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L’été VSD Reportage

Lieux de légende (1/4)

Amityville La maison

du diable Par maxime robin. Photos : douliery/abaca

Le 13 novembre 1974, dans cette bourgade de la côte est des ÉtatsUnis, Ronald DeFeo a tué les six personnes de sa famille. Sous l’emprise du Malin. L’affaire a inspiré un film. Nous sommes retournés sur les lieux du drame.

112 Ocean Avenue C’est au premier étage de cette maison du quartier chic d’Amityville qu’a eu lieu le drame. Le couple qui a ­racheté la demeure, en 1975, a affirmé que des ­p hénomènes paranormaux s’y déroulaient.


Une voisine a revendu sa maison, “après que des bonnes sœurs d’Irlande sont arrivées en car pour bénir la rue. C’était le pompon !”

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D. R.

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La cité maudite En 1974,

la presse (1) tente, tant bien que mal, d’expliquer les meurtres commis par Ronald DeFoe (3), âgé de 23 ans. ­P eter Berketis, patron du ­Peter’s Diner (2), se souvient du jeune homme qui venait manger des oeufs brouillés : «Il sentait l’herbe à des ­kilomètres. Selon les flics, il l’a fait pour l’argent des ­assurances et s’acheter plus de dope. » Gordon Haight (5), qui fréquentait Ronnie, met, lui aussi, la drogue en cause. La cité (4) se ­passerait bien de cette triste ­r enommée… et des touristes attirés par le ­morbide.

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ne lumière rougeoie au ­DeFeo, Diana Ireland, a revendu sa maison en 1986 ­premier étage du 112, Ocean « après que des bonnes sœurs ­d’Irlande sont arrivées en Avenue. Les propriétaires car pour ­bénir la rue. C’était le pompon ! ». ­Diana Irede cette ­demeure maudite land habite aujourd’hui sur une île du canal, isolée du dorment-ils sur leurs deux monde. L’octo­génaire dormait avec son mari le soir des oreilles ? C’est ici que Ronald meurtres. « Les coups de feu m’ont réveillée, mais ­Rufus DeFeo, 23 ans, a exécuté sa m’a dit “rendors-toi, c’est rien.” Dieu ­merci. Si j’étais famille au ­calibre 35, la nuit ­entrée voir, Ronnie m’aurait tuée ! » Les Lutz, victimes du 13 novem­bre 1974. « Poussé par le diable », confes- de poltergeists, les esprits frappeurs ? Diana pouffe : « Les sera-t-il, le jeune homme a tué d’une balle son père, sa yeux rouges, c’était mon chat ­siamois, Evinrude. Il adomère, ses quatre frères et sœurs dans leur lit. Sa sœur rait se poster sur l’arbre en face du ­deuxième étage ! » Le menuisier Gordon Haight, 58 ans, fréquentait Deaînée Dawn, 18 ans, a reçu un traitement spécial : une balle à bout touchant dans la tête. Tous dormaient. Le Feo, au bar dont il est demeuré un fidèle. « Il ­passait toupremier coup de feu aurait dû réveiller toute la ­maison, jours la même chanson au juke-box : I  Shot The Sheriff. et même le voisinage : or la police n’a reçu ­aucun appel. Alors, quand il ­arrivait, on débranchait la ­machine ! C’est ­DeFeo qui a donné l’alerte le lendemain. ­Ensemble on prenait de ­l’héroïne, de la coke et du speed. Des ­médiums affirment qu’un « magnétisme » encer- Il avait toujours les poches pleines de fric. D’où ça ­sortait ? Oh, sa mère était une ­Genovese [l’une des ­familles maclant la maison aurait étouffé les détonations. fieuses de New York]. Ça ­explique Un an plus tard, en 1975, la ­famille bien des choses. » ­DeFeo avait aussi la Lutz ­rachète la demeure. Elle ­gâchette ­facile : « Il m’a logé une balle ­décampe au bout d’un mois, dans le mollet droit, un soir de brin­persuadée d’avoir été victimes gue. Je l’ai retirée moi-même », dit-il d’« ­esprits ». Des voix. Des yeux en montrant la cicatrice. Gordon sorrouges fixant les ­enfants par les tait avec Grace, la meilleure amie de ­fenêtres. Des formes lugubres dans Dawn DeFeo. Il pense que Dawn a les ­miroirs. Des meubles qui bougent au moins tué son petit frère, Little et blessent les petits… Dépêchés sur John, avant d’être abattue à son tour place, journalistes et experts en par ­Ronald. « Un ­carnage pareil, ça sciences ­occultes concluent que la ne peut pas se faire tout seul. Ronnie maison est bel et bien « habitée ». Un aimait trop Little John. Il n’aurait best-­seller paraît en 1977, suivi d’un ­jamais levé la main sur lui. » Cette verfilm en 1979. Amityville devient 5 sion correspond à la dernière donnée syno­nyme de gore et de para­normal Selon Gordon, par DeFeo du fond de sa prison, où dans le monde entier. Pour égarer les curieux, la ­bâtisse a changé de Ronald a été aidé par il purge une peine de cent cinquante ans. Bref, Dawn serait ce mystérieux ­numéro : c’est aujourd’hui le 108. Les sa sœur Dawn « être malé­fique, ganté de noir », qui ­actuels propriétaires l’ont rachetée en 2010 pour 1  million de dollars. Ils parlent peu à la aurait « confié le fusil » à ­DeFeo avant de lui « ordonner presse et gardent l’anonymat. Des clôtures isolent la de tuer », selon ses aveux de l’époque. Gordon l’a revu au tribunal, il y a huit ans, pour une maison côté ouest. Côté est, un canal file vers l’océan. Hantée ou non, cette maison est un bunker. Au-­dessus ­demande de remise de peine : « Il ressemblait à Charles de l’entrée, une caméra scrute l’allée. Nous tentons notre Manson. Des yeux de fou ! À l’audience, il n’a pas ­raconté chance et sonnons. Une petite blonde, ­Caroline D., nous des conneries de possession par le diable, il a juste dit qu’il ouvre. Se sent-elle chez elle dans une ­maison ­maudite ? « Je était désolé pour sa ­famille, qu’il voulait sortir de ­prison… n’étais pas chaude pour habiter les lieux d’un sextuple Mais il ne reverra jamais la lumière du jour. C’est parfait meurtre. Mais mon mari s’en fichait. ­L’accès au canal pour lui : aux États-Unis, c’est plus facile de se droguer en nous a décidés. » Caroline n’a « jamais lu une ligne » sur sa prison qu’en dehors. » La maison ? Gordon y dormait maison, mais se ­révèle bien informée sur le cas DeFeo : parfois, quand Grace gardait Little John. Pour lui, la « Un petit con qui carburait au LSD, avec un ­casier long ­demeure n’est pas ­hantée : « Bullshit ! » Avant de se contrecomme le bras. Il tirait sur les moteurs des bateaux pour dire. « Trois ans avant les meurtres, j’ai bien vu un fans’amuser ». Elle est lapidaire sur les Lutz : « Des opportu- tôme dans la salle de bains. Avec Grace. On a vu une nistes ! George Lutz était ­ruiné. Il a ­monté un coup édito- forme dans le miroir, prétend-il, un peu agité. Je le jure. » rial avec l’avocat de ­DeFeo pour faire du fric. En dix ans, L’autre fait étrange s’est déroulé quelques années après les propriétaires suivants n’ont rien vu de paranormal. les meurtres. « J’entre dans une épicerie de Massapequa. Nous non plus. Les Lutz, eux, sont ­restés vingt-huit jours, Une inconnue me fixe. Elle se met à trembler et lâche son et vous iriez les croire ? » Pour Caroline, la vraie malédic- sac de courses. Je lui dis : “C’est quoi le problème ? –  Vous tion, « ce sont les curieux : les gens prennent des photos à habitez Amityville. Vous étiez un ami de ­Ronnie DeFeo” ­travers nos vitres. Depuis qu’une équipe de CBS a ­repêché Et elle est partie. Voilà… », conclut-il en ­vidant sa pinte. un fusil dans le canal, des hommes plongent derrière chez Le vrai responsable du carnage d’Amityville, pour Gordon, « Ça reste les drogues. Elles te ­rendent stupide et te nous pour chercher des armes ». Pas facile d’avoir élu domicile dans la mecque du mettent des démons dans la tête. »  J para­normal : « On aurait dû acheter celle d’à côté », soupire Caroline. Quoique… La plus proche voisine des La semaine prochaine : la forêt de Brocéliande

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Amityville