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DISCOGRAPHIE MUSIQUES URBAINES Des origines américaines à la

France d’aujourd’hui

Médiathèques du Pays de Romans Espace Musique Février 2011


SOMMAIRE

I ) AUX ORIGINES DU HIP-HOP ET DU SLAM 1) Le hip-hop Origines du terme hip-hop Origines de la musique hip-hop Modes d’expression Le rap américain Les femmes dans le mouvement Les valeurs du mouvement 2) Le slam Les prémices Naissance du terme « slam » Le mouvement slam Les précurseurs La relève II) LE RAP ET LE SLAM EN France 1) Le rap en France Les années 80 Les années 90 Les années 2000 2) Le slam en France Comment il arrive en France Qu’est-ce que le slam ? Qu’est-ce qu’une scène slam ? III) PRESENTATION DU POÈTE SLAMEUR SOULEYMANE DIAMANKA IV) QUELQUES FIGURES MARQUANTES 1) 2) 3) 4)

Aux origines du hip-hop Le slam aux Etats-Unis Le rap en France Le slam en France

V) DISCOGRAPHIE SELECTIVE 1) Sélection de CD disponibles à l’espace musique 2) Sélection de DVD disponibles à l’espace musique VII) SOURCES DOCUMENTAIRES

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I) AUX ORIGINES DU HIP-HOP ET DU SLAM 1) Le hip-hop

Le hip-hop est un mouvement culturel et artistique apparu aux Etats-Unis à New York, dans le South Bronx au début des années 70. Originaire des ghettos noirs, il se répandra rapidement dans l'ensemble du pays, puis au monde entier dans les années 80. Années 70 : dans les rues de Brooklyn, ce sont les premiers raps sur les beats 1 des DJ, les premiers graffes et les premiers pas de break dance. Plus qu'une nouvelle musique, il s'agit d'un mouvement poly-artistique qui s'appuie sur cinq composantes : la musique, l'art graphique et la danse, auxquels se sont ajoutés tout naturellement un look vestimentaire et un langage propres, pour marquer l'appartenance. L'acte de naissance du rap a été signé en 1970 avec la sortie du premier album éponyme des Last Poets. Il faudra attendre presque 10 ans pour que le groupe Sugarhill Gang, avec son tube « Rapper's delight » en 1979, prenne le relais, et pose la première pierre commerciale de ce qui allait devenir la culture hip-hop. Le rap va alors se nourrir de la culture noire via le blues, le gospel, le jazz, la soul, Martin Luther King, Les Black Panthers et la Zulu Nation. La filiation avec l’Afrique est indiscutable. La tradition orale du griot a traversé l’Atlantique en même temps que les milliers d’esclaves. Au 20ème siècle l’évolution de la musique noire-américaine mènera doucement au mouvement hip-hop. Il se développera en plein cœur du ghetto, de la drogue, du crime et de toutes les formes de violences. Ce lieu favorisera la rencontre d’une multitude de cultures et d'expressions artistiques. On distingue donc quatre disciplines principales dans la culture hip-hop : le DJ’ing, le MC’ing, la Break dance, et le Graffiti, auxquelles on peut ajouter le beatboxing, le street language, la street fashion et la street knowledge. La culture hip-hop est actuellement la culture urbaine dominante de par le monde. «En choisissant de se baptiser The Last Poets, un célèbre groupe de Harlem n'aura pas seulement posé les bases du hip-hop avec 10 ans d'avance, il en aura aussi déterminé la vocation : devenir, dans les zones urbaines de la fin du 20ème siècle la dernière poésie possible. » Les Inrockuptibles «Collectorama : le hip-hop» Christophe Comte 1 Beat signifie le battement sur lequel est rythmée la chanson ou plus généralement l'instrumental.

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a ) Origines du terme hip-hop - En argot américain « hip » signifie l'intelligence (dans le sens de la débrouillardise) et « hop » l'onomatopée du saut, par conséquent « l'intelligence qui bouge ». Le terme « hip-hop » aurait été trouvé par DJ Luv Bug Starski qui l'utilisait souvent dans ses rimes. Le rappeur américain KRS-One l'explique dans l'une de ses chansons : « Hip means to know…. Hop is a form of movement… Hip and hop is intelligent movement » - Une autre origine possible du terme « hip-hop » pourrait provenir de « Cowboy » un membre du groupe Grandmaster Flash and the Furious Five, qui aurait utilisé pour la première fois le terme « hip-hop ». Il aurait utilisé l'onomatopée constituée des mots hop/hop/hop/hop/hop d'une manière saccadée afin d'imiter le rythme des marches militaires. b) Origines de la musique hip-hop La musique hip-hop s'inscrit à la fois dans la continuité et la rupture avec la musique noire américaine. En continuité parce qu'elle est la lointaine héritière des complaintes sur les conditions de vie des Afro-Américains dans le quartier du Bronx (Work songs, Negro spirituals), de la tradition de l'improvisation apparue avec le ragtime puis le jazz, et des dialogues musicaux (call and reponses) présents dans le blues. Plus directement, la musique hip-hop est issue de la soul tardive, et du funk, sans oublier la poésie/musique proposée par The Last Poets. Cette lignée musicale nord-américaine est alors croisée avec le dub et les sound systems jamaïcains, qui proposaient des versions instrumentales des standards du reggae jouées à l'occasion de fêtes organisées en Jamaïque, et arrivés dans les ghettos new-yorkais à la faveur de la forte immigration en provenance de cette île. D’ailleurs, l’un des trois pères fondateurs du mouvement hip-hop, Kool DJ Herc, en est originaire ; les deux autres étant Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash.

Afrika Bambaataa

En rupture car elle n'est pas le fruit d'une évolution « naturelle » ou « organisée » du funk ou des autres influences précédemment citées, mais au contraire l'appropriation de ces musiques par une jeunesse noire défavorisée, urbaine, et surtout non-instrumentiste, en dehors des circuits habituels de la production musicale. Le hip-hop se présente comme l'expression même de ces conditions de vie et se propose de « coller à la rue », c'est à dire de suivre les codes et relations qui règlent la vie des ghettos. L’évolution du hip-hop est indissociable de l’histoire entretenue par ses différents acteurs, c’est-àdire d’une certaine histoire de la rue américaine. Son émergence est indissociable des « Block Party », fêtes de quartiers organisées dans les rues des 4


ghettos et animées par un DJ qui enchaînait les morceaux soul et surtout funk sur lesquels les participants dansaient. Or les danseurs se plaignaient que les morceaux ne duraient pas assez longtemps, c’est de cette volonté de prolonger le « beat » que va naître la musique hip-hop. Le hip-hop aux Etats-Unis a été marqué par Afrika Bambaataa, créateur de la Zulu Nation et Grandmaster Flash inventeur de la méthode du turntablism (autre nom du DJ'ing). c) Modes d'expression •

La Breakdance (ou b-boying) est un terme utilisé pour désigner un style de danse caractérisé par son aspect acrobatique et ses figures au sol. Un danseur est appelé breaker, breakdancer, B-Boy ou B-Girl s'il s'agit d'une femme). Il s'inspire en partie des funk styles (locking, popping, boogaloo). Des battles sont organisées dans lesquelles la violence n'est pas physique, mais artistique. Elles peuvent se faire aussi groupe contre groupe, et les meilleurs vont à la compétition la plus prestigieuse pour les breakers : la Battle of the Year (BOTY).

Le Graffiti : est un phénomène omniprésent dans le paysage urbain. Il permet au graffeur (ou graffiti artiste) de se réapproprier son environnement, et de marquer son « mobilier urbain ». Sa pratique nécessite adresse et entraînement, et constitue une véritable technique artistique. Celle-ci fait intervenir de nombreuses notions plastiques (stylisation, géométrisation, équilibre, juxtaposition d’éléments, pochoir, gravure, peinture à la bombe au rouleau ou au pinceau) et se trouve également en relation avec d'autres domaines artistiques (infographie, photographie, bande dessinée). En tant que mode d'expression artistique, le graffiti est également porteur d'un message de révolte et d'affranchissement. Il ne faut cependant pas confondre graffiti et « tag », tous deux faisant partie de la culture hip-hop. Le graffiti est une forme d’art complexe et élaborée, alors que le « tag » est une signature, habituellement associée à un artiste graffeur particulier ou au groupe auquel il adhère. Omniprésent en milieu urbain, il permet au graffeur issu de la culture hip-hop de s'associer à un collectif ou un mouvement, de s'imprégner de son environnement et de laisser sa marque.

Le beatboxing (ou human beatbox) représente plusieurs genres de musique qui utilisent la voix, la gorge et le nez. Inventé par Doug E. Fresh, il a eu un grand succès dans les années 5


80 avant de décliner pour revenir vers la fin des années 90. Un des beatboxers les plus célèbres est Rahzel, ancien membre des Roots. •

le DJ'ing ( ou Djaying) consiste à passer les disques simultanément, en les mélangeant et en les modifiant. Le DJ utilise pour cela des techniques variées comme le scratch, le cutting, le baby scratch ou le crab. Certains DJs du mouvement sont désormais célèbres dans le milieu du hip-hop comme Kool DJ Herc, Afrika Bambaataa, Grandmaster Flash, Grand Wizard Theodore ou bien Jazzy Jay. Le DJ’ing est né dans le Bronx, grâce à la culture Zulu Nation au début des années 80. Clive Campbell plus connu sous le pseudonyme de Kool DJ Herc, est le premier à avoir eu l’idée de brancher deux tournedisques (turntables) diffusant le même morceau en décalé de sorte que le rythme, donné par la ligne de basse, soit rallongé. Kool DJ Herc

Puis vient ensuite le scratch, inventé par DJ Grandwizard Theodore et popularisé par Grand Mixer DXT et Herbie Hancock dans le titre « Rock it ». Depuis, les DJs n'ont cessé de créer de nouvelles techniques de maniement des disques et des tables de mixage. •

Le MC'ing ou Rap est un chant saccadé (flow2) composé de paroles souvent très imagées, riches en assonances et allitérations. Il a été influencé par le toasting3 des Jamaïcains et par des précurseurs dans le jazz ou le rock. MC est l’appellation qui désigne celui qui anime les soirées ou manifestations, mais désigne également les rappeurs. Coke La Rock est considéré comme le premier MC. d) Le rap américain

Aux Etats-Unis, dans les années 60, de la côte Est à la côte Ouest, le mécontentement se répand et la plupart des grandes villes sont touchées. New York ne va pas échapper à cette guérilla urbaine. La fièvre monte, véhiculée par les classes les plus défavorisées. Cette fièvre se traduit, sur le plan social par des grèves et des émeutes, notamment dans le quartier de Harlem... Toutefois, c'est dans le domaine artistique que l'impact sera le plus fort, et le plus durable, engendrant une forme d'expression nouvelle, en prise directe avec le quotidien : le rap. Les premiers DJ’s encourageaient le public qui assistait aux fêtes à danser. Bientôt les premiers rappeurs ont envie de raconter quelque chose de plus, en l’occurrence sur le ghetto, leur vie de tous les jours… Les premiers groupes de rap avaient un style orienté vers la fête (les paroles étaient alors ponctuées d'onomatopées Old-School 4), plus musical de par la présence plus importante du DJ.

2 Flow : terme inventé par Rakim et servant à définir la façon dont un MC pose les syllabes par rapport au rythme, la qualité d'élocution et le groove qui requiert une certaine écriture et récitation en vers. 3 Toasting : terme utilisé dans le reggae. Le fait de parler sur les mix s'appelle toasting en Jamaïque. 4 Rap Old School : c'est la forme la plus ancienne de rap. Il représente le début de ce genre musical dans les années 70aux Etats-Unis.

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En 1979 Kurtis Blow est le premier rappeur à signer un contrat avec une major. L'année suivante son single « The Breaks » fera de lui la première star du rap. Le rap évolue peu à peu vers un style plus conscient avec tout d’abord « The Message » de Grandmaster Flash et de Melle Mel en 1982. Grandmaster Flash and The Furious Five

La même année Afrika Bambaataa sort son « Planet rock », une hybridation electro-funk. La chanson et l’album marquent le début d'un rap engagé et radical. Les mots se font plus graves. En 1983, l'album de Run D.M.C. « Sucka Mc's » donne un coup de vieux à la génération appelée « Old school ». C'est aussi l'affirmation d'un intérêt croissant du public blanc pour le rap-rock. Boîtes à rythmes, guitares saturées, flow agressif, un cocktail explosif qui monopolise la scène rap de l'époque. On assiste à une fusion entre rap et rock. Run D.M.C.

« Run D.M.C. is the chief architect of hip-hop » Chuck D (leader de Public Enemy) L'apparition massive du crack aux Etats-Unis, la répression, les premiers cas de SIDA, les habitats délabrés modifient le visage de la jeune culture noire américaine. La génération rap New school se politise et se durcit avec des groupes comme Public Enemy à l’Est et Nigga With Attitude (N.W.A.) à l’Ouest, symboles de cette génération énervée, nihiliste, prête à montrer les dents. Le discours se radicalise. Le trio Eazyt-E, Dr Dre, Ice Cube qui compose NWA est suivi de près par Ice T et son « Cop killer ». Polémiques, censures... le rap intrigue, intéresse, fait peur, influe la société. Né à Compton, dans la banlieue de Los Angeles à la fin des années 1980, le gangsta rap se caractérise par une identité visuelle forte et par des textes où se mêlent propos anti-flics, sexisme, et glorification des gangs. Une nouvelle génération adopte les codes de Hollywood et invente un hiphop porté sur l'outrance et la frime. Cependant des révolutions sonores se préparent. 2Pac (Tupac Amaru Shakur) se distingue de ses confrères par sa conscience politique et sa formation dans une école d'art de Baltimore. Il met sa poésie au service de la justice sociale et valorise sa propre philosophie, le Thug Life. Snoop Dogg incarne le stéréotype du rappeur gangsta. Dr Dre, producteur parmi les plus influents du hip-hop américain depuis le début des années 1990, est l'inventeur du son West Coast, baptisé G-funk. Après Public Enemy, le rap ne sera plus le même. La revendication culturelle et sociale de Public Enemy n'est pourtant pas celle de tous. D'autres rappeurs adoptent un ton différent pour revendiquer leurs origines et réagir. Le groupe De La Soul en apporte une alternative intéressante, avec un son jazzy et mélodique et un discours concerné par la cause noire mais non sans humour. Queen Latifah, A Tribe Called Quest suivront cet exemple. Public enemy

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Un peu de douceur dans ce monde sévère fera beaucoup de bien à la diffusion du rap. Tandis que le projet « Jazzmatazz » de Guru jette un pont entre hip-hop et jazz. Par ailleurs quelques jazzmen tels que Herbie Hancock, Steve Coleman, Branford Marsalis ou Quincy Jones intègrent des collectifs rap au sein de leurs formations, convaincus de la richesse de cette musique. e) Les femmes dans le mouvement Bien que le hip-hop fut tout d'abord investi par les hommes, les femmes ont apporté un renouveau côté lyrical5, mais aussi en terme de flow et de sujets abordés dans les chansons. Ainsi, elles sont peu à peu parvenues à se faire une place, malgré une infériorité numérique flagrante. Aux Etat-Unis, des rappeuses telles que Elena Demilly, Heather B, Jean Grae, Lauryn Hill, Missy Elliot... ont prouvé que les femmes du hip-hop n'ont rien à envier aux hommes. Missy Elliot

f) Les valeurs du mouvement Trop souvent associé à certains groupes plutôt violents, le mouvement possède des valeurs saines et tend à véhiculer un message d'amour, de paix et de plaisir. Dans chacune des disciplines associées à cette culture, on prône le dépassement de soi, que ce soit dans la danse, le graffiti ou la musique. Le mouvement hip-hop serait porteur du message d'Afrika Bambaataa et de la Zulu Nation qui a prôné les valeurs « peace, live, unity and having fun » (paix, amour, unité, s'amuser). Ces valeurs universelles sont à l'origine historique du mouvement hip-hop, même si l'ampleur et la diversification du mouvement rend certainement difficile, aujourd'hui, une analyse globale des valeurs.

2) Le slam Le slam se situe entre la joute oratoire, la poésie et le one man show. Son histoire commence avec l'apparition du spoken word6 aux États-Unis dans les années 70. Il s'est inspiré des traditions jazz, soul et blues, et de la Beat Generation symbolisée par Kerouac, Ginsberg et Burroughs. Ce n'est qu'au début des années 80 à Chicago que naît le slam sous forme de compétitions de poésie performée.

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Lyrics : paroles ou textes d'une chanson Spoken word : désigne un mode de déclamation de paroles ou de textes poétiques sur un fond musical (le plus souvent emprunté au jazz).

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Il s’agit d’un spectacle sous forme de rencontres et de tournois de poésies. Il a suscité un engouement populaire et médiatique qui lui permet de se propager dans le monde entier : c'est un outil de démocratisation et un art de la performance poétique. Art collectif, tribune de libre expression, mouvement à forte revendication sociale, le slam prend racine dans une culture qui emprunte autant à la tradition de la poésie américaine (de Walt Whitman à Allen Ginsberg) qu'à la culture afro-américaine (des dirty dozens7 au toasting) et au mouvement punk. a) Les prémices Dès la fin des années 70, les lectures de Jerome Salla et Elaine Equi font figures de précurseurs. Vient ensuite la performance de Ted Berrigan et Ann Waldam, qui, vêtus d'un équipement de boxeurs, se livrent à une joute sur le modèle des matchs de boxes. Mouvement poétique, social et culturel, le slam apparaît à Chicago dans les années 80. Il hérite des cultures poétiques européennes, américaines et africaines en y ajoutant la ferme volonté de donner la parole à toutes et tous. Basé sur la notion de communauté, le slam affirme le caractère démocratique de la poésie et lui ajoute une dimension de spectacle. La slam family s’inspire du mouvement punk et rejoint parfois le hip-hop par ses revendications sociales. Mais surtout, le slam abolit les frontières qui cloisonnaient les styles, les genres, les poètes de la rue et les poètes « académiques ». b) Naissance du terme « slam » L'idée du slam commence à prendre forme en 1984. Marc Smith, un jeune écrivain de Chicago qui anime des soirées dans un bar à Chicago et y organise des compétitions de poésie arbitrées par le public(« Uptown Poetry. Slam ». Il baptisera le mouvement, « slam » ( « claquer » en anglais). Marc Smith voulait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique poète-public et envisageait le poète comme le serviteur du peuple. Il invente alors le slamming : la poésie contre les conventions, dans les bars, au lieu des salons ou des clubs. Le slam naîtra vraiment le 20 juillet 1986 au Green Mill. Le spectacle était composé en trois temps : une partie musicale, une performance de poètes invités et le tournoi de poésie. c) Le mouvement slam Ces spectacles remportent un vif succès, relayé par les médias dès 1987. Le mouvement gagne San Francisco par le biais de l’Association Nationale de Poésie, puis l’ensemble du territoire américain. Le mouvement se propage et se fédère avec le premier Grand Slam National Américain en 1990 à San Francisco. Il restait à conquérir la côte Est, ce qui fut fait rapidement. Boston devient la rivale de Chicago. Dès 1992, Boston accueille les championnats nationaux du slam. Très vite, il se répand à travers les USA : des écrivains se rassemblent pour faire entendre leur voix par le biais du spectacle, chaque communauté accentuant ses propres spécificités culturelles. En 1993 se tient le premier Slam dans le métro (Underwater Slam) à San Francisco : un spectacle de 20 minutes dans le métro entre la baie de San Francisco et Berkeley. Cet évènement constitue un tournant dans l’évolution de la communauté. 7 Dirty Dozens : jeu rituel chez les adolescents noirs des classes populaires. Joute verbale d'origine africaine : ce combat de tchatche pouvait être agressif ou tout simplement charmeur.

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Jusqu’en 1996, le mouvement est resté relativement peu connu en dehors du milieu underground. Le slam occupe alors une place de renégat dans la poésie contemporaine américaine, et reste une forme d’expression minoritaire. Elle est révélée au grand public grâce aux journalistes Tony Award et Paul Devin qui collaborèrent avec le slameur Saul Williams (Grand champion du Nuyorican Poetry Café de Brooklyn et vainqueur de la compétition nationale de Portland en 1996). En 1997, Saul Williams co-rédige le scénario du film réalisé par Marc Levin « Slam ». Primé caméra d’or au festival de Cannes en 1998, le film marque la reconnaissance du slam ou spoken word. C’est l’explosion de sa popularité. La « Slam Family » a quitté le milieu underground et devient une scène à part entière. Petit à petit, le slam se forge une identité dans les milieux musicaux et poétiques américains. Il est reconnu comme un art oral, un art de représentation qui exprime toute sa force dans l’instant de la déclamation. Le slam est musique et poésie par les rythmes, les sonorités et intonations. Enfin reconnu, ses influences sont plus variées que jamais : les artistes s’inspirent de rythmes hip-hop, flamenco, de blues pour les mélodies. Ils décrivent la réalité de la rue, tout ce qui les frappe dans un vaste mouvement contestataire, et s’attaquent à des sujets toujours plus variés (violence, sexualité, scandales, racisme…). Le slam est devenu aux USA le lieu de la liberté d’expression absolue. d) Les précurseurs : Gil Scott Heron est peut-être un des inventeurs du rap avec ses textes politique scandés sur de la Soul music. Doug Hammond est un batteur, poète et chanteur de free funk et de jazz d'avant-garde.

Gil Scott Heron

Carl Hancock Rux

e) La relève : Carl Hancock Rux poète, écrivain et chanteur américain est sans doute l'un des artistes les plus fidèles à la tradition du spoken word. Slam-rap anglophone : Sage Francis, Saul Williams, Mike Ladd, Ursula Rucker, Kill the Vultures.

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II) LE RAP ET LE SLAM EN FRANCE 1) Le rap en France Comme le rock’n roll, le rap a mis quelques temps à traverser l’Atlantique. La culture hip-hop arrive dans notre pays en novembre 1982, environ dix ans après son apparition aux États-Unis. Grâce à l’évolution des transmissions et des technologies, le rap arrive en France, autour de Paris et Marseille, dès le milieu des années 80. La France devient, de l’avis international, la seconde patrie, tant par le nombre d’artistes, la qualité et la diversité de leurs productions, que par la ferveur du public. Mais en s’installant en France, le rap s’est tout naturellement acclimaté, transformé, adapté à la réalité nationale. Laquelle n’est pas, et heureusement loin s’en faut, similaire à celle des Etats-Unis. La naissance du rap, en France, correspond aussi au réveil et à la prise de conscience par la société française qu’une partie de sa jeunesse ressent et vit un malaise grave dans une société urbaine inégalitaire. Le rap, naît donc aussi, comme aux Etats-Unis, dans un contexte urbain et social qui lui est favorable. En effet, il va se développer par l’intermédiaire d’autres disciplines du hip-hop. Et c’est surtout par la danse, le smurf, la break dance, et leurs techniques de ralenti, stroboscope, etc., par des expressions corporelles que le hip-hop se développe et, par la suite, la musique rap. a) Les années 80 C'est avec l'apparition des radios libres que le rap commence à être radiodiffusé et en 1984 des émissions télé voient le jour comme Hip-Hop sur TF1 présentée par Sidney. C'est grâce à cette médiatisation que le mouvement hip-hop devient populaire en France. A cette époque, le rap français n'existe pas encore et tous les jeunes se portent plutôt vers la danse. A la fin des années 80, le rap français arrive avec les premiers freestyles de NTM, Assassin, Mc Solaar en direct dans l'émission Deenastyle sur Radio Nova présentée par Dee Nasty. Le rap français commence à prendre de l'ampleur et des compilations comme Rappattitude permettent de révéler au grand public la première génération de rappeurs français ( NTM, Assassin, Mc Solaar, IAM, Ministère A.M.E.R.) La médiatisation se poursuit avec Rapline sur M6 et la naissance de magazines comme l'Affiche et Get Busy.

NTM

Mc Solaar

IAM

b) Les années 90 Le rap commence à vendre et devient plus dansant avec des groupes comme Alliance Ethnik, Ménélik ou Doc Gyneco. Les textes ont un contenu social moins marqué et donc plus acceptable par le « grand public ». Ainsi, avec le premier album de Mc Solaar, qui offre une image plus douce et plus poétique au rap, le courant obtient une reconnaissance critique et populaire. Quelques-uns remportent même des Victoires de la musique. 11


Mais le rap hardcore8 n'est pas mort, loin de là, et NTM, Assassin ou le Ministère A.M.E.R. témoignent de la dure réalité avec des textes très crus. D'ailleurs l'affaire NTM (le groupe a été condamné pour propos haineux envers la police) fait trembler l'opinion publique. C'est ce côté du rap français qui est apprécié des puristes. Entre le rap cool et le rap hardcore, une multitude de groupes font leur premiers pas grâce à des compils de plus en plus nombreuses : les Sages Poètes de la Rue, Fabe, la Cliqua ou Cut Killer qui sort une multitude de mixtapes.

Les Sages poètes de la Rue

3ème Œil

Les artistes de l'ancienne école comme IAM et NTM reviennent avec un nouveau style donnant au rap français sa propre identité. Fini le temps où on copiait les américains. De nombreux nouveaux groupes apparaissent souvent par le biais de crews 9 très puissants comme le Secteur A, le Côté Obscur ou Time Bomb : Arsenik, Fonky Family, 3ème œil, KDD, Oxmo Puccino, Lunatic, Expression Direkt, La Brigade. La radio Skyrock devient LA radio rap en France et va énormément participer à la promotion des nouveaux groupes. En France, le style hardcore est le plus important puisque, dans toutes les cités et les grandes villes, de nombreux groupes le pratiquent. Pourtant, il est sous-représenté par les médias et le show-biz. En effet, les structures financières ou les institutions politiques préfèrent mettre en avant des groupes ayant un style plutôt « cool », s’exprimant sans grossièreté et étouffant tout sentiment de haine, de rage ou de malaise profond. Pourtant, le rap est une musique qui vient de la rue, il permet aux jeunes de faire passer des messages via la musique. Pour de nombreux groupes, l’auto-production reste le moyen le plus sûr pour débuter. Ils se font connaître en diffusant leur rap auprès des maisons de disques ou des diffuseurs, tout en gardant le contrôle de leur produit artistique. Le rap français se divise alors en deux : le rap commercial qui passe partout et génère beaucoup d'argent et le rap underground10 qui sera même boycotté et qui ne rapporte presque rien mais où les MC aiguisent leur style qui plaît à la masse. On constate, malgré les ventes et la popularité, que le rap traverse une crise. Les américains se tirent dessus et se déchirent au détriment de la qualité et de l'innovation tandis qu'en France le rap est kidnappé par les maisons de disque qui exploitent certains rappeurs pris dans l'engrenage du succès et de l'argent. C'est alors que les labels indépendants se forment et des groupes s'unissent contre cette médiatisation et ces maisons de disque qui tuent le rap. On assiste au succès de Pit Baccardi, Freeman, La Brigade, 3ème œil, Bisso na Bisso, Saïan Supa Crew et bien sûr du 113 et de leur crew la Mafia k-1 fry. Le 113 réussit un exploit en étant dans un même temps littéralement adulé par les adeptes du rap et en remportant deux Victoires de la musique (mars 2000). A la fin des années 90, le rap est maintenant ancré dans le paysage musical français et a forcé la 8 Le rap hardcore est un style de rap aux paroles crues. 9 Les crews sont des collectifs, des groupements de plusieurs rappeurs. 10 Le rap underground désigne un rap plus ou moins accessible et principalement joué dans les salles peu connues du grand public.

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porte de tous les foyers envers et contre tous. C’est aussi à cette époque que des débuts de réticences se font sentir dans les hautes sphères. On assiste donc au boycott drastique du rap et à la censure, les concerts sont de plus en plus interdits et les rappeurs ont une mauvaise image. La mode est en train de passer et le rap peut se libérer. c) Les années 2000 En 2000, il devient facile de faire du « bon rap », les portes sont ouvertes, et le rap est la musique la plus appréciée chez tous les jeunes. Les anciens ont créé des labels pour produire les nouveaux : L’Algerino est découvert par Akhenaton qui décide de signer son album « Les Derniers seront les premiers » sur son label 361 Records en 2005. Le nombre de rappeurs augmente d'autant plus que chaque membre de groupe sort un album en solo et se met de plus en plus à la production. Booba (ex Lunatic) sort un album solo « Temps mort » en 2002 et Kéry James (membre de Mafia K’1 Fry) le sien « Et si c’était à refaire » en septembre 2001. Soprano, qui fait parti du groupe Psy 4 de la Rime, crée le label Street Skillz et sort un album solo « Puisqu’il faut vivre… » en 2007. Et on pourrait citer de nombreux autres exemples…

L’Algerino

Booba

Soprano

En 2002, la carte du rap français est établie, il n'y a plus de nouveaux crews, les artistes du moment sont dans l'underground depuis longtemps et les quelques nouveaux intègrent les grands crews. Par contre, c'est au niveau du son que le rap évolue, les instrus deviennent plus électroniques et s'accélèrent. Les textes deviennent plus incisifs et portent moins de messages. La violence est plus présente et il semblerait que le rap français se dirige vers le gangsta rap comme les américains il y a 10 ans. Le rap doit son succès pérenne à la force de son discours, sa capacité à se renouveler et à s’adapter aux aléas du marché du disque (les rappeurs ont été les premiers à se tourner vers le net). Il n’est en rien une musique monolithique que l’on pourrait réduire à de simples clichés : la violence, la seule chronique de la rue, des beats et paroles simples… Bref une musique qui ne serait faite que par un certain type de public à l’intention d’un certain type de public. Aujourd’hui, après trente années d’activisme actif, le rap a démontré qu’il faisait parti de la culture musicale populaire, capable de toucher toutes les catégories sociales, tous les âges, toutes les origines, que ce soit du côté du public ou des artistes.

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2) Le slam en France a) Comment il arrive en France Les années 90 En France, l’apparition du slam est relativement tardive même si on évoque dès 1995 la réunion d’un noyau dur (Nada, Joël Baratzer, MC Clean, Pilote le Hot) réunissant poètes, performeurs et rappeurs dans un bar de Pigalle, le Club Club. Les règles et même le terme slam n’étant pas encore connus des pratiquants, le cadre se cherche encore dans des expérimentations sur fonds musicaux la plupart du temps, ou sous la forme de simples scènes ouvertes poétiques. En 1998, l’exposition médiatique du film « Slam » de Marc Levin coïncide avec la découverte du mouvement dans l’hexagone et plus particulièrement dans la capitale où se crée un premier cercle d’initiés. Suite à la fermeture du Club Club, ce n’est plus un lieu qui unit les « activistes » mais bien une nouvelle forme artistique qui constitue un nouveau terrain de jeu pour partager leurs textes en public. Le plus actif du noyau du début, Pilote le Hot est le premier à mettre sur pied des « scènes slam » dans l’Est parisien. Sur ces scènes vont naître tous les premiers slameurs français. Le mouvement slam se développe donc en France sous la forme originelle des tournois mais également sous la forme de scènes ouvertes (sans tournois). Les années 2000 En 2000 est créé le premier collectif de slameurs français : 129H11. C’est à cette époque que Souleymane Diamanka fait sa première scène lors d’une slam session animée par ce collectif. En 2003, les scènes se multiplient et gagnent tout l’hexagone, on slame à Marseille, à Dunkerque, dans la rue et plus tard, on slamera au Louvre. A partir de 2004, d’importantes rencontres slam sont organisées un peu partout en France : Grand Slam National (Nantes et Bobigny), Slam United (Paris), Bouchazoreill’Slam (Paris), Nuit du Slam (Reims, Creil, Lyon et Dijon), Slam Fever (Rennes), Slam l’homme Géant (Lyon), etc… En 2006 le premier album spoken word de Grand Corps Malade, slameur plusieurs fois vainqueur des tournois Bouchazoreill’slam, porte un coup de projecteur supplémentaire au mouvement français en continuelle expansion. Abd Al Malik est aussi une figure emblématique du slam et a contribué à le mettre en valeur.

Grand Corps Malade

Abd Al Malik

En 2009 se constitue La Ligue Slam de France sous l’impulsion de différentes associations françaises qui souhaitent resserrer les liens entre tous les acteurs du slam français.

11 « 129 » comme le début de leur adresse dans le Xxe arrondissement et « H » parce que c’est l’unique lettre muette de l’alphabet.

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b) Qu'est ce que le Slam ? Quelques définitions • Le Rap d’ Anthony Pecqueux Inventé en 1984 à Chicago par Marc Smith, le slam est une forme d’écriture poétique destinée à être récitée a capella devant un public et notée par un jury (dont les membres sont souvent choisis au hasard parmi les spectateurs présents). Le but est ainsi de partager un texte original dans une ambiance chaleureuse (…) : déclamer un texte donne droit à une consommation au bar. • Fédération Française de Slam Poésie. Le slam est un tournoi de poésie, ouvert à tous, importé en France des Etats-Unis, voila maintenant plus de dix ans... Avec le slam la poésie devient un sport, un spectacle vivant, où les poètes s’affrontent dans une compétition qui tient lieu de prétexte. Car il ne s’agit pas de diviser les poètes, mais de les réunir et de les fédérer autour de leur pratique. Alors comme dans tout sport, il existe des règles, qui offrent aux participants, public et performeurs, les meilleures conditions pour apprécier la poésie sous toutes ses formes. Les scènes de Slam Poésie s'appuient sur la volonté de rendre la création et l'expression orale de la poésie accessible au plus grand nombre. Une fois par an, la Fédération Française de Slam Poésie organise le Grand Slam National. Tout participant, peu importe son sexe, son âge, sa couleur, sa religion, ses opinions, ses préférences sexuelles, son apparence, sera un poète actif et vivant. Résolument porteur d’une mission citoyenne, le slam donne la parole à celui qui la veut, le temps d’un texte et quelque soit son style. • Grand Corps Malade « Le slam c’est un moment de rencontre, il faut qu’il y ait des gens qui se rencontrent qui échangent des choses, et c’est de la poésie à l’oral. Ce n’est pas du slam s’il n’y a qu’un texte écrit. Les slameurs écrivent leurs textes pour les faire vivre dans une bouche, pour que des oreilles les entendent. » c) Qu'est ce qu'une scène Slam ? Une scène slam est une rencontre poétique. L’occasion donnée aux poètes de proposer leur travail à un auditoire. Un maître de cérémonie garantit à tous le bon déroulement du spectacle. Tirés au chapeau pour connaître leur ordre de passage, les poètes sont notés (une note de zéro à dix) par un jury, choisi parmi le public. Les notes, un peu comme au patinage artistique, sanctionnent le contenu du poème et la performance scénique. Elles sont bien sûr l’expression subjective des jurés et soulignent le rôle primordial du public. C’est d’ailleurs dans des lieux vivants que se déroulent les scènes de Slam Poésie : bars, cafés, salles de spectacles, MJC, cinémas, toutes sortes de lieux pouvant réunir poètes et spectateurs. Cela permet aussi de proposer de la poésie dans des espaces insolites ou inhabituels, tels que les bureaux de poste, les librairies, les écoles, les hôpitaux, les prisons ou les marchés en plein air par exemple…

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En dix ans, le slam a démontré qu’il était autant une pratique artistique qu’un outil pédagogique, autant un spectacle bien vivant qu’un moment créateur de rencontres et de lien social. On compte aujourd’hui de nombreux collectifs et associations qui dans toute la France font vivre les valeurs du slam. «Le succès du slam s'est d'abord construit dans les cafés, les ateliers d'écriture et tous les petits festivals qui nous ont programmé avant qu'on en parle partout. Le mouvement et l'écoute du public ont grandi en même temps. Les gens avaient envie d'entendre autre chose que "fuck la police" ou "la banlieue, c'est difficile". Moi, c'est cette écoute qui m'a donné envie de continuer. Si je n'avais écrit que pour moi, je ne pense pas que j'aurais continué.» Souleymane Diamanka

Souleymane Diamanka

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III) PRESENTATION DU POÈTE SLAMEUR SOULEYMANE DIAMANKA

Je m'appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi(...) arrière petit-fils de Demba Diamanka dit Lengel Nyaama et caetera et caetera... «L'Hiver peul». En déroulant sa généalogie, Souleymane Diamanka s'inscrit dans la riche tradition orale des Peuls, ce peuple de bergers qui a fait de la parole un art, ce peuple migrateur, habitant de nulle part et originaire de partout, que la fortune et les vents ont disséminé dans toute l'Afrique de l'ouest et audelà, jusqu'en Occident. Pour les Diamanka, le destin a voulu que ce soit Bordeaux. Né au Sénégal en 1974, Souleymane, alors âgé de deux ans, rejoint son père parti vivre en France, avec sa mère et ses six frères et soeurs. Et c'est à Bordeaux que la famille vit, à la Clairière des Aubiers, un grand ensemble où résonnent les voix des populations défavorisées. En bas des blocs, on parle français, mais aussi algérien, portugais, vietnamien ou turc. A la maison, on ne s'exprime qu'en peul, pour que le riche patrimoine ne s'éteigne pas sur cette nouvelle terre d'accueil. Son père y veille personnellement. Il a enregistré des cassettes à destination des plus jeunes (cette voix qu'on entend sur « L'Hiver peul », c'est lui) dans lesquelles il raconte son enfance au pays. En classe de CE2, Souleymane croise la route d'un instituteur qui leur propose d'écrire leurs propres poèmes, avec seule ligne directrice cette phrase qui va l'accompagner jusqu'à aujourd'hui : « La poésie c'est mettre des nœuds dans les phrases et obliger le lecteur ou l'auditeur à défaire ces nœuds». Enfant, il joue déjà avec les mots et les proverbes. Adolescent, il s'essaye à l'école du cirque pendant deux ans. Cependant c'est par le biais de la danse qu'il entre dans le hip-hop. De la rencontre des mots avec la musique en banlieue, naît un groupe de hip-hop dans lequel tous les membres rappent et dansent. Souleymane Diamanka écrit en outre tous les textes. Le groupe se nomme « Djangu Gandhal » et fera la première partie de NTM en 1991 au Printemps de Bourges. Pour cet alchimiste des mots, l'avenir sera le rap, le slam : une écriture, mais aussi une oralité : « Amadou Hampaté Bâ disait : En Afrique, un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui meurt». J'ai envie d'être cette passerelle entre ces deux univers apparemment lointains, mais contigus en réalité, et qui se prolongent. C'est pour ça que je parle d'oralité manuscrite »

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Il joue avec le dictionnaire comme matière première, façon Georges Perec. Puis il fait la découverte des palindromes12 et se met au défi d'en créer. Souleymane Diamanka met des noms sur ce qu'il pratique en français mais aussi parfois en peul, pour quelques alexandrins. Il travaille alors avec des musiciens venus d'horizons qui lui ouvrent de nouveaux possibles. Ce n'est plus tout à fait du rap et pas encore du slam, plutôt un style hybride, à la croisée des chemins. En 1994, il pose son premier texte en studio. Commence alors un long travail sur le verbe, ausculté, décortiqué... Il s'impose toutes sortes d'exercices de styles, traque les similitudes entre peul et français, jouant sur les assonances... Ce qui l'intéresse, c'est développer sa singularité, cultiver une parole aussi riche et originale que celle de son père ou des griots de la tradition. « J'ai attendu longtemps que le néant s'anime Que chaque mot trouve sa phrase et que chaque phrase trouve sa rime Le pays des songes est derrière une grande colline Pour écrire je me sers de la réalité comme d'un trampoline » «Extrait de Moment d'humanité, l'Hiver peul» Il multiplie les allers retours vers la capitale, et finit par s'y installer pour enfin donner corps à ses rêves. «Quand je suis arrivé à Paris, on m'a appelé le Peul bordelais aux cordes vocales barbelées...». Il y retrouve de vieilles connaissances bordelaises, les Nubians, rencontrées quelques années plus tôt au sein des « Nouveaux Griots », une association visant à la promotion des cultures urbaines et métissées. En 1999, première rencontre avec John Banzaï, un autre versificateur (polonais). Ce dernier participera à son album « L’Hiver peul » sur le titre « Soleil jaune ». Ensemble, ils multiplient les expériences croisées, défrichent de nouveaux champs lexicaux et montent avec DJ Wamba un spectacle intitulé « Le Meilleur ami des mots ». En 2007 Souleymane Diamanka sort son premier album « L'Hiver peul ». Il est mis en musique par les musiciens de jazz Roy Ayers, Eric Legnini et André Ceccarelli. C'est une révélation pour beaucoup d'auditeurs. On découvre une voix somptueuse, grave et envoûtante, des textes poétiques en français ou en peul, des sonorités délicates et jazzy. Pour ce disque, il a invité Grand Corps Malade sur « Au bout du sixième silence », et le griot Sana Seydi sur « Moment d'humanité » et « Je te salue vieux Sahara », Kayna Samet sur « L’Automne des bloc-notes ». Une émotion rare se dégage de ce magnifique album.

Souleymane Diamanka sera à la médiathèque Simone de Beauvoir Samedi 19 février à 16 heures pour une rencontre avec le public.

12 Palindrome : c' est un texte dont la succession des lettres est la même quand on la parcourt de gauche à droite ou de droite à gauche. Un palindrome peut se composer d'un seul mot, comme "ressasser" ; ce peut être une courte phrase, comme "engage le jeu que je le gagne".

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IV) QUELQUES FIGURES MARQUANTES 1) Aux origines du hip-hop : Dès les années 60, le collectif d’étudiants révolutionnaires Last Poets rime sa révolte « Run Nigger run, wake up niger » sur fond de jazz. D’ailleurs, le hip-hop fut d'abord surnommé le « punk noir ». Et on peut dire que la culture hip-hop américaine naît grâce à ces 3 artistes : Afrika Bambaataa, pseudonyme de Kevin Donovan, est né dans le quartier du Bronx à New York. Il crée le mouvement social Zulu Nation en 1975 : le but des Zulus était de fédérer les gangs du Bronx et de les faire évoluer de manière positive et non-violente par la pratique du MC’ing (ou rap), du DJ’ing, de la danse et du graffiti. Grandmaster Flash (Joseph Saddler) doit ce surnom à sa rapidité et son habileté à changer de disques avec les pieds, les mains (et dans le dos). Né à la Barbade, il a lui aussi grandi dans le Bronx. Kool DJ Herc, pseudonyme de Clive Campbell, est officiellement considéré par les spécialistes comme le premier DJ de l'histoire du hip-hop. Né en Jamaïque, il sera influencé de façon indélébile par cette musique. Au début des années 1970, il développe et popularise la technique du breakbeat. Et une nouvelle danse apparaît : le breakdance.

Grandmaster Flash

Last Poets

Le rap a acquis une popularité de plus en plus grande au fil des années 80. Du style festif des débuts, il évolue vers plus d’engagement avec notamment en 1982, « The Message » de Grandmaster Flash. En 1983, le premier tube de Run DMC « It's Like That » présente sur sa face B, « Sucker MC’s », considéré comme le premier morceau de rap hardcore. Ce premier disque a connu un succès phénoménal. Ce furent les premiers artistes hip-hop à fusionner le rap avec le rock. Le milieu des années 90 est désigné comme l'âge d'or du rap. KRS-One choisit un rap conscient, politique et réfléchi dès son 1er album « Return of the Boom Bap » (1993). Comme Public Enemy, il critique le racisme des blancs auprès d’une majorité d’auditeurs noirs. N.W.A marque le véritable acte de naissance du gangsta rap. Le trio Eazy-E, Dr Dre, Ice Cube qui compose Nigger With Attitude représente, dès son 2 ème album « Straight Outta Compton » en 1989, le rap de gangster made in Los Angeles dans tout ce qu'il a de plus irrespectueux, de plus violent et de plus désinvolte.

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Public Enemy a en commun avec N.W.A une énergie et un parler vrai, mais aussi un nihilisme radical. C’est un des pionniers d'un nouveau rap militant avec leur célèbre slogan « Make love, fuck war ». Le groupe s'est caractérisé dès ses débuts par un son très agressif. Nas a construit sa carrière avec un vrai talent de MC. Il a su se renouveler après son très bon album de 1994 « Illmatic » (orchestrations sensibles et pertinence des mots) grâce à des samples de tubes pop. Dr. Dre fut d’abord le membre le plus influent de N.W.A. Puis il fonda sa maison de production et par là - même favorisa le Gangsta rap. Il a déniché Snoop Dogg et 2PAC. 2PAC Shakur avait une grande conscience politique ; il a mis sa poésie au service de la justice sociale. Mais, plongé dans un environnement violent, il est abattu après le sortie de son 2 ème album « All eyez on me » (1996). Snoop Doggy Dog est une figure emblématique du gangsta rap américain. Inquiétant et violent sous couvert de verve flegmatique, il provoque régulièrement des scandales. Il a été révélé par Dr. Dre avec « Doggystyle » en 1993.

Nas

Dr Dre

Snoop Dog

Mais certains rappeurs prennent des voies moins agressives. Beastie Boys, le 1er groupe de rap blanc, issu de Brooklyn, cumula messages offensifs sur fonds de rap teinté de soul et de punk-rock dès « Paul’s Boutique » (1989). Ils montrèrent que la culture hiphop était bien un mélange de culture et d'influence noire et blanche. Cypress Hill a incarné le renouveau latino de la scène hip-hop, notamment grâce à leur 2ème album « Black Sunday » (1993). Mos Def est attaché à la conscience sociale du hip-hop, à la négritude, à la langue. Il a redessiné le visage du rap américain avec chacun de ses albums. En 1999, il publie « Black on both sides », textes soignés, plein d'ironie et de classe, devenu un classique du genre : le magazine français Rap Mag l'a classé parmi les 100 meilleurs albums de rap américains. De La Soul apporte l’alternative d'un mouvement pacifiste avec notamment leur formidable album « Three feet high and rising » (1988). Sur un son jazzy et mélodique, le discours concerne la cause noire mais avec humour et ironie. Et le trio a été surnommé hippie du rap à la sortie de cet album aux idées farfelues et à l’état d’esprit optimiste.

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Guru, membre de Gangstarr, jette un pont entre hip-hop et jazz avec le projet « jazzmatazz » : qui voit se mélanger le rap avec des sonorités plus jazz, invitant aussi bien MC Solaar que Roy Ayers (1993). Quelques rappeuses : Queen Latifah est l'une des premières rappeuses féminines américaines. Son premier album « All Hail the Queen » sort en 1989. Ce mélange de soul, reggae et rap alternatif instaure une véritable révolution dans le monde machiste du hip-hop. La diva est reconnue pour ses textes politiquement engagés. Missy Elliot, est surnommée la reine du hip-hop ; son premier opus « Supa Dupa Fly » (1997) fit sensation pour son originalité et sa créativité. Lauryn Hill doit d’abord sa célébrité aux Fugees, dont elle était la chanteuse principale avant le début de sa carrière solo en 1998 avec l'album « The Miseducation of Lauryn Hill ». Elle intègre rap, soul, reggae et R&B dans sa musique.

Queen Latifah

Missy Elliot

Lauryn Hill

2) Le slam aux Etats Unis : Gil Scott Heron scandait ses textes politiques sur de la soul music, à la fin des années 60 et des années 70 : le spoken word était né. En 1993, il sortit « Spirits », un disque contenant le morceau « Message To The Messengers », avec une prise de position à l'attention des rappeurs de l'époque. Ce poème fit de Scott-Heron un père fondateur du mouvement rap, en même temps que défenseur de la cause noire américaine. Marc Smith, ouvrier en bâtiment de Chicago, organise, au milieu des années 80, les premières soirées au cours desquelles des poètes s’affrontent en public, un public qui les juge et les arbitre. Il demeure ensuite un militant actif de la poésie libre. Sage Francis sort l’album « Human the Death Dance » (2007), où se côtoient musique douce au piano sur rythme hip-hop, et mélodie plus rapide et lourde, le tout assorti d'un flôt de paroles critiques sur l’Amérique de Bush. L’anglais Saul Williams s'est retrouvé à l'origine du mouvement en Europe avec ses textes poétiques denses et revendicatifs. Il devient à partir de 1995 un des talents reconnus de ce mouvement. Et cette reconnaissance va devenir internationale avec sa participation comme scénariste et acteur principal du film « Slam » (1998) : il joue un homme qui trouve un sens à sa vie en prison grâce aux mots qu'il articule lors d'impressionnants monologues. Ursula Rucker parvient à concilier refrains soul urbains et discours réfléchis sur son 1 er album « 21


Supa Sista » (2001). Alors que Saul Williams puise de plus en plus son énergie dans le rock, elle choisit de poser, sur une musique captivante, de la chanson à texte, dans un murmure. Doug Hammond est né en 1942 en Floride. En tant que batteur de jazz, il a travaillé avec Charles Mingus, Steve Coleman. Puis on a découvert le poète et l’habile artisan de mots dans son album « Insight ». Dans son dernier opus « New Beginning », il plonge dans la musique afro-américaine et les traditions orales, et réinterprète ses chansons en les embellissant uniquement avec sa batterie nuancée et cette voix de basse inspirée.

3) Le rap en France Dee Nasty est le premier DJ français du mouvement hip-hop, dans les années 80 : après avoir découvert rap, graffe et danse aux Etats-Unis, il organise des événements hip-hop à Paris. Avec Sydney, il anime des émissions sur les radios libres Carbone 14 et Radio 7 avant d’officier à Radio Nova sur l'émission Deenastyle. Mais c'est au début des années 90 que le hip-hop connaît un large succès public à la scène, et au disque, dont il deviendra un acteur majeur. MC Solaar a fait sortir le rap de son ghetto pour l’ancrer dans la chanson française. « Qui sème le vent récolte le tempo » (1991) révèle une écriture poétique. Son « Chapitre 7 » obtient une Victoire de la Musique en 2008, dans la catégorie « musiques urbaines ». IAM a concrétisé son projet musical en 1989, après un séjour à New York. Fascinés par l’Egypte antique, certains membres de ce groupe marseillais y choisissent leurs noms : Akhenaton, DJ Khéops, Imhotep, Kephren, Malek Sultan et Shurik’N. Le groupe multiplie les références à l’islam et au taoïsme, métisse les cultures, critique la société contemporaine, avec une bonne dose d’humour. Le public le découvre en 1994 avec le tube « Je danse le MIA ». Suprême NTM a influencé une grande partie du rap français : le duo Joey Starr - Kool Shen assoit sa sulfureuse réputation sur une attitude de contestation radicale de l’ordre établi, dès son 1 er album en 1991 « Authentik ». Ministère A.M.E.R est un groupe sulfureux de Sarcelles formé par Passi, Stomy Bugsy, Hamed Daye et Moda. Il créera ensuite le collectif Secteur Ä et participera au film « La Haine » (1997). Fonky Family sort son 1er album « Si Dieu veut » en 1994, qui devient rapidement disque d’or. Les 4 jeunes marseillais ont choisi un ton très direct, très engagé mais non dénué d’humour. Après un 2ème disque d’or avec « Marginale musique », leur 3ème album, en 2006, ils annoncent la fin du groupe.

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Assassin est un groupe de rap indépendant désirant mener un combat contre le système médiatique et politique. Il rejette toutes sortes de sectarismes et appelle au respect, à l'amour, à l'unité et à l'éducation. Musicalement, le groupe s'est inspiré du blues, du rock, du reggae, de la soul, du funk. Il a reçu 2 disques d'or pour les albums « L'Homicide Volontaire » (1995) et « Le Futur que nous réserve-t-il ? » (2004). Oxmo Puccino possède un vrai talent de poète, souvent amer et désespéré. Dès son 1 er album (« Opéra Puccino » en 1998), ce malien d’origine, surnommé Black Jacques Brel, a été considéré comme un des rappeurs français les plus originaux et les plus créatifs. Fidèle au hip-hop, il s’ouvre à d’autres musiques comme le jazz.

Oxmo Puccino

Dee Nasty

Fonky Family

Booba danse le hip-hop avant de faire ses débuts avec le groupe Lunatic. Il entame sa carrière solo en 2001 et l’album « Temps mort » (2002) devient disque d’or. D’origine sénégalaise, le rappeur fait l’apologie de l’argent et de la violence, mais son talent poétique éclate aussi en véritables trouvailles. Kéry James, d’origine haïtienne, débute à 14 ans sur un disque de MC Solaar. Après avoir prôné la rébellion contre l’état, il se convertit à l’islam après l’assassinat d’un ami d’enfance, et change radicalement son discours. Et son 1er album « Si c’était à refaire » (2001) devient disque d’or en quelques semaines. Rohff est arrivé des Comores à 12 ans. Très influencé par le rap américain, notamment par Tupac et Dr Dre, il écrit des textes engagés contre le système et la police. Oscillant entre un gangsta rap à la française et un rap conscient13, il connaît un succès grandissant depuis son 1er album « Le Code de l’honneur » (1999), devenu un classique du rap français. Disiz la peste a grandi à Evry en écoutant NTM et IAM. Son 1 er album « Le Poisson rouge » (2000) remporte un très grand succès avec le single « J'pète les plombs » inspiré par le film « Chute libre ». Grand conteur aux orchestrations soignées, il fait souvent preuve de beaucoup d’ironie et de drôlerie, mêlées de lucidité et de mélancolie. En 2009, sort « Disiz the end » présenté comme un adieu au rap...

Rohff

Disiz la Peste

Kéry

James

13 Le rap politique (ou rap conscient) est un style de de rap. Ce genre se caractérise par son engagement politique et sa conscience citoyenne.

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Soprano, né à Marseille, est d'origine Comorienne. Ses certitudes : le rap, sa foi, l'amitié, la responsabilité ; ses doutes : le succès, la vie, la mort… et sa double personnalité. Avant son 1er album « Puisqu'il faut vivre » (2007), il sort « Psychanalyse avant l'album » où il reprend l'idée de la série télévisée des Sopranos : son héros se confie à son psy entre chaque chanson. Les singles issus de cet album sont des tubes. Les Sages Poètes de la Rue est un groupe de hip-hop formé à Boulogne en 1987. Ils apparaissent pour la 1ère fois sur la bande originale du film « La Haine » en 1994 avec leur titre : « Bon Baiser du Poste ». Et leur premier album « Qu’est-ce qui fait marcher les Sages », sur des rythmes jazzy qu’ils affectionnent, sort en 1995. Le 3ème Œil sort son premier album « Hier Aujourd'hui Demain » (1999), rimes percutantes sur des beats francs et claquants, avec des cordes et pianos récurrents. Issu de la cité de Marseille réputée pour être la plus terrible d'Europe, le trio dénonce cette situation : il émane un message positif de ce rap intelligent qui dénonce la criminalité et la drogue présents dans la vie quotidienne des jeunes Marseillais. Pour les années 2000, notons encore les grand succès de Sexion d’assaut et La Fouine. Et n’oublions pas Akhénaton, Passi, Sniper, Casey, Hocus Pocus, et bien d’autres… Quelques rappeuses : Keny Arkana rappe dès l’âge de 12 ans. Son 1er album sort en 2006. « Entre ciment et belle étoile » retrace ses combats contre la mondialisation capitaliste, mais aussi les moments difficiles de son enfance en foyer. Elle se définit non comme une rappeuse, mais comme une contestataire qui fait du rap. En 2004, elle participe à la fondation du collectif La Rage du Peuple, qui milite pour « une colère positive, fédératrice, porteuse d'espoir et de changement. » Diam’s a 4 ans quand elle arrive de Chypre avec sa mère. Elle grandit en écoutant Brassens et Ferré, mais elle découvre le rap et participe rapidement dans des groupes ou à la radio. Et en première, elle renonce à ses études pour s’y consacrer entièrement. « Brut de femme » (2003) devient rapidement disque d'or. Elle milite pour Amnesty international, contre les violences faites aux femmes et pour l’enfance défavorisée en Afrique.

Keny Arkana

Diam’s

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4) Le slam en France Grand Corps Malade prit ce nom en 2003, en référence à son handicap et à sa grande taille. Il sort son 1er album en 2006 : « Midi 20 » remportera 2 Victoires de la musique. Les morceaux déclamés avec une voix naturelle accordent une grande importance à la narration, et à un humour mêlant les clins d'œil aux figures de style. Très médiatisé, il permit au public français de découvrir le slam. Abd Al Malik a vécu au Congo jusqu’à 6 ans. Fan de Brel, ce troubadour bouleverse allègrement tous les clichés. Son album « Gibraltar » (2006) met en valeur un texte finement ciselé et fort en émotion, accompagné d'une musique qui mélange rap, jazz et slam. Abd Al Malik milite depuis pour la paix et pour un « vivre ensemble ». Luciole joue dans des spectacles musicaux, chante dans un groupe de funk, et prend vite goût à la scène. La découverte du slam en 2003, va développer chez elle son goût de l’écriture. Elle remporte à deux reprises le Championnat de France de Slam : en individuel en 2005 et par équipe en 2006. Son 1er album « Ombres » sort en février 2009 avec un univers bien à elle, poétique et tout en sensations, avec des textes envolés, parlés et chantés. D’de Kabal : détournant la devise nationale en « liberté, intégrité, ténacité », cet artiste multiple, originaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis), ex-membre du groupe fusion Kabal, et compagnon de route d’Assassin, prétend vouloir «coloniser la chanson française». Activiste hip-hop depuis une décennie, D’de Kabal vient de sortir son album solo « Contes ineffables », un aperçu dense de son imaginaire schizophrène qui fait de ce rappeur l’un des artistes les plus audacieux du rap français.

D’ de Kabal

Luciole

Il existe bien d’autres artistes français dont vous pourrez retrouver les albums à l’espace musique : Baloji, Altam, Koumékiam, Kwal, Mots paumés trio, Marco DSL… Mais surtout, allez les découvrir sur scène, dans le vrai élément du slam. Et n’oubliez pas Souleymane Diamanka qui est à la médiathèque Samedi 19 Février 2011 pour une rencontre bien réelle !

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V) DISCOGRAPHIE SELECTIVE 1) Sélection de CD disponibles à l’espace musique Fly girls ! B-boys beware : Revenge of the super female rappers 190 A

Affiché en couleurs vives, cette compilation du label londonien Soul Jazz rend hommage, en vingt morceaux, aux pionnières américaines. Les filles rivalisent de morgue, de tchatche et d'ironie pour s'imposer sur le terrain colonisé par les garçons. La musique est joyeuse et inventive, effervescente et sexy. Groove magnétique et scratches couinant à souhait sont d’une efficacité irrésistible. Une leçon d’histoire hip-hop, magistrale et généreuse. Les Inrockuptibles. Collectorama 9 : Hip-hop, tour du monde de New York au 9-3) 190 A

2 PAC All eyez on me 190 TWO

Abd Al Malik Gibraltar 190 ABD

Afrika Bambaataa Hydraulic funk 190 AFR

Arkana Keny Entre ciment et belle étoile 190 ARK

Assassin L'Homicide volontaire 190 ASS

Beastie Boys Paul's boutique 190 BEA

Booba 0.9 190 BOO

Casey Hostile au stylo 190 CAS

D' de Kabal Contes ineffables 190 DDE

De La Soul 3 feet high and rising 190 DEL

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Diamanka Souleymane L'Hiver Peul 099 DIA

« Je m'appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba, fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi, petit-fils de Maakaly Diamanka etc, etc... ». Né au Sénégal, Souleymane Diamanka a passé son enfance à Bordeaux, dans la cité de la clairière des Aubiers. A l'instar de ses ancêtres Peuls, ce poète des villes joue avec les mots, leur sens et leur musique. Le slam de sa voix grave s'inspire de la tradition des griots de l'ouest africain. Ce premier album est une réussite : textes, musiques, invités (Grand Corps Malade, Kayna Samet, Nubians). Un album rare, une émotion pure, inouïe. Diam's Brut de femme 190 DIA

« Quand t'as mal tu dis plus rien t'encaisses et t'encaisses » Diam's chante, Diam's crie « sa souffrance » ! et m'oblige à lever la tête. Mon regard croise celui d'une jeune femme, la seule personne encore à choisir des CD à cette heure proche de la fermeture. « On dirait un film » dit-elle. Nous sourions en soupirant, désenvoutées. Et depuis ce « disque d'or », Diam's la rappeuse continue d'enrager. Disiz la Peste Itinéraire d'un enfant bronzé 190 DIS

Grand Corps Malade Midi 20 190 GRA

Grandmaster Flash The Greatest hits 190 GRA

Guru's Jazzmatazz Guru's jazzmatazz Streetsoul vol. 3 190 GUR

IAM De la planète Mars 190 IAM

James Kéry Réel 190 JAM

Koumekiam Koumekiam 099 KOU

Ses textes parlent de cafés et de clopes, d’immigration clandestine... du statut d’intermittent. Koumekiam (« Comment je m’appelle » en roumain) est une mitraillette à mots. Naviguant entre humour et émotion, entre slam et chanson, 2009 est l'année Koumekiam : en février il est à Romans (salle Jean Vilar) puis au Printemps de Bourges, au Tremplin de la chanson de Chorus, et aux Francofolies. Ne passez pas à côté de cet artiste lyonnais.

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Krs-one Return of the boom bap 190 KRS

Le Troisième Œil Hier, aujourd'hui, demain 190 TRO

Les Sages Poètes de la Rue Après l'orage 190 SAG

Luciole Ombres 099 LUC

Coup de cœur pour Luciole et son premier album : elle a écrit les textes et Dalcan a composé la musique. Nous sommes embarqués dans son univers artistique mélange de slam et de chanson. Les textes sont accompagnés de jolies mélodies, un seul propose du slam originel sans ambiance sonore. Elle s’amuse avec les mots, leurs sens, leurs sons, leurs rythmiques et tout ça pour le bonheur de nos oreilles. Une artiste à suivre… Marco DSL Décrochons la lune ! - Allons à l'essentiel ? 099 MAR

DJ animateur de radio, Marco (alias Vers Sain Rhéthoric) a composé ce 1er album avec la S.L.A.M.(Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots). Chacun des textes est un défi littéraire, une rencontre entre les mots, leur musicalité et la musique. Les prises de parole tour à tour provocantes, grinçantes, tendres et drôles, évoquent les fragilités de l'homme et les horreurs du monde fabriqué par lui. Exercice de style d'un écorché vif. MC Solaar Qui sème le vent récolte le tempo 190 MCS

Mots Paumés Trio Songes déments 099 MOT

Originaires de Grenoble, Mots Paumés Trio sont : Bastien Maupomé, MC ou plutôt slameur et Sum-Soundzmaker, un duo de musiciens qui mêle naturellement clarinette, guitare et boucles électroniques. Les textes abordent les thématiques de notre société actuelle : malbouffe, tout répressif, pollution, racisme… L’écriture oscille entre dérision et protestation, jouant avec les mots de manière très subtile. Découvrez sans attendre, vous en redemanderez ! N.W.A. Greatest hits 190 NWA

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Oxmo Puccino L'Arme de paix 190 OXM

Oxmo Puccino prouve avec cet album que le rap peut aussi adoucir les mœurs : les textes sont d’une grande finesse, les métaphores et les jeux de mots s’enchaînent avec légèreté. Certains diront que ce n’est pas du rap d’autres verront là une occasion de réconcilier rap et chanson française. Il est conseillé d’écouter ce grand poète avec une oreille attentive. Un peu de douceur dans le monde du rap français ! Public Enemy Fear of a black planet 190 PUB

Rohff Au delà de mes limites 190 ROH

Run DMC King of Rock 190 RUN

En 1985 Rev Run (Joseph Simmons), D.M.C. (Darryl McDaniels) et Jam Master Jay (Jason Mizell) signent King of Rock. Jam Master Jay torture ses platines tandis que la voix de Rev Run se fait agressive. Un album rageur indispensable qui pose les bases de la fusion rock/rap, avec 2 titres incontournables « King of rock » et « You talk too much ». Sage Francis Human the death dance 190 SAG

Scott-Heron Gil Winter in America 1 SCO

Sniper Trait pour trait 190 SNI

Snoop Dogg From Compton to Longbeach 190 SNO

Soprano Psychanalyse avant l'album 190 SOP

Suprême NTM Authentik 190 SUP

The Last Poets Holy terror 190 LAS

Williams Saul Saul Williams 190 WIL

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2) Sélection de DVD disponibles à l’espace musique Abd Al Malik Live à la Cité Nationale de l’histoire de l’immigration 190 ABD

Ce DVD live d’Abd Al Malik a été filmé à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration. Les personnes qui l’ont déjà vu sur scène retrouveront avec plaisir le charisme et la générosité qui le caractérisent (avec le public et les musiciens qui l’accompagnent). On sent qu’il « vit ses textes », il les met en scène et nous captive jusqu’à la fin. Ce DVD contient un documentaire bonus très intéressant, dans lequel on voit le côté off de la tournée. Levin Marc Slam 190 LEV

Film culte, sur la vie imaginée d'un jeune slameur noir. Saul Williams le rappeur poète américain y interprète le rôle titre. Ray Josuah, passionné des mots et des rimes vit dans le ghetto de Washington. Arrêté, il se retrouve en prison où il rencontre Lauren qui donne des cours d'écriture aux prisonniers...Un film bouleversant et doté d'une grande force. Ce film a été récompensé par une Caméra d'or au festival de Cannes en 1998. Rap battles round 1 190 A

Slum Village New York undercover live in Paris 190 A

Tessaud Pascal Slam, ce qui nous brûle 190 TES

« Slam ce qui nous brûle » nous invite à découvrir le slam, à travers les portraits croisés de 4 slameurs : Nëggus, Luciole, Julien Delmaire et Hocine Ben. Ce documentaire nous entraîne au Café Culturel où Grand Corps Malade et John Puc' animent leur célèbre soirée « Slamaleikoum », au Cabaret Populaire où Pilote le Hot organise des compétitions de slam, et à l'Hermitage, où Luciole anime un atelier d'écriture. Un DVD très intéressant qui permet de découvrir des slameurs qui gagnent à être connus.

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VI) SOURCES DOCUMENTAIRES 1) Livres : Au coeur du slam Grand Corps Malade et les nouveaux poètes / Héloïse Guay de Bellissen Alphée-Jean-Paul Bertrand 2009

Hip-hop l'authentique histoire en 101 disques essentiels / Olivier Cachin Ed. Scali 2007

L'Offensive rap / Olivier Cachin Gallimard 1996

Le rap / Anthony Pecqueux le Cavalier bleu 2009

Le rap français dix ans après / Jean-Claude Perrier Table ronde 2010

Rap stars les nouvelles icônes / Adeline Lajoinie Music and entertainment books 2010

Le Rap, expression des lascars : signification et enjeux dans la société française / Manuel Boucher Harmattan 1998

2) CD : - Les Inrockuptibles Collectorama N° 9 : hip-hop, tour du monde de New-York au 9-3. 3) Sites internet : www.hiphop-musik.org www.le-graffiti.com mediatheque.ville-grand-quevilly.fr www.planeteslam.com espacedefis.com fr.wikipedia.org www. rapconnexion.net www.rap2france.com www.ligueslamdefrance.com www.myspace.com/souleymanediamanka www.grandcorpsmalade.com www.myspace.com/mehdidixetmadamebert

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MUSIQUES URBAINESDes origines américaines à la France d’aujourd’hui