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> mardi 18 février 2014 > auditorium > durée estimée : 1h45

Gluck / Mozart Les Musiciens du Louvre Grenoble <direction> Marc Minkowski <soprano> Chiara Skerath <ténor> Julien Behr

<dédicace à l’issue du concert> Au kiosque de la librairie Le Square | hall de la billetterie

Marc Minkowski dédicacera son dernier CD Wagner – Der fliegende Holländer / Dietsch – Le Vaisseau fantôme ou Le Maudit des mers enregistré à la MC2 et publié en novembre 2013 chez Naïve.

<tout enregistrement photographique, audio et vidéo du spectacle est strictement interdit>


Programme de la soirée 1re partie : 35’ Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791) Il rè pastore KV 208 : Ouverture Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni KV 527 : n° 21 air de Don Ottavio « Il mio tesoro intanto » Thamos, König in Ägypten KV 345 : n° 1 Zwischenaktmusik Christoph Willibald Gluck (1714–1787) Armide : introduction, récitatif et duo Armide-Renaud « Armide, vous m’allez quitter » – Duo « Aimonsnous », musette, scène finale Armide-Renaud « Renaud, Ciel ! Ô mortelle peine » Entracte 20’ 2e partie : 50’ Wolfgang Amadeus Mozart Air pour ténor, « Misero! O sogno », « Aura, che intorno spiri » KV 431 Symphonie en la majeur KV 201 : allegro moderato, andante, menuetto – trio, allegro con spirito Le Nozze di Figaro KV 492 : n° 28 récitatif et air de Susanna « Giunse alfin il momento » – « Deh vieni non tardar » Christoph Willibald Gluck Orphée et Eurydice (version parisienne de 1774) : Ballet des ombres heureuses, flûte solo Florian Cousin Iphigénie en Tauride : récitatif et air de Pylade « Quel langage accablant » – « Unis dès la plus tendre enfance » Orphée et Eurydice : Danse des furies

Les Musiciens du Louvre Grenoble <direction> Marc Minkowski <violons 1> Thibault Noally Claire Sottovia Bérénice Lavigne Alexandrine Caravassilis Heide Sibley Martin Hebr Geneviève Staley-Bois Laurent Lagresle <violons 2> Nicolas Mazzoleni Mario Konaka Michael Kaupp Alexandra Delcroix Vulcan Karel Ingelaere Simon Dariel <altos> David Glidden Herbert Lindsberger Milan Radic

Marie-Aude Guyon Joël Oechslin <violoncelles> Frédéric Baldassare Vérène Westphal Marcus Pouget Pascal Gessi <contrebasses> Clotilde Guyon Martin Hinterholzer Roberto Fernández de Larrinoa <flûtes> Florian Cousin Diana Baroni <hautbois> Jasu Moisio Rodrigo Gutiérrez

<clarinettes> Francesco Spendolini Vincenzo Casale <bassons> Marije Van der Ende François Charruyer <cors> Hermann Ebner Jeroen Billiet <trompettes> Fruzsi Hara François Petitlaurent <timbales> Michael Mitterlehner-Romm <clavecin> Paolo Zanzu

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Marc Minkowski, chef d’orchestre D’abord bassoniste, Marc Minkowski aborde très jeune la direction d’orchestre, notamment sous le regard de Charles Bruck au sein de la Pierre Monteux Memorial School aux États-Unis. À l’âge de dix-neuf ans, il fonde Les Musiciens du Louvre, ensemble qui prend une part active au renouveau baroque et avec lequel il défriche aussi bien le répertoire français (Lully, Rameau, Campra, Marais, Mouret, Rebel, Mondonville…) que Haendel (Il trionfo del Tempo, Amadigi, Teseo, Ariodante, Giulio Cesare, Hercules, Semele), avant d’aborder Mozart, Rossini, Offenbach, Bizet ou Wagner. Il sillonne l’Europe, avec ou sans son orchestre, de Salzbourg (Die Entführung aus dem Serail, Die Fledermaus, Mitridate, Così fan tutte, Lucio Silla en 2013) à Bruxelles (La Cenerentola, Don Quichotte de Massenet, Les Huguenots de Meyerbeer, Il trovatore en 2012) et d’Aix-en-Provence (L’incoronazione di Poppea, Le Nozze di Figaro, Idomeneo, Sérail, Don Giovanni avec le London Symphony Orchestra en 2013) à Zurich (Il trionfo del Tempo, Giulio Cesare, Agrippina, Les Boréades, Fidelio, La Favorite), en passant par la Musikfest Bremen. Régulièrement à l’affiche de l’Opéra de Paris (Platée, Idomeneo, Die Zauberflöte, Ariodante, Giulio Cesare, Iphigénie en Tauride, Mireille) et au Châtelet (La Belle Hélène, La Grande Duchesse de Gérolstein, Carmen, Die Feen de Wagner), il se produit aussi à l’Opéra-Comique où il ressuscite La Dame blanche de Boieldieu, dirige en 2002 Pelléas et Mélisande pour le centenaire de l’ouvrage, Cendrillon de Massenet ; mais encore à Venise (Le Domino noir d’Auber), Moscou (création scénique de Pelléas en Russie), Berlin (Robert le Diable, Il trionfo del Tempo), Amsterdam (Roméo et Juliette, les Iphigénie en Aulide et en Tauride), Vienne au Theater an der Wien (Hamlet) ou au Staatsoper où Les Musiciens du Louvre Grenoble furent en 2010 le premier orchestre français à se produire dans la fosse (Alcina de Haendel). Marc Minkowski est également l’hôte régulier d’orchestres symphoniques avec lesquels son répertoire évolue de plus en plus vers le xxe siècle de Ravel, Stravinsky, Lili Boulanger, Albert Roussel, John Adams, Henryk Górecki ou Olivier Greif. Souvent invité en Allemagne – par la Staatskapelle de Dresde, l’Orchestre philharmonique de Berlin, le DSO Berlin ou les différents orchestres de Munich –, il dirige également le Los Angeles Philharmonic, les Wiener Symphoniker, le Mozarteum Orchester, le Cleveland Orchestra, le Mahler Chamber Orchestra, le Swedish Radio Orchestra, le Finnish Radio Orchestra, l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, l’Orchestre du Théâtre Mariinsky et

le Qatar Philharmonic Orchestra. Il fait ses débuts avec le Wiener Philharmoniker en mai 2013. Après le succès remporté en 2009, avec Les Musiciens du Louvre Grenoble lors d’une intégrale des Symphonies londoniennes de Haydn enregistrée live au Wiener Konzerthaus par Naïve – leur éditeur exclusif depuis 2007 –, la même salle les a accueillis pour l’intégrale des symphonies de Schubert en 2012. En 2013, il a enregistré Les Vaisseaux fantômes de Wagner et Dietsch avec son orchestre. Marc Minkowski a été nommé directeur artistique de la Mozartwoche à Salzbourg, dont il assume la programmation depuis de janvier 2013. En juin 2011, il a créé le festival Ré Majeure sur l’île de Ré. Les Musiciens du Louvre Grenoble Fondés en 1982 par Marc Minkowski, Les Musiciens du Louvre Grenoble font revivre les répertoires baroque, classique et romantique sur instruments d’époque. Depuis trente ans, l’orchestre s’est fait remarquer pour sa relecture des œuvres de Haendel, Purcell et Rameau, mais aussi de Haydn et Mozart ou, plus récemment, de Bach et de Schubert. Il est également reconnu pour son interprétation de la musique française du xxe siècle : Berlioz (Les Nuits d’été, Harold en Italie), Bizet (L’Arlésienne), Massenet (Cendrillon). Parmi ses récents succès lyriques comptent un gala Mozart pour les 30 ans de l’orchestre et Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach (Salle Pleyel) ; Der fliegende Höllander de Wagner (Opéra de Versailles, MC2: Grenoble, Konzerthaus de Vienne, Palau Musica de Barcelone) ; et Lucio Silla de Mozart (Mozartwoche, Festival de Salzbourg, Musikfest Bremen où l’orchestre se produit régulièrement depuis 1995.) Début 2013, l’orchestre a fait une tournée en Asie qui l’a mené à Tokyo, Shanghaï ou encore Djakarta. La saison 2013-2014 met Gluck à l’honneur avec Alceste à l’Opéra Garnier et Orfeo ed Euridice à Salzbourg et Grenoble. Au programme également : Histoire du soldat (Stravinsky) / El Amor brujo (De Falla) à la MC2: Grenoble et à l’Opéra-Comique, la reprise d’Il trionfo del Tempo (Haendel) à Berlin, ou encore, au Festival d’Aix-enProvence, Il Turco in Italia (Rossini) et Les Boréades (Rameau). L’orchestre a enregistré pour Naïve les intégrales des Symphonies londoniennes de Haydn en 2010 et des symphonies de Schubert en 2012. En 2013 a été publié le coffret réunissant Les Vaisseaux fantômes de Dietsch et Wagner. En résidence à Grenoble depuis 1996, subventionnés par la ville de Grenoble, le conseil général de l’Isère, la région Rhône-Alpes et le ministère de la Culture et de la Communication 3


(DRAC Rhône-Alpes), Les Musiciens du Louvre Grenoble développent de nombreux projets pour partager la musique avec tous les publics sur le territoire rhônalpin. Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre Grenoble sont associés à la MC2: Grenoble depuis 2004.

Chiara Skerath, soprano La soprano suisse Chiara Skerath commence à étudier le chant et le violon dans sa ville natale de Louvain en Belgique. Elle approfondit ses études vocales au Conservatoire national supérieur de musique de Paris auprès de Glenn Chambers et à l’université de Vienne avec Claudia Visca. Après avoir incarné Susanna (Les Noces de Figaro, Mozart) et la Princesse (L’Enfant et les sortilèges, Ravel) dans des représentations étudiantes, elle fait ses débuts professionnels en Silvia dans L’isola disabitata de Haydn avec l’orchestre de chambre de Vienne. À 24 ans, elle se fait remarquer en Jungfrau Anna Reich (Les Joyeuses Commères de Windsor, Nicolai), en Despina (Così fan tutte, Mozart) à Bern, en Norina (Don Pasquale, Donizetti), Susanna et Barbarina à l’Opéra de Klosterneuburg ou encore Despina à l’Opéra Royal de Wallonie. Au cours de la saison 2012/2013, elle fait ses débuts en Adina (L’Élixir d’amour, Donizetti) à l’Opéra de Metz, à l’Opéra de Besançon et d’Avignon, ainsi qu’au Festival de Pâques de Salzbourg où elle incarne une Fille-Fleur (Parsifal, Wagner) sous la direction de Christian Thielemann. Elle se produit en récital en France, en Allemagne, en Finlande, en Suisse et en Belgique. Elle a remporté de nombreux prix parmi lesquels l’Emmerich Smola Förderpreis, le Prix Jeune Espoir au concours international de Marmande en 2011, plusieurs récompenses au concours du Belvédère et un Premier Prix au concours international Nadia et Lili Boulanger 2013 dans la catégorie piano-chant. Elle étudie actuellement le lied et la mélodie avec Ruben Lifschitz. Prochainement, elle incarnera Servilia (La Clémence de Titus, Mozart) à l’Opéra national du Rhin et se produira en concert sous la baguette de John Eliot Gardiner.

Gall, Rouen et Bordeaux, Ferrando (Così fan tutte, Mozart) à Nancy, Arbace (Idoménée, Mozart) à la Mozartwoche de Salzbourg et au Theater an der Wien, Acis (Acis et Galatée, Haendel) à Aixen-Provence et à La Fenice, Gonzalve (L’Heure espagnole, Ravel) au Barbican Center, Camille de Rossillon (La Veuve joyeuse, Lehár) à Avignon et Antonin (Ciboulette, Hahn) à l’Opéra-Comique. En concert, il s’est notamment produit avec Les Musiciens du Louvre Grenoble, Les Arts Florissants, le BBC Symphony Orchestra à Londres, l’Orchestre du Mozarteum à Salzbourg et l’Akademie für Alte Musik Berlin sous la baguette de chefs tels qu’Alain Altinoglu, René Jacobs, Marc Minkowski, Josep Pons, Jérémie Rhorer et Sébastien Rouland.

Julien Behr, ténor Titulaire d’un master de droit, Julien Behr est nommé Révélation artiste lyrique de l’ADAMI en 2009 et fait partie des trois nominés dans la catégorie Révélation artiste lyrique aux Victoires de la musique classique 2013. En 2009, il fait ses débuts internationaux au Festival d’Aix-en-Provence dans le rôle-titre d’Orphée aux Enfers. Depuis, on a pu l’entendre en Tamino (La Flûte enchantée, Mozart) à Saint4


Contemporains, Gluck et Mozart s’opposent dans leur conception de l’art lyrique. Quand ce dernier affirme que « la poésie doit être la fille obéissante de la musique », Gluck écrit que sa « musique ne tend qu’à la plus grande expression et au renforcement de la déclamation et de la poésie » dans Le Mercure de France. Avec son librettiste Calzabigi, il entreprend de redonner une place prépondérante au texte, en réaction aux excès de virtuosité de l’opera seria. Malgré leurs divergences esthétiques, Gluck et Mozart sont deux compositeurs de prédilection pour Marc Minkowski. Du premier, il a dirigé les deux Iphigénie en Aulide et en Tauride, Armide, Orphée et Eurydice dans les versions française et italienne, Alceste cette saison au Palais Garnier. Du second, il a interprété, entre autres, Idoménée, Lucio Silla, Les Noces de Figaro et de nombreuses pièces symphoniques. Et c’est avec un Gala Mozart que Les Musiciens du Louvre Grenoble ont célébré à Paris leurs 30 ans en 2012.

Pour ce concert, Marc Minkowski s’est entouré de deux jeunes talents : Chiara Skerath dirigée quelques jours plus tôt à Salzbourg dans ce même programme et à Madrid dans Orfeo ed Euridice de Gluck, et Julien Behr. Sous la baguette de Marc Minkowski, le ténor français a interprété le Grand Prête de Neptune dans Idoménée de Mozart à Brême et Salzbourg, ou encore Marcellus et le Deuxième Fossoyeur dans Hamlet de Thomas au Theater an der Wien.

Wolfgang Amadeus Mozart Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni KV 527 n° 21 air de Don Ottavio « Il mio tesoro intanto »

Wolfgang Amadeus Mozart Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni KV 527 n° 21 air de Don Ottavio « Il mio tesoro intanto »

Il mio tesoro intanto Andate a consolar, E del bel ciglio il pianto Cercate di asciugar.

D’ici là, allez consoler Celle que j’adore. De ses beaux yeux cherchez À sécher les larmes.

Ditele che i suoi torti A vendicar io vado : Che sol di stragi e morti Nunzio vogl’io tornar.

Dites-lui que je vais venger Les injures qu’elle a subies : Que je ne veux revenir Qu’en messager de carnage et de mort.

§

Traduit de l’italien par Jacques Fournier

Christoph Willibald Gluck Armide Introduction, récitatif et duo Armide – Renaud « Armide, vous m’allez quitter » – Duo « Aimonsnous »

RENAUD Puis-je rien voir que vos appâts ?

RENAUD Armide, vous m’allez quitter !

RENAUD En est-il où vous n’êtes pas ?

ARMIDE J’ai besoin des enfers, je vais les consulter ; Mon art veut de la solitude. L’amour que j’ai pour vous cause l’inquiétude Dont mon cœur se sent agité.

ARMIDE Un noir pressentiment me trouble et me tourmente, Il m’annonce un malheur que je veux prévenir ; Et plus notre bonheur m’enchante, Plus je crains de le voir finir.

RENAUD Armide, vous m’allez quitter !

RENAUD D’une vaine terreur pouvez-vous être atteinte, Vous qui faites trembler le ténébreux séjour ?

ARMIDE Voyez en quels lieux je vous laisse.

ARMIDE Les plaisirs vous suivront sans cesse.

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ARMIDE Vous m’apprenez à connaître l’amour, L’amour m’apprend à connaître la crainte. Vous brûlez pour la gloire avant que de m’aimer, Vous la cherchiez partout d’une ardeur sans égale : La gloire est une rivale Qui doit toujours m’alarmer. RENAUD Que j’étais insensé de croire Qu’un vain laurier donné par la victoire, De tous les biens fût le plus précieux ! Tout l’éclat dont brille la gloire Vaut-il un regard de vos yeux ? Est-il un bien si charmant et si rare Que celui dont l’amour veut combler mon espoir ? ARMIDE La sévère raison et le devoir barbare Sur les héros n’ont que trop de pouvoir. RENAUD J’en suis plus amoureux plus la raison m’éclaire. Vous aimer, belle Armide, est mon premier devoir, Je fais ma gloire de vous plaire Et tout mon bonheur de vous voir. ARMIDE Que sous d’aimables lois mon âme est asservie ! RENAUD Qu’il m’est doux de vous voir partager ma langueur ! ARMIDE Qu’il m’est doux d’enchaîner un si fameux vainqueur ! RENAUD Que mes fers sont dignes d’envie ! Duo RENAUD et ARMIDE, ensemble Aimons-nous, tout nous y convie. Ah si vous aviez la rigueur De m’ôter votre cœur, Vous m’ôteriez la vie. RENAUD Non, je perdrais plutôt le jour Que d’éteindre ma flamme. ARMIDE Non, rien ne peut changer mon âme. RENAUD Non, je perdrais plutôt le jour Que de me dégager d’un si charmant amour.

§ Christoph Willibald Gluck Scène finale Armide – Renaud « Renaud, Ciel ! Ô mortelle peine » ARMIDE Renaud! Ciel ! Ô mortelle peine ! Vous partez ? Renaud ! Vous partez ? Démons, suivez ses pas, volez, et l’arrêtez. Hélas ! Tout me trahit, et ma puissance est vaine ! Renaud ! Ciel ! Ô mortelle peine ! Mes cris ne sont pas écoutés ! Vous partez ! Renaud ! Vous partez ! Si je ne vous vois plus, croyez-vous que je vive ? Ai-je pu mériter un si cruel tourment ? Du moins, comme ennemi, si ce n’est comme amant, Emmenez Armide captive. J’irai dans les combats, j’irai m’offrir aux coups Qui seront destinés pour vous. Renaud, pourvu que je vous suive, Le sort le plus affreux me paraîtra trop doux. RENAUD Armide, il est temps que j’évite Le péril trop charmant que je trouve à vous voir. La gloire veut que je vous quitte, Elle ordonne à l’amour de céder au devoir. Si vous souffrez, vous pouvez croire Que je m’éloigne à regret de vos yeux, Vous règnerez toujours dans ma mémoire, Vous serez après la gloire Ce que j’aimerai le mieux. ARMIDE Non, jamais de l’amour tu n’as senti le charme. Tu te plais à causer de funestes malheurs, Tu m’entends soupirer, tu vois couler mes pleurs Sans me rendre un soupir, sans verser une larme. Par les nœuds les plus doux je te conjure en vain ; Tu suis un fier devoir, tu veux qu’il nous sépare. Non, non, ton cœur n’a rien d’humain, Le cœur d’un tigre est moins barbare ! Je mourrai si tu pars, et tu n’en peux douter ; Ingrat ! Sans toi je ne puis vivre ! Mais après mon trépas ne crois pas éviter Mon ombre obstinée à te suivre ; Tu la verras s’armer contre ton cœur sans foi. Tu la trouveras inflexible Comme tu l’as été pour moi ; Et sa fureur, s’il est possible Égalera l’amour dont j’ai brûlé pour toi... Ah ! La lumière m’est ravie ! Barbare, es-tu content ? Tu jouis, en partant, Du plaisir de m’ôter la vie.

ENSEMBLE Non, je perdrais plutôt le jour, etc.

RENAUD Trop malheureuse Armide, hélas ! Que ton destin est déplorable ! [...]

Récitatif

Air

ARMIDE Témoins de notre amour extrême, Vous, qui suivez mes lois dans ce séjour heureux, Jusques à mon retour, par d’agréables jeux, Occupez le héros que j’aime.

ARMIDE Le perfide Renaud me fuit ; Tout perfide qu’il est, mon lâche cœur le suit. Il me laisse mourante, il veut que je périsse. À regret je revois la clarté qui me luit ; L’horreur de l’éternelle nuit

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Cède à l’horreur de mon supplice ! Le perfide Renaud me fuit ! Récitatif et Postlude ARMIDE Quand le barbare était en ma puissance, Que n’ai-je cru la haine et la vengeance ? Que n’ai-je suivi leurs transports ! Il m’échappe, il s’éloigne, il va quitter ces bords ; Il brave l’enfer et ma rage ; Il est déjà près du rivage, Je fais pour m’y traîner d’inutiles efforts. Traître ! Attends ! Je le tiens... je tiens son cœur perfide.

§

Ah ! Je l’immole à ma fureur ! Que dis-je ? Où suis-je ? Hélas ! Infortunée Armide ! Où t’emporte une aveugle erreur ? L’espoir de la vengeance est le seul qui me reste. Fuyez, plaisirs, fuyez, perdez tous vos attraits ! Démons, détruisez ce palais ! Partons ! Et, s’il se peut, que mon amour funeste Demeure enseveli dans ces lieux pour jamais. (Les démons détruisent le palais enchanté et Armide s’envole sur un char.)

§

Wolfgang Amadeus Mozart Air pour ténor « Misero! O sogno » « Aura, che intorno spiri » KV 431

Wolfgang Amadeus Mozart Air pour ténor « Misero! O sogno » « Aura, che intorno spiri » KV 431

Misero! o sogno, o son desto? Chiuso è il varco all’uscita! Io dunque, o stelle! Solo in questo rinchiuso Abitato dall’ombre! Luogo tacito e mesto, ove non s’ode Nell’orror della notte Che de’ notturni augelli La lamentabil voce! I giorni miei Dovrò qui terminar? Aprite, indegne, Questa porta infernale! Spietate, aprite! Alcun non m’ode! E solo, Ne’ cavi sassi ascoso, Risponde a’ mesti accenti Eco pietoso E dovrò qui morir? Ah! negli estremi amari sospiri Almen potessi, oh Dio! Dar al caro mio ben l’ultimo addio!

Pauvre de moi ! Rêvé-je ? ou suis-je éveillé ? Le chemin est sans issue. Dois-je donc, ô cieux, Demeurer seul dans cet endroit peuplé d’ombres Empreint de silence et de tristesse, Où seules se font entendre les voix plaintives d’oiseaux nocturnes ? Ouvrez, furies, la porte des enfers ! Ouvrez, êtres sans pitié ! Depuis la cavité, personne ne m’entend, Ni ne répond à mes appels ne serait-ce qu’un écho compatissant. Devrais-je donc périr ici ? J’accepte, mon Dieu, à condition d’avoir pu adresser un dernier adieu à ma bien-aimée.

Aura che intorno spiri, Sull’ali a lei che adoro Deh! porta i miei sospiri, Dì che per essa moro, Che più non mi vedrà! Ho mille larve intorno Di varie voci il suono; Che orribile soggiorno! Che nuova crudeltà! Che barbara sorte! Che stato dolente! Mi lagno, sospiro, Nessuno mi sente, Nel grave periglio Nessun non miro, Non spero consiglio, Non trovo pietà!

Ô toi souffle de vie, Je t’implore de lui porter mes soupirs. Dis lui que je meurs pour elle Et qu’elle ne me reverra jamais. Je suis cerné de spectres Et entends des voix. Quel séjour redoutable Que de souffrances Quel cruel destin Quelle tristesse ! Je souffre et soupire Et pourtant, personne ne m’entend. Dans la plus grande détresse Personne ne me voit. Je n’ai plus aucun espoir. Je ne trouve aucune compassion.

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§

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Wolfgang Amadeus Mozart Le Nozze di Figaro KV 492 : n° 28 Récitatif et air de Susanna « Giunse alfin il momento »  « Deh vieni non tardar »

Wolfgang Amadeus Mozart Le Nozze di Figaro KV 492 : n° 28 Récitatif et air de Susanna « Giunse alfin il momento » « Deh vieni non tardar »

Giunse alfìn il momento Che godrò senza affanno In braccio all’idol mio. Timide cure, Uscite dal mio petto, A turbar non venite il mio diletto!

Le moment arrive enfin où je vais connaître le bonheur sans souci dans les bras de mon amour. Craintes timides, sortez de mon cœur, ne venez pas troubler mon plaisir !

Oh, come par che all’amoroso foco L’amenità del loco, La terra e il ciel risponda, Come la notte i furti miei seconda!

Oh, comme au feu de mon amour le charme du lieu, la terre et le ciel répondent, comme la nuit favorise mon stratagème ! Traduit de l’italien par Guy Laffaille

Deh, vieni, non tardar, oh gioia bella. Vieni ove amore per goder t’appella, Finché non splende in ciel notturna face, Finché l’aria è ancor bruna e il mondo tace. Qui mormora il ruscel, qui scherza l’aura, Che col dolce sussurro il cor ristaura, Qui ridono i fioretti e l’erba è fresca, Ai piaceri d’amor qui tutto adesca. Vieni, ben mio, tra queste piante ascose, Ti vo’ la fronte incoronar di rose.

§ Christoph Willibald Gluck Iphigénie en Tauride Récitatif et air de Pylade « Quel langage accablant » « Unis dès la plus tendre enfance » Récitatif Quel langage accablant pour un ami qui t’aime ! Reviens à toi, mourons dignes de nous ! Cesse, dans ta fureur extrême, D’outrager et les dieux, et Pylade, et toi-même ! Si le trépas nous est inévitable, Quelle vaine terreur te fait pâlir pour moi ? Je ne suis pas si misérable, Puisqu’enfin je meurs près de toi ! Air Unis dès la plus tendre enfance Nous n’avions qu’un même désir : Ah ! mon cœur applaudit d’avance Au coup qui va nous réunir ! Le sort nous fait périr ensemble, N’en accuse point la rigueur ; La mort même est une faveur, puisque le tombeau nous rassemble.

Ô toi, mon bien, pourquoi tarder encore ? Viens, où l’amour discret et pur t’implore. Tantôt le ciel se va remplir d’étoiles. Viens, car l’ombre a pour nous encor ses voiles. Soupirs du frais ruisseau, frissons des charmes, Tout répond à mon cœur si plein de larmes. Les fleurs parfument l’air et l’herbe est douce. Puis quels chants pleins d’amour aux nids de mousse ! Viens, toi que j’aime bien plus que toutes choses. Toi que j’aime, viens, je veux ceindre ton front, mon roi, De roses. Viens, je veux ceindre ton front, mon roi Ton front, mon roi, de roses.


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