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LE MOT DE LA RÉDACTION

UNE NOUVELLE VOIE "Ça fait comment de vivre de l'autre côté de la barge ?" Vous vous êtes déjà posé la question ? Nous aussi, et cela débouche souvent sur des discussions où chacun défend son pré carré, ou plutôt sa terre, qu'elle soit petite ou grande. Et c'est bien légitime. Comme tout territoire, Mayotte a aussi son derby, et pas seulement sportif. Petite-Terre et Grande-Terre, ce sont deux petits mondes différents, aux ambiances et aux modes de vie pas tout à fait similaires. Alors nous avons choisi cette semaine de nous pencher sur le sujet, avec une légèreté bien assumée mais toujours de vraies informations. Histoire, social, loisirs, mode de vie, etc. : l'occasion de mieux connaître les deux îles principales de notre département. Notre dossier vous attend. Vous retrouverez aussi Shamir M'zé, entrepreneur et créateur, notamment, de l'application Premium, qui commence à cartonner à Mayotte. Désormais, nous avons, nous aussi, notre Uber. De quoi être plein de confiance dans la capacité d'innovation de notre île et de ses jeunes. Enfin, nous partons à la rencontre des commerçants du marché couvert de Mamoudzou, qui souffrent de plus en plus de la concurrence déloyale des vendeurs à la sauvette qui, pour survivre, n'hésitent pas à casser les prix et ne se cachent même plus de leur activité. Un vrai souci pour la municipalité et la Chambre de commerce et d'industrie. Bonne lecture à tous

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COUP D’ŒIL DANS CE QUE J'EN PENSE

Laurent Canavate

Mayotte Hebdo n°396, vendredi 19 septembre 2008.

POMPEZ, POMPEZ Nous n'avons pas de pétrole, il serait temps d'avoir des idées qui puissent nous faire gagner un peu d'argent pour développer l'île. Ou alors on sera condamné comme beaucoup de territoires à travers le monde à tendre la main pour essayer d'éduquer nos enfants, nous soigner et payer nos fonctionnaires pléthoriques plus que 30 € par mois comme nos voisins. On sera dépendant de la conjoncture mondiale, sans générer notre propre croissance, incapables d'apporter nos atouts, nos talents, notre culture à l'économie mondiale. Pour avoir les moyens de développer notre territoire et répondre aux besoins croissants de la population en termes de conditions de vie et d'emplois, il n'y a pas de secret. Il faut travailler et utiliser chaque centime obtenu de la solidarité nationale de façon à ce qu'il en rapporte à l'avenir. L'argent public doit être investi dans des infrastructures qui permettront ou faciliteront le développement d'activités génératrices de richesses et d'emplois à court, moyen et long terme : routes, marchés, écoles, université, assainissement, pontons, fronts de mer, musées, marinas, ports aéroport, voiries rurales, caniveaux, éclairages publics, production d'électricité à base d'énergies renouvelables… Nous avons des atouts qu'il faut protéger, valoriser, exploiter intelligemment. Le soleil, le vent, le lagon pour le tourisme, les loisirs, l'aquaculture, la recherche scientifique, l'élevage d'huîtres perlières ou d'algues. Les croisières constituent un secteur d'activités en pleine croissance à travers le monde. Nous avons une importante carte à jouer. Nous ne pouvons pas nous permettre de refuser des clients sous prétexte que nous ne sommes pas prêts. Ou alors nous ne serons jamais prêts. L'agriculture en plein champ permet de produire 1 kilo de tomates au m2 par an. Sous serres, avec des techniques évoluées et des ingénieurs agronomes comme la France et donc Mayotte en dispose, on peut produire jusqu'à 48 kilos par m2 ! Et cela consomme beaucoup moins d'eau grâce au goutte à goutte et beaucoup moins d'espace. Ça tombe bien nous n'en avons pas trop. Les centaines de milliers d'euros de subventions versées chaque année aux agriculteurs mahorais ne doivent pas servir à payer une nouvelle voiture ou financer des voyages dans la région ou au-delà. Il doit y avoir des contrôles, car cet argent public versé à ce secteur d'activité doit générer des emplois qualifiés, bien payés, et permettre d'approvisionner les marchés locaux avec des produits à des prix corrects. Au lieu de cela on trouve des tomates importées, des poivrons à 12 euros le kilo et des carottes d'on ne sait plus où. Le lait, la viande, les poulets continuent de venir de loin, très loin. LVMH nous propose un accord sur trois ans pour passer au crible les molécules de la faune et la flore de Mayotte afin d'en découvrir les principes actifs. Les cosmétiques, la parfumerie seront visés, mais aussi, à la

TOLERIE - PREPAR ATION - PEINTURE

demande du conseil général, tout ce qui a un potentiel en pharmacologie et dans l'alimentaire sera visé. Deux autres centres de recherches pourront être de la partie, en plus du centre de LVMH en région parisienne où planchent en permanence 200 scientifiques. Les royalties seront partagées avec Mayotte pour toute nouvelle découverte comme le prévoit l'accord préparé par un cabinet d'avocats parisiens spécialisés dans la propriété intellectuelle. Et l'image de Mayotte sera associée dans le monde à des nouveaux produits, plus seulement aux kwassas naufragés. Cet accord, il convient de le signer rapidement, avant que le numéro un mondial du luxe, qui est une société française, ne change d'avis. Cela fait plusieurs mois qu'ils attendent une réponse… Aujourd'hui il faut investir et utiliser au mieux tout l'argent public mis à notre disposition afin qu'il rapporte dans l'avenir. Une facture de téléphone portable de 2 500 euros pour un maire, ce n'est pas sérieux. C'est du gaspillage, de l'abus avec de l'argent public, au détriment d'actions pour sa commune. C'est symbolique, mais c'est honteux, inadmissible ! Il est temps que chacun prenne conscience, et les élus en particulier, que c'est en faisant tourner l'économie locale, en la renforçant, en dynamisant ses entreprises que l'île se développera. C'est là que seront créés les emplois de demain, qualifiés, pour une jeunesse qui attend de nous des résultats concrets. Il faut arrêter de solliciter des entreprises qui ne sont pas installées dans l'île pour réaliser des travaux, des chantiers, pour se fournir en matériels divers. Ces gens-là ne créent pas d'emplois ici, ne consomment pas ici, n'investissent pas ici, ils n'apportent souvent pas grand-chose mais viennent prendre, pomper l'argent qui doit participer à consolider les entreprises locales. Des commerciaux sont en train de démarcher les entreprises locales pour des agendas, annuaires et autres travaux de publicité, de communication ou d'édition. Faisons travailler les entreprises locales, consultez-les pour qu'elles puissent se développer, investir et créer des emplois pour nos enfants. Si vous voulez communiquer, passer des messages, informer sur vos produits ou vos services, pensez plutôt à la presse locale… Il est temps de se bouger, de s'activer, d'arrêter de parler pour agir. Il est temps de prendre des décisions. Il est temps de se préoccuper de l'économie locale. C'est impératif, c'est vital pour l'avenir de cette île. Il faut que nos élus, qui sont pour la plupart des fonctionnaires peu au courant de la vie des entreprises, s'y intéressent, consultent les organismes, conseils et syndicats concernés, délèguent à leurs conseillers, leurs équipes techniques pour que Mayotte avance. Car dans ce monde moderne, quand on n'avance pas… on recule. Et je ne pense pas que nos enfants nous pardonneront de ne pas leur préparer le meilleur avenir possible.

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S LE RÉTRO

Pour tous vos communiqués et informations

Une seule adresse : rédaction@mayottehebdo.com

Lathéral et Christophe Peyrel : l'artiste et l'énarque Deux personnalités radicalement différentes à l'honneur de notre rubrique "Les petits déjeuners de Mayotte Hebdo." D'un côté le musicien Lathéral, de l'autre le sous-préfet et secrétaire général de la préfecture, Christophe Peyrel. Parmi les remarques : "Les Mahorais sont une main de fer dans un gant de velours. Ils ont l'air un peu fataliste comme ça, mais en fait, quand ils ont une idée en tête, ils ne la lâchent jamais" ou "il faut arrêter de croire que l'emploi et le développement économique vont venir uniquement du public. Le rôle de la sphère publique c'est d'initier les conditions de ce développement" pour le hautfonctionnaire ; et "On croyait au développement, mais ce n'est pas le développement qu'ont les Mahorais, c'est l'enveloppement" ou encore "C'est toujours le même problème, et quand quelqu'un de compétent arrive, qu'il dit la vérité aux gens, qu'il veut agir, on le met à l'écart, on ne veut pas des gens compétents ici", pour l'artiste. Mayotte Hebdo n°450, vendredi 6 novembre 2009.

Culture et tradition : le dernier des bangas ? Un patrimoine qui disparait : les bangas en torchis, un "héritage que nul ne réclame", écrivions-nous en poursuivant : "Le temps passe, et les maisons en terre, foyers naturels des Mahorais il y a quelques décennies, disparaissent peu à peu. Elles laissent place aux maisons en dur et aux bâtiments à étage. Ceux-là fleurissent, grandissent, s’étendent dans les petits villages, les grandes villes. La société a évolué, les Mahorais avec." Un retraité le confirme : "La télévision, les téléphones portables, l’Internet… C’est ça le nouveau monde de la jeunesse mahoraise. Et les plus pauvres, ceux qui n’ont pas tout ça, sont fainéants, paresseux. Ce n’est plus comme avant, regrette-t-il. Construire un banga, ils ne prendront plus cette initiative. Tout ça, pour eux, c’est fini." Mayotte Hebdo n°679, vendredi 7 novembre 2014.

LA PHOTO D'ARCHIVE Un bus pour les ados Juin 2012 : l'association Tama inaugure son antenne mobile. En l'occurrence, un bus destiné à informer et sensibiliser les jeunes à travers toute l'île sur les dangers pouvant affecter leur santé et leur vie : consommation de drogue et alcool, maltraitance et violences sexuelles, grossesse précoce non désirée, fugue ou encore errance.

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IL Y A 5 ANS

IL Y A 10 ANS

C'ÉTAIT DANS MH


TCHAKS L'ACTION LES CHIFFRES 106 C'est le nombre d'emplois sauvés par la plateforme Initiative Mayotte. Suite au mouvement social de 2018, elle a en effet déployé deux millions d'euros pour soutenir les entreprises mises en difficulté. Sur les 57 projets présentés en comité d’agrément, 28 ont reçu un avis favorable et ont ainsi pu maintenir 106 emplois en tout, selon le dernier rapport de la plateforme.

2ème édition du Forum économique de Mayotte Deuxième édition du Forum économique de Mayotte, les mardi 12 et mercredi 13 novembre à l'hémicycle Younoussa Bamana et à la Maison de l'entreprise. Invités de l'évènement : l’Afrique de l’Est, le Mozambique (projet gazier) et le Conseil Régional d’Ile de France. Au programme de ces deux journées : des conférences, débats, ateliers, exposés, tables rondes et échanges.

LA PHRASE

"Dans l’affolement de la pénurie de 2017 on a esquivé le problème de fond : le rôle de la forêt dans la ressource en eau." Dans une tribune envoyée à la presse, le président de l'association Les Naturalistes de Mayotte met en exergue le recul inquiétant du couvert forestier car "Outre le fait d’être un réservoir de biodiversité, la forêt a l’immense avantage de faciliter l’infiltration de l’eau de pluie, qui est alors stockée puis restituée dans les nappes phréatiques, les sources et les rivières." Et de citer une étude récente et très documentée de l’ONFMayotte, qui établit une relation étroite entre surfaces boisées et écoulement des rivières en saison sèche : "Une augmentation relativement modeste de la surface boisée pourrait permettre d’augmenter la quantité d’eau disponible dans les rivières en saison sèche."

LA PHOTO DE LA SEMAINE Un speed-dating pour trouver une marraine L’association Oudjerebou, couveuse d’entreprises à Mayotte, a organisé mercredi 6 un speed-dating entre des femmes entrepreneures et ses porteuses de projet, pour que les premières marrainent les secondent. Le but ? Proposer un accompagnement personnel durant la période de test d’activité, en attendant de se lancer dans le grand bain.

ÉVÈNEMENT La science en fête La science est à l’honneur à Mayotte du 12 au 16 novembre à l’occasion de la fête de la science. Différentes communes de l’île y participent. Un moyen de faire aimer cette matière aux plus jeunes tout en s’amusant. Les deux thématiques retenues cette année ? "Les entreprises innovantes de demain" et "la protection de la biodiversité". L’agenda en détail est à retrouver sur https:// openagenda.com/fetedelascience2019_ mayotte.

PROVERBE Uzuri kauhodzo. La beauté ne fait pas souffrir. (On supporte tout.)

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LE FLOP LE TOP Mayotte, au cœur de deux projets de coopération

Depuis le 3 novembre et jusqu’au dimanche 10, le lycée de Coconi est au coeur de deux projets de coopération internationale financés chacun par des fonds européens : le programme Erasmus + et le programme INTERREG Transfrontalier. Le premier est axé sur la nécessité d’apprendre à produire en protégeant l’environnement et l’humain, et l’autre vise à mutualiser et renforcer des compétences professionnelles dans la région. Pour les formateurs actuellement en déplacement sur le territoire, venus d'Europe et de Madagascar, c'est une occasion d’apprendre des atouts de l’île en termes d’agriculture écoresponsable. Les Mahorais bénéficient quant à eux de méthodes pédagogiques innovantes, potentiellement adaptables sur le département

Inquiétude sur les réserves en eau Le spectre de la pénurie de 2017 commence à flotter sur Mayotte, renforcé par les nombreuses coupures d'eau qui ont lieu quotidiennement à Mamoudzou et dans le nord de l'île. En cause : des travaux d'interconnexion des retenues de Combani et Dzoumogné qui ont pris du retard, mais surtout le manque de ressource en eau, tout simplement. Il faut dire que la saison des pluies se fait attendre. Une bonne raison d'être rassuré, toutefois : "C’est vrai que nous sortons d’une période très sèche avec des précipitations bien en dessous de la moyenne, notamment dans le sud, mais selon nos modèles, on devrait être dans la normale lors de la saison des pluies", explique Laurent Floch, directeur de Météo France à Mayotte.

ILS FONT L'ACTU Mohamed Moindjie

L'adjoint au maire de Mamoudzou en charge de l'aménagement du territoire annonce sa décision quant aux échéances municipales de 2020. Il explique : "Je ne serai pas tête de liste aux prochaines municipales. Je ne veux pas rajouter de la cacophonie à la division. Tout le monde veut être maire parce que chacun son tour. Ce n’est pas ma conception de la vie en cité. Nous devrons désormais nous habituer à reconnaître et valoriser ceux et celles qui ont bien travaillé et mouillé la chemise. Je ne serai pas le 5ème adjoint au maire de Mamoudzou qui viendrait cracher sur le bon bilan que nous avons tous contribué à réaliser. De la cohérence c’est mieux. Pour servir mon île et mon pays, il n’y a pas que le poste de premier magistrat de la ville capitale", poursuit-il, expliquant par ailleurs qu’il sera dans la liste conduite par le maire sortant, Mohamed Majani, estimant avoir "le devoir de continuer la transformation engagée."

Les équipes de Mayotte La 1ère Lancement officiel d’une nouvelle aventure pour les équipes journalistiques et techniques de Mayotte la 1ère. Youmna, Siti et Aurélien ont ainsi présenté leur première matinale radio depuis leurs nouveaux studios situés aux Hauts-Vallons. "Après M’Parano, à 22h, on va non pas couper l’antenne puisqu’il y aura toujours une continuité de nos programmes mais basculer à un moment donné pour diffuser depuis Grande-Terre", expliquait la veille au soir, Jean-Philippe Lemée, le directeur régional de la chaîne sur le plateau de Halda Halidi. Pour le déménagement de la télévision, il va falloir attendre quelques jours de plus. Le dernier journal du soir en Petite-Terre est programmé pour le mardi 19 novembre. Des journées portes ouvertes seront organisées dans un avenir proche pour que les auditeurs et les téléspectateurs puissent découvrir ce nouveau bâtiment flambant neuf.

SANTÉ Une campagne de vaccination gratuite

Le centre hospitalier de Mayotte se déplace dans le quartier de la Vigie, l’un des plus pauvres de l’île aux parfums, pour réaliser une campagne de vaccination gratuite pour les enfants et les adultes du 7 au 15 novembre, de 12h à 17h, sauf le weekend. Rendezvous au bâtiment Dagoni, muni d'un carnet de santé.

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À LA RENCONTRE DE...

Solène Peillard

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SHAMIR M'ZÉ

FONDATEUR NOVATEUR DE PREMIUM LA TÊTE PLEINE D'IDÉES, SHAMIR M'ZÉ A MIS AU POINT LA PREMIÈRE APPLICATION DE CHAUFFEURS PRIVÉS À MAYOTTE. À PEINE LE PROJET FINALISÉ, IL OUVRAIT UN RESTAURANT À SADA, AVANT D'ÉCHAFAUDER UNE NOUVELLE INNOVATION NUMÉRIQUE QUI POURRAIT CONTRIBUER AU DÉVELOPPEMENT DU TERRITOIRE. POUR LUI, AUCUN DOUTE : LA TECHNOLOGIE PEUT S'EN FAIRE L'ACTEUR. Il l'a chopé, le virus de l'entrepreneuriat. À 27 ans, Shamir M'zé a déjà créé trois sociétés. La dernière en date, Premium, née il y a une poignée de mois, permet aux Mahorais de réserver à toute heure du jour ou de la nuit un chauffeur privé via leurs smartphones. Une version locale de l'application Uber qui pourrait bien révolutionner les modes de déplacement sur le territoire. "On entend souvent dire que Mayotte a du retard, mais avec le monde numérique on peut gagner 20 ans facilement", défend le touche-à-tout.

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CE QU'ILS EN DISENT Amdoul, chauffeur de Shamir M'zé Je travaille pour Shamir depuis mars dernier. C'est mon patron mais je l'appelle plutôt collègue parce que c'est comme ça que je le vois, on se sent au même niveau. Au début on avait l'impression que Premium n'allait pas marcher, mais aujourd'hui, ça se passe bien.

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Né à Paris, le Mahorais d'origine fonde sa première entreprise à seulement 19 ans, au sein de la capitale. Une société de livraison de marchandises qu'il cogère alors avec son frère. "Depuis tout petit, j'ai toujours rêvé de créer ma boîte, c'était vraiment ce que je voulais faire", sourit le jeune homme. "Je n'ai jamais voulu être un employé, travailler pour quelqu'un, alors je me suis débrouillé !" Pourtant, les études et Shamir, "ça fait deux", concède-t-il lui-même. "Je me suis arrêté au bac… Que je n'ai pas eu". Dès sa 17ème année, le jeune homme met un pied dans la vie active et commence les petits boulots, avant de s'associer à son frère. Au bout de deux ans, leur collaboration prend fin, "chacun avait des ambitions différentes", résume le futur patron de Premium, qui choisit alors de devenir vendeur dans le secteur de l'automobile. Comme une sorte de présage. Puis les années passent. Shamir M'zé repense à l'île où vit sa famille, et songe de plus en plus sérieusement à venir s'y installer. "J'étais déjà venu plusieurs fois en vacances, et j'aimais bien le cadre", se souvient le Mahorais, qui entre temps, suit les cours en ligne de l'école OpenClassrooms, dans l'optique d'approfondir ses connaissances dans le numérique, domaine auquel il touchait déjà en tant qu'autodidacte. Mais ses escales mahoraises le confrontent à certains des freins que connaît le territoire : l'absence de transports en commun et le manque de praticité des taxis locaux. "Je me suis rendu compte que c'était difficile de se déplacer, surtout la nuit", commente le startuper. Il songe alors à toutes les applications qu'ils utilisent depuis Paris : Uber, Heetch, Chauffeur privé – devenu Kapten depuis –, etc. L'idée d'un nouveau projet germe.

CHALLENGE TOTAL STARTUPER DE L'ANNÉE, LE DÉCLIC Puis, coup du hasard ou du destin, Shamir M'zé découvre l'existence d'un challenge organisé par le pétrolier Total, à destination des startupers, et décliné à Mayotte. Le but : soutenir les

projets qui permettent de combattre les inégalités en trouvant des solutions positives à des problèmes de société. Le jeune homme dépose sa candidature, parmi une centaine d'autres dossiers. Finalement, c'est le sien, celui de Premium, qui sera retenu et désigné gagnant en mars dernier. Pour créer sa société, Shamir se voit remettre une coquette enveloppe de 12 500 euros. De quoi se lancer. L'application voit le jour en une semaine seulement, pendant laquelle lui et son équipe de développeurs ne comptent pas les nuits blanches. "Au début, les gens réservaient en se demandant si c'était vrai ou pas !", s'amuse t-il maintenant. Six mois plus tard, sa plateforme recense déjà près de 2 000 inscrits. Shamir M'zé aurait pu s'arrêter là. Mais en rentrant en vacances en métropole il y a quelques mois, l'entrepreneur décide de relancer une affaire avec son frère, celui-là même avec qui il avait monté sa société de livraison plusieurs années en arrière. Cette fois, les frangins s'attaquent à la restauration et ouvrent leur propre établissement, Le Périph', à Sada. "C'est quelque chose qu'on n'avait jamais fait", sourit le Mahorais. En seulement trois mois, les deux associés réalisent eux-mêmes tous les travaux nécessaires. "Quand je fais quelque chose, je mets tout le temps la main à la pâte, je ne suis pas juste là pour donner des directives", atteste le vingtenaire. "C'est aussi ça que j'aime dans l'entreprenariat : apprendre sur le tas, voir la réalité des choses, et c'est pareil dans le numérique, c'est quand tu commences à coder que tu vois tout ce que tu peux faire. Et ça, ça ne s'apprend pas." Le numérique, justement, demeure bien son domaine de prédilection. Seulement deux mois après l'ouverture du Périph', Shamir M'zé planche déjà sur un prochain projet, cette fois, un réseau social local qui permettrait de mettre en valeur les communes de l'île au lagon. Car c'est bien ici que l'entrepreneur compte développer ces projets. "On contribue aussi à éduquer le public local aux nouvelles technologies et à ce qu'elles peuvent offrir, on a plus de mérite à faire ce que l'on fait à Mayotte car on a l'impression d'accompagner son développement". n

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CE QU'ILS EN DISENT Nassem, ancien challenger du concours Total J'ai rencontré Shamir lors du challenge startuper de l'année organisé par Total. J'étais arrivé deuxième, il m'a battu ! C'est quelqu'un qui a de supers idées et qui est modeste dans sa démarche, peut-être même un peu trop…

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LE DOSSIER

petite-terre vs grande-terre

LE MATC 12•

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À chaque territoire ses identités secondaires. M ayo t t e n ' é ch a p p e p a s à la règle et, chez nous, c'est entre Grande-Terre et Petite-Terre que cela se joue. Tous Mahorais oui, mais Petit ou Grand-Terrien é g a l e m e n t ! À ch a q u e territoire ses avantages, s e s i n c o nvé n i e n t s , s o n ambiance et son caractère. Cette semaine, on vous propose de coucher sur le papier le derby entre Petite et Grande-Terre. Et vous, sur qui misez-vous ?

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LE DOSSIER

Geoffroy Vauthier

HISTOIRE

QUI TÉMOIGNE LE MIEUX DE NOTRE PASSÉ ? EN TERMES HISTORIQUES, LE PASSÉ DE MAYOTTE SE TISSE TOUR À TOUR ENTRE LES DEUX-ÎLES. DES PREMIERS PEUPLEMENTS À LA PÉRIODE COLONIALE, QUI REMPORTE LA COURONNE DE L'HISTOIRE ? NOUS AVONS TÂCHÉ DE LE SAVOIR EN ÉTUDIANT LES TRACES VISIBLES DU PASSÉ DE NOTRE ÎLE.

L'usine sucrière de Combani, à l'époque où elle était en activité. Grande-Terre en compte 17, témoignant de l'activité agricole dans la période coloniale.

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La Résidence du Gouverneur, à Dzaoudzi, un des témoignages phares de la période coloniale.

Où commence l'Histoire de notre île ? À sa naissance. Jaillit des eaux par la force d'un volcan, nous débuterons ce comparatif ici. Et sur ce point, nous pouvons l'annoncer sans plus de tergiversations : géologiquement parlant, avec ses anciens cratères que sont le lac Dziani et les plages de Moya, Petite-Terre offre les traces les plus visibles de ce lointain passé. Soulignons tout de même que Grande-Terre jouit aussi d'une belle pièce volcanique : le mont Choungi, reste d'un très vieux volcan de Mayotte. Premier peuplement et époque médiévale : victoire pour Grande-Terre Avec un grand bon dans le temps, arrivons au moment où les hommes commencent à s'installer sur l'île. De ce point de vue, Grande Terre marque un point : c'est sur une de ses plages que des traces du peuplement le plus ancien connu ont été retrouvées. Des charbons découverts sur une des plages de Koungou ont en effet été datés du VIII ème siècle, soit l'époque des premières migrations connues de Bantous et d'Austronésiens. Sur ce point-là, Grande-Terre gagne donc. Pour autant, les trouvailles s'équilibrent en sautant encore un peu dans le temps, notamment en arrivant à la période de l'implantation de l'islam. Une présence ancienne constatée sur plusieurs sites : ceux de Bagamoyo

et de la plage du Bouilleur, en Petite-Terre, qui ont révélé de nombreuses sépultures musulmanes datées du IX ème et X ème siècle ; mais aussi le site de Dembéni. Ce dernier est d'ailleurs le principal site archéologique de l'île et la ville semble être le grand comptoir de commerce de Mayotte à l'époque médiévale. On y a notamment, en effet, retrouvé une grande quantité de débris d'objets en provenance de Madagascar – notamment du cristal de roche – et vraisemblablement vendus à des marchands perses et arabes à destination du monde musulman de l'époque. De quoi faire dire à certains chercheurs que la commune aurait pu être la capitale de cette antique Mayotte jusqu'à son déclin, au XII ème siècle. Rien que ça ! Le XIIème siècle (et XIIIème siècle), c'est aussi la datation de la nécropole d'Acoua, sur le site d'Antsiraka Boira… encore en Grande-Terre. Ce vaste ensemble de sépultures a montré la cohabitation de rituels funéraires musulmans, avec d'autres antérieurs à l'arrivée de l'islam, notamment des cercueils en bois et deux crânes dont les incisives étaient taillées en pointe, une caractéristique des ethnies du nord du Mozambique. Autant dire que le site d'Acoua met le doigt sur "du lourd", comme on dit : l'époque à laquelle les peuplements africains et proto-malgaches se sont mélangés sur l'île.

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LE DOSSIER

La nécropole d'Antsiraka Boira, à Acoua, a permis la mise à jour de traces de très anciens peuplements. Capture d'écran du film La nécropole d'Antsiraka Boira – Mayotte. Enora Leure.

PÉRIODE DES SULTANATS : LE MATCH NUL À la fin du XVème siècle, les Shiraziens s'établissent à Mayotte, et avec eux le sultanat. Le premier d'entre eux, celui d'Attoumani ben Ahmed, sera basé à Mtsamboro, faisant de la ville du nord la capitale du sultanat. Durant le premier quart du XVIème siècle, le sultan Haïssa ben Mohamed la transfère à Tsingoni et fait ériger un mirhab sur la mosquée. La bien connue mosquée de Tsingoni, datée du XIVème siècle, prend là toute son importance. Grande-Terre : +1. Mais il faut toutefois préciser qu'en termes d'ancienneté, celle de Polé, cette fois en Petite-Terre, rivalise avec elle. Aujourd'hui en ruines, une partie de l'ancienne bâtisse serait antérieure à celle de Tsingoni. Un gros point à inscrire pour Petite-Terre. Petite-Terre, qui gagne de l'importance à la fin du XVIIIème siècle puisque la capitale est installée à Dzaoudzi, sous le sultanat de Salim II. La raison ? Tsingoni a été ravagée par une invasion malgache et celui qu'on surnomme "le rocher" à l'avantage d'être

facilement sécurisable. Dès lors, Petite-Terre devient le centre politique de l'île et le restera sous les sultanats suivants, notamment celui d'Andriantsouly. Si aucune trace des fortifications ne subsiste aujourd'hui – les dernières ayant été détruites en 1846 après le décès du sultan, par ailleurs enterré à la Pointe Mahabou –, une description assez précise de l'île a été donné par le Britannique J.S Leigh en 1838, trois ans avant l'arrivée de Français. Pour le plaisir et pour avoir une idée de ce à quoi cela pouvait ressembler, nous le retranscrivons ici : "Nous nous sommes approchés du village où réside Dansoul (Andriantsoly), roi de Mayotte ; ce village est construit sur une petite île allongée qui n’a pas plus d’un mille de circonférence. Chaque côté tombe à l’abrupt dans la mer excepté l’un d’entre eux défendu par une haute muraille et de petites tours carrées qui se prolongent et entourent l’île. Sa hauteur varie selon la difficulté ou la facilité d’accès. Trois portes sont verrouillées chaque nuit au crépuscule et les clefs sont remises au gouverneur sans la permission duquel personne ne peut sortir ou rentrer. Nous avons été accueillis, à l’extérieur de la fortification, par un certain nombre d’habitants, un mélange de Sacalavoes, d’Antalouches (Malgaches musulmans), des Anjouanais, etc. [...] Un énorme canon est placé sur le point culminant de l’île mais ne repose pas sur un affût. Il ne peut être déplacé. (...) La mosquée était la seule construction en pierre de la ville à côté des dix résidences du roi que j’ai vues. Elle était plutôt grande car elle faisait 40 pieds carrés. Les piliers étaient en bois et le toit fait de feuilles de cocotiers [...]."

ÉPOQUE COLONIALE : MATCH NUL Après la cession de Mayotte à LouisPhilippe, les Français décident de maintenir la capitale à Dzaoudzi pour les mêmes raisons qui avaient poussé les sultans à s'y installer : son potentiel défensif. Dès lors, c'est en Petite-Terre que les équipements et infrastructures vont fleurir. Et pour cause : c'est là où se trouve l'administration. De fait, c'est en Petite-Terre que l'on trouve le plus de témoins de la période coloniale. La prison, l'hôpital, la caserne, la chapelle, les pavillons des officiers sont construits rapidement. Une grande partie existe encore aujourd'hui : le Musée de Mayotte (MuMa) est d'ailleurs pour le moment hébergé dans l'ancienne caserne, avant de s'installer, à moyen terme, dans la

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Le Rocher, en Petite-Terre, fût au centre de la période coloniale de Mayotte.

Résidence du Gouverneur, lorsque celle-ci sera rénovée. Cette dernière a pour sa part été construite en 1844 et modifiée en 1890. En regard, Grande-Terre ne dispose que de peu de vestiges de l'administration coloniale. Seule la Maison du Gouverneur (à ne pas confondre avec la résidence du même nom, en Petite-Terre), témoigne de cette époque, mais n'est que d'un intérêt très modéré. En revanche, Grande-Terre dispose de très nombreux vestiges de l'activité agricole de la période coloniale : 17 usines sucrières, certes en plus ou moins bon état, mais tout de même ! Mieux : de nombreuses machines agricoles jonchent encore les zones de production et des portions de rails servant à l'acheminer sur le littoral sont encore visibles de ci de là. Des ruines moins nobles que les bâtisses coloniales de Petite-Terre, peut-être, mais bien plus nombreuses et qui traduisent une réalité historique d'importance. Sur cette époque-là, on conclura par un match nul entre les deux îles. n

La plus vieille mosquée de Mayotte Tsingoni. Elle témoigne notamment des sultanats.

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LE DOSSIER

Geoffroy Vauthier

CADRE DE VIE

DE L'AUTRE CÔTÉ DE LA BARGE LA VIE EST-ELLE PLUS AGRÉABLE EN GRANDE OU EN PETITE-TERRE ? CHACUN DÉFEND SES ARGUMENTS ET CAMPE SUR SA POSITION, AU PRIX TOUTEFOIS DE QUELQUES CONCESSIONS. Cela commence généralement ainsi : "Désolé pour le retard, mais la barge n'est pas partie à l'heure". Ou comme ça : "Je ne sais pas comment vous faîtes avec tous ces embouteillages." Et parfois même avec un reproche : "Dis donc, vous ne venez jamais nous voir en Petite-Terre !" Les réponses ? Toujours les mêmes. Respectivement : "C'est pour ça que ça me saoulerait de vivre en Petite-Terre", "C'est le gros point noir de Grande-Terre", et "Vous ne venez pas souvent non plus en GrandeTerre !" En somme : débattre des avantages de vivre en Grande ou Petite-Terre, c'est un peu la discussion derby du territoire. Deux mondes, deux modes de vie qui s'affrontent (mais toujours avec bienveillance) pour avoir raison, coûte que coûte, vaille que vaille. "On ne fera jamais changer d'avis un vrai Petit-Terrien", rigole Nadjim, assis au deuxième niveau de la barge, regagnant Petite-Terre. "Je viens en Grande-Terre le moins possible, juste pour des courses que je ne trouve pas ici", assure-t-il en l'affirmant haut et fort : "Jamais je ne vivrai ailleurs." Et, tout en rigolant : "Quand je descends de la barge, là, à Dzaoudzi, je respire à nouveau !" "Respirer", c'est le mot qui revient souvent à propos de Petite-Terre. "C'est beaucoup plus serein", confirme à son tour Madi. Plus serein ? "Oui, on est quand même moins nombreux que vous en Grande-Terre. Et puis, je ne sais pas l'expliquer, mais j'ai l'impression qu'on a plus de place malgré notre petite taille. La Grande-

Terre, c'est un peu "serré", tout est collé à autre chose je trouve. Ici non. C'est plus aéré et plus calme." Cette sérénité mise en avant, c'est aussi un des arguments récurrents à propos de la vie en Petite-Terre. Une sérénité qui, pour beaucoup, est synonyme de sécurité. Nassem est natif de Pamandzi, mais a vécu une dizaine d'années en Grande-Terre, avant de finalement retraverser le bout de lagon qui sépare les deux îles. Son regard sur la question : "Il n'y a pas forcément plus de sécurité en Petite-Terre, mais il y a clairement le sentiment d'y être plus en sécurité", nuance-t-il. Un sentiment qu'il attribue à un lien social plus fort, ou tout au moins plus étroit, entre les Petits-Terriens : "On se connait tous plus ou moins, du coup on a effectivement l'impression qu'il y a moins de risques." Et même si les dernières violences notables à Mayotte ont eu lieu à Labattoir et Pamandzi au mois d'octobre, cette réputation est bel et bien ancrée dans les mentalités. Ce que les métropolitains eux-mêmes ne manquent pas de retenir. À leur arrivée à Mayotte, Pauline et Manon, deux amies, ont clairement opté pour la vie de petites-terriennes : "On s'est renseignées avant notre départ et que ce soit sur internet ou de la bouche de connaissances que nous avions ici, il ressortait systématiquement que PetiteTerre était plus sécurisante." C'était au début de l'année 2016, alors que des violences médiatisées en métropole secouaient

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Mayotte. Leur choix a donc été rapidement fait et, durant les deux ans et demi qu'aura duré leur expérience mahoraise, c'est à Petite-Terre qu'elles auront vécu. D'ailleurs, "si nous devions revenir à Mayotte, on retournerait sans hésiter en Petite-Terre." Et ce malgré la traversée quotidienne qu'elles effectuaient pour aller travailler : "le seul inconvénient", d'après elles.

L'ÉPREUVE DE LA BARGE : ARGUMENT DES GRANDS-TERRIENS Le frein de la barge, c'est justement ce que beaucoup de Grand-Terrien mettent en avant. Petite-Terre, bien plus petite, dispose dans les esprits de moins de commodités : seulement deux enseignes de grande distribution, mais de surface réduite, pas de grand magasin de bricolage, ni de commerces de prêt-à-porter, franchisés ou non, mais proposant une offre nouvelle et variée comme cela commence à être le cas en Grande-Terre, des activités plus réduites ; mais aussi et surtout un marché de l'emploi plus étroit. De fait, "prendre la barge deux fois par jour, avec les retards récurrents, sans compter la queue à l'embarcadère

le matin pour les voitures, c'est pas pour moi !", assume bien volontiers Chamsoudine. À 31 ans, l'homme s'est contenté de faire la traversée deux fois cette année : pour se rendre à l'aéroport et pour faire visiter Petite-Terre à sa bellefamille métropolitaine, venue en vacances à Mayotte. "Je leur ai dit qu'ils avaient tout vu en faisant le trajet jusqu'à la barge à leur arrivée, mais ils ne m'ont pas cru", rigole-t-il en ajoutant : "le seul avantage est de ne pas avoir à se lever aux aurores pour prendre l'avion en dépendant de la barge". Cet argument d'une barge rédhibitoire reçoit toutefois une fin de non-recevoir de la part de nombre de Petits-Terriens, pour qui, malgré le caractère aléatoire des horaires, la traversée est "un moment de détente", "une parenthèse en sortant du travail", ou encore "l'occasion de se poser un quart d'heure dans des journées de plus en plus speed." Finalement, chacun défend donc ses avantages, rigolant d'un éternel débat, détournant tour à tour les arguments de l'autre, ravi de trouver là une petite rivalité de bonne guerre, sans conséquence, et de pouvoir s'interroger sur la vie quotidienne qui se joue là-bas, de l'autre côté de la barge. n

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LE DOSSIER

Grégoire Mérot

ÉCONOMIQUE ET SOCIAL

LE MATCH (NUL) DES CHIFFRES MALGRÉ SON IMAGE PLUS PAISIBLE QUE SA VOISINE, PETITE-TERRE EST EN RÉALITÉ UN TERRITOIRE DE FORTES INÉGALITÉS. ELLES Y SONT MÊME ENCORE PLUS PROFONDES QU’EN GRANDE-TERRE ET PLUS ÉVIDENTE DU FAIT DE LA FAIBLE SUPERFICIE DE L’ÎLE. S’Y CÔTOIENT AINSI DES POPULATIONS TRÈS FAVORISÉES COMME DES QUARTIERS OÙ LA PRÉCARITÉ FRAPPE DE PLEIN FOUET, COMME À LA VIGIE. "Petit département, grandes inégalités", titraiton en une du Flash Infos au lendemain d’une présentation par l’Insee Mayotte de son étude sur les villages. "Petite-Terre, immenses inégalités", pourrait-on écrire aujourd’hui. "C’est un peu Mayotte en miniature", explique ainsi Djamel Mekkaoui, directeur de l’Insee Mayotte, au sujet des différences de condition de vie dans la petite île. "D’un côté, on a des villages comme Pamandzi qui est régulièrement cité comme étant assez favorisé et d’un autre côté, on a tout un quartier d’habitat spontané où les conditions de vies sont évidemment très précaires", poursuit Djamel Mekkaoui. Mais en tentant de tirer le portrait de Petite-Terre, on fait rapidement face à un écueil majeur. "C’est un territoire spécial, qui est assez différent de Grande-Terre où les villages sont très constitués, avec des limites très claires qui permettent une analyse plus simple. En Petite-Terre, on retrouve moins cette notion de villages et La Vigie, à cheval sur deux communes, n’est pas considérée comme tel. Ce qu’on ne connaît pas aujourd’hui, ce sont les caractéristiques de ce quartier, il faudrait pouvoir comparer ses conditions de vie de celles que connaissent les habitants du reste de PetiteTerre", estime le directeur de l’Insee Mayotte. Un tel travail a bien été accompli, mais en 2012 : 22% des Petits-terriens résidaient alors à La Vigie et ses deux quartiers "nettement

défavorisés par rapport au reste du territoire de Petite-Terre", pouvait-on alors lire dans l’analyse de l’Insee. Précarité sanitaire, taux de chômage, part de logement en tôles, tous les indicateurs étaient déjà dans le rouge. Ce qui n’a pas pu aller en s’arrangeant "sachant que Petite-Terre a suivi la même évolution que le reste du territoire ces dernières années notamment due à un très fort accroissement démographique dans les quartiers les plus défavorisés. On s’inscrit dans une augmentation des inégalités", commente ainsi Djamel Mekkaoui. Match nul sur les inégalités entre les deux îles donc. "La différence, c’est qu’en Grande-Terre, on peut distinguer des tendances géographiques puisque le territoire est plus grand. On aura donc plus tendance à opposer la côte ouest où l’on retrouve des indicateurs socio-économiques supérieurs à la moyenne régionale et la côte est qui concentre les grands foyers de peuplement paupérisés", analyse encore le directeur de l’Insee. En Petite-Terre, la maille est plus fine : on retrouvera ainsi Pamandzi dans la catégorie de villages "aux conditions de vie supérieures à la moyenne", alors même qu’il intègre une partie de La Vigie. Ce qui laisse supposer que des inégalités encore plus profondes se cachent dans un même "village", à l’inverse de Grande-Terre où ceuxci forment des ensembles cohérents. "Nous n’avons pas encore fait ce travail, mais nous allons

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le faire, c’est très intéressant car nous avons là un territoire laboratoire", indique Djamel Mekkaoui.

LA VIGIE, ILOT DANS L’ÎLE Tout en gardant cela en tête, les différents indicateurs classent Pamandzi au même niveau que Sada ou Bandrélé. Dans ce groupe, les logements y sont plus confortables qu’en moyenne à Mayotte : 80% sont en dur, autant disposent de l’eau et l’électricité y est quasiment généralisée. Loin des standards nationaux, le confort sanitaire de base (56% des logements) est, là encore, plus élevé que la moyenne. La population y est par ailleurs plutôt plus présente sur le marché du travail qu’ailleurs sur le territoire : 37 % des 15-64 ans ont ainsi un emploi. Mais à y regarder de plus près, dans ce groupe de 25 villages, Pamandzi joue encore solo. Le plus peuplé de tous avec ses 11 400 habitants (en 2017) "dénote un peu des autres villages : l’habitat en tôle y est nettement plus répandu (36% des logements). En effet, sur son territoire, se situe le quartier prioritaire de La Vigie", explique ainsi la dernière étude sur les villages de l’Insee.

Très atypique aussi, le village de Dzaoudzi. Classé dans le peloton de tête où l’on retrouve "les conditions de vie les plus favorables", il est essentiellement un centre administratif et militaire avec seulement une centaine de personnes y habitant réellement. Enfin, c’est peut-être dans le bas du tableau que l’on retrouve des situations comparables entre Grande et Petite-Terre. Le groupe "villages aux conditions de logement précaires" rassemble ainsi le trio le plus peuplé du 101ème département : Kawéni, M’tsapéré et Labattoir qui comptent tous plus de 15 000 habitants. "Comme en moyenne sur Mayotte, trois ménages sur dix n’ont pas accès à l’eau courante dans ces villages. Le confort des logements reste rudimentaire : six logements sur dix ne disposent pas du confort sanitaire de base. Cependant, la majorité des logements ont tout de même des murs en dur (57 %) et un sol bétonné ou carrelé (62 %)", indique l’étude de l’Insee. À noter qu’aucun des villages de Petite-Terre ne figurent dans le groupe des "villages cumulant les difficultés". Encore une fois parce que La Vigie n’est pas considérée comme tel. Car avec elle, c’est Petite-Terre, grande misère. n

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LE DOSSIER

Solène Peillard

LOISIRS

LES POSSIBILITÉS DES ÎLES

Photo :Drixx Image

APRÈS LES SORTIES BATEAUX, LES APÉROS ET LES RESTOS, LES LOISIRS PEUVENT RAPIDEMENT MANQUER À MAYOTTE. MAIS LAQUELLE DE GRANDE-TERRE OU PETITE-TERRE OFFRE LE MEILLEUR CHOIX ?

BARS ET RESTAURANTS Sept établissements petits-terriens occupent le classement des 20 meilleurs restaurants à Mayotte, établi par TripAdvisor et basé sur plus d'un millier d'avis de clients. Une belle prouesse au vu de l'écart entre le nombre de tables sur les deux îles. Dans le détail, le Faré, situé à Dzaoudzi, arrive en deuxième position, juste derrière Le Zam Zam de Bandrélé et devant Le Moana à Mamoudzou. La crêperie du tour du monde se classe, elle, en septième position, suivie par Lapouz Noz Brochetti (11ème), Îlot Pizza (13ème), le Mistiqbar (15ème) puis le Mekong (18ème). Mais les oubliés du top ne sont pas en reste : à Labattoir, l'Auberge de l'île propose une cuisine raffinée et des soirées dansantes animées, pendant que le restaurant et lounge bar Le Moya affiche un menu gourmand, varié, ainsi que des concerts, des apéros latino, des cours de danses récurrents et

des brunchs hebdomadaires dans une ambiance exotique. À plusieurs encablures, sont préparés quelques uns des rares sushis de l'île, ceux du traiteur thaïlandais OO-Sushis. Et sur ce point, l'avantage revient à Petite-Terre, la livraison sur sa grande voisine n'étant pas encore déployée. Côté boîte de nuit, Petite-Terre ne propose pas pléthore de choix, puisque le seul établissement du genre est Le Ninga. Un club où rares sont les GrandsTerriens à s'aventurer, lui préférant largement les plus traditionnels Barfly, Zeneat, Koropa ou Mahaba. Pour aller danser en Petite-Terre, comptez 13 euros l'entrée avec consommation offerte, soit quelques euros de plus que les night clubs précédemment citées, où même les légionnaires préfèrent aller agiter leur képi avant de sauter dans la dernière barge de la nuit. Disons le, rien qu'à Mamoudzou, l'offre est tout de même plus fourni, mais reconnaissons qu'en proportion, Petite-Terre joue bien son rôle !

ACTIVITÉS Avec les marches d'Acoua, le sentier de grande randonnée aménagé à Bandrélé, l'ascension du mont Choungui ou la réserve forestière de Bénara, Grande-Terre offre sans conteste plus de diversité. Mais c'est bien la petite île qui abrite le seul lac à la couleur émeraude de tout Mayotte. Accessible à (presque) tous, le cratère de Dziani offre un panorama exceptionnel sur la barrière de corail et les plages de Moya , qu'il sera aisé de rejoindre à pieds. Côté pieds, justement, exit le sable fin de N'gouja : sur les plages de Petite-Terre, les cailloux sont rois.

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Alors que les vagues peinent à traverser le récif qui cercle Mayotte, Moya 1 et 2, directement ouvertes sur l'océan, offrent un peu plus de mouvements que la plupart des autres spots de Grande-Terre, où les amoureux de glisse n'ont d'autres choix que de se rapprocher des petites passes ou points dégagés, comme à Sada. Problème, ces endroits sont rares. Concernant les activités nautiques, les Petits-Terriens n'auront pas d'autres choix que de barger s'ils veulent profiter d'un cours de wakeboard. En revanche, Maore Jet, implanté à sur la plage du Faré à Dzaoudzi propose les seules sessions de jetpack et flyboard de tout le territoire. Le prestataire met également à disposition des paddles, jet-skis et bouées tractées, de quoi sortir de la routine de la traditionnelle sortie bateau ou plongée, qu'il est possible de faire au départ des deux îles. Première – et unique – entreprise à proposer des sauts en parachute, Vewuha s'est, elle, installée en Petite-Terre. Pour une fois que la petite piste est porteuse de bonnes nouvelles…

CULTURE Si Bandrélé a son écomusée du sel, Dzaoudzi n'a pas à rougir. Depuis 2015, l'ancienne caserne du rocher accueille le seul

SPORT

musée de Mayotte labélisé musée de France. Si le premier valorise un savoir-faire ancestral qui tend peu à peu à disparaître, le second propose, lui, une à deux nouvelles expositions par an, en sus des collections permanentes. Toutes les thématiques du petit MuMA gravitent autour de l'environnement – au sens naturel et culturel – de Mayotte. La dernière en date, inaugurée en septembre dernier, met l'accent sur l'artisanat local de l'orfèvrerie. Ponctuellement, des conférences et ateliers jeunesse notamment y sont organisés. Moins connu que les vestiges des usines sucrières disséminés çaet-là en Grande-Terre, Pamandzi abrite le seul cimetière chrétien du 101ème département, celui dit de Sandavangeu. Rien de bien remarquable, pourrait-on penser, avant de connaître les quelques émérites personnages qui y reposent. Parmi eux, Henry de Balzac, frère cadet d'Honoré. Mort à la fin des années 1850 à Mayotte, l'architecte-civil s'y était installé en tant qu'arpenteur juré, sorte d'expert de la mesure terrestre, après des passages à Maurice et à La Réunion où il rêvait de faire fortune. Gisent aussi là, aux côtés des soldats du corps expéditionnaire de Madagascar, Antoine Mizon et Sander Rang, deux anciens gouverneurs de Mayotte. Tout un pan d'Histoire à découvrir, à condition d'aimer déambuler entre deux sépultures.

Cyril Castelliti

PETITE-TERRE TIRE SON ÉPINGLE DU JEU S’il y a bien un domaine dans lequel la rivalité est palpable, c’est bien le sport. Question basket, difficile de faire l’impasse sur la réputation historique de la Petite-Terre, notamment au travers du Vautour Club de Labbattoir. Ces dernières années, un nouvel acteur de taille est rentré dans la compétition : les Rapides éclairs de Pamandzi. En fédérant tous les clubs de la commune, cette équipe affiche des résultats déjà probants. Récemment, elle a éliminé le Basket Club de Mtsapéré, triple tenant du titre. La prochaine étape : la finale de la coupe de France face au club de Mgombani. Si les Rapides éclairs partent favoris, l’évènement s’annonce particulièrement chaud. Question foot, le match n’est malheureusement pas aussi serré. Aucun club de Petite-Terre n’est présent en R1. Difficile donc d’imaginer rapidement des équipes aussi performantes que celle de Mamoudzou se voir détrôner par les Petits-Terriens. Ce qui n’empêche pas ces derniers

de performer à l’échelle national. Début 2019, le Mahorais Ilam Djailane formé au FC Labattoir signait officiellement un contrat de deux ans avec l’AJ Auxerre. Une première dans l’histoire du département ! En termes d’infrastructures, force est de constater que Petite-Terre ne rime pas avec petits équipements. Là où la Grande-Terre ne compte qu’un seul gymnase d’envergure à Cavani, les petits terriens en ont deux, à Pamandzi et Labattoir. Avec moins de 11 km², le territoire totalise tout de même une quarantaine de clubs référencés dans l’annuaire du sport du Comité régional olympique et sportif de Mayotte. En outre, certaines disciplines sont carrément majoritaires par rapport aux sports proposés en Grande-Terre. C’est le cas notamment avec le vélo (quatre clubs en Petite-Terre contre un seul en GrandeTerre) ou du canoë kayak (deux clubs en Petite-Terre contre un seul en Grande-Terre).

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MAGAZINE

Raïnat Aliloiffa

MAMOUDZOU

DU MARCHÉ COUVERT AU BUSINESS PARALLÈLE DES FRUITS, DES LÉGUMES ET DES ÉPICES D'UN CÔTÉ. DU PRÊT À PORTER, DU MAQUILLAGE ET DES USTENSILES DE CUISINE DE L'AUTRE. BIENVENUE AU MARCHÉ DE MAMOUDZOU. LÀ OÙ LES COMMERÇANTS NE FONT PLUS DE BÉNÉFICES. LÀ OÙ LES CLIENTS N’ACHÈTENT PLUS RIEN. LÀ OÙ LES VENDEURS À LA SAUVETTE CRÉENT LEUR PROPRE MARCHÉ PARALLÈLE AUX YEUX DE TOUS. COMMENT LES COMMERÇANTS DU MARCHÉ COUVERT DE MAMOUDZOU VIVENT CETTE SITUATION ? QUELLES SOLUTIONS PROPOSENT LES AUTORITÉS HABILITÉES ? RÉPONSES. On ne voit que lui. Le marché de Mamoudzou est en quelque sorte la star des commerces du chef-lieu de Mayotte. Depuis la barge, on remarque déjà son toit imposant et ses murs orangés qui attisent la curiosité. L'infrastructure voit le jour en décembre 2009. Une nouvelle ère commence alors pour les commerçants qui vendent jusqu'à lors dans un marché à ciel ouvert insalubre. Avec le nouveau bâtiment, les normes d'hygiène et de sécurité sont à présent respectées et les clients sont ravis de pouvoir déambuler tranquillement le long des couloirs du marché. Les habitants de la ville s'y ruent. Mais très vite, ils se rendent compte que les produits proposés ne sont pas si variés. On retrouve la même marchandise dans l'extrême majorité des box. Souvenirs de Madagascar, vêtements, ustensiles de maison, d'un côté ; et de l'autre une catégorie restreinte de fruits et légumes. Mais ce n'est pas le seul problème du marché de Mamoudzou. Au fil des années, des vendeurs illégaux, s'établissent à l'extérieur des lieux afin de vendre leurs marchandises entre deux passages de la police. Un phénomène qui s'amplifie et les

commerçants, tout comme les autorités, semblent dépassés par la situation. Si les débuts du marché couvert étaient de bon augure pour les commerçants, désormais beaucoup avouent ne plus s'en sortir à cause de ces vendeurs non déclarés, installés à quelques pas d'eux. Une concurrence déloyale qui leur fait de l'ombre. Les vendeurs à la sauvette sont si nombreux qu'ils créent un deuxième marché parallèle et illégal, qui grossit de plus en plus. De quoi accentuer les craintes et le désarroi des vendeurs déclarés.

"JE SUIS FATIGUÉE" Anturia Abdou vend des fruits et légumes au marché couvert de Mamoudzou depuis son ouverture en 2009. Les débuts présageaient un avenir meilleur pour son commerce, mais aujourd'hui elle ne sait plus comment faire pour s'en sortir. "Je suis fatiguée, je ne sais plus quoi faire", déclaret-elle d'emblée. Anturia est célibataire et mère de six enfants, tous à sa charge. Elle se lève tous les jours à 5h du matin pour pouvoir être opérationnelle au marché à 8h.

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Après des années de travail, elle affirme aujourd'hui ne plus s'en sortir à cause des charges qu'elle doit payer et des vendeurs à la sauvette qui vendent la même chose qu'elle mais à prix réduit. Elle l'explique : "je vends le kilo de tomates à 2,50€. À l'extérieur ils vendent le kilo à 1,50€. Mais je ne peux pas m'aligner sur leurs prix, c'est impossible. Ils n'ont aucune taxe à payer, ni de patente." Les vendeurs de fruits, de légumes et d'épices doivent payer leur emplacement 60€ par mois. Les box, eux, sont à 120€ par mois. Anturia indique dépenser au total 600€ par mois pour son commerce, répartis entre le rachat des produits, le transport, et le loyer de l'emplacement de sa table. Cependant, elle affirme ne pas gagner autant et donc… vendre à perte. "Cela fait des années que je ne rentabilise plus ces 600€ par mois. Il y a des jours où je n'ai même pas de quoi prendre le taxi et rentrer chez moi. Je suis obligée de prendre la bourse de mes enfants et les allocations familiales pour payer tout cela." Dans ses bons jours, la commerçante

dit gagner entre 5€ et 10€. Le cas d'Anturia n'est pas isolé. Il devient même la norme dans le marché de Mamoudzou. Un peu plus loin, une vendeuse d'épices tient le même discours. "Je ne m'en sors plus et j'ai même pensé à abandonner mais que ferai-je après ? Je ne peux pas rester à la maison à me tourner les pouces", confie Toioussi Rakib. Cette concurrence déloyale est connue de tous. La Chambre de commerce et d'Industrie de Mayotte (CCI), qui gère le marché, et la mairie de Mamoudzou, qui s'occupe de l'espace public, se renvoient la balle. Jean Barege, élu à la CCI et responsable de la commission du marché de Mamoudzou estime que la mairie est fautive. "Ce n'est pas à nous de gérer les vendeurs à la sauvette puisqu'ils sont à l'extérieur du marché. C'est le rôle de la mairie et elle ne fait pas son travail. Si les contrôles étaient faits régulièrement et convenablement, le marché fonctionnerait bien." La police municipale fait des rondes plusieurs fois par jour, mais

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MAGAZINE

DES VENDEURS À LA SAUVETTE QUI DÉFENDENT LEUR CAUSE Les vendeurs à la sauvette estiment ne pas être plus avantagés que ceux du marché couvert, bien au contraire. Si beaucoup n'osent pas parler, un vendeur, que nous nommerons Abdallah a accepté de se confier. "Il ne faut pas croire qu'à l'extérieur on gagne plus que ceux qui vendent à l'intérieur. Nous sommes constamment poursuivis par la police et nous passons notre temps à courir", déclare-t-il. Il affirme vouloir se régulariser et vendre dans le marché couvert, mais jusqu'à ce jour, il n'a jamais entamé les démarches. Il avoue gagner entre 10€ et 15€ par jour. Un chiffre d'affaire insuffisant selon lui : "je ne peux pas vendre tranquillement, je regarde toujours autour de moi pour voir si la police est dans les parages." Ce vendeur à la sauvette pose un châle à même le sol pour étaler sa marchandise. Il vend principalement des sous-vêtements, du parfum et du maquillage. Des produits que l'on retrouve dans plusieurs des box du marché couvert. Il vend par exemple trois culottes à 2€, prix négociable. Un prix imbattable puisqu'à l'intérieur, les mêmes sous-vêtements sont affichés à 3€. Lorsque nous lui demandons qui lui fournit les produits, il hésite longuement avant de répondre gêné "J'ai quelqu'un qui me passe la marchandise mais je ne peux pas dire de qui il s'agit. Il m'aide c'est tout."

Anturia Abdou commerçante de fruits et légumes au marché couvert de Mamoudzou

ce n'est pas suffisant selon les commerçants et le représentant de la CCI. En effet, les vendeurs à la sauvette s'avertissent dès qu'ils repèrent les voitures des policiers au loin. Ils se cachent à seulement quelques mètres de leur emplacement et reviennent quelques minutes plus tard. Un ballet désormais bien connu. De plus, le responsable raconte que les policiers "ne chassent pas tout le monde. Ils poursuivent les vendeurs de pandalo mais laissent ceux qui vendent les fruits, légumes et vêtements, alors que ce sont eux nos vrais concurrents." Jean Barege est également commerçant au marché de Mamoudzou. Il avoue ne plus faire de bénéfices depuis quelques années à cause des vendeurs à la sauvette qui sont de plus en plus nombreux. "Les potentiels acheteurs n'entrent même plus dans le marché puisqu'ils trouvent tout à l'extérieur à bas prix. Et quand ils entrent, ils n'achètent rien", continue l'élu à la CCI.

QUELLES SOLUTIONS APPORTER ? La CCI de Mayotte estime donc ne pas être responsable de la situation dans laquelle se trouvent les commerçants du marché de Mamoudzou. C'est, selon elle, la mairie qui laisserait la situation se dégrader. Mais cette dernière tient un tout autre discours. "La CCI ne veut pas collaborer avec la mairie alors que c'est un travail d'équipe", dénonce Darouche NassufEddine, conseiller municipal en charge de la sécurité. Il affirme que des mesures sont prises pour lutter contre ces ventes illégales. En 2014, un arrêté municipal est ainsi décrété pour interdire les ventes aux abords du marché. Mais dans la pratique, l'arrêté n'est pas assez efficace. "Nous sommes conscients que l'arrêté ne suffit pas et qu'il n'est pas totalement efficace. Mais nous manquons d'effectifs alors que les vendeurs à la sauvette ne cessent d'augmenter", explique-t-il.

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RESPONSABILISER LES ACHETEURS

"Les potentiels acheteurs n'entrent même plus dans le marché puisqu'ils trouvent tout à l'extérieur à bas prix. Et quand ils entrent, ils n'achètent rien", affirme Jean Barege.

En effet, tous constatent une forte augmentation des vendeurs à la sauvette depuis trois à quatre ans. Ils sont non seulement plus nombreux, mais de nouveaux profils apparaissent aussi au fil des années. Les réfugiés politiques africains sont ainsi de plus en plus présents. Une situation que ne comprend pas Jean Barege, puisque "ces réfugiés politiques ont des aides financières." La mairie de Mamoudzou annonce cependant mettre en place de nouveaux dispositifs pour lutter contre ce marché parallèle et illégal. "La mairie va installer un conteneur en face du marché, qui servira d'antenne de police. La police municipale sera présente en permanence", révèle le délégué à la sécurité. Une brigade de nuit est également mise en place. Elle a pour mission de contrôler les vendeurs.

Les autorités municipales, la CCI et les commerçants, font également appel à la responsabilité des citoyens. Selon Nassuf-Eddine Daroueche, "si ces personnes vendent c'est parce qu'il y a des clients. Les gens doivent arrêter d'acheter aux vendeurs à la sauvette". Pour le moment l'acheteur n'est pas sanctionné s'il est pris en flagrant délit. Et le vendeur non plus, même si la vente est illégale. Seuls ses produits sont saisis. Anturia et ses collègues commerçants aimeraient que les clients se mettent à leur place et qu'ils prennent en compte tout le travail qu'il y a derrière. "Les gens ne se rendent pas compte de tous les frais que nous avons. Certains acheteurs sont désagréables avec nous et nous menacent d'aller acheter à l'extérieur pour que nous baissions nos prix", dénonce-t-elle. Les clients sont d'ailleurs plus présents à l'extérieur qu'à l'intérieur du marché couvert. Leur unique motivation est le prix. "J'ai fait le tour dans le marché couvert mais je trouve leurs prix trop élevés. Là j'ai eu ce que je voulais à 1,50€ moins cher", sourit une acheteuse d'oignons. Les clients désertent effectivement le marché couvert. Lors de notre visite, personne n'est passé au stand d'Anturia en une matinée. Un quotidien qui devient insupportable pour tous les commerçants du marché couvert. Les vendeurs discutent alors entre eux, font leur sieste, et comptent les heures avant de plier bagages pour revenir le lendemain attendre des clients qui ne viendront pas. n

DES MARCHANDISES AUX ORIGINES MYSTÉRIEUSES

Mais d'où proviennent les marchandises vendues à la sauvette ? Mystère et personne ne sait y répondre. L'hypothèse que des commerçants fournissent eux-mêmes les vendeurs à la sauvette apparait peu probable aux yeux de la CCI, et les commerçants nient formellement cette idée.

LE MARCHÉ DE MAMOUDZOU EN CHIFFRES 240 box sont construits pour les vêtements, souvenirs et autres. 36 tables sont installées pour les fruits et légumes. 25 commerçants ont abandonné leurs box en 2019. 8 commerçants de fruits et légumes ont abandonné leurs tables en 2019.

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LITTÉRATURE

Christophe Cosker, "L’Invention de Mayotte", Pamandzi éd. La Route des Indes, 2019.

LISEZ MAYOTTE Chaque semaine, Christophe Cosker, auteur de L'invention de Mayotte, vous propose la quintessence de chacune des trente-six inventions de Mayotte relevées dans l’ouvrage éponyme.

Après un intermède profane, c’est à nouveau une source religieuse qui invente Mayotte : le Révérend Père Langlois. Aux Lettres curieuses et édifiantes succèdent, à deux siècles de distance, des Scènes et récits des îles Comores. Mais ce n’est pas Mayotte qui intéresse principalement Langlois, sinon Mohéli, et plus précisément sa reine, JombySoudy, d’origine malgache et bientôt connue sous le nom de Djoumbe Fatima. Lorsqu’il plante le décor de son drame chrétien, celui de l’évangélisation des Comores, l’auteur ne peut passer Mayotte sous silence. L’invention de Mayotte acquiert progressivement une épaisseur temporelle. On sent par exemple dans ce texte ceux qui précèdent, à la façon d’un palimpseste. La citation le manifeste de façon explicite. La mauvaise réputation de Mayotte contribue à faire du lieu une scène propice au drame. Cette tension ne se relâche qu’à un seul moment du texte et dans un seul lieu : le lagon. Il se présente comme un moment de suspens par rapport aux dangers de la haute mer et par rapport à ceux de la terre. On notera enfin que la forme de l’île excite l’imagination des auteurs. L’arête de poisson est devenu dauphin renversé et laissera bientôt place à l’hippocampe. Le texte commence de façon presque cinématographique par une focalisation progressive du sud-ouest de l’océan Indien à Mayotte, en passant par l’Afrique et Madagascar, puis par l’archipel des Comores, dont l’étymologie – îles de la lune ou archipel en forme de lune – laisse place à la figure géométrique du triangle.

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Christophe Cosker

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JOMBY-SOUDY : SCÈNES ET RÉCITS DES ÎLES COMORES Entre le onzième et le treizième degré de latitude Sud, entre le quarante-et-unième et le quarante-troisième degré de longitude Est de Paris, au nord du canal de Mozambique, qui sépare le continent africain de Madagascar, et à peu près à égale distance de la côte occidentale de cette grande île et de la côte orientale de l’Afrique, s’étend l’archipel des Comores. Il se compose de quatre îles principales, toutes fort élevées, et que l’on aperçoit de quinze à vingt lieues en mer : Angadziza ou la grande Comore, Mohély, Anjouan et Mayotte, cette dernière, possession française depuis une vingtaine d’années. La plus grande distance qui sépare l’une ou l’autre de ces îles ne dépasse pas douze lieues (soixantesix kilomètres) ; aussi les trois premières, disposées en forme de triangle légèrement obtusangle1 , sontelles en vue l’une de l’autre, tandis que Mayotte, plus rapprochée de Madagascar, ne s’aperçoit que d’Anjouan et des environs. L’île de Mayotte, ou Mahory, entourée de toute part d’une ceinture de bancs de coraux qui s’élèvent à fleur d’eau, était autrefois la terreur de ces parages par son accès difficile et à cause des ruses sauvages qu’employaient les habitants pour faire échouer les navires. « Le sultan de

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Mayotte, disaient ses voisins d’Anjouan, est en rapport avec les génies malfaisants : lorsqu’un navire richement chargé s’approche de ses côtes, tout à coup gronde la tempête : le pilote épouvanté abandonne le gouvernail, et une puissance invincible lance la proie attendue sur les écueils qui bordent le port. » Quelques passages assez étroits donnent seuls entrée dans le bassin naturel que forment les récifs ; mais une fois derrière cet abri, les navires peuvent mouiller partout en sûreté. La côte est découpée par une multitude de golfes et de baies ; elle n’offre au regard qu’une suite de pointes de terres et de petits îlots : quant au pays luimême, il est montagneux : les mamelons et les collines, qui viennent mourir au rivage, sont dominés par des sommets capricieusement taillés, s’élevant parfois à plus de cinq cents mètres au-dessus du niveau de la mer. La forme générale de l’île représente assez bien un gigantesque dauphin, qui aurait en longueur, de la tête à la queue, environ vingt-cinq milles (quarante-six kilomètres), et dont la largeur varierait entre deux et douze milles (trois et demi et vingt-deux kilomètres).

Révérend Père Langlois, Jomby-Soudy : scènes et récits des îles Comores, Paris, Joseph Albanel, 1872, p. 6-8.

Un triangle obtusangle est un triangle qui a un angle obtus, par opposition au triangle acutangle, dont tous les angles sont aigus.

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LE MÉTIER DE LA SEMAINE

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LE DOCUMENTALISTE RECHERCHE ET GÈRE DES SOURCES ET DES INFORMATIONS DOCUMENTAIRES SELON LES BESOINS DE SA STRUCTURE. IL MET À DISPOSITION UN FONDS DOCUMENTAIRE PHYSIQUE ET NUMÉRIQUE (DOCUMENTS ÉCRITS, ENREGISTRÉS) ET EN FACILITE L'ACCÈS À DIFFÉRENTS PUBLICS (PARTICULIERS, PROFESSIONNELS, CHERCHEURS, ETC.). IL PEUT CONSTITUER ET GÉRER UN FONDS DE JEUX ET DE JOUETS DESTINÉS À DES PUBLICS DIVERS (ENFANTS, ADULTES, PERSONNES ÂGÉES, ETC.), RÉALISER L'ACQUISITION ET LA VALORISATION DE DOCUMENTS, AINSI QUE DIRIGER UNE ÉQUIPE, UN SERVICE ET ANIMER UN RÉSEAU DE BIBLIOTHÈQUES. ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL - Agence de publicité - Association - Bibliothèque, centre de documentation - Collectivité territoriale - Entreprise Entreprise publique/établissement public - Établissement/organisme de recherche - Organisme culturel, du patrimoine - Société de services

COMPÉTENCES

- Accueillir une clientèle - Réaliser une veille documentaire (collecte, analyse etc.) - Renseigner un public sur l'utilisation de supports et outils documentaires - Rechercher des informations documentaires - Sélectionner des informations documentaires - Mettre à disposition d'un public des fonds documentaires - Actualiser les documents, les informations et fonds documentaires d'une activité - Classer les documents, informations et fonds documentaires d'une activité - Protéger des documents de valeurs - Contrôler l'état de conservation de documents - Exploiter un système de gestion documentaire - Concevoir des documents, produits documentaires (catalogue, revue de presse, etc.) et les mettre à disposition des acteurs concernés - Réaliser des acquisitions de fonds documentaires - Enregistrer et suivre les prêts, emprunts (inscriptions, sorties, retours) des documents

ACCÈS AU MÉTIER

Cet emploi/métier est accessible à partir d'un diplôme de niveau Bac +2 (L2, BTS, etc.) en sciences de l'information. Il est également accessible avec un Master dans un secteur spécifique (sciences, histoire, économie, droit, etc.) accompagné de formations aux techniques de gestion documentaire ou aux archives. La maîtrise des technologies de l'information (accès, stockage, numérisation, diffusion, etc.) est requise.


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Petite -Terre vs Grande-Terre "Le match"

Journalistes Romain Guille Solène Peillard Grégoire Mérot Cyril Castelliti Correspondants HZK - (Moroni) Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mouhamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com

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