Page 1

Juin 2018

Vivre, tout simplement

Journée internationale du YOGA

6,50€

LE BILLET DE DAAJI sur l'amour égoïste-altruiste SPORT Tout se joue dans le mental


Heartfulness Vivre, tout simplement Rédaction – Meghana Anand, Sylvie Berti Rossi, Genia Catala, Elizabeth Denley, Emma Ivaturi Graphisme – Hélène Camilleri, Emma Ivaturi, Uma Maheswari, Subroto Mukherjee Traduction – Marianne et Jean-Pierre Baillon, Genia Catala, Martine Corso, Sandrine Delacroix, François Déroulède, Sylvie Galland, Clara Gambier, Lucie Hautefeuille, Marie Laure Lagrange, Jean-Pierre Le Grand, Beba Marantz, Michelle Pain-Orcet Photographies – Mark Basarab, Kenan Buhic, Daiga Ellaby, Gemma Evans, Chinh le Duc, Toa Heftiba, Thananchai Jaipa, David Marcu, Annie Spratt, Stefan Stefancik, James Thomas, Anastasia Yilmaz Illustrations – Claire Bigand, Filiz Soyak Contributeurs – Megha Bajaj, Elizabeth Denley, Hilary Hart, Barbara J. Levin O'Riordan, Kamlesh Patel, Neelam Shivhare, Llewellyn Vaughan-Lee, Ravi Venkatesan Interviewés – Devinder Singh Bhusari, Dr Gary Huber, Dr H.R. Nagendra

ISSN : 2491-2255 N° CPPAP : 0419 K 93360

Envoi des contributions et correspondance avec la rédaction en français, magazine@unimeo.com – en anglais, contributions@heartfulnessmagazine.com Publicité – en français, magazine@unimeo.com ; en anglais, advertising@heartfulnessmagazine.com Abonnements – en français, www.unimeo.com ; en anglais, www.heartfulnessmagazine.com Impression – Aumüller Druck, GmbH & Co. KG, Weidener Straße 2, D-93057 Regensburg Publication – Unimeo, 5 Esplanade Compans Caffarelli, 31000 Toulouse Droits d'impression, publication, distribution, vente, sponsoring et perception des recettes réservés à l'éditeur 2018 © Tous droits réservés à Unimeo Éditeur – Unimeo

www.heartfulness-magazine.fr Les termes « Heartfulness, Relaxation Heartfulness, Sahaj Marg Spirituality Foundation, SMSF », les logos « Learn to Meditate »

et « Heartfulness » sont des marques déposées par la Sahaj Marg Spirituality Foundation. Aucune partie de ce magazine ne peut être reproduite sous quelque forme ou moyen que ce soit sans autorisation écrite préalable. Le nom de domaine www.fr.heartfulness.org est également la propriété de l'Institut Heartfulness.

Les opinions exprimées dans les articles de ce magazine ne reflètent pas toujours celles de la rédaction, de l'Institut Heartfulness ou de la Sahaj Marg Spirituality Foundation.


Contributeurs Dr H.R. Nagendra Recteur de l'Université S-VYASA, Bangalore, et président de l'Association indienne de yoga, le Dr Nagendra est, depuis 1980, à l'avant-garde de la recherche sur les bienfaits du yoga pour la santé et le bien-être, combinant le meilleur de l'approche scientifique occidentale avec les traditions yogiques et védiques de l'Inde ancienne. Il a reçu de nombreux prix et distinctions, tant en Inde que dans le reste du monde, dont le Global Peace Award du World Peace Council, en 2015, et Padma Shri du gouvernement indien, en 2016.

Megha Bajaj Auteur primée, scénariste, éducatrice révolutionnaire, Megha Bajaj est la co-fondatrice du Miraaya Holistic Growth Center, une organisation unique en son genre dont le but est de préparer les enfants à la vie, et pas seulement aux examens. Avec plus de 25 000 fans de ses pages sur les réseaux sociaux et deux livres très populaires, Megha pense que son voyage en tant que chercheuse ne fait que commencer. Ses écrits sont apaisants et inspirants, savent parler au cœur et suscitent des réponses du plus profond de nous-mêmes.

Devinder Singh Bhusari Après avoir été classé no 1 du tennis masculin en Asie dans la catégorie des moins de 14 ans, et premier joueur indien à faire partie de l'équipe mondiale junior, Devinder Singh Bhusari est aujourd’hui propriétaire de la Shaishya Tennis Academy qu'il a fondée dans le Gujarat, en Inde. En plus d'être champion de tennis, Devinder a également obtenu un MBA dans l'une des meilleures universités de l'Inde. Sa source d’inspiration et son soutien, tant dans les succès que dans son travail actuel d’entraîneur, est la méditation.


Elizabeth Denley, Rishabh Kothari Meghana Anand, Sylvie Berti Rossi Genia Catala, Emma Ivaturi


LES PROMESSES DU YOGA

Chers lecteurs, Dans ce numéro, nous célébrons la Journée internationale du yoga, que l’ONU a choisi de fêter le 21 juin pour faire découvrir au monde entier la richesse du yoga. Cette manifestation, qui

touche chaque année des millions de personnes sur tous les continents, en est à sa troisième édition. Le « carnet de voyage », qui ouvre les pages du magazine consacrées à cet événement, nous donne un aperçu, en récits et en images, de l’ édition 2017.

Dans un entretien accordé en exclusivité à Heartfulness, le Dr H. R. Nagendra, président de

l'Association indienne de yoga, nous parle de l’impact déterminant du yoga sur la santé et nous livre en primeur les résultats extraordinaires de 40 ans de recherches menées par les équipes qu’il conduit. Kamlesh Patel poursuit sa série sur l'ashtanga yoga et se concentre ce mois-ci

sur ses étapes les plus subtiles et les plus profondes – dharana, dhyana et samadhi – qui nous rapprochent toujours plus du but ultime. Côté sport, un prodige du tennis indien, Devinder

Singh Bhusari, nous parle de la technique qu’il a développée sur la base de son expérience pour coacher de jeunes talents. Llewellyn Vaughan Lee et Hilary Hart, dans leur série sur l’écologie spirituelle, nous ouvrent à l'art du nettoyage, et Anne-Grethe Kousgaard signe le portfolio avec des peintures qui s’inspirent de la beauté et de la simplicité de la nature.

Alors, le 21 juin, accordez-vous une pause et participez à un événement organisé dans votre région, pour pratiquer, expérimenter et absorber les bienfaits du yoga ! La rédaction


8

22

32

l'interview Sport

Sur le terrain

Devinder Singh Bhusari

Heartfulness prend le large Un récit du Cap. Mahendra Singh.

06

focus

la pensée et l'action

Carnet de voyage

Agir autrement

Heartfulness autour du monde

Le négociateur Heartfulness 5e partie

Journée internationale du yoga

Attitude

10

Entretien avec le Dr H.R Nagendra Yoga, santé et recherche scientifique.

14

24

10 astuces pour travailler avec les autres

30

Cet ancien champion de tennis a choisi de réorienter sa carrière pour coacher de nouveaux talents. Il nous parle de cette expérience passionnante.

34


40

ça change tout Écologie spirituelle

L'art du nettoyage Comment, avec des gestes simples, renouer avec le sacré dans notre quotidien.

42

Savoir pardonner

Choisir de croire Un cheminement du ressentiment à la sérénité.

47

50

64

le goût de la vie être inspiré Le moment présent

Quand je marche, je marche

52

Portfolio

Anne-Grethe Kousgaard joue avec les feuilles et les formes dans ses peintures.

66

Yogasanas Heartfulness

Bhadrasana La posture auspicieuse.

La science de la spiritualité

70

Ashtanga Yoga Samyama, 1ère partie

Médecine intégrative

Kamlesh Patel nous introduit aux nuances de la focalisation, de la concentration et de l'absorption.

56

Médecine et méditation Une interview du Dr Gary Huber.

72

Up Actualités

Le billet de Daaji

76


Heartfulness

prend le large

Le capitaine MAHENDRA SINGH, commandant du MT FF Endeavor, nous raconte l’épopée de la méditation Heartfulness en pleine mer.

6

L

'équipage du MT FF Endeavor compte 25 à 30 marins qui naviguent huit mois d'affilée loin de leur famille, en relevant les multiples défis d’une vie en haute mer – le mauvais temps, les longues heures de travail, les différences culturelles, les barrières linguistiques et nationales, sans parler des importantes pressions d’ordre commercial. En outre, ils doivent répondre aux impératifs de rendement des compagnies maritimes ; se soumettre aux nombreux audits et inspections effectués par des tiers, en plus des exigences gouvernementales ; et en pleine mer, parer aux urgences et aux multiples risques : pannes de machines et

d’instruments, incendies, collisions, échouages, piratages et urgences médicales. Un navire en mer est un univers à part, loin des réalités du monde. Bien que la vie sur l’océan semble paisible à ceux qui vivent sur la terre ferme, elle est en réalité on ne peut plus mouvementée. Il nous arrive régulièrement de repousser les limites du possible, car le personnel navigant doit gérer tant les affaires courantes que de multiples imprévus. Cela nous stresse et nous déconnecte de nous-mêmes, parfois aux dépens de notre santé. À force d’observer et de vivre tout cela, il m’est venu un jour l’idée – soufflée par mon intui-

Hea r tf ulnes s

tion – de créer un Centre mobile de méditation en mer qui permettrait à tous de pratiquer la méditation Heartfulness et ainsi, en cultivant la joie, la paix et une meilleure connexion à soi et aux autres, d’améliorer l’efficacité du travail et la gestion du stress. Très vite, l’ensemble du personnel a été initié à la méditation. À la fin de la première session, les participants ont tous été surpris par cette expérience qui leur avait laissé une impression de tranquillité, de fraîcheur et de remise des compteurs à zéro – et ça, comme par un coup de baguette magique. Après les sessions d’introduction, des méditations en groupe ont été organisées tous les mercredis et


Sur le terrain

dimanches, ainsi que des sessions individuelles à d’autres moments. De par mon expérience personnelle, je perçois la méditation Heartfulness comme un moyen très puissant de nous libérer des complexités de nos vies, de l’anxiété, de la peur et du stress, pour nous remplir de joie, de bonheur et d’amour. Dans un type d’organisation comme la nôtre, où le travail est très stressant, elle est pareille à Ram-vana (la flèche du Seigneur Ram) qui ne manque jamais son but. Auparavant, je devais élever la voix pour obtenir de mon équipage un résultat convenable, alors qu’aujourd’hui je ne ressens plus ce besoin, même quand il y aurait de quoi… Heartfulness m’a transformé. Dans l’industrie du transport maritime, les employés tournent entre les différents bateaux d’une même compagnie et reviennent rarement sur le même bâtiment. L'équipage change tous les 4 à 8 mois, ce qui nécessite d’organiser régulièrement de nouvelles sessions Heartfulness pour les nouveaux venus. Depuis le début de ce projet, plus de 200 marins ont été initiés à la méditation, et ceux qui quittent

la compagnie reçoivent les coordonnées du centre ou du formateur le plus proche de chez eux pour qu’ils puissent continuer à la pratiquer. Le fait que notre navire a reçu deux fois le prix du « bateau le plus performant  » parmi 120 concurrents démontre l'efficacité de la méditation Heartfulness. Dans plusieurs pays, de nombreux agents de la garde côtière venus à bord pour des visites officielles m’ont dit y avoir ressenti des énergies positives et de bonnes vibrations. Un pilote qui était monté à bord à Ruwais, Émirats arabes unis, a écrit à la compagnie maritime que sur ce bateau tout était en ordre, le staff compétent et qu’il y régnait une atmosphère très sereine. Lorsque nous avons mouillé à Chiba, près de Tokyo, des visiteurs japonais ont fait l’expérience de la méditation Heartfulness à bord, tout comme des douzaines de commandos des marines britannique, française et russe, qui avaient pour mission de protéger le navire du piratage dans les zones à haut risque. La communauté maritime, qui vit au large de toute terre, est pleine de reconnaissance envers cette initiative Heartfulness en haute mer.

Juin 2018

7


yoga

FOCUS

Le yoga vous emmène dans le moment présent, le seul endroit où la vie existe.

Patanjali


a

e Hea r tf ulnes s

nd

Hear tfulness étant une pratique qui s’enracine dans le yoga, l’institut Hear tfulness célèbre chaque année la Journée internationale du yoga, depuis sa création en 2015. En proposant des activités ou en par ticipant aux nombreux événements qui ont lieu par tout dans le monde, Hear tfulness se joint à divers groupes et organisations dans un esprit d’union, pour offrir à tous les bienfaits du yoga. Ce mouvement s’amplifie d’année en année et, au fil de ce parcours visuel, nous vous en proposons quelques images, récoltées dans différentes parties du globe le 21 juin 2017. Les événements prévus en 2018 toucheront encore plus de cœurs, et nous vous invitons à vous joindre à nous, où que vous soyez dans le monde!

mo

Heartfulness

du

2 1 j ui n 201 7

utour


C arnet de voyage

Distillerie OMTO, Toronto, Canada Sydney, Parlement, Australie

300 personnes se sont intéressées à la présentation Heartfulness, une cinquantaine environ ont fait l'expérience de la relaxation et de la méditation sur notre stand, et bien davantage encore ont participé à la séance guidée depuis la scène principale. C'est la troisième fois que nous participons à l'événement de l'OMTO, ce que nous considérons comme un très bon partenariat. Nous faisons maintenant partie du Toronto Yoga Movement. Munich, Allemagne

Le soir du 21 juin 2017, à Sydney, la Journée internationale du yoga a été célébrée à la Maison du Parlement. Le programme était organisé par l'Indian Association of Australia à l’intention des parlementaires, des consuls, d’invités divers et des amis de notre pays. Notre équipe a guidé l’auditoire durant la relaxation et la méditation Heartfulness.

Uttarakhand, Inde De nombreuses associations de yoga ont participé à un programme d’une journée parrainé par le Consulat de l'Inde à Munich. Lors de la cérémonie d'ouverture, les représentants de ces associations, notamment Heartfulness, ont allumé des lampes à huile.

Juin 2018

Du 19 au 21 juin 2017, un atelier de méditation Heartfulness a été organisé dans l'état himalayen d'Uttarakhand, en Inde, à l'intention des employés d'une entreprise hydroélectrique et des membres de leurs familles.

11


Ca rnet de voyage

Trafalgar Square, Londres, Grande-Bretagne Par la journée la plus chaude de 2017, 40 bénévoles Heartfulness ont installé leur stand dans l'emblématique Trafalgar Square pour accueillir des milliers de visiteurs à la célébration de la Journée internationale du yoga organisée par le Haut-Commissariat de l'Inde. Ils ont donné des interviews aux médias nationaux et internationaux, et ont guidé une session expérimentale de Heartfulness depuis la grande scène.

12 Méditation Heartfulness pour les cadets NCC, Hyderabad, Inde À l'occasion de la Journée internationale du yoga 2017, la Direction du Corps National des Cadets d’Hyderabad a organisé, avec l'aide de tous les cadets, des célébrations dans l'Andhra Pradesh et le Telangana. Elles comprenaient une demi-heure de relaxation et de méditation suivant le protocole standard de yoga recommandé par le Ministère de l'AYUSH. Dans la plupart des centres, l’Institut Heartfulness avait mandaté un professeur de yoga pour conduire ce protocole, puis un entraîneur Heartfulness a initié des milliers de personnes à la méditation.

Hea r tf ulnes s

Indianapolis, Indiana, USA


C arnet de voyage

Lille, France Lille est une ville du nord de la France avec une histoire riche en événements, dont l’occupation pendant les deux guerres mondiales, du fait de son industrie textile et du charbon. La population a traversé des temps très difficiles au siècle dernier, sur le plan économique et social, mais Lille connaît un grand renouveau depuis quelques années. Plus de 150 000 étudiants ont rallié la région et de nombreux cœurs s'ouvrent à la méditation. À l'occasion de la Journée internationale du yoga 2017, des séances de yoga et de méditation Heartfulness ont eu lieu dans un parc. Grâce à une annonce sur Facebook, plus de 200 personnes ont participé, et un millier d’autres ont répondu qu'elles étaient intéressées à venir. L’énergie était

joyeuse, paisible. Les gens ont fait avec bonheur l'expérience de la méditation Heartfulness et du yoga physique. En raison de ce succès, un événement plus important sera organisé le 21 juin 2018. La méditation est très suivie à Lille, en particulier à l'EDHEC Business School, à Sciences Po, à l'Université Catholique et dans les collèges. Un groupe d’étudiants a créé l’association Inside-Out qui offre des sessions de méditation hebdomadaires aux étudiants (Inside), et sensibilise les entreprises locales (Out). Nombre d'étudiants et d’employés viennent à ces événements extérieurs pour vivre les méditations Heartfulness et de la pleine conscience. Une mère nous a rapporté la remarque de son fils, un jour qu’elle était nerveuse : « Maman, détends-toi, s'il te plaît ! Tu devrais aller à ta séance de méditation. Je suis sûr que tu n'y es pas allée cette semaine. Ne l'oublie pas la semaine prochaine, parce que tu es tellement cool quand tu y vas… »

Trieste, Italie Une méditation a été organisée sur la promenade du bord de mer par le centre Heartfulness de Trieste pour célébrer la Journée internationale du yoga. Le centre a invité d'autres associations de yoga de la ville à y participer. La séance de méditation a eu lieu à 21h, heure à laquelle beaucoup de gens de la région viennent prendre le frais le long de cette promenade.

Juin 2018

13


YOGA

Hea r tf ulnes s


Journé e internationale du yoga

(yo' g e ) DR H.R. NAGENDRA, recteur de la S-VYASA University et président de l’Indian Yoga Association, nous parle de la Journée internationale du yoga, de son impact à l'échelle mondiale, et des recherches effectuées en Inde pour démontrer les effets de la pratique du yoga sur la santé. Il est interviewé par Prasanna Krishna.

15

Q

Commençons par une question très personnelle. Vous étiez un scientifique de la NASA, et vous avez choisi de retourner en Inde pour consacrer votre carrière à la diffusion du yoga. Qu'est-ce qui vous a poussé à cela ? La quête de la Réalité ! Au début de ma thèse de doctorat, j'ai commencé à m'interroger sur le véritable but de ce que nous faisions. On parlait d’un ‘Ph. D.’, c’est-à-dire d'un doctorat en philosophie, mais était-ce de la philosophie que nous faisions ? Dans quel but ? Car en fait ce but, c’était la quête de la Réalité. Mais toutes ces recherches nous faisaient-elles vraiment progresser vers la Réalité ? La réponse immédiate c'était « non ». Alors comment donner un sens à tout cela ? Voilà le genre de questions dont nous débattions, entre étudiants et professeurs.

Puis j’ai rencontré un professeur de chimie qui connaissait très bien le sanscrit, les Upanishads, etc. Nos contacts m’ont amené à voir les choses à la lumière de ces textes qui nous enseignent que nous devons aller au-delà du monde physique. Or ce que nous faisions en science concernait essentiellement le monde physique. Et je pense que le temps est venu pour la science de dépasser ces limites physiques et d’appréhender les dimensions plus profondes de la création. Qu'est-ce que le prana ? Qu’est-ce que le mental ? Peut-il exister sans le cerveau et sans le corps ? Qu'est-ce que l’intellect ? Quels sont les liens entre le mental, les émotions, l’intellect et la conscience ? Les dieux et les déesses existent-ils ? La science commence à parcourir ce domaine de la subtilité et de la causalité… quand tout cela se trouvait déjà dans les Upanishads il y a des millénaires !

Juin 2018


Journée internationale du yoga

Comme elles m'avaient fourni des réponses à toutes mes questions, les Upanishads m’ ont attiré et j’ai rejoint ce domaine. J'étais allé à l'étranger pour savoir quels étaient les meilleurs établissements, quelles étaient les directions que prenait la science, comment les technologies se développaient, et trouver ce que je voulais étudier. Après cela, je suis revenu en Inde afin de poursuivre ce processus et j’ai rejoint le centre Vivekananda Kendra à Kanyakumari, dans le Tamil Nadu, pour dispenser des formations. Le directeur, Eknath ji Ranade, m'a dit : « Maintenant, ta voie est ici : tu dois former les jeunes ». C’est ainsi que j’ai dirigé la formation pendant 14 ans avant de commencer mon travail ici, à S-VYASA.

16

Q

C’est donc la quête de la Réalité qui vous a guidé.

Absolument – de l'ingénierie mécanique à l'ingénierie humaine !

Q

Dans les années à venir, quel rôle jouera le yoga, particulièrement dans la santé et l’éducation, selon vous ? Grâce à notre premier ministre, le yoga s'est répandu dans le monde entier. Dans un discours à l'Assemblée des Nations Unies, il a expliqué que le yoga n’est pas un simple exercice physique ou individuel, mais bien une science holistique de la vie, et il l’a exprimé avec une telle éloquence qu'il a pour ainsi dire hypnotisé tout le monde, si bien que 183 pays ont approuvé sa suggestion de faire du 21 juin la Journée internationale du yoga. Comme il me l’a dit, le plus remarquable dans tout ça, c’est que 45 pays islamiques ont

Je crois que le yoga aura un grand impact sur la santé et l ’éducation. Swami Vivekananda disait que nous devions repenser le système d ’éducation de fond en comble.

offert leur soutien. Cet appui général a ouvert la voie au yoga dans le monde entier, comme jamais auparavant. Sa portée n’a plus de limites. Il existe de nombreuses associations de yoga en Inde et à l'étranger, mais elles travaillaient en vase clos, et notre premier ministre a décidé de mettre leurs efforts en commun. Nous avons donc créé l’Indian Yoga Association, dont je suis le président. C'est ici que vous trouverez les principaux sansthas (associations) de l'Inde. Voilà comment la synergie a commencé à se mettre en place. Je crois que le yoga aura un grand impact sur la santé et l’éducation. Swami Vivekananda disait que nous devions repenser le système d’éducation de fond en comble. À l’heure actuelle, il est basé sur une approche essentiellement britannique. Or un système d’éducation devrait avoir pour but de construire les individus et les nations, et le yoga et la méditation sont la bonne façon d’y parvenir. Nous devons donc intégrer ces disciplines progressivement dans nos infrastructures éducatives. C’est pourquoi notre premier ministre a insisté sur le fait qu’il ne suffit pas qu’un maximum de personnes pratiquent le yoga le 21 juin, il faut que celui-ci soit bel et bien intégré dans notre système d’éducation. Nous travaillons donc avec

Hea r tf ulnes s


Journé e internationale du yoga

les principaux organismes gouvernementaux pour placer le yoga au cœur de l'éducation. Ainsi, en Inde, le National Council for Teacher Education (NCTE) forme chaque année 1 300 000 formateurs d'enseignants dans le pré-primaire. Le National Council of Educational Research and Training (NCERT) fait de même dans le primaire et le secondaire, et l'University Grants Commission (CGU), dans l'enseignement supérieur. Tous les comités de ces organismes ont collaboré avec nous, et nous avons formé un groupe d’instructeurs de yoga pour développer un programme d’enseignement qui sera obligatoire. Au début, nous avons rencontré une certaine résistance, et un groupe de gens a porté la cause devant les tribunaux. Mais la Cour suprême a statué que le yoga était bon pour tous et a approuvé un programme de yoga pour les écoles qui vise le développement intégral de la personnalité, à tous les niveaux. La deuxième question importante, c'est la santé. La médecine moderne traite très efficacement les maladies infectieuses et contagieuses, mais les maladies non transmissibles comme l'arthrite, le diabète, l'hypertension, les problèmes cardiaques, l'épilepsie, la migraine, le syndrome du côlon irritable et le cancer ont annihilé nos chances d’atteindre l’objectif de la santé pour tous en 2010. Les efforts de l'OMS n'ont donc pas abouti. Pourquoi ? Parce que ces pathologies modernes ne sont pas vraiment de nature physique. Quand bien même notre connaissance du domaine physique serait totale, la médecine serait impuissante à guérir ces troubles qui résultent d'une agitation mentale, d'une perturbation émotionnelle et de conflits psychologiques profonds. C'est ce qu'on appelle des maladies de civilisation. Et à moins de parvenir à une normalisation totale de notre style de vie,

17

on ne trouvera pas de solutions. Or justement le yoga et les systèmes AYUSH travaillent dans ce sens depuis 40 ans avec de magnifiques résultats, largement publiés, qui ont pris leur place dans la recherche scientifique moderne. Swami Vivekananda nous recommandait de combiner le meilleur de l'Orient avec le meilleur de l'Occident. Le meilleur de l'Occident, c’est la recherche scientifique moderne ; le meilleur de l'Orient, c’est notre sagesse. Il faut combiner les deux. C’est l’idée à l’origine de notre mouvement.

Juin 2018


Journée internationale du yoga

Le temps est venu pour la science de dépasser les limites physiques et d ’appréhender les dimensions plus profondes de la création. Qu'est-ce que le prana ? Qu’est-ce que le mental ? Peut-il exister sans le cerveau et sans le corps  ? Qu'est-ce que l ’intellect ? Quels sont les liens entre le mental, les émotions, l ’intellect et la conscience ?

18

Nous nous sommes donc mis à publier des articles dans les meilleures revues mondiales. En 1986, nous avons diffusé les résultats d'une étude qui a duré plus de quatre ans, sur les effets du yoga sur l'asthme bronchique, et d'un seul coup dans le monde entier on a accepté l’idée que le yoga pouvait servir à traiter l'asthme. Puis nous avons publié Yoga for Common Ailments, qui explique comment le yoga peut soulager 18 maux courants. À sa parution, le livre est sorti simultanément à Londres, Sydney et New York, nous l’avons traduit en plusieurs langues, et c’est devenu un best-seller. Aujourd’hui, c'est devenu un manuel de référence. À ce jour nous avons sorti près de 500 publications similaires. Aucune institution n'avait encore réussi à mener un aussi grand nombre de recherches. À l’échelle du yoga mondial, notre contribution représente sans doute 50 à 70 % des recherches effectuées et publiées. Et c’est parce que nous sommes un organisme de recherche que nous avons choisi de l’appeler : Swami Vivekananda Yoga Anusandhana Samsthana ou S-VYASA.

Q

Comment la communauté scientifique moderne considère-t-elle la tradition millénaire du yoga ? Au départ, il y a eu beaucoup de résistance, car les gens pensaient que : 1 le yoga appartient à l’hindouisme 2 le yoga n’a aucun fondement 3 le yoga est une discipline purement physique. Et ils ont commencé à y introduire toutes sortes d'exercices physiques qui n’avaient rien à voir, et à proposer du yoga pour les chats, les chiens, etc. Il fallait donc renouveler le langage essentiel du yoga pour pouvoir le communiquer au monde entier – et c’est ce que notre premier ministre a fait de façon magistrale. Lors de la Journée internationale du yoga en 2015, quelque 1 800 000 personnes ont pratiqué un même programme, en Inde, et d’autres en ont fait autant dans près de 130 pays. En 2017, environ 2 800 000 personnes y ont participé rien qu'en Inde, et cette année nous visons quatre millions de participants, et nous espérons que tous les pays y prendront part

Hea r tf ulnes s


Swami Vivekananda nous recommandait de combiner le meilleur de l'Orient avec le meilleur de l'Occident. également. Nous souhaitons partager notre tradition, et notre ministre des Affaires étrangères y a contribué en faisant une promotion intensive de l’événement à l'étranger.

Pour en revenir à la santé, pouvez-vous nous parler davantage de l'impact du yoga sur les maladies non transmissibles comme le diabète et le cancer ?

Royal Free Hospital de Londres, dans les années 1980. Puis nous nous sommes attaqués à l'arthrite, avec le Middlesborough General Hospital, au Royaume-Uni. Ensuite ce fut le tour du pré-diabète et du VIH, avec l’University of California à San Francisco, puis du syndrome du côlon irritable à Los Angeles. Le MD Anderson Cancer Center est le plus grand centre de recherche sur le cancer, et c’est là que nous travaillons sur cette maladie, en particulier sur le cancer du sein.

Nous avons choisi de collaborer avec les établissements les plus renommés mondialement. Nous avons donc travaillé d'abord sur le diabète, avec le

Ainsi nous avons déployé nos ailes et collaboré avec les meilleures institutions de recherche au monde pour faire reconnaître l’efficacité du yoga comme

Q

Juin 2018


Journée internationale du yoga

C'est la beauté du yoga. Si vous êtes ingénieur en informatique, il dynamise vos compétences en vous aidant à mieux supporter le stress lié à cette profession.

20

leur ai dit que c’était précisément ce qu’ils devaient faire. Nous avons commencé récemment à publier des articles dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, et cela les a beaucoup inspirés. Nous devons donc étayer tout ce que nous avançons par les moyens de la recherche scientifique moderne, car partout les gens veulent des preuves.

complément à la médecine conventionnelle. Et c’est ainsi que le yoga est entré dans le secteur de la santé, surtout dans les villes, et nous avons fait de même avec tous les établissements indiens. Dans tous les hôpitaux, nos équipes de yoga apportent leur soutien aux malades, tout en menant parallèlement des recherches. Récemment, nous avions le projet de collaborer avec le All India Institute of Medical Sciences (AIIMS). J’y ai donné une conférence, à la suite de laquelle ils se sont dits très intéressés et désireux de travailler avec nous. Par chance, il y avait des espaces libres dans leur tour, et ils nous ont alloué environ 1200 m2 pour y installer un centre pour la recherche de pointe en médecine intégrative. Dès le départ, tous les services de cet établissement ont montré beaucoup d’enthousiasme, et nous avons maintenant 24 projets de recherche en cours. Durant les deux ou trois prochaines années, l'AIIMS produira de nombreux résultats de la recherche dans ce domaine. C’est merveilleusement prometteur. L’AIIMS est le meilleur institut de recherche du pays, et il dispose des meilleurs cerveaux, des meilleurs équipements, de la meilleure infrastructure et du plus grand nombre de patients. Quand je leur ai demandé combien de comptes rendus ils avaient publiés dans les revues internationales les plus réputées, ils m’ ont répondu « aucun ». Alors je

En Inde, le diabète atteint aujourd’hui des proportions épidémiques. Nous sommes le numéro deux mondial derrière la Chine, mais au rythme où nous y allons, nous pourrions bien la dépasser d'ici 2024, ce que nous souhaitons empêcher par tous les moyens. J'ai donc demandé au gouvernement de se joindre aux organismes de yoga pour provoquer un changement positif. Il y a deux ans, nous avons lancé le projet de dépister environ 250 000 personnes dans six villes réparties sur tout le territoire, et nous leur avons fait faire du yoga pendant trois mois. Peu à peu elles ont pu réduire leur dose de médicaments, leur taux de sucre s’est normalisé et nous avons obtenu des résultats extraordinaires. Sur la base de cette étude, nous avons proposé le module de yoga que nous avons développé, dont le ministre de la Santé et de la Famille a déjà annoncé l’adoption à l'échelle de tout le pays. Cette année, il nous a demandé de concentrer nos efforts sur la lutte contre le cancer. D’où le projet Integrative Cancer, beaucoup plus ambitieux : nous allons suivre 20 millions de personnes réparties dans 125 districts. Comme nous devons intensifier nos efforts, nous faisons appel à tous les centres de yoga. Le pays tout entier doit profiter de nos découvertes faites ici, à une petite échelle. Sitôt que nous y serons parvenus, le monde entier pourra constater à quel point le yoga est bon pour la santé – et s’inspirer de notre approche, basée sur une vision holistique qui pourra devenir le modèle d’un système de santé bien conçu. Il nous

Hea r tf ulnes s


Journé e internationale du yoga

Il est très important de faire de la recherche. Une fois que le monde constatera les résultats que nous obtenons, il les acceptera. Sans ces résultats, beaucoup de gens resteront fermés à notre approche de la santé. Par exemple, l’efficacité du yoga et de la méditation est reconnue, mais pas celle de l'ayurvéda ni de l'homéopathie. Et quand nous ouvrons des centres de médecine intégrative ailleurs dans le monde, les gens n'ont pas de problème avec le yoga, mais certains ont encore des réticences vis à vis de l'ayurvéda. Nous avons donc commencé à faire beaucoup de recherches sur l'ayurvéda et d'autres systèmes, pour montrer qu'ils sont également à l'avant-garde. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

faudra être extrêmement efficaces et apporter aux malades un soulagement immédiat, sans effets secondaires et surtout à moindre coût.

Q

J’ai lu quelque part que les gens qui font du yoga n'ont pas besoin de preuves de son efficacité ; en fait nous ne faisons des analyses d'impact que pour convaincre le reste du monde. Oui, beaucoup de gens en sont convaincus. Le yoga et les Vedas existent depuis des milliers d'années alors que le centre médical occidental le plus ancien n'a que 400 ans. C'est une façon de voir les choses. Mais nous aussi nous devons mettre nos traditions au goût du jour. Ce qui était pertinent il y a 5000 ans, 1000 ans ou 300 ans a peut-être cessé de l’être aujourd'hui. Nos exigences vont changer, et nous devons adapter notre cheminement à l'évolution de la société moderne, avec une approche et des modules adaptés. C’est vers cela que nous tendons.

Q

Avez-vous un message pour la jeune génération ?

J’aimerais dire aux jeunes que le yoga a un message pour chacun de nous. Je les invite à prendre part à la Journée internationale du yoga et à pratiquer le module très simple que nous proposons. Dès qu'ils l’auront adopté, ils commenceront à s’améliorer dans leur domaine d’activité. C'est la beauté du yoga. Si vous êtes ingénieur en informatique, il dynamise vos compétences en vous aidant à mieux supporter le stress lié à cette profession. C’est pour cela que toutes les sociétés informatiques encouragent leurs employés à faire du yoga pour se détendre. Le yoga s’applique ainsi à tous les domaines. Nous invitons tous les jeunes à participer à la Journée internationale du yoga. Commencez à pratiquer le yoga chez vous, et vous verrez les changements – les véritables transformations qu’il provoquera en vous !

Juin 2018

Interview de Prasanna Krishna

21


LA  PENSÉE Une conscience claire et innocente ne craint rien. Elisabeth I ère d'Angleterre


Le N É G O C I AT E U R

heartfulness 5 E PARTIE

Clarté, pensées et idées : les jeux du mental

24

Dans les quatre articles précédents, RAVI VENKATESAN soulignait le rôle important que jouent, au cours d’une négociation, les idées, les pensées, les émotions et les sentiments, dans le champ vibratoire du cœur et du mental. Il a ensuite analysé les quatre principales paires d’opposés formées par les émotions et les sentiments qui agitent le cœur, ainsi que la façon de les gérer quand nous négocions. Dans cet article, il étudie la cinquième paire d’opposés, la clarté versus le doute, et met en lumière les pensées et les idées qui lui sont associées.

LES PENSÉES ET LES IDÉES

Perception de l'ego – moi vs nous Intellect – Logique et raison Mental – Idées occasionnelles et vagabondes

La clarté versus le doute LES SENTIMENTS ET LES ÉMOTIONS

La clarté vs le doute La peur vs le courage Le calme vs l'inquiétude

L'Amour vs la haine L'avidité vs le contentement

LA DISPOSITION INITIALE

– Les soucis et les inquiétudes – Les désirs – Les "j'aime" et "je n'aime pas" – La culpabilité

On entend souvent ce genre de commentaires : « son jugement était brouillé », « ses idées n’étaient pas claires », etc. Dans les négociations, plus encore qu’ en d’autres circonstances, on est parfois bloqué et on n’arrive plus à percevoir clairement la situation. On est aux prises avec l’opposition « la clarté vs le doute ou la confusion ». Cette paire d’opposés se trouve précisément à l’intersection du cœur et du mental, et c’est d’elle que dépend l’efficacité de nos processus mentaux.

Hea r tf ulnes s


Agir autrem ent

Pour comprendre la dynamique de cette opposition, prenons l’exemple d’une simple négociation entre une mère, Anne, et Roger, le professeur de son fils Jules. Roger veut faire redoubler Jules en CP, car selon lui il n’a pas le niveau requis pour passer en CE1. Anne, qui estime que son fils s’en sortira si elle l’aide un peu, est persuadée que Roger accorde trop d’importance à certaines difficultés mineures que Jules a rencontrées.

ANNE : Bonjour Roger, j’ai reçu votre mail me re-

commandant de laisser Jules redoubler sa première année. Je sais qu’il a eu de la peine avec certains travaux, mais il me semble que votre réaction est excessive. Je peux l’aider à s’en sortir. Je vous prie instamment de le laisser passer en deuxième.

ROGER : Anne, vous êtes mère célibataire, et vous occuper de votre fils ne doit pas toujours être chose facile. Quoi qu’il en soit, si on regarde objectivement la situation, Jules doit redoubler.

ANNE : D’abord, mon état civil n’a rien à voir

là-dedans. Je sais ce que je fais en tant que mère. Je sais aussi que lorsque d’autres enfants vivent ce genre de situation, on ne les fait pas redoubler. Vous semblez avoir des préjugés envers mon fils et moi.

ROGER : Pardonnez-moi si je vous ai offensée,

je ne voulais pas vous blesser. Mon intention est

de soutenir tous les parents de mon mieux. Ce qui me préoccupe, c’est que si nous laissons Jules passer en deuxième année malgré les difficultés rencontrées cette année, il pourrait avoir encore plus de peine à suivre le programme et se démoraliser. S’il redouble, il développera sans doute une plus grande confiance en lui, ce qui lui sera un acquis pour la vie.

ANNE : Je suis désolée d’avoir réagi de cette

façon. Il m’a été difficile de concilier mon travail, les besoins de Jules et le reste de ma vie. Je vois où vous voulez en venir. Ce qui me dérange, c’est qu’on me considère comme une mère en échec.

ROGER : Je comprends, mais faisons passer

Jules en premier. Je suis ouvert à l’idée de le faire avancer, si vous êtes sûre de pouvoir vraiment le soutenir l’année prochaine. Prenez une journée pour voir tout ça de façon plus détendue et réfléchir calmement à ma recommandation.

Le lendemain, Anne revient en disant : « Vous avez raison. Je n’avais pas les idées claires. Il ne faut pas que mes inquiétudes sur la façon dont on me voit influencent mon jugement à propos de ce qui est le mieux pour Jules. Après m'être calmée, j’ai essayé d’écouter mon cœur pour prendre la meilleure décision et j’ai vu clairement que votre recommandation était la bonne. Merci beaucoup de votre patience. » Ce petit scénario est très instructif. Rappelez-vous les cercles vicieux et vertueux des opposés dont nous avons parlé dans le dernier article.

Juin 2018

25


Agir autrem ent

AMOUR

H AI NE

COURAGE

I NQ UI ÉTUDE

PA IX CLARTÉ

DO UTE

AVI DI TÉ

CONTENTEMENT

26

PEUR

Dans ce scénario, nous avons vu se développer deux de ces cycles : Au début, les commentaires de Roger sur sa situation de mère célibataire, ainsi que son apparente détermination à faire redoubler Jules, ont projeté Anne dans une spirale négative. Elle désirait que Jules progresse dans ses études, elle était donc mécontente –> elle s’est énervée parce que la conversation ne se déroulait pas selon son désir –> puis elle s’est fâchée à cause de l’allusion à son statut de mère célibataire –> elle a eu peur

d’être considérée comme une mauvaise mère –> son jugement s’est complètement brouillé. Et elle est sortie de ses gonds ! Ensuite, quand Roger s’est excusé et a expliqué plus clairement sa vision des choses –> elle a accepté ses excuses –> elle s’est calmée –> son attitude envers lui est devenue plus positive –> elle a eu l’impression qu’elle pouvait rassembler son courage pour prendre la bonne décision –> un temps de réflexion lui a permis d’écouter son cœur et de prendre une décision l’esprit clair.

Ce qui est fascinant, dans cet exemple, c’est que le cercle vicieux et le cercle vertueux ont été l'un et l'autre déclenchés par un unique commentaire de Roger.

Voici quelques suggestions sur la façon de gérer la clarté vs le doute : • • • •

Vérifiez souvent votre état en vous demandant : « Est-ce que mes pensées et mes perceptions sont claires ? » Soyez attentif à la spirale descendante du mécontentement –> agitation –> colère –> peur –> confusion. Si vous sentez que les émotions brouillent votre jugement ou celui de l’autre, prenez un temps de réflexion. Essayez d’écouter votre cœur. La plus grande clarté vient d’un cœur limpide. Plus vous écoutez cette voix, plus elle se fait entendre clairement.

Hea r tf ulnes s


Agir autrem ent

27

Pensées et idées Étudions maintenant les pensées et les idées dans le mental. Souvenez-vous que c’est en apprenant à contrôler les sentiments et les émotions dans le cœur que l’on bâtit la capacité de gérer les pensées et les idées dans le mental. Rappelez-vous cet axiome : « Nous sentons avant de penser. » Explorons l’idée qui est la plus importante dans le mental : notre ego. Pour dire les choses simplement, il représente l’image mentale que nous avons de nous-mêmes. Cette image est constamment mise à jour et affinée, mais elle conserve une constante : notre perception « moi vs les autres ». En d’autres termes, il s’agit du mode de fonctionnement « moi vs nous ». J’utilise délibérément « moi vs nous », mais commençons par comprendre notre perception de « moi vs toi ».

Dans la plupart des cas, nous considérons que nous avons raison et que l’autre a tort, ou que nous sommes le bon et l’autre, le mauvais. Il arrive aussi que nous nous considérions comme faible et l’autre comme fort, ou vice versa. Dans son best-seller D’accord avec soi et avec les autres, Thomas A. Harris postule quatre états de l’ego :

Juin 2018

Je ne suis pas OK, tu es OK Je ne suis pas OK, tu n’es pas OK Je suis OK, tu n’es pas OK Je suis OK, tu es OK


Agir autrem ent

Nous sommes rarement dans le quatrième état de l’ego, « je suis OK, tu es OK », qui est précisément la position que devons adopter pour la négociation Heartfulness. Examinons un petit scénario pour comprendre l’impact de « moi vs nous » dans la négociation : Colin est le fondateur de SmartOffers, une startup informatique innovante qui propose en ligne des offres et des suggestions d’achats que les usagers reçoivent sur leurs téléphones portables en fonction de leur localisation. Il rencontre Charlène, qui dirige le service de vente d’une très grande multinationale. Si la rencontre est couronnée de succès, l’entreprise de Charlène pourrait acquérir la startup de Colin, ce qui représenterait pour lui un important bénéfice financier.

CHARLÈNE : Bien sûr, c'est un excellent travail.

Je voulais juste dire que c’était une très bonne idée de proposer gratuitement certains pilotes, mais il faudra bien davantage d’expérience et de prestations pour que les clients paient réellement ce type de produits.

COLIN : J’ai beaucoup d’expérience dans ce

28

domaine, ainsi que deux brevets. J’ai l’impression que nous partons du mauvais pied. Mettons les choses au clair, vous me rencontrez parce que j’ai construit quelque chose d’innovant que de grandes entreprises comme la vôtre s’efforcent de réaliser.

CHARLÈNE : C’est peut-être vrai, mais entre

CHARLÈNE : Colin, je suis contente de ren-

contrer le fondateur d’une nouvelle startup aussi prometteuse. Je vous félicite d’avoir eu cette idée et d’en être arrivés là.

COLIN : Charlène, je suis aussi ravi de vous rencontrer. Mais que voulez-vous dire par « en être arrivés là » ? Nous avons plusieurs pilotes informatiques très performants, utilisés par de vrais clients, et tout le monde apprécie notre logiciel.

une bonne idée et son développement à grande échelle, il y a un monde. En ce qui concerne le développement effectif de startups, j’ai des dizaines d’années d’expérience. Très franchement, c’est par douzaines que les entreprises viennent nous proposer leurs innovations.

COLIN : Alors laissons tomber. Je trouve votre

façon d’entrer en matière arrogante et sans aucune appréciation de ce que nous avons développé.

CHARLÈNE : Je suis désolée que vous ressentiez cela, mais mon temps est limité, et on me soumet beaucoup d’idées de ce genre.

Hea r tf ulnes s


Agir autrem ent

Voilà un cas classique de négociation sabordée avant même d’avoir eu une chance de démarrer – à cause de l’ego. Dans le monde des affaires, tout le monde ne se comporte pas ainsi, mais c’est une attitude bien plus fréquente qu’on ne l’imagine. L’arrogance et les comportements égocentriques tuent plus d’accords que toute autre chose. Les conséquences sont incalculables. Un pays pauvre n’obtient pas l’aide dont il a besoin parce que la Première ministre, partie négocier avec un riche pays voisin, a eu l’impression qu’elle n’était pas traitée sur un pied d’égalité, et voilà des millions de personnes qui souffrent à cause de l’ego d’une seule. Deux pays entrent en guerre parce que l’un des dirigeants insulte publiquement l’autre. Dans ce cas, des milliers de personnes meurent à cause de l’ego d’une personne. Des otages sont tués parce qu’un négociateur a voulu se montrer dur et a laissé son ego empêcher la poursuite du dialogue. Une maladie prend des proportions épidémiques parce que le chef de la milice qui contrôle une zone refuse l’accès à l’aide humanitaire pour ne pas donner l’impression qu’il est faible.

Voici quelques recommandations pour gérer notre ego au cours d’une négociation : • • •

Que votre ego n’entre pas en jeu – les louanges de l’autre partie qui le titillent et le font enfler ne doivent pas être une condition préalable ou un facteur de négociation. Passez du mode « moi » au mode « nous ». Ne vous contentez pas d’envisager les choses du point de vue de l’autre, mais abordez la négociation comme une équipe qui tente de résoudre un problème en collaborant. Soyez attentif à votre mode de fonctionnement ; si vous vous voyez en train de glisser dans des états « je suis OK, tu n’es pas OK », « je ne suis pas OK, tu es OK » ou « je ne suis pas OK, tu n’es pas OK », faites une pause pour vous recentrer et revenez en mode « je suis OK, tu es OK ».

Nous continuerons à affiner nos techniques de gestion de l’ego dans les prochains articles, en analysant d’autres processus mentaux. D’ici là, observez régulièrement comment s’exprime et réagit votre ego, non seulement dans les négociations à fort enjeu, mais aussi dans vos interactions quotidiennes.

Juin 2018

29


10 ASTUCES pour travailler avec les autres Malgré tous les gadgets, les technologies et les méthodes de travail virtuelles qui ont cours dans la plupart des bureaux modernes, ce sont toujours les relations qui comptent le plus. Voici quelques conseils d'ELIZABETH DENLEY pour créer des relations de travail et des équipes efficaces.

1

Privilégiez autant que possible les rencontres personnelles. Un travail d'équipe efficace se nourrit de contacts humains.

2

Découvrez le génie particulier de chacun.

4

Écoutez. Vous apprendrez beaucoup de choses !

3 Soyez ouvert et accueillez les différents points de vue et façons de travailler.


5

Lorsque vous parlez, que votre voix diffuse le calme, la coopération et la confiance. Évitez toute brusquerie ou agressivité, ne soyez pas sur la défensive.

6

7

Soyez patient. Faites une pause. Gardez votre équilibre. Recentrez-vous quand c'est nécessaire.

Soyez prêt à voir au-delà de vos propres conceptions. L'h armonie importe plus que d'avoir raison. Toutes les situations sont des occasions d'élargir votre conscience.

9

8 Renoncez délibérément à toute réaction négative pour vous épargner le conflit qu’elle pourrait engendrer.

10

Lorsqu'il y a des divergences d'opinions, relevez le défi et tentez de les intégrer dans une synergie. Une vision collective forte transcende les perspectives individuelles. Le tout est toujours plus grand que la somme des parties.

Le soir, avant de vous endormir, scannez les événements de la journée. Comment pourriez-vous faire mieux la prochaine fois ? Prenez la résolution de ne pas répéter vos erreurs et vous vous endormirez dans une disposition d’esprit légère et heureuse.


Lorsque je considère la stature d'un athlète, comme du reste celle de tout être humain, j'attache une grande importance à certaines qualités que je crois essentielles, en plus de l'habileté : la dignité, l’intégrité, le courage et peut-être par-dessus tout, la modestie.

interview

Sir Donald Bradman


C'EST DANS LE MENTAL QUE

tout se joue 1 ère PARTIE

34

DEVINDER SINGH BHUSARI est allé très loin dans le circuit du tennis international. Classé no 1 en Asie, dans la catégorie des moins de 14 ans en 1999, il a été, la même année, le tout premier joueur de tennis indien sélectionné par la Fédération Internationale de Tennis (ITF) pour faire partie de l'équipe mondiale junior aux États-Unis. Mais arrivé à l’âge adulte, il a choisi d’orienter sa carrière dans une autre direction. Aujourd'hui, membre d’une équipe d’experts, Devinder entraîne avec succès de jeunes talents à l'Académie de tennis Shaishya dans le Gujarat, en Inde, où il conseille les élèves et leurs parents. Non seulement il rend les jeunes plus performants dans leur sport, mais il les prépare aussi à affronter les défis de la vie en général.

Hea r tf ulnes s


Spor t

Q

Qu'est-ce qui vous a attiré dans le tennis, Devinder ? Qu'est-ce qui vous a amené à en faire un métier à plein temps ?

je suis aujourd’hui coach et conseiller personnel pour le tennis.

C’est à mon père que je dois mon parcours de joueur de tennis et ma carrière actuelle. Il voulait que je sois un sportif de haut niveau. Lui-même aurait voulu devenir un joueur de cricket, et d’une certaine manière, il voulait vivre son rêve à travers moi. Alors, comme beaucoup d'enfants indiens, dès l'âge de trois ans et demi j’ai commencé le cricket. Mon père m’a encouragé, et plus tard je me suis dirigé vers l’athlétisme, puis vers le tennis. J'ai commencé à avoir un bon jeu, ce qui m’a conduit au tennis de compétition au niveau international. Je pense que, ces années-là, le tennis et les études ont été mes deux seules activités. Plus tard, à l’université, alors que je cherchais ce pour quoi j'étais vraiment doué et ce que je voulais faire, mon cœur m’a guidé : j’ai réalisé que j’avais vraiment du plaisir à former et à conseiller les autres. Donc, après m’être spécialisé en ressources humaines, j'ai associé les deux choses que je voulais vraiment faire : former et encadrer des enfants et des adultes, et le tennis. Voilà pourquoi

Vous est-il arrivé de sentir une pression ou y a-t-il eu un conflit entre ce que vous vouliez faire et ce que votre père voulait que vous fassiez ?

Q

En fait il m’a plutôt encouragé et inspiré. Il me montrait souvent des photos et des articles de journaux ou on regardait ensemble des matchs de cricket à la télévision. Là, je voyais des sportifs qui remportaient des victoires pour leur pays, pour leurs amis et leur famille. Mon père disait tout le temps : « En général, les gens viennent au monde et s’arrangent pour avoir une vie normale, comme se marier, avoir des enfants, etc. Ta vie à toi devrait être différente. Tu devrais devenir quelqu’un. » Alors mon esprit s'est imprégné du fait qu’il voulait que je sois différent, qu’il voulait que je devienne un sportif de haut niveau. Comme j’aimais le sport, il n'y a jamais eu de conflit entre ce que je voulais faire et ce que mon père désirait. Je suppose que j’étais dès la naissance un garçon obéissant !

Juin 2018

Mais à 21 ou 22 ans, je me suis posé la question de ce que moi je voulais faire. Comme je l’ai dit, à 22 ans, j'ai arrêté le tennis de compétition et commencé à chercher ce que je désirais vraiment dans la vie. C’est à partir de là que les choses ont changé – que j’ai changé. Je n’ai pas changé radicalement mais j'ai trouvé un équilibre entre ce que mon père voulait et mon propre désir, et j’ai fait une sorte de synthèse des deux. Et ma vie me va très bien !

Q

Magnifique ! Comment vous y êtes-vous pris pour trouver cet équilibre  ? Il était très important de savoir quels étaient mes points forts. Qu'est-ce que je voulais vraiment faire dans la vie ? À 19 ans, pendant que je préparais mon Bachelor de commerce, j'avais commencé à méditer. La méditation m'a aidé à être en contact avec moi-même. Bien sûr, cela m'a aidé sur le court de tennis, mais aussi en dehors, parce que j’ai découvert qui j’étais vraiment, quels étaient mes points forts et ce que j'aimais réellement faire. À cette époque-là, je connaissais beaucoup de gens qui

35


36

Hea r tf ulnes s


Spor t

avaient des difficultés à trouver leur voie, alors que moi, mieux je me connaissais, plus les opportunités se présentaient. Je ne me suis donc jamais senti perdu et je ne me suis jamais demandé : « Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? » En fait, je savais que j’avais le choix entre plusieurs possibilités. Il ne s'agissait que de choisir la meilleure. Pour moi, c’était ça, la beauté de la méditation.

Q

Qu'est-ce que le conseil personnel dans le cadre du tennis ? Quelle méthode utilisez-vous à Shaishya  ? Quand j’ai démarré le coaching sportif, je me suis associé avec mon propre coach, Shrimal Bhatt et j’ai commencé à travailler à ses côtés. Parallèlement, j'ai fondé une petite entreprise appelée Samasam, qui signifie « équilibre » en sanskrit. C’est là que j’ai introduit l'idée du conseil personnel appliqué au tennis. Aujourd’hui, je pratique ces deux activités à la Shaishya Tennis Academy. Au tennis, ce qui place à part les joueurs de très haut niveau, c’est leur mental. Le jeu n’est pas tellement physique, tech-

nique ou tactique, comme on peut le croire, il est mental. Par expérience, je sais qu’il y a très peu de gens qui entraînent le mental des enfants. Ça ne se fait pas nécessairement sur un court ; cela peut se passer ailleurs, dans un bureau ou une salle de classe. C’est ainsi que j’ai commencé le conseil personnel. En fait, si je regarde en

Le tennis ne consiste pas à gagner ou à perdre ; un match de tennis devrait permettre à l ’enfant d ’exprimer le meilleur de luimême. Je pense qu’il en va de même pour les déf is de la vie.

arrière, la plupart des étudiants qui reviennent vers moi pour du coaching sportif sont ceux que j’ai suivis en conseil personnel. Cette activité s’adresse aux enfants, aux joueurs, mais

Juin 2018

également à leurs parents, et elle porte sur un ensemble de sujets tels que l'aspect mental, le planning des entraînements ou des tournois, et même les études. J'ai plutôt l'impression d'être un médecin spécialisé dans le tennis.

Q

Lorsque vous conseillez vos élèves et leurs parents, notamment sur le plan mental, utilisez-vous des outils particuliers ou bien un programme  ? C'est une très bonne question. Comme je le disais, la plupart des gens considèrent le tennis comme un sport physique. Pourtant, avec l’expérience, j’ai compris qu’en fin de compte c’est en grande partie un sport mental. J’ai connu tellement d'enfants qui étaient très bons à l'entraînement mais qui perdaient tous leurs moyens pendant les matchs ; ils n’arrivaient pas à se donner à fond. Alors, comment renforcer le mental de ces enfants ? Ce que je dis à mes élèves, c’est que finalement c'est juste un sport, un jeu. Donc quand je les conseille sur l’aspect mental, c’est tout un ensemble de valeurs que je vais leur apporter. Plus un enfant aura bon

37


Spor t

38

caractère, plus sa vision de la vie et du sport sera saine, et plus il gagnera de tournois et sera capable de gérer la pression. Le stress au tennis, et même dans la vie, est dû à des attentes ou des ambitions mal orientées. Le tennis ne consiste pas à gagner ou à perdre ; un match de tennis devrait permettre à l’enfant d’exprimer le meilleur de luimême. Je pense qu’il en va de même pour les défis de la vie. Dans les séances de conseil, nous nous référons toujours à ce qui se passe dans la vie, en quoi elle consiste ; et on regarde le tennis comme une situation de vie en miniature, sans les conséquences de la vie réelle. Je parle du tennis, mais cette approche s'applique à tous les sports.

Q

Po u v e z - v o u s nous donner quelques exemples concrets d’élèves qui ont radicalement changé avec ce type de conseil personnel ? J’ai eu le cas d’un garçon qui se mettait violemment en colère sur le terrain et auquel il manquait l’éthique ou la volonté de s’entraîner. À la suite des séances de méditation commencées avec lui il y a quatre mois, nous avons constaté une nette amélioration. La courbe graphique de ses efforts et de son éthique personnelle ne fait que monter. Aujourdhui il est devenu vraiment très exigeant dans sa manière de faire les choses, on peut sentir sa motivation, et il joue maintenant au niveau

Hea r tf ulnes s

international dans la catégorie junior. Il a 16 ans. J'ai également eu la chance de travailler avec quelques autres joueurs dont l’un est maintenant champion national. Il était en classe de seconde, avait échoué à un examen important pour la fin de sa scolarité, et ses parents étaient très inquiets pour son avenir. J’ai d'abord parlé aux parents, puis tous ensemble nous avons élaboré un programme avec leur fils. Nous avons établi des priorités, en mettant les choses bien en perspective et en tâchant de trouver un bon équilibre entre les études et le tennis. Le garçon a bien réussi son examen final et l’année dernière, il a remporté un titre national, puis deux titres internationaux consécutifs.


Spor t

Q

C'est formidable  ! Utilisez-vous régulièrement la méditation dans votre programme de conseil personnel à l'académie de tennis ? Non, pas avec tous les enfants, car la plupart de ceux que je reçois ont moins de 15 ans. Dernièrement, nous avons instauré une technique de relaxation que nous utilisons parfois sur le terrain après les cours pour aider les enfants à se détendre et à se concentrer. La plupart des enfants aiment beaucoup cette technique et certains la pratiquent de leur propre initiative. En fait, si je me suis mis à méditer, c’est parce qu’en plein milieu des matchs j’étais assailli de pensées. Certaines étaient hors de propos et me mettaient inutilement sous pression. Je pense que la meilleure façon de faire face aux pressions, dans un match de tennis comme dans la vie, est d'avoir l’esprit clair, et c'est essentiellement ce qu’apporte la méditation. Une fois qu’on

est capable de réguler son mental et de le diriger dans une direction positive, la plupart des choses se résolvent d’elles-mêmes.

Q

Quels changements avez-vous observés, sur le court et en dehors, après avoir commencé à méditer ? Beaucoup de choses ! Au premier niveau, des petits changements comme un meilleur contrôle de mes émotions, une pensée plus claire et mieux focalisée, plus de précision et d’efficacité dans tout ce que je dois faire. Mais à un niveau supérieur, il s’agit de développer la juste perspective envers toute chose. Je parle donc régulièrement aux parents et aux enfants de cette juste perception du tennis. En

Juin 2018

réalité, il s’agit de le prendre comme un jeu. Il y a des défis à relever et ces défis doivent rendre chacun de nous meilleur en tant que personne, en tant qu'être humain. La méditation m'a donc donné une juste perspective de la vie, de ce qu'elle est. Et une fois qu’on l’a trouvée, tous les autres aspects ou domaines de la vie se mettent en place. On est capable de bien établir ses priorités. J'ai beaucoup de responsabilités, et la méditation m'aide à rester centré, focalisé, et puis je suis heureux, j’aime la vie !

Interview de Meghana Anand


Tchouang-tseu

tout

ça change

Si l'eau tire sa clarté de son calme, combien plus les facultés de l'esprit ! L'esprit du sage, quand il est au repos, devient le miroir de l'univers, il reflète toute la création.


L'art 42

du

nettoyage Llewellyn Vaughan-Lee et Hilary Hart

L

’agitation de nos vies contemporaines nous entraîne dans des activités sans fin qui nous coupent souvent de la dimension plus profonde de notre être. Avec nos smartphones et nos tablettes électroniques, nous restons régulièrement piégés à la surface de nos vies, au beau milieu du bruit et des bavardages qui constamment nous distraient et nous empêchent de nous enraciner dans notre véritable nature. Inconsciemment, nous nous enfonçons de plus en plus profondément dans un matérialisme sans âme. Il devient de plus en plus important de mener des activités extérieures qui nous connectent à des choses plus naturelles et à la racine de notre être, et cela dans la conscience de l’instant présent, qui seule peut donner un véritable sens à notre vie de tous les jours. Au fil des ans, j’ai développé plusieurs pratiques simples, alliant action et qualité de présence à soi, capables de nourrir notre existence par des voies invisibles. Ces pratiques, telles que marcher en conscience ou cuisiner avec amour et attention, peuvent nous reconnecter au réseau de la vie et nous faire retrouver notre interrelation naturelle avec elle, sa beauté et sa magie. Ces activités aident à désencombrer notre vie extérieure et à nous ancrer dans ce qui est

Hea r tf ulnes s


L’ombre des bambous balaye les escaliers, mais ne soulève aucune poussière. Le clair de lune pénètre dans les profondeurs de la mare, mais ne laisse aucune trace dans l’eau. —Nyogen Senzaki

simple et réel. Le nettoyage est l’une de ces pratiques qui combinent l’action et la présence à soi. L’art du nettoyage est une activité spirituelle simple et souvent négligée. L’image du moine qui balaye la cour a une signification profonde car, sans cette activité de nettoyage, il ne peut y avoir de vide, d’espace pour communier en profondeur avec le sacré. Le nettoyage intérieur et extérieur fait partie des fondements de la pratique spirituelle, et quand le balai du moine touche le sol, il a une relation particulière avec la terre. Pour vivre en lien avec le sacré à l’intérieur de nousmêmes et dans la création, il nous faut créer autour de nous un espace sacré. Dans la vie agitée d’aujourd’hui, nettoyer sa maison est souvent considéré comme une corvée. Nous dépensons du temps et de l’énergie (et achetons des produits coûteux) pour notre rituel quotidien du bain ou de la douche, mais l’art tout simple de nettoyer l’espace que nous habitons est rarement une priorité. Notre culture nous pousse à utiliser des produits qui tuent toutes les bactéries qui nous entourent – produits souvent plus toxiques que les bactéries ellesmêmes – mais quelle attention et quelle présence offrons-nous à

Juin 2018

43


Ecologie spirituelle

44

Si nous entendons pratiquer l ’écologie spirituelle et inclure la spiritualité dans notre conscience écologique, il nous faut devenir plus conscients des déchets de toutes sortes que nous laissons derrière nous. Nous devons apprendre à nettoyer après notre passage, à préserver un espace vide, à être attentifs à la manière dont nous nettoyons.

notre lieu de vie ? Sommes-nous totalement présents lorsque nous balayons ou passons l’aspirateur  ? Dès l’instant où j’ai réalisé que chaque chose fait partie d’un tout vivant, que rien n’est séparé, j’ai compris à quel point tout a besoin de soin et d’attention. J’apporte cette sensibilité et cette conscience au nettoyage. Que je nettoie la table ou dépoussière une étagère, j’y consacre de l’attention et de l’amour, parce que tout est réceptif à l’amour et aux soins – non seulement les humains, les animaux et les plantes, mais toute chose. Je ressens intensément que tout

Hea r tf ulnes s

comme je ne devrais posséder que les choses nécessaires, je ne devrais garder que celles que j’aime et dont je peux prendre soin. C’est reconnaître le sacré présent en toute chose, et c’est une façon de vivre le quotidien avec son cœur. Ayant été élevé dans une famille sans égards et sans amour, j’éprouve sans doute particulièrement ce besoin. Mais je pressens qu’il vient du savoir plus profond que tout est pris dans la trame de l’amour – que la création entière a été tissée par l’amour. Aussi, quand je nettoie, je porte attention à ce qui m’entoure et j’en prends soin, sachant que cela aussi a besoin d’amour.


Ecologie spirituelle

Je dois avouer que j’adore nettoyer. C’est pour moi une activité profondément rassurante. Personnellement, j’aime le vide, l’espace intérieur et extérieur. En nettoyant mon lieu de vie, je crée du vide, je me débarrasse de ces petits déchets qui s’accumulent si facilement. Lorsqu’on nettoie avec amour et attention, ce n’est pas seulement de la poussière qu’on enlève, mais aussi des déchets psychiques, telles ces formes-pensées inutiles qui stagnent dans l’atmosphère. Comme notre culture ne valorise que ce qu’elle peut voir et toucher, nous ne prêtons pas attention à cette accumulation invisible. Mais ces déchets sont bien réels et, si on n’y prend garde, ils finissent par encombrer nos vies bien plus qu’on ne l’imagine. Tout comme le bain est un rituel pour le disciple, ou le simple fait d’enlever ses chaussures avant d’entrer dans un temple, une mosquée ou la maison d’un ami, le nettoyage est une préparation importante pour vivre en harmonie avec le sacré dans notre quotidien. Quand j’ai commencé à donner des conférences, je voyageais dans toute l’Amérique et j’étais hébergé par des gens. A cette époque, mes conférences s’adressaient surtout à des groupes de psychologie jungienne, il m’arrivait donc de loger chez des

thérapeutes. Je me souviens d’une nuit où je me trouvais dans une chambre d’amis qui était aussi la pièce où le thérapeute donnait ses consultations. Après quelques heures d’insomnie, j’avais renoncé au sommeil, réalisant que je macérais dans la soupe psychique de tous ses patients. De par son travail, le thérapeute faisait remonter des sentiments enfouis, ramenant à la conscience des dynamiques de l’ombre, de la colère et de la dépression. Toutes ces énergies flottaient dans la chambre en attendant de s’agripper au premier venu. Le thérapeute ne connaissait pas la technique de la purification psychique. Cela n’avait malheureusement pas fait partie de sa formation ni de sa pratique. L’atmosphère était chargée de résidus psychiques. Ça n’a rien d’inhabituel. Très souvent, les guérisseurs se lavent les mains ou les secouent après un soin, et la maladie s’en va ainsi dans l’eau ou dans l’atmosphère, et sera bue ou inspirée par quelqu’un d’autre. Lorsque mon enseignante était en Inde avec son maître soufi, elle assistait parfois à une guérison qu’il opérait. Elle avait remarqué qu’après chaque guérison il joignait ses mains en forme de coupe et les portait à sa bouche. Elle comprit qu’il avalait et digérait en lui la maladie qu’il avait nettoyée

Juin 2018

Tout comme le bain est un rituel pour le disciple, ou le simple fait d ’enlever ses chaussures avant d ’entrer dans un temple, une mosquée ou la maison d ’un ami, le nettoyage est une préparation importante pour vivre en harmonie avec le sacré dans notre quotidien.

pour éviter qu’elle ne stagne dans l’air et ne se fixe sur une autre personne. La conscience écologique nous enseigne l’importance du recyclage et du compostage. Nos déchets ne devraient pas finir dans une décharge. Ni non plus dans l’eau qui elle aussi, de façon moins visible, est devenue toxique du fait de tous les tranquillisants et autres médicaments que nous prenons, et qui finissent dans nos rivières et nos lacs en provoquant des

45


Ecologie spirituelle

mutations chez les poissons. Heureusement, de plus en plus de gens veillent à laisser peu de déchets et œuvrent à la préservation d’une eau et d’une nourriture saines. Mais si nous entendons pratiquer l’écologie spirituelle et inclure la spiritualité dans notre conscience écologique, il nous faut devenir plus conscients des déchets de toutes sortes que nous laissons derrière nous. Nous devons apprendre à nettoyer après notre passage, à préserver un espace vide, à être attentifs à la manière dont nous nettoyons.

46

Lorsque nous apportons une attention particulière au nettoyage, nous enlevons les déchets psychiques en même temps que la poussière. L’attention est souvent liée à la respiration, les deux agissent de concert. Lorsque nous travaillons ainsi, les débris ne peuvent plus nous faire de tort, et j’ai trouvé une profonde satisfaction dans cette pratique. La culture contemporaine nous apprend à accumuler et non à faire le vide. Or pour réaliser un véritable travail spirituel tant dans le monde intérieur qu’extérieur, pour donner de l’espace au divin, pour revenir au sacré, il est nécessaire de pratiquer une forme de purification dans notre vie quotidienne. Nous apprenons à manger en conscience, à être

attentif à notre environnement extérieur, à balayer notre cour. Nous devons aussi apprendre à nettoyer notre maison, tant physiquement qu’à l’intérieur de nous-mêmes. Tout comme nous apprenons à faire le vide en nous dans la méditation, à nous dégager du fouillis des pensées inutiles, il nous faut consciemment nettoyer notre espace de vie. En balayant, en dépoussiérant, en passant l’aspirateur avec attention, nous apportons une certaine conscience au fondement de notre être, une conscience liée au respect de notre environnement.

Hea r tf ulnes s

Dans certains anciens rituels de mariage celtiques, un jeune garçon ou une jeune fille balaye devant le couple qui se rend à la célébration pour chasser les mauvais esprits, afin que l’union soit heureuse. Ces anciens rituels témoignent d’une compréhension des mondes invisibles et de la façon dont ceux-ci peuvent influencer notre vie quotidienne. En pratiquant une écologie spirituelle, nous ne travaillons pas seulement sur le plan du monde physique extérieur mais aussi sur le plan des mondes intérieurs, et nous devons respecter ce travail. Nous avons besoin de réapprendre à vivre en nous allégeant, en laissant le moins possible de déchets derrière nous. Nous devons réapprendre à utiliser un balai. En fait, il s’agit simplement de bien tenir sa maison, ce qui est bien plus important que nous ne l’imaginons. www.spiritualecology.org

© 2017 The Golden Sufi Center. Tiré de « Spiritual Ecology  : 10 Practices to Reawaken the Sacred in Everyday Life », de Llewellyn Vaughan-Lee & Hilary Hart. Publié avec l'autorisation des auteurs.


CHOISIR DE CROIRE

BA R BA RA J. L E V I N O’R I OR DAN s e s er t d ' une vi ei l l e b l es s u re é m ot i on n el l e p o ur ap p rend re à p ard o nner et à fa i re a c ti ve m e nt d es cho i x q ui mènent à l a guér i s o n a u l i e u de favor i s er l e res s ent i m ent et l a s o uffrance.

I

l y a quelques semaines, je me suis souvenue d'avoir été douloureusement humiliée par quelqu'un. Cela remontait à très, très longtemps. Je pense que j’étais encore adolescente, et la personne qui m'avait fait honte était plus âgée que moi. Nous étions dans une situation où elle était ma supérieure et avait du pouvoir sur moi. Elle est morte il y a quelques années. Après avoir évacué ma colère en racontant mon histoire à des amis, j'ai commencé mon processus de pardon.

D’abord je me suis rappelée que j’étais maintenant plus âgée que la personne ne l'était quand elle m'avait humiliée et que je pouvais envisager la question d'un point de vue adulte. En y réfléchissant, j’ai fini par comprendre qu’en me faisant honte elle avait manqué une occasion de m’enseigner quelque chose. Et cette compréhension m'a aidée à guérir de ma propre honte. Je n'étais pas stupide, contrairement à ce qu’elle avait laissé entendre – j’avais juste besoin d'apprendre une leçon.

Juin 2018

J’ai compris qu’en m’humiliant elle avait manqué une occasion de m’enseigner quelque chose. Et cette compréhension m'a aidée à guérir de ma propre honte.

47


Savoir pardonner

48 Chaque âme f init certainement par chercher le pardon. Et peut-être que le monde serait reconnaissant de recevoir davantage de cette bienveillance volontaire, si l ’on considère ses blessures qui de jour en jour s’aggravent.

Elle avait fait un choix malheureux, me rabaisser au lieu de m’instruire. J’ai pressenti qu’elle venait – comme tous ceux qui se comportent de façon blessante – d'un lieu de douleur et de manque. J’ai aussi imaginé qu’elle avait peut-être passé par un mauvais moment, ce jour-là, et que j’avais pu l’énerver par mon comportement juvénile. Cela ne l’excusait pas, mais me permettait d’éprouver de l’empathie à son égard. Finalement, je lui ai écrit une lettre – que je n'ai pas envoyée. Malgré tout, le processus de pardon n'était pas achevé. Il ne débouchait toujours pas sur l'amour. Je conservais encore

Hea r tf ulnes s

en moi l’image de quelqu’un qui m'avait fait honte. Et j'avais le sentiment que je ne lui rendais pas service en lui gardant rancune. Soudain, il m’est venu l'idée que cette personne voulait être pardonnée plus profondément. Alors j'ai fait un choix. J'ai choisi de croire que l'âme de la personne qui m'avait blessée cherchait le pardon. Peutêtre avait-elle même prié pour que ce vieux souvenir me revienne et m’encourage à lui pardonner. Peut-être était-il revenu pour que je puisse moi-même guérir de cette vieille blessure et qu’elle soit pardonnée et guérie, elle aussi.


Savoir pardonner

Quand j'ai choisi de croire cela, tout a changé. J'ai choisi de croire que cette personne se repentait de tous les moments où elle avait rabaissé quelqu’un ; qu’elle planifiait une nouvelle vie dans laquelle elle ne faisait pas honte aux autres pour anesthésier sa propre douleur. J'ai choisi de croire que son âme cherchait ainsi un soulagement. Je choisis maintenant de croire que toutes deux nous unissons nos efforts pour corriger ce qui s’était si mal passé et créer une nouvelle réalité. Si nos cœurs peuvent s'unir dans un effort commun pour réparer ce qui a été brisé, notre histoire, commencée il y a tant de décennies, pourra finalement trouver une issue heureuse. Aussi, à la lumière de ce récit, je vous demande, lecteurs et amis, de prendre en compte ce message. Je choisis de croire que la personne qui m'a jadis couverte de honte se joint maintenant à moi dans ce qui suit : « Quand vous vous adressez à ceux qui vous sont subordonnés – vos employés, élèves ou étudiants, vos enfants, vos paroissiens, les gens que vous encadrez et ceux qui nettoient votre bureau – sachez que vos paroles ont un pouvoir, qu’elles peuvent rester en eux leur vie entière. Rappelez-vous : toute occasion de rabaisser quelqu’un peut aussi bien être l’occasion

de lui enseigner quelque chose, de l’enrichir et de l’amener à se responsabiliser. » Si l’un de vous peut entendre cela et s’en souvenir, j'aurai avancé dans mon processus de guérison et je veux croire que ce sera pareil pour la personne qui m'a blessée. Je pense que je peux aussi choisir de croire que toute personne qui me fera du mal à l'avenir sera déjà en train d’implorer mon pardon au moment même de son acte. Dans Découvrir un sens à sa vie, Victor Frankl affirme que nous avons le droit de choisir les croyances qui rehaussent notre humanité, surtout si ce choix se fait consciemment. Lorsqu'il a été déporté dans un camp de concentration, il a choisi de se respecter lui-même, de croire qu'un jour il serait libéré et écrirait un livre qui apporterait de l’aide à d’autres par son témoignage. De fait, Frankl a été libéré et des millions de personnes ont lu son livre et y ont puisé aide et encouragement. Certains pourront dire que choisir de croire comme je l'ai fait n'était qu'un exercice de faux-semblant. Mais, en quoi aurais-je pu me tromper ? Chaque âme finit certainement par chercher le pardon. Et peut-être que le monde serait reconnaissant de recevoir davantage de cette

Juin 2018

Si nos cœurs peuvent s'unir dans un effort commun pour réparer ce qui a été brisé, notre histoire, commencée il y a tant de décennies, pourra f inalement trouver une issue heureuse. bienveillance volontaire, si l’on considère ses blessures qui de jour en jour s’aggravent. M’exercer à choisir de croire m'a transformée. Il me semble que mon univers s'est élargi. Je réfléchis maintenant à d'autres convictions que je pourrais adopter et qui pourraient me renforcer, moi et les autres, et nous aider à grandir. Alors, qu’allez-vous choisir de croire ?

49


être insp iré.


L'être humain est un vase que Dieu a façonné pour lui-même et qu’il a rempli de son inspiration pour que ses œuvres s'y perfectionnent. Hildegarde de Bingen


m e arch d j n a u Q e, je m che ar

52 MEGHA BAJAJ raconte une histoire simple et belle à propos d'un moine et de ses disciples, et la met en relation avec sa propre découverte du pouvoir du moment présent.

L

es histoires nous dispensent un enseignement qu’elles seules peuvent nous donner. Cela faisait des jours qu’une question m’occupait l’esprit : comment progresser sur le chemin spirituel ? Hier soir, enfin, la réponse a jailli avec la naissance de cette histoire. À travers moi, et pour moi, cette histoire a marqué une étape importante. Je me suis approprié la prise de conscience qu’elle raconte. Peut-être pourrait-elle aussi devenir la vôtre ? Il y a très longtemps, alors que la recherche de la paix était encore la quête la plus importante

pour chacun, vivait un grand moine bouddhiste. Son petit monastère se trouvait tout en haut des montagnes glacées par la neige et irisées de rayons de soleil orangés. Les gens venaient du monde entier pour le rencontrer. Ni les hauteurs escarpées, ni les vents déchaînés, ni les bêtes sauvages – rien ne pouvait les empêcher d'affluer – car ils savaient que ce moine pouvait leur ouvrir le chemin de la paix. Pourtant, après quelques jours à peine, ils étaient nombreux à s’impatienter et à repartir. Pourquoi ? Le moine parlait à peine. Il poursuivait sa routine comme

Hea r tf ulnes s


Le m om ent présent

Si je peux apprendre à faire ce que je fais en m'y immergeant complètement, la méditation cessera d ’être une partie de ma journée. Elle deviendra une partie de moi. Et peu à peu, elle deviendra moi.

53

à son habitude. Pour beaucoup, c'était difficile à supporter. Le grand moine avait un rire joyeux et une étincelle au fond des yeux. Il semblait à la fois très vieux et enfantin. Il n'invitait ni ne refusait jamais personne. Quand quelqu'un arrivait, il veillait à ce qu’il se sente comme chez lui dans sa maison. Beaucoup étaient venus, beaucoup étaient repartis – mais un petit groupe de onze personnes était resté. Le moine savait qu'il avait finalement opéré un tri entre les « chercheurs » et les « questionneurs ». Restaient ceux qui avaient tout quitté pour trouver la paix, et qui repartiraient non pas en sachant ce que signifiait la paix, mais en la portant en eux ! Le moine vaquait à toutes les activités quotidiennes, tandis que le petit groupe suivait, espérant obtenir une indication sur la façon

dont ils pourraient eux aussi être en constante et bienheureuse union avec leur Seigneur. En fin d’après-midi, le moine s'asseyait sous un arbre, tandis que ses fidèles se rassemblaient autour de lui. Certains mettaient la tête sur ses genoux, et il les caressait avec amour, tandis que d'autres se contentaient de le regarder de loin. Les chercheurs posaient des questions ; parfois le moine leur répondait longuement, et parfois il choisissait de leur parler en silence. Quoi qu'il en soit, la nuit ne tombait pas sans que tous les doutes ne soient dissipés. Lors d'une de ces soirées, la plus jeune fille du groupe, Mira, lui demanda : « Bien-aimé, dites-moi le secret de votre paix. Je veux le savoir. » Certains que les mots qui suivraient allaient changer leur vie, tous les membres du groupe se rapprochè-

Juin 2018


Le m om ent présent

54 La beauté de cet instant, lorsqu’on y est plongé complètement et absolument, c'est que plus rien d'autre n'a d'importance. Les factures impayées, les corvées du lendemain, le genou qui fait mal – dans l ’ici et maintenant, rien de tout ça n'existe. Tout ce qui existe, c'est l'activité dans laquelle vous êtes impliqué – et vous.

rent. Le moine répondit : « Quand je marche, je marche. » Les chercheurs se rapprochèrent encore. Ils voulaient en savoir plus. Ils voulaient se transformer. Quelque chose leur disait que la réponse leur serait révélée. Le moine, cependant, ne dit plus rien. Il resta assis, les yeux tournés vers le ciel, admirant les étoiles. Les chercheurs furent déçus. Ils avaient pensé qu'un secret profond et complexe leur serait dévoilé. Mais non, le moine n’avait prononcé que cette seule et unique phrase « quand je marche, je marche. » Qu'est-ce que cela pouvait signifier ? Tous s’endormirent cette nuit-là avec des questions tournant autour de ses mots, cherchant des réponses qui leur échappaient toujours. Le lendemain, le moine occupa sa journée comme à l’accoutumée, et les chercheurs lui emboîtèrent le pas. Quand il se mit à arracher les mauvaises herbes de son petit jardin, le groupe l’aida. Sentant une certaine agitation dans l'air, le moine sourit en lui-même. Pourtant, personne ne dit mot. Chacun avait déjà appris que les réponses venaient au moment voulu. Souvent, l'un d'eux avait comme une révélation aux paroles du moine et partageait sa prise de conscience avec les autres. Ceux-ci y réfléchissaient et attendaient que cette prise de conscience devienne une partie d’eux-mêmes. Ce jour-là, cependant, la révélation ne semblait pas d'humeur à se lier d'amitié avec qui que ce soit. Le gourou gloussa silencieusement et demanda à la jeune fille : « Mira, que fais-tu en ce moment ? » Surprise par la question, elle répondit : « Je vous aide à arracher les mauvaises herbes, Bien-aimé. » Il sourit et demanda : « Et quoi d'autre ? » Mira lâcha sans réfléchir : « Mais… rien d'autre ! » Le moine demanda : « Es-tu sûre de ne rien faire d’autre ? »

Hea r tf ulnes s


Le m om ent présent

Mira resta silencieuse une minute puis avoua : « Je pense à vos paroles. » « Mais encore ? » demanda malicieusement le moine. « Eh bien... je me demande ce qu'il y aura à dîner ce soir… » ajouta Mira avec un petit rire. Le moine sourit et reprit : « Quand j’arrache les mauvaises herbes, j’arrache les mauvaises herbes. » Sur ce, il se remit à sa tâche avec la même intensité que lorsqu’il méditait, mangeait, regardait un lever de soleil ou parlait avec eux. Tout le groupe se mit à sourire. C'était la première fois qu'ils avaient compris quelque chose tous en même temps. L'agitation se transforma en excitation, qui bientôt se changea en paix. Cet après-midi-là, le petit groupe de douze – le maître et ses onze disciples – arrachèrent les mauvaises herbes sans rien faire d’autre. Depuis que cette histoire s'est révélée à moi spontanément, ma façon de voir la vie a changé. Championne des multitâches, j’étais persuadée que je ne devais gaspiller aucun instant de ma vie. Je faisais tout mon possible pour remplir chaque seconde. Je regardais des films en faisant de la gymnastique. Je déjeunais en lisant un livre. J’admirais un lever de soleil tout en bavardant au téléphone. À chaque instant, je me livrais au moins à deux ou trois activités en même temps... et je me demandais pourquoi je n’éprouvais aucun plaisir à faire tout ça. Quand je marche, je marche. C’était une réponse tellement simple. C'est ce que je fais depuis hier. Quand je mange, je mange. Quand je suis avec mon mari Arun, je suis avec Arun. Quand j'écoute de la musique, j'écoute de la musique. Au début, cela m’a semblé horriblement difficile de ne faire qu'une chose à la fois. J’étais nerveuse, irritée. Mais je n'ai pas abandonné. À un certain moment, alors que j’avais poursuivi une activité

suffisamment longtemps et m’y étais complètement adonnée, j'ai réalisé que quelque chose en moi s'était soudain modifié. Je ne vivais plus dans le passé ni dans l'avenir – j’avais basculé dans ce « maintenant » tant convoité, le moment tel qu’il est, le « présent permanent ». La beauté de cet instant, lorsqu’on y est plongé complètement et absolument, c'est que plus rien d'autre n'a d'importance. Les factures impayées, les corvées du lendemain, le genou qui fait mal, l'enfant agité – dans l’ici et maintenant, rien de tout cela n'existe. Tout ce qui existe, c'est l'activité dans laquelle vous êtes impliqué – et vous-même. Immergez-vous encore plus profondément, et il ne reste que l'activité. On se dissout. Et dans ces moments où il n'y a plus de « vous », ce qui est, est. Et ce « est », c'est la paix ! Cela semble presque trop simple pour être vrai, n'est-ce pas ? Trop banal. J'ai toujours cru que trouver la paix était un processus traître, ardu et difficile, mais je me rends compte maintenant que c'est si simple qu’on passe à côté sans le voir. Je me suis toujours demandé quelle était la différence entre un moine et moi. Maintenant, je le sais. Même en méditant, je pense, je planifie, je creuse, je m'interroge. Un moine, même en pensant, en planifiant, en creusant, en s’interrogeant, médite. Si je peux apprendre à faire ce que je fais en m'y immergeant complètement, la méditation cessera d’être une partie de ma journée. Elle deviendra une partie de moi. Et peu à peu, elle deviendra moi. Habituellement, quand j'écris, je sirote un chai, je bavarde sur Facebook et je vérifie mes mails. Aujourd'hui, en écrivant, j'écris. Et je sens la différence. Je peux presque vous sentir assis à côté de moi, comme un ami, un compagnon chercheur, alors que nous vivons ce message ensemble : quand je marche, je marche.

Juin 2018

55


PRATYAHARA

PRANAYAMA

Retrait à l'intérieur

Régulation du souffle

DHARANA ASANA Posture

Ashtanga

Focalisation mentale

yoga

NIYAMA

DHYANA Méditation

Régularité Observation

SAMADHI

Condition originelle (équilibre)

YAMA

Bonne conduite

Seriez-vous intéressé si quelqu'un vous disait qu'il existe un ensemble de pratiques simples qui aident à gérer tous les aspects de la vie quotidienne, tout en élevant le potentiel humain à un niveau qui dépasse l'imagination la plus folle ? Cela attiserait pour le moins la curiosité de la plupart des gens. En fait, cela correspond précisément à la description des pratiques du yoga, mais rares sont ceux qui s'en rendent compte. Le yoga comprend un ensemble holistique de pratiques qui visent au développement personnel et au bien-être du corps, de l'esprit et de l'âme. Il y a quelques milliers d'années, le grand sage Patanjali a répertorié les pratiques yogiques en vigueur en son temps et les a présentées dans un traité en huit étapes, qu'on utilise encore aujourd'hui. Il s'agit de l'ashtanga yoga. Mais les pratiques du yoga ont évolué depuis Patanjali, surtout au cours des 150 dernières années, pour répondre aux besoins de l'époque. Dans cette série d'articles, KAMLESH PATEL décrit chaque étape du yoga à la lumière des pratiques yogiques modernes de Heartfulness. Il nous montre comment concilier nos pratiques spirituelles intérieures avec la vie dans le monde, et comment affiner notre personnalité pour parvenir au véritable état du yoga – c'est-à-dire à l'efficacité dans l'action et à l'harmonisation des aspects spirituel et matériel de la vie.

Hea r tf ulnes s


SA M YA M A Dharana • Dhyana • Samadhi

Dharana, dhyana et samadhi sont les trois dernières étapes de l'ashtanga yoga de Patanjali. Elles ne sont pas clairement séparées les unes des autres, car elles s’entrelacent et constituent l'ensemble des pratiques de méditation qu’on appelle le raja yoga. Ces trois étapes sont centrées sur le vrai but du yoga et constituent les pratiques du voyage intérieur, le yatra spirituel. Dans les derniers articles de la série sur l'ashtanga yoga, Kamlesh Patel nous aide à comprendre le rôle de dharana, dhyana et samadhi, et la façon dont ils nous conduisent au point culminant du yoga – l’union ou l’osmose avec l'Existence Ultime. Nous avons étudié jusqu’ici les cinq premières étapes de l’ashtanga yoga de Patanjali – yama, niyama, asana, pranayama et pratyahara. Si chacune a son propre objectif, elles nous aident ensemble à affiner nos pensées, nos actions, notre posture et notre énergie, y compris la respiration, et contribuent à diriger nos sens vers l’intérieur, vers le champ de la conscience. Tout cela nous prépare à aller plus profondément dans le cœur et le mental. Grâce à dharana, dhyana et samadhi, nous ouvrons le champ du potentiel de nos corps subtils, puis nous le dépassons, pour atteindre finalement l’état absolu. Si vous vous représentez un être humain comme étant constitué de matière, d’énergie et de l’état absolu du « rien » – le corps, le mental et l’âme – vous voyez que nous nous éloignons du monde de la matière pour aller dans des formes d’énergie de plus en plus subtiles, jusqu’à ce que nous atteignions le centre de notre être, le « rien absolu » qui est à la base de tout.

SUTRAS DE PATANJALI

de lui, et se maintient dans cet état.

Il y a de nombreux passages qui concernent dharana, dhyana et samadhi dans la recherche fondamentale de Patanjali. Voici quelques sutras qui éclairent le sujet de cet article :

3.2  : Tatra pratyaya ekatanata dhyanam

3.1  : Deshah bandhah chittasya dharana

3.3 : Tad eva artha matra nirbhasam svarupa shunyam iva samadhih

Dharana est le processus par lequel le mental se fixe sur un objet, soit dans le corps soit en dehors

Quand un flux ou un courant ininterrompu de connaissance va dans cet objet ou cette partie du corps, on appelle cela dhyana.

Lorsque seule l'essence de cet objet, de ce lieu ou

Juin 2018

57


La sc i ence de la spiritualité

de ce point brille dans l'esprit, sans aucune forme, on appelle cet état d'absorption profonde samadhi. Il advient dans la méditation quand la forme, la partie extérieure, tombe d’elle-même.

se poursuit lorsqu’on prend l'habitude de faire la pratique jour après jour.

3.4 : Trayam ekatra samyama

La maîtrise appelée samadhi-parinamah est l'étape de transition dans laquelle la tendance à la dispersion diminue tandis que la tendance à la focalisation sur un seul point augmente.

Quand les trois processus de dharana, dhyana et samadhi ne font qu’un, se fixant sur le même objet, lieu ou point, cela s'appelle samyama. La forme a disparu, et seul le sens demeure.

3.5 : Tad jayat prajna lokah C’est par la maîtrise du triple processus de samyama que viennent la lumière de la connaissance, l’intuition transcendantale et une conscience plus élevée.

3.6 : Tasya bhumisu viniyogah

58

Samyama s'applique progressivement aux plans, états ou stades plus subtils de la pratique.

3.7 : Trayam antar angam purvebhyah Ces trois pratiques – dharana, dhyana et samadhi – sont plus intérieures que les cinq précédentes.

3.8 : Tad api bahir angam nirbijasya Cependant elles sont encore plus extérieures que le véritable samadhi, qui n'a pas d'objet, pas même un germe d’objet, sur lequel se concentrer.

3.9 : Vyutthana nirodhah samskara abhibhava pradurbhavau nirodhah ksana chitta anvayah nirodhah-parinamah Ce haut niveau de maîtrise appelé nirodhah-parinamah se produit lors de l'étape de transition où la tendance ascendante des impressions profondes converge avec la tendance qui décroît, et avec l'attention du champ mental.

3.11 : Sarvarathata ekagrata ksaya udaya chittasya samadhi-parinamah

3.12 : Tatah punah shanta-uditau tulya-pratyayau chittasya ekagrata-parinimah La maîtrise appelée ekagrata-parinamah est l'étape de transition dans laquelle la focalisation de la conscience sur un seul point croît et diminue séquentiellement. L'idée de temps disparaît, le passé et le présent ne font qu'un, on dit alors que le mental est concentré.

3.35 : Hirdaye chitta samvit En pratiquant samyama sur le cœur, on accède à la connaissance du mental. Patanjali décrit dharana, dhyana et samadhi comme un tout, parce qu'il les considère comme des aspects progressifs et interdépendants de la concentration, ou stabilité intérieure. La méditation commence généralement par une supposition. Cette supposition, ou sankalpa, déclenche le courant de l’intention en dirigeant l'énergie de la pensée. Lorsque cette intention descend plus profond et plonge dans le champ d'expérience du cœur, nous entrons dans dhyana, la méditation. Cela mène au samadhi, ou absorption dans l'objet de la méditation. Et la qualité du samadhi dont nous faisons l’expérience dépend du champ que nous créons par ce processus de méditation.

3.10 : Tasya prashanta vahita samskarat Le flux régulier de cet état de nirodhah-parinamah

Hea r tf ulnes s


59 DHARANA On traduit souvent dharana par « concentration », et celle-ci en fait assurément partie. Mais son sens est plus large et beaucoup plus intéressant que la simple capacité de se concentrer en focalisant son attention sur un seul point. Dharana comprend également la capacité de contenir, de maintenir et, comme un utérus, de nourrir – tout comme le fait la Terre Mère quand elle donne naissance à des arbres à partir de graines plantées dans son sol. Au fur et à mesure que notre conscience s'élargit, cette capacité de contenir peut devenir si vaste que nous sommes capables de contenir Dieu en nous. Au début de la méditation Heartfulness, nous faisons cette supposition : « La source de la lumière divine dans mon cœur m'attire vers l'intérieur ». Cette supposition, nous l’accueillons en gestation, nous l’enveloppons, la contenons et la nourrissons. Dharana aboutit à la concentration, grâce au cou-

rant ininterrompu de pensée vers un seul objet qui est contenu et nourri dans le cœur. Le processus de sankalpa, qui consiste à diriger le courant de la pensée, implique un certain effort, mais l'idéal est de cultiver une capacité d’« effort sans effort ». Cette supposition initiale conduit notre conscience à ce courant qui coule vers l'intérieur, vers la Source, et nous nous dirigeons ainsi vers le but : l’unité complète avec le principe divin. Cela atteste et confirme que le but spirituel du yoga est dharana. Ram Chandra de Shahjahanpur l'a expliqué ainsi : Il est essentiel de fixer sa pensée, dès le départ, sur le but à atteindre, pour que la pensée et la volonté nous ouvrent la voie jusqu’à lui. On a remarqué que ceux qui se sont engagés sur le chemin de la spiritualité, sans avoir pris pour but cet état final, sont finalement Ram Chandra of Shahjahanpur. Commentaire sur les dix maximes du Sahaj Marg, SRCM, Inde, 2016. 1

Juin 2018


60 restés en deçà car, avant d’arriver au terme, ils ont pris à tort un des états intermédiaires pour le point final, ou la Réalité, et se sont arrêtés là. Ils ont souffert de n’avoir simplement pas déterminé leur but. Même dans le domaine matériel, si quelqu’un ne garde pas son objectif en vue, ses efforts ne suffiront jamais à lui garantir le succès. Quelle est la résonance de cette pratique de dharana dans le champ de la conscience universelle ? Lorsque nous fixons sincèrement le but de devenir un avec l'état Ultime, ce flux centripète crée un remous dans l'Infini. La divinité elle-même en vient à être convaincue de notre focalisation sur un seul but et de la sincérité de notre intention. Alors, il ne s'agit plus simplement de « moi » me déplaçant vers le but ; la dynamique change pour devenir celle de l’amant et du Bien-aimé, où l'attraction se manifeste de part et d’autre, et

où la distance entre les deux diminue de plus en plus. Le rapprochement s’accentue pour finalement mener à la fusion dans l'Ultime, qui prend la forme du mouvement latent qui existait au moment de la création. Notre intention, notre idéal, se traduit par un désir intense, une soif et une impatience, et cela représente bien plus que la simple concentration. Dharana maintient notre méditation fixée sur le but final, ce qui est vital pour susciter l’état final. Ce même aspect de dharana nous permet aussi de retenir et de vivifier les états intérieurs que nous recevons pendant nos méditations, afin qu'ils deviennent partie de nous. Les présents que nous recevons dans chaque méditation peuvent ainsi être absorbés et leurs qualités devenir pour nous une seconde nature.

Hea r tf ulnes s


L a science de la spiritualité

SANKALPA En fait, dharana fait partie intégrante de tous les aspects de la pratique Heartfulness, parce qu'il est le fuel sous-jacent au sankalpa, la suggestion subtile. Swami Vivekananda l’énonce de façon simple : « Qu'est-ce que la pensée ? La pensée est une force, tout comme la gravitation ou la répulsion. L'instrument appelé chit (la conscience) s'empare de certains éléments dans le réservoir de force illimité de la nature, les absorbe et les envoie sous forme de pensées. » Avec le sankalpa, nous pouvons utiliser le pouvoir de la pensée d'une manière très efficace. Lorsqu’on maîtrise l’art de dharana, le sankalpa prend toute sa puissance, parce qu’il est la plus subtile des suggestions résonnant dans un cœur pur, ouvert et aimant, et comme ce cœur est connecté au divin, sankalpa est soutenu par la volonté divine. C'est aussi le secret derrière le pouvoir de la prière. Quand dharana devient une prière offerte

dans la vacuité d’un cœur pur, le divin y afflue et attire automatiquement l'attention vers l'Ultime. Toute pensée ou intention offerte dans cet état est certaine d'atteindre son but.

TRANSMISSION La méditation Heartfulness est soutenue par la transmission, qui facilite la concentration intérieure sans effort. Elle a ce pouvoir parce qu’elle vient de la Source elle-même. De façon naturelle, elle dirige notre attention vers le plus profond de nous-mêmes pour que nous soyons en osmose, dès le début, avec le samadhi le plus sublime. Comme je l’ai dit dans le dernier article sur pratyahara, la transformation personnelle va de l'intérieur vers l'extérieur, de l'état de samadhi vers l'extérieur. Nous bénéficions du soutien de la transmission pour que le voyage s’accomplisse dans un « effort sans effort ».

Quand on maîtrise l’art de dharana, le sankalpa prend toute sa puissance, parce qu’il est la plus subtile des suggestions résonnant dans un cœur pur, ouvert et aimant ; et comme ce cœur est connecté au divin, sankalpa est soutenu par la volonté divine. C'est aussi le secret derrière le pouvoir de la prière. Quand dharana devient une prière offerte dans la vacuité d’un cœur pur, le divin y afflue et attire automatiquement l'attention vers l'Ultime. Toute pensée ou intention offerte dans cet état est certaine d'atteindre son but.

Juin 2018

61


La sc i ence de la spiritualité

RECHERCHE

62

La science yogique de la révélation intérieure dépend de dharana. À partir d'une supposition initiale, nous méditons, nous plongeons de plus en plus profondément dans la conscience universelle du samadhi, puis nous refaisons surface pour observer, enregistrer et reconnaître ce que nous avons vécu et ce qui a changé dans notre état intérieur. Sans dharana, qui nourrit l'idée initiale et lui permet de s'approfondir et de se déployer pendant le processus de méditation, ces révélations ne seraient pas possibles. En fait, si beaucoup de gens ne peuvent pas « lire » leurs états intérieurs, cela vient de ce qu'ils ne cultivent pas dharana pendant la méditation. Pour y parvenir, il faut exercer les fonctions cognitives du manomaya kosha et du vignanamaya kosha (enveloppes du mental et de l’intellect), observer en pleine conscience, puis intégrer de manière nouvelle et créative la connaissance reçue par le mental. Une façon de développer cette capacité est de tenir un journal après chaque méditation, en notant ce qui s'est passé. Une autre approche est d'utiliser activement la méditation comme outil de recherche, en choisissant une question ou une supposition qu’on explore dans la conscience élargie que nous offre la méditation. Dans un état méditatif, le mental est capable de faire mûrir une idée ou un problème dans une perspective beaucoup plus élevée et plus large que celle de la logique rationnelle. En fait, la conscience élargie mène généralement à l'inspiration ; c’est ainsi que sont nées la plupart des grandes découvertes scientifiques et que la majorité des chefs-d'œuvre artistiques ont été créés. Par exemple, c’est à partir d’un rêve que Kekulé a découvert l'anneau de benzène, et c’est en se détendant dans sa baignoire qu'Archimède a eu la révélation de son principe.

Dans l'introduction de son livre Raja Yoga, Swami Vivekananda explique clairement que le yoga est la science par laquelle nous acquérons une expérience et une perception directes de nos états intérieurs : « La science du raja yoga nous offre en premier lieu un moyen d'observer les états intérieurs. Le mental lui-même en est l’instrument. Le pouvoir d'attention, lorsqu'il est correctement guidé et dirigé vers le monde intérieur, analyse le mental et éclaire les faits pour nous. Les pouvoirs du mental sont comme des rayons lumineux dispersés ; lorsqu’on les concentre, ils illuminent. C'est notre seul moyen d’acquérir la connaissance. » Tels sont le potentiel et la beauté de dharana.

Hea r tf ulnes s

Kamlesh Patel, guide spirituel et responsable international Heartfulness, incarne cette rare fusion du cœur oriental et de l'esprit occidental. Dans une approche à la fois scientifique et pratique, il partage aujourd'hui son expérience de la méditation et de la spiritualité dans des conférences, des interviews et des cours dans le monde entier. Auteur de nombreux écrits, notamment sur l'évolution de la conscience, il vient de co-écrire The Heartfulness Way : Heart-Based Meditations for Spiritual Transformation. Pour en savoir plus : daaji.org


COMMENT MÉDITER? Asseyez-vous confortablement dans un endroit où vous pouvez méditer sans bruit ni distractions, de préférence au même endroit et à la même heure chaque jour. Éteignez votre téléphone portable et vos autres appareils. Fermez doucement les yeux et détendez-vous. Asseyez-vous le dos droit, mais sans rigidité. Pratiquez la relaxation Heartfulness pour détendre votre corps. Portez votre attention vers l'intérieur et prenez un moment pour vous observer. Ensuite, émettez calmement la suggestion que la Source de lumière est là, présente dans votre cœur. Pensez que cette lumière vous attire de l'intérieur. Faites cela de manière douce et naturelle. Il n'est pas nécessaire de vous concentrer. Si vous sentez que votre attention dérive vers d'autres pensées, revenez tranquillement à l'idée de la Source de lumière dans votre cœur. Laissez votre attention posée sur le cœur. Sentez que vous vous fondez dans cette perception. Vous allez peut-être passer l'état de vigilance pour atteindre un état de détente profonde. Tout va bien. Restez en méditation jusqu'à ce que vous sentiez qu'elle est terminée.

fr.heartfulness.org


LE GOÛT de la

VIE


Quand on se met à méditer régulièrement, on remarque bientôt que les pensées et les sentiments qui se sont accumulés en nous se libèrent doucement, et on atteint cet endroit tranquille, toujours présent en nous, qui nous attendait – le lieu de la conscience pure. C'est là que nous faisons l'expérience de la paix, de la guérison et d'une véritable régénération. Deepak Chopra


68

Hea r tf ulnes s


Por tfolio

67

DES

FEUILLES

et des formes Des p ei nt ures d e A N N E - G R ET H E KOU SGAAR D

Juin 2018


Por tfolio

68

Q

uand je conçois de nouvelles peintures ou des sculptures, « jouer sérieusement » est pour moi le « sésame ouvre-toi ! ». J'oublie toute considération liée à l'art et crée simplement les conditions les plus favorables pour me libérer de toute contrainte et être en totale harmonie avec la nature. Sans aucune autre ambition, je m'amuse ! Dans ces peintures, où l’on trouve des feuilles séchées et différents pochoirs faits à la main, j’ai joué avec de nombreuses couches. Mon expérience d’imprimeur textile se manifeste particulièrement dans cette série.

www.agkousgaard.dk

Hea r tf ulnes s


Por tfolio

69

Juin 2018


Yogasanas Heartfulness

BHADRASANA La posture auspicieuse

STHITHI Dandasana: posture assise initiale

70

Asseyez-vous bien droit, les jambes tendues et les talons joints. Gardez la colonne vertébrale, le cou et la tête droits. Posez les paumes des mains sur le sol, à côté des cuisses. Fermez calmement les yeux.

Sithila dandasana: posture assise de relaxation Asseyez-vous, les jambes tendues et les pieds écartés. Inclinez légèrement le tronc vers l'arrière et soutenez-le avec vos mains posées derrière vous, les doigts dirigés vers l'arrière. Laissez votre tête pendre librement en arrière ou reposer sur une épaule. Fermez doucement les yeux.

ASANA: BHADRASANA 1ère étape Prenez la position de dandasana. Pliez les deux jambes et joignez les plantes des pieds en unissant les talons et les orteils. Tirez les pieds vers vous en écartant les genoux. Croisez les doigts pour maintenir vos pieds. Gardez le tronc et la tête droits. Tirez peu à peu les pieds vers vous, jusqu'à ce que les talons rejoignent le périnée, en maintenant vos coudes écartés. Écartez les cuisses et abaissez doucement les genoux jusqu'à ce qu'ils touchent le sol. Tenez-vous bien droit, étirez la colonne vertébrale vers le haut, fermez les yeux et maintenez

Hea r tf ulnes s

cette posture en pratiquant six inspirations et expirations douces, longues et profondes.


2ème étape

3ème étape

BIENFAITS :

En expirant, cambrez la colonne vertébrale et penchez-vous lentement vers l'avant dans la position de bhadrasana.

En inspirant, étirez les deux bras au-dessus de la tête.

Bhadrasana renforce les muscles de l'aine et du pelvis.

En expirant, penchez-vous vers l'avant et essayez de toucher le sol avec le front.

Il renforce également les cuisses, les hanches et les fesses.

Essayez de toucher le sol avec le front. Fermez doucement les yeux et maintenez la posture en pratiquant six inspirations et expirations douces, longues et profondes.

Fermez doucement les yeux, maintenez la posture en pratiquant six inspirations et expirations douces, longues et profondes.

Il développe la souplesse des jambes. Les genoux fléchis étirent et tonifient les muscles de l'intérieur des cuisses. Il donne de l'élasticité aux genoux, aux hanches et aux chevilles raides.

En inspirant, revenez lentement à la position de bhadrasana.

Il maintient les reins, la prostate et la vessie en bonne santé. Il a un effet bénéfique sur les muscles et les ligaments des régions urogénitales, en favorisant un nouvel afflux de sang. Il apaise le cerveau.

Juin 2018

71


Médecine &

MÉ DITATION Le Dr GARY H U B ER d i s cute avec VI CTOR KANNAN d es b i enfai t s d e l a m éd i t at i o n p o ur l a santé et l e b i en-êt re, et raco nte co m m ent i l a p eu à p eu évo l ué vers l a m éd eci ne i ntégrat i ve, en as s o ci ant à s es t rai tem ent s d es techni q ues s i mp l es d e m éd i t at i o n.

+

Hea r tf ulnes s

+

++ +


Médecine intégrative

Q

Vous avez été médecin urgentiste pendant vingt ans avant de vous diriger vers la médecine intégrative. Vous donnez des cours à l’«American Academy of Anti-Aging Medicine», l’Académie américaine de médecine anti-âge, sur les traitements de substitution hormonale, ceux des maladies cardiovasculaires, la médecine du sport et d’autres sujets relatifs à l’approche intégrative. Vous avez développé un programme de perte de poids équilibrée, le «Hubert Healthy Weight Loss Program», qui permet aussi d’inverser le syndrome métabolique. Vous êtes également enseignant et superviseur de pratique clinique à la faculté de pharmacie de l’université de Cincinnati et, l’année passée, vous avez été distingué par l’«American Health Council», le Conseil américain de la santé, comme un précurseur en médecine. Tout d’abord, pouvez-vous nous dire en quoi consiste la médecine intégrative et ce qu’elle apporte de nouveau ?

+

La médecine intégrative est une approche multidisciplinaire qui prend en compte les différents aspects de la vie d’un patient. En médecine conventionnelle, nous prescrivons des médicaments pour tenter de contrôler des symptômes. En médecine intégrative, nous continuons à utiliser les médicaments, la radiographie ou les analyses médicales, mais nous prenons en compte bien plus d’éléments, car la médecine conventionnelle, pour certaines choses, n’est pas la bonne approche. C’est ce que j’ai appris de mes vingt ans d’expérience comme médecin urgentiste : notre médecine est vraiment au top pour intervenir par exemple en urgence ou sur un problème de santé aigu, mais aider les gens à être et rester en bonne santé, ce n’est pas son fort.

+

+

Pour le dire simplement, la médecine intégrative tient compte de tout ce qui constitue votre existence : le sommeil, les activités physiques, le stress, le régime alimentaire, si vous méditez ou non, etc. C’est en premier lieu tout ça qui va expliquer pourquoi vous faites de l’hypertension. Et ce sont principalement ces facteurs, que la médecine conventionnelle néglige, qui vous aideront à être en bonne santé, à inverser votre diabète ou votre hypertension, et à améliorer votre qualité de vie.

Q

Est-ce la même approche que la médecine « personnalisée » ? Oui, ce terme est récent. On a parlé de médecine « intégrative », « holistique », « naturelle », et maintenant on a tendance à dire « personnalisée », avec l’avènement des tests génétiques. Je peux examiner votre patrimoine génétique et, sur cette base, vous proposer un traitement sur mesure, basé sur les prédispositions de votre organisme.

Q

Dans ce contexte, on entend beaucoup parler de yoga, de méditation, de pleine conscience, de bien-être et de soins de santé. Comment le yoga et la méditation, par exemple, s’intègrent-ils dans la médecine personnalisée ? Nous aurions besoin du Petit Larousse pour comprendre tout ce que ces termes signifient clairement. Le yoga est-il de la méditation ? Non, mais les deux sont souvent liés. La méditation peut être un élément du yoga, mais tous les types de yoga n’incluent pas la méditation. La méditation est en soi très bonne pour la santé. L’activité physique est une chose différente, la religion est aussi quelque

Juin 2018

73


Mé decine intégrative

chose de différent, et je pense que pour chaque individu on peut recourir à un mélange de ces différents concepts et notions.

Q

Selon vous, la méditation peut donc aider à être en meilleure santé ?

74

+

J’en suis absolument persuadé, parce que la science le prouve. En fin de compte, je suis un scientifique, un médecin, et j’ai besoin de preuves. Ce qui m’a passionné au sujet de la méditation, quand j’ai commencé à lire des articles à son sujet, c’était par exemple la manière dont elle diminuait la tension artérielle. Je fais partie de ceux qui s’appuient sur les preuves. Et il y en a beaucoup qui démontrent l’impact phénoménal de la méditation sur la santé. Et c’est crucial, aujourd’hui plus que jamais, alors que nos vies se délitent du fait des nouvelles technologies, du rythme de la vie et du stress que nous nous infligeons. En outre, nous sommes plus qu’enclins à rechercher du plaisir dans toutes sortes de choses malsaines. « J ’ai envie de ces produits alimentaires transformés », « Je vais dévorer ces beignets », « Comme c’est bon, ce café plein de sucre », ou encore « Je visionne des films sans fin, puisque je peux les voir en streaming sur Netflix »… Nous raffolons de ce qui endommage notre santé, alors

+

que pouvons-nous faire pour la rétablir ? Je pense que la méditation est un outil merveilleux pour combattre les mauvaises habitudes et le stress que nous nous causons.

Q

À quelle fréquence devrions-nous méditer et combien de temps ? Demandez-le à dix spécialistes – et vous obtiendrez dix réponses différentes. Quant à moi, je me contente de faire en sorte que les gens acceptent ce concept et l’intègrent dans leur vie. Des gens comme vous, avec une riche expérience dans le domaine de la méditation, auront peut-être une réponse différente. Quand j’ai parlé avec votre collègue, elle m’a dit que l’aube et le crépuscule étaient les deux meilleurs moments pour méditer, et qu’il était bon de le faire pendant au moins vingt minutes. En ce qui concerne mes patients, je leur suggère de méditer quotidiennement. Est-ce que je le fais moi-même ? Je ne vais pas mentir : j’aimerais bien, mais il m’arrive de laisser passer quelques jours. Cela ne m’empêche pas d’encourager mes patients à méditer tous les jours  ! Mais je ne veux pas leur mettre de barrière, alors que ce soit le matin, l’après-midi ou le soir, et ne serait-ce que huit minutes – s’ils le font, c’est déjà très bien. D’ailleurs, je recommande souvent un petit livre de Victor Davich, 8 Minute Meditation que j’adore pour son principe KISS « Keep it Simple, Stupid », ce qui signifie grosso modo « ne complique pas les choses ». Si je peux encourager mes patients à tremper ne serait-ce qu’un orteil dans

+ Hea r tf ulnes s

+ + +


Médecine intégrative

la méditation… une fois qu’ils sentiront à quel point elle est bénéfique, ils s’y plongeront d’euxmêmes tout entiers…

Q

Le docteur Richard Davidson, de l’université de Wisconsin-Madison, dit que ces huit minutes de méditation modifient la composition chimique du cerveau. Ainsi, cette courte durée peut déjà aider à améliorer l’humeur ? Absolument, des études ont permis de mesurer ces effets. À ce propos, il y a deux choses intéressantes que je veux faire comprendre à mes patients : On n’a pas besoin d’être un yogi ou de méditer trois heures par jour pendant dix ans pour en récolter les bienfaits. Les recherches ont démontré que déjà cinq heures – 15 minutes par jour pendant 20 jours – suffisent pour obtenir des changements. De plus la méditation permet de modifier favorablement tout ce que vous voudriez améliorer dans votre cerveau : elle provoque une augmentation du BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau), une élévation du niveau des neurotransmetteurs GABA, une réduction du glutamate, une expansion de l’hippocampe, etc. Alors si votre intention est de développer le cerveau idéal qui vieillira bien, la méditation fait évoluer tous ces indicateurs dans la bonne direction. Voilà ! Si je suis enthousiaste, c’est parce que j’ai des preuves.

Q

+

Des recherches menées à l’hôpital d’York, en Pennsylvanie, ont montré une

+

amélioration significative de la longueur des télomères chez les personnes pratiquant la méditation Heartfulness. Les télomères sont des indicateurs du vieillissement ou de l’anti-âge. En effet. Les télomères sont situés aux extrémités des chromosomes de notre ADN, un peu comme le morceau de plastique au bout d’un lacet de chaussure. Ils préviennent l’effilochage de l’ADN ; donc des télomères suffisamment longs sont des signes de bonne santé et de longévité.

Q

ll se peut que la notion d’anti-âge soit mal comprise et qu’on espère retrouver l’âge biologique de ses vingt ans. Est-ce possible  ? Non, ça n’arrivera pas. Je dis souvent aux gens que certaines choses sont inévitables, qu’en vieillissant on perd ses cheveux et du muscle. Et même si on peut ralentir ce processus, on n’aura jamais plus l’apparence qu’on avait à 22 ans. Je dis pour plaisanter à mes patients, quand ils me questionnent à propos des traitements de substitution hormonale : « Je ne suis pas capable de vous rendre vos 25 ans… » Nous vieillissons tous. Et je veux vieillir, mais pourrai-je le faire en gardant mon élan et ma vitalité ? C’est le point crucial. À 80 ans, je voudrais pouvoir évoluer sur un terrain de golf, et non pas dans une maison de retraite ! Eh bien, je crois que la méditation peut nous aider à avancer en âge harmonieusement, en préservant nos capacités.

Interview de Victor Kannan

75

+


Up CÉLÉBRONS ENSEMBLE

Journée internationale du yoga

Rejoignez-nous le 21 juin 2018 pour célébrer le yoga ! Méditez dans un parc, apprenez une suite simple d’asanas pour conserver un corps souple, ou apprenez simplement à vous détendre. Trouvez un événement près de chez vous sur fr.heartfulness.org

S U R L A TO I L E

La terre vue du cœur

76

M É D I T E R À D I S TA N C E

L'appli Let's Meditate

Méditer avec un formateur Heartfulness à toute heure et en tout lieu. fr.heartfulness.org Télécharger l'application Let's Meditate sur Android ou iOs letsmeditate@heartfulness.org

Hea r tf ulnes s

La sixième extinction est en marche. Hubert Reeves partage sa vision et expose l’état de la biodiversité. Avec lui, des hommes et des femmes engagés, scientifiques, philosophes, auteurs et artistes, nous rappellent à quel point le vivant sous toute ses formes demeure un fascinant et touchant mystère alors même qu’il disparait sous nos yeux. Ils nous aident à comprendre pourquoi nous en sommes là, et surtout nous guident vers des solutions diversifiées, ingénieuses et inspirantes. Parce qu’au final, l’avenir nous appartient. laterrevueducoeur.com


À LIRE

The Heartfulness Way Que feriez-vous si vous appreniez qu'il existe un moyen de transcender la souffrance et de renouer avec l'espoir et la joie ? Durant deux ans, un chercheur, J. Pollock, s'est entretenu avec un maître spirituel, Kamlesh Patel, pour explorer une approche de la vie extraordinairement simple, mais efficace, appelée Heartfulness. De cette complicité est né un texte lumineux permettant à chacun de découvrir la pureté, la paix et l'unité en lui-même : the Heartfulness Way. En cours de traduction en français. Parution le 1er juin aux États-Unis et au Canada Précommande www.theheartfulnessway.com MASTER CLASSES

77

3 master classes

Découvrez le « Heartfulness Way » dans trois master classes de méditation en ligne gratuites, conduites par Daaji. Il vous enseignera les bienfaits multiples de la méditation quotidienne. Ces master classes sont accessibles dès votre inscription tout au long de la journée. Chaque session dure 35 à 45 min. fr.heartfulness.org/masterclass

COURS EN LIGNE

La méditation et l'évolution de la conscience

Suivez une série de vidéos animées par Daaji sur Udemy (en anglais). Vous y apprendrez à utiliser des outils qui vous aideront à mener une vie heureuse et épanouissante en approfondissant la méthode Heartfulness. daaji.org/udemy

Juin 2018


C U LT I V E R L E S I L E N C E H E A RTS P OT

Près de chez vous

Trouvez un formateur Heartfulness près de chez vous ! Explorez les Heartspots et les centres pour participer aux méditations de groupe et aux événements. heartspots.heartfulness.org heartspots@heartfulness.org

Centre de retraite danois

Faites une pause dans votre vie quotidienne et prenez le temps de vous connecter à votre Soi dans le silence d'un écrin de verdure enchanteur. Tentez cette expérience qui mène à la paix intérieure et à la clarté du mental grâce à une connexion plus profonde avec le cœur. Ces retraites silencieuses durent de 3 à 15 jours. Elles alternent les périodes pour les hommes et pour les femmes. Des appartements isolés sont à la disposition des participants qui préparent leurs repas dans la cuisine du centre. Cette retraite est ouverte à tous ceux qui pratiquent régulièrement la méditation Heartfulness depuis au moins un an. Pour plus d'information, envoyez un mail à  retreat@vradssandeashram.dk

May 2018

À S AV O U R E R Simply living

NOUVEAU LIEU How to be PRESENT

Le nouvel abonnement annuel (12 numéros) est disponible en ligne pour 63€ (France) et 66€ (Europe) frais de port inclus. Vous pouvez le commander dès aujourd'hui unimeo.com Un cadeau inspirant à s'offrir et à offrir à vos proches pour vous accompagner tout au long de cette année ! Vous pouvez aussi découvrir le magazine en vous abonnant gratuitement au e-magazine heartfulness-magazine.fr

LOOKING INWARD : Daaji on the yogic practices of Pratyahara HUMAN FLOURISHING : Vasco Gaspar on Mindfulness and beyond www.heartfulnessmagazine.com

Le Quai des possibles

Situé dans la gare de Grande-Ceinture de Saint Germain-en-Laye (Yvelines), le Quai des possibles a été inauguré le 9 juin dernier sur le thème « Quel monde allons-nous construire avec nos enfants? » Il est niché au sein d’un écoquartier qui se construit dans l’esprit du « mieux vivre ensemble ». Il prône un monde responsable et solidaire grâce à des actions intergénérationnelles et de mixité sociale. C'est un lieu où les acteurs d'une économie collaborative, sociale et solidaire, peuvent se rencontrer afin de partager, inspirer, comprendre et trouver des solutions pour contribuer positivement au monde de demain. contact@lequaidespossibles.org lequaidespossibles.org

Le magazine Heartfulness


Le 2 juin 2018, un lieu inédit ouvre ses portes  à Issy-les-Moulineaux Découvrez l'Espace de méditation Heartfulness aménagé dans le Centre commercial des 3 Moulins

23 juin 2018 Programme spécial pour la Journée internationale du yoga 10h-11h Accueil et information 11h-12h30 Yoga adulte Heartfulness et méditation Heartfulness 12h et 13h Démonstration de danse Baratha Natyam 14h-15h30 Yoga nidra et méditation Heartfulness 16h Démonstration de danse Baratha Natyam 16h-16h30 Baby yoga (18 mois-2 ans) 16h30-17h15 Yoga enfants et relaxation Heartfulness 17h30-19h Hatha yoga tous niveaux pour seniors et méditation Heartfulness 19h-20h Yoga adulte Heartfulness et méditation Heartfulness

contact issy@heartfulness.fr web fr.heartfulness.org

Heartfulness Through meditation, harmony


L E B I LLE T

de Daaji

80


Est-ce que ces deux choses peuvent coexister, l'égoïsme et l'amour ? N'est-ce pas un signe de folie ? Réfléchissons aux symptômes d'une maladie appelée amour égoïste. Il en découle une douleur et des souffrances infligées de part et d'autre. Un asservissement mutuel. Un renforcement de l'ego : puisqu'il ne s'agit que de soi-même. Tout tourne autour de soi, on défend son territoire. On exploite l'autre, on veut obtenir quelque chose par l'intermédiaire de l'être aimé. Tout cela nous vole la pureté, la divinité... Il en résulte un énorme nœud de complexités. Quand l’intention cachée est satisfaite, le pseudo amour s’étiole. Ça finit bien sûr en chagrin d’amour.

L’amour altruiste: L'autre devient la priorité numéro un. Personne n'est asservi. Aucune intention cachée, il n'y a que l'amour. Aimer sans compter, simplement pour aimer, nous apporte une exaltation, une joie et une paix sans bornes. La pureté et la divinité s’épanouissent à leur plus haut degré. On s’accorde une liberté mutuelle. On souffre quand on voit que l'être aimé est malheureux.


Heartfulness

Through meditation, love

YOGA Journée internationale du yoga du 20 au 23 juin 2018 En Belgique, en France et en Suisse > Bruxelles, 21 juin Yoga pour tous > Chambéry, 23 juin Yoga pour tous, ciné-méditation > Nancy, 20 juin Yoga Heartfulness > Nice, 23 juin Yoga Heartfulness > Montpellier, 23 juin Yoga Heartfulness > Paris, 21-22-24 juin Yoga Heartfulness, concert-méditation > Lausanne, 21 juin Yoga pour tous Programme complet sur fr.heartfulness.org - entrée libre Belgique Heartfulness Belgique

France Heartfulness Méditation

Suisse Heartfulness Suisse

Heartfulness magazine 2018 edition 6  
Heartfulness magazine 2018 edition 6  
Advertisement