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➜ Le dessin de la semaine

Développer les contrats d’assurance Michel Barnier veut "développer les contrats d’assurance en viticulture et fruits et légumes". Interrogé en séance publique le 28 avril par le sénateur Jean-Paul Emorine sur les modalités du basculement progressif entre le fonds national de garantie des calamités agricoles et le système assurantiel, le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a fait un rapide point sur le sujet. "Grâce aux moyens que nous avons dégagés lors du bilan de santé, nous allons inciter à la souscription de contrats d’assurance dans la viticulture ou dans le secteur des fruits et légumes qui sont particulièrement exposés", a-t-il indiqué. Il a également précisé qu’un "travail de réflexion" était engagé sur l’assurance récolte forêt avec Eric Woerth, ministre du Budget, et Christine Lagarde, ministre de l’Economie. Lire ci-dessous.

Robotisation ➜ Capteurs et machines de plus en plus performantes et intelligentes pourraient bien devenir les principaux acteurs de la filière viticole. Attention à ne pas oublier le facteur humain.

Le vin mécanique ui n'a jamais rêvé de voir un robot faire le travail à sa place ? Ce rêve est en passe de devenir réalité… ou presque. Dans la vie quotidienne, moulin à café et machines à écrire ont laissé place à la machine à café et les ordinateurs. Côté usine, le travail à la chaîne, apparu au Étatsunis au début du XIXe siècle, a été les prémisses de la mécanisation industrielle qui n'a cessé d'évoluer depuis. Dans l'agroalimentaire, la robotisation en est à ses premiers frémissements. Une réalité d'autant plus vraie pour le vin. La filière est en pleine mutation : des progrès technologiques permettent d'élaborer de nouveaux styles. Mais ces progrès effraient. La filière craint la standardisation des vins. De nombreuses interrogations se posent. Elles pourraient, à terme, freiner l'innovation. Face à un tel constat, Vinséo, réseau de fournisseurs de la filière vitivinicole en LanguedocRoussillon, a invité le 28 avril à l'hôtel de l'Agglomération à Montpellier les acteurs de la filière. Objectif : rassurer les acteurs de la filière et leur prouver la nécessité des machines. Une mécanisation qui s'étend de la vigne à la cave.

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La vigne vue du ciel Par définition, un robot est un système capable de s'adapter au changement de son environnement. Encore faut-il repérer ces évolutions. Et les capteurs sont faits pour cela. Fixes, embarqués ou encore satellitaires, ils observent et enregistrent les moindres contours d'un

pied de vigne, des racines aux pointes des feuilles. Les capteurs dendrométriques ou micrométriques mesurent l'état hydrique de la plante quand les tensiomètres mesurent celui du sol. Embarqués sur le tracteur, certains capteurs calculent la résistivité du sol, soit le courant électrique qui circule dans le sol. Ils permettent de connaître la structure et la texture du terrain, "et ceci sur plusieurs profondeurs. Cette machine a la possibilité de sonder le sol verticalement et horizontalement", précise Jean-Michel Roger, chercheur au Cemagref. D'autres capteurs mesurent la végétation en constituant un spectre de réflectance pour, par exemple, raisonner les apports azotés. Écolo, certains permettent de limiter les pollutions des sols et de l'air par les produits phytosanitaires. Dans le projet européen Aware, deux débitmètres sont embarqués sur le pulvérisateur et directement reliés au tableau de bord du tracteur. L'ensemble des capteurs peut être monté en réseau pour avoir une vue d'ensemble de son vignoble ou de sa parcelle. La technique va encore plus loin. Certaines observations se passent bien au-delà de la stratosphère, via satellite. Oenoview® d'Infoterra et de l'ICV, par exemple, permet de rationaliser la sélection des vendanges. Basé sur l’analyse d’images satellites, il permet de suivre avec précision le développement des vignes, d’identifier les différences de qualité du raisin entre différentes parcelles, voire au sein d’une même parcelle. La recherche et le développement sont féconds dans le domaine des

capteurs, "on peut même imaginer que dans quelques années, mesurer le taux de sucre par imagerie hyperspectrale afin de lutter contre le botrytis, sera possible", souligne JeanMichel Roger. Une mine d'informations qui une fois interprétée permet de mieux appréhender la conduite du vignoble et l'élevage du vin où là aussi, la robotisation fait peu à peu son apparition. Toujours dans la même optique : faciliter et optimiser le travail du viticulteur.

La révolution TRP Déposée par Pellenc en 2002, la TRP (taille rase de précision) a déjà de nombreux adeptes. Alain Carbonneau, professeur de viticulture à Montpellier SupAgro l'affirme : "La TRP est une conduite simple et la vigne répond positivement." Il suffit d'un cordon "réussi", bien rectiligne. Et la pré-tailleuse équipée de modules de précision à l'arrière fait le reste. "Le conducteur n'a qu'à s'occuper de conduire la machine le plus droit possible", promet Jacques Servolles, directeur du département MAV-Viti à Pellenc SA. Les avantages de cette taille mécanique ne manque pas, Jacques Servolles les expose : "Cette technique de taille permet aux viticulteurs de gagner du temps. Il n'y a pas de tirage de bois. Le broyage au sol est diminué. Le palissage est haut (1 m 10 au minimum), il suffit de fixer le fil le plus haut possible sur le piquet". Côté conduite aussi les choses sont simples, Alain Carbonneau commente : "L'écimage est précoce. Les grappes étant bien aérées et bien distribuées, l'état sanitaire est plus que satis-

Des chercheurs et des industriels ont présenté les dernières innovations en termes de viticulture et de vinification.

85 entreprises, caves, domaines, distilleries, adhérentes ou non au réseau Vinséo, étaient présentes à la conférence.

faisant. La vigne présente une belle ramification. Enfin, il ne reste que très peu de travail à faire, si ce n'est enlever les repousses au pied des ceps et sous le cordon." Jacques Servolles ajoute : "Cette technique favoriserait même la maturité du raisin qui serait plus précoce d'une semaine environ." D'autres innovations techniques révolutionnent les parcelles : les porte-greffe hybrides résistants aux maladies sont déjà nés dans les laboratoires ; la lyre se plie, utile pour économiser l'eau au moment de la véraison et pour le passage des machines à vendanger… Ne reste plus qu'à vinifier. Et là encore la technologie s'invite au pied et dans le ventre des cuves.

Profilage vinicole L'important pour la vinification en rouge ? La fermentation et la couleur. Mesurer le dégagement en CO2 et la concentration en sucre en temps réel et piloter l'évolution de la température suivant le taux d'éthanol pendant la fermentation, permettrait d'adapter le profil du vin aux attentes du marché. Jean-Marie Sablayrolles, directeur de recherches à l'Inra, explique : "Pour s'adapter au marché, il est de plus en plus nécessaire de contrôler la fermentation pour pouvoir orienter les caractéristiques d'un vin. Toutefois, les facteurs de fermentation (CO2, températures et sucre) sont très variables et les critères d'optimisation sont des plus complexes." Mais rien d'impossible. La connaissance

de ces critères est de plus en plus fine et des outils existent. Voici les capteurs qui entrent à nouveau en piste. Les débitmètres massiques permettent de mesurer le taux de CO2 dégagé. Des capteurs infrarouges ou des fibres optiques sont utilisés pour mesurer la vitesse de fermentation et ainsi optimiser les apports d'azote. "Il est encore difficile de piloter la qualité d'un vin, mais on peut tout de même le profiler en travaillant sur les marqueurs", commente JeanMarie Sablayrolles. Encore faut-il anticiper les réactions de ces capteurs, "il faut des modèles mathématiques", remarque le directeur de recherches. Ainsi, l'Inra a mis au point Sofar® (commercialisé par Intelli'Oeno), un simulateur de fermentation basé sur les mécanismes biologiques et physiologiques des levures. Ce logiciel permet de simuler les besoins en cuves et en frigories. Véritable outil d'aide à la décision, il calcule les teneurs en sucre, en azote et les variations de température. Bémol : le modèle ne sait pas encore prévoir les arrêts de fermentation. Et il ne remplacera jamais l'expertise du vinificateur. Michel-Ange Sobas, conseiller technologique à Transferts LR et professeur consultant à Montpellier Sup Agro, met en garde : "Si demain le vin est produit par des robots, il faudra accorder d'autant plus d'importance aux hommes de terrain. Il sera primordial d'avoir des hommes motivés, qualifiés et impliqués." M.-C.C.

« PAY SA N D U MID I » - Vendredi 8 mai 2009

Le vin mécanique (Paysan du midi, 8 mai 2009)  

Qui n'a jamais rêvé de voir un robot faire le travail à sa place ? Ce rêve est en passe de devenir réalité… ou presque.