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Surveiller le singe qui ramasse les signes ou le signe qui ramasse les singes. Écrire avec Ryokan : « Le voleur n’a oublié la lune

parti qu’une chose, à la fenêtre. »


5 Soutenir le paysage : les mots ont l’habitude de sa tension. L’ordinaire de la fumée est souvent sur nous lorsque nous prions le feu de prendre. Papiers, petits bois secs, souffles, mufles, narines à l’envers, urine chaude, anges, craquements. Un homme récapitule le feu. Il poursuit un coq bleu dans l’héritage de la lumière. Le "légendier" des effondrements a les mains pleines d’eau. Il cache ses yeux morts et pèse la fumée. Dans l’attente parfaite de la pluie le ciel déroule un escargot d’éclair. La main noyée dans le vide travaille à découper la nuit. Toute ombre enflammée titube dans la lumière saoule.


6 Une seule épingle à linge trahit tout un étendoir. Établir des additions et des soustractions de choses étrangères à leur famille. Multiplier et diviser les oiseaux. Ranger d’un côté ceux qui tiennent le vent dans leurs serres et de l’autre ceux qui le trouent avec leur bec. Mais isoler celui qui en fait un drapeau. Si on veut connaître le vent, il faut établir la preuve des draps quand les oiseaux passent. Tout vent est un drapeau qui claque. Le sang passe où il peut : on bourre de coton les trous entre les mots. On recueille lentement ce qui est rouge dans un verbe non conjugué.


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Perdre toutes ses clefs. Une porte s’ouvre toujours avec une autre porte. La poésie est une dialectique entre le clos et le fermé. Ce qui est clos est l’ouverture de ce qu’on ne peut voir car ce qui est clos superpose toujours deux choses qui sont fermées. Le secret est une ouverture pliée. Parmi les systèmes dynamiques, celui d’Arnold et Avez, qui décrit la pâte du boulanger, est aussi une méthode du poème. Cette pâte travaillée par la main du boulanger, écrasée, mise en boule, aplatie, allongée puis pliée est devenue méconnaissable, après un nombre “N” de pliures.* Il s’agit non d’étaler de nouveau la pâte mais de la manger pliée. L’art de la bouche n’est qu’à cette condition et à ce prix de pliure. Pour lire un poème il ne faut pas le déplier, mais lire les bords de ses pliures, car là, et uniquement là, existent les frontières des choses qui se touchent et s’aiment d’avenir Tout poème se mange plié. *Jean-Pierre Faye * « Renoncer à un pli, un paradoxe, une contradiction pour être compris de tous est une obscénité inacceptable » (Jaques Derrida, face à l’audimat)


17 Tout pont est un oiseau. Qui est le pêcheur du fleuve sans berge ? Qui est le poisson du fleuve sous le fleuve ? Où est le pont du fleuve au-dessus du pont ? Ce qu’on retranche l’emporte toujours sur ce qui s’ajoute. Les pêcheurs de fleuves ne pêchent que les ponts. Leurs fils saisissent parfois les bâtons de verre de ceux qui marchent au-dessus d’eux. Pêcher dans un fleuve immobile n’est qu’une stratégie pour attraper le ciel. Le nuage est un allié invisible dans le camp de l’ennemi. L’oiseau aussi qui se déguise en ciel. Le pêcheur de miroir revient toujours de la distance qui le reflète. Son bâton est la mesure du fil attaché à son bâton.


22 Trouver toujours son centre hors des milieux comme un cercle qui se déplie et se transforme en droite dans la grève de l'infini. Nul ne peut faire l’être à ta place. Un poème n’est bon qu’à la condition qu’on l’accomplisse, “sans rien espérer pour cela”, aurait pu dire Kant. Tout poème vaut exactement ce que vaut cet espoir.


28 Le roseau debout sur la rive commande au vent Il est devenu soudain le chef d’orchestre de mille musiciens. La falaise tombe

de la falaise.

Le petit cri de l’aigle retrouve sa couleur l’anniversaire de la rivière.

noie une pierre qui dans


36 Peigner la tête fleurs. Pratiquer systématiquement avec conscience la destruction radicale public. Le transformer en nuage aigle de verre afin qu’il se brise lorsqu’il redescend sur la terre.

des

et de tout

ou en


37 La foule des mouches raconte toujours le mauvais miel hommes dans les fleurs.

que font les

Gagner sa perte Ă  la vivre. Boire dans le grand verre ses "orthographies".

et dĂŠcliner


39 Si tu as un chien en moins, toi à sa place.

attache-

Si tu as un chien en plus, de lui à suivre les traces sont passés avant toi.

apprends de ceux qui

Si tu n’as plus de chien, convoque un mot qui lui ressemble et qui te réveille dans le cimetière des poèmes. Mélanger des aboiements révolutions.

à toutes les

Soumettre ton miroir d’autres images lorsque tu casses ton miroir.

au renvoi


40 Ne payer jamais un poème comme on ne doit jamais payer l’amour. Les yeux sont des monnaies que l’on donne aux autres quand on ne veut pas se vendre.


46 La stratégie de la lumière parfois fait pousser la nuit dans la lampe qui nous éclaire. La nuit est une catégorie de la lumière. La neige nous supprime même si nous sommes des arbres. Nous raturons la liberté car nous en sommes ses apprentis maladroits. Quand nous marchons avec un escalier sur l’épaule on nous prend pour des ramoneurs le jour, ou des voleurs, la nuit. La graisse de l’histoire cuit sur les brasiers. Que nous reste-t-il à manger ? Le secret successif de la source tombe dans nos mains sans qu’on puisse le saisir.


55 Allumer des signaux. Être au premier jour. Un corbeau sait se couvrir d’un arbre tout entier. La guitare de pierre à mille cordes se concentre dans un son unique. Le merle assène un coup violent à la lune qui ne chante plus.


65 Que tes yeux aient des oreilles, et tes oreilles des yeux, et ta langue une main, et ta main une autre langue dans la nuit. Les vieux arbres sont accroupis autour du feu : Le vieux feu et le vieil hiver parlent d’un autre hiver et d’un autre feu qu’ils avaient connus, dans un autre monde. Ensemble ils font bouillir le vieux café qui leur parle d’un autre café qu’ils avaient croisé jadis aussi sur un autre chemin. Seul, derrière eux, un jeune verre semble attendre. La chouette est de retour avec ses lunettes vides. Elle recercle la roue d’un chariot disparu couché comme une table. La rose sur le mur les surveille : elle est plus vieille qu’eux d’une seule rose. Une pierre porte sa malédiction dérobée. Nous la jetons dans le lac pour réveiller le vieux silence qui dort déjà depuis plusieurs brouillards. Personne n’avait de nom. Chacun avait mangé le sien durant la nuit.


67 Crache tes voyelles. Écrase tes lunettes. Penche-toi sur le vent au-dessus d’un corbeau. La vérité prévoit ses sourires. Les synonymes se précipitent sur une chose pour la désigner dans le dictionnaire des ressemblances. La différence de leurs souterrains se perd au grand jour. Le ciel dépense sans compter ses nuages. Un verbe accomplit ses sujets locataires. Le rossignol est le concierge de nos étonnements.


74 Enterre tes verbes fait tourner comme une petite terre frôler par la délivrance que tu n’as pas vu.

après les avoir puis laisse-toi d’un gardien

Jette des géographies gonflables dans la mer en disant que tu cherches une terre. La sentinelle rose décourage l’horizon de ses tentatives de rapprochement. Nous rafraîchissons notre fièvre avec de la viande froide. Nous lançons des cailloux sur les statues en leur demandant pardon. Nous les recouvrons après d’un héritage de robes. Nous n’avons que les amours que nous défaisons.


78 Le ciel vide son encre. Les choses corrigent nos dictées au crayon rouge dans les cahiers des poèmes écoliers Dans les marges elles notent nos additions et nos soustractions le singe + le signe le signe – le singe Le signe multiplié par le singe ou le singe divisé par le signe donnent le même nombre parfait Le total de nos résultats déchire nos cahiers d’un seul coup. Dans la division du singe par le signe, la preuve s’agenouille pour boire le trait de l’aventure commune.


83 Trouer le poème public.

qu’on lit en

Passer sa main page pour saluer devant nous.

au travers de la ceux qui sont

La main supérieure du poème semble surgir soudain à travers sa bouche de papier. La poésie est la coïncidence d’un présent avec un autre présent. Le calendrier a les poignets sectionnés lorsqu’il détermine ses dates. Les moutons rassemblent le vent et l’agneau commande au génocide des bergers.


89 Quand tu voles fais le toujours fois, en même temps, sans tomber. Deviens l’oiseau deviens le singe. Accroche des ailes ce que tu prends.

deux

puis

à tout

Sois l’Aigle et le Voleur. Le ciel du bas et le ciel du haut divisent la même élévation.

se

Distribue à tous que tu trouves.

le bleu

Écris en même temps plume du Voleur

avec la et celle

de l’Aigle.


115 Dire seulement à la pierre coupable de son poids.

qu’elle est

Et à la montagne coupable de son sommet.

qu’elle est

Même si on traverse porter une pierre poche et une montagne dans l’autre :

un désert dans une

La parole n’est qu’à cette condition de sommet et de chute. Les hauteurs pèsent à égalité leurs abîmes. Les hommes ne boitent pas car la montagne et la pierre qu’ils portent même poids

dans

pèsent le dans

chacune de leur poche La pierre est une page arrachée montagne pour l’élève de l’aigle. Tous les jours l’homme hisse drapeau de pierre dans l’abîme et la hauteur.

de la

un

La montagne parfois se cache dans le plus petit de ses cailloux. L’homme parfois hisse une montagne sur le plus petit des cailloux. La montagne parfois hisse un homme sur le plus petit des cailloux.


157 On rase le visage de la mer : coiffeur a recouvert sa barbe de pierre blanche.

un vieux

La mer est une bouche lèvre qui perd sa salive marcheurs.

d’une seule sur les

Son baiser est l’amant absolu les noyés.

de tous

La mer enfante son propre père ciel.

dans le

Nos îles enfants de sa faim.

sont les

Les artistes savent ce qu’ils ignorent Les dents de la lune dans la bouche des femmes jaunes Dans un visage il y a toujours un autre visage qui meurt La mer lâche ses îles et ses chiennes de bave blanche en coupant ses courroies.


176 La porte défonce le vent d’un coup de pied. Les fleurs pillent les armoires. Les papillons volent les encyclopédies. Les visages déchirent leurs photos. Une main risque un œuf sur le feu. Mille détails annoncent les unités qui s’unissent. Ce matin il faut pourtant plusieurs unités pour arriver à l’Unité Comme il faut plusieurs désunités pour accueillir la Désunité. Le vent défonce la porte d’un coup de pied. Les armoires accueillent des fleurs qui parfument le linge. Les encyclopédies gardent les papillons. Les photos montrent des visages neufs. Il faut manger l’œuf qui quitte le feu. Mais il est pourtant un détail qui n’annonce rien Qu’on ne peut appeler ni trouver même dans la grève générale de la lumière Un détail tel un drapeau impossible Un détail qui se met à parler en crachant une boule de silence sur nos mains et qui refuse son nom de détail


177 Il fait jour comme un mort fait de la lumière. Fabriquer une cage avec des barreaux pour porter de l’eau. Le temps est un enfant qui joue au tric-trac dit Héraclite. Il est des jours où nous essayons d’être des rois anonymes couronnés de proximités Les indiens Yanomamis étrangers avec une bol rempli de vers des lombrics. Avec deux bâtonnets vers qu’ils mangent pendant entendent la parole du voyage. Le ver est le vers. l’anagramme de tripes.

reçoivent les de l’espèce ils purgent le qu’ils

Esprit est

Boudin et Dieu s’entendent de la même manière dans la langue des Occitanies. Bon diu- boudin Enthousiasme en grec : « remuer le dieu qui dort à l’intérieur de soi » mais aussi le “remuement des viscères”. Henri Miller nous déclara, dans une lettre à Pam Cong Thien, que nous confondions le Con et le Aum. Bouddha Aum. Boudu Con. Bondieu Com. Comment écrire l’attribut du sujet la tribu du sujet quand nous n’avons plus ni tribu ni sujet La connaissance devient ce qu’elle contemple. La ronde des collines danse autour du centre du rien. Une fleur pleure au pied de la lumière. Une autre façon de dire qu’il a plû.


270 On enferme les âmes dans les réveils. La plus petite parole devient un mot d’ordre. « Merci Bonjour Boite de conserve À bientôt » Qui garde les gardiens eux-mêmes si ce n'est d’autres gardiens ? Celui qui est assujetti désire aussi assujettir. La poésie est une femme de ménage et de seau d’eau. Dans une vitrine on regarde parfois son sourire. Le vieux réveil de la cuisine portait le nom de « Jaz » sans redoubler l’éclair de la musique des nuages de Miles Davis. La mort existe entre les choses. L’épreuve du feu a raison de l’alphabet étendu dans un champ qui ne veut pas faire de phrase. La somme des fourmis et des étoiles est illisible, pourtant nous la connaissons sans pouvoir en donner le chiffre vaincu. Dans ce ciel cinq nuages font de la pluie. Seulement cinq. Un arrose les jardins. Le deuxième lave le clochard de la place Martin Luther King. Le troisième traverse la peau des écoliers et des chiens. Le quatrième gonfle la rivière. Le dernier délave le toit des maisons. Dans ce ciel cinquante nuages font la pluie et arrosent mon imperméable.


Dans le ciel cinq cent nuages font la pluie et inondent le titre du livre que je lis. Dans le ciel cinq mille nuages font la pluie. Les poubelles ont des gestes purs. En vidant leur contenu on reconstitue le corps d’un musicien qui a cessé de jouer. Dans le ciel cinquante mille chiens font la pluie. Cinquante-mille milliards de chiens crèvent les yeux de la nuit. Cinquante-mille milliards de milliards de nuits font un chien qui a cessé de jouer.


LA NATURE D'UN SYSTEME CHAOTIQUE EST D'AMPLIFIER ERREURS DE DEPART LA CARACTERISTIQUE TURBULENCE EST D'ETRE DOMINEE COMPORTEMENTS NON LINEAIRES

LES

DE TOUTE PAR DES

DEUX FEUILLES DE PAPIER POSEES EXACTEMENT L'UNE A COTE DE L'AUTRE SE SEPARENT TOUJOURS AU BOUT D'UN INSTANT LES CHEMINS QUE L'ON POSE A L'ENVERS DANS LE CIEL NE DEVIENNENT PAS DE SUITE LE DOUBLE DE NOS OMBRES NI LA LUMIERE DES NOMBRES

QUI PLEURE DANS LE NOIR

TOUTE BEAUTE QUAND DEUX FEUILLES POSEES EXACTEMENT COTE DE L'AUTRE SE SEPARENT D'UN INSTANT

COMMENCE

LA POESIE A AUSSI COMPORTEMENT NON LINEAIRE

UN

TOUT POETE MEME TEMPS SUR DEUX FEUILLES

DE PAPIER L'UNE A AU BOUT

ECRIT EN DE PAPIER


POSÉES EXACTEMENT COTE DE L'AUTRE ET QUI SE SEPARENT D'UN INSTANT

L'UNE A AU BOUT

LE POEME QUI EN SURGIT ORIGINE DE LA SEPARATION POSSIBLE D'UNE NOUVELLE UNITE IMPOSSIBLE DE LA RECONCILIATION TOUT POEME PEUT DECHIRER AUSSI EN DEUX FEUILLES EN FAISANT QUI SONT LES YEUX PREMIER POÈME QUI NE PEUT PLUS LIRE REGARD

EST UNE OU LE

SE DE PAPIER DEUX POEMES DU

LES ERREURS DE DEPART POÈME SONT LA CONDITION DU POÈME D’ARRIVÉE

SON

D’UN DE LA VERITÉ

UNE DES CARACTERISTIQUES DU POEME EST LA VOLONTE DE NAITRE UIS DE SE DEVELOPPER CONTINUMENT A PARTIR D'UN COMPORTEMENT ORDONNE DONT IL NE PERDRA PAS COMPLETEMENT MEMOIRE LA SEPARATION DU POÈME LA PHOTOGRAHIE DE LA DEFINITION UNITÉ

EST AINSI

EN EFFET, LA DYNAMIQUE POEME EST TELLE

DE TOUT

DE SON


QUE A PARTIR D'UN ENSEMBLE DE CONDITIONS INITIALES IL CONVERGE VERS UN COMPORTEMENT UNIQUE D'EQUILIBRE INDEPENDANT DE CES CONDITIONS LA REPRESENTATION DES ETATS DU POEME DANS L'ESPACE DES SEPARATIONS EST LE LIEU VERS LEQUEL CONVERGENT TOUTES LES TRAJECTOIRES DE LA VERITE DE SES ERREURS DE MEME QUE TOUS LES RUISSELLEMENTS D'UNE MONTAGNE ABOUTISSENT DANS LA RIVIERE QUI COULE AU FOND DE LA VALLEE UN NOM INTROUVABLE DICTONNAIRE DES DICTIONNAIRES

DANS LE

UN ROUGE GORGE MILIEU D’UN TELEVISEUR

DEBOUT AU

UN POEME COUPE DANS LES DEUX POCHES MA,NTEAU

EN DEUX

UN HOMME EMPAILLE PART QUI NE RECITE PLUS

EVENTRE

D’UN

QUELQUE SA VERITE


LA MESANGE A SIX NIVEAUX QU'ELLE EMPLOIE UNE GRAMMAIRE

A TETE NOIRE DE CHANT COMME GENERATIVE

SI ON DEFINIT LE LANGAGE HUMAIN AINSI A LA FAÇON DE JAKOBSON L'HOMME N'A PAS LE PRIVILEGE DE CETTE DIFFERENCE POUR SE DIFFERENCIER DES ANIMAUX LE FEU EST LE ET LE BOIS ET LA FLEUR BOUQUET EN CASSANT DE TOUS

VERBE DU BOIS LE VERBE DU FEU CONJUGUE LE LE VASE SES INCONNUS

NOUS NE POUVONS A LA PAROLE NOUS SANS CROYANCE ET LA PAROLE DE DE-NOUS » DEVIENT LA FETE SOMMES

PRENDRE PART QU'EN DEHORS DE NI FOI L' « EN-DEHORSDE CE QUE NOUS

DANS LA NUIT QUELQU'UN A RASSEMBLE LES CHEVEUX BRULES DE SIX ETOILES EN UN SEUL CROISEMENT COMME UN VISAGE DE SIX NOEUDS UN NOMBRE N'APPARAIT COMPTE LE DESIR DE L'INFINI

DANS LE CIEL QUE SI ON LE

EST


DE S'INFINIR DANS LE MIROIR PAROLE

UNE SEULE FOIS D'UNE SEULE

LES ETOILES FONT DES PHRASES OU NOUS PARTICIPONS COMME DES ARTICLES OU DES PREPOSITIONS DEVANT LA NUIT LE DESIR DE L'INFINI EST DE SE FINIR PARFOIS DANS LA PHRASE D'UNE BOUCHE QUI NE SAIT PAS CE QUI SE DIT LA MESANGE A TETE NOIRE A SIX NIVEAUX DE CHANT QU'ELLE EMPLOIE COMME UNE GRAMMAIRE GENERATIVE


JE NE PEUX PAS ETRE PLUS REDEVABLE A L'INFINI DE S'ETRE DEDOUBLE EN MOI POUR SE VOIR PASSER UNE FOIS AVEC MA VIE QUE JE NE POURRAIS LUI REPROCHER DE NE PAS S'ARRETER POUR ME VOIR PASSER UNE SEULE FOIS DEVANT LUI ET M'ARRETER POUR FAIRE AVEC LUI UN PEU DE FEU JE NE PEUX PAS ETRE PLUS REDEVABLE A UNE TABLE DE S'ETRE DRESSEE DEVANT MOI POUR SE VOIR MANGER UNE FOIS AVEC UN HOMME QUE JE NE POURRAIS LUI REPROCHER DE NE PAS S'ECROULER POUR ME VOIR MANGER UNE SEULE FOIS DEVANT ELLE ET M'ARRETER D'AVOIR FAIM DES HOMMES QU'ELLE A SERVIS JE NE PEUX PAS ETRE PLUS REDEVABLE A UNE PORTE DE S'ETRE OUVERTE DEVANT MOI POUR ME VOIR PASSER UNE FOIS ACCOMPAGNE DE MOI-MEME QUE JE NE POURRAIS LUI REPROCHER DE NE PAS S'OUVRIR POUR ME VOIR M'ARRETER UNE SEULE FOIS CONTRE ELLE ET CHERCHER UNE AUTRE PORTE A OUVRIR EN ME FRAPPANT LA POITRINE POUR ENTRER


JE NE PEUX PAS ETRE REDEVABLE A LA VIE DE S'ETRE EN MOI POUR SE VOIR MOURIR QUE JE NE POURRAIS REPROCHER DE NE PAS VIVRE MOURIR UNE SEULE FOIS MA PROPRE VIE COMME SI MA VIE L'OMBRE D'UNE VIE QU'UNE AUTRE VIE CACHEE

PLUS DEDOUBLEE UNE FOIS LUI POUR ME VOIR DANS ETAIT AURAIT

JE NE PEUX PAS ETRE PLUS REDEVABLE A LA ROSE DE S'ETRE OUVERTE EN MOI POUR SE VOIR SENTIR UNE FOIS QUE JE NE POURRAIS LUI REPROCHERDE NE PAS S'OUVRIR POUR ME SENTIR UNE SEULE FOIS ET FAIRE DE MOI LE BOUQUET INFINI D'UNE AUTRE ROSE QU'ELLE SEULE POURRAIT CUEILLIR JE NE PEUX PAS ETRE PLUS REDEVABLE A LA MORT DE S'ETRE DEDOUBLEE EN MOI POUR SE VOIR MOURIR UNE FOIS QUE JE NE POURRAIS LUI REPROCHER DE NE PAS VIVRE POUR ME VOIR MOURIR UNE AUTRE FOIS DANS MA PROPRE VIE ET FAIRE DE MOI LA TERRE OU S'ENTERRE LA TERRE QUI ENTERRE TOUTE LA MORT


L'IDEAL D'UNE CARTE DU MONDE EST D'ETRE SANS LE MONDE (TOUT IDEAL D'UNE CARTE EST D'ETRE LE CONTOUR D'UNE TERRE QUI N'EXISTE PAS) L'IDEAL D'UNE ETOILE DANS LE CIEL EST D'ETRE SANS LA NUIT (TOUT IDEAL D'UNE ETOILE EST D'ETRE LA LUMIERE AU CENTRE DE LA LUMIERE) L'IDEAL D'UN BATON DANS LE FEU EST D'ETRE SANS LA MAIN QUI LE TIENT (TOUT IDEAL D'UN BATON EST D'ETRE LA MAIN QUI LE BRULE) L'IDEAL D'UNE AILE EST D'ETRE SANS OISEAU (TOUT IDEAL D'UNE AILE EST D'ETRE LE CIEL QU'ELLE VOLE) L'IDEAL D'UN SOULIER SUR LE CHEMIN EST D'ETRE SANS LE CHEMIN (TOUT IDEAL D'UN SOULIER EST D'ETRE LE CIEL QU'IL NE CHAUSSE PAS)


LA POESIE N'EST PAS UNE SOLUTION AUCUNE SOLUTION N'EST UNE POESIE UNE PIERRE N'EST PAS UN PHENOMENE OPTIQUE AUCUN PHENOMENE OPTIQUE N'EST UNE PIERRE UNE CHAISE N'EST PAS UN HOMME ASSIS AUCUN HOMME ASSIS N'EST UNE CHAISE CE CERISIER N'EST PAS UN ARBRE AUCUN ARBRE N'EST UN CERISIER LA NEIGE N'EST PAS UNE LUMIERE AUCUNE LUMIERE N'EST UNE NEIGE LA POESIE N'EST PAS UNE SOLUTION AUCUNE SOLUTION N'EST UNE POESIE


LORSQUE UN HOMME SE PLAINT QUE SON CERISIER EST SANS CERISES LE VOLEUR SE DEFEND EN TROIS POINTS : 1- JE N'AI JAMAIS VU DE CERISIER 2- LE CERISIER ETAIT DEJA SANS CERISE 3- J'AI LAISSE TOUTES LES CERISES SUR LE CERISIER LORSQUE UN INCONNU SE PLAINT A UN PARTISAN DE LUI CACHER SON DRAPEAU DANS LA MONTAGNE LE PARTISAN SE DEFEND EN TROIS POINTS 1-JE N'AI JAMAIS VU LA MONTAGNE 2-LA MONTAGNE ETAIT SANS DRAPEAU 3- J'AI LAISSE TOUS LES DRAPEAUX SUR LA MONTAGNE LORSQUE LE PHOTOGRAPHE SE PLAINT AU MARCHEUR DE N'AVOIR PU PHOTOGRAPHIER LE SENTIER le marcheur se défend en trois points 1-JE N'AI JAMAIS VU LE SENTIER 2-LA MONTAGNE ETAIT SANS SENTIER 3- J'AI LAISSE TOUS LES SENTIERS DANS LA MONTAGNE LORSQUE LE MAITRE SE PLAINT AU DISCIPLE QU'IL NE REPOND PAS A SA QUESTION LE DISCIPLE SE DEFEND EN TROIS POINTS 1-JE N'AI PAS ENTENDU DE QUESTION 2-LA QUESTION ETAIT SANS REPONSE 3- J'AI LAISSE TOUTES LES REPONSES DANS LA QUESTION LORSQUE L'AIGLE SE PLAINT QUE LA TERRE NE LUI RENDE PAS SON OMBRE LA TERRE SE DEFEND EN TROIS POINTS :1-JE N'AI JAMAIS VU D'OMBRE 2-LA LUMIERE ETAIT SANS OMBRE 3- J'AI LAISSE TOUTES LES OMBRES DANS LA LUMIERE DE L'OMBRE


LA POESIE EST UN MODE D’EMPLOI DES MIRACLES Les oiseaux laissent des empreintes dans le ciel La poésie parfois les voit quand elle a faim et le ciel se referme après leur passage La peur se chausse de jambes et de bras et d’un poème original Les rats font des anagrammes en arrivant tard sur les cadavres de l’art Piège à rat piège à art la cacophonie tord les définitions pour qu’elles puissent prononcer ses détournements pâles Les ratistes parlent comme des artistes Faire la différence entre eux est une affaire de chasseurs Les vitrines de l’art contemporain exposent des cages à rats pour des rats qui marchent sur les trottoirs La poésie est un mode d’emploi des miracles Seule la peur a peur seul le courage a du courage


seul l’honneur à de l’honneur et la fuite fuit pour arriver toujours quelque part où sans fuir elle ne pourrait pas arriver Une phrase pourrait ne pas avoir de sens : la peur aurait le courage de l’honneur de fuir ou l’honneur aurait le courage de la peur de fuir ou fuir serait le courage de l’honneur de la peur Un poème peut tout faire avec une phrase ou avec une vie Déserter reste la célébration du désert Un cœur parfait bat dans un corbeau La poésie ne peut ajourner ses libérations


LA TASSE AVEC LA ANSE A L’INTERIEUR La tasse avec la anse à l’intérieur est aussi une manière de boire Comment ne pas venger les objets Pourquoi ne peuvent-ils pas fonctionner pour eux mêmes La tasse avec la anse à l’intérieur permet au café de boire la tasse ou à la anse de se saisir ou au café de se boire en tant que café La tasse avec la anse à l’intérieur se range sur une étagère qu’elle invente dans une armoire parallèle de la vie La mauvaise poésie se boit elle-même sans tasse et c’est ce qui la rend plus particulièrement négligeable malgré le sucre empoisonné qu’elle remue dans sa nuit avec son doigt d’argent pour se donner du goût Parfois le sucre de la poésie se prend lui-même pour de la poésie à cause de ce goût dans le café


Mais heureusement la pluie qui entre par la fenêtre absurde continue à accentuer le contour des objets jusqu’à leur nécessité La tasse qui se saisit ellemême contemple l’eau chaude qui se boit elle-même devant la poésie qui prononce ses propres vers L’homme qui entre dans la pièce va rétablir les unités dans l’unité c’est son travail en caressant un morceau de chien venu de l’avenir : il fait bouillir l’air il verse l’eau chaude dans la tasse cassée il déchire son poème avant de commencer à réciter le jeu du jour dans le désordre sur la table des contraires La lettre a est une lettre infinie car elle commence le monde Elle est ainsi une tasse debout Ecrire « l’anse » en supprimant l’affrontement entre les deux a est une célébration de l’interdiction de l’hiatus en poésie classique depuis Isocrate


Ecrire « la anse » en assumant son hiatus permet de placer l’anse à l’intérieur de la tasse Le recul récent du phénomène de liaison confirme une avancée du sens Le brouhaha des relations entre les directions montre que la langue supporte le hiatus en changeant le sens de la anse La rencontre de deux voyelles introduit un décalage dans le temps et l’espace L’hiatus est aussi le nom donné à plusieurs orifices anatomiques Le trou est ainsi condamné dans le corps et la poésie comme lieu des évacuations Le poème qui introduit un trou dans sa langue invente une poésie qui pour se boire place la anse à l’intérieur de la tasse La mauvaise prononciation est la condition de la poésie qui change le sens du monde et suppose une théorie de la connaissance qui distancie la chose de l'idée qui la représente, de sorte qu'elle repousse le paradoxe de l'immédiateté


Tout poème est une arme à répétition Un tireur est parvenu à monter sur le canon d'un automatique, grâce à un système à double pas de vis, une bouteille en plastic faisant office de silencieux Du point de vue de la loi les silencieux sont considérés comme des accessoires d'armes dont l'acquisition le port le courtage et l'importation sont interdits La loi parle simplement de silencieux sans les définir selon des critères techniques ou en fonction des matériaux utilisés Autrement dit tout objet qui permet d'obtenir avec une arme un effet de silencieux est considéré comme un accessoire d'armes La loi sur les armes interdit également de fabriquer à titre non professionnel des accessoires d'armes Les silencieux intégrés à une arme sont soumis aux mêmes dispositions que celles valables pour les silencieux qui se vissent et par extension ce type d'arme ne peut être acheté qu'avec une autorisation exceptionnelle. Le poème silencieux suppose aussi une autorisation des autorités


Nous avons un drapeau qu’on voit et un drapeau qu'on ne voit pas Nous avons le drapeau sans drapeau de tous les drapeaux Nous avons un drapeau comme un mouchoir pour vomir notre sang et notre peau Nous avons un drapeau qui cache un squelette effondré dans ses propres os Nous avons un drapeau qui déshabille tous les drapeaux Notre drapeau est un soulier Notre drapeau est un morceau de pied Nous avons un drapeau Un morceau de drap Un morceau de peau Nous avons un drapeau Nous avons une main Nous avons une peau Nous avons un drapeau fait avec un œil et un oiseau Nous avons un drapeau sans drapeau Nous avons un drapeau qui n’aime pas les drapeaux Nous avons un drapeau en feu qui brûle tous les drapeaux Nous avons un morceau de bois Nous avons un morceau de peau Nous avons un drapeau sans drapeau au milieu d’un million de drapeaux Nous avons un drapeau sans drapeau parmi un seul drapeau Nous n’avons pas de drapeau Nous avons un drapeau sans drapeau


La pratique de l’œuvre d’art est toujours dans l’ordre de l’échange même quand il s’agit de la guerre dans l’art. Marian Godman conte une anecdote relative à la possession de l’oeuvre d’art : “Un collectionneur voulait posséder une oeuvre de Michael Asher tout en pensant que le travail de Michael Asher ne pouvait s’acheter (...) Le travail de Michael Asher consista à bouger le mur mitoyen qui séparait la propriété du collectionneur de celle de son voisin en le déplaçant vers la maison du collectionneur. Le collectionneur possède donc le mur,cette limite, cette séparation qui lui prend de l’espace et en quelque sorte l’emmure. En revanche le voisin gagne l’espace de ce mur. Le point intéressant de cette histoire c’est que le collectionneur perd de la place dans sa propriété par le désir de posséder. Gagnant un espace mental d’un côté, il perd un espace physique et matériel de l’autre.”


549 (Comparer le mouvement du chien et celui de l’étoile avec les deux baves qui pendent de leur aboiement.) Lorsque Adorno dit « critiquer l’ornement ne signifie rien de plus que critiquer ce qui a perdu sa signification fonctionnelle et symbolique, ce qui n’est qu’un résidu organique, décomposé et toxique » il évoque d’une autre façon la poétisation. Il est nécessaire de ranger cette pensée à côté de son écrit sur la poésie impossible après Auschwitz. Pour Adorno la poésie reste un ornement de la pensée. (le chien lèche le cul de l’étoile) Le philosophe de Francfort ne parle que de la mauvaise poésie des vers qui se prennent pour le poème. La pensée a un rythme qui crée la langue et le rythme une langue qui crée la pensée. Le mouvement est le fondement de toute pensée. Une pensée sans rythme ne pense jamais le monde. (L’étoile et le chien mélangent leur bave dans le baiser qu’ils donnent à l’os de la nuit) La critique de l’ornement est aussi une critique du rythme. La poétisation de la poésie crée la poubelle du poème. « En architecture l’ornement est jugé comme un phénomène post-factum, c’est-à-dire qu’il est une forme ajoutée à une structure. » Adorno croit que la poésie enjolive la pensée comme en architecture. Platon n’est pas si loin. La poésie débarrassée de sa poétisation conduit au poème qui pense. (L’étoile et le chien fondent une nouvelle constellation) Le chien brille et l’étoile aboie. Adorno sait qu’en langue espagnole son nom signifie « l’ornement ». Un « adorno » est une


garniture, une parure. C’est son propre nom qu’il questionne en observant la poésie dans la barbarie. C’est le statut même du « sujet-Adorno » qu’il reconsidère inconsciemment dans une éthiquepolitique de la littérature, en tant que centre de l’humanité. Ce centre qu’il remettra plus tard en question, dans la terreur d’une autre phrase en 1960, extraite de « Dialectique négative », où il dit qu’il est impossible de survivre à Auschwitz. Le nom de sa mère, qu’il avait pris pour cacher sa germanité, est évidemment l’ornement derrière lequel se cache le sujet de la pensée. Adorno est le centre de sa propre critique et achemine son statut de créateur dans l’espace d’ une pensée sans sujet qui fait mourir l’humanité et donc le verbe, incarné par le poème dans le cauchemar concentrationnaire. dans notre propre drapeau


Récital Pierre Manuel