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(Page reste vierge image seulement pour finaliser le choix de la couverture)

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L’HEURE DES

CODES [Sous-titre]

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Du même auteur Aux éditions Polymnie’Script [La cave des Exclus]

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MEL ESPELLE

L’HEURE DES

CODES

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Polymnie ‘Script

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© 2014 – Mel Espelle. Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur.

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[Dédicace]

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[PrĂŠface]

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Chapitre 1

Londres 1931, Inutile de vous dire que je garde un très mauvais souvenir de Virgil. Petit garçon il était potelet, pervers et affreusement gâté ; il commençait toujours ses phrase par : « Moi je… » Et prenait un malin plaisir à nous remettre à notre place, nous autres fils de baronets ; il savait de par son talent à l’introspection et la cognition nous faire tirer des larmes de colère, de dédain ; fort d’une position sociale supérieure à la nôtre, Virgil restait un maitre incontestable de la rhétorique de mauvais parlementaire et il n’était pas rare de l’entendre dire que : « Les hommes forts sont faits pour gouverner ! » A l’entendre ainsi parler, je m’étais mise à écrire pour le dévier, lui, abject petite créature sans compassion. Un matin je l’avais surpris à fouiller dans mes affaires, ce qui eut pour effet de me rendre dingue voir complètement hystérique, s’en suivit un corps-à-corps des plus inégaux, lui franchement rondouillard et moi maigrichonne au point de sentir tous mes os sous ma peau ; la gouvernante dut nous séparer ; Hamilton et moi fûmes punis, excepté Virgil qui comme toujours s’en sortait bien. Nous avions longtemps cherché à l’ignorer mais l’ombre de Virgil précédait toujours sa massive silhouette et quand nous pensions être loin de lui voilà qu’il surgissait en sifflant, les narines écartées et la

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main posée sur sa poitrine. Nos longues récréations à la Callen’ House furent toujours gâchées par la présence de ce détestable gaillard, geignard et entêté. Il a fallut que nous le supportions jusqu’à son entrée à Eton, puis oxford ; jusqu’à ce jour je n’avais plus entendu parler de lui excepté dans les récits endiablé de mon cher Hamilton. Il disait de ce dernier : « Mieux vaut l’avoir mort qu’en peinture ! » Et moi de rire aux éclats en me souvenant de toutes ces heures passées à la terroriser quand lui n’était pas à trouver des stratagèmes pour nous humilier devant son parterre de flagorneurs parmi les illustres relations de son père. Hamilton et moI faisions tout pour le semer, pas étonnant par ailleurs qu’il n’ait pas cherché à me recontacter après ces longues années de silence. Hamilton le revoyait une fois par an au moment de leur villégiature en suisse, leur traditionnel séjour à la montagne dans un chalet partagé avec un bande de copains d’Oxford. Cercle très étroit dans lequel les femmes étaient naturellement exclues avant d’apprendre que certaines obtenaient les faveurs de ces gentlemen. Enfin bref, je reçus un appel de mon Hamilton disant que Virgil séjournait à Londres, lui avait une sainte horreur de la foule et des gens en dehors de ses relations privilégiées c’était bien là une première à noter d’une pierre blanche dans l’almanach du bon citoyen britannique. Hamilton tenait à ce que je le rencontre, histoire d’enterrer la hache de guerre. Mais peut-être n’en avais-je pas l’intention. Il m’avait oublié depuis toutes ces années ; pas un courrier, pas un appel ; possible également qu’il ait oublié jusqu’à mon nom. Il me fallut plus de quarante huit heures pour accepter. Fichtre ! Quel comportement devrais-je adopter face à ce monstre sans cœur et sans âme ? Il devait encore m’en vouloir d’avoir mis du sel dans sa citronnade ou badigeonner ses biscuits à la cannelle de foie de morue ; n’avais-je pas également dans un

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moment d’inspiration mis ses jouets au fond du parc dans un sac hermétique ? Cette rencontre ne m’enthousiasmait guère et pourtant ce matin-là j’enfilai ma robe verte pour me rendre à ce salon de thé. Allait-il seulement me reconnaitre ? Au salon baroque de ce lieu prisé je lorgnais tous les hommes entrant dans cet établissement, m’attardant sur ceux ayant un certain embonpoint ; Virgil devait bien avoir atteint le quintal, peut-être arborait-il une épaisse barbe et des vêtements d’un autre temps ? Il serait gras et puant, soufflant comme un buffle au moindre effort et après m’avoir toisé du regard il m’aurait accusé de sorcellerie pour tous les crimes commis au cours de notre enfance à la campagne. L’attente sembla durer une éternité et après avoir épluché le Times et le Sun, le Daily Mails et autres, je devais me mettre à l’évidence qu’il ne viendrait pas. C’était bien son genre, ne pas honorer les rendezvous ; les personnes dites importantes ne font pas attention à leurs semblables quand ils disposent d’un temps illimité. Un second café noir arriva et je consultais ma montre. Onze heures quinze. Toujours pas de Virgil. Classique. J’allais quitter mon emplacement, soit près de la fenêtre aux lourds rideaux vermeil quand un homme, tout de noir vêtu me bondit dessus. « Winnie ? Vous devez être Winnie. Je suis Virgil ! Pouvons-nous nous assoir, je vous prie ? Je suis profondément navré de vous avoir fait attendre. » Ce Virgil était plutôt bel homme, assez pour qu’on se retourne sur son passage. Un sourire franc mais timide apparut sur ses lèvres belles car bien dessinées. Que dire de son ténébreux regard qui me pétrifia ? Et puis il me toisait d’une bonne tête, voir plus ; adieux tous ses kilos superflus, ce Virgil-là avait la silhouette d’un sportif, homme habitué à une vie dans la nature et des loisirs dignes d’un champion de yacht. Les cheveux tirés sur le côté, il arborait un

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visage confiant emprunt de charme. Beaucoup de femmes l’auraient trouvé à leur goût. « J’aurais du prévenir le maitre d’hôtel quant à mon retard, seulement il m’aurait été impossible de vous convaincre de rester. Finalement j’ai du sauter à bord d’un livreur faisant route vers St James. —En toute honnêteté j’avais l’intention de partir. Mais… j’avoue avoir été surprise par votre requête. » Le serveur nous tendit la carte et Virgil disparut derrière celle-ci. Quant à moi je tentais de concentrer mon attention sur un détail de son anatomie pour ne pas perdre le fil de la conversation. En fait je ne savais quoi lui dire, de l’eau avait coulé sous les ponts et ce nom Virgil ne signifiait plus rien pour moi. Et face à mon malaise son sourire s’effaça. Il n’était pas stupide, il comprendrait mon malaise, puisque luimême ne sut comment engager la conversation. « Et bien, dites-moi comment vous trouvez Londres en cette partie de l’année ? Clarence me dit que vous êtes là de passage, n’est-ce pas ? » Il ferma la carte pour poser les mains sur ses jambes croisées et posa son regard sur un détail de la table basse. « Souhaitez-vous déjeuner ? Ils servent un délicieux coq au vin. On pourrait trouver leurs hors-d’œuvre tout à fait savoureux. Qu’en ditesvous ? » Il me parlait comme à une vieille amie alors que depuis toujours je ne le portais pas dans mon cœur, lui et ses idées réactionnaires. N’ayant pas de réponse de ma part, il changea de tactique. « Alors comme ça vous travaillez pour une maison d’édition ? Et cela vous plait-il ? —Assurément », murmurai-je sans vouloir rentrer dans les détails. Cet entretien serait à classer sans suite. Il m’avait toujours vu comme un imposteur, doté d’un sacré tempérament, j’étais à ses yeux une sorte de sibylle capable d’inverser le cours du temps, faire pleuvoir quand il faisait beau et apaiser la couleur de Jupiter quand les cieux s’assombrissaient. Il m’avait toujours vu comme une rivale se disputant l’amitié du brave petit Hamilton, l’ami de tous.

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Il me semblait encore l’entendre se plaindre de moi à son père : « Je ne veux pas qu’elle reste avec nous, père ! Elle ne sème que trouble et chaos ! Chassez-la hors de ces murs ou c’est moi qui partirais ! » Les sourcils de Virgil se froncèrent et je crus lire au fond de ses beaux yeux une forme de lassitude dont j’avais été habituée plus jeune. il voulait probablement savoir comment je m’en sortirais. Mettre les personnes en difficulté l’avait toujours amusé et une fois de plus il s’en tirerait victorieux. Il héla le garçon pour commander un café, refusant de rester en échec face à mon refus de déjeuner en sa compagnie. Il n’avait pas prévu cela ; en venant ici il avait du penser que je serais comme toutes les autres folle de lui et que je me mettrais à bavasser comme une pie, fanfaronnant sur mon expérience dans cette maison d’édition et jouant les ingénues quand il me questionnerais sur mes sorties dans la capitale. « Et où résidez-vous? » Questionnais-je pour constater que je le troublais. Il avait étudié à Eton et à oxford, il avait rencontré des personnalités augustes et de sa trempe et voilà qu’il se mettait à présent à douter de lui comme un petit garçon pris sur le fait de sa mièvrerie. « Je réside chez un ami. Le fils d’un amiral. Lui et moi avons été au Soudan. A l’époque le Ministère des Affaires Etrangères avait besoin de diplomates pour endiguer les conflits et cette expérience fut des plus enrichissantes, tant sur le plan humain que sur le plan stratégie. On ne peut comprendre les subtilités de notre fonction qu’en étant sur place. M’est-il indiscret de vous demander si vous écrivez toujours ? » Il refusait de me regarder. On aurait dit qu’il survolait cette scène à dix mille lieux d’ici. Que lui répondre ? Nous n’étions pas tout à fait sur la même longueur d’onde lui et moi ; il ne s’était jamais intéressé à mon travail, ni à mes loisirs et le fait qu’il me posa cette question me parut incongru. Alors j’expirais profondément en triturant mon collier de perles.

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«Oui, cette passion est par la force des choses devenue mon métier. C’est encore à Londres que je puisse tout mon inspiration. Pour cela il me suffit de m’assoir sur un banc pour me mettre à voyager ici et là. Forcer de constater que je suis une inconditionnelle de cette métropole qui tend à émouvoir, surprendre et fédérer. Et pour vous ? Quelle est votre actualité ? —Je suis toujours attaché au cabinet des Affaires Etrangères mais en ce moment je m’accorde une courte pause pour gérer les problèmes de succession de mon père. Il s’avère que me connaissances juridiques sont limitées et je ne veux en rien me sentir léser face aux procès incriminent les sociétés de mon père et ses créanciers. —Oui je l’ai appris en lisant le journal. Et… je suis profondément navrée pour votre père. Il était vraiment une belle personne, philanthrope et altruiste. Je ne connais pas d’homme plus généreux que lui et ce qu’il a fait pour ses semblables est tout à fait unique. A mon grand regret je n’ai pas pu me rendre à ses funérailles mais… —J’ai reçu votre lettre », coupa-t-il et son regard plongea brièvement dans le mien. La situation était déjà assez gênante comme ça pour qu’il en ajoute sur son père, et puis cela m’angoissait de devoir en parler. Le désir de fuir au plus vite me tenaillait. Au revoir Virgil et ravie de t’avoir revue ! Son regard eut quelque chose de franchement déroutant ; on eut dit des paillettes d’or scintillant sur son iris. Comment ne pas rester insensible ? « J’ai apprécié votre lettre. Vous avez un style bien à vous. Quant à mon père, il aura bien vécu. Sir Clarence vous aurait-il pour quelles raisons je souhaitais vous voir ? » Voilà donc, nous approchions du motif de notre rencontre; il ne faisait rien par hasard, avec lui tout était calculé et j’aurais dit le savoir quand Clarence vint me trouver pour me faire part de la requête de Virgil-tête d’œuf : « Juste un verre avec lui cela ne vous engage en rien ! Et s’il vous ennuie trop, rien ne

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vous empêche de foutre le camp avant que cela ne dégénère. » Maintenant tout me paraissait plus limpide et je me le figurais encore dans la demeure familiale des Harrington et dire à son père que les domestiques n’accomplissaient pas leur travail. Toujours là quand on ne s’y attendait pas et toujours là pour pourrir votre existence. « Je mets en vente le château dans les mois à venir et… j’aimerai que vous fassiez l’honneur de vous joindre à la vente de certains objets ayant appartenu à ma famille. Cela sera très intime. Une poignée d’amis seulement.» Il se leva à son tour et sa haute taille m’enveloppa. Oh, oui ! Il n’était plus le rondouillard d’antan, l’affreux garçon aux joues rondes et au regard pervers ! Là ce bel homme avait tous les motifs pour me dérouter, m’éloigner de mes opinions sur le véritable Virgil et telle une gosse effrayée je baissai la tête, m’accrochant à mon sac de façon assez ridicule d’ailleurs. Il me tendit une poignée de main. « Si cela vous dérange d’y assister je le conçois. C’est la raison pour laquelle je n’insisterai pas. Voici ma carte pour le cas où vous changeriez d’avis… Je vous raccompagne ? » Il régla nos cafés et m’aida à enfiler mon manteau. A le voir sourire, j’en frissonnais. Quant à Clarence je ne pouvais lui en vouloir d’avoir continué à le fréquenter, tous deux étaient restés de bons camarades ayant partagé Eton puis Oxford. Ils avaient appris à se respecter et au fond de moi je jalousais leur relation basée sur des centres d’intérêt commun. Par pudeur ou probablement parce qu’il savait que cela m’ennuierait, Clarence ne me parlait jamais de Virgil. Pourtant ils se fréquentaient tous deux assidument : Les Alpes, La France, la Suisse, l’Italie. Et dans la rue, il s’alluma une cigarette, le chapeau enfoncé sur la tête. « Une poignée d’amis vous dites ? Alors je vais prendre le temps de réfléchir. Je prends ce taxi… au revoir, Virgil ! »

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Ma mère, Lady Weston soupait avec Richard ; le lévrier irlandais vint à moi, famélique chien au dos vouté arborant une mine renfrogné, voire méprisable puisque j’avais osé manquer le diner. « Ma chérie est-ce toi ? Entendis-je demander, puis aussitôt la voix reprit. Il s’est comporté avec moi de façon très moral et il m’a fallu lui indiquer la porte. Veuillez m’excuser une toute petite seconde. Il y a des affaires d’ordre privé qui n’attendent pas ! » Et elle apparut dans l’encorbellement de la porte, sculpturale dans sa robe de satin crème. La moue boudeuse elle s’appuya contre le chambranle de la porte pour mieux me défigurer du haut de sa superbe. « Il se fait tard mais Bernie rajoutera une assiette pour toi si tu acceptes toutefois d’être des nôtres. Comment s’appelle ta conquête ? il a forcément un prénom et à en juger par le rouge qui colore tes joues, je dirais qu’il ne t’a pas laissée indifférente. Dis-moi tout ! Est-il riche au moins ? —Il s’agit de Virgil Harrington. —Lord Virgil Harrington ? Tu parles du fils prodigue de Lord Angus Harrington ? Je n’en crois pas un mot. Sir Richard est ici, alors surtout ne commet pas d’impair, murmura cette dernière en remettant une de mes mèches derrière mon oreille. Mots cohérents, phrases courtes et pensée rationnelle. Richard ! » Ce dernier se leva. Tout deux complotaient quelque chose. Ma mère restait une intrigante que ces précédents mariages et veuvages avaient rendus amers ; à jamais elle resterait pauvre et elle comptait sur moi pour la tirer du trou financier dans lequel elle s’était fourvoyait : mauvais investissements bancaires et dépenses excessives afin de préserver son train de vie. Elle empruntait à certains de ces amis et ces derniers agacés par sa fiévreuse personnalité ne donnaient plus suite à ses sollicitations. Richard restait son ami de toujours bien que leur relation restait des plus platoniques ; jamais entre eux ils ne parlaient d’amour et tout tournait autour de ses finances. Ils avaient tous deux un goût fort prononcé

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pour le luxe et par économie, ma mère accepta de louer le dernier étage de son luxueux hôtel contre service rendu puisqu’on ne pouvait parler de transaction financière, ce qui inéluctablement la conduirait à revoir leur amitié. Alors Richard jouait les pères et me trouvait toujours des tas de sobriquets pour illustrer le rôle qu’il tenait ici. Tour à tour, avocat, banquier, investisseur et charlatan il se déplaçait toujours dans l’ombre de ma mère encore assez jolie pour faire tourner la tête des vieux amiraux de Chelsea dont la pension de retraite lui permettait de vivre chichement à Biarritz, Paris, Rome et Madrid. Jamais je ne connus une femme aussi dépensière, désordonnée et désorganisée que cette dernière ; cependant elle s’évertuait pour ne rien en montrer aux simples mortels, ceux qui encore se précipitaient à ses devants pour lui être présentée. Richard alors que le souper n’avait pas pris fin alluma son cigare sans me lâcher des yeux. « Lord Harrington est donc en ville ? S’enquit-il des plus incrédules, Et on aurait omis de m’en informer. Décidément ce monde tourne de travers. Et que fais-il en ville ? —Probablement cherche-t-il à dépenser son héritage comme il sait si bien le faire, répondit ma mère en ouvrant la fenêtre pour en chasser les volutes de fumée. Cet arrogant Harrington vient de rencontrer ma fille, c’est bien plus que nous l’avions imaginé Richard. Avec un peu de maîtrise Winnie pourrait s’en faire un ami. N’est-ce pas Winnie ? Et de quoi avez-vous parlé tous deux ? la dernière fois que je l’ai vue, ce fut à peine s’il m’a salué. Peut-être les gens comme nous ne semblent pas lui convenir. —Voyons Cailtin cessez de vous fustiger : Vous n’êtes pour rien dans son rapport avec les autres. Il est arrogant certes mais pas moins attaché à certaines valeurs comme le travail, la famille et l’argent. Oui, tout comme votre mère je serais curieux de savoir ce dont vous avez parlé Winnie ! —Et bien de la pluie et du beau temps. A vrai dire je pense qu’il n’avait pas toute sa tête en me proposant

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cette entrevue. Lui et moi sommes comme chien et chat et Clarence lui aurait parlé de moi. » Le regard de ma mère croisa celui de Richard. Il lissa la moustache surplombant sa barbe et inspira profondément. Je savais ce qu’il pensait. Si Clarence Hamilton était mon meilleur ami, ma mère voyait cette relation comme une pure fantaisie, une lubie de plus à ajouter dans ma longue liste de caprices. Pour eux deux j’aurais pu faire un bon mariage avec Clarence et richard aurait accepté de me doter si Clarence avait eu la présence d’esprit de me demander en mariage, ce qui ne fit pas et je le comprends. J’étais pauvre et insignifiante dans leur monde. « Mais de quoi avez-vous parlé exactement ? Ne nous tiens pas en haleine Winnie. Aurait-il fait mention d’autre chose qui puisse nous faire songer qu’il aurait changé ? —Il compte vendre son domaine et par conséquent m’a invité à me joindre aux ventes enchères privées. Rien de plus. —Il vend son domaine ? Questionna Richard maintenant ahuri par ce qu’il venait d’entendre. Il vend son domaine et vous prévient, vous Winnie de cette foutue vente ? Pourtant il doit savoir que vous n’avez par d’argent Qui serait assez généreux pour financer vos achats ? —Naturellement. Winnie ne peut se rendre à une vente sans rien acheter. Il doit me rester cinq mille livres en banque. Il te faudra faire bonne impression là-bas et s’il le faut nous vendrons la voiture. Elle ne nous sert peu et force de constater que nous avons plus urgent. —La Packard ? Il est hors de question que vous vendez la Packard ! C’est une merveille de technologie et on ne pas s’en débarrassez ainsi sur un coup de tête, Catilin ! Non ! je vous avancerez l’argent Winnie, comme dis votre mère vous ne pouvez vous rendre chez Harrington sans rien acheter, même s’il ne s’agit que d’un service en argenterie portez-vous en acquéreur ! Vous aurez besoin de mon valet de pied et d’une femme de chambre.

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—Winnie partira avec Wallis. Je pourrais encore m’en passer quelques jours. Et combien de temps resteras-tu ? —Uniquement le week-end ! J’irai emprunter des robes à Sophie et je les ferais reprendre à ma taille. Vos toilettes auraient fait l’affaire mais on vous a tant de fois vu dedans qu’il serait indécent pour moi de vous les emprunter. —Et qui sera ton chaperon ? Tu ne peux pas te rendre là-bas sans chevalier servant. On dira partout que tu es misérable au point de ne pas avoir l’ombre d’un soupirant. —Je suppose que clarence m’accompagnera, répondis-je sans réfléchir. —mais enfin ! Il est fiancé ! D’un bond ma mère se leva comprenant avec horreur dans quelle situation désastreuse je me trouvais être. Annule tout ! Ne prends pas le risque de paraitre pauvre à leurs yeux parce que je sais qu’il y aura du bon monde chez Harrington. C’est navrant mais nous ne pouvons nous permettre une telle humiliation ! —J’ai bien un neveu à Londres mais savoir si Harrington accepte de le recevoir c’est autre chose. Arrg ! je réfléchirais à tout cela à tête reposée et je soumettrais à ce Lord le nom de mon protégé. Il ne fera aucune objection à ce qu’une femme aussi talentueuse que votre fille vienne accompagner ! » Ma mère, la tête dans la main se trouvait être dans tous ses états ; pour moins que cela des mères éplorées seraient passées à l’acte. Alors elle quitta sa chaise pour gagner la fenêtre et y inspirer un grand bol d’air frais. « Il va t’être plus que très urgent de te trouver un époux, Winnie. Notre situation est des plus précaires et j’admire ton travail chez ton éditeur mais cela ne te permet pas de te marier alors il te faudra revenir bien vite à la réalité des faits. Sans mariage nous seront toutes deux contraintes à vibre de la charité des autres et salue la bonté d’âme de Richard. Veuillez m’excuser mais je suis fatiguée d’entendre tout cela.

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Winnie, laisse-nous s’il te plait. Richard et moi avons à parler de choses et d’autres…. » Peu après huit heures, un charmant bibi sur la tête et tout en enfilant ses gants ma mère déposa un long baiser sur mon front. « Tu as une mine effroyable ! Je suppose que tu as passé toute na nuit à écrire… richard et moi avons discuté jusqu’à très tard ce matin et nous sommes venus à la conclusion suivante. Tu iras chez Harrington avec Huxley. —Oh, non maman, pas lui ! Il est complètement dérangeant ! Je ne peux pas m’afficher en sa compagnie sans m’attirer les moqueries des uns et des autres. —Si tu avais mieux Winnie, je suis persuadée que tu le prendrais mais Louis est notre unique solution. Il n’est peut-être aussi charismatique que ton Hamilton mais il est le seul à ne pas être fiancé et le seul qui est la confiance de Richard. Or tu sais que je ne peux contrarier Richard, après tout le mal qu’il se donne pour nous être agréable. Le temps d’un week end il te faudra l’apprécier. Il passera nous saluer ce soir, alors s’il te plait ne gâche pas tout par ta désinvolture et des assassines remarques ! » Mais ce dernier n’attendit pas d’être en fin de journée pour venir nous saluer à domicile ; il débarqua à la fleet street et demanda à me voir entre deux travaux. En me voyant il se leva, affichant un timide sourire sur ses lèvres ciselées et les rides d’expression déforma son regard de vipère car trop étrange pour qu’on l’imagine humain. « Milady, comment allez-vous ? —Vous êtes sur mon lieu de travail. Pour tout le monde je suis Winnie. Que faites-vous ici ? —Un bonjour aurait été de mise mais comme je vous surprends sur votre lieu de travail, il est à penser que toute marque de civilité est bannie. Je viens de recevoir l’invitation de Lord Harrington que voici. Il écrit vouloir me recevoir ce week end en sa demeure et en votre charmante compagnie. Je ne

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peux refuser une telle invitation, alors je devais vous en faire part et ce, dans les plus brefs délais. » Alors folle de rage je l’attrapais par le bras pour le conduire dans l’escalier aux murs lambrissé et une fois en bas après m’être assurée que personne ne pouvait nous écouter je ne peux me contenir davantage. « Richard est derrière tout ça. Il a su la veille que Lord Harrington m’invitait à sa vente aux enchères et comme je n’avais pas de cavaliers, votre ami Richard a pensé à vous mais n’allez surtout pas vous imaginer que j’ai quoique se soit à avoir avec ce choix. Il y aura d’importantes personnalités là-bas et il n’est pas question de vous avoir dans mes pattes. —Non, vous ne m’aurez pas à me subir, c’est à peine si vous remarquerez ma présence. Qui plus est j’ai obtenu la liste des invités d’Harrington et force de constater que j’aurais bien plus à partager avec eux qu’avec vous, sauf votre respect. Beaucoup ont étudié à Oxford tout comme moi. —Oh, non pitié ! N’évoquez pas vos études à oxford, ni vos douteuses relations de la City. Je veux seulement que vous vous taisiez, mon avenir en dépend vous comprenez ? —Maintenant vous cherchez un mari Winnie ? —Non ma mère seulement et elle ne sera pas tranquille si vous gâchez ses plans. Il n’est pas nécessaire que vous passiez ce soir, l’essentiel me concernant à été di et soyez aimable de ne plus porter vos horribles cravates d’un autre âge. Et oubliez vos souliers et votre tailleur, cela vous donne des airs de gangster. —Alors pour vous plaire je devrais apparaitre nu ? J’apprécie votre franchise mais quelle leçon pourraisje tirer d’une femme qui n’habille de façon très démodée et qui dissimule son infortune en reprenant d’anciens modèles pour paraître moins fade ? » Il venait de faire mouche et vexée je me mordis les lèvres jusqu’au sang ;

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« Il ne sera pas nécessaire qu’on s’adresse la parole là-bas et passé ce week-end nous n’aurons plus rien à nous dire. Bonne journée Sir Huxley ! » En rentrant chez ma mère après une journée des plus harassantes, j’aperçus la voiture de Clarence Hamilton garée dans la rue. Il descendait l’escalier quand j’allais l’emprunter et notre regard se croisa. « Votre mère m’a fait savoir que vous ne serez pas là avant une petite heure rapport aux préparatifs dus à notre week end et je venais savoir de votre bouche comment c’était déroulé l’entretien avec Virgil. —Fort déplaisant, nous n’avions rien à nous raconté ! Toute cette mise en scène n’était pas utile, qui plus est en sachant que je vais me faire accompagner de Huxley. Il n’est peut-être pas trop tard pour refuser. —et voue me feriez passé pour un rigolo. Virgil n’était pas obligé de venir vous saluer. —Alors pourquoi l’a-t-il fait ? Personne ne l’a forcé à devoir se montrer sympathique envers moi, tout en sachant et ce n’est un secret pour personne, que je n’ai nulle intention de l’apprécier. Lui et moi n’avons rien à nous dire, chuchotai-je pouvant ainsi exprimer ma colère survenant avant, pendant et après cette inopportune rencontre. Après cette vente aux enchères, qu’il se rassure : je n’ai pas pour ambition d’être son amie ! » Clarence me fixa avant de se pencher à mon oreille. « Restez seulement vous-même et tout se passera pour le mieux. »

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CHAPIRE La campagne explosa sous nos yeux de citadins et dans cet océan de verdure j’échangeai un regard complice à Clarence. Après les bocages et ses chaumières aux charmes pittoresques, les voitures s’engagèrent plus encore dans les terres pour arriver à une haute barrière flanquée des armoiries de la famille Harrington. Plus jeune j’avais fantasmé sur cet immense domaine néo-gothique avec ses grandes fenêtres et son parc, ses écuries et tous les logis mitoyens jusqu’à ce qu’on m’éloigna de la verte campagne britannique pour des jours moins bucoliques dans la capitale. Les domestiques nous firent une haie d’honneur, quand leur maître éprouvait des difficultés à taire ce sourire narquois sur ses lèvres ; « Soyez la bienvenue Milady ! Articula-t-il en me broyant sa main dans la sienne. Et vous devez être Sir Louis Huxley, si je ne m’abuse. Sir Térence… Venez, que je vous présente! » Et plus rien de sa part si ce n’est ce sourire railleur. Tous les amis de Virgil se trouvaient être dans le salon, soit une vingtaine de visages à enregistrer quelque part dans ma mémoire à court terme. Le cœur battant à rompre je me tins isolée du groupe, incapable de trouver la force en moi pour aller tenir salon auprès de ces inconnus qui se connaissaient depuis des temps immémoriaux et à eux seuls formaient une sorte de sphère invisible et infranchissable. Virgil m’avait présenté comme étant : Lady MillsWeston de Bloomsbury ! Et rien d’autre…. Or pour beaucoup ce nom ne signifiait rien de bien conceptuel. Aurait-il pu ajouter : Cette petite garce que j’ai jadis enfermée dans le cabinet du second pour la dissuader de me mordre ? Cela aurait été plus approprié. Wallis m’avait précédée dans la chambre verte et me demanda comment les retrouvailles s’étaient

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déroulées. Et moi de glousser, ôtant mes souliers pour les jeter au loin et m’écrouler sur le lit. « Horrible tout simplement ! Hamilton m’a abandonné pour sa petite fiancée et ce cynique Huxley ne trouve rien de mieux à faire que de fanfaronner sur ses exploits à la bourse ! Je ne peux vraiment pas me sentir à l’aise ici. —C’est que vous prenez tout au premier degré, déclara ma bienveillante Caroline-dite Wallis prenant place près de moi sur ce lit, le sourire aux lèvres. Cet endroit est somptueux, dommage qu’il lui faille vendre. Il trouvera un acheteur, je ne me fais pas de soucis pour ce domaine. Quelle tenue souhaitez-vous mettre ce soir ? —La robe parme ! Wallis, ne partez pas maintenant, j’ai encore besoin d’un câlin. Qui sinon vous pourrait réussir à m’apaiser, murmurai-je en la serrant fort dans mes bras. Pourquoi Wallis ne pourriez-vous être en bas avec moi, je m’ennuierais beaucoup moins en votre compagnie. Nous aurions des tas de choses à nous raconter. —Voyons, Milady n’appartiens pas à la pairie et mon père, ni le sien avant lui n’avait d’argent et encore moins un titre. Je suis née humble et ma mort se fera de façon on ne peut plus discrète. Voulez-vous que je finisse votre robe pour le déjeuner de demain ? Il serait préférable que je le fasse à l’office au milieu des autres domestiques mais je sais que vous n’êtes pas au milieu de votre forme aujourd’hui et avant que vous ne descendiez pour le diner, je tiens à vous apporter un peu de réconfort. » Alors je posai la tête sur ses jambes pendant que Wallis cousait. Elle me parlait mais bien vite je ne l’entendis plus sombrant dans un bref et bénéfique sommeil avant qu’on ne vienne frapper à la porte de ma chambre. Huxley s’y tenait et me déshabilla du regard.. « Je venais m’assurer que tout allait bien. Vos amis vous réclament à corps et à cris. —Quels amis ? Je n’ai pas d’amis ici !

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—Voyons, le compte Harrington n’est-il pas votre ami ? Et que dire de Lord Hamilton ? —Et vous êtes monté jusqu’ici seulement pour me dire ça ? wallis est ici et elle est là pour m’aider à ne pas paraitre trop défroquée en cette fin de journée. Faites savoir à vos nouveaux amis que ma présence ici ne sera être remise en cause par un fil de basse qualité et un tissu rapiécé par tant d’emploi. —Vous me chargez d’un message mais délicat. » Et je lui claquai la porte au nez. Wallis horrifiée dissimula sa bouche derrière sa main avant de tout embarquer pour continuer son ouvrage à l’office. Une fois en bas, Huxley ne me lâcha pas. Il s’arrangeait pour toujours se trouver près de moi, écouter mes conversations et prendre parti à mes discussions ; il avait un avis sur tout et plus pénible pour moi fut de le voire glisser vers Clarence pour lui parler quand ce dernier cherchait à fuir sa compagnie. « Les relations humaines ne sont jamais simples, déclara un homme à la longue mèche arborant un franc sourire. C’est toujours quand on se sent le moins épié que tous les regards convergent dans la même direction, poursuivit-il en prenant le temps de me défigurez. Dans votre cas, Milady, vous êtes le point de mire de tous ici mais aucun ne semble être assez courageux pour vous aborder. —peut-être n’ai-je aucune raison d’être abordée ? Vous auriez grand tort à rester près de moi. Et si vous êtes un chasseur de dotes je ne suis pas financièrement intéressante. Tous ici ne sont plus sans l’ignorer mais pas vous. —Mon nom est Jack Davenport et l’on s’est déjà croisé il y a trois mois de cela dans une soirée offerte par Lord Hamilton. Il est tout à fait possible que vous ne vous rappeliez plus m’y avoir croisé mais moi je me souviens très précisément de vous. Il s’avère que je m’y étais rendu avec mon cousin par alliance, Lord Virgil et que vous l’avez clairement ignoré. —Oui j’ai une fâcheuse habitude de me tenir à l’écart lors des soirées mondaines de la capitale.

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—Alors pourquoi vous y rendre si ce n’est pas pour vous fondre dans la masse ? Vous auriez certainement tout à y gagner. Votre morne indifférence ne vous sert pas. Huxley est peut-être le seul à obtenir votre attention et il est regrettable pour vous que vous ne sachiez tirer profit de cette inestimable relation. » Ce vendredi soir promettait d’être ennuyeux et alors qu’on s’apprêtait à passer à table, je reçus un compliment de la part de la fiancée du maître de maison. « Ravissante robe, déclara cette dernière sans même me regarder, ce modèle porté par vos soins pourrait revenir à la mode ! » Cette Charlotte me prenait de haut comme tous ici d’ailleurs : en sa présence on pouvait remarquer une ambiance glaciale bien qu’ordinaire dans ce milieu ; on se toisait, se jugeait et ensuite on pouvait passer aux hostilités. Sybil de son côté rayonnait, cette lumineuse jeune femme jouissait d’un certain prestige au bras de mon Clarence qui à aucun moment ne crut bon vouloir fédérer, bien trop absorbé par ces autres gentlemen. On m’installa en bout de table compte tenu de la préséance et mon voisin ne fut autre que Jack Davenport on ne peut plus séduit par ma détresse, celle ne pouvoir trouver à m’épanouir auprès de ces personnalités du monde des affaires, de la diplomatie et des institutions. « J’ai cru comprendre que vous êtes venue avec Hamilton n’est-ce pas ? Et vous vivez à la Bloomsbury vous aussi ? Ce service de table est magnifiques mais je reste persuadé que nous le trouverons pas en vente demain » Huxley à mon grand désarroi se plaça à ma droite et posa la main à plat sur mon dossier. « Oui, un magnifique service des manufactures de porcelaine française. Un modèle unique dont on craindra d’abimer les motifs en feuilles d’or, réponditil à ma place avant de lorgner dans ma direction. J’ai demandé à me placer près de vous de façon à ce que vous ne soyez pas seule, milady. —Noble intention. Mais je ne suis pas seule puisque que Mr Davenport me tient compagnie ! »

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Cette remarque l’affecta bien qu’il n’en montra rien et le Davenport en question détourna la tête pour répondre aux questions de sa voisine de droite. « j’ai été pourtant claire quant à mes intentions. Je veux que vous cessiez de m’importuner. —Je pourrais mais j’ai reçu la consigne de ne pas vous lâcher d’une semelle. Vous pourriez tomber et ne pas pouvoir vous relever. Qui plus est, je suis bien trop heureux de soir pour exprimer autre joie que de la bonne humeur. Bonne humeur qui soit dit en passant pourrait vous contaminer. —Cela ne risque pas. Restez-en à vos élucubrations mentales concernant vos placements financiers et faites abstraction de ma personne je vous en serez grée. » Une fois que tout le monde trouva place autour de cette immense table dans la salle à manger aux charmes baraque, mon attention se porta sur les candélabres posés au milieu de la table. Harrington aimait le luxe comme son père avant lui et le père de son père avant lui, tout cet décor frisait l’indécence et dans cette pièce d’apparat on comprenait de quelle manière Lord Angus Harrington consacra le reste de ses dernières années ; il avait collectionné tant de pièces, tant de trésors que je comprenais les motivations de son fils à vouloir vendre. « Connaissez-vous la jeune femme assise près de ce grand homme blond là-bas. Lui se prénomme Arthur G quelque chose et il est très riche à ce qu’on me rapporte. Il a fait fortune en investissant dans une société d’import américaine. Cette dernière se prénomme Lady Ann et elle n’a malheureusement pas un sou en poche. D’après ce qu’on raconte elle aurait fréquenté des hommes très influents d’où la raison de sa présence à cette table. Rien ne semble la dérouter pas même le fait que vous soyez mieux loti qu’elle ce soir. —euh….Mr davenport. —Appelez-moi Jack. J’aimerai vraiment vous compter parmi mes nouvelles relations et Dieu sait combien je suis compliqué en ce domaine.

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—Sans vouloir vous contrarié, je ne suis pas ici en représentation. Je suis seulement là pour la vente et dimanche tout cela n’aura été qu’un vague souvenir. —mais nous pourrions aussi bien nous revoir à Londres maintenant que les présentations sont faites. » Les regards convergèrent dans notre direction ; nous chuchotions et ces murmures paraissaient indécents alors que nous devions restés paisiblement à attendre que Lord Harrington dirige la conversation. Ce qu’il fit précisément en parlant de ses travaux entrepris sur l’aile droit du château. Les hommes à cette table l’écoutaient avec attention afin de répondre comme autant de maitres d’œuvres réunis là ; on nous servi des coquilles Saint Jacques avec du caviar en garniture et des asperges. Cela me dérangeait que l’on parle de toitures et de réfection quand un si bon repas nous honorait. Le nez dans mon assiette, je restais fermée à toute conversation autour de moi les langues commencèrent à se délier au fur et à mesure que nos verres se visaient. Ma rivale, cette majestueuse Sibyl s’esclaffa au commentaire de son voisin de table et Charlotte triturait son collier de perles sans rien perde du contenu des assiettes de ses convives. Les plats succédèrent aux plats à un rythme soutenu et Huxley voyant que je ne partageais par leur délire sur un débat sur les villégiatures à la mode, se pencha à mon oreille. « Est-ce que tout va bien, Milady ? Vous n’avez pas dit un mot depuis les hors d’œuvres. Lady Roselyne me dit que la Sardaigne reste très prisé, qu’en pensezvous ? —Vous savez très bien que je ne partage pas le goût de tous ici pour les voyages au long court. Il s’avère que je n’en ai pas le temps ni les moyens. —Ladu Mills-weston travaille dans l’édition, crut-il bon ajouter à sa voisine qui aussitôt me dévisagea avec empressement. Nous pouvons dire que des œuvres littéraires passent sous sa critique et son devoir est celui de nous tailler un diamant brut pour

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lui apporter tout l’éclat qu’il vaille pour le rendre toutes ces facettes. —Comme c’est original, souligna Lady Roselyne avant de passer à toute autre chose. A savoir au sort réservé à la classe populaire de ce pays : tous ces pauvres au salaire indécent. En levant le nez de mon assiette, mon regard croisa celui de Virgil. Il devait me voir comme une pestiférée, tout juste bonne à être sauvée des eaux comme Moïse autrefois. Il m’avait accepté dans son cercle par charité d’âme après de Clarence eut insisté quant à la nécessité d’entretenir de bons rapports avec son amie d’autrefois Clarence qui dinait à l’autre bout de la table, point gêné par mon profond malaise. « Aimez-vous la chasse Winnie ? —Absolument pas ! —Vraiment ? Clarence m’a pourtant affirmé qu’à la chasse à courre vous saviez vous distinguer. » Cette fâcheuse manie qu’il avait d’appeler tout le monde par son prénom frisait l’immoralité. « Nous chassons deux fois l’an et ce genre de manifestation pourrait vous convenir, vous qui ne semblez pas à l’aide sans des endroits clos et dépourvus de toute agitation. Et que pensez-vous des courses ? Nous pourrions nous y croiser tout à fait par hasard et parier sans le savoir sur les mêmes favoris. En ce moment trois de mes chevaux courent pour les grands prix et c’est un spectacle des plus grisants. —Llady Mills-Weston n’a pas son pareil pour dissocier plaisir et contraintes professionnelles, déclara Huxley d’un ton qui se voulait sarcastique. Si on la payait pour nous pondre un article que l’art de tourner en ridicule les chevaux et leur joker, elle le ferais sans hésitation. —C’est exactement Milord, vous semblez bien me connaître, répondis-je par un sourire exagéré. Vous ne pensez pas si bien dire. Il n’y a rien qui puisse m’exécrer que l’oisiveté de certains. —Aucun loisir ne pourrait avoir raison de votre assiduité Winnie ?

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—La musique sans aucun doute. —Allons-y pour la musique alors ! En ce moment à Coven garden on reprend les concertos de Vivaldi. C’est un enchantement au-delà du raisonnable ; certains auditeurs s’émerveillent par tant de grâce, il serait plaisant pour moi de vous y accompagner. Que dites-vous de vendredi prochain ? —Sans façon non. » A la fin du repas je m’enfuis en catimini. Les gommes partis à leur fumoir je n’avais plus aucune raison de rester au milieu de ces femmes hautaines et rigides à l’excès. Sans plus attendre, je me déshabillais seule pour rentrer sous mes draps. En bas personne ne remarquerait mon absence et je m’endormis de bonne heure, cela ne m’était pas arrivé depuis des mois.

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CHAPITRE De bonne heure je quittais ma chambre pour aller marcher dans le parc. Sous ce grand chêne quelques souvenirs me revinrent à l’esprit : Clarence et moi nous nous poursuivions autour du tronc en imitant les Indiens d’Amérique et Virgil, ce gros Virgil cherchait à s’immiscer dans notre jeu. Je m’assis là, contre cet arbre deux fois centenaire et les larmes me montèrent aux yeux. Nous nous étions battus Virgil et moi, ce dernier m’avait traité de : « pauvre orpheline assistée ! » Cela m’avait mise hors de moi. Ce temps bien que révolu conservait certaines stigmates, impossibles à cautériser. Mon Dieu ! Pourquoi ne pouvais-je être comme toues ces autres femmes, pleines d’assurance et si séduisantes ? Tout le monde alors s’empresserait de venir me saluer en vantant mes mérites. A la place de cela, je passais pour une acariâtre femme, trop pauvre pour qu’on la remarque et trop détestable pour qu’on la fréquente. En rentrant au château par l’office, je vins à croiser Jack en robe de chambre jetant un œil sur la pile de journaux destinés au reste des invités. En me voyant il peigna sa mèche sur le côté et me talonna dans l’escalier de service. « Winnie ? » les domestiques accélèrent le pas pour ne pas être témoin de notre proximité, partout l’on dirait que Davenport et moi entretenions une relation des plus compromettantes dans l’office de Lord Harrington ; « Pincez-moi si je rêve ! Est-ce vous winnie ? En botte et en nuisette sous une veste trois-quarts au col de zibeline ? Une étrange apparition, vous en conviendrez et qui plus est en cette heure matinale, moi qui pensait que vous étiez du genre à ne pas quitter votre lit avant midi. ! Qui cherchez-vous à fuir en passant par cet endroit ? —Je cherche ma femme de chambre, mentis-je effrontément pour me disculper d’être en pareille

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tenue dans cet endroit improbable. Elle se nomme Wallis et… » Il me suffit d’en parler pour la voir surgir.de nulle part pour se ruer vers moi, un linge propre à la main. « Je viens de terminer votre robe, Milady. —Oh, vous êtes un ange Wallis, je ne sais comment vous remercier ! » Elle me suivit dans ma chambre et une fois à l’intérieur je me mis à glousser, trouvant tout cela si absurde. Mais Wallis ne peut s’empêcher de me faire la leçon de morale tout en essayant de me rendre présentable. Cette tenue appartenait à Sophie comme une grande partie de ma garde-robe. « Que savez-vous de Davenport ? —Sir Davenport ? Et bien il est le cousin par alliance de notre hôte et il est dans les affaires. L’on ne sait au juste ce qu’il fait mais on dit que tout ce qu’il touche se transforme en or. Une sorte de Midas en sorte. On ne lui connait aucune relation et encore moins prétendue fiancée. Je ne sais s’il s’agit d’un bon parti mais Lord Harrington le place en haute estime. —Et que di-t-on de moi dans l’office ? » Wallis ne répondit pas de suite, le nez dans ma boite à bijoux. Elle esquiva la réponse sachant que je ne tiendrais compte des remarques faites ici et là. Elle passa mes discrètes boucles d’oreilles à travers mon lobe et prit du recul pour contempler son œuvre. « On dit que Sir Huxley est à vos petits soins et cet esquire a laissé entendre qu’il achèterait les meubles empire du petit boudoir. —Du petit Boudoir ? J’ignorais qu’il fut aussi romantique ! Mais que dit-on de moi Wallis ? Suis-je assez convaincante dans le rôle de la revêche et timorée baronne sans le sous ? —Taisez-vous donc ! A l’office, les valets de Lord Hamilton et de Harrington s’étonnent que vous soyez si incommodée par cet environnement puisque vous avez passé tant d’été ici. Certains hommes ne comprennent pas que vous puissiez avoir changé et que votre sensibilité n’est plus tout à fait la même au

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fil des années. Maintenant il vous faut descendre et vous joindre au reste de la troupe ! » Charlotte se leva en me voyant arriver et les hommes attablés l’imitèrent. « Oh, Lady Winnifred, comment allez-vous? Nous avons appris par votre femme de chambre que vous étiez un peu souffrante hier soir et sachez que nous sommes soulagés de vous savoir parmi nous ! Prenez donc place et ne vous laissez pas mourir de faim ! Après cela nous vous attendrons tous dans le salon pour vous proposer les premiers lots ! » Le petit déjeuner avalé je remontais pour enfiler une tenue appropriée pour cette fin de matinée, à savoir un ensemble assez fluide et à l’expression de Charlotte je sus que ma robe ne correspondait pas à leur idéal féminin. On ricanait au salon et l’on jouait de la musique sur le piano à queue. Ann passa devant moi sans même me saluer, se contenant pour son amant à qui elle gardait les meilleurs sourires. Plus jeune j’avais joué des adagios sur le clavecin de la salle de musique et en passant les doigts sur son acajou finement sculptée je me revis plus jeune rêvant d’être une tsarine ou quelque chose de plus grandiose encore. Un train m’arracherait à cette existence pour me conduire dans les plaines immaculées de la Russie. Alors je m’assis sur le banc, souleva le tissu recouvrant les touches en ivoire pour commencer à jouer une sonate. Un bruit me fit sursauter. Là devant la porte-fenêtre se tenait Virgil. « Veuillez m’excuser, je….je ne voulais pas vous déranger. » Il se leva pour marcher vers moi et ma main s’éloigna du clavier au moment où il s’assit près de moi. « Vous plaisez-vous ici ? Avez-vous retrouvé vos repères ? —Ce n’est pas aussi simple que l’on ne le croit. Autrefois nous étions des enfants incompris dans un monde d’adultes et aujourd’hui nous sommes des adultes enfermés dans un monde étroit où chaque chose se doit d’être à sa place. »

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Il resta à fixer un détail de ma robe, probablement les fleurs entrelacées sur le corsage. Je n’aurais su répondre. Aucun de nous deux ne sembla vouloir parler, nous étions habitués à nous fréquenter sans rien échanger que ces silences. Je revins à ma partition pour trouver un mouvement facile à réaliser sans plus tenir compte de Virgil. Pourquoi ne pas attaquer celui-ci ? Mouvement allegro, en Ré mineur. « Vous êtes ici chez vous Winnie. Je ne veux pas que vous vous sentiez étrangère à tout cela, c’est votre monde autant que le mien et j’aimerais que vous y fussiez à l’aise. Il serait regrettable que vous ne puissiez en profiter. —j’en profite à ma manière. Ce matin je suis allée dans le parc, dans la serre et maintenant je me tiens derrière ce clavecin. Aucun de vos invités ne pourrait affirmer s’amuser autant que moi, Milord ! Et j’ai encore bien l’intention d’en profiter avant que tout cela ne soit plus. —J’ai quelque chose à vous montrer. Accordez-moi cinq minutes et je reviens vers vous ! » Il tint parole et me tendit une serviette de cuir. En l’ouvrant je tombais sur des dessins, des textes écrits de ma plume, des croquis encore et encore et des poèmes. « Je les ai trouvé dans un endroit insolite, à croire que vous ne vouliez que personne ne les trouve. Je tenais à vous les restituer. Combien d’autres trésors avez-vous cachés ici ? —C’est moi qui ai écrit tout cela ? J’ignorais avoir été aussi féconde. Ah, oui, je me souviens de ce texte ! Je l’avais rédigé à la demande de votre père, une sorte de plaidoirie sur la tolérance. L’avez-vous lu ? Oh et ce dessin….mon premier autoportrait. Lord Angus disait que j’avais un don pour le dessin mais ma père comparait mes dessins à d’affreux gribouillages. Ah, ah ! J’avais même dessiné votre vieux chien….c’est toujours émouvant de regarder ça dix ans après. Il doit y avoir plein d’autres de mes œuvres dans la nursery. C’est encore là que j’aimais me réfugier pour composer.

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—J’aime beaucoup ce dessin. —Vraiment ? C’est un travail à la sanguine. J’étais un peu hésitante et toujours très appliquée à retranscrire certains détails, comme ces yeux par exemple. J’y ai consacré des heures pour un résultat peu convaincant finalement. —Je le trouve très réussi. —Ce n’est pas ce que vous en pensiez à l’époque. Vous disiez que je dessinais aussi mal que je me tenais, autant dire que vous saviez si justement me critiquer. —Celui-ci n’est pas mal non plus. » Son doigt effleura le mien au moment où il attrapa la feuille pour la remettre au-dessus des autres. « Oh, non ! Vous ne pouvez pas dire ça ! Votre grand-maman s’est prêtée au jeu mais on ne peut pas dire qu’elle ait appréciée le résultat. Je préfère le portrait de votre intendante, Mrs Thompson….Dieu que j’ai pu les faire souffrir quand on y pense. » Sa main se posa sur la mienne avec douceur tel le passage d’un papillon et son doigt effleura les lignes imparfaites du fusain. « Vous êtes talentueuse, il vous faudra songer à exposer. —Ne vous moquez pas de moi, Milord. Oh, non ! Encore l’un de mes affreux autoportrait ! je voulais vraiment vouloir y arriver. —Vous avez fait un remarquable croquis du château. Permettez….le voici ! L’aquarelle est magnifique. J’aimerai vous l’acheter ? A combien fixerez-vous son prix ? —Je ne suis pas une artiste. —Que dites-vous de quarante livres ? —Non, prenez-le, je vous l’offre ! En même temps je devrais tous vous les laisser. Ils n’étaient plus en ma possession depuis dix ans. Gardez tout ! C’est votre propriété, plus la mienne. Maintenant je dois vous laisser. Il est plus de dix heures et Sir Huxley m’attend dans le salon. » Huxley voulait acheter du mobilier et il m’insupportait à murmurer prenant des notes dans

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son petit carnet à couverture de cuir. Depuis deux heures il déambulait de pièces en pièces pour s’enquérir des lots mis en vente. « Est-ce qu’il vous plait ce miroir ? —Non ! —Pourtant je l’imagine parfaitement bien chez votre mère, dans le petit salon. C’est un modèle baroque… » Déjà je ne l’écoutais plus songeant à Virgil coincé dans cette existence ; Il n’avait pas fait le deuil de son père et chaque souvenir le hantait. Il avait raison de vouloir tout vendre ; plus que jamais il cherchait à tirer un trait sur son passé. « Et que dites-vous de cette pendule ? —Qu’en feriez-vous ? Elle est si colossale. —Elle est en vente pour trois mille livres. Si je la prends je veillerais à en baiser le prix. —Pourquoi ne pas l’acheter à sa juste valeur ? Ce prix est des plus honnêtes et cela m’agace de vous entendre vouloir débattre avec le commissaire priseur ! C’est pathétique. —Donc, vous désapprouvez ? —Lors Angus était quelqu’un de très bien ! Il n’aurait pas apprécié voir son domaine volé en éclats ! Toute sa fortune dilapidée aux quatre vents, non, il il serait devenu fou. Mais bien-sûr tout cela vous échappe, vous qui ne jurez que par votre argent. Vous me faites honte, vraiment. » Partout l’on échangeait, discutait et évaluait le pris des objets ainsi rassemblées dans les plus grandes pièces et autres lieux que l’on ne pouvait vider faute de moyens, de temps ou d’arguments valables pour justifier le fait que certains objets s’avéraient être là depuis plus de deux siècles. Or n’ayant pas d’argent à dépenser je restais en tout et pour tout prisonnière de Huxley en parfait complet de soie cherchant à prouver à tout qu’il avait de l’argent et qu’il comptait le dépenser à outrance ; Près du lourd rideau cramoisi derrière lequel enfants nous aimions nous cacher Clarence et moi, les ladies gloussaient toutes parfaites dans leur robe noires, boa de fourrure jetés négligemment sur les

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épaules et coiffures crantées soulignée par de coquettes et discrètes boucles d’oreilles en diamant, saphir, émeraude, améthyste et sautoir en perles soulignant leurs courbes longilignes. De là o* je me tenais je pouvais les entendre respirer,, se délecter de leur thé tout en faisant sonner leur bague contre lla porcelaine de ce service à thé. Sitôt que je passais à proximité de leur groupe, elles baissaient la voix jusqu’à ne plus émettre de son. Le valet me servit une tasse de thé au citron que je dégustais debout telle une pièce de ce décor. Les discussions reprirent de plus bel, un détestable sentiment de n’être pas admisse dans cette communauté me tenaillait. Si j’aimais jouer le carte de la provocation je n’apprécie pas cependant de tels expressions de dédain. Clarence apparut et des plus soulagées, mon cœur se mit à battre avec ferveur, lui au moins serait me tirer de l’embarras. Il me salua à distance avant de se fondre dans le groupe de gentlemen posté ici. « Je vous ai cherché toute la soirée d’hier et ce matin, o* étiez-vous donc cachée, questionna Jack posté derrière moi, le sourire conquérant sur les lèvres. Vous n’êtes apparemment ni du matin ni du soir. A quel moment de la journée pourrais-je vous rencontrer ? —Euh….je n’en sais rien. Je n’ai pas l’habitude d’être abordée de cette façon, voilà tout et je m’étonne que vous soyez encore là. —Mais pourquoi devrais-je me défaire d’un si charmante compagnie ? Je sais vous êtes fâchée contre moi parce que je vous ai emprunté votre Hamilton mais voyez-vous quand nous nous rencontrons ici et là nous avons pour habitude de descendre en ville pour échanger sur des choses et d’autres sans jamais être interrompu dans nos interminables bavardages. —D’abord ce n’est pas mon Hamilton, ensuite vous êtes libre de faire ce que vous voulez de votre temps libre je ne serais pas la première à réclamer votre présence à mes côtés.

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—J’j’aimerais vous croire mais Clarence m’a dit des tas de choses intéressantes sur vous et le fait que vous soyez la fille de Lady Mills-weston est un bon début selon certains de mes à-priori. —Je doute que Clarence ait pu vous dire quoique se soit à mon sujet. Il ne se confie jamais aux étrangers. —Un étranger moi ? » Les amies de Charlotte m’épièrent puis en un même mouvement quittèrent l’endroit pour retourner à leurs emplettes. Comme nous avions le salon pour nous et la banquette disponible, jack m’invita à aller m’assoir sur la causeuse de velours vert disposé devant une immense composition florale tenue par un angelot. « Mon cousin, Clarence et moi avons pris l’habitude de nous revoir une fois par semaine et nous passons nos vacances ensemble. Virgil a toujours aimé avoir son petit monde autour de soi. » Perdue dans mes pensées, je tournais la cuillère en argent dans ma tasse dans un mouvement hypnotique et totalement dépourvu d’intelligence. Le citron au fond de la tasse ne semblait pas vouloir y rester et remontait lentement à chacune des rotations. « Que quoi parliez-vous ensemble dans la salle de musique ? Je sais de source sûre que vous y étiez et je me félicite que vous ayez pu échanger un peu avec Virgil. La hache de guerre pourrait être enterrée et vient le moment tant attendu de la cérémonie du calumet de la paix. —Je ne vos suis pas tout à fait. Je suis ici à la demande de Clarence et cela ne me ressemble pas de déroger à certains de mes principes. —Vous dessinez plutôt bien. Oui, Virgil n’a pas hésité à me montrer vos œuvres il y a plusieurs semaines de cela et c’est probablement cela qui l’a motivé à tenter de renouer avec vous. —Pour être tout à fait franche, il n’y a jamais rien eu entre nous. » Huxley revint et nous voyant l’un contre l’autre resta comme figé sur place, ferma son calepin pour se diriger vers la table pour accepter un verre de limonade tendit par un valet. Notre regard se croisa et

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alors je me rapprochais de Jack jusqu’à pouvoir glisser des mots secrets au creux de son oreille. « Je n’ai rien à attendre d’un homme comme lui. —Sommes-nous à parler de mon cousin ou de votre ami expert en placements ? —Vous êtes une véritable commère et je n’ai pas l’intention de me confier à vous. Il serait temps pour vous de vous trouver une nouvelle interlocutrice à torturer. Il y a bien une fois dans ce cheptel qui ait pu attirer votre attention. —Oui, vous. » A présent il me dévorait des yeux. Il pouvait mentir pour s’attirer ma sympathie. « je vous conseille de renoncer tout de suite. » et entendant cela, Huxley se précipita vers le couple que nous formions. « Milady, j’ai à m’entretenir avec vous. —A quel sujet ? —Et bien, nous devions nous mettre d’accord quant à la liste du mobilier que nous devons acquérir. Veuillez m’excuser Mr Davenport. —Ce n’est pas un problème, j’allais de toute façon partir. Winnie n’a nulle intention de bavarder de choses aussi futiles que la météo. Peut-être une discussion plus intellectuelle pourrait lui convenir. Au plaisir, Winnie. » Il s’en alla et folle de rage je sortis mon étui à cigarette de mon sac. « Vous avez donc décidé de me pourrir l’existence, Huxley ! On peut dire que vous vous y prenez plutôt bien, à ce jeu-là vous êtes au-dessus de tous. Dieu, qu’il me tarde de rentrer chez moi ! » Peu après on nous convia à passer dans la salle où se tiendraient les enchères et après avoir enchainé trois cigarettes je rejoignis le reste de la troupe pour me retrouver sur la dernière rangée de chaises prévues pour les enchérisseurs. %a mère aurait été à l’aise dans cette assemblée et elle n’aurait pas u où poser son regard en raison de cette profusion de gentlemen prêts à dépenser une fortune en l’espace de quelques instants.

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Après seulement vingt minutes je sortis pour m’en griller une ; sur les marches du perron se tenaient trois Lords dont Virgil. Impossible pour moi de revenir sur mes pas, je devais braver ce récif pour filer voile debout dans le parc. « Trouvez-vous votre bonheur ? Questionna l’amant de Lady Ann, la brunette au large sourire, ce blondinet aux allures de dieu nordique m’alluma d’une façon plutôt froide. Il poursuivit sans même me regarder ; Que feriez-vous Milady si votre navire prenait l’eau et que vous deviez l’abandonner en pleine mer ? —Edward soyez aimable de ne pas vouloir torturer mes invitées avec vos questions d’ordre métaphysique ? —Et bien je suppose que je resterais sur ne navire en question. —Vous supposez, donc vous n’êtes pas sûre. Voyezvous Milady, Lord Virgil et Lord Hector pensent qu’il est préférable de tout abandonner pour sauver leur peau quittent à passer pour des lâches au sein de notre société. Absurde non, car tellement risqué ? —Si l’on vous écoutez Edward, il n’y aurait que des lâches à peupler notre monde or sil les hommes se distinguent par leurs actions, certains devraient voir en nos choix un acte de bravoure. —Et de quoi est-il question ? —De l’amour Milady ! Toujours est encore de l’amour ! Affirma Edward, l’œil pétillant et le teint devenu en une fraction de seconde, plus frais. Il n’y a pas de sujets qui divisent autant les hommes. Vous devez certainement être de celles qui pensent qu’un gentleman digne de ce nom ne peut fuir ses responsabilités en niant ses devoirs. —Un homme ne peut prétendre être un homme s’il n’a jamais été éprouvé. —Voilà qui est bien répondu, Milady ! Un gentleman comme vous Edward, n’a donc aucun souci à se faire ! Quoique vous fassiez vous serez toujours gentlemen car viscéralement soucieux de préserver votre réputation ! »

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Edward lança un regard 0 Virgil qui baissa les yeux et seul Hector osait me regarder. A ce moment précis je décidais de partir sans attendre la fin du débat, j’en savais assez pour me faire une opinion de cet homme et des deux autres. Cela ne m’étonnait pas que Virgil préfère abandonner le navire plutôt que de braver les intempéries. Enfant déjà il était couard, braillant sans cesse pour obtenir gain de cause et larmoyant quand je parvenais à le pousser à bout. Charlotte n’aurait aucune crainte à avoir car une fois mariée elle serait assez riche pour ficher le camp avant l’arrivée de la tempête. Assise sur mon banc je vins à penser à Clarence. Il venait de trouver la femme de sa vie ; cette dernière ne m’aimait pas, voyant en moi un potentiel danger pour son couple. Une fois à Londres il nous faudra espacer nos sorties. Il me faudra trouver quelqu’un d’autre pour me distraire, quelqu’un qui ne soit pas Huxley. Pourquoi ne pas songer à Davenport ? Connaissant ma mère elle refuserait cette relation. Il n’a pas d’argent, pas de titre et pas de nom ! Pense un peu à ton avenir ! J’en ai assez de tout cela. Alors je pris une bicyclette pour me rendre en ville et y acheter quelques friandises chez Mary Cowder. A peine étais-je entré dans sa boutique qu’elle poussa un cri de joie en me voyant. Son bonheur n’était pas feint et après m’avoir gavé de petites douceurs, de gâteaux et pates d’amande, elle me laissa repartir aux environs de seize heures. Le temps de rentrer, il fut bien vite cinq heures. J’avais manqué le déjeuner et Charlotte, telle un diable dans sa boite me sauta dessus, griffe sortie. « Lady Winnie, vous auriez du nous prévenir que vous déjeuniez en ville ! Nous tenons à qu’aucun ici ne manque de rien et nous allons finir par penser que la cuisine que nous servons ici est indigeste. Seriez-vous au moins des notre au diner ? Que vous manquiez le souper cela n’a aucune importance compte-tenu de votre garde-robe mais soyez aimable de prévenir notre majordome une heure avant le service, cela serait tout à fait convenable ! »

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Cette sorcière me faisait la morale, derrière son air affligé, ses sourcils trop taillés et sa bouche tranchant sur sa peau ‘albâtre ; Elle s’était attendue à ce que je réponde, que je me confonde en excuse mais aucun son ne sortit de mes lèvres/ Comme j’allais emprunter l’escalier, elle poursuivit la main posée sur son collier de perles. « Avez-vous l’habitude de sortir à Londres ? Finalement nous en savons si peu sur vous, excepté peut-être le fait que vous vous passez fort des conseils d’autrui. Regrettable pour vous que Lord Hamilton ait jeté son dévolu sur une autre, mais vous saurez vous consoler avec une personne de votre condition. Ne baissez pas es bras, vous le trouverez mais certainement pas ici. » Quelle petite Pute ! Huxley frappa à ma porte peu de temps avant le diner ayant appris par un tiers que je n’y participerais pas et sur le seuil de ma porte, je fus frappée par la souffrance qui se lisait sur son visage. En robe de chambre, les cheveux défaits sur mes épaules je lorgnais dans le couloir avant de sortir. « Milady, je….j’en suis profondément navré. —A quel sujet ? —Elle n’a pas à vous parler ainsi et si j’avais su de quelle façon l’on vous accueillerait j’aurais refusé d’être de a partie. C’est tout simplement révoltant. —Elle ne s’est pas exprimée sans raison. Mais qui a bien pu vous parler de notre entrevue ? —Nous partions demain aux aurores et avec votre permission nous ferons charger les malles ce soir. Et si je peux faire quatre choses pour vous. —Je n’aurais jamais cru cela de votre part. Votre réaction est héroïque, répondis-je en souriant, mais je ne veux pas que vous soyez impliqué dans tout cela. Votre place est ici avec vos nouveaux amis. Veuillez m’excuser mais je suis un peu lasse. —Winnie…. » Il venait de m’appeler par mon prénom. C’était à ma connaissance la première fois qu’il le faisait.

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« ….non rien. Je vais vous laisser vous reposer. Demain six heures. Bonne nuit. » Dix minutes plus tard il revint frapper. Je nouais mon long kimono autour de ma taille pour aller lui ouvrir mais je tombai des nus en y découvrant Virgil à sa place. « Je m’attendais à vois Huxley et non pas…. que vouliez-vous me dire ? Laissez-moi deviner ; Que vous êtres terriblement désolée et que vous ne comprenez pas ce qui a pu se passer ? Vous m’avez poignardé dans le dos et maintenant je comprends mieux pour quelles raisons vous m’avez fait venir. Il est facile d’être arrogant et méprisable quand on se prénomme Virgil Harrington. Huxley a du vous dire que je pars demain, cela vaut mieux, je n’aurais pas trouvé les mots pour vous exprimer mon profond mépris. —Winnie, je…. —Pour vous, c’est Lady Mills-Weston et pas autrement, Milord ! —Je ne voulais pas ce qui est arrivé. —Mais c’est arrivé et je salue la providence ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point cela me soulage et maintenant vous pourrez confirmer quel genre de mégère je suis à tous vos amis qui l’ignorent encore ! Retournez auprès de vos invités Milord, je ne vous retiens pas plus longtemps. —Restez au moins jusqu’à demain midi. On dit que la nuit porte conseille alors je prie pour qu’elle vous soit profitable. Faite-le par fierté et pour prouver à toutes ces harpies que vous êtes une femme digne de confiance, une dévouée amie et…. —je n’ai nul besoin de tous ces simagrées pour me sentir bien ! —Alors faites-le au moins pour Clarence. Il est votre ami et toute décision hâtive ruinerait ses efforts et jetterait le discrédit sur sa crédibilité ;Il pourrait ensuite ne pas vous le pardonner. J’ai pris le temps de m’entretenir avec la fautive et si vous apparaissiez ce soir je vous en serai profondément et à jamais reconnaissant. Winnie, je ne suis pas parfait et il m’arrive de faire des erreurs d’appréciation mais en

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ce qui vous concerne je sais que vous êtes quelqu’un de bien qui n’abandonnerait jamais ses amis suite à un différent causé par un tiers et je ne tiens pas à jeter le blâme sur ma fiancée mais vous lui inspirez de la crainte, somme toute nature puisque vous avez grandi ici près de moi. Nous avons partagé tant de choses qu’elle ignore et il lui parait être impossible de l’accepter. Pour ce soir, soyez aimable de ne pas lui en tenir rigueur. » Huxley fut ravi de me voir arriver dans le salon, Clarence en fut soulagé et un large sourire apparu sur le visage des deux cousins ; Charlotte quant à elle cherchait à recouvrer de sa superbe en se pavanant en robe de soirée entre chaque groupe de convives. « Votre mise est superbe Winnie, on pourrait presque penser que votre couturier est un joaillier tant l’éclat de cet ensemble tend à évincer votre beauté ! —Merci, Charlotte, répondis-je en souriant et une fois partit je serrai le bras d’Huxley contre le mien, on dirait qu’elle a oublié de quelle manière on reçoit à Londres. Les grands couturiers ne sont pas l’apanage des gens fortunés…. —Winnie ! » Et je me retournai en panique vers Davenport. « Vous êtes éblouissante ! Vous êtes des plus exquise en journée mais là je dois dire que votre beauté est rehaussée par tous ces cristaux. Je suis assez avare en compliments mais là, vous me laissez sans voix. —Pourtant je vous entends très bien, jack. Profitez donc du spectacle, demain nous ne serons plus là, Huxley et moi regagnerons la capitale, c’est encore làbas qu’on nous remarque le moins. —Mais cela va sans dire que vous nous manquerez Winnie. Vous n’avez pas de semblable ici et nulle part ailleurs dans notre vaste empire. » Grand silence embarrassé et la main sur la poitrine je refusais de lâcher le bras de Huxley qui en cet instant précis me servait de bouée de sauvetage, plus encore quand au loin, Virgil s’entretenait avec Clarence.

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Le sourire s’effaça de mes lèvres au moment où Virgil me regarda. Huxley sortit une bague au passage dont je n’en compris pas le sens. Mon attention à cet instant se portait sur Virgil.. Cette situation me déroutait pour son côté étrange, ces deux là se fréquentaient depuis toujours et il s’était passé des années avant que Virgil n’accepte de me revoir. Pourquoi ? Clarence ne s’était jamais exprimé à ce sujet. Ils partaient en vacances ensemble, fréquenter les mêmes clubs, les mêmes lieux de villégiatures, le même cercle d’amis ; ils étaient comme deux doigts de la main. Plus que cela, ils s’aimaient comme deux frères et de cette fraternité j’en étais exclue. N’importe qui s’en serait trouvé vexé. Et puis Clarence s’était dégoté cette petite fiancée. Dans le couloir je m’allumai une cigarette et tirait longuement sur mon porte-cigarette en ivoire, cadeau de ma tante que je pensais être avare au point de ne pas dépenser un shilling pour sa nièce si peu conventionnelle. Le côté gothique de cette aile de cette abbaye renvoyait à quelque chose de plus spirituel, Angus après en avoir hérité avait commencé modifier certaines façades pour els flanqué de galeries, projet fou qui mobilisa toute une armée d’ouvriers, charpentiers, maçons pendant deux années complètes ; Le résultat fut à la hauteur de ses espérances et en adoucissant ainsi les lignes ogivales et vitraux illustrant une époque révolue depuis le siècle élisabéthain. Apparu Virgil quand je ne m’attendais pas à le voir sortir, soit quitter son groupe d’amis intimes et il fixa droit devant lui feignant de ne pas me remarquer, tenant une cigarette dans la paume de sa main. Comme je le regardais, il ne tarda pas à tourner la tête dans ma direction sans jouer les sots pour autant. Il mit sa cigarette en bouche et une première volute de fumée monta vers la voûte imitant l’intérieur d’une embarcation. « J’avais oublié le nombre de pièces que contient ce château, déclarais-je toute gaie grisée par les effets dévastateurs du champagne. C’est plus grand encore

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que dans mes souvenirs. Je vous ennuie probablement et évoquer le passé, seulement je me mettais à réfléchir à ce qu’aurait été notre amitié si nous avions eu le temps de nous fréquenter. » Il baissa la tête comme pour mettre un terme à ma réflexion et je me rapprochais de lui dans un cliquetis de cristal brodé sur ma robe couleur prune. « C’est vrai, vous avez une belle vie et vos amis sont très intéressants. Je peux comprendre que vous vouliez brûliez la chandelle par les deux bouts. Cette demeure aussi richement remplie soit elle appartient au passé et vous allez faire un beau mariage. » L’alcool me faisait tourner la tête. « Clarence est heureux aussi. Sibyl est rayonnant, elle a des yeux comme des diamants taillés pour qu’on s’y oublie. Et Clarence est si heureux qu’on pourrait lui envier ce bonheur ! » Il caressa le plastron de son smoking et inspira profondément avant de quitter son espace pour atteindre le mien. La porte s’ouvrit sur Sir Glen Barrow, un fringant gentleman du Sussex. Virgil stoppa net sa progression. « Ah, ah ! Voilà que vous vous isolez à présent pour plonger dans votre vice ! » Ce dernier m’apercevant là se tut, me dévisagea longuement et interrogea Virgil du regard. « je trouble peut-être quelque chose. J’ignorais que vous fuissiez ici Milady. Je n’ai plus qu’à disparaitre d’où je suis venu. —Lady Mills-Weston évoquait quelques souvenirs que nous avions en commun et mettez en avant le charme insoupçonné de Lady Sibyl. Que vouliez-vous me dire Glenn ? —Rien de spécial. Je vous ai vu sortir et….votre Charlotte est un merveilleux petit rossignol encouragé par notre pianiste de Rupert. Pourquoi ne pas l’encourager le talent ? » Je partis avant eux rouge de confusion. Peu de temps après on sertit le souper, soit vers onze heures et ce Barrow ne cessait de m’étudier ouvertement, comprenant que son ami se compromettait en

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cherchant à m’isoler du reste par quelques apartés ici et là. Les hommes au fumoir, charlotte organisa quelques jeux pour nous autres et elle vint me chercher dans mon sofa pour me proposer une partie de cartes. Je refusais et Ann glissa près de moi dans un chuintement de tissu épais et chargé de motifs géométriques provocant par leur luminosité. « Elle vous déteste, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. J’ai autrefois connu cela avant de m’installer à Londres avec Edward. Sa fiancée du moment ma mené la vie dure et j’ai du me battre pour conserver ma dignité. Il ne faut pas lui en vouloir, elle est possessive envers ses amis et les amis de ses amis. Elle pense qu’e vous allez tout faire pour récupérer Lord Clarence. Mais vous avez d’autres ambitions n’est-ce pas ? » Immédiatement elle me plut ; elle avait ce franc parler et cette frimousse de femme candide mais derrière cette paisible façade se cachait une redoutable calculatrice. « Edward a fait savoir à Virgil qu’il vous trouvait très bien et quand Edward pense cela de quelqu’un homme et femme c’est qu’il devine quelque chose. —Comme quoi ? Je serais curieuse de le savoir. » Alors elle se pencha à mon épaule et collée contre mon flanc, ses jambes repliées sous ses fesses pour me tendre son étui à cigarette. « Je sais voir les choses, Winnie et je l’ai tout de suite remarqué sitôt que la voiture vous a déposé ici. Il vous dévore des yeux et prend soin de le dissimuler aux autres mais je sais ce qu’un homme peut subir sous l’influence de ses pairs. Une certaine personne ici vous convoite atrocement. Dois-je être plus claire ? —J’aimerai oui mais j’ai ma petite idée sur le sujet. Pourrait-il s’agir d’une personne portant les initiale JD ? —Oh, non ma chérie ! Lui c’est autre chose, il aime sans concessions. Je parle précisément de son cousin aux initiales VH. » Le coup m’atteignit en plein cœur.

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« Oh, non ! Je ne crois pas non ! Cette personne est très transparente et…A, ah ! Cela serait complètement insensé de sa part ! Vous voulez me faire marcher. —Il vous a vu en ville. Une première fois avec Davenport et une autre fois dans un salon de thé, il me semble. Edward était avec lui ce jour-là. Son père est un vieil amiral qui dispose d’une somptueuse résidence à Chelsea et durant toute la période où il fut hébergé chez lui, il n’a cessé de parler de vous, en des termes déguisés, mais Edward a fini par faire le rapprochement. Virgil parlait d’une vieille connaissance dont il craignait la rencontre et qu’il souhaitait se donner toutes les chances pour vous êtes agréable. Son angoisse était si palpable, Edward vous le confirmera. —Ce n’est pas nécessaire. » Mon cœur battait à rompre. Alors Ann posa sa main sur la mienne. Au fond de son regard je sus qu’elle était sincère, elle s’exprimait avec sagesse et droiture, non comme une rivale qui cherche à vous faire choir de votre piédestal. « Courant semaine prochaine, Edward et moi descendons France une semaine ou deux. Pourquoi ne pas vous joindre à nous ? Nous profiterons de Paris pour choisir de nouvelles toilettes pour la saison. Lord Huxley pourrait très bien vous accompagner, lui qui se dit être amoureux de la France. —Non, c’est gentil à vous mais je ne peux pas. Merci pour la cigarette. Je pars demain Ann et tout le plaisir aura été pour moi, maintenant je suis trop exténuée pour prolonger cette soirée. » Aussi incroyable que cela puisse être vrai je ne fermai pas l’œil de la nuit. Si Ann disait vrai alors je comprenais mieux certains détails de cette sordide histoire. Au moment de partir le lendemain je me précipitais dans la voiture pestant contre Huxley qui se faisait désirer à l’intérieur, traînant plus que jamais à serrer les poignées de mains tout en fanfaronnant. Il finit par arriver escorté par Virgil, Lord Eward et Clarence et lui de se pencher pour m’interpeller.

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« On se voit à Londres Winnie, j’y serais dans trois jours, tout au plus cinq. Soyez aimable de saluer votre mère pour moi. —Oui, je n’y manquerais pas. » Le valet referma la portière sur Huxley et pas un regard ne fut échangé à Virgil, resté en retrait près de son ami Edward. Virgil aura beau vouloir se montrer aimable, il resterait Virgil Harrington et je ne pouvais admettre le trouver séduisant et à mon goût. Dans une autre vie j’aurais aimé qu’il me courtise et je l’aurais aimé d’un amour ardent, mais pas dans cette vie.

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CHAPITRE ( Ma mère me trouva changée, plus renfermée. Elle pensait en connaitre la raison. Se méprenant, elle refusait de prononcer le prénom de Clarence tant qu’il ne serait pas écarté de mon cœur. Ma pauvre petite maman ! Une semaine se passa sans que rien ne vienne heurter notre quotidien, puis une seconde semaine. Le mois de mai s’annonçait plutôt gai. En rentrant un peu avant l’heure je trouvais Huxley dans le salon, plus beau que d’ordinaire. Il avait éclairci ses cheveux roux et portait des vêtements qui le mettaient à son avantage. Bien-sûr ma mère a chacune de ses visites déroulait le tapis rouge et sortait la belle vaisselle, envoyant notre cuisinière acheter de quoi le sustenter. En général il ne disait pas avoir le temps d’un diner, ayant maintes et maintes visites à honorer, ce soir là à peine se tenait-il là, confortablement installé tel un pacha se régalant des toutes douleurs provenant de l’épicerie de luxe du quartier. « Winnie ma chérie, Lord Huxley désire te parler au sujet d’une proposition d’emploi. —Oui, il s’avère que j’ai une relation qui cherche un directeur éditorial et j’ai pensé lui soumettre votre profil avec votre permission. Ce n’est pas très loin d’ici, disons à St James et…. —C’est très aimable à vous mais je ne compte pas rester à Londres. —Quoi ? De quoi parles-tu Winnifred ? —J’avais il y a longtemps de cela posté une lettre pour un journal à Boston et je viens de recevoir une réponse favorable. Je pars donc vivre là-bas. Je viens d’ailleurs d’acheter mon billet sur la Cunard. —Tu n’es pas sérieuse ? Qu’est-ce que….qu’iras-tu faire en Amérique ? C’est à l’autre bout du monde et qui veilleras sur toi dans ce pays de sauvages dont on ignore les coutumes ? Non, tu ne partiras pas ! je m’y oppose !

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—Je n’ai jamais souhaité rester à Londres, vous le savez très bien. On est très à l’étroit ici et vous n’avez aucun soucis à vous faire, je m’en sortirais bien. —Non ! C’est insensé ! » Les larmes lui montèrent aux yeux. Tous ces espoirs d’une vie meilleure s’évanouissaient comme neige au soleil ; elle avait pensé que j’aurais fait un bon mariage et que tout redeviendrait comme avant. ‘j »Je pars dans deux jours. —Mais avec quel argent vas-tu vivre ? —Et bien je percevrais un salaire comme tout employé travaillant à la sueur de son front. C’est une notion qui semble vous échapper mais ma décision est prise et rien ni personne ne me fera changer d’avis. » Ma mère fut horrifiée. Elle se sentait trahie et diminuée dans son rôle de mère. N ne pouvait lui en vouloir mais plus que jamais je désirai partir. Le lendemain, Clarence débarqua sur mon lieu de travail pour me faire entendre raison, cela allait de soi et mon employeur me laissa prendre ma journée afin de finir les dernières formalités avant mon dit-départ. Revoir Clarence dans pareil contexte me secoua, lui qui organisait toujours nos rencontres dans un endroit on ne peut plus discret quand nous n’étions pas à arpenter les allées des galeries d’art et des musées. Là, il m’invita à monter dans sa Renault pour rejoindre le parc de St James pour donner un caractère moins opprimant à cette fortuite entrevue. « Alors comme ça vous désirez quitter l’Angleterre ? —Oui, le projet état en stade embryonnaire jusqu’à ce que je reçoive une lettre de Boston. —Une lettre d’encouragement certainement. Vous ne pouvez pas prendre ça pour argent content. Ce courrier n’a rien d’officiel et c’est un énorme risque de vouloir partir à l’aventure quand vous n’avez aucune idée de ce qui peut vous attendre là-bas. —Clarence, je suis une grande fille ! Le travail ne m’effraie pas et je sais que je pourrais trouver à m’éclater là-bas. Ce n’est pas comme ici où tout est hiérarchisé, codifié, réglementé ! Boston est tout ce

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que je peux imaginer de mieux pour démarrer une nouvelle vie. —Je vous rembourserai votre billet sur la compagnie maritime et nous prendrons quelques jours de vacances pour réfléchir à tout cela. Vous ne pouvez partir sur un coup de tête et laisser votre mère dans un profond embarras. Avez-vous songé à elle ? Mettez-vous un seul instant à sa place et vous comprendrez que vous êtes allée un peu loin. » La bonne humeur s’effaça de mon visage, mon enthousiasme et cette excitation caractérisée des départs à l’aventure quitta mon esprit : pendant un temps j’étais revenue à la réalité, froide et morne. Londres, cette austère cité me narguait de nouveau avec ses parcs verdoyants, ses riches demeures et cette concentration de gens si étriqués. Les larmes me montèrent aux yeux en songeant à ce pays plein de promesse qui s’éloignait de moi pour ne refléter que la vapeur distendue d’un mirage. « Est-ce à cause de moi que vous partez ? —Comment ça ? Bien-sûr que non ! Ma vie ne tourne pas qu’autour de la vôtre, j’ai aussi des rêves et des attentes plus ou moins réalisables. —Je serai affligé si j’apprenais que votre départ est mué par un sentiment de désolation à mon égard. Je suis très attentif à votre bonheur et il vous faut continuer de croire en nous. » Sa main se posa sur la mienne. Prestement je détournai la tête pour essuyer une larme ruisselant sur ma joue. « La situation financière de ma mère est catastrophique. Elle se raccroche à quelques vieux souvenirs mais cela me répugne de la voir quémander et se rabaisser auprès de ces rares amis. Bien entendu il nous reste richard. Il est si magnanime, si altruiste que cela en serait presque déconcertant mais ma mère en sa présence avale sa fierté. Elle ne comprend pas que je puisse vouloir travailler, trouvant juste son oisive existence quand elle m’inonde de sarcasmes en disant que travailler m’éloignera toujours un peu plus du foyer.

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—Mais Caitlin vous en est reconnaissante. Chaque effort réalisé est un affranchissement pour elle. Elle ne vous remerciera jamais par orgueil cependant elle a conscience de votre implication et cela reste bénéfique dans vos rapports mère-fille. Vous vous réalisez dans ce que vous aimez et elle vous sait heureuse quand vous rentrez d’une bonne journée de travail. Ce que vous accomplissez au quotidien vous valorise. » Il enserra davantage sa main sur la mienne. Notre regard se croisa. Dieu seul savait s’il m’aimait autant que je l’’aimais. Tout en lui m’apaisait, il est comme ce phare qui éclaire l’horizon pour prévenir les embarcations du danger de la côte, il état comme une fortification protégeant une population des attaques meurtrières et il ne me repoussait jamais quand ma tête se posait sur son poitrail. Il me disait des mots gentils et me caressait la tête comme un père rassure l’enfant apeuré. Clarence me caressa la joue avant de déposer un long baiser sur ma joue. « Vous n’avez aucune raison d’avoir peur tant que nous serons près de vous. Rien ne vous arrivera si vous continuez à nous faire confiance. Vous avez la chance de connaitre Virgil et Huxley, ils sont et resterons de loyaux amis, les meilleurs qu’il vous sera donné d’avoir, alors ne leur tourner pas le dos. Acceptez la proposition de Huxley concernant cet emploi et s’il vous plait, ne vous montrez pas si dure envers lui. il n’est pas si désopilant qu’il le montre. Winnie, je déjeune avec un ami. Accepterez-vous d’être des nôtres ? » L’ami en question était Edward. I avait réservé une table dans un endroit très sélect où les femmes, d’es ladies à en juger par leurs attraits, arrivaient habillées et où les gentlemen comptaient parmi les plus grosses fortunes de la capitale et de notre Empire. Edward s’adressait à moi comme à une vieille amie et toute barrière fur rompue. Vingt minutes plus tard arrivèrent Ann au bras de Virgil.

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Mon cœur s’emballa à sa vue. Ann m’embrassa avec allégresse tout en m’offrant son plus beau sourire. Virgil se contenta d’une poignée de mains. « Nous avons commencé à boire sans vous mais John se fera un plaisir de prendre vos commandes ! lança Edward lorgnant vers moi puis vers Virgil, un peu tiraillé par l’envie de me parler et celle de rester le plus discret possible. « Comme vous le savez Winnie-chérie nous sommes allés à Paris, Edward et moi. Je n’ai pu résister à l’envie de vous ramener un souvenir de Paris. —Vraiment ? Il ne fallait pas vous donner tout ce mal. J’ose seulement espérer que vous ne vous êtes pas ruinée. —Ce soir vous dinerez avec nous. Il est convenu que vous passeriez avec Clarence et je refuse que vous nos fassiez faux –bond ! A cette occasion je vous le remettrais. Clarence vous aurait-il dit que nous partons une quinzaine de jours sur le vieux continent ? Naturellement il y aura une place pour vous quelque soit notre destination finale. Veuillez m’excuser mais je dois aller me rafraichir, soyez aimable de commander un Porto pour moi…. » Profitant de l’espace vide laissé sur la banquette, Virgil glissa vers moi. Sa présence me troubla. Etaitce son parfum ? ou bien ce regard réservé qui lorsqu’il se posait sur vous, vous englobait ? « Comment va Lady Caitlin ? —Bien, merci de vous en inquiéter, murmurai-je sans le regarder. —Ne serait-ce pas Paul là-bas ? Clarence, allons donc le saluer avant de passer à table. Il aura des tas de choses à nous raconter ! » Et tous deux partirent pour nous laisser seuls. Je respirai de plus en plus fort et de plus en plus mal. Mon regard glissa vers le sien et il me répondit par un discret sourire. « Et comment va votre fiancée ? —Bien je suppose. Elle est partie quelques jours à Plymouth. J’ai appris que vous nous quittiez pour le Nouveau Monde ?

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—C’était un projet avant que Clarence trouve à m’en dissuader. Mais cela ne sera que partie remise, je ne compte pas prendre la poussière à Londres dont on fait vite le tour. —Que pensez-vous trouver à Boston qu’il n’y ait pas ici ? Vous auriez tort de nous quitter, Londres plus que n’importe quelle vie américaine reste une valeur sûre. » Ann revint dans la salle avant de bifurquer vers Edward, Clarence et leur ami fumant un énorme cigare accompagné d’une jeune et voluptueuse femme. Virgil se rapprocha plus encore, fouilla dans sa poche intérieure et posa un écrin sur mes cuisses ; « C’est pour vous…. Ann m’a dit que cela pourrait vous plaire. » J’ouvris l’écrin des plus interdites pour tomber sue barrette à cheveux incrusté de pierres précieuses. « C’est trop beau, je ne peux pas accepter. —On va dire que c’est pour votre anniversaire. Un cadeau ne se refuse pas. —Vous me gâtez Virgil. Je ne pense pas l’avoir mérité. Mais s’il s’agit d’un cadeau d’anniversaire alors vous m’envoyé ravir. Je vais la mettre maintenant. Comment est-ce ? » Son regard m’enveloppa, il y avait de l’électricité dans son regard, non pas une vive tension mais une sorte de courant alimentant son cœur, ses poupons et son âme. Comme je souriais, son visage prit une expression plus enjouée et le mal être qui l’avait caractérisé il y a quelques semaines de cela se transforma en une certaine assurance. « Vous êtes très jolie Winnie, disons que ce bijou vous sied bien. Ann avait raison là-dessus. Les couleurs des pierres rehaussent celle de vos yeux. Elle est d’excellents conseils. » Il plongea son regard dans le mien et j’allais ajouter quelques bons propos sur Ann mais aucun son ne sortit de mes lèvres. Comment expliquer que mon cœur battait si fort ? Il n’était pas normal de ressentir une telle attraction pour un homme que depuis toujours je détestais.

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« Winnie, c’est ravissant ce que vous avez dans les cheveux, déclara Ann en me prenant la main pour la poser sur sa cuisse. Cela met en valeur vos yeux. —Oui comme je disais à Virgil, vous êtes de très bon conseil. Elle prit un air gêné, les sourcils foncés avant de glousser. A croire que Virgil n’aurait jamais du mentionner son nom dans cet achat, maintenant sa complicité dévoilée elle ne pouvait nier les faits. « C’est ainsi que je conçois les choses. L’attention que l’on porte à ses amis révèle la façon à laquelle on souhaite être aimé. Pourquoi ne pas passer à table ? Nous pourrons toujours commander nos boissons une fois installés à notre table, n’est-ce pas ? » On me plaça près de Virgil. Cela ne serait pas facile de déjeuner tout près de lui. « Et comment va notre ami Huxley ? Questionna Edward à l’intention de Clarence. —Il va pour le mieux. En ce moment il envisage de racheter certaines sociétés à Birmingham, Liverpool, et Manchester. Il est le digne héritier de son père. Bientôt il sera à la tête d’une importante conglomération puisqu’il rachète les chantiers navals et les industries en faillite pour en faire des nouvelles pépinières d’emploi. —Au rythme où il va, il va finir par nous racheter nous aussi. Cependant il est judicieux d’écouter ses conseils, grâce à lui je me trouve être à la tête d’un important capital en Amérique. —Nous devrions l’inviter à se joindre à nous plus souvent. Et pourquoi pas sur le vieux continent ? proposa Ann en cherchant un peu d’appui dans mon regard. —Il refusera. Il n’a pas la vie tranquille que nous avons. Clarence et Virgil m’appuieront pour dire qu’il est très rarement en vadrouille et même s’il le pouvait, je doute qu’il accepte de passer ses vacations en notre compagnie. Il nous trouve si vieux jeu. —Virgil il faudra le convaincre de venir avec nous, insista Ann la main posée sur l’avant-bras de ce dernier, cela ne pourrait être que plus magistral,

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disons. Un grand financier comme lui dans notre expédition pourrait avoir quelque chose d’original au même titre qu’un juge, un clergyman ou un…acteur. Ecrivez-lui une lettre et soyez certain qu’il ne vous refusera rien. Il aime après tout qu’on le flatte. —Nous réfléchirons à cela plus tard Ann. —Pourquoi repousser à plus tard ce que l’on pourrait faire maintenant ? Il y a déjà vous Edward, moi, Clarence c’est certain et vous, Virgil. Si Winnie pouvait être des nôtres, il accepterait sans aucun doute par respect pour votre famille. Il est l’ami estimé de Sir Holstein, grand banquier de son état et ami de Lady Mills-Weston. » Ann savait tout de tout le monde. Un véritable bottin ambulant Et Clarence enchaina sur un autre sujet, ce qui me permit de me détendre. Au moment de partir soit deux heures après, Ann revint à la charge et le bras sous le mine s’exprima ainsi : « L’Italie ? Seriez-vous partante pour l’Italie ? —Oh, Ann je ne sais pas si c’est une bonne idée. —Bien-sûr que oui ma chérie ! Cela vous fera le plus grand bien et puisque vous ne partez pas pour l’Amérique il est de notre devoir de prendre soin de vous ! Nous descendre en Toscane et pourquoi ne pas séjourner quelques jours à Venise ? » Ma mère soulagée de me savoir de nouveau lucide contacta Richard qui lui contacta Huxley. Ce dernier se présenta deux jours plus tard à notre domicile en trois pièces noires, col cassé et cravate rouge de celle que portent les universitaires d’Oxford et de Cambridge. Longuement il tournait la cuillère dans sa tasse de thé Darjeeling, les jambes croisées et visage pour le moins crispé. « Je vous ai dernièrement contacté et tous mes courriers sont à ce jour sans réponse. Je désespérai de ne pas vous revoir quand Richard m’a dit que vous aviez changé d’avis pour l’Amérique et que par conséquent vous désiriez me voir. —Clarence et quelques amis partons sur le vieux continent et nous avons songé à vous pour m’accompagner.

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—Et tout de suite vous avez pensé à moi. —Oui ! Mais cela ne semble pas vous faire plaisir. » Il ne releva pas le nez de sa tasse. Il secoua ensuite la cuillère pour la poser dans le soucoupe. Je ne perdais pas un de ses gestes, précis et d’une langueur monotone. Pas un bruit ne vint polluer la scène, on se serait cru à une veillée mortuaire sans savoir pour autant quel membre de la famille l’on venait saluer une dernière fois. Il posa sa tasse sur le guéridon récupéré chez une vieille tante et croisa les doigts à la façon d’un ministre du culte et les extrémités ainsi joints, il se perdit dans ses pensées. « Et bien cette fois-ci je me vois refuser votre proposition. J’ai appris en vous fréquentant qu’on ne peut rien exiger de personne. Je pourrais encore me contenter de jouer les chaperons sitôt que l’envie vous prend de passer pour une femme respectable aux yeux de ces gens que vous exécrés le plus. Cependant je suis las de tout ce cirque. De tous ces fauxsemblants. —Ce n’est pas un problème Huxley je vous trouverai un remplaçant ; Ma mère ne devrait pas tarder, je lui transmettrais vos compliments. Je vais vous raccompagner à la porte. —Je suis libre demain aux alentours de onze heures. Nous pourrions déjeuner ensemble, qu’en pensez-vous ? —Cela ne peut-être possible! Je suis déjà prise demain. Une prochaine fois peut-être. » Il ouilla l’intérieur de sa poche pour son fidèle carnet et sans plus se soucier de moi relisait ses notes. «Et bien que dites-vous de Jeudi prochain dans ces cas-là ? Mais j’ai également un créneau un peu plus tôt dans la semaine. Plutôt deux. Je pourrais très bien décaler quelques rendez-vous si ces dates ne vous conviennent pas. je finis tard mais si je commence une heure plus tôt alors je pourrais être tout à vous. —Euh… Huxley ce n’est pas nécessaire.

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—Alors pourquoi me demander de passer quelques jours avec vous en villégiatures si ce n’est pas nécessaire ? Et qui sont vos amis en question ? —Les lords Virgil, Clarence, Edward et Lady Ann. Avec moi cela ramène à cinq et vous, six si toutefois vous acceptez de vous rendre en Toscane. —Qu’irai-je faire en Toscane ? » Debout devant moi il me fixait de son regard de reptile. Quand je le voyais ainsi je l’imaginais fort mail avec une autre femme que moi, il était si étrange quand malgré cette sévérité il lui arrivait d’être ordinairement ennuyeux. Il inspira profondément, concentrant son attention sur un détail du décor devat lui et son souffle chaud me fit battre les cils. « Il n’y a rien que je ne saurais vous refuser. Vous continuerez à me manquer de respect en me percevant comme un lâche, un ridicule pantin mais s’il vous plait d’aller en Toscane, alors ;… » Je me hissais sur la pointe des pieds pour déposer un rapide baisé sur sa joue saillante. « Merci beaucoup Huxley, c’est très généreux de votre part ! J vais immédiatement l���annoncer à Lady Ann ! je vous tiendrai informé de la suite en temps et en autre et il sera inutile de me contacter avant que je ne le fasse Je vous raccompagne. —Ne pourrait-il en être autrement ? —C'est-à-dire ? —Pour une fois nous pourrions nous revoir en de hors de ces mondanités pour par exemple choisir votre garde-robe pour ce voyage ? Si vous m’accompagnez je refuse qui vous vous y rendiez si mal fagotée. —C’est aimable à vous mais…. —Je passerai donc demain, à quinze heures pour dévaliser quelques boutiques en votre compagnie. Plus aucune l’idée n’aura à redire sur vos tenues, Milady ! »

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CHAPITRE 6 Edward loua une somptueuse villa à quelques minutes de Florence. La Renaissance s’offrait à nos yeux de sujets britanniques bien plus habitués à l’architecture néo-classique, élisabéthaine et gothique ; ce décor nous permettait de voyager dans le temps comme contemporain des Médicis, de Léonard de Vinci et Ann ne cessait de vouloir courir d’un endroit à l’autre de la ville pour y découvrir ses richesses. Pour le moment nous n’étions que nous six, à savoir,, le couple Ann-Edward, Louis et moi et Clarence-Jack. Retrouver Jack fut pour moi un soulagement craignant de passer quinze jours coincée avec Huxley pour seul chevalier-servant. Il n’était trop zélé à cette tâche, agissant comme une nurse pour l’enfant dont on lui a confié la charge. Sitôt que je touchais ma gorge il m’apportait à boire, quand je soupirai il me tendait mon éventail, quand je frissonnais mon étole ; or il avait dépensé une fortune pour me vêtir et me chausser. Rien d’anormal à ses yeux que de paraitre prévenant à mon égard. Pendant deux jours nous visitâmes les lieux les plus convoités par les touristes, seulement Ann, Huxley et moi, le reste préférait rester à la villa échanger leurs impressions sur le monde que l’on y croisait ici en Italie le tout accompagné d’un verre d’alcool et d’un cigare. On se régla littéralement, la tête pleines d’information sur cette ville au bastion de la Renaissance. Le troisième jour arrivèrent Vigil escorté par Charlotte et Sibyl. Le visage d’Ann se crispa et des plus surprises lança un regard désabusé à son amant qui aussitôt se précipita pour les accueillir depuis la grade terrasse surplombant un parc. « Ann, vous avez un teint superbe ! Il vous faudra me donner le nom de votre cosmétique. Louis qu’il est agréable de vous revoir, il était audacieux de vous présenter un tel voyage mais le plaisir est certain….Winnie, la pétillante Winnie….Jack ! Vous

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également ! Et bien on ne change pas une formule gagnante ! Oh, mes amis quel voyage ! Nous avons bien cru jamais y arriver ! Nous avons eu quelques complications à Paris avec nos bagages, il a fallu affréter un autre wagon et le trajet fut des plus interminables. Nous avions pourtant des voisins charmants, des Anglais évidemment qui se rendaient à Biarritz ; sans eux pour nous distraire, je crois bien que nous aurions souffert de l’ennui…. » Huxley me tendit un verre de citronnade, debout derrière mon fauteuil en osier. Il ne pouvait s’empêcher d’anticiper le moindre de mes besoins et ce qui au début passait pour de la provocation, avait fini par me séduire. Ann m’interrogea du regard avant de se lever imité par Davenport. « Nous sommes profondément navré de ne pouvoir vous accueillir comme il se doit mais nous devons y aller. Nous avons rendez-vous dans une demi-heure avec un maitre-conférencier à la Basilique Santa Croce pour ensuite nous rendre au Palais Pitti. Nous serons de retour d’ici deux petites heures, voire trois. » Je me levai à mon tour imité par Huxley. Et dans la voiture aucune de nous ne parla, nous étions assises l’une à côté de l’autre la main dans la main. Plus tard dans la basilique, Ann m’attrapa le bras tout en feignant de s’intéresser aux figures religieuses trônant sur place. « Que pensez-vous de Davenport ma chérie ? Il n’y a rien que vous ne fassiez qui le trouble. Il ne cesse de parler de vous en des termes très élogieux et je suis persuadée que si vous veniez à effleurer sa main alors il se mettra à vous chanter la sérénade. —C’est possible mais j’ai déjà Huxley pour jouer les protecteurs et je vous jure que c’est suffisant. » Elle me poussa prestement vers une niche après s’être assuré qu’aucun des deux ne pouvait ni nous écouter, ni nous voir. « Vous aurait-il fait sa demande ? Il s’apprêtera à vous la faire dans les jours qui viennent et n’en soyez pas surprise. Edward m’a affirmé qu’il aurait acheté

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un bijou d’une valeur de vingt mille livres puisque par mégarde le reçu d’un tel trésor aurait quitté son portefeuille. Il ne peut donc s’agir que d’un diamant et tout le monde a remarqué de quelle manière il se comporte avec vous. Davenport n’a peut-être pas d’argent mais il est le cousin de Virgil. Un mot de lui et Virgil vous jettera le grappin dessus. Faites-lui savoir que vous serez très prochainement fiancée et vous les aurez tous à vos pieds. —Mais à quel jeu jouez-vous exactement ? Je ne voudrais pas qu’il y est de malentendu entre ces gentlemen, tout ce que je veux c’est pouvoir atteindre une certaine indépendance financière. —Pas à moi Winnie ! Je vous ai vu le regarder l’autre jour au Club et j’ai pu déceler une forme d’attirance dans votre regard. il ne vous laisse pas complètement indifférente et laissez-moi tout gérer. Ensuite vous me remercierez. —Ann je vous interdis de gérer mes affaires ! Vous en avez assez fait avec cette barrette. Je ne veux plus que vous interveniez de la sorte. Est-ce clair pour vous ? Je veux que vous sortiez cette idée de la tête selon laquelle j’éprouve le moindre sentiment d’affection pour cet homme. —Comme vous le voulez, après tout je ne suis ici que pour passer du bon temps avec mes amis ! » Peu de temps avant le diner je partis trouver Juxley dans sa chambre. Wallis me dissuada de le faire mais je crèverai de honte si je ne le faisais pas. Ce dernier rédigea sa correspondance devant une porte-fenêtre ouverte sur la campagne de Toscane. « Huxley, je viens de me fourvoyez par mégarde. Si vous êtes un ami je pense que vous m’écouterez sans me juger. Je pense que vous savez pour quelle raison je suis ci. Après le week end passé chez Harrington j’ai commencé à prendre peur. » Il se tenait là à m’écouter les avant-bras posés sur les accoudoirs de sa chaise. A quel moment prendraitil conscience de ma présence ? Il semblait m’écouter bien loin de cet endroit, comme plongé dans une sorte

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de léthargie. Il avança une chaise pour me la présenter. « J’ai eu peur de perdre Hamilton alors pour éviter de me voir souffrir j’ai pensé fuir l’Angleterre. —Je comprends oui, face à la difficulté la fuite parait être la seule solution. Mais, poursuivez. —Il m’a parait nécessaire d’accepter ce voyage pour palier ce manque de confiance en l’avenir, m’assurer que les choses resteraient telles qu’elles le sont entre temps. Cependant Ann reste persuadée que je l’ai fait pour plaire à un autre homme dont je tairais le nom pour le moment. C’est une affreuse méprise, vous en conviendrez ! Maintenant j’ignore ce que je dois faire pour qu’il n’y ait pas le moindre malentendu entre nous. —Cet homme en question vous aime-t-il ? Serait-il ici dans le seul but d’exprimer ses sentiments quant bien même vous ne ressentez rien pour lui ? —C’est exactement ça ! Que dois-je faire ? N’est-il pas maladroit de l’éconduire alors que j’ai ag en toute innocence ? —Et bien, hâtez-vous d’aller le trouver et soyez concise, franche et inflexible envers ce soupirant que vous ne souhaitez pas voir souffrir. Davenport n’est pas un sot il comprendra. —Davenport ? » Il se sut que répondre, le coup venait de l’atteindre de plein fouet. Sans voix, il fixa le stylo qu’il prit entre ses doigts pour se donner un ait détaché ; au fond de moi je savais qu’il souffrait de cette révélation. « Alors il est un bienheureux. Voilà un homme à qui vous aurez évité des moments de souffrance et je plains celui que vous refuserez. Je le plains de tout mon cœur. —N’en dites pas plus Huxley. Aidez-moi plutôt à trouver une issue à cette triste farce ! —Hamilton est-il au courant ? —Non. C’est son meilleur ami et plutôt que de le voir souffrir il m’incitera à poursuivre dans ce sens. J’airai même jusqu’à dire qu’il a contribué à tout cela en

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incitant pour que je le reçois quand j’en éprouvais pas l’envie. —Imaginer Hamilton jouer les entremetteurs ne me convint pas. il est de nature réservé et cela lui ressemble bien mal. L’avez-vous interrogé à ce sujet ? Vous auriez du commencer par cela ainsi vous auriez vu plus clair. Il va vous croire mêler au jeu peu scrupuleux d’Ann et vous risquez de le décevoir à bien des égards. Hamilton est fiancé et qui serait assez vicieux pour les désunir ? Vous devrez cesser de fréquenter Ann un petit moment, l’influence qu’elle exerce sur vous pourrait vous valoir vos amis. —Que de risques encourus pour seulement avoir voulu récupérer une amitié que je pensais perdue à jamais ! Que cela est horrible quand on y songe ! » Il se leva pour venir plus près de moi et soulever mon menton pour me fixer avec attention. « L’amour nous échappe. On pourrait penser que nous pouvons le contrôler mais certaines données sont imprévisibles. J’apprécie que vous soyez venus me trouver. Toute la difficulté réside dans le fait que nous ne soyons pas compris face à ce déferlement d’émotion. Pour ma part je dirais que j’ai de la chance de vous connaître, vous êtes si entière, si différente des autres…. » Et je me levai prestement. « Vous avez raison. Je vais de ce se pas aller le voir pour dissiper tout malentendu. Je vous aviserai de la suite ultérieurement. » Virgil se tenait dans sa chambre. peu de temps avant je m’étais assurée de savoir Charlotte occupée à parler d’art avec Hamilton dans le salon. Edward et Jack ne tardèrent pas à les y rejoindre. Le valet de Virgil se tenait près de lui occupé à l’aider à passer son smoking. Ce dernier disparut pour me laisser seule avec Harrington. « Qu’est-ce qui ne va pas Winnie ? Qu’avez-vous d’important à me communiquer ? —Voilà, je pense qu’il y a un terrible malentendu entre nous et je suis là devant vous afin de poser cartes sur table. »

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Il leva à peine les yeux, ajustant lui-même les boutons de manchette de son chemisier. « Et de quel malentendu s’agit-il ? —Vous savez très bien de quoi je parle alors ne prenez pas cet air morne voire blasé avec moi ! Je parle de ce que Clarence aurait pu vous dire à mon sujet, à savoir les maigres probabilités que vous auriez à gagner mon respect. Or étant donné votre situation je préfère clarifier les choses avant de passer aux yeux de tous pour une intrigante. —Alors, clarifiez les choses au plus vite ! —depuis quand projetiez-vous de me revoir ? » Il ne répondit pas. un vent chaud s’engouffra dans la pièce soulevant les voilages des rideaux. Le décor baroque des lieux avec ces colonnes et ses frises correspondait au reste de la villa. L’architecte avait du vouloir garder le maximum de détails antiques pour permettre aux résidants de s’immerger dans cette Toscane romantique et mythique. Depuis le couloir circulaire desservant les chambres l’on pouvait rejouer la pièce de William Shakespeare « Roméo et Juliette » sans avoir à penser construire quelque décor similaire mobile et temporel. « Depuis toujours, répondit Virgil comme sous la menace. En fait je n’ai jamais perdu l’idée de vous revoir Winnie mais ce ne fut jamais le bon moment. Il y a eu l’Inde, puis l’Afrique et j’ai profité de mon retour définitif au pays pour rendre possible cette rencontre. —Et pourquoi ? N’avez-vous pas assez d’amis dans votre entourage pour vous distraire ? —Il ne s’agit pas de cela. —Et de quoi alors ? Votre père décède. Vous fichez le camp à l’autre bout du monde pour dilapider sa fortune et quand vous revenez vous vous mettez à dissiper son héritage à tout vent, pièce par pièce. —Alors on vous aurait bien mal infirmé. La vente de son héritage comme vous dites si bien me sert de fond de placement, rien de plus. Je considère que vivre avec seulement dix mille livres de rente annuel ne font pas de moi un fils prodigue. Mais si vous pensez le

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contraire de moi je vous laisse à vos futiles préjugés car il est temps pour moi de rejoindre les autres. —Pas si vite ! Vous n’avez pas répondu à ma question ! Pourquoi vouloir me revoir si ce n’est que pour mieux me torturer ? Déclarai-je en me précipitant devant lui, les sourcils froncés. En fait, je vois clair en vous, depuis le début. Tout n’est que manigances jusqu’à me jeter votre amie Ann dans les pattes mais avant elle, Jack ! Tout cela ‘avait qu’un but : me conduire à ma perte ! » Et alors son regard plongea dans le mien. Le sol se déroba sous mes pieds et pour la première fois de ma vie j’eux envie d’y croire ; son regard m’électrisa une fois de plus et l’excitation me gagna parce qu’il se tenait là devant moi, la bouche entrouverte et l’œil brillant de mille feux. S’il m’avait embrassé je ne l’aurais pas repoussé. « Et vous ? Pourquoi avoir accepté ce voyage en sachant que j’eusse souhaité vous revoir ? —Je l’ai accepté pour Clarence. Il est mon ami. Je ne peux pas en dire autant de vous. —Pourtant vous savez qu’il n’est pas disponible mais vous vous entêtez à vouloir le récupérer. N’estce pas cruel de votre part ou bien stupide de courir après de telle ineptie ? —C’est à moi d’en juger. » Je songeai à Ann et à ce qu’elle avait trouvé à me dire au sujet du reçu trouvé au nom de Louis Huxley. « Clarence est mon ami pas mon amant. J’a bien plus à attendre de la part d’Huxley que de la sienne. Lui au moins m’estime comme je suis. » Cette dernière remarque coupa court notre discussion. Virgil se dirigea vers la porte et murmura un : « s’il vous plait. » Il me chassait comme une malpropre. « Cette discussion n’a jamais eu lieu d’accord. Comme aucun autre tournant sur ce sujet. Il est préférable que vous et moi en restions là. » Le repas fut une horreur, contrairement aux repas pris dans cette salle à manger, celui-ci fut long et ennuyeux. Sibyl, charlotte me volaient la vedette

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appuyée par Ann qui ne se préoccupait guère plus de moi. A un moment précis, entre l’entremet et le dessert, la min d’Huxley se posa sur la mienne ce qui eut pour effet de me faire sursauter. Là sous la table il cherchait à me rassurer mais l’effet escompté fut inversé et des plus mal à l’aise je cherchais des yeux Clarence, on ne peut plus absorbé par la douce voix mélodieuse de a bien-aimée. « Il y a bien un endroit en Italie que vous n’ayez pas visité ? Questionna Edward face à l’érudition de Charlotte. Ann compte se rendre demain à Rome pour deux jours, il serait fort aimable à vous de la guider dans les méandres de cette cité ! —Oui, avec grand plaisir ! Virgil et moi voulions également nous y rendre. N’est-ce pas Virgil ? c’est un cadre tout à fait exquis et les Romains ne sont pas si pédants que l’on voudrait nous faire croire. L’année dernière Sibyl et moi sommes descendues chez une charmante Duchesse résidant sur place et nous y avons été très ben reçues au oint d’en conserver un souvenir des plus merveilleux ! —Oh, oui ! Tout y fut pour le mieux, enchaina Sibyl derrière des volutes de fumée de sa propre cigarette, ce fut comme une ballade notre croisière sur le Nil mon chéri, on se laisse porter par cette douce ambiance en oubliant que nous sommes voués à retourner dans un monde bien moins féérique ! Viendrez-vous jack ? S’il y a un gentleman ici qui sache mieux que quiconque goûter aux bonheurs terrestres, c’est bien vous ! —Je l’aurais fait volontiers si je ne m’étais engagé ailleurs ; l’un de mes amis de Cambridge se trouve être à Pise et je vais profiter de l’occasion pour monter le saluer. Je laisse à Louis le soin de vous escorter. C’est un fin érudit qui en sait plus que moi sur l’art de vivre à l’italienne. —C’est me flatter Mr Davenport, je dirais qu’en ce qui me concerne je remettrais cette excursion à plus tard. Ne vous souciez pas de moi je resterais joignable par téléphone.

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—Voyons Jack, il vous faudra renoncer à Pise, murmura ann, l’on ne peut laisser Winnie sans galant ! —Non, soyez sans crainte ! Florence a encore tant de choses à me dévoiler. » Le regard de Charlotte rencontra celui de Sibyl. Toutes durent purent respirer. Le diner terminé on passa de nouveau au salon pour le brandy et le cigare de ces messieurs. Au piano jack jouait des ballades pour le plus grand plaisir de son auditoire. Avachies sur le sofa, Charlotte et Sibyl échangeaient quelques histoires quand Edward et Ann valsaient avec douceur. Leur amour nous sautait aux yeux, aucun couple à ma connaissance ne fut aussi démonstratif que le leur. Ils semblaient être en parfaite osmose et aucun problème extérieur n’ébranlait leur foi. Clarence vint s’assoir près de moi. « Tout va bien avec Huxley ?parait être ennuyé et il a émis certains reproches à Virgil. En êtes-vous à l’origine ? Non, parce que je n’aimerai pas savoir que vous l’accaparez avec vos suggestions. —Du genre ? Ecoutez Clay, cette journée ne fut pas toute à fait satisfaisante alors oublions un instant nos préoccupations pour nous concentrer sur le reste de notre séjour. —Pourquoi refuse-t-il de venir à Rome ? —Il n’est pas un enfant et encore moins une personne à qui l’on peut dicter sa conduite. Je suppose qu’il a ses raisons comme vous les vôtres quand à vouloir que Virgil et moi entretenions une relation amicale. » Il inspira détournant son regard de moi pour poursuivre avec ce naturel qui le caractérise. « je pensais que nous n’aurions pas à revenir làdessus. Personne ne vous a obligé à nous suivre en Italie, comme personne du reste, vous oblige à vous montrer détestable envers Sibyl et Charlotte. —Non, personne il est vrai, mais j’ai une folle horreur qu’on me presse à accomplir certaines choses que je ne sois pas emprunte à vouloir

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exécuter. Amusez-vous bien à Rome, c’est tout ce que je vous souhaite. Pour le reste, cela me regarde. » Possible ensuite que je vienne à regretter mes propos mais sur le coup je me sentis comme toute puissante, je venais de les remettre à leur place tous autant qu’ils étaient. Cependant mon regard fuyait celui de Clarence pour simple et bonne raison qu’on m’observait à l’autre bout de la pièce, Charlotte et Sibyl attendaient le moment critique soit la petite phrase en trop, l’attitude qui me conduirait à errer telle une âme en peine, perdre mon statut d’ami de, pour celui de pauvre sotte qui a voulu manger trop gros !Charlotte plus que Sybil attendant ma chute avec impatience pour ainsi contredire Virgil . Par avance elle jubilait certaine de me voir perdre la face dans cette situation des plus délicates pour nous tous. Clarence ne quitta pas le canapé, au contraire, il semblait vouloir prendre racine. Je dois mon salut à Huxley ayant délaissé son téléphone pour se joindre à nos délires de milieu de soirée. « Pour des raisons inhérentes à mes fonctions je ne pourrais rester davantage près de vous. Je ne peux malheureusement pas en faire autrement. » Et tous s’approchèrent pour mieux l’entendre. « Comment vous nous quittez Louis ? Mais ne peut-il en être autrement ? Questionna Charlotte. —Londres vous paraitra bien fade sans nous, répliqua Sibyl, sans jamais cesser de sourire. Et c’est à peine si vous avez profité des charmes de la Toscane pour vous être limité à Florence. —J’en suis profondément navré, Lady Sibyl mais je suis prisonnier de cette vie qui me contraint à faire certains choix. —Le mieux serait que nous partions tous ensemble demain pour Rome, argua Ann tirant avec volupté sur sa cigarette. Il est convenu que nous partions aux aurores. —Alors il est sage que vous vous mettiez tous au lit de bonne heure, souligna Jack. »

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On se sépara tous comme d’un commun accord peu de temps après. Aucun, pas même Ann ne parla de mon éventuel retour au pays, tant que Jack restait en Italie je ne serais pas seule au milieu de ces couples de mondains. Vers deux heures du matin en proie à des insomnies je quittai ma chambre sur la pointe des pieds. Pour tout vous dire le départ de Huxley m’affectait plus que je ne voulais le croire. Pour me détendre j’écoutais de la musique sur la gramophone tout en fumant, pieds nus sur le canapé et vautrée sur les coussins. Il s’agissait des concertos de Tchaïkovski dont on ne pouvait se lasser et vingt minutes plus tard la porte s’ouvrit sur Jack, également en robe de chambre et en chaussons portant des écussons sur son velours tout comme sa tenue de nuit. « Et bien quelle surprise ! Moi qui pensais que tous avaient déserté cet endroit pour regagner leur alcôve. Si je me joins à vous en serez-vous offusquée ? —Le salon est assez grand pour y tenir à deux. C’est étrange que vous me posiez la question, de quoi pourrais-je m’offusquer au juste ? Nous sommes amis maintenant et cessons de nous montrer trop hautain l’un envers l’autre. —C’est également ce que je pense, de tels voyages resserrent les liens et ajoutent un peu plus de passion là où il en manquerait. —Vous parlez d’art n’est-ce pas Jack ? » L sourit, le verre de brandy à la main et pris place sur un repose-pied non loin de ma tête calée dans la commissure de mon bras. « Je parle d’art et de tout ce qui se rapporte à l’art y compris les muses, les pygmalions et de tout chef d’œuvre qui nait de la main de l’Homme. Vous apprécierez les innombrables charmes romains et vous y serez fort à votre aise. —Non je profiterai pour me rendre à Sienne. —Seule ? l n’est pas permis à un gentleman de vous laisser voyager seule. —Je peux tout à fait me fondre dans le décor et vous à Pise, je ne peux vous arracher à vos projets. Et

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puis votre présence à mes côtés risquerait d’attirer l’attention sur nous. Je trouverai à loger chez l’habitat et avec ma femme de chambre nous trouverons tout le loisir de vous oublier. » Comme il glissa à genoux près de moi je me redressai complètement. Avait-il l’intention de me voler un baiser ? Non, il n’était pas assez fou pour risquer notre amitié par un baiser. « Vous l’aimez mais vous ne savez comment vous en sortir. —Je vous demande pardon ? —Les hommes qui vous côtoient n’ont pas la chance d’être aimé par vous. Vous vous dites que tout serait plus simple si vous aviez de l’argent pour ne pas être obligée de supporter un homme que vous n’épouserez jamais. Pourtant il fait tout son possible pour vous plaire mais votre cœur est déjà habité par l’amour. En homme honnête qui se respecte il préfère se retirer de la bataille afin de ne pas en souffrir. Ce silence en dit long Winnie sur vos inquiétudes. Ne sommes-nous pas amis et par conséquent pouvons-nous nous convier l’un à l’autre sans risquer de nous corrompre ? —Il est préférable que je rentre à Londres. Toutes ces histoires…. » Il enserra son visage de mes mains et s’accroupit devant moi. Cette étreinte me surprit et plus encore quand il baisa mon front. « Faites ce que vous dicte votre conscience mais ne fassiez rien que vous regretteriez ensuite. —Alors je partirai demain. Tout cela m’échappe et je n’ai pas été préparée à cela. Je voulais seulement ne rien voir changer entre Clarence et cela n’a fait qu’empirer une situation déjà complexe changé. Cette époque où nous vivions si heureux ensemble est révolue. Il me faut l’admettre et partir pendant qu’il est encore temps. —Cessez de vous torturer l’esprit mon amie. Si vous partez comme une malotrue vous ne vous en remettrez jamais. On vous recevra comme une moins que rien et on s’amusera de votre embarras quand il

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n’y a nulle raison de jouer un mélodrame. Je viens de m’entretenir avec Huxley et il est d’accord pour que nous descendions la côte d’Italie au départ de Pise. Cela vous fera le plus grand bien. »

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CHAPITRE 7 J’envoyais un télégramme à ma mère pour lui faire part de notre escale à Amalfiaprès avoir pris en chemin un très vieil ami de Davenport et son épouse qui apprenant la présence de Virgil à Rome s’y arrêtèrent en chemin. Huxley passa ses airs au téléphone et je doute un instant qu’il puisse profiter de ce panorama des plus insolites, le nez dans son calepin. Bel endroit que celui-ci où une concentration inouï de riches millionnaires et milliardaires aiment s’y retrouver à la terrasse des hôtels, somnolant au soleil et vantant les vertus des eaux claires de la Méditerranée. Au bras de Davenport, les femmes se retournaient sur mon passage, piquée par la curiosité. J’entendis dire : « Cette une petite baronne mais malheureusement sans le sou ! » Et sans me vexer pour autant je pavanais au bras de mon bel chevalier servant devant qui l’on déroulait le tapis puisqu’il mettait ses dépenses sur le compte de son très célèbre cousin. « Et quand aurons-nous le plaisir de revoir Lord Harrington ? Questionna le concierge de notre hôtel et tout cela dans le but de faire descendre toutes les femmes célibataires des croisières dans son établissement. Davenport rapportait bien peu mais Harrington…. « Mon cousin ne saurait tarder. Il est en ce moment à Rome et descendra quand je lui vanterai les charmes de votre cité ! Vous pensiez qu’on ne vous remarquerez pas ici, jugez-en par tous les regards convergeant dans notre direction. Ils ne doivent avoir rien de mieux à regarder apparemment. —C’est ma robe. Elle est bien trop voyante mais Wallis tenait à ce que je la mette. Je ne cesse de lui faire confiance, elle est si bon juge en la matière d’autant plus que Huxley en a mis le pris. —Ah, ma belle amie ! Un simple drap vous habille. Une toile de jute, une bonne ficelle et vous ne cesserez d’être admirée.

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—Je m’éprise les flagorneurs ! Après l’hôtel où dormirons-nous ? Vous avez parlé d’une ville à Huxley et je m’étonne que nous eussions du poser nos valises de ce grand Hôtel dans lequel nous croisons tant de monde si apprêtés. —Très juste Winnie, mon charmant cousin me charge de ses relations publiques, tant est si bien que quiconque me voit être ici sait que dans peu de temps lord Harrington arrivera avec sa suite, argua ce dernier en allumant ma cigarette. Il est appréciable de prendre la température d’un endroit avant de faire descendre ces telles personnalités. De plus la saison a démarré et comme vous le constatez, l’effet sera on ne peut plus réussi. —Et vous vous occupez de toutes ses affaires d’ordre mondaines ? Vous êtes quelque part son secrétaire si je ne me trompe. » Il poussa un bref gloussement et poursuivit, l’œil brillant et la mine réjouie ; il est de ces hommes qui toujours joviaux attirent la sympathie des étrangers sur lui car déjà un couple le salua à distance après s’être murmuré quelques mots. « Vous apprendrez ma chère Winnie que servir un tel diplomate n’est pas déplaisant. Voyez le couple d’hommes que je viens de saluer. Ils m’ont fait savoir qu’une villa venait de se libérer et par conséquent me remettront les clefs de ce petit paradis demain soir. Ainsi nous n’aurons pas à patienter plus de trois jours pour nous installer sur le mont Olympe » Arriva Huxley tenant une femme d’un certain âge par le bras qu’il aida à s’assoir à sa table. « Veuillez m’excuser j’ai été contraint de saluer quelques visages inconnus mais connus de tous ici comme ailleurs, cela va sans dire ! Avez-vous commandés ? Je vois que oui, c’est parfait. Jack vous avez apparemment le sens du commerce, nous avons les meilleures suites de cet hôtel. —Ce n’est que pour mieux vous servir. » A peine assis, un serveur s’empressa de lui prendre sa commande et de venir bien vite la lui emmener. Huxley ne cessait de s’angoisser au sujet de son

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travail et bien que physiquement avec nous, il était ailleurs. Comment lui reprocher ensuite de gagner autant d’argent ? Agitant mon éventail en plume de paon j’étudiais les tables voisines tout en écoutant d’une oreille passive ces deux discourir sur le monde des finances. Il répondait cependant à mes sourires et n’était pas le dernier à rire d’une blague pertinente de Davenport et comme à son habitude il restait secourable et honnête dans toutes ces actions, Ô combien louables. Le soir même nous fûmes invités sur le yacht d’un vieux lord grisonnant collé à sa table de bridge. Au bras de mon Huxley je suscitais la curiosité et excitais la concupiscence des hommes ici rassemblées. Et quand mon chevalier-servant s’éloigna, un essaim de femmes s’agglutina autour de moi. « Comment va le Comte Harrington, demanda l’une, une flûte de champagne à la main. —On le dit fort occupé avec son Ministère. Le Corps diplomatique de sa Majesté est en tout point convaincant dans le reste du monde, mais…. —Taisez-vous donc Béatrice avec vos suppositions. Notre compte prend du plaisir où il peut. Et qu’en est-il de son mariage avec la pimpante Rochester ? —A-t-il dans l’idée de venir nous saluer ? » Le yacht mouillait au port permettait aux incités de jouir de la vue sur la falaise et des habitations à flanc de colline ; assise sur le bastingage je les renseignais du mieux que je pus quand l’une d’elle orienta les questions sur Huxley et des rapports que j’entretenais avec ce dernier. « Comment ça vous n’êtes pas fiancée ? Pourtant vous voyagez en sa compagnie ! —Lord Huxley est un ami de la famille. A Londres comme ailleurs il reste mon ami. » Certaines femmes s’éloignèrent alors en affichant un certain dédain sur leur visage poudré. Qu’avais-je pu dire qui puisse les avoir choquées à ce point ? Pas de fiançailles, donc possible à leurs yeux que je ne sois qu’une aventurière à la recherche d’aventures. On ne pouvait donc me prendre au sérieux.

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Ma soirée fut pour le moins gâchée par ma grande franchise et sortant sur le pont Huxley me vit isolée et en grande interrogation sur mon avenir, le regard fuyant vers une ligne d’horizon imaginaire. « Vous n’êtes pas avec les autres ladies sur le pont arrière? Les Artistes ont parfois besoin de se ressourcer loin de l’agitation proposée par notre société des plus avides de ravissement. Ce yacht est magnifique n’est-ce pas ? Il l’aurait acheté à un Américain acculé par la Dépression et contraint de vendre une partie de son patrimoine. A vrai dire je m’ennuie un peu ici, glissa-t-il le bras appuyé contre le mien. Nous pourrions nous éclipser discrètement qu’en pensez-vous ? —Je l’aurais fait s’il n’y avait pas Davenport et son redoutable jeu de cartes. Il dit ne pas être un joueur mais il est parvenu à déplumer ses partenaires de jeu avec un telle hardiesse que cela en est presque provoquant. Non, cela serait une bien mauvaise idée puisqu’il agit au nom de son très Respectable cousin. —Vous avez raison, milady, murmura Huxley. En ma présence il ne cessait de murmurer, je l’avais déjà remarqué mais bien que la situation s’y prêtait je sentais qu’il se détendait eu fil des secondes jusqu’à se montrer très proche de ma personne. « J’ai vu que vous lisiezz Platon en ce moment et si j’ai quelques suggestion littéraires à vous faire, tout philosophe qui se respecte dévore les œuvres de Socrate. —J’essayerai de m’en souvenir. » Il fixa l’eau ondoyant vers la coque du yacht, perdu dans ses pensées, les mains croisées et les lèvres serrées. « Milady, j’aurais vous…. —Ah, vous êtes donc là ! lança Davenport en se précipitant vers nous, une certaine comtesse italienne de Naples désire vous recevoir Huxley ! Partout l’on vante vos mérites et notre hôte vous a convenu d’un entretient avec cette dernière demain matin Il aimerait que vous confirmiez votre présence. Le ferez-vous ?

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—Je pensais justement proposer à Lady Winnifred une excursion demain matin sur la côte de Salerne et cet entretien coïncide bien mal avec mon emploi du temps. —mais rien ne vous oblige à partir après ! Vous auriez tort de contrarier cette comtesse et surtout notre lord Amos à qui vous plaisez énormément. Nous n’avons pas besoin de la voiture avant onze heures, vous ne resterez qu’une heure en sa compagnie et ensuite Winnie et moi vous accompagnerons à votre excursion. Vous avez notre parole. » Je dormais d’un sommeil de juste dans mon immense lit à baldaquin et Wallis vint me réveiller à onze heures. « Lord Huxley n’est toujours pas rentré et le concierge me fait savoir que vos bagages seront transférés à la Villa di Maggio. Je sens comme une certaine tension entre ces hommes. Ils sont très rarement d’accord et Davenport est si bel homme qu’on accepterait de lui toutes ses fadaises. —De quoi parlez-vous Wallis, marmonnai-je la tête enfouie dans mon oreiller rempli de duvets de plume. Elle tira les rideaux et ouvrit la fenêtre. « Tout lui réussi. La fortune, les femmes….il n’est pas si pauvre qu’il le prétend et Virgil le garde près de lui parc qu’il est bon gestionnaire. C’est sous ses conseils qu’il aurait accepté de garder son domaine à Wyncott. Ce qui a fortement contrarié les Rochester., poursuivit-elle en s’asseyant sur le rebord du lit. Il aurait ensuite placé l’argent de la vente du mobilier, ce qui a rendu Charlotte folle à lier. Vous comprenez la pauvre petite, se voir priver d’une source d’argent avant même le mariage lui parait être inconcevable ! —Tout ce sarcasme pour dire quoi Wallis ? Cette Charlotte n’est plus un secret pour personne. —Elle ne comptait pas venir en Italie mais cette histoire de domaine l’affecte profondément. Elle sait pourtant voir, elle n’est pas stupide mais elle se persuade que le chagrin seul est responsable de la décision définitive du comte.

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—Et ce n’est pas cela ? j’avis donc tort de penser qu’il puisse être sentimental. —Il garde le domaine parce que vous en avez parlé à Davenport qui s’est empressé de faire son rapport à Virgil. Je tiens cette information de son valet. Les hommes sont si prévisibles ma chérie. Il ne peut vous avoir alors il se charge de son cousin pour vous approcher. Maintenant que vous êtes devenus de bons amis, il parait difficile de défaire ce qui est, n’est-ce pas ? Et ce pauvre Huxley n’a pas droit au chapitre. Or c’est le seul qui soir encore naïf pour vous croire capable d’aimer. —Taisez-vous donc Wallis ! Vous aussi vous aimez à me torturer. Que ferait Virgil de mon amitié si je venais à la lui donner ? —Sybil est une femme très jalouse sous ces airs de femme avenante, douce et affable. A vrai dire elle a un cœur de pierre et se laisse difficilement berner. Le fait que vous soyez proche de Clarence n’est pas à son goût. A plusieurs reprises elle l’aurait menacé de rompre si ce dernier s’évertuait à vous fréquenter dans la sphère privée. Alors Virgil veut seulement vous récupérer pour vous éviter une trop grande déception dont vous ne pourriez vous remettre. —Je retire ce que je viens de dire. Il est très sentimental. Alors j’aurais à le remercier de son bonté de cœur afin de ne pas paraitre trop désinvolte, est-ce bien là ce que vous me conseillez ? —Ah, ah ! Non, ma chérie, je ne suis pas là pour vous conseiller quoique se soit. Vous êtes une femme de caractère qui n’a nul besoin d’être orientée dans ces décisions. Je crois seulement que….vous deviez consacrer plus de temps à Huxley. » La villa surplombait le littoral et une plage privative. Je choisis la chambre aux murs jaune à tapisserie damassée offrant une large buanderie, salle de bain et terrasse ; elle se trouvait être près de celle de Huxley. Jamais je n’aurais imaginé l’Italie si pleine de ressources immobilières et je me disais que certains millionnaires américains disposaient d’un tel ensemble. ma mère et moi n’avions guère voyagé ou

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seulement chez un ami assez généreux pour nous louer une chambre quand nous n’en avions pas les moyens. Sur la terrasse un verre de limonade à la main je scrutai l’horizon quand Huxley apparut sur le sien. Gêné de m’y voir il recula, la tête baisée. Or en cet instant je n’avais rien qui puisse porter outrage à ma réputation, cependant par principe, Huxley s’effaçait par excès de pudeur. « Quelle jolie vue n’est-ce pas ? Nous avons bien fait de choisir ces suites. Davenport parle d’un petit opéra mais ce soir j’espérais que nous fussions seuls, vous et moi pour parler de ce que vous savez au sujet d’un ami que nous avions en commun. A moins que nous puissions le faire maintenant si vous n’êtes pas occupé à établir une liaison avec Londres. —Non, je suis tout à fait disponible mais…. —J’arrive ! » Et la seconde qui suivit je frappais à la porte de sa chambre. « Je me suis complètement illusionnée sur le compte de cette personne. Maintenant je connais toute la vérité et il me tardait de vous révéler. Permettez que je m’asseye ! Ce que je croyais être de l’amour n’est qu’une forme de quête désabusée vers un état de grâce dont les bourreaux auraient à envier. Que je vous raconte ! Mais prenez donc place Huxley, cela nous prendra du temps. » Et je lui racontai tout. Il ne fit aucun commentaire et voyant que je mettais un pont d’honneur à vouloir tirer une leçon de cette expérience, il se gratta la tête, le regard fuyant. « Et bien je suis soulagé de l’apprendre. Ainsi Lady Sibyl et lady charlotte n’auront plus aucune raison de vous craindre. » N’avait-il pas entendu un traitre mot de ce que je venais de lui dire ? je serrai mes poings dans l’accoudoir et tenta un sourire qui ne vint pas. Lui continuait à me voir comme rivale de ces dames quand je ne faisais que vouloir sortir la tête de l’eau. « Vous ne m’accordez donc plus le bénéfice du doute ? Vous pensiez vraiment que je convoitais leur

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respectif fiancé ? C’est bien mal me connaître, je ne suis pas l’une de ces femmes avides de richesse, tout ce que je veux c’est qu’on m’estime pour celle que je suis et….cela me contrarie Huxley. —Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. J’en suis navré Milady mais votre présence ne semble pas tout à fait les ravir et alors je m’étais imaginé que les intérêts s’en trouvaient être menacés. J’ose imaginer que vous n’êtes pas aussi naïve pour ne pas avoir remarqué leurs commérages. Déjà à Wyncott et maintenant ici, en Italie. J’avais pour dessein de rentrer en Angleterre avec vous mais Davenport a encore eu le dessus sur ma clairvoyance d’esprit. —Etes-vous jaloux Huxley ? —Je ne suis pas tout à fait serein face à ces vieux aristocrates oisifs et suffisants qui voient encore le mariage comme un commerce dont l’usufruit n’est que la naissance d’un héritier. Je m’inquiète seulement que Clarence et Virgil soient encore convaincus de la nécessité d’un mariage de convenance. —M’aimez-vous ? —Milady, je n’ai pas l’audace ni l’assurance de Davenport. Et le seul orgueil que je possède est celui d’avoir réussi à m’imposer dans le milieu de la finance sans en perdre mes plumes. Pour ce qui est de me marier j’y avais songé mais mon séjour à Wyncott m’a fait changer d’idée. La femme que je convoite ne me voit pas, ne m’entend pas et il serait pitoyable de m’évertuer à lui plaire. » Lentement je quittai mon fauteuil pour avancer vers Huxley. Ce dernier baissa les yeux et ma main se posa sur la sienne. « Cette femme que vous convoitez, comment pourrait-elle savoir que vous l’aimez si vous ne vous manifestez pas ? Vous devriez vous montrer plus démonstratif et lui dire ce qu’elle aimerait entendre, murmurai-je au creux de son oreille. —Et vous me repousseriez encore et encore. C’est ainsi que vous vous êtes toujours comporté avec moimême quand je sais me montrer démonstratif et attentif, réconfortant et sécurisant. Vous ne

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m’aimerez jamais autrement que comme un ami et pour l’heure cela me convient. Aux pays des Sirènes , nom d’Homère donna à cette ville je ne veux pas être contraint de me boucher les oreilles à la cire pour ne pas me précipiter dans une mortelle issue. —Cela me convient parfaitement. Vous êtes le genre d’amis dont on ne peut se passer. » Et je le serrai contre moi, un peu trop fermement mais je le serrai pour sceller notre pacte, moi cette sirène à moitié-femme, à moitié-monstre. Mais je ne permettrais jamais qu’il se perde par ma faute. Le lendemain soir trois voitures arrivèrent aux alentours de onze heures du soir et Ann la première se jeta dans mes bras. Puis Edward qui s’impatientais de boire un dernier cognac avant d’aller se coucher. Clarence et Sybil furent les suivants et pour finir Virgil et Charlotte qui s’empressa de gagner la villa sans trop vouloir s’attarder sur le perron. « Jack mon cher, vous vous êtes encore surpassé ! Cette villa est de loin la plus belle qu’il nous ait été donné de voir, déclara-t-elle en glissant à l’intérieur. J’espère mon chéri que vous y serez à votre aise ! Il n’a pas apprécié Rome, murmura-t-elle à l’intention de Davenport, trop conformiste selon ses dires. Pourtant nous étions en si bonne compagnie. » Sybil se jeta sur le canapé et ôta ses longs gants et me vouant passer détourner prestement la tête. « Dites-nous un peu qui nous aurons la chance de croiser ici. Clarence est comme Virgil, il ne partage pas certaines de nos conventions et les soirées en font parties ! Ici au moins ils ne seront pas à la torture. Et vous serez bien les divertir vous et lord Huxley ! » Comme Virgil me regardait je tournais la tête pour m’approcher de Clarence. « Avez-vous fait bon voyage ? J’ai pris la liberté de commander un bateau pour demain. Les eaux de cette mer sont aussi limpides qu’un cristal et vous pourriez aimer y pendre vos aquarelles.

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—Quelle noble attention Winnie mais Sybil et moi partons pour une brève excursion cers Palerme. Mais sachez que j’apprécie vraiment. —Combien de domestiques compte cette villa ? Une douzaine ? Peut-être moins ? Avec charlotte et Ann nous est venue l’idée d’une soirée, quelque chose d’assez intime pour marquer le coup. N’est-ce pas la tradition Clarence ? A chaque milieu de vacances nous invitons le voisinage. —Cet endroit si prêt, lança Davenport assis à sa droite acceptant le verre tendu par le domestique en livrée. Il n’y a pas meilleure que vous pour organiser pareilles festivités. —Nous danserons sur du jazz, ajouta Ann. Vous approuvez Virgil n’est-ce pas ? Vous dansiez plutôt bien à Rome. Toutes les femmes se précipitaient pour l’avoir comme cavalier. —Vouons Ann, vous avez du le confondre avec un autre ! railla Charlotte, Vigil n’a dansé qu’avec moi. il est déjà si difficile de le convaincre de faire autre chose que parler de diplomatie et affaires, alors songez le courtiser par toutes ces Anglaises de passage à Rome, cela s’apparenterait à une belle farce, ah, ah ! Comment trouvez-vous Amalfi, Lord Huxley ? —Fort convaincant je dois dire. La douceur du climat, les villageois que l’on y croise, tout est fait pour qu’on s’y oublie. Lady Winnie et moi avons…. —Ah ! S’exclama Sybil, je viens de renverser mon champagne sur ma robe ! C’est une création unique de Paul Poiret. Je me sens si stupide de l’avoir mise quand on voit maintenant le résultat. —Vous n’êtes pas à la première robe que vous esquintez, attaqua Charlotte, et moi qui pensait que vous saviez boire ! —charlotte fait preuve de beaucoup d’impertinence ! » Edward se leva avec son verre. « Laissons nos dames parler chiffon et retironsnous dans le fumoir messieurs, nous y serons à notre aise pour parler affaires et diplomatie ! »

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Sybil partit se changer et Ann resta en compagnie de Charlotte dont le parfum me collait la nausée. Ann parla de Rome avec passion et n’omis aucun détail de leur séjour dans la capitale. Et a minuit la femme de chambre de Sybil vint nous annoncer que cette dernière ne redescendrait pas. Comme un accord nous partîmes nous coucher. En déshabillé de soie, j’ouvris la porte à Ann. « Alors ? Huxley vous a-t-il fait sa demande ? On ne parlait que de cela à Rome et se fut plaisant de voir l’excitation gagner chacun d’eux. Vous ne vous imaginez peut-être pas mais en l’épousant vous susciterez l’envie. —Donc si je comprends bien vous avez fait que discuter de moi. —Non, pas de vous ! Mais de Lord Huxley ! Vous vous mentir il a été presque impossible de parler de vous tant Huxley éclipsait tout le reste. Sa fortune, ses relations, ses potentielles fiancées, tout y est passé. Vous auriez tort de l’écarter si prestement de votre liste de galants. Est-ce bien ce qu’il est pour vous non ? Alors je m’étonne que vous n’ayez toujours pas de bague à votre index. —Vraiment Ann, ne pourrions-nous pas parler d’autre chose ? Parlez-moi de Rome par exemple. —ce fut fort ennuyeux. Vous n’y étiez pas, tout comme Jack. Ce qui est inédit pour nous. Vous nous avez privés de notre Jack et nous vous en voulons terriblement. Virgil n’a pas été tout à fait tendre avec charlotte. La question de descendre au plus vite vers son cousin et Huxley le taraudait. Et puis Clarence et lui se sont disputés. Offrez-moi un cigarette que je vous raconte. » Et je m’installai sur la méridienne tout contre ses genoux repliés. « Une vielle querelle apparemment mais je n’en suis pas sûre ; enfin bref ! Nous étions non loin de la villa Borghèse quand cela a éclaté. Virgil a ouvert les hostilités. Il n’est pas du genre à faire comme si tout allait bien quand rien ne va. Je sentais que quelque

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chose le préoccupait jusqu’à ce qu’il parle d’un télégramme reçu par jack. —Et que disait ce télégramme ? —J’avais d’abord pensé à vos fiançailles avec Huxley mais Virgil s’est se monté secret face à un public composé de femmes et ensuite, j’’ai pensé que vous étiez parti. J’ai fini par comprendre quand Clarence a parlé de l’’Amérque ; Avec la crise qui sévit là-bas Edward envisage d’investir dans le rachat de société en faillite et veut entrainer Clarence dans cette aventure. Ce dernier est un peu frileux et a demandé un peu d’argent à Virgil. —Etes-vous certaine ? Clarence a de l’argent. —Non, c’est bien pour cette raison qu’il épouse cette Américaine. Elle, tout ce qu’elle veut c’est un titre pour qu’on l’accepte enfin à Philadelphie et lui, veut ses capitaux. Mais cela doit rester entre nous. Pour sauver les apparences il accepte l’argent de Virgil. La vente de ses meubles à Wyncott House permettra à Clarence de renflouer ses comptes. Alors oui, ils se sont disputés au sujet de l’argent. —C’est en général un bon sujet de dispute. Cependant je ne comprends pas pour quelle raison Clarence ne m’a parlé de sa situation financière. Je pensais mais à tort que nous étions assez proches pour aborder pareils sujets. —Il sait l’idée que vous vous faites du mariage quand ce dernier n’est pas motivé par l’amour. Les hommes sont si fiers ma chérie qu’ils n’hésitent pas à travestir certaines réalités qui leur paraissent bien amères. En aucun cas vous lui ferez mention de nos confiances, cela l’affecterait plus encore. » Contrariée comme il était possible que je le sois je ne fermais pas l’œil de la nuit. Ma famille n’était pas la seule à vivre de la charité d’autrui et si ma mère venait à apprendre cela elle me dirait : Tu vois Winnie, ton beau seigneur et ses belles manières sont aussi fauché que nous ! Une chance que tu ne l’as pas épousé. Et il va sans dire que si l’argent n’était pas le l’essentiel de nos rapport, j me sentis trahie.

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Le petit déjeuner qui se voulait frugal fut maigre en ce qui me concerne. Je ne mangeais du bout de la fourchette et seulement quand Ann apparut je pus exprimer un modeste sourire. Tous parlaient avec mesure, les uns plongés dans leur journal et les autres dans leur assiette. Charlotte et sa très riche meilleure amie discutaient des invitations à envoyer aidées dans cet emploi par Jack, redevenu le valet de ces ladies. Le repas avalé je suivis Ann dans le patio et à peine assises dans le salon en osier donnant sur la baie et ces charmantes maisons aux murs blancs, Virgil arriva et son regard alla droit sur mon interlocutrice. « Pourrais-je vous parler Ann ? En privé. —Mais très certainement mon très Honorable Compte ! Surtout ne vous éloignez pas, Winnie chérie, je reviens dans les plus brefs délais. » Son retour tarda et jouant seul aux échecs je n’entendis pas venir Clarence ; il s’assit à la place laissée par Ann et croisa les jambes tout en étudiant mon jeu. « Vous nous avez manqué à Rome. Que réprimezvous ? Tout ce cirque ? Nos vaines occupations ? C’est pourtant le monde dans lequel nous vivons, déclara Clarence en déplaçant mon chevalier vers mon fou. Ce n’est pas qu’on se morfond loin de vous mais vous cessez de vouloir vous marginaliser. —Ah ! Comme vous y allez fort, répliquai-je en mangeant sa tour par mon fou. Cela ne semblait pas vous poser de problèmes à Londres où vous me teniez dissimulez aux yeux de vos amis ! Cela vous va mal de me sortir ce couplet sur mon état actuel financier ! —Que voulez-vous dire ? » J’avais parlé sans réfléchir. Je déplaçais l’un de mes pions tandis que Clarence me fixait de ses baux yeux gris. Ses longs cheveux blonds gorgés de soleil descendaient indisciplinés dans son cou, il faisait des efforts pour vouloir les dompter mais je le trouvais si séduisant ainsi que par provocation envers autrui il avait gardé cette coupe.

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« Et bien….je parle de tout cela ! De cette mise en scène ! Vous devez savoir de quoi je parle. —Pas vraiment non. Vous tenez des propos bien incohérents et par là même, des conclusions bien hâtives. Je me demande seulement où a bien pu passer la Winnie que j’apprécie tant. —Vous l’avez tuée par votre négligence ! Quelle femme apprécierait de se sentir délaissée, coupable de quelque chose qu’elle n’a pas commis ? ce voyage devait être moins compliqué à la place de cela, je tiens de tapisserie et….je viens de vous mettre en échec. « Il n’était plus dans le jeu, les mains jointes pardessus ses jambes et il me fixait avec intensité. « Il me reste encore une reine. Méfiez-vous d’un assaut impromptu qui vous laisserait sans pièces maitresses. Huxley m’a fait savoir que vous l’avez éconduit. —Non ! Absolument pas, s’i seulement il m’avait demandé de l’épouser alors oui, je l’aurais peut-être éconduit, mais ce ne fut pas le cas. Nous restons de bons amis lui et moi. Pourquoi me regardez-vous de cette façon ? Huxley est un homme très lucide et il sait sur quel terrain il agit. Je ne suis pas prête pour une aventure sans lendemain. —Il vous aime beaucoup. Il ne s’agit pas d’aventures sans lendemain, mais d’amour sincère et véritable. —Comme celui que vous partagez avec Sybil ? je ne suis pas idiote Clarence, les Anglais qui épousent les Américaines le font pour des raisons monétaires. . —Que connaissez-vous de l’amour ? Questionna Clarence penché vers moi, les mains toujours jointes par leurs extrémités. Vous le vivez à travers vos romans mais quand il s’agit de le saisir, vous en êtes incapable. Vous voudriez lâcher prise comme vous savez si bien le faire. » Une fois debout il posa sa main sur mon épaule. Les larmes me montèrent aux yeux. « Vous pourriez aimer ça et Huxley est le candidat qu’il vous faut. —Pourquoi vous sentez-vous obligé de jouer les entremetteurs ? Suis-je à ce point si navrante ? Je ne

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pensais pas aspirer tant de pitié de vos parts. Mais merci de vouloir veiller sur mes attachements. » Huxley et moi marchions sur la plage. Au loin progressaient Ann et Edward, assez loin pour qu’on ne les entende pas parler. Profitant d’un rocher au pied de la falaise je m’assis là, isolée dans mes contemplations et Huxley silencieux ramassait des galets pour les envoyer au loin dans la mer. « Irez-vous à l’Opéra ce soir ? Plus un grand théâtre qu’un Opéra à proprement parler mais on y joue des opérettes. Cela doit valoir son pesant de cacahuètes. —Je sens un léger manque d’enthousiasme de votre part, enchaina Huxley en venant s’assoir sur mon rocher. En ce qui me concerne j’irai sur le yacht d’un certain Jonathan Greenspar, américain de son état et qui a surement tant à m’apprendre sur l’économie de son pays pour lequel il s’est tant investi. —Vous êtes insatiable Huxley. Jamais vous ne vous reposez, pas même en villégiatures. —Cela fait dix ans que je n’ai pas pris autant de liberté à faire toutes ces choses qui échappent à mon ordinaire. Cependant je suis forcé d’admettre que cela ne me déplait pas tant que je suis bien entouré. —Jack me dit que vous avez fait la connaissance d’une ravissante brunette de Brighton. —Je plaide coupable. Elle est très solaire à l’image de notre Sybil et doucement sardonique. Je dois avouer aimer ça. En fait elle….elle pourrait parfaitement me convenir et elle vous plairait également. —elle n’est pas faite pour me plaire Huxley. Est-elle riche ? Je l’imagine riche et arrogante. N’ai-je pas raison ? Et vous l’appréciez parce que vous rappelle ma personne. Huxley ! Je vous taquine ! Cessez de prendre tout au premier degré ! Votre main est froide. Que dois-je faire pour la réchauffer ? Donnez-moi l’autre….Alors, parlez-moi de cette beauté, comment s’appelle-t-elle ?

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—Euh….Jane….Jane Hubbard. Sa famille est…dans le négoce et son père a fait fortune dans l’exploitation des minerais au Pays de Galles. » Déjà je ne l’écoutais plus sachant qu’il me mentait : il ne désirait pas se lancer dans une romance avec cette inconnue aussi caractérielle soit-elle. Il suffisait pour s’en convaincre de capter son regard pour savoir qu’il bluffait. Ses mains dans les miennes, il me sondait et sa pupille trahissait ses sentiments. « Alors je n’ai plus qu’à vous souhaiter le meilleur mon ami, murmurai-je en passant mes bras autour de son cou. On restait un petit moment ainsi et en bas de l’escalier la silhouette de Virgil se détachait de la muraille de pierre. Et je poursuivis : Oui, je vous souhaite vraiment le meilleur, vous êtes si bienveillant. —Je pourrais me contenter de votre amitié, soit dit en passant, qui m’est amplement suffisante. —Cette Jane doit avoir toute votre attention et j’y veillerai comme une sœur et confidente. » Virgil se trouvait être toujours au pied de l’escalier quant nous quittâmes la plage. Jane lui prit le bras. « Virgil ! On vous néglige pour arpenter cette crique et vous trouvez juste de marcher à notre devant. Sir Roger hardcastle tient absolument à nous recevoir cet après-midi pour une ballade sur le littoral à bord de son voilier mais j’avoue pour ma part ne pas avoir le pied marin. Par conséquent je décline son invitation. Peut-être que Winnie appréciera cette flânerie ? —Non, pas le moins du monde j’avis envisager de prendre le thé en ville et en profiter pour acheter une nouvelle paire de gants. —un problème on ne peut plus féminin, ironisa Edward. On considère le yachting réservé aux gentlemen, ce genre de sport n’a pas d’attrait pour les femmes aussi sportives soient-elles. Et Ann au demeurant partage mon avis puisqu’elle rechigne à monter sur le pont d’un voilier quel qu’il soit. —Peut-être alors accepterez-vous d’arpenter le green d’un golf, Winnie ? Questionna Virgil craignant ma réponse. J’ai conservé le souvenir de votre swing et cela entretiendra votre forme.

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—J’accepte ! Répondis-je tout de go et Ann écarquilla les yeux bouche-bée. Rien n’est plus grisant que de réaliser quelque chose d’inédit dans un contexte où toutes valeurs abstraites sont démontrée à chaque instant. —Disons pour quinze heures. —Cela me convient. Cela me laissera ensuite assez de temps pour trouver cette fameuse paire de gants ! » La voiture nous déposa sur le terrain de golf à l’intérieur des terres. Du départ de la villa à la location des clubs, Virgil concentrait son attention sur Huxley. Pour moi l’embarras fut tel que je ne parvenais à me concentrer sur mon jeu. J’avais accepté pour prouver à ces gentlemen mon aptitude à m’amuser, ce qui ne manquerait pas de soulager Clarence affecté par mon manque de tact. La caquette visée sur la tête, Virgil ressemblait à une gravure de mode avec son pantalon court et sa veste de tweed. Ma tenue ne différenciait guère de la sienne à la différence de ma chemise de flanelle. On ne pouvait changer ces hommes puisqu’ils parlaient encore une fois de pus de leurs affaires. Ils ne parlaient que de cela et il semblait être impossible de leurs sortir de leur sujet de prédilection favori ils citaient es noms, des anecdotes et un peu lassée je finis par les laisser avancer à leur rythme. Une fois à la villa je montais me changer et Sibyl frappa à la porte de ma chambre, un franc sourire aux lèvres et ses boucles blondes tombant en vrille autour de son divin visage. « Ann dit que vous vous nous abandonner pour aller dépenser l’argent de Lord Huxley. On le sait être très généreux. On le dit être très généreux et quand on voit de quelle manière il vous a habillée, on ne peut que s’étonner qu’il soit encore célibataire. Alors comment était ce golf ? Virgil est un excellent jouer et je m’étonne qu’il vous ai proposé de venir avec lui, non que je mette en doute vos talents mais Charlotte et moi avions tant compté sur votre présence. Une réception réussie ne s’improvise pas. Noua aurions

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aimé savoir quel genre de musique vous auriez aimé avoir ; le type de repas…. Clarence partit avec Hardcastle et Jack nous étions des plus démunies. —Ma femme de chambre occupe les lieux. il aurait fallu vous référer à ses connaissances. En effet je sors une heure ou deux, ensuite nous pourrons discuter de votre réception sans omettre aucun détail. —Vous ne m’aimez pas, Winnie. Je vous inspire une sainte horreur, moi l’Américaine qui ose vous voler votre si estimable compagnon. Sachez que je comprends votre mal être mais Clarence m’aime et j’espère bien le combler. —Que c’est follement romantique ! Vos dollars y seront pour quelque chose. —Certainement ! L’argent contribue au bonheur et avec moi il ne manquera de rien. Ma famille possède une demeure à Long Island, un bijou architectural qui n’as rien à envier à vos vieux manoirs. Il se sentira comme chez lui là-bas. Oh, il ne vous l’a pas dit ! Après notre mariage Clarence et moi partirons nous installer là-bas loin de la purée de poix londonienne et de ces vieux lords sur le déclin. Clarence m’a fait savoir qu’il vendrait son manoir dans l’Essex pour que nous puissions correctement nous installer à Boston. —Sa mère vit encore dans cette ruine qui prend l’eau de toute part et pour rien au monde elle acceptera que son fils vende cette demeure. » Sibyl écrasa sa cigarette dans le cendrier posé sur mon livre de lecture et se jeta sur mon lit, les yeux fixant le plafond pour en admirer les bas-reliefs. « Helen est une femme pragmatique et elle m’a accepté comme sa fille. » On ne pouvait pas en dire autant de moi. Helen ne pouvait me tolérer m’ayant toujours vu comme une menace pour son fils unique. « Enterrons la hache de guerre Winnie ! Tout ce que nous voulons toutes deux c’est faire le bonheur de Clarence n’est-ce pas ? Et puis il m’a parlé de votre projet avorté pour Boston. Si l’occasion venait à se représenter à nouveau, je serais heureuse de vous y accueillir. Soyons amie et non plus rivale ! »

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Un orage zébra le ciel vers dix heures. Ils ne tarderaient pas à revenir du théâtre. Le vent poussa les voilages à l’intérieur du salon. Une porte claque et un objet se brisa sur le sol. J’abandonnai mon livre pour aller voir ce dont il était question quand je tombai sur Virgil dans le corridor. « Winnie, vous n’êtes pas avec les autres ? —Et vous non plus apparemment. Sans vous mentir j’avais espéré écrire ce soir. Mais un bruit a attiré mon attention. Quelque chose s’est brisée. —Oui c’est un petit vase qu’un chat errant a renversé en passant. En ce moment on s’occupe à vouloir le recoller les morceaux. Un puzzle improvisé aura donc lieu dans le salon. Par conséquent vous êtes invitée à vous joindre à nous. —A vous ? —Il y a avec moi deux gentlemen que j’aimerai vous présenter si vous n’y voyez aucun inconvénient. » Rien de plus passionnant m’attendait ce soir et lui non plus ne semblait pas ravi de me les présenter. Il s’agissait de Sir Alan Slebert et de son acoylte Stephen Himelstein. L’un et l’autre réservé et amical me posèrent des tas de questions sur mon métier et flattée comme vous pensez que je puisse l’être, je devins bien vite très enjouée et plus encore quand Virgil me servit mon cognac Hennessee. Je parlais plus que de raison ayant un auditoire des plus convaincants. La palme d’or des questions stimulantes revenait à Alan dont la mémoire lui permettait de revenir sur des sujets vieux de plus de vingt minutes. Virgil souriait calé dans son fauteuil tenant mollement son cigare entre ses doigts. Détendu il l’était et il allait jusqu’à m’encenser devant ses amis, ce qui ne manqua pas de me surprendre. « Virgil exagère, je ne suis pas aussi talentueuse qu’il prétend que je sois. —Oh, si vous l’êtes ! —Non, il ne s’agit que de vulgaires gribouillages. Le seul artiste que je connaisse est Clarence. Ses aquarelles sont tout simplement sans égales !

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—Winnie est d’une modestie sans appel. Et si vous écrivez aussi bien que vous croquez alors j’apprécierai vous découvrir. » Cela jeta un froid dans notre discussion. Comprenant son erreur, Virgil enchaina sur un tout autre sujet mais pour ses amis cela ne fit pas l’’hombre d’un doute : Virgil me courtisait et tout en lui le trahissait. Alan aussi gêné que Steven n’osa lever le nez de son verre, laissant la volute de son cigare le dissimuler. Désormais je ne pourrais le regarder sans rougir. Chacun de ses regards lancés à la dérobée faisait battre mon cœur et crevant de chaud j’agitai nerveusement mon éventail pour refroidir mon excitation ; Comment pouvais-je tomber aussi bas ? Quelle femme avide de plaisirs pouvait succomber aux avances déguisés d’un homme engagé ailleurs ? L’orage s’éloignait et certaines pensées érotiques m’envahirent. Chaque éclair, aussi lointain soit-il résonnait dans mon corps comme autant de charges électriques. De nouveau, il me regarda et e ne pus rester maîtresse de mes émotions. « Et comment va notre cher Jack ? Questionna Alan voyant que Virgil venait de décrocher, lui-même en proie à une subite excitation. —Il se porte comme un charme. En ce moment il fréquente une certaine Georgia masetti., une bien jolie femme et grande confidente de Charlotte. Il a toujours rêvé de pouvoir s’initier à la langue italienne et celle-ci est une excellente préceptrice. —Je suis heureux de l’apprendre. Une Italienne c’est toutefois mieux que rien. Je pense rendre visite à hardcastle demain, il part dans deux jours et je m’en voudrais de le manquer. Accepterez-vous de m’y accompagner Virgil ? » Virgil plongea son regard dans le mieux attendant un consentement de ma part. Prestement je finis mon verre pour retourner à mes écrits. « Oui, si Winnie accepte de se joindre à nous. Lady Winnie se plaira à admirer la demeure de notre ami que l’on sait être rénovée de façon très personnelle.

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—Oh, non ! Je ne vous serais d’aucune utilité. Il s’agit pour vous de discuter politique, affaires et je serais bien mieux avec Charlotte et Sybil a préparer la réception de demain soir. —Soyez sans crainte, elles arriveront tout à fait à se passer de vous. C’est entendu nous vous accompagnerons ! » Cette nuit-là je ne cessais de penser à Virgil. La matinée me parut être une éternité avant qu’on nous ouvre la porte de la voiture. J’ose imaginer la réaction de Charlotte en apprenant que son fiancé et moi partions en ville sans cette dernière et sur le perron, Charlotte fut prévenante encre lui telle une mère vous délivrant ses dernières recommandations : tiens-toi droit, ouvres la bouche quand tu t’exprimes ! Sois poli en toutes circonstances, etc. Huxley trouva un prétexte de dernière minute pour ne pas nous accompagner et assise dans la voiture près de Virgil je ne parvenais à respirer. Roger Hardcastle était une sorte d’Apollon, un colosse de Rhodes à la fois fort et majestueux. Le gendre idéal et parfait selon les dires de ma perspicace Ann. En me voyant quitter la voiture il se précipita sur moi sans me lâcher des yeux. Autant dire qu’il me happa avec retenue, cherchant à se montrant prévenant et délicat quant au contraire je sentais en lui cette volonté de renoncer à un contrôle depuis toujours opéré. « Lady Weston-Mills, je suppose! On ne m’a pas menti…vous êtes vraiment ravissante… Prenez donc mon bras, vous devez certainement mourir de soif, Il fait plus chaud ici que dans le désert de Sahel. Venez que je vous fasse visiter cette modeste demeure ! » Il me tenait serré contre lui laissant Virgil marcher en retrait comme s’il n’était plus qu’un simple valet. La visite de la demeure dura le temps de voir arriver Alan confus pour son retard. Tous deux partirent sans nous avertir et restée seule avec Virgil je ne sus comment me comporter sans que mon attitude paraisse anormale, voire irrationnelle à ses yeux.

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Virgil s’alluma une cigarette après m’avoir tendu sa flamme d’un geste mal assuré. Ensuite il arpenta la pièce ne parvenant à rester tranquille. Notre regard se croisa. Mal à l’aise il détourna le visage pour aller se réfugier près d’un bronze installé à l’entrée de la véranda et haute d’un bon mètre. « La maison est bien agréable n’est-ce pas ? A la fois sans prétention mais si accueillante. Sir Hardcastle a relativement bon goût, vous ne trouvez pas ? Et cette mosaïque si parfaite qui nous fait craindre de marcher sur ce dallage. » Il ne répondit rien, laissant l’aria d’un opéra de Verdi guider sa pensée bien loin de l’endroit dans lequel nous nous trouvions. « Pensez-vous que Clarence vende sa maison dans l’Essex ? —J’ignorai qu’il eut à la vendre. Auquel il m’en aurait tenu informé. —Alors peut-être vous a-t-il dédaigné ? Il lui arrive de recourir au dédain quand il se sent acculé, face au tourment et en ce moment on ne peut pas dire qu’il soit en mesure de réfléchir par lui-même. Sa fiancée lui aurait suggérer de vendre. L’argent suffirait selon elle à s’offrir une charmante bicoque à Boston. Nous sommes tous deux très mal informés de ces agissements et contraintes pécuniaires. » Alors Virgil releva la tête et tenta un sourire. D’une seconde à l’autre je devais m’attendre à voir débarquer Hardcastle et son grand désir de séduction car toute la visite fut pour lui une raison de se mettre en scène. Il avait de l’argent. Sa famille avait réussi et « nouveaux riches » son père atteint un rang dans la pairie. On lui donnait du « Sir » et les portes s’ouvraient grandes sur son passage ; sa beauté insolente y était pour quelque chose mais je préférais penser que son nom seul suffisait à lui ouvrir les portes des demeures des Comtes et des Ducs tous soucieux de s’afficher dans toutes les stations à la mode. La musique émise depuis le gramophone cessa dans un cliquetis métallique et le silence nous submergea.

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Nous étions habitués au silence relatif au couple d’infortune n’ayant rien de plaisant à se narrer. La cigarette en suspend, Virgil m’observa quelque peu dérouté par mes propos. De façon théâtrale je quittai mon fauteuil crapaud pour me diriger vers le gramophone et depuis la baie vitrée je vis hardcastel en grande discussion avec Slebert. Tous deux étaient assis sous une tonnelle alors que nous pensions les savoir dehors. Cette découverte fut brutale pour moi ; ils savaient tous les deux que Virgil tenait à multiplier nos tête-à-tête. L’idée venait probablement d’Alan Slebert qui la veille n’avait rien perdu de nos échanges langoureux. Non, je devais sortir cette idée de ma tête ! « Est-ce un bon ami à vous ce Slebert ? —Assurément. Toutes les personnes que vous croisez sont assurément des personnes fiables. Alan est une personne sur laquelle je puisse compter. Pourquoi cette question ? Vous émettez quelques objections quant à notre possible amitié ? —Non, mais je vous vois mal fréquenter une personne comme Slebert. Il est si ordinaire que cela frise le bon sens. Charlotte dirait qu’il est très irritant de fréquenter une telle personne dont les centres d’intérêt divergent des nôtres ! Vous comprenez alors que je m’étonne qu’une telle fusion puisse être possible. Ordinaire est-il le bon mot pour désigner Slebert ? —Alors cela devrait vous convenir ? Persifla-t-il en écrasant sa cigarette avec franchise. Les gens modestes exclus de certains privilèges semblent gagner vos faveurs. Vous devez vous dire que qi la lumière ne tombe pas sur eux, elle tomberait sur vous. Non, oubliez ce que je viens de dire, c’était stupide de ma part. » Le mal venait d’être fait. Je fixai un détail de la table basse sur laquelle trônait un vase en céramique très Art déco. « Je ne suis pas dans mon état habituel. Peut-être l’avez-vous remarqué ?

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—Tout ce que je remarque c’est toute cette intrigue que je sens être concernant l’un ou l’autre de vos amis ! Pestai-je en reprenant ma place dans le fauteuil, les jambes repliées sous mes fesses. Verdi nous accompagna de nouveau et la tête dans la main je battais la mesure de mon pied déchaussé. Cette chaleur nous accable et nous ferait presque devenir fous. Mettons cela sur le compte de la fatigue. » Je fermai les yeux tout en m’éventant lentement. J’ai toujours aimé verdi. Il y a une telle poésie dans son œuvre que je me vois être l’une de ses héroïnes torturées subissant les affres d’une trahison. « Que c’est beau…; cette mélodie est si belle….Vous souvenez-vous de matins pluvieux à Wyncott. On regardait la pluie tomber depuis la bibliothèque et on s’imaginait être ailleurs. Votre père savait nous faire rêver. Vous en souvenez-vous ? Il nous racontait d’incroyables histoires ayant lieu ailleurs, probablement dans un pays imaginaire…. Il a toujours eu beaucoup d’imagination. —Non. Je ne m’en souviens pas. » Subitement j’ouvris les yeux. Comment était-ce possible de ne pas se souvenir de cela ? Avait-il vécu avec son père ou n’était-il qu’un monstre confiné dans sa nursery ? « Je n’ai pas de souvenirs concernant mon père. Pour moi enfant, il n’était qu’un uniforme vide. Une sorte de vieux patriarche doté d’une large paire de moustaches. Il ne m’a pas aimé comme il vous aimait, vous, Clarence et toi. —Vous ne pouvez pas dire ça ! Bien-sûr qu’il vous a aimé ! Seulement il se faisait beaucoup de soucis pour vous. Il n’ya pas eu de père plus juste et plus aimant que Lord Angus. —J’aimerai vous croire. » Je quittai mon emplacement pour me tenir devant lui. Quels souvenirs Virgil conservait-il de son père ? Jusqu’à maintenant il refusait de croire qu’Angus l’avait aimé. Il me fallait réhabiliter la vérité, à n’importe quel prix afin qu’il honore la pensée de cet homme qui avait beaucoup compter pour moi.

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« Votre mère est morte en couches mais vous n’êtes en rien responsable. Votre père n’a jamais pu faire le deuil de cet amour perdu. Un jour votre père a cru bon m’en parler. Je crois qu’il souffrait de toute cette histoire et alors que vous vous plaisiez à le torturer il me parlait de vos difficultés à faire confiance à quiconque, à aimer autrui. C’est la raison pour laquelle il se rassurait de nous savoir près de vous, il penserait que cela vous aiderait. » Virgil m’attrapa par le bras et me serra contre lui. Mon cœur battit si fort. J’en avais le souffle coupé. Mon Dieu que se passait-il entre nous ? Il baisa mon front et murmura un « Merci » qui me fit monter les larmes aux yeux. « Je suis profondément navré qu’il soit partit sans avoir pu vous le dire. Seulement toutes ses tentatives pour vous rendre heureux se sont soldées par des échecs. Mais tout ceci appartient au passé. Vous êtes maintenant heureux auprès d’une femme aussi brillante que Charlotte pour vous faire oublier ce passé. Il vous faut aller de l’avant Virgil… » Ses doigts caressèrent ma joue. J’allais me réveiller d’une seconde à l’autre. Tout cela n’était qu’un rêve. Le fruit de mon imagination. Soulagée par un poids immense je me mis à pleurer. « Vous allez me trouver ridicule, c’est que je craignais de vous revoir pour avoir à vous le dire. Je me suis tue par faiblesse Virgil et j’ai tellement honte. —Mais de quoi au juste ? Vous êtes là en face de moi à vouloir me rassurer mais vous venez de le dire, Charlotte est très fiable et à ses côtés, je suis prêt à braver toutes les idangers. » Il sourit et son bonheur m’affecta telle une blessure ouverte qui jamais ne se cicatriserait. « Oui, elle est….magnifique et très intentionnée. C’est un diamant qui n’a nul besoin d’être taillé pour briller de toutes ses facettes ; Elle a longtemps compris que ma vie dépendrait de la sienne. De tels sentiments devraient-être connus de tous.

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—Oui, je partage votre avis, répondis-je au bord du désespoir. Charlotte est vraiment….une femme sur laquelle on puisse se reposer. —Vous n’avez pas idée, murmura Virgil en fixant mes lèvres. Tout ce qu’elle fait est… merveilleux. —Alors vous avez beaucoup de chance, répondis-je affichant un sourire forcé sur mes lèvres. Il fouilla dans sa poche intérieure pour en sortir un sachet en organdi. —C’est une façon de vous remercier pour Sybil. Le fait que vous ayez pu parler ensemble l’a fortement rassurée. —C’est un bracelet ? Non, Virgil je ne peux pas accepter. D’abord le bijou de tête et maintenant ce bracelet, vous allez vous ruiner pour moi et je ne m’attends pas à pareilles intentions de votre part. —Ce n’est pas grand-chose je vous assure. Je sais que ce n’est pas évident entre Clarence et vous en ce moment et c’est le moins que je puisse faire pour vous remercier d’être là malgré tout. —Vous n’avez pas à me remercier. Mon père offrait des bijoux à sa maitresse. Tout son argent y passait. Ma mère savait qu’il entretenait une femme et quand elle l’a découvert elle a su rester digne. C’est à cela qu’on reconnait une femme de valeur. Imaginez la réaction de charlotte en apprenant que vous me séduisez. Alors je ne souhaite pas accepter le moindre présent de votre part. Ni aujourd’hui, ni demain. —Vous en acceptez de Clarence. Sybil n’est pas sans l’ignorer et cela n’altère en rien le jugement qu’elle porte sur vous. —C’est faux ! Elle me déteste. Ne vous montrez pas si naïf Virgil, dans ce genre de relation triangulaire il y a toujours une personne qui souffre. —Ou les trois, chacun à leur manière. —Vous vous faites ministre du culte de l’amour, à vous entendre vous connaissez tout ce qu’il faille savoir en matière de relations sentimentales mais avouez que vous êtes dépassé par tout cela.

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—Je vous observe, ce qui me permet d’en déduire que vous souffrez de cette situation. D’une manière ou d’une autre il faut que cela cesse. » La réceptionna commença à huit heures mais seulement plus tard j’eus le courage de descendre, étant pour l’heure morte de tact. Je craignais également le regard de Charlotte, celui d’une femme bafouée contrainte de faire bonne figure devant ses invités pour ne rien laisser transparaitre de son chagrin. Virgil ne lui appartenait plus. Seule sur la terrasse j’enchainais les cigarettes les unes après les autres. Sans cesser de penser à Virgil. Ann arriva vers en gloussant. « Oh, vous êtes ici Winnie chérie ! Huxley vous chercher partout et il est très inquiet de ne pas vous trouver près de lui. Winnie, est-ce que tout va bien ? —Pas vraiment non. Le poisson que j’ai mangé au déjeuner ne devait pas être frais. Mais ces problèmes gastriques ne seront plus demain. De quoi parlez-vous à l’intérieur ? —Des sujets habituels. Et de vous. Cette robe vous va à ravir soulignant à merveille vos courbes. Vous devriez vous joindre à cette réception qui n’a rien de déplaisante. Ces invités sont faciles à contenter et Hardcastle n’a des yeux que pour vous bien qu’il vous sache être la petite protégée de notre Huxley. —Lui et moi ne sommes que des amis, renchéris-je tout en fixant l’horizon azur piqué par des petits points jaunes soient les lanternes des yachts mouillant dans la baie. —Votre relation est toutefois très spéciale, vous en conviendrez. Il vous encense plus que de raison et vous dévore des yeux. ceci est très passionnant ! Tout le monde semble prêt à vous voir unis une bonne fois pour toute. Imaginez-vous rentrer à Londres avec un gros diamant à votre index ! —Oh, non pitié Ann ! —Vous concernant je serais sans pitié. Huxley partage toutes vos idées et adhère à toutes celles que vous n’avez pas encore exprimées. Il se tient là, désespéré et attendre que vous vous manifestez en

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retour. Peut-être un sourire ? Une main posée sur la sienne suffirait à l’encourager ? C’est un très bon parti, sinon pour quelles raisons serait-il ici à recevoir toutes les éloges de ces illustres personnes, dont mon Edward ? Il suffit de parler du loup pour en voir la queue. Le voilà qui vient vers nous escorté par Virgil. Essayez seulement de vous montrer gaie. Je viens de la trouver Huxley ! Un peu d’air frais n’a jamais fait de mal à personne. A l’avenir Winnie chérie gardez-vous de manger le poisson d’Amalfi ! » Ann s’en alla, posant une main rassurante sur le bras de notre Huxley. Au passage elle prit le bras de Virgil. Notre regard se croisa. Dieu que je souffrais à le voir ainsi ! la gorge nouée je détournai la tête. « Ramenez-la nous à l’intérieur, Louis que nous puissions poursuivre nos conversations autour d’un bon verre ! lança Ann au bras de Virgil. Allons-y Virgil ! » Et Huxley et moi quittâmes la terrasse pour gagner un endroit plus en retrait et appuyé contre le gardefou je il m’y rejoignit sans chercher à lancer une discussion très à-propos. Il se tenait là, silencieux et son regard suffisait à me réconforter. « Vous devriez aller lui parler. Lui dire ce que vous ressentez avant qu’il ne soit trop tard. —De qui parlez-vous ? —De cet autre homme que vous cherchez à fuir et qui occupe toutes vos réflexions. Vous pourriez garder votre secret pour vous mais vous le regretteriez. Lui aussi est…. Il est malheureux de ne pouvoir vous l’exprimer puisque engagé auprès d’une autre. Charlotte est une femme de bons sens, elle acceptera sa décision. —Ce n’est pas si simple, Huxley. Je ne vous cache pas mon profond mal être face à cette déroutante situation. Je ne veux rien briser leur parfaite harmonie pour une romance, on ne peut plus complexe. —Winnie, je vous appuierai et vous soutiendrez quelque soit l’issue de votre décision. Cependant si vous n’êtes pas plus convaincue par vos sentiments à

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l’’égard de cet homme, alors…. J’ai pour ambition de rester près de vous pour financer tous vos projets. —Vous voulez dire m’entretenir ? Huxley, vous êtes….vous êtes vraiment quelqu’un de bien et à l’idée que vous puissiez dépenser le moindre shilling pour améliorer mon quotidien n’est pas sans risques. Vous passeriez pour un pigeon, ce que je refuse. » Il me serra dans ses bras. Cette étreinte m’apaisa et plus encore quand il baisa ma joue et la commissure de mes lèvres. La musique atteignit nos oreilles ainsi que des rires féminins. On se prit la main en guise de conclusion et il la porta à ses lèvres. « Allez le trouver et dites-lui ce que vous avez sur le cœur. Ne laissez pas cette opportunité vous glisser entre les doigts. » Huxley et moi dansâmes au milieu des autres convives et à la fin du fox-trot, il me remit à Virgil. Mon Dieu ! Il accepta de me conduire et en tremblant je me retrouvais dans ses bras pour un moment d’intimité. « La soirée est réussie, vous ne trouvez pas ? —Oui, c’est une réussite. » Ne parvenant à le regardais, je valsais fixant un détail de son smoking. Impossible pour moi de respirer convenablement. Oh, mon Dieu ! Charlotte dansait non loin dans les bras d’Edward ; Et sitôt que leur couple se rapprochait du notre, mes mains se crispaient dans celles de Virgil. La danse terminée il me ramena à Huxley. Ce fut seulement à ce moment-là que mon regard plongea dans le sien. Il resta à me fixer sans rien dire. « Veuillez m’excuser, je vais aller l’assoir un peu. » Et dans la bibliothèque je m’allongeai dans le canapé, la main sur mon front. Soudain la porte s’ouvrit et des pas martelèrent le parquet. « Vous ne pouvez pas continuer ainsi, déclara Edward, tout cela est vaudevillesque ! Les femmes sont des êtres de passion qu’on ne peut tourmenter de la sorte. Fumez donc une de mes cigarettes, elles valent autant que les vôtres ! Clarence n’est plus vraiment le même depuis l’entrée de Sybil dans sa vie,

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il est comment dire, absent. Ce mariage est loin de lui convenir malgré tout ce que l’on pense de ce couple et vous, vous choisissez la voie de la facilité en prenant cette austère et compliquée Charlotte. Dans quelle prison dorée vous enfermerez-vous ? —Merci de vous en inquiéter Edward. Charlotte me convient très bien. —Si vous le dites, après tout d’autres trouvent leur plaisir dans moins prospères. La petite Weston-Mills est selon moi plus agréable et puis elle vous aime… » Un silence plana dans la pièce et fermant les yeux, je retenais mon souffle. « Et qu’est-ce qui vous fait penser cela ? Ses regards langoureux ? Ou bien le choix de ses tenues affriolantes ? Tout ce que désire Weston-Mills c’est retrouver son amour de toujours, cet amour obsédant. Et même si elle était disponible je doute vouloir d’elle. —Et pourquoi cela ? Elle est très attentionnée et vertueuse. Huxley n’est pas le seul à croire en ses talents et ses nombreuses aptitudes dont celle de résister aux agressions des Ladies Sybil et Charlotte. Alors dites-moi ce qui vous déplait tant chez elle ! —Voyons Edward, vous me faites marcher ! Elle est agressive, dérangée et n’a pas les pieds sur terre. Il n’y a rien de cohérent chez elle, à commencer par cette lubie de vouloir partir en Amérique ! Elle n’a pas une once de fierté et si elle n’était pas l’amie de Clarence il est certain que je ne la supporterais pas. » Là, je me mordis la langue jusqu’au sang. « D’accord, alors le débat est clos. N’en parlons plus ! Retournons donc valser pour contenter nos belles ! C’est le mieux que nous puissions faire pour ne pas leur manquer de respect. » La porte refermée je me redressai grisée par le chagrin. Mais en levant la tête, je sursautais en voyant Virgil bouche-bée tenant sa cigarette du bout des doigts. « Eu…Winnie, j’ignorai que vous fussiez là ! —Inutile de vous exprimer, tout ce que je dois savoir sur vous, je le sais à présent. Désormais nous n’avons plus rien à nous dire. Fréquenter une femme

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aussi dérangée et agressive, voire capricieuse entacherait cruellement votre réputation. J’avais seulement espérée, peut-être à tort, que vous aviez une bien meilleure opinion de ma personne. —C’est le cas. Je n’ai tenu ses propos uniquement pour me défaire des questions oppressantes d’Edward. Il n’est pas capital qu’il sache ce que j’éprouve pour vous. Vouloir garder certaines informations pour moi reste légitime. » Il marcha vers moi, soit devant le meuble où je me trouvais être. Comme je reculai d’un pas, il stoppa net sa progression. « S’il vous plait, Winnie, asseyons-nous. S’il vous plait… prenons le temps de discuter. —A quel sujet ? Tout a déjà été dit et je doute vouloir en découvrir davantage. Tout ce que je veux c’est que vous me laissiez tranquille. Mais probablement me trouvez-vous trop individualiste pour espérer votre magnanimité —Non, je comprends que vous puissiez en avoir assez. Il ne pourrait en être autrement d’une femme aussi affranchie que vous. Mais sachez que je vous estime beaucoup et cela ne date pas d’aujourd’hui mais à des temps plus anciens, ceux d’une époque révolue où nous étions des rivaux. Il m’est arrivé de détester Clarence parce qu’il était le fils que mon père n’avait pas eu…. » Il se perdit dans ses pensées, arborant un timide sourire sur son visage ; il cherchait à m’amadouer et inflexible je le fixais avec hauteur. Vous ne devez pas oublier que je suis une Weston-Mills et que les femmes de ma famille avancent le front haut, bravant les tempêtes avec grandeur. Virgil alors s’assit sur l’accoudoir d’un fauteuil, perdu dans ses lointains souvenirs. « Oui, j’ai détesté ce freluquet garçon qui me volait mon père. Il arrivait à l’amuser quand moi j’en étais incapable et tous le considérait comme le seul héritier de Wyncott parce qu’il en imposait par sa délicatesse et son sens du partage. Quant à vous, j’aurais tout fait pour me faire remarquer de vous, mais vous m’évitiez

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et sautiez dans les bras de mon père pour obtenir ses faveurs. Sans le moindre effort vous arriviez à vous faire aimer de lui et cela me rendrait fou que vous puissiez réussir là où sans cesse j’échouais. Et puis un jour j’ai fini par ne plus vous en vouloir. Votre présence jugée auparavant envahissante m’était nécessaire et je me suis mis à rechercher votre compagnie. Vous allez trouver cela stupide mais j’ai conservé toutes les lettres que je n’ai pas eu le courage de vous envoyer. Ces dernières m’ont servi d’exutoire à ma frustration de vous savoir loin de moi. A la mort de mon père, seul Clarence a retrouvé le chemin de Wyncott. Je sais pertinemment qu’on ne peut effacer le passé et que ce que nous avons fait de mal nous hante mais je vous estime Winnie, plus que vous ne le croirez jamais. Alors s’il vous plait ne me jugez pas trop vite. —Vos amis ne sont pas dupes. Par amour pour vous ils acceptent d’être bernés mais vous vous mentez à vous-même quand vous dites ne rien apprécier sur ma personne ! Je sais qu’entre nous rien ne sera possible bien que nous rêvions de…. Tout cela est de l’ordre du fantasme. » Il me rejoignit dans l’encorbellement e la porte et la tête baisée, je n’osai toujours par le regarder. « Je vous imagine épouser un intellectuel de la même lignée que celle de Davenport. Il aura la chance de pouvoir se réveiller chaque matin près de vous et il se plaira à vos contempler chaque jour que dieu fait. Son amour pour vous sera sans limites et votre cœur ne battra que pour lui. Vous lui donnerez de beaux enfants. Vous serez une femme et une mère accomplie. Peut-être aurais-je l’honneur de vous croiser à Londres ou ailleurs ? J’espère seulement que vous ne m’ignorerez pas et que vous parlerez de moi à votre époux en bons termes. —Oui et je vous inviterai à passer prendre le thé chez nous. Vous aurez toujours le sens critique pour flatter mes esquisses et croquis et j’aurais plaisir à vous faire lire certains de mes textes que vous commenterez pendant le souper en compagnie de

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Charlotte qui elle aura toujours son mot à dire sur ce que je peux produire qui ne soit pas trop dérangeant pour sa sacro-sainte morale. Mes enfants joueront avec les vôtres et nous ferons en sorte qu’ils se retrouvent chaque vacance au même point de villégiature. Avec un peu de chance on se retrouvera unis par la force des choses car l’un de vos fils aurait choisi c’épouser l’une de mes filles. —cela me plait. —A moi aussi. Cela serait une belle vengeance sur le passé qui n’aura pas été favorable pour nous. Au moins Virgil de cette situation nous garderons aucune rancœur de notre enfance. Nous pourrions finalement apprécier notre destinée. Oh, Virgil, j’ignore pourquoi je vous dis ça, c’est déplacé et sachez que j’apprécie énormément Huxley ! je ne regrette pas de l’avoir rencontré comme vous ne regrettez pas votre charlotte pour qui votre cœur bat. Il faut maintenant que l’on se sépare. Notre absence va finir par se faire remarquer. » La musique retentissait dans l’atrium et les couples enlacés depuis le début de la soirée n’osait aspirer à autre chose que cette intense proximité om les corps ne semblent plus faire qu’un ; Sous l’escalier, un verre à la main je aussi étrange que cela puisse paraitre je me voyais glisser sur la piste de danse dans les bras d Virgil. Tout le monde penserait en nous voyant que nous formions un beau couple. « Winnie, Winnie, Winnie ! A vous voir ici on pourrait vous prendre pour une perle de culture toute nacrée que vous êtes, chanta Davenport en quittant un flot de danseurs pour venir s’assoir sur mon banc. Entre nous vous êtes encore plus délicieuse à contempler qu’une simple perle offerte à l’œil expert d’un amateur. —cessez donc de vous montrer débonnaire. Je sais qu’on vous envoie m’espionner. —Qui donc ? Hum, je vois. Vous lui avez parlé n’estce pas entre hier et aujourd’hui ? Ah, tout cela c’était couru d’avance ? Vous avez votre caractère et bien que vous êtes merveilleuse on n peut vous contraindre

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à vivre une idylle avec un homme dont vous connaissez si peu de choses sur lui. —C’est vous qui parlez d’idylle, je n’aurai pour ma part jamais employé ce mot là ! C’est comme si nous étions à évoquer un complot dont les auteurs principaux seraient la pauvre fiancée délaissée et l’horrible maitresse venue de nulle part pour semer la zizanie. Ecoutez j’ignore quelles puissent-être vos relations avec cet homme dont je préfère taire le nom, mais sachez que l’on s’en sort très bien sans que cela ne prenne un tour des plus abracadabrants. —Heureux de l’apprendre. Je dirais même plus que je suis des plus soulagés de savoir que tout va pour le mieux entre vous. —Mais ce n’est pas une idylle ! —Non, ça ne l’est pas. On va dire que vous êtes comme deux vieux amis qui viennent de se retrouver. —Oui, c’est précisément ce que nous sommes : de vieux amis ! Jack, j’aimerai savoir comment vous faites pour ne pas tomber amoureux de toutes les femmes que vous côtoyez. Soyez honnête avec vous, pensez-vous vraiment qu’il soit difficile d’ouvrir son cœur ? —Ah, l’amour ! Il n’y a qu’en Italie que l’on décide de se laisser vivre et cela est inhérent à la culture latine. Il n’est pas difficile d’imaginer tel sculpteur façonnant son œuvre et tel autre peintre s’inspirant de l’amour pour exister. Les femmes me comblent, certaines sont poétiques et ce sont mes muses, mes pygmalions. Je ne pourrais concevoir la vie sans pareille source d’inspiration. —J’ignorai que vous fussiez un écrivain. Qu’écrivezvous donc ? —De la poésie à mes heures perdues. Mais contrairement à vous, je ne cherche pas à publier. Je le fais seulement pour avoir quelque chose à exprimer quand je me sens emprunt d’une grande créativité. —Que faites-vous dans la vie Jack ? Nous parlons presque toujours des autres mais jamais de nous. —Je suis un marchand d’art. —Vraiment ?

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—Aussi vrai que deux et deux font quatre ! Je suis dans le négoce et j’évalue le prix des antiquités. Vous semblez surprise, est-ce mon emploi qui vous trouble à ce point ? —Alors vous êtes une sorte d’expert ? —Oui, j’en suis un. Mais tout à fait entre nous, je préfère encore me considérer comme un néophyte. Les cabinets de curiosité sont davantage mon terrain de prédilection. J’envisage prochainement de postuler pour une prestigieuse ancienne de ventes aux enchères.» Mon intérêt pour lui se renforça et plus tard sur la place nous marchions l’un contre l’autre sans rien échanger. Le pantalon retroussé sur ses mollets il progressait dans l’eau tiède sous ce clair de lune et l’étole sur mes épaules je le regardais s’aventurer au loin en m’imaginant courir près de lui en pleine journée, heureuse et grisée par ces instants de franche complicité. Et convaincue du bienfait d’un bain de nuit je plongeai la tête la première du ponton pour nager vers lui. J’imagine qu’on devait nous entendre batifoler depuis la terrasse de la ville. Apr7s nos ébats aquatiques on remonta dans nos respectives chambres par l’accès de service et après m’être rincée à l’eau douce on frappa à ma chambre. Huxley se trouvait être là, sans un sourire et come je l’accueillis en robe de chambre, les cheveux serrés dans une serviette éponge il détourna ses yeux de ma mise. « Où étiez-vous depuis une heure ? Je vous ai cherché, mais en vain. —Et bien j’étais sous l’escalier quand Jack m’a proposé de l’accompagner sur la plage. J’ignorai qu’il me faille vous rendre des comptes. —Mais avant cela vous étiez avec lui n’est-ce pas ? Vous y êtes restée un long moment en sa compagnie et cela a fini par se faire remarquer. Charlotte est affectée par votre comportement et elle sous-entend que vous êtes une intrigante. Je ne sais comment mais

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elle a eu vent de votre escapade dans le centre-ville de Amalfi quand Sir Hardcastle aurait du s’y trouver. —Quoi ? Mais nous avons seulement pris le thé en sa compagnie. D’autres le confirmeront. Rien ne l’empêchait de se joindre à nous et laisser Sybil gérer seule les derniers préparatifs de cette soirée ! Je peux t’assurer Louis qu’il ne s’est rien passé entre Virgil et moi. Pourquoi devrais-je sans cesse me justifier ? —Votre comportement est préjudiciable et n’est pas adapté à notre petite communauté. Alors pour palier à ce problème ne soyez pas offensée si demain je vous… enfin si demain je vous demande votre main. —Huxley ! Vous n’êtes pas sérieux ? » Il poussa la porte derrière lui et acculée j’interrogeai mon interlocuteur du regard, abasourdie par sa requête. Devant moi sans un sourire, sans une expression de joie, il poursuivit sur le même ton. « Winnifred, cette demande est appuyée par mon intention de vous savoir intègre et non piétinée par l’opinion de ces gens si susceptibles. Vous pourrez une fois à Londres me répudier pour une raison ou pour une autre. Mais ici il est préférable de jouer la carte de la confiance envers autrui. Vous êtes une femme respectable cela va s’en dire bien que certains de vos actes soient on ne peut plus déplacés. Nous pourrions nous rendre à Amalfi demain matin et demain midi vous apparaitrez avec un dimant à votre doigt. La nuit porte conseil Winnifred et j’aimerai que vous ne vous en montriez pas choquée. —Non, Louis j’apprécie votre dévouement. Une fois de plus je m’en remets à votre bon sens. »

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CHAPITRE Et ce matin j’achetais des chapeaux au nombre de cinq. Des chapeaux pour parfaire ma prestigieuse garde-robe. Ce qui chiffra mon trousseau à vingt bibis de toutes sortes. Huxley une fois de plus était à mes petits soins et cherchait à me combler à chacun de mes déplacements. Autant vous dire que je commençais sérieusement à aimer cet endroit et cette existence conviviale et chaleureuse. Et au bras de mon chevalier servant je déambulais dans les rues d’Amalfi quand au loin j’aperçus Sybil au bras de Clarence. Plus que jamais elle rayonnait. J’allais tous deux les héler quand apparurent derrière eux Virgil et Charlotte. Non, je ne pouvais troubler leur quiétude et Huxley m’entraîna derrière lui vers un autre lieu reculé et sur la margelle d’une fontaine il tomba à mes pieds, genou à terre. « Oh, Winnifred ! Regardez ce que je viens de trouver à vos pieds ! ne serait-ce pas une bague ? » Je savais qu’il me ferait sa demande mais pas de cette manière-là ; voilà que je me m’étais à sourire, les mains devant la bouche. Il me présenta une bague dans son écrin et mon cœur s’emballa. « Acceptez-vous d’être ma femme ? —Oui, oui ! Lançai-je sans lui laisser le temps de poursuivre. Alors je bondis dans ses bras, la rutilante bague à mon doigt. Ma mère la première se féliciterait de cette union tout comme Lord Holstein. Il me faudrait leur télégraphier et les larmes aux yeux je serrai fermement mon fiancé dans mes bras. « Je meure d’envie de vous embrasser Winnifred mais l’endroit ne s’y prête guère. Allons vers la jetée voulez-vous ! Il y a un endroit où nous pourrons nous glisser des mots d’amour. » Huxley restait un galant et après un rapide baiser sur mes lèvres, il me serra contre son épaule en fixant l’horizon, une ébauche de sourire sur ses lèvres. Il semblait être heureux et cette lueur au fond de son œil ne pouvait exprimer le contraire. Et je songeai à Ann

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ayant eu raison sur ce bijou gros comme une noisette dont j’étais à cet instant l’heureuse propriétaire. « Il n’y a rien que je ne puisse vous refuser Winnifred et tout ce que je veux, c’est faire votre bonheur. Plus personne ne vous manquera de respect et tant que je serais vivant je me tiendrais à vos côtés. » Plus tard je lisais sur la terrasse un des chefs d’’œuvre de Victor Hugo, une citronnade posée devant mon étui à cigarette. Le calme avant la tempête, songeai-je en cherchant à me concentrer sur les lignes des Misérables. Or j’eus raison. Arriva Sybil, un franc sourire aux lèvres. « Winnie, petite cachotière ! Depuis quand gardezvous cela pour vous ? Montrez-nous donc ce bijou dont tout le monde parle autour de nous ! » Et derrière elle, Charlotte, Clarence et Virgil, Ann et Edward et Jack fermait la marche, heureux d’avoir pu ébruité pareille nouvelle. Huxley se leva, une fois mais pas coutume, avec un sourire enjoué. Sybil s’enthousiasma sur le caillou et Jack y alla de son commentaire. Charlotte lorgna du côté de Virgil tirant sur sa cigarette, peu réceptif à mon bonheur. « Winnie, nous sommes tous heureux pour votre bonheur à venir, lança-t-elle, cette annonce est des pus inattendue mais nous sommes tous pressés de vous savoir unie à un homme aussi talentueux et altruiste que Lord Huxley ! Nous allons donc boire à votre fortune ! Un Don Pérignon conviendra parfaitement à cet événement. Paolo ! Paolo, s’il vous plait faites le nécessaire ! Une si belle bague, enchaina cette dernière en examinant l’objet de toutes les attentions. Vous savez parler aux femmes, Louis. On ne m’a pas séduite avec un si gros diamant… » Virgil ne parvint à sourire, prenant cette réflexion au premier degré. Chacun y alla de son petit commentaire sur les demandes officielles en mariage et cet échange d’anecdotes fut salutaire et après le champagne, l’intention se porta sur Sybil profitant de l’occasion pour nous annoncer une date concernant leur noce.

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« Toutes mes félicitations pour vos fiançailles Winnie, je tenais à vous l’exprimer à l’égard de toutes ces oreilles et bouches. Cela me gênait de devoir me montrer expéditif. Vous le méritez, vraiment. —Merci à vous Clay et je vous la rends la pareille. Ainsi vous allez vous marier en Amérique. Ce n’est peu conventionnel mais ce que Sibyl veut, Dieu le veut ! Enfin….je plaisantais, seulement je ne peux tout à fait me faire à l’idée de vous voir embrasser les mœurs américaines. Ils font preuve de tant de passion que votre père se retournerait dans sa tombe en apprenant que vous ne vous marierez pas dans votre cure familiale. Je vous ai aperçu ce matin. —Vraiment ? Et pourquoi ne vous êtes-vous pas manifestée ? Amalfi est un village et il me semble être impossible d’y croiser quiconque. Mais j’imagine que vous n’étiez pas en pleine détresse. Peut-être était-il préférable pour Huxley que nous nous ne croisâmes pas. —D’accord, n’en parlons pas davantage. D’une certaine façon, je suis contrariée qu’on soit…. Virgil a du vous dire que certains événements nous échappent et qu’il faille un certain ordre pour éviter le chaos. —C’est ce qu’il pense ou bien vous ne faite qu’interpréter sa réflexion ? Il est très agité en ce moment et j’ai beau lui jeter une bouée de sauvetage, il s’obstine à demeurer la tête sous l’eau. —Il est entrain de perdre la tête parce que vous partez vous installer en Amérique Clay, rien de plus. Il est très sentimental, on ne peut lui en vouloir. Sybil vous cherche du regard. Votre fiancée ne peut pus se passer de vous on dirait. Courrez vite la retrouver avant qu’elle me voit comme la vilaine intrigante. » .Plus tard je finissais ma sieste dans mon grand lit à baldaquin et Ann s’annonça, un immense éventail à la main et en déshabillé de soie. « Il fait très chand ici, on se croirait en Afrique et nos hommes sont en mer, à bord du somptueux yacht de Hardcastle. En tous les cas l’annonce de vos fiançailles avec Huxley fut des plus récréatifs. On commençait à s’ennuyer quand il a enfin daigné sortir

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la bague de son écrin. C’est incroyable n’est-ce pas ? Force de constater que Charlotte vous mangera dans la main et s’empressera de dire à tous qu’elle a joué un rôle très actif dans cette alliance. Soyez certaine qu’à votre arrivée à Londres, l’on vous déroulera le tapis rouge. Ah, ah,, que je suis s heureuse pour vous ! —C’est vrai, je le suis également, déclarai-je en fixant mon bras tendu au plafond et au bout duquel brillait ma bague. Huxley est quelqu’un de si romantique. Il est très impliqué et il est si différent des autres hommes que j’ai rencontrés et fréquentés, il est énigmatique mais en même temps si pragmatique. Il ferait un très bon personnage de roman. —Et Virgil ? Comptez-vous faire preuve d’exactitude envers un homme si juste dans sa quête de vérité ? —Ann ? Nous avons fait table rase du passé et Virgil sait qu’il pourra compter sur mon amitié aussi longtemps que… c’est très assommant tout cela. Tout insinue que je suis une courtisane et il n’y a que vous Ann qui me voit telle que je suis. —L’affaire est entendue et vous plaisez noncoupable mais pour le plaignant, il reste fort possible qu’il fasse appel. Votre avocat répondant au nom de Lord Huxley ne pourra vous défendre sur vos agissements futurs. On ne peut tirer des conclusions hâtives mais il possible qu’il demande à être indemnisé pour certains dommages affligés. » Le soir nous devions souper en ville. La pluie nous surprit au moment où Ann et moi fumions sur la terrasse du restaurant. Au moment où j’allais rentrer, Virgil se préparait à sortir et notre regard se croisa. « Oh, Winnie chérie ! J’ai oublié mon étole sur la chaise où nous nous trouions….si vous voulez bien, vous seriez un amour ! » Je passais entre les tables premières gouttes de pluie. Ne trouvant son étole je revins sur mes pas pour constater que Virgil la tenait à la main. « Est-ce cela que vous cherchez ? —Oui Ann ne pourrait continuer la soirée sans cet accessoire qui maque ses épaules. »

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Il me la remit. Mes yeux plongèrent dans les siens. Je ressentis alors un profond désir, celui de le laisser glisser en moi. Il fronçait les sourcils et tirait si fort sur sa cigarette qu’elle menaçait à tout moment de disparaitre entre ses lèvres. « Qu’avez-vous ressenti quand Huxley vous a fait sa demande ? —Et bien fus surprise et ensuite je me suis laissée submerger par l’émotion. —Vous avez pleuré ? —Oui. A vrai dire ce fut assez intense. Je crois que c’est surtout le contrecoup de ces journées longues et difficiles. Huxley m’a toujours bien traité alors il est naturel que j’accepte. Il fera un bon époux je n’ai aucun doute à ce sujet. —Alors il a de la chance, répondit-il froidement en écrasant sa cigarette sous son talon pour ensuite en allumer une autre sans aucune transition. C’est un peu surréaliste non ? —Quoi donc ? Sa demande ? —Le fait qu’il vous ait trouvé et qu’il obtienne votre consentement aussi vite. Etant donné vos rapports compliqués voire conflictuelles à Wyncott j’ai toujours pensé que vous ne l’estimeriez jamais assez et voilà que vous parlez tous deux d’avenir. —Oui, c’est un peu… prompt, je vous l’accorde. En même temps j’ai conscience que je n’aurais jamais meilleure proposition que la sienne. Aucun gentlemen jusqu’à aujourd’hui n’a pris le temps de me courtiser comme il l’a fait. Il sait que je n’ai pas d’argent mais il ne s’en formalise pas. Tout ce qu’il veut c’est faire mon bonheur. —Est-ce que vous l’aimez ? » Cette question me déstabilisa. De nouveau son regard plongea dans le mien. Il connaissait la réponse alors pourquoi vouloir me gêner de la sorte ? « Oui, je l’aime. Bien-sûr que je l’aime ! Je ne comprends pas le sens de votre question ? Jamais il ne me viendrait à l’esprit de vous demander si vous aimer Charlotte. »

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La musique du rez-de-chaussée atteignit nos oreilles quand au loin l’orage et la pluie passait. « Je ne remets pas en cause vos sentiments pour Huxley, je vous sais honnête et loyale. Depuis que l’on se connait je…. C’est important que vous soyez heureuse auprès d’un homme qui vous estime beaucoup. Il y aura toujours une chambre pour vous à Wyncott. —Je suis heureuse de l’apprendre. —Vous viendrez me voir n’est-ce pas ? Je dédierai une aile du château à vos croquis et à tous vos travaux. Il faudra voir cela comme une sorte de galerie qui exposera vos productions en permanence. —Vous me proposez un mécénat ? —Non, je cherche seulement le moyen de vous faire revenir à Wyncott par la flatterie. Je suis un piètre orateur et il y a des chances pour que vous m’ayez éconduit si dans une autre vie je vous avais courtisée. —Dans une autre vie j’aurai accepté, oui. On se serait rencontré en Inde, à Pondichéry et… vous auriez manqué de m’écraser en voiture. Je vous aurai insulté. Mais ce n’est que plus tard que je vous rencontrerez pour de bon, présentés l’un à ‘l’autre par un officier, ami de mon père. —Je vous aurai parlé de l’Angleterre, mais seulement quelques mots pour ne pas vous ennuyer. » Il s’assit près de moi, apaisé et poursuivit. « Et je vous aurai écouté me parler du Gange des rizières et des plantations de thé du Darjeeling. Je n’aurai pas eu la bêtise de vous interrompre même quand petit à petit tous les gens autours de nous regagnaient leur demeure. Et puis on se serait promis de nous revoir le lendemain. A mes amis les plus proches je parlerais de vous et de votre passion pour la vie. Et puis nous passerions de longues heures ensemble jusqu’à ce que je vous demande en mariage. » Les larmes me montèrent aux yeux. Mon cœur battait fort et ma respiration s’accélérait. « Parlez m’en s’il vous plait….

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—Je vous aurai conduit dans notre endroit, connu de nous seul et je vous aurais pris votre main et sous un ciel étoilé, je vous aurais demandé d’être mon épouse. —Et j’aurais accepté Virgil ! Répondis-je la main dans la sienne, des plus fébriles. —Je le sais Winnie. Dans cette autre vie nous aurions été libres de nous aimer. Nous n’aurions pas démonstrations d’amour. On aura des enfants. Beaucoup d’enfants. la maison sera pleine à craquer de leurs rires et nous leur raconterons nos histoires pour les aider à s’endormir. On aura une belle vie. » J’allais répondre. Mes lèvres restèrent scellées à la vue de Davenport discutant avec Huxley. Leur entrée sur scène fut annonciatrice de désastre quand j’eusse espérer un court moment de répit. « L’on vous attend à l’intérieur, psalmodia Huxley le sourire aux lèvres indifférent à la situation embarrassante dans laquelle je me trouvais être et il poursuivit : on nous avait annoncé des vents violents et des orages de ce côté de la Méditerranée et force de constater que l’air reste sec et le climat des plus supportables. —De quoi étiez-vous à parler ? Charlotte vous aurait-elle fait part de son envie de se rendre à Pompéi, sur les traces de l’éruption de 79 et ainsi remonter le temps en compagnie des œuvres inachevées de Pline l’Ancien. —Et cette excursion pourrait tout à fait vous plaire, Milady, argua Huxley en allumant ma cigarette. Qui mieux que vous pourrait apprécier les vestiges d’un temps révolu ? —Oui, cela pourrait me convenir, répondis-je peu convaincue pour autant glissant un discret regard vers Virgil comme pour y espérer son consentement. Et je suppose que nous partirons aux aurores ? —Le plus tôt serait le mieux et il nous faut compter sur le soutien de Hardcastle et consœurs pour rendre notre déplacement plus aisé par voie maritime. Huxley et moi pensons que nous avons tout à y gagner de leur générosité. Virgil, quelque chose ne va pas ? Pour

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Charlotte il ne fait pas l’ombre d’un doute que nous manquons de divertissements ici. —Non, tout va bien Jack. Vous savez comme moi qu’il est important de rester bon terme avec ces gentlemen. Son yacht est assez grand pour tous nous recevoir n’est-ce pas ? Ne boudons aucun plaisir. —Alors, va pour Pompéi ! » Et à Pompéi je me résignais à suivre Huxley comme un petit chien, toujours là quand on le siffle et plus encore, j’étais devenue la caricature de ces femmes soumises et contemplatives toujours prêtes à satisfaire à l’égo de leur époux. Cela ne me ressemblait pas, une partie de moi s’insurgeait contre cette nouvelle personnalité quand l’autre se laissait dompter, grisée par cette existence facile. Dans l’hombre de ces ruines je me sentis prise au piège, oppressée par ces fiançailles et leur retentissement. Il est vrai que j’allais être riche et ainsi tirer ma mère de l’embarras financier dans lequel elle se trouvait être mais cela ne me ressemblait pas. Je mentais à tous en disant aimer Huxley, je travestissais mes sentiments pour coller au mieux à ce personnage voulu par cette société. Il me fallait d’une manière ou d’une autre rétablir la vérité. . Jack me rejoignait sur ma pierre. Il fronça les sourcils d’un air grave. Les autres se tenaient près du guide ou bien visitaient librement les ruelles de cette cité détruite par la cendre du Vésuve. Les coudes en appui sur ses genoux Jack inspira. « Vous n’avez rien dit depuis l’instant où nous avons posé le pied ici, puissé-je vous demander les raisons de votre tourment Winnie ? —Je pensais que personne ne le remarquerait mais vous, Jack, vous devinez les peines qui m’assaillent. En toute honnêteté je ne pense pas être à ma place, à savoir près de Huxley ; il ne me mérite pas. —Et pourquoi cela ? Pourquoi pensez-vous que vous n’avez pas le droit au bonheur ? Vous êtes trop dans la réflexion et pour une fois, vous devriez songer à vous amuser et à vous détendre. Nous sommes en Italie et bien loin de nos contraintes professionnelles. N’est-ce

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donc pas l’endroit rêvé pour vous abandonner à la plénitude ? Si Huxley y arrive alors pourquoi pas vous ? » Comme j’éclatai de rire il se redressa sur son séant. Au loin Clarence tendait la main à Sybil afin de la hisser sur un piédestal. « Si ce n’est pas Huxley, alors cela sera quelqu’un d’autre, déclarai-je en riant nerveusement. Il est possible que je ne l’épouse pas finalement. —Et pourquoi ce nouveau revirement de situation ? Vous lui briseriez le cœur après avoir pensé que vous ne le méritiez pas ? C’est absurde. —Non pas autant qu’aimer une femme qui ne vous aime pas ! J’essaye de tout mon cœur, voyez-vous et pourtant je n’arrive à me convaincre d’être faite pour lui. Ces fiançailles servent à me disculper de l’intérêt trop flagrant que je porte à Clarence et à Virgil. Huxley pense faire cela dans l’espoir de ma sauver, comme s’il me savait à jamais perdue et condamnée à errer telle une âme en peine dans ce monde. —Il est très romanesque. Il n’est pas le genre d’individus que l’on laisse à la porte de chez soi. Ses manières sont indubitablement nobles et quoique vous décidiez de faire il ne vous laissera pas tomber. J’aimerai avoir sa force d’esprit et ne pas me dérober quand les choses deviennent sérieuses. Il est un exemple de vertu pour beaucoup d’entre nous. —Je vous aurai bien imaginé en ecclésiastique. Je ne sais pourquoi mais il y a un trait de votre personnalité qui me fait penser à un ministre de ce culte. —Vous dites cela parce que je prends le temps de vous écouter, parce que je prends le temps de vous connaître sans vous juger mais c’est ce que font tous les amis non ? —Vous êtes plus spirituel qu’un ami. Vous avez cette part de mysticisme en vous. Une fois à Londres je m’enfermerai dans ma chambre pour écrire jour et nuit les prémisses d’un roman qui germe en ce moment dans mon esprit. Dans quelques jours à peine nous reprendrons chacun nos respectives existences.

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—Et aussi souvent que vous le pourrez, vous descendrez nous voir à Wyncott n’est-ce pas ? J’ai du mal à concevoir qu’une femme aussi brillante que vous reste confinée dans son vieil immeuble élisabéthain sans chercher à s’ouvrir aux autres. —Comment savez-vous que notre immeuble est de style élisabéthain ? —Vous l’avez évoqué lors d’une soirée. Tout comme les cerisiers dans l’arrière-cour et la vigne vierge qui grimpe sur le mur et ne laisse pas de place aux autres plantes. —Oui c’est un bel immeuble. On ne peut se rendre à Londres sans passer par Madden House et je vous garantie que la visite en vaut le détour. Et puis le dernier étage nous offre une vue imprenable de Londres et alors on s’imagine être ailleurs. —Comme en Inde par exemple ? Il semblerait que vous ayez de l’intérêt pour ce coin du monde. Lord Harrington nous y avait emmenés assez souvent pour qu’on devienne familier à ce nouvel environnement. Virgil et moi devions avoir six ans quand son père nous a sermonnés après une escapade intitulée : A la chasse au Tigre ! Maintenant avec le recul je me dis que nous n’aurions jamais du revenir en Angleterre. Mais Angus voulait se remarier pour que son fils-chéri ne se retrouve jamais seul —Et que c’est-il passé ? —Et bien votre mère l’a éconduit. » Le coup m’atteignit en plein cœur. Avec Angus Harrington pour père j’aurais été l’enfant la plus heureuse du monde. « Etes-vous sûr de ce que vous dites ? —Angus aimait énormément votre mère. Il cherchait à la séduire. Je pensais que vous le saviez, cela n’est pas un secret de polichinelle. Lady Caitlin ne voulait pas s’encombrer d’un vieux Lord et je la comprends, seulement du vivant de mon oncle, cela frisait la vanité et tous la voyait comme une insolente personne. Vous avez échappé de près à une alliance on ne peut plus surannée. Toutes ces vieilleries et ces décadents seigneurs. Votre mère est une femme

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indépendante qu’aucun n’aurait réussi à convaincre à ce mariage. —Non, ma mère a toujours été très seule. On peut dire qu’elle n’a pas connu le bonheur, quand bien même elle joue les provocatrices en s’affichant ouvertement avec ses amants. —Angus aurait pu la rendre heureuse. —Probable. Angus aurait été un bon père, je le sais. En tous les cas je me serais plu à être sa fille. C’était un type fantastique et quand j’écris, je m’interroge sur ce qu’aurait di ou fait. Il a guidé mes premiers pas dans l’écriture. Pour voyager par la pensée, il me suffisait de m’assoir près de lui et le laisser narrer ses aventures rocambolesques à travers le monde. —Vous auriez été une excellente cousine Winnie et Virgil aurait apprécié vous avoir près de lui. Il aurait le genre de frère qui aurait tout sacrifié pour faire votre bonheur. Mais ne parlons plus de cela, on ne peut changer le passé. » Notre déjeuner eut lieu sur une immense terrasse donnant sur la baie de Naples et sous les dais nous nous laissions aller à la contemplation du Vésuve et ses flancs noirs contrastant avec la blancheur du ciel et le scintillement ondoyant de la mer. Le panorama idyllique stimula mon imaginaire et alors que nous en étions aux hors d’œuvres composés de crustacés, Charlotte me fixa intensément. « Espérons Winnie que cette fois-ci vous parviendrez à les digérer. Il n’y a rien de pire que d’être dérangée lors d’un séjour. Dites-vous pour tenir le coup que ce supplice gustatif touchera à sa fin. Ainsi vous aurez rentrerez à Londres avec la seule motivation de faire viande maigre pendant tout le temps que dureront vos fiançailles. » Ann éclata de rire et m’interrogea du regard cherchant à savoir si j’allais répondre aux subtiles attaques de Charlotte. « N’oublions pas que les voyages nourrissent l’esprit, répondit Huxley au moment où j’allais le faire. C’est un avantage que certains n’ont pas et n’auront probablement jamais si l’on tient compte du peu de

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temps de récréation dont la somme des communs dispose. —A Londres nous ferons bombance, déclara Ann en plongeant son regard dans le mien, vous savez Charlotte qu’on ne peut rester enfermé chez soi quand vient la période tant attendue des galas de charité. Tout bon sujet du roi ne peut ignorer ces dates ! —Ann a raison, il vous faudra sortir Winnie ! Quant à Clarence et moi nous ne pourrons y assister. » Un grand silence dévasta la table et Sybil poursuivit d’un ton enjoué, presque amusé. « Nous partons en Amérique dès notre retour à Londres. Les affaires sont celles qu’elles sont et on ne peut faire attendre indéfiniment mon père. —Donc vous avancez votre date de mariage ? Questionna Ann des plus sceptiques tournant nerveusement son pendentif sur sa poitrine. C’est pour le moins inattendu…. —Et nous viendrons vous voir sitôt cette vieille demeure de Wyncott vendue ! Renchérit Charlotte. Cette fois-ci ce fut Davenport qui se redressa, à la fois médusé plus que contrarié. « Quoi ? Vous comptez vendre ? Je pensais que vous n’e feriez rien Virgil. N’est-ce pas un peu précipité comme décision ? —Non cela ne peut tomber mieux cette propriété fera le bonheur d’un autre. Qui plus est la vie à la capitale offre de bien meilleures opportunités et c’est un fait, Wyncott sera vendu au prix du marché. » Tous accusèrent le coup; de son côté Clarence, conscient de notre tourment osa cependant me fixer de ses beaux yeux. « Et bien nous allons de surprise en surprise, déclara Ann, après les révélations de Sybil concernant leur pérégrination à l’autre bout du monde, nous apprenons avec stupeur que Wyncott va être vendu. Et bien dites-moi si l’on n’avait pu s’attendre à pareille confidence, nous serions restés à Amalfi pour nous éviter pareille émotion. —Cela suffit Ann, déclara Edward, nous nous réjouirons de tout cela le moment venu. Monsieur, j’ai

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un appel à passer, pourrais-je avoir accès à votre téléphone ? » Clarence m’étudiait encore plus maintenant que notre Edward venait de quitter la table. Il s’attendait à ce que je dise quelque chose, tout comme Ann et Jack et mon fiancé s’éclaircit la voix pour s’exprimer mais Ann le fit avant qu’il n’eut à le faire. « Nous nous réjouissons de vos dispositions futures qui sont prises avec réflexion. Seulement j’avais pensé que vous Clarence vous resteriez un an de plus à Londres. —Ann, votre soutien nous va droit au cœur, répondit Virgil pour clore la discussion. Votre réaction nous prouve que vous êtes sensible à notre aventure à tous. Mais pour l’heure j’aimerai porter un toast à Winnie et Louis qui ont trouvé la voie de la félicité et du bonheur. » Tous le levèrent pour l’imiter. « A Winnie et à Louis ! » Clarence m’avait trahi. Il ne me faisait pas confiance, il faut croire et cela me vexait. Toutes ces années passées près de lui n’avaient dont comptée s en rien. Les lèvres scellées je ne parvenais à sourire en pensant à cette amitié qu’il piétinait au nom du roidollar. Sibyl Oldham gagnait le match par KO et la main dans celle de Huxley je me sentis inutile.. De retour à Amalfi je partis m’enfermée dans ma chambre pour y pleurer à chaudes larmes. On frappa à ma porte et sans mon déshabillé de soie parme je partis ouvrir après avoir lissé mes cheveux vers mon chignon. Il pouvait s’agir de Louis à qui je n’avais rien dit depuis le début de la matinée. « Salut, je peux rentrer ? Questionna Clarence —Oui j’allais me préparer pour descendre justement. Euh….vous êtes vous bien reposé ? —Oui, on peut dire que la traversée fut des plus reposantes. Des conditions idéales pour naviguer sur le pourtour de la côte. Hardcastle est très agréable et ses amis sont également de bons auxiliaires. Est-ce que tout va bien Winnie ?

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—Oui. Je dois seulement faire une allergie à quelque chose. Mes yeux sont fortement irrités et Ann m’a remis une solution hypoallergénique pour nettoyer mes paupières. On va dire que l’Italie ne me réussit pas trop. —Vous voilà pourtant fiancée à Lord Huxley. Pourrait-il s’agir du pire pour vous ? —Vous savez que je ne suis pas matérialiste. —Cessez un peu vos jérémiades, tout le monde ici prétend ne pas l’être et pourtant tout le monde court après la même chose. Qui plus est je voulais vous remercier pour votre discrétion à Naples. Votre attitude fore le respect et je ne l’oublierais pas. —avais-je vraiment le choix ? Vous me mettez devant le fait accompli et je devrais slon vous manifester de la colère quand je suis lasse de cette destinée ? Vous semblez ne plus vouloir me faire confiance et je vous aime trop pour vous méprisez. —Winnie tout ceci n’est pas dressé contre vous. En ce moment je rencontre de graves et ennuyeux problèmes financiers. La crise américaine me laisse sur la paille et je n’ai plus un sous en poche. C’est la banqueroute etla vente de certains de mes immeubles et meubles ne permettent pas de renflouer mon compte. Il aurait été correct de vous en parler avant mais j’ai ne voulais pas vous accabler avec mes soucis financiers. —Huxley a de l’argent tout comme Virgil. Pourquoi ne pas leur demander leur soutien ? je n’arrive pas à croire que vous puissiez vous retrouver démunis alors que vous comptez tellement de pairs d’Angleterre et de membres de la Chambre des Lors dans votre entourage ! Certes vous préférer épouser la première Américaine venue pour ne rien devoir à personne mais c’est complètement stupide de votre part ! —Vous épousez bien Huxley pour les mêmes raisons. Je ne vous demande pas de me juger car contrairement à vous j’’aime la femme que je vais épouser. Sibyl n’a pas à douter de mon amour pour

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elle mais on ne peut pas en dire autant de Huxley et de l’amour présumé que vous lui vouez. —Donc, c’est là où vous voulez en venir ? Je me disais bien aussi. Vous avez pris l’annonce avec tant de désinvolture que cela ne pouvait être la seule réaction face à mon impromptue décision ! J’ignorai que cela puisse vous affecter. —Vous êtes une sœur pour moi. Ce qui m’importe est votre bonheur. —Non, à votre sœur vous n’auriez pas tu votre faillite ! Je n’ai aucune valeur à vos yeux. je ne suis personne ! —Ne soyez pas stupide ! je vous estime plus que n’importe qui et je vous connais suffisamment pour savoir que vous me survivrez. —Vous êtes terriblement vieux jeu, vous tous ! Et ne comptez pas sur moi pour venir vous voir en Amérique. J’aurais d’autres préoccupations. Maintenant laissez-moi, j’ai à faire avant le diner ! » Une fois seule je m’adossais contre la porte, la main sur le front ; une fois de plus il jouait de moi. Je voulais m’en aller, me faire toute petite afin que tous m’oublient. Le lendemain matin mes bagages furent faits et acheminés vers le train. Je laissais un mot à l’intention de Huxley et je partis.

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CHAPITRE Je fus soulagée de retrouver Londres et la demeure de ma mère. On la disait être à paris

Clarence me rejoignit dans la véranda aux allures de palais orientaux. Les jambes repliées sous mes fesses je fumais cigarettes sur cigarette. Pour tuer le temps et surtout pleurer sans que personne ne me voie. Il s’assit sur le repose-pied, sans oser me regarder. « Huxley ne compte repartir que demain soir. J’ai demandé d’être déposée à la gare en début d’aprèsmidi afin de ne gêner personne. Toutes ces transactions me collent la migraine. » Il serra mes mains dans les siennes avant de les porter à ses lèvres. Puis il enserra mon visage pour et déposer un long baiser sur mon font. « Faites ce que vous voulez, je ne vous forcerai pas à reseter un jour de plus. Virgil aura été heureux de vous revoir.et votre brève entrevue dans le salon de musique fut à la hauteur de ses espoirs. Il est mon ami, le meilleur qu’il m’est été donné d’avoir et sa requête dut des plus légitimes. Il vous considère comme sa sœur, son alter égo et à ce titre il espère votre entière collaboration dans les affaires de son défunt père. Il compte vous remettre un certain pourcentage de la vente, pour que vous puissiez aspirer à votre indépendance financière. —Je ne vous croie pas…. —Il sait que son père vous appréciez beaucoup. Vous étiez la fille qu’il n’a jamais eue. —mais cela ne serait pas judicieux de sa part. Je ne l’aime pas Clarence ! Je n’aime pas comme je vous aime et il le sait. Il serait stupide de sa part de vouloir m’enrichir quand je n’éprouve que de la répulsion pour lui ! Clarence, je ne pourrais jamais accepté ! »

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Plus tard peu avant le déjeuner, soit à quinze heures je demandais à m’entretenir avec le maitre des lieux. Il me dit enter dans son bureau alors que tous les autres échangeaient sur leurs futures acquisitions. Wallis venait de boucler mes malles et le chauffeur les chargea dans la camionnette ; sur le départ je venais de revêtir mon long manteau noir et mon bibi vert dégoté sur un marché de l’occasion et repris par mes soins. « Donc, vous nous quittez Winnie. —C’est exactement ça. Je me suis arrangée avec votre majordome afin de disposer de la voiture jusqu’à la gare la plus proche et je compte m’en aller le plus discrètement possible. Je n’avais pas l’intention de venir mais je l’ai fait pour me donner bonne conscience. Maintenant libre de tout engagement je vais rentrer et je vous souhaite une bonne continuation pour la suite. —j’espère cependant que vous fuyez pour les bonnes raisons. —je vous demande pardon ? —Vous n’aviez pas remis les pieds sur ce domaine depuis des années et tout ce que j’ai à vous offrir, c’est cette assemblée de réactionnaires aux idées arrêtées sur bien des sujets et qu’il ne faille surtout pas contredire au risque de passer pour un hérétique. J’espère seulement qu’ils ne vous aient pas effrayés. » Plaisantait-il en disant cela ? Impossible de le savoir et impossible pour moi de ne pas prendre cet air de parfaite réflexion. « Oui, enfin, il est préférable que je rentre et vous laissez à vos occupations. Mais avant de partir je tenais à éclaircir un dernier point avec vous. —Dites toujours. —Vous avez dit à une tierce personne que vous me considériez comme votre sœur et qu’à ce titre vous comptiez me remettre une somme d’argent correspondant aux ventes des biens mobiliers de votre domaine. Je préfère être franche avec vous,

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votre pitié n’est en aucune façon un faire-valoir sur l’amour que je portais à votre regretté père. —Non, en aucun cas. Je dois passer à Londres la semaine prochaine, nous pourrions nous y retrouver pour discuter de cela. —Non je crois que vous m’avez pas bien comprise. —On ne peut mieux. Bon retour, Winnie ! » Clarence me déposa à la gare. Mon départ l’affectait, depuis tout le trajet il n’avait pas pipé mot et quand le train arriva, le voile tomba. « Vous allez nous manquer Winnie. Je vendrais vous rendre visite aussi vite que je le pourrais. —avec votre charmante petite fiancée je doute que vous trouvez le temps de le faire. Si nous continuons à nous fréquenter avec une telle assiduité tout Londres me verra comme une briseuse de ménage. Encore une qualité que l’on n’hésitera pas à mettre en avant. Prenez soin de vous Clarence. » Je déposai un long baiser sur sa joue. Depuis mon compartiment je le fis sur le quai, perdu dans ses pensées. Une fois de plus je le tourmentais. Le train s’ébranla sur la voie. A aucun moment je me présentai à la fenêtre pour le saluer. Autant en finir une bonne foi pour toute avec ces simulacres d’amitié. .

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CHAPITRE 3 En me voyant rentrer plus tôt que prévu ma mère sut que quelque chose n’allait pas. Elle m’interrogea du regard en me suivant d’une pièce à une autre. « Que s’est-il passé Winnie ? Tu ne devais pas rentrer avant demain soir et te voilà déjà ! Et tu es rentrée sans Huxley ! Mais pour qui te prends-tu à la fin ? Qui t’a permis de penser que tu pouvais rentrer dans impunités et venir me narguer jusqu’à chez moi ? —Pour une fois il ne s’agit pas de toi. —Je t’interdis de me parler sur ce ton là, Winnifred ! Tu n’es qu’une dévergondée, une perfide et capricieuse femme ! Tu me répugnes ! —Oh, maman comme je vous plains, devoir composer avec une fille aussi désinvolte vous couvre d’opprobre mais si vous n’aviez pas voulu de moi il aurait fallu y songer avant ! —Tu déraisonnes ma pauvre enfant ! —Qu’attendez-vous pour me mettre à la porte, vous en serez alors soulagée ! Je suis si décevante à vos yeux, mère ! —Alors pars de chez moi, je ne te retiens pas !

Son regard fronça, un sourire apparut sur ses lèvres et ma mère poursuivit ; « Il a du te trouver séduisante mais te connaissant ma fille, tu as du te montrer sous ton meilleur jour. D’aussi loin que je me souvienne le père semblait être déçu par ce fils grassouillet, taciturne et colérique. Te souviens-tu des expressions qu’il employait à son égard ? Questionna ma mère en s’asseyant en face de moi, la cigarette à la main. Elle poursuivit sans cesser de sourire ; « Un bâté, mon fils est un âne bâté ! » Oui il a toujours été une déception pour son père, je crois même qu’il aura

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tout fait pour dissimuler ses défauts aux yeux de tous mais ce fut vain. Toutes ces nombreuses tentatives pour le rendre plus social furent un échec. Pauvre petit ! Il n’a été qu’une déception pour son père. Pas étonnant qu’il veuille renouer avec le passé. Jusqu’à maintenant Virgil a vécu une vie facile, dilapidant l’héritage de son père et passant du bon temps quand d’autres s’exécutent dans tes tâches plus ingrates. Franchement ce qui doit être fait, doit être fait ; la vente de ce domaine. Maintenant je dois te laisser, mais on se voit dans trois semaines ! » Un rapide baiser fut déposé sur mon front. Impériale est cette Lady, fille d’un illustre Seigneur de la cité, fortunée et comblée comme les élues de sa classe de privilégiés. Al la mort de mon regretté père, lady Weston trouva utile de nous envoyer à la campagne, comme il convient de le souligner, afin de parfaire mon éducation. Le grand domaine de Harrington fut dont mon parloir où je fis la connaissance de Grands Seigneurs de ce monde ; un vivier pullulant de têtes pensantes, d’aristocrates de la noblesse, ecclésiastiques et des membres reconnus du monde des Lois parmi eux les magistrats, les juges et autres. Ma mère s’appliquait à faire de moi sa digne héritière quand je n’avais de cesse d’écrire et d’être reconnue dans ce milieu. Ma mère s’accordait à penser que mon succès proviendrait de ce nom connu et porté comme un écu sur mon front large dissimulé par une vague ondoyante d’un noir corbeau. La grande désillusion toutefois car ce monde car il manquait quelque chose d’essentiel dans cette existence, cette essence trouvé uniquement dans mon rapport avec les grands bourgeois de la capitale, les « roturiers » qui composaient mon cercle d’amis intimes. Or il suffisait que je me rende quelque part pour que l’on me décrive comme : La charmante fille de Lord Mills, belle fille de l’Honorable Weston et farouche plante de Bloomsbury, pour que je me sente diminuée dans mon rôle et mes attributions.

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Avant de partir ma mère prit soin de me laisser une enveloppe pleine d’argent avec un mot à mon intention : Pour la plus éclairée des auteures de ce temps, puisses-tu trouver de l’inspiration dans ce maigre pécule en en ajoutant un peu de foi, sois aimable de le dépenser au Club très privé de Leicester Square ! Ta dévouée mère. Lady Weston. Il s’y trouvait assez d’argent pour armer un navire vers les Amériques pour y faire commerce dans le café et perdue dans mes pensées, Edmond vint me dire que Clarence se trouvait être en bas. « Comment va la plus belles de mes conquêtes ? Milady partit te voilà être à la tête de son Empire ! Partout à Londres on commente son départ. Lady Weston vient de quitter son domicile de bonne heure ce matin à bord de sa luxueuse Packard à l’arrière de laquelle se tenait Lord Edward G.H Et quelle destination ont-il choisi selon vous ? Lança Térence en prenant place dans un fauteuil à oreilles. Paris, ou plutôt Venise en passant par la Cité-Lumière ! Nous en saurons plus prochainement. Fait rapporté par l’Esquire Cecil More. Vous voyez, je suis à moi seul un vrai journal ambulant, spécialiste des chroniques mondaines ! —Rien n’échappe à ton observation. Et quelles autres nouvelles m’apportes-tu ? Et comment se porte ta belle promise ? » Depuis peu il sortait avec la fille d’un baronnet, Sybill Osborne, brillante et gracieuse à souhait. Avant même que ces deux là s’avouent mutuellement leur flamme, la belle Osborne sortait partout où Clarence passait, fréquentait les mêmes lieux mondains afin de se donner toutes les chances d’être vue ou aperçue en compagnie de ce galant homme, en quelques mots un dandy toujours tiré à quatre épingles, mystique et emprunt d’une grande douceur. Et Osborne mieux que quiconque savait user de mille artifices pour attirer les regards vers elle. Il fallait la voir se pavaner au bras de ses amis parmi les membres de l’Académie militaire et de quelques jeunes députés aux idées teintées de nationalisme. Ces

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représentants de la gentry rarement furent passés sous silence. Il était tout à fait bien vu de les citer au cours d’une conversation auprès de tel ou tel autre aristocrate de St James, de Regent’s Park ou d’ailleurs. Ce couple incertain venait de prendre vie sous mon œil complaisant et encourageant. « Viendras-tu ce samedi aux courses ? » Questionna Clarence perdu dans ses pensées. Il connaissait pourtant ma réponse : les courses ne me passionnaient guère ; les chevaux aussi imprévisibles et capricieux m’avaient fait perdre de l’argent et puis l’idée d’être ainsi mêlée à tout ce parterre d’aristocrates me rendait à coup sûr neurasthénique. « Je tiens là toute la liste des expositions à venir pour la première quinzaine et peut-être irais-je à la Victoria et Albert mémorial pour commencer ! Il s’y tient une exposition sur l’Inde que je tiens à honorer. Et puis j’ai assez à faire pour préparer mon départ pour l’Amérique. —Alors nous ne vous verrons pas de toute la saison. Que cela est regrettable Winnie, je comptais sur toi pour me sortir da l’ennui dans lequel je me trouve être quand tu n’es pas avec moi. Je vois à ton sourire désabusé que tu vas me traiter de vieux flagorneur mais c’est pourtant la triste vérité car il m’arrive de vouloir partir de telle assemblée ou telle autre, en courant et crier à qui veut l’entendre que ces gens sont étroits d’esprit et rébarbatifs. Avec toi le divertissement est garanti. Ton absence va finir par se faire remarquer. —Auprès de qui ? Clay, tu sais bien que je suis prostrée à l’idée de me retrouver au milieu de tes pairs quels qu’ils soient et sache que ma conversation n’intéresse personne. Ma compagnie est à en juger ma mère : inutile et dangereuse pour qui a des idées conservatrices. Soit à peu près tout le monde dans ce pays, alors tu vois, tu ne pourras me convaincre de rester !

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—Mais tu te rends à la vente du domaine de Virgil ? » Le samedi soir suivant Clarence me conduisit chez l’un de ses relations, propriétaire d’une galerie d’art et la flûte de champagne à la main je déambulais entre les colonnes de portraits d’hommes et de femmes, grands anonymes ou pas ; au son d’un piano à queue je trouvais à m’occuper l’esprit avec ces toiles peintes à l’huile, de vulgaires croutes comme dirait ma mère et dont les prix indiquées sous le cadre frisait l’indécence. « Ce tableau semble vous fasciner. » Et tournant lentement la tête mon regard vint à croiser celui de Virgil, radieux et si majestueux dans son costume trois-pièces arborant un visage contemplatif à la toile. Il se pencha à mon oreille. « Il s’intitule La belle Artémis sous les Pléiades . L’auteur y a mis toute sa palette de couleurs en passant par le clair-obscur ici et usant là de ce camaïeu de bleu-vert. N’est-ce pas remarquable ? » Que faisait-il encore à Londres ? Nerveuse je cherchais Clarence des yeux ; ce dernier en grande conversation avec deux de ses amis ne prêtait nulle attention au couple formé par Virgil et moi. Or de tous les amis de Clarence, il était le dernier que j’eusse souhaité voir. Sa présence me rendait mal à l’aise ; peut-être parce qu’il captait la lumière pour mieux la diffuser autour de lui. Il y avait une telle aura qui irradiait l’assemblée. «L’artiste d’après ce que je lis est une femme. Raquel L. George et Mr Fry aide à exposer des artistes-peintres féminines. Alors si vous peignez vous aurez peut-être une chance de figurer entre ces colonnes. Vous peignez ? —Oui mais très peu. Sir Clarence peint lui. Et il se débrouille plutôt bien. Tout le monde cherche à l’approcher. Comment trouvez-vous cette toile ? Le précédent avait l’air sorti droit d’un cauchemar mais celle-ci surpasse celle de Mrs George. —Quel souvenir garderez-vous de Londres et de ses artistes ? Vous comptez nous quitter n’est-ce pas ?

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Vous vous plairez en Amérique, croyez-moi. Cette métropole offre tant. Clarence a du te dire que j’ai failli rester m’y installer. —C’est…incroyable ça. Finalement vous vous êtes résigné à rentrer. Pour l’heure mon départ n’est pas officiel, ma mère refuse de me voir partir. Elle pense que tout cela ne serait pas convenable, ajourai-je en passant entre les colonnes suivie par Virgil. Vous la connaissez n’est-ce pas et vous savez combien elle peut se montrer acharnée ! Elle refuse de m’aider alors j’ai trouvé cet emploi dans cette édition pour me sortir de cette existence si….contraignante. Vous pensez que je parle comme une enfant gâtée et vous auriez tout à fait raison de le penser. —Non, je n’oserai pas, murmura-t-il en me rejoignant à une niche où se tenait exposé une croute des plus affreuses. J’admire les femmes qui prennent leur destin en main. Si vous venez au domaine, vous en croiserez de tout genre : les littéraires, les peintres, les scientifiques. —Alors je ne serais pas dépaysée et en pleine compétition avec ces dames. Des Françaises ? Je ne sais pourquoi, mais je les imagine Françaises ou bien peut-être Allemandes. C’est devenu tellement chic de se distinguer outre-manche. Ces tableaux sont tout à fait morbides. Je ne comprends pas que Clay ait insisté pour que je m’y rende. Il n’est même plus ici. C’est bien lui ça. —Vous êtes très en beauté ce soir, s’hasarda-t-il en affichant un timide sourire sur son visage. —Merci, mais vous non plus vous n’êtes pas…. Enfin, vous êtes plutôt bel homme. C’est amusant comme on peut avoir tout un tas d’à-priori sur les gens avant de s’apercevoir qu’ils sont humains comme vous et moi. J’ai l’entends penser que vous étiez un monstre Virgil. —Et qu’est-ce qui a bien pu vous faire changer d’avis ? L’on ne s’est revu que deux fois depuis ces dix dernières années et je ne voudrais pas vous décevoir par une image erronée.

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—Clarence vous estime et je me suis toujours fié à son jugement. Cela vous suffit-il ? Est-ce vrai que vous vous mariez ? —Oui et ma belle-famille insiste pour que mon domaine soit vendu avant da date de notre mariage. Ils craignent que ce domaine en question soit une charge supplémentaire pour leur fille. Vivre dans un château est un luxe que je ne puis me permettre maintenant que je vais fonder un foyer. Charlotte n’a jamais aimé cet endroit jugé trop poussiéreux à son goût et difficile à chauffer. J’avoue qu’à l’idée de m’en séparer je… cette vente est cependant nécessaire. —Si vous le dites. Ma mère ne s’est jamais embarrassée avec les domaines de ses ex-maris. Trop couteux et surtout très éloignés de ses soirées où elle tient à être très proche de ses invités pour le cas où elle aurait à leur rendre la pareille. Ma mère a toujours fait ce qu’il lui plait dont gérer sa fortune. » Virgil se perdit dans ses pensées et le sourire s’effaça de ses lèvres. « Je compte demander à Clay d’être mon témoin. —Et il acceptera ! C’est si généreux de votre part ! Vous ne pourriez pas faire autrement pour le flatter. » Il allait se marier. L’entendre de la bouche de ma mère ne me fit pas aussi mal que de la sienne. Je ne devais plus jamais penser à cela et taire tous mes sentiments à son égard pour ne pas perdre la face. Ma mère parlait toujours de dignité et je ne pouvais la décevoir sur un sujet aussi futile que l’amour. « J’ignore où est Clay mais je ne vais pas tarder à rentrer. Toutes ces toiles me collent la migraine, c’est atroce ! La prochaine fois j’y réfléchirais à deux fois avant d’accepter tout déplacement inopportun ? —Je pars demain. Il y aura une vente aux enchères dans deux jours pour les objets ayant le plus de valeur et le reste sera proposé à mes relations. Si vous ne voulez pas manquer la dite-vente ma cousine Vera partira demain soir et dispose de places dans sa voiture. Si vous êtes intéressée je pourrais lui en toucher deux mots. »

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Vera Wuelling demeurait une bonne amie. La revoir pour moi fut exaltant car piquante et n’ayant jamais eu la langue dans sa poche. Au dernier moment Clay accepta de partir plus tôt et par conséquent de faire la route en ma compagnie. On arriva tous deux à dix heures du soir et une marée humaine nous envahit. La véritable vedette fut Clarence Hamilton ; il connaissait un bon nombre des invités de Virgil pour ne pas dire toute cette assemblée. Vera se déplaça dans ma direction pour me tendre une autre flûte de champagne. « Tu es resplendissante ce soir Winnie ! On pourrait penser que ton projet sur New York en est la cause. Et quand je pense que tu t’en vas. N’as-tu pas honte ? Il n’y a rien pour toi là-bas et puis tu vas manquer à ton Clay. Il est véritablement malheureux sans toi et ce départ le rend si maussade. Clarence ne comprenait pas mon acharnement à tenir Virgil à distance. Lui vivait à quelques pas de nous autres, si près qu’il pouvait nous apercevoir du tôt de sa demeure palladienne. Peut-être lui suffisait-il d’ouvrir la fenêtre du premier étage pour apercevoir la luxueuse voiture de ma mère sortir par la cour intérieure pour se rendre du côté de Westminster Abbey ? Et puis nous avons eu une longue discussion Clarence et moi à son sujet. Lui me parlait de pardon, de rédemption et de sacrifice sur l’autel de la morale ; cette sacro-sainte morale dressée comme un étendard aux vertueuses femmes de ce pays. Cela me rendait folle de rage qu’il puisse intervenir au nom de cet ami, aussi faussement convaincu d’être son unique confident quand Clarence n’en manquait pas. Pour ma part il ne s’agissait que de trahison la plus formelle et bien qu’ils eurent à fréquenter les mêmes bancs universitaires, les mêmes études et mêmes cercles d’amis, Clarence à mes yeux déployait trop de zèle à se faire aimer d’un homme aussi fourbe que ce Virgil.

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Clarence me trainait d’un bout à l’autre de Londres avec à sa bouche que ce mot : pardon. Mais de quoi au juste parlait-il ? Ma vie je l’appréciais comme elle l’était : le travail, mes repas dans la salle à manger en compagnie de ma père quand elle n’était pas à l’extérieur, ses colliers de perle brillant à son cou comme autant de succès garantis par de beaux mariages ; le soir, je feuilletais les journaux, les gazettes, me plongeais dans un bon livre et écrivait jusqu’à plus pouvoir des essais, des pamphlets et quelques courts romans. Comment pouvait-on me convaincre de changer pour quelque chose de moins spirituel ? Cet état d’esprit me dérangeait comme d’avoir à saluer tous les gentlemen croisés ici et là entre Piccadilly Circus et Hampstead. Tant de courbettes, de flagorneries pour ne pas finir délaissé par la majorité et Clarence de me prendre le bras, laissant apparaitre un cordial sourire s’illuminant quand mes lèvres enfin murmuraient quelques basses déclarations sur l’activité de l’un ou de l’autre de ces messieurs : « J’admire votre travail à la chambre des Lords…. » Et plus loin, « J’envie votre pragmatisme face à l’ignorance populaire… » Et Clarence comme toujours briquait le pont tel un matelot sur l’un des vaisseaux-amiral au service du Roi, il briquait le pont tel un forcené pour prouver au monde entier ou peut-être à lui-même que moi, Lady Mills-Weston pouvait être chose que cette petite intrigante et difficile intellectuelle de Bloomsbury. Il continuait de me voir comme un atout précieux à son ascension sociale, jamais il ne se plaignait d’avoir à son bras une jolie dame à qui présenter à un tiers quand certains soirs il manquait de panache. « Juste pour moi Winnie, c’est un week-end un peu particulier et vous n’aurez à le supporter que deux jours. Que deux jours à m’offrir ! Ensuite je vous ramènerais à Londres sans que cela affecte votre travail à la maison d’édition. S’il vous plait, Winnie faisle pour moi, pour l’amitié que je vous voue ! S’il vous plait Winnie ! »

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Il en était venu à me supplier. Cette situation frisait le ridicule. Je me dis qu’on avait touché le fond et de le voir, là à genoux devant moi je vins à craquer comme ma mère devant une parure en émeraude. Je prendrais celle-ci ou non, plutôt cette rivière ! Ainsi la mode passée, je la remettrais à ma fille ! Et voyant combien mon amour pour Clarence n’avait pas de limite, je lui répondis par un sourire sachant que très vite je viendrais à le regretter. On ne m’achetait pas si facilement mais force de constater que Clarence sur ce jeu-là sut se faire entendre. Il me fallut alors choisir mes robes avec soin, renvoyer mon costume d’équitation chez le tailleur et remettre mes bijoux à Wallis ma femme de chambre. Pour mon séjour à la compagne, pas moins de deux malles furent chargées dans la voiture de Clarence qui me baisa la main en bas de l’escalier. « Ce n’est qu’un court séjour à la campagne, n’estce pas ? Il me faudra être rentrée pour lundi et j’insiste pour t’avoir à mes côtés quelque soient les événements que nous traverserons ! »

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CHAPITRE 2 Je me présentais au salon pour m’apercevoir que tout ce beau monde se trouvait être à l’extérieur autour d’un bassin au milieu de laquelle trônait une statue grecque. Aucun ne sembla me remarquer, tous préoccupés à lécher leur sorbet, à siroter leur citronnade et se lancer dans des débats sans fin. Wallis insista pour nouer mes cheveux sur mon cou sous prétexte que cela se faisait à Londres et que la Comtesse X l’avait mise au gout du jour. Tout ce que je voulais, c’était rester discrète mais ce fut sans compter sur l’œil critique des coquettes lorgnant froidement dans ma direction. Les oiseaux gazouillaient et les chiens jappaient excités par l’un des convives, ami de ces derniers. Aucun des invités ne s’enquit de ma santé et dans mon coin , assise sur le rebord de ma chaise longue je fixais les graviers à mes pieds. « Veuillez m’excuser, Milady ! Mon nom est Richard Goode et je me posais la question de savoir si vous alliez mieux. Je vous ai aperçu dans le parc ce matin et j’en es déduit que vous alliez mieux mais maintenant à vous voir là, j’émets quelques réserves ; —Non je vais bien. Seulement je ne veux pas m’imposer, ou m’immiscer dans vos conversations ; Vous pourriez mal le prendre. —Vraiment et qu’est-ce qui vous fait penser cela ? Pensez-vous qu’on puisse montrer des dents si vous approchez trop près ? Nous saurons nous tenir quoique vous puissiez en dire. Vous êtes venue avec Sir Clarence n’est –ce pa ? J’ai eu l’occasion de le connaître lors d’un séjour en montagnes, on peut dire qu’il m’a fait très bonne impression. » Où qu’il se rendre Clarence laissait cette impression-là, il avait cette capacité à séduire sans jamais forcer le trait. On le suivait, on l’écoutait et on l’appréciait sans se poser la moindre question, pas étonnant qu’on l’invite si souvent et qu’on en fasse son

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éloge. Goode ramena une chaise de fer forcé près de moi. Il avait ce je ne sais quoi de très sérieux, derrière sa carapace il serait difficile de le cerner. « Et d’où connaissez-vous Sir Virgil ? Est-ce l’un de vos amis de Londres ? L’un de ceux que vous n’êtes pas susceptibles de déranger ? —Exactement ! Nous avons grandi ensemble. Nos parents s’appréciaient, suffisamment pour nous encourager à partager les mêmes loisirs. —Alors vous êtes la Winnie ! La fameuse Winnie ? » Dis sur ce ton-là, je ne sus que répondre. Il me semblait que tous ici partageaient le même secret, cela me mettait mal à l’aise. On m’évitait parce que j’avais été l’odieuse petite Winnie. Sans plus attendre, je me levais pour disparaitre au plus vite et ne pas laisser les autres médire sur mon cas. A grandes enjambées je traversais le salon d’été aux portes fenêtres ouvertes sur le parc ; les voilages gonflés par le vent chaud s’engouffraient à travers la salle aux charmes baroques et je passais par le grand couloir et sa série de tableaux et grand escaler pour aller me réfugier dans la salle de musique et assise devant le piano à queue, là où j’étais certaine que personne ne m’y trouverait. C’est là pourtant que Clarence me rejoignit et fit glisser ses doigts sur les touches tous près des miens. Plus jeunes nous jouions à quatre mains sur ce même piano. On improvisait des airs pendant des heures jusqu’à ce que Virgil ne vienne nous interrompre. Le contact de sa peau contre la mienne me réconforta. Il s’assit tout contre moi et mon regard plongea dans le sien. «On ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir essayé mais il y a une sorte de mauvais œil au-dessus de moi qui me fasse douter de toi et je suis mieux ici, derrière ce clavier. Au moins je n’y risque pas de causer du tort à quiconque. Qu’est-ce qui se raconte dehors ? Et qui est ce Richard Goode ? —Un bon ami. Pourquoi cette question, vous’aurait-il tapé dans l’œil ?

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—Non, je me disais seulement qu’il était étrange. Ne l’est-il pas ? —Je crois surtout qu’il ne vous est pas indifférent. Vous aimeriez probablement qu’il immortalise ton visage à travers son objectif. Il se passionne pour la photo et produit de superbes clichées qui lui ont valu les critiques les plus enthousiastes de la presse. Vous ignorez donc qui est ce Goode ? Alors vous ne sortez pas assez dans ce monde. Je vous suggère de fréquenter ces gens-là avec assiduité. Pourquoi ne pas commencer dès à présent ? Vous avez tout ici pour flatter votre égo et atteindre des sommets. —C’est marrant. Vous autres males pensaient tous avoir les clefs du succès. Vous me faites penser à un fanfaron, répliquai-je la main dans la sienne, un fanfaron comme on n’en fait plus ! Vous souvenez-vous du vieux chêne dans lequel nous grimpions enfants ? Il est toujours debout et ses branches montent jusqu’au ciel. Nos initiales sont toujours gravées dans son écorce et en passant devant ce matin, j’ai ressenti une immense plénitude. Pourquoi ne pourrions-nous pas redevenir les enfants que nous étions par le passé ? —Vous êtes nostalgique ? » Ses doigts passèrent lentement sur les touches. Cet air je le connaissais. Alors je passai les bras autour de sa taille et les yeux fermés je me laissais partir. Comme j’aimais l’entendre jouer ! La pluie s’abattit sur la campagne obligeant les invités de notre hôte à regagner le salon. Assise dans mon fauteuil, je fus rejointe par Harrington. « Je suis heureux de vous savoir rétablie. Ne manquez-vous de rien ? —Je m’ennuie affreusement ici mais vous n’y êtes pour rien. Sir Clarence et moi allons sortir en ville et par conséquent n’ajoutez pas mon couvert, je pense rester diner là-bas. J’en suis même certaine. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser ! » Clarence fut fou, comme possédé par une force démoniaque ; il me traita d’enfant gâté, d’écervelée et d’insupportable capricieuse ! Les larmes me

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montèrent aux yeux et alors que je me défendais d’être une peste, il n’entretint pas la discussion. « Je ne veux pas me fâcher contre vous… —Mais c’est pourtant ce que vous êtes entrain de faire ! Clarence, écoutez au moins ce que j’ai à vous dire avant de partir et me laisser planter ici ! j’ai conscience de dépasser les bornes mais je ne peux pas faire autrement, crois-moi. Vous me connaissez, Clay, vous savez que jamais je ne chercherais à trahir mes positions ! Il me tarde de rentrer afin que nous n’ayons plus ce genre de conversation. La blonde aux grands yeux de chat resta près de moi à converser sur la littérature ; Clarence leur avait parlé de ma passion pour la littérature et Eugenia, puisque c’était là son prénom, parvint à calmer le feu naissant dans ma poitrine. Bien que tous ces visages inconnus me scrutent je restais impassible, confortablement calée dans mon fauteuil. Les sujets défilèrent et de fil en aiguille, on vint à parler de l’amour. Le jeune August parla en ces termes : « C’est merveilleux de voir comment l’amour transforme l’esprit ! Les hommes les plus incorruptibles finissent par sombrer dans les méandres de la passion. On pourrait chercher le grand amour tout notre vie, en faire une quête mais quand enfin il surgit, sommes-nous prêt à envisager qu’on s’y perde ? Cet amour en vaut-il le coup ? » Mon regard glissa vers Clarence. Lui avait trouvé l’amour avec Osborne ; il devait trouver cela grisant d’être prêt d’elle, à lui donner le bras pour mieux la guider à travers les écueils de cette existence. Cette pensée me fit frémir. Mon regard croisa celui de Virgil qui aussitôt baisa la tête, affichant un timide sourire. « Oui, je reste persuadé que l’amour trouve tout son sens quand il est partagé, selon quoi le mariage resterait un commerce où seul triompherait les

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accords légaux passés entre les deux parties. Ah, ah ! Quel héritage donnerons-nous à nos enfants ? —Est-ce la question que tu te poses Virgil quand tu es dans les bras de Lady bereford ? Lança william en posant sa main sur son épaule. Cette Louise Bereford est issue de la vieille aristocratie datant de Guillaume le Conquérant et toi, si tu vois le mariage comme un accord de bons sens, du coté de ta promise, sa famille continue, elle, de le voir comme un fructueux commerce. » De savoir Virgil en couple me soulagea mais quelque par au fond de mon âme, la dernière porte que je tenais ouverte vint de se claquer dans un effroyable courant d’air. Virgil se leva pour aller prendre son étui à cigarette posé non loin de moi et mon désir de le serrer dans les bras me submergea. Ecoutes Virgil, je ne t’en veux pas pour toutes ces années ! Après tout nous n’étions que des gosses. Je suis tellement heureux que tu puisses à ton tour connaitre l’amour ! Et la gorge nouée, je restais comme pétrifiée à fixer mes genoux. « Will, si Louise t’entendait elle s’offenserait pour tes propos. Les jeunes femmes d’aujourd’hui sont libres d’épouser qui elles le souhaitent avec ou sans l’accord de leur parent ! » Cela me ramena à ma propre existence et assise au milieu de ces gentlemen l’amertume se fit ressentir. Aussi loin que cela remonte aucun homme ne m’avait exprimé ses sentiments. Aucune déclaration, aucune sérénade et aucune lettre enflammée. Pourquoi ? Probablement parce qu’on continuait à me trouver étrange et Virgil plus tôt m’avait ouvert les yeux sur ma propre incapacité à plaire à quiconque. Qui aurait envie d’être mon ami, à part Clarence ? Personne. Ma gorge se noua car une fois que Clarence sera marié il me faudra me faire violence pour trouver un compagnon de route valable et accessible. « Est-ce que ça va Winnie ? On va déjeuner et comme je te vois prendre la direction de l’escalier je voulais savoir si tout allait bien pour toi ! »

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Revenant sur mes pas, je tentais de prendre un air réjoui. « Tu es….tu es très bien avec nous. Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça. Les amis de Virgil t’apprécient et nous sortirons après ce repas, comme promis. Tu t’en souviens n’est-ce pas ? » On me plaça entre William et Scott. Comment ne pas me sentir au plus mal près de ce grand bavard et ce garçon un peu gauche qui soupirait plus qu’il ne parlait ? Et le repas traina en longueur et quand William me demanda quel genre de petit garçon avait été Virgil, alors il me sembla qu’on cherchait à me mettre mal à l’aise. « ne l’embarrasse pas avec tes questions Will j’étais différent de maintenant mais c’est de l’histoire ancienne et je doute fort que Winnie veuille en parler aujourd’hui ! » Son sourire m’agaçait. Il était là à se servir dans le plat du serveur en livrée et l’envie de lui jeter de la sauce en plein visage me demandait. Oh, non William ! Virgil a raison, il n’y a rien à dire sur ce sujet. Poursuivons notre repas le plus gentiment possible, s’il est permis de déjeuner en silence ! « Il était tyrannique si j’ose dire…. » Tous les regards convergèrent dans ma direction et William des plus curieux m’interrogea du regard. « Il était détestable à souhait. Certainement pas le genre de môme que l’on aime recevoir chez soi. Tyrannique et très étroit d’esprit ; Clarence ici présent ne me contredira pas. (Ce dernier fronça les sourcils et comme Virgil fixait son assiette toujours en souriant, je lançais la dernière salve d’artillerie) Très complaisant et vraiment très borné. Une vraie tête-àclaque. De son vivant son père n’a eu de cesse de vouloir le remettre sur le droit chemin mais….lord Harrington n’a pu avoir eu la satisfaction de voir son fils triompher du mal pour enfin agir comme un homme. —Winnie a toujours eu la formule adéquate pour complimenter ses pairs, n’est-ce pas ? Psalmodia Clarence cherchant à détourner l’attention de la

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tablée sur ce soi-disant compliment qui comme mes lecteurs le savent, n’en est pas un. La fin du repas proclamé les femmes quittèrent les hommes pour aller discuter au salon et s’adonner àce qu’il y a de plus ennuyant après de telles assemblées : l’oisiveté. Elles fumaient autant que les hommes et toutes ces pintades se vantaient à qui mieux-mieux d’être actives socialement, d’appartenir à tel ou tel autre groupuscule religieux ou mondain. Quelque part elles me rappelaient ma mère si impeccable dans son rôle de découvreuse de nouveaux talents. A bien les étudier, ces pintades richement vêtues et parées pour cette occasion se ressemblaient toutes sur le plan physique comme sur le plan moral. Comment parvenir à les distinguer les unes des autres ? Il me tardait de rentrer à la maison et profitant de l’excitation précédent le temps de récréation, à savoir la sieste pour ces dames, il me fallut quelques minutes pour retrouver Clarence coincé entre ses nouveaux amis. Sérieux il l’était et fort incommodé par ma présence en ces lieux et la main crispée à mon bras, il me conduisit à l’extérieur de ce cercle et sans me ménager déclara in-petto ne pas pouvoir sortir en ma compagnie. La déception fut grande ayant tant à espérer de ce bol d’air et de notre intimité quand ici, elle manquait cruellement. Est-ce que cela en valait la chandelle ? « Mais ce n’est que partie remise, Winnie. Nous pourrons nous y rendre demain avant notre départ. Après tout le village est sur notre route ! Tu as fait très bonne impression toute à l’heure et ces gentlemen ont su apprécier ta sagacité, bien que ton empressement à nuire à Virgil demeure fondée. Si tu veux un conseil de ma part, tu devrais gagner en modération et accepter la sympathie toute récente de Virgil à ton égard. Il fait montre de discernement et jamais n’a eu une pensée malveillante. Et puis tu es raisonnable et non l’une de ses ingénues forcées de séduire plus fortunés pour espérer un bon mariage. » Cela me froissa qu’il puisse penser que ma présence chez Lord Harrington passait pour un calcul

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sentimental. Cette pensée finalement me fit sourire. La main de Clarence se posa sur mon épaule. Une chance pour moi que le compter comme ami, ainsi certaines langues se tairaient sachant que je n’attendais rien d’un homme en particulier si ce n’est qu’une franche camaraderie et une grande sincérité presque fraternelle. Oui contrairement à Lady Weston, ma mère, on ne me verrait pas comme une croqueuse de diamants. En passant devant le salon les brides d’une conversation atteignirent mes oreilles. « …un visage divin. Crois-tu qu’elle accepterait de poser dans mon atelier ? » Un rire se fit entendre. « Non, pas elle se passionne pour les Arts, répondit Virgil, mais sa réponse n’est pas difficile à deviner…. » Ces hommes se disputaient la compagnie des femmes et il était évident qu’une d’elles avaient su attiser leur curiosité. Le calme revenu dans cette bâtisse j’ouvris la porte de la bibliothèque, impatiente de me plonger dans des livres et bien vite une pile de livres fut érigé sur la table, de vieux ouvrages à édition limitée, certains avec des illustrations et d’autres avec de somptueuses enluminures et calée dans ce confortable fauteuil, le temps me parut être plus supportable. Plong2e dans cette lecture des plus divines je n’entendis pas la porte s’ouvrir et quand Virgil se trouva être près de moi, mon cœur s’emballa. « Comment te portes-tu ? Questionna-t-il la main sur e dossier du fauteuil. Clarence me dit que tu comptes te rendre au village alors je mets ma voiture à ta disposition. Maintenant tu es libre de vaquer ou bon te semble. Je ne voudrais pas que tu te sentes prisonnière en ces murs. D’ailleurs je vois que tu as retrouvé le chemin de ton asile. Petite déjà tu aimais t’y réfugier. Et afin que je ne te trouve pas tu te cachais sous cette table. —C’est possible. Je ne me souviens pas de tout, répondis-je sans lever le nez de ma page. —Par ailleurs je tenais à te remercier pour ta discrétion au sujet de mon passé. J’ai craint que tu te mettes à parler de mes larcins au village, des animaux

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que je maltraitais et des femmes de chambre que je finissais par faire pleurer. Ce n’est pas évident pour toi, tu dois te faire violence pour ne pas jeter la vaisselle à travers la pièce et de m’insulter de tous les noms. Ah, ah ! Tu aimes toujours les pates de fruits ? » Il revint bien vite avec une boite remplie de ces délicieuses friandises de celles vendues au village. Comment ne pas fondre devant ces petits délices ? ce petit carré de sucre fondait dans la bouche et laissait un merveilleux parfum. Après avoir dégustée la première, ma main partit au-dessus de la boite pour en sélectionner un autre. « Tu sais comment m’amadouer Virgil. Un peu de sucrerie sous la forme de ces délicieuses petites douceurs et le tour est joué ! —Et pourtant je t’aurais imaginée plus difficile à convaincre, répondit ce dernier en avançant un fauteuil devant moi. Ton comportement laisse penser que tu es indifférente à tout cela, soit ce débordement d’artifice et s’il est vrai que je n’ai malheureusement peu de temps à te consacrer, sache que je suis flatté que tu te trouves être ici. —La vérité est que Clarence a lourdement insisté pour que je sois de la partie. Cela ne me réjouissait guère mais comme il s’agit d’un court séjour alors je prends mon mal en patience. Crois-tu vraiment que je trouve à m’épanouir dans cet endroit chargé de douloureux souvenirs ? Murmurai-je en choisissant avec soin une nouvelle pate de fruit. Tu sais Virgil, je pars du principe que rien en ce monde n’est figé dans le marbre mais il est normal pour moi de me poser certaines questions te concernant. Clarence fait la promotion de ta nouvelle personnalité. —Et jusqu’à maintenant il y a-t-il un détail de ma personnalité qui te contrarie ? » Non, au contraire. Au fur et à mesure des observations, mon esprit s’embrassait ; une sorte d’excitation prenait le dessus dur la raison et en dépit de toute contrariété à son égard, la curiosité et l’attrait prenaient le pas. Un regard échangé ou un sourire et mon cœur se mettait à battre.

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« A voir ton sourire me voilà rassuré Winnie. Tu es ici chez toi et même si cet endroit vieux de quatre cent ans est différent de ton hôtel de Bloomsbury, tu trouveras ici l’inspiration qu’il te faille pour écrire. Tu aurais pour toi, les dépendances de l’aile droite et l’accès aux autres parties de ce logis, toute à ta convenance. —Ah, ah ! Vraiment ? Tu dois pourtant savoir que toute ma vie, se déroule à Londres et si ce sourire sur mon visage te fait penser à un éventuel succès de ta part, il n’en est rien. Avouons que je prends plaisir à torturer les têtes pensantes de ce pays. Ah, ah ! Je ne voudrais pas qu’on pense que je suis hautaine quand mon intérêt se situe dans les pages de ces vieux bouquins et maintenant que ton instruction est faite je m’en fais à mes réflexions dans un endroit jugé plus intime où aucun ne saurait me trouver. » Avec discrétion, à savoir sur la pointe des pieds et tout à fait consciente de ce qu’il se faisait ou non dans la haute société pour une femme célibataire, je partis rejoindre Clarence dans sa chambre et fort surpris de me trouver là, il se hâta de me faire rentrer après s’être assuré que personne n’aurait pu me voir entrer. « Mais qu’est-ce que tu fais là ? » Murmura ce dernier partagé entre l’envie de me houspiller et celle de me ficher bien vite à la porte. Damnée société ! Nous n’étions plus en ces temps anciens où les damoiselles accompagnées de leur chaperon ne pouvaient passer près d’un gentleman sans que souffle un vent de scandale quand cette dernière se prêtait à une attention particulière pour cet adorateur ! Il m’apparaissait en chaussettes et gilet ouvert sur sa chemise de soie. Oui pourquoi se formaliser de la sorte quand tous ici savaient que Clarence et moi étions comme frère et sœur ? Parfois Clarence m’en faisait voir de toutes les couleurs et on s’amusait ensuite de nos réciproques effusions de voix et inspirés comme nous étions, il était difficile à quiconque de savoir si nous plaisantions ou non. A présent qu’il avait une fiancée, il semblait plus mesuré et plus raisonnable dans ses rapports à ma personne.

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Mon arrière-train rebondit « A sur le lit aux draps défaits sur lequel trainaient quelques feuilles, probablement du travail emmené ici pour le cas où il trouverait à s’ennuyer de ces charmants gens. Il resta planté là près de sa garderobe et ajustait ses vêtements pour ne pas paraitre négligé. Or il savait qu’en ma présence il pouvait aussi bien ne porter sur soi qu’un modeste tricot de corps quand je n’attendais pas à tat d’excès vestimentaire de sa part. Il passa un foulard vert autour de son cou et enfila ses souliers de cuir italien quand en tailleur sur son lit je me mettais à parler de Virgil et de ses sournoises manières. Il ne m’écoutait que d’une oreille comme agacé par mes sempiternels commentaires concernant notre hôte. « Il est préférable qu’on rentre plus tôt. Disons que j’ai des affaires de dernière minute à régler dans la capitale et de plus Virgil a émis le souhait de ne pas nous retenir plus longtemps. Ton petit numéro à table était magistral je dois dire mais je connais Virgil est comme tous les hommes de notre condition il reste susceptible. Tu prends cela avec tant de légèreté comme si les efforts de cet homme pout t’être agréable te passait au-dessus de leur tête. —Oui, je voulais justement t’en parler. Je ne désire plus jamais le revoir. J’ai fait ce que tu m’as demandé de faire t je n’y ai pris aucun plaisir et maintenant que mon imposture est manifeste je veux retourner dans ma maison et y trouver les personnes que j’aime et qui m’aime sans conditions. Je refuse de me quereller avec toi au sujet d’une tierce personne qui plus est, égoïste, suffisant et manipulateur comme ce Virgil alors je veux que cela cesse ! » Et ma mère revint de Paris la tête pleine de grisants souvenirs et sur ses lèvres l’amour, encore l’amour, toujours l’amour ; celui de son bel Edward plus romantique que jamais. Sir Edward se plaisait à vouloir m’éduquer en matière politique et que de longues discussions eussions-nous à ce sujet ! « Votre fille est délicieuse et je me m’étonne qu’elle n’ait trouvé chaussure à son pied ! N’est-elle pas

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fortunée, belle à damnée et douée pour l’introspection ! Conviez-la moi milady et je ferai de votre fille la huitième merveille de ce monde. —Croyez-vous vraiment qu’un week-end suffise ? objecta ma mère les jambes repliées sous ses fesses, la cigarette se consumant lentement à l’extrémité de son objet de prédilection : le porte-cigarette. Ignorezvous mon cher Edward que cette charmante MillsWeston a rejeté les avances d’un certain Lord Harrington pour lui préférer la compagnie de vieux bouquins ! Il se dit partout jusqu’à cette vieille comtesse douairière lady Campford que ma fille est bien trop fière pour être vue en compagnie d’illustres personnalités de ce monde. Alors elle serait bien malheureuse de vous fréquenter, vous qui usez de tant d’empressement à vouloir faire d’elle votre huitième merveille ! » Edward n’osa rien ajouter suite au pompeux discours moralisateur de Madame ma mère. Avant de revenir à Bloomsbury, ma mère avait trouvé le loisir de prendre des nouvelles de ses relations qui elles lui en donnèrent sur son héritière : dilettante et dispendieuse à souhait ; autant dire que le reste de ma journée fut gâtée car au lieu de me trouver victorieuse et fidèle à mes convictions, le goût amer de la défaite sonnait le glas de ma crédibilité et quelques jours plus tard l’édition pour laquelle je travaillais m’envoya un abject courrier soulignant les termes de notre contrat. Le directeur en personne prit le soin de noter : Notre compagnie ne partage pas vos références et (…) notre collaboration, je le crains, s’arrête en ces termes. Accablée par le chagrin je vécus de durs moments et quitter la riche demeure de ma mère pour gagner des endroits plus populaires pour y trouver refuge fut mon pain quotidien. Rester à Bloomsbury ne m’offrait aucun réconfort, aucun soulagement ; partout ma mère me renvoyait mes échecs du passé ; mon absence de prétendants m’était ma mère dans l’embarras. A bien y réfléchir, toutes les femmes de mon âge étaient déjà mariées et mères

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de famille pour certaines. Devais-je donc tout sacrifier pour un idéal que je ne parvenais à atteindre ? Clarence chercha à me contacter ; une vieille amie m’hébergeait pendant ma longue descente aux enfers. C’état mieux ainsi puisque privée de travail et de reconnaissance maternelle. Déjà la voix de ma mère emplissait mes oreilles/ Oui elle est partie ! Et Dieu sait où ! Il y a quinze jours environ mais j’étais loin de savoir que vous étiez sans nouvelles de ma fille, Sir Clarence ! Mon amie et moi allions au théâtre le soir et aux soirées dansantes de la Trafalgar Square. Ann McGrath demeurait une mère pour moi, une amie et confidente et la sœur que je n’avais pas eue. Avouonsle, Clarence me manquait. Il n’existait aucune personne d’aussi amusante dans mon entourage ; aucune personne capable de me faire rire aux éclats ; A croire que la rencontre fortuite avec Virgil signa la fin de mon monde aussi pur et innocent que je l’avais vécu. Allais-je le laisser piétiner mes rêves ou bien me battre pour sauver ce qu’il y avait encore à sauver ? Avec Ann je me rendis chez Clarence recevant ce jour grand nombre de ces amis. Il n’aurait pas bougé le moindre petit doigt s’il m’avait su mourante. Son majordome m’introduisit dans le salon et quand il apparut enfin je compris qu’il avait craint de me perdre. Il me serra dans ses bras pour me baiser la joue encore et encore tout en se disant être heureux de me voir enfin Je lui rendis ses baisers et ainsi enlacés, nous étions comme deux amants pris au piège de l’amour. Ni l’un ni l’autre ne souhait renoncer à la passion toujours plus dévorante. Il enserra mon visage entre ses mains et me fixa vécu intensité avant de poser son front contre le mien. « J’ai quitté le foyer de ma mère et je suis actuellement chez Ann Mc Grath. Tout cela est provisoire le temps pour moi de trouver un nouvel emploi. Dis-moi c’est toujours aussi bruyant chez toi ! Une véritable Babel et qui reçois-tu en ce jour ? Des intellectuels du Commonwealth ou bien des hauts dignitaires de la couronne ? Et comment se porte ta fiancée ? Elle doit se féliciter que je passe moins de

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temps avec toi maintenant que tout Londres me voit comme une ridicule, petite intrigante pour reprendre la critique des écumeurs de fonds qui draguent inlassablement les fonds du Styx. —Comme tu y vas. Personne ici n’est surpris de ta réaction face à cet environnement et tu rejeté ce système avec tant de violence qu’il parait difficile de t’imaginer jouer un autre rôle qui te siérait mal. Et puis l’on ne s’inquiète pas de te savoir loin de regent park dont tu méprises tant l’essence de cette culture. Es-tu heureuse au moins ? —ma mère a de nombreuses relations dans la profession et ce renvoi non-justifié fait partie d’une série noire qui remonte à mes derniers agissements pour mon émancipations financières et c’est encore difficile pour ma génitrice de me voir comme une personne volontaire et soucieuse de son indépendance et je gage que tu sois très occupé dans ton emploi pour te préoccuper de mon sort. —c’et faux ma chérie, je suis toujours très soucieux de ton point de vue et de tes pérégrinations intellectuelles. Mon travail est on ne peut plus sérieux mais je trouverai toujours du temps pour te recevoir dans l’intimité de mon existence ; En attendant prends donc une heure ou deux pour venir te promener à St James avec moi. Es-tu disponible pour aller t’aérer l’esprit et réfléchir à ton avenir ? » On marcha une heure dans le quartier et brasdessus, bras-dessous nous arpentions le pavé sans se soucier des cancans du voisinage. Oh, ne savez-vous pas ma chère que nous avons aperçu hier en pleine journée, la fille de lady Weston en compagnie de ce charmant et très réputé, Lord Clarence Hamilton. Et l’autre interlocutrice répondrait la bouche dissimulée derrière sa main gantée : cela ne nous surprendra guère ! Elle est aussi exubérante que Lady Weston puisque que bon sang ne saurait mentir ! On marcha ainsi pendant une semaine, à heure régulière ; on n’aimait se montrer aux expositions, au théâtre, au Club et plus que jamais l’adversité nous avait rassemblés sous un dais de gaité à l’aspect de

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glycine, un parfum si suave et si exaltant qu’on se refusait de quitter ces lieux par crainte de se retrouver dans la grisaille et l’odeur des pots d’échappement des véhicules glissant dans ces artères si peu paisibles. « Je pars quelques jours en France. J’ai fait l’acquisition d’une demeure en Normandie et si tu acceptes l’aventure j’en serais flatté. Disons que le moment venu je compte m’installer pendant la saison estivale. Le cadre est des plus romantiques et en tant qu’amateur de courses équestres je pourrais m’adonner à cette passion avec ferveur puisque le domaine comprend un haras. Je pense qu’on a tous les deux besoins de prendre un peu de recul pour envisager un avenir plus serein. » Une fois nos valises posées en France, je fus de nouveau séduite par cet endroit des plus atypique avec ses colombages aux poutres rouges briques et à la fenêtre de ma chambre je balayais des yeux la campagne française apercevant au loin des chevaux remuant paisiblement leur quai dans le pré avoisinant le parc. Cet endroit me plaisait, il me plus au premier instant et j’enviais ces hommes riches et puissants capable de toucher des doigts leurs rêves. D’un simple claquement de doigt ils pouvaient tout s’offrir, tous sauf l’amour cependant, car Clarence bien qu’il affirmait le contraire n’était pas dévoué corps et âme à sa future. Quand il se trouvait être près de moi il refusait tout simplement d’évoquer son nom et devenait maladroit sitôt que le sujet de l’amour revenait sur la table. Pourtant il lui fallait accepter que tout cela prenne fin et plus vite nous l’accepterions plus vite nous pourrions passer à autre chose. Après une ballade à cheval longue de deux heures je revins à logis pour y découvrir Virgil dans le salon en compagnie d’une femme à la beauté froide mais assez jolie pour qu’on ne fasse que la remarquer. Clarence me la présenta comme étant Lady Louise bereford. Il était bien la dernière personne que j’eusse espérer voir en France et sa présence me mit immédiatement hors de moi ; il faisait preuve d’audace et son regard

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en coin semblait vouloir dire : Il te faut envisager que Clarence est mon ami autant que le tien. Par conséquent tu seras souvent appeler à me revoir ! Et il me posa des questions qui resta sans réponses tellement sa présence n’était pas désirable à cet instant. Clarence répondit pour moi, affirmant que mon amour pour la France trouvait ses sources dans les romans de Dumas et de Victor Hugo. « Alors je suis heureux de l’apprendre Winnie et il faut souligner le fait que Clarence a un goût certain pour les jolies choses. Il vise paris et sa bonne société. Les Françaises ont la réputation d’être de redoutables lectrices pourvues de grandes capacités d’analyse. A Pars nous sommes à la source même des libertés individuelles si chères à notre Lord Hamilton ! » Pendant tout le temps que dura le diner mes lèvres furent scellées. Tous les trois causaient sans plus se soucier de moi et force de constater que mon mutisme ne les contrariait en aucune manière ; Ils parlaient politique, d’administration et leurs longs échanges me firent comprendre de mes propres limites intellectuelles et cette Lady Louise prenait la parole avec aisance et de l’entendre ainsi s’exprimer me rendit encore plus mal à l’aise. Virgil comme Clarence l’écoutait avec attention, sans jamais lui couper la parole. Louise avec son nez légèrement busquée me faisait songer à une Calpurnia qui en l’absence de son César de mari tenait la République romaine en haleine par ses récits. Oui, elle avait cette noble allure propre aux personnes de son pedigree. Et prétextant être prise d’un mal de tête je montai dans ma chambre avant l’’heure, les laissant à leurs grandes discussions sur le sort de ce monde. Vers minuit Lady Louise regagna la sienne et deux heures plus tard se furent les pas de Clarence qui résonnèrent sur le parquet du couloir, suivis par ceux de Virgil. Ma femme de chambre, Esther me renseigna sur les intentions du magnifique couple interprété par Virgil Harrington et Louise Bereford : ces derniers descendaient sur paris puisque Bereford se plaisait

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parmi les derniers aristocrates de l’Empire de cette république et ensuite ils descendront à Biarritz. Pour Esther, on ne pouvait se leurrer : ce beau et séduisant couple ne tarderait pas à annoncer leur mariage et Esther d’ajouter : « Lui est très bel homme, mademoiselle ! Il est venu nous saluer à l’office comme il le fait toujours quand il passe saler votre mère à Londres. C’est un gentleman comme on n’en voit plus ! » Esther ne voyait pas le mal chez autrui. Disons que pour ma naïve Esther, tous les hommes fréquentés par ma mère étaient des gens civilités et dignes de confiance. Cela me frisait de l’entendre parler de Virgil avec enthousiasme et comme à son habitude rougissait sitôt qu’on parlait de cet homme. En descendant au salon pour le petit déjeuner, je fus gênée qu’on ne m’ait pas attendu et à peine m’aida-ton à m’assoir que lady Louise ouvrit la bouche. « J’ai entendu dire que vous vous passionnez pour l’art et je m’étais dit que vous apprécierez de nous accompagner à paris le temps d’un week-end. Après tout n’est-ce pas chez les Gillham que vous avez revu Virgil ? Ces gens sont charmants ‘est-ce pas et cette volonté qu’ils ont de vouloir préserver le patrimoine anglais est tout à fait remarquable ! » Oui les Gillmore organisaient des expositions dans leur modeste demeure dans le quartier de Chelsea ; des gens si charmants , vraiment : cependant d’aussi loin que remonte ma mémoire je n’avais pour souvenir d’y avoir croisé Virgil. Auquel cas je m’en serais souvenue. Lui semblait soucieux et le nez dans son assiette, imité par Clarence, il ne pipa mot. La dernière fois fut il y a quatre mois de cela. Un sourire apparut sur les lèvres de Virgil. «Il faut admettre que Louise est une généreuse donatrice quand il s’agit de défendre un art aussi vieux que la monarchie et à cela nous lui devons la réfections des thermes de Bath. —Ah, franchement Virgil ! Si tout le monde finit par penser comme vous alors nous avons du souci à nous faire ! Il serait préférable de ne pas m’en vouloir pour

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mon application pour la sauvegarde de nos vieux bâtiments, contrairement à mon père je n’ai rien qu’un mécène digne de ce nom… » Déjà mon attention m’évanouissait. Ils parlèrent comme un vieux couple attablé sans personne autour d’eux ; Clarence m’interrogea du regard. L’appétit me manquait et après avoir avalé mon thé et épargné les toasts à la marmelade je repoussais le tout devant moi sans laisser le temps au valet de pied de venir s’enquérir de mon appétit. Ils partirent pour la France et sur le perron, Virgil m’embrassa sur les deux joues à la façon des Français et le contact de sa peau sur la mienne me fut étrange ; il sentait bon et j’eus envie de me serrer dans mes bras pour lui dire combien je regrettais d’avoir été une horrible petite fille gâtée. Me pardonnerait-il ? S’il avait été odieux envers nous, je fus cent fois pire ; à chaque coup donné je lui en avais rendus une dizaine. A contrecœur la vérité vous est révélée aussi contrariante soit-elle ; Clarence sur le perron de sa demeure glissa un regard interrogatif dans ma direction. Avant de poser un bras rassura autour de mes épaules. Le week-end passa et le lundi, la voiture de louage de Virgil revint le coffre plein de cadeaux à notre intention. Comment pouvait-il agir ainsi ? En compagnie de Louise ma bonne humeur prit le pas sur mon désir d’être fidèle à mes convictions ; le rire fut preuve de ma bonne foi et toutes deux étaient comme de vieilles amies animées par une passion commune et elle ne manquait jamais de se montrer aimable en ces journées normandes, grisantes à souhait maintenant que l’orage lentement filait vers d’autres pâturages plus lointains. Virgil fut aimable et attentionné ; en fait j’allais jusqu’à le trouver des plus agréables. Son timbre de voix rassurait tout comme sa voix claire et chantante, rien d’étonnant à ce que son cercle d’amis soit aussi important et hétéroclite. C’était un homme de cœur à en juger par sa grande capacité à considérer son entourage et il mettait tellement d’ardeur à le

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contenter que cela en devenait presque touchant. Il prenait soin de plaire et de le voir rire de bon cœur avec Clarence je ressentis un bien-être tout à fait singulier. Il fut plaisant d’être tous quatre réunis dans le bocage normand arrosé de pluies diluviennes, transportant des effluves de crottin, de fougères et de mucus végétal ; à la chaleur du feu nous dévissions plus que de raison et grisés par de beaux sentiments naissants.et avec Louise comme garante de mon transport, je me sentais transformée, fébrile et vulnérable derrière mon apparence si calme et modérée. Des plus hilares Louise et moi échangeâmes des pas de fox-trot sous le regard amusé de nos partenaires. La semaine se passa sans embruns et mon attitude envers Virgil changea du tout au tout ; ensemble les sujets de discussions restaient légers et sans prise de tête, il aimait surtout m’entendre et me posait des milliers de questions sans en avoir l’air et toujours sans jugement. Il devait se dire en me regardant : Cette lady Mills-Weston est versatile, cependant si agréable que ce trait de caractère se trouve être dissimulé sous son bel attrait. Et con comportement détaché, me rappelait le temps où nous étions rivaux face à l’amour de Lord Harrington, son père, excédé par les lubies de ce fils prodigue et effronté. Au piano Clarence jouait des airs populaires sous l’oreille mélomane de Louise follement ravie et Virgil, alors se pencha vers moi, la cigarette se consumant entre ses gracieux doigts. « Il me semble que tu as beaucoup de choses à m’apprendre Winnie car depuis ces dernières années j’étais préoccupé par ma carrière et la qualité de mes relations à Westminster et ailleurs. Force de constater que l’on peut se passer de tout cela pour atteindre de rivages plus prometteurs. Notre Terre promise n’estelle pas une terra incognita où tout ne serait que spiritualité et spontanéité, mesure et constance. Lady Louise t’apprécie beaucoup. Elle forge son opinion sur les actes et non pas sur les avis d’autrui et elle tient à

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ce que tu passes nous voir plus souvent à la Duhem Castle et cela sans passer par tout un protocole. » Les jambes repliées sous mes fesses et la tête appuyée par mon bras, mon cœur battait à rompre sous ma robe. Refuser serait un acte de trahison de ma part puisqu’à présent intégré dans ses importantes relations et comme il attendait ma réponse qui ne vint pas, il enchaina sur un autre sujet qui me permit de réfléchir à l’issue de cette proposition. Au bout d’un moment il m’interrompit, ce qui n’était pas dans ses habitudes pour me demander si j’avais des projets à venir. « Oh ! a vrai dire non. Je mène pour heure une existence oisive près de Clarence et pour être honnête je ne croule pas sous les propositions. Ma mère est à l’origine de ce renvoi puisqu’elle estime que tut cela est gaspillage et mauvais emploi de mes ressources. Mais je ne suis pas d’accord avec elle et je ne le serais jamais ! Ma mère n’a jamais eu besoin de se prouver qui elle était puisqu’elle se contente d’être…..une enveloppe vide. —Tu la juge bien sévèrement. Lady Weston est une femme qui se bat contre les traditions et elle a le mérite de faire ce que beaucoup renoncent à accomplir ; riche veuve, elle n’a plus rien à prouver à personne et dilapide sa fortune aux bras d’un amant aux idées avant-gardistes que l’on décrit comme un génie et leur étroite collaboration est ce qui fait sa force. Lady Weston est selon moi irréprochable puisque toujours animée par un sentiment par des sentiments purs. N’oublie pas que tu es toute sa fierté et qu’elle est solidaire à tous tes projets. Un jour tu le comprendras et je serais le premier à m’en féliciter. —on dirait qu’elle a su t’ensorceler, répondis-je voyant son regard se fut plus fuyant. Ma mère est une courtisane et elle se plait à dissimuler ses sentiments pour mieux manœuvrer son monde. J’aime beaucoup ta façon de voir les choses, quelque part tu me fais penser à une jeune cadet qui face à l’horreur de toute une guerre continue à croire que ses supérieurs ont

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raison de le conduire en première ligne quand il n’a à peine fini son enseignement militaire. Tu es de ceux qui pensent que la manipulation est nécessaire pour t’attirer la sympathie de tes pairs. —Et bien c’est mal me connaitre. Certains aspects de ma personnalité te sont étrangers et à fréquenter assidument Clarence ne te permet pas de voir les choses telles qu’elles sont. C’est un philosophe. Il est sage et pragmatique et je vois bien qu’il a pour toi beaucoup d’affection. Or depuis des années i ne cesse de te voir comme un petit oiseau tombé du nid , incapable de mettre un pied devant l’autre sans choir et il s’accorde à croire que tu finiras un jour par voler de tes propres ailes. —Oui c’est bien ce à quoi j’aspire. Si cella déplait à la majorité je m’en moque éperdument ! Mon père était un homme sensé, dur mais juste ; il avait toujours un temps d’avance sur son siècle et à sa mort, il a laissé des tas de dettes à ma mère. Il lui a fallut faire des choix afin de conserver le prestige dans lequel elle s’était trouvée être, son train de vie et ses amis. Or jamais elle n’aurait accepté d’épouser lord Weston si elle avait eu une once de modestie et d’amour propre ! Oui, il a fallu qu’elle épouse cet homme qui ne m’aimait pas, cet arrogant et sénile Lord qui la trompait outrageusement ! Alors j’ai le droit d’éprouver de la colère pour toutes ces années perdues à rechercher une mère bien souvent absente du foyer, trop absorbée par ses robes, ses bijoux et ses réceptions ! A aucun moment elle ne s’est souciée de mon bienêtre et je n’ai trouvé de réconfort qu’auprès de Clarence, le seul dans ce foutu pays qui se souciait de moi ! Et puis tu arrives dans ma vie pour me parler d’écrire pour ton père…..n’ai-je pas moi-même à chasser mes vieux démons ? Tu peux me croire, ce n’est pas évident. —Je le conçois Winnie et….je sais que Lord Weston ne fut pas juste avec toi ni avec ta mère. Au cours de ces longues années, elle a trouvé à m’écrire pour obtenir de mes conseils et je me suis efforcé d’être pour la soutenir dans l’adversité. Elle était arrivée à se

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détester si fort que….ta mère n’a jamais cessé de t’aimer, tout comme moi. » Son regard se fit plus lointain. Le regret de m’être confié à Virgil commençait à poindre et la nausée au bord des lèvres je fixai mon attention sur un détail du guéridon. Il crut bon revenir sur ses propos : il m’aimait comme une sœur soulignant le fait que nous avions grandi ensemble et la gorge nouée, je me refusai à la regarder. Mère s’était confiée à lui et ce, pendant des années. Il pouvait aussi bien me dire : Ta mère et moi avions été amants et c’est sur mon épaule qu’elle a pleuré, vois-tu ? Il y avait tant de beaux sentiments qui nous unissaient. Qui serait le plus à blâmer des deux ? ma mère pour avoir convoité ce jeune Lord ou bien lui pour avoir osé poser les yeux sur ma génitrice ?

Sir Virgil Leigh-More cherchait un ghost writer. Mon agence me mit donc en contact avec ce richissime écrivain de Belgravia. Il s’agissait pour moi de ma première embauche pour ce genre de poste et en tremblant je sonnai à la somptueuse demeure de style regency devant laquelle stationnait deux berlines allemandes. Un majordome m’ouvrit la porte et m’introduisit dans le salon. « Qui êtes-vous ? » En me retournant mon regard croisa celui d’un type grand et sec, aux traits coupés au couteau ; visage émacié et pommettes saillantes, lèvres pleines et regard d’un vert délavé oscillant entre le vert d’eau et le turquoise. Chevelure rousse virant au auburn. « C’est vous qu’on m’envoie ? Le ghost writer c’est vous ? Je vous imaginais différente, du genre plus conventionnel. Vous avez déjà publié ? Qu’avez-vous déjà écrit ? Nathan ? NATHAN ! »

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Sans attendre mes réponses il disparut derrière la porte. Il y eut une discussion, un éclat de rire et plus rien. On venait de m’abandonner. Alors je posais mes affaires sur le canapé Chesterfield en jetant un œil sur la décoration. On pouvait parier qu’un décorateur d’intérieur se passionna pour cette commande mélangeant tous les styles, un patchwork de couleur, de matériaux et de tissu. La porte s’ouvrit sur un bel Apollon, impeccable dans son costume trois-pièces, le visage marqué par les rides d’expression. « Vous devez être Harper Levinson ? Cela va poser un petit problème. Nous avons appelé votre agence et il y a eu apparemment un terrible malentendu. Nous avions demandé un homme, d’une trentaine d’années et…nous vous dédommagerons de votre trajet bien entendu et nous sommes navrés Miss Levinson ! —Je n’ai pas saisi votre nom. —Nathan Parks. Je suis l’agent littéraire de Mr Leigh-More. A combien s’élevait votre course (en fouillant dans son portefeuille) Vingt livres devraient suffire ? Tenez et bonne continuation ! —Nathan ! J’ai changé d’avis ! La petite fera l’affaire ! » Entendis-je de derrière la porte et le Nathan en question récupéra son billet pour me laisser planter là. La discussion reprit derrière la porte, discussion dont je fus écartée. Puis la vois de Leigh-More se rapprocha de la porte. « Je veux vraiment gagner du temps, alors pas de fioritures. Faisons comme si elle était compétente et faisons-lui une faveur. Si Alfred nous l’a envoyée c’est qu’elle en vaut le coup non ? —Probablement Virgil, mais vous devriez vous reposer un peu. Votre avion est dans un peu moins de deux heures. — Alors nous n’avons pas une minute à perdre ! » Virgil ouvrit la porte pour me dévisager de la tête aux pieds. Il me soupçonnait d’être un imposteur et au premier coup d’œil m’avait bien vite jaugé inapte à cet emploi. Nathan devant la porte-fenêtre tirait sur un cigarillo, assis dans un profond fauteuil club, tournant les pages d’un manuscrit sans plus se soucier de ma

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personne. J’avoue être tombée sous le charme de cet homme à la moustache naissante. « Alfred dit que vous êtes prometteuse. Votre style est identique au mien forcément et bien que vous n’ayez jamais été publiée, je suis prêt à vous faire confiance. Dites-vous bien que vous devez tenter de me séduire et de vous montrez plus que persuasive face à la critique exacerbée de Nathan. Mais Nathan ne mort pas. Il aboie mais ne mort pas. On collabore ensemble depuis plus de douze ans et on peut encore parler de loyauté entre nous ! » Il y a tout un monde qui gravite autour de lui et chacun arrivant à l’heure fixé sur l’agenda du Personnal Assistant de Leigh-Moire et cet employé à au duffle-coat cachemire me calcula même pas, arrivant suivi par deux autres types que je pense être un coach ou un manager. Gareth le Personnal Assistant me prit pour la nouvelle gouvernante et j’avoue tromper mon monde avec ce costume noir comprenant une veste très cintrée et une jupe crayon allongeant considérablement ma silhouette. Le reflet renvoyé par le grand miroir dans le hall d’entrée me satisfit une fois de plus. Chignon serré et relevé sur la nuque et lèvres légèrement recouvertes d’un rouge carmin. « Vous prenez du café ? Et du sucre dans votre café ? Discuta Nathan en jetant une cuillère en argent dans une tasse appartenant à un magnifique service de porcelaine que j’imaginais authentique comme le reste de la décoration de ce musée. La tasse à la main je glissai sournoisement vers la porte ouverte donnant sur une pièce où s’échappait une symphonie de Dvorak. « Non ! Non et non ! Lança Virgile en trépignant au milieu de ses assistants. C’est fâcheux et regrettable Gareth mais je ne veux pas assister à mes propres funérailles ! » Restée seule je vis revenir Nathan et le manuscrit de Virgil. Le Saint Graal et l’objet de tous les fantasmes qui allait me conduire au succès. Un énorme pavé de 559 pages.

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« Mr Leigh-More veut que vous l’écrémiez pour le réduire à 200 pages en format édition bien évidemment. Nous avons apporté de nombreuses modifications sur les premières pages. On vous donne une semaine, peut-être deux si Leigh-More juge le travail médiocre. Vous travaillerez ici, dans ce bureau. Jetez-y un œil, je reviens ! » Sur le bureau se trouvaient feuilles, crayons en grande nombre, assez pour réécrire la Bible, il faut en convenir. Dictaphone, Pc et un contrat à compléter. Des portes s’ouvrent et se referment. Et puis plus rien. De quoi parlait le manuscrit ? J’ouvris donc la première page pour découvrir le texte. J’avais lu deux de ses livres : Le Chemin de la Gloire est d’ordre politique et le très controversé Attaque nationaliste sur le Sommet du Monde ; des textes très engagés et difficiles d’accès pour qui n’a pas connu l’enseignement élitiste d’Oxford. Alfred m’a mis en compétition avec deux autres Ghost Writer de notre compagnie, des types de quarante ans ayant connu diverses publications et quand j’ai lâché mes textes soumis à la correction de notre comité de lecture pour postuler plus sérieusement et ainsi avoir toutes les chances de réussite. « C’est vous notre nouveau ghost writer ? Questionna un type au grand nez droit et aux lèvres fines. A sa tête on pouvait deviner son appartenance au même cercle de gentlemen attachés à cette maison. Cheveux peignés sur le côté et sourire sarcastique, il portait un gilet très près du corps soulignant ses muscles saillants. Il était bâti comme un athlète et les manches retroussés sur ses avantbras costauds il tenta un sourire. « Vous avez étudié à Cambridge ? Oxford ? —Non, rien de tout cela. J’ai seulement eu la chance d’être au bon endroit et au bon moment. J’ai fait partie d’un programme visant à encourager de jeunes auteurs britannique et il s’avère que j’ai tapé dans l’œil de l’agence de publication dans laquelle je suis employée à ce jour. »

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Lui me fixait incrédule, tenant le café dans sa main. A son poignet j’aperçus une Breitling et comme il n’était pas loin de 15h14 je me dis qu’il serait temps pour moi de rentrer récupérer mes affaires. « ? Peu importe qui vous êtes, je reste persuadé que vous ferez de l’excellent travail. Parks dit que c’est votre première expérience dans cet emploi ! Il est colérique, borné et ne croit qu’en lui ; il vous rendra la vie impossible si vous ne faites pas tout ce qu’il vous demandera de faire mais vous survivrez. Enfin nos précédents Ghost Writers semblent avoir perdu toute raison de vivre, parce que c’est tout sauf une sinécure. —Oui je m’y attendais. On m’a donné quelques conseils sur la façon à laquelle je dois aborder ce boulot. Parfaite abnégation et grande humilité. —En même temps si vous n’avez jamais été publiée, cela ne vous offensera pas. Parks et aussi perfectionniste que Leigh-More et si vous voulez un conseil, attendez le retour de Leigh-More pour vous mettre au travail. Et pendant ce temps, tout au plus deux jours, profiter à fond de votre quiétude. Je vous laisse. Oh, en fait ! Mon prénom est Richard HHarrington, déclara-t-il en me tendant une raide poignée de main, et j’occupe la fonction d’attaché de presse. Plus sérieusement je gère le rapport de LeighMore et son image. On sera appelé à se revoir, Miss Levinson ». Oui je l’espérais ben, pensais-je dans la tête. Je fus à peine assise que le téléphone sonna sur le bureau. Devais-je décrocher ? Timidement je le fis pour avoir une voix féminine au bout du fils. « Madame, que souhaitez-vous pour le diner ? Nous vous avons envoyé un mail pour le menu de la semaine et Mr Gareth Whishow m’a chargé de vous contacter pour me présenter à vous. De façon succincte je vous l’accorde mais Sir Leigh-More est très à cheval sur l’étiquette ! Mon nom est Beth Kruger et je suis l’intendante de cette maison. Nous nous reverrons ce soir Mrs Levinson ! »

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Un mail ? J’ouvris le PC et enfila mes lunettes carrées sur mon nez. Code d’accès, mot de passe, identifiants. Mot de passe. On pouvait rester paralysée de longues heures devant un écran de PC pour n’avoir pas eu le bon mot de passe. Je repris le combiné en main et composa le chiffre zéro dans l’espoir de tomber sur un « standard » et le hasard paya puisqu’on décrocha. « Mrs Levinson, que puissé-je pour vous ? —Et bien…je dois obtenir un mot de passe pour me connecter et… —Composer le numéro 15 à l’avenir mais je vous transmets sur le champ, Mrs Levinson ! » Etait-ce le majordome ? Forcément oui, il ne fallait pas être Einstein pour savoir comment fonctionnait ce genre de maison ! Là, très longue attente avant qu’une voix nerveuse et criarde ne décrocha. « Oui ! Miss Levinson, votre identifiant est Leigh-Lore tout attaché et votre mot de passe est 121207 ! » Il raccrocha prestement et le combiné collé à l’oreille je me sentis ridicule. Le majordome me fit passer, le sac à la main et à la recherche de mon manteau. « Vous voulez peut-être visiter votre chambre Mrs Levinson ? Oui votre employeur insiste pour que son personnel réside sur place. Un taxi vous conduira à l’adresse de votre choix pour récupérer vos effets personnels. —Non, en fait je préfère rentrer chez moi, voyezvous ! J’ai une vie de famille et je ne peux rester sur place. Mr Leigh-More comprendra, je suppose que mon absence ne se fera pas remarquée aux heures du coucher ! Plaisantai-je en fermant mon manteau. On se revoit plus tard, si vous voulez bien ! » La chambre me fit penser aux suies luxueuses des places de la capitale que l’on pouvait s’offrir pour 450 livres sterling. Jacuzzi, bureau en merisier ; la déco me plus ; colonne grecque, plâtre jaune, buste antique et lampes de style regency comme le reste. J’allais y être à mon aise. Et le lit, son moelleux apporté par les duvets contribua à me faire accepter l’offre

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d’hébergement. Après tout une semaine passerait relativement vite. A 6h20 je revins investir les lieux et après avoir pris possession da ma suite impériale je me servis un verre de Porto. Pour lire le texte de Leigh-More il fallait être détendu, hermétique à toute forme de stress et de sollicitation. On lisait ici l’influence des hautes écoles du pays, pour ne pas parler uniquement d’Eton et d’Oxford. Sir Leigh-More appartenait à une vieille et très influente famille d’Angleterre. Il s’essaya à la politique comme député du Berkshire et actuellement tentait une reconversion dans le gouvernement comme diplomate d’après ce que je lus de lui dans le Times. Il se tournait vers l’international sachant qu’après cette solide expérience il pourrait viser un poste à la haute magistrature de ce pays. Nous devions saluer son ambition. Le texte était compliqué, horriblement compliqué car savant et technique visant un public averti dont j’étais exclue ; comment faire simple, me dis-je en barrant des paragraphes entiers. Or pour écrire comme Leigh-More, il fallait penser comme Leigh-More or j’ignorai tout de cet homme. Si sa vie publique n’échappait à personne il restait un mystère pour tous quant à sa vie privée, échappant aux paparazzis et par extension à la presse écrite. Eprouvant quelques difficultés à me concentrer après le verre de Porto, j’appelai Christian. Bruit de fond : tintement des couverts, ricanement de femmes et bruissement d’une foule. « Ou est-ce que tu es ? Dans une gare ? —Je t’ai dis que j’avais un meeting ce soir, non ? Je te l’avais dit Harper mais tu ne m’écoutes pas. Tu ne m’écoutes plus Harper ! Et toi ton embauche ? Comment est ce Leigh-More ? Tu joues ton avenir là et tu dois vraiment assumer sur ce coup-là. Ecoutes, je te laisse, mais si tu es dispo demain midi on pourra essayer de se voir pour un café. Tu en penses quoi ? Harper, je te laisse, amuses-toi bien ! » Christian est revenu de Honk Hong et le concernant je ne contrôle plus la situation. On vit ensemble depuis

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trois ans et il reste à mes yeux un parfait inconnu passant d’un hôtel à l’autre et ne me contactant que dans un jet ou un avion long courrier. Un fantôme se consolant de son absence en m’offrant des bijoux et des vêtements de luxe. Il m’entretenait et en toute honnêteté ni l’un ni l’autre ne souhaitait voir les choses changer. Et je fus à pied d’œuvre le lendemain matin à huit heures après un savoureux petit déjeuner dans la salle à manger exposée plein est. Voulant bien faire et n’écoutant pas les conseils de Richard je me mis au travail voyant déjà la migraine s’emparer de moi. A 10h32 la porte du bureau s’ouvrit sur un bel éphèbe portant un long manteau de cachemire noire et en me voyant il fronça les sourcils. « Ce n’est plus Neal, apparemment. Mon est RileyGrant et contentez-vous de m’appeler Clark car tout autre nom ou sobriquet me vexerait. Vous savez quand on vous propose d’être un ghost writer, on en ignore l’enjeu. J’ai écris pour ce salaud et et force de constater qu’il ne connait rien à la littérature, argua ce dernier en mettant une cigarette entre ses lèvres. On vous a mis dans la chambre jaune ? Vous n’avez rien contre le jaune j’espère ? C’est une grande première pour Virgil…accueillir une femme ici, ça n’arrive pas tous les jours. C’est un peu comme une garçonnière, un club privé où les femmes y sont exclues. Excepté les employées de ménage et la gouvernante. Vous plaisez-vous ici ? Est-ce là des conditions optimales pour vous mettre au travail ? —Oui j’en suis satisfaire, répondis-je en rougissant devant cet autre Apollon débarqué de son Olympe pour me narguer. Quelle allure ! Quelle prestance !il ne portait qu’une chevalière et pas d’alliance ? Autant dire, à ma merci. —D’où est-ce que vous venez ? Vous êtes de Londres ? Harrington ? Belgravia ? Chelsea ? Westiminster ? Laissez-moi deviner…Ce dernier me dévisagea de la tête aux pieds, la fesse appuyé contre l’accoudoir. Chelsea ? Vous avez le style d’une résidente de Chelsea, surannée, frigide et transpirant

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la bonne éducation puriste et conservatrice de ce qui veut jadis notre Empire. » Que répondre à cela ? En fait mon grand vous avez tout faux ! « C’est à peu près ça oui. Je travaille à Chelsea mais contrairement aux idées que vous pouvez émettre sur les résidents de Chelsea, sauf votre respect ils ne sentent pas tous la naphtaline et ne sont pas pétri de principes ultraconservateurs. Ils sont plutôt idéalistes et tentent à l’épanouissement de leur quartier sur le plan populaire, voire libéral si l’on en croit la majorité des électeurs de ce quartier. —Ah, ah ! Vous allez faire du bon boulot ici. Il y a juste ce qu’il faut en cynisme pour ne pas mourir d’ennui. » Il partit sans rien ajouter d’autre, me laissant seule à mes notes. C’était mon premier gros contrat et une chose est sûre, je ne voulais pas passer pour analphabète en me comportant comme une néophyte sortit tout juste de son école de journalisme. Convaincre. Il me fallait tous les convaincre de mes aptitudes à jouer les copistes rentrant dans la case : confirmée. Aussitôt je me remis au travail, trouvant savoureux de faire partie de ce cercle d’initiés. Le téléphone sonna. Devais-je décrocher ? A la troisième sonnerie, je pris sur moi de décrocher, ne pouvant imaginer qu’on vienne me troubler dans ma réflexion. « Allo ? —Où en êtes-vous Neal ? Est-ce que ça avance ? Qu’en pensez-vous m’envoyer votre premier jet ? Lors du prochain passage de la comète Halley ? Ou dans un futur plus proche, quand je serais mort et enterré ? Nathan a du vous passer les consignes concernant votre travail. Travail qui soit dit en passant porte la mention « urgent » voir « prioritaire » ! Désolé de vous interrompre dans votre rêverie de ghost whriter en plein stade expérimental mais j’aimerai avoir une réponse concise : quand pensez-vous mailez votre travail ? » Oui je fus véritablement prise de court. Pas de bonjour, pas le bon prénom et un ton froid, autoritaire

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et amer ; un débit rapide ne laissant pas la place à la riposte. Derrière mon combiné je fus d’abord saisi de torpeur. Au boulot, notre Sharon agissait un peu pareil : un simple appel téléphonique et votre journée prenait un tournant sans équivoque. Combattre, vaincre ou mourir ! N’étant pas à armes égales, l’option la plus salvatrice restait se laisser vaincre. Au pire une journée fichée en échange de cet abus d’autorité. « Je vous demande pardon ? » ne trouvai-je qu’à répondre comme pour me donner le temps de réfléchir. Une rapide pirouette et l’on n’en parlerait plus. « Vous m’avez parfaitement bien compris Neal, alors mettez-vous au travail ! » Il me raccrocha au nez. Le combiné resté contre l’oreille, je restais un moment figé. Lui envoyer un mail. D’un bon je quittais mon confortable fauteuil pour ouvrir la porte. Couloir désert. « S’il vous plait ? » personne ne répondit. Ces grandes maisons avaient la particularité d’être vides quand elles n’étaient pas pleines. J’ajustai ma robe crayon sur mes hanches et me mit à arpenter les nombreuses pièces à la recherche d’un représentant du genre humain. N’importe qui ferait l’affaire et en poussant l’une des portes je surpris Clark dans une conversation téléphonique. Comme j’allais refermer la porte il me fit signe de me rapprocher. Les pieds sur la table, il fixait l’écran d’une télévision LCD posé sur la console d’une cheminée. Sur l’écran défilait un porno. Une blonde se faisait tringler par un type en chemise et cravate. Pas de son mais la violence du coït suggérer des cris de lionne et de furieux rugissements de lion. « Ah, ah ! C’est trop mignon, gloussait Clark en griffonnant sur un carnet à couverture de cuir. Je ne vois pas ce qui pourrait changer, notre offre tient toujours. C’est avec eux que vous voulez composer ? navré de ne pas être dans votre optique de management… » Je ne pouvais rester dans la porte alors je partis m’installer dans le salon aux trois fauteuils et divans

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de même modèle, soit dorure et motif damassé ; sur la table basse des magazines Penthouse, Playboys, Vogue, Men’s heath et Forbes. Très hétéroclites pensais-je en ouvrant le Vogue, la main sur la nuque. « On pourrait se faire une ballade en amoureux, tu ne penses pas ? Bien-sûr que je suis sérieux, qui baise qui à ton avis ? je me fais du souci pour toi c’est tout… Oui Parks a parlé de cela. Il les tient vraiment par les couilles…Essayes de m’impressionner ouais…Ah, ah ! Marrant, Virgil péterait un câble s’il l’apprenait. Tu le connais non ? Il ne comprend pas ce genre d’humour ». La porte s’ouvrit sur un rouquin portant gilet de costume trois pièces sur cravate. Il me tendit une poignée de main et agita un dossier sous le nez de Clark. A peine s’il me regarda lors de l’échange de poignée de mains, trop concentré sur le beau ténébreux faisant office de calife à la place du calife. « Attends Laurie, je dois te quitter. Hiddleston vient de rentrer brandissant fièrement ses munitions…Oui il est à fond en ce moment…je lui passe le bonjour. On se rappelle toute à l’heure ma caille. (Il raccrocha et échangea un regard amical à son collaborateur)Laurie veut nous la mettre profond, alors j’espère pour toi que tu tiens quelque chose ! —Parks m’a briefé et cela vaut la peine d’avoir attendu. On bosse depuis des semaines dessus, autant dire : tant de souffrance inutile. Je justifie mon salaire tu comprends, Virgil menace de faire sécession et notre cabinet juridique ne peut sous-traiter avec qui tu sais. Je t’ai pondu un rapport en bonne et due forme. Ce qui risque de devenir ta bible pour les jours à venir. —Parfait ! L’ambiance manque cruellement ici quand notre sociopathe préféré n’est pas dans le coin ! —Quoi ? Whishaw n’a donc pas trouvé de ghost writer pour faire ses griffes et ainsi prouver au monde entier qu’il sache écrire ! Donc pas de soufredouleur, pas de bouc émissaire pour nous soulager de cette pression calomnieuse dont on ne saurait taire l’ardeur. Whishaw sabote notre travail. Pas étonnant, il

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a étudié à Cambridge sans vouloir être grossier. Tu déjeunes avec nous ce midi ? Je ne tiens pas à supporter seul les exactions politiques de nos députés. » Clark ne levait pas le nez du rapport, semblant être plongé dans sa lecture. Hiddleston me dévisagea brièvement s’imaginant poser les yeux sur une employée de maison. Il partit n’ayant plus rien attendre de Riley-Grant. « Je dois envoyer un mail à Sir Leighmore et… —Sir Leighmore ? Reprit ce dernier sans lever le nez de son dossier, lançant tourner le porno devant lui. Et ? Quel est le problème jeune fille ? Vous ne savez pas utilisé une messagerie ? Dieu que vous êtes empotée Levinson !Ne me dérangez pas pour si peu si vous voulez bien ; bientôt vous me demanderez de vous torcher le cul, non ? » Cette réponse cinglante fut pour moi fut une terrible révélation concernant ma situation. Novice, il me fallait me conformer aux souhaits de ces hommes. Il y avait en moi quelque chose qui leur déplaisait. Peut-être le manque d’assurance ou mon manque de testostérone évident. Cette bande de machos s’apprêtait à m’humilier sur ces motifs-là et mon téléphone sonna. « Alors ce mail ? Bon écoutez Neal, on ne va pas passer le réveillon à attendre un mail que vous ne semblez pas disposée à nous envoyer, alors prenez vos affaires et tirez-vous ! Je ne veux pas vous voir chez moi à mon retour. Merci ! » Il raccrocha. A 12h15 Clark riley-Grant entra sans frapper dans mon bureau, accroché à la porte. « Ah ! Tenez vous êtes encore là vous ? L’expression qui me vient à l’esprit est…hissez les couleurs ! Voyons voir, votre maison d’édition vous aurait dit de tenir coûte que coûte contre vents et marrées ! Vous savez, vous quitterez cette adresse avec une bonne dépression et la garantie de vous faire interner dans un institut psychiatrique pour troubles de l’humeur et du comportement. Quel gâchis quand on songe au temps

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que cela doit vous prendre pour vous pouponner ! Je crains que tout cela n’est servi à rien, Sir Leighmore, comme vous dites avec un délicieux accent de la banlieue ouest de Londres, ne s’intéresse pas à ce genre de détail superficiel. Il est comment dire, indifférent aux artifices déployés par certaines pour parvenir à leurs fins. Bonne continuation pour la suite, je ne pense pas qu’on ait à se revoir, alors merci pour vous être déplacée ! » Notre regard se croisa. Il s’attendait à ce que je réponde, n’importe quoi mais que je réponde. Ainsi il m’aurait renseigné Albert quant à mon comportement outrage. Oui car en plus d’être une femme, elle frise l’insolence ! Un large sourire apparut sur mes lèvres, ce qui aurait pu passer pour impertinent mais à cet instant il prit une autre dimension. « Cela vous dit de casser la croute avec moi ? Du fait que vous ne travaillez plus pour nous, vous pourriez vous comporter comme une citoyenne lambda qui n’attend plus rien de personne. Qu’est-ce que vous en dites ? —Et bien…leighmore n’aura pas le Prix Nobel de la littérature mais ce livre pourrait plaire à Parks, non pas comme la suite logique des écrits de Leighmore mais comme le début d’une régénérescence. J’ai relu son premier livre publié et je m’étonne que vous n’ayez pas pensé à assimiler celui-ci à l’empathie qu’éprouve notre écrivain face à ses questions métaphysiques et… son style me déçoit. C’est indigeste, incompréhensible et je pense avoir perdu plusieurs neurones à m’efforcer d’en extraire une quelconque substance à ce pathétique tapuscrit. Son livre ne fera pas la une mais je me réjouis d’avance en songeant aux critiques littéraires qui qualifieront ce nouvel ouvrage comme l’absolu despotisme d’un maniaco-dépressif incapable d’écrire deux lignes sans passer clairement par une phase de diarrhées aigues. Oui il est préférable que nous en restions là. On pourrait ensuite m’accuser de malveillance à l’encontre de Sir Leighmore. » Ce dernier se perdit dans ses pensées. Manu Militari l’on me jettera dehors sans que je puisse

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prendre le temps de fermer mes valises. Je fermai le PC après avoir rangé mon bureau. Je venais de lui jeter mon gant en pleine face. Albert dirait que je tends mon dos pour me faire battre. J’allais partir quand le téléphone sonna. Clark décrocha à ma place. « Oui Parks, elle est près de moi…Oui ne quitte pas ! C’est pour vous Harper ! Prenez l’appel s’il vous plait ! —Oui j’écoute? —Nous avons reçu votre mail et je ne vous cache pas que Leighmore est dans tous ses états. Comment avez-vous pu écrire cela ? Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer une telle chose ? Nous débrieferons de tout cela ce soir, pour l’heure tenez-vous en à votre analyse ! Repassez-moi Clark, voulez-vous ? » Ils arrivèrent à 7h34 MP et le chaos remplaça le calme dont nous avions jusqu’à maintenant profiter. Chaque espace fut investi et le personal manager de Leighmore suspendu à son téléphone communiquait sur trois lignes quant à Harrington, il parlait chiffres avec Riley-Grant. Nathan Parks me fit signe de rentrer dans le bureau de Leighmore tenant sa tête dans la main vautré dans son fauteuil à dossier inclinable. « J’ai la tête en vrac. Les effets du paracétamol tarderont à me soulager de l’apesanteur exercée dans ces cabines mal pressurisées. Si je croyais au grand complot, il y a longtemps que j’aurai porté plainte contre les fabricants des jets privés. Où est Whishaw ? Je veux qu’il annule mes rendez-vous de demain. On doit pouvoir les coller sur jeudi. J’ai la tête dans un étau. Harper ! Soyez mignonne de vous installer ici ! Nathan propose lui un verre que nous n’ayons pas l’air de rustres. Vous buvez n’est-ce pas ? Oh, laissez tomber…je vais aller dormir une petite heure. » Il s’en alla, nous laissant tous deux Parks et moi dans son bureau. Ce dernier me tendit un Martini et son étui à cigarettes. Un vrai gentleman. Il s’assit près de moi sur le divan. Je le surpris à regarder mes jambes et pensant que je ne le voyais, il s’arrêta sur ma poitrine. « Le retour fut épouvantable pour nous autres. D’habitude, il pionce un peu dans le Falcom mais là…je

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dois admettre que vous avez fait fort. Possible qu’il ne s’en remette jamais. Son amour propre, sourit Parks en levant son verre dans ma direction. Les autres ghost writers n’ont pas eu ce courage ; pour la plupart des petits fonctionnaires cupides et avec un pedigree plus reluisant que le vôtre. On aurait pu les embaucher pour un salaire correct mais aucun n’a souhaité resté une fois leur contrat terminé. Leighmore a besoin qu’on lui dise que son travail est de la merde, murmura Parks sans cesser de sourire. On peut parler de l’effet d’un électrochoc et . Comment cela s’est passé avec Riley-Grant? N’a-t-il pas été trop rasoir ? —Et comment voulez-vous que cela se soit passé ? Ai-je l’air d’être en état de choc ? » Il se pencha vers mon épaule pour poursuivre sur le ton de la confidence. « C’est tout juste s’ils se tolèrent. Ce que je vais vous dire va vous paraître anecdotique mais cela remonte à un vieux complexe oxfordien. Riley-Grant n’a pas tout à fait digérer le succès politique de son vieil ami d’enfance. Ils sont tous deux issus de la même promotion et leur père respectif voulaient faire de leur progéniture des disciples évoluant dans la même sphère. Le destin en a décidé autrement. RileyGrant s’est alors orienté vers la finance. Vous avez de très jolis yeux. Ils auraient pu en rester là mais à la demande de son père, Leighmore a demandé à RileyGrant de venir bosser à Belgravia. Et puis Leighmore lui reproche d’avoir planté sa sœur pour une conquête bien moins passionnante. Alors dites-moi un peu de quoi vous avez causé pendant notre absence ». Il allait être déçu. J’allais ouvrir la boucha quand Clark arriva. « Tu peux venir ? » Il y eut des discussions dans le couloir, des portes que l’on fermait et plus rien que le silence. Passée une certaine heure, la lumière se tamisait et l’odeur des cigares me chatouilla le nez. Mon téléphone affichait six appels en absence, tous de Christian. Immédiatement il décrocha.

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« Je m’apprête à faire un choix Harper et je me trouve face à un crucial dilemme. Tu te souviens de Bernstein, le bras droit du patron? Il veut que je passe associer mais qui dit associé dit un poste à résidence fixe à Londres. Ils attendent ma réponse et j’ai pensé à juste titre que tu voudrais savoir. Or si j’accepte, ton existence comme la mienne risque de s’en trouver modifiée. Il te faudra fiche tes amants à la porte et me laisser plus de place dans la salle de bain. Ecoutes, écoutes ! On déjeune ensemble demain midi, je réserve où tu sais alors passes chez ton coiffeur habituel. Tu es toujours là Harper ? —Tu sais que je suis chez Leighmore en ce moment. Je ne pourrais pas me libérer si facilement. —Oh, Harper ! Ne me fais pas cela s’il te plait ! Tu sais combien ce boulot est important pour moi. Je suis au taquet depuis trois ans et j’ai vraiment besoin que tu sois là demain avec moi. Je vais passer associer, tu sais ce que cela représente ? Cela représente beaucoup d’argent et (il baissa la voix) tu me dois bien ça. Allez ma puce, fais un tout petit effort et tu n’auras rien à regretter ! Ta vedette de Westminster comprendra. Alors, on se dit à demain ! » Il raccrocha et interdite, j’avalai mon verre cul-sec ; il me faudrait prévenir pour demain midi. Dans le couloir, un jeune déambulait les mains dans les poches, la mèche peignée sur le côté. « Veuillez m’excuser ? S’il vous plait ! »Il n’était pas si jeune que cela finalement ; un duvet recouvrait sa moustache et son menton. Il devait avoir une trentaine d’années à tout casser, bien sapé avec sa veste à rayures sous son jean boot-cup. « Vous devez être Harper, moi c’est James Rockwell, je bosse ici, le bureau de gauche près de la colonne grecque quand je ne suis pas à la City. Si vous n’avez rien à faire, profiter pour aller dormir une heure ou deux, Virgil est du genre à vous appeler n’importe quand dans la journée, nuit incluse et l’inspiration lui vient bien souvent quand vous venez de plonger dans le sommeil paradoxal. On se voit demain ? Surtout…gardez foi en vous et accrochez-

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vous bien à votre garde-fou, pas sûr que l’on veuille vous rendre service ici. » A 4h15 le téléphone de la chambre sonna. « Levinson, dans mon bureau ! Tout de suite ! » Non, mais…La tête sous mon oreiller je me rendormis quand la porte de ma chambre s’ouvrit et il ouvrit toutes les lampes, les rideaux et tira mes draps. « Vous savez ce qu’est ceci ? Un téléphone ! Une superbe invention d’un certain Bell qui voudrait qu’il se trouve un interlocuteur de chaque côté de la ligne ! Alors quand j’émets un appel, le plus logique serait d’y répondre et si vous ne pouvez pas dans l’immédiat, alors ayez au moins la bonté de me rappeler pour différer notre entretien ! Il est maintenant 4H30 et mon emploi du temps ne me permet pas flâner au lit. Debout, nous avons du boulot ! » Derrière son PC, ses doigts filaient sur son clavier. Ils ne semblaient jamais vouloir s’arrêter ; les mots succédaient aux mots et les phrases aux phrases/ « Que pensez-vous de : L’arbitraire de nos pensées corroborent à l’ingénieuse…A non, ça ne va pas. Je vais plutôt mettre…le ton solennel de nos pensées…Oui c’est ça ! C’est déjà un peu mieux, avouez-le Levinson. J’aime beaucoup votre parfum. Quel est-il ? Shalimar ? C’est très entêtant…La nuit succède au jour et le ton solennel de nos pensées corroborent l’ingéniosité de notre esprit à nous extirper de nos fonctions…Etez-vous perfectionniste Levinson ? Il faut l’être ou accepter la médiocrité comme étant le pain de notre abject quotidien.

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[Epilogue]

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Dépôt légal : [octobre 2015] Imprimé en France

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Heures des Codes