payer. C’est là votre bon droit. Au temps de vos aïeux on m’aurait fouetté en place public pour avoir ainsi trompé et berner les fidèles. Mon châtiment n’est que plus mérité. » Elle se jeta à terre et leva les mains au ciel. Au loin Ibalt m’étudiait. Il me fixait. Possible qu’il sache pour son la visite nocturne d’Eothen. Plus tard dans mon bain le souvenir de béréthor occupa mon esprit. « Que vous voulez cette prêtresse toute à l’heure ? Questionna Ibalt en s’asseyant sur le rebord de la cuve. En cuivre. On dirait qu’elle te plait, cette beauté singulière aux cheveux blonds et aux yeux pénétrants. Elle aurait des dons de cognition décelés depuis sa prime enfance. Vous êtes faites pour vous entendre. —Elle vous plait autant à vous qu’à moi mais pas pour les mêmes raisons. Si vous pensez qu’elle puisse avoir sa place parmi nous alors je la ferai mander.

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—Faites ce que bon vous semble. —Votre maîtresse sera contrariée de vous savoir marier, qui plus est tenté par les charmes d’une prêtresse. Ne croyez-vous pas qu’il vous faille opter pour nos coutumes et nos croyances ? —Et ainsi passer pour un faible aux yeux de tous ! Votre monde des un mystère pour le mien. Il aurait été si simple pour vous de naitre dans en Amédée. Nous n’aurions pas eu toutes ces complications. » A l’aide d’une éponge végétale il entreprit de me laver. Il avait l’expérience des femmes. Dégageant mes cheveux de ma nuque, il passa avec délicatesse sur mes épaules et toute partie de mon anatomie qui s’offrait à lui. il était délicat et appliqué. « Vous devriez rentrer à Antrill. Vous serez moins exposée là-bas qu’ici. Et vous ne dépendrez pas de tous vos généraux. Je vous escorterez. —Pourquoi prendrez-vous le risque de désobéir à Rowen ? Vous savez qu’il a dépêché des mercenaires pour me tuer. L’occasion reste à trouver. —Ah, ah ! Vous nous prêtez des intentions que nous n’avons pas. Apr7s avoir été notre belle-mère vous êtes aujourd’hui ma femme et sa sœur. Vous êtes depuis toujours dans notre famille. Alors la lame qui viendra vous tuer ne sera pas celle d’un Ascaris. —Donc vous confirmer qu’une lame viendra me tuer, d’où ces mises en garde. » Il ne répondit rien et poursuivit mon lavage ; aucun de nous ne sembla vouloir parler. Ibalt savait se taire. A Béréthor il avait vécu dans l’ombre de ses frères dont les réputations n’étaient plus à faire. Ibalt plaisait aux femmes par sa sensibilité et elles se seraient entretuées pour une nuit passée dans ses bras ; partout où il passait on le voyait, son visage captait la

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lumière mieux que personne et faisait scintiller sa peau lumineuse. Ce temps-là n’était pas si ancien, les femmes continuaient à rougir en sa présence et j’en étais pas exclue ; A béréthor les jouvencelles parlaient de son aptitude à briser les cœurs avant même qu’ils ne battent. Une domestique me tendit une serviette et nue mon corps reluisant apparut devant Ibalt qui ne baissa pas les yeux, contemplant chaque détail de mon anatomie. La petite fille chétive que j’avais été n’était plus, il avait du sen rendre compte au fil des années. Il me suivit jusqu’à mon vestiaire où les habilleuses tenaient mes royales parures, soient des armures rutilantes aux arabesques dorées sculptées sur le torse que l’on posait sue une tunique grise que l’on pensait fabriquée avec des fils d’araignées. « Antrill est un lieu de placidité où nul ennemi ne viendra vous déloger et comme je viens de le formuler, nous pourrons vous escorter mes hommes et moi. —Et laissez mes vassaux finir cette bataille ? Je m’y refuse Ibalt car c’est ici que je conçois une possible victoire. Que penserait-on de moi si je fuyais le combat ? je vous devine soucieux. Que pensez-vous de cette armure ? N’est-elle pas magnifique ? Les artisans royaux sont d’habiles maitres en leur domaine. Le jour où vous vous en retournerez en Amédée il vous en sera confectionner pour votre garde-robe et ce, à ma demande. Cela sera un nuptial présent puisque nous ne seront pas appelés à nous revoir avant longtemps. Aidez-moi à la revêtir. » Il s’exécuta et je frémis au contact de ses doigts sur ma peau. Mes tétons durcirent et les yeux fermés j’entrevis le visage d’Eothen. Il se tenait là, près de moi et son souffle recouvrit mon visage ; ses caresses brûlèrent ma peau et nos lèvres allèrent se rejoindre quand la main d’Ibalt se posa sur mon sein.

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« Il serait dommage d’emprisonner votre corps derrière une telle armure quand on jouit d’attributs si avantageux. —Votre fiancée aura plaisir à vous revoir, murmurai-je au creux de son oreille, et dans ses bras vous ne vous souviendrez probablement plus de ce corps si flatteur. Il vous suffira de tourner la tête pour mon image s’estompe inexorablement. —C’est un fait. Alors c’est armure reste la seule barrière entre vous et moi. Qu’on ne me reproche pas ensuite d’avoir fraternisé avec vous autres Olmurils. » Et comme pour appuyer ses dires, on m’annonça la présence du prince Rowen. Des éclairs animaient leurs yeux et Rowen la main posée sur l’épaule de son frère m’étudiait du coin de l’œil. « Pourquoi n’es-tu pas avec tes vassaux, Ibalt ? On pourrait penser que la compagnie de ma sœur et reine t’est-il plus profitable. Et notre Aldren est devenue une guerrière parmi la plus zélée des impétueuses. L’épouse de ce traitre d’Eothen, vois-tu a été inspirée par les exploits de ta femme. On l’aurais aperçue montée sur un cheval blanc et encourageant son armée à ne pas faiblir devant nos puissants guerriers. Il semblerait que tu soie vous soyez devenue un modèle de droiture aldren. —Que de flagornerie mon frère, sont-elles justifiées ? lança Ibalt assis dans sa cathèdre. Mon épouse est vénérée dans cette partie du monde pour la nature de ses sentiments. Rien n’est plus exaltant qu’une reine passionnée répondant à un idéal. » Un domestique apporta un plateau de boissons et une fois assise près d’Ibalt, force de constater que Rowen ne trouva pas où s’assoir ; il n’était qu’un simple exécutant, un prince dans une comté lointaine et non plus notre égal. Cette démonstration de pouvoir devait l’affecter, lui

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qui convoitait le titre de roi. Et pour mieux enfoncer le clou, Ibalt gonfla du torse, le menton relevé si majestueux sur son siège richement orné. A sa gauche campait non pas son écuyer mais bien le chambellan de notre cour,, le vénérable Octario prêt à remettre le visiteur impudent à sa place et la main collée sur son sa longue cannée d’or il affirmerait le pouvoir de son nouveau roi. « Mon frère est roi et pas des moindres. Il est à ce jour, le souverain de ces terres et à la tête d’une puissante armée. Une telle responsabilité ne peut tombée dans les mains d’un parjure si tenté soit-il qu’il n’est pas un lâche. —Mon époux, roi des Olmurils reste fidèle à ses terres d’Amédée, répondis-je prestement afin de ne pas lui laisser le temps de le faire. Ce n’est pas une distraction que celui de siéger sur un trône laissé vaquant par cette guerre sans nom. Je l’ai choisi afin d’accomplir cette mission et parce qu’il est sage en dépit de tout ce que vous pensez de lui. » Ibalt me fixait du coin de l’œil. Son attention à cet instant fut entière. Si nous avions été seuls, il m’aurait tenu dans ses bras ou bien exprimé des paroles bienveillantes. « Ibalt est roi de mes terres et tant qu’il vivra, mon royaume connaitra la paix. —Cela me rassure de l’entendre. Une fois roi d’Ascaris je ferai en sorte de ne pas l’oublier. Mais en attendant de voir votre époux illustrer les propos de vos mages nous avons une guerre à gagner. Et une bataille ne se gagne pas en minaudant dans son coin au milieu de tout ce luxe. Alors je préconise que toi, Ibalt sorte de cette tente pour venir discuter des modalités de notre contrat. —Je te rejoindrais quand j’en aurais décidé. Les questions relatives à la gestion de ce royaume occupent mon esprit et nécessitent que

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j’y réponse, c’est bien là ce que l’attend de moi mon frère. —Soit, nous en parlerons plus tard. J’ai moimême tant à penser. Ne risquons pas de perdre notre précieux temps dans pareilles vanités, tu sauras où me trouver le moment venu afin d’œuvrer pour le bien de tous ! Aldren, le plaisir fut pour moi. » Il me salua bien bas avant de disparaitre. De nouveau les yeux d’Iblat se posèrent sur sa reine et il se pencha à mon oreille. « Partez pour Antrill, Aldren. Avancez un quelconque prétexte mais ne restez pas ici, pas tant que Rowen tient sa purge. Il a fait massacrer les seigneurs prisonniers et loyaux à Eothen quand lui s’est montré plus magnanime en nous renvoyant nos blessés. Aldren, je sais qu’il n’est pas de votre habitude de nous faire confiance mais vous avez dit m’avoir épousé pour ma sagesse alors ce conseil ne peut-être tu. —Je vais y réfléchir. » Le camp semblait calme. Du moins en apparence. Quelque chose de froid soufflait entre les tentes et devant l’enclos de mon cheval et le capuche sur la tête, personne ne s’intéressait à ma personne. Orul frémit les naseaux en me reniflant et tapa du pied pour marquer son impatience ; Et le convoi s’ébranla avec la bannière de ma famille claquant au vent. Le camp s’éloignait jusqu’ à devenir un lointain repère et au petit trop les cavaliers filèrent à travers plaine. Un trait traversa le ciel suivit par une vingtaine d’autres et avant de comprendre ce qui nous tombait dessus, les corps s’écroulèrent hors de leur monture. Ceux qui ne furent pas tués sur le coup se hissèrent sur leur jambe et dégainèrent quand autour d’eux les chevaux continuaient à galoper. La fin était proche. D’un bond je me relevai pour constater que tout cela n’était qu’un rêve.

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« Majesté ! Majesté ! »Anya se tenait près de ma couche. « Il est temps de parti majesté. Vos hommes sont prêts. Majesté ? —Allez quérir la prêtresse Icta. » Cette dernière arriva dans les minutes qui suivirent et son regard lointain me pénétra. « J’ai fait un rêve dans lequel je voyais mes hommes se faire tuer. Etait-ce là un pressage, Ibalt m’encourage à rejoindre Antrill pour m’y cacher. Il sait que son frère me tuera si je reste ici, mais une reine ne peut fuir face à la menace. Je ne peux fuir Icta. —Les questions que vous vous posez majesté n’ont pas de réponses en ce monde. Il suffit de peur de choses pour que de tels événements se produisent. Notre roi est venu nous consulter. —Ibalt ? Comment est-ce possible ? —Il dit vouloir comprendre notre religion. Un homme qui ne connait pas ses sujets ne peut régner en conséquence. Il s’est montré très empressé de nous interroger et Sa Majesté court un grand danger. Le Prince Rowen convoite le pouvoir et une alliance avec vous lui serait profitable. » Alors mon cœur battit la chamade. Ibalt allait mourir par ma faute. La panique me saisit. « Où est-il ? Où est Ibalt ? —Il fait route vers le nord à la demande de Rowen. Il doit attaquer le flanc ouest du roi Eothen. » Mon cheval fut sellé et mon escorte m’escorta aussi loin que nous pûmes galoper. Au loin enfin la cohorte se présenta à nos yeux. Mon héraut sonna le cor, ce qui eut pour effet de stopper la progression des chevaliers d’Ascaris. « Aldren ? Mais que faites-vous ici ? —Vous êtes mon époux. Mon devoir est celui d’être près de vous ! Votre frère ignore les positions actuelles des troupes d’Eothen. Il vous conduit droit dans un guet-apens.

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—Nous sommes en guerre pour le cas où vous ne l’auriez pas remarqué et mes hommes attendent à ce qu’on les guide. Les visions qui vous assaillent ne sont que des mauvais rêves et ce que votre prêtresse voit ne peut-être authentifié comme vérité, murmura-t-il sans me lâcher des yeux. On se remet en route ! Aldren votre place n’est pas ici mais à Antrill ! » Il talonna son cheval pour filer ventre à terre vers le danger. On les suivit jusqu’à une gorge étroite, l’endroit parfait pour une embuscade. Ils sont là Aldren, prêts à vous exterminer ! La petite voix résonna dans ma tête et crispée sur mes rênes, mes yeux sondèrent la ligne car derrière chaque arbre pouvait se cacher un archet. Une pluie de traits traversa les cieux et ce fut la débandade quand les flèches s’abattirent sur les cavaliers, transperçant leur armure et mettant à terre leur monture. Ce fut la débandade à l’arrière et avant que les Olmurils n’encerclent les troupes de son roi, je fus projetée hors de ma selle. Une flèche venait de perforer mon épaule. Le souffle coupé, la panique me gagna à l’idée de mourir loin de ceux que j’aimais. Mon âme quitta mon enveloppe corporelle tel un souffle léger et vaporeux. Cette âme survola la scène de bataille et plongea vers Ibalt. Il se redressa l’épée à la main et se précipita vers l’arrière, les larmes bordant ses yeux limpides. Il trouva mon corps qu’il protégea du sien et ordonna le repli. Puis une vision m’assaillit. Celle de mes parents marchant main dans la main vers la vérité symbolisée par la porte de notre monde invisible et un homme se tenait là dont la silhouette diffuse profilait face à la fumière. Il s’agissait de Duéril III, les mains glissées dans les manches de son manteau longs et soyeux aussi scintillant qu’une voute étoilée.

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« Votre fille héritière a un don. Celui de précognition comme ces aïeux avant elle. Elle ignore encore ce dont elle est capable. Elle détient un tel pouvoir qu’il serait dangereux de la laisser à des mains indélicates comme celles d’Eothen. Elle doit rallier à notre cause. Si je vous tiens pareil propos c’est bien pour vous encourager à vouloir l’encourager à voir la vérité. » Il versa du poison dans leur verre avant de le leur apporter. Comment avait-il pu ? « Votre fille a besoin de votre soutien. Une vie pour en sauver une autre, n’est-ce pas ? La maladie, la peur, le chagrin, tout malheur en ce monde peut-être éradiqué par une telle bonté. Notre reine d’Ascaris et votre fille légitime, héritière de ce royaume ne sera que vous en être redevable. » Une impression désagréable m’envahit de l’intérieur. Le poison fut tel que mon corps se cambra et une main apaisante se posa sur ma joue. Ma chérie, rends grâce aux Dieux pour ce qu’il t’arrive. Tu es plus forte que tu ne le crois, alors bats-toi ! Bats-toi ! Une voix d’enfant chantait à présent. Une fillette de dix ans peut-être plus assise sur un muret brodant des runes sur un tissu aérien. Entra Méowyn avançant près de l’enfant après qu’on l’ait autorisé à le faire. « Votre père souhaite vous saluer une dernière fois avant notre voyage et le prince Eothen me charge de vous conduire auprès de lui. Ma position de chevalier lige ne me permet pas de me dérober à cette tâche. Serez-vous prête à me suivre ? —Un jour Méowyn je mourrais près de mon époux, roi d’Ascaris et de ce royaume. Vous ne pourrez empêcher cela mais vos mains empoigneront la vie de ceux qui n’ont pas foi en la sagesse de mon peuple.

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—Il est mon devoir de servir les intérêts de notre royaume et le seul vrai Dieu est celui de mon roi. Si vous prétendez devenir une grande reine alors renoncez dès à présent aux croyances de vos ancêtres. —Vous êtes arrogant comme tous ceux de votre royaume, pourtant je suis prête à vous faire confiance si vous ne vous montrez pas si désobligeant ! » Une main me fit boire lentement. Bois, Aldren. Cela fait depuis plusieurs jours que vous êtes ainsi mais vous survivrez. Un baiser fut déposé sur mes lèvres. Et Eothen apparut à mes yeux, derrière un voile translucide. Mon souffle s’accéléra et plus encore quand il porta mes mains à ses lèvres. « Aldren se meurt. Cela fait depuis cinq jours qu’elle est dans cet état sans que rien ne change. Que dois-je faire ? Eothen….que dois-je faire ? —Tu dois la délivrer. La remettre à des religieux et la laisser auprès des siens. —Non, je ne peux pas laisser faire ça. Elle est ma femme et ces religieux sont des fanatiques qui la brûleront avant de tenter de la sauver par des moyens plus humains. Ce dont elle a besoin ce sont des soins appropriés non pas des prières futiles et….Eothen, qu’aurais-tu fait à ma place ? —Je l’aurais remise aux siens. Les vieux mages appelés les Croyants. Ils redonnent vie à ce qui est détruit. Mais s’ils échouent… Depuis longtemps j’ai accepté ce destin et Rowen a malheureusement raison. Je n’aurai jamais du régner. Je l’ai fait pour m’attirer le respect d’une reine. Aujourd’hui plus que jamais je mets en péril la vie des miens, de mes frères autant que celle de mes hommes. Ce n’est pas ainsi que j’envisageai de finir. Aldren mérite d’être heureuse près de toi et c’est vous seuls qui triompherez. »

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Ainsi l’une de mes visions allait se réaliser sans que je ne puisse rien y faire. Par tous les moyens mon âme essayait de pénétrer ce corps inerte serré dans les bras d’Ibalt. Il me tenait serré, la tête enfouie dans le creux de mon bras et il se lamentait de ne pouvoir plus pour le salut de sa reine. Icta arriva et se prosterna devant le dais royal ; autour se massaient les Mages, les Croyants venus pour m’honorer une dernière fois. Ibalt remit mon corps aux Mages et une fois au sanctuaire de Baelish Er Lorn, les lourdes portes se refermèrent derrière le cortège de Croyants. La foule uniforme et compacte se massait autour du temple et leurs prières se conjuguaient à celles des mages. Mon âme suivit Ibalt bouleversé par mon état ; Il alla rejoindre un homme encapuchonné qui n’était autre qu’Eothen, en retrait derrière ce parterre de croyants tout de blanc vêtu. « J’ai une dette envers toi mon frère mais je ne peux accepter ta proposition. Aldren non plus, ne l’aurait pas accepté. Elle te connaît mieux que nous autres Ascaris et nous aurions du l’écouter, mais aucun de nous n’a jugé utile de le faire. » Eothen le conduisit à part, sous les arcades et posa sa robuste main sur l’épaule de son frère. « C’est maintenant plus que jamais que tu dois la soutenir dans les épreuves qu’elle traversent. Elle voulait un monde de paix et nous lui offrons que la mort et jamais elle ne nous a abandonné. Elle a tenu malgré la perte de ses amis et de sa famille. Puis elle t’a choisie, toi dans l’espoir que tu la suives. Depuis qu’elle est enfant elle sait qu’elle devait épouser l’un de nous mais seul père a pensé qu’il serait l’élu. —Que racontes-tu ? Père ne l’a épousée que dans le seul but de renforcer nos frontières. —Alors tu es bien naïf. Aldren est la réponse à toutes les questions que l’on se pose. Il suffit

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de l’observer, de la voir sourire et attendre de nous que nous exprimions le meilleur de nos sentiments. Il n’y a pas plus honorable que de voir son regard posé sur nous pour nous happer littéralement pour ne plus nous lâcher. C’est bien toi qu’elle a choisi Ibalt alors pars la retrouver et n’ait pas peur de l’aimer. Elle saura de le rendre. Cette guerre je ne la gagnerais pas. Rowen sera le grand vainqueur et toi Ibat….tu auras prêt de toi la femme qu’il ne possédera jamais. » La suite je ne m’en souvins pas. Allongée sur la terrasse du palais de mon père mes yeux s’habituèrent à la vue de ces jardins aux senteurs extraordinaires ; des enfants s’amusaient ici et là, courant en tout sens sous et quelque part la musique montait dans les cieux. En tournant la tête, Icta se trouvait être près de moi, sans sourciller. A l’instant où son regard croisa le mien elle quitta ses thunes pour se jeter à mes pieds. « Vous êtes réveillée majesté ! Cela fait si longtemps. Le roi a demandé à ce qu’on vous laisse le plus souvent possible dehors. Il va être si soulagé et heureux de vous savoir réveillée. » Elle se leva en le voyant arriver et lui déposa un long baiser sur mon front. « C’est un miracle, un miracle ! Aldren, j’ai prié pour le salut de votre âme. —Que s’est-il passé ? —De quoi vous souvenez-vous exactement ? —Méowyn. Il m’avertissait que nous devions partir sous les ordres de père. Combien de temps ai-je dormi ? —Euh….un petit moment déjà. Cela fait bientôt cinq semaines. Vous étiez très grièvement blessée et les Mages se sont occupés de vous. —Où est Eothen ? »

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Son visage se voila et prit un teint plus sombre, son regard se baissa et il se caressa longuement la barbe. « Il n’est plus. Mon frère nous a quittés. Il disait ne pas pouvoir faire autrement et il s’est donné la mort noblement en marchant contre les épées des chevaliers de Rowen. On dit que ses dernières paroles furent pour vous. J’aurais voulu vous taire la vérité mais je ne peux pas. Je ne peux pas. Il vaut mieux que vous sachiez toute la vérité concernant Eothen. —Rowen sera donc le nouveau roi ? J’aurai préféré ne pas me réveiller plutôt que d’entendre ça. Où est-il tombé ? Où le corps d’Eothen repose-t-il ? —Non loin du sanctuaire de Baelish Er Loch. Rowen a fait exécuter ses généraux ? Je n’ai pu en sauver qu’une poignée, alors que j’aurais pu tous les sauver. —Mais vous ne l’avez pas sauvé lui ! » Les larmes inondèrent les yeux d’Ibalt. Pendant de longues minutes il me fixait perdu dans ses pensées et les poings serrés. « Il ne m’a laissé la possibilité de te faire. Sa tentative d’infiltrer les lignes était voué à l’échec et personne n’aurait songé qu’il puisse délibérément se jeter sous les armes de l’ennemi. Ce n’est que plus tard qu’on m’a informé qu’Eothen n’était là où on l’espérait. J’en suis profondément navré sachant à quel point vous l’aimiez et qu’il vous aimait. Je ne suis pas digne de prendre sa succession dans votre cœur. —Ibalt, donnez moi votre main. Vous êtes mon époux, celui que j’ai choisi. Vous fustigez ne résoudra rien, Eothen a fait ce qu’il fallait faire. Embrasez-moi Ibalt. » Ses lèvres se posèrent sur ma joue, puis sur mes lèvres. Les siennes douces et chaudes m’accueillirent avec passion et plus il m’embrassait et plus mon cœur s’enlaçait au

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sien. Mes larmes inondèrent mes joues et il les baisa. Il pleura à son tour en me serrant fort tout contre lui. a cet instant précis je sus exactement qui j’étais et ce qu’il me fallait faire pour préserver cet amour. Et Méowyn arriva à moi ; or pendant tut ce temps on lui avait refusé l’accès à mes appartements. Ces ordres émanait de mon époux, ce dernier pensait à tort que sa présence n’arrangerait rien à la situation ; il se présenta dans la grande salle d’audience et posa un genou devant mon trône. Qui aurait pu penser qu’à cet instant il se serait mis à pleurer ? De véritables larmes embuaient ses yeux rendus brillant par l’émotion et par humilité il resta ainsi prosterné sans ouvrir la bouche. Il me voyait, non plus comme Aldren la jeune reine qu’il avait connue par le passé, mais comme Aldren celle qui renaissait de ses cendres. « Relevez-vous Méowyn. Vous ne pensez pas que je me battrais et que je triompherai. Pour la dernière fois j’offre à nos peuples le spectacle de ma réminiscence. Les lâches sont heureux d’avoir survécus à cette purge quand leur roi légitime attendait leur soutien et ils sont nombreux à féliciter l’audace du régicide. —Majesté. La mort d’Eothen m’accable autant que vous et je suis venu pour…. —Où étiez-vous pendant qu’il se faisait mettre en pièce par les soldats de Rowen ? Peutêtre vous cachiez-vous derrière Dueril, ou derrière tout autre conspirateur ? Vous avez connu mon père par le passé et mon premier époux. Vous avez juré à ce dernier de me servir jusqu’au bout en éloignant de votre épée mes adversaires et sans cesse vous venez vous apitoyer sur votre sort. C’est inutile de pleurer sur ce qui se trouve être derrière soi, n’est-ce pas ? —Cela dépend des circonstances.

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—Je veux vous entendre dire que vous avez été un lâche pour ce roi que vous deviez servir. —Il m’a banni des terres d’Ascaris parce que selon lui je me montrai trop ambitieux. Or je n’ai fait que me montrer disponible pour vous Majesté. Le seigneur Dueril m’a donné un titre, des hommes et un fief. Je l’ai accepté car c’était pour moi la seule façon ne pas vous perdre. —Vous avez toujours été ambitieux Méowyn. Vous avez profité de ma bonté, de ma naïveté pour tisser une toile autour de moi. Vous n’avez fait que me précipiter vers une fin, celle que vous imaginiez pour ma personne. En le trahissant lui, c’est moi que vous trahissiez. —Alors vous êtes bien mal avisé Majesté, répondit-il d’un ton qui ne laissait nulle place au doute. Certains de vos conseillers devraient se renseigner plutôt que prêter pareilles diffamations à un seigneur qui…. —Assez ! Tout cela est votre œuvre. Depuis le début, depuis cette citadelle vous saviez qu’il vous suffisait d’attendre et que vous serez malin pour ne pas éveiller les soupçons des fils de mon défunt roi. Vous l’avez empoisonné alors qu’il vous portant en haute estime et vous considérait comme un fils. Votre idée était que ses fils s’entretuent pour que vous puissiez entrer en libérateur à Béréthor. —Je ne suis pas certain de comprendre. Seriez-vous entrain de m’accuser ? —Oui, Icta a essayé de me mettre en garde et d’autres avant elle. D’autres que vous avez fait exécutés parce qu’ils en savaient trop. Je l’ai compris au moment où j’ai perdu Iponèd. Vous n’avez pas semblé surpris de la réaction de Rowen. Tout cela était prémédité, tout comme votre attitude devant mes parents pour les contraindre à se donner la mort. —Je ne me tenais pas près d’eux au moment de leur trépas. Cette mauvaise information vise

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à me perdre et je refuse d’en entendre davantage. —Vous peut-être, mais le peuple Olmuril a besoin de savoir, de voir le visage du meurtrier de ces rois, donner un nom à cet assassin jadis ambassadeur auprès d’Aldric et que vous avez empoisonné de la même façon que les miens, déclarai-je en tremblant. Vous n’avez pas pensé que votre perfidie vous conduirait à commettre une erreur. » Il tourna la tête pour constater l’arrivée des Mages, des courtisans et d’Ibalt ; son regard passa de l’un à l’autre comme essayant de trouver un salut parmi ces derniers. Aucun pourtant ne fut disposé à le secourir et lentement je descendis vers lui. « Vous pensez connaitre la vérité majesté mais la tristesse vous accable. Il ne pourrait en être autrement. C’est absurde, tout cela est des plus absurdes et je refuse de penser que l’on vous manipule de la sorte. —Ainsi vous connaitrez la déception de ne pas le faire vous-même ! Pendant que vous me pensiez condamnés, quelque part des hommes et des femmes se sont légués pour m’apporter la vérité. Vous auriez tort de nous sous-estimer. Nous savons tous qui vous êtes et plus rien ni personne ne pourra vous sauver. » Il resta longtemps à me fixer de ses yeux verts quand un voile noir ombragea son regard. Les traits de son visage se durcirent ; il n’eut plus rien d’agréable car ainsi dévoilée sa nature refaisait surface, amère et maléfique ; sa noire chevelure encadrait ce visage inamical et cynique. S’il ne s’était trouvé tout ce monde dans cette salle, il m’aurait enfoncé sa dague dans mon cœur. Un sourire apparut à la commissure de ses lèvres, un sourire qui me glaça d’effroi. « Et qu’adviendra-t-il de vous majesté ? Ne craignez-vous pas de vous corrompre au nom de

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la dite vérité ? Il vous aura fallu une guerre pour comprendre que votre destin ne se trouvait pas là où vous l’attendiez. Etait-ce vraiment ce au quel vous étiez destinée ? » Ibalt fit signe aux gardes de s’emparer de lui. il ne se débattit pas et me fixa amusé par cette mise en scène. « Eothen aurait voulu vous voir vivre votre vie et non pas celle d’une autre. Il est mort en vain, lui qui aurait tout sacrifié pour vous. —Il est mort avec honneur et pour une cause qu’il a défendue. On ne pourra pas en dire autant de vous puisque l’amour vous est inconnu et ne vous sera jamais offert. Soyez certain que là où l’on vous jettera vos organes pourriront dans l’indifférence générale. » Il s’en alla sous bonne escorte. Au dernier moment il se retourna pour me fixer. Aldren ! Aldren ! Ceci n’est que le commencement ! Il va te falloir bien plus que de l’intuition ! Mon cœur se mit à battre avec force et mon esprit s’embrouilla ; quelque part on essayait encore de me mettre en garde. FIN

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[Epilogue]

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Dépôt légal : [octobre 2015] Imprimé en France

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Loi des Sages