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Emmanuelle Patte, octobre 2016 ARCHITECTURE ET ENVIRONNEMENT : un article pour le journal de la paix La planète est notre maison commune et parfois nous l’avons méprisée en construisant partout une architecture internationale sans aucune considération pour le lieu, les ressources et le climat local. Je dis : nous, notre société, hommes blancs. Nous, architectes épris des 30 glorieuses années dites de progrès et de technologie, croyant avoir des solutions supérieures. La planète est notre maison commune et parfois nous l’avons saccagée en imperméabilisant les surfaces pour faire passer nos véhicules, en stérilisant les sols pour construire nos maisons, et en fouillant avidement à la recherche de matériaux, sans compréhension de l’équilibre des cycles de vie des autres êtres vivants. La planète est notre maison commune et parfois nous l’avons épuisée pour satisfaire notre besoin effréné d’énergie, joyeusement consommée, comme une drogue dure, toujours plus. Nous l’avons épuisée pour satisfaire nos désirs immédiats, notre soif de liberté sans souci de ce qui restera pour les générations futures, sans évaluation des pollutions, de la destruction, de la toxicité. La planète est notre maison commune et, aujourd’hui, nous prenons conscience de sa finitude. Nous allons devoir la réparer, réconcilier nature et culture. Nous redécouvrons des savoir-faire ancestraux venus d’un temps plus économe, plus lent, plus délicat. Nous décidons d’utiliser notre science, notre puissance, à bon escient en prenant en compte que nous vivons ensemble dans cette maison commune et que sa destruction entraînera le nôtre. A partir de mon métier, architecte, j’essaie de le faire modestement en sachant qu’il ne s’agit que d’une petite part. C’est ma part du colibri, la réconciliation de ma pratique avec mes idées. Nous sommes nombreux à vouloir agir avec nos moyens pour une attention à l’environnement, pour une plus juste répartition des ressources, pour la paix. J’essaie dans les choix architecturaux et constructifs de regarder les conséquences de mes décisions, de mes actes pour que, comme disait ma grand-mère couturière, « l’envers vaille l’endroit ». C’est-à-dire que pour satisfaire nos goûts de luxe, il n’y ait pas ailleurs sur la planète, derrière le décor, des esclaves produisant ce que nous consommons. J’essaie dans chaque projet d’innover, d’aller questionner les habitudes, de proposer une pratique différente, c’est le pas de côté. A chaque fois, cela suppose un maître d’ouvrage désireux de s’engager dans la démarche environnementale, prêt à prendre le temps de réfléchir avant de décider. Cela suppose un architecte à l’écoute et cherchant à comprendre la technique pour pouvoir simplifier, imaginer des espaces bioclimatiques qui seront confortables le plus possible sans ajout technologique, des ingénieurs questionnant le pourquoi des choses, refusant le copier coller (le fameux « on a toujours fait comme ça » ou toujours date de 30 ans), des entreprises qui aiment leur métier, connaissent les matériaux, cherchent des solutions adaptées au projet, respectent leurs ouvriers, leurs sous-traitants. Ceci est déjà une réconciliation et une révolution dans la pratique de nos métiers où chacun a tendance à critiquer les partenaires. Au travers de deux projets réalisés, je vais décrire pas à pas de la démarche environnementale que nous mettons en œuvre. #1 #2 Le premier projet est la maison Le second projet est l’école diocésaine à Châlons-enSaint-Exupéry à Pantin livrée il y a Champagne, livrée il y a plus de 10 quelques années. C’est un bâtiment ans. C’est une réhabilitation, une zéro énergie tous usages confondus restructuration lourde d’un c’est-à-dire qu’il consomme très peu bâtiment du 19ème siècle. Il a été et qu’il produit localement de remarqué par sa démarche l’énergie renouvelable en exemplaire et volontaire car, à l’occurrence du solaire photovoltaïque pour compenser ces l’époque, il n’y avait aucune obligation d’améliorer la dépenses. Là encore le projet va authermique et de réduire les delà des obligations règlementaires consommations d’énergie dans les dans un souci d’exemplarité de réhabilitations. Cette réhabilitation démonstration et de pédagogie. a été remarquée par l’Ordre National des architectes qui l’a présenté dans un DVD Architecture et Développement Durable.


La première et primordiale étape : Bien définir le besoin Maison diocésaine Odette Prévost

Ecole ZEN

Monseigneur Louis, l’évêque nommé à Châlons-en-Champagne prend le temps de faire le tour de son diocèse qui est rural et étendu. Il rencontre les services, les associations, les paroisses et constate qu’ils sont dispersés, que les actions des uns sont méconnus des autres qui permettraient de sortir de l’isolement. Il souhaite les réunir dans un bâtiment qui sera ouvert à tous, une vitrine d’église et qui sera un espace de rencontre.

La ville de Pantin, limitrophe de Paris est en pleine expansion démographique et doit construire des écoles pour répondre aux besoins des familles qui s’installent. Le maire, Bertrand Kern, conscient des enjeux de la transition énergétique, souhaite faire un projet innovant et pilote.

Localiser le projet L’association diocésaine avait le choix entre une construction neuve en zone périurbaine à proximité d’un centre commercial par exemple et une réhabilitation en ville d’un bâtiment désaffecté dans un quartier à revitaliser. Le choix prend en compte des enjeux plus larges que la simple performance thermique du bâtiment. Comment les personnes vont elles y accéder et notamment seront-elles obligées d’y venir en voiture ? Qui cela exclue-t-il ? Faut-il laisser les quartiers anciens se vider et que va devenir ce bâtiment désaffecté ? N’est-il pas plus économique financièrement et environnementalement de réhabiliter un bâti existant que de construire de rien sur des terres agricoles ? Le choix est finalement de réhabiliter le bâtiment en centre- ville ancien. Une manière de recevoir l’héritage qui s’avère instructive. L’intervention contemporaine dans un bâti ancien suppose d’en comprendre les équilibres tant structuraux que thermique et d’observer des pratiques d’avant l’ère pétrolière, économes, respectueuses de l’environnement. La structure était composée de poutres récupérées d’un autre bâtiment comme en témoignent les traces d’assemblage des murs avec des remplissages en terre crue armée de crin de cheval, des matériaux locaux ne nécessitant pas de transport.

Une école en ville est nécessairement proche des habitations. C’est la zone dite de recrutement des élèves. Encore faut-il se poser les questions plus larges de facilité d’accès, de sécurité, d’agrément pour encourager les circulations douces. Outre l’avantage de ne pas consommer de carburant, polluer et encombrer les rues, le fait de venir à pied à l’école crée du lien social, fait faire de l’exercice, crée un moment de transition entre la maison et l’école pour l’élève et son parent. Ainsi l’accès de l’école a été implanté du côté du canal de l’Ourcq, un plan d’eau calme et apaisant. Et pour les parents qui ne peuvent pas accompagner leur enfant, la ville a mis en place un pédibus qui « ramasse » les élèves à des points de regroupement.


Analyser les atouts du site, de l’existant C’était un après-midi d’été, chaud à Châlons. Nous sommes entrés dans le bâtiment pour une première visite, vérifier la structure, l’état des murs. Mais ce qui nous a frappés, c’est la fraîcheur. Quel contraste avec la chaleur étouffante de la rue. Cela a été le départ du projet : la qualité de confort d’été, c’était la masse des murs, parement de 50 cm d’épaisseur en craie, pierre locale, à l’extérieur, appareillage briques cuites ou crues à l’intérieur, remplissage cailloux et terre entre les deux. Nous voulions améliorer l’isolation du bâtiment mais il fallait conserver cette précieuse qualité d’inertie thermique.

D’un côté, le quai tranquille sur le canal perpendiculaire à la rue Delizy très bruyante : la logique était d’implanter un bâtiment le long de cette rue pour faire un écran acoustique. Nous avons choisi une attitude plus amicale aux piétons de la rue Delizy déjà bien malmenés en nous implantant perpendiculairement pour donner des échappées visuelles vers les jardins et les cours de récréation. C’était aussi une façon de retrouver le nord qui a été perdu pendant ½ siècle, et le sud du même coup. Ce sont les meilleures orientations d’une architecture bio climatique. Au nord les classes de l’école élémentaire sans risque d’éblouissement et avec une lumière stable. Au sud les larges circulations qui captent les rayons du soleil bas en hiver et s’en protègent l’été grâce à des casquettes appropriée.


Concevoir l’espace pour répondre au programme et apporter passivement le confort. Le bâtiment existant était massif et fermé côté rue. A l’intérieur, un couloir central desservait des chambres de part et d’autre. Anciennement maison de retraite, on aurait dit une cité administrative. Tout le contraire de ce qui était demandé par le diocèse. Faire un grand hall en cassant la structure ? Un chamboulement coûteux. Nous avons choisi de déconstruire les planches des couloirs entre les 2 murs de refond à ossature bois pour créer une rue intérieure qui met en relation spatiale, visuelle et phonique les espaces de travail, et d’élargir au rez-de-chaussée pour créer un espace convivial, coin café et lieu d’exposition. En quelques semaines, les personnes qui ne se connaissaient pas depuis des années, se sont rencontrées, ont croisés leurs activités et élargis leurs missions.

C’est d’abord par l’architecture, la disposition des locaux que l’on économise de l’énergie. Les classes sont au nord. Cela évite l’éblouissement qui amènerait à mettre des stores voire allumer la lumière. Elles sont du côté calme, ce qui permet de les ouvrir pour ventiler naturellement et éviter le recours à des ventilations mécaniques qui consomment de l’énergie. L’enveloppe du bâtiment est très isolante, et pour éviter les apports de froid l’hiver, le hall est conçu comme un grand sas thermique. L’idée n’est pas d’entraver le mouvement des enfants mais de concevoir l’espace pour qu’ils puissent entrer et sortir sans que cela ne refroidisse le bâtiment ou crée des inconforts pour le gardien.

ARCHITECTURE ET ENVIRONNEMENT : un article pour le journal de la paix  
ARCHITECTURE ET ENVIRONNEMENT : un article pour le journal de la paix  

La planète est notre maison commune et parfois nous l’avons méprisée en construisant partout une architecture internationale sans aucune con...

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