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Par Cécile Becker

Anciens combattants, place de la République à Strasbourg. Novembre 2012. © Jan Michalowski

Questions de front À l’heure du centième anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale, la HEAR propose le regard décalé de ses étudiants sur l’exercice de commémoration appliqué à l’Armistice. L’exposition Onze.onze est aussi une façon d’interroger cette pratique sur-médiatique. Sur le site du ministère de la Défense, elles sont au nombre de onze, coïncidence venant résonner avec le titre de l’exposition ? Peut-être. Ces journées dédiées aux cérémonies commémoratives, marronnier adoré des médias, font partie intégrante de la « politique de mémoire » du gouvernement. Il ne s’agit ainsi plus d’un devoir de mémoire, mais bien de politique avec sa hiérarchie, ses apparats et ses obligations. « Chose publique », la commémoration devient pour nos dirigeants un exercice de communication dont ils usent pour faire passer de nouveaux messages et appuyer leurs propres politiques et décisions. Là, ce sera la pluie sans parapluie venant induire une force bravant les éléments et l’incontrôlable, venant nous susurrer à l’oreille que le pouvoir assume, qu’il fait face malgré le climat peu favorable. Une autre fois, ce sera le duo américano-russe mis en scène dans une apposition d’images fortuite, se glanant en demi-sourires. Des regards, des gestes, des impromptus passant indubitablement sous le rouleau compresseur des analystes, avides de nouveaux indices sur le vent à venir, oubliant même le principe de commémorer. Car ces cérémonies sont d’abord une manière de se rappeler l’engagement, les tranchées, les blessures, une manière de se confronter une nouvelle fois à l’erreur avec l’espoir de ne jamais la répéter désormais abrités par des unions

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nouvelles. Et pourtant… L’Europe et ses Républiques respectives n’ont jamais été aussi remises en question par tous et de tous bords. Nos institutions, aussi bancales soient-elles, ont d’abord été un moyen de nous prémunir contre de nouvelles erreurs fatales. Dans ces divers contextes pour quoi ces commémorations ? C’est avec un certain panache que l’exposition Onze.onze vient répondre à cette question. Dans le cadre du programme de recherche « Lignes de front », la Haute école des arts du Rhin a confronté les étudiants à l’exercice de la commémoration pour en déceler ses écueils. Fondus dans la masse, ils ont suivis en 2012 et 2013 les cérémonies de l’Armistice du 11 novembre dans tout le Grand Est. Avec cette difficulté induite par leur position : mis à distance, loin de la cérémonie, ils écoutent et observent et tentent d’en extraire une problématique traduite en gestes artistiques allant de la photographie à l’installation. Un témoignage anarchique, parfois «  cancre  » qui vient faire sourire et interroger le spectateur sur ce théâtre du souvenir dont on ne sait malheureusement plus vraiment ce qu’il veut dire. ONZE.ONZE, exposition du 11 octobre au 11 novembre à La Chaufferie à Strasbourg www.hear.fr

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NOVO N°31  

31ème numéro de NOVO, le plus classieux des magazines culturels de province.

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