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106 Médecins du Monde

Le journal destiné aux donateurs de médecins du monde France et suisse Trimestriel - n° 106 mars/avril/mai 2012 0,60 € - 1 FS www.medecinsdumonde.org

Les plus pauvres face à la crise

en France et en Europe 1

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1 GRAND ANGLE |p. 2-5 Les plus pauvres face à la crise, en France et en Europe 2 EN DIRECT DE… |p. 6-9 Haïti, Turquie, Géorgie, Vietnam 3 rendez-vous |p. 10 Campagne et partenariat 4 rencontre |p. 11 Konstantin Labartkava 5 médias |p. 12 2012, votez santé !

NOUS SOIGNONS CEUX QUE LE MONDE OUBLIE PEU À PEU


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GRAND ANGLE / Tour d’europe de la précarité

urgence sanitaire

Les plus pauvres face la crise en France et en Europe La crise économique frappe en Europe de nombreux pays où, comme en France, MdM apporte aide et soins aux plus démunis. Les conditions de vie et d’accès à la santé se sont aggravées, créant des situations de véritable urgence sanitaire.

Webdoc sur notre site

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édecins du Monde soigne depuis plus de vingt-cinq ans en France les populations les plus précaires, avec aujourd’hui 21 centres de soins et plus de 80 missions mobiles. En Grèce, en Espagne, au Portugal, en Belgique… et dans 10 autres pays d’Europe, les équipes nationales de MdM interviennent aussi auprès des plus démunis. Les restrictions progressives à l’accès aux soins pour les plus pauvres dans de nombreux pays d’Europe et la crise actuelle qui frappent ces publics de plein fouet rendent le travail de nos associations plus difficile, mais encore plus nécessaire.

Complexité de l’accès aux soins pour les plus pauvres

En France, les réformes récentes – franchise médicale, déremboursement de médicaments, aide médicale d’État désormais payante – n’ont fait qu’accroître les difficultés des plus exclus pour accéder aux soins. « Dans les centres de MdM, 22 % des personnes reçues vont consulter un médecin avec retard. Et alors que la plupart ont droit à une

couverture médicale, 80 % n’ont pas de droits ouverts », souligne le Dr Jean-François Corty, directeur des Missions France de MdM France. Elles doivent souvent choisir entre se soigner ou subvenir à leurs besoins essentiels. Project London confirme une situation dégradée au Royaume-Uni, avec plus de 1 400 patients accueillis dans ce centre de soins en 2011. Si la méconnaissance du système de soins et le coût des consultations et des traitements sont les obstacles les plus fréquemment cités par les patients vus par MdM en Europe, la complexité des procédures administratives, le refus de soigner et les barrières de la langue sont aussi des obstacles importants. MdM propose donc en France comme en Europe des consultations médicales, mais aussi sociales, aux personnes vulnérables, avec un accompagnement administratif et un appui individuel.

Crise économique et détresse sanitaire

Parmi les personnes se présentant pour la première fois dans les centres de MdM en France, 70 % des enfants de moins de 6 ans sont sans couverture vacci-

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nale, 68 % des femmes enceintes ne bénéficient pas de soins prénataux… Médecins du Monde constate également une dégradation de leurs conditions de vie. Seuls 23 % ont un logement « stable », contre 42 % il y a dix ans. De plus en plus de logements sont considérés comme dangereux pour la santé. À l’insalubrité s’ajoute une crise de l’hébergement d’urgence. Ainsi en Belgique, plus de 15 000 personnes en trois ans se sont vu refuser une place d’accueil alors qu’elles avaient légalement le droit d’en bénéficier. Médecins du Monde et sept autres ONG ont créé en décembre 2011 le collectif SOS Accueil, afin de venir en aide aux plus précaires et de dénoncer le manque de respect des engagements du gouvernement belge vis-à-vis de la Convention de Genève et de la loi sur la protection de l’enfance. Un accompagnement social, médical et juridique a ainsi été mis en place en journée et un hébergement de nuit est proposé aux plus vulnérables. En France, quelque 133 000 personnes vivent dans la rue, dans des abris de fortune ou dans des hôtels pour quelques nuits. Parmi elles, de plus en plus de familles et de jeunes. Outre l’insuffisance des capacités d’hébergement de l’État, l’accueil proposé n’est 

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© Steven Wassenaar

© Virginie de Galzain

www.medecinsdumonde.org

1_ Face à la recrudescence de la pauvreté, les équipes mobiles multiplient leurs interventions en France pour aller à la rencontre de personnes dont les besoins vitaux, avoir un toit, un accès à l’eau potable et à la nourriture, ne sont pas satisfaits. 2_ Depuis deux ans, les équipes de MdM France constatent une dégradation significative des conditions de vie des patients. Le nombre de personnes avec un logement stable a baissé de 45% en 10 ans. 3_ Les équipes assurent 10 000 interventions par an au CASO de Marseille alors que 80 % des personnes reçues ont droit à une couverture maladie et devraient avoir accès au système de droit commun. 3 N° 106 | Mars/Avril/Mai 2012


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GRAND ANGLE / Tour d’Europe de la précarité MdM Grèce a ouvert un nouveau centre d’accueil, de soins et d’orientation dans l’un des quartiers les plus pauvres des enviro n s d ’ A t h è n e s . L a c r i s e économique et financière en Grèce a entraîné une paupérisation de la population, avec une augmentation du taux de suicide et un taux de chômage qui touche près de 50 % des jeunes de 16 à

pas adapté aux besoins : promiscuité, violences, séparation des familles dissuadent les personnes sans abri de s’y rendre.

« Depuis six mois MdM Grèce distribue de la nourriture, comme dans les pays du tiers-monde »

MdM présent en Europe

suède

Royaume-Uni

pays-bas allemagne

belgique suisse france

espagne

grèce portugal

© Elisabeth Rull

est présent en Europe dans les pays suivants : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grèce, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse.

Réapparition des maladies de la misère

Les politiques répressives menées dans plusieurs pays à

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4_ MdM du Monde

24 ans. Dans ce contexte, nous sommes passés de 5 à 10 visites par jour à 40, voire 70 visites, sur ce seul site. De nombreuses personnes y viennent quotidiennement pour des demandes médicales, mais aussi pour de la nourriture, comme le souligne Kanakis Nikitas, président de MdM Grèce : « J’ai commencé à m’inquiéter lorsqu’en consultation j’ai vu un, puis deux, puis dix enfants qui venaient se faire soigner le ventre vide, sans avoir pris aucun repas la veille. Depuis six mois, nous distribuons aussi de la nourriture, comme dans les pays du tiers-monde. » Le seul centre public de santé du quartier a fermé, faute de financements. « Depuis un an, ce sont les Grecs qui viennent nous voir. Des gens de la classe moyenne qui, en perdant leurs droits sociaux, n’ont plus droit à l’hôpital public », ajoute-t-il. Par ailleurs, des antennes mobiles vont au-devant des sans-domicile, toujours plus nombreux à Athènes, mais aussi dans les villages et les îles, afin d’apporter, principalement aux enfants, des soins dentaires et ophtalmologiques.

5_ 30% des patients reçus

dans les centres sont des mineurs. Une augmentation inquiètante d’autant que la moitié d’entre eux a moins de 7 ans et que seul un tiers est suivi par les services de protection maternelle et infantile

5 MÉDECINS DU MONDE - LE JOURNAL DESTINÉ AUX DONATEURS

l’encontre des plus précaires et parmi eux les étrangers sans papiers et les familles rroms ont des conséquences sur la santé.

Dans ce contexte de survie, les équipes de MdM mettent en place des réponses d’urgence Les expulsions sans relogement, les refus de mise à l’abri peuvent conduire à des ruptures de traitement pour des patients atteints de maladies chroniques, comme la tuberculose. Les campagnes de vaccination sont souvent interrompues quand les personnes sont expulsées : alors que la rougeole sévit de nouveau en France et en Europe depuis 2008, certaines campagnes de prévention n’ont pu avoir lieu en France. Dans ce contexte, les équipes de Médecins du Monde mettent en place des réponses d’urgence. Tout en poursuivant leurs activités médico-sociales, les équipes développent des volets logistiques : distribution de matériel de survie et accès à l’eau avec des projets de sanitation (construction de douches, de latrines, mise en place de dispositifs d’accès à l’eau et de gestion des déchets). Comme en


5 © Andrew Aitchison

Grèce, les équipes de MdM ont été amenées – à Lyon et pour la première fois l’été dernier à Marseille – à distribuer de l’aide alimentaire.

Réduction des risques auprès des sans-abri

6 © DR/MdM Grèce

En Espagne, 20 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté (« Inclusion sociale en Espagne », Caixa Catalunya, 2008), ce qui constitue la principale porte d’entrée à l’exclusion sociale fortement marquée par l ’ a b s e n c e d e f o y e r. E n t re 20 000  et 30 000 personnes, selon les sources, n’en auraient pas, mais beaucoup plus nomb re u x s o n t c e u x q u i s o n t contraints de partager un logement et de vivre en surnombre faute de moyens. Certains, majoritairement des hommes, nés en Espagne ou migrants, âgés de 35 à 44 ans, dépourvus des filets de sécurité que sont le travail ou les liens familiaux, voient leur isolement aggravé par des problèmes de consommation de drogues ou de santé mentale.

Au contexte général s’ajoute une politique qui volontairement écarte du soin les plus vulnérables Médecins du Monde Espagne intervient donc auprès de ces usagers de drogues sans abri, en mettant à leur disposition une salle de consommation supervisée, des centres de réduction des risques, des unités mobiles. Tout cela s’accompagne d’un travail d’éducation à la santé destiné à les réintégrer dans le système de droit commun. Une exposition photographique, « Ciudad de todos, hogar de algunos* », lancée fin 2011, leur a donné l’occasion de témoigner de leur parcours de vie. MdM entend ainsi permettre à ces personnes tombées dans l’oubli d’exprimer leur réalité quotidienne. Au contexte général difficile s’ajoute une politique qui volontairement écarte du soin les plus vulnérables, fait disparaître les quelques solutions même temporaires de mise à l’abri et de

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prise en charge. Pour soutenir 6_ En 2006, Project London cette politique restrictive des a été mis en place pour raisons financières sont souvent améliorer l’accès aux soins des personnes vulnérables invoquées. Pourtant, partout en de Londres. Les équipes les Europe, MdM alerte les pouvoirs conseillent, les orientent et les publics sur le coût d’une prise soignent jusqu’à ce qu’elles en charge tardive, bien plus puissent bénéficier du système de droit commun. lourd que celui d’un travail de prévention, et sur l’impérative nécessité de maintenir un système de santé solidaire. n * Rue de tout le monde, abri de léa carniglia Hélène Valls

7_ Depuis 2003, une

unité mobile propose des soins dentaires aux enfants vivant dans des zones isolées de Grèce, incluant les îles, et ayant peu accès aux services de santé.

quelques-uns www.medicosdelmundo.org

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6 en direct de…

HAÏTI / accès aux soins

DEUX ANS APRÈS Le 12 janvier 2010, un séisme d’une magnitude de 7,3 dévaste Haïti. La mobilisation est rapide et d’une ampleur sans précédent. Deux ans après, la perfusion humanitaire fonctionne toujours, mais la reconstruction, elle, progresse lentement.

Haïti Mirebalais

grand’anse

Port-au-Prince Les Nippes Cité Soleil

PetitGoâve

GrandGoâve

nos objectifs En 2011, près de 250 000 consultations et actes médicochirurgicaux ont été réalisés par les équipes de MdM. Plus de 4 000 consultations médicales sont réalisées chaque semaine (incluant la vaccination) dont 55 % pour les enfants de moins de 5 ans et 11,5 % pour les femmes enceintes. Nos activités Médecins du Monde intervient dans cinq zones : Port-au-Prince, les départements de l’Ouest et du Centre, la Grand’Anse et les Nippes.

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résentes depuis 1989 en Haïti, les équipes de Médecins du Monde se sont mobilisées rapidement après le tremblement de terre. Aujourd’hui, elles continuent leur travail auprès des Haïtiens dans un contexte difficile. La longue transition politique qui a marqué ces derniers mois, le désengagement de certains bailleurs internationaux et l’épidémie de choléra qui sévit depuis octobre 2010 ont constitué autant d’entraves à la reconstruction, et

© Rémi Courgeon

Webdoc sur le web

renforcé la dépendance vis-à-vis des ONG. Une dépendance accrue, comme le souligne Pierre Salignon, directeur général de Médecins du Monde : « La reconnaître, c’est, d’une certaine façon, assumer de redonner aux Haïtiens le pouvoir de décision et d’action, et de refuser, autant que cela est possible, de se substituer à eux, à l’État haïtien, qui se reconstruit peu à peu. »

Une mobilisation exceptionnelle

À la suite du séisme, Médecins du Monde a collecté 24,1 millions d’euros. À ce jour, 19 millions d’euros ont été dépensés, et 5,1 millions ont d’ores et déjà été engagés pour financer les programmes de MdM en 2012 : appui aux soins de santé primaires et à la santé sexuelle et reproductive, prise en charge des femmes victimes de violences et des cas de malnutrition. Des programmes destinés particulièrement aux femmes enceintes et aux enfants de m o i n s d e 5 a ns, p our q ui Médecins du Monde soutient la gratuité des soins sur l’ensemble du territoire haïtien, et sa reconnaissance dans un cadre légal d’ici à la fin de 2012.

Lutter contre le choléra

Depuis le début de l’épidémie, en octobre 2010, plus d’un demimillion de Haïtiens ont été touchés par le choléra, et d’importantes flambées ont eu lieu en 2011. Contenues dans la capitale, Port-au-Prince, elles ont été beaucoup plus virulentes dans les zones rurales et sousmédicalisées comme la Grand’Anse, où le taux de létalité

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30 000 patients atteints par le choléra ont été pris en charge par MdM depuis octobre 2010.

de la maladie atteint 4,1 %, alors qu’il est de 1,4 % en moyenne générale. Une phase épidémique qui devrait durer encore deux à trois ans avant de rentrer dans une phase endémique, comme le prévoient les spécialistes. Face à ce constat, Médecins du Monde a intégré durablement dans ses programmes les volets de prévention et de prise en charge du choléra.

collaborer avec les communautés haïtiennes

Les programmes mis en place

par MdM associent les autorités sanitaires et les partenaires haïtiens, en particulier dans la prise en charge des patients atteints du choléra et la prévention de la maladie. Les communautés haïtiennes sont au cœur de la sensibilisation : visites à domicile, assemblées et radios communautaires, ateliers dans les écoles permettent de diffuser les messages de prévention. Une relation indispensable pour Médecins du Monde, nouée il y a plus de vingt ans avec les associations haïtiennes. n Agnès Varraine-Leca


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en direct de… © DR/MdM

A Istanbul, nos équipes tentent de répondre aux besoins des migrants.

Plus d’infos sur le web Bulgarie

Géorgie

mer noire

Grèce

Arménie Istanbul turquie

Iran

mer Égée

Irak Syrie

mer Méditerranée

Nos activités Consultations, recueil de témoignage pour l’élaboration d’un plaidoyer. Nos objectifs Apporter un soutien socio-médical aux migrants. élaborer un plaidoyer médical, social et juridique auprès des états membres de l’Union européenne.

Nos moyens En Turquie : 1 coordinatrice. En France : 7 psychiatres et psychologues et 1 responsable de mission bénévoles, 1 référente plaidoyer, 1 coordinatrice.

Turquie / migrants

l’impact des politiques migratoires sur la santé

Un véritable corridor. Une voie d’accès à l’Europe. Pour les migrants du monde entier, la Turquie est un passage presque obligé. Venant en aide aux populations de migrants d’Istanbul, MdM prépare un plaidoyer européen sur les conséquences des parcours migratoires sur la santé.

Istanbul, entre Sultanahmet, avec ses célèbres mosquées, et la mer de Marmara, le quartier de Kumkapi réunit un nombre important de migrants en situation illégale. « Ici, l’accès aux soins des migrants est proche de zéro », annonce Julia Burtin, chargée de plaidoyer pour MdM.

Des conséquences psychiatriques dramatiques

« En Turquie, le sujet intéresse peu l’opinion publique, ajoute le Dr Bernard Granjon, responsable de la mission. La population de migrants va et vient au vu et au su de tout le monde. Elle

est tolérée. » Les migrants vivent ou survivent à l’aide de petits commerces déployés en plein jour. « Par peur d’aller à l’hôpital, des malades meurent chez eux », raconte Paul, Guinéen arrivé en Turquie en 2004. Depuis deux ans, un centre de soins est en activité, cogéré par MdM et Tohav, une association locale qui s’occupe de la défense juridique et psychiatrique des populations kurdes. « Les conséquences psychiatriques sont dramatiques pour ces personnes », dénonce le Dr Granjon.

Les maillons d’une chaîne de migration

Au sein de MdM, un travail de coordination entre les différentes missions d’aide aux migrants a vu le jour et se concrétisera les 30 et 31 mars à

Paris par un séminaire sur le thème de la libre circulation. Du Mali à la Turquie, de l’Algérie à la Grèce en passant par les Caso de France, ces missions, mises bout à bout, constituent les maillons d’une chaîne, du pays d’origine jusqu’à l’Europe. Cette série d’expériences va permettre de dégager une certaine cohérence pour construire un plaidoyer.

« Par peur d’aller à l’hôpital, des malades meurent chez eux » Au-delà du soin, MdM veut montrer l’impact néfaste des politiques migratoires sur la santé des migrants. Construire un plaidoyer exige de justifier son action dans le pays, de recueillir des témoignages, des docu-

ments. Dans un premier temps, MdM s’est fait connaître de cette population très mouvante. Dix ans de pratique sur le terrain lui ont ainsi permis de connaître le pays et de créer un tissu relationnel. « Nous espérons néanmoins que ce travail aura un impact à deux niveaux, explique Julia Burtin : turc d’abord, pour que les conditions de vie des migrants s’y améliorent ; européen ensuite, considérant que la Turquie et l’UE ont commencé à marcher main dans la main au sujet des contrôles migratoires. » « Si MdM porte le plaidoyer auprès des États membres de l’UE, l’association espère bien qu’il sera assuré par Tohav lors de sa présentation devant le gouvernement turc », conclut le Dr Granjon. n Louise Tesse N° 106 | Mars/Avril/Mai 2012


8 EN DIRECT DE…

GÉORGIE / UNE MOBILISATION LOCALE

PERMETTRE UN VÉRITABLE PARCOURS DE SOINS

À Tbilissi, la pratique de l’injection concerne plus de 27 000 usagers de drogues. Pour lutter contre la transmission du VIH, des hépatites B et C, MdM travaille en partenariat avec l’association d’autosupport New Vector depuis 2010 et soutient son programme de réduction des risques sanitaires.

Russie GÉORGIE Mer noire

Tbilissi Turquie

Arménie

Azerbaïdjan

NOS OBJECTIFS Soutenir New Vector pour le fonctionnement du centre d’accueil et organiser des formations spécifiques autour de la réduction des risques. Mettre en place un plaidoyer au niveau national en faveur de la décriminalisation des pratiques de RdR et une prise en charge médico-sociale des usagers. NOS moyens 6 travailleurs sociaux, 1 médecin, 2 dentistes, 1 psychologue, 1 infirmière, 1 coordinatrice RdR, 1 coordinatrice générale expatriée. NOS ACTIVITÉS Appui aux activités de New Vector : distribution de matériel stérile, dépistage VIH, hépatites B et C, IST, accompagnement médical et psychologique, consultations dentaires, formation, plaidoyer.

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a Géorgie connaît depuis de nombreuses années une utilisation accrue de produits licites et illicites, notamment par voie intraveineuse. Sur le plan sanitaire, rien n’est fait pour limiter les risques de contamination par le VIH ou les hépatites B ou C. Médecins du Monde, en lien avec des acteurs locaux, a initié un

projet pilote de réduction des risques : information, prévention, accès aux soins, dépistage, formation et plaidoyer. L’objectif principal est de contribuer à réduire les risques de transmission du VIH, des hépatites B et C et des infections sexuellement transmissibles autres que cellesci chez les usagers de drogues par voie intraveineuse (UDVI), ainsi que les dommages liés à cette pratique.

un centre adapté aux besoins

Ce programme repose sur un partenariat étroit établi depuis dixhuit mois avec New Vector, une association d’autosupport locale, créée par et pour des usagers. En 2010, l’ONG faisait fonctionner un petit lieu d’accueil, le « drop in center » (DIC), et distribuait des seringues. Depuis juin 2011, un nouveau DIC, plus accueillant, permet d’offrir aux usagers un panel plus large d’activités de RdR et un véritable parcours de soins. Bien qu’en phase de démarrage, ce centre est très important : accueil fixe anonyme et gratuit, où les usagers peuvent venir librement trouver une écoute et du matériel diversifié de qualité et en quantité nécessaire, des informations sur la RdR, un accompagnement médical et psychologique et bénéficier de consultations dentaires. 609 personnes ont pu être référencées en 2011 et 586 en 2010. À celles et ceux qui sont venus prendre des

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seringues ou des préservatifs, un dépistage du HIV, des hépatites B et C ou de la syphilis a été proposé. Les activités en outreach (« à l’extérieur ») ont également débuté, malgré le contexte particulièrement répressif.

FORMATION DES ACTEURS LOCAUX ET PLAIDOYER

La collecte de données dans le cadre du programme alimente les actions de plaidoyer, lesquelles ont été définies en lien avec New Vector et Hépa+, une autre ONG soutenue par MdM, mais aussi avec le Réseau géorgien de réduction des risques (un collectif créé en 2006 qui regroupe 20 ONG sur l’ensemble du territoire) et des acteurs majeurs du plaidoyer sur la RdR en Géorgie, comme Alternative Georgia. Deux axes ont été identifiés : la décriminalisation des pratiques de RdR, notamment la récupération de seringues usagées, et l’accès

gratuit aux tests et au traitement de l’hépatite C. L’appui de MdM portant à la fois sur le soutien à des actions de plaidoyer et sur le renforcement des capacités locales à les organiser, cette activité complète un autre volet important du programme, la formation : formation de formateurs, afin de renforcer les connaissances en RdR des autres associations locales ; formation sur la mobilisation des usagers des programmes, de la société civile et des autorités pour, à terme, renforcer les capacités nationales et locales en matière de RdR. Ces formations prévoient d’inclure des sessions de sensibilisation auprès d’autres acteurs comme la police ou les médias. La tâche est vaste, dans un contexte difficile, mais enthousiasmante : ce partenariat est un véritable transfert de compétences et de savoir-faire s’appuyant sur des initiatives locales. n Julie Chansel © DR / MdM

Plus d’infos sur le web

Sensibilisation dans la rue à l’occasion du 1er décembre, Journée internationale de lutte contre le sida.


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Vietnam / réduction des risques

MdM, pionnier dans l’accès aux antirétroviraux © Lahcène Abib

Grâce à sa présence historique au Vietnam, Médecins du Monde a pu travailler sur les soins de santé pour les personnes à risques. L’heure est au passage de relais. Diaporama sur le web

Chine VIETNAM

Hanoi Laos Mer de chine

Thaïlande

Cambodge

hÔ chi minh-VILLE

Au-delà du soin, un soutien psychosocial permet de lutter contre la stigmatisation des patients.

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résent dans les eaux territoriales du Vietnam dans les années 1970 avec l’opération Île de Lumière, Médecins du Monde s’est implanté au Vietnam à la fin des années 1990, avec un projet de prévention du VIH/sida. Un café dit « café-préservatifs » accueillait à Hô Chi Minh-Ville des toxicomanes et des travailleurs du sexe, populations présentant un risque accru de contamination par le VIH. Un long travail de transfert de compétences a permis aux usagers de reprendre la gestion de cette structure, sous l’égide des autorités locales. Médecins du Monde a alors choisi de poursuivre son action en ouvrant un centre de soins de santé primaires pour les per-

sonnes précaires : SDF, migrants venus du Cambodge…

prise en charge globale

Le centre a fonctionné pleinement à partir de 2005 et une ­deuxième structure a été créée à la demande des autorités locales. « Il s’agissait de favoriser le dépistage et le traitement du VIH pour les populations précaires, souligne Karine Lacombe, responsable de mission. Nous avons été parmi les premiers à proposer aux patients des antirétroviraux pour se soigner. » Parallèlement, le même projet a été développé à Hanoi, et un centre a ouvert dans un espace de réhabilitation. « Les équipes étaient mobilisées pour repérer les personnes à risques : toxicomanes, travailleurs du sexe… L’objectif ? Les inciter à venir se faire dépister au dispensaire,

favoriser leur éducation à la santé et réduire les risques de transmission du virus par l’échange de seringues, la distribution de préservatifs… »En se faisant dépister, ces personnes intégraient le circuit des soins et avaient accès aux antirétroviraux.

Les équipes ont mis en place un plaidoyer actif pour l’accès du plus grand nombre aux antirétroviraux En décembre 2011, le programme a fermé après une longue période de travail sur la pérennisation des activités, en partenariat avec les autorités locales et les partenaires institutionnels internationaux. Mais les partenaires locaux n’ont pas pu reprendre l’ensemble des projets.

Les activités au sein des deux dispensaires de Hô Chi MinhVille se poursuivent : l’un a été repris par les usagers et les autorités locales, l’autre par une organisation inter nationale. Le transfert des activités a été compliqué, vu le contexte local tendu sur les plans politique et financier. « Dans un contexte plus favorable, nous aurions pu tenter de développer plus d’activités en amont pour la prévention et la réduction des risques », conclut Karine Lacombe. Malgré tout, les équipes ont mis en place un plaidoyer actif pour l’accès du plus grand nombre aux antirétroviraux, ont participé à la déstigmatisation de l’infection par le VIH dans la communauté vietnamienne et ont montré la viabilité d’un programme de prise en charge intégrée des personnes vivant avec le VIH. n OLIVIA JAMET N° 106 | Mars/Avril/Mai 2012


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RENDEZ-VOUS / LA VIE DE L’ASSOCIATION…

élections 2012

la caravane MdM

© DR

La campagne 2012 va être l’occasion d’interroger les candidats et les personnes vivant en France sur la qualité de notre système de santé et les politiques en matière de santé publique. Retour sur un dispositif national.

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e système de santé français, longtemps prés e n t é «  c o m m e l e meilleur au monde », est malade et ce sont les personnes précaires qui en souffrent le plus. Les équipes de Médecins du Monde rencontrent

au quotidien des populations contraintes de choisir entre se soigner et assurer d’autres besoins essentiels. Des personnes pour qui la santé est devenue un produit de luxe. Les politiques menées le sont contre les enjeux de santé

publique, entraînent ruptures de soins et arrêt des traitements. Les plus précaires subissent des politiques de harcèlement qui les rendent moins visibles et donc plus éloignés de la prévention et des soins. Les équipes de MdM qui interviennent auprès des plus démunis ne peuvent parfois plus assurer la continuité des soins. Face à la détresse sanitaire, d’autres réponses sont possibles. Médecins du Monde « prescrit » un traitement aux candidats aux élections présidentielles et législatives. Traitements d’urgence et traitements de fond pour mettre fin aux politiques qui rendent malades. à eux de s’engager à le suivre. Une campagne de sensibilisation a été lancée le

29 février dernier dans la presse nationale et sous forme d’affichage à Paris et en région. Le tour de France de la caravane Médecins du Monde a démarré le 7 mars à Lyon et se poursuit dans 15 villes jusqu’au 15 juin. Le public sera ainsi invité à « voter santé » pour soutenir Médecins du monde et l’accès aux soins des plus précaires. L’objectif est d’aller à la rencontre des citoyens et des candidats afin que la santé des plus pauvres ne soit pas oubliée du débat public et poser une question simple : on continue comme ça ou on décide d’agir pour un système vraiment solidaire ? n Le calendrier de la campagne : www.medecinsdumonde.org

Partenariat

la fondation PSA peugeot citröen finance un nouveau bus

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Décor extérieur du bus : Damien Roudeau/Les Yeux dans le monde

© DR

lus spacieux que le précédent, disposant de nombreux rangements, d’un chauffage et d’un bon éclairage… le nouveau véhicule de la mission Lotus Bus – programme intervenant auprès des prostituées chinoises à Paris – a été acquis grâce au soutien de la fondation PSA Peugeot Citroën et du conseil régional d’Île-de-France. Il est composé de trois espaces : un espace d’accueil et de distribution de matériel, un espace collectif de prévention et un espace insonorisé pour mener les entretiens individuels et confidentiels (entretiens sociojuridiques et médicaux, écoute…). De même, il sera désormais possible d’ef-

fectuer de façon plus régulière des dépistages, jusque-là organisés dans un autre véhicule, tout en continuant le travail de

MÉDECINS DU MONDE - LE JOURNAL DESTINÉ AUX DONATEURS

prévention habituel. Selon Tim Leicester, le coordinateur de la mission, « cela rendra surtout le bus plus chaleureux et les

femmes qui ont envie de rester un peu, de nous parler ou de discuter entre elles pourront le faire plus facilement ». n


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RENCONTRE

© DR

Comité des donateurs

QUI SOMMES-NOUS ?

à la rencontre des donateurs dans la rue Depuis 2005, MdM a fait le choix d’aller à la rencontre du public pour faire connaître ses actions, sensibiliser le plus grand nombre aux questions essentielles de l’accès aux soins, en France et à l’étranger afin de recevoir un soutien dans la durée de la part de nouveaux donateurs.

Pour accomplir cette mission, des équipes salariées représentant l’association sont chaque jour présentes dans les rues. Nombre de nos donateurs ont fait le choix de nous soutenir mensuellement par prélèvement automatique à l’issue d’une rencontre avec l’un d’eux et grâce à cela nous avons pu depuis six ans développer nos programmes et augmenter notre réactivité pour répondre aux urgences.

Directeur de l’association new Vector

Konstantin LABARTKAVA

Partenariat fructueux en Géorgie

Depuis 2011, MdM soutient le travail mené par cette association d’autosupport pour améliorer l’accès aux soins et aux droits des usagers de drogues soumis à un contexte répressif.

Dessins sur le web

Quand et comment a été créée l’association New Vector ? K.L. : Depuis 2006, l’ONG New Vector est une association d’autosupport, c’est-à-dire d’usagers de drogues, et la première organisation à avoir ce statut en Géorgie et dans le Caucase du Sud. Comme la loi géorgienne est l’une des plus sévères parmi les pays de l’exUnion soviétique, nous avons compris que la création d’une ONG nous permettrait de protéger nos droits.

Merci à tous nos représentants pour le travail accompli et merci à vous également pour l’accueil que vous leur réservez et pour votre soutien à nos programmes de soins, de plus en plus indispensables. © DR

N

ous ne sommes ni médecins, ni membres de Médecins du Monde. Tous bénévoles, nous assurons un lien essentiel et unique entre vous, donateurs, et Médecins du Monde. Avec rigueur et indépendance, nous procédons vis-à-vis de l’association à une démarche constructive qui n’exclut pas la critique. Nous formulons des avis ou des recommandations sur la marche générale et les orientations de Médecins du Monde. Par nos travaux d’évaluation, nous nous efforçons d’améliorer la transparence de ses activités et nous l’aidons à employer le plus efficacement possible les fonds qu’elle collecte auprès de vous.

Avec son concours, nous effectuons des missions d’évaluation sur le terrain après les avoir choisies librement. Celles-ci donnent lieu à un rapport écrit, transmis au Conseil d’administration de Médecins du Monde, puis publié sur son site public. Le Comité des donateurs n’est pas un organe de contrôle de gestion ou des comptes. Mais, « ici ou là-bas », nous questionnons et étudions les documents que nous demandons et que l’on nous remet. Nous observons, évaluons et vous rendons compte avec le regard vigilant d’un donateur averti. Nous sommes heureux de vous inviter à la prochaine Journée des donateurs que le comité organise le 12 mai 2012 au siège de Médecins du Monde. n www.journeedonateursmdm.org

Quelles sont les activités menées par New Vector ? K.L. : Nous distribuons du matériel d’injection stérile pour les usagers de drogues par voie intraveineuse dans notre centre mais aussi à l’extérieur (outreach). Un médecin généraliste et une psychologue leur offrent la possibilité d’accéder à des tests de dépistage et à des consultations pour le VIH/

sida, les hépatites B et C et la syphilis, et les accompagnent vers les différents services médicaux, sociaux et de protection de leurs droits. Parallèlement, nos actions de plaidoyer permettent de participer à l’élaboration d’une nouvelle politique en matière de toxicomanie et de planifier une stratégie. Depuis 2011, grâce au soutien de MdM, NV a pu élargir son action, en améliorer la qualité et inaugurer un service dentaire avec un accès aux services thérapeutiques et chirurgicaux. La mise en œuvre du programme de RdR a-t-elle un effet positif sur la santé des usagers de drogues ? K.L. : Notre programme de réduction des risques a un effet direct sur la santé des patients, notamment en matière de prévention du VIH/sida, des hépatites B et C et d’autres maladies infectieuses. L’approche, fondée sur des principes éthiques et sans jugement, permet aux usagers de considérer leur santé comme une priorité. n propos recueillis par Véronique Miollany N° 106 | Mars/Avril/Mai 2012


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Vous pouvez prendre contact avec François Rubio au 01 44 92 14 42 ou par courriel à legs@medecinsdumonde.net Médecins du Monde - Journal trimestriel publié par Médecins du Monde France - 62 rue Marcadet, 75018 Paris – Tél. : 01 44 92 15 15 – Fax : 01 44 92 99 99 – www.medecinsdumonde.org – Médecins du Monde Suisse – Rue du Château 19 - CH-2000 Neuchâtel, Suisse – Tél. : 00 41 32 725 36 16 – Fax : 00 41 32 721 34 80 – www.medecinsdumonde.ch – Directeur de la publication France : Dr Olivier Bernard - Directeur de la publication Suisse : Dr Nago Humbert – Rédactrice en chef : Hélène Valls – Maquettiste : Aurore Voet – Comité éditorial : Juliette Chevalier, Benoit Duchier, Pierre Salignon – Rédaction : Léa Carniglia, Julie Chansel, Olivia Jamet, Véronique Miollany, Louise Tesse, Agnès Varraine Leca – Ont collaboré à ce numéro : le Comité des Donateurs, la direction des missions France, les desks urgence, Afrique, Amérique latine, Asie, Europe de l’Est, Moyen-Orient – Secrétariat de rédaction : Thérèse Benoit - Crédits photos de couverture : Benoit Génot, Xavier Gary, Meanings/MdM - Création maquette : Créapress BBDO – Tél. : 01 41 23 40 40 – Copyright : toute reproduction doit faire l’objet d’une demande écrite préalable. Ce numéro est tiré à 400 050 exemplaires et envoyé aux donateurs de Médecins du Monde, GC (Grande Cause) Commission paritaire N° 1008H84740. Un dépliant d’information sur les legs est joint à ce numéro - Impression SEGO - 46 rue Constantin-Pecqueur – 95157 Taverny – imprimé sur papier 100 % recyclé.

Journal de Médecins de Monde 106  

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