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SEPTEMBRE 2012

— CULTURE - TENDANCES - LUXE —

6.00 CHF - 6 €

— 1 CHF —

— MODE —

FOCUS : éLOGE DE LA PETITE VESTE NOIRE INTERVIEW : AMéLIE NOTHOMB ARCHITECTURE : CALIFORNIA DREAM


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— DESIGN —

VITRINE ci, le canapé Leonardo de Studio 65 recouvert des motifs du drapeau américain. Plus loin, une toile d’Andy Warhol reproduisant le slogan publicitaire de Coca-Cola sur une boîte d’allumettes… Ces deux œuvres, et les 138 autres exposées par le Vitra Design Museum à Weil am Rhein en Allemagne dès le mois d’octobre, donnent à voir l’affirmation, l’ironie et la provocation qui ont marqué les décennies du pop art design. « Même si le canapé peut être une sorte d’hommage aux Etats-Unis au premier coup d’œil, le fait de s’asseoir sur son emblème national morcelé laisse entrevoir un message bien plus impertinent. De la même manière, Andy Warhol détourne l’un des symboles forts des Etats-Unis, le Coca-

Cola, très présent dans l’imaginaire collectif de l’époque », analyse Mathias SchwartzClauss, curateur de l’exposition coproduite par le Vitra Design Museum, le Louisiana Museum of Modern Art ( Danemark ) et le Moderna Museet de Stockholm, qui accueilleront à leur tour l’exposition en 2013. Dans les quatre salles, les icônes pop se regroupent par thématiques. Des œuvres de premier plan qui ont jalonné la production artistique des années 1955 à 1973 sont mises en perspective à travers une confrontation entre l’art et le design. Ainsi, aux créations de Claes Oldenburg, Roy Lichtenstein, Ed Ruscha ou en encore Richard Hamilton se juxtaposent des projets de designers tels que

pop art design Du 13.10.2012 au 03.02.2013. Vitra Design Museum, Weil am Rhein www.design-museum.de


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Charles et Ray Eames, George Nelson, Achille Castiglioni ou Ettore Sottsass. Et c’est là toute l’originalité de la démarche du Vitra Design Museum : proposer une nouvelle image du pop art, dans laquelle le design joue pour la première fois un rôle central. Selon son curateur, l’exposition établit en effet formellement que le design sculptural des années 50-70 n’est pas seulement une réaction à l’art, mais a vraisemblablement influencé ce courant majeur de l’après-guerre. « C’est la première fois qu’une exposition interroge ce phénomène. Les pièces mises côte à côte laissent entrevoir un dialogue entre les deux disciplines. Les artistes détournaient des objets du quotidien en

œuvre d’art en utilisant des techniques picturales plutôt considérées comme industrielles, tandis que les designers exploraient des stratégies artistiques telles que les citations, le collage et l’ironie, pour formuler une nouvelle esthétique de mobilier », développe Mathias Schwartz-Clauss. Au fil des pas, l’exposition passe en revue les influences, les champs d’application et les grands questionnements du pop art. On découvre les circonstances dans lesquelles il est apparu et s’est émancipé, jusqu’à devenir l’une des principales références esthétiques touchant aussi bien l’art que la mode, ou en-

core l’architecture. Si toutes les facettes de la consommation de masse naissante ( publicité, médias, produits industriels, etc. ) influençaient les créateurs, l’exposition démontre que la digitalisation de l’information, l’art populaire folklorique et même la culture tribale amérindienne ont aussi joué leurs rôles. En plus des œuvres d’art, pochettes de disques, magazines et prises de vue d’intérieurs de l’époque, notamment de l’appartement du célèbre collectionneur Gunter Sachs, illustrent l’étendue de l’esprit pop qui a imprégné la société des sixties.

Leonardo sofa de Studio 65 à Milan réalisé en 1969 pour Gufram Fagend Study de Claes Oldenburg conçu en 1968 et réalisé en 1976. Marshmallow sofa de George Nelson & Associates réalisé en 1956 Campbell’s Soup Cans, œuvre d’art créée en 1962 par Andy Warhol.


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— FOCUS —

Karl Lagerfeld et Carine Roitfeld sortent un livre de photos à la gloire de la petite veste noire, inventée dans les années 50 par Gabrielle Chanel. Décontractée le jour et chic le soir, elle est moderne pour l’éternité.

harade fashion: mon premier est une pièce maitresse du dressing féminin coupée près du corps, mon deuxième méprise élégamment la couleur, mon tout est un grand classique, une sorte de bizutage pour tout aspirant couturier. Attention, piège ! La réponse n’est pas forcément celle que l’on croit… La petite robe noire ? Bien essayé, ça aurait pu. Pourtant, il s’agit de la petite veste noire. Certes, elle n’a pas la « star quality » de son illustre cousine, dont la postérité est assurée par la silhouette gracile d’Audrey Hepburn, l’inoubliable muse d’Hubert de Givenchy dans le film « Breakfast at Tiffany’s ». Condamnée à plus de rigueur de par sa confection exigeant une certaine aisance au niveau des emmanchures et des bras, la petite veste noire n’en est que plus radicale. Pièce forte par définition, chargée d’un historique nous ramenant inévitablement à Gabrielle Chanel, la première image qui surgit lorsqu’on l’imagine est la silhouette longiligne de la couturière parisienne, toujours impeccable dans son tailleur noir. À l’instar de son illustre successeur Karl Lagerfeld avec son catogan poudré de blanc et ses lunettes noires, elle a fait du tailleur sa signature. Une silhouette reconnaissable en un coup d’œil, gravée dans toutes les mémoires. Une allure à l’identité graphique tellement bien dessinée qu’elle est déclinable en figurine Lego. Mademoiselle Chanel le portait de façon sévère, les générations suivantes se sont chargées de le faire évoluer avec leur temps. Aujourd’hui,

‘ un tailleur chanel est construit pour une femme qui bouge ’ Gabrielle Chanel

une veste tailleur se combine parfaitement avec un jean et un simple T-shirt blanc, façon cool. « Un tailleur Chanel est construit pour une femme qui bouge. Moi qui aime la femme, j’ai voulu lui mettre des costumes dans lesquels elle soit à l’aise, qui lui permettent de conduire une voiture et qui, en même temps, soulignent sa féminité », expliquait Mademoiselle Chanel dans les années 50. Furieusement moderne pour l’époque, sa recherche de confort était alors son obsession. Elle n’hésitait pas pour arriver à ses fins à déconstruire le vêtement en mettant au point des astuces techniques pour faire de sa veste une seconde peau. Dans la confection du tailleur, les épaulettes et les entoilages, qui selon elles raidissaient l’étoffe, étaient tout simplement bannis. « Parce que l’élégance du vêtement, c’est la liberté de bouger », disait-elle. Un classique réinventé au gré des saisons Un demi-siècle plus tard, la veste tailleur est toujours là. Elle est devenue l’une des rares pièces à écraser les tendances, toujours in, jamais out. Véritable classique de la mode, elle est réinventée au gré des >>>

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— FOCUS —

‘ l’élégance  du vêtement  c’est la liberté  de bouger ’ Gabrielle Chanel

>>> saisons et de l’inspiration de Karl La-

gerfeld. Il n’en fallut pas moins à ce dernier pour rendre un hommage photographique à la petite veste noire. Avec la complicité de son amie Carine Roitfeld, il a épluché son carnet d’adresses pour demander à ses amies de poser en petite veste noire face à son objectif. Vanessa Paradis, Sarah Jessica Parker, Charlotte Casiraghi, Anna Mouglalis, Georgia May Jagger, Tilda Swinton, et Uma Thurman, toutes ont accepté l’invitation. Mais ce n’est pas tout, l’universalité de la petite veste noire ne se limite pas aux femmes. Pour le prouver, les acteurs Gaspard Ulliel et Tahar Rahim, sans oublier l’inévitable Baptiste Giabiconi, ont eux aussi enfilé leur tailleur à cinq boutons sans rechigner. Au total, Lagerfeld a immortalisé plus de cent personnalités et autant de manières de porter la veste tailleur noire et ses quatre poches appliquées. Toutes sont compilées dans un livre, « La petite veste noire : Un classique revisité par Karl Lagerfeld et Carine Roitfeld », disponible en librairie cet automne après une exposition qui lui a été consacrée à Tokyo du 24 mars au 15 avril 2012, puis à New York début juin. A propos de l’universalité et de l’intemporalité de la fameuse veste, le directeur artistique de la maison de couture parisienne dit : «Mademoiselle Chanel l’a rendue iconique en la portant elle-même. L’origine de la veste est assez étrange : elle avait vu une veste tyrolienne avec quatre poches et bordée d’un galon. C’était en Autriche et elle était portée par le personnel de l’hôtel du baron Pantz. C’était donc une veste d’homme. De la même manière qu’elle avait emprunté le tweed au duc de Westminster et le jersey à Boy Capel, elle a créé l’équivalent de ce vêtement masculin pour les femmes. Tout le monde rêve d’inventer la veste Chanel. C’est une pièce qui n’a pas de genre. En devenant un vêtement typiquement féminin,

cette veste d’homme est devenu le symbole d’une certaine élégance féminine nonchalante et indémodable. Elle appartient à tous les temps».

Charlotte Casiraghi, « the little black jacket Chanel’s classic revisited by Karl Lagerfeld and Carine Roitfeld », Steidl 2012. Sarah Jessica Parker, « the little black jacket Chanel’s classic revisited by Karl Lagerfeld and Carine Roitfeld », Steidl 2012. Astrid Berges Frisbey, « the little black jacket Chanel’s classic revisited by Karl Lagerfeld and Carine Roitfeld », Steidl 2012. Image du making of video Alice Dellal, « the little black jacket Chanel’s classic revisited by Karl Lagerfeld and Carine Roitfeld », Steidl 2012.


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