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Université Lyon 2 Institut d’Etudes Politiques de Lyon

Bilan et perspectives des initiatives de tourisme durable au Bénin Sites de Tanongou et de Koussoukoingou – EcoBénin

Mehdi BACCOUCHE Effectué du 10 février au 25 juin 2011


Bilan et perspectives des initiatives d’Êcotourisme communautaire au BÊnin

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Remerciements

Je souhaite tout d’abord adresser mes remerciements à M. Gautier Koffi AMOUSSOU, coordinateur national d’EcoBénin, pour son encadrement, sa confiance et la pleine autonomie qu’il m’a accordées pour mener à bien ce travail. Son implication dans l’écotourisme, sa philosophie du développement, son ouverture au débat m’ont permis d’appréhender les réalités du terrain et les rouages du monde de la coopération. Je remercie M. Xavier ALPHAIZE pour avoir initié ce projet de stage autour des problématiques de tourisme durable. J’exprime ma gratitude pour les conditions dans lesquelles j’ai effectué ce stage de fin d’études, aussi bien intellectuelles que matérielles, à toutes les étapes, et la patience dont il a fait preuve. L’appui de la Région Rhône Alpes a été indispensable à la réalisation de ce projet au Bénin autour d’une problématique d’avenir pour le monde de la coopération. Je remercie M. Joël TANKOUANOU, président de l’association TINFI à Tanongou et M. Parfait PORMATE président de la Perle de l’Atacora à Koussoukoingou. L’accueil et l’encadrement des membres d’EcoBénin, M. Jules LANDJOHOU, chargé de mission dans l’Atacora, et M. Is Deen AKAMBI ont été d’une grande aide pour la réalisation de ce stage. J’ai apprécié l’accueil et les contributions des habitants de Tanongou et Koussoukoingou impliqués dans l’écotourisme. Une pensée particulière aux hébergeuses et aux restauratrices qui m’ont accueilli à Tanongou pendant le stage. Merci à mes collègues et amis stagiaires et volontaires avec qui j’ai partagé cette expérience humaine et professionnelle, et tous ceux qui m’ont permis de mieux comprendre le Bénin pendant ces quelques mois.

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Liste des acronymes et abréviations APEC-TINFI : Association pour la Promotion de l’Ecotourisme Communautaire TINFI ATR : Association pour un Tourisme Responsable AVIGREF : Association Villageoise de Gestion des Ressources en Faunes CTB : Coopération Technique Belge EcoBenin : Bénin Ecotourism Concern FBO-TRS: Fédération Béninoise des Organisations de Tourisme Responsable et Solidaire GTZ : Deutschen Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit, Coopération Technique Allemande MAEP : Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche ME : Micro Entrepreneur MEPN : Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature OGD : Organisme de Gestion de la Destination OMT: Organisation Mondiale du Tourisme ProCGRN : Programme de Conservation et de Gestion des Ressources Naturelles PSDE: Plan Stratégique de Développement de l’écotourisme SCRP : Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté SNV : Coopération Néerlandaise US-ADF: United States - African Development Fund

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Résumé du rapport Présentation de la mission : contexte, objectifs et méthodologie. La Région Rhône Alpes et l’Institut d'Études Politiques de Lyon ont mis en place un partenariat permettant à des étudiants spécialisés en relations internationales, coopération et développement, d’effectuer leur stage de fin d’études en lien avec les problématiques de tourisme durable dans les pays les moins avancés. Dans ce contexte, l’étude suivante est effectuée au Bénin. L’objectif de la mission de stage est de déterminer les indicateurs et les grilles de lectures pertinents pour dresser le bilan d’initiatives de tourisme durable sur leur milieu. Des propositions d’amélioration des processus mis en place sont émises pour permettre de viabiliser les aspects positifs et d'améliorer les points les plus faibles dégagés sur le terrain. La méthodologie suivie consiste à comprendre les enjeux de l’objet et du terrain d’étude, pour ensuite trouver des outils de suivi, des indicateurs pertinents pour mesurer les incidences des projets de tourisme durable. Ces indicateurs sont mis à l’épreuve du terrain pour dresser le bilan de ces initiatives et dégager des propositions pour renforcer les processus mis en place. L’étude est menée sur deux sites d’écotourisme communautaire, Tanongou et Koussoukoingou, suivis par EcoBénin. L’ONG béninoise EcoBénin a pour objectif de promouvoir le développement humain au niveau local et national à travers l’aménagement et la valorisation des ressources naturelles, en initiant des activités génératrices de revenus pour la population locale à partir de l’écotourisme. EcoBénin fournit un appui technique aux structures locales qu’elle encadre, pour la formation, la gestion, le suivi, le marketing et la mobilisation des ressources. Les villages de Tanongou et Koussoukoingou, sont situés dans le département de l’Atacora, au Nord-Ouest du Bénin. C’est la région la plus touristique du Bénin, grâce à la présence du parc de la Pendjari, plus riche réserve naturelle d’Afrique de l’Ouest. Son patrimoine culturel en fait également un attrait touristique. L’agriculture est l’activité essentielle de l’Atacora. La région est une des plus pauvres du Bénin et des moins bien équipées en infrastructures. Le village de Tanongou est situé à proximité de la réserve de la Pendjari (12km) et dispose de chutes d’eau réputées. Le village de Koussoukoingou, en pays ottamari, est connu pour son architecture traditionnelle unique, les Tatas, qui en font sont principal attrait touristique. Le relief de montagne permet également de nombreuses randonnées. Les activités d’écotourisme sont développées depuis 2008 autour de plusieurs segments d’activités : l’hébergement chez l’habitant, la restauration, le guidage pédestre et le guidage à la cascade, l’artisanat, les animations culturelles (danses, chants, contes). Chaque acteur engagé dans des activités écotouristiques génératrices de revenus a le statut de micro-entrepreneur. Sur chaque site écotouristique, les micro-entrepreneurs sont regroupés en association. La question transversale consiste à savoir si le développement d’activités de tourisme durable peut avoir une incidence sensible sur l’amélioration des conditions de vie des populations et le développement durable des territoires. Le bilan s’articule donc autour de trois thématiques : les impacts économiques, le management et les impacts socio-culturels des activités d’écotourisme. Enfin, des propositions sont émises pour améliorer les processus existants. Impacts économiques de l’activité écotouristique. Les besoins pour lancer les activités d’écotourisme sont de deux ordres. L’appui technique d’EcoBénin pour assurer les études de faisabilité, conception des projets, formation, communication et suivi des activités est financé par un partenaire extérieur. A Tanongou, c’est la GTZ qui a assuré le financement entre 2008 et fin 2010, dans le cadre d’un projet plus vaste engagé autour de la réserve de la Pendjari. L’investissement pour lancer les prestations touristiques a été supporté par les microentrepreneurs selon deux modalités. Les investissements mineurs, comme pour la restauration ont

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été faits sur fonds propres. Les investissements plus conséquents pour l’hébergement chez l’habitant ont donné lieu à des micro-crédits sans intérêts d’EcoBénin pour couvrir une partie des frais. L’investissement moyen pour la mise en place d’un hébergement chez l’habitant à Tanongou est de 100000 à 120000 FCFA (150€ à 180€), le micro-crédit est de 60000 FCFA à 80000 FCFA (90€ à 120€). Les revenus moyens des hébergeuses est pour la saison 2010, troisième saison d’activité, entre 150000 et 200000 FCFA (225 à 300€). Les micro-entrepreneurs de tous les segments d’activités ont connu un retour sur investissement dès la première saison. Un système de répartition des prix est mis en place pour assurer des retombées économiques au plus grand nombre. De manière générale, le schéma de répartition est le suivant : 70% de la recette reviennent au micro-entrepreneur, 20% sont dédiés à des projets de développement communautaire et les 10% restant couvrent les besoins de fonctionnement de l’association locale. Les objectifs en termes de fréquentation n’ont pas été clairement fixés au lancement des projets. On évoque à Tanongou un objectif de 10% du nombre de visiteurs annuels au Parc de la Pendjari. En 2009, 6000 touristes ont visité la réserve, 3598 ont visité la cascade de Tanongou et 116 nuitées ont été enregistrées entre les 5 hébergeuses du village. Si la fréquentation est inégale d’un segment à l’autre et loin des objectifs de 10% pour certains segments d’activités, les revenus n’en sont pas moins importants. En 2010, les recettes brutes de Tanongou, toutes prestations confondues, se sont élevées à 5 544 150 FCFA (8425€), dont 835 650 FCFA (1274€) pour la communauté. A Koussoukoingou, les recettes brutes de 3147950 FCFA (4800€) ont permis de dégager 482900 FCFA (736€) pour la communauté. En moyenne, les guides de la cascade de Tanongou ont touché 18000 FCFA (28€) par mois pendant les 7 mois de la grande saison. Pour les 4 premiers mois de la saison 2011, les hébergeuses de Tanongou ont un revenu mensuel moyen de 26655 FCFA (96€). A titre d’exemple, le SMIC béninois mensuel est de 31625 FCFA (48€) et le revenu agricole moyen dans l’Atacora est de 20400 FCFA (31€). Sachant que les activités d’écotourisme sont complémentaires à l’activité principale, les sommes perçues sont importantes dans le contexte socioéconomique local. Un des enjeux du tourisme durable est de créer une dynamique économique sur le territoire. Les besoins de fonctionnement des prestations touristiques doivent donc être au maximum fournis par des producteurs locaux. Le développement d’activités complémentaires au tourisme, comme l’élevage, le maraîchage ou l’artisanat est nécessaire. A Tanongou, un jardin maraicher a été initié par certaines femmes du village, Koussoukoingou a connu sa première récolte de pommes de terre en 2010. La Coopération Technique Belge s’est engagé à financer la poursuite de ce projet à Koussoukoingou pour fin 2011 et 2012. Un effort doit être fait pour développer ce type d’expériences. Elles permettent de lutter contre la concentration des bénéfices du tourisme entre certaines familles en impliquant d’avantage des populations qui n’ont ni la capacité ni la volonté d’entrer en contact direct avec le visiteur. La capacité des acteurs locaux à maitriser la gestion économique de leur activité est un bon indicateur de leur autonomie. Du fait d’un faible niveau de scolarisation et d’outils de gestion inadaptés aux capacités des acteurs, la maitrise de la gestion (comptabilité, statistiques,…) est très faible sur les deux sites. Koussoukoingou bénéficie, grâce à un financement du Fonds de Développement Américain pour l’Afrique, d’un comptable qui gère le suivi des activités. Cependant cette aide n’apporte pas de solution pérenne à une gestion autonome des activités. Ainsi les microentrepreneurs, notamment les femmes qui ont peu ou pas été scolarisées sont parfois dans l’incapacité de dire clairement le montant de leurs revenus sur une période donnée. L’importance d’une bonne maitrise de l’activité, au-delà de l’aspect purement comptable, doit donc pousser les partenaires à renforcer les capacités des acteurs sur ce domaine. EcoBénin, bien conscient de cette difficulté en partie inhérente à l’environnement dans lequel elle intervient, a réagi en mettant en place un système de gestion simplifié et adapté aux capacités locales des acteurs, accompagné de formation et de suivi tout au long de la saison touristique.

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L’utilisation des revenus est un autre enjeu pour EcoBénin. Il convient notamment d’accompagner les micro-entrepreneurs à réinvestir une partie des revenus vers l’activité principale, l’agriculture, en particulier dans des cultures durables et écologiques. Des systèmes d’épargne et de tontine sont également en projet, tout comme la généralisation de la mensualisation des revenus. L’accompagnement dans l’utilisation des revenus est un passage indispensable pour une meilleure durabilité des activités et un impact plus fort sur l’économie locale. Une des faiblesses que l’on retrouve généralement dans les initiatives de tourisme durable dans les pays les moins avancés concerne la promotion et le marketing des activités. Cependant, grâce à l’appui et aux divers réseaux d’EcoBénin, les deux sites d’écotourisme bénéficient d’une assez bonne palette d’outils de communication et de nombreuses références sur internet et dans des guides de voyages. Un effort reste à faire en termes de commercialisation des séjours, qui pose la question de la relation entre des projets locaux de tourisme durable et le marché de visiteurs potentiels. Au niveau local, les acteurs de terrain doivent intégrer de manière plus forte leur rôle de promotion, à l’instar des guides qui, notamment à cause de la barrière de la langue, peinent parfois à promouvoir les activités existantes. Management de l’activité écotouristique. Au-delà de la réussite économique des projets, le bilan s’intéresse aux choix en matière de gestion humaine de l’activité, décisifs pour le succès de telles initiatives. Alors que la gestion communautaire est souvent portée en exemple de bonne pratique, EcoBénin a voulu mettre en place une organisation plus individualisée sous forme de microentreprise. L’aspect communautaire demeure puisque les acteurs sont regroupés en association et reversent une partie de leur recette à la communauté. Le système permet de limiter les risques que chacun peut faire porter à tous les autres membres en cas d’incapacité à poursuivre les activités. Un programme de formation a précédé le lancement des activités. La plupart des microentrepreneurs n’avaient pas d’expérience en matière de prestations touristiques. Les formations ont essentiellement permis un apprentissage des activités. Certains micro-entrepreneurs ont suivi une formation pour le suivi technique des activités (comptabilité, gestion…). Des formations en français ont également été dispensées. Certains des guides de Tanongou, qui ont peu été scolarisés, ont pu réapprendre le français grâce aux activités touristiques. L’essentiel des formations est assuré par EcoBénin, à travers ses chargés de missions, les stagiaires et les volontaires de l’ONG française Planète Urgence. Des formations pour le renforcement des capacités des micro-entrepreneurs sont également proposées aux cours des saisons touristiques, comme l’anglais pour les guides de Koussoukoingou, ou le secourisme pour les plongeurs de la cascade de Tanongou. Les femmes du village de Koussoukoingou, même si elles ne sont pas engagées dans l’écotourisme, ont accès régulièrement à des formations en français (4 sessions de 2 semaines entre février et juin 2011). Il est cependant difficile de juger l’impact de ces formations. Les lacunes en matière de gestion montrent que l’enjeu actuel est de penser les formations en fonction des demandes et des capacités des bénéficiaires. Les micro-entrepreneurs, les femmes particulièrement, sont très demandeurs en formation, notamment pour la gestion personnelle de l’activité et pour le français. La question des relations avec les autorités se pose également dans ce bilan. Rappelons tout d’abord qu’EcoBénin est très actif à l’échelle nationale et régionale pour la régulation des activités de tourisme durable. Un Plan Stratégique de Développement de l’Ecotourisme est en cours d’élaboration, pour le Ministère du Tourisme et de l’Artisanat. Dans la même logique, EcoBénin a mis en place en 2011 avec l’appui de la coopération hollandaise (SNV) des Organisations de Gestion de la Destination dans des régions touristiques stratégiques du Bénin. Ces deux initiatives ont pour objectifs de fixer le cadre d’un développement de ce type d’initiatives et de réunir les acteurs concernés (populations, ONG, autorités, coopération internationale) pour maximiser les chances de

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réussite. Les présidents des associations locales à Tanongou et Koussoukoingou sont associés à ces travaux. A Tanongou, l’association locale entretient des liens avec sa mairie de tutelle, la commune de Tanguiéta, grâce à une convention. La mairie touche 30% des recettes de l’exploitation de la cascade, soit plus d’1 million de FCFA en 2010 (1500€). L’accord de convention prévoit le réinvestissement des sommes collectées pour le développement local. Ce modèle de convention entre les structures locales et les collectivités territoriales ouvre des perspectives en matière de coopération décentralisée pour permettre aux collectivités européennes d’accompagner ce type d’initiatives. Impacts socio-culturels de l’activité Ce bilan s’intéresse enfin à la relation entre les activités de tourisme durable et l’environnement socio-culturel dans lequel elles s’implantent. Si les excès du tourisme de masse sont bien connus, quelle est l’influence du tourisme durable sur les sociétés ? L’apport conséquent en matière de revenus permet une amélioration des conditions de vie des ménages impliqués dans l’écotourisme. Les micro-entrepreneurs déclarent dépenser prioritairement dans la santé, la scolarité des enfants et l’achat de biens de consommation courante. L’apport de ces revenus permet de faire face à des imprévus, qui étaient auparavant surmontés par la vente de stocks de la production agricole. Ils permettent au ménage de conserver leur production pour la consommation et d’assurer une meilleure sécurité alimentaire. Ces nouveaux revenus soulagent aussi les enfants des tâches agricoles et facilitent le paiement des frais de scolarité. L’écotourisme joue un rôle dans l’autonomisation des femmes micro-entrepreneures grâce à une indépendance financière. Mais au-delà de l’aspect financier, on assiste à un réel renforcement des capacités des femmes et à une forme de promotion sociale. Ainsi, pour la journée de la Femme 2011, sur les dix femmes de Tanongou désignées pour aller en ville fêter l’évènement, 9 sont engagées dans les activités de tourisme durable. Pour quiconque observe les impacts de ces activités d’écotourisme sur ces communautés, un des traits les plus marquants est certainement la place qu’ont su prendre ces femmes dans le projet. Le rapport traite enfin des formes que prennent les effets du tourisme durable sur la communauté dans son ensemble. Les échanges avec des personnalités du village comme le directeur d’école ou l’infirmier ont permis de comprendre, avec un regard extérieur, l’influence de tels projets sur une communauté. Les deux faits les plus marquants sont la baisse très sensible de la mendicité dans le village et l’amélioration de la salubrité. La préservation du patrimoine naturel et culturel des territoires est également déterminante pour l’amélioration des conditions de vie des communautés. A Koussoukoingou, une partie des recettes est reversée aux propriétaires d’habitations traditionnelles pour les inciter à investir dans la conservation de ce patrimoine. Le tourisme durable permet alors d’éveiller les consciences sur le potentiel existant dans le patrimoine. Enfin, les fonds dégagés pour la communauté permettent de toucher la population dans son ensemble et de légitimer le bien fondé de la présence du tourisme sur le territoire. A Koussoukoingou, ces fonds et les partenariats de l’association ont permis la construction de plusieurs infrastructures sociocommunautaires et d’aider des familles démunies. Perspectives : Comment améliorer les processus mis en place ? Si le rapport a permis de dresser le bilan de ces expériences, il convient également de dégager des propositions pour améliorer les processus existants. Ces propositions ont été discutées et élaborées avec les acteurs locaux et certaines sont déjà mises en pratique. Elles s’articulent autour de cinq éléments : - Le renforcement de la maitrise de l’activité grâce à des outils adaptés aux capacités des acteurs, pour permettre à chacun de gérer et anticiper son activité.

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- La mise en place d’un programme de promotion et de marketing des sites écotouristiques pour essayer de stabiliser les flux de visiteurs, et qui passe notamment par la recherche de nouveaux partenaires étrangers. - L’appui au développement d’activités complémentaires pour dynamiser l’effet multiplicateur du tourisme. - Une plus grande visibilité et pertinence des projets communautaires. - La création d’un cadre réglementaire reconnu par les acteurs du secteur et les autorités locales.

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TABLE DES MATIERES Remerciements ....................................................................................................................................... 2 Liste des acronymes et abréviations ....................................................................................................... 3 Résumé du rapport.................................................................................................................................. 4 Introduction........................................................................................................................................... 11 Partie I : Présentation de la mission ...................................................................................................... 13 1)

Les initiatives de tourisme durable : définitions des concepts. ............................................ 13

2)

Eléments d’informations sur le Bénin ....................................................................................... 15

3)

Objectifs de la mission de stage ................................................................................................ 17

4)

Rappel sur la méthodologie ...................................................................................................... 18

5)

Présentation de la structure d’accueil et des sites étudiés....................................................... 20 a.

EcoBénin ................................................................................................................................ 20

b.

Présentation des sites étudiés .............................................................................................. 21

Partie II : Impacts économiques de l’activité écotouristique ................................................................ 27 1)

Lancement des activités et investissements ............................................................................. 27

2)

Gains de l’écotourisme : répartition des recettes et revenus ................................................... 28

3)

Impacts sur l’économie locale ................................................................................................... 33

4)

Gestion ...................................................................................................................................... 34

5)

Marketing .................................................................................................................................. 37

Partie III : Management de l’activité écotouristique............................................................................. 40 1)

Formation et maitrise de l’activité ............................................................................................ 40

2)

Gouvernance et management de l’activité ............................................................................... 41

3)

Ecotourisme et pouvoirs publics ............................................................................................... 42

Partie IV : Impacts socio-culturels de l’activité ..................................................................................... 45 1)

Impacts sur les conditions de vie des ménages et l’autonomisation des femmes. .................. 45

2)

Impact sur les pratiques sociales et l’environnement de la communauté. .............................. 49

3)

Fonds et projets communautaires ............................................................................................ 51

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Perspectives : Comment améliorer les processus mis en place ? ......................................................... 53 Conclusion ............................................................................................................................................. 58 Bibliographie succincte.......................................................................................................................... 60 Annexes ................................................................................................................................................. 61 Annexe 1 – Fiche Pays Bénin, principaux indicateurs économiques ................................................. 62 Annexe 2 – Convention Mairie de Tanguiéta – Association pour la promotion de l’écotourisme communautaire TINFI (arrondissement de TANONGOU) ................................................................. 65 Annexe 3 – Brochure communication Koussoukoingou ................................................................... 67 Annexe 4 – Brochure présentation des sites écotouristiques d’EcoBénin........................................ 68 Annexe 5 – Carte du Bénin avec les sites d’écotourisme et les circuits d’EcoBénin. ........................ 69 Annexe 6 - Photos des sites d’écotourisme communautaire............................................................ 70 Annexe 7 – Les critères mondiaux de référence pour le tourisme durable. ..................................... 78

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Introduction Le tourisme international s'est imposé comme un phénomène ancré dans la mondialisation à plusieurs niveaux. L'industrie touristique est la seule branche internationale du secteur tertiaire qui, depuis 50 ans, croit sans relâche et connait une quadruple amplification à l'échelle mondiale. Tout d'abord un accroissement ininterrompu du point de vue économique. Le tourisme représente 30 %1 des exportations de services commerciaux dans le monde, et 6% du total des exportations de biens et services. En termes de poste d'exportation, le tourisme se classe au quatrième rang, derrière les carburants, les produits chimiques et l'automobile. Dans les pays en développement, le tourisme est souvent un des premiers postes d'exportation. La contribution du tourisme au produit intérieur brut dans le monde est d'environ 5%. En matière d'emplois, l'activité touristique représente 6 à 7% du nombre total d'emplois. Le tourisme ne connaît presque plus de limites géographiques, avec l'essor des transports et des moyens de communications, ainsi que l'ouverture des frontières due au phénomène de mondialisation. Mais le tourisme est également devenu un phénomène humain, social et culturel. En 2010, l'Organisation Mondiale du Tourisme a estimé à 935 millions le nombre d’entrées de touristes internationaux. Cependant, dans le cadre du tourisme du Nord vers le Sud, les rencontres et les contacts entre des niveaux de vie et des cultures éloignées ne sont pas sans conséquences sur les organisations sociales locales. Le tourisme est donc plus qu'une activité économique, soulevant de nombreux questionnements : culturels, sociaux, éthiques, environnementaux, urbanistiques... Se pencher sur les effets cette activité permet d'avoir une vision concrète des effets de la l’évolution de ce secteur sur les économies et les sociétés des pays en voie de développement. Certes massifié, le tourisme est souvent l’apanage de privilégiés : un septième de l’humanité, en position économique, culturelle et politique de visiter les six autres septièmes. En cela, il constitue un reflet assez fidèle de l’organisation de la planète et de ses disparités. Les excès du tourisme de masse et les effets contreproductifs qu'il peut avoir sur les pays récepteurs du Sud, à la fois en terme économique, environnemental et socio-culturel ont poussé à une réflexion sur la durabilité du tourisme. Différentes initiatives ont émergé,

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Les chiffres présentés sont extraits de Faits saillants du tourisme, Organisation Mondiale du Tourisme, édition 2010.

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notamment dans les pays du Sud, pour maximiser les impacts positifs du tourisme, aussi bien sur le plan économique que sur la conservation des patrimoines naturels et culturels. La Région Rhône Alpes, budget le plus important en matière de coopération décentralisée en France, et l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon ont mis en place un partenariat permettant à des étudiants spécialisés en relations internationales, coopération et développement, d’effectuer leur stage de fin d’études en lien avec les problématiques de tourisme durable dans les pays les moins avancés, le Bénin dans le cas présent. Ces initiatives de tourisme durable permettent-elles d’avoir une autre approche du tourisme dans les pays les moins avancés, en minimisant les effets négatifs et en renforçant les bienfaits potentiels de l’activité touristique ? Ces projets permettent-ils d’agir en matière de lutte contre la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie ? Permettent-ils d’avoir un impact sur les communautés, au-delà des acteurs impliqués directement dans ces activités ? Dans un premier temps, nous reviendrons sur le contexte du stage, en présentant les concepts, objectifs et méthodologie et en introduisant le Bénin, la structure d’accueil et les sites étudiés. Dans une seconde partie seront présentés les principaux résultats de l’évaluation suivant trois grandes thématiques : les impacts économiques des activités, le management de l’activité et les impacts de l’activité sur la vie des communautés, en matière sociale, culturelle et environnementale. Enfin, à l’issue de l’évaluation, nous mettrons en avant quelques propositions pour améliorer les processus mis en place.

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Partie I : Présentation de la mission 1) Les initiatives de tourisme durable : définitions des concepts. Les effets négatifs que peut engendrer le tourisme de masse, au niveau économique, environnemental et socioculturel, ont suscité une réflexion pour s’en prémunir et garantir sur le long terme la durabilité du secteur. Le tourisme durable doit exploiter de façon optimum les ressources de l’environnement qui constituent un élément clé de la mise en valeur touristique, en préservant les processus écologiques essentiels et en aidant à sauvegarder la biodiversité. Il doit aussi respecter l’authenticité socioculturelle des communautés d’accueil, conserver les atouts culturels (bâti et vivant) et leurs valeurs traditionnelles, en contribuant à l’entente et à la tolérance interculturelles. Il doit également permettre d’assurer une activité économique viable sur le long terme offrant à toutes les parties prenantes des avantages socioéconomiques équitablement répartis, notamment des emplois stables, des possibilités de bénéfices et de services sociaux pour les communautés d’accueil, pour contribuer ainsi à la réduction de la pauvreté. Le développement durable du tourisme requiert la participation en connaissance de cause de tous les acteurs concernés, ainsi qu’une forte volonté politique pour assurer une large participation et l’existence d’un consensus. Le tourisme durable est le fruit d’efforts permanents et à long terme, il exige un contrôle constant des effets de cette activité, ce qui suppose l’adoption chaque fois qu’il y a lieu, des mesures préventives et correctrices nécessaires. Le tourisme durable devrait aussi satisfaire au plus haut niveau possible les touristes, et représenter pour eux une expérience utile en leur faisant prendre davantage conscience des problèmes de durabilité et en encourageant les bonnes pratiques. L’Association pour un Tourisme Responsable (ATR), réseau français qui regroupe des structures qui interviennent dans le tourisme durable, définit l’activité comme l’application des principes du développement durable à toutes les formes de tourisme. Il s’agit donc de veiller aux équilibres socioculturels et écologiques tout en favorisant le développement économique des destinations et des entreprises touristiques. Au fil de différentes initiatives, des sous-catégories sont apparues dans le tourisme durable. On entend ainsi parler de tourisme solidaire, équitable, responsable ou encore d’écotourisme. Les initiatives étudiées pour ce travail se réfèrent à l’écotourisme et au tourisme communautaire. The International Ecotourism Society (TIES) définie en 1991 l’écotourisme comme étant « une forme de voyage dans les espaces naturels, qui contribue à la protection de l’environnement et au bien-être des populations locales ». En 1989, K. Ziffer avait proposé une première définition de l’écotourisme, « forme de tourisme qui s’inspire avant tout de

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l’histoire naturelle d’une région, notamment de ses cultures autochtones, qui nécessite aussi une gestion active de la part du pays ou de la région d’accueil, qui prend l’engagement d’établir et de maintenir les sites de concert avec les résidents, d’assurer une commercialisation appropriée, d’assurer l’application de la réglementation et d’affecter les recettes de l’entreprise au financement de la gestion des terres et au développement communautaire. » Le tourisme communautaire est centré sur l’implication des populations locales dans un développement touristique localisé et à leur profit : elles construisent et gèrent des structures d’accueil des voyageurs, comme l’ensemble des services qui leur sont proposés localement. Elles conservent un contrôle complet sur les revenus qui servent à l’amélioration des conditions de vie de la communauté. Elles donnent une importance particulière au respect de la nature et leurs traditions. Cette forme de développement du tourisme est souvent combinée avec le développement d’activités productives, telles que des ateliers de transformation de produits agricoles ou d’artisanat dont les produits sont prioritairement vendus aux touristes. Ces initiatives de tourisme durable ont de plus en plus d’échos auprès des acteurs du monde du développement. Le programme ST-EP, Sustainable Tourism for Eliminating Poverty, a été mis en place à l'issue du Sommet mondial de 2002 sur le développement durable à Johannesburg. L'OMT a été mandaté en 2003 pour poursuivre la mise en œuvre effective de ce programme. Basé à Seoul, le ST-EP a pour mission d'offrir les moyens d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en s'appuyant sur le potentiel touristique des PMA dans une perspective durable et à long terme, en matière de viabilité économique, sociale et environnementale. La Banque Mondiale, la CNUCED, le PNUD ou encore le PNUE sont engagés dans des projets qui mettent en avant les initiatives de tourisme durable. Le ministère des affaires étrangères et européennes français a publié en mars 2009 un document d'orientation stratégique sur l'aide publique au développement de la France 2

sur le thème Tourisme responsable, Territoire et aménagement. Ce document a pour objectif de « soutenir la définition et la mise en place de politiques en faveur de formes de tourisme responsable au bénéfice du développement durable des territoires et de leurs populations» à travers différents objectifs stratégiques, comme le renforcement de la gouvernance multi-acteurs, pour mieux maitriser le tourisme comme outils de développement, le soutien aux opérations de coopération et de partenariats ou le développement du tourisme durable dans toutes ses dimensions.

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Tourisme responsable et territoire, Document d’orientation stratégique pour l’aide publique au développement de la France, MAEE, mars 2009.

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La direction générale de la coopération et du développement (MAEE) a publié en 2006 un rapport sur l'action des collectivités en matière de tourisme durable à travers la 3

coopération décentralisée , invitant les collectivités françaises à prendre en compte de manière plus importante les problématiques autour du tourisme durable dans leurs coopérations. Ces quelques exemples illustrent donc la place croissante que prennent les initiatives de tourisme durable dans les projets de coopération et développement.

2) Eléments d’informations sur le Bénin Considéré comme faisant partie des « pays les moins avancés », le Bénin, ancienne colonie française du Dahomey, indépendant depuis le 1 er août 1960, compte 8,9 millions d’habitants et 52 groupes ethniques.

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Le Bénin demeure l’un des pays les plus pauvres du monde, 39% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Le développement et la croissance se heurtent sans cesse à des obstacles majeurs, tout d’abord en termes de dépendance vis-à-vis des ressources énergétiques, l’importance de la corruption, la mauvaise gestion de l’administration publique et la vulnérabilité face aux prix des denrées alimentaires et des biens de première nécessité. La croissance rapide de la population rend ces obstacles d’ autant plus difficile à surmonter. Les problèmes d’infrastructures demeurent un réel frein au développement des investissements étrangers au Bénin. D’après une enquête menée par la CNUCED sur les obstacles administratifs aux investissements perçus au Bénin, les 3 premiers points qui ressortent sont le branchement à l’électricité, l’eau et les eaux usées, et les lignes téléphoniques. L’état général du réseau routier rend également les échanges difficiles, alors que le Bénin à travers le port de Cotonou est une porte d’entrée de nombreuses marchandises et hydrocarbures 3

Coopération décentralisée, tourisme responsable et solidaire et développement des territoires, Direction générale de la coopération internationale et du développement, MAEE, 2006 4

CF en annexe, Fiche Pays Bénin, pour les principaux indicateurs sociaux et économiques du pays.

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pour les pays voisins sans façade maritime comme le Burkina Faso, le Niger, le sud-est du Mali. En 1989, le Gouvernement béninois a lancé un ambitieux programme de réformes politiques et économiques. Le Bénin a ainsi retrouvé progressivement la voie de la démocratie avec la mise en place du multipartisme et les élections démocratiques de 1991. Les profondes réformes structurelles engagées par les autorités ont permis au pays d'atteindre une stabilité macroéconomique et une bonne intégration dans l'économie régionale et mondiale. La décennie 90 a été marquée par la mise en place d'un vaste programme de réformes visant la stabilisation et la libéralisation de l'économie. La Constitution du 11 décembre 1990 a consacré le droit de propriété, le principe d'égalité de traitement de toute personne devant la loi, le droit de libre établissement sans distinction de nationalité et le principe du traitement national en matière d'investissements. Un nouveau code des investissements a été adopté et une agence de promotion, le Centre de promotion des investissements (CPI), a été établie. La nette amélioration du cadre de l'investissement et le vaste programme de privatisation et de libéralisation ont permis au Bénin d'enregistrer une augmentation significative des flux entrants d'investissements directs étrangers au milieu des années 90. L’économie béninoise a ressenti de manière significative les effets de la crise économique. La croissance a chuté de 5% en 2008 à 2,5% en 2009, elle n’a atteint que 2,8% en 2010. De plus, le Bénin a enregistré de faibles performances en comparaison aux autres états de l’Union Economique Monétaire Ouest Africains (UMEOA), qui s’expliquent notamment par la grande sensibilité de l’économie béninoise aux chocs externes. En effet le Bénin est très dépendant de la demande du Nigéria, et la forte baisse post-crise a eu des effets importants. Les recettes douanières, par exemple, se chiffrent à 82,3 milliards de FCFA (125,5 millions d’€) à fin avril 2009 contre un objectif initial de 100,4 milliards FCFA (152.5 millions d’€) et une réalisation de 85,6 milliards FCFA (129.8 millions d’€) à fin avril 2008. L’économie reste également tributaire de l’exportation de coton, la hausse récente des prix ne devrait cependant pas suffire à améliorer les indicateurs. La croissance devrait toutefois être tirée par le commerce, les investissements et l’aide au développement, les perspectives économiques à moyen terme s’annonce relativement bonnes. Si l’environnement des affaires n’est pas optimal tant du point de vue administratif que des infrastructures, le Bénin détient toutefois l’avantage d’être stable politiquement et socialement dans une région traversée par de nombreux troubles. Le Bénin est aussi une place stratégique géographiquement, son port en fait une zone d’échange et de réexportation. Au niveau sectoriel, les domaines qui présentent les opportunités les plus intéressantes pour les investisseurs privés sont l'agriculture et l'agroalimentaire, la production et la transformation du coton, l’exploitation des ressources minières et le tourisme.

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Réélu pour un second quinquennat en avril 2011, le Président de la République Yahi BONI souhaite engager les réformes pour dynamiser le secteur privé et en faire le moteur de la croissance, et lutter contre la corruption qui gangrène l’administration publique. Cependant, ces objectifs étaient déjà ceux fixés pour le précédent mandat, avec des résultats encore trop timides pour être convaincants. Le tourisme, malgré la faiblesse d’un secteur encore naissant, se classe au second rang de l'économie nationale après l'agriculture. C'est d'abord un tourisme d'affaire, de congrès. On constate deux pôles dans l'organisation touristique au Bénin, avec une macrocéphalie de Cotonou, qui concentre les équipements et les aménagements, et capte le tourisme d'affaire qui connaît une nette croissance, et la région Atacora Donga, au NordOuest, qui draine le flux le plus important de touristes de loisirs, vision, culture... Les handicaps au développement du tourisme et de l’écotourisme à l’heure actuelle au Bénin sont nombreux : non visibilité du secteur, absence de priorité accordée à ce secteur par le Gouvernement comparativement à son apport, méconnaissance de l’apport du secteur au développement local, absence de focus sur le tourisme dans les politiques et stratégies de développement communal, absence des infrastructures d’accueil et d’hébergement dans les localités à fort potentiel, manque de motivation des opérateurs privés touristiques, faible capacité opérationnelle et manque de moyens techniques, matériels et financiers des institutions nationales chargées du tourisme dans l’accompagnement écotouristique. Selon le Ministère de l’Artisanat et du Tourisme, les arrivées touristiques sont de 188000 et 190000 visiteurs respectivement en 2008 et 2009. Les éco-touristes représentent entre 18% et 19% des arrivées totales de touristes sur cette période.

3) Objectifs de la mission de stage L’objectif global du stage consiste à élaborer des outils de suivi et d’évaluation des activités de tourisme durable, de les mettre en application sur les sites de Tanongou et Koussoukoingou au Bénin, puis de dégager des propositions d’amélioration des processus mis en place. Plus spécifiquement, le travail réalisé durant cette période de stage consiste à élaborer des outils utilisables aux différentes étapes d’avancement des sites, mais également d’un site éco-touristique à l’autre, pour mesurer les impacts de l’activité sur le plan économique, social et environnemental, permettant de renforcer les expériences positives et de proposer des alternatives et des modifications. La mise en application de ces outils sera un moyen d’appréhender les effets de l’écotourisme en matière de développement. À partir des résultats obtenus sur la question des impacts de l'écotourisme, des propositions seront émises pour améliorer les processus existants.

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4) Rappel sur la méthodologie Il convient de distinguer 4 grandes phases dans la démarche d'évaluation.

La phase préparatoire, permet de définir le contexte et de recueillir diverses informations sur la zone étudiée. Cette phase a été effectuée en partie en France avant le départ, pour recueillir des informations sur le tourisme durable, ses modalités, mais également sur le Bénin et sa région. La rencontre avec des acteurs du tourisme durable a également permis de mieux comprendre les enjeux de ces problématiques. Au siège d’EcoBénin à Abomey-Calavi, et à l’arrivée sur les sites étudiés, la phase préparatoire a permis de récolter des données sur les sites (histoire, culture, géographie…) mais aussi sur l’historique des projets et leur état d’avancement. La phase exploratoire, plus méthodologique, permet de se focaliser sur les indicateurs pertinents pour le territoire en associant les acteurs du projet. Cette phase correspond au travail d’élaboration des indicateurs et des outils de bilan. Dans un souci d’ajustement des outils à la réalité du terrain, cette phase d’élaboration a été reprise plusieurs fois. La phase opératoire correspond à la phase de collecte de données sur le terrain. C’est la phase la plus longue du stage. Il convient de préciser que la période de terrain n’a pas été seulement dédiée à l’évaluation qui nécessite une certaine connaissance du terrain, de

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l’organisation locale, des acteurs. Afin d’identifier les principaux enjeux des activités ainsi que quelques clés de compréhensions de l’environnement local, travail de suivi général des activités d’écotourisme a été mené, grâce à l’encadrement du chargé de mission EcoBénin de la région Atacora-Donga, M. Jules LANDJOHOU. Ce travail a essentiellement consisté au suivi de la gestion de l’activité, à la proposition d’un nouveau système de gestion et de suivi de la répartition des revenus et à de la formation. J’ai également pu participer aux ateliers d’élaboration du Plan Stratégique de Développement de l’Ecotourisme au Bénin. Ces ateliers ont été l’occasion de mieux saisir la place des initiatives de tourisme durable au Bénin, et de comprendre de manière générale comment peut être établi un plan d’organisation à une échelle nationale. Ces ateliers m’ont aussi permis de rencontrer les différents acteurs qui interviennent dans l’écotourisme, des élus aux responsables de structures sur le terrain, en passant par les acteurs du monde de la coopération. Autant dire que ces différentes expériences au cours de la période de terrain m’ont permis d’appréhender de manière plus globale la réalité des projets de développements basés sur les initiatives de tourisme durable, et ainsi d’avoir plus de clés de compréhension en main pour réaliser le bilan de ces initiatives. La collecte de données s’est faite sous plusieurs formes. Des réunions collectives ont été menées avec les micro-entrepreneurs dans les différentes branches d’activités de l’écotourisme, des entretiens individuels ont été réalisés avec le président de la structure ainsi que les membres du bureau et certains micro-entrepreneurs. Des personnalités comme le responsable du dispensaire, directeur ou maître d’école, autorités traditionnelles et administratives ont aussi été rencontrées et interrogées, tout comme des habitants qui n’ont pas de rôle directs dans l’écotourisme. Beaucoup d’entretiens se sont déroulés de façon informelle, permettant toutefois de récolter beaucoup d’informations. Les touristes de passage sur les sites éco-touristiques ont aussi été invité à s’exprimer. L’évaluation nécessite également un travail de traitement de données, notamment des statistiques de fréquentations et des revenus. La collecte de données se fait également à travers les différents documents de projets qui existent sur chacun des sites, comme les études de faisabilité, les bilans et rapports d’évaluation précédents, les rapports d’interventions, les conventions avec les autorités locales ou les documents des bailleurs de fonds. Enfin, la phase de restitution permet, après le traitement des données et la rédaction du rapport, de soumettre les conclusions du bilan et d'en débattre avec les acteurs. Les propositions formulées en fin de rapport sont donc le résultat de cette phase de restitution, puisqu’elles sont le fruit de débats avec les acteurs du terrain et des responsables d’EcoBénin.

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5) Présentation de la structure d’accueil et des sites étudiés a. EcoBénin Crée en 1999, Bénin Ecotourism Concern, dit EcoBénin, est une organisation non gouvernementale béninoise ayant pour but de promouvoir le développement humain au niveau local et national à travers l’aménagement et la valorisation des ressources naturelles, à des fins d’écotourisme et d’écodéveloppement. L’objectif est de créer de la valeur ajoutée en initiant des activités génératrices de revenus pour la population locale. EcoBénin fournit un appui technique aux structures locales qu’elle encadre, pour la formation, la gestion, le suivi, le marketing et la mobilisation des ressources. L’écotourisme est alors utilisé comme support économique du développement des communautés locales, soit dans des régions où les revenus traditionnellement liés à la pêche ou à l’agriculture sont en baisse, soit dans des localités disposant d’un patrimoine naturel et culturel menacé de disparition ou mal exploité. Les activités de l’ONG visent à développer des services touristiques simples sous forme de micro-entreprise, qui bénéficient avant tout aux communautés d’accueil et qui participent à la protection de leurs ressources naturelles et de leur identité culturelle. Dans une volonté d’autonomisation, les sites d’écotourisme sont gérés par les communautés hôtes. Une part des recettes (entre 10 et 25% selon les activités et les projets) est destinée à la réalisation de projets d’intérêt communautaire (réfection d’une école, construction de latrines, etc.) ou à aider les familles les plus démunies.

EcoBenin travaille également avec des organismes internationaux de développement (SNV, GTZ, FFEM) pour permettre l’autonomie de gestion des activités écotouristiques aux communautés locales. Gautier Amoussou, coordinateur national de la structure a développé un important réseau à l’échelle régionale et mondiale. L’équipe d’EcoBénin est reconnue en tant que consultant et réalise des études de faisabilité pour le lancement d’autres initiatives d’écotourisme. L’ONG est actuellement engagée auprès du Ministère de l’Artisanat et du Tourisme pour l’élaboration d’un Plan Stratégique de Développement de l’Ecotourisme au Bénin. Toujours dans le cadre de la planification de l’écotourisme à l’échelle nationale, EcoBénin travaille en partenariat avec la coopération néerlandaise (SNV) à l’appui de structure régionale regroupant les différents acteurs du secteur de l’écotourisme, les Organismes de Gestion de la Destination. Les OGD regroupent les représentants des pouvoirs publics, les acteurs du secteur privés, les associations locales et les représentants de la coopération internationale. EcoBénin est également l’initiateur de la Fédération Béninoise des Organisations de Tourisme Responsable et Solidaire (FBO-TRS). Cette fédération regroupe une dizaine de structures qui interviennent sur des problématiques de tourisme durable. La fédération organise chaque année la journée mondiale de l’écotourisme au Bénin.

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b. Présentation des sites étudiés

Les villages de Tanongou et Koussoukoingou où sont développées des activités d’écotourisme sont tous deux situés dans le département de l’Atacora, au Nord-Ouest du Bénin. Région montagneuse, l’Atacora est connue pour être le château d’eau du Bénin. C’est également la région la plus touristique du Bénin, notamment grâce à la présence du parc de la Pendjari, plus riche réserve naturelle d’Afrique de l’Ouest. Son patrimoine culturel en fait également un attrait touristique, notamment la culture ottamari et son architecture particulière. L’agriculture est l’activité essentielle de l’Atacora. La région est une des plus pauvres du Bénin et des moins bien équipées en infrastructures.

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Carte du département Atacora, extrait du PSDE.

Tanongou Le village de Tanongou est un arrondissement de la commune de Tanguiéta, dans le département de l’Atacora situé au Nord-Ouest du Bénin. La population est d’environ 1500 habitants et composée de deux groupes ethniques, les Gourmantché et les Waama, et quelques campements de Peul (éleveurs semi sédentaires). Tanongou est un village riverain du Parc de la Pendjari, plus grande réserve d’Afrique de l’ouest et une des premières attractions touristiques du Bénin. Tanongou est également connu pour ses chutes d’eau, qui constituent une étape sur la route du Parc de la Pendjari. Le village a donc une position stratégique en terme touristique, entouré de deux attractions phare du tourisme au Bénin et en Afrique de l’Ouest. La population vit de l’activité agricole (maïs, coton, mil, sorgho…) et pour certains ménages du tourisme, qui constitue une activité complémentaire. Au-delà des activités écotouristiques qui seront détaillées plus bas, un campement de chasse et un hôtel restaurant se trouve à proximité du village. Le campement de chasse reçoit une clientèle de chasseurs européens, qui viennent chasser dans la zone cynégétique du Parc de la Pendjari. L’activité de chasse est réglementée par les autorités du Parc, mais sont gérées par un particulier béninois qui a le statut d’amodiateur. Une quinzaine d’hommes ont une activité secondaire au camp de chasse, en tant que pisteur ou porteur. L’hôtel-restaurant est situé à l’entrée de la cascade. C’est un relai de l’hôtel Tata Somba, chaîne hôtelière publique. Le

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relai emploi 3 personnes, deux vivent au village mais sont originaires d’autres villages riverains du parc de la Pendjari, le troisième est originaire et vit à Tanongou. Grâce à son statut de bureau d’arrondissement, Tanongou dispose des infrastructures de base : une école, un collège d’enseignement général qui vient d’être ouvert (classe de 6ème), un dispensaire maternité, deux pompes à eau. Le village n’a pas accès à l’électricité et aucun équipement d’eau courante ni de traitement des eaux usées n’est en place. La couverture du réseau téléphonique est très faible. Le lancement des activités d’écotourisme dans le village de Tanongou c’est fait dans le cadre d’un projet plus vaste, le Programme de Gestion et de Conservation des Ressources Naturelles (ProGCRN), financé par la coopération allemande (GTZ) pour le gouvernement béninois. Dans le cadre de ce projet destiné à la périphérie de la réserve naturelle de la Pendjari, le volet « développement local » prévoit la mise en place d’activités génératrices de revenus pour la population, dans le but de préserver les ressources naturelles. Le but initial était de fournir de nouveaux revenus aux populations pour limiter le braconnage. C’est EcoBénin qui a été choisi pour assurer la mise en place des activités d’écotourisme à Tanongou. Une structure locale a été créée afin de regrouper les habitants de Tanongou investis dans l’écotourisme, l’Association pour la Promotion de l’Ecotourisme Communautaire TINFI (APEC TINFI). Le mont « TINFI » peut être traduit de la langue gourmantché par « luttons pour progresser ». TINFI est un comité spécial des Associations Villageoises de Gestion des Ressources en Faune (AVIGREF), organe de la direction du parc de la Pendjari, présent dans tous les villages riverains de la réserve. On dénombre 23 AVIGREF en périphérie du parc de la Pendjari. Le but des AVIGREF est de faire de cette aire protégée un modèle de cogestion et le moteur du développement durable de la région, en conciliant besoins des populations et exigences de la conservation. Les deux principaux objectifs des AVIGREF sont la participation à la gestion durable de la réserve de biosphère de la Pendjari en lien avec la direction du parc, et la réduction de la pression des populations sur la réserve par la mise en œuvre d’activités génératrices de revenus. Ce sont les statuts des AVIGREF qui supportent TINFI, qui ne dispose pas de ses propres statuts, n’ayant qu’un règlement intérieur. TINFI n’a donc pas d’existence légale et n’est pas déclarée en préfecture. L’association pour la promotion de l’écotourisme TINFI regroupe les acteurs engagés dans les activités écotouristiques autour de 5 segments d’activités : l’hébergement, la restauration, le guidage, l’artisanat et les activités culturelles. Cinq femmes micro-entrepreneurs exercent l'activité d'hébergement dans le village de Tanongou depuis 2008. Les hébergements sont constitués d'une ou deux chambres (case traditionnelle) d'un coin douche, une toilette sèche, un salon de jardin abrité, le tout à l'intérieur de la concession familiale, le plus souvent séparé par une palissade en paille. L'activité consiste à assurer l'accueil et l'hébergement du client (tenue de la chambre, qui

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doit toujours être prête à accueillir des clients), au service du petit déjeuner et éventuellement blanchisserie. Chaque hébergeuse travaille en binôme avec une restauratrice. Les hébergeuses sont regroupées en segment dans l'APEC TINFI, et sont représentées par leur présidente dans le bureau de l'association. La capacité d'accueil actuelle est de cinq chambres doubles et deux simples soit 12 places. Le coût d'une nuit simple est de 3000 FCFA (4,5 €)5 et la double à 5000 F CFA (7,6 €). Le petit déjeuner coûte 500 F CFA (environ 75 centimes d'€). Comme pour l'hébergement, il y a 5 micro-entrepreneurs (5 femmes) qui exercent depuis 2008 l'activité de restauration à Tanongou. Elles ont suivi une formation à la préparation de repas adaptés à la clientèle avant le lancement de l'activité. Chaque restauratrice travaille en binôme avec une hébergeuse, pour garantir une activité à chacune. Ainsi les clients dorment et mangent chez le même binôme. Lors de la venue de groupe, les 5 restauratrices cuisinent ensemble et servent le repas dans le « restaurant », constitué d'une paillote, tables et chaises chez l'une des restauratrices. Des menus ont été élaborés en partenariat avec EcoBénin. Le prix d'un repas (plat chaud + dessert) a été fixé à 1500 F CFA. Les restauratrices sont regroupées en bureau et leur présidente les représente dans le bureau de TINFI. Les chutes d'eau de Tanongou sont un des sites phares du tourisme dans l'Atacora, passage quasi obligé sur la route du parc de la Pendjari. L'organisation actuelle est la suivante : - 5 guides et 5 plongeurs ont été sélectionnés fin 2007, et eux seulement ont la compétence à guider les clients, étrangers ou béninois, sur le site (exception faite des visiteurs riverains qui peuvent aller et venir sur le site, même si la fréquentation touristique a de fait limité l'accès aux populations locales à la cascade, notamment les enfants). Il est obligatoire d'être accompagné d'un guide. Les guides et plongeurs sont organisés en bureau et leur président les représente au bureau de TINFI. Un artisan a été identifié dans le village pour la production de peintures sur toile destinées à être vendues aux touristes. Il a suivi une formation, et il a à sa disposition une « boutique » à l'entrée du site de la cascade, où on trouve d'autres formes d'artisanat et du miel. Un autre artisan a été identifié au village pour la réalisation du mobilier en bambou des chambres du segment hébergement, tables, chaises, lits et bancs. La troupe traditionnelle Kikontchiarga regroupe une trentaine de personnes, hommes et femmes, danseurs, joueurs de tam-tam, flutistes, crieuses de you-you... et propose des représentations aux touristes de passage à Tanongou. Le grand tableau dure 1h30 et coûte 26 500 F CFA (40€), et le petit tableau de 45 minutes coûte entre 15000 et 5

1€=655 FCFA, 1000FCFA=1.5€

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20000 F CFA (23-30€). Un spécialiste en danse traditionnelle africaine a formé la troupe durant 15 jours, pour adapter la danse traditionnelle du village à une rep résentation qui dure un certain temps. Le président des danseurs est resté en contact avec le formateur et suit régulièrement des formations à Cotonou. Les danseurs sont représentés par leur président au bureau de TINFI. De plus on retrouve dans la troupe un certain nombre de guides déjà membre de TINFI.

Koussoukoingou Koussoukoingou est un village situé dans les chaînes de montagnes de l’Atakora au Nord-Ouest du Bénin dans la commune de Boukoumbé (département de l’Atacora). L’architecture de ses habitations traditionnelles, appelées communément Tata somba6, en fait sa principale attraction touristique. Ces types d’habitations sont mis en valeur par l’écotourisme pour permettre de préserver ce patrimoine architectural. Le village de Koussoukoingou ne s’inscrit pas dans un projet global comme celui de Tanongou. En effet, la commune de Boukoumbé, sans réserve naturelle de faune et de flore comme dans l’exemple précédents, n’a pas la capacité d’attirer autant de projets de développement ou de protection. Les activités d’écotourisme se sont dont organisées avec l’appui d’EcoBénin autour d’une association, La Perle de l’Atacora. La structure est indépendante et existe légalement depuis le début des activités d’écotourisme. Son président travaille pour une ONG, Plan Bénin, et a donc une capacité à gérer les aspects techniques de la structure. EcoBénin a permis sa formation, notamment en l’associant à ses différents réseaux. L’association de Koussoukoingou a ainsi atteint un degré d’autonomie important. Elle a même la capacité de trouver des partenaires bailleurs de fonds seul, pour intervenir dans la réalisation d’infrastructures sociocommunautaires. Dans le cadre de la montée en gamme des prestations touristiques, EcoBénin et la Perle de l’Atacora ont engagé un partenariat avec l’US-ADF pour la

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En photo, deux tata ottamari du village de Koussoukoikngou

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construction d’un EcoLodge. Le montant global du projet est de 95 Millions de FCFA (environ 150000€), dont la moitié est allouée à la construction et l’autre à de l’appui à la gestion des activités : comptable, formation, prise en charge des frais de fonctionnement pour les premiers temps de l’exploitation. Parmi les services écotouristiques en place actuellement à Koussoukoingou on retrouve des circuits pédestres, trois circuits opérationnels mettant en avant l’architecture exceptionnelle des habitations (Tata somba) ainsi que la croyance des peuples Waama, Otammari, Ossori, Otchao et Bétiabé. Koussoukoingou étant un des points culminants du Bénin, son relief escarpé en fait une destination privilégiée des adeptes de randonnées. Ces circuits sont animés par 10 guides pédestres. En attendant la concrétisation du projet d’ecolodge, la Perle de l’Atacora propose également aux visiteurs l’hébergement chez l’habitant avec la présence 5 hébergeurs dans des tatas dans le village. La restauration est aussi proposée aux touristes sur la base des mets locaux (pâte de fonio, igname pilée, fromage peulh) par 3 restauratrices pour 2500 FCFA le repas. Des animations culturelles autour de soirées de contes et de danses traditionnelles sont également proposées.

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Partie II : Impacts économiques de l’activité écotouristique 1) Lancement des activités et investissements Du lancement du projet fin 2008 jusqu’à fin 2010, les activités ont été financées à Tanongou en partie par la GTZ, coopération allemande, dans le cadre d’un projet plus global sur la protection des ressources autour de la biosphère de la Pendjari, le Programme de Conservation et de Gestion des Ressources Naturelles (ProCGRN). Ce programme s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de Croissance pour la Réduction de la Pauvreté (SCRP) et est exécuté sous la tutelle du Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature (MEPN) et du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (MAEP). L’objectif global du ProCGRN est que « la population rurale tire davantage de bénéfices de l’exploitation durable des ressources naturelles ». Les activités sont organisées en trois composantes : Gestion de l’Environnement et des Ressources Naturelles, Promotion de la politique agricole et des filières, Harmonisation des politiques sectorielles. La valorisation du potentiel touristique existant à Tanongou trouve sa place dans la composante « Gestion de l’Environnement et des Ressources Naturelles », dont un des objectifs est la promotion du développement économique local en périphérie du Parc National de la Pendjari pour améliorer la situation économique de la population riveraine, en incitant à la création d’activités génératrices de revenus limitant la pression sur la réserve. EcoBénin a été identifié comme prestataire de service pour la mise en place des activités éco-touristiques dans le cadre du ProGCRN. Le financement de la GTZ à travers le ProGCRN permettait pour l’essentiel d’assurer les formations, la communication, et l’appui technique qu’EcoBénin allait fournir. Les activités écotouristiques ont été financées de plusieurs manières. Si dans la phase de l’étude de faisabilité les habitants motivés pour mener les activités écotouristiques souhaitaient travailler collectivement en association, c’est le schéma du micro-entreprenariat qui a été retenu. En effet, même si l’aspect communautaire du travail en association peut être intéressant, l’expérience a montré qu’il était source de bien de limites et de risques qu’un des membres pouvait faire prendre à tous les autres. Les activités se sont donc organisées sous forme de micro-entreprises regroupées en association. Chaque micro-entrepreneur a donc la responsabilité et la charge de l’investissement pour lancer son activité. Les restauratrices ont financé sur leurs fonds propres le matériel pour la cuisine, environ 30000 FCFA (45€) (plateaux, couverts, assiettes…). Les guides n’ont pas eu de frais personnels pour le lancement de leur activité : en effet, la formation, les badges et l’uniforme ont été fournis.

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Les micro entrepreneurs (ME) du segment hébergements, 3 hommes et 2 femmes au lancement en 2008, ont financé sur leurs fonds propres la construction de la chambre et de la toiture,( le coût étant de 25000 FCFA pour deux chambres et 12000 FCFA pour les toitures) la main d’œuvre est issue du village, il faut seulement offrir repas et boissons. EcoBénin est intervenu en faisant des micro-crédits, pour l’achat du ciment pour le sol, des matelas, du nécessaire petit déjeuner et du matériel de toilette sèche. Les crédits pour l’hébergement allaient de 60000 FCFA à 80000 FCFA (90 à 120 €). Les hébergeurs ont eu la charge le mobilier, à savoir lit en bambou, 5000 FCFA (7,5€), chaises et table en bambou, 3500 FCFA (+ /- 5€) bancs, achetés au près d’un artisan du village identifié pour le lancement du projet. On peut donc évaluer l’investissement global pour l’hébergement entre 100 000 et 120 000 FCFA. A titre de comparaison, le revenu moyen des activités d’hébergement a été de 150000 à 200 000 FCFA pour la saison 2010, en progression par rapport à 2008 et 2009. Le schéma de recouvrement du crédit d’EcoBénin était le suivant : les hébergeurs remboursaient de manière automatique leur crédit sur les prestations des premiers groupes qu’EcoBénin envoyait. Les ME sont tous satisfaits du schéma de financement, et surpris par la rapidité de recouvrement de leur emprunt. Il convient aussi de préciser que les recettes pour la communauté n’ont pas été prélevées tant que les crédits n’avaient pas été remboursés.

2) Gains de l’écotourisme : répartition des recettes et revenus Un des principes des initiatives de tourisme durable est, grâce à la dynamique des flux touristiques, de créer sur un territoire donné des activités génératrices de revenus, et faire en sorte que ces revenus soient équitablement répartis entre les différents acteurs du territoire. Nous allons donc aborder ici la question essentielle des impacts économiques des projets écotouristiques communautaires d’EcoBénin. Avant de s’intéresser aux montants des revenus créés, il convient de détailler la répartition des revenus qui a été retenue. Sur les sites évalués, la répartition se fait entre la prestation, la communauté et le fonctionnement de l’association. Le montant alloué à la prestation correspond à la recette réelle versée au micro-entrepreneur. La recette pour la communauté est un indicateur crucial de la propension du projet à avoir un impact sur le développement global du territoire, au-delà des activités touristiques, puisque ce fond doit permettre de mener des réalisations qui ont un impact sur l’ensemble de la population. Les recettes dégagées pour le fonctionnement doivent permettre de couvrir les besoins de la structure locale pour mener les activités écotouristiques (achat des tickets, tenues, matériels, frais de déplacement, de réception, etc.). De manière générale, EcoBénin affiche sur ses sites et dans ses outils de communication la répartition suivante : 70% pour la prestation, 20% pour la communauté, 10% pour le fonctionnement de l’association.

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Les tableaux suivants détaillent la manière dont sont réparties les recettes en fonction des segments d’activités pour chacun des deux sites. Répartition des recettes à Tanongou Répartition des gains en % Segment :

Au microentrepreneur

Au fonctionnement de l’association

A la communauté

Taxes / Part de la collectivité

Cascade

40% (à diviser par 10)

10%

20% (pour Tanongou, Kayarga et Tchatengou)

30% pour la mairie de Tanguiéta

Danse

70% à répartir en fonction du nombre de danseurs

10%

20%

Circuits pédestres

70% pour le guide qui a fait le circuit

10%

20%

Hébergement

80%

10%

10%

90%

10%

Rien, les restauratrices s’approvisionnant au village

Restauration

Taxe sur la nuitée 500FCFA par personne

Répartition des recettes à Koussoukoingou Segment

Au microentrepreneur

Au fonctionnement de l’association

A la communauté

Taxe

Hébergement En Tata7

70%

10%

20%

500 FCFA par nuitée

10%

20%

Circuits pédestres Restauration

50% guides 20% propriétaires Tata 90%

10%

L’impact que l’activité peut avoir sur le tissu local, au-delà de l’artifice de la répartition, explique les différences de répartitions d’un segment à l’autre. Ainsi, l’activité de restauration permet par elle-même d’avoir un impact sur le tissu économique si le microentrepreneur s’approvisionne dans la localité, et c’est la raison pour laquelle aucune charge communautaire n’est prélevée sur la recette. Le système de répartition semble donc cohérent avec la réalité du terrain.

7

Le Tata est l’habitation traditionnelle, mise en valeur par les activités d’écotourisme. Voir photos page 20 et en annexes.

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Bilan et perspectives des initiatives d’écotourisme communautaire au Bénin

S’il apparaît essentiel d’avoir un système clair de répartition, et c’est d’ailleurs le cas dans les sites étudiés, encore faut-il que les acteurs locaux aient la capacité de le maitriser. Ce point sera abordé dans le chapitre consacré à la gestion de l’activité, qui permettra aussi de revenir sur la façon dont sont gérés les revenus, s’ils sont connus et maitrisés des acteurs locaux. En termes de fréquentation, l’objectif fixé au lancement du projet était de capter sur le village de Tanongou 10% de la clientèle du parc de la Pendjari, principale attraction touristique du Bénin situé à 12 km du village. Il est difficile d’affirmer si cet objectif est atteint ou pas. Selon la direction du parc, 6000 visiteurs ont été enregistrés en 2009. La cascade dée Tanongou dépasse donc l’objectif des 10% avec ses 3598 entrées, mais les autres activités sont très loin derrière, avec 116 nuitées pour l’hébergement et 124 circuits pédestres. Cependant, si l’objectif des 10% n’est pas atteint dans chaque segment d’activité, les revenus sont importants. En effet, si l’on considère le contexte économique local, la présence dans un ménage d’une personne engagée dans les activités d’écotourisme constitue un apport économique parfois supérieur à ce que peut rapporter l’activité agricole. Les tableaux suivants présentent les recettes engendrées lors de la saison touristiques 2010 sur les deux sites étudiés. Les résultats sont présentés par segments d’activités (circuits, restaurations…). Pour chaque segment, les recettes sont détaillées en fonction de la répartition présentée précédemment. Recettes de la saison 2010 à Tanongou, en F CFA8 (en €) Segments

Nbr de touriste

Cascade

3598

Circuits pédestres

124

Hébergement

116

Restaurtion Danse

Recettes brutes 3 444 500 (5251 €) 277500 (423 €) 851000 (1297 €) 706150 (1076 €) 265 000 (404 €) 5 544 150

Part communa utés 688 900 (1050 €) 55500 (84 €) 64750 (99 €)

Part commune Tanguiéta

Taxes sur nuitée

1 033 350 (1575 €)

0

0

0

0

152500 (232 €)

0

0

Fais de gestion

Recettes nettes 1 377 800 (2100 €) 217250 (331 €) 623800 (951 €) 686100 (1046 €) 234 850 (358 €) 3 139 800 4786 €

26 500 (40 €) 835 650

0

0

1 033 350

152 500

344 450 (525 €) 4750 (7.5 €) 9950 (15 €) 20050 (30 €) 3 650 (5.5 €) 382 850

1274 €

1575 €

232 €

584 €

0

Total 8425 €

8

Rappel : 1€= 655,957 FCFA, 10000 FCFA= 150 €

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Recette saison 2010 à Koussoukoingou, en F CFA (en €) Segment

Nbr de visiteurs

Circuits pédestres

1047

Restauration

223

Hébergement

151

Recette brute 2168000 (3305 €) 733450 (1118 €) 246500 (378 €)

Part de la communauté 433600 (661 €)

Part des proprio. tata 392850 (599 €)

49300 (75 €)

Frais de gestion 216800 (330 €) 73345 (112 €) 24650 (38 €)

Recette nette 1124750 (1715 €) 660105 (1006 €) 172550 (263 €)

3147950

482900

314795

392850

1957405

4800 €

736 €

480 €

599 €

2984 €

Total

Pour permettre une comparaison, il convient de comparer les revenus issus de l’écotourisme avec des revenus de références. Le salaire minimum est fixé au Bénin à 31625 FCFA mensuel (48 €). Une étude a établi à 20400 FCFA (31 €) le revenu agricole moyen dans la région de Koussoukoingou. Un salaire mensuel de fonctionnaire, policier, enseignant, infirmier dans un dispensaire, ne dépasse pas 80000 FCFA (122 €). Les guides de la cascade ont touché en moyenne 18000 FCFA mensuel (28 €) pendant les 7 mois de la saison sèche qui correspond à la grande saison touristique (novembre à juin). Les hébergeuses de Tanongou ont reçus pour le début de la saison 2011 jusqu’à 63250 FCFA (96€) au mois de février pour celle qui a le plus gagné, 12500 FCFA (19€) en janvier pour celle qui a le moins gagné. Leur revenu moyen sur les 4 premiers mois de 2011 est de 26655 FCFA (40€). Sachant que les activités touristiques sont complémentaires à l’activité principale, l’agriculture, les sommes perçues sont donc importantes dans le contexte socio-économique local. La tarification a été élaborée par EcoBénin, et combine à la fois, une marge suffisante pour le ME, la possibilité de dégager les recettes communautaires et un prix accessible et concurrentiel pour les touristes. La tarification peut être considérée comme équilibrée et juste au regard de ces trois impératifs. Cependant, dans le contexte socio-économique d’un village d’agriculteurs de l’Atacora, les prix des prestations, aussi minimes qu’ils puissent apparaître pour un touriste européen, constituent des sommes non négligeables. D’autant plus qu’on saisit, avec les décisions prises en matière de tarification, la marque du tourisme responsable et solidaire. En effet, les anciennes pratiques faisaient que des guides béninois des grandes villes amenaient les touristes puis payaient sous forme de pourboire les guides locaux. La mise en place des activités éco-touristiques a déconstruit ce système pour rendre aux populations locales la gestion de leur potentiel touristique, et donc les recettes touristiques qui vont avec. On peut ainsi prendre l’exemple de l’accès à la cascade de Tanongou. Avant la mise en place de l’association de promotion de l’écotourisme communautaire TINFI, les touristes

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payaient un accès de 300 FCFA (0,45 €) qui était reversé à la Mairie de Tanguiéta. Les jeunes du village accouraient alors à la cascade pour guider, puis plonger, et ensuite allaient « quémander » (termes qu’eux-mêmes utilisent) pour des pourboires. Ce système comportait, cela va sans dire, de nombreuses limites. Tout d’abord, la totalité des fonds était reversée à la Marie de Tanguiéta, située à une heure de piste du village, et dont le suivi de l’utilisation des recettes n’était absolument pas établi. Les jeunes du village se livraient à une petite concurrence pour essayer de guider les touristes. De plus ils n’avaient aucune formation ni aptitude à guider des touristes, qui repartaient plutôt gênés du spectacle de cette désorganisation, qui malheureusement rappelait les conséquences que peuvent avoir l’intrusion du tourisme sur un territoire. Aucun système d’entretien du site naturel n’était mis en place. On avait donc une des cascades les plus intéressantes du Bénin, située stratégiquement sur la route du parc de la Pendjari, et dont l’organisation était totalement délaissée, (si ce n’est la recette perçue par la Mairie.) L’arrivée des activités écotouristiques a donc réorganisé le fonctionnement touristique de la chute d’eau. Le premier enjeu consistait à établir une tarification plus équitable. Le tarif a été fixé à 1000 FCFA (1,5€) l’entrée à la cascade (500 FCFA pour les étudiants), qui donne droit à un guide et un plongeur (démonstration de saut), et règle ainsi la question de la rémunération des guides. Ce sont 40% des 1000 FCFA qui vont aux dix guides, soit 40 FCFA (6 cts d’€) par entrée. 20% des recettes sont allouées aux communautés de Tanongou, mais aussi de deux villages en amont, à la source de la cascade, Tchatenga et Kayarga. Ces fonds servent notamment a financer l’entretien des rives du cours d’eau qui alimente la cascade en amont, grâce à de meilleures pratiques agricoles. 10% vont au fonctionnement de l’association, pour l’émission des tickets d’entrée, ainsi que les tenues des guides et plongeurs. Enfin, les 30% restants correspondent aux 300 FCFA que percevait la Mairie de Tanguiéta, laquelle conserve donc son avantage. Cependant, la Mairie a signé une Convention avec l’association TINFI et s’engage à réinvestir les fonds dans le développement local, ce qui, en réalité, n’est pas du tout fait, alors que l’apport pour la Mairie est important, 1 033 350 FCFA en 2010 ( + de 1500 €). En réévaluant la tarification de l’accès à la cascade et en identifiant 10 guides fixes, on a là un bon exemple de la capacité des initiatives de tourisme durable à canaliser le potentiel économique d’une attractivité touristique pour avoir un impact sur le développement local. En effet, avec une tarification réévaluée et qui reste abordable pour le touriste, des recettes conséquentes sont dégagées pour les communautés (688000 FCFA grâce à la cascade en 2010). Pour que ce système intéressant puisse porter ses fruits, l’effort doit notamment être mis sur le suivi des revenus et des fonds communautaires, leur bonne utilisation et leur maitrise par les acteurs locaux, sur quoi nous reviendrons ultérieurement. Il convient de souligner une fois de plus le changement qu’implique la gestion écotouristique d’une ressource naturelle comme cette cascade, où l’on passe d’un avantage

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tiré exclusivement et non réinvesti par une mairie, un hôtel et des guides extérieurs à une organisation qui place la population locale au cœur du processus, prévoyant revenus directs et indirects, et de laquelle découlent des impacts indirects sur lesquels nous reviendront : amélioration des conditions de vie des ménages impliqués dans l’écotourisme, notamment en terme de scolarisation des enfants, santé et alimentation, baisse de la mendicité, protection de l’environnement, banalisation de la relation à l’étranger, émergence des idées de préservation des ressources naturelles et culturelles…

3) Impacts sur l’économie locale EcoBénin a voulu organiser les activités écotouristiques en différents segments qui constituent autant de possibilités d’avoir une offre la plus large et permettre ainsi des retombées économiques sur le territoire en évitant le plus possible les fuites. L’imbrication dans le tissu économique local de ces activités touristiques complémentaires les unes des autres devrait donc être vectrice de développement économique. Mais ces activités purement touristiques ne suffisent pas, il convient donc de trouver le moyen de développer d’autres activités complémentaires. Le tourisme génère des revenus en vagues successives à partir de la dépense initiale du touriste, qu'on appelle effet multiplicateur. La première vague bénéficie aux acteurs directs, comme les hébergeurs, restaurateurs, artisans, guides... La deuxième vague bénéficie aux producteurs locaux de biens et services achetés par les agents de la première vague et ainsi de suite pour les vagues suivantes. Mais deux hypothèses contraignantes doivent être alors respectées : il ne doit pas y avoir d'importation dans les dépenses que font les touristes, et les achats réalisés par les bénéficiaires directs du tourisme doivent être fait auprès d'agents locaux. Pour limiter les fuites économiques, il convient de faire en sorte que les besoins liés au fonctionnement de l’activité soient satisfaits dans le tissu économique local. Si ce dernier est faible, des activités secondaires doivent alors être mise en place, notamment en matière d’agriculture : élevage, maraîchage, pêche… Ces activités sont encore peu développées du fait de la jeunesse du projet, mais des initiatives intéressantes ont déjà lieu. Ainsi à Tanongou, un jardin maraîcher a été initié en bord de rivière, mais les inondations dévastatrices de l’an passé ont mis un terme au projet. En 2010, Koussoukoingou a connu sa première récolte de pommes de terre. Quelques agriculteurs ont été volontaires et appuyés par EcoBénin pour cultiver la pomme de terre, pour à la fois servir aux restauratrices du village qui peuvent ainsi en proposer aux clients, mais aussi pour être vendues à Natitingou, ville à 35 km et qui regroupe de nombreux hôtels, qui sont demandeurs de ce produit. La coopération technique belge (CTB) au Bénin va financer l’année prochaine la nouvelle

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production de pomme de terre, avec une réflexion autour des questions d’irrigation. Tanongou, pour des raisons de calendrier, n’a pas été retenue pour le projet, mais une stagiaire ingénieure sur les questions d’irrigation travaille actuellement sur les questions de maraîchage. On a donc là un bon exemple du type d’activités complémentaires qui doivent être développées pour renforcer l’effet multiplicateur du tourisme, et pour impliquer une partie de la population qui n’a ni le désir ni les moyens de travailler en contact direct avec les touristes. Le choix des acteurs est déterminant, puisque les activités complémentaires doivent permettre de lutter contre la concentration des activités touristiques entre certaines familles ou certains quartiers. Cette concentration est une réalité, qui n’est pas encore problématique. Il faut cependant veiller à ne pas renforcer cette concentration qui pourrait être source d’incompréhension des autres habitants.

4) Gestion La capacité des acteurs locaux à maitriser la gestion économique de leur activité est un puissant indicateur de leur autonomie. Or, sur les deux sites étudiés, cette capacité à maîtriser la gestion est très faible. Ce défaut de technicité dans le suivi des activités provient de plusieurs facteurs. Tout d’abord le très faible niveau de scolarisation des membres impliqués dans l’écotourisme. Ainsi, sur le site de Tanongou, il n’y a qu’un membre qui a un niveau scolaire élevé pour prétendre tenir des documents administratifs ou des outils de gestion de manière autonome, deux autres, un homme et une femme, ont un niveau scolaire suffisant pour tenir ces documents, mais leur capacité est toutefois limitée. Le président de la structure locale à Tanongou ne sait ni lire, ni écrire, ce qui ne remet absolument pas en cause son leadership local, mais ce qui entrave gravement sa capacité à gérer le projet de manière technique, et donc ne favorise pas l’autonomisation de sa structure. A Koussoukoingou, le président de la structure est un « professionnel du développement », puisqu’il est animateur local dans l’ONG anglaise Plan Bénin, et la structure locale dispose d’un comptable. Cependant, au-delà du bureau, les autres membres de l’association n’ont pas non plus la capacité de gérer seuls leur activité en matière de gestion. Un second facteur de la faiblesse de la gestion est la mauvaise qualité des outils de gestion proposés en début de projet, notamment à Tanongou. En effet, si l’accent a été mis, à juste titre, sur la formation en matière de pratique de l’activité touristique, l’effort n’a certainement pas été suffisant en matière de gestion, puisqu’après 3 ans d’activité, les outils ne sont pas maitrisés, et parfois pas tenus de manière régulière. Le travail en matière de gestion consiste à tenir de manière journalière le cahier de recette des différentes prestations. Centralisées au bureau, les recettes sont divisées selon la répartition en vigueur,

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puis reversées aux micro-entrepreneurs. Il reste donc les fonds dégagés pour la communauté et pour l’association, qui sont versés régulièrement dans un compte à la banque. Cependant, il n’y a pas d’outils de traçabilité pour ces deux fonds, si ce n’est le livret de banque, que les membres de l’association n’ont pas en main, puisqu’il est détenu par le chargé du suivi de l’Union des Associations Villageoises de Gestion des Ressources en Faunes, AVIGREF, à Tanguiéta. De plus, étant donné que peu de personnes ont la capacité de tenir les outils de gestion, et que certaines personnes ayant capacité n’en n’ont pas la volonté, la tâche est concentrée sur une femme, restauratrice et épouse du président de la structure, Céline Tankouanou. Ayant la charge des cahiers de gestion de plusieurs segments, les répartitions, la tenue du cahier cascade, sa responsabilité est grande alors qu’elle n’a aucun statut dans l’association. Le fait qu’elle ne savait pas faire le calcul de pourcentage, essentiel pour la répartition des revenus, révèle bien la faiblesse de la gestion du projet. Sur le site de Koussoukoingou, la gestion est plus optimale qu’à Tanongou, grâce à la la capacité du président à suivre la gestion et à la présence d’un comptable. La présence du comptable est financée par l’USADF, le fond américain pour le développement en Afrique, dans le cadre de la construction d’un Ecolodge9 pour améliorer les prestations sur le village de Koussoukoingou. Un des guides, qui tenait la comptabilité avant l’arrivée du comptable, est censé être formé par le comptable. Il est vrai que les outils sont globalement bien tenus et qu’on y retrouve peu d’erreurs. Seul l’aspect communautaire est encore faible, puisqu’aucune distinction n’est faite entre les fonds dégagés pour les projets de développement et ceux pour le fonctionnement de l’association. De plus les outils de suivi de dépenses n’existent pas pour ces deux fonds, ce qui rend le suivi des recettes assez opaque. Le réajustement a été fait en proposant des outils simples pour suivre ces deux points. Si l’on sort de l’aspect global de la gestion des activités à l’échelle de l’association, et que l’on s’intéresse à la façon donc chacun maitrise son activité en matière de gestion et de revenus, les nombreuses faiblesses démontrent l’effort à mener dans ce sens, pour renforcer les capacités des acteurs engagés dans l’écotourisme. Pour les mêmes raisons (faible niveau de scolarisation et outils non adaptés aux capacités), il est très difficile pour les guides, restauratrices et hébergeuses de dire clairement combien ils ont gagné sur une période donnée, la fréquentation qu’ils ont reçue, les dépenses de fonctionnement que leur activité a nécessitées. Or, l’expérience montre que la maitrise des chiffres, la connaissance de ce que son activité rapporte, a des avantages bien au-delà de l’aspect purement comptable. La maitrise de l’activité en matière de chiffres permet d’écarter fantasmes et spéculations autour des revenus de l’écotourisme. Sans savoir ce qui est réellement gagné, les acteurs ne travaillent pas de manière apaisée. Ainsi, quand on montre aux hébergeuses ce qu’elles ont 9

L’ecolodge en construction à Koussoukoingou est un bâtiment de 9 chambres dont les matériaux et le fonctionnement respectent le patrimoine naturel et culturel local.

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touché sur une période donnée, elles réagissent de manière étonnée puisqu’elles n’ont pas conscience des montants de manière globale, touchant leur revenu prestation par prestation, et avec peu de traçabilité. Cette méconnaissance de l’activité peut représenter un risque en termes de capacité d’accueil, puisque le manque de maitrise pousse les microentrepreneurs à vouloir recevoir toujours plus de clients, sans réflexion quant à la fréquentation que le site peut supporter. EcoBénin assure une partie du suivi des activités, et est bien consciente des difficultés et des lacunes en matière de gestion, ainsi que de sa responsabilité dans certains problèmes rencontrés : le renforcement des capacités dans ce domaine est devenu une priorité. Il convient toutefois de rappeler qu’EcoBénin n’a plus de financement pour suivre le site de Tanongou10 mais continue malgré tout à être présent et à travailler avec la structure locale. Une autre priorité tient à l’utilisation des revenus. En effet, si dans le discours, l’activité n’est qu’une activité complémentaire, elle représente dans certains cas une entrée d’argent supérieure à celle de l’activité agricole, notamment pour les hébergeuses et restauratrices de Tanongou, et pour les guides de la cascade. On est en droit alors se demander si l’on peut toujours analyser la question des revenus sous l’angle d’une activité complémentaire. Il importe cependant à EcoBénin de maintenir le discours qui fait de l’écotourisme une activité complémentaire, et que les acteurs se définissent avant tout comme agriculteur, pour éviter que l’activité traditionnelle soit abandonnée au profit du tourisme. L’enjeu actuel est, pour EcoBénin et les structures locales qu’elle appuie, de travailler à un système de réinvestissement des revenus vers les activités agricoles. C’est le seul moyen d’avoir un impact économique durable, et d’éviter une spécialisation dans le tourisme qui s’avèrerait trop dangereuse au vue de l’instabilité de l’activité, quand bien même cette forme de tourisme est durable. Il est aussi important de travailler à la mise en place de système épargne, de tontine, mais aussi à la mensualisation des revenus. Sur le site de Koussoukoingou, les guides sont passés d’un système de rémunération à la prestation, à une mensualisation de leur revenu. L’activité a ainsi gagné en durabilité, puisque les sommes perçues sont plus importantes à chaque fois, elles permettent réellement d’avoir un impact sensible sur les conditions de vie. C’est également une manière pour chaque guide de percevoir de manière plus claire l’apport de leur activité sur leur revenu global.

10

La GTZ, bailleur de fond, s’est retiré du projet fin 2010

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5) Marketing Une des faiblesses que l’on retrouve généralement dans les initiatives de tourisme durable dans les pays en développement est la faiblesse de la promotion-marketing. Communication, sites internet, accès au marché de voyageurs, insertion dans les réseaux de commercialisation de voyages, autant de domaines difficiles d’accès pour des projets souvent très bien conçus mais qui se heurtent à la barrière de l’accès au marché, pourtant essentiel à leur pérennité. Les sites de Tanongou et Koussoukoingou, grâce à l’appui d’EcoBénin, bénéficient d’une bonne palette d’outils de communication. En dépit du manque d’équipements (pas d’électricité, pas de connexion à internet…), l’aspect communication n’est pas animé directement par les structures locales. De manière générale, les sites touristiques disposent de sites internet ou de liens sur le site internet d’EcoBénin, de brochures et d’outils de communication sur les sites. En terme de référencement sur le moteur de recherche google, la saisie de « Koussoukoingou » renvoie pour les deux premiers liens au site d’EcoBénin ; pour la saisie de « Tanongou », le septième résultat est le lien pour le site d’EcoBénin. Le site de Koussoukoingou est bien conçu et présente les activités, les contacts, ainsi qu’un formulaire désigné « réservation » qui ne permet pas de réserver de manière concrète mais au moins d’effectuer une demande de renseignements. Tous les contacts sont ceux d’EcoBénin, on ne trouve pas directement les contacts du site en question. Pour Tanongou, il n’y a pas de site en tant que tel, seulement des articles qui présentent le lieu et les activités proposées. Les supports de communication papiers sont assez faibles. Le projet de construction d’un Ecolodge à Koussoukoingou prévoit le financement d’outils de communication, comme des panneaux d’affichage sur les axes routiers, des spots publicitaires TV et radio, mais également une brochure, très bien conçue, qui devrait être mise en service si tôt l’ouverture de l’Ecolodge.11 La brochure pour Tanongou existe mais est de qualité bien trop faible : papier A4 simple, pas de recherche graphique, très faiblement imprimée et peu diffusée. Or, les brochures s’avèrent être un outil de communication intéressant à défaut d’avoir des supports numériques plus modernes faute de moyens. De plus, le passage de nombreux touristes d’un site à l’autre est une occasion à saisir pour promouvoir les autres sites grâce à ce type d’outils de communication. Enfin la question de l’insertion dans les réseaux de commercialisation peut être abordée sous deux angles. On peut considérer EcoBénin comme une plateforme de 11

Cf en annexe la brochure de La Perle de l’Atacora, fianancée par l’US-ADF

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commercialisation des sites qu’elle a appuyés, puisque l’ONG a récemment développé un secteur voyage qui propose des circuits à travers le Bénin sur les différents sites. Ces voyages sont indispensables pour les sites mais ne représentent pas la majorité de la clientèle. EcoBénin est aussi attaché à la mise en réseau et au développement de partenariat avec les acteurs du tourisme. Ainsi, EcoBénin a été l’instigateur de la Fédération Béninoise des Organisations de Tourisme Responsable et Solidaire, FBO-TRS, qui représente entre autre l’avantage d’inscrire les sites en questions dans un réseau national. De plus, EcoBénin travaille en partenariat avec des agences de voyage comme Sandotour, Point Afrique, l’Agence Africaine de Tourisme (AAT), Tourisme et Développement Solidaire (TDS), l’agence burkinabée Afrique Tourisme. Pour le site de Tanongou, EcoBénin est en relation avec les instances du parc de la Pendjari et des agences qui y travaillent. A défaut d’être raccordé au réseau d’électricité, ces deux sites sont raccordés aux réseaux des acteurs du tourisme et de l’écotourisme pour permettre la commercialisation de leur offre, leur promotion et offrir de l’information aux visiteurs potentiels. Les sites de Koussoukoingou et Tanongou sont présents dans tous les guides de voyages sur l’Afrique de l’Ouest. Les activités appuyées par EcoBénin sont de plus en plus mentionnées. Le Petit Futé Bénin a été l’un des premiers à référencer de manière complète les différents sites d’EcoBénin, qui sont aussi mentionnés dans le Guide du Routard Afrique de l’Ouest et depuis 2011 dans le Lonely Planète Afrique de l’Ouest. En comparaison avec d’autres initiatives de tourisme durable au Bénin ou en Afrique de l’Ouest, les sites de Tanongou et de Koussoukoingou bénéficient d’une assez bonne couverture marketing, grâce aux réseaux et au travail d’EcoBénin. Il paraît difficile d’envisager une autonomie des sites sur ces domaines. Il reste cependant un aspect de la promotion que devrait maîtriser les acteurs locaux : celui de la promotion des activités en interne. Les guides constituent un maillon essentiel de la promotion en interne, étant les premiers à entrer en contact avec les touristes. Ils ont été formés, au lancement du projet, à promouvoir et proposer aux clients les offres écotouristiques disponibles sur le site, comme l’hébergement, la restauration ou les animations culturelles. Mais si l’on prend l’exemple de la cascade, qui draine le plus de visiteurs potentiels, cet aspect de la promotion n’est pas efficient. Par manque de volonté ou de compréhension, les guides ne font pas cet effort de promotion pourtant indispensable pour amener les visiteurs vers les autres segments d’activités. Les arguments existent pour convaincre les clients, par exemple pour la restauration, où le repas est à 6500 F CFA à l’hôtel de la cascade et à 1500 F CFA au village. Cet exemple illustre l’effort à faire en matière de formation des acteurs pour promouvoir les autres segments, et faire comprendre à chacun sa place au sein de la chaîne de valeur écotouristique.

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Au vue des statistiques de ces trois premières saisons, les recettes des activités écotouristiques n’ont cessé de croître. Rapportées au contexte socio-économique de villages agricoles du nord-ouest du Bénin, ces recettes représentent un apport économique dans les ménages, d’ordre à modifier sensiblement les modes de vie. De plus, le système de répartition des revenus en place permet de prévoir des fonds pour réaliser des projets impactant l’ensemble de la communauté. Mais la question des revenus va au-delà du quantitatif, des recettes engendrées. La maîtrise des revenus des activités écotouristiques et la manière dont ces flux sont gérés sont des indicateurs de la propension du tourisme durable à être un vecteur de développement. Or, comme on l’a vu, les conditions ne sont pas réunies pour que les acteurs maîtrisent complètement leur activité, d’une part à cause du faible niveau de scolarisation et d’autre part à cause de la faiblesse des outils mis en place. Bien conscient de ces faiblesses, EcoBénin tente actuellement de remedier à cela, en proposant des systèmes de gestion plus adaptés et accompagnés de formation, qui feront leur preuve la saison prochaine. Les tests effectués sur certains segments d’activité sont prometteurs. De plus, un effort incontournable doit être fait dans l’accompagnement au réinvestissement des sommes perçues vers l’activité principale : l’agriculture. C’est ce schéma qui devrait permettre de faire fructifier l’effet multiplicateur du tourisme pour dynamiser le tissu économique local. Il faut souligner l’effort qui est fait dans la conception et dans le déroulement du projet pour inciter les acteurs à faire vivre ce tissu économique local, notamment dans les investissements pour l’hébergement (construction, mobilier) et dans les choix d’approvisionnement pour le segment restauration.

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Partie III : Management de l’activité écotouristique Si les performances économiques de projets de ce type sont indispensables pour en juger la réussite, il ne faut pas omettre les performances « humaines » et la manière dont est geré le projet. Nous allons donc nous intéresser ici aux programmes de formations qui ont été proposés, à la manière dont sont organisées les structures locales et aux relations qu’elles entretiennent avec les pouvoirs publics.

1) Formation et maitrise de l’activité Le lancement des activités a été précédé d’un vaste programme de formation sur les sites. En effet, si certains guides avaient déjà une expérience dans leur domaine, la plupart des volontaires qui se sont lancés dans les activités écotouristiques n’avaient jamais exercé ce type d’activités. Les hébergeurs12 et restauratrices ont donc été formés à la pratique de l’activité. Les micro-entrepreneurs de Tanongou ont pu profiter de l’hôtel de la cascade pour suivre des cours de cuisine ou de tenue des chambres. Il faut bien comprendre que ces gestes qui peuvent paraître anodins, comme faire un lit, dresser un plateau, cuire une omelette, constitue des pratiques extérieures aux pratiques habituelles locales. Si l’on prend l’exemple de la restauration, les plats locaux sont mis en avant dans les menus, mais la carte propose aussi des repas plus standard, à base de riz ou de pâtes, qui ont donc nécessité un petit temps d’apprentissage pour adapter la cuisine au palais et à l’estomac sensibles des visiteurs. Les guides ont suivi des formations en français, les circuits ont été tracés et il a fallu apprendre les explications, travailler sa présentation et étudier le comportement à avoir. Les membres du bureau en capacité d’avoir un rôle technique dans l’association ont été formés à la gestion des activités. Ces formations ont été pour l’essentiel assurées par EcoBénin, notamment à travers ses chargés de missions, stagiaires et les volontaires venus grâce à l’organisme Planète Urgence. Des formations ont également lieu au fil des saisons touristiques. Ainsi, les guides de Koussoukoingou ont pu suivre une formation en anglais, les femmes du village, même si elles n’ont pas de fonction dans les activités touristiques, ont régulièrement accès à des

12

Au lancement du projet, 2 hébergeurs et 3 hébergeuses ont suivi la formation. Ce n’est qu’au cours de la première saison touristique que l’activité d’hébergement a été exclusivement réservée aux femmes. Les deux hommes engagés ont cédé l’activité, l’un à son épouse l’autre à sa belle-sœur.

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formations en français. Les guides de la cascade de Tanongou suivent des formations de premiers secours. De manière générale, les micro-entrepreneurs sont demandeurs de formation selon leurs domaines : les hébergeuses et restauratrices en français et en gestion, les guides en français et en anglais. Si les formations ont été nombreuses depuis le lancement des activités, il est difficile de juger les impacts sur la qualité des prestations. Les guides de Koussoukoingou font preuve d’un professionnalisme et d’une maitrise totale de leur activité, autant au niveau des explications fournies que de la relation au touriste. Les hébergeuses de Tanongou et les restauratrices sur les deux sites proposent également des prestations qui respectent les cahiers des charges en vigueur. En revanche, il y a encore des faiblesses dans la prestation des guides cascades et certains guides pédestres à Tanongou, du fait d’un faible niveau en français. L’accent doit donc être mis sur la formation en français, indispensable pour réaliser l’activité, tout comme pour créer un dialogue, une relation avec les visiteurs. Enfin, comme il a été mentionné précédemment, les faiblesses en matière de gestion et de maitrise de l’activité sont en partie dues au manque de formation dans ce domaine, et doivent être rattrapées au travers de formations sur mesure, adaptées au contexte local et aux capacités des bénéficiaires : les expériences passées de formation « clé en main » ont malheureusement démontré leur inefficacité.

2) Gouvernance et management de l’activité La comparaison des leaderships des associations sur les deux sites montrent des avantages et des limites. A Tanongou, le leadership n’est pas contesté, grâce à une forte capacité à mobiliser et une place importante du président de la structure dans la vie sociale du village. Cependant, ses capacités sont limitées par le manque de savoirs « techniques » dû à un faible niveau scolaire. Le responsable de l’association est donc dans l’impossibilité de gérer l’aspect technique (gestion, dossier…). Cependant on trouve une gestion communautaire et collective assez forte et une bonne dynamique dans l’implication des membres. A Koussoukoingou le leadership est professionnel, avec une capacité à trouver des partenaires, à gérer l’aspect technique, grâce à l’expérience professionnelle du responsable. Il y a toutefois une tendance des autres acteurs à se reposer sur l’élément moteur. De plus, les nombreux partenariats, permettent à la structure locale d’avoir des aides extérieures, comme un comptable. Si les résultats en termes de gestion sont très positifs, il n’y a pas de réels transferts des capacités, ce qui représente un danger au moment où le partenariat cessera.

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Dans les deux cas, il convient de saluer la motivation des membres. En effet, au Bénin comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, le monde de la coopération et du développement s’efforce à œuvrer pour le renforcement des capacités des acteurs sur le long terme. Cependant, certains bénéficiaires voient des projets se succéder, sans effets rapides sur leurs situations. Il y a une certaine lassitude face à cet état de fait, et on assiste à une sorte de « consommation » des projets, les bénéficiaires étant persuadés de leur aspect éphémère. Les activités d’écotourisme étant avant tout des activités génératrices de revenus, qui de plus permettent un impact sur la communauté dans son ensemble, semblent avoir convaincus les acteurs engagés dans le processus. Lors de la phase de l’étude de faisabilité des projets, la question du modèle d’organisation des activités c’est posé. Les habitants ont exprimé le souhait de travailler en collectivité, par exemple tenir un restaurant communautaire, de même pour l’hébergement. Mais au regard des expériences passées, EcoBénin a proposé le système du microentreprenariat. Chacun serait responsable de son activité, au niveau du financement, de la prestation et de la perception des recettes, pour tous les segments d’activité. Tous les microentrepreneurs se retrouvent cependant dans une structure globale pour décider collectivement des grandes orientations, des questions communautaires et pour l’appui technique en matière de gestion et de communication. Cette organisation permet de limiter les risques que peut faire porter un membre sur tous les autres en cas d’incapacité à poursuivre les activités. Chacun est donc plus autonome, tout en évoluant dans un cadre commun fixé par l’association.

3) Ecotourisme et pouvoirs publics Si un bon management de la structure locale est indispensable, la relation entretenue avec les autorités locales est également une clé de la réussite du projet. Avant de s’étendre sur les relations qu’entretiennent les structures locales d’écotourisme avec les autorités, il convient de revenir une initiative du ministère du tourisme et de l’artisanat et EcoBénin afin d’offrir un cadre à l’échelle nationale pour l’écotourisme. Ce Plan Stratégique de Développement de l’Ecotourisme (PSDE) au Bénin propose une analyse de la politique nationale en matière de tourisme et du dispositif national de développement et promotion du potentiel écotouristique, jusqu'alors peu valorisé et sous exploité. Les objectifs du document consistent à faire l’état des lieux du tourisme durable au Bénin, proposer les grands axes et stratégies pour son développement et ainsi diversifier l’offre touristique du Bénin. Le PSDE vise à combiner la croissance du tourisme d'affaire et de congrès dans la région capitale avec le développement de l'écotourisme dans le cadre du développement global et durable du Bénin. Le Ministère de l'Artisanat et du Tourisme (MAT) a voulu réunir des acteurs privés, publics, et de la société civile agissant dans le domaine de l'économie

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locale, de la coopération et du développement, de la protection de l'environnement, de la culture, de l'artisanat et bien sûr du tourisme. Trois ateliers ont été organisés dans le Bénin (nord, centre, sud) avant un forum national qui devra valider le PSDE. Le but de ces ateliers est de renseigner les acteurs nationaux concernés par le développement durable du tourisme, valider les propositions de la mission, identifier les acteurs pour accélérer le processus, définir les étapes de la validation du plan et son adoption par le gouvernement, élaborer les dispositions techniques du suivi de la mise en œuvre des recommandations. Les présidents de TINFI pour Tanongou et de la Perle de l’Atacora étaient présents dans ces ateliers, leurs expériences de terrain faisant figure d’exemple. EcoBénin a également mis en place en 2011 les Organisations de Gestion de la Destination (OGD), en partenariat avec la coopération hollandaise SNV. Ces plateformes multi-acteurs sont un des outils de la future mise en œuvre du PSDE. Les OGD, pour l’instant dans l’Atacora Donga et dans le département Atlantique (sud-ouest), regroupent les représentants des autorités, déconcentrées et décentralisées, les acteurs du marché du tourisme (transports, guides, hébergement, restauration…), des responsables associatifs et des représentants de la coopération internationale. Ces organisations ont pour but de mettre en œuvre concrètement les prérogatives du plan stratégique de développement de l’écotourisme. Ce sont également des espaces de dialogues et d’échanges sur les différentes expériences en tourisme durable, et un moyen d’étendre ces principes de la manière la plus large possible. Une fois de plus, les responsables des structures locales TINFI et La Perle de l’Atacora sont présents dans ces OGD. Les associations sur les sites entretiennent également des liens avec leurs autorités locales. Tanongou et la mairie de Tanguiéta sont liés par une convention à propos de l’exploitation de la cascade.13 L’accord prévoit le versement de 30% des recettes de l’exploitation de la cascade à la mairie. Si les articles prévoient que l’intégralité des sommes perçues doivent être réinvestie pour le développement local de l’arrondissement de Tanongou et l’entretien du site de la cascade, aucun moyen n’existe pour contraindre la mairie à observer ces engagements. Depuis 2008, aucune somme n’a été réinvestie sur le territoire. Cependant, l’existence de cette convention et les sommes importantes collectées chaque année sont des bons moyens pour faire prendre conscience aux autorités locales de l’intérêt qu’elles ont à soutenir de telles initiatives sur leur territoire. La Perle de l’Atacora à Koussoukoingou n’a pas signé de convention avec la mairie de Boukoumbé à laquelle l’arrondissement est rattaché. Cependant, l’association entretient d’excellentes relations avec le maire de la commune, qui affirme vouloir faire de se commune la première destination touristique du Bénin. M. Adolphe Kouagou est régulièrement présent aux évènements régionaux et nationaux pour organiser et encadrer 13

CF annexe 3, la Convention avec la Maire de Tanguiéta

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les projets d’écotourisme et de tourisme durable, à l’instar de plus en plus d’élus qui, malgré un manque de connaissance générale sur les principes de l’écotourisme, ont bien compris l’intérêt de ce genre d’initiative. Ces relations locales aves les autorités sont également un moyen d’accès pour les structures locales vers la coopération décentralisée. La démarche d’EcoBénin apparaît donc responsable et constructive, en phase avec les nouvelles exigences du monde du développement, en intégrant les initiatives locales dans des réseaux multi-acteurs et en tissant des liens avec les pouvoirs publics, autant au niveau local que national.

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Partie IV : Impacts socio-culturels de l’activité Nous avons vu précédemment les répercussions économiques du lancement des activités écotouristiques sur ces deux sites. Mais l’activité touristique induit par essence des impacts socio-culturels dans le milieu où elle s’implante. D’une part à cause de l’intrusion de nouveaux revenus, ou de nouvelles ressources pour la communauté, qui pose la question de leur utilisation et donc des impacts en matière de niveau de vie, d’autre part au niveau des impacts plus globaux que l’activité peut engendrer, en matière de gouvernance, de relation entre les acteurs, de promotion des femmes, de préservation du patrimoine culture et naturel et, en quelque sorte, au niveau du changement des mentalités. Or, l’écotourisme a pour caractéristique d’atténuer le plus possible les impacts négatifs, bien connus du tourisme de masse, et de profiter au maximum de l’expérience touristique pour améliorer les conditions de vie, promouvoir les identités locales, préserver les ressources naturelles et renforcer l’autonomisation des individus. Nous aborderons donc plusieurs questions pour tenter de comprendre les impacts des initiatives du tourisme durable sur les territoires et leurs communautés. Tout d’abord les impacts des activités touristiques sur les conditions de vie des ménages engagés dans l’écotourisme, puis les impacts sur le territoire en général, en évoquant les effets sur le patrimoine culturel et naturel. Enfin, la question de la promotion des femmes à travers les activités écotouristiques sera mise en avant.

1) Impacts sur les conditions de vie des ménages et l’autonomisation des femmes. L’Atacora est une des régions les plus pauvres du Bénin et les moins bien équipées en infrastructures. La population, essentiellement rurale, vit de l’agriculture. Le développement d’activités touristiques, en complément à l’activité principale, représente un apport conséquent en matière de revenus, et donc des possibilités d’amélioration des conditions de vie des ménages impliqués. L’apport de nouveaux revenus conséquents dans le contexte socio-économique local conduit à poser la question de son utilisation. Une étude socio-économique auprès des ménages impliqués dans l’écotourisme communautaire14 présente entre autres la manière 14

Etude menée par un stagiaire EcoBénin, David Briant, étudiant en master Loisir et Tourisme Durable à l’université de Grenoble, mars à avril 2011, sur la base d’un questionnaire administré à chaque microentrepreneur investi dans l’écotourisme, sur les villages de Tanongou et Koussoukoingou.

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dont sont dépensés les revenus issus de l’écotourisme. Une des conclusions montre que les premiers postes de dépenses sont les frais médicaux, l’alimentation, les achats de consommation courante pour l’équipement du foyer et les frais de scolarité. Les échanges réalisés avec les ME des différents segments permettent de dégager plusieurs pistes en terme d’incidence sur les conditions de vie. Le premier élément cité par tous ceux impliqués dans l’écotourisme relève des questions d’accès aux soins. En effet, un imprévu médical, maladie ou accident, représente une charge très lourde pour le foyer. Dans le cas de Tanongou, le village dispose d’un dispensaire, mais l’hôpital le plus proche se trouve à Tanguiéta, une heure de piste. Or, personne au village ne dispose d’un véhicule, et il faut débourser 10000 F CFA (15 €) pour faire venir une ambulance, ce qui représente un coût élevé. Pour de nombreuses familles, des choix doivent être fait entre les soins et d’autres dépenses essentielles. L’apport en matière de revenus des activités touristiques apporte un soutien important aux ménages impliqués. Ainsi à Koussoukoingou, les guides expliquent que grâce à leur revenus, ils ne sont plus obligés de vendre une partie de leur récolte pour faire face à des imprévus médicaux. Ils n’ont plus à trancher entre la santé ou la sécurité alimentaire de leur foyer. L’agriculture est essentiellement vivrière, et les agriculteurs n’ont pas l’objectif de vendre la production, mais bien de la consommer. La vente a lieu en cas de surplus de production, chose assez rare, ou en cas d’imprévu financier. Les revenus issus de l’écotourisme permettent donc d’avoir un fond de réserve pour faire face aux dépenses imprévues et permettent en quelques sortes de garantir la sécurité alimentaire. Un autre point évoqué par les ME, et surtout par les femmes, est celui de la scolarisation des enfants. Au Bénin, l’école n’est pas gratuite, chaque année les familles doivent payer une contribution annuelle, de 6000 F CFA à l’école et de 12500 F CFA au collège. Restauratrice à Tanongou, Fatima TANKOUANOU a dix enfants en âge d’être scolarisés. Le paiement de la contribution et des fournitures scolaires est donc une charge importante. Les mères de famille, même celles qui n’ont pas été scolarisés sont souvent très sensibles aux études de leurs enfants. Les revenus issus de l’activité touristique permettent donc de favoriser la scolarisation des enfants. De plus, l’augmentation des revenus du foyer permet de diminuer les exigences au niveau de l’agriculture, qui bénéficie souvent d’un réinvestissement des revenus pour améliorer les rendements. Les enfants sont donc allégés de la tâche agricole pendant les périodes d’enseignement. L’intrusion de nouveaux revenus a aussi un effet moins attendu sur certains microentrepreneurs. En effet, est-il durable de créer des nouveaux revenus pour susciter des besoins qui n’existaient pas auparavant, créant ainsi une dépendance à des fins qui ne sont pas durables. L’étude de référence socio-économique menée auprès des ménages impliqués dans l’écotourisme ne permet pas de répondre clairement à cette question. En effet, les personnes interrogées avouent difficilement ces pratiques. Il y a eu des cas où les revenus

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créés ont permis à des hommes de prendre une seconde ou troisième épouse. A Koussoukoingou, une femme de l’association touchait plus d’argent que son époux, et cela a créé à terme un déséquilibre dans le foyer, le mari n’acceptant plus la soudaine autonomie financière de sa femme. Sans porter de jugement de valeur sur ces deux exemples, on perçoit tout de même l’impact que l’intrusion de ces revenus peut avoir sur les modes de vies et les représentations sociales. Ce refus dans l’autonomisation des femmes n’est cependant pas systématique, et la grande majorité des expériences sont positives. EcoBénin a voulu mener une enquête sur la notion de « bien-être » dans ces milieux, afin de déterminer les critères qui permettent de définir les besoins de l’individu pour être bien économiquement et socialement. Cette enquête n’a pas permis de déterminer concrètement les indicateurs du bien être dans les villages concernés, mais EcoBénin souhaite poursuivre ce travail anthropologique pour permettre d’orienter la réutilisation des revenus par la suite. Ces cas rappellent la sensibilité des milieux dans lesquels l’activité écotouristique s’implante, et les conséquences que le tourisme peut engendrer sur l’organisation sociale, ce malgré le respect des critères d’écotourisme. EcoBénin a mis en place des initiatives très intéressantes en termes de renforcement des capacités des personnes impliquées dans l’écotourisme, à travers des voyages d’échange. Au Bénin, le tourisme intérieur est très peu développé, et dans les villages, très peu de personnes ont l’occasion de voyager. Ainsi, la plupart des ME du Nord ne sont jamais allé à Cotonou, la capitale économique, ni même dans d’autres régions du Bénin. A travers ses différents sites, EcoBénin organise occasionnellement des visites d’échanges d’un site à l’autre. En février 2011, c’est un groupe de l’Alibori, Nord-Ouest du Bénin, qui est venu en visite à Koussoukoingou. En avril 2011, un groupe de Koussoukoingou est allé en visite à Possotomé au Sud du Bénin. Ces échanges sont l’occasion pour les acteurs d’observer l’organisation des autres sites et de se former. Mais au-delà de l’aspect professionnel, ces échanges sont avant tout une occasion offerte pour devenir visiteur, et donc changer les rôles habituels. Le voyage à Possotomé a été l’occasion pour les hommes et femmes de Koussoukoingou de visiter la capitale économique Cotonou pour la première fois et de voir l’océan. Cet exemple est significatif de l’impact que peut avoir l’écotourisme bien au-delà de l’aspect économique. C’est aussi une ouverture personnelle et un renforcement de ses capacités par la découverte d’autres milieux, que ce soit sur les autres sites ou bien la rencontre chez soi avec les étrangers. Cet aspect est aussi un vecteur d’ouverture des mentalités. L’appréhension à entrer en contact avec les étrangers, occidentaux mais aussi béninois d’une autre région, c’est très nettement atténuée. Il est vrai qu’on observe toujours une certaine réserve chez quelques ME, mais de manière générale, la plupart avoue être passé au-delà de la barrière qu’ils se fixaient auparavant. Fatima, une des restauratrices nous dit que « jamais [elle] n’aurait imaginé faire à manger à des blancs, [elle] ne voyait d’eux que la poussière qu’ils soulevaient avec leur 4X4 quand ils traversaient le village ». Ces remarques rappellent donc l’impact en termes d’ouverture personnelle que représente la pratique de l’activité écotouristique.

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Enfin, même si cet aspect est transversal dans tous les points abordés dans cette étude, il convient d’insister sur l’impact en termes de promotion des femmes grâce à la pratique des activités d’écotourisme. Le lancement des activités s’est fait sur la base du volontariat. Au début, pour l’hébergement, seules deux sur cinq hébergeurs étaient des femmes, à Tanongou. Au fil de la pratique, il s’est avéré que les hommes n’avaient pas le profil pour mener à bien l’activité. Il y a donc eu un transfert des responsabilités vers des femmes (épouses, belles sœurs) qui sont ellesmêmes devenues micro-entrepreneurs. Les 10 femmes de TINFI (5 hébergeuses et 5 restauratrices) sont les membres les plus impliqués dans la vie de l’association. Ainsi, l’émergence de la place des femmes au sein de la structure locale ne s’est pas fait par décret au lancement du projet, mais bel et bien par la pratique. Leur témoignage illustre l’importance que représente une activité génératrice de revenus sous forme de microentreprenariat dans leur autonomisation et le renforcement de leur capacité. Dans les sociétés villageoises des sites étudiés, les femmes travaillent dans les champs de leur époux et rares sont celles qui peuvent prétendre à une indépendance financière. L’apport des revenus leur permet de s’autonomiser pour leurs achats personnels. Ne serait que pour le nécessaire d’hygiène, de cuisine ou d’habillement, ces micro-entrepreneures affirment que leurs revenus ont modifié leur mode de vie de façon positive. A propos de la question du regard de leur époux sur ces revenus, elles affirment que ce sont elles qui le gère, mais qu’elles aident leur maris dans les dépenses du foyer. Les principaux postes de dépenses concernent l’éducation des enfants et leur santé. Au-delà de l’aspect purement financier, ces femmes profitent d’une promotion sociale grâce à l’activité touristique. Ainsi, la journée des femmes du 8 mars 2011 a été organisée à Tanguiéta, 10 femmes de chaque village alentours devaient être choisies pour s’y rendre. Sur les 10 femmes de Tanongou, 9 étaient impliquées dans l’écotourisme. Ainsi, au-delà de l’association, ce sont ces microentrepreneurs qui ont été choisies pour représenter leur village. La journée mondiale du tourisme responsable et solidaire, le 2 juin 2011, a eu lieu pour l’évènement béninois dans le village de Tanongou. L’occasion à une fois de plus était

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saisie par les femmes de l’association pour s’exprimer publiquement en affirmant leur nouveau statut.

Pour quiconque observe les impacts des activités d’écotourisme sur ces communautés, un des traits les plus marquants est certainement la place qu’on prit les femmes dans ces projets, leur motivation, la qualité et l’assiduité dans leur travail, ainsi que la responsabilité dans leur réinvestissement des recettes gagnées. Cependant, ces femmes sont conscientes de leurs limites, notamment en matière de gestion et de français pour plus communiquer avec leurs clients. Elles sont demandeuses de plus de formation pour améliorer l’exercice de leur activité.

2) Impact sur les pratiques sociales et l’environnement de la communauté. L’écotourisme, pour être un réel facteur de développement ne doit pas seulement avoir un effet sur ceux directement impliqués. On peut alors se demander quelles formes prennent les impacts de l’activité pour la communauté dans son ensemble. Des entretiens avec les directeurs d’école, infirmiers et responsables des dispensaires, ainsi qu’avec les autorités traditionnelles ont permis d’évaluer la manière dont la mise en place des activités d’écotourisme ont pu avoir une incidence sur la vie des communautés. Le premier élément cité concerne la baisse significative de la mendicité. Avant le développement des activités écotouristiques, la relation avec les visiteurs étrangers était basée sur la mendicité, l’attente de pourboire ou de cadeau. Or, un très gros effort de sensibilisation a été mené dans les deux sens. Du côté des acteurs locaux, des formations au « respect de la dignité », tel qu’elles sont appelées, ont pour but de sensibiliser les habitants à la lutte contre la mendicité, notamment des enfants. De plus, la fixation de tarifs transparents et la désignation des responsables des activités touristiques pour le guidage ont permis de fortement réduire la mendicité. Du côté des visiteurs, une forte sensibilisation est menée concernant les dons, qui sont interdits de manière directe, pour ne pas biaiser d’entrée les relations. Tous les dons doivent être fait via le bureau de l’association et consigné dans un cahier. Les traditionnels bonbons ou stylos laissés sont donc proscrits sur ces sites d’écotourisme. Enfin, la population et plus spécialement les enfants sont maintenant habitués à voir des touristes dans leur village, et cette banalisation permet aussi de faire baisser les pratiques de mendicité. Un autre impact constaté par les membres non impliqués directement dans l’écotourisme concerne la salubrité des villages. Il n’existe pas au Bénin de système de

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traitement des déchets, dans les villages, les animaux divaguent entre les habitations… Un effort a été mené pour sensibiliser les habitants aux questions environnementales, et à Tanongou, les premiers résultats se font sentir. Une zone de stockage des déchets a été construite avec les fonds communautaires, et les membres de l’association effectuent des séances de ramassage des déchets à travers le village. Un club environnement a été créé pour les enfants du village, animée par une des restauratrices de l’association, pour sensibiliser les enfants à la question des déchets et de l’eau. Ces actions restent symboliques et ne constituent pas une révolution écologique, mais restent cependant un premier pas intéressant. Pour limiter l’empreinte écologique, EcoBénin propose une compensation carbone à travers la plantation de palétuviers au bord du Lac Ahémé au Sud du Bénin. La préservation du patrimoine culturel matériel et immatériel est un autre impact des activités écotouristiques sur ces sites, notamment à Koussoukoingou. L’intérêt de ce site réside dans l’architecture exceptionnelle des habitations traditionnelles, les tatas ottamari, qui sont de petites forteresses dotées d’un ingénieux système de terrasses successives. Ces constructions sont menacées par l’attrait des populations pour les habitations en « dur », ciment et tôle, qui ont l’avantage de résister aux fortes pluies, alors que les tatas doivent être restaurées chaque année. L’écotourisme à Koussoukoingou met en valeur ce patrimoine. Les propriétaires de tatas qui sont dans l’association se partagent 20% des recettes des circuits pédestres, et peuvent également accueillir des visiteurs pour une nuit, pour laquelle ils perçoivent 70% de la recette. Ils sont donc encouragés à réinvestir une partie des recettes dans la conservation de ce patrimoine. De la même manière, le patrimoine immatériel est mis en valeur. A Tanongou, une troupe d’une trentaine de danseurs s’est formée et propose aux visiteurs de découvrir les danses traditionnelles. Pour éviter de tomber dans la folklorisation et la marchandisation des pratiques culturelles, les danses présentées ne sont pas celles effectuées lors des cérémonies religieuses, et les animations se font de façon participative. Le visiteur n’assiste pas

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seulement le spectacle mais est invité à participer à la danse s’il le souhaite, pour faire de l’animation un moment d’échange plus que d’observation. Les autorités traditionnelles des deux villages sont sensibles à l’apport des activités touristiques. Tout d’abord grâce aux revenus qui sont engendrés, mais aussi parce que ces activités sont réalisés dans le respect des coutumes locales et que ces autorités sont associés au maximum aux décisions prises. Dans le but de fixer des règles appropriées par tous, les structures locales avec l’appui d’EcoBénin sont en train d’élaborer des codes de bonnes conduites, qui édictent les règles que les locaux et les visiteurs doivent respecter, dans leur relation à l’environnement, le respect des normes sociales et culturelles, ainsi que les bonnes pratiques économiques.

3) Fonds et projets communautaires Les fonds dégagés pour la communauté doivent permettre à la structure locale de financer des projets ou d’être partenaire des bailleurs sur certains projets. C’est en moyenne 15 à 20% des recettes globales qui sont allouées à ce fond communautaire. Ainsi en 2010, TINFI à Tanongou a récolté 835 650 FCFA (1274 €), et La Perle de l’Atacora à Koussoukoingou 482 850 FCFA (736 €). Cependant, l’utilisation de ces fonds n’est pas encore optimale à Tanongou. Depuis le lancement des activités, les seules réalisations concrètes ont été la construction de la zone de stockage des déchets, une participation à la construction du collège et l’achat de batteries pour faire fonctionner des ordinateurs qui ont été donnés au village. Ces choix de dépenses ne sont pas stratégiques et ne permettent pas d’avoir un impact direct sur la population dans son ensemble, d’autant que les dépenses (montant, suivi …) ne sont pas transparentes. A l’inverse, Koussoukoingou est plus efficace dans la réalisation des projets communautaires. Depuis le début des activités, la Perle de l’Atacora a cofinancé avec ses partenaires la construction de la cuisine du dispensaire, des latrines publiques, la réparation de plusieurs pompes, la dotation des internats en panneaux solaires, une aide aux familles pour l’achat des fournitures scolaires. Ces réalisations permettent d’avoir un impact direct sur la communauté mais surtout de légitimer aux yeux de ceux qui ne sont pas directement bénéficiaires des activités touristiques du bien-fondé de la présence de cette activité sur le territoire. Koussoukoingou, cuisine du dispensaire financée en partie grâce aux fonds prélevés sur les recettes des activités touristiques.

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Tanongou, espace de tri et stockage des déchets, financés à partir des fonds prélevés sur les recettes de l’écotourisme.

Club environnement pour les enfants de l’école primaire de Tanongou, organisé chaque semaine par TINFI et animé par une restauratrice, Céline Tankouanou.

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Perspectives : Comment améliorer les processus mis en place ? Au terme de ce passage en revue des impacts de l’activité, 5 éléments essentiels ressortent pour faire de l’écotourisme un vecteur du développement local sur les sites concernés. Il convient en premier lieu de renforcer la maitrise de l’activité, grâce à des outils adaptés aux capacités des acteurs qui permettent à chacun de comprendre, gérer et anticiper son activité. La dynamique des activités doit être entretenue par un programme de promotion et de visibilité des sites d’écotourisme, le marketing permet ainsi de stabliliser les flux touristiques. Il faut également appuyer le développement d’activités complémentaires pour dynamiser l’effet multiplicateur du tourisme. Des projets communautaires doivent être instaurés avec plus de visibilité pour avoir une incidence sur l’ensemble de la population du territoire. Enfin, les activités d’écotourisme doivent être intégrer dans un cadre réglementaire, reconnu par les autorités locales et les acteurs du secteur.

Un des objectifs prioritaires pour améliorer le fonctionnement et les impacts des activités écotouristiques est de faire en sorte que chaque acteur ait accès à des outils adaptés à ses capacités, notamment en matière de gestion. La formation doit être prévue et adaptée en fonction de ses capacités, sans quoi l’appropriation de l’activité peut être considérablement freinée. Ces outils devraient permettre notamment à chaque microentrepreneur de connaître le montant de ses revenus issus de l’écotourisme, ainsi que les dépenses de fonctionnement, les sommes réinvesties, le bénéfice. En quelques sortes établir un petit « business plan ». Les outils devraient aussi permettre d’apprécier l’intensité de l’activité en termes de temps de travail et de fréquentation. La connaissance claire de ces aspects de l’activité, financier et humain, devrait donc écarter fantasmes et spéculations autour des revenus de l’écotourisme, en mettant en évidence au près des micro-entrepreneurs que cette activité est rentable. A l’heure actuelle, la non-maîtrise des revenus générés par certains acteurs donne l’impression d’un travail réalisé à « l’aveuglette », ce qui ne facilite pas l’appropriation de l’activité. Si de tels outils fonctionnent et permettent de mettre en avant la rentabilité précise de l’activité, ils devraient donc éveiller chez les micro-entrepreneurs le fait qu’il est nécessaire pour eux de maîtriser cette activité. Mais il ne suffit pas seulement de savoir le montant des revenus perçus, un bon système de devrait permettre d’avancer vers des schémas de gestion durable des revenus, type caisse d’épargne. Dans le même esprit, il convient d’appuyer les microentrepreneurs dans l’investissement des recettes, notamment vers l’activité agricole, tout en leur laissant une totale autonomie dans leur choix. La maîtrise de ces outils sera donc un premier vecteur d’insertion du développement durable de ces territoires grâce au renforcement des capacités des acteurs, leur

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autonomisation, et la gestion durable des revenus, qui devrait notamment renforcer la chaîne de valeurs locale.

Bien évidemment, l’activité touristique est par nature imprévisible quant à la fréquentation. Cependant, l’amélioration des activités passe par une maitrise des flux de touristes qui passent sur le site. Il n’est pas souhaitable pour un site éco-touristique d’être soumis à une pression de visiteur que sa capacité d’accueil ne supporterait pas. Or, les acteurs locaux de l’écotourisme souhaitent avoir toujours plus de clients, notamment ceux qui veulent toujours plus de revenus et qui ne maîtrisent actuellement pas la gestion de leur activité. Les flux très irréguliers de touristes renforcent cette envie chez les microentrepreneurs d’avoir toujours plus de clients, avec la crainte que ces clients un jour disparaissent. Si l’on ne peut rien faire sur les conjonctures mondiales actuelles, on peut alors s’intéresser à la visibilité du site en question, et donc en faire une promotion efficace dans le respect des caractéristiques de l’écotourisme. L’objectif n’est pas d’augmenter la fréquentation de manière démesurée, mais d’essayer d’avoir une fréquentation régulière, qui permet d’éviter les écarts de revenus d’une période à l’autre de la saison touristique. Cette stabilité de l’activité diminue l’envie d’avoir toujours plus de visiteur, et de se retrouver dans des situations ou le client qui arrive après deux semaines d’inactivité comme un don du ciel ! La régularisation des revenus des micro-entrepreneurs grâce à une régulation des flux de touristes permet aussi d’avoir des fonds de manière plus constante pour les projets communautaires. Pour que l’activité se stabilise, il convient d’agir sur différents points. Les acteurs doivent avoir connaissance de ce qui détermine les flux de voyageurs, en maitrisant par exemple le calendrier des vacances scolaires en Europe. Au niveau de la promotion, les sites doivent être insérés dans des circuits. Ces circuits fonctionnent le plus souvent avec réservation, qui permet donc de prévoir l’intensité de l’activité à l’avance. Des outils marketing pour la promotion des sites doivent être multipliés : brochures, internet (sites et « lobbying » sur les sites spécialisés tourisme écotourisme (forums notamment), mais aussi affichage efficace sur le site, positionnement aux endroits stratégiques, mention dans les guides de voyage…. Enfin, il faut faire des micro-entrepreneurs les acteurs de leur propre promotion, et renforcer ainsi la chaîne éco-touristique. Le rôle des guides doit particulièrement être renforcé, puisqu’ils sont les premiers en contact avec le visiteur. Il est donc nécessaire qu’ils s’approprient se rôle de promotion des activités présentes sur le site. Coupler à la maitrise en matière de gestion, la stabilité de la fréquentation et une bonne promotion du site devrait permettre un meilleur fonctionnement. Cependant, les effets de l’activité éco-touristique doivent toucher au-delà des acteurs directs. Il y a ainsi d’autres points à renforcer pour faire de l’éco-tourisme un vecteur d’entrée du développement sur le territoire.

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Les projets doivent nécessairement passer par une phase de montée en gamme de l’offre touristique. A Koussoukoingou, la construction d’un EcoLodge entre dans cette logique de montée en gamme. A Tanongou, les hébergements devraient être reconstruits en matériau stabilisés, un projet de dotation en panneaux solaires est également à l’étude. L’amélioration de l’offre à deux finalités : améliorer l’attractivité des sites permettant ainsi une plus large clientèle, mais surtout permettre à cette clientèle de séjourner plus longtemps sur les sites, créant ainsi plus de revenus pour les populations locales et une plus grande efficacité en matière de développement. Si les impacts en matière de revenus et d’amélioration des conditions de vie (notamment la santé et la scolarisation des enfants) sont évidents pour les acteurs directs de l’écotourisme, qu’en est-il de la majorité de la population ? Autrement dit, comment permettre au tourisme de diffuser ses effets à une frange de la population qui va au-delà de ceux qui sont en contact direct avec le touriste ? Le constat montre par exemple que l’activité est concentrée sur certains quartiers et sur certaines familles. Il faut trouver un moyen pour étendre les effets positifs du tourisme durable aux populations qui ne sont pas directement impliqués, notamment en renforçant le potentiel d’effet multiplicateur du tourisme. Pour cela, il convient de développer des activités complémentaires pour répondre aux besoins des segments d’activités : maraîchage, élevage (pour la restauration) et confection de produits pour l’artisanat : miel, confitures, beurre de karité, spécialités locales… Ces activités seraient donc destinées à ceux qui n’ont ni les capacités ni la volonté d’exercer une activité touristique directe. Il faut donc trouver les moyens d’étendre les effets du tourisme au-delà des acteurs directs mais surtout faire en sorte que chacun intériorise l’importance d’être un maillon dans la chaîne de valeur, et de connaître son rôle à jouer pour renforcer cette chaîne. La responsabilité d’un tel projet force également au réalisme : tous les habitants du territoire donné ne seront pas les bénéficiaires directs de l’activité, d’autant plus qu’il est dangereux de créer une dépendance autour d’une activité aussi instable. Ce constat nous amène à réfléchir sur les impacts de l’activité pour la communauté dans son ensemble.

La répartition des revenus prévoit un pourcentage des recettes que chaque segment reverse à la communauté. Pour le cas de Tanongou, les 10% de la cascade représentent une somme importante. L’utilisation de ces fonds doit permettre une amélioration des conditions de vie sur le territoire et pour la communauté, notamment tous ceux qui n’auront jamais de bénéfices directs des activités touristiques. L’efficacité et la visibilité des réalisations permettent à la population dans son ensemble de comprendre l’intérêt qu’à la communauté à s’impliquer dans des initiatives de tourisme durable. L’importance des fonds collectés et les attentes de la population en matière d’impacts d’une activité à laquelle la majorité ne prend pas part poussent à être extrêmement vigilent sur ce domaine. Il s’agit

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donc de veiller à la juste répartition des revenus, une fois de plus grâce à des outils adaptés, contrôlés et évalués et à une totale transparence sur les fonds collectés, notamment grâce à un compte distinct à la banque et la maitrise par les acteurs des documents bancaires. Les acteurs doivent gérer de manière autonome ces fonds sans les laisser « dormir » sur un compte, afin d’avoir une réactivité sur la pertinence et l’urgence de certains projets. Dans une optique de durabilité, les acteurs locaux doivent se méfier des projets qui suscitent de nouveaux besoins (exemple de la batterie pour les ordinateurs achetée à Tanongou, le village n’est pas équipé en électricité.). La maturité dans la gestion de ces fonds communautaires doit permettre à terme de devenir un partenaire des bailleurs de fonds sur certains projets. Les fonds pour les projets communautaires ne doivent pas être abordés comme un gadget de développement, mais doivent être considérés comme un moyen de faire adhérer la population à l’écotourisme et bien évidemment de lui faire profiter de ses retombées, de manière efficace et concertée. Enfin, les activités éco-touristiques doivent être encadrées dans un schéma réglementaire. Sur les sites, c’est le rôle du code des bonnes conduites, qui va être prochainement mis en place, et qui doit déterminer de manière participative les droits et devoir des acteurs locaux et des visiteurs Sur le plan légal, c’est le rôle du Plan Stratégique de Développement de l’Ecotourisme au Bénin, qui devrait permettre de créer un cadre à l’émergence d’autres initiatives d’écotourisme mais surtout à leur suivi et au regroupement des acteurs du secteur. Les règles ainsi fixées seront une aide à l’exercice serein des activités écotouristiques.

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Améliorer les processus mis en place Quoi ? Comment ? Renforcer la maitrise de l’activité et l’autonomisation des acteurs

Une gestion plus rigoureuse et maitrisée par chacun

-suivre la mise en place des nouveaux outils de gestion, veiller à l’appropriation par les acteurs de la méthodologie -créer les mécanismes de surveillance pour une meilleure gestion à tous les niveaux (micro-entrepreneurs, associations, fonds communautaires)

Des formations -s’appuyer sur les besoins des micro-entrepreneurs pour adaptées aux capacités améliorer leurs prestations des bénéficiaires pour -mettre la formation au cœur de l’évolution de chaque une meilleure projet appropriation Visibilité des sites de tourisme durable Une meilleure -communiquer pour clientèle à la hauteur des objectifs et promotion pour mieux répartie le long de la saison touristique stabiliser les flux de -éviter les périodes de « vide » trop longue pour ne pas visiteurs démotiver les acteurs locaux -utiliser les NTIC et développer les outils de Améliorer le marketing communications pour accéder au -inciter les acteurs locaux à devenir les vecteurs de la marché de touristes promotion des activités écotouristiques Développer l’effet multiplicateur du tourisme durable Créer des activités -développer des activités de maraîchage et d’élevage pour complémentaires pour satisfaire la demande touristique faire bénéficier ceux -créer de nouveaux micro-projets pour dynamiser qui n’ont pas de rôle l’économie locale direct dans le tourisme Orienter l’investissement des -mettre en place des systèmes d’épargne des revenus pour recettes investir de manière productive écotouristiques vers -réinvestissement dans l’activité principale : l’agriculture plus de durabilité Etendre les projets communautaires -veiller à la bonne gestion de ces fonds, de la collecte au Veiller à la bonne suivi de la tenue des outils de gestion utilisation des fonds -faire des choix stratégiques dans l’utilisation des fonds collectés pour avoir une incidence sur les communautés dans leur ensemble Développer les -les structures locales doivent devenir des partenaires partenariats entre les directs des bailleurs de fonds associations locales et -Développer un réseau de partenaires les bailleurs de fonds Développer le schéma réglementaire et le lien avec les autorités

Par qui ? Etat d’avancement Responsable suivi : chargé de mission EcoBénin, éventuellement stagiaires Nouveaux systèmes de gestion mis en place. Continuer la formation des ME, contrôler de manière systématique. -Volontaires -EcoBénin dans le cadre de projets financés.

Les acteurs locaux, EcoBénin et leurs partenaires. Trouver des relais en Europe pour assurer la promotion et la commercialisation des séjours et circuits

- autorités locales, acteurs de la coopération internationale (ex Coopération Technique Belge, projet en cours), initiatives des acteurs locaux Les micro-entrepreneurs engagés dans l’écotourisme et leurs familles, encadrés par les associations locales, EcoBénin et les acteurs de la coopération Efforts à mettre en œuvre par les membres des structures locales, appuyés par EcoBénin et les autres partenaires. Les associations créent des liens avec les partenaires, rôle d’EcoBénin pour faire le lien

Créer un cadre pour l’extension de ce type d’expérience

-protéger les initiatives en devenir par l’existence d’un cadre qui garantit le respect des critères du tourisme durable -créer des plateformes multi-acteurs pour réunir ceux qui doivent s’engager pour la réussite de ces initiatives

Rôle du Plan Stratégique de Développement de l’Ecotourisme, Ministère du tourisme Rôle des Organisations de Gestion de la Destination Autorités locales et acteurs société civile

Renforcer les liens des structures locales avec les autorités

-signer convention qui autonomise les structures locales dans leur relation aux autorités -faire comprendre aux localités l’intérêt qu’elles ont à soutenir ce type d’initiative

Leader des villages, autorités traditionnelles et administratives, associations locales et EcoBénin

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Conclusion Au terme de ce bilan, il convient de revenir sur les points essentiels qui ressortent de l’étude de ces initiatives du tourisme durable. Tout abord, le système d’organisation mis en place semble être une des clés de réussite des projets. Le système de micro-entreprenariat est en effet la garantie de l’autonomisation et la responsabilisation de tous ceux engagés dans les activités d’écotourisme. La réunion de ces micro-entrepreneurs dans les structures locales que nous avons présentées (TINFI et la Perle de l’Atacora) permet une approche collective et démocratique qui garantit l’orientation des bénéfices de l’activité de chacun vers le bien être de la communauté dans son ensemble. De plus, la mise en réseau des différentes structures locales, que ce soit entre elles, avec les autorités locales ou bien les partenaires de coopération internationale est également un gage de la bonne organisation et de la viabilité de ces projets. Enfin, le système de répartition des revenus entre les microentrepreneurs, l’association, le fond pour les projets communautaires et les taxes respecte et met concrètement en œuvre les valeurs du tourisme durable. La mise en œuvre des activités génératrices de revenus dans des territoires déshérités, est une autre clé de réussite de ces projets en matière d’efficacité économique. Comme cela a été présenté dans le bilan, l'apport de ces nouveaux revenus, comparé à la norme locale est très satisfaisante et permet d’avoir une réelle incidence sur l’amélioration des niveaux de vie des ménages impliqués dans l’écotourisme. Les résultats économiques permettent d’avoir un impact plus large en termes de lutte contre la pauvreté puisque la répartition des revenus prévoit de dégager en moyenne 20% des recettes vers des fonds communautaires. De plus les collectivités locales, qui perçoivent une partie des recettes, perçoivent aussi le bénéfice de l’existence d’initiatives de tourisme durable sur leur territoire. Les projets de développement d’activités secondaires, notamment en matière agricole, à partir du réinvestissement des recettes touristiques laissent espérer la dynamisation du tissu économique local. Enfin, les incidences en matière de développement humain et d’amélioration des conditions de vie des communautés constituent la troisième clé de réussite de ces projets. D’un côté, les premières réalisations communautaires grâce aux fonds collectés sur les recettes de l’écotourisme permettent à l’ensemble de la population de bénéficier de ces activités. Mais on observe également des changements positifs qui découlent directement de la pratique des activités d’écotourisme, notamment en matière de salubrité des villages ou de disparition des pratiques de mendicité. Les nouveaux revenus pour les ménages impliqués dans l’écotourisme ont permis des améliorations sensibles en matière de niveau de vie : scolarisation des enfants, santé, sécurité alimentaire du foyer. L’action en matière de préservation du patrimoine naturel et culturel doit bien entendu être soulignée tout comme l’émergence de la prise de conscience par les populations du potentiel que représente l’exploitation durable de ces patrimoines. Enfin, l’autonomisation des acteurs grâce à une gestion en micro-entreprise puis en association permet un réel renforcement des capacités,

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qui est marquant dans le cas des femmes, qui ont pris en main certains segments d’activités comme l’hébergement ou la restauration et qui sont des membres actifs et investis dans la vie des associations. L’implication, la motivation des membres et leur capacité à accepter des changements importants dans des modes de vie parfois encore traditionnels sont des gages du bon déroulement des activités écotouristiques et de l’appropriation des effets positifs. Mais il convient également de revenir sur d’autres facteurs indispensables à la réussite des projets. Tout d’abord le rôle joué par EcoBénin. L’expertise de l’ONG est reconnue au-delà des frontières du Bénin. Bien que la volonté soit vers une autonomisation des structures locales, le rôle d’appui conseil et de relai vers les partenaires est indispensable au fonctionnement des activités. De plus, la réussite de ces deux initiatives ne doit pas occulter que le tourisme durable est une solution de lutte contre la pauvreté qui reste conditionnée à des impératifs comme la présence d’attractions touristiques sur le site concerné. La capacité de telles initiatives à être des modèles de développement est donc limitée aux sites ayant un certains potentiel touristique, naturel, culturel, mais aussi en terme d’accès, d’infrastructures et de capacité d’accueil. Enfin, même si le déroulement des activités est autofinancé par les micro-entrepreneurs, les programmes de formation, la communication, les aménagements nécessaires au lancement d’activités sont quelques-uns des domaines qui nécessitent l’intervention de partenaires et de bailleurs de fonds, soit pour appuyer financièrement l’intervention d’ONG comme EcoBénin, soit pour intervenir de manière plus directe avec les structures locales. Il serait souhaitable de diversifier les partenariats pour éviter, comme le cas de la GTZ à Tanongou, un retrait qui supprime toutes les subventions. L’attitude de plus en plus participative des communes béninoises dans les activités de tourisme durable ouvre la porte au développement souhaitable de coopération décentralisée avec les collectivités européennes. C’est donc un bilan positif de ces expériences qu’il convient de mettre en avant. Mais un bilan positif n’exclue pas de revenir sur certains points qu’il faut impérativement améliorer pour la pérennité des projets. On pense notamment au renforcement de la maitrise de la gestion des activités écotouristiques par les acteurs locaux, tout comme le développement d’activités secondaires et de projets de développement plus pertinents pour permettre d’avoir une incidence concrète sur les populations qui ne sont pas directement impliqués dans les activités touristiques de leur territoire.

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Bibliographie succincte Coopération décentralisée, tourisme durable et solidaire, développement durable, VADEMECUM, Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement, Ministères des Affaires Etrangères et Européennes, 2006. Des outils pour programmer, suivre, évaluer et présenter ses projets, Daniel NEU, GRET, Coopérer Aujourd’hui numéro 47, avril 2006. Faits saillants du tourisme, Organisation Mondiale du Tourisme, édition 2010. International Tourism: a global perspective, World Tourism Organization, WTO Tourism Education and Training Series, 1997. Le tourisme international vu du Sud : essai sur la problématique du tourisme dans les pays en développement, Mimoun HILLALI, Presses de l'Université du Québec, 2003. Tourisme, micro-finance et réduction de la pauvreté, Planet Finance et OMT, 2005. Tourisme responsable et territoires, Document d’orientation stratégique pour l’aide publique au développement de la France, Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, 2008. Tourisme solidaire et développement durable, Jean Marie Collombon, Sandra Barlet, Danièle Ribier, Agridoc, Les Editions du Gret, juin 2004. Voyage en Afrique urbaine, Pierre Gras, L'Harmattan.

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Bilan et perspectives des initiatives d’écotourisme communautaire au Bénin

Annexes Annexe 1 – Fiches Pays Bénin, principaux indicateurs économiques Annexe 2 – Convention Mairie de Tanguiéta – Association pour la promotion de l’écotourisme communautaire TINFI (arrondissement de TANONGOU) Annexe 4 – Brochure présentation des sites écotouristiques d’EcoBénin Annexe 5 – Carte du Bénin avec les sites d’écotourisme communautaire et les circuits d’EcoBénin Annexe 6 – Photos des sites d’écotourisme communautaires Annexe 7 – Les critères mondiaux de référence pour le tourisme durable

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Annexe 1 – Fiche Pays Bénin, principaux indicateurs économiques Mehdi Baccouche, Février 2011

Fiche pays Bénin Le Bénin en 2010

Population

8,9 millions d’habitants

Densité

78,3

Croissance démographique

3,2%

Taux de fécondité

5,3 enfants par femme

Scolarisation

82%

Espérance de vie

67 ans

Indice de développement humain

134ème

INDICATEURS ECONOMIQUES ET FINANCIERS Répartition de l’activité économique par secteur

Agriculture

Industrie

Services

32,3

13,4

54,4

4,4

4,6

0,9

Valeur ajoutée (% du PIB) Valeur ajoutée (en croissance annuelle du PIB) Banque mondiale, 2009

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Bilan et perspectives des initiatives d’écotourisme communautaire au Bénin

Evolution du PIB

2008

2009

2010

2011

2012

6.72

6.65

6.49

6.68

7.12e

PIB croissance annuelle %

5.0

2.5

2.8

3.6e

4.7e

PIB par habitant(USD)

736

709

673

674e

699e

PIB (milliards de USD)

Fond Monétaire International Indicateurs monétaires Taux d’inflation 2008

2009

2010

2011

2012

8.0

2.2

2.8

2.8

2.8

Banque Mondiale Dette extérieure, en millions USD 2007

2008

2009

766

918

1073

Banque Mondiale Commerce extérieur

2009

2010

2011

2012

Balance des transactions courantes (en millions de USD)

-0,47

-0,55

-0,52

-0,55

Balances des transactions courantes (en % du PIB)

-7,7

-7,3

-6,6

-6,5

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Investissement Direct Etranger

2006

2007

2008

2009

Flux d'IDE entrants (USD)

53 200 471

255 244 061

169 834 988

92 548 275

Cnuced

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Bilan et perspectives des initiatives d’écotourisme communautaire au Bénin

Annexe 2 – Convention Mairie de Tanguiéta – Association pour la promotion de l’écotourisme communautaire TINFI (arrondissement de TANONGOU)

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Bilan et perspectives des initiatives d’Êcotourisme communautaire au BÊnin

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Annexe 3 – Brochure communication Koussoukoingou Financée dans le cadre du projet de construction d’un écolodge, par le fond américain pour le développement en Afrique (USADF).

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Annexe 4 – Brochure présentation des sites écotouristiques d’EcoBénin

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Annexe 5 – Carte du Bénin avec les sites d’écotourisme et les circuits d’EcoBénin. Source : Brochure communication EcoBénin

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Annexe 6 - Photos des sites d’écotourisme communautaire

Une partie des membres de l’association TINFI, à Tanongou, avec le Président de l’Association en gris debout au centre, des guides, des plongeurs, des restauratrices, des hébergeurs et des danseurs. Cette photo a été prise après une séance de nettoyage du village, activité entreprise par l’association TINFI.

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Les chutes de Tanongou

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Intérieur d’un hébergement chez l’habitant à Tanongou ,Chez Fidèle.

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Les deux cases d’un hébergement chez l’habitant à Tanongou, Chez Denise

Hébergement chez l’habitant à Tanongou. Douche et toilette sèche. Chez Christine

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Hébergement chez l’habitant à Tanongou, espace extérieur. Chez Christine.

Hébergement chez l’habitant, Chez Denise.

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Deux photos de « tata somba », habitation traditionnelle, Koussoukoingou.

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Entrée d’un Tata Somba, avec les nombreux fétiches protecteurs, Koussoukoingou

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Photo d’un Tata sur l’itinéraire d’une randonnée pédestre proposée par les guides de Koussoukoingou

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Annexe 7 – Les critères mondiaux de référence pour le tourisme durable. Critères Mondiaux de Référence pour le Tourisme Durable A. Démontrer l’efficacé d’un management durable. A.1. L’entreprise a mis en place un système de management de la durabilité à long terme convenant à sa réalité et sa taille, et qui convient. A.2. L’entreprise agit en conformité avec toutes les lois et règlements (y compris entre autre, de la santé, la sécurité, du travail, et les aspects environnementaux). A.3. Tous les membres du personnel reçoivent une formation en ce qui concerne leur rôle dans la gestion des pratiques environnementales, socioculturelles, de santé et de sécurité. A.4. La satisfaction du client est mesurée et des mesures correctives sont prises si nécessaire. A.5. Les documents promotionnels sont exacts et complets et ne promettent pas plus que ce que l’entreprise peut délivrer. A.6. Conception et construction de bâtiments et d’infrastructures: A.6.1. respecter les exigences des zones protégées et de patrimoine; A.6.2. respecter le patrimoine naturel et culturel lors de l’implantation, la conception, l’évaluation d’impact, et les droits fonciers et d’acquisition; A.6.3 utiliser des principes localement appropriés de construction durable; A.6.4 assurer l’accès pour les personnes ayant des besoins spéciaux. A.7. Informations et interprétation sur l’environnement naturel, la culture locale, et le patrimoine culturel sont fournies aux consommateurs, ainsi que les explications de comportement approprié lors des visites de zones naturelles, de cultures vivantes, et des sites du patrimoine culturel. B. Maximiser les avantages sociaux et économiques pour la communauté locale et minimiser les impacts négatifs. B.1. L’entreprise soutient activement les initiatives pour le développement social et l’infrastructure communautaire, y compris, entre autres, l’éducation, la santé et l’assainissement. B.2. Les résidents locaux sont employés, y compris aux postes de direction. Une formation est offerte selon les besoins. B.3. Des biens et des services locaux et issus du commerce équitable sont achetés, dans la mesure du possible, par l’entreprise. B.4. L’entreprise offre les moyens pour le développement et la vente des produits des petits entrepreneurs locaux basés sur la nature, l’histoire et la culture locale (y compris la nourriture et les boissons, l’artisanat, les arts vivants, les produits agricoles…). B.5. Un code de conduite pour les activités conduites dans les communautés autochtones et locales a été élaboré, avec le consentement et en consultation avec les communautés. B.6. La société a mis en œuvre une politique de lutte contre l’exploitation commerciale, en particulier des enfants et des adolescents, y compris l’exploitation sexuelle. B.7. La société est équitable dans le recrutement des femmes et des minorités locales, notamment dans des postes de direction, tout en limitant le travail des enfants. B.8. La protection juridique internationale ou nationale des salariés est respectée, et les employés sont payés un salaire minimum.

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B.9. Les activités de la société ne remettent pas en cause la fourniture des services de base comme l’eau, l’énergie ou l’assainissement pour les communautés voisines. C. Maximiser les avantages du patrimoine culturel et de minimiser les impacts négatifs. C.1. La société suit des lignes directrices établies ou un code de comportement pour les visites de sites culturellement ou historiquement sensibles, afin de minimiser l’impact des visiteurs et de maximiser le plaisir. C.2. Les objets historiques et archéologiques ne sont pas vendus, échangés ou affichés, sauf dans les conditions permises par la loi. C.3. L’entreprise contribue à la protection des biens et sites historiques, archéologiques, culturels, spirituels locaux, et n’entrave pas leur accès pour les résidents locaux C.4 L’entreprise utilise des éléments de l’art local, de l’architecture ou du patrimoine culturel dans ses opérations, la conception, la décoration, la nourriture ou les magasins, tout en respectant les droits de propriété intellectuelle des communautés locales. D. Maximiser les avantages pour l’environnement et minimiser les impacts négatifs. D.1. La conservation des ressources D.1.1. La politique d’achat favorise les produits respectueux de l’environnement, pour les matériaux de construction, les biens d’équipement, la nourriture et les consommables. D.1.2. L’achat des consommables et produits jetables est limité, et l’entreprise recherché activement les moyens de réduire leur utilisation. D.1.3. La consommation d’énergie doit être limitée, les sources indiquées, et des mesures visant à réduire la consommation globale devraient être adoptées, tout en encourageant l’utilisation des énergies renouvelables. D.1.4. La consommation d’eau devrait être limitée, les sources indiquées, et des mesures visant à réduire la consommation globale devraient être adoptées. D.2. La réduction de la pollution D.2.1. Les émissions de gaz à effet de serre provenant de toutes les sources contrôlées par l’entreprise sont mesurées, et les procédures sont mises en œuvre pour réduire et compenser, comme un moyen d’atteindre la neutralité climatique. D.2.2. Les eaux usées, y compris les eaux grises, sont traitées de manière efficace et réutilisées lorsque possible. D.2.3. Un solide plan de gestion des déchets est mis en œuvre, avec des objectifs quantitatifs pour réduire les déchets qui ne sont pas réutilisés ou recyclés. D.2.4. L’utilisation de substances dangereuses, y compris les pesticides, peintures, désinfectants de piscine et de nettoyage, est minimisée, et remplacée, le cas échéant, par des produits inoffensifs et tous les produits chimiques utilisés sont correctement manipulés D.2.5. L’entreprise met en œuvre des pratiques pour réduire la pollution par le bruit, lumière, le ruissellement, l’érosion, d’appauvrissement des composés détruisant la couche d’ozone, et de l’air et de contaminants du sol. D3. La conservation de la biodiversité, des écosystèmes et des paysages D.3.1. Les espèces sauvages sont uniquement récoltées dans la nature, consommées, affichées, vendues, ou échangées au sein du commerce international, dans le cadre d’une activité réglementée qui veille à ce que leur exploitation soit durable. D.3.2. Aucune faune n’est maintenue en captivité, sauf pour des activités correctement réglementées, et les spécimens vivants d’espèces sauvages protégées sont uniquement

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Bilan et perspectives des initiatives d’écotourisme communautaire au Bénin

gardés par ceux qui sont autorisés et convenablement équipés pour les abriter et prendre soin d’eux. D.3.3. L’entreprise utilise des espèces indigènes pour l’aménagement paysager et la restauration, et prend des mesures pour éviter l’introduction d’espèces exotiques invasives. D.3.4. L’entreprise contribue au soutien de la conservation de la biodiversité, notamment en soutenant des aires naturelles protégées et les zones de haute valeur de biodiversité. D.3.5. Les interactions avec la faune ne doivent pas produire d’effets négatifs sur la viabilité des populations dans la nature; et toute perturbation des écosystèmes naturels est réduite au minimum, remis en état et bénéficient de contribution compensatoire pour la gestion de la conservation.

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Bilan d'initiatives d'écotourisme communautaire au Bénin  

Bilan de deux initiatives d'écotourisme au Bénin, village de Tanongou et Koussoukoingou, portées par l'ONG Ecobénin

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