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EntreVues Festival International du film Belfort du 22.11 au 30.11.2008 // Un hors-sĂŠrie du magazine novo

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édito

Le visage du cinéma Par Emmanuel Abela

Installer le cinéma dans ses perspectives propres, voilà un défi qui n’est pas des moindres, et pourtant à EntreVues, on s’y attache vraiment. Janine Bazin dans un premier temps, puis Bernard Benoliel avant Catherine Bizern depuis trois ans, n’ont eu de cesse d’interroger ce qui fait l’essence même d’un festival de cinéma. Doit-il se contenter de programmer des talents naissants et les offrir à un public constitué de cinéphiles et de professionnels ou doit-il inscrire sa compétition officielle, aussi exigeante soit-elle, dans un cadre plus général qui restitue au passé son importance et détermine des chemins de traverse futurs vers d’autres disciplines étroitement liées, la musique, la danse et le théâtre ? La réponse tient en une programmation ouverte qui tend à renouer avec la dimension festive propre à la vocation initiale d’une manifestation organisée au cœur de sa ville et de sa région et qui l’impose de plus en plus comme LE festival de cinéma du Grand Est. À côté de la Compétition Officielle qui a révélé tant d’auteurs émérites par le passé, se construit une transversale aux ramifications infinies sur le thème très engageant de Pourvu qu’on ait l’ivresse, dans laquelle s’intègrent aussi bien certains des films de Paul Verhoeven que bon nombre d’expériences cinématographiques extrêmes, que ce soient des films de fiction ou certains films expérimentaux. Ce travail mené sur le fil ténu qui sépare narration pure et foisonnement plastique, trouve son prolongement avec l’intégrale Yousry Nasrallah qui, vingt ans après son prix au festival vient présenter l’ensemble de ses réalisations, des contes modernes qui interrogent avec poésie et lucidité l’évolution de nos sociétés. D’autres aspects de la programmation, une rétrospective des classiques d’espionnage ou les films révélés à la Quinzaine des réalisateurs, à l’occasion du quarantième anniversaire de la célèbre sélection, tout comme cette expérience qui est menée autour du travail de revalorisation du fond Albatros de la Cinémathèque française par le biais de ciné-concerts ambitieux, resituent le cinéma dans son histoire propre. Histoire de montrer que l’aventure d’aujourd’hui est aussi le fruit des expériences stylistiques passées, menées par des figures proprement visionnaires. En passeurs de désir, avec une vision nourrie et ouverte, Catherine Bizern et son équipe dessinent à EntreVues les contours du visage du cinéma de demain.

OURS Ce hors-série du magazine novo est édité par la Sàrl médiapop au capital de 1000 € Directeur de la publication // Philippe Schweyer (ps@mediapop.fr) Rédacteur en chef // Emmanuel Abela (emmanuel.abela@mots-et-sons.com) Rédacteurs : Caroline Châtelet (chateletcaro@yahoo.fr ) Fabien Texier (f.texier@plan-neuf.com) Studio graphique // starHlight – Imprimerie // Sicop Siret 507 961 001 00017 // ©médiapop 2008 – Dépôt légal // novembre 2008 Merci Merci Merci Merci Merci Merci

à la Ville de Belfort pour sa confiance. à Catherine Bizern pour son engagement. au Crac Alsace pour son soutien. à la Cinémathèque française pour l’image de l’Enfant du Carnaval. à Patrick Messina pour sa fidélité. à Raphaël Krafft pour sa générosité.

Photo de couverture : Husbands (1970) de John Cassavetes

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ENTREVUES


EntreVues

un espace d’échange

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Pour sa troisième édition à la tête du festival EntreVues, Catherine Bizern affirme un peu plus encore la nécessité de créer un espace ouvert à destination de tous, au-delà du cercle des auteurs et professionnels du cinéma, afin de renouer avec la dimension festive de l’événement au cœur de la ville de Belfort, de la région Franche-Comté et du Grand Est. Avec EntreVues, on a le sentiment que vous souhaitez renforcer l’idée d’un espace de rencontre et de dialogue autour d’un cinéma qui vibre. Oui, c’est vrai. Je pense que le cinéma, c’est fortement politique et qu’il constitue un lieu de réflexion, d’agitation et de partage de la parole. Je crois fortement qu’organiser un festival de cinéma, c’est mettre en jeu cette parole. Pour EntreVues qui se passe dans une ville comme Belfort – nous ne sommes pas à Paris, ni dans un festival où il y a un marché –, il s’agit de favoriser la rencontre entre le public, des premiers films, les auteurs de ces films et les professionnels qui s’intéressent au jeune cinéma ; la façon d’organiser l’événement doit montrer que le festival se construit autour de cette rencontre-là. L’enjeu, c’est de créer un moment fort autour de cette affirmation du partage. Vous le formulez avec une pointe de modestie, mais malgré tout EntreVues est en train de s’imposer comme le festival du Grand Est de la France… Je vais reprendre volontiers la citation de Janine Bazin, une phrase qui m’a été rapportée : « Le festival EntreVues est le plus grand des petits festivals. » J’ai l’impression d’une grande chance : les régions qui composent le Grand Est, l’Alsace, la Lorraine, la Bourgogne et la Franche-Comté, manifestent l’envie de construire quelque chose ensemble autour du cinéma, en termes de formation ou de diffusion. Après que la France s’est beaucoup fragmentée du fait de la décentralisation au niveau de l’aide apportée au cinéma, il est assez intéressant de constater que de grands pôles se constituent. Contrairement à des grands pôles en tant que tels, comme les régions Ile de France, PACA ou RhôneAlpes qui s’assument seules, il y a un mouvement des professionnels du cinéma dans le Grand Est afin de constituer quelque chose en commun. Je pense que c’est le devoir du festival de Belfort que d’accueillir ce travail autour du cinéma. Il s’agit pour EntreVues de s’affirmer comme LE festival de cinéma de ces régions.

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La qualité d’EntreVues est reconnue, celle-ci assoit sa notoriété… Oui, c’est vrai, aussi bien au niveau national qu’international. À présent, il faut faire en sorte que le festival devienne un véritable événement culturel pour le public cinéphile du Grand Est. Ça n’est pas encore gagné. Ça demande beaucoup de communication de proximité et d’énergie. Si l’on prend l’exemple des Eurockéennes de Belfort – la comparaison en termes d’échelle s’arrête là ! –, l’événement est attendu par le public très large de cette grande région. Malgré tous les inconvénients, le fait qu’on ne se situe pas pendant les vacances à une période à l’approche de l’hiver, j’aimerais que les cinéphiles, forcément moins nombreux que les amateurs de musique, utilisent cet instant comme un vrai moment pour se retrouver, faire des découvertes, se ressourcer peutêtre aussi. Justement, il y a une vraie volonté d’ouvrir le festival vers d’autres disciplines, la musique, la danse ou le théâtre, avec des partenaires locaux… On peut distinguer les choses, en ce qui concerne la musique et la danse. S’il s’agit du prix One + One, créé l’an dernier, je me suis rendu compte que dans beaucoup de films présentés à EntreVues, la musique, et plus précisément la musique pop était très présente. Ça s’explique par les goûts des sélectionneurs [Bertrand Loutte et Sébastien Chauvin, ndlr]. Et puis, nous sommes sur ce territoire de Belfort où la musique est importante et où il se passe beaucoup de choses. Il me semblait intéressant de créer un nouveau prix autour de cette ligne-là, un prix qui concerne l’utilisation de la musique par les cinéastes dans leur travail de mise en scène, un prix qui récompense l’audace et la liberté. Ensuite, en ce qui concerne la musique classique, avec le ciné-concert que nous organisons avec l’Orchestre Synfonietta ou la présence de la danse et du théâtre, il me semble que pour faire du festival un moment fort pour Belfort et sa population, il faut que nous ayons des choses à nous dire avec

les gens du milieu de l’art et de la culture qui travaillent ici tout au long de l’année. La synergie qui peut exister entre les arts d’une part, mais aussi entre les gens investis dans ces différentes pratiques et le public constitué de ceux qui aiment la musique, le théâtre et la danse, est très importante pour moi. Il faut qu’ils aient tous le sentiment de faire partie de la fête. C’est une manière de renouer avec la vocation première d’un festival… C’est exactement cela, renouer avec sa dimension festive. J’aime également l’idée de renouer avec le “tous ensemble”, dans des démarches qui se veulent transversales avec le Centre Chorégraphique, Le Granit et l’École Nationale de Musique de Belfort, des gens qui aiment sortir de leur maison. Ces collaborations constituent un plus parce que c’est l’occasion de faire circuler à la fois l’idée du festival et les publics. Je pense très sérieusement que quand on organise ainsi le festival de la Ville de Belfort, avec toute l’énergie et tous les moyens qu’on met en commun pour sa réussite, on doit faire en sorte que tout le monde puisse profiter de ce moment ressource pour l’utiliser à ses propres fins. C’est pour ça que j’aime beaucoup l’idée, par exemple, que les scolaires viennent et que les professeurs s’emparent du festival pour en faire quelque chose. Je n’aurai de cesse d’inciter les gens à plus utiliser à leur propre compte la capacité que nous avons de faire venir des films, des cinéastes et des professionnels. Propos recueillis par Emmanuel Abela Photo : Catherine Bizern par Patrick Messina

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Yousry

Nasrallah, l’Egypte en technicolor Depuis 20 ans, le nom de Yousry Nasrallah est lié à EntreVues. Le prix que cet ancien assistant de Youssef Chahine obtient en 1988 au festival révéle un auteur talentueux et un formidable raconteur d’histoires. Ses films nous font réfléchir avec un brin d’impertinence aussi bien sur l’évolution de la société égyptienne que sur la nôtre.

Nous sommes en 1988 et Vols d’été, son premier film, reçoit à EntreVues le grand prix du film étranger. Le cinéaste égyptien qui, comme il l’explique « n’a pas fait d’études de cinéma », est alors âgé de 36 ans. Issu d’une formation en économie, après un rapide passage en école de cinéma et quelques expériences de journalisme, Nasrallah devient premier assistant de Youssef Chahine. C’est son expérience sur Adieu Bonaparte (sorti en 1985) qui équivaut pour lui à « un passage de trois ans dans une école de cinéma ». À travers cette collaboration, Nasrallah apprend « tout ce qui est technique dans le cinéma par un très grand maître, de l’écriture du scénario au sous-titrage des copies. » Et développe par la suite sa propre écriture cinématographique. Alors vingt ans, sept films plus tard, et dixhuit années après la rétrospective consacrée à Youssef Chahine, cette intégrale consiste en de justes retrouvailles. Une belle occasion de mettre en perspective le travail du réalisateur, et de discuter avec lui de l’avenir immédiat, à savoir le tournage de son nouveau long-métrage qui a débuté mi-octobre. Vous allez débuter la réalisation de votre prochain film, de quoi parle-t-il ? De la répression et de la situation des femmes en Égypte à travers quatre histoires qui s’enchevêtrent. Le projet est de Waheed Ahmed, le scénariste de L’immeuble Yacoubian. Il m’a proposé le scénario et j’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme. En quoi ce thème vous touche-t-il ? Ce qui m’intéresse dans tous mes films c’est le rapport de l’individu avec les grands sujets historiques ou sociaux. Comment on essaye de se définir en ne se positionnant pas en tant que victime de l’histoire ou des conditions sociales. Et dans chacun de mes films il y a toujours eu une place spéciale réservée aux femmes. Là, ce qui me plaît c’est comment ces femmes tombées au plus bas

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parviennent à se reconstituer en tant qu’être humain. Sans aucun misérabilisme. Qu’y a-t-il de nouveau pour vous dans ce film ? C’est la première fois que je réalise un film où je suis uniquement réalisateur et c’est un exercice assez nouveau. J’ai au scénario le rapport qu’on peut avoir à un texte littéraire, à une pièce. Le réaliser consiste à en donner une version, la mienne. C’est très intéressant comme procédé de travail et bizarrement, assez libérateur. Pourquoi « libérateur » ? Waheed Ahmed est très populaire et traite de sujets tabous dans la société égyptienne, mais d’un point de vue populaire. Parfois même en reproduisant l’idéologie dominante. C’est donc libérateur d’avoir la possibilité de se positionner en tant que metteur en scène par rapport à cela. De garder mon point de vue tout en touchant largement le public. Cet exercice ne m’est arrivé qu’une fois auparavant, lors du documentaire À propos des garçons, des filles et du voile. Aborder un sujet qui n’est issu ni de mon univers, ni de mes

points de vue, est une manière d’essayer de comprendre certains raisonnements et modes de pensée. Le cinéma est-il un moyen pour vous de comprendre le monde ? De s’ouvrir au monde et de renvoyer au spectateur une image de lui qu’il peut aimer. Un des facteurs principaux du mécanisme de l’oppression consiste à ce que les hommes n’aient aucune estime d’eux-mêmes. Pour moi ce qui est formidable dans le cinéma c’est de trouver, en dépit de l’horreur qui nous entoure, la beauté des personnes. Afin qu’ils soient plus fiers d’eux-mêmes et par là même plus capables de questionner le monde. Ce film bénéficie-t-il de co-producteurs étrangers ? Aucun. Jusqu’à présent tous mes films ont été des coproductions de l’Égypte, de la France et parfois de l’Allemagne. C’est la première fois que le financement est purement égyptien. Être capable, au bout de 20 ans, de trouver un financement uniquement égyptien en étant libre de faire ce que je veux est quelque chose de très important pour moi.

C’est une forme de reconnaissance ? Oui, mais c’est aussi une reconnaissance de la rentabilité de mon travail. Qu’un producteur ait de l’argent à investir dans le cinéma que je fais est plutôt positif! C’est un pas en avant dans la perception de ce qu’est un film commercial. Jusqu’alors les producteurs égyptiens ne voyaient dans le cinéma commercial que des comédies banales et des imitations de films d’actions américains. Là, on se dit qu’il peut y avoir des sujets plus graves, intéressants et singuliers qui soient rentables. Cela veut dire qu’il y a aussi une demande du public. Que pensez-vous de l’évolution actuelle du cinéma égyptien ? Nous étions au plus bas dans les années 90. Mais l’existence des chaînes satellites et privées a provoqué un boom dans l’évolution du cinéma égyptien. Il a repris son souffle et commence à s’intéresser au monde et à la vie. Quant aux jeunes cinéastes, ils sont plus ouverts sur le monde, ils abordent des sujets auxquels on touchait rarement dans le cinéma commercial égyptien. Je crois que tout le monde ressent la nécessité de faire évoluer la structure narrative du cinéma égyptien. En parlant de votre cinéma, EntreVues vous définit comme « populaire et impertinent », qu’en pensez-vous ? Je ne sais pas... Populaire, j’essaye de l’être, en dépit du fait qu’on parle souvent de moi comme d’un cinéaste difficile... Impertinent, moins dans le choix des sujets que dans la manière de faire les films, dans le sens où je n’ai jamais obéi à des formes facilement recyclables. Votre rencontre avec Youssef Chahine a-t-elle influencé votre cinéma ? Avant de le connaître, en voyant Alexandrie pourquoi (1978) et Le Retour de l’enfant prodigue (1976), j’ai eu la certitude qu’on pouvait être « à l’intérieur » du cinéma égyptien et faire des films personnels, singuliers. Cela a été un énorme coup de fouet d’encouragement. Youssef Chahine n’a pas seulement fait de beaux films, il a su sans soutien du gouvernement créer une entreprise, la faire vivre dans la durée et, dans la mesure du possible, la partager. C’est son obstination qui m’inspire le plus.

La Porte du soleil (2004)

L’intégrale Yousry Nasrallah Vols d’été (1987) // Mercedes (1993) // À propos des garçons, des filles et du voile (1995) La Ville (1999) // Portrait d’un figurant et portrait de Youssef Chahine (c.m.) (2000) Immondialisable (c.m.) (2001) // La Porte du soleil (2004)

Propos recueillis par Caroline Châtelet Photo : Raphaël Krafft (Yousry Nasrallah et sa chienne Folla, présente dans L’Aquarium. Photo prise dans l’appartement de Yousri Nasrallah au Caire.)

Avant-première : L’Aquarium (2008) En tant que comédien : Merci Docteur Rey (Andrew Litvack, 2002)

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Compétition Officielle, allées et venues

2006 et reparti deux fois avec un prix, Alain Gomis couronné du prix du public en 2007 pour Andaluccia et Yousry Nasrallah qui vingt ans après son premier prix retrouve Belfort pour une rétrospective intégrale.

Andalucia (2007) d’Alain Gomis

Nombreux sont les auteurs à recevoir un prix à EntreVues, mais quelles sont les traces que laisse ce prix sur leur carrière ? Parmi d’autres, Laurent Achard, Alain Gomis et Yousry Nasrallah se posent la question rétrospectivement… Si chaque programmation et palmarès d’EntreVues sont connus, les effets du festival sont difficiles à saisir. Plus volatiles, ces conséquences sont imperceptibles autrement que sur le plan de la durée. Et varient largement selon que l’on se tourne vers le public, le festival ou encore les réalisateurs invités. Ainsi, lorsqu’elle programme, tout comme Jeanine Bazin par le passé, Catherine Bizern déclare chercher à être « traversée » par le cinéma. Preuve que pour ces femmes du septième art, la découverte de films n’est pas un acte purement intellectuel mais une moisson de sensations, d’émotions et réflexions. Aux festivals déshumanisés ou le strass se substitue parfois aux échanges, EntreVues oppose une expérience physique, éprouvée mais surtout transmise. Et tout

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comme l’équipe d’EntreVues invite le public à se laisser « traverser » par les œuvres, des réalisateurs traversent les éditions. Une, deux, trois fois... Un regard sur les films invités suffit d’ailleurs pour se persuader de l’existence de fidélités et d’une attention renouvelée à de jeunes cinéastes qu’on retrouve par la suite dans d’autres palmarès. EntreVues serait alors de ces lieux rares, permettant la « découverte » d’écritures cinématographiques, et aidant à la promotion de jeunes talents. Qui comme Laurent Cantet, Nicolas Philibert ou encore Claire Simon ont jalonné leur parcours professionnel d’incursions à Belfort. Alors, qu’en ont-ils pensé ? Qu’en ont-ils retiré ? Deux questions posées à trois d’entre eux, Laurent Achard, venu en 1994, 1998 et

Qu’imaginiez-vous d’EntreVues avant d’y venir ? Laurent Achard : Un lieu séduisant, lointain, étranger, comme l’était la Cinémathèque de Langlois. Alain Gomis : J’en avais l’image d’un festival un peu fermé, sérieux, solennel, un peu écrasé par le poids de la Cinémathèque. Yousry Nasrallah : Le nom de Bazin est très important dans ce festival, c’est vraiment ce qui ressort. Après, je n’ai le souvenir que d’une participation en tant que membre du jury, puisque lorsque Vols d’Eté a été primé à Belfort en 1988, je n’y étais pas. C’est l’année suivante que j’y suis allé en tant que membre du jury. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué et/ou séduit dans ce festival ? Laurent Achard : Le long trajet en train, le froid, et l’accueil chaleureux, attentionné de l’équipe du festival. Alain Gomis : La simplicité. Un festival vivant, ouvert, assez marrant. Des gens intéressants, des points de vue assez variés. Yousry Nasrallah : La force de ce festival c’est d’accompagner le cinéma français et de faire exister des cinéastes de manière forte en France. Ce qui est très bien. Il y a cette aura mythique du festival de Belfort qui continue de découvrir des talents français. Propos recueillis par Caroline Châtelet

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Édith Scob & Michael Lonsdale, parcours sésiorc

Édith Scob et Michael Lonsdale ne se croisent qu’à deux reprises au cinéma, mais leurs parcours parallèles en font des figures tout à fait singulières. EntreVues les réunit dans le cadre d’un hommage croisé qui signale la fulgurance de chacune de leurs apparitions. En près de cinquante ans de carrière, ils n’ont été réunis que deux fois à l’écran, dans les films La Vieille Fille de Jean-Pierre Blanc et La Question Humaine de Nicolas Klotz, et pourtant une singularité commune les unit, notamment dans la relation qu’ils établissent très tôt entre cinéma et théâtre, avant de se lancer dans de nombreuses expériences de théâtre musical, dans des mises en scène de Georges Aperghis notamment. Il n’est pas aisé de sélectionner parmi les films présentés lors de cette édition d’EntreVues, ceux qui se distingueraient véritablement, mais voilà un résultat possible.

Édith Scob Les Yeux sans visage de Georges Franju Des cinq films qu’Édith Scob a tournés avec Georges Franju, celui-ci reste l’un des plus marquants. À jamais, l’image de la jeune femme qu’on cache derrière un masque vient hanter nos nuits dans un élan d’amour irrépressible. Dissimuler l’être aimé pour mieux en révéler la beauté, on a rarement fait mieux. La Voie Lactée de Luis Buñuel Dans ce film à sketchs, vaste collage surréel à la charge étonnamment subversive, Édith apparaît en Vierge Marie ; elle désapprouve le caprice d’un Christ hilare qui souhaite se raser la barbe. Didine de Vincent Dietschy Loin de toute forme d’angélisme possible, Édith Scob exploite merveilleusement la nouvelle urgence de son âge pour interpréter un personnage acariâtre mais facétieux, à la limite de la misanthropie, qui repousse autant qu’il attendrit. Les Yeux sans visage (1959) // La Voie lactée (1968) // Didine (2007)

Michael Lonsdale Baisers Volés de François Truffaut On ne naît pas mari trompé, on le devient. Démonstration avec ce personnage veule, apologue du peintre Adolf Hitler, qui introduit le “détective-périscope” JeanPierre Léaud dans son magasin de chaussures et ouvre la porte au futur amant qui vivra une matinée d’exception avec une femme supérieure, Delphine Seyrig, l’éternelle complice au théâtre. India Song de Marguerite Duras Dans le rôle du vice-consul de Lahore, il évolue au gré des voix des narrateurs et narratrices et de la musique lancinante de Carlos d’Alessio dans l’ambiance désuète des années 30, tout en rivalisant de séduction et de style avec le rival Claude Mann pour crier son amour à Delphine Seyrig. Une sale histoire de Jean Eustache Prenant le relais de Jean-Noël Pick, Michael Lonsdale relate à la première personne l’aventure bien singulière d’un homme qui se penche à un endroit précis dans les toilettes d’un café parisien pour regarder le sexe des femmes. La retenue de l’acteur tranche avec la trivialité du récit, tout en lui restituant sa part d’universalité sur les relations hommes-femmes depuis des millénaires. Baisers volés (1968) // India Song (1975) // Une sale histoire (1977) Par Emmanuel Abela - Photo : Matthieu Orléan Édith Scob et Michael Lonsdale évoqueront leur travail de théâtre musical lors d’une rencontre au théâtre Granit.

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Le deuxième homme Redécouvert avec le retour aux sources de Paul Verhoeven pour Black Book, qu’il a co-écrit avec lui, Gerard Soeteman n’a jamais été très loin de celui dont il a scénarisé les premiers films. La venue de ce complice de l’ombre est l’occasion d’un jeu comparatif avec lui sur les films de la rétrospective consacrée au réalisateur hollandais.

Leurs années sauvages Quand, dans les années 60, Gerard Soeteman croisait régulièrement à la bibliothèque cet étudiant à peine plus jeune que lui et tout aussi chargé de bouquins, il n’imaginait guère que leurs vies seraient inextricablement liées. Traducteur pour la télévision hollandaise où il a vu et sous-titré des centaines de films « une école préférable à toute autre pour l’apprentissage du scénario » nous a-t-il confié, il écrit et réalise de petits sujets pour la chaîne. Passé à l’écriture de documentaires sur « tout et n’importe quoi », il est bientôt sollicité pour écrire une série TV médiévale louchant sur le succès des Thierry la Fronde de l’époque. Pour la réalisation, le producteur pense à un jeune réalisateur auteur d’un impressionnant documentaire, Het Korps Mariniers, réalisé durant son service militaire dans la marine néerlandaise. C’est le jeune étudiant de la bibliothèque, Paul Verhoeven. Les deux hommes, nés à deux ans d’écart (1936 et 1938), vont beaucoup s’amuser avec cette série, Floris (1969). « Paul me dit parfois avec les larmes aux yeux que Floris est la plus belle chose qu’il ait faite, il était insouciant, travaillait enfin avec des acteurs professionnels. Pour moi c’était une première expérience en fiction, et une liberté totale. » Quand un producteur leur propose d’adapter un livre d’Albert Mol en long métrage, ils sont d’abord consternés par le roman, « c’était vraiment moche », mais le travail de refonte de l’histoire portera ses fruits et Business is business (Wat Zien Ik, 1971) sera un énorme succès aux Pays-Bas. Suivront tous les films de la période hollandaise de Verhoeven : Turkish Delight (Turks Fruit, 1973), Keetje Tippel (1975), Soldier of Orange (Soldaat Van Oranje, 1977), Spetters (1980), le Quatrième Homme (De Vierde Man, 1983) et le succès international qui propulse Verhoeven aux USA : La Chair et le Sang (Flesh + Blood, 1985).

Ping-pong Depuis, Soeteman et Verhoeven n’ont jamais cessé de travailler à de nouveaux scénarios, « Nous en avons une dizaine en attente, y compris une adaptation de Maupassant, mais nous nous heurtons aux questions de financement. À Hollywood, il nous est souvent arrivé de nous voir refuser un projet sous prétexte qu’un film sur un sujet similaire au nôtre avait fait un bide ! » C’est ainsi que le producteur de Black Book (2006) a dû hypothéquer sa maison pour produire leur dernier film. En attendant, Gerard Soeteman a profité de son travail de scénariste pour la télévision, qu’il a quittée en 1991 – « c’est devenu trop commercial » –, pour rester entièrement libre de ses choix au cinéma. Azazel de Verhoeven et Soeteman d’après Boris Akounine annoncé pour 2009 serait encore soumis au bon vouloir des financiers et « Paul n’accepte que les scénarios qui l’intéressent. » À la base de leur travail un échange amical qui commence avec « les films qu’on ne veut pas faire. » Livres lus, articles de presse, expériences vécues, tout est matière à un film, certains sujet sont retenus, et « durant des années, ça prend forme. » Le travail d’écriture est déclenché par la collection d’une bonne trentaine de scènes « très visuelles ». « Si on s’aperçoit qu’on aligne les dialogues sans discontinuer, on laisse tomber. C’est un peu comme une bande dessinée dont les bulles seraient accessoires en regard du dessin, il nous faut des images frappantes qui nous donnent la chair de poule ! » Les dialogues sont construits sous la forme de ping-pong menés dans la bibliothèque de Soeteman ou la salle à manger de Verhoeven, durant lesquels le réalisateur dessine compulsivement des personnages, situations, comme des éléments d’un story-board à venir. Pour Black Book Soeteman et Verhoeven se sont enfermés pendant quatre mois à raison de cinq heures de travail par jour dont « [ils sortent] épuisés et affamés. » Depuis leurs débuts, le scénariste n’a aucunement l’impression d’avoir changé de style, « je me suis surtout amélioré, nous sommes seulement moins insouciants, moins chiens fous, nous avons plus en tête l’idée de ne pas planter le film. » Actuellement il se consacre à l’adaptation du premier volet de La Trilogie de Josèphe de l’écrivain anti-nazi Lion Feuchtwanger (auteur du Juif Süss en 1924, avec lequel il dénonce l’antisémitisme) que Verhoeven portera à l’écran… si les financeurs le permettent ! Fabien Texier

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Chassé-croisé avec Gerard Soeteman autour des films des séances : Fragments d’une œuvre de Paul Verhoeven (1) Business is Business / Showgirls (scénario Joe Eszterhas, 1995). On raconte toujours que Showgirls n’a pas marché, c’est faux, les ventes en DVD prouvent son succès, les gens préfèrent le regarder chez eux, c’est une question d’hypocrisie. C’est en réaction à l’hypocrisie aux Pays-Bas que fonctionne Business is Business, Paul et moi nous moquons bien de savoir ce que tel ministre fabrique avec une femme, un homme, des femmes, ou son chien… Dans Business is Business tout le monde fréquente les prostituées. Showgirls y rajoute le rêve hollywoodien. (2) Turkish Delight / Spetters. C’est le hasard qui fait tout basculer, tout comme ma collaboration avec Paul n’aurait jamais existé sans une brouille entre les premières personnes pressenties pour Floris. Dans Turkish Delight, c’est le cancer d’Olga qui détruit un amour qu’on aurait pu croire éternel, dans Spetters, des pelures d’oranges qui brisent un futur champion de moto. (3) La Chair et le Sang / Starship Troopers (Scénario Edward Neumeier, 1997). Il y a ce signe divin que trouvent les mercenaires dans la boue, une statue de Saint Martin qui les pousse à prendre pour chef Martin. Et leur aventure se soldera par un désastre. Starship

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Troppers, c’est la prémonition de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, Paul s’est inspiré du Triomphe de la volonté le film de propagande nazie de Leni Riefensthal. (4) Soldiers of Orange / Black Book. Dans le premier, la question était de savoir qui était le héros : celui qui espionne les Allemands pour les Anglais et revient bombarder le pays en avion ou celui qui est resté sur place à lire des livres durant toute l’occupation des Pays-Bas ? Dans le second, nous montrons cette incertitude qui est le fruit de notre enfance à tous deux sous l’occupation : qu’est ce que ce capitaine SS qui tombe amoureux d’une juive ? Une histoire vraie ! Et ce médecin qui sauve les gens et n’est finalement qu’un docteur Petiot ? Qui sont ces résistants de la dernière heure qui torturent et humilient leurs prisonniers ? Et les vrais résistants, ne les a-t-on pas vu se livrer aux pires exactions pour tenter de reconquérir les Indes Néerlandaises après la guerre ? Propos recueillis par Fabien Texier

Du 24 au 28 novembre, Fragments d’une œuvre, Paul Verhoeven. En présence de Gerard Soeteman et Stéphane Delorme des Cahiers du cinéma.

ENTREVUES


L’ivresse des profondeurs Paul Verlaine disait de l’ivresse qu’elle est une victoire sur la vie, un don qui permet de savoir. Depuis le cinéma burlesque jusqu’au cinéma asiatique, en passant par le cinéma d’avant-garde, bien des cinéastes ont cherché à savoir. À EntreVues, un cycle, des séances expérimentales, la soirée Transe-Danse et une soirée Johnny Thunders, alimentent la transversale Pourvu qu’on ait l’ivresse.

« La vérité ne tue pas. Le mensonge si. Ni les cigarettes, ni l’alcool, le mensonge. » Dans Husbands (1970), Peter Falk répond à John Cassavetes qui lui demande de ne pas croire à la vérité, au moment de se rendre avec Ben Gazzara à l’enterrement de leur meilleur ami. Et les trois de noyer leur chagrin dans l’ivresse ; ivresse de dépit, ivresse vécue comme un défi quand ils se rendent à Londres pour y passer un séjour éclair entre hommes. Les filles, les coups de sang, les instants d’introspection, tout y passe, loin de toute réalité. Si l’alcool ne tue pas systématiquement selon Peter Falk, les excès peuvent précipiter les choses. Le parcours chaotique de l’ex-New York Dolls, Johnny Thunders est en cela éloquent. Il suffit de voir Born To Lose – The Last Rock’n’Roll Movie (1999) de Lech Kowalski – film baptisé ainsi en référence à une chanson-manifeste du célèbre guitariste junkie pour les Heartbreakers –, pour constater que ce sont bien les instants de fulgurance extrême qui alimentent la légende. De version en version, le montage a évolué jusqu’à se concentrer sur l’une des préoccupations constantes de l’artiste déchu, se réapprovisionner pour mieux se déconnecter. On a reproché au cinéaste d’évacuer les témoignages des musiciens pour

« Tu te rappelles la guitare de Johnny, je crois que c’était une Sunburst Gibson, une Sunburst de 1957 ? »

se concentrer sur ceux qui évoquent les dealers et les groupies, mais peut-être était-ce sa manière à lui de coller au plus près de la réalité du personnage et ainsi le rendre attachant. Il y a forcément chez le spectateur une forme de compassion pour les démarches paroxystiques de ces artistes qui vont jusqu’au bout d’eux-mêmes, voire bien au-delà. Le cinéma aime cette idée d’explorer les tréfonds des psychés chancelantes et enivrées. L’alcool, la drogue, la violence et la passion ont favorisé des traitements cinématographiques sublimes qui ont laissé des traces dans la mémoire des spectateurs. L’instant de jouissance et de castration dans L’Empire des Sens, la longue descente aux enfers à laquelle on assiste dans More, la dimension orgiaque ultime de La grande bouffe ou le bain de sang final de Scarface n’ont cessé d’alimenter les fantasmes de bien des générations de cinéphiles. Encore faut-il trouver l’équilibre entre les excès qu’on veut magnifier et la manière de les montrer, sans sombrer dans la complaisance, ni perdre de vue le sujet qu’on souhaite traiter. C’est peut-être là que se situe toute la différence entre ivresse cinématographique et saoulerie visuelle. La dernière scène d’Husbands en cela nous éclaire. Le film prend tout son sens quand deux des trois messieurs rentrent chez eux, les bras chargés de cadeaux pour leurs femmes et leurs enfants. Cassavetes, confus devant sa maison, nous le dit clairement : on est souvent accompagné dans l’ivresse, mais la réalité, on la vit isolé de tous. Nous restons seuls face à notre propre vérité.

Laura Allen, citée dans : Please Kill Me.

Emmanuel Abela - Photo : Johnny Thunders par Marcia Resnik

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Cinétranse Raccord avec la transversale, le 19h de Contre Jour propose en partenariat avec le Centre Chorégraphique National de Belfort une séance Transe-Danse. Un montage de quatre films proposé avec le concours de la Cinémathèque de la danse.

Les Maîtres fous, de Jean Rouch

Né de la volonté d’enraciner le festival dans le tissu local ce partenariat avec le CCN, l’un des acteurs saillants de la vie culturelle belfortaine, le 19h de Contre Jour propose un regard sur la manière dont le cinéma a montré la danse et la transe. Au cœur du montage concocté avec Xavier Baert, programmateur de la cinémathèque de la danse, deux films ethnographiques. En premier lieu les Maîtres fous de Jean Rouch, où le précurseur de la Nouvelle Vague filme des adeptes nigérians du culte Hauka possédés par les génies de la force, qui se manifestent par les attributs des représentants de la puissance coloniale. « La transe n’est pas seulement religieuse, mais très politique : les haukas personnifient le gouverneur, sa femme, le chauffeur de la locomotive » souligne Xavier Baert. Rouch, lui-même littéralement entré dans son sujet par la subjectivité de ce qu’il appelle la Cinétranse qui fait, selon lui, de l’homme à la caméra un danseur de ballet, renvoie par un montage alterné la mise en scène des possédés aux images réelles du pouvoir colonial. Chorégraphe, danseuse et cinéaste expérimentale de premier plan, Maya Deren a assisté à d’autres transes en Haïti. Dans Divine Horsemen, monstre inachevé de cinq heures, elle filme les rites vaudous en caméra subjective. « La perception de la transe est ici rendue par l’utilisation du ralenti. », note encore Xavier Baert. Deux autres films montrent la transe filmée sur scène cette fois, avec les spectacles Quando l’uomo principale è una donna de Jan Fabre – où l’on découvre une danseuse nue sur de l’huile –, et Double Points : One d’Emio Greco. « En réunissant ces quatre films, il s’agissait de voir comment les images circulaient les unes dans les autres. La transe filmée par Rouch passe-t-elle sur scène ? Le théâtre est lui aussi une forme de transe et particulièrement celui de Fabre ». Fabien Texier Lundi 24 novembre à 19h, au CCN. 19h de Contre Jour. Montage de 1h20 des Maîtres fous de Jean Rouch (1954), de Divine Horsemen de Maya Deren (1951) et des captations de spectacles Quando l’uomo principale è una donna de Jan Fabre (2004) et Double Points : One de Emio Greco (2003). www.lacinemathequedeladanse.com CCN, 3 avenue de l’Espérance - www.contrejour.org

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Autres séances hors piste Séance expérimentale San Francisco Redux, d’Anthony Stern, Sadia Sadia, Stephen W. Tayler (2008) Andy Warhol’s Exploding Plastic Inevitable, de Ronald Nameth (1966) Un chant d’amour, de Jean Genet (1950) Flaming Creatures, de Jack Smith (1963) Au Cinéma Pathé Belfort, 1 boulevard Richelieu

Les films «rares» Haschisch, de Michel Soutter (1968) Snobs !, de Jean-Pierre Mocky (1962) Les Jeux de la Comtesse Dolingen de Gratz, de Catherine Binet (1980) Les Invisibles, de Thierry Jousse (2005) Barravento, de Glauber Rocha (1962) Nola Darling n’en fait qu’à sa tête (She’s Gotta Have It), de Spike Lee, (1986) Un zoo, la nuit, de Jean-Claude Lauzon (1987) The Indian Runner, de Sean Penn (1991) Moe no Suzaku, de Naomi Kawase (1996) L’Assoiffé (Pyaasa), de Guru Dutt (1956) Point limite zéro (Vanishing Point), de Richard C. Sarafian (1971) Born To Lose – The Last Rock’n’Roll Movie, de Lech Kowalski (1999) Unfinished, de Lech Kowalski (1982-2007)

ENTREVUES


Ivan Mosjoukine, enfant du siècle

On mesure l’aura d’Ivan Mosjoukine dans les années 20. EntreVues et la Cinémathèque française ont souhaité rendre hommage au célèbre acteur, avec la projection du film L’Enfant du Carnaval qu’il a écrit et réalisé, dans le cadre d’un ciné-concert, avec une musique composée par Jean-Jacques Griesser et interprétée par l’orchestre Synfonietta de l’École Nationale de musique de Belfort. L’Enfant du Carnaval (1921) d’Ivan Mosjoukine

Jean-Jacques Griesser sollicite l’orchestre complet de quarante élèves de l’École Nationale de Musique de Belfort pour interpréter sa bande originale de L’Enfant du Carnaval. Pour ce ciné-concert, vous réunissez l’ensemble de l’orchestre Synfonietta… L’orchestre Synfonietta travaille sur La Messe en ut majeur de Mozart, j’ai donc repris l’effectif au grand complet pour L’Enfant du Carnaval auquel j’ai ajouté un tuba, pour donner une couleur supplémentaire.

La Cinémathèque française valorise le fonds de la société Albatros dans le cadre de ciné-concerts à EntreVues. Camille Blot-Wellens nous explique les raisons du choix de L’Enfant du Carnaval. « Le film L’Enfant du Carnaval qui sera projeté à EntreVues est bien la première version muette de 1921, réalisée par Ivan Mosjoukine. Nous avions présenté l’an passé, Feu Mathias Pascal (1924) de Marcel L’Herbier, avec Mosjoukine en tant qu’acteur. En proposant L’Enfant du Carnaval, nous souhaitions lui rendre hommage avec le premier film dont il a écrit le scénario, qu’il a réalisé et dans lequel il joue. En plus, ce sont les débuts d’Albatros, au moment où cette équipe se rend à Paris, après avoir débarqué sur les quais de Marseille. C’est un film qui réunit toute l’équipe russe qui était sur le bateau, l’actrice Nathalie Lissenko par exemple. Il s’agissait pour nous de revenir au début de l’aventure de la société Albatros, au moment où elle s’appelait encore Ermolieff Cinéma. La Cinémathèque française a une relation très forte à Albatros : une partie des films de la société a constitué la première collection de la Cinémathèque française dans les années 30, à partir des dons du producteur Alexandre Kamenka, et en 1958 les droits, ainsi que des éléments originaux ont été cédés, d’où l’existence d’une collection importante constituée des éléments filmiques, des négatifs et de tous les documents administratifs. Catherine Bizern nous a proposé d’accompagner notre travail de valorisation de la collection, en projetant chaque année un film dans le cadre du festival. Comme il n’existait pas de bande-son à cette époque, mais seulement des musiques d’accompagnement, il semblait intéressant d’en soumettre l’écriture à un compositeur. »

Quelles sont les ambiances que vous avez souhaité développer ? Dans l’histoire, je me suis intéressé à l’enfant, avec un thème musical pour lequel je varie les orchestrations. J’ai travaillé sur l’insouciance du marquis et la fête, jusqu’au moment où il découvre l’enfant sur un escalier. J’ai également joué sur des réminiscences musicales, Wagner ou Mendelssohn… Comment avez-vous vécu cette expérience en termes d’écriture ? C’est la première fois que j’ai été amené à composer une partition millimétrée, mais c’était intéressant. Ça sera un double challenge pour l’orchestre et pour moi-même : certains traits, coups de percussion ou effets de cuivre doivent être exécutés à des moments très précis… Justement, on imagine que cette expérience-là, tout comme celle que vous avez vécues aux Eurockéennes restent déterminantes pour les élèves. Ce ciné-concert sera aussi marquant que le concert aux côtés de Dionysos à l’occasion duquel ils étaient véritablement survoltés. Ce sont des élèves qui se connaissent bien, et il y a une unité qui se crée. On ne mesure l’énergie qu’ils peuvent donner qu’ au dernier moment. Ils ne me donneront pas tout d’ici à la projection – je les connais bien ! –, mais le soir même, ça va être extraordinaire, je le sens… Propos recueillis par Emmanuel Abela Dimanche 23 novembre à 17h au cinéma Pathé Belfort, soirée cinéma muet : ciné-concert avec l’orchestre Synfonietta autour de l’Enfant du Carnaval (1921)

Propos recueillis par Emmanuel Abela

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Infos pratiques SEANCES JEUNE PUBLIC Mercredi 26 novembre à 14h : Alice de Jan Svankmajer (pour les – de 8 ans), avec une intervention de Gabrielle Sébire de la Cinémathèque française. Dimanche 30 novembre à 14h : Ciné-goûter : Les Gremlins de Joe Dante (pour les + de 8 ans).

TARIFS

Formule 7 nuits en Clévacances A partir de 149 € par personne

FORMULES HEBERGEMENT MAISON DU TOURISME Choisissez votre formule en week-end à l’hôtel ou en semaine dans une location Clévacances – Formule week-end : Hôtel ** : à partir de 83 € par personne Hôtel *** : à partir de 149 € par personne Ce prix s’entend par personne (base chambre double), il comprend l’hébergement pour 2 nuits, 2 petits-déjeuners, l’accès à 10 films de votre choix du festival Entrevues. Il ne comprend pas le supplément single, le transport, les repas, les dépenses personnelles.

– Formule 7 nuits en Clévacances : À partir de 177 € par personne.

- Tarif normal : 4 € / réduit : 2 € (carte Art & Essai*, chômeurs, moins de 25 ans) - Abonnements : 5 séances : 12 € 10 séances : 20 € Fracas 6 séances : 10 €

Ce prix s’entend par personne (base 2 personnes), il comprend l’hébergement pour 7 nuits en meublé Clévacances 3 clés, l’accès à tous les films du festival. Il ne comprend pas les petits-déjeuners, les repas, le transport, les dépenses personnelles.

PASS’ FESTIVAL Le Pass’ Festival permet l’accès à toutes les séances du Festival. Il est disponible aux caisses du cinéma et au BIJ : 40 € 15 € (carte Art & Essai*) 5 € (collégiens, lycéens, étudiants, chômeurs) Gratuit avec la carte Art & Essai* * Carte Art & Essai : 14 € / 10 € (moins de 25 ans, chômeurs). Les possesseurs de la carte Art & Essai bénéficient toute l’année de tarifs préférentiels au Cinéma Pathé Belfort et au Colisée à Montbéliard. Ils reçoivent régulièrement des informations sur la programmation Art & Essai.

AFTERS Gratuit sur présentation d’un ticket d’entrée du festival ou sur invitation.

Spécial Etudiants Formule week-end en hôtel économique Vous venez à deux : à partir de 51€ par personne. Vous venez seul : à partir de 86€. Ce prix s’entend par personne (base chambre double), il s’adresse aux étudiants sur présentation d’un justificatif et envoi d’une photo, il comprend l’hébergement pour 2 nuits, 2 petits-déjeuners, l’accès à tous les films du festival. Il ne comprend pas le transport, les repas, les dépenses personnelles.

Formule 7 nuits en hôtel économique Vous venez à deux : à partir de 162 € par personne Ce prix s’entend par personne (base chambre double), il s’adresse aux étudiants sur présentation d’un justificatif et envoi d’une photo, il comprend l’hébergement pour 7 nuits, 7 petits-déjeuners, l’accès à tous les films du festival. Il ne comprend pas le transport, les repas, les dépenses personnelles.

EntreVues accueille l’ensemble des festivaliers à la Poudrière sur le parking de l’Arsenal à Belfort, du lundi 24 au vendredi 28 novembre, de 23h à 3h. En partenariat avec le Pôle des musiques actuelles, qui comme chaque année participe à l’organisation d’afters musicaux, il sera possible à tous de boire un verre et de poursuivre la soirée dans une ambiance et un cadre chaleureux animés par des DJ. Pour connaître la programmation, consulter www.pmabelfort.com

Formule week-end en auberge de jeunesse : 48 € par personne. Ce prix s’entend par personne. Il s’adresse aux étudiants sur présentation d’un justificatif et envoi d’une photo, il comprend l’hébergement pour 2 nuits, 1 petit déjeuner (pas de petit-déjeuner le dimanche), l’accès à tous les films du festival. Il ne comprend pas le transport, les repas, les dépenses personnelles.

Formule semaine en auberge de jeunesse 128 € par personne. Ce prix s’entend par personne. Il s’adresse aux étudiants sur présentation d’un justificatif et envoi d’une photo, il comprend l’hébergement pour 7 nuits, 6 petits-déjeuners (pas de petit-déjeuner le dimanche), l’accès à tous les films du festival. Il ne comprend pas le transport, les repas, les dépenses personnelles.

Ces prix ne comprennent pas la taxe de séjours. Réservations : MAISON DU TOURISME 2 bis rue Clemenceau – 90000 Belfort Tél : 03 84 55 90 84 Fax : 03 84 55 90 70 sejours@ot-belfort.fr www.ot-belfort.fr

FESTIVAL ENTREVUES 1, BOULEVARD RICHELIEU – 90000 BELFORT TéL : 03-84-22-94-44 FAX : 03 84-22-94-40 INFO@FESTIVAL-ENTREVUES.COM WWW.FESTIVAL-ENTREVUES.COM

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Durant la période du festival EntreVues, retrouvez les informations sur le site de la webradio flux4

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Ce prix s’entend par personne (base 2 personnes), il s’adresse aux étudiants sur présentation d’un justificatif et envoi d’une photo, il comprend l’hébergement pour 7 nuits en meublé Clévacances, 3 clés, l’accès à tous les films du festival. Il ne comprend pas les petits-déjeuners, les repas, le transport, les dépenses personnelles.

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Hors-Série NOVO spécial EntreVues 2008  

Hors-série édité à l'occasion du festival international du film de Belfort 2008

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