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Peter Brötzmann 26.08

Festival Météo

Mulhouse

Par Guillaume Malvoisin Photos : Sébastien Bozon

Souvent, on peut lire des mots ou entendre des mots comme « violence » ou « rage » pour qualifier votre musique. Merde ! Ce sont des conneries. Cela me suit depuis la sortie de l’album Machine Gun. C’était en 1968… C’est complètement stupide aujourd’hui. Je résumerais votre jeu à une énergie insistante et sensuelle. Je suis familier du jeu de Coleman Hawkins ou Don Byas. Sans leurs sons, je ne saurais pas jouer comme je joue. Pour revenir à la colère, comment pourraiton être heureux dans ce monde ? Mais tracer une ligne directe entre cela et ma musique, c’est un peu trop facile. Trouvez-vous une certaine joie dans un jeu aussi puissant ? Oui. Aller chercher les limites, dépasser certaines barrières. C’est une sensation très agréable de finir un set le corps vidé et bousillé. J’adore ça. Vous semblez explorer depuis 50 ans la même façon de rester en vie ? Qu’est-ce que c’est la vie ? Il faudrait d’abord que je sache où je suis, où je vais. Pour moi, le jazz n’a jamais été une question de style, swing, be-bop ou autres. C’est une histoire de personnalités. Ce qui est beaucoup plus intéressant. Je n’ai pas de but singulier mais j’aimerais connaître ce que je suis. Et cela nécessite la durée d’une vie. Je m’approche peut-être de la réponse. Quel lien peut-on faire entre votre travail graphique et votre musique ? J’ai débuté comme peintre. J’imprimais en sérigraphie et j’ai fait 99% des pochettes de mes albums mais à la fin des années 60, la musique a pris le pas. Le but de la musique reste de créer à plusieurs. C’est une force sociale. On n’a pas besoin d’une amitié profonde mais de respect.

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Vos choix de partenaires sont-ils basés sur leur façon de jouer ? Je crois que cela ne se passe pas tout à fait comme cela. Par exemple, Heather Leigh m’a choisi et j’en suis vraiment très honoré mais, pour être honnête, je ne la connaissais pas, je ne savais même pas ce qu’était le pedal steel guitar. Elle m’a simplement appelé et nous avons joué ensemble au festival de Glasgow. Sinon, j’ai un faible pour les batteurs. Ils sont un contrepoint parfait à mon travail. Dans ma petite histoire musicale, tu trouveras les meilleurs batteurs qu’on peut choisir. On peut noter une certaine provocation dans les titres de vos albums. Cela viendrait-il de votre passage au sein du mouvement Fluxus ? Je ne me suis jamais vraiment engagé dans le mouvement Fluxus. La rencontre avec Nam June Paik aux débuts des années 60 reste importante pour mon travail graphique comme Don Cherry l’a été pour ma musique. Tu sais, pour créer une musique différente, tu dois aller rencontrer des peintres, des gens de théâtre. J’ai rencontré assez tôt Mauricio Kagel, Stockhausen et John Cage. Cela m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui, tout est rangé dans des petites boîtes et le business t’oblige à produire, à être présent sur Internet. La musique s’en trouve forcément changée. C’est grâce à ce constat qu’on trouve un titre comme Whatthefuckdoyouwant sur un de vos albums ? Ça a pas mal à voir avec cela, oui. En vous entendant jouer, on pense bien sûr à Albert Ayler, Coltrane ou Don Cherry. C’est pourtant Coleman Hawkins ou Art Pepper qui reviennent souvent, selon vous, comme influences. Dans ma façon de jouer et de considérer la musique, Coleman Hawkins et Sonny Rollins ou même Ben Webster sont des repères. Ce sont tous des musiciens avec un soin très personnel de leur son. J’essaie de me rapprocher de cela. Si tu écoutes la radio et qu’un de

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46ème numéro (rugissant) de NOVO, le magazine pour les jeunes gens modernes (et les vieux) qui s'intéressent à la culture sans oeillères ni...

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