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Pièce à scandale

Culture future L’entrée des nouvelles technologies dans le monde du spectacle peut s’apparenter à une petite révolution. Depuis un peu plus d’une décennie, projections, vidéo mapping et autres mélodies électroniques investissent les scènes de nos théâtres aussi bien que de nos vies. Car plus que tout, l’art est le reflet de notre société et c’est à partir de ce lien inextricable qu’a été pensé le festival Ars Numerica, s’ancrant dans l’ici et maintenant. Pour sa deuxième édition, le festival continue d’explorer la création et la culture numérique sous toutes ses formes. Proposition hybride, Montagne 42 est certainement un des meilleurs exemples de cette dualité : fusionnant théâtre et vidéo, Florent Trochel interroge notre rapport à l’immensité. On ressentira très certainement le même étonnement face au Light Solos de la danseuse bruxelo-canadienne Ula Sickle. Pris dans un halo de flashs et de lampes stroboscopiques, le corps perd toute limite perceptible pour un moment d’illusion totale. Le plasticien Daniel Schwarz recentre quant à lui le propos sur la rencontre de l’humain et de la machine : à l’instar du brillant Mekanik Kantatik, il fusionne musique électronique et cyberjazz dans une scénographie pointue. En marge des représentations seront organisés workshop, exposition, parcours acoustique et ateliers pour une plongée plastique, sonore et visuelle toujours plus expérimentale ! Par Claire Tourdot

Quatre ans seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Henry de Montherlant met, comme qui dirait, les pieds dans le plat. Il imagine un étouffant drame familial opposant, à la veille de la libération, un fils résistant et un père collaborateur. L’auteur à succès perd en quelques mois tout crédit, jugé trop à droite, ou encore trop violent pour une époque où la politique intérieure est à la réunion pacifique du pays. Mais le temps s’est écoulé depuis l’année 1949 et des metteurs en scène tels que Michel Fau voient aujourd’hui dans le ton de Montherlant plus une constatation qu’un réel partisanisme. Ce père collabo (interprété par Michel Fau lui-même) qui décide d’autoriser son fils Gillou (Loïc Mobihan) à entrer dans la résistance pour redorer son propre blason, c’est finalement le schéma de toute une génération inconsciente des horreurs commises sous l’Occupation. Demain il fera jour est une pièce violemment honnête : ce n’est que le constat fait par un Montherlant qui ose représenter. L’oppressant huis-clos est complété par la figure d’une mère omniprésente, à la limite de l’inceste. Léa Drucker donne vie à ce rapport perturbé entre mère et fils, campant une femme soumise à la misogynie de son époux. Derrière le drame bourgeois se dessine une tragédie antique au canevas traditionnel : un père orgueilleux, un fils plein de fougue et une mère égarée par son instinct maternel. La brutalité du propos vient rejoindre le raffinement du style. Du grand Montherlant qu’on vous dit. Par Claire Tourdot

ARS NUMERICA, festival du 29 octobre au 16 novembre à MA Scène nationale à Montbéliard. www.mascenenationale.com

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DEMAIN IL FERA JOUR, pièce de théâtre le 27 novembre à la Coupole à Saint-Louis. www.lacoupole.fr

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NOVO N°26  

26ème numéro de NOVO avec une nouvelle maquette encore plus belle! (Avec NOVO, le plus beau magazine culturel du Grand Est, la culture n'a p...

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