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Comment la MC93 a investi la friche industrielle Babcock ? Cela faisait quelques mois que j’avais été nommée directrice de la MC93. Je n’avais pas encore pris mes fonctions lorsque je reçus un appel téléphonique de Fabrice Lextrait, vieille connaissance me parlant d’un site industriel à la Courneuve pour lequel il souhaitait avoir mon avis. En effet, en binôme avec Matthieu Poitevin, riche de leur magnifique expérience à la friche Belle de Mai de Marseille, il avait été missionné par Patrick Braouezec, le président de l’agglomération Plaine Commune, pour réfléchir au devenir de l’ancienne usine Babcock. Lorsque je suis entrée pour la première fois l’été 2015 dans la friche, j’ai été immédiatement séduite. J’étais accompagnée de Patrick Devendeville, directeur technique de la MC93, censé me dire si le projet d’investir la friche le temps des travaux de notre théâtre n’était pas une folie. Je dis censé car je crois qu’il est également tombé sous le charme même si c’était bel et bien une folie ! Quoi qu’il en soit, il a rendu possible cette aventure avec son équipe, les services de Plaine Commune et ceux de la ville de la Courneuve. Les travaux d’installation ont commencé dès avril 2016. Ce lieu était beau et poétique, romantique comme une ruine contemporaine dans laquelle parfois avait poussé de la végétation. Une seule halle était en suffisamment bon état pour qu’on imagine y accueillir du public. Son passé industriel était perceptible ainsi que le souvenir des luttes ouvrières qui s’y étaient déroulées. Plus tard, nous recueillerons de nombreux témoignages de spectateurs qui y avaient été ouvriers ou qui l’avaient découvert en militant, notamment en 68 (Babcock était alors un lieu de rencontres entre universitaires et ouvriers). Y raconter des histoires. Y recréer des gestes. Voilà qui serait magnifique. Lui rendre vie. Imaginer les flots de spectateurs… Il fallait trouver les artistes dont la puissance jouerait avec celle du lieu. Je savais que Frank Castorf avait créé en juin au Wiener Festwochen une déjà légendaire adaptation des Frères Karamazov d’après le roman de Dostoïevski. Quelques semaines plus tard, il arpentait la friche accompagné de Jeanne Balibar… conquis… L’aventure commençait ! Ce sera l’ouverture de la saison de la MC dans le 93 et celle du Festival d’Automne à Paris.

C'est certain : nous ferions également du cirque ! En association avec le Centre Jean Houdremont et la Maison des Jonglages, deux acteurs culturels de la Courneuve avec qui nous avions déjà commencé à parler de coopération. Notre choix s’est porté sur Johann Le Guillerm, artiste singulier et qui avait prévu d'investir la halle avec son chapiteau et ses architextures. La première de son spectacle a coïncidé avec l’ouverture de la saison de la Courneuve, traditionnellement gratuite. Ainsi, une foule joyeuse s'est appropriée la friche dès l’après-midi, guidée par les Totems de Malte Martin pour visiter le lieu et voir le Groupe Acrobatique de Tanger et une performance de Claudio Stellato. Quelque temps plus tard, Boris Charmatz me contactait : il était à la recherche de grands lieux vides pour sa prochaine création. Il a visité la halle entre Noël et le jour de l’An. Nous accueillerons avec le Festival d’Automne à Paris, la première de son spectacle en Île-de-France. Ici, Danse de nuit, écrit après les attentats, prend une couleur particulière. Il y avait un air de festival dans les premières soirées de septembre à Babcock. La magie du lieu, des spectacles, la découverte d’un espace vide à habiter si rare dans la région francilienne. Cette aventure avait tout d’impossible. Il a juste fallu, en étant nombreux, penser qu’elle pouvait exister. L’important était de valider l’intuition des politiques que cette friche pouvait être un lieu artistique et culturel inspirant. Maintenant, tout reste à faire. Je souhaite que la halle, un peu aménagée, puisse tour à tour accueillir les projets d’artistes et d’acteurs culturels franciliens, qu’elle soit un lieu de partage, de partenariats. En tous les cas, désormais elle fait rêver artistes et spectateurs… Hortense Archambault Je remercie Fabrice Lextrait et Matthieu Poitevin qui sont des rêveurs pragmatiques si précieux, Patrick Braouezec et l'équipe de Plaine Commune pour leur vision de la culture au cœur de la cité et leur engagement, Gilles Poux pour sa confiance et sa présence ainsi que celles de l'équipe de la Courneuve, Stéphane Troussel et l'équipe du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis pour leur soutien et leur expertise patrimoniale, le Festival d’Automne à Paris qui nous a accompagnés dans cette aventure, Armelle Vernier et Thomas Renaud pour la joie que nous avons eu à travailler ensemble, les équipes artistiques qui nous ont permis de transformer notre regard sur ce lieu, l’équipe de la MC93 enfin qui m’a suivie avec un bel élan pour relever ce défi.


Christophe Raynaud Delage

Daniel Maunoury

Virginie Salot

Daniel Maunoury

FrĂŠdĂŠric Nauczyciel

Virginie Salot


calendrier

JANVIER

p.

* Lecture

6

Musique

6

Théâtre L'Échangeur Bagnolet Théâtre

7

jeu 19 20 h 00

Jamais seul Patrick Pineau

dim 22 11 h 00

La mort du poète Jérôme Pernoo

Théâtre-Cinéma du Garde-Chasse Les Lilas

mar 24 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

jeu 26 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet Théâtre

7

ven 27 20 h 30

Couscous clan Rodolphe Burger et Rachid Taha

Canal 93 Bobigny Musique

9

20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

7

sam 28 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

dim 29 15 h 00 Rencontre-débat avec Myriam Marzouki

Bourse du travail Bobigny

Théâtre Théâtre

7

Rencontre 

8

Théâtre L'Échangeur Bagnolet Théâtre L'Échangeur Bagnolet

* 

17 h 00

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

lun 30 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

mar 31 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

FÉVRIER

p.

jeu 2 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

ven 3 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

sam 4 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

dim 5 17 h 00

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

mar 7 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet Théâtre

7

mer 8 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

jeu 9 20 h 30

Ce qui nous regarde Myriam Marzouki

Théâtre L'Échangeur Bagnolet

Théâtre

7

mer 22 20 h 00

Carte Blanche Daniel Conrod

Magic cinéma Bobigny

Cinéma

14

ven 24 20 h 00

Vert bleu territoire Hakim Bah

Popote Coop Noisy-le-Sec

* gratuit sur réservation

* 

Lecture

9


MARS

p.

jeu 2 20 h 30 Nova Claire ingrid Cottanceau et Olivier Mellano 20 h 30

Providence Ludovic Lagarde

ven 3 20 h 30 Nova Claire ingrid Cottanceau et Olivier Mellano

Théâtre-Cinéma du Garde-Chasse Les Lilas Théâtre — Musique

9

Théâtre des Bouffes du Nord Paris

16

Théâtre 

Théâtre-Cinéma du Garde-Chasse Les Lilas Théâtre — Musique

9

Théâtre des Bouffes du Nord Paris

Théâtre

16

sam 4 20 h 30 Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris Théâtre

16

dim 5 16 h 00 Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris Théâtre

16

mar 7 20 h 00

Sextuor du printemps Jérôme Pernoo

Conservatoire Jean Wiener Bobigny

20 h 30

Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris

20 h 30

Providence Ludovic Lagarde

Musique

* 

17

Théâtre

16

mer 8 20 h 30 Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris Théâtre

16

jeu 9 20 h 30 Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris Théâtre

16

ven 10 20 h 30 Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris Théâtre

16

sam 11 20 h 30 Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris Théâtre

16

dim 12 16 h 00 Providence Ludovic Lagarde

Théâtre des Bouffes du Nord Paris Théâtre

16

ven 17 19 h 30

La neuvième nuit, nous passerons la frontière Marcel Bozonnet

Gymnase Léo Lagrange Clichy-sous-Bois

* Théâtre 

18

sam 18 18 h 00

Je suis fait du bruit des autres Sylvain Bouillet Mathieu Desseigne Lucien Reynès

Salle Pablo Neruda Bobigny

* Danse

20

mar 21 19 h 30

La mécanique des ombres Sylvain Bouillet Mathieu Desseigne Lucien Reynès

Théâtre du Fil de l'eau Pantin

Danse

20

* Lecture

17

* Exposition

27

* Théâtre 

18

jeu 23 13 h 00 La tour de Balbel Natascha Rudolf

Campus de Bobigny, Université Paris 13 Bobigny

18 h 00 & 20 h 30 Vernissage FrédérIc Nauczyciel

Musée d'Art et d'Histoire Saint Denis et Centquatre Paris

ven 24 20 h 00

Salle Pablo Neruda Bobigny

La neuvième nuit, nous passerons la frontière Marcel Bozonnet

sam 25

Banquet #3 Daniel Conrod

Bobigny

* Banquet

14

mer 29 20 h 00

Sombre Rivière Lazare

Nouveau théâtre de Montreuil Théâtre — Musique

21

jeu 30 19 h00

La fin des fins Léonora Miano

Bibliothèque Elsa Triolet Bobigny

* Lecture

18

20 h 00

Sombre Rivière Lazare

Nouveau théâtre de Montreuil Théâtre — Musique

21

ven 31 20 h 00

Sombre Rivière Lazare

Nouveau théâtre de Montreuil Théâtre — Musique

21

AV R I L

p.

sam 1 15 h 00

La neuvième nuit, nous passerons la frontière Marcel Bozonnet

Centre de Médecine Physique et de Réadaptation (CMPR) Bobigny

* Théâtre 

18

20 h 00

Sombre Rivière Lazare

Nouveau théâtre de Montreuil Théâtre — Musique

21

lun 3 20 h 00

Sombre Rivière Lazare

Nouveau théâtre de Montreuil Théâtre — Musique

21

mar 4 20 h 00

Sombre Rivière Lazare

Nouveau théâtre de Montreuil Théâtre — Musique

21

mer 5 20 h 00

Sombre Rivière Lazare

Nouveau théâtre de Montreuil Théâtre — Musique

21

jeu 6

Sombre Rivière Lazare

20h 00

jeu 20 19 h 30 Rencontres initiées par Lazare #3

* gratuit sur réservation

Nouveau théâtre de Montreuil Conservatoire national supérieur d'Art dramatique Paris

Théâtre — Musique

* 

Rencontre

21 37


Jamais seul

le 19 janvier

Mohamed Rouabhi est de ces auteurs qui parviennent avec une grande poésie à décrire un monde qui se transforme. Avec Jamais seul, il réalise une fresque sur le métier de vivre, une galerie d’invisibles qui au gré des événements apparaissent tantôt abîmés et affaiblis, tantôt amoureux, optimistes et solidaires. Dans ce monde bouleversé, le texte permet de découvrir leurs destins, leurs rêves, leurs déceptions. Il nous fait traverser des lieux, parfois étranges, parfois familiers, mais toujours transfigurés par l’imagination et la plume de l’auteur. De cette expérience grandit le sentiment de quelque chose en partage, peut-être simplement de ce que l’on nomme « humanité ». Ce petit peuple, silhouettes anonymes condamnées à affronter le monde, invente à chaque instant la poésie nécessaire à faire chanter les lendemains et partage une règle tacite, n’être jamais seul. Cette première mise en voix du texte est une nouvelle étape pour le metteur en scène Patrick Pineau, qui créera Jamais seul en novembre 2017 à la MC93.

S’il y a un monde dans lequel il y a de la méchanceté, de l’indifférence, de l’avidité, de la solitude, c’est le nôtre. S’il y a un monde dans lequel il y a de l’amour, de la joie, de l’émerveillement, c’est aussi le nôtre. Mohamed Rouabhi

Lecture

Texte Mohamed Rouabhi Mise en scène Patrick Pineau Avec Birane Ba, Nina Nkundwa, Patrick Pineau, Sylvie Orcier, Mohamed Rouabhi, Valentino Sylva

Bourse du travail — Bobigny À 20 h Gratuit sur réservation

de

c m entre

usique de chambre de Paris

La mort du poète Il est impossible de dissocier la musique de Robert Schumann de sa vie sentimentale. Elle se confond avec l’amour qu’il vouait à Clara Wieck, jeune pianiste prodige qu’il épousa en 1840 au terme de six années assombries par le refus obstiné du père de Clara, le professeur Friedrich Wieck dont Schumann était l’élève. La musique de chambre de Schumann est elle aussi celle des amours du poète, en particulier le quintette composé en 1842 et dont Clara tenait la partie pour piano. Le piano constitue en effet entre Robert et Clara le « trait d’union aux moments où Wieck leur défendait de se voir et de s’écrire » comme le précise Marcel Brion dans sa biographie* : « Il n’y a pas une mesure, née entre 1834 et 1840, où la pensée de Clara ne soit incluse, dans la joie, l’espoir, la douleur, le chagrin. » * Génie et destinée. Schumann et l’âme romantique, Marcel Brion, 1954.

Avec Irène Duval, Brieuc Vourch, violons Léa Hennino, alto Adrien Bellom, violoncelle Yedam Kim, piano

Gratuit sur réservation

6

Jérôme Pernoo

le 22 janvier


C e

q

Myriam Marzouki

ui nous regarde

Vincent Arbelet

du 24 janvier au 9 février

ENTRETIEN AVEC MYRIAM MARZOUKI Qu'est-ce que le théâtre peut apporter à la réflexion sur un sujet qui est devenu un enjeu de société aussi sensible et clivant ? Myriam Marzouki : Tout d’abord d'envisager cette question autrement que dans son traitement médiatique, très clivant, souvent outrancier et simpliste. Ma préoccupation était de ne surtout pas jeter de l’huile sur le feu, ne pas chercher à crier plus fort que tous ceux qui se sont déjà emparés de ce sujet. L’intention première du spectacle était de faire un « pas de côté » pour ne pas rester dans les schémas habituels d’analyse, faire entendre une voix plus douce et reconnaître la complexité, la polysémie. Le spectacle ne porte pas sur le voile, la dramaturgie est centrée sur le regard que nous portons sur ce phénomène. Je n’ai pas cherché à expliquer pourquoi certaines femmes se voilent, ce pourrait être le sujet d’un spectacle, mais ce n’est pas celui de Ce qui nous regarde. Nous posons une autre question : Qui voyons-nous lorsque nous rencontrons une femme voilée ? Quels affects et quelles mémoires imaginaires cette rencontre suscite-t-elle ? Le théâtre permet-il de sortir du discours médiatique ? M. M. : Oui, et c'est essentiel. Le spectacle ne répète pas sur scène ce qui est dit ou écrit à la télévision, à la radio ou dans la plupart des magazines. Je crois que le théâtre permet d'éviter l'hystérisation, la provocation, l'invective, l'excès. Il permet de faire une pause, de décélérer par rapport aux pensées pulsionnelles, du moins c’est le théâtre que je veux faire, proposer un autre montage des images et des discours. Le théâtre est dans le monde, s'inscrit dans le monde qui l'entoure mais il ne doit pas se contenter de répéter banalement les bruits du monde. Il doit au contraire les filtrer de façon sensible. Je voulais vraiment creuser en profondeur, sous la surface médiatique qui se contente souvent de marquer les esprits et de sidérer.

L'ambiguïté est l'image visible de la dialectique. Walter Benjamin

7


Le sujet que vous voulez traiter est vaste et parfois sujet à confusion. Avez-vous choisi des axes de réflexion ? M. M. : Deux axes se sont imposés au cours du travail. D’abord la question du corps féminin, au-delà de la religion : le voile est devenu le point de départ pour une réflexion sur la visibilité du corps féminin, le rapport entre visibilité et émancipation, pour questionner la nudité, l’hypersexualité des images du marketing, les normes incorporées, l’héritage féministe. Ensuite, il y a la question de la colonisation qui s’est peu à peu imposée, en documentant le spectacle. Mais il y a plein d'autres façons d'envisager ce sujet. Le spectacle ne prétend pas à l’exhaustivité d’un travail scientifique, j’assume totalement la subjectivité des angles choisis.

Mais la question du voile qui divise évidemment les Français ne divise-t-elle pas aussi le mouvement féministe ? M. M. : Il y a eu et il y a encore des débats vifs à l’intérieur des groupes et associations féministes françaises sur le sujet et des positionnements antagonistes se sont affirmés. Je suis très intéressée par ces débats d'abord parce que je me revendique féministe mais aussi parce que cette question du voile pose d'autres questions. Par exemple à quoi voit-on qu’une femme est émancipée ? Est-ce qu'il y a des signes extérieurs d'émancipation ? Travailler sur le voile permet de découvrir qu’il existe des positions féministes en France, et que le féminisme ne détermine pas a priori une position unique, et aussi qu’il existe des féminismes dans le monde, inscrits dans des histoires, des contextes sociaux, ethniques et politiques spécifiques. Il y a une tendance, amplifiée par les médias dominants, à donner d’abord et surtout la parole à un féminisme blanc et bourgeois qui a parfois du mal à entendre qu'il peut y avoir des manières nouvelles, intelligentes, légitimes, de se saisir des grandes conquêtes et des combats des années 70. Je me sens l’héritière de ces combats, mais je crois qu’il faut aussi demander aujourd’hui ce que nous voulons faire de cet héritage. Le combat féministe pour l’émancipation du corps féminin a par exemple en partie été dévoyé par le consumérisme, le marketing éhonté. Les petites obsessions sur la nudité comme vitrine de l’émancipation des femmes par la mode s’accommodent très bien des violences du capitalisme et des inégalités sociales. L’idée est d’introduire aussi un peu de trouble dans nos perceptions évidentes.

L'histoire de la colonisation française rendrait notre rapport à la question du voile plus conflictuel ? M. M. : Oui, je pense que l'intensité du débat, la polarisation des camps, la récurrence du problème comme spécificité française sont en très grande partie liés à la mémoire toujours douloureuse de la guerre d’Algérie, une mémoire qui ne passe pas car il y a un récit national qui est surtout un récit manquant, tronqué, entre honte, ignorance et douleurs toujours vives. Dans les autres pays européens, on retrouve des débats proches de ceux qui se tiennent en France, mais c’est ici qu’ils sont tellement passionnés, qu'ils en deviennent parfois risibles pour le reste du monde. Ce débat est devenu une sorte de « passion française » dans lequel l’héritage colonial en général, mais surtout la relation France-Algérie, ont un rôle important. Cela ne détermine pas tous les regards que nous avons sur le voile en France, mais c’est un élément structurant.

Ce trouble fera-t-il partie de votre spectacle ? M. M. : Oui, créer du trouble est une démarche qui m’intéresse au théâtre. Convaincre, convertir à quoi que ce soit, ce n’est pas ce que j’attends d’une œuvre d’art. Aller au spectacle voir quelque chose que je sais déjà, entendre un discours qui conforte toutes mes opinions me semble vain. En revanche, ouvrir d’autres horizons, être déplacé dans quelques certitudes, et représentations évidentes est une démarche que je crois nécessaire, aujourd’hui plus que jamais. Ce qui nous regarde ouvre différentes perspectives qui sont en tension entre elles. Il ne s'agit pas de révéler une vérité absolue mais de questionner, de creuser, de ne pas en rester à des pensées-tweet mais de prendre du temps pour exprimer une pensée vraiment ouverte, qui butte aussi sur ses contradictions. Je crois que le pire, moralement, politiquement, advient toujours de la pauvreté de la pensée, la pensée qui ne se confronte à aucun dehors.

Porter son attention sur la question du voile permet aussi d'ouvrir une réflexion plus vaste sur les rapports sociaux en France ? M. M. : Je suis très sensible à cette phrase du sociologue Pierre Bourdieu : « Quand on regarde un objet particulier on finit par y voir la société tout entière », et je pense que la question du voile en est un exemple caractéristique. Quand on regarde le tissage des fils qui tressent cette question on constate qu'il donne une certaine image de la société française.

Vous revendiquez totalement votre subjectivité en parlant de vous et de votre propre histoire familiale dès le prologue du spectacle. Pourquoi ? M. M. : Pour déminer le débat, faire entendre que je pose mes propres questions, pour faire comprendre que ce n'est ni un évangile, ni un cours magistral que nous proposons. C'est par honnêteté que je tiens à dire « d'où » je parle. Cela permet de mieux entendre ce qui va être dit sans qu'il y ait de parasitage. En affirmant ma subjectivité, cela permet au spectateur de ne pas se sentir contraint d'adhérer à quelque chose qui serait présenté comme une vérité assénée avec surplomb. Je pars du plus intime, sans que le spectacle relève pour autant de l'auto-fiction, pour ouvrir des portes de réflexion que chacun peut emprunter avec moi. Propos recueillis par Jean-François Perrier, novembre 2016

Vincent Arbelet

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur MC93.COM — rubrique le magazine.

Rencontre-débat le 29 janvier à 15 h animée par Clarisse Fabre « Porter au plateau les modes et mécanismes des représentations contemporaines » avec Bruno Nassim Aboudrar professeur d'esthétique à l'Université Paris III et l’équipe artistique.

8


c

ouscous clan

Rodolphe Burger Rachid Taha

le 27 janvier

Alexandre Chatton

Retrouvez un teaser vidéo sur MC93.COM.

Vert territoire bleu La MC93 accueille pour la deuxième saison Jeunes textes en liberté, dans le cadre de son cycle de lectures. Ce label initié par Penda Diouf et Anthony Thibault a pour ambition de favoriser l’émergence des auteurs dramatiques contemporains et une meilleure représentativité de la diversité sur la scène théâtrale française. Pour cette nouvelle saison, la thématique de sélection des textes est « Langues et Révoltes ».

n

le 24 février Après une catastrophe nucléaire, une Nation sans nom éructe des lois totalitaires et militaristes. À seize ans, les garçons partent à la guerre et les filles pondent les futurs combattants. Deux adolescents, N. et K., s’enfuient le jour de leur recensement. Ils se réfugient dans un bois « secure » saturé d’ondes radioactives. C’est la zone interdite dans laquelle plus personne ne vit et où les sangliers prolifèrent autant que les tournesols jaunissent au césium. À quelle utopie rêver au milieu du désordre et des métastases ? Entre vert et bleu, la couleur de demain se cherche. Et la mort rôde, en habit de spationaute.

Lecture

Texte Gwendoline Soublin Mise en scène Hakim Bah Distribution en cours

La Popote Coop — Noisy-le-Sec À 20 h Gratuit sur réservation

Claire ingrid Cottanceau Olivier Mellano

ova - oratorio

(...) Oui, le danger existe : c’est grâce à lui que je peux parler comme je vais parler : dans la résistance. Aussi, écoutez mon poème dramatique. — Ne plus glisser au fil de vos rêves, c’est bien ; mais ne vous réveillez pas les uns les autres en aboyant comme des chiens. Vous n’êtes pas des barbares, et aucun de vous n’est coupable ; dans vos crises de désespoir vous avez peut-être constaté que vous n’êtes pas du tout désespérés. Désespérés, vous seriez morts. On ne peut pas renoncer ; ne jouez donc pas les solitaires intempestifs : car si vous continuez à avoir de l’inclination pour vous-mêmes, ne voyez-vous pas dans l’abandon où vous êtes une lueur des dieux ? Ce mot existe, il ne peut être remplacé par aucun autre. (...) Par les villages, Peter Handke, extrait

les 2 et 3 mars

Claire ingrid Cottanceau, artiste plasticienne et actrice, Olivier Mellano, compositeur et interprète, se réunissent pour composer un objet dans une forme à la lisière du concert et de la performance. Passionnés l’un et l’autre depuis longtemps par la parole de Nova dans Par les villages de Peter Handke, et après l’avoir interprétée dans la mise en scène de Stanislas Nordey en 2013 / 2014, ils décident de poursuivre un chemin avec Nova dans un côte à côte hors norme. Un chœur constitué d’anciens accompagnera le projet. Il sera l’espace de résonance du poème et prolongera ses fulgurances à la lumière de la vieillesse. Ce projet tant plastique que musical est un cri d’espoir, la transfiguration d’un regard lucide sur le monde à la fois célébration vitale et aspiration spirituelle.

9

Conception Claire ingrid Cottanceau et Olivier Mellano Livret Nova, extrait de Par les villages de Peter Handke Traduction Georges-Arthur Goldschmidt (Éditions Gallimard) Composition musicale Olivier Mellano Interprètes Claire ingrid Cottanceau et Olivier Mellano, accompagnés d’un chœur d’une vingtaine d’anciens Collaboration artistique Thierry Thieû Niang Assistanat à la mise en scène Isabelle Gozard Lumière et régie générale Fabrice Le Fur Ingénieur du son Nicolas Dick Production MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis. Coproduction Comédie de Caen, Centre dramatique national de Normandie, France Culture. Avec la participation artistique du Jeune théâtre national. Avec le soutien de la SPEDIDAM.

Théâtre-Cinéma du Garde-Chasse — Les Lilas À 20 h 30 Durée estimée 1 h


fragments d’un soir à l’Abreuvoir compte-rendu

18 octobre 2016

GRAND ANGLE

bibliothèque Émile Aillaud quartier de l'Abreuvoir — Bobigny

On peut penser qu’une maison de théâtre moderne se préoccupe naturellement de la mutation des dramaturgies. C’est certes le cas de la MC93. Et voilà que Daniel Conrod, invité en résidence d’écriture et empêcheur de penser en rond patenté, propose de secouer un peu le postulat. Pas seulement pour le plaisir de jongler avec les mots mais pour mettre en œuvre un vrai retournement de perspective entre regardants et regardés... « Dramaturgie des mutations » donc, aventure très excitante, dont il rend déjà compte dans ses chroniques publiées dans les Carnets de la MC93 et qui fera l’objet d’un livre à venir, « grand poème social » selon les mots de l’auteur. La bonne nouvelle pour les acteurs embarqués dans le sillon de cet écrivain-arpenteur du territoire balbynien, c’est que, comme chez Astérix, l’aventure est jalonnée par des banquets. On sait vivre par ici ! Et le reporter maison — votre serviteur — a la chance d’être convié à cette réunion non publique, dédiée aux partenaires de projet de Daniel Conrod, soit une soixantaine de convives : travailleurs sociaux, bibliothécaires, artistes et quelques invités choisis. Par exemple John Ward, responsable de l’alternance et de l’international à l’IRTS Neuilly-Plaisance (Institut régional de Travail social), organisme de formation de travailleurs sociaux. Ou l’éminent historien Patrick Boucheron, qui connaît Daniel Conrod de longue date et qui a également accepté sans barguigner cette convocation amicale au quartier de l’Abreuvoir à Bobigny. Pour l’écrivain en résidence, ce banquet se présente comme un « dîner de réflexion et de travail, un outil relationnel dans le chantier expérimental mené avec la MC93 sur la question d’inscrire dans le projet de la Maison de la Culture la problématique des travailleurs sociaux », démarche en réévaluation permanente : « Comment fait-on ? Est-on efficace ?... ». Dont acte.

DANIEL CONROD

Mise en place (ou les livres se cachent pour nourrir) Arrivé à la bibliothèque Émile Aillaud vers 17 h pour les prémices de mon compte-rendu de soirée, je suis très surpris par la scénographie qui s’offre à mes yeux. On pense au rendezvous rituel de quelque société secrète, probables comploteurs puissants et sophistiqués, qui auront institué ce décorum de longue tradition. En entrant, le regard embrasse naturellement les travées de livres. C’est en se dirigeant vers le fond qu’apparaît tout à coup, à l’abri des rayonnages, totalement insolite, un dispositif de tables et de bancs, impeccablement alignés en deux rangées, nappes bigarrées, lumières tamisées fournies par d’élégants lampadaires, travée centrale réduite de manière à favoriser la proximité des participants. Quelques membres de l’équipe de la MC93 ainsi que Zahra Iarichène, responsable de la bibliothèque de quartier Émile Aillaud, mettent la dernière main au dressage des tables en échangeant de joyeuses réparties. Je lis les étiquettes alentour, privées de tout ouvrage pour ce soir : « Méthodes de langues », « Histoire — Europe — Asie — Afrique — Amérique », « Géographie », « Sociologie », « Sciences politiques », « Arts culinaires », « Encyclopédies ». En fait, il sera question, parfois implicitement, de tout cela — et de plus encore — tout à l’heure ici, je le découvrirai plus tard. Magie des concordances : ces étiquettes thématiques ne seront pas obsolètes malgré l’absence de leurs pensionnaires.

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Là où on penserait trouver agitation et tension de préparatifs, règne une grande douceur. Le maître de cérémonie ne semble pas plus stressé que les autres. Daniel Conrod, à ce moment-là, se prête aux essais micro. Un homme est plus silencieux et concentré que ses coéquipiers, il est en train d’ajuster, seul, l’accrochage de panneaux dans l’espace central de l’étage. Vincent Muteau, photographe associé au projet, donne ce soir un avant-goût d’une exposition plus ample prévue en 2017. Il s’agit de triptyques composés chacun de deux photographies et d’un texte sur grands tirages papier. Un lieu, une personne, des mots, la personne ayant croisé d’une manière ou d’une autre l’aventure balbynienne de Daniel Conrod. Vincent Muteau pratique la « jumpologie » qui consiste à faire sauter des personnes devant son objectif. Un terrorisme soft qui transmue tout un chacun littéralement en saltimbanque (de salta in banco — saut public). Les textes figurant sur les triptyques sont de Daniel Conrod, aux registres très variés : anecdotes, prose poétique ou documentaire et souvent les trois à la fois...

Du bissap pour Tarzan Le régisseur de la MC93 lance doucement une setlist internationale, à l’image du buffet apéritif dressé à l’entrée, sur un flanc de l’exposition, où se mêlent mezzés libanais et jus de fruits africains. Un joyeux brouhaha emplit progressivement l’espace, les arrivants se saluent ou se présentent, échangent des commentaires. Yiphun Chiem, danseuse invitée, qui travaille depuis quelque temps autour du personnage de Tarzan, danse-t-elle déjà ou s’échauffe-t-elle encore ?


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S’ouvrir à la possibilité d’une rencontre, s’ouvrir au présent, ici, maintenant, à l’attirance, au lien.

En fait, elle initie discrètement sa performance à la périphérie du groupe, sans annonce ni signal particulier d’attention. On me dit qu’elle a carte blanche et que nul n’a idée de ce qu’elle va proposer ! Le signal est donné pour entamer les amuse-gueules et le jus au gingembre. Tranquillement, Yiphun - Tarzan, dans la petite jungle formée par les corps qui jalonnent l’espace, improvise. Elle se faufile sous les panneaux de l’exposition ou entre les convives, semble défricher le territoire. Elle explore, observe la faune et chasse — elle se sert un jus au passage sans rompre son mouvement — évoluant le plus souvent au sol, faute de lianes pour se balader en hauteur. Sa déambulation fantomatique tisse une toile idéale, créant du mystère et du lien virtuel dans cet enclos hétéroclite. Abdelhamid, référent d’animation socioéducatif, découvre son portrait sauteur avec grande joie et reproduit le mouvement devant la photo et un groupe de convives hilares. Des femmes africaines en très belles tenues de fête ressortent dans l’assemblée. Fanta Sangaré, directrice de l’association des Femmes Relais, est venue accompagnée de son équipe, dont quelques hommes forts qui ont convoyé l’énorme thiep au poulet que nous allons déguster tout à l’heure. Le nom de cette association internationale, fondée en 1988, rappelle sa vocation originelle : la lutte contre les violences à l’encontre des femmes. Aujourd’hui, son champ d’action s’est élargi à toutes sortes d’initiatives : ateliers de langue, médiation, assistance administrative, activités culturelles et aussi formation d’éducateurs et d’assistantes sociales.

Adresses et papiers (d’aucuns se mettent à table) La responsable des lieux, Zahra Iarichène, prend la parole, l’assemblée se regroupe en demi-cercle autour d’elle. Après un mot de bienvenue, la maîtresse de maison se réjouit de la collaboration avec Daniel Conrod : son « sens de l’écoute et du partage et cet intérêt qu’il porte à l’histoire de chacun, ça nous a beaucoup touché. Ce projet revêt une grande importance dans un territoire comme le nôtre et dans le contexte actuel ». Faisant allusion aux photos qui l’entourent et où figure son propre saut : « on s’est prêté au jeu comme vous voyez (rires) et on a vraiment pris plaisir à ces bonds de vitalité. » Elle conclut : « c’est un grand moment que ce banquet convivial et fraternel ! » Fanta Sangaré, la très charismatique directrice de l’association des Femmes Relais poursuit. Elle a préparé un mot sur la notion d’accueil : « pour moi l’accueil c’est une histoire de visage : faire bonne figure ; c’est une histoire de corps et de posture : ouvrir la porte et les bras à l’autre ; et c’est un principe : accueillir l’étranger comme familier. (...) S’ouvrir à la possibilité d’une rencontre, s’ouvrir au présent, ici, maintenant, à l’attirance, au lien. (...) Qu’est-ce qui est accueillant ? De se sentir attendu tout simplement, reconnu, de ne pas déranger, de trouver sa place. (...) Et si tout cela ramenait à l’hospitalité, comme une valeur ressource ? Traditionnellement dans l’hospitalité, l’autre est aussi bien l’accueilli que l’accueillant.

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Donner l’hospitalité ne serait-ce pas accueillir au point d’accepter de ne plus être souverain chez soi ? (...) Risques de télescopages de cultures, de conflits de mœurs : le mélange des genres, les dérangements, autant d’ouvertures au monde. (...) Inventer cet accueil inconditionnel où chacun pourrait devenir source de valeur pour nous tous n’est pas une utopie ! » À cet instant, on pressent, ému, la simplicité, la chaleur et la grande exigence tranquillement portées par les principaux protagonistes de notre réunion ce soir. Hortense Archambault prend la parole, remercie Zahra Iarichène et Fanta Sangaré. Elle resitue le projet global autour de la résidence proposée à Daniel Conrod et évoque le goûter qui a eu lieu au printemps ainsi que les banquets à venir : « Ce qui est beau, c’est qu’on se revoit de banquet en banquet donc je pense qu’à la fin on va être extrêmement nombreux (rires). » Hortense Archambault cite les principaux artistes associés à la soirée et distingue particulièrement Patrick Boucheron, le spécialiste du Moyen-Âge italien, professeur au Collège de France.


C’est la foule qui pense, seul on ne peut qu’y contribuer.

Thiep (de la volaille et de belles plumes) Tout le monde est installé et des bouteilles de Gamay colorent les verres. On trinque en attendant le plat de résistance. La voix de Daniel Conrod parvient d’abord de la pénombre puis l’auteur poursuit la lecture de son texte dans la travée centrale entre les convives. La performance d’Yiphun Chiem, sorte d’ange protecteur, accompagne subtilement l’écrivain, tantôt très proche, tantôt en contre-champ dans l’assemblée. Daniel Conrod lit d’une voix chaude où affleure ça et là trac ou émotion. Les visages sont attentifs, graves, en intelligence avec l’auteur.

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Il pourrait s’agir des propres souvenirs d’enfance de l’écrivain mais ce très bel extrait de littérature, nous indique-t-il, est signé Robert Louis Stevenson et provient d’un essai Les Porteurs de lanternes. Conrod, citant Stevenson, souligne que l’art de la fiction ne peut surgir que de la poésie intérieure du raconteur d’histoires, la « poésie » ici relevant de « cette mystérieuse dimension intérieure, tenace, mouvante qui embellit parfois le sentiment que nous avons de notre propre existence comme si elle doublait de volume ». « Nous sommes là ce soir », nous dit l’écrivain en résidence, « au nom de notre propre poésie intérieure, la poésie c’est s’autoriser à être là, un peu plus vivant, un peu plus au monde ». La question du soin a été à l’origine du projet de Daniel Conrod à Bobigny. Il rappelle un épisode fondateur, relaté dans son premier roman* : la mort de sa mère qu’il a veillée, petit garçon, situation où personne n’a su prendre soin de lui — c’est la lecture qui le « sauvera ».

Aujourd’hui, estime-t-il, la relation du « soin » raconte le mieux la société. L’ancien journaliste dit avoir pu mesurer le désastreux fossé entre culturel et social et souligne le « vide politique » contemporain. S’adressant aux acteurs sociaux conviés ici ce soir, il propose de « nous recoudre ensemble, de nous remembrer ». L’émancipation, rappelle-t-il, passe aussi par « l’accès égal pour tous au sensible et à la connaissance ». « J’aime vos personnes ! » s’exclame enfin l’écrivain en une touchante proclamation à l’égard de toutes les personnes qui se retrouvent autour de la table, « nous sommes une force ! » conclut-il. Puis Daniel Conrod annonce l’intervention de Patrick Boucheron et exhibe un objet en bois aux plumes multicolores : le bâton de parole. Chacun pourra, à la suite de l’historien, briguer ce bâton et prendre la parole.

Il professore Patrick Boucheron intervient sans notes et son discours, impeccablement articulé jusque dans les digressions, dénote l’habitude des conférences mais aussi un vrai talent de conteur. Après Daniel Conrod, vibrant, ému, parfois lyrique, Boucheron s’annonce plus tranquille et se révélera poignant de pertinence. L’historien a débuté en 1989. Il se souvient qu’en cette année-là du bicentenaire de la Révolution française, Roland Castro, architecte et urbaniste, estimait que la seule commémoration digne de l’événement était de changer les banlieues, son projet s’appelait « Banlieues 89 ». Castro avait à cette occasion établi des cartes de Paris vues de Bobigny : une représentation qui pivotait — étymologie de la révolution — et « montrait une histoire commune mais avec un pas de côté ».

* Daniel Conrod, L’Atelier des morts, Éditions Buchet/Chastel, 2015.

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Boucheron souligne ainsi l’heureuse coïncidence de sa présence à Bobigny ce soir. « De quels banquets pourrions-nous être les héritiers ? » s’interroge alors l’historien. En premier lieu des « banquets républicains » de 1848 dont la vocation était de surmonter la déception de la Deuxième République. « Après la déception, il fallait recommencer, le plus simplement possible, par des corps assemblés et par des êtres parlants qui se réunissaient. » Mais également, évocation plus poétique, du Banquet de Dante. Dans son ouvrage éponyme, Dante préconise : « à partir du moment où on ne se résout pas à un monde où très peu mangent le pain blanc et que les autres n’ont que des miettes, alors il faut s’organiser ». C’est l’idée de l’intelligence collective : « C’est la foule qui pense, seul on ne peut qu’y contribuer ». Cette idée provenait de l’Université de Paris, fréquentée par le poète italien au xiiie siècle, lieu cosmopolite ouvert où l’on enseignait la philosophie. En particulier Aristote, traduit et exposé par « le Commentateur » alias Ibn Ruschd (alias Averroès) : « le siège de la pensée est l’humanité tout entière, il n’y a d’intellectuels que collectifs ». « Leçon de courage », nous dit Patrick Boucheron, « il n’y a aucune poésie inutile, aucune perte de temps à faire quelque chose quelque part, à sa place, car il y aura toujours un philosophe sur la terre ». Ainsi, souligne-t-il, même sous l’obscurantisme, même dans les catastrophes, il demeure quelque chose de cette intelligence collective, « ruisseau tenu, corde raide, comme ce qui nous assemble ce soir ». « Un banquet politique », conclut-il « consiste à se rassembler pour s’encourager et pour se rappeler que ça tiendra encore si chacun à sa place fait ce qu’il a à faire ». Cela tombe à pic : on commence à servir le thiep !


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Ce sont les poètes qui dirigent le monde... avec les assistantes sociales !

À bâtons repus Daniel Conrod propose le bâton de parole. Sok-ay, présidente de l’association Loisirs Tout Azimut, s’en pare. Elle témoigne de l’importance du collectif dans son expérience personnelle. Elle a « ouvert la porte d’un centre social en 2013 », y a « trouvé des humains, de l’écoute, de la tolérance » et est passée, grâce à cette aide, d’individu en difficulté, « éloignée de la société », à quelqu’un qui peut prendre aujourd’hui la parole en public. Abdelhamid, immortalisé en plein saut, annonce : « je vais vous lire un texte ». Il est question de Dieu, de prophéties humanistes, de poètes. Un mystique soufi ? Abdelhamid lit avec inspiration. Élocution impeccable, sens du rythme, son phrasé est plus proche du slam que de la diction du vers classique. Tout le monde est un peu surpris quand l’artiste annonce la référence : Victor Hugo, La fonction du poète ! Comme l’avait annoncé l’animateur, ce texte vient très heureusement faire écho aux interventions de Daniel Conrod et Patrick Boucheron. Le bâton de parole repose un moment sur la table. Pendant que les convives dégustent l’excellent riz au poulet africain, les échanges se multiplient en apartés. Tony, chef de service de Vie et Cité association de prévention spécialisée, est en train de conclure un accord de stage avec le responsable de l’IRTS. Ils débattent des critères qui distinguent un « bon éducateur » et de l’indispensable immersion dans les situations réelles pour évaluer ces capacités. Puis il est question de la difficulté à approcher les publics les plus fragiles et les femmes qui viennent moins volontiers aux centres sociaux dans certains quartiers. Une assistante sociale a eu l’idée judicieuse de tenir des permanences « volantes » dans les bus de la ville, avec succès apprend-on.

Le bâton de parole reprend du service grâce à Esther, secrétaire générale des Femmes Relais qui dit toute sa gratitude à Fanta Sangaré. Esther a poussé la porte des Femmes Relais il y a douze ans dans une situation désastreuse et progressivement y a retrouvé son sourire et sa personnalité. « Si on est ensemble », souligne-t-elle, « on n’est pas perdu, on peut soulever des montagnes ». Puis Badiala, bénéficiaire et bénévole des Femmes Relais, « ex-comédienne », se taille un franc succès en déclarant d’emblée, effets oratoires à l’appui : « Ce sont les poètes qui dirigent le monde... avec les assistantes sociales ! ». Une fois calmés l’ovation et les rires, Badiala propose une « récitation », le mot qu’elle préfère à « poème », et nous livre un vibrant hommage à sa mère. Elle compare Fanta Sangaré à l’abbé Pierre et se raconte. Mariée à un Français au Mali contre son entourage, elle émigre en France, perd son mari et « parle toute seule dans la rue ». Sans papiers, elle rencontre Fanta Sangaré : « Tu vois une dame mariée avec un Français et qui n’a pas de papiers ? C’est moi la première ! » (rires). Elle suit Fanta Sangaré comme son ombre, toujours fâchée avec sa famille, pleurant beaucoup. La directrice des Femmes Relais l’encourage à rappeler sa famille et la réconciliation a lieu. « Fanta a un cœur en or » conclut Badiala, « je remercie Fanta, je remercie tout le monde, je remercie tous les gens qui sont là à nous aider nuit et jour. Il y a des gens qui sont méchants mais il y a des gens qui ont bon cœur, ils cherchent tout le temps à aider les autres, vraiment on n’en finira jamais de les remercier. Que Dieu leur donne longue vie. Voilà ma parole, merci !  ». Fanta Sangaré rajoute alors : « merci d’avoir donné l’occasion de la parole à ces deux femmes exceptionnelles. »

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Le choix du fruit Les places à table se dégarnissent au profit de débats par petits groupes. On pioche dans les corbeilles de fruits assorties de chocolats en échangeant des commentaires sur la soirée. Les deux étudiants de l’IRTS avouent ne pas avoir osé prendre la parole mais avoir passé « un moment très fort ». Tony déclare à Patrick Boucheron : « merci, vous avez été très inspirant pour nous ! ». Avec Étienne, collègue de Tony, il est question de la difficulté à amener les jeunes au spectacle. Le théâtre est rejeté a priori comme institutionnel. Il faut trouver la bonne accroche et travailler en amont de la représentation, « on n’a pas droit à l’erreur au moins les deux premières fois ! », affirme Étienne qui a déjà gagné une première manche grâce au groupe acrobatique de Tanger. Il a déjà repéré le spectacle Love and Revenge programmé par la MC93 en novembre... Quelques fumeurs s’éclipsent avec leurs verres de thé à la menthe et progressivement les convives prennent congé. L’équipe de la MC93 et celle de la bibliothèque entament le débarras des tables et la remise en état des lieux. Au moment de franchir la porte de la bibliothèque, un constat me vient à l’esprit, une impression diffuse : que tout le monde ici ce soir a été dépassé par cette affaire. Personne ne me semble, de suite, à même de saisir l’essence ni la portée de ce qui a eu lieu et tout le monde s’en va un peu hypnotisé, songeur, recueilli, emportant des morceaux choisis de cette parenthèse magique et féconde. Jarnoul Doberd

Les photos du banquet #2 ont été réalisées par Vincent Muteau.


discours aux habitants et voisins

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« Vers la fin septembre, quand la rentrée des classes approchait et que les nuits commençaient à se faire noires, nous surgissions de nos villas respectives, équipés chacun d’une lanterne sourde en fer blanc. La chose était si bien connue que le commerce britannique avait trouvé là un filon, et le moment venu, les épiciers se mettaient à garnir leurs vitrines du modèle d’éclairage que nous avions choisi. Nous portions nos lanternes à la taille, solidement attachées à une ceinture de cricket, recouvertes, comme le voulait la stricte règle du jeu, de notre pardessus boutonné du haut en bas. Elles dégageaient une odeur immonde de fer blanc cloqué ; elles ne fonctionnaient jamais correctement mais nous brûlaient systématiquement les doigts ; elles étaient tout à fait inutiles, le plaisir qu’elles procuraient était purement imaginaire, et pourtant un garçon avec une lanterne sourde sous son pardessus avait tout ce qu’il pouvait désirer. Les pêcheurs avaient des lanternes dans leurs barques et c’est en les voyant, je pense, que cette idée nous était venue ; mais les leurs n’étaient pas des lanternes sourdes et jamais nous n’avons joué à être des pêcheurs. La police en portait à la ceinture et il est évident que nous voulions faire pareil. Pourtant nous ne jouions pas non plus à être des policiers. L’image de cambrioleurs, il est vrai, avait pu nous habiter et nos regards étaient sans doute tournés vers le passé, où les lanternes étaient beaucoup plus utilisées ; nous nous rappelions certaines histoires dans les livres où nous en avions rencontré beaucoup. Mais somme toute le plaisir que nos lanternes nous procuraient était le plus important, et le fait d’en avoir une sous notre pardessus suffisait à nous rendre heureux. Quand deux de ces jeunes benêts se rencontraient, la question fusait, pressante : « As-tu ta lanterne ? » suivie d’un « Oui ! » plein de satisfaction. C’était là le rituel, indispensable : il était de règle de tenir caché ce qui faisait notre fierté, et il n’y avait pas moyen d’identifier un porteur de lanterne, si ça n’était (comme le putois) à l’odeur. Il arrivait que quatre ou cinq d’entre eux grimpent dans le ventre d’un lougre fait pour dix hommes, avec rien d’autre que le banc de nage au-dessus d’eux, car la cabine était la plupart du temps fermée, ou qu’ils jettent leur dévolu sur un abri au-dessous des dunes, où le vent pouvait bien siffler sur leurs têtes. Là, les pardessus s’ouvraient, révélant les lanternes ; et à la faible lueur des petits damiers qu’elles dessinaient, sous la gigantesque voûte où s’engouffrait le vent de la nuit, réconfortés par les riches vapeurs qu’exhalait le fer-blanc brûlé, ces heureux garçons se tenaient blottis les uns contre les autres, accroupis dans le sable froid des dunes ou dans la coque écaillée d’une barque de pêcheur, prenant grand plaisir aux propos fort peu convenables qu’ils tenaient. Malheur à moi si je n’en donne pas quelques exemples — cela tournait autour de ce qu’ils attendaient de la vie, ou des questions profondes qu’ils se posaient sur ce qu’il y a de plus essentiel chez l’homme et dans la nature : ces discours étaient si enflammés, si innocents, si merveilleusement sots et si passionnément puérils ! Ces conversations n’étaient de toute façon qu’un à-côté et ces rencontres de simples accidents dans la carrière d’un porteur de lanterne. Le bonheur suprême était de marcher seul au cœur de la nuit, le volet de la lanterne refermé, le pardessus boutonné, sans un rayon de lumière qui s’échappe, ni pour guider nos pas ni pour signaler l’objet de notre fierté ; sans être autre chose qu’une petite colonne de ténèbres dans le noir de la nuit, sachant, au plus secret de notre cœur, que nous avions à la ceinture une lanterne sourde, et pour cela exultant et chantant tout au long du chemin. »

C’est la première réponse à la question : que faisons-nous là ce soir ? Nous sommes là ce soir au nom de cette poésie intérieure que nous avons en partage. Même si je ne vous l’ai pas dit lorsque je vous ai parlé de ce banquet la première fois, c’est à cette poésie d’abord que j’ai pensé en l’imaginant, tout comme le banquet précédent, et en vous invitant à y participer. Je voulais provoquer, à travers un événement sortant du commun, de notre quotidien, une rencontre avec chacun d’entre vous à partir de ça, notre obscur et bien réel désir poétique commun, qu’on puisse se dire au moins que nous avons ça en commun, en faire l’expérience ensemble, le ressentir. Admettez que ce n’est pas tous les matins que quelqu’un s’adresse à vous et vous dit à brûlepourpoint, j’organise un banquet sur Bobigny tel jour à tel endroit et j’aimerais t’y inviter ! Il y faut de solides raisons. La poésie, c’est ce qui donne à nos vies du volume, un relief, de l’espace, une liberté, ce qui transforme n’importe lequel d’entre nous à n’importe quel moment de sa traversée humaine et le déplace vers un ailleurs. De ce point de vue, la poésie ressemble à l’amour. Encore une fois, la poésie, ce n’est pas nécessairement écrire des poèmes, il y a eu tout au long de l’histoire de l’humanité des poètes qui ne savaient ni lire ni écrire et qui étaient de grands poètes. La poésie, c’est s’autoriser à être un peu plus vivant, un peu plus au monde. La force que nous représentons, l’addition de nos pratiques professionnelles, nos humanités rassemblées, nos expériences de vie, la pensée de ces gens, des populations dont vous vous occupez chaque jour, la pensée de leurs difficultés, de vos propres difficultés à leur prêter main-forte sur leur chemin de vie, la somme de vos réussites, votre courage de faire, la crudité, la cruauté du monde, la brutalité de ses dominateurs glorieux, le cynisme, le mensonge, l’argent, la bêtise, la connerie, la dégueulasserie, la corruption, l’indécence, l’obscénité face à la vulnérabilité de nos gestes, la somme de tous nos petits gestes — « nos petits bras », aime à dire l’un d’entre vous — , font de vous, de nous tous, des porteurs de lanternes cheminant fièrement dans la nuit. Nous voilà formant pour quelques heures une communauté éphémère, une famille en somme, le temps d’une soirée, d’un repas, de quelques photographies exposées, de quelques mouvements de danse improvisés, de paroles entendues ou échangées, de rencontres, de lectures, le temps d’un poulet thiep, le temps de quelques douceurs, de quelques sourires, le temps de nos mains qui se serrent pour se saluer, le temps de nos embrassades, le temps de nos corps les uns contre les autres autour d’une dizaine de tables en bois formant à elles toutes une grande et seule table, à vous tous chaleureusement, merci d’être là, et un merci un peu plus appuyé à Patrick, à Hortense, à Gaëlle, à Zahra, à Fanta, à Brigitte et à leurs collègues, merci à vous tous, sans lesquels ni mon assise humaine ici ni cette prise de parole ne seraient tout à fait légitimes, moi qui ne suis pas assistant social, ni éducateur spécialisé, ni médiateur inter-culturel, ni conseiller en parentalité, ni conseiller en insertion professionnelle, ni animateur social, ni moniteur éducateur, ni enseignant en sciences sociales, ni étudiant, ni bibliothécaire — bien que je l’aie été dans une vie antérieure — , ni bénévole, ni même habitant de Bobigny. Ce que je viens faire là, mes questions, ces banquets, mes entretiens, mes visites, les photographies de Vincent Muteau depuis quelques semaines, la présence de Patrick Boucheron, sa prise de parole, les interventions de la performeuse Yiphun Chiem alias Tarzan, pourquoi tout cela, pourquoi tout ça depuis presque un an ? Où est-ce que je veux en venir ?

Les Porteurs de lanternes, de Robert Louis Stevenson*, un célèbre écrivain écossais de la seconde moitié du xixe siècle, dont je viens de vous lire un bref passage, fait partie d’un ensemble de textes consacrés à l’art de la fiction, c’est-à-dire l’art d’écrire et de raconter des histoires. Cet art, dans l’esprit de Stevenson, ne peut surgir que de la poésie intérieure du créateur, Stevenson s’oppose sur ce point à la littérature réaliste, celle qui décrit le monde et les êtres du dehors, pas du dedans, de l’extérieur, d’une manière technique, pour qu’ils ressemblent à ce à quoi ils sont supposés ressembler. Écoutons cette autre phrase extraite du même texte, elle est devenue célèbre avec le temps : « On dit que dans le sein de l’homme le plus ordinaire un poète est mort jeune aussi sombre que son chemin puisse paraître à qui l’observe du dehors, il porte toujours une sorte de lanterne sourde à la ceinture... ». Dans le cœur de chacun d’entre nous, se cache ou sommeille un désir universel de poésie. Je ne veux pas dire par là que chacun d’entre nous ait envie d’écrire des poèmes ni que ce soit la meilleure chose qu’il ait à faire de sa propre vie. Je veux seulement parler de cette mystérieuse dimension intérieure, tenace, mouvante, qui embellit quelquefois le sentiment que nous avons de notre propre existence, comme si elle doublait de volume.

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Entre nous, depuis le départ, il y a cette question — ou mieux, une série de questions — que je vous pose directement ou indirectement, comme les termes d’un pacte secret, une série de questions autour de la notion de soin à autrui, le souci d’autrui, que je me pose probablement depuis toujours, il n’y a jamais une seule explication aux choses que nous faisons, mais il y a toujours une explication qui compte un peu plus que les autres. J’étais un petit garçon lorsque s’est présentée à moi une redoutable énigme, j’ai été le témoin précoce de la mort de ma mère et des soins minutieux qui lui étaient prodigués avant qu’elle ne nous quitte, on me l’a dit, j’ai fini par en prendre conscience, je me suis occupé d’elle, je me suis affairé autour de son lit, comme un petit garçon peut le faire, j’étais un peu son veilleur, son gardien, on ne me l’interdisait pas. Le premier roman que j’ai écrit raconte ça, ma veille au chevet de ma mère, j’étais un peu comme ce jeune homme de la fresque de Piero della Francesca à Arezzo, en Italie, que l’on voit assis, le coude appuyé sur le rebord du lit, au chevet de l’empereur Constantin à la veille d’une bataille décisive. Ce que j’ai senti alors

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mais que j’ai compris beaucoup plus tard, c’est que personne ne s’était vraiment occupé du petit Tarzan courageux que j’avais été et que je me retrouvais seul au milieu du chaos de la vie tandis que les adultes s’occupaient de leur propre chagrin et qu’ils ne se souciaient pas de l’expérience redoutable que j’étais en train de vivre, ils s’en tenaient au constat que je n’avais pas connu ma mère, ou que, plus précisément, (je les cite) c’était pour ainsi dire comme si je ne l’avais pas connue. Quant à moi, ce que je n’allais pas tarder à comprendre, c’est qu’en dépit de mes soins vigilants, j’avais échoué sur toute la ligne, comme soignant puisque je n’avais pas empêché ma mère de mourir, mais aussi comme soigné puisque j’allais devoir me débrouiller désormais seul au milieu du chaos. Ma vie dès le départ était convoquée sur le seuil d’une double impasse, autant vous le dire maintenant, la lecture m’a sauvé du péril. Voilà ce qu’est être orphelin au sens le plus large du terme. C’est un peu le fond du tableau lorsque je viens vous voir et que je vous demande ce que cela veut dire, s’occuper des autres, si vous pouvez me le raconter, me le décrire, ça vous fait quoi, ça fait du bien, ça fout la trouille, c’est ma première question. La seconde lui est inséparablement complémentaire, si toi Fanta, si toi Étienne, si toi Khadidja, vous vous occupez des autres, alors qui s’occupe de vous, oui, qui prend soin des acteurs sociaux que vous êtes, vos hiérarchies ? Vos municipalités ? Vos familles ? Le culturel ? Le politique ? Les départements ? La grande politique publique de l’État ? Qui soutient votre geste ? Qui en rend compte ? Qui le légitime, l’encourage ? Qui le respecte, le porte en haute estime ? Qui le raconte ? Êtes-vous seuls ? Avez-vous peur ? La société vous aime-t-elle ? Quelqu’un vous manifeste-t-il de la gratitude ? Et si non, en souffrez-vous ? Êtes-vous rémunérés décemment ? Y a-t-il des enveloppes psychiques qui protègent votre intégrité ? Êtes-vous individuellement assez forts pour tenir debout seuls ? Ces gens dont vous vous occupez vous disent-ils quelque chose du soin que vous leur dispensez ? De toutes les relations que nous pouvons nouer au fil de notre vie, la relation de soin, quels qu’en soient l’objet et la finalité est l’une de celles qui racontent le mieux ce qu’est une société, à défaut de vous en convaincre, je vous invite à lire Laëtitia, un livre récent et tout à fait remarquable de l’historien, un autre historien, Ivan Jablonka.

considérable de nous recoudre ensemble, de nous rattacher les uns aux autres, de remembrer le culturel et le social, je les appelle ainsi, encore à très gros traits, il me faudra plus tard préciser les choses, d’autres textes viendront, ce remembrement est l’une des conditions de la vision du progrès à venir, celle qui nous permettra de penser autrement le vivant que dans la langue du populisme ou de la statistique ou de l’argent ou de la vaine gloire, de penser la question des nouvelles vulnérabilités, des solitudes présentes et à venir, de nos enfermements et futures autonomies, de nos forces déjà là. Non, mes chers amis, la question de l’émancipation des individus ou des peuples n’est pas close, deux choses y contribuent, l’une et l’autre grandement en souffrance par défaut de liens appropriés, la première, une existence humainement décente, la seconde, l’accès égal pour tous au sensible, à la connaissance et à la beauté. Nous sommes ici pour ça aussi ! Petites espérances, ai-je dit plus haut, petits projets, petits ensembles, petit n’est pas mesquin, boîtes à outils, expérimentations, partages ou retours d’expériences, temps du faire, temps de la débrouillardise, temps de l’intelligence rusée, temps des choses vues d’en bas et faites à partir du bas, il n’y a pas à se plaindre, pas à déplorer, pas à regretter, pas à reculer. Il y a à occuper tranquillement la place laissée vacante en cet instant de l’histoire des hommes par la politique, le Politique, n’étant pas mort ni près de l’être. Alors, avant de transmettre ce bâton de parole à mon camarade Patrick Boucheron qui en sait long sur ce qu’est l’histoire des humains, âpre et grandiose que cette histoire, je voudrais ajouter quelque chose, ce (petit) quelque chose, il ne faudrait pas le dire comme je vais le faire, il faudrait d’autres mots pour le dire, peut-être des gestes, peut-être une danse ou peut-être des photographies, peut-être l’érudition et l’éloquence de l’historien, pour moi, ce sont les mots que je pratique, les mots à nu, la peau et les os que sont les mots, je ne maîtrise pas grand-chose d’autre, j’aime vos personnes, ce qu’elles sont autant que ce qu’elles font, vous comprendre, être concerné par vous comme je le suis depuis un an me nourrit, m’agrandit, m’élargit, m’émancipe, me perturbe grandement, me fait douter, me rend un peu plus libre, soyons fiers (pas arrogants), soyons joyeux (pas niais) autant qu’il est possible de l’être dans ce monde tel qu’il est, soyons libres (pas individualistes), ne nous tenons jamais trop longtemps éloignés les uns des autres, ce banquet nous le permet, nous sommes une force, merci de votre écoute.

Ce que nous faisons là ce soir

Daniel Conrod, 18 octobre 2016

Il y a un an pour les uns, quelques mois ou semaines pour les autres, je me suis présenté à vous comme écrivain, c’était le plus simple et le plus compliqué en même temps, ce qui m’engageait le plus, si je n’étais pas une star de la littérature, ni ne le suis devenu, outre ce que je sais du langage et de l’écriture, j’avais à mes côtés la force d’une grande Maison de la Culture située sur le territoire d’exercice de votre métier, la MC93. Vous savez dans votre quotidien, combien cela compte, une institution, et c’est avec cette double casquette que je vous ai rencontrés avec mes histoires de soin, de care, de souci de l’autre. Quelques années plus tôt, durant mes années de journalisme culturel, particulièrement à travers les très nombreux reportages que j’ai eu à faire, j’ai pris la mesure de l’élargissement silencieux, ancien déjà, du fossé entre le culturel et le social, j’ai mesuré combien cela n’était ni sain, ni juste, d’un côté comme de l’autre, combien ce fossé appauvrissait les gens, leurs métiers, leurs pratiques, appauvrissait la société dans son entier, entravait les individus, ligotait la pensée, empêchait le rassemblement des intelligences, des forces et des expériences, comment ce fossé faisait des acteurs du culturel et du social des techniciens du culturel ou du social, n’ayant plus besoin de se parler puisqu’ils pensaient maîtriser la technique de leur art si je puis dire, des techniciens ne marchant que sur une jambe, ne regardant qu’avec un œil, n’entendant que d’une seule oreille, et maintenant que nous avons pour longtemps face à nous la politique inerte, maison vide et langue morte, vide au-dessus de nous, vide à côté de nous, de tous côtés ce vide, vide de sens, vide de mots, vide de cadre, vide de représentation, vide de philosophie, vide de protection, vide de symboles, maintenant que nous sommes devenus pour longtemps un peu plus seuls au milieu du chaos — c’est aussi cela, être des orphelins — , que nous n’avons rien ou si peu à attendre ou à espérer des vieux langages, des vieilles pensées usées jusqu’à la corde, rien à attendre, sinon de nous-mêmes, ici et maintenant, maintenant que nous sommes à peu près seuls responsables et gardiens de la fragile beauté de notre horizon et de sa non disparition, maintenant qu’il y a tout ou presque à imaginer, tout à construire d’une nouvelle pensée du progrès, nous avons cette chance un peu unique et la liberté

* Robert Louis Stevenson, Les Porteurs de lanternes in Essais sur l’art de la fiction, traduit par France-Marie Watkine et Michel Le Bris, Petite Bibliothèque Payot, Éditions Payot & Rivages, 1992.

Carte blanche le 22 février à 20 h à Daniel Conrod au Magic cinéma autour du film La Moindre des choses en présence de son réalisateur Nicolas Philibert Banquet #3 le 25 mars (petit déjeuner) dans le centre ville de Bobigny Banquet #4 le 25 juin (déjeuner) à la MC93

Plus d'informations sur MC93.COM

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Ludovic Lagarde Olivier Cadiot

du 2 au 12 mars

rovidence

Pascal Gely

Il y a toujours un moment où on est le plus quelque chose. Olivier Cadiot

Providence emprunte son titre à la quatrième partie du livre d’Olivier Cadiot dans lequel un homme est reclus dans une maison au bord d’un lac après un échec professionnel qui a mis fin à sa carrière. Laurent Poitrenaux accueille le spectateur dans ce chez-soi « vide » qui ressemble à un atelier d’artiste. Entouré d’outils techniques, il va construire sous nos yeux de multiples engins artistiques et dessiner peu à peu une retraversée personnelle de la modernité avec cette question lancinante : de quelle manière peut-on ré-agencer les choses pour habiter pleinement sa propre existence ?

Théâtre des Bouffes du Nord — Paris Du 2 au 12 mars Relâche le 6 mars À 20 h 30, à 16 h le dimanche Durée 1 h 30

Réservations www.bouffesdunord.com Pour les détenteurs du Pass illimité MC93, ce spectacle est inclus. Réservations auprès de la MC93. Texte Olivier Cadiot Mise en scène Ludovic Lagarde Avec Laurent Poitrenaux Scénographie Antoine Vasseur Lumière Sébastien Michaud Réalisation sonore David Bichindaritz Réalisation informatique musicale Ircam, Sébastien Naves Costumes Marie La Rocca Maquillage et coiffure Cécile Kretschmar Conception image Michael Salerno Conception graphique Cédric Scandella

Dramaturgie Sophie Engel Assistanat à la mise en scène Céline Gaudier Conseiller musical Jean-Luc Plouvier Conseillère dramaturgique Marion Stoufflet Mouvement Stéfany Ganachaud Ensemblier Éric Delpla Assistanat scénographie Justine Creugny Assistanat costumes Peggy Sturm Assistanat maquillage Mityl Brimeur Régie générale Jean-Luc Briand Production La Comédie de Reims — CDN Coproduction Théâtre National de Strasbourg, CDN Orléans / Loiret /Centre, Ircam — Centre Pompidou, MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Le Centquatre-Paris. Providence est publié aux Éditions P.O.L.

Le 15 juillet 2034 à 12 h 36, vous avez envoyé une pierre un peu plus loin que d’habitude au milieu d’un lac. Une différence minuscule, invisible à l’œil nu, vous ne le savez peut-être pas, mais vous avez battu un record. Il y a un jour où vous avez fait le meilleur café de votre vie, la dose idéale au micron près. Ça arrive. La meilleure façon de grimper dans un arbre, la température idéale de votre corps, le plus beau feu possible réussi, tout ça est sans doute marqué quelque part, mais où ? Dans un livre entier consacré à vos exploits ? Mais où est-il conservé ? Dans quel espacetemps ? Un document dans l’air ? (...) Il existe sans doute un historique comme on en voit sur certains baromètres qui dessinent sur un cylindre de papier un zigzag à l’encre. Une chaîne de montagnes ? On peut observer, par exemple, le jour où on a souffert un peu plus que d’habitude. Si on examine une vie entière, on trouvera le moment X où, à cause de la disparition d’Y, du départ de Z, de conditions de vie terrifiantes, de barbarie totale, ou d’une idée tout simplement, d’une idée terrible, vous avez été vraiment le plus mal, c’est inscrit — ça fait un pic à l’encre noire.

Pascal Gely

Providence, extrait

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usique de chambre de Paris

Le sextuor de printemps

Gratuit sur réservation

C’est l’été 1860 à Hambourg que Brahms « dans une ambiance nordique qu’il aime tant et qui donne à sa musique une couleur si particulière  »* va composer un premier groupe d’œuvres de musique de chambre dont luimême, à la fin de sa vie, dira qu’il n’a jamais rien fait de mieux depuis. Il s’agit du sextuor opus 18 et des deux quatuors avec piano opus 25 et 26. Joseph Joachim, violoniste et compositeur, qui reçoit une copie du sextuor dès son achèvement en septembre 1860, ne fait pour la première fois aucune critique ni observation. L’œuvre, douce et classique, est comparée « aux plus belles réussites de Mozart de par le jaillissement de son inspiration et la perfection de sa forme ».

Jérôme Pernoo

le 7 mars Avec Eva Zavarro, violon Shuichi Okada, violon Manuel Vioque-Judde, alto Violaine Despeyroux, alto Bumjun Kim, violoncelle Laure Le Dantec, violoncelle

*  Johannes Brahms, Claude Rostand, 1978.

La tour de Balbel

le 23 mars et le 4 mai

Résidence de Natascha Rudolf

À la manière de La Vie mode d’emploi, Natascha Rudolf, avec les participants aux ateliers, travaille à la réalisation d’un immeuble imaginaire qui s’érige dans leurs têtes et fait se rencontrer des bribes de vie réelles ou rêvées, des personnages inspirés par eux-mêmes, leurs proches, leurs mythologies personnelles, leurs références littéraires, musicales et visuelles, ainsi que des noms de lieux à Bobigny, qui viennent ouvrir des portes supplémentaires à cette fabrication protéiforme. Au fur et à mesure des ateliers, les participants écrivent : descriptions de lieux et d’objets à la manière de Georges Perec, descriptions précises de personnages aux sources d’inspirations multiples, créations de monologues et dialogues...

« Chacun représente une pièce du puzzle. Au fur et à mesure des histoires, des correspondances se dessinent. Nous avons déjà beaucoup de marins. » Natascha Rudolf

À partir des matériaux venant de ces quatre ateliers, Natascha Rudolf metteure en scène et Anne Kawala auteure tirent et tissent les fils d’une dramaturgie et travaillent à la mise en écriture d’une forme théâtrale qui sera créée à la MC93 en 2018. Deux lectures feront entendre des extraits de cette forme en devenir et seront l’occasion d’un échange autour du travail en cours.

Lectures Université Paris XIII, Foyer de l’illustration — Campus de Bobigny Le 23 mars à 13 h

Bibliothèque Elsa Triolet — Bobigny Le 4 mai à 19 h Gratuit sur réservation Le projet La Tour de Balbel est soutenu par le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis et la fondation SNCF

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Stéphanie de Boutray

La résidence de Natascha Rudolf à la MC93 s'appuie sur l’immeuble de La Vie mode d’emploi de Georges Perec et donne lieu depuis octobre 2016 à des ateliers d’écriture et de théâtre dans différents lieux de vie de Bobigny (la résidence de personnes âgées Gaston Monmousseau, la résidence étudiante du CROUS, le foyer de jeunes travailleurs ALJT et le Centre de Médecine Physique et de Réadaptation).


La fin des fins

le 30 mars

J’ai fait un rêve. Toutes les rues Colbert avaient été rebaptisées du nom de Louis Delgrès. L’une vous menait Place du Grand Marronnage où trônait le buste de Mafate. Une autre longeait le parc de Solitude dont la statue au ventre rond contait au promeneur la mémoire des farouches dignités... Léonora Miano

La fin des fins est le troisième mouvement de Ce qu’il faut dire, ensemble de monologues consacré à l’expérience subsaharienne et afrodescendante contemporaines. Après Le Fond des choses que travaille la notion d’immigration non choisie et La Question blanche dont le propos s’intéresse à l’invention de la race, ce dernier texte est une manière de synthèse. Il ne s’agit pas tant de résumer les deux mouvements précédents que de prendre de la hauteur. La fin des fins s’écarte de la restitution des faits historiques ou de l’autocélébration pour questionner une certaine idée de la grandeur.

La

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Si la France peine à se reconnaître dans des figures issues de ses anciennes colonies, à voir en elles des sujets de fierté, c’est parce qu’elles lui rappellent ses faillites passées. Or, le silence d’aujourd’hui les prolonge, indiquant qu’une forme narcissique de culpabilité annihile tout esprit de responsabilité.

La reconnaissance des figures ignorées va audelà de leur inclusion dans le discours du pays sur lui-même. Son objet est de refonder la notion de puissance, d’en abolir la verticalité, de l’affranchir du goût de la domination. Il s’agit d’instaurer des relations humaines plus fécondes entre ceux qui sont « pour toujours entrés dans la chair les uns des autres. » Léonora Miano

Lecture

Texte Léonora Miano Avec Léonora Miano et Francis Lassus (batterie)

Bibliothèque Elsa Triolet — Bobigny À 19 h Gratuit sur réservation En partenariat avec Hors Limites, festival littéraire de Seine-Saint-Denis

Il importe aussi de savoir ce que les Afrodescendants comprennent du legs de leurs ancêtres à la nation, de quelle manière ils l’incarnent.

Marcel Bozonnet Michel Agier Catherine Portevin

euvième nuit, nous passerons la frontière

les 17 et 24 mars le 1er avril

L’exilé est devenu le réfugié, il s’est transformé en représentant de la misère du monde, il est privé de tout, même de la noblesse que l’on accordait autrefois à l’exil.

Pascal Gely

Michel Agier, Catherine Portevin

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ZOOM SUR UN PARCOURS DE MÉDIATION

Pascal Gely

Les élèves de 3 e du collège République de Bobigny suivent un parcours Culture et Art au Collège (dispositif du département de la SeineSaint-Denis) en lien avec le spectacle La neuvième nuit, nous passerons la frontière. Le programme de ce parcours est construit autour de différentes étapes : initiation au krump par Emilie Spencer, découverte d’œuvres artistiques autour de la thématique du parcours migratoire, rencontre avec la Ligue des droits de l’Homme, visite des archives départementales et organisation d’un débat à l’issue de la représentation du spectacle.

Marcel Bozonnet interroge les figures du nomade et du réfugié. Le couloir des exilés, essai de l’anthropologue Michel Agier, est le point de départ du spectacle. Les récits de vie décrivent l’exil, voyages interminables, sans début ni fin. Le spectacle dessine la trajectoire des déplacés, raconte la vie dans les camps. Des textes littéraires, sous la plume de Bertolt Brecht, ou encore de Atiq Rahimi ouvrent une troisième voie, celle de la fiction. Le documentaire et le conte s’unissent alors dans la forme théâtrale. La neuvième nuit, nous passerons la frontière confronte le récit de vie au regard empathique de l’anthropologue, la première personne du singulier au « nous » universel, le rêve d’un monde sans frontières, à la violence de l’exil. Dans l’espace ouvert, le grain des voix résonne et se confronte à la puissance du Krump, danse née à Los Angeles dans les années 90. Avec ce duo pour une danseuse et un comédien, Marcel Bozonnet, Michel Agier et Catherine Portevin invitent à une réflexion forte sur l’identité du déplacé, et s’emparent du théâtre pour mieux penser le réel. Mise en scène Marcel Bozonnet Texte Michel Agier et Catherine Portevin Avec Roland Gervet et Nach ou Adelaïde Desseauve (en alternance) et la voix de Nawel Ben Kraiem Scénographie et costumes Renato Bianchi Photos Sara Prestianni Collaboration artistique Natalie Von Parys Conception vidéo Judith Ertel Régisseurs Anne Leverzant et Vianney Davienne Réalisation vidéo Raphaëlle Vassent Construction Alain Pinochet et Frédérique Vassent Peinture Claude Durand Production déléguée Les Comédiens Voyageurs

Le 17 mars à 19 h 30

Maison des métallos — Paris

« L’école n’est pas en-dehors de la société. Il est primordial d’encourager les élèves à penser et à mettre en mots ce qu’ils peuvent ressentir en voyant ce qui se passe dans la rue, dans les médias ou tout simplement dans leur vie quotidienne, face à des situations d’injustice de plus en plus intolérables. Développer leur empathie, leur esprit critique voire leur sens de l’engagement est également un enjeu important, à l’heure d’un repli individualiste et consumériste auquel ils et elles n’échappent évidemment pas. La question migratoire permet à ce titre un questionnement intéressant : à la fois sujet de société et expérience intime, d’actualité mais aussi profondément historique, permettant un regard sociologique comme une approche littéraire ou artistique. Les différentes étapes de notre parcours retracent cette pluralité d’approche. »

Réservations www.maisondesmetallos.org

Jules Siran, professeur d’histoire et géographie au Collège République de Bobigny.

Gymnase Léo Lagrange — Clichy-sous-Bois Le 24 mars à 20 h

Salle Pablo Neruda — Bobigny Le 1er avril à 15h

CMPR — Bobigny Durée 1 h 10

Gratuit sur réservation Et également en itinérance dans des établissements scolaires de Seine-Saint-Denis

Du 18 au 23 avril

Coproduction Théâtre de l’Union — Centre Dramatique National du Limousin. Avec le soutien du Lycée agricole des Vaseix, du Rectorat de Limoges, de la Région Nouvelle-Aquitaine, du réseau CANOPÉ, et de la SPEDIDAM. Basé sur une première version intitulée Le couloir des exilés, créée en coproduction avec la Maison de la Culture d’Amiens, Centre européen de création et de production. La compagnie des Comédiens Voyageurs est conventionnée avec le Ministère de la Culture et de la Communication — DRAC Nouvelle Aquitaine. Marcel Bozonnet est artiste coopérateur au Théâtre de l'Union — CDN du Limousin

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e suis fait du bruit des autres

Sylvain Bouillet Mathieu Desseigne Lucien Reynès

le 18 mars

* Avec Sabrina Bensalem, Anne Carrer,

écanique des ombres

Sylvain Bouillet Mathieu Desseigne Lucien Reynès

le 21 mars

Laurent Onde

La

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Elian Bachini

Dominique Denis, Julie Gentien, Lauren Granie, Romain Growas, Paul Kauffmann, Boris Kozierow, Sira Lenoble N’Diaye, Samyr Lira, Inès Mesbahi, Samira Mesbahi, Irène Michaud, José-Xavier Morin, Orélien Pereol, Claudette Reiner, Frédéric Salles, Maryse Salou, Bintou Sissokho, Danielle Vanne et Sébastien Viaud

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Lazare

ombre rivière

Je parle encore comme un aspirateur Je ne parle pas comme un inspiré je te jure la dernière fois j’ai mis du coton dans mon oreille et j’ai dû prendre un aspirateur pour retirer le coton. J’avais bouché mon oreille avec un coton pour ne plus entendre le monde. Oui pour ne plus entendre le monde. Bouché ! Bouché mon oreille ! Avec un coton. Oui

du 29 mars au 6 avril Pour ne plus entendre le monde. Et j’ai pris un aspirateur pour retirer le coton. Voilà. Oui il est sorti. Il est dans l’aspirateur maintenant. C’était pas trop mal d’être coupé des sons du monde de ne plus entendre le déplacement des voitures j’ai étouffé la confusion autour de moi. Pour mieux entendre autre chose. Extraits — Matériaux, Sombre Rivière.

Et chacun aurait pu faire un fleuve avec ses pleurs Faire un lit dans notre oreille Débordant sans voix Le cœur.

Scénographie Olivier Brichet en collaboration avec Daniel Jeanneteau Son Jonathan Reig Chef opérateur Robin Fresson Chef de chœur Samuel Boré Régisseur Général Olivier Berthel Production Théâtre National de Strasbourg, Compagnie Vita Nova. Coproduction MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Le Grand T — Nantes, Le Liberté — scène nationale de Toulon. Avec le soutien de Canal 93, du Théâtre de Gennevilliers — CDN et de La Colline — Théâtre national

Jean-Louis Fernadez

Lazare

Texte et mise en scène Lazare Avec Anne Baudoux, Laurie Bellanca Ludmilla Dabo Julie Hega Louis Jeffroy Julien Lacroix Olivier Leite Lazare Mourad Musset Julien Villa Collaboration artistique Marion Faure Lumières Christian Dubet

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Marching Band Paris Project, photogramme du film d’art Frédéric Nauczyciel

M A RCHE UR S !

Et nos muscles Et nos chairs Et nos esprits En harmonie Et nos regards vers le lointain Et la lueur vive dans les yeux de ceux et celles qui... Et la tension crispant les gestes maintes fois répétés Et le rythme est en nous Et le rythme prend possession de nous Et nous serons Et rythmes Et mélodies Nous serons. Extrait du texte d'ouverture, D’ de Kabal.


Marching Band Paris Project

Ma résidence en Seine-Saint-Denis a démarré à mon retour de Baltimore, à l’invitation du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis. J’ai voulu explorer les relations que ce territoire entretient avec ses images préconçues et y créer un espace où la féminité et la traversée des communautés (ou transcommunauté) seraient légitimes. J’avais exprimé ce même désir en me rendant à Baltimore en 2011, ville dont j’avais l’intuition qu’elle agissait comme une métaphore des enclaves périphériques parisiennes : représenter les possibles de la banlieue française, lovés dans les replis encore ignorés de son histoire récente, postcoloniale. Ce que nous désignons ici comme la périphérie est désigné comme urbain aux États-Unis. J’avais ainsi en tête de créer des images qui troubleraient notre vision européenne de l’urbain, par une sorte de torsion de l’intérieur. L’urbain, la féminité ou la communauté sont pour moi des thèmes éminemment contemporains. J’affirme aussi une posture politique de l’antivisibilité, de l’absence d’assignation, qui permet de faire exister une manière organique, en perpétuel mouvement, d’habiter le monde. Dans un récent article paru en Australie où je présentais mon film A Baroque Ball imaginé avec la scène parisienne du voguing, le critique chroniquait la rencontre entre un artiste blanc et les membres d’une communauté noire transgenre, rencontre qui amène obligatoirement à se questionner sur le sens politique et éthique de la représentation d’un groupe racialisé et des nécessaires collaborations qu’il faut dorénavant mettre en œuvre. Il y a un paradoxe : les occasions de rencontre entre les mondes et les cultures sont de plus en plus nombreuses, les chances de représentation se multiplient, le flux des images s’accélère, alors que le repli se fait plus fort. Mais ce repli est aussi l’expression d’un abandon du centre, de la culture dominante et un mouvement de balancier ou de rééquilibrage s’impose, qui appelle le partage du processus créatif. C’est d’une certaine manière, tout cela qui est à l’origine du projet Marching Band.

GRAND ANGLE

C’est une idée qui est venue d’une blague et d’un défi que nous nous sommes lancés avec mon frère et ami Marquis Revlon, vogueur légendaire de la scène transgenre noire américaine — scène qui retourne depuis les années 60 les signes du pouvoir blanc américain en performant les poses des mannequins en couverture du magazine Vogue. Il y a a priori quelque chose de subversif à vouloir mêler deux cultures comme celles du voguing et du marching band. D’une part, le voguing est confiné dans les clubs lorsque les marching band prennent la rue. C’est un constat général : la féminité n’a pas le droit de cité dans l’espace public, seules les formes masculines ou neutres, désexualisées, sont admises dans la rue. Il se trouve que Marquis a découvert le voguing par des danseurs de sa fanfare de quartier. Il est donc issu de ces deux pratiques. Nous parlons ici des fanfares déambulatoires des quartiers, communautaires, par opposition aux fanfares des Universités. À Baltimore, on en compte plus de quinze, dans divers quartiers noirs de la ville.

FRÉDÉRIC NAUCZYCIEL

En sillonnant ensemble la Seine-Saint-Denis, nous imaginions donc de faire exister cette utopie : un marching band performatif composé de vogueurs, de musiciens, de jeunes sourds et de danseurs ; et de créer ainsi un passage entre deux cultures et deux pays, c’est-à-dire une transcommunauté. Marquis et moi avons porté notre choix sur l’orchestre amateur que Sylvain Cartigny a créé autour du Nouveau théâtre de Montreuil, constitué de très jeunes musiciens encore en apprentissage ou de plus âgés, réunis autour de projets hors normes. On ne pouvait trouver une formation plus éloignée de notre univers, mais la rencontre fut immédiate. La personnalité de Sylvain, candide charismatique, nous a séduits. Nous étions alors en mai 2015, au moment où les soulèvements venaient d’éclater à Baltimore. La mort tragique d’un jeune noir, Freddy Gray, lors d’une arrestation a encore amplifié le mouvement #BlackLivesMatter.

Nous sommes entrés dans le Marching Band comme on entre dans une tour de Babel, où chacun parle une langue différente. Or, une langue porte en elle ses références, ses géographies. La langue noire américaine de Baltimore a ses spécificités, comme celle des musiciens français de conservatoire, qui au moment du projet, participaient pour certains au mouvement « Nuit Debout » ; comme celle des jeunes danseurs noirs et transgenres de Paris, ou celle des adolescentes issues de la danse Hip Hop ou du cirque, comme celle enfin des enfants dysphasiques de l’Institut Baguer qui ont aussi rejoint le groupe des marcheurs au terme d’ateliers assurés par Vinii Revlon, vogueur de Paris. Il a ainsi fallu construire une langue commune. C’est-à-dire faire advenir un miracle. Pendant tout son séjour en France, Jamel, l’un des jeunes percussionnistes de Baltimore a essayé de m’apprendre à prononcer « my duuug » — «  my dog » en langue du ghetto noir de Baltimore. Une langue qui mange les mots, africaine américaine, spécifique des quartiers de Baltimore, ville frontière entre le sud et le nord de la côte Est des États-Unis. « My duuug », avec cette étrange façon de faire sonner l’absence des consonnes. Et il riait. Il découvrait la force de sa langue. Il communiquait son amour de son quartier. Il s’en amusait. La gageure a ensuite consisté à créer un marching band de toutes pièces, non comme une fin en soi ; mais bien de créer une transcommunauté en marche, pour les besoins d’un film d’art. Ces lignes et ces formations de marcheurs qui se composent, se dissolvent et se recomposent m’évoquent celles et ceux qui décident ensemble de traverser les frontières, symboliques ou réelles, culturelles, administratives ou policières — des images que l’on a encore récemment vues aux actualités au moment de la crise syrienne ou avec le mouvement #BlackLivesMatter — dont la chanteuse Beyoncé s’est imposée comme une ambassadrice avec son titre « Formation ».

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Or, pour convoquer cette force symbolique, il fallait que ce marching band ne montre pas de simples figurants dans un film, mais qu’il ait une forme d’existence réelle, que la réunion opère, que le plaisir de marcher ensemble soit palpable. J’ai pour cela demandé à Marquis d’insuffler cette culture si particulière des pratiques amateurs américaines, qui sont un espace d’apprentissage et de dépassement de soi que l’école ou le travail n’offrent pas aux moins privilégiés. Nous avons aussi invité Mike Barksdale, chef de la ligne des percussions du Marching Band New Edition de Baltimore, ainsi que le très jeune percussionniste, Jamel Gunn, pour qu’ils distillent par l’exemple cette constance et cette consistance au reste de l’orchestre (en anglais le mot consistancy recoupe cette double signification). Se sont alors mis en place des temps de pratiques régulières en dehors des moments de répétitions, menés par Vinii Revlon et Diva Ivy, cheffe de la ligne des marcheurs, vogueur androgyne parisien, pour que d’autres liens se tissent entre les membres du marching band.

« Je fais partie de deux cultures différentes depuis de nombreuses années, celle du marching band et celle de la scène Ballroom (voguing). Et on m’a donné la chance d’apporter un nouveau projet à une ville qui ne connaît rien des fanfares déambulatoires. Aujourd’hui, j’ai donné la première pratique de Marching Band à Paris. Je suis excité et fier, parce que nous sommes sur le point de marquer l’histoire. » Marquis Revlon, avril 2016.

Le tournage s’est déroulé le 12 juin au Stade Géo André de la Courneuve. Les footballers américains de Flash Football, que nous n’arrivions pas à mobiliser malgré de nombreux temps de préparation avec les dirigeants du club, ont fini par rejoindre in extremis et en plein milieu de séquence les rangs du public, donnant un second souffle au Marching Band : en réponse à leur enthousiasme, la marche finit par intégrer les gradins provoquant une liesse inattendue et délirante. Au final, c’est là le paradoxe de cette expérience, l’œuvre que nous avons créée est le marching band lui-même, et non pas le film qui en serait la trace ou le prétexte. C’est donc une œuvre qui n’existe que si on l’active. Le film en est une mise en abyme, une fiction réaliste. Un second tournage est prévu à Baltimore pour mettre en parallèle la construction d’une autre transcommunauté outre-Atlantique. Nous y créerons un « Unity Band » regroupant les membres des marching band de la ville, une première quand on connaît la compétition qui se joue entre eux. Or, l’art, je pense, a peut-être ceci de miraculeux, qu’il peut — parfois — faire advenir une langue commune pour un temps donné. Frédéric Nauczyciel


FRÉDÉRIC NAUCZYCIEL

GRAND ANGLE

interview croisée

Diva Ivy et le Marching Band Paris Project, photogramme du film d’art ©Frédéric Nauczyciel

Hortense Archambault et Frédéric Nauczyciel

Hortense Archambault : Tes différents projets construisent une relation singulière avec les participants. Tu pars d’une idée de départ, très forte, une hypothèse puis tu la fais évoluer à la rencontre des participants de ton projet. Tu adaptes ensuite cette hypothèse à votre rencontre, dans une co-construction même si je ne dirais pas de ton travail qu’il est participatif… Frédéric Nauczyciel : Je pars d’une intuition très forte, que j’éprouve ensuite dans la rencontre avec les participants. Il y a certes du participatif, du collaboratif, même si à la fin, je reste l’auteur. J’ai besoin d’un aller-retour qui évolue avec la personnalité des gens qui acceptent de s’engager dans le travail. Ce n’est donc pas un travail participatif. Cependant, en n’enfermant pas l’idée ou l’intuition, j’évite de prédéterminer le processus créatif et il y a ainsi de fortes chances que le résultat produit me surprenne moi-même. Avec Marching Band, en revanche, j’ai dès le départ souhaité que Marquis Revlon en soit le co-auteur. Cela voulait dire accepter de laisser la chose advenir. H. A. : C’est effectivement un peu particulier sur Marching Band, puisque c’est la première fois où tu es vraiment dans une collaboration forte avec un autre artiste… Lorsque tu as travaillé avec Jean-Luc Verna sur La Peau vive, il y avait quelque chose de l’ordre de la participation, dans un cadre que tu avais très défini au préalable… F. N. : C’est vrai, je pense d’ailleurs que c’est ce que souhaitent la plupart des performeurs. Ils n’ont pas forcément envie d’assumer la responsabilité d’une collaboration. Ils n’en ont pas l’habitude non plus. Avec Jean-Luc, nous avons construit à vue, avec le regard du public, ce que sera au final l’installation : un espace où films et performances se côtoient. Jean-Luc, quand il collabore avec d’autres artistes, se considère comme un outil au service de leur projet. C’est une grande maturité artistique, et une grande sagesse. H. A. : Tu as toujours été très attaché à la question des minorités, des communautés et en même temps tu as toujours souhaité t’en échapper. Et il me semble qu’avec des projets comme La Peau vive ou Marching Band, tu pars des marqueurs forts d’une communauté, pour les détourner complètement… F. N. : Je ne travaille pas avec une communauté mais avec certains membres d’une communauté. Je tâche autant que possible de désassigner les personnes, de ne pas les labéliser même

si, en effet, c’est leur appartenance à cette communauté qui m’a intéressé. Je travaille à partir de leurs codes pour ce qu’ils ont à nous apprendre, pour ce qu’ils peuvent résonner avec d’autres biographies et parce qu’ils résonnent avec la mienne. H. A. : Il me semble que tu n’es pas dans une conception à l’américaine de la communauté — qui est la construction d’un groupe qui va revendiquer des choses pour lui-même… F. N. : Quand on parle de communauté, on a à l’esprit une chose solidaire, mais aussi fermée. On confond aussi communauté et communautarisme. Une communauté, c’est avant tout un regroupement de gens qui deviennent solidaires, qui déploient quelque chose qui les fait avancer ensemble. Tu peux d’une certaine manière inventer n’importe quel type de communauté. Mon idée avec marching band était la rencontre entre la culture du marching et celle du voguing dans un pays, les États-Unis, où ces communautés ne se rencontrent guère. En France, où ces cultures sont moins fortes, mon projet était à l’inverse de réunir des gens extrêmement divers pour y insuffler la culture du marching band, autour d’une idée commune, celle de marcher ensemble en musique. Dans les deux cas, je tente donc de créer une transcommunauté, avec l’idée de faire ensemble, pendant un temps donné… H. A. : Dès le départ de ton projet, tu m’as fait part de ton intuition : la nécessité d’introduire du féminin au sein de la Seine-Saint-Denis, de son architecture, de son paysage… F. N. : D’une manière générale je pense que l’espace public est rapté par le masculin. Les formes urbaines comme le Hip Hop ou le Krump sont, me semble-t-il, des expressions avant tout masculines qui relèguent de facto le féminin aux espaces réservés. Quand j’ai demandé à Marquis Revlon de détourner la chorégraphie de marching band en voguing, mon intention première était de mettre la féminité dans l’espace public. Non pas l’homosexualité, mais la féminité. Je pense que le combat majeur aujourd’hui, en tant que personne, en tant que citoyen et en tant qu’artiste, c’est non pas celui des minorités, mais celui de la majorité : le féminin. C’est-à-dire le rapport d’égalité qu’on peut introduire entre le féminin et le masculin, dans l’espace public comme dans l’espace intime. Si elle peut exister, cette égalité peut contaminer le reste des relations humaines.

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Marching Band Paris Project, Film d'art Un projet de Frédéric Nauczyciel et Marquis Revlon Réalisation Frédéric Nauczyciel Chorégraphie Marquis Revlon Assistés de Vinii Revlon et Diva Ivy Balenciaga Arrangements et direction musicale Sylvain Cartigny et Mike Barksdale Avec la participation de D’ de Kabal Image Frédéric Nauczyciel Son Fanny Weinzaepflen Marcheurs et musiciens, Paris — Baltimore Lionel Abenaqui, Noa Aubry, Mike Barksdale, Lissia Benoufella, Zina Bloch, Stan Briche, Juan Camilo Cardona Mejia, Sylvain Cartigny, Blaise Cardon-Mienville, Elisa Chartier, Lenny Chemouny, Ritchy Cobral, Aurore Fleutot Hovezak, Jamel Gunn, Tommy Haullard, Clémentine Hazon Verneuil, Zacharie Hitter, Sarah Huber, Vladimir Hugot, Nils Kassap, Lillli Lacombe, Marc Lebeau, Gauthier Lottin, Yoann Luce, Steve Matingu Nsukami, Bryann Mayaut, Vivien Nogami, Marquis Revlon, Yumi Rigout, June Romatif, Juliette Tardiff, Rodrigue Visino, Bob Voisembert et Francis Zolanski. Costumes Elisabeth Honoré-Sauerteig Maquillage Mélissa Landron Et l’équipe technique de la MC93 Pierre Setbon, Étienne Dusard Création logo Kawaii murder Marching Band Baltimore sur Seine Film documentaire Assistante réalisation Lou Stassen Chefs opérateurs Sébastien Goepfert et Anisia Uzeyman Ingénieur du son Terence Meunier Production Spectre et eXorde Merci à Aisha Simmons, New Edition, Marching Band Baltimore. Le film est dédié à la mémoire de Miss Anna, Baltimore et de Emile Nauczyciel, Paris. Une production de la MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis et House of HMU/Frédéric Nauczyciel. Avec le soutien de la Villette — Résidences d’artistes, de l’Ambassade des États-Unis en France et du Programme Fused du fonds FACE franco-américain des Services culturels français aux États-Unis. Le Film documentaire est soutenu par le dispositif Image / Mouvement du Centre national des arts plastiques. Avec la complicité du Nouveau Théâtre de Montreuil, de Flash La Courneuve et de l’Institut Départemental Gustave Baguer à Asnières et de New Edition Marching Band Baltimore.

Frédéric Nauczyciel est en résidence avec le département de Seine-Saint-Denis. Le film d'art Marching Band Paris Project et le film documentaire Marching Band Baltimore sur Seine sont en cours de réalisation. Leur sortie est prévue en 2017.


Eric Garault

Frédéric Nauzcyciel

espace partagé

La présence de Frédéric Nauczyciel entre janvier et juin 2016 au sein du collège Anatole France aux Pavillons-sous-Bois fait suite au souhait de la MC93 d’investir un espace partagé — nouveaux espaces au sein des collèges récemment construits en Seine-Saint-Denis, dont la particularité est d’être des espaces ouverts sur l’extérieur de l’établissement. Divers espaces du collège sont mis à la disposition des élèves, de leurs parents et des associations. Retrouvez des vidéos de la résidence de Frédéric Nauczyciel au Collège Anatole France sur MC93.COM — rubrique Fabrique d'expériences.

La MC93 avait pour ambition de proposer à l’établissement scolaire, à travers une présence artistique, un projet culturel autour du spectacle vivant et de l’image. Très vite, l’équipe pédagogique présente aux premières réunions de préparation de ce projet, et qui s’attendait à des propositions autour du spectacle vivant, s’est éclipsée au profit de professeurs dont l’intérêt se portait sur la question de l’éducation à l’image. Aurélie Denot la professeure de la classe de troisième « découverte professionnelle des métiers de l’image » a ainsi vu l’opportunité de travailler avec l’artiste autour de la réappropriation, par les élèves, des chorégraphies de son projet vidéo La Peau vive : des « images vivantes » et en mouvement de personnes ayant filmées elles-mêmes leur peau tatouée. En parallèle de ces chorégraphies, les élèves ont également réinterprété le texte en anglais de l’une des vidéos pour s’immerger dans la démarche artistique de Frédéric Nauczyciel.

GRAND ANGLE

Dans le même mouvement, un groupe d’élèves volontaires ont été intrigués par la présence de l’artiste et de sa série de photographies Demeures Intimes. En investissant tout le collège avec ces photographies, créant la surprise, ils ont déjoué les règles conventionnelles d’une exposition.

FRÉDÉRIC NAUCZYCIEL

26

Les élèves ont réalisé la mise en résonance des photographies avec les différents espaces de l’établissement, l’écriture d’une note d’intention de l’exposition, la sensibilisation des autres élèves à la présence de l’exposition et à la nécessité de respecter les œuvres, l’explication du choix de l’accrochage. Ils ont été accompagnés par Audrey Teko, la dynamique conseillère principale d’éducation, qui, au vu de leur motivation, a su leur ouvrir toutes les portes du collège. Le projet initial de sensibiliser les élèves au travail artistique a donc bel et bien eu lieu. Mais non au moyen d’un projet culturel calqué sur d’autres projets, ou encore sur la projection d’une institution des envies et des capacités des élèves. C’est par leur action et leur initiative que cette découverte s’est — dans les faits — réalisée, dans la rencontre avec l’artiste et ses pratiques, créant ainsi un espace ouvert, partagé et négocié où l’envie des élèves a guidé l’action culturelle.


FRÉDÉRIC NAUCZYCIEL

GRAND ANGLE

La Peau vive, capture d’écran du filmage de David Revlon, Baltimore, 2014, Frédéric Nauczyciel

les expositions

En 2017, deux expositions permettront de découvrir les installations visuelles de Frédéric Nauczyciel et clôtureront la résidence de deux ans de l'artiste en Seine-Saint-Denis.

The Fire Flies, Baltimore / Paris Centquatre — Paris

Du 14 mars au 9 avril Frédéric Nauczyciel a rencontré il y a cinq ans la Ballroom Scene de Baltimore — communauté transgenre et noire, puis celle de Paris, alors en pleine explosion. Documentant les performances et la réalité des vogueurs, l’installation présentée au Centquatre-Paris, The Fire Flies, traduit le glissement progressif de l’artiste vers un processus de création collaboratif au cours duquel les performeurs sont invités à s’emparer de la sophistication baroque de Bach. Œuvre manifeste, préfigurant La Peau vive, présentée au même moment à Saint-Denis, The Fire Flies invite à la réappropriation. L’installation multi-écrans du Centquatre réunit le film réalisé à Baltimore et une série de vidéosperformances créées au Centre Pompidou (House of HMU) pour et avec les Vogueurs de Paris. L’espace ainsi créé, sous la nef où s’entraînent les danseurs, leur rend hommage. Empreint d’ambiguïté, le titre de la pièce, que l’on traduirait volontiers par « lucioles », pourrait aussi se lire ainsi : « le feu vole ». Référence aux insectes que Pier Paolo Pasolini ne se consolait pas de voir disparaître, métaphore des cultures populaires, il évoque également le livre de James Baldwin, The Fire, Next Time, qui rappelle le terrible ébranlement des fondations de la société blanche américaine face à la légitimation de la présence noire-américaine. La série House of HMU a été réalisée en collaboration avec Dale Blackheart de Baltimore ainsi que Diva Ivy Balenciaga, Honeysha Kahn, Kendall Mugler et la Ballroom Scene de Paris.

Plus d’informations : Centquatre, Paris 5 rue Curial 75019 Paris www.104.fr Du mardi au vendredi 12 h — 19 h Samedi, dimanche et jour férié 11 h — 19 h Fermeture le lundi

 La Peau vive  Musée d’Art et d’Histoire — Saint-Denis Du 23 mars au 29 mai En réponse à l’invitation de Chapelle Vidéo, programme d’art vidéo du département de Seine-Saint-Denis, Frédéric Nauczyciel investit la chapelle du musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, et présente La Peau vive, une installation qui invite des performers et le public à s’emparer de l’espace muséal. L’artiste nous parle de la surface poreuse, qui détermine une limite, une ligne de partage entre le soi et l’autre. Frédéric Nauczyciel choisit la vidéo pour faire de cette peau une « image vivante ». Ainsi, il propose aux performeurs d’engager leur image en se filmant eux-mêmes. Les protagonistes — vogueurs, artistes de Baltimore ou de Paris — sont invités à tourner la caméra vers leurs corps, ou plus exactement vers leurs tatouages. Ce faisant, le vidéaste leur propose de sampler une partie de leur propre histoire. Au cours de l’exposition, des performeurs viendront réaliser des séances de filmage en direct. Avec la collaboration de Dale Blackheart, de Diva Ivy Balenciaga, Honeysha Kahn, Jean-Luc Verna et D’ de Kabal.

Plus d’informations : Musée d’Art et d’Histoire 22 bis rue Gabriel Péri 93200 Saint-Denis www.musee-saint-denis.fr Lundi, mercredi et vendredi 10 h — 17 h 30 Jeudi 10 h — 20 h Samedi et dimanche 14 h — 18 h 30 Fermeture le mardi

27

Vernissage public le 23 mars à 18 h à la Chapelle du Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis et à 20 h 30 au Centquatre à Paris


calendrier

MAI

p.

* Lecture * Théâtre * Théâtre * Théâtre * Théâtre * Théâtre * Théâtre

jeu 4 19 h 00

La tour de Balbel Natascha Rudolf

Bibliothèque Elsa Triolet Bobigny

ven 12

Festival des écoles

Salle Pablo Neruda Bobigny

sam 13

Festival des écoles

Salle Pablo Neruda Bobigny

dim 14

Festival des écoles

Salle Pablo Neruda Bobigny

ven 19

Festival des écoles

Salle Pablo Neruda Bobigny

sam 20

Festival des écoles

Salle Pablo Neruda Bobigny

dim 21

Festival des écoles

Salle Pablo Neruda Bobigny

mar 23 20 h 00

Nicht Schlafen Alain Platel MC93 Bobigny

Danse

33

mer 24 20 h 00

Nicht Schlafen Alain Platel MC93 Bobigny

Danse

33

jeu 25 20 h 00

Nicht Schlafen Alain Platel MC93 Bobigny

Danse

33

ven 26 20 h 00

Nicht Schlafen Alain Platel MC93 Bobigny

Danse

33

sam 27 18 h 00

Nicht Schlafen Alain Platel MC93 Bobigny

Danse

33

17 32 32 32 32 32 32

lun 29 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris

Théâtre

34

mar 30 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris

Théâtre

34

mer 31 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris

Théâtre

34

* gratuit sur réservation


JUIN

p.

jeu 1 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

ven 2 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris

Théâtre

34

sam 3 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34 38

Atelier des 200

MC93 Bobigny

Atelier

dim 4

Atelier des 200

MC93 Bobigny

Atelier

38

mar 6 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

mer 7 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

jeu 8 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

ven 9 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

sam 10

Audition Master Class 93

MC93 Bobigny

Audition

38

19 h 30

Presqu'illes Sarah Pèpe

La voix du griot Les Lilas

Lecture

* 

36

19 h 30

Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris

Théâtre

34

mar 13 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

mer 14 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

Keep calm Michel Schweizer

jeu 15 19 h 30 Interview Nicolas Truong

Keep calm Michel Schweizer

ven 16 19 h 30 Interview Nicolas Truong 21 h 00

Combat de Carnaval et Carême Olivia Grandville

sam 17 14 h 00 >  18 h 00 C’est quoi ce théâtre ?

Danse

35

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

Théâtre du Garde-Chasse Les Lilas

Danse

35

Théâtre du Garde-Chasse Les Lilas

Le Monfort théâtre Paris Théâtre

34

Nouveau théâtre de Montreuil Danse

35

* Itinéraire * Danse

39

MC93 Bobigny

36

16 h 00

Tremplin amateurs HipHop Tanz

MC93 Bobigny

19 h 30

Interview Nicolas Truong

Le Monfort théâtre Paris

Théâtre

34

21 h 00

Combat de Carnaval et Carême Olivia Grandville

Nouveau théâtre de Montreuil Danse

35

sam 25

Banquet #4 Daniel Conrod

MC93 Bobigny

* gratuit sur réservation

* 

Banquet

14


réouverture de la MC93 : rendez-vous 9 boulevard Lénine à Bobigny  ! *

v n e i b

UN SPECTACLE

NICHT SCHLAFEN Alain Platel Du 23 au 27 mai

C’est Alain Platel et les ballets C de la B qui inaugurent le grand plateau de la MC93 avec leur dernière création.

DES VISITES GUIDÉES

DES EXPOSITIONS

Grues et camions auront quitté les lieux, ces deux années de chantier touchent à leur fin. La MC93 se dote de nouveaux espaces de spectacle, de rencontre et de travail. Partez à la découverte de votre Maison de la Culture et de ses coulisses le temps d’une visite guidée !

Le photographe Vincent Muteau a accompagné Daniel Conrod durant sa résidence à Bobigny, en spécialiste de la jumpologie, il présente dans les murs de la MC93 son exposition Le Grand Saut !

— p33

L’artiste visuel Frédéric Nauczyciel a suivi attentivement le déroulement des travaux de la MC93 et présente une série de photographies qui témoignent de cette opération à murs ouverts. L'exposition Jeu de Société de Stéphanie Aubin et Arnaud Baumann qui réunit 120 Balbyniens sera, quant à elle, à ciel ouvert le long de la façade du centre commercial.

* Métro Ligne 5 Station Bobigny - Pablo Picasso Tramway T1 Station Hôtel-de-Ville

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e u n e v Plus de précisions prochainement sur MC93.COM

UN ATELIER

UN TREMPLIN AMATEURS

UN BANQUET

Les 3 et 4 juin

Samedi 17 juin

Résidence

ATELIER DES 200 Rendez-vous incontournable des amateurs de théâtre, l’Atelier des 200 retrouve pour sa 8e édition le grand plateau de la MC93. Quatre artistes accompagnent ce chœur dynamique le temps d’un week-end. Une aventure artistique et humaine inédite pour expérimenter la scène et la création collective !

— p38

FESTIVAL HIPHOP TANZ

DANIEL CONROD

Institution de la culture urbaine en Seine-Saint-Denis, Hiphop Tanz promeut depuis près de vingt ans le hip hop d’auteur et l’innovation chorégraphique tout en restant fidèle à l’exubérance des amateurs qui ont importé cette culture il y a plus de trente ans. Pour cette 18e édition, la MC93 accueille le tremplin amateurs, point d’orgue du festival avec ses propositions courtes et spectaculaires.

Daniel Conrod, avec son projet Dramaturgie des mutations, se concentre depuis septembre 2015 sur les personnes qui ont décidé de prendre soin des autres et en ont fait leur métier. Des banquets organisés en collaboration avec les structures sociales rendent compte régulièrement de sa résidence. Le banquet de clôture ouvert à tous réunira tous les protagonistes de cette aventure balbynienne.

— p36

— p15

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Le Festival des Écoles 8e édition Le Festival des Écoles vient couronner l’investissement d’artistes et d’enseignants qui tiennent à transmettre aux élèves le sens d’une aventure théâtrale. Chaque année, la MC93 mène dans des établissements scolaires des projets artistiques, dont certains aboutissent à des créations. C’est au cours de la huitième édition du Festival des Écoles que ces travaux sont présentés par près de 130 jeunes de la Seine-Saint-Denis et de Paris.

Salle Pablo Neruda — Bobigny Gratuit sur réservation

f Festival

des Écoles

les 12, 13, 14 et 19, 20, 21 mai

Expérience, magique, partage, rencontre. Quatre mots qui reflètent ma vision du Festival des Écoles. Je pense qu'on est réellement chanceux de pouvoir monter sur scène dans ces conditions… C'est magique parce qu'on fait de belles et bonnes rencontres, soit avec des personnes qui n'ont pas l'habitude de voir une pièce de théâtre, soit au contraire, avec des personnes dont le théâtre est la passion. Dans les deux cas, la discussion est constructive et intéressante. Mélanie, ancienne élève du Lycée Eugène Delacroix et membre de la Yellow Cab Cie.

Avec — L’atelier artistique du Lycée Louise Michel de Bobigny — Les options théâtres facultatives et spécialisées du Lycée Eugène Delacroix de Drancy — L’atelier artistique du Lycée Jean Renoir de Bondy — Les options théâtres facultatives et spécialisées du Lycée Claude Monet de Paris — Le collège République de Bobigny — La Yellow Cab Cie

Les textes Le Mariage de Figaro, Beaumarchais Amphitryon, Heinrich von Kleist Léonce et Léna, Georg Büchner Le Bouc, Rainer Werner Fassbinder Les Paravents, Jean Genet La Dispute, Marivaux Les Bacchantes, Euripide On purge bébé, Georges Feydeau Dévastation, Dimitris Dimitriadis Les Illusions comiques, Olivier Py

Avec Véronique Affholder, Dorian Allègre, Christèle Barbier, Nicolas Bigards, Denis Boyer, Annie Fouret, Frédéric Gustaedt, Benoît Lambert, Myriam Marzouki, Anne Mériaux, Junie Monnier, Sarah Oppenheim, Émilie Paillard, Elsa Pokrovsky, Christelle Rosset, Mirabelle Rousseau, Samir Siad, Xavier Tchili, Émilie Vairetto, Ismini Vlavianou

Les partenaires La DRAC Île-de-France — La délégation académique à l’action culturelle du rectorat de Créteil — La délégation académique à l’action culturelle du rectorat de Paris — La ville de Bobigny — Le Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette — Le Lycée Louise Michel bénéficie de subventions de la ville de Bobigny et de la Région Île-de-France

Alain Richard

Retrouvez le programme complet du Festival sur MC93.COM

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N

Alain Platel Les ballets C de la B

icht schlafen

du 23 au 27 mai

ENTRETIEN AVEC ALAIN PLATEL La musique de Mahler a-t-elle influencé la forme chorégraphique et musicale de Nicht Schlafen ? Alain Platel : Nicht Schlafen se caractérise par les mêmes ruptures et contrastes que la musique de Mahler même ; la représentation se compose d’ingrédients très divers, d’ambiances très contrastantes. Mahler fut l’un des premiers compositeurs à « sampler » la musique. À cet égard, je vois des ressemblances avec mon propre travail. Dans ses symphonies et ses chants, Mahler combine le grand art et l’art populaire. Différents styles et états d’âme s’y percutent. Steven Prengels et moi-même voyons sa musique comme une invitation à continuer à sampler. Je voulais par exemple immédiatement la connecter aux traditions polyphoniques africaines, apportées par les chanteurs congolais Boule Mpanya et Russell Tshiebua. »

À un moment donné dans Nicht Schlafen, vous associez Mahler à la musique africaine. D’où vient cette combinaison ? Alain Platel : « La rencontre avec Boule et Russell dans le cadre de la représentation Coup Fatal fut une expérience personnelle très enrichissante. Ils apportent une façon d’être très personnelle et chantent la musique pygmée avec une forme très singulière de polyphonie et de complexité rythmique. Dès les premiers préparatifs pour Nicht Schlafen, j’imaginais une sorte de contrepoint entre cette musique africaine et les adagios de Mahler. Mais loin de moi l’idée de faire de grandes déclarations politiques en optant pour cette fusion, ni sur le post-impérialisme, ni sur le post-colonialisme par exemple. « Reste fidèle à toi-même », me dis-je souvent, à mes danseurs aussi d’ailleurs. Est-ce une déclaration politique que d’avoir deux danseurs noirs ? Qu’il y ait un Musulman et un danseur israélien ? Qu’une seule femme danse entre tous ces hommes ? Non, pas du tout. Tout le monde sur scène doit rester fidèle à soi-même. » Extraits des propos recueillis par Jan Vandenhouwe, dramaturge musical, août 2016.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur MC93.COM — rubrique le magazine.

Chris Van der Burgh

En partenariat avec les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.

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i

Nicolas Truong Judith Henry Nicolas Bouchaud

nterview

du 29 mai au 17 juin

t la MC

ournée !

en

Interview Du 21 février au 12 mars

Théâtre du Rond-Point, Paris Du 16 au 18 mars

La Criée Théâtre national, Marseille Du 22 au 24 mars

Sortie Ouest, Béziers Du 6 au 14 avril

MC2, Grenoble Le 3 mai

L’Agora, Boulazac Le 5 mai

Le Liburnia, Libourne Le 9 mai

Théâtre des Quatre Saisons, Gradignan Les 12 et 13 mai 2017

Théâtre Liberté, Toulon Le 20 mai

Comédie de Reims, Centre dramatique national Les 23 et 24 mai

Le Quai — Centre dramatique national d’Angers, Pays de la Loire Du 20 au 22 juin

Théâtre de Vidy, Lausanne

Nova - oratorio

Un projet de Claire ingrid Cottanceau et Olivier Mellano D’après Peter Handke Les 20 et 21 avril

Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Hair, le concert Nicolas Bigards Le 5 mai Christophe Raynaud Delage

Théâtre national de Nice

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Marc Domage

r

encontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-denis

Keep calm Michel Schweizer

Combat de Carnaval et Carême

Théâtre du Garde-Chasse — Les Lilas

Olivia Grandville et 10 danseurs

Les 14 et 15 juin Représentations en après-midi Si l’adresse s’inversait ? Si les enfants se mettaient non pas à questionner les adultes, mais à leur adresser une parole qui interroge les places respectives qu’eux, et nous, tenons dans le monde et dans nos « mondes ».

Keep calm consiste à inviter des enfants de 10 à 13 ans pour créer une performance produite exclusivement pour un public d’adultes. Il s’agit d’accompagner les enfants à réfléchir à trois questions relatives à leur niveau de connaissances concernant leur situation dans le monde et la relation qu’ils entretiennent avec le monde des adultes. Cela engage un travail d’écriture mené au sein d’une série d’ateliers qui aboutissent à la constitution de trois listes idéales propres à chacune des questions, communément élaborées, négociées et partagées par tous les enfants. Au cours d’une performance, ces trois listes seront restituées grâce à une mise en situation soutenue par un dispositif technique qui engagera un véritable vis-à-vis enfant/adulte.

Nouveau théâtre de Montreuil Les 16 et 17 juin À 21 h Dans sa nouvelle création, Olivia Grandville met en mouvement l’œuvre du peintre flamand Pieter Brueghel l’Ancien. Sur la toile dont s’inspire la chorégraphe, des personnages fantasques représentant la luxure, l’ascèse ou la folie débarquent sur une place de marché agitée. Au cœur du dispositif, la partition issue de cette fresque de la vie quotidienne est soufflée à des interprètes qui dansent entre deux gestes et trouvent leur liberté entre deux actions concrètes, deux poses. Ils laissent parler leurs corps et décomposent le tableau de Brueghel de façon foisonnante et minimaliste. Sur une scène prenant des airs de plus en plus carnavalesques au sens où l’entend Rabelais, l’installation soutenue par la musique de Vivaldi porte une danse dans laquelle transgression, grotesque et comique s’expriment ouvertement.

Conception, scénographie et direction Michel Schweizer Avec une dizaine d’enfants Production La coma. Coproduction Théâtre Arles, scène conventionnée pour nouvelle écritures / Le Manège de Reims, scène nationale.

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Chorégraphie Olivia Grandville Avec Bryan Campbell, Konan Dayot, Tatiana Julien, Gaspard Guilbert, Maximin Marchand, Aurélie Mazzeo, Martina Musilova, Sylvain Riejou, Asha Thomas et Lise Vermot Collaboration et assistanat Jeanne Brouaye Lumière Yves Godin Scénographie Yves Godin, Olivia Grandville, Daniel Jeanneteau Création sonore Olivier Renouf Musiques Antonio Vivaldi, Robert Hood Production La Spirale de Caroline. Coproduction Le Lieu Unique, Nantes — CCAM Vandoeuvre-lèsNancy — Le Théâtre, Saint-Nazaire — Pôle Sud, Centre de Développement Chorégraphique, Strasbourg — La ménagerie de verre, Paris — Le Prisme, Elancourt — Charleroi danses Avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France, Ministère de la culture et de la communication au titre de l'aide à la compagnie (2015) et la Direction Régionale des Affaires Culturelles des Pays de la Loire (2016) — ADAMI, société des artistes-interprètes — Région des Pays de la Loire — Ville de Nantes — Fonds d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques, DRAC et Région Provence-Alpes-Côte d’Azur — Le Centre National de la Danse Contemporaine, Angers. Avec la participation du DICRéAM.

Réservations www.rencontreschoregraphiques.com


Témoignant des démarches d’auteur et de la multiplicité des formes amateurs, le festival Danse Hiphop Tanz mène l’agitation chorégraphique du 13 mai au 17 juin 2017 avec différents rendez-vous organisés en Seine-SaintDenis. Porté par Moov’n Aktion depuis 1997, le festival propose des rencontres avec les formes innovantes d’écriture chorégraphique hip hop, met en lumière la créativité des dynamiques locales amateurs et réalise des actions culturelles notamment à destination de la jeunesse.

le 17 juin Pour sa 19e édition, la MC93 s’associe au festival en vue de présenter le Tremplin de Danse Hiphop Tanz pour la distinction de « La Découverte amateur d’Île-de-France. »

MC93 — Bobigny À 16 h Gratuit sur réservation Le réseau DANSE HIPHOP TANZ est soutenu par le Département de la Seine-Saint-Denis. Les actions du réseau DANSE HIPHOP TANZ bénéficient du soutien de la Préfecture de la Seine-Saint-Denis, de la Communauté d’agglomération Est Ensemble et de l’Acsé. Le festival Danse Hiphop Tanz est réalisé par l’association Moov’n Aktion qui bénéficie du soutien du Département de la Seine-Saint-Denis et du Conseil régional d’Île-de-France.

Marone

WILE-E

Festival Danse HipHop Tanz

D

Tremplin Hip Hop

Presqu’illes

le 10 juin

Elle prend la parole et se présente en tant qu’autrice. Mais sitôt le mot lâché, elle ne peut que constater la violence des réactions qu’il suscite. Alors elle décide de prendre sa défense, et voilà qu’une sorte de tribunal surgit, qui verra des expertes plaider en sa faveur. Bientôt, d’autres figures, sorties de l’Histoire, viendront également s’affronter en nous révélant toutes les résistances qui ont entravé la féminisation de la langue. Au même moment, dans une école élémentaire française, un jeune enfant n’accepte pas la faute d’accord qu’il a faite. Il refuse de rentrer chez lui et oblige sa maîtresse à rester, afin qu’elle lui explique la genèse de la règle qui lui a valu une marque rouge sur sa copie. De questions en questions, il finira pas se demander qui a fait la plus grosse « faute », de lui ou de l’Histoire...

Lecture

Texte Sarah Pèpe Mise en scène Louise Dudek Distribution en cours En partenariat avec Jeunes textes en liberté

La voix du griot — Les Lilas À 19 h 30 Gratuit sur réservation

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ANGLE

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GRAND

Rencontres initiées par Lazare # 1 État d'urgence culturelle

Rencontres #3 le 20 avril à 19 h 30 autour de la diversité sociale et culturelle dans la salle et sur les plateaux au Conservatoire national supérieur d'Art dramatique de Paris.

Jeudi 9 juin 2016 au Théâtre Louis Aragon — Tremblay-en-France

Décembre 2015, dur réveil postattentats. L’état d’urgence est proclamé dans un climat de psychose et de sidération. Les artistes, comme chacun d’entre nous, se cherchent de bonnes raisons de rester debout. Certains théâtres affichent le soulèvement contre l’immobilisme, osant des mots qu’on n’entendait plus. Bastille se fait « occuper », le théâtre des Arts à Rouen veut faire « sa révolution », la Colline lance son « préavis de rêve » parce que sous les pavés rouge sang, il y a peut-être la plage… Pendant ce temps, dans les bureaux de la MC93, une cinquantaine d’artistes et acteurs culturels, penseurs ou animateurs engagés se réunissent régulièrement à l’appel de l’auteur, metteur en scène et comédien Lazare qui s’est construit entre la France et l’Algérie, dans une de ces cités de banlieue où il anime encore des ateliers d’écriture. Il sait l’exclusion, les combats quotidiens pour survivre, la transcendance par l’art et cherche notre commune humanité. Alors, il lance le débat. Si état d’urgence il y a, n’est-il pas d’abord culturel ? Quoi faire maintenant ? Les discussions sont animées, dialogues et controverses nourrissent la réflexion, des thèmes deviennent récurrents. Qu’est-ce qu’être artiste sur un territoire ? Quels grands récits manquent à notre Histoire commune ? Pourquoi si peu de diversité sur les plateaux et dans les salles ? Comment repenser l’hospitalité des théâtres ? Pour partager cette parole naissante et l’amplifier, des débats publics sont proposés. Le premier a eu lieu à Tremblay-en-France au théâtre Louis Aragon, le 9 juin dernier. Il a fallu affronter les grèves de transports, mais le public est venu pour débattre des liens qu’entretient l’artiste avec le territoire sur lequel il œuvre. Sur le plateau, la chorégraphe Stéphanie Aubin, Hortense Archambault, Emmanuelle Jouan, directrice du théâtre Louis Aragon, Myriam Benhamida, éducatrice et Lazare et à l’écran, les propos de Catherine Boskowitz, metteure en scène, D’ de Kabal, rappeur et écrivain ou du graffeur Jamel Bouhassane.

rencontrer

Penser le lien, c’est supposer la rencontre. Le mot s’impose dès les premiers échanges et pourrait sembler aller de soi. Pourtant, il suppose changement de modèle d’une politique qui a longtemps scindé création et action culturelle. Malraux avait bouté l’éducation populaire hors de son ministère, la coupant de ses racines artistiques. Lang a fait entrer dans sa politique le mot démocratie pour mieux partager la création et y faire entrer des domaines jusque-là ignorés comme les musiques actuelles, le cirque, les arts de la rue. Mais il pèse sur la « démocratisation », autre cheval de bataille culturel, une forme de chape qui plombe les rôles. Aux artistes reviendrait une fonction créatrice censée hors sol et au champ socio-culturel, la charge de publics dits « empêchés ». Or depuis quelques années, les créateurs déroutent ces présupposés. L’art se veut contextuel, relationnel, participatif, ancré dans les réalités de son temps, mais les financements restent trop souvent aveugles aux déplacements de ses enjeux. Il faut en finir avec ces vieilles divisions archaïques affirment ensemble les intervenants au débat. « Je ne peux plus entendre cette phrase « faire venir », je ne suis pas là pour ça, mais pour soutenir la création et inventer les termes de la rencontre avec les publics » souligne Emmanuelle Jouan. En actrice de terrain, l’éducatrice Myriam Benhamida témoigne : « Quand les télés arrivent dans la cité, les gamins jouent le rôle qu’ils pensent qu’on attend d’eux face à la caméra... Ils sont la représentation qu’on en a. Or, le théâtre est un lieu où on peut suspendre les clivages entre vieux, jeunes, bourgeois, issus des quartiers. Les propositions artistiques peuvent ennuyer ou déranger, mais elles servent aussi à dire d’où je viens et où je vais. C’est de l’universel partageable. On n’est plus là pour ce qu’on représente mais pour ce qu’on est, c’est cela être ensemble. » Ces propos font écho aux engagements du rappeur et écrivain D’ de Kabal « Pour moi, réussir une action culturelle ce n’est pas ficeler un beau projet artistique, c’est réussir la rencontre. Or, cette rencontre est réussie quand je donne autant que je reçois. »

Retrouvez une synthèse des rencontres #2 qui se sont déroulées le 8 décembre à Théâtre Ouvert autour des récits manquants sur MC93.COM — rubrique le magazine.

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troquer Mais une rencontre ne se décrète pas, elle se cherche et s’impose quand chacun y trouve un intérêt partagé. « Je refuse d’être dans la position de dispenser un savoir, je viens troquer une idée, une émotion. Il est pour moi impensable de repartir d’une expérience comme j’y suis entré. » poursuit D’ de Kabal. « Cela ne peut se passer que dans le partage et l’égalité. » soutient à son tour Catherine Boskowitz. Mais « Comment verbaliser cette rencontre pour des spectateurs qui n’ont pas l’habitude d’interroger. Comment faire pour que dans la rencontre, les gens deviennent créateurs de leur propre parole ? » interroge une spectatrice. « Penser la rencontre, c’est d’abord penser la manière dont chacun se représente dit Lazare. Les gens ont leur monde, même si, ce monde ne parvient pas toujours à se dire. Ils doivent parfois en réapprendre la danse, le rythme, les gestes ». C’est là sans doute toute la force et la beauté de l’échange, faire émerger la parole, partager pour s’enrichir mutuellement et faire commun.

repenser Agir autrement, refonder le commun c’est aussi repenser des modes de fonctionnement, des rôles, des situations. « Agir, c’est croiser des savoir-faire et du savoir-être » pense Emmanuelle Jouan. « L’époque est désemparée, nous avons un rôle à jouer face à ce désarroi. Que peut-on faire ou pas ? Que construit-on ? Peut-être que nos logiques de diffusion des spectacles ne sont plus l’unique modèle des théâtres. Nous pouvons nous échapper de la marchandisation par la rencontre. Je veux croire que le théâtre peut devenir un lieu de coconstruction d’expériences avec les enseignants, les éducateurs, les penseurs, pour aller vers d’autres manières de penser » risque Hortense Archambault. Et si l’art en devenait le moteur ? Car s’engager dans un processus de création, c’est refuser les normes, emprunter des chemins de traverse, se perdre, accepter le désarroi pour accueillir ce qui advient. Autant d’aptitudes, de forces pour affronter une époque désorientée qui joue les replis face à l’inconnu veut croire Stéphanie Aubin très engagée dans les actes de création participative « ça déformate tout d’aller vers les autres ». « On commence par dire : cela est impossible pour se dispenser de le tenter, et cela devient impossible, en effet, parce qu’on ne le tente pas » disait le philosophe Charles Fourier. Et si tenter c’était déjà « désobéir gentiment » comme le suggère Stéphanie Aubin ? Anne Quentin


appels à participation Votre enfant a entre 10 et 12 ans et souhaite partir à la découverte du théâtre, la MC93 en partenariat avec la ville de Bobigny et la compagnie Entrées de jeu vous propose un parcours en trois temps. TEMPS 1 — Atelier de pratique théâtrale Du 6 au 10 février de 14 h à 17 h Salle Max Jacob

TEMPS 2 — Spectacle Je suis fait du bruit des autres de Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne et Lucien Reynès Le samedi 18 mars à 18 h Salle Pablo Neruda

TEMPS 3 — Rencontre avec l’équipe artistique du spectacle Le mercredi 22 mars après-midi Centre de loisirs Victor Hugo Une inscription aux centres de loisirs de la ville de Bobigny est obligatoire (démarche en mairie). La présence de votre enfant est indispensable pour les trois temps du parcours.

ATELIER DES 200 Après deux saisons accueilli hors les murs par le Nouveau théâtre de Montreuil, l’Atelier des 200 revient à la MC93 et investit le grand plateau de la salle Oleg Efremov rénovée !

MASTER CLASS 93 classe préparatoire « égalité des chances »

Pour la 8e édition, les 200 amateurs seront accompagnés par Nicolas Bigards metteur en scène en résidence à la MC93, Régine Chopinot chorégraphe, François Orsoni metteur en scène et Natascha Rudolf metteure en scène en résidence à la MC93.

En partenariat avec le conservatoire Jean Wiener de Bobigny, la MC93 poursuit pour la 3e année la Master Class 93. La classe préparatoire « Égalité des chances » aux concours des Écoles nationales supérieures de théâtre s’adresse à des jeunes de 18 à 25 ans, issus de la diversité culturelle et sociale souhaitant devenir comédien(ne) professionnel(le).

Les quatre artistes proposeront chacun un atelier. Libre à eux d’esquisser une forme d’après un texte, une chorégraphie, une musique, une image et de relever le défi de la scène à 200 !

Entièrement gratuite, cette formation se décline autour de plusieurs modules de septembre 2017 à juin 2018 :

Les 3 et 4 juin à la MC93 Inscription jusqu’au 9 mai Retrouvez le formulaire d’inscription sur mc93.com Cet atelier ne rentre pas dans le cadre d’un plan de formation. Une participation financière de 50€ ou 30€ (pour les moins de 30 ans, les seniors, les habitants de Seine-Saint-Denis, les demandeurs d’emploi et les adhérents au Pass illimité MC93…) vous est demandée. Cette participation comprend les repas du samedi midi et dimanche soir.

Inscription jusqu’au 15 janvier Centre de loisirs Victor Hugo +33 (0)6 23 56 23 93 cdl.victorhugo@ville-bobigny.fr

Pour tout renseignement Gaëlle Brynhole +33 (0)1 41 60 72 74 brynhole@mc93.com

Pour tout renseignement Pauline Maître +33 (0)1 41 60 72 69 maitre@mc93.com

Mercedes Planas +33 (0)1 41 60 72 78 planas@mc93.com

— Masterclass dirigées par un(e) metteur(e) en scène invité(e) ; — Stages de préparation aux concours (choix des textes, analyse, interprétation…) ; — Training d’acteur (corps, voix, développement des fondamentaux...) ; — Modules dramaturgie et rencontres avec une personnalité, un artiste, un chercheur… : questionnement de l’écriture d’un texte avec un contexte historique, politique, socio-économique. Cette préparation doit être complémentaire au suivi d’un « enseignement théâtre » en école ou conservatoire, dans une troupe ou une institution culturelle. Une audition sous forme de stage d’une journée aura lieu le samedi 10 juin de 10h à 18h à la MC93. Un partenariat MC93 Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis et Conservatoire Jean Wiener de Bobigny. La Fondation d’entreprise Hermès est partenaire de la Master Class 93, Classe préparatoire Égalité des chances.

Pour tout renseignement Alcide Lebreton +33 (0)1 41 60 72 79 lebreton@mc93.com

MC93

PARCOURS DÉCOUVERTE théâtre...

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Christophe Raynaud Delage

C’EST QUOI CE THÉÂTRE ?

LE CONSEIL DES JEUNES

L’itinéraire C’est quoi ce théâtre ? s’adresse à tous et aura lieu dans la « nouvelle » MC93. Il propose de découvrir autrement la MC93 et plus largement l’histoire, les missions et le fonctionnement d’un théâtre public.

Vous avez entre 16 et 20 ans ? Vous habitez en Seine-Saint-Denis ? Vous avez envie de vous investir au sein d'une institution culturelle ? Il est encore temps de rejoindre le conseil des jeunes de la MC93.

Avec Jean-Noël Bruguière, Florence Chantriaux, Jean-François Perrier et Hortense Archambault. he Raynaud Delage istop

C’est quoi ce théâtre ? se déroule le samedi 17 juin de 14h à 18h à la MC93. L’itinéraire est gratuit. Le nombre de places est limité.

Ch r

Pour tout renseignement Mercedes Planas + 33 (0)1 41 60 72 78 planas@mc93.com

LES SPECTATEURS COMPAGNONS En dehors des spectacles, la MC93 vous propose de l’accompagner tout au long de l’année en devenant des « spectateurs compagnons » de son nouveau projet. Des rencontres trimestrielles sont organisées pour entendre vos attentes, critiques et propositions sur la vie de la Maison. Pour rejoindre les spectateurs compagnons et pour tout renseignement

MC93

Gaëlle Brynhole +33 (0)1 41 60 72 74 brynhole@mc93.com

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Vous réaliserez des missions de médiation culturelle, inventerez des outils de communication et créerez votre projet culturel à votre initiative en gérant un budget qui vous sera alloué. Vous serez accompagné(e) par l’équipe de la MC93 pendant un an sur ces missions et constituerez un conseil pouvant être consultatif mais également force de proposition pour les activités de la MC93. Vous aurez accès à l’ensemble des spectacles de la programmation de la MC93 ainsi qu’à plusieurs formations dans le domaine culturel (médiation, outils numériques, communication, accueil de public...) que vous pourrez faire valoir dans votre parcours personnel. Pour rejoindre le conseil des jeunes et pour tout renseignement Margault Chavaroche +33 (0)1 41 60 72 75 chavaroche@mc93.com Le Conseil des jeunes est soutenu par la Fondation SCNF.


accès Saint-Denis Musée d'Art et d'Histoire

22 bis rue Gabriel Péri 93200 Saint-Denis Métro Ligne 13 station Porte de Paris RER D station Gare de Saint-Denis

La Peau vive Théâtre du fil de l'eau

20 rue Delizy 93500 Pantin Métro Ligne 5 station Église de Pantin Bus 249 arrêt Louis Nadot

Pantin

La Mécanique des ombres

Théâtre des Bouffes du Nord 37 bis boulevard de La Chapelle 75010 Paris Métro Ligne 2 station La Chapelle Métro Ligne 4 ou 5 RER B, D station Gare du Nord

Paris 10e

Théâtre-Cinéma du Garde-Chasse

Les Lilas

Providence

181 bis rue de Paris 93260 Les Lilas Métro Ligne 11 station Mairie des Lilas Bus 129 arrêt Paul de Kock

La mort du poète Nova - oratorio La voix du griot 116 boulevard Eugène Decros 93260 Les Lilas Métro Ligne 11 station Mairie des Lilas

Presqu'illes Le Monfort théâtre Parc Georges Brassens 106 rue Brancion 75015 Paris Métro Ligne 13 Bus 58 ou 191 station Porte de Vanves Tramway T3 Bus 89 ou 95 station Brancion

Bagnolet Théâtre L'Échangeur

59 avenue du Général de Gaulle 93170 Bagnolet Métro Ligne 3 station Gallieni Bus 76, 102, 318 arrêt Général de Gaulle

Interview

Paris 15e

Ce qui nous regarde

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La Popote Coop

54 rue Jean Jaurès 93130 Noisy-Le-Sec Tramway 1 RER E station Gare de Noisy-Le-Sec

Vert bleu territoire

Clichysous-bois Gymnase Léo Lagrange

Chemin de la Haute Borne 93390 Clichy-sous-Bois

La neuvième nuit, nous passerons la frontière

Montreuil Nouveau théâtre de Montreuil

Centre dramatique national 10 place Jean-Jaurès 93100 Montreuil Métro Ligne 9 Bus 102, 115, 121, 129, 322 station Mairie de Montreuil

Y

Sombre rivière 41

MC93

9 boulevard Lénine 93000 Bobigny Métro Ligne 5 station Bobigny - Pablo Picasso Tramway T1 Bus 134, 234, 251, 301 arrêt Hôtel-de-Ville

Nicht Schlafen Atelier des 200 Tremplin Hip Hop Canal 93

63 avenue Jean Jaurès 93000 Bobigny Métro Ligne 5 station Bobigny - Pablo Picasso Tramway T1 arrêt Libération Bus 301 arrêt Louise Michel Bus 322 arrêt Jean Jaurès Bus 147 arrêt La Folie

Couscous clan Bourse du travail

1 place de la Libération 93000 Bobigny Métro Ligne 5 station Bobigny - Pablo Picasso Tramway T1 arrêt Libération

Jamais seul Magic cinéma

2 rue du Chemin vert 93000 Bobigny Métro Ligne 5 Tramway T1 station Bobigny - Pablo Picasso

Carte blanche Daniel Conrod

Bibliothèque Elsa Triolet

4 rue de l'Union 93000 Bobigny Métro Ligne 5 Station Bobigny - Pablo Picasso Tramway T1 Bus 134, 234, 251, 301 arrêt Hôtel-de-Ville

La fin des fins La tour de Balbel CMPR

Centre de médecine physique et de réadaptation 359 rue Paul Vaillant-Couturier 93000 Bobigny Bus 134, 146, 234, 303 Tramway T1 arrêt Auguste Delaune

La neuvième nuit, nous passerons la frontière Conservatoire Jean Wiener

2 place de la Libération 93000 Bobigny Métro Ligne 5 station Bobigny Pablo - Picasso Tramway T1 arrêt Libération Bus 134, 234, 251, 301 arrêt Conservatoire Jean Wiener

Sextuor du printemps Salle Pablo Neruda

31 avenue du président Salvador Allende 93000 Bobigny Métro Ligne 5 station Bobigny Pablo - Picasso Tramway T1 arrêt Hôtel-de-Ville Bus 134, 234, 251, 301, 322 arrêt Centre Commercial – Hôtel-de-Ville

Je suis fait du bruit des autres La neuvième nuit, nous passerons la frontière Le Festival des Écoles Campus de Bobigny

Université Paris XII Campus Bobigny 1 rue de Chablis 93000 Bobigny Métro Ligne 5 station Bobigny Pablo - Picasso Métro Ligne 7 station La Courneuve 8 mai 1945 puis Tramway 1 arrêt Hôpital Avicenne

La tour de Balbel

DANIEL CONROD

Noisy-le-Sec

B O B I G N

GRAND ANGLE


* gratuit sur réservation

MC93.COM

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41 01 60 72

Carnet Carnet Carnet décembre décembre décembre Direction de la

#2 #2 #2 2016 2016 2016 publication

Direction de la publication Archambault Hortense publication Direction de la Archambault Hortense Archambault Hortense C o o r d i n a t i o n C o o r d i n a t i o n t i o n Matthias i n a Sylvain o r d Marion C o Tronqual, Matthias Tronqual, Marion Sylvain Matthias Tronqual, Marion Sylvain s e t x e T s e t x e T s e Daniel xJarnoult Doberd, e T Conrod, Doberd, Jarnoul DanielLeConrod, Gabory, de Taillandier Agathe Doberd, Jarnoul Conrod, niel Da Gabory, de Agathe Le Taillandier Frédéric Léonora de Gabory, Taillandier LeMiano, Agathe Nauczyciel, Jean-François Frédéric Perrier, Jean-François Nauczyciel, Jean-François Nauczyciel, Frédéric Quentin, Perrier, Rudolf, Natascha Quentin, Anne Anne Quentin, Anne Perrier, Tronqual Matthias Sultan,Matthias David Tronqual Sultan, David Tronqual Sultan, Matthias David PPP h hh ooo t t t ooo s s s Nauczyciel FrédéricNauczyciel erture :Frédéric Couv erture : Couv erture : Muteau VincentNauczyciel Saut :Frédéric Grand LeCouv Le Grand Saut : Vincent Muteau Graphique Création Graphique Création Cheval Sauvage Grand Graphique Création Sauvage Cheval Grand Cheval n o r r e c t i oSauvage C Grand o n C o r r e c t iGenin Stéphanie n o i t c e r r C o Genin Stéphanie Genin Stéphanie I m p r e s s i o n i o n I m p r e s s Graphic Axiom I m p r e s s i o n Graphic Axiom Graphic Axiom

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La Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis est subventionnée par la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France — ministère de la Culture et de la Communication, le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et la ville de Bobigny. La Fondation d’entreprise Hermès est partenaire de la Master Class 93, classe préparatoire théâtre Égalité des chances et soutient la rénovation du hall. La fondation SCNF est partenaire du projet La tour de Balbel et du conseil des jeunes.

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à partir du 23 mai la saison 2017 — 2018 et souscrivez

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FORMULAIRE À RENVOYER À L'ADRESSE SUIVANTE : MC93 Service des relations avec les publics 9 bd Lénine — BP 71 93002 Bobigny Cedex

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